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« Idoles », « bétyles », « litholâtrie »

et « culte phallique » au Sahara

Jean-Loïc Le Quellec *

Résumé : La littétature saharienne regorge de réfé- Abstract : The Saharan literature is full of references
rences à de prétendus bétyles et autres idoles, qu’un to so-called betyls and other idols, but a critical re-
examen critique de la documentation avérée confirme view of the established literature rarely confirms their
rarement. L’existence possible de rituels élaborés existence. The possible presence of rituals elaborated
sur des métaphores sexuelles n’implique aucunement on sexual metaphors does not imply the existence of
l’existence de « cultes phalliques ». “phallic cults”.

L’article « Tassili » de l’Encyclopædia Bri-


tannica, édition de 2004, nous dit que « des
formes de pierres, qui étaient probablement
utilisées comme des sculptures tumulaires,
ont été […] trouvées au Tassili. Il s’agit de
formes monumentales, symbolisant fréquem- de Tiaret, et attribuée par Pierre Cadenat au Fig. 1. La « pièce
ment les organes génitaux » (Stone forms,
Capsien supérieur (Cadenat 1963b : photo 1, phallimorphe »
which were probably used as tomb sculp- découverte à el-
Cadenat 1963a). Selon le docteur Étienne
tures, have also been found at the Tassili Mekta, station prin-
Gobert, le découvreur de la première de ces
site. They are monumental forms, frequently ceps du Capsien.
pièces (Fig.  1), « il n’est pas sûr qu’elle ait
symbolizing the genitals). Malgré son ori- L = 38 mm (d’après
gine prestigieuse, ce texte constitue un bon été intentionnellement façonnée dans toutes Gobert 1952 :
exemple d’information fascinante, apte à faire ses parties », et « il s’agit sans doute d’une fig.  22, modifiée).

rêver quiconque voyage dans les livres, mais pierre-figure reprise et complétée »…  ce qui
fausse. Aucune « forme monumentale » de n’empêche pas l’auteur de suggérer que le sil-
ce type n’a jamais été découverte ni dans la lon longitudinal visible sur cet objet pourrait
Tasīli-n-Ăjjer, ni ailleurs au Sahara central. représenter une subincision (Gobert 1952 :
Si l’on en croit par ailleurs Ladislas Ségy, 43). Quant à la seconde pièce (Fig. 2), c’est
auteur d’un article sur le symbolisme phal- une « petite pierre calcaire […] décorée de
lique en Afrique (Ségy 1955), les « monolithes quatre rangées verticales de petites incisions
phalliques » seraient nombreux au Sahara, parallèles et de deux sillons plus profonds » ;
du Nord de Biskra et de l’Ahaggar jusqu’au Pierre Cadenat, qui lui trouve un « aspect net-
Sud-Saharien et le plateau nigérien central. tement phalloïde », écrit qu’elle ressemble
Or la vérification des sources mentionnées « étrangement à une idole phallique » (Cade-
par cet auteur montre qu’il n’en est rien, car nat 1963a : 43, 1963b : 28).
elles se réduisent essentiellement aux pierres Ces objets sont trop peu véristes pour que
levées dénommées bddn (ǝbdaden) par les leur interprétation soit certaine. Après les Fig. 2. Objet
Touareg de l’Ăhaggar, lesquelles n’ont rien de avoir mentionnés, Henriette Camps-Fabrer trouvé en surface
phallique (Benhazera 1908 : 78-79). rappelle que « les stèles d’aspect phallique à la station du
ne manquent pas dans la Préhistoire, et leur Cubitus, près de
En réalité, l’inventaire des pierres phal- Tiaret, et considéré
lomorphes du nord de l’Afrique et du Sahara caractère prophylactique est indubitable  », comme une « idole
— rares et jamais « monumentales » — se mais la première partie de cette affirmation phallique » par
limite à deux exemplaires : une « petite pièce ne peut s’appuyer que sur des exemples euro- Pierre Cadenat,
phalliphorme » mise au jour à el-Mekta, la péens, et la seconde sur une documentation qui l’attribue au
Capsien supérieur
station princeps du Capsien (Gobert 1952 : romaine (Camps-Fabrer 1966 : 247). Quant à L = 45 mm (d’après
fig. 22), puis une « idole phallique » trou- la « sculpture » trouvée en 1941 par le lieute- Cadenat 1963b :
vée en surface à la station du Cubitus, près nant L’Helgouach entre le plateau de Timissao photo. 1, modifiée).

* Directeur de recherche émérite au CNRS, Institut des Mondes Africains. JLLQ@rupestre.on-rev.com

Cahiers de l’AARS — 20 (2018) : 127-145. 127


Jean-Loïc Le Quellec

et l’Adrar des Ifoghas (Fig. 3), on a voulu y


voir une représentation de phallus, mais le fait
que cette même pièce ait également été inter-
prétée par Jean Dubief comme « une idole,
une femme revêtue de voiles » montre com-
bien ces lectures sont fragiles et incertaines
(Dubief 1947, pl. II-1, 2). Pourtant, Henriette
Camps-Fabrer a considéré, à vrai dire sans
guère argumenter, qu’il était « probable » que
ce objet ait été lié au « culte de la fécondité »
Camps-Fabrer 1966 : 265, 281).

Il est possible qu’en rédigeant son article,


l’auteur de l’Encyclopaedia Britannica aura
Fig. 3. « Sculpture » songé aux « bétyles » de Ta-n-Ḫadīdja, sur
trouvée en 1941 le plateau d’Iherir (Fig. 4), qui ont fait couler
par le lieutenant
L’Helgouach beaucoup d’encre et furent considérés, sans
entre le plateau de la moindre preuve, comme les objets d’un
Timissao et l’Adrar « culte », alors qu’il s’agit de lusi naturae par-
des Ifoghas (d’après faitement naturels, sans la moindre trace de
Dubief 1947, pl. II-1,
2, modifié). mise en forme d’origine anthropique (Chikhi-
Aouimeur & Aumassip 2015), contrairement à
ce qu’affirme Malika Hachid qui les considère
comme des « sculptures » (Hachid 1993 : 168).

Fig. 4. Vue partielle


des prétendus
« bétyles » de Ta-n-
Ḫadīdja tels qu’ils
se présentaient en
2006. Plateau d’Ihe-
rir, Tasīli-n-Ăjjer.

Fig. 5. Les
« bétyles » ou
« idoles kiliô-
lithiques » de
Tabalbalet in situ,
d’après la photo du
capitaine Touchard,
ici recadrée (Fla-
mand & Laquière
1909 : fig. 1).

