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Actes des congrès de la Société

des historiens médiévistes de


l'enseignement supérieur public

Les espaces du sauvage dans le monde franc : réalités et


représentations
Monsieur Fabrice Guizard-Duchamp

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Guizard-Duchamp Fabrice. Les espaces du sauvage dans le monde franc : réalités et représentations. In: Actes des congrès
de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, 37ᵉ congrès, Mulhouse, 2006. Construction de
l'espace au Moyen Age : pratiques et représentations. pp. 117-129;

doi : 10.3406/shmes.2006.1917

http://www.persee.fr/doc/shmes_1261-9078_2007_act_37_1_1917

Document généré le 04/06/2016


Les espaces du sauvage

dans le monde franc :

réalités et représentations

Fabrice Guizard-Duchamp

Comme nous l'avons appris des anthropologues, chaque groupe


humain sur notre planète définit un mode de représentation du monde
qui est lui-même fruit d'une construction sociale. Chaque civilisation a
appréhendé son environnement d'une manière originale et singulière à un
moment de son histoire1. Et il semble que partout l'on distingue entre un
univers domestique et un univers sauvage. Pourtant, s'il y a besoin du
sauvage pour déterminer ce qui relève du domestique ou du culturel, nous ne
pouvons ériger cette dualité en principe universel. Philippe Descola
explique que même l'anthropologie, qui n'a cessé de se confronter au problème
des rapports de continuité et de discontinuité entre nature et culture, doit
désormais s'émanciper de cette structure2. Le sauvage constitue moins une
catégorie invariante qu'un pôle de référence à l'aide duquel nous nous
efforçons de baliser un terrain extrêmement mouvant.
Est-il aussi fragile de délimiter les espaces sauvages? Les
anthropologues qui réfléchissent sur les espaces montrent que, loin d'être
universelle, la limite entre espace sauvage et espace cultivé offre une grande
variété de cas, allant de l'abolition de toute frontière à des cloisonnements
étanches3. À dire le vrai, le concept d'espace sauvage, ou même du sauvage
(comme un état social anomique), ne va pas de soi.

1. R. Delort, F. Walter, Histoire de l'environnement européen, Paris, 2001, p. 45.


2. P. Descola, « Anthropologie de la nature », Annales HSS, 1 (2002), p. 9-25. Id., Par-delà nature
et culture, Paris, 2005.
3. F. Paul-Lévy, M. Segaud, L'anthropologie de l'espace, Paris, 1983 p. 29-45; The Anthropology of
Landscape, E. Hirsch et M. O'Hanlou éd., Oxford, 1995.
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La nature sauvage est une réalité éminemment culturelle et


l'opposition entre les deux pôles sauvage/domestique, quand elle affleure, est
davantage le fruit d'un choix conceptuel. S'intéresser aux usages sociaux de
la nature consiste donc aussi à étudier la fabrication idéologique et pratique
de l'environnement par et dans les sociétés4. Si l'on part du fait que,
suivant les époques et les lieux, les hommes n'étaient pas les mêmes, la vision
qu'ils pouvaient avoir de leur milieu était fort différente de celle que nous
avons non seulement du nôtre, mais surtout du leur5. Pour tenter de cerner
l'espace sauvage au haut Moyen Age, il faut accepter et s'imposer un total
dépaysement. Il n'y a pas de mot dans les sources pour le désigner ; quant à
ceux qui nous viennent, ils ne recouvrent pas la totalité du concept :
— le saltus des agronomes antiques par exemple ne peut sy superposer, le
mot est de moins en moins usité. On peut lui préférer l 'incultum ;
— la forêt ne suffit pas non plus à identifier ce qui est wilderness, même si,
en Occident, elle devient une sorte d'archétype de cet antimonde, pour
reprendre ce mot du géographe Roger Brunet6 ;
- le monde sauvage, dont la géographie n'est pas figée, semble être révélé
le plus souvent par le comportement du vivant, homme et surtout animal ;
encore que la distinction entre les espèces sauvages ou domestiques, selon
qu'elles sont proches ou non de l'homme, n'entraîne pas la même
distinction dans la perception et les usages des lieux ;
- rappelons enfin que l'espace sauvage ne peut être assimilé tout
simplement au milieu que l'on dirait « naturel » ; celui-ci est, depuis des
millénaires, déjà marqué par l'action de l'homme. Les analyses régionales menées
par les archéologues montrent très bien que le milieu naturel n'existe plus
au début du Moyen Âge : il est complètement anthropisé7.

