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UNE POLITIQUE DE LIBERALISATION PROGRESSIVE

DU SECTEUR AGRICOLE

1- Le Programme d’Ajustement du Secteur Agricole

Adopté en 1983, le PASA (I et II) s'articulait autour de sept orientations essentielles :

 La rationalisation de la gestion de la politique de l’eau. Des contrats-programmes devaient définir


les relations entre les ORMVA et l'Etat qui se désengagerait progressivement de «toute opération
caractère commercial ou de prestation de service ».

 La restructuration des services de la recherche agronomique, de vulgarisation et de l'élevage et


l'association du secteur privé à la gestion et à la prise en charge d'une partie de ces services.

 L'amélioration de la gestion des ressources naturelles et de la politique foncière au moyen d'une


politique de reboisement et de mesures juridiques et législatives visant les travaux de
remembrement, la prévention du morcellement, la privatisation des terres collectives, la réforme
des baux ruraux et la question des cessions de terres.

 La libéralisation des prix et du commerce des facteurs de production dans les secteurs de
l'agriculture et de l'élevage. (arrêt des subventions pour les engrais, semences, aliments pour le
bétail, machines agricoles, pétrole et eau ; et transfert au privé ou à des groupements producteurs
d’activités de production et de commercialisation des produits agricoles).

 La libéralisation des prix et du commerce des produits agricoles (suppression des subvention de
certains produits alimentaires de base comme le lait depuis 1985, ou réduction des subventions).

 La restructuration des investissements publics dans le sens de l’encouragement des producteurs


pouvant répondre aux objectifs du PAS. Choix de « zones-tampons» et de «producteurs cibles»
avec comme seule référence la croissance de la production agricole, devenue la priorité des
priorités.

 Enfin, la libéralisation du commerce extérieur des produits agricoles, en éliminant les monopoles
(OCE) et le système de contingentement (substitution progressive des quotas d'importation par une
tarification douanière graduelle en fonction des produits agricoles à importer).

- 2 Des résultats très contrastés


a- La production, notamment des céréales, demeure encore tributaire des conditions climatiques et la
satisfaction des besoins dépend encore des importations.(cf tableaux sur l’évolution des productions et
des importations)

Evolution des importations des principales denrées alimentaires de base (en


MDH)
Année 1983 1986 1990 1992 1997
Blé dur 1834 1485 1409 2736 1941
Sucre 412 441 666 808 1515
Produits laitiers 357 341 623 715 689
Huiles végétales 643 1063 636 793 670
Total 3246 3330 3334 5052 4815

De fait, si le déficit de la balance alimentaire s'est creusé (3,5 millions de dirhams en 1997), le taux de
couverture des biens alimentaires essentiels n'a pas connu d'évolution significative. Il est de 47% pour
les céréales, 23% pour les huiles végétales, 45% pour le sucre, et 80% pour le lait et dérivés.

b- Du fait de la politique protectionniste de l'Union Européenne, principal client du Maroc, les


exportations marocaines d'agrumes et de primeurs ont stagné entre 1985 et 1997. Par contre,
l'exportation des nouveaux produits (aubergines, haricots verts, avocats, fraises, kiwis, fleurs coupées)
a connu des performances réelles et appréciables.
Evolution des exportations de primeurs entre 1986 et 1997
1986 1990 1992 1997
Agrumes 573000 436000 501000 580000
Tomates 100 000 91 000 139 000 163 871
Pommes de terre 69 000 61 000 103 000 53 000

Les résultats sont donc très contrastés :

 Les performances à l’exportation sont bonnes pour les nouveaux produits, mais elles sont
contrecarrées par la nature protectionniste du marché européen.

 L'agriculture vivrière demeure encore sous l'emprise des fluctuations agro- climatiques et
nécessite une diversification des productions.

 La libération des prix seule n’a pas entraîné une amélioration générale des performances, car
l'assise foncière et financière, et la nature des cultures pratiquées restent déterminantes,

 Malgré les efforts en matière de sécurité alimentaire, des inégalités entre les régions et les
catégories d'agriculteurs demeurent (accès aux moyens de production et de commercialisation et
au marché pour les catégories les plus défavorisées de la population rurale).
 Enfin, des potentialités appréciables existent mais elles sont soit insuffisamment exploitées, soit
tout simplement non explorées, ni à des fins d'accroissement de la sécurité alimentaire, ni dans
l’objectif de développement des exportations.

3- Les options de la politique agricole dans les années 90

De nouvelles options de la politique agricole ont été retenues, à partir du début des années 1990, sur
impulsion du PNUD. Ce dernier, soulignant le niveau de développement humain particulièrement bas
dans le monde rural, avait en effet recommandé la nécessité d’une prise en compte de la durabilité et de
la globalité de la politique publique dans le processus du développement du monde rural.

Une réflexion fut alors engagée dans ce sens à partir de 1993. Elle a permis la formulation d'un
ensemble de stratégies sectorielles et transversales où chaque département se devait de fournir une
vision prospective prenant en compte les objectifs globaux de l’Etat. Plus tard, la volonté de mise en
cohérence de tous les plans et stratégies sectoriels ciblant le monde rural s’est traduite par l'institution
du Conseil Interministériel Permanent du Développement Rural et par l’esquisse d’une Stratégie de
Développement Rural finalisée en 1999.

La composante agricole de la stratégie de développement rural a retenu à son tour de nouvelles options.
La sécurité alimentaire est dorénavant privilégiée au détriment de celle de l'autosuffisance alimentaire.

La durabilité et l'intégration de l'activité agricole à son environnement économique sont les principes
directeurs de la nouvelle stratégie de développement agricole, qui s'articule autour de quatre orientations
principales:
1. • Contribuer à la garantie de la sécurité alimentaire, par la couverture de taux stratégiques
d'approvisionnement stable à partir de la production nationale d'efficience économique;
2. • Améliorer le revenu des agriculteurs à travers l'accroissement de la productivité en particulier
dans les zones favorables comme les zones irriguées;
3. • Protéger et conserver les ressources naturelles, l'exploitation de notre potentiel de production
devant s'inscrire dorénavant dans une perspective d'agriculture durable;
4. • Favoriser l'intégration de l'agriculture au marché national et international à travers d'une part,
la mise en œuvre d'une politique incitative et d'un cadre juridique adéquat permettant
l'organisation des circuits de commercialisation, de stockage, de conditionnement et de
transformation et d'autre part, l'adaptation permanente de notre production aux exigences des
marchés extérieurs sur les plans de la qualité et de la compétitivité.
La mise en œuvre de cette stratégie se heurte cependant à des obstacles liés à la non-hiérarchisation de
ses objectifs et parfois même à l'incompatibilité de certains d'entre eux. Ces difficultés sont à l'origine
du retard accusé dans le processus de libéralisation de certaines filières alimentaires sensibles tels que
celles du blé tendre, des huiles et du sucre.
Les pouvoirs publics donnent en effet l'impression de retarder les échéances à défaut d'une vision claire
du type d'agriculture à promouvoir, et d'une volonté politique pour concrétiser cette vision. En fait, les
pouvoirs publics n'arrivent toujours pas à se dégager de l'incohérence qui consiste à prôner la logique du
marché et la libéralisation des circuits et des prix, tout en maintenant certaines subventions, qui non
seulement favorisent l'inefficacité, mais qui de surcroît, créent des distorsions et des abus pouvant aller
jusqu’au détournement.