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« Idoles », « bétyles », « litholâtrie » et « culte phallique » au Sahara

Les neuf autres « bétyles » de Tabalbalet


(Fig.  5) sont, eux, nettement anthropomorphes,
même si l’un d’eux porte, en plus des deux
yeux, une rainure annulaire qui l’a fait inter-
préter comme un sexe masculin (Touchard
1906 : 376, Flamand & Laquière 1909, Aïn
Séba 2003). Dans l’Immidir, celui de Tarajamt
est tronconique et porte la gravure d’un anthro-
pomorphe (Gauthier et al. 1998) ; celui trouvé
en 1963-1964 par M. Chauris dans l’erg Isawan
(Issaouane) est égalemenet anthropomorphe
(Savary 1965 : fig. 1, n° 11), de même que ceux
de l’Edehi-n-Ifoγas (Fig. 6) (Mateu 1967) et de
Wa-n-Sīdi (Fig. 7) (Lhote 1954 : pl. IV), ce der-
nier ayant été qualifié de « béthyle [sic] à tête
humaine » (Soleilhavoup 1993 : 366).
En 1955, le maréchal-des-logis Evrard a
trouvé dans l’oued Rufat, au nord-ouest de
l’erg Admer, un objet de granite long de qua-
rante-sept centimètres, qu’il a donné au Musée
du Bardo à Alger (Fig. 8). Pour Lionel Balout,
une de ses extrémités serait « indiscutablement
phallique » (Balout 1957 : 50), mais Henriette
Camps-Fabrer a préféré y voir un « pilon » en
forme de sauterelle (Camps-Fabrer 1966 : 266-
267, Talbi 1995 : 24 et fig. 39).
Les deux « bétyles » de Tazruk, en Ăhaggar
(Fig. 9), n’évoquent rien de phallique, et ils ont
même été surnommés les tibaradin, appel-
lation que Lhote traduit par « les fillettes »
(Lhote 1950). Désormais conservés au Musée
Fig. 6. Ronde bosse anthropomorphe ( ?) trou-
vée en surface sur un site ténéréen de l’Edehi- de l’Homme à Paris, ils avaient été emportés
n-Ifoγas, en bordure orientale de l’erg d’Admer en 1909 par le général Nieger, qui a laissé de sa
(d’après Mateu 1967 : fig. 2, modifiée). découverte le récit suivant :
« Nous gagnons le sommet du mouvement
de terrain et tout à coup mon guide s’arrête. Il
me montre un amas de pierres et me dit : “les
voilà !” Deux tombes circulaires de 1m.50 et
2m. de diamètre jumelées sont devant moi. La
partie interne de la circonférence qui les déli-
mite par des laves amoncelées est concave.
Sur l’un des basina et à l’intérieur de la cir-
conférence a été édifiée une petite grotte en
pierres sèches en forme de dôme ; elle n’a pas
un mètre à la flèche, elle est ouverte d’un côté.
Je me penche et j’aperçois à l’intérieur deux
pierres polies [les tibaradin]. Elles reposent
sur un lit de chiffons dont l’aspect révèle la
provenance : débris de vêtements en usage
chez les Touareg. Sur le terre-plein de la

Fig. 7. Extrémité de l’objet Fig. 8. L’objet de Rufat (nord-ouest de


découvert au puits de Wa-n-Sīdi l’erg Admer). En le regardant verti-
(Edeyen) et interprété comme calement, Lionel Balout l’a vu « phal-
« bétyle anthropomorphe à lique », mais horizontalement, Henriette
profil léonin » par Henriette Camps-Fabrer y a reconnu la représen-
Camps-Fabrer (Camps- tation d’une sauterelle (DAO d’après
Fabrer 1966 : pl. XVIII-3). Camps-Fabrer 1966 : pl. XIX, fig. 2).

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grotte, en-deçà, des idoles sont disséminées  ;


sur d’autres bouts d’étoffe des offrandes ; bou-
gies, aiguilles, savons, etc. Enthousiasmé par
ma trouvaille, dont la qualité me stupéfie, je
rumine déjà, je l’avoue, le moyen de m’empa-
rer de ces spécimens de choix. — Comment,
vous, des musulmans, vous priez devant des
pierres ? Mon Targui a compris instantané-
ment. — Nous, les hommes, non. Mais tu sais,
les femmes, les enfants. Tu peux les prendre
si tu veux ; ce ne sont que des cailloux. J’ai
à la fois des remords et des inquiétudes. Je
les exprime à mon guide qui cherche à me
convaincre, non sans réticences. — Il faut que
tu saches : si tu les emportes, tu t’exposes à une
grave maladie, c’est la légende. — Laquelle ?
Les yeux se brident : je devine un sourire
teinté d’embarras sous le litham. Enfin mon
interlocuteur se décide. Il baisse les yeux,
puis la tête, et prononce difficilement l’équi-
valent de : “plus de femmes” » (Nieger 1934).
Fig. 9. Les deux Le terme touareg utilisé est tbr D n
pierres polies (tibaraḍīn), féminin pluriel de br D (ăbaraḍ)
trouvées dans le « enfant », pouvant désigner des petites filles,
« sanctuaire des
tibaradin » de
des jeunes filles ou des jeunes femmes (Fou-
Tazruk (d’après cauld 1952 : 86-87). Un autre bloc « d’appa-
Lhote 1950 : 148, rence phallique », trouvé entre les ergs Isawan
fig. modifiée). et Ti-Fernin, pourrait être plus convaincant, s’il
n’était si mal documenté (Anonyme [Muzzo-
lini] 1988).
Ce bref inventaire pourrait se compléter de
quelques pièces comme celles qu’a publiées
Jean-Paul Demoule qui les dit provenir « du
Sud algérien » (Demoule 2007 : 10, 12). L’une
est interprétée par lui comme un exemple des
« premières représentations » réalisées par des
humains, sous forme d’un « galet à peine modi-
fié » (Fig. 10), une autre étant considérée par le
même auteur comme « stèle à tête humaine ou
à tête de chouette » (Fig. 11). Le problème est
qu’on atteint ici les limites de la « documenta-
tion grise » utilisable.
En effet, l’archéologue n’a pas examiné
lui-même ces pièces qui faisaient partie d’un
ensemble dit « private collection L.V. » En réa-
lité, elles furent photographiées par Erich Les-
sing chez un marchand de tapis et collection-
neur d’antiquités de Marrakech qui s’est refusé
Fig. 10. « Galet à expliciter leur origine, et qui a déclaré ensuite
à peine modifié » les avoir vendues à un seul et unique acheteur.
supposé provenir Elles faisaient partie d’un lot ne comportant
du Sud algérien
(DAO d’après
que des pièces apparemment exceptionnelles,
une photo d’Erich dont la plupart sont très probablement des
Lessing, dans faux. Certaines sont d’ailleurs manifestement
Demoule 2007 : 10). imitées de pièces réelles. Par exemple, l’une
des plus curieuses (Fig. 12) a été ainsi légendée
par Jean-Pierre Demoule :

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« Idoles », « bétyles », « litholâtrie » et « culte phallique » au Sahara

