Vous êtes sur la page 1sur 20

RELATIONS DIPLOMATIQUES

ET SOUVERAINETÉ
C9L'Harmattan, 2007
5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04493-7
EAN : 9782296044937
Apollinaire J. KYÉLEM de TAMBÈLA

RELATIONS DIPLOMATIQUES
ET SOUVERAINETÉ
Préface de Basile L. GUISSOU

L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris
FRANCE

L'Hannattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso
Konyvesbolt Fac. Sciences. Soc, Pol. et Adm. Via Degli Artisti, 15 1200 logements villa 96
Kossuth L. u. 14-16
BP243, KIN XI 10124 Torino 12B2260 Ouagadougou 12
1053 Budapest
Université de Kinshasa - RDC ITALIE BURKINA FASO
Du même auteur:

L'éventuel et le possible, Presses Universitaires de Ouaga-


dougou, 2002.

Assistance humanitaire et droit international, Imprimerie du


Journal Officiel, Ouagadougou, 2004.

cg Apollinaire J. KYÉLEM de TAMBÈLA 2003.

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction


réservés pour tous pays.
Remerciement

Je tiens à remercier M. Luc Marius IBRIGA, maître-assistant


à l'Université de Ouagadougou, qui a accepté de lire le texte
et m'a fait bénéficier de ses observations.
Les nations européennes, en promenant leurs pavillons
jusqu'aux extrémités du monde, se croient tout permis à
l'égard des peuples qu'elles déclarent" arriérés". Triste
rôle pour un État de faire considérer la grandeur d'un peuple
dans la domination des autres...

Henry DUNANT
Préface

C'est vrai que jusqu'à nos jours (2003) les effets destruc-
teurs de mémoire historique de la Conférence internationale
de Berlin (1885) continuent de peser dans les esprits de nom-
breux "intellectuels" ou "simples diplômés d'université"
africains. La décision impérialiste de se partager l'Afrique et
de l'intégrer comme" objet" et non pas comme" sujet"
dans l'histoire nous vaut de nous auto-définir encore au-
jourd'hui comme" francophones ", " anglophones ",
" lusophones" et que sais-je encore?
À la création de l'O.N.U. (1945) hormis l'Éthiopie et le
Liberia, tout le reste du Continent africain était divisé en
"possession d'outre mer" des puissances coloniales euro-
péennes. De 1876 à 1908, l'actuelle République Démocrati-
que du Congo (ex Zaïre) avec ses 2.345.000 km2 était tout
simplement la propriété personnelle du Roi des Belges, Léo-
pold II. En 1908, la Belgique va hériter enfin de ce pays qui
devient Congo Belge. La Belgique (30.500 km2) va posséder
le Congo jusqu'en 1960, tout à fait légalement selon le droit
international.
Le droit international ne concernait que les sujets de droit
et non pas les objets comme les Africains colonisés. Les évé-
nements ont poussé à un léger élargissement de ce droit.
L'Afrique n'a pas été créée par l'Occident même si ses ex-
plorateurs prétendent l'avoir découverte. Il est temps de lire
et même de relire nos propres savants1 Cheick Anta Diop,
Kwamé N' Krumah, Théophile Obenga, Joseph Ki-Zerbo,
Jean Marc Ela qui ont prouvé scientifiquement que l'Afrique
avant 1885 avait ses États indigènes, ses langues, ses textes
de droit écrits et non écrits et son histoire propre.
Sans ce capital scientifique, culturel et juridique, nous
irons les mains vides à la rencontre des autres. Nous ne pour-
rons que réciter leurs leçons d'histoire falsifiée sciemment
pour nous retourner contre nous-mêmes. C'est avec seule-
ment l'esprit, la culture et les yeux des autres que nous conti-
nuerons à nous penser, à nous analyser et à nous regarder. Il
faut, selon le mot de l'économiste et savant égyptien Samir
Amin2, une nécessaire" DÉCONNEXION" d'avec
l'obsolète pacte colonial, afin de pouvoir penser par nous-
mêmes et pour nous-mêmes.
Les relations diplomatiques telles que négociées entre
" puissances" dans le cadre de l'O.N.U., sont conçues pour
laisser le dernier mot au fameux" Conseil de Sécurité" où le
droit de veto n'appartient qu'aux vainqueurs de la guerre
1939-1945.
Peut-on rêver de les renégocier de fond en comble? Il se-
rait bien naïf d'y croire. Mais au " coup par coup" selon les
situations et le rapport des forces du moment, il est possible
d'arracher des concessions. La République Populaire de