Cette approche prônait la restructuration des filières agricoles et leur intégration verticale, en
tenant compte de la carte de vocation des terres.

Elle s'articule autour des axes suivants :


• l'adaptation des cultures aux vocations des différentes régions de production,
• l'amélioration des conditions d'approvisionnement en intrants et d'écoulement des produits,
• la promotion d'une organisation professionnelle opérationnelle, permettant la concertation et
l'harmonisation des activités au niveau des différents segments constitutifs de la filière,
• la promotion de l'investissement par le ciblage des incitations et la facilitation de l'accès au crédit,
• l’amélioration de la compétitivité et de la qualité,
• la promotion des exportations et la diversification des débouchés.

S'inspirant de ces principes, plusieurs plans sectoriels ont été élaborés et mis en œuvre dans le cadre du
plan quinquennal 2000-2004.

L'orientation de la politique agricole, soutenue par le code des investissements agricoles, était
déterminée par le souci des pouvoirs publics de couvrir au maximum la demande intérieure en
produits alimentaires dits stratégiques, justifiant les mesures de protection, de subvention, d’incitation
et de régulation des marchés.

Cette politique volontariste a largement façonné l'agriculture marocaine pour en faire :


• Une agriculture étroitement dirigée: l’Etat décide, conçoit et réalise l’équipement et l’aménagement
de l’espace rural.
• Une agriculture fortement subventionnée: Non seulement les agriculteurs recevaient de nombreuses
aides, mais en plus ils bénéficiaient de dérogations aux principes même du code, notamment en
matière d’application des redevances de l’eau d’irrigation.
• Une agriculture essentiellement productiviste: l’économie, la préservation et la valorisation optimale
des ressources sont des préoccupations récentes, en témoigne la prescription de certains assolements
uniformes pour des zones écologiquement différentes.
Tels sont les traits essentiels de l’agriculture à l'aube du nouveau millénaire.

Tout en reconnaissant la justesse des choix retenus au lendemain de l’indépendance, et sans nier les
percées notables du secteur agricole, on ne peut s’empêcher de mentionner certains effets pervers et
quelques échecs de ces politiques. La problématique actuelle du secteur agricole a plusieurs facettes
qui se déclinent comme suit :

A. Une agriculture dualiste

une agriculture à deux vitesses. L'une moderne, compétitive et commerciale, l'autre familiale à
caractère social.

Les technologies à faible niveau de productivité prévalent pour les cultures pluviales de céréales et de
légumineuses, tandis que les technologies modernes produisent pour l’exportation.

Cet état de fait trouve son origine dans la concentration, pendant longtemps, des efforts
d’investissement de l’Etat sur les périmètres irrigués aux dépens des zones d’agriculture pluviale,
steppiques et de montagnes.
L’impact social de cette dualité a été aggravé par l’absence de ciblage des mesures incitatives, et le
biais dont a été victime le monde rural dans les plans de développement économique et social. Ainsi,
les politiques de sauvegarde du cheptel et de soutien des prix aussi bien à la production qu’à la
consommation n’ont bénéficié qu’à une minorité des destinataires présumés.

A titre d’exemple, il est connu que les prix garantis aux producteurs de blé tendre ne concernent
qu’une faible proportion de ruraux. La majorité d’entre eux étant totalement déconnectée du circuit
formel et n’a accès qu’au marché local où le niveau des prix pratiqués est largement déterminé par les
intermédiaires.

Au niveau de la consommation, seule la moitié des foyers ruraux semble s’approvisionner en farine
subventionnée dite «farine nationale», pour couvrir le tiers seulement de ses besoins et à des prix,
situés entre 266 et 304 Dh le quintal, bien plus élevés que les prix officiels.
L’accès des populations rurales aux services sociaux et aux infrastructures de base demeure limité,
alors que la pauvreté absolue concerne environ le tiers de ces populations, et a tendance à s’étendre
davantage durant les années de sécheresse.

Il convient donc de concevoir une politique volontariste qui met en place des mécanismes favorisant
une solidarité nationale entre les zones favorables et défavorables.

B. Une agriculture à la croisée des chemins

Il ne fait pas de doute qu'en absence de la notion d'Etat providence, désormais révolue, l'agriculture
marocaine se trouve aujourd'hui à un nouveau tournant de son histoire. Son environnement subit en
effet de profondes mutations structurelles.

D’une part, l’économie se libéralise, les marchés deviennent de plus en plus compétitifs, l’urbanisation
modifie les modèles de consommation, alors que les marchés à l'export sont de plus en plus exigeants
en terme de qualité.

D’autre part, l'ouverture des marchés agricoles risque de mettre en difficulté une grande partie des
exploitations agricoles, à dominante extensive, opérant notamment dans les zones bour défavorables.

L’avenir agricole sera déterminé par la capacité des pouvoirs publics à mette en place les conditions
favorisant l’établissement d'un certain nombre d'équilibres, notamment dans les domaines suivants :
• Ouverture vers l’extérieur et libéralisation du marché par rapport à la protection aux frontières
nécessaire à la consolidation de l'objectif de sécurité alimentaire et à la sécurisation des revenus
ruraux;
• Appui au secteur public par rapport à un désengagement en faveur du secteur privé en matière de
production, d’investissement et de prestations de services ;
• Allégement de la pauvreté à court terme par rapport aux mesures favorisant un développement
durable à long terme.

C. Une agriculture vulnérable, fortement dépendante de facteurs de production


importés

les secteurs agricoles les plus performants dépendent étroitement de l’étranger pour leur
approvisionnement en équipements, en intrants et en matières premières.
Cette situation pénalise doublement notre agriculture. D’une part, cette dernière ne draine qu’une
partie réduite de la plus value. D’autre part, elle est en permanence menacée par la hausse des cours
des facteurs de production, déjà plus onéreux que ceux appliqués à nos concurrents.

Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle mobilise des niveaux d’investissement
importants. A titre d’exemple, le seul secteur des primeurs dépense annuellement plus d’un milliard de
DH correspondant aux frais du plastique pour les serres et aux autres intrants nécessaires à la
production des primeurs destinés à l’exportation. L’aviculture et les autres filières agricoles réservent
des sommes encore plus importantes pour l’acquisition des matières premières et des intrants importés.
Notre agriculture gagnerait donc à renforcer progressivement son intégration verticale, notamment à
travers la promotion d’innovations en biotechnologies.