4. Sur les problèmes de la taxinomie et de l'évolution de la pensée, C. Lévi-Strauss, Lapensée sauvage,


Paris, 1962, notamment « La logique des classifications totémiques », p. 50-94. Et en dernier lieu
P. Descola, Par-delà nature et culture, op. cit., p. 58-90 (sur l'opposition sauvage/domestique).
5. C. Deluz, « Climats et comportements au Moyen Âge », dans L'homme et l'environnement.
Histoire des grandes peurs et géographie des catastrophes. Actes du colloque international de Dijon,
16-18 novembre 2000, J. Pérard et M. Perrot éd., Dijon, 2003.
6. R. Brunet, Le déchiffrement du monde. Théorie et pratique de la géographie, Paris, 1990,
p. 298-308.
7. J. Burnouf, « Introduction », dans L'homme et la nature au Moyen Age. Actes du Ve Congrès
international d'archéologie médiévale, Grenoble, 6-9 octobre 1993, M. Colardelle éd., Paris, 1996, p. 6.
Cf. aussi G. Bertrand, « Pour une histoire écologique de la France rurale », dans Histoire de la
France rurale, G. Duby, F. Wuxon éd., vol. 1, Paris, 1987, p. 37-113. Id., « La mémoire des
terroirs », dans Pour une archéologie agraire : à la croisée des sciences de l'homme et de la nature, J. Gui-
laine éd., Paris, 1991, p. 1 1-17.
Les espaces du sauvage 119

La perception médiévale de l'environnement résulte du dialogue


entre la connaissance factuelle du milieu et les usages économiques, sociaux,
voire spirituels que l'on en fait8. De multiples acteurs sociaux sont
impliqués dans le maniement des représentations de l'espace sauvage, ce que
nous révèle l'étude d'un dossier documentaire finalement énorme puisque
tous les types de sources doivent être sollicités. La manière d'appréhender
ces espaces diffère complètement selon le type de discours. Nous
découvrons alors des cohérences spatiales très différentes selon que nous avons
affaire à des paysans, des ermites ou des moines, des puissants, des poètes
ou des érudits9.

L'œil des savants chrétiens et des clercs :


un monde différent ?
Les sources narratives, constituant l'essentiel du corpus
documentaire, invitent à l'approfondissement d'abord sur le plan des idées et de
la représentation de l'espace. Dans une approche littéraire, la vision d'un
monde coupé en deux (sauvage/cultivé) n'est pas sans fondement. Dans les
écrits des grands penseurs de la chrétienté comme dans les vies de saints, on
retrouve les topoi classiques et antithétiques du locus amoenus (lieu
agréable) et du locus horridus (lieu horrible), que l'on a trop souvent appliqués
sans nuance à la perception quotidienne que pouvaient avoir les hommes
de leur environnement.
L'élaboration de la représentation chrétienne du monde ne peut se
résumer à une synthèse d'un legs antique. Même si les œuvres païennes
offrent une riche palette d'images sur la nature, la Bible est, par
l'intermédiaire des Pères de l'Église, à l'origine d'une représentation plus neuve.
Cependant, la catégorie du sauvage, comme le reste du monde physique,
n'est alors pas objet d'érudition scientifique : c'est une vaine curiosité10.

8. F. Walter, « Une histoire de l'environnement, pour quoi faire? », dans Milieux naturels, espaces
sociaux. Études offertes à Robert Delort, E. Mornet, F. Morenzoni, D. Millioud éd., Paris, 1997,
p. 42. Voir aussi Comprendre et maîtriser la nature au Moyen Age, Mélanges d'histoire des sciences
offerts à Guy Beaujouan, Genève, 1994.
9. A. Guerreau, « II significato dei luoghi nell'Occidente médiévale : struttura e dinamica di uno
"spazio" specifico », dans Arti e storia nel Medioevo : Tempi, spazi, Instituzioni, t. I, E. Castelnuovo
et G. Sergi éd., Turin, 2002, p. 201-239.
10. Tel est le jugement de saint Augustin au v* siècle. De doctrina cbristiana, II, p. 16-24, K.-D. Daur
et J. Martin éd., Turnhout, 1962 (Corpus Christianorum Series Latina 32), p. 48-49.
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Elle est malgré tout bonne à penser. D'une manière générale, l'érudition
puise volontiers dans les mythes et les fables mais aussi dans les Ecritures
pour constituer un corpus de sentences et de leçons très imagé pour la
morale chrétienne dont les motifs tournent autour de la nature. Et cette
« matière du sauvage » offre des modèles propres à édifier : le loup rapace,
la forêt sombre. Au ixe siècle, Raban Maur fournit sur ce point une
véritable somme dans le De universo : toute chose contenue dans la Création
est présentée comme une allégorie au service d'un discours exclusivement
théologique11.
Y a-t-il un espace sauvage dans la vision chrétienne du monde ? Trois
constructions ressortent dans la représentation de l'espace :
— les catégories sauvage/domestique reprises de la taxinomie antique ne sont
pas des catégories systématiques, même si elles ont mieux résisté, pour
le règne animal notamment, que la nomenclature vétérotestamentaire du
pur et de l'impur dans les sources occidentales du haut Moyen Age12. Une
organisation du monde selon l'axe vertical qui joint la Terre et le Ciel est
largement préférée13. C'est celle de saint Augustin que l'on retrouve chez
Grégoire le Grand (540-604) : l'ordre des reptiles et des animaux, l'ordre
des hommes, l'ordre des anges14. Isidore de Seville (vers 562-636), dans le
livre XII de ses Etymologies {De animalibus), classe les animaux selon qu'ils
sont plus ou moins proches de l'homme, tout en respectant cette
verticalité : les bêtes de somme d'abord, puis les bêtes sauvages, ensuite les espèces
qui sont proches du sol, voire se glissent en dessous, les petits animaux, les
serpents, les vers, les poissons. Deux catégories à part s'y ajoutent : elles
concernent les animaux ailés15 ;
— ce qui nous amène à une deuxième construction symbolique du monde,
concentrique : autour de l'homme, c'est le monde domestique, puis un
espace à sa portée dont le caractère sauvage peut être provisoire, enfin un