Il est regrettable que cette « documenta-


tion grise » ait bénéficié de l’honneur d’une
publication prestigieuse signée par un archéo-
logue alors président de l’Institut national de
recherches archéologiques préventives. Une
telle officialisation constitue souvent une étape
fort utile aux marchands désireux de valoriser
leurs pièces. Cela n’a du reste pas manqué :
dès l’année suivante, toutes celles de la « pri-
vate collection L.V. » ont été vendues, mais
leurs images continuent malheureusement de
polluer la littérature sur « la naissance de la
figure ».
Au cap Achakar (près de Tanger au Maroc),
la grotte dite « des Idoles » est ainsi dénommée
à cause de la quarantaine d’objets néolithiques
en terre cuite (Fig. 16) qui y furent décou-
verts par Gaston Buchet (1907), et qui furent
considérés comme de « grossières images reli- Fig. 11. « Stèle
gieuses » ou des « ex-voto phalliques, offerts à en pierre à tête
quelque divinité de la génération » (Michaux- humaine ou à tête
de chouette » dite
Bellaire et al. 1912). Léonce Joleaud y voyait la provenir du Sud
représentation d’organes sexuels de boucs et de algérien (DAO
béliers (1933 : 237-238), ce qui, pour Jean Gat- JLLQ d’après une
tefossé, indiquait que ladite grotte aurait été un photo d’Erich Les-
« sanctuaire d’Ammon » (1924 : 131). Le révé- sing publiée dans
Demoule 2007 : 13).
rend Henri Kœhler, franciscain alors direc-
teur de l’Institut d’Étude des Religions, reprit
les fouilles cette cavité, et il voyait dans ces
objets des « phallus de terre cuite » (Kœhler
1930). Pour lui, ces « idoles » ne pouvaient que
« L’ambiguïté des formes est une constante
manifester « un culte de la force génératrice se
de certaines représentations des sociétés tradi-
rapportant aux animaux », en un mot un « culte
tionnelles. Ici, à partir d’un long galet naturel,
on peut lire à la fois un oiseau et une allusion
phallique, une association qui se prolongera
Fig. 12. Objet de la « Collection L.V. »
jusqu’au mythe de Léda dans la Grèce clas- dans lequel Jean-Paul Demoule a lu
sique. Cet objet provient du Sud algérien, où « à la fois un oiseau et une allusion
il était peut-être associé à des structures funé- phallique ». Ce faux fut probablement
raires, vers le IIe ou Ier millénaire avant notre inspiré par la pièce de la figure 13 (DAO
d’après une photo d’Erich Lessing
ère » (Demoule 2007 : 16). publiée dans Demoule 2007 : 17).
Cette interprétation suppose qu’un mythe
grec antique prolongerait l’association hardi-
ment découverte par l’auteur dans cet objet
à « allusion phallique », alors que celui-ci a
toute chance d’être un faux moderne inspiré
par le « faucon » (?) de la Ḥammāda du Gīr
signalé par Henri Lhote (1970 : 79). De même,
les « bétyles » dits « à tête de chouette » de
Tabalbalet (Touchard 1906 : 376, Flamand
& Laquière 1909) ou de sites non identifiés Fig. 13. Le « faucon
sur plaquette
(Fig.  14) ont suggéré au faussaire des figu- calcaire » de la
rines de rapaces particulièrement incrédibles Ḥammāda du Gīr,
(Fig. 15), mais dont Jean-Paul Demoule écrit à comparer avec la
qu’elles « sont souvent proches de tumulus figure précédente
(Lhote 1970 : 75).
funéraires », selon « une pratique également
connue du Japon préhistorique » (Demoule
2007 : 19).

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Jean-Loïc Le Quellec

d’une tête en phallus, tout en y reconnais-


sant les éléments essentiels d’une figuration
humaine stylisée » (Camps-Fabrer 1966 : 409-
Fig. 14. Ronde 410). Pour elle, tous ces objets sont anthropo-
bosse de prove- morphes, et Georges Souville abonde dans
nance inconnue, son sens en écrivant qu’ils ont été « longtemps
résultant du pillage considérées comme des idoles phalliques, mais
opéré par des voya- [ce] sont en réalité des représentations anthro-
geurs allemands.
Elle évoque forte- pomorphes » (Souville 1984). Quant à Alain
ment le « visage » Rodrigue (2000 : 70), il évite de choisir en écri-
des « bétyles » de vant que ces statuettes ont un « aspect à la fois
Tabalbalet illustrés anthropomorphe et phallique », mais il en rap-
à la Fig. 5 (Klenkler
proche quand même une « figurine phallique »
du Cap γīr (Fig. 17) (Rodrigue 2006).
2003 : 122. Photo
reproduite sans
autorisation, mais De telles hésitations devraient inciter à la
s’agissant d’une prudence, et parler de « culte phallique » ou
pièce volée, c’est
de bonne guerre).
de « culte de la fertilité », voire de « culte des
ancêtres » à propos des « bétyles » sahariens,
comme cela fut trop souvent fait (Hachid
1993 : 171, Hachid 2000 : 151), paraît fort
imprudent. Le véritable bétyle en forme de
phallus (Fig.  18) découvert dans l’ancienne
cité phénico­punique de Motyé en Sicile (Whi-
taker 1921 : fig. 48) permet de constater, par
contraste, combien les objets sahariens sont en
réalité peu phalliques. De plus, même s’il était
certain que quelques-uns d’entre eux auraient
bien représenté des phallus, cela ne suffirait
pas à en faire des « symboles phalliques »
(souvent évoqués par les auteurs) car, un sym-
bole étant, par définition, une chose mise pour
une autre, il faudrait pouvoir prouver que ces
images de phallus représentaient bien autre
chose qu’elles-mêmes (cf. Willcox 1983 : 28).
Les appeler « idoles » (Flamand & Laquière
1909, Lhote 1954, Hachid 2000  : 153) ou
« bétyles » paraît tout aussi excessif et ethno-
centré. Selon l’usage courant chez les archéo-
logues et antiquisants, un bétyle est « une petite
pierre portable et magique » (Zuntz 1945 :
191), ou bien « une pierre animée par un être
divin ou démoniaque, associée au culte d’un
Fig. 15. Figurine en dieu et utilisée par des prêtres pour accomplir
pierre dite provenir des rites oraculaires » (Aliquot 2010 : 316-317).
du Sud algérien Ce terme vient du grec βαίτυλος, d’origine
(en réalité photo- inconnue, bien qu’on l’ait souvent rapproché
graphiée dans la
« Collection L.V. ») phallyque » [sic] (Kœhler 1931, A.C 1932, d’un phénicien bt ’l « demeure du dieu » cor-
et dont Jean-Paul Kœhler 1932). D’autres y ont vu des « formes respondant à l’hébreu bēth-ēl ou au syriaque
Demoule écrit aviaires » (Messili & Fröhlich 2008 : 29) et baitō alohō de même signification (Lenor-
qu’elle évoquerait pour les classer, les anciens conservateurs du mant 1881 : 40, Zuntz 1945) — alors que ce
un rapace « lié à la
mort », car, selon
Musée de l’Homme ont utilisé les descripteurs type d’expression n’est attesté dans aucune
lui, les objets de ce suivants : « faucon », « animal à deux oreilles », langue sémitique ancienne pour désigner de
type « sont en effet « animal à tête velue », « oiseau », « bélier », telles pierres (Zuntz 1945 : 173, 191 ; Chan-
souvent proches de « représentation zoomorphe » (Camps-Fabrer traine 1968 : 158, Yon 2007). Le mot bétyle,
tumulus funéraires » 1966 : 401, n. 6). Certaines de ces statuettes parfois utilisé comme épithète divine (Ζεύς
(DAO d’après
une photo d’Erich étant munies d’une «  languette 
», Henriette βαίτυλος : Seyrig 1985 : 469) a été employé à
Lessing, Demoule Camps-Fabrer estimait qu’« on peut pressentir propos de stèles, de menhirs et de toutes sortes
2007 : 19 en bas). dans ces figurines à languette la transposition de pierres dressées, d’obélisques, et même de