Outre les opportunités d’emploi, une pareille politique permettrait d’améliorer la compétitivité de
notre agriculture et consoliderait sa durabilité.

D. Une agriculture peu compétitive et mal intégrée à son environnement économique

Mise à l'épreuve de la globalisation, l'agriculture marocaine subira une vive concurrence tant sur les
marchés extérieur qu'intérieur.

Dans ces conditions, l’amélioration de la compétitivité du secteur agricole passe obligatoirement par
son intégration à l’agro-industrie qui reste relativement peu développée au Maroc.

Ainsi, alors que la production agricole représente, en moyenne, 17% du PIB, l’agro-industrie ne
représente que 5%, bien en deçà des niveaux d’intégration relevés dans les pays avancés (plus de
15%.).

L’insuffisante intégration de l’agriculture à son environnement économique s’exprime aussi par les
difficultés rencontrées par les agriculteurs pour l’écoulement de leurs récoltes.

Le problème de la commercialisation des produits agricoles a plusieurs facettes. Il découle du faible


développement des organisations professionnelles, favorisant la prolifération des intermédiaires. Il est
aussi la conséquence de l’absence de circuits de distribution et de commercialisation structurés et des
normes de qualité, des défaillances des moyens de transport et du fret, du sous équipement en
infrastructures de stockage et de chaîne de froid, et de la faiblesse du degré de transformation des
produits agricoles en produits à haute valeur ajoutée.
E. Une agriculture qui ne tient pas compte de la vocation des terres

L’application uniforme des dispositions du régime des prêts de la Caisse Nationale de Crédit Agricole
ou du Fonds de Développement Agricole sans tenir compte des spécificités agro-écologiques des
régions, s’est traduite par une allocation inadéquate des ressources. Elle a été aussi à l’origine de
certaines distorsions dans les systèmes de production, favorisant par exemple l’extension des cultures
dans les zones forestières et pastorales et conduisant à leur désertification à long terme.

Par ailleurs, les plans de mise en valeur, les itinéraires techniques et les assolements jadis imposés aux
agriculteurs présentent parfois certaines incohérences voire des aberrations. Ainsi, les cultures
proposées parfois aux agriculteurs ne valorisent pas au mieux les potentialités agro-écologiques de la
zone où elles sont introduites.

A titre d’exemple, alors que la culture de coton ne consomme dans le périmètre du Tadla que 3.413 m3
d’eau par hectare, elle reçoit des quantités trois fois plus élevées atteignant 10.500 m3 d’eau par
hectare dans le Haouz. De la même manière, la culture de canne à sucre consomme au Loukkos, dans
les conditions coûteuses d’irrigation par aspersion, une quantité d’eau équivalente à 12.040 m3 par
hectare, alors que dans le Rharb, cette consommation n’est que de 10.000 m3/ha dans des conditions
d’irrigation par gravité moins efficiente.

Ces considérations, ajoutées aux disponibilités en eau de plus en plus rares dictent la nécessité de
cibler à l’avenir les incitations de manière à optimiser la valorisation des ressources en eau et favoriser
la prise en compte des aptitudes agro-écologiques des régions dans le choix des cultures.

4- Le Plan Maroc Vert

Sur la base du diagnostic du secteur agricole, les grandes lignes du Plan Maroc Vert s'articulent
autour de six idées voulant faire de l'agriculture le principal moteur de croissance de l'économie
nationale sur les 10 à 15 prochaines années, avec des impacts colossaux en termes de croissance
du PIB, de création d'emplois, d'exportation et de lutte contre la pauvreté.

La deuxième idée considère que l'agriculture doit être pour tous sans exclusive au travers d'une
stratégie différenciée adaptée à chaque type d'acteurs, rompant avec la conception classique
distinguant entre agriculture moderne et agriculture sociale et prenant en considération la diversité
des acteurs et leurs contraintes intrinsèques et socio-économiques .

Le Maroc se doit, selon la 3ème idée, de traiter la problématique de fond de l'agriculture : la


faiblesse du tissu des acteurs, autour de modèles d'organisation innovants, en suivant des
exemples qui ont fait leur preuve à l'international et au Maroc, comme l'agrégation.

Concernant la 4ème idée à la base de la nouvelle stratégie agricole, elle porte sur la nécessité de
promouvoir l'investissement privé, accompagné si nécessaire de l'aide publique.
Dans cette perspective, la 5ème idée plaide pour l'adoption d'une approche transactionnelle
autour de la mise en oeuvre concrète sur le terrain de 1.500 projets définis sur la base d'un modèle
économique ciblé.

La sixième idée recommande qu'aucune filière de production n'est condamnée au Maroc et que
toutes les filières ont leur chance de réussite. Il s'agit de donner aux acteurs le maximum de
chance de réussir cette mutation.

Pour concrétiser ces principales idées, la stratégie agricole est axée sur une approche globale
destinée à tous les acteurs selon leurs objectifs, sur la base de deux piliers :

Le premier pilier porte sur le développement d'une agriculture moderne et à haute valeur
ajoutée/haute productivité répondant aux règles du marché en s'appuyant sur les investissements
privés, à travers le financement de 700 à 900 projets d'un coût total de 10 à 15 milliards de DH
annuellement.

Le deuxième pilier concerne l'accompagnement solidaire de la petite agriculture, à travers


l'amélioration des revenus des agriculteurs les plus précaires, notamment dans les zones
enclavées. Dans ce cadre, il sera procédé au financement de 300 à 400 projets sociaux inscrits
dans le cadre d'un plan régional visant la reconversion des agriculteurs précaires dans des activités
à haute valeur ajoutée et moins sensibles aux précipitations. Il s'agit aussi, d'encourager les projets
de production intensive dans les domaines aussi bien de production animale que végétale, à
travers l'encadrement des agriculteurs et leur qualification pour avoir un revenu supplémentaire.

Impact Attendu :
En termes d'impact, des retombées très importantes sur la croissance du PIB agricole et sur la lutte
contre la pauvreté à l'horizon 2015, sont attendues. En effet, si les moyens financiers,
institutionnels et managériaux sont actionnés et les réformes adéquates sont entreprises, les
estimations d'impact sont colossales :
Une amélioration notoire du PIB agricole, des exports et des investissements privés;
Une lutte contre la pauvreté efficace et à plus grande échelle à la fois dans les campagnes,
mais aussi dans le périurbain défavorisé;
Une nette amélioration du pouvoir d'achat et du rapport qualité/prix pour le consommateur
marocain sur le marché national.
Aussi, les enjeux de développement durable et de développement territorial seront mieux
raisonnés sur 15-20 ans grâce à une modernisation et une meilleure organisation du secteur. Ainsi,
les impacts chiffrés21 seront :
Pour le pilier I : 400 000 exploitations agricoles ciblées avec 110-115 Md Dhs
d'investissement pour 70-900 projets;
Pour le pilier II: 600-800 000 exploitations agricoles ciblées avec 15-20 Md Dhs
d'investissement pour 300-400 projets sociaux.

