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L'art est-il un langage ?

Le langage est la faculté de communiquer des pensées par le biais de signe


conventionnel. A ce titre, tout langage présuppose autrui et va de pair avec la
société. On communique pensées, informations, qui font références à des
idées, des états extérieurs ou intérieurs. Le langage est artificiel, créé par
l’homme et donc pas naturel. Le langage fourni des pensées qui ont
vocations d’être comprises par tous d’une manière similaire.
L’Art créé des formes sensibles originales, l’Art se livre à une multitude
d’interprétation, il transcende les barrières du langage. N’est-ce pas une
forme de langage supérieur ?
Même si l’âme communique quelque chose à l’âme, il nous fait voir la vie
d’une autre manière, et nous apprend quelque chose. Peut-on alors parler de
langage ?

I. Différence entre l’Art et le langage

A) Le beau et le vrai

Pourquoi parlons-nous ? L’homme est doué de raison, pense, et est donc


amené à exprimer sa pensée. (En grec, Logos : raison et parole, les deux
sont donc lié). On parle pour vivre en société, sortir de soit, s’entraider.
Le langage exprime la pensée et à ce titre peut exprimer la vérité, il est
nécessaire que le langage puisse exprimer la vérité pour que la société
puisse fonctionner. Les hommes doivent se comprendre, avoir confiance
dans la parole de l’autre.
La vérité est l’association d’un prédicat à un sujet (la maison est bleu
(prédicat)).
On ne peut développer sa pensée sans le mot, Boileau « Ce qui se conçoit
bien, s’énonce clairement, et les mots pour le dire nous viennent aisément »,
pour Descartes,une idée vraie doit être claire et distincte, selon lui le langage
nous permet donc bien d’accéder à la vérité.

La beauté est distincte de la vérité, les illustrations peuvent être belles alors
qu’elles sont fausses. Selon Rousseau, le désir nous fait habiter un monde de
chimères, beau et satisfaisant, bien qu’il soit faux. La fuite dans l’Art,
particulièrement dans la poésie peut être interpréter comme un refus du
monde réel.
Le beau ne correspond pas à un concept. Ne pas confondre le beau et
l’agréable, l’agréable s’adresse uniquement à mes sens, tandis que le beau
touche aussi à mon intelligence. Selon Kant « le beau est ce qui plait
universellement et sans concept » : je ne peux donc fournir aucun concept
pour exprimer la beauté d’une chose.

Le langage ne peut donc pas rendre compte du beau qui réside dans l’Art ou
dans la Nature. Kant distingue la beauté adhérente (jugement de goûts, une
chose est belle parce que conforme à un concept) de la beauté libre (on juge
quelque chose beau car original et ne renvoie à rien de connu)

On recherche le beau en fuyant le quotidien. De plus, celui ne contient pas


l’élément du vrai qui est le concept. Le beau se distingue donc du vrai.

B) Signe et symbole

Le langage exprime par signe, l’Art par symbole. Les signes sont
conventionnels tandis que les symboles sont porteurs d’un sens. Le langage
procède par signes conventionnelles exprimé par la voix, l’écriture, le corps,
les mains…Ils sont conventionnels car on ne peut les comprendre en eux-
mêmes. Saussure distingue le signifié (sens) du signifiant (phénomène
sensible).Le signifiant est un signe conventionnel sensible qui désigne en soit
un concept, une chose, ou une action à effectuer. Il renvoie à un sens (son de
voix, écriture, langage des signes…) « La nature est écrite dans un langage
mathématiques » Galilée.
Le symbole, lui suscite l’interprétation et a une dimension subjective. Tous les
symboles nous permettent de développer une pensée, c’est une source
infinie d’interprétation. Parce ce qu’il nous fait penser, il nous dit quelque
chose du monde, donc c’est bien un langage.

II. L’Art : langage de l’âme

A) L’Art exprime une vision

Les arts sont-ils un langage ?