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« Idoles », « bétyles », « litholâtrie » et « culte phallique » au Sahara

vases, d’urnes, de haches polies et de bélém-


nites, si bien qu’Arthur Bernard Cook regret-
tait son usage en disant que « peu de termes
du vocabulaire de la religion grecque ont été
utilisés de façon plus relâchée » (Cook 1925 :
887). Ce mot n’apparaît jamais dans les œuvres
classiques de l’Antiquité, et il n’est attesté que
dans des travaux scientifiques ou lexicogra-
phiques ne remontant pas avant la période hel-
lénistique. Sa plus ancienne attestation date du
iiie siècle AEC, et Pline l’Ancien (H.N., 37, 51),
traduisant probablement des passages compi-
lés par Xénocrate d’Ephèse (Oehmichen 1880 :
104-106), en a fait le latin betulos, pour dési- Fig. 16. Une partie
gner de petites pierres noires, rondes, dotées des « idoles » de la
de pouvoir magique et constituant une catégo- grotte d’Achakar
rie particulière de céraunies, ce qui implique au Maroc (d’après
Michaux-Bellaire et
qu’il s’agit de pierres d’origine céleste (Cogels al. 1912 : pl. XIV).
1907). Pour les Anciens, repris jusqu’au vie
siècle EC par des auteurs chrétiens d’expres-
sion grecque, il s’agissait clairement de météo-
rites (Zuntz 1945 : 181-182).
[…] la pratique ancienne des habitants de Blida
Rappeler que la forme de certains bétyles du culte des abadirs, qui sont des bétyles.
antiques « imitait celle du phallus dressé » “Saint Augustin nous apprend que, de son
(Lenormant 1881 : 32) est d’autant moins un temps encore, des Abadirs étaient des divinités
argument en faveur d’une interprétation phal- pour les païens de Numidie. Or le terme phé-
liques des pierres sahariennes mentionnées nicien Abbadir désignait un bétyle” (Dr. Gsell,
plus haut qu’il existe de véritables bétyles d’as- HAAN, IV, 734). Des bétyles ont été décou-
pect très différent. Il pouvait s’agit de pierres verts au Tassili n’Ajjer en 1905 par le capitaine
équarries, et dans tout le bassin oriental de la Touchard au lieu dit Tabelbalet […]. Un autre
Méditerranée, les blocs appelés convention- site sur le plateau occidental d’Edarène-Ihe-
nellement « bétyles » ont le plus souvent « la rir fut révélé en 1969 par Henri Lhote, qui en
forme de pierres rectangulaires ou cubiques » compta huit, alors que Malika Hachid, dix ans
(Fig.  19) (Le Bihan 2013). Dès 1903, G.F. plus tard en dénombra dix-sept » […] Même si
Moore proposa de restreindre l’usage de cette les sculpteurs de bétyles et de rondes-bosses
appellation et de ne l’appliquer qu’aux blocs appartiennent certainement à des populations
réputés se mouvoir d’eux-mêmes (Moore 1903), différentes de celles qui ont récupéré ces objets
notamment aux « pierres de foudre », aérolithes pour leur vouer un culte nouveau par rapport à
et autres « pierres noires », dont l’exemple de la celui de leurs origines, ces croyances perdurent
Kaaba est actuellement le plus célèbre (Lenor- à travers l’espace et le temps » (Gast 2008).
mant 1868 : 320-321). En réalité, Desparmet, que Gast cite ici
Hélas, les auteurs ayant traité des objets de seconde main, écrivait ceci : « Nous lisons
sahariens qui nous intéressent se sont conten- dans St Augustin que les Maures rangeaient les
tés d’énumérer pêle-mêle les documents les “Abadirs” au nombre des divinités in numini-
plus divers en les regroupant artificiellement bus Abadires […] L’archéologie nous montre
sous l’intitulé « culte des pierres ». L’article à Carthage et dans ses possessions une divi-
« litholâtrie » rédigé par Marceau Gast pour nité, Eschmoun, Saturne probablement, adorée
l’Encyclopédie Berbère est des plus révélé- sous la forme d’un boulet de pierre. Le galet
teurs à cet égard. Se proposant d’étudier « le à prières des Maghrebins serait-il l’antique Fig. 17. « Figurine
rituel et le culte des pierres au Maghreb » (je bétyle des Phéniciens ? Dans ce cas on com- phallique » du Cap
souligne l’emploi du singulier), il ne se réfère, prendrait aisément pourquoi il peut servir de γīr au Mroc (DAO
porte-bonheur et de phylactère » (Desparmet d’après Rodrigue
pour la partie méthodologique de son exposé, 2006 : fig ; 1).
qu’à trois auteurs coloniaux : Edmond Doutté 1923 : 493).
(qui pourtant ne traite aucunement des bétyles : La rhétorique utilisée par Marceau Gast
Doutté 1909), et surtout Ernest-Gaston Gobert saute aux yeux : les abaddir sont des bétyles
et Jospeh Desparmet, qui lui permettent de « encore » utilisés par les païens du temps de
présenter ainsi le dossier : « Desparmet signale saint Augustin, or abaddir désigne un bétyle