Le PMV est fondée également sur une meilleure intégration entre l'amont et l'aval de la chaine de
valeur agricole, avec un renforcement de l'investissement. Le Plan Maroc Vert ambitionne en effet
de générer une vague massive d'investissement agricole à hauteur de 10 milliards de dirhams par
an.
Ladite stratégie a adopté l'agrégation comme outil d'organisation privilégié dans le secteur
agricole. Il s'agit d'un partenariat gagnant- gagnant entre l'amont productif et l'aval commercial
et/ou industriel autour d'un objectif commun, axé sur l'amélioration de la productivité des filières
tout en bénéficiant de la marge de l'ensemble des chaînes de valeur.
Les considérations relatives à la sécurité alimentaire, aux changements climatiques et à la
préservation des ressources naturelles occupent une place de choix.
En effet, le PMV a identifié un certain nombre de mesures d'accompagnement afférents à
l'adéquation des conditions cadre du développement agricole et dont:
 La mobilisation du foncier agricole.
 L'amélioration de la gestion de l'eau d'irrigation.
 La modernisation du marché intérieur.
 La politique de promotion des échanges.
 La politique fiscale et d'incitation.
 La réforme des tissus des acteurs notamment la focalisation des services publics sur les missions
régaliennes et de régulation
 La promotion des partenariats avec les opérateurs professionnels concernés par le secteur.

Le PMV s'est attachée en particulier à la refonte du Fonds de Développement Agricole, à


l'implication des partenaires (Contrats programmes et conventions), à l'amendement des
instruments de gestion des risques, à la promulgation d'un certain nombre de textes réglementaires
(Agrégation, Conseil agricole, Qualité, interprofession), etc.

Dans le premier volet, le PMV a réservé une attention particulière à l'intensification technologique
à travers une amélioration de l'accès aux facteurs de production (engrais, semences sélectionnées,
plants certifiés, matériels agricoles, etc.).

Concernant la commercialisation, le PMV a promu l'agrégation comme modèle intégré


d'investissement amont-aval, la modernisation des marchés de gros et des abattoirs et la
promotion des exportations.

Pour plus d’information, se référer au site de l’Agence de Développement Agricome


http://www.ada.gov.ma/
Evaluation officielle en 2013

Cf La Vie éco Édition N° 4224 du 2014/03/03

Après 5 ans de mise en œuvre, le Plan Maroc Vert a changé l’agriculture marocaine et a posé les
fondements d’un nouvel ordre agraire selon Aziz Akhannouch, lors d’une réunion de
l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) tenue le 27 février
2014 à Rome.
La superficie agricole productive au Maroc s’est améliorée de 11% durant la période 2008-2012, à
près de 8 millions d’hectares, et la production agricole de plus de 45%, à 42 millions de tonnes.
La disponibilité alimentaire par habitant a ainsi augmenté de 14% et le PIB agricole est passé de
74 à plus de 100 milliards de dirhams, créant l’équivalent de 77 000 emplois permanents.
En matière d’économie de l’eau, le Maroc a équipé plus de 370 000 hectares et réalisé des sauts
significatifs dans tous les facteurs de productivité. En gros, trois grands chantiers structurants pour
l’avenir de l’agriculture irriguée ont été ouverts. Le premier porte sur le Programme national
d’économie d’eau en irrigation (PNEEI) qui vise la modernisation des systèmes d’irrigation à
travers la reconversion à l’irrigation localisée d’une superficie de l’ordre de 550 000 ha. Ce
programme, inscrit dans «les priorités des stratégies gouvernementales de l’agriculture et du
secteur de l’eau, est une réponse justement aux défis de la raréfaction des ressources en eau et de
la valorisation de ces ressources de plus en plus rares», a-t-il souligné. Le second chantier a pour
objectif l’extension de l’irrigation sur une superficie de près de 155 000 ha. Ce programme,
associé aux barrages réalisés ou en cours de réalisation, permettra de valoriser près de 1 milliard
de m3 par an sous-valorisé. Il nécessitera un investissement de près de 2 milliards d’euros ou 22
milliards de DH.
Le troisième chantier porte, quant à lui, sur la promotion du partenariat public-privé (PPP) pour le
développement et la gestion de l’irrigation.
Le Maroc mène ainsi une démarche cohérente pour parer à l’impact de la raréfaction des
ressources en eau sur la sécurité alimentaire.
Agriculture au Maroc :"Nous voulons réduire le nombre d'intermédiaires", selon Soufiane Larguet
directeur de la stratégie et des statistiques au ministère de l'Agriculture et de la Pêche du Maroc.

L'Usine Nouvelle février 2014

- L'un des facteurs de succès est lié au circuit de distribution. Comment se passe l'interface
avec les grossistes au Maroc ?

Soufiane Larguet - L'intermédiation nous pose un réel problème pour la captation de la valeur
chez le fermier. Nous avons une vision assez claire sur certains marchés de gros que nous
souhaitons réformer. Nous voulons limiter le nombre d'intermédiaires qui varie en fonction des
filières. Celle de l'huile d'olive par exemple n'en a quasiment pas. Ce n'est pas le cas d'autres
filières. L'agrégation par exemple est un outil qui nous permet de supprimer l'intermédiation. Dans
ce système l'agrégateur traite directement avec la distribution ou le fermier.

Comment présenter l'agrégation ?


C'est un modèle assez innovant. Cela revient à créer des liens entre le grand et le petit agriculteur.
C'est un cadre contractuel qui garantit un transfert de compétences à tous les niveaux de la grande
vers la petite agriculture. Cela concerne l'assistance technique, les intrants agricoles, la
valorisation des produits, le stockage, la transformation, la réalisation d'économies d'échelle…

Et sur le volet agro-industriel ?


Nous avons défini 18 filières appelés contrats-programmes. L'Etat définit contractuellement avec
l'interprofession un certain nombre d'objectifs et donne de la visibilité aux opérateurs pour
développer la filière en question y compris au niveau des financements. Nous avons mis
également en place des "Agropoles" qui sont des espaces intégrés dédiés à la valorisation des
produits agricoles. On y trouve des terrains mis à disposition des investisseurs à des prix attractifs
entre 25 et 50 euros le mètre carré. Nous avons deux agropoles opérationnel à Berkane et Meknès,
deux sont en construction à Haouz et Tadla et deux derniers au stade des études de faisabilité.

Le marketing est aussi une clé de valorisation des produits agricoles


Un premier travail a été réalisé à ce niveau pour identifier l'ensemble des produits et des bassins
potentiels susceptibles de bénéficier d'un label terroir. C'est le cas des appellations d'origine
protégée. Le label est une protection du savoir-faire du terroir marocain. Nous avons répertorié
environ 17 indications géographiques référencées comme la clémentine de Berkane ou le safran
de Taliouine. Trois labels existent. Le label agricole, l'appellation d'origine protégée et l'indication
géographique protégée. Nous accompagnons aussi coopératives et groupements d'intérêt
économique au niveau des salons à travers le monde sans oublier de sensibiliser les petits
agriculteurs qui n'ont pas les moyens et le savoir-faire.

