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CHAPITRE 1 : Droit Commercial :

I. Introduction :
Branche du droit privé, le droit commercial est constitué de l’ensemble des règles juridiques
applicables aux transactions commerciales. Le droit commercial présente un certain
particularisme, apte à faciliter le développement économique, et à suivre la rapidité du monde
des affaires dans son évolution. Il se distingue du droit civil tantôt par son formalisme, tantôt
par sa souplesse.
 Le formalisme1 du droit commercial : il est très utile pour assurer la sécurité dans les
opérations commerciales. C’est plus rigoureux que celui exigé par le droit civil ;
 La souplesse du droit commercial : contrairement aux règles rigides du droit civil, en droit
commercial on admet le principe de la liberté de la preuve entre les commerçants.
Le législateur marocain a adopté une double conception du droit commercial :
 Conception objective : il concerne l’ensemble des règles qui s’appliquent aux actes de
commerce. Peu importe donc la personne qui les accomplis. Seule la nature de l’acte est
prise en considération ;
 Conception subjective : il s’agit de l’ensemble des règles auxquelles sont soumis ceux qui
exercent une profession commerciale. C’est donc la qualité de commerçant qui implique
l’application du droit commercial.
Donc on peut dire que le droit commercial est à la fois celui des actes de commerce et des
professionnels du commerce.
II. Les actes de commerce :
Les actes de commerce peuvent être classés en quatre catégories :
 Les actes de commerce par la forme : sont des actes qui sont toujours commerciaux quels
que soit les raisons (commerciales ou civiles), ou les statuts (commerçants ou non
commerçants). Ces actes sont la lettre de change et les sociétés commerciales (la S.A., la
SARL, la société en nom collectif, la société en commandite simple, et la société en
commandite par actions) ;
 Les actes de commerce par la nature : sont des actes par leur nature même, des actes de
commerce. On distingue cinq types d’opérations qui donnent lieu à un acte de commerce
par la nature :
 Opérations immobilières : les achats de biens meubles ou immeubles afin de les
revendre ;
 Opérations de crédits : toutes les banques font des activités de commerce sauf les
établissements mutualistes qui sont des sociétés civiles (Crédit Mutuel…) ;
 Opérations industrielles : entreprises de manufacture (les industries) ;
 Opérations de transport : entreprises de transport : quel que soit le mode de
transport et les personnes transportées, sauf les Taxis (artisan) ;
 Opérations de courtage à la commission : opérations de courtage (courtier en
assurance), ou entreprises de commission (agent de change, société de bourse), ou
encore entreprises d’agence et bureau d’affaire (cabinet de contentieux, entreprise
d’assurance).

1Formalisme : Principe juridique selon lequel une formalité ou un écrit sont exigés par la loi
pour la validité d'un acte, d'un jugement, d'une procédure.

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 Les actes de commerce par accessoire : ce sont en réalité des actes de nature civile et,
lorsqu’ils sont effectués par un commerçant pour les besoins de son commerce, ils
acquièrent la qualité d’actes de commerce. Exemple, le commerçant qui achète un
camion pour livrer ses marchandises, ou du mobilier pour son agence d’affaires ou des
machines pour son usine, etc.
 Les actes de commerce mixtes : ce sont des actes qui sont commerciaux pour une partie
et civils pour l’autre. Dans ce cas, les règles du droit commercial s’appliquent à la partie
pour qui l’acte est commercial, elles ne peuvent être opposées à la partie pour qui l’acte
est civil sauf disposition spéciale contraire.
 Les actes civils : ce sont des actes non commerciaux, qui concernent les activités civiles
suivantes : les activités d’agriculture, l’artisanat, l’exploitation touristique, et les activités
libérales. Pour les activités libérales on distingue :
 Activités juridiques (avocats, avoués de Cour d’Appel, officiers ministériels,
notaires, huissiers…).
 Activités d’expert-comptable, commissaires aux comptes.
 Activités médicales (dentistes, médecins SAUF les pharmaciens…).
 Activités d’enseignement (à leur compte).
III. Le commerçant :
1. Définition du commerçant :
La qualité de commerçant s’acquiert par l’exercice habituel ou professionnel des activités
commerciales».
 Caractère professionnel : la notion de profession évoque la publicité au registre de
commerce ;
 Caractère habituel : il s’agit d’une répétition régulière de l’activité commerciale.
Toutefois cette condition est insuffisante pour définir le commerçant, une autre condition
s’impose, à savoir l’exercice des activités commerciales pour son propre compte.
 Exercice indépendant : par définition le commerçant est indépendant. Ceci dit que les
personnes faisant le commerce pour autrui ne bénéficieront jamais de cette qualité.
2. Les conséquences du statut de commerçant :
Les conséquences du statut de commerçant affectent les éléments de sa personnalité que sont :
 Le patrimoine : le commerçant comme personne physique ne peut avoir qu’un seul
patrimoine, ce qui empêche une séparation entre l’activité professionnelle et l’activité
domestique ;
 Le nom : il est fréquent qu’un commerçant utilise son nom à des fins commerciales. Dans
ce cas il devient un élément du fonds de commerce. Le nom devient un droit de propriété
incorporelle ;
 Le domicile : le commerçant peut utiliser son habitat personnel à des fins
professionnelles.
3. Les obligations du commerçant :
Les obligations du commerçant sont de quatre sortes :
 La Publicité légale : il s’agit d’enregistrement au registre de commerce ;
 Les obligations de comptabilité : la tenue d’une comptabilité à un triple objectif :
 Mode de preuve usuel des opérations commerciales : l’obligation d’émettre des
factures ou pièces de caisse ;