11. Raban Maur, De universo, PL 1 1 1, col. 9-614.


12. L. Bodson, « Points de vue romains sur l'animal domestique et la domestication », dans
Homme et animal dans l'Antiquité romaine. Actes du colloque de Nantes 1991, Tours, 1 995, p. 7-49.
R. Meens, « Pollution in the early Middle Ages : the case of the food regulations in penitentials »,
Early Medieval Europe, 4 (1995), p. 3-19.
13. Saint Augustin, La cité de Dieu, XX, c. 24, G. Combes, G. Madec éd., Paris, 1995.
14. Grégoire le Grand, Dialogues, IV, 3, 1, A. de Vogué, P. Antin éd., Paris, 1980 (Sources
chrétiennes 265), p. 22-24.
15. Isidore de Seville, Livre XII des Etymologies, J. André éd. et trad., Paris, 1986. Voir M. Vegetti,
« Aile origini délia razionalità scientifica : la classificazione degli animali », Scienza e tecnica nelle let-
terature classiche, no 64, 1980, p. 9-42.
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monde lointain (le monde souterrain et la mer), lieu de bannissement pour


les forces définitivement hostiles ;
- mais une troisième vision englobe les deux premières : « le monde a
été créé par Dieu », ainsi que le rappelle Sulpice Sévère (vers 400) dans
ses Chroniques16. Les espaces sauvages ne sauraient être exclus de ce tout.
Hilaire de Poitiers (IVe siècle), reprenant l'idée grecque du cosmos pour
exprimer la perfection et la beauté de tout l'univers, inclut la sauvagerie
(en tant qu'espace où régnent les bêtes sauvages17) dans le don que Dieu
fit aux hommes18. C'est ce que Jonas d'Orléans dit encore au début du
IXe siècle lorsqu'il dénonce la mise en défens de certaines forêts pour l'usage
exclusif des aristocrates comme une spoliation d'un droit voulu par Dieu
pour tous19.
Dans cette vision chrétienne finalement plus complexe qu'il n'y
paraît, la nature sauvage n'a pas d'emblée une valeur négative20. Nous
retrouvons toutes ces nuances dans la littérature hagiographique : la forêt
est le domaine des bêtes sauvages, des démons; elle est aussi le décalque
occidental du désert où le diable tourmente le saint homme21. Mais elle est
encore le lieu de la rencontre avec Dieu, le refuge des persécutés, le havre
de paix loin des turpitudes du monde, le séjour de l'illumination : Grégoire
le Grand n'évoque-t-il pas les paroles de Dieu semblables à une forêt fraîche
et profonde22 ? Parmi les nombreuses représentations du paradis, on trouve
celle d'une magnifique forêt toujours verte23.

16. Sulpice Sévère, Chroniques, I, 1, G. de Senneville-Graves éd., Paris, 1999.


17. Isidore de Seville indique également qu'elles y vivent librement. Etymologies XII, 2-2.
18. Hilaire de Poitiers, La Trinité I, 6, G. M. Durand, C. Morel, G. Pelland, éd., Paris, 1999,
p. 216.
19. Jonas d'Orléans, De institutione laicali 23, PL 106, col. 215.
20. Ce point s'oppose à ce que Lynn White avançait comme une évidence expliquant en partie la
crise écologique du XXe siècle : l'Église aurait opposé trop radicalement dans sa pensée cosmogonique
l'homme et la nature. De nombreux travaux à sa suite ont repris cette idée comme une vérité
cardinale. L. White, « The historical root of our ecological crisis », Science, 155, n° 3767 (mars 1967),
p. 1203-1207.
21. Les exemples sont fort nombreux; aussi me permets-je de renvoyer le lecteur au chapitre V de
ma thèse, L'homme et les espaces du sauvage dans le monde franc (V-d( siècles), université Charles-de-
Gaulle-Lille-III, Lille, 2004 (dactylographiée).
22. Grégoire le Grand, Homélie sur Ezéchiel, V, 1, C. Morel éd., Paris, 1986, p. 174.
23. Isidore de Seville, Étym., XIV, 3, 3, W. M. Lindsey éd., Oxford, 1911 ; Avitus de Vienne,
Histoire spirituelle, chant I, v. 17-19, N. HECQUEt-NoTi éd., Paris, 1999, p. 156.
122 Fabrice Guizard-Duchamp