Pouvez-vous nous donner un exemple ?


Le cas typique est celui des dattes. Un effort important a été fait sur le volet packaging. Cela a
l'avantage d'augmenter le taux de conditionnement des produits. C'est un transfert de valeur
certain vers la petite agriculture car le conditionnement augmente la valeur ajoutée du produit. Un
référencement est également fait au niveau des GMS (grandes et moyennes surfaces, ndlr) au
Maroc. Avec la chaine de supermarchés Marjane, nous avons travaillé depuis plus d'un an et demi
sur le référencement des produits du terroir.

Où en-est-on au niveau du financement ?


Le fonds de développement agricole du Maroc est doté d'une enveloppe de l'ordre de 3 milliards
de dirhams soit environ 280 millions d'euros. Les niveaux de subvention sont variables. Il y a
cependant quelques grandes lignes directrices. La mise en place de l'irrigation goutte à goutte est
subventionnée de 80 à 100%. La mécanisation bénéficie également de taux de subventions
importants. La plantation d'arbres fruitiers ou le stockage sont aussi de bons exemples.
Globalement, le montant total du financement a doublé entre 2008 et 2013.

Que propose le Maroc en termes d'attractivité pour l'investisseur agricole ?


En plus des aides dont je viens de parler, il y a une importante offre d'assurance. Environ 700 000
ha sont couverts par l'assurance agricole contre à peine 60 000 ha il y a trois ans. Cet aspect est
très important car l'investisseur a besoin de visibilité. Dans ce cas, il est tout simplement protégé
en cas d'année de sécheresse. L'assurance agricole est fondamentale pour limiter le risque
d'investissement. Nous avons aussi contractualisé avec le secteur bancaire des fonds dédiés à
l'agriculture. Le cadre lié au climat des affaires aide aussi à la libéralisation des investissements.

Et sur les terrains publics ?


Sur les terres appartenant à l'Etat, environ 105 000 ha ont été mis à disposition en échange d'un
loyer modéré. Il permet un accès au foncier à des conditions avantageuses. Les locations longue
durée peuvent aller jusqu'à 40 ans. Au niveau de la fiscalité, le secteur agricole marocain est
défiscalisé et on y paie 0% d'impôt sur les sociétés. Les loyers dépendent de la qualité de la terre.
Les tarifs préférentiels vont de 80 euros à l'hectare jusqu'à 400 euros.

Critiques du Comité économique et social européen 19/3/2014


Le Comité économique et social européen porte un regard critique à la politique agricole
marocaine et retrace un certain nombre de ces maux. Il met l’accent sur le fait que «le Maroc mise
sur l’agriculture comme l’un des principaux moteurs de son économie» et que «les nouvelles
possibilités qu’offre le marché européen à l’agriculture marocaine ne doivent pas conduire le pays
à dépendre de l’importation des matières premières, nuire à la biodiversité ni faire disparaître
l’agriculture familiale». Et partant de là, «le Maroc et l’UE se doivent de coopérer pour garantir la
sécurité alimentaire».
Pour les experts du Comité économique et social européen, «l’agriculture, secteur emblématique
au Maroc, dépend de plus en plus des importations de matières premières telles que le lait ou les
céréales, ce qui a de répercussions négatives sur la souveraineté alimentaire». Et «la stratégie
commerciale entre les deux blocs doit encourager la diversification des productions».

A ce niveau, ledit avis se référant à la qualité de «Statut avancé» dont dispose le Maroc, rappelle
qu’en date du 17 avril 2013, la Commission a publié une proposition de décision du Conseil pour
le Plan d’action UE-Maroc d’exécution du statut avancé (2013-2017), qui dit clairement que la
première mesure de l’agriculture est la «modernisation-renforcement des capacités dans le secteur
agricole dans le cadre de la libéralisation des échanges et en cohérence avec les perspectives du
Plan Maroc Vert».
Le même avis précise que ce plan d’amélioration agricole, qu’envisage le Statut avancé, reçoit
déjà des fonds de l’UE qui vont directement et exclusivement à l’aide du IIe pilier du Plan vert
marocain et qu’ au cours des dix dernières années, le Maroc a reçu de l’UE, 1 milliard 330
millions d’euros de subventions en fonds de développement. .Et qu’entre 2011 et 2013, 565
millions d’euros supplémentaires ont été dégagés, dont 70 millions au titre du programme d’appui
à la politique sectorielle agricole (PAPSA), suivi d’un second programme doté de 60 millions
d’euros.
Cependant et malgré ce plan d’amélioration, ledit avis dresse deux constats assez significatifs.
D’une part, la difficulté du développement du IIe pilier du Plan vert, dans la mesure où seuls 12%
du territoire sont classés comme superficie agricole utile, avec un fort pourcentage de terres non
irriguées et ce au moment où les petites exploitations familiales de moins de 5 hectares dominent
toujours le paysage agricole (plus de 70% du total des exploitations marocaines occupent moins
d’un tiers de la superficie agricole).
D’autre part, le passage d’une agriculture céréalière à une agriculture intensive au Maroc accroît
le phénomène de salinisation.

Partant de là, «l’UE doit faire en sorte qu’un équilibre puisse être trouvé entre les deux piliers du
Plan vert et encourager une agriculture pour les petits propriétaires, désormais totalement
déséquilibrée du fait de l’agriculture d’exportation à laquelle la grande majorité des producteurs
marocains est étrangère», estiment des producteurs qui souhaitent aussi que le prochain
programme de projets pilotes pour le développement rural (ENPARD) au Maroc puisse également
leur ouvrir de nouvelles possibilités.

LA VIE ECO Avril 2017 http://lavieeco.com/news/siam/siam-2017-le-maroc-tient-le-bon-bout.html

Près de dix ans après le lancement du PVM, les résultats seraient encourageants.
D’abord parce que cette stratégie est citée en exemple par différentes institutions internationales
comme l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) qui, en 2015,
a d’ailleurs primé le Maroc pour avoir atteint, deux ans avant l’échéance, le premier Objectif du
millénaire pour le développement (OMD) consistant à réduire l’extrême pauvreté et la faim et ce,
grâce au PMV.
Ensuite, le produit intérieur brut agricole (PIBA) aurait progressé de 74% entre 2008 et 2015, à
120 milliards de DH. Mais, du fait de la mauvaise campagne céréalière 2015-2016, le volume est
retombé à 108 milliards de DH. Malgré tout, le secteur serait moins exposé aux aléas climatiques
car les baisses de la production céréalière impacteraient de moins en moins l’évolution du PIB
agricole.
Au titre du Pilier I, 869 projets ont été concrétisés durant la période 2008-2016, soit 96,5% de
l’objectif 2020. Ces projets bénéficiant à 293000 agriculteurs agrégés couvrent une superficie de
503 387 ha. Pour le moment, 56 projets concernant 135000 producteurs ont obtenu une attestation
d’agrégation pour une superficie de 342 000 ha et 320 000 têtes du cheptel. L’investissement est
de 20 milliards de DH (voir filières pages suivantes).