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Jean-Loïc Le Quellec

et l’on a justement découvert des « bétyles » Jacques Berlioz, les éditeurs les plus récents du
dans la Tasīli-n-Ăjjer, donc ceux-ci attestent Premier mythographe du Vatican, notent bien
de « croyances » ayant perduré au cours des que « Le nom et la propriété de la pierre ont été
âges jusqu’à nos jours (puisque le nombre ajoutés par le compilateur » (Zorzetti & Ber-
des « bétyles » du plateau d’Iherir a augmenté lioz 1995 : n. 303).
au cours des années 1970). Ce sophisme est Par ailleurs, la source des associations
d’autant moins convaincant que certains des- d’idées pratiquées par Marceau Gast se trouve
dits « bétyles » ne sont l’œuvre d’aucun sculp- sans conteste chez le docteur Gobert :
teur (étant naturels, comme on l’a vu) et que la « Joseph Desparmet n’a pas manqué de
synonymie des termes abaddir et bétyle, bien rechercher dans le passé des précédents aux
Fig. 18. Bétyle de
que répétée par Gabriel Camps — « Abadir pratiques des Blidéens, ni manqué de les
forme phallique, désigne aussi un bétyle » (Camps 1984) — n’est trouver dans le culte des Abadirs que nous
en marbre blanc, pas convaincante ici. avons pris l’habitude d’appeler des bétyles.
haut de soixante- En effet, Saint Augustin (354–430) écrivit Les hommes varient peu et lentement : les
dix centimètres,
découvert à Motyé au Berbère Maxime de Madaure que les Car- Africains qui vénéraient les Abadirs ne diffé-
en Sicile (d’après thaginois honoraient des dieux appelés Abad- raient guère des Moghrébins d’aujourd’hui qui
une photographie dires (Poujoulat & Raulx 1864 : 535), mais montrent tant d’attachement à leurs pierres de
de Whitaker c’est le grammairien latin Priscien de Césarée prière » (Gobert 1948 : 54).
1921 : 278 et fig. C’est ce type de peudo-raisonnements, faits
48, modifiée).
qui, au vie siècle EC, a le premier considéré
que βαίτυλος et abaddir seraient synonymes : d’amalgames et d’associations non argumen-
« Abaddir ὁ βαίτυλος hujus abaddiris, lapis tées, qui, réifiés par des auteurs se recopiant
quem pro Iove devoravit Saturnus » (Krehl sans vergogne, permit finalement à Gabriel
1819, ii : 313). Entre 875 et 1075, le compila- Camps de conclure : « On sait que la litholâtrie,
teur anonyme qu’on appelle « Premier mytho- qui n’est pas complètement disparue dans les
graphe du Vatican » exposait à son tour qu’à campagnes nord-africaines, a des origines très
la naissance de Jupiter, comme «  sa mère anciennes. » Eh bien non, on ne le sait pas, et
cachait son enfantement, elle donna à Saturne rien ne permet de souscrire à l’affirmation du
une pierre sculptée en forme d’enfant, qu’on même auteur stipulant que « Le culte des Abba-
appelle abadir (quam abadir uocant ), dont la dires mentionné par St-Augustin [sic] ne devait
nature est de bouger sans cesse ; le père s’en pas être très différent de la vénération que por-
saisit, la brisa de ses dents et l’avala » (Zor- taient les femmes touarègues aux idoles pré-
zetti & Berlioz 1995 : 61). Cette interprétation historiques, qu’elles fussent anthropomorphes
connut une longue fortune, mais tout porte à comme à Tabelbalet, ou zoomorphes ou anico-
croire que l’association de ce terme avec le niques comme à Tazrouk » (Camps 1984).
mythe de Saturne dévorant un gros caillou à la Certes, ce qu’on appelle, par commodité,
place de son enfant résulte d’une intervention « culte des pierres » est réputé avoir été répandu
érudite utilisant la matière lexicographique en l’Arabie préislamique, mais il s’agissait sur-
grecque pour commenter un terme punique tout, de la part des nomades, d’une anthropo-
(Zuntz 1945 : 184). Du reste, Nevio Zorzetti et morphisation des rochers et des montagnes,
selon un processus extrêmement répandu dans
le monde à toutes les époques (Durand 2003).
Edward Lipínski rappelle du reste que « les
Sémites n’ont jamais adoré les bétyles en tant
que pierres, mais seulement dans la mesure où
ils manifestaient la présence divine » (Lipiński
Fig. 19. Bétyle pro- 1995 : 76).
venant de la maison En conclusion, parler des blocs de Ta-n-
V1 de Khirbet ed- Ḫadīdja comme d’un « magnifique dépôt de
Dharih en Arabie bétyles » (Hachid 2000 : 295), et employer ce
(DAO d’après Le
Bihan 2013 ; fig. 1). terme pour désigner les autres objets mention-
nés précédemment est donc totalement inap-
proprié. Et l’on ne saurait renouer à ce propos
avec les naïvetés du « culte du phallus » en
vogue chez les mythologues du dix-neuvième
siècle (Dulaure 1805) fût-ce en les rajeunissant
par une nouvelle appellation telle que « culte du
membre viril » (Soleilhavoup & Duhard 2013 :
178). Ces façons de voir comptent au nombre

134
« Idoles », « bétyles », « litholâtrie » et « culte phallique » au Sahara

Fig. 20. Phallus


apotropaïque de
Leptis Magna,
accourant pour
frapper le mau-
vais-œil (photo
Rob Stoeltje).

des restes de science coloniale qui continuent Christian-Marc Boudin (1864), reprises sans
malheureusement d’encombrer la littérature sur aucun sens critique par Jacques Marcineau
les images rupestres sahariennes, de concert (1979). Des phrases aussi fausses que « Le culte
avec les spéculations sur le prétendu « Bovi- du phallus se retrouve dans toute la civilisation
dien  » (Duquesnoy 2018), les chronologies humaine » (Mattelaer 2000 : 8), écrites sans
bâties sur le paradigme paléontologique et la sourciller dans des livres destinés au grand
notion de fossile directeur (Le Quellec 2017 : public, continuent malheureusement de pré-
79), l’interprétation de quelques images par la senter cette notion comme une évidence. Tous
mythologie peule (Le Quellec 2002, Le Quel- les auteurs cités se contentent de compiler des
lec 2006) et l’archarnement de plusieurs auteurs représentations de phallus des plus diverses
à vouloir reconnaître sur les peintures et gra- pour en déduire l’existence d’un « culte » (au
vures des types anthropologiques physiques singulier !) supposé leur correspondre en les
obsolètes (Le Quellec 2017 : 83-84). justifiant. C’est tout aussi peu éclairant que
Ladislas Ségy, le contributeur de l’Encyclo- l’idée qui consisterait à collectionner des repré-
paedia Britannica qui voyait des « symboles sentations ou empreintes de mains de toutes
phalliques » partout en Afrique et particulière- les époques et du monde entier, comme le fit
ment au Sahara, était un critique d’art d’origine Armand Verbrugge (1996), pour en conclure
hongroise établi à Paris. Grand collectionneur à la pratique d’un seul et même « culte de la
d’art moderne et d’objets ethnographiques, il main » qu’on pourrait retrouver dans toutes les
émigra en Amérique en 1936 et ouvrit à New civilisations.
York, en 1950, la Segy Gallery, où il présen- Il ne devrait plus être possible aujourd’hui
tait sa collection de statuettes et masques afri- de prolonger davantage des interprétations à
cains (Anonyme 1951). Il a fortement contri- ce point contaminées par l’idéologie coloniale,
bué à la construction et à l’établissement des qui visait, selon la formule de Paul Valéry, à
stéréotypes sur « l’art africain » (encore un « ordonner à des fins européennes le reste
singulier !), et il joua un rôle de premier plan du monde » (Valéry 1931, contra : Lepenies
dans l’institutionnalisation d’un regard esthé- 2007). De même, on ne voit guère comment
tique sur les objets sélectionnés par les col- continuer à utiliser l’ancienne — et fort discu-
lectionneurs, puis les musées, en critiquant table — notion de « survivance » pour expliquer
les ethnologues qui se mêlaient d’évoquer leur les objets sahariens mentionnés plus haut…
contexte culturel (Mark 1998 : 9-10). Cet oubli Commentant plusieurs d’entre eux, Hen-
du contexte culturel conduit à pratiquer une riette Camps-Fabrer affirmait que « La survi-
approche essentiellement esthétisante de la vance de ces traditions se retrouve à l’époque
culture matérielle des autres, et à inventer de romaine où le phallus est utilisé comme apo-
grandes généralités, dont « le » culte du phallus tropée contre le mauvais œil », puis elle citait
est l’une des plus répandues. De concert avec d’autre exemples de semblables « suvivances »
des présupposés jungiens faisant du phallus un ou « persistances » au Portugal et au Japon
« archétype » par définition universel (contra : (Camps-Fabrer 1966 : 247, n. 6). Certes, les
Le Quellec 2013-a), cette posture permet de images de phallus apotropaïques sont bien
recycler indéfiniment les thèses controuvées connues dans l’Antiquité, et à Leptis Magna,
de Jacques-Antoine Dulaure (1805) et de Jean- en Tripolitaine (Fig. 20), « au coin de chaque