Les espaces du sauvage de l'homme quotidien


De fait, le monde franc a été souvent décrit comme un monde où
l'emprise du sauvage était considérable : de vastes et horribles forêts
percées de quelques clairières ; des étendues désolées hantées par les ermites et
les bandits ; des lieux qu'il était dangereux de parcourir car on risquait d'y
rencontrer le loup ou, pire, le diable. Cependant, plusieurs historiens des
campagnes ont déjà souligné, parfois depuis longtemps, l'ambiguïté de ces
espaces réputés sauvages24 : la frontière entre les terres incultes et la culture,
entre l'économie sauvage et l'économie domestique est beaucoup moins
nette que nous pouvions le supposer.

Pour l'humble
Les terres sauvages sont-elles des lieux que les hommes cherchaient à
éviter car on y faisait, plus qu'ailleurs, des mauvaises rencontres ? Plusieurs
récits hagiographiques, de Grégoire de Tours (v. 538-v. 594) à la Geste
des évêques d'Auxerre, l'évoquent dans les épisodes de meurtre de saint en
forêt25. Certains titres de lois barbares évoquent la forêt dans le cadre de
délits, vol ou meurtre26. Mais il s'agit de circonstances aggravantes dans
la mesure où il est considéré qu'il y a tentative de dissimulation du crime
pour échapper à la justice : en vérité, il n'y a pas lieu de croire que l'on tuait
plus sous le couvert des arbres.
Ce n'était pas davantage le refuge de cultes naturistes encore
pratiqués dans les campagnes du vie à la fin du IXe siècle, d'après des canons de
conciles et quelques capitulaires27. Ces pratiques étaient associées aux
préoccupations des populations rurales liées à la fertilité et à la prospérité du
groupe, donc principalement tournées vers le monde domestique ; c'est là
ce qui dérangeait les autorités tant laïques qu'ecclésiastiques. De même, les

24. Déjà Marc Bloch avait souligné le double visage de la forêt médiévale, à la fois repoussante et
désirable. « Une mise au point : les invasions », Annales d'histoire sociale, 1945, vol. I, p. 33-46, et
II, p. 13-28. Cf. aussi G. Duby, L'économie rurale et la vie des campagnes dans l'Occident médiéval,
Paris, rééd. 1977, et plus récemment J. Berlioz, Catastrophes naturelles et calamités au Moyen Age,
Turnhout, 1998.
25. Par exemple Grégoire de Tours, Vitae Patrum VIII, B. Krusch éd., Hanovre, 1885 (MGH,
SSRM, 1-2), p. 690-702 ; Id., Decent Libri historiarum VII, 46, B. Krusch, W. Levison éd.,
Hanovre, 1951 (MGH, SSRM, 1-1), p. 324; Geste des évêques d'Auxerre (à partir de 875), I, G. Lobri-
chon, M. Goullet éd., Paris, 2002, p. 115.
26. Lex Ribuaria 79 (sur le vol en forêt), F. Beyerle, R. Bûchner éd., Hanovre, 1965. Lex Salica,
capitula addita, I, 70, (sur le meurtre en forêt), A. Eckhardt éd., Hanovre, 1969.
27. Y. Hen, Culture and Religion in Merovingian Gaul (AD 481-751), Leyde-New York-Cologne,
1995, p. 154-162.
Les espaces du sauvage 123

croyances en des êtres surnaturels et les actes de magie avaient pour décor
non pas les lieux sauvages, souvent montrés de manière topique comme
des conservatoires d'antiques religions, mais le cœur du terroir à proximité
des maisons28 ; Burchard de Worms, au début du xie siècle, nous en donne
plusieurs exemples29.
Présenter l'âpre contact avec la nature que nous donnent à voir les
annales à travers l'énumération des calamités ne suffit pas à comprendre
tous les liens qui unissaient les hommes avec les espaces du sauvage. Il
semble que l'on s'accommodait de ce milieu qui constituait en réalité l'horizon
quotidien. Il existe tout un peuple de Xincultum, travailleurs de la forêt,
gardiens de porcs, dont la présence dans les récits hagiographiques et dans
les polyptyques carolingiens témoigne de leur importance économique30.
Xincultum (forêt, landes et marais) pourvoyait toute la société en
produits du sauvage. La faune sauvage fournissait peaux, fourrures et
viandes. L'artisan parcourait l'ensemble du fînage à la recherche de matières
premières (plantes, matière ligneuse). Les fruits, et pas seulement les
noisettes, baies et autres fruits de ronces, étaient ramassés hors des jardins.
Les études carpologiques montrent que le haut Moyen Âge connaissait
une économie et une culture alimentaires à mi-chemin entre le stade de
la cueillette et celui de la culture31. Les vergers apparaissant dans
quelques rares documents étaient des exceptions, de véritables laboratoires de
domestication végétale32. La présence ou non d'arbres fructifères (y compris