A propos du Pilier II, 616 projets ont été lancés à fin 2016, soit assez largement au dessus de la
barre fixée. Le montant de l’investissement est de près de 15 milliards de DH. Environ 740 000
agriculteurs en bénéficient. La grande majorité des projets sont localisés dans les régions de
Tanger, Tétouan-Al Hoceima (17%), Fès-Meknès (14%), Marrakech Safi (12%), et l’Oriental
(11% des projets).
Toujours concernant ce pilier II, le projet d’agriculture solidaire et intégrée au Maroc (ASIMA)
destiné à mettre en place des mesures de conservation des sols et de préservation de la biodiversité
dans des zones marginales a profité à 8500 petits agriculteurs (dont 20% de femmes) de Rhamna,
Essaouira, Haouz, Agadir et Tiznit. Le coût total du projet, dont la Banque Mondiale est
l’administrateur, est de 41,98 millions de dollars (420 MDH)

Une attention particulière est aussi accordée aux produits du terroir considéré par le ministère de
l’agriculture comme une alternative pour le développement local, viable et durable de zones
difficiles d’accès. Selon l’Agence de développement agricole (ADA), 8 boutiques sont créées au
profit de 8 groupements représentant 60 coopératives constituées de 2600 agriculteurs et 10
filières de produits du terroir (argane, safran, dattes, huile d’olives, olive de table, miel, couscous,
lavandin et câpres). De nouvelles boutiques sont en cours de création pour 10 nouveaux
groupements, représentant 17 coopératives regroupant 373 agriculteurs et 6 filières de produits du
terroir (argane, miel, huile d’olive, figue de barbarie, PAM, épices). Sur le même registre, un
contrat programme «Agriculture biologique» a également été signé en 2011 entre l’Etat et
l’Association marocaine de la filière des productions biologiques (AMABIO). Les professionnels
se sont engagés à produire respectivement 400000 et 8500 tonnes de produits végétaux et animaux
et d’en exporter 60 000 tonnes d’ici à 2020.

Ces résultats découlent d’actions bien coordonnées. Sur le plan institutionnel, l’Agence de
développement agricole (ADA) et l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires
(ONSSA), ont été créés, de même qu’un Office national de conseil agricole (ONCA), interface
entre la formation et la recherche et la sensibilisation et le conseil des agriculteurs et des
organisations professionnelles.

Sur le terrain, un partenariat Public-Privé a été établi, scellé par des contrats programmes avec les
principales filières agricoles représentées par leur fédération. Depuis 2008, 19 contrats ont été
signés. Un cadre juridique régissant la création et le financement des interprofessions agricoles a
été mis en place en 2015 à travers la loi 03-12 relative aux interprofessions agricoles et
halieutiques adoptée en 2015. Déjà, neuf interprofessions ont obtenu leur sésame.
l’Etat a mis à la disposition des investisseurs privés suffisamment de foncier (pilier I) pour une
durée de location assez longue. Ainsi, 100 000 ha ont été alloués par appel d’offres à fin 2016.
Les investissements engagés s’élèvent à près de 14 milliards de DH sur un objectif de 15,2
milliards, soit un taux de réalisation de 92%. Ces investissements concernent en particulier la
production végétale, l’élevage et les unités de valorisation, en plus des actions transverses
relatives à la mise à niveau des exploitations concernées, entre autres, les aménagements hydro-
agricoles et fonciers.
C’est dans le même souci de faciliter l’investissement par la mise à disposition des terres que
l’agrégation a été promue. Ce système organisationnel consistant à fédérer des agriculteurs autour
d’acteurs privés, qu’ils soient une personne physique ou morale ou toute organisation
professionnelle (Coopérative, Association ou Groupement d’intérêt économique), permet de
surmonter le morcellement en vue d’améliorer les rendements à travers le transfert de technologie.
Inciter les agriculteurs à produire, c’est aussi les rassurer en cas de coup dur. A ce titre, a été créé
un système d’assurance qui couvre à présent plus d’un million réparti entre les céréales, les
légumineuses, l’oléagineux et l’arboriculture. L’accent a aussi été mis sur une gestion plus
efficace de l’eau. Près de 500 000 hectares ont été équipés pour la reconversion vers le goutte-à-
goutte sur un objectif de 550 000 hectares, soit un taux de réalisation de 90%.

Afin d’articuler l’aval et l’amont agricole par une logistique performante deux agropoles (Berkane
et Meknès) sont déjà opérationnels. Cinq autres sont programmés.