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 Surveillance des opérations commerciales : à travers les différents états de
synthèses ;
 Moyen de vérification fiscale : obligation d’ouverture d’un compte bancaire et de
procéder aux paiements par chèque ou virement ;
 Les obligations fiscales : les commerçants paient des impôts sur les bénéfices, une taxe
professionnelle et une TVA, et sont assujettis aux charges sociales ;
 Les obligations civiles : le commerçant a la personnalité juridique, un patrimoine, un
nom, un domicile, une nationalité : elle est donc un sujet de Droit ayant des obligations
civiles.
IV. Le fonds de commerce :
1. Les éléments du fonds de commerce :
Le fonds de commerce est un bien meuble incorporel constitué par l’ensemble de biens
mobiliers affectés à l’exercice d’une ou de plusieurs activités commerciales. Ses éléments sont
de deux sortes :
 Les éléments corporels : il s’agit du mobilier commercial (les bureaux, les fauteuils, les
comptoirs…), des marchandises (objets destinés à la vente) et du matériel et l’outillage
(les appareils et machines, les moyens de transport…) ;
 Les éléments incorporels : il s’agit de :
 La clientèle et l’achalandage : la clientèle est constituée de l’ensemble des
personnes qui fréquentent de manière habituelle le commerce. L’achalandage
représente les personnes qui font appel aux services du commerce de manière
occasionnelle ;
 Le nom commercial : c’est l’appellation empruntée par le commerçant pour
l’exercice de son commerce ;
 L’enseigne : c’est un signe distinctif qui sert à individualiser un établissement
commercial ;
 Les droits de propriété incorporelle : il s’agit des brevets d’invention, des marques
de fabrique, de commerce et de service, des dessins et modèles industriels ;
 Droit au bail : ce droit n’a d’intérêt que dans le cas où le commerçant n’est pas
propriétaire du local dans lequel il exerce son commerce. Le législateur a accordé
une certaine protection aux locataires de locaux à usage commercial contre les
éventuels abus des propriétaires.
2. Les contrats portant sur le fonds de commerce :
A. La vente du fonds de commerce :
Comme tout contrat, la vente du fonds de commerce, doit obéir aux conditions de fond
générales en la matière : le consentement des parties (il est nécessaire pour la validité du
contrat de vente), la capacité commerciale, l’objet de la vente (c’est le fonds de commerce, il
doit exister effectivement au moment de la vente. Si le fonds de commerce fait défaut
notamment à cause de l’absence d’une clientèle pour une raison quelconque, date récente de
création du fonds, on ne peut pas parler d’une vente de fonds de commerce mais de biens
meubles isolés), et le prix. Quant aux conditions de forme, et afin de protéger l’acquéreur,
l’article 81 du code de commerce impose la rédaction d’un écrit sous la forme authentique ou
sous seing privé.

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Le contrat de vente doit porter le nom du vendeur ; la date et la nature de l’acte d’acquisition ;
le prix en spécifiant distinctement les prix des éléments incorporels, des marchandises et du
matériel, ainsi qu’une clause spécifique à l’origine de la propriété du fonds de commerce et une
description de l’état du fonds de commerce à la date de sa cession. Lorsque l’une des mentions
prescrites à l’article 81 du code de commerce ne figure pas sur l’acte de vente, ou portée avec
inexactitude, l’acheteur peut demander l’annulation du contrat si l’absence de cette mention lui
a porté préjudice.
B. La gérance libre :
La gérance libre (ou gérance-location) permet au propriétaire de donner la gérance du fonds à
une personne en vertu d’un contrat de location moyennant un loyer. Dans ce cas, le gérant
locataire bénéficie de la qualité de commerçant et assume seul les risques de l’exploitation. Le
propriétaire du fonds, appelé par la loi bailleur, perd alors sa qualité de commerçant.
Ayant la qualité de commerçant, le gérant libre doit se faire immatriculer au RC (condition de
forme). Mais la publicité dont il est question ici a pour objectif de faire connaître aux tiers que la
propriété du fonds n’appartient pas au gérant. Aussi, et pendant une période de six mois suivant
la date de la publication du contrat, le bailleur du fonds est solidairement responsable avec le
gérant libre des dettes contractées par celui-ci à l’occasion de l’exploitation du fonds (effets de
la publicité).