28. Childebert Ier (511-558) MGH, Capitularia regum Francorum, I, A. Boretius éd., Hanovre,
1883, p. 2. ; Concilium Germanicum (742), c. 5, A. Werminghoff éd., MGH, Concilia aevi Karo-
lini, I, Hanovre, 1906, p. 4. Réginon de Priim, De synodalibus causis 44, PL 132, col. 284.
29. Burchard de Worms, Corrector sive Medicus (1008-1012), Decretorum Libri XX, livre XIX,
c. 41, F. W. H. Wasserschleben éd., Graz, rééd. 1958, p. 650.
30. Des actes du IXe siècle montrent ainsi l'existence de tenanciers attachés aux travaux en forêt.
R. Doehaerd, Le haut Moyen Age occidental, économie et société, Paris, rééd. 1990, p. 208-238.
R. Fossier, La terre et les hommes en Picardie jusqu'à la fin du xiif siècle, Louvain, 1968, p. 231
(exemple du domaine de Saint-Bertin) .
31. M. -P. Ruas, « Les plantes exploitées en France au Moyen Âge d'après les semences
archéologiques », dans Plantes et cultures nouvelles en Europe occidentale au Moyen Age et à l'époque moderne. 12^s
Journées internationales d'histoire de l'abbaye de Flaran, 11-12-13 septembre 1990, Auch, 1992.
32. Tel est le cas dans le capitulaire De villis (autour de 800), A. Boretius éd., Hanovre, 1883
(MGH, Capitularia regum Francorum, I), p. 82-91 . Voir l'état sur la question par D. Vogellehner,
« Les jardins du haut Moyen Âge (viiie-xne siècles) », dans Jardins et vergers en Europe occidentale,
vnf-xvnf siècles, 9" Journées internationales d'histoire de l'abbaye de Flaran, 18-19-20 septembre 1987,
Auch, 1989, p. 17-25. Id., « Garten und Pflanzen im Mittelalter », dans Geschichte des deutschen
Gartenbaus, G. Franz éd., Stuttgart, 1984, p. 69-98. Voir aussi B. Andreolli, « II ruolo dell'orti-
coltura e délia frutticoltura nelle campagne dell'alto medioevo », dans L'ambiente végétale nell'alto
Medioevo, Spolète, 1990 (SSCI, 37), p. 175-211. W. Janssen, « Mittelalterliche Gartenkultur »,
dans Oekologische Aspekte des Mittelalters, B. Herrmann éd., Gôttingen, 1985, p. 224-243.
124 Fabrice Guizard-Duchamp

des chênes pour la glandée) explique d'ailleurs la différence que Agobard


de Lyon (v. 769-840) fait entre la « forêt non productive » et la « forêt
utile »33. Cette prédation sur le sauvage n'est pas propre à l'économie
mérovingienne : à l'époque carolingienne encore, c'est une donnée essentielle
pour les plus modestes comme pour les puissants34.

Pour le puissant
Avec les élites, le domaine du sauvage apparaît autrement socialisé.
Bien que l' archéozoologie considère comme un marqueur social
significatif la nature des prélèvements opérés sur la faune sauvage par les
différents groupes sociaux, la prédation des puissants se caractérise moins par la
quantité ou la qualité du produit sauvage que par une pratique distinctive
forte : la chasse noble, dont la codification lente s'accomplit au ixe siècle
autour de la figure royale, en est le meilleur exemple35.
À une autre échelle, les terres incultes n'étaient pas considérées comme
des espaces secondaires lorsque les princes cherchaient à organiser leur
territoire. Les tensions entre Charles le Chauve et Louis le Germanique vers
869-870, lors de la succession de Lothaire II, à propos de l'immense région
ardennaise, montrèrent leur importance36. Au plan du droit privé, forêts,
landes et marais participaient aux échanges compétitifs : les souverains
n'octroyaient pas les moindres de leurs biens lorsqu'ils faisaient don de sil-
vae aux communautés monastiques37. Les conflits d'exploitation ne
manquaient pas, comme le rapporte par exemple l'enquête des forestiers royaux
au moment de l'arpentage du domaine concédé aux monastères de Stavelot
et Malmédy sous Childéric II (vers 669-670)38. Les espaces incultes étaient
parfaitement délimités, au même titre que les parcelles arables. Flodoard