135
Jean-Loïc Le Quellec

rue […] un petit bas-relief soigneusement taillé & Allard-Huard 1973 : fig. 15), d’un phallus
sur le mur au milieu d’un cartouche à queue à Abéïor dans le wâdi Djérât, car les dessins
d’arronde […] représente un phallus pourvu de ces auteurs sont souvent erronés. Les rele-
de pattes, se précipitant sur le mauvais œil » vés de gravures effectués dans le même oued
(Charles-Picard 1954 : 238). Certes, d’autres par l’équipe d’Henri Lhote sont beaucoup plus
exemples de représentations phalliques pro- fiables, qui comportent un phallus piqueté, de
tectrices sont connus dans le prédésert libyen patine chamois foncé, long de 117 centimètres
(Hunt et al. 1986 : fig. 6) et en latin, un même (Lhote 1976 : n° 731). Également convaincante
mot, fascinus, désignait à la fois le phallus, un est la « représentation schématique de l’organe
maléfice ou un mauvais sort, et tout aussi bien sexuel mâle », gravée à Ghubari Road près de
les emblèmes phalliques utilisés pour s’en pro- Dakhla (désert oriental d’Egypte) et publiée par
téger (Souter et al. 1968 : 677, Ernout & Meillet Pavel Červíček (1986 : 58, 88, et fig. 414). En
2001 : 387). La fonction de ces figures est bien Ăhaggar, un phallus isolé, piqueté à Tadrek-n-
documentée par des textes (voir par exemple Elisabeth, d’âge incertain mais paraissant sur-
Horace, Satires, I, 8, 3-5), mais ce n’est pas chargé par des caractères tifinaγ, a été signalé
le cas pour les images de la Préhistoire. En par Franz Trost (1981 : fig.  694). Là encore,
l’absence de toute information sur leur signi- nous sommes dans l’incapacité de prouver que
fication, les secondes ne peuvent donc être ces images auraient porté un sens dépassant
considérées comme une «  survivance  » des des motivations individuelles. Rien ne permet
premières. donc de parler de « symbolisme » phallique, et
encore moins d’un « culte phallique ».
Au Mesāk, une gravure figurant un phallus
isolé (Fig. 21) rejoint les exemples ci-dessus :
elle pourrait avoir été intégrée à un symbolisme
phallique répondant à des codes précis, mais
Si l’on se fie aux publications disponibles, on ne peut dépasser le stade des suppositions
en s’en tenant uniquement aux images non à ce propos. Il serait du reste assez risqué de
1. Je ne retiens pas ambiguës 1, l’art rupestre est à peine mieux loti. construire un système interprétatif sur une poi-
les plus discutables Dans la Tasīli-n-Ăjjer, la peinture jaune figu- gnée d’images mal datées, sélectionnées parmi
des figures que rant un « Bovidé-phallus extrêmement conven- les innombrables figures rupestres actuelle-
j’avais listées dans
un précédent inven- tionnel », autrefois signalée par l’abbé Breuil ment connues au Sahara. Par contre, lorsque
taire, dont il m’ap- à Jabbaren, n’a pas été revue (Breuil 1954 : les représentations phalliques font partie d’un
paraît aujourd’hui fig. 58-c). On n’ose pas non plus avoir une ensemble dont la cohérence graphique et chro-
qu’il était bien trop grande confiance dans l’indication, par nologique ne semble pas devoir être mise en
trop indulgent
Paul Huard et Léone Allard-Huard (Huard doute, on se trouve devant des images contex-
(Le Quellec 1993).

Fig. 21. Phallus


isolé gravé dans
l’oued Taka-
bart au Mesāk
(Libye). Relevé
dans l’encadré.

136
« Idoles », « bétyles », « litholâtrie » et « culte phallique » au Sahara

Fig. 22. Vue par-


tielle d’un ensemble
gravé dans l’oued
I-n-Alamas
(Mesāk, Libye).

tualisées, pour lesquelles un début d’inter- gnage écrit ou oral, il nous est évidemment Fig. 23. Relevé de
prétation semble parfois possible. C’est le cas impossible de reconstituer le détail du mythe l’ensemble précé-
dent  ; remarquer
d’un panneau de l’oued I-n-Eγahar (Mesāk) qui sous-tendit la réalisation de ces gravures, le bœuf doté d’une
sur lequel une « femme ouverte » est gravée il paraît d’autant moins aventureux de penser selle à pommeau en
entre un phallus et deux bovinés (domestiques, qu’il brodait sur l’association de la sexualité « V », le partenaire
puisque l’un d’eux est sellé) (Fig. 22 et 23). humaine à la fécondité du troupeau qu’il en maladroitement
rajouté sous la
À une date ultérieure, un petit partenaire existe d’autres exemples au Mesāk. À ce titre, « femme ouverte »,
masculin fut maladroitement ajouté sous la l’image examinée s’inscrit donc régionale- et le phallus en
femme, conférant à ce panneau un caractère ment dans un ensemble de figures dont les haut à droite.
descriptif qu’il ne possédait aucunement au référents sont fort probablement apparentés
départ, puisqu’à l’origine le phallus représenté (Le Quellec & Gauthier 1992, Le Quellec
seul à son côté témoignait d’un sectionnement 1998, fig. 141, 143). Le rôle important joué
du corps justifiant une expression non narra- par les canidés dans la symbolique sexuelle
tive de la sexualité. Si, en l’absence de témoi- des sociétés néolithiques du Sahara central

137
Jean-Loïc Le Quellec

Fig. 24. La célèbre


gravure de Ti-n-
Lalan (Ăkukas,
Libye) montrant
un personnage
surnaturel à tête de
chacal coïtant avec
une femme portant
une résille. Photo
prise en 1999.

Fig. 25. Ci-dessous,


le même panneau,
photographié
après sa vandali-
sation de 2009.