1
Cf. Diop, C.A. 1992. Nations nègres et culture (2 tomes) Paris: Pré-
sence Africaine.
N'Krumah, K. 1994. L'Afrique doit s'unir. Paris: Présence Afticaine.
Obenga, T. 1990. La philosophie africaine de la période pharaonique.
Paris: L' Harmattan.
Ki-Zerbo, J. 1999. Histoire Générale de l'Afrique (8 tomes) Paris:
UNESCO.
Ela, J.M. 1994. Afrique, l'irruption des pauvres. Paris: L'Harmattan.
2 Amin, S. 1985. La déconnexion, pour sortir du système mondial. Paris:
La Découverte.
10
Chine a bien réussi son entrée et se donne les moyens
d'imposer sa place au Conseil de Sécurité de l'O.N.V.
Reste à l'Afrique de savoir se réveiller à son tour et jouer
enfin sa propre partition dans le " concert des Nations ".
L'ouvrage de Maître Kyélem, qui retrace avec un esprit
critique, le long cheminement des relations diplomatiques et
la souveraineté des États dans le monde, apporte sa contribu-
tion sur un chantier vaste et complexe. Dans ce contexte de
"pauvreté intellectuelle" où végète l'élite burkinabè qui a
une sacrée prédilection pour les tracts et les écrits anonymes
injurieux, cet effort de se jeter à visage découvert dans le
débat d'idées mérite d'être salué et encouragé. Les questions
de droit, d'État de droit, de respect de la règle de droit, tout
comme l'interprétation des articles de notre Loi Fondamen-
tale (la Constitution) sont l'objet de toutes sortes de manipu-
lations par de trop nombreux ignorants vantards, conforta-
blement cachés dans l'anonymat.
Maître Apollinaire Kyélem attaque son sujet en juriste, sur
un terrain qu'il maîtrise parfaitement avec une bibliographie
et des références appropriées. Mais il y manque l'équilibre. Si
l'Iran révolutionnaire de l'Imam Khomeini a violé la
Convention de Vienne en envahissant l'Ambassade améri-
caine à Téhéran, les U.S.A. n'ont pas fait autre chose en al-
lant avec leurs soldats à l'Ambassade du Vatican au Panama
pour y extirper le Président Antonio Noriega en 1989.
L'Iran n'a pas eu tort de prouver par l'exemple que si les
"règles du jeu" sont bafouées, il ne peut pas y avoir de
"jeu" propre et transparent au profit de tous. C'est la " loi de
la jungle" qui continue malheureusement de prévaloir à
l'O.N.V. Et c'est dommage que Maître Kyélem ne critique
pas l'existence du Conseil de Sécurité dans sa forme et son
contenu actuel. Sa composition et ses règles de fonctionne-
ment ne peuvent pas servir la paix et la sécurité du Monde.
Il
C'est la soupape de sécurité au service des intérêts exclusifs
de ses" membres permanents" d'où l'Afrique et l'Amérique
Latine par exemple sont exclues dans l'arbitraire le plus abso-
lu.
Ministre des Relations Extérieures et de la Coopération du
Burkina Faso sous le régime révolutionnaire du Président
Thomas Sankara pendant deux (2) ans, de 1984 à 1986, il m'a
été donné de présider le Conseil de Sécurité de l'O.N.U. à
New York. C'était difficile, pénible et révoltant de voir et
d'assister impuissant à l'exercice de la dictature des" plus
puissantes armées du Monde" sur les autres. Du haut de la
suffisance juvénile de mes trente-cinq (35) ans de l'époque,
l'audace m'est venue de refuser la parole à Madame Jane
Kirkpatrick, ambassadrice des U.S.A. aux Nations Unies.
Indignée, elle m'interpelle en ces termes:
- " Savez-vousqui je suis, Monsieur le Ministre? Je suis
l'ambassadeur des U.S.A. à l'O.N.U. et je veux la parole ".
Tout aussi indigné, je lui répond du tac au tac:
- " Moi, je suis le Président du Conseil de Sécurité de
l'O.N.U. et je vous refuse la parole! "
Scandalisée, elle se rassoit" toute rouge" de dépit.
À la fin de la session, elle me rejoint dans les coulisses et
me pose la question suivante: " Quel âge avez-vous? " Je lui
réponds: " Je suis né le 29 mars 1949 au Burkina Faso, donc
j'ai 35 ans". Elle soupire: " Alors, je comprends". Voici ma
modeste part de vérité vécue pour aider à la lecture des sincè-
res et profondes réflexions critiques de Maître Apollinaire
Kyélem.
Ouagadougou, 2 septembre 2003
Pre Basile L. GUISSOU
Maître de recherche