33. Agobard de Lyon, De grandine et tonitruis, c. 7 des Opera Omnia, L. Van Acker éd., Turnhout,
1981, p. 8.
34. J.-H. Yvinec, « La part du gibier dans l'alimentation du haut Moyen Âge », dans Exploitation
des animaux sauvages à travers le temps, J. Desse, F. Audoin-Rouzeau éd., Juan-les-Pins, 1993,
p. 491-503. C. Wickham, « European forests in the Early Middle Ages. Landscape and land
clearance », dans L'ambiente végétale nell'alto medioevo, op. cit., p. 479-545.
35. J. Jarnut, « Die fruhmittelalterliche Jagd unter rechts- und sozialgeschichtlichen Aspekten »,
dans L'uomo di fronte al mondo animale nell'alto medioevo, Spolète, 1985 (SSCI, 31), p. 765-798.
36. R. Hennebicque-Le Jan, « Espaces sauvages et chasses royales dans le Nord de la Francie (vne-
ixe siècles) », dans Le paysage rural. Réalité et représentation. Revue du Nord, 244 (1980), p. 35-60.
37. R. Le Jan, « Le don et le produit sauvage », dans L'uomo e la foresta secc. XILI-XVLLL, Prato,
Istituto internazionale di storia economica F. Datini, 1995, p. 579-589.
38. R. Noël, « Moines et nature sauvage : dans l'Ardenne du haut Moyen Âge », dans Villes et
campagnes au Moyen Âge,]. -M. Duvosquel, A. Dierkens, éd., Liège, 1991, p. 563-597.
Les espaces du sauvage 125

de Reims explique que Rémi avait placé des bornes autour du bois acquis
en forêt vosgienne « afin que les limites en fussent bien connues de tous,
et maintenant encore elles subsistent avec les noms qu'il leur a donnés39 ».
C'est que ces espaces étaient également assortis d'un droit d'usage
qui leur était propre. Le plus remarquable était celui du prélèvement sur la
faune. La notion àc forestis apparut dans le courant du vne siècle au nord de
la Loire. Elle désignait moins un espace « forestier » (bien que le mot soit
à l'origine du mot « forêt ») qu'un espace pris sur Yincultum, jadis ouvert à
tous et dont le souverain se réserva peu à peu un usage exclusif. La forestis se
caractérisait moins par son aspect « sauvage » que par un type d'association
avec le fisc, \linforestatio (le fait de transformer un territoire de Yincultum
en forestis) traduit un changement dans la façon d'appréhender les espaces
sauvages entre le vne et le ixe siècle40. En effet, cela permettait de
rationaliser une gestion extensive des forêts en organisant l'approvisionnement
de la cour, tout en réglementant la chasse autour des résidences royales41.
C'est là également que les princes carolingiens, Charlemagne et surtout
Louis le Pieux, imposèrent avec force le territoire du roi-chasseur42.
L'espace sauvage est alors un théâtre où se réglait régulièrement un ballet
social et politique indissociable de la monarchie carolingienne et, plus
tard, de la possession du ban43. L'espace sauvage fut peu à peu couvert par
le ban de la forêt, le wildbann, qui s'étendit à d'autres usages des lieux que
le droit de chasse44.

Sur les chemins du voyageur et du poète


Nous le savons : le haut Moyen Âge n'était pas une période durant
laquelle les hommes vivaient repliés sur le terroir qui les avait vus naître. Ce
n'était pas non plus une civilisation vivant dans la crainte permanente des
tempêtes et des loups. La mobilité des hommes en est la meilleure preuve.

39. Flodoard de Reims, Historia Remensis Ecclesiae (948), I, c. XX, M. Stratmann éd., MGH, SS,
36, Hanovre, 1998, p. 108.
40. S. Lorenz, « Der Kônigsforst {forestis) in den Quellen der Merowinger- und Karolingerzeit »,
dans Mônchtum-Kirche-Herrschafi 750-1000, D. R. Bauer, R. Hiestand, B. Kasten, S. Lorenz
éd., Sigmaringen, 1998, p. 261-285.
41. K. Bosl, « Pfalzen und Forsten », dans Deutsche Kônigspfalzen, I, A. Gauert éd., Gôttingen,
1963, p. 45-52. R. Hennebicque-Le Jan, « Espaces sauvages... », loc. cit., p. 41-42.
42. F. Guizard-Duchamp, « Louis le Pieux, roi-chasseur : gestes et politique chez les
Carolingiens », Revue belge de philologie et d'histoire (à paraître).
43. F. Guizard-Duchamp, L'homme et les espaces du sauvage, op. cit., chapitre IX.
44. R. Le Jan, « Le don et le produit sauvage », loc. cit.
126 Fabrice Guizard-Duchamp