Analyse des termes du sujet


Les arts désignent ici l'ensemble des disciplines
artistiques relevant de l'esthétique et non les arts et
métiers.
Le verbe être (sont-ils?) suggère une interrogation sur
l'essence de l'art: ce que l'art est (ou n'est pas). Mais dire
que les arts sont unlangage n'implique pas que le langage
soit un art. Il ne s'agit pas d'une équivalence mais de
l'inclusion d'une classe (l'ensemble des arts) dans une
autre (l'ensemble des langages dont l'art ne serait qu'un
élément parmi d'autres).
Ne pas oublier que le mot "langage" est polysémique. Il
désigne au sens large n'importe quel moyen de
communication à l'aide de signes ou de signaux; et au
sens étroit, un système de signes conventionnel
doublement articulé (une langue au sens de Saussure).
Notons que le mot art est mis au pluriel alors que le mot
langage est laissé au singulier (un langage).

Pistes de réflexion

•Les arts sont-ils un langage au sens étroit du terme, c'est-à-


dire un système de signes conventionnels qui sert à
communiquer ? (Selon la définition de la langue par Ferdinand
de Saussure) ?

•S'il y a un langage de l'art, ce langage est-il doublement articulé


comme le sont les langues humaines ?

Rappel de ce qu'est la double articulation telle que définie


par André Martinet :

Première articulation : les monèmes ou morphèmes (unités


minimales de signification ex.: auto, mobile) peuvent être
combinés pour faire des unités de signification de plus en plus
complexes (mots composés, phrases, discours) selon des règles
déterminées (syntaxiques, en particulier).
Deuxième articulation : les phonèmes (unités minimales non
significatives d'une langue) se combinent pour former des unités
significatives de base (ex. : j + e = "je") selon des règles
déterminées (phonétiques en particulier)

Y a-t-il en art l'équivalent de ces unités et de ces règles de


combinaison ?

•Peut-on distinguer dans une oeuvre un signifié (aspect


conceptuel) et un signifiant (support matériel) ?

•Dans l'Esthétique Hegel affirme que "(dans l'art), de même que


dans le langage, l'homme communique ses pensées et les fait
comprendre à ses semblables. Seulement, dans le langage, le
moyen de communication est un simple signe, à ce titre, quelque
chose de purement extérieur à l'idée et d'arbitraire. L'art, au
contraire, ne doit pas simplement se servir de signes, mais
donner aux idées une existence sensible qui leur correspond."

•Les signes de l'art seraient-ils des icones au sens de Peirce?

Rappelons la distinction effectuée par Peirce entre trois types de


signes :

L'indice qui opère avant tout par contiguïté de fait entre le signe
et son objet (ex. le symptôme et la maladie).

L'icône qui opère avant tout par la similitude entre le signe et


son objet (ex. la représentation d'un animal et l'animal vivant;
Les arts plastiques figuratifs en donneraient de bons exemples.)

Le symbole qui opère avant tout par convention (institution)


(ex. le son "table" / l'objet table.)

Ces considérations nous amènent aux interrogations


suivantes :

•Ne pourrions-nous pas dire que les arts sont un langage dans
la mesure où l'art aurait une fonction de communication?
L'œuvre exprimerait un message de l'artiste (fonction expressive
ou informative) et provoquerait des sentiments et des réactions
chez le public (fonction conative)?
(Sur les différentes fonctions du langage d'après Roman
Jackobson, voir le texte de G. Mounin.)

•N'y a-t-il pas des "codes" esthétiques analogues aux codes


linguistiques conventionnels? Ainsi, Jakobson fait remarquer :
"Dans certaines traditions médiévales, les personnages vicieux
sont expressément et uniformément représentés de profil, alors
qu'ils sont représentés seulement de face dans l'art de l'ancienne
Égypte." Cependant, ces codes sont-ils doublement articulés ?

•Cependant, ces codes, s'ils existent, sont propre à une discipline


et même à un courant. Chaque discipline artistique n'aurait-elle
pas alors un langage spécifique? Dans ce cas, il ne faudrait pas
dire que les arts sont UN langage, mais que les arts
sont DES langages.

•Mais si les arts peuvent être des langages au sens large, en ce


sens qu'ils peuvent être des moyens de communiquer des
messages, le sont-ils nécessairement ? Autrement dit, toute
création artistique présuppose-t-elle un message ? L'artiste ne
pourrait-il pas vouloir créer une chose tout simplement ?

NB: Ce sujet ne doit pas être traité de façon purement


théorique. Il faut prendre des exemples précis d'œuvres
(ex. Guernica de Picasso) et montrer comment l'oeuvre peut
être "lue" et les limites de cette interprétation.

Conclusion

Les arts ne seraient-ils pas accessoirement et


non essentiellement un langage ?

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