138
« Idoles », « bétyles », « litholâtrie » et « culte phallique » au Sahara

(Le Quellec 1996, Le Quellec 1998 : 360-364, — tamegra bbuššen en berbère, cirs ed-dīb
fig. 118, 119, 122, 123) est remarquablement en arabe, éhen n-ǝbeggi hn@bgi en touareg
illustré en Libye par un panneau gravé de Ti- (Chaker et al. 1984 : 293) — répandue dans
n-Lalan dans l’Ăkukas (Fig. 24-28), où se voit tout le Maghreb et le Sahara pour désigner
une femme au sexe bien marqué, et seulement l’arc-en-ciel ou la pluie par temps ensoleillé
vêtue d’un collier, de bracelets, d’une ceinture (Camps 1993). Par ailleurs, il a été souligné
et d’une courte résille, coïtant avec un thé- que le mot panberbère Anẓar, nom mascu-
ranthrope à tête de chacal, petite queue rebi- lin de la pluie, est assez archaïque pour avoir
quée, et phallus hypertrophié. Pour expliquer fait supposer l’existence d’un ancien dieu de
cette image, François Soleilhavoup a évoqué la ce nom (Camps & Chaker 1989), et des eth-
possibilité d’utilisation d’un « phallus postiche nographes ont décrit, dans le premier tiers du
[…] lors de cérémonies » pour des « accouple- vingtième siècle, les rites carnavalesques ins-
ments simulés » (Soleilhavoup 2003 : 44, 175). pirés ou hérités des hiérogamies de ce dieu
Hélas, en 2009, cette œuvre fut vandalisée par avec la « fiancée d’Anẓar » (tislit n-Anẓar), ou
un chauffeur-guide du Parc de l’Ăkukas, qui « fiancée de l’eau » (tislit n-aman), incarnée par
n’y a manifestement vu que l’expression d’une une jeune fille richement parée, comme pour
sexualité débridée. Sans revenir sur la question une noce (Probst-Biraben 1932, Joleaud 1933 :
des théranthropes et autres grands person- 239-242, 244-245). Salem Chaker rappelle
nages ithyphalliques, voire macrophalliques, que ces rites « dont la symbolique sexuelle est
figués au Sahara, il convient de rappeler que transparente, sont généralement accompagnés
Gabriel Camps a rapproché cette image de Ti- de chants d’imploration de la pluie », à la forme
n-Lalan de l’expression « mariage du chacal » très figée (Camps & Chaker 1989).

Fig. 26. Détail du


panneau précédent,
d’autant plus diffi-
cile à photographier
que la femme et la
moitié supérieure
du personnage
semblent avoir subi,
à une date indéter-
minée, des atteintes
qui ont modifié la
surface de la roche.
Cette photo a été
passée en négatif,
et ses contrastes
ont été augmentés.

139
Jean-Loïc Le Quellec

Dès lors, sur la gravure de Ti-n-Lalan, la donc au dix-huitième siècle, Anẓar le maître de
présence d’une résille portée par la femme la pluie (agellid n waman) désirait épouser une
(Fig.  26,  28) pourrait peut-être se rappor- très belle jeune fille qui avait l’habitude de se
ter lointainement au rituel selon laquelle « la baigner nue dans une rivière, et qui se refusait
matrone dénudait la fiancée [d’Anẓar] qui s’en- à lui ; alors Anẓar tourna la bague qu’il portait
veloppait dans un des filets servant au transport au doigt et la rivière tarit immédiatement ; la
des gerbes et du fourrage » (Genevois 1976). jeune fille se mit à pleurer, se dépouilla de sa
L’image rupestre de Ti-n-Lalan, réalisée à robe de soie et implora le retour d’Anẓar :
une période où la péjoration climatique crois- Ay Anẓar, ay Anẓar
sante ne devait pas laisser d’inquiéter, aurait ay ajejjig uzaγar
fort bien pu illustrer de telles noces fécon- asif rr as lcinsēr
dantes, annonciatrices de pluie et garantes de ruḥ ad d reeḍ ttaṛ
la fertilité, dans une constellation symbolique Ô Anẓar, ô Anẓar !
faisant résulter la pluie de l’éjaculation d’un Ô toi, floraison des prairies !
être surréel — association qui dépasse large- Laisse à nouveau couler la rivière
ment le monde berbère, ainsi que l’indiquent Et viens prendre ta revanche.
2. Sur ce terme, voir les « émythologies » 2 de l’Isis et Osiris de Plu-
l’entrée correspon- tarque (364 C) : « Et c’est un fait, les noms que
dante dans Le Quel- Le maître de l’eau revint à l’instant dans
lec & Sergent 2017.
les grecs donnent à l’éjaculation (ἀπουσία) et un éclair, s’unit à elle, et aussitôt « la rivière
au coït (συνουσία) dérivent, ainsi que le mot se remit à couler et la terre se couvrit de ver-
hyios (υἱὸς « fils ») de hydôr (ὕδωρ « eau ») et dure ». Et le mythe de conclure : « Voilà l’ori-
de hysai (ὗσαι « pleuvoir »), et Dionysos, qui gine de cette coutume ; en cas de sécheresse,
n’est autre qu’Osiris, est, comme seigneur de on célèbre sans tarder Anẓar et la jeune fille
la nature humide, appelé Hyès (’ὕης « qui dis- choisie pour la circonstance doit s’offir nue »
pense la pluie »). » (Genevois 1976 : 393).
Que le rituel de la « fiancée d’Anẓar » soit
en rapport avec la crainte d’une péjoration Ainsi, mythe et rituel s’orientent autour
climatique apparaît clairement dans le mythe d’actions évoquant la pluie, et se construisent
d’origine de ce rite, recueilli en Kabylie, car sur « le parallèle sémantique entre la venue
celui-ci précise qu’à l’époque « où les At Qasi de la pluie et la célébration de la fécondité »
et les At Jennad se battaient contre les Turcs », (Gélard 2006 : 96, 98).

Fig. 27. Détail de la


tête du théranthrope
de Ti-n-Lalan.
Il semble que le
« toupet » retom-
bant au-dessus
de ses oreilles, et
typique du style de
Wa-n-Amil / Iheren,
fut ajouté ultérieu-
rement. Il aurait
alors pu être inspiré
par celui du grand
anthropomorphe
en marche, à droite
de la fig.  14. La
différence de patine
entre la roche-sup-
port et la zone gra-
vée est bien visible
sur ce cliché ; elle
fait penser aux
stigmates d’un mou-
lage mal réalisé,
comme il en existe
malheureusement
plusieurs au Mesāk.

140
« Idoles », « bétyles », « litholâtrie » et « culte phallique » au Sahara

Fig. 28. Détail de la


femme du panneau
de la fig. 14. Elle
arbore une coiffure
nattée, et semble
porter une résille
sur la poitrine.

Naît alors l’hypothèse selon laquelle la gra- lairement données à une pluie ensoleillée,
vure rupestre de Ti-n-Lalan, sise en domaine se trouvent non seulement dans le nord de
paléoberbère puis berbère, pourrait bien être l’Afrique, mais aussi en Eurasie jusqu’au
en rapport avec un état ancien de ce rituel. Japon (Blust 1999) : cette très large aréolo-
Cette idée, difficile à vérifier, se renforce du gie n’a pour l’instant reçu d’autre explication
fait que des appellations du type « mariage que de résulter d’une très grande profon-
du chacal » ou « mariage du renard », popu- deur temporelle, remontant à la Préhistoire.