À l'époque mérovingienne, toute une foule fréquentait les routes de


la Gaule : des marchands, des pèlerins, des paysans sur leur terroir ou vers
les lieux d'échange, les évêques lors de leurs tournées, tout homme libre
qui voulait se rendre au tribunal public, au marché, ou bien répondre à la
convocation de l'armée, les puissants et leurs représentants se déplaçant de
domaine en domaine... À l'époque carolingienne, ce sont encore les missi
dominici ou les simples courriers (les scararii), toujours prêts à porter un
message. Et, depuis longtemps, les rois eux-mêmes voyageaient avec une
cour parfois importante.
Les routes franchissaient les cours d'eau, le plus souvent au moyen
des gués (notre civilisation de l'automobile a oublié qu'il n'est pas si
difficile pour un cheval, même monté, de traverser un cours d'eau) ; les forêts
ne formaient pas des masses compactes que l'on redoutait de franchir; les
massifs montagneux, y compris les Alpes, étaient traversés par les convois
militaires et les caravanes de marchands45.
Si les saisons avaient davantage d'impact sur l'état des routes, les
voyageurs pressés enduraient les difficultés de l'hiver si nécessaire. Au
demeurant, le sentiment à l'égard des conditions météorologiques pour un voyage
ne différait guère d'aujourd'hui. Et Venance Fortunat (v. 530-v. 600) de
trouver pénible également de voyager en été, lorsque le soleil écrase de
chaleur le marcheur46. Les sources hagiographiques et les poèmes, comme
ceux de Sidoine Apollinaire au Ve siècle ou de Venance Fortunat au siècle
suivant, sont remplis de poncifs autour du voyage. Au ixe siècle, à lire les
écrits d'Eginhard, les images empruntées à toute une tradition latine n'ont
pas changé47. Dans les vitae, cela participe de la figure du saint viator
entreprenant une peregrinatio pro Deo48. Il peut s'agir aussi d'une dramatisation
héroïque du narrateur évoquant les péripéties de ses tribulations, comme le
fait Richer à la fin du xe siècle à propos de son voyage d'Orbais à Meaux49.
Paradoxalement, ces routes traversant des solitudes étaient fréquemment

45. S. Lebecq, « Entre Antiquité tardive et très haut Moyen Âge : permanence et mutations des
systèmes de communications dans la Gaule et ses marges », dans Morfologie sociali e culturali in
Europafra Tarda Antichità e alto Medioevo, Spolète, 1998 (SSCI, 45) p. 489-499.
46. Venance Fortunat, Poésies, VII, 8, M. Reydellet éd., Paris, 1998, p. 97.
47. Par exemple le thème du voyageur fatigué chez Sidoine Apollinaire (Ve siècle), LettrelV, 8,
A. Loyen éd. et trad., Paris, 1970, p. 129. Éginhard, Vie de Charlemagne, L. Halphen éd. Paris,
rééd. 1981.
48. La solitude du voyageur et les difficultés du long parcours sont bien résumées dans la Vita Wynne-
baldi abbatis Heidenheimensis, O. Holder-Egger éd., Hanovre, 1887 (MGH, SS, XV, 1), p. 108.
49. Richer, Histoire de France, R. Latouche éd., Paris, 1930-1937, p. 227-228.
Les espaces du sauvage 127

empruntées par ceux-là mêmes qui se plaignaient de ces déplacements : les


vies de saints, grandes pourvoyeuses d'images de nature hostile, sont
peuplées d'évêques voyageurs, de moines gyrovagues et de missionnaires.
Existait-il une réelle appréhension lorsqu'on entamait un périple?
Dès que l'homme s'éloignait des siens, il était sans protection contre la
violence des hommes et les incidents de parcours. Grégoire de Tours
résumait ainsi les dangers du voyage : la rapacité des voleurs et le danger des
eaux50. Le voyageur craignait aussi d'être confronté aux mauvais esprits et
aux démons. Certains portaient des reliques, d'autres prononçaient avant
de partir des charmes et des conjurations destinés à assurer un voyage
paisible51. Il est indéniable également que des cours d'eau, des marais, un
relief accidenté étaient autant de contraintes dont il fallait tenir compte.
Lorsque Hincmar de Reims, dans le De ecclesis et capellis, rappelle qu'il
« peut paraître nécessaire d'édifier pour le peuple de nouveaux oratoires en
raison des eaux qui, en hiver, ont coutume de croître ou si une forêt, un
marécage ou une trop grande distance font en sorte que les femmes
enceintes et les malades ne peuvent se rendre à l'église métropolitaine », il n'a pas
une vision des espaces sauvages qui serait celle de systématiques ruptures
spatiales52. Il dénonce plutôt le manque de lieux de culte, de cadre
pastoral. L'évocation de Xincultum doit être toujours remise dans son contexte
discursif.
Avant de conclure, je voudrais encore aborder une question
finalement importante pour qui veut saisir la représentation du monde au
Moyen Âge : l'homme pouvait-il trouver beau son environnement
familier ? Si la question peut être posée, la réponse ne va pas de soi. La nature
ignore ce que nous appelons le paysage. Le mot dans son sens pictural
n'apparaît en français qu'au milieu du xvie siècle53. Je verrais volontiers dans ce
moment la naissance dans la pensée occidentale de l'espace sauvage opposé
à l'espace domestique. Les auteurs du haut Moyen Age ne s'intéressaient