PLAN MAROC VERT, LE GRAND MIRAGE


https://ledesk.ma/grandangle/plan-maroc-vert-le-grand-mirage/
18.04.2018 à 16 H 06
Par Ariane Salem et Zouhair Ait Benhamou
Plan Maroc Vert, le grand mirage
DÉCRYPTAGE.Contrairement à la perception générale et au discours
ambiant, le Plan Maroc Vert de Aziz Akhannouch ne tient pas la route. Les
éléments de langage des communicants du ministre de l’agriculture ne
résistent pas à la réalité des chiffres. Création d’emploi, investissements,
export, contribution à la croissance… A quatre ans de son terme, la
stratégie Akhannouch est loin, très loin des objectifs tracés en 2008.
Ministre de l'agriculture depuis 2007, Aziz Akhannouch a été reconduit en 2011 pour mener à terme le Plan
Maroc Vert. Ici, reçu avec le Chef du gouvernement au palais royal, le 28 janvier dernier, pour le lancement du
plan anti-sécheresse. MAP
Aziz Akhannouch est le meilleur chantre du Plan Maroc Vert, lancé en
2008. Le ministre, maintenu en poste en 2011 pour justement poursuivre
cette stratégie à son terme, ne rate aucune occasion pour mettre en avant
son bilan « positif » depuis le lancement de cette stratégie « miracle ».
Dernière en date : la semaine verte de Berlin, grande messe de
l’agriculture mondiale tenue du 15 au 24 janvier 2016, et où le Maroc était
invité d’honneur. Depuis la capitale Allemande, où la délégation marocaine
était accompagnée d’une cinquantaine de journalistes, Aziz Akhannouch a
encore une fois loué les avancées majeures de son Plan Maroc Vert (PMV),
mettant en avant, comme à chaque fois, la progression de la valeur
ajoutée agricole, l’amélioration du revenu par tête, la poussée des
exportations et le recul de l’extrême pauvreté en zone rurale.
Maroc, pays partenaire de la Semaine verte de Berlin. Le royaume est le premier pays hors Union européenne à
décrocher ce statut. MESSE BERLIN GRÜNE WOCHE 2015
A chaque foire, salon ou évènement, le ministère fait appel à des coopératives pour présenter leurs produits sur
les marchés internationaux. Encore une fois, les résultats de ces actions sont restés assez maigres. MESSE
BERLIN GRÜNE WOCHE 2015
Stand du Maroc à la semaine verte de Berlin, où le royaume était l’invité d’honneur pour l’édition 2016,
organisée du 15 au 24 janvier. Le Plan Maroc Vert mise beaucoup sur l’export, mais les résultats ne suivent pas.
MESSE BERLIN GRÜNE WOCHE 2015
Le secteur agricole est partagé entre d’un côté l’agriculture irriguée, portée vers l’export, capitalistique, et de
l’autre l’agriculture bour, décapitalisée, et connectée à des circuits de distribution local désorganisés.
S.KAITOUNI
Akhannouch dit-il vrai ? Ces avancées sont-elles réelles ? Pas vraiment. La
situation d’un secteur agricole bicéphale – entre d’un côté l’agriculture
irriguée, portée vers l’export, capitalistique, et de l’autre l’agriculture bour,
décapitalisée, et connectée à des circuits de distribution local
désorganisés – n’a cessé de se dégrader. En 2016, huit ans après son
lancement, les indicateurs de performance s’écartent des objectifs du PMV
à atteindre en 2017 et 2020. L’optimisme affiché du ministère prend appui
sur des chiffres trompeurs, masquant la réalité d’un échec notoire. Un
échec qui se caractérise par deux observations : la destruction d’emplois
agricoles et la « DÉCAPITALISATION » du secteur.
27.01.2016, Casablanca, Maroc. Conférence de presse sur du Haut-
Commissariat au plan concernant l'évolution de l'économie nationale en
2015 et ses perspectives pour 2016. En présence entre autres du haut
commissaire au plan Ahmed Lahlimi Alami.
DAVID RODRIGUES / LE DESK

Point par point, à l’appui des chiffres livrés par l’Office des changes, le HCP
et le ministère, LE DESK a pu démontrer que le Plan Maroc Vert échoue
jusqu’à présent sur tous les plans ou presque, aussi bien sur son pilier 1
dédié à l’agriculture dite moderne que sur le second pilier ciblant
l’agriculture solidaire.
ECHEC I
Aucun impact « considérable »
sur la croissance
Si le PIB agricole a progressé à 118 milliards de dirhams, son impact sur la croissance reste très faible. MAP
Dans ses objectifs, le PMV table pour 2020 sur « UNE AMÉLIORATION NOTOIRE »du
PIB agricole, pour « UN IMPACT CONSIDÉRABLE SUR LA CROISSANCE ». En chiffres, il
prévoit le renforcement de la part de l’agriculture dans le PIB de 70 à 100
milliards de dirhams. Cet objectif est en fait atteint dès 2010, deux ans
après le lancement du Plan. En 2015, le PIB agricole atteint 118 milliards
de dirhams. Ce renforcement au lancement de la stratégie est permis par
les investissements déjà engagés dans l’agriculture moderne orientée vers
l’export, qui n’a pas besoin de main d’oeuvres. Dès 2009, la pluviométrie
est de nouveau favorable au remplissage des barrages, qui alimentent ce
secteur, après une terrible année 2008 de sécheresse.

Malgré la politique des barrages lancée par Hassan II et poursuivie sous


Mohammed VI, le Maroc n’arrive pas toujours à s’affranchir de la
pluviométrie. MAP

Un berger près de Rabat 10 Janvier 2007, les troupeaux de bovins à ses


nouveaux pâturages. Le ministre marocain des Affaires islamiques a
appelé ses compatriotes à prier pour la pluie à la prière du vendredi dans
toutes les régions dU Royaume. ABDELHAK SENNA / AFP

Toutefois, l’amélioration de la valeur ajoutée ne provoque pas


l’impact « CONSIDÉRABLE » attendu sur la croissance. Entre 2007 et 2014,
l’agriculture ne contribue qu’à hauteur de 1,76 % à la croissance du PIB,
loin derrière les services et l’industrie. Il y a certes une amélioration par
rapport à la période 1999-2014 où l’impact été limité à 0,11 %, mais on
est loin des objectifs initiaux.
Pourquoi donc l’agriculture peine à délivrer un impact considérable sur la
croissance ? Parce que la création de richesse agricole est encore trop
aléatoire. Chaque mauvaise année pluviométrique est synonyme de
destruction de richesse dans le secteur. Pour 2016 encore, les prévisions
de la Banque centrale établissent une contraction de la valeur ajoutée
agricole de 4,3 %. Ces destructions cycliques se matérialisent par une
insécurité des revenus, un faible dynamisme des investissements et des
destructions d’emplois.
ECHEC II
Au lieu de créer des emplois,
le PMV les détruit
Aziz Akhannouch tablait dans son plan sur la création de 1,5 million d’emplois entre 2007 et 2020. Depuis, son
lancement, le PMV a surtout détruit des postes de travail.MAP
C’est l’échec le plus notoire du PMV. L’objectif de porter l’emploi de 4,2
millions de postes en 2007 à 5,7 millions en 2020 est actuellement
irréalisable. Depuis 1999, le secteur agricole n’a cessé de perdre des
emplois, au rythme de 13 600 destructions en moyenne annuelle jusqu’en
2007. A partir de 2008, la contraction s’aggrave encore plus, et on passe
entre 2008 et 2014 à un rythme de destruction de 23 700 emplois en
moyenne par an.
L’optimisation du capital (tracteurs,semences, engrais...) couplée à la réduction de l’emploi permet d’afficher un
revenu agricole en croissance. SHUTTERSTOCK
Cet exode des champs permet aux indicateurs affichés par le ministère de
montrer une embellie. Les cultures du pilier 1, moins intensives en travail,
améliorent leur intensité capitalistique. L’optimisation du capital
(tracteurs, semences, engrais) mène à l’accroissement de la valeur
ajoutée agricole. De même, la réduction de l’emploi permet d’afficher un
revenu agricole en croissance. L’objectif de doubler ou tripler le revenu par
tête est en passe d’être réalisé à l’horizon 2017 ou 2020, non pas grâce,
mais bien à cause du déclin de l’emploi. La réalisation des objectifs de
valeur ajoutée et de revenu par tête n’est permise ainsi que par
l’incapacité à déclencher une dynamique d’emplois dans le secteur.