Fig. 29. Le lieu-dit


d’Anejjer, à proxi-
mité immédiate
de Ti-n-Lalan.
les tombes sont
musulmanes, et
s’ornent, selon une
coutume probable-
ment berbère, de
deux stèles pour les
hommes et de trois
pour les femmes
(cf. Ayoub & Le
Quellec 1981 : 5).
Selon une légende
locale, l’une des
femmes inhumées
ici aurait porté le
nom de Ti-n-Lalan.

141
Jean-Loïc Le Quellec

Il importe alors de constater que Ti-n-Lalan Si, de nos jours, cette localité demeure
tnll@ serait, disent les actuels Touareg de célèbre parce qu’elle peut encore reverdir
l’Ăkukas, le nom d’une femme ayant vécu, après « le mariage de chacal », il est évident
avec sa famille, en ce lieu où l’on montre que lorsque la gravure fut exécutée, toute la
encore actuellement sa tombe, dans un petit région devait être plus humide et plus verte,
cimetière d’une dizaine de sépultures musul- particulièrement après les pluies, puisque le
manes, dont trois féminines (Fig. 29). climat d’alors était globalement plus clément
Cette légende semble surtout avoir pour que l’actuel (Le Quellec 2013-b).
fonction de remotiver un toponyme tnll@ Comme la gravure évoquant ces épou-
qui se retrouve en d’autres régions du Sahara, sailles mythiques et fécondantes est réalisée
et dont le sens est « une des effets », le terme dans un style tardif proche de celui des pein-
ll@ (lalan, ilalen) désignant les effets, les tures d’Iheren, et comme elle remonte donc
ustensiles personnels, les vivres (Foucauld à une époque où la détérioration climatique
1952 : 1065). La racine de ce nom est ll, commençait de se faire sérieusement sentir,
d’où telilt tl S « le fait de suivre », glosé il n’est pas impossible de penser qu’elle aurait
ainsi par le Père de Foucauld : « pâturage de pu trouver là sa motivation, et non dans un
quelque longueur (pâturage d’une certaine prétendu « culte phallique ».
longueur, qu’on peut suivre pendant quelque
temps avec un troupeau, en s’y déplaçant
progressivement sans le quitter à mesure que Bibliographie
les herbages de la place où on est s’épuisent »  A.C 1932. « Recension de R. P. Henry Kœhler, La Grotte
(Foucauld 1940 : 151). d’Achakar au Cap Spartel. Collection Marrochitana,
Bordeaux, Brière, 44 p. » Bulletin de la Societé Pré-
Mais il y a longtemps, ajoutent les Touareg
historique de France 29 (1) : 58-49.
de l’Ăkukas que j’ai pu interroger, l’endroit se
serait nommé Anejjer njr, toponyme désor- Aïn Séba Nagette 2003. « Une statuaire saharienne :
les bétyles. » L’Algérie en héritage. Art et Histoire,
mais uniquement connu des personnes les plus Arles / Paris : Actes Sud / Institut du Monde Arabe,
âgées, et localement compris comme dérivant p. 89-90, et fig. 40.
d’une racine njr connotant le fait de protéger
Aliquot Julien 2010. « Au pays des Bétyles  : l’excursion
ou de sauver quelqu’un. En Ăhaggar, ce terme du philosophe Damascius à Émèse et à Héliopolis
désigne la « région comprise entre le pied des du Liban. » Cahiers du Centre Gustave Glotz 21 :
pentes et le sommet, et abritée derrière les 305-328.
plateaux supérieurs et les hautes cimes [d’un Anonyme 1951. « African Sculpture and the Segy Gal-
massif montagneux considérable] » (Foucauld lery. » The Crisis 58 (10) 488 : 668-670.
1940 : 183-184, Foucauld 1952 : 1337-1338).
Anonyme [Muzzolini Alfred] 1988. « Un bétyle de la
Selon Karl Prasse, anəggər désigne à la fois région de Tabelbalet. » Sahara 1 : 102.
le fait de s’abriter, de se protéger, et un « ver-
Ayoub Abderrahmân, & Jean-Loïc Le Quellec 1981.
sant de montagne (entre le pied et le sommet » « Gasr el-Hajj, un grenier fortifié dans la Djeffara
(Prasse et al. 2003 : 601). libyenne. » In  : Marceau Gast, & François Sigaut,
Or ces mêmes Touaregs affirment aussi La conservation des grains à long terme : leur rôle
que la zone d’Anejjer est réputée pour sa fer- dans la dynamique des systèmes de cultures et des
tilité, que les nomades avaient jadis l’habitude sociétés, Paris : CNRS, p. 3-18.
d’y faire des plantations temporaires, qu’après Balout Lionel 1957. « Une nouvelle sculpture de ronde
les pluies, de larges pâturages poussaient juste bosse au Sahara. » Mélanges Pittard offerts au Pro-
fesseur Eugène Pittard par ses Collègues et Amis en
en face du rocher orné, qu’un lac s’y formait
l’honneur de son 90e anniversaire, 5 juin 1957, Brive :
même parfois, et qu’on y voit encore pousser Imprimereie Chastrusse et Cie, p. 47-52 et pl. I.
de belles étendues de graminées les bonnes
Benhazera Maurice 1908. Six mois chez les Touareg du
années. C’est pourquoi, dit-on, cet endroit était Ahaggar. Alger : Adolphe Jourdan, 233 p.
le « protecteur », le « sauveur » des gens de la
région. Ce lieu, ajoute-t-on encore, est toujours Blust Robert 1999. « The Fox’s Wedding. » Anthropos
94(4/6) : 487-499.
mentionné actuellement dans les conversations
des anciens jusqu’au cœur de la Tasīli-n-Ăjjer, Boudin Jean-Christian-Marc 1864. Études anthropolo-
en Algérie, mais, là-bas, personne ne connaît giques : considérations sur le culte et les pratiques
religieuses de divers peuples anciens et modernes :
l’appellation de Ti-n-Lalan. L’on s’y souvient culte du phallus ; culte du serpent. Paris : Victor
seulement du nom d’Anejjer, parce que la répu- Rozier, 88 p.
3. Renseignements tation de l’endroit s’est construite sur le souve-
donnés sur place par Breuil Henri 1954. « Les roches peintes du Tassili-n-
Mohammed Belaïd nir de gens qui l’auraient quitté « il y a long- Ajjer. » Actes du Congrès Panafricain de Préhis-
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Fig. 30. Autre


vue des prétendus
« bétyles » de Ta-n-
Ḫadīdja tels qu’ils
se présentaient en
2006. Plateau d’Ihe-
rir, Tasīli-n-Ăjjer.

145
Tikadiwin (« les pierres ») de Ta-n-Ḫadīdja, site qui
tirerait son nom de celui d’une femme y ayant vécu
naguère. Les guides racontent qu’autrefois ces blocs
étaient entièrement blancs, mais qu’ils auraient foncé
avec le temps. Plateau d’Iherir, Tasīli-n-Ăjjer.