12
Introduction

1 - La jurisprudence internationale assimile souveraineté


et indépendance. Dans l'affaire de la souveraineté sur l'lie de
Palmas, l'arbitre Max Hubert déclarait que" La souveraineté,
dans les relations entre États, signifie l'indépendance.
L'indépendance, relativement à une partie du globe, est le
droit d'y exercer à l'exclusion de tout autre État, les fonctions
étatiques3." Selon Emmer de Vattel, "toute nation qui se
gouverne elle-même sans dépendance d'un autre État étran-
ger est un État souverain4. " Pour G. Tunkin, la souveraineté
se définit comme" la suprématie de l'État à l'intérieur de ses
frontières et de son indépendance dans les relations intema-
tionales5. " La souveraineté apparaît comme la source des
compétences que l'État tient du droit international. Elle reste
l'attribut fondamental de l'État. À l'origine, le rôle de la sou-
veraineté " était essentiellement de consolider l'existence des
États qui s'affirmaient en Europe contre la double tutelle du
Pape et du Saint-Empire romain germanique6. "
2 - Dans la société internationale, les États souverains ont
besoin d'entretenir entre eux des rapports multiformes. Ces

3
Cf. Cour permanente d'arbitrage, 4 avril 1928, Recueil des sentences
arbitrales, Vol. 2, p. 838.
4 Cf. Henri Legohérel, Histoire du droit international public, Paris, Pres-
ses Universitaires de France, coll. "Que sais-je ?", n° 3090, 1996, p. 72.
5
Cf. Pierre-Marie Martin, " Le nouvel ordre économique international",
Revue générale de droit international public (R.G.D.I.P.), Paris, 1976, p.
518, note 68.
6
Cf. Nguyen Quoc Dinh, Patrick Daillier, Alain Pellet, Droit internatio-
nalpublic, Seédition, Paris, L.G.D.J., 1994, p. 409.
rapports s'étendent aussi aux organisations internationales
auprès desquelles les États peuvent entretenir des missions
permanentes qui bénéficient de privilèges et d'immunités, de
même que les membres de leurs délégations participant aux
travaux des organes. Les organisations internationales peu-
vent également envoyer des représentants dans les États
membres. Mais les relations diplomatiques s'inscrivent sur-
tout dans le cadre de rapports entre États souverains. On peut
ainsi dire que" le concept de souveraineté imprègne le droit
diplomatique stricto sensu7". C'est à l'État souverain que
sont reconnus le droit de légation active qui est celui
d'envoyer des représentants diplomatiques auprès des États
étrangers et le droit de légation passive qui est celui de rece-
voir les représentants diplomatiques des puissances étrangè-
res8.
3 - Le droit international prescrit aux États d'entretenir en-
tre eux des relations de coopération. L'article 1er de la Charte
dispose ainsi que les buts des Nations Unies sont de dévelop-
per entre les nations des relations amicales fondées sur le
respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de
réaliser la coopération internationale en résolvant les problè-
mes internationaux d'ordre économique, social, intellectuel
ou humanitaire. Quant à la résolution 2625 (XXV) de
l'Assemblée générale du 24 octobre 1970 relative aux princi-
pes du droit international touchant les relations amicales et
la coopération entre les États conformément à la Charte des
Nations Unies, elle prévoit que" les États ont le devoir de
coopérer les uns avec les autres, quelles que soient les diffé-