50. Grégoire de Tours, Liber in Gloria Martyrum, c. 84, B. Krusch éd., Hanovre, 1885 (MGH,
SSRM, I, 2), p. 545.
51. Oratio gilde pro itineris etnavigiiprosperitate,K.. Strecker éd., Berlin, 1923 (MGH, Poetae aevi
Karolini, IV, 3), p. 618-619. Exemples nombreux chez F. von der Leyen, Deutsches Mittelalter,
Francfort, 1980. Voir aussi ces prières de forme litanique écrites soit en latin soit en langue celtique,
dans lesquelles on réclamait la protection des anges et des saints contre les maux et dangers spirituels
ou matériels. L. Gougaud, « Études sur les loricae celtiques et sur les prières qui s'en approchent »,
Bulletin d'ancienne littérature et d'archéologie chrétienne-, I (1911), p. 265-281.
52. Hincmar de Reims, De ecclesiis et capellis (857-858), M. Stratmann éd., MGH, Fontes iuris
germanici antiqui in usum scolarum, Hanovre, 1990, p. 75.
53. R. Delort, F. Walter, Histoire de l'environnement européen, op. cit., p. 89-95.
128 Fabrice Guizard-Duchamp

guère à ce « paysage » au sens de la beauté naturelle dans laquelle l'homme


se complaît sans chercher d'autres significations. Leurs écrits n'abordent
les réalités de la nature qu'au moyen de stéréotypes souvent hérités de leur
formation classique54. La plupart du temps, ils ne reflètent pas le regard des
hommes du haut Moyen Âge sur la nature mais expriment la perfection de
la Création divine. Se retrouve là l'idéal du locus amoenus, miroir du séjour
céleste, comme lorsque Alcuin, dans son Elégie sur sa vie à Aix, écrite à la
fin des années 790 après son installation à Tours, décrit à l'antique les
environs d'un monastère sans doute imaginaire : un bois de feuillus à l'horizon,
un pré en fleurs et rempli d'herbes médicinales, une rivière poissonneuse
aux rives fleuries, des roses et des lis dans le jardin. . . et le chant des oiseaux
dans le ciel composent ainsi le tableau bucolique55. Le genre de la lauda-
tio des villae et des cités exprime sur le même modèle un idéal paysager,
mettant l'accent davantage sur la richesse économique du lieu que sur la
complaisance du regard56.
On peut se demander si, au-delà de l'imitation formelle, il n'y a pas
malgré tout la volonté d'exprimer un sentiment vrai. On ne doit pas penser
que l'homme d'alors était bien trop étroitement lié à la nature nourricière
pour qu'elle ne fût jamais l'objet d'un jugement esthétique. Pour flatter un
lieu particulièrement privilégié, Venance Fortunat n'hésite pas à faire appel
au plaisir : la vue y est ravissante ou bien l'attrait du spectacle entraîne
le voyageur fatigué vers ce lieu57. Ces évocations de Xotium devaient
rencontrer quelque écho parmi les lecteurs. Il serait malgré tout prudent de
parler moins de « sentiment de la nature », notion par trop anachronique,
que d'un authentique « sentiment de la Création » chez tous ces auteurs
sensibles à l'argument de la nature dans la démonstration de la perfection
de Dieu58.
L'espace sauvage n'était pas un lieu négligé, oublié, qui ne serait
pénétré qu'en dernier recours. Il était au contraire conçu comme un
territoire en devenir, voire une terre d'entreprise, y compris pour les moines
à l'assaut du « désert ». Les textes chrétiens développent souvent la même
idée : il n'y a pas d'espace tabou, toute la terre est faite pour l'homme.

54. R. Martin, Approche de la littérature latine tardive et protomédiévale, de Tertullien à Raban


Maur, Paris, 1994.
55. E. Dùmmler éd., MGH, Poet., I, Berlin, 1881, p. 243-244. P. Godman, Poetry of the Carolin-
gian Renaissance, Londres, 1985.
56. F. Cardot, L'espace et le pouvoir. Étude sur l'Austrasie mérovingienne, Paris, 1987, p. 92-96.
57. Venance Fortunat, Poésies, op. cit., VII, 8, p. 98.
58. Les sentiments de la nature, D. Bourg éd., Paris, 1993.
Les espaces du sauvage 129

Jean Guilaine vient de rappeler tout récemment encore que la révolution


néolithique aurait été d'abord sociale et cognitive : les sapiens auraient pris
conscience de leur capacité à transformer leur milieu59. La pensée
chrétienne porte cette même volonté de maîtrise de tout l'espace.

59. J. Guilaine, « Du Proche-Orient à l'Atlantique. Actualité de la recherche sur le Néolithique »,


Annales HSS, 5 (2005), p. 925-952.

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