Le HCP dans sa très récente analyse sur les rendements du capital


physique, met en exergue la relation entre perte d’emplois et hausse de la
productivité dans l’agriculture, démystifiant ainsi les chiffres du ministère
de Aziz Akhannouch. Sa conclusion est simple : l’amélioration des
rendements de la production agricole s’est faite au détriment de
l’investissement et de l’emploi.
Selon le HCP, l’amélioration des rendements de la production agricole, présentée comme une belle prouesse,
s’est faite au détriment de l’investissement et de l’emploi. MAP
L’intensité capitalistique – les unités de capital disponibles par tête
d’emploi – du secteur a ralenti en quinze ans passant d’un taux de
croissance de 1,5 % entre 1998 et 2007 à 0,8 % entre 2008 et 2014,
quand l’ensemble de l’économie a vu son intensité capitalistique
progresser à un rythme de 5 % sur l’ensemble de la période. La
décélération de l’intensité capitalistique dissimule le recul du capital
humain.
ECHEC III
Les chiffres trompeurs
de l’investissement
Lors des dernières assises de l’agriculture de Meknès, le ministre avait porté à son bilan l’accélération des
investissements depuis le lancement de la stratégie. Or, les chiffres du HCP dévoilent une vérité tout autre. MAP
Pour parvenir à ses objectifs, le Plan Maroc Vert mise beaucoup sur
l’accélération des investissements sur le pilier 1 – « L’AGRICULTURE
MODERNE » – et le pilier 2 – « L’AGRICULTURE SOLIDAIRE ». La feuille de route du
PMV indique qu’à terme, 900 projets du pilier 1 devront générer 150
milliards de dirhams d’investissement pour bénéficier à 400 000
exploitants. Pour le pilier 2, les investissements prévus sont estimés à 15
milliards de dirhams, devant bénéficier à 600 000 ou 800 000 exploitants.
Mohammed VI a inauguré la première tranche de l’agropole de Berkane
relative au pôle de recherche-développement et de contrôle de qualité juin
2013. MAP
Cet objectif de 165 milliards d’investissements additionnels sur 10 à 15
ans prévu dans le PMV signifie que l’investissement total enregistrerait
une croissance annuelle moyenne de près de 7 % sur la période 2008-
2015. Le résultat est une croissance inférieure de 3 points aux alentours
de 4 %. De même, alors que l’investissement agricole devait améliorer sa
part dans l’investissement total, sa contribution décline de 2,5 % en 2008-
2009, à 1,6 % en 2014.

Lors des dernières assises de l’agriculture de Meknès, le ministre avait


toutefois porté à son bilan l’accélération des investissements depuis le
lancement de la stratégie, lesquels ont « augmenté de 170 % depuis
2008 ». Or, les chiffres du HCP dévoilent une vérité tout autre. Certes les
investissements ont augmenté en volume par rapport à 2008. Mais ce
bilan cache la faiblesse de l’investissement par rapport à la contribution
de l’agriculture à la croissance économique. Le taux d’investissement –
soit la part de l’investissement par rapport à la valeur ajoutée du secteur
n’a cessé de décroître depuis le lancement du PMV. La part des valeurs
ajoutées allouées à l’investissement dans le secteur agricole a ainsi baissé
de 13 % durant la période 1998-2007 à 7,3 % à partir de 2008.

Autre chiffre parlant : avant le plan Maroc Vert, l’agriculture contribuait à


hauteur de 6 % à la formation brute de capital physique du pays. Depuis
son lancement, ce taux est tombé subitement à 2,9 %. Ces chiffres
révèlent le détournement de la valeur ajoutée agricole au profit des
secteurs du service, puis de l’industrie. Le HCP qui livre ces chiffres,
appelle d’ailleurs à « RECAPITALISER » le monde agricole, qui présente encore
des opportunités de croissance inexploités.
La surface irriguée au Maroc ne dépasse les 15%. L’essentiel des surfaces
cultivées reste tributaire de la bonne volonté du ciel. MINISTÈRE DE
L'AGRICULTURE
L’agriculture solidaire est le parent pauvre de la stratégie Akhannouch.
Paradoxalement, l’agriculture dite solidaire, qui emploie l’essentiel de la
population agricole, ne bénéficie pas du renvoi d’ascenseur attendu.
L’agriculture irriguée, qui représente 1,5 million d’hectares sur les 8,7
millions de la surface agricole utile et contribue à 45 % de la valeur
ajoutée agricole en moyenne, a été la cible prioritaire des investissements.

L’hypertrophie des investissements dans l’agriculture dite moderne a


laissé donc à nu l’agriculture bour. Celle-ci continue de pâtir de l’aléa
climatique et du stress hydrique, variable structurelle du Maroc. Sa
contribution à la valeur ajoutée reste pourtant forte, atteignant jusqu’à
55 %. Le problème réside dans sa volatilité. En année de sécheresse, elle
peut tomber à 30 %. Mais au lieu de limiter ces fluctuations, la stratégie
du ministère a contribué au contraire à exposer ce secteur à tous les
risques, en l’absence de solutions d’irrigation pérenne pour ce secteur.
ECHEC IV
Le Maroc ne cartonne pas
à l’export
Le raisin marocain s’exporte aussi de moins en moins, perdant 33 % de son chiffre d’affaires entre 2008 et
2014. MAP
Les plus cyniques diront toujours que les sacrifices de l’agriculture
traditionnelle permettent au Maroc d’avoir un secteur exportateur
dynamique. Les exportations décollent certes, mais l’envolée n’est pas
mirobolante. Elle reste surtout loin des objectifs de la stratégie
Akhannouch. Celle-ci prévoyait l’accroissement de la valeur des
exportations de 8 à 44 milliards de dirhams pour les filières où le Maroc est
compétitif, comme les agrumes, les olives, les fruits et légumes. Or, en
2015, les exportations agricoles totales n’ont atteint que 13,7 milliards de
dirhams. L’écart semble difficilement rattrapable en quatre ans, délai
avant l’échéance du PMV.
On notera quand même la petite progression entre 2008 et 2014, une
croissance de 50 %, due essentiellement aux légumes frais qui tiennent le
haut du pavé des expéditions agricoles (pour une valeur à l’exportation de
7,7 MMDH). Quant aux célèbres agrumes, ils ne s’exportent pas plus en
2014 qu’en 2008 (3,1 MMDH en 2014 contre 3,2 MMDH en 2008). Le raisin
marocain s’exporte aussi de moins en moins, perdant 33 % de son chiffre
d’affaires entre 2008 et 2014 (95 MDH en 2014). Même l’huile d’olive
n’arrive pas à cartonner comme le prévoyait le ministère : En 2020, le
Maroc doit exporter selon le PMV 120 000 tonnes (le niveaux actuel de la
Tunisie). Un objectif difficile d’atteinte quand on sait que les volumes
exportés en 2015 ne dépassent pas les 24 000 tonnes. L’agriculture dite
moderne, qui représente 75 % des exportations agricoles du pays, peine
ainsi à réaliser les objectifs d’Aziz Akhannouch.

POUR COMPLETER L’ANALYSE, ECOUTER L’INTERVIEW DE NAJIB AKESBI


https://open.luxeradio.ma/show/track/daea32adcae6abcb548134fa98f139f9

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