7
N. Quoc Dinh et al., op.cit.,p. 723.
8 On peut toutefois mentionner les Conventions sur les privilèges et im-
munités des Nations Unies de 1946 et les institutions spécialisées de
1947, de même que la Convention de Vienne du 14 mars 1975 sur la
représentation des États dans leurs relations avec les organisations inter-
nationales.
14
rences existant entre leurs systèmes politiques, économiques
et sociaux, dans les divers domaines des relations internatio-
nales, afin de maintenir la paix et la sécurité internationales et
de favoriser le progrès et la stabilité économique internatio-
naux, ainsi que le bien-être général des nations et une coopé-
ration internationale qui soit exempte de discrimination fon-
dée sur ces différences. "
4 - Dans la coopération interétatique, les relations diplo-
matiques sont pratiquement incontournables. Alfred Verdross
estime que" si le droit diplomatique ne constitue qu'une des
conditions de la coexistence pacifique des peuples organisés,
il est d'une importance capitale car sans cette base, une bonne
conduite des relations internationales deviendrait presque
impossible9. " Depuis des époques reculées, l'institution di-
plomatique a toujours été une pièce maîtresse dans les rela-
tions de coopération. Selon G. Stuart, les agents diplomati-
ques peuvent faire remonter leurs ancêtres jusqu'aux anges,
envoyés de Dieulo. Dès le Moyen Âge il était fréquent qu'un
État accréditât auprès d'un autre un envoyé dans le but de
régler des affaires déterminées. Au IXe siècle on envoyait
déjà des ambassades de Venise au Saint-Siège. Vers 1322, le
pape réclama le droit d'établir des ambassades du Saint-Siège
dans les quatre parties du mondell. Aux XVè et XVlè siècles
les gouvernements prirent l'habitude d'établir à l'étranger des
missions permanentes. À compter de la paix de Westphalie

9
Cité par Claude-Albert Colliard, "La Convention de Vienne sur les
relations diplomatiques", Annuaire français de droit international
(A.F.D.!.), 1961, p. 41.
10
Cf. Graham Stuart, " Le droit et la pratique diplomatiques et consulai-
res", Recueil des cours de l'Académie de droit international
(R.C.A.D.!.), 1934, II, tome 48, p. 463.
Il Cf. ibid., p. 468.
15
en 1648, cet usage devint général en Europe12. Dans son or-
donnance du 15 décembre 1979 sur l'Affaire relative au per-
sonnel diplomatique et consulaire des États-Unis à Téhéran,
la Cour internationale de justice reconnaît que" l'institution
de la diplomatie, avec les privilèges et immunités qui s'y rat-
tachent, a résisté à l'épreuve des siècles et s'est avérée un
instrument essentiel de coopération efficace dans la commu-
nauté internationale, qui permet aux États, nonobstant les
différences de leurs systèmes constitutionnels et sociaux, de
parvenir à la compréhension mutuelle et de résoudre leurs
divergences par des moyens pacifiques13. "
5 - Les fonctions d'une mission diplomatique sont définies
par l'article 3 aL 1 de la Convention de Vienne de 1961 sur
les relations diplomatiques et consistent notamment à :
a) Représenter l'État accréditant auprès de l'État accré-
ditaire;
b) Protéger dans l'État accréditaire les intérêts de l'État
accréditant et de ses ressortissants, dans les limites admises
par le droit international;
c) Négocier avec le gouvernement de l'État accréditaire ;
d) S'informer par tous les moyens licites des conditions
et de l'évolution des événements dans l'État accréditaire et
faire rapport à ce sujet au gouvernement de l'État accrédi-
tant;
e) Promouvoir des relations amicales et développer les
relations économiques, culturelles et scientifiques entre l'État
accréditant et l'État accréditaire. "

12
Cf. Louis Delbez, Les principes généraux du droit international public,
3e édition, Paris, L.G.D.J., 1964, p. 299.
13
C.LJ., Recueil, 1979, p. 19,9 39.
16
Comme représentants de l'État accréditant, l'article 20
prévoit que" la mission et son chef ont le droit de placer le
drapeau et l'emblème de l'État accréditant sur les locaux de
la mission, y compris la résidence du chef de la mission, et
sur les moyens de transport de celui-ci ". L'État accréditaire
est tenu d'accorder toutes facilités pour l'accomplissement
des fonctions de la mission (article 25).
Dans le cadre du principe de l'égalité des États, la
Convention de Vienne de 1961, tout en accordant à la mis-
sion diplomatique les moyens juridiques nécessaires à
l'accomplissement de ses fonctions, essaie dans le même
temps d'assurer la protection de la souveraineté des États
(chapitre I). Cependant, telle que prévue par la Convention,
cette protection comporte des limites (chapitre II). Pour une
meilleure protection, des réformes semblent nécessaires (cha-
pitre III).

# # #

17
CHAPITRE I

La protection de la souveraineté
dans le cadre du principe
de l'égalité des États