CHAPITRE 2 : Droit Des Sociétés :


I. La constitution des sociétés :
La société commerciale est créée par une (associé unique) ou plusieurs personnes qui
conviennent, par un contrat, d'affecter à une activité des biens en numéraire on en nature, afin
de partager le bénéfice qui pourra en résulter.
Comme tout contrat, la constitution de société commerciale, doit obéir aux conditions de fond
générales en la matière : le consentement des parties, la capacité commerciale, l’objet et la
cause (ils doivent être licites). Quant aux conditions de forme :
 L'acte créateur de la société doit être constaté par écrit (appelé les statuts) puis publié, il
doit contenir les informations suivantes :
 La forme de la société, la dénomination suivie, le cas échéant de son sigle ;
 La nature et le domaine de son activité qui forment son objet social, le siège social,
le capital social, et la durée de la société ;
 L'identité des apporteurs en numéraire et des apporteurs en nature, avec pour
chacun d'eux, le montant des apports, le nombre et la valeur des titres sociaux
remis en contrepartie de chaque apport ;
 L'identité des bénéficiaires d'avantages particuliers et la nature de ceux-ci ;
 Le nombre et la valeur des titres sociaux émis ;
 Les stipulations relatives à la répartition du résultat, à la constitution des réserves
et à la répartition du boni de liquidation ; les modalités de son fonctionnement.
 La publicité : toutes les sociétés commerciales y sont soumises à l'exception de la société
en participation. La publicité de la société nécessite l'accomplissement des formalités
suivantes :
 L’enregistrement des statuts à la direction de l'enregistrement ;
 Le dépôt des statuts enregistrés du greffe du tribunal du lieu du siège social ;
 La publicité sous forme d'extrait ou d'avis dans un journal d'annonces légales ;
 L'immatriculation de la société au registre du commerce et du crédit mobilier ;

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 La déclaration fiscale d'existence de la société en vue de l'obtention du numéro de
compté contribuable et les déclarations sociales à la CNOPS.
II. Les formes juridiques des sociétés :
1. La société anonyme :
La société anonyme est une société de capitaux dans laquelle les associés, dénommés
actionnaires, ne supportent les dettes sociales qu’à concurrence de leurs apports. Il existe trois
types de société anonyme :
 Les sociétés anonymes : qui font publiquement appel à l’épargne, ce sont toutes les
sociétés dont les titres sont cotés en bourse, et qui comptent plus de 100 actionnaires ;
 Les sociétés anonymes simplifiées : qui sont créées exclusivement par deux ou plusieurs
sociétés. Chacune de ces sociétés doit avoir un capital au moins égal à deux millions de
Dirhams ;
 Les sociétés anonymes normales : elles peuvent être partagées en deux catégories :
 Les sociétés anonymes dont le capital est inférieur à 1.500.000 Dhs. Celles -ci
peuvent être dirigées par une seule personne : Directeur unique.
 Les sociétés anonymes dont le capital est supérieur à 1.500.000 Dhs. Celles -ci
doivent être dirigées par un conseil d’administration ou par un conseil de
surveillance.
2. La société à responsabilité limitée :
La SARL est constituée par une ou plusieurs personnes. Lorsque la société ne comporte qu’une
seule personne, elle est dénommée « associé unique » :
 Le nombre des associés d’une SARL ne peut être supérieur à cinquante associés. Si le
nombre des associés dans une SARL dépasse cinquante, ce nombre doit être réduit à
moins de cinquante. Sinon la SARL doit être transformée, dans un délai de deux ans, en
société anonyme. Autrement la SARL est dissoute ;
 La SARL est désignée par une dénomination sociale, à laquelle peut être incorporé le nom
d’un ou plusieurs associés, et qui doit être obligatoirement précédée ou suivie de la
mention « société à responsabilité limitée » ou des initiales « SARL » ou « société à
responsabilité limitée d’associé unique » ;
 L’énonciation du montant du capital social, du siège social et du numéro
d’immatriculation au registre de commerce, doit figurer dans les actes, lettres, factures,
annonces, publications ou sur tous les autres documents émanant de la société et
destinés aux tiers ;
 Le capital de la SARL doit être supérieur ou égal à 100.000 Dhs. Et il est divisé en parts
sociales égales, dont le montant, de chacune d’elles, ne peut être inférieur à 100 Dhs.
III. Le fonctionnement de la SARL :
1. L'administration de la S.A.R.L :
Le gérant de la SARL est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toutes circonstances
au nom de la société. A l'égard des associés, le gérant peut faire tous les actes de gestion dans
l'intérêt de la société. Cependant, et au niveau financier, les pouvoirs de gérant sont limités, par
exemple, il est interdit de contracter des emprunts au nom de la société.

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2. La vie sociale de la SARL :
En cours de vie sociale, les associés ont le droit d'être informés de la vie de la société et de
participer à la répartition des bénéfices. Les associés prennent les décisions en assemblées
générales ordinaires ou extraordinaires. Concernant l'AG ordinaire, elle a pour prérogatives :
 De statuer sur les états financiers de synthèse de l'exercice écoulé ;
 D'autoriser la gérance à effectuer les opérations subordonnées dans les statuts à
l'accord préalable des associés ;
 De procéder à la nomination et au remplacement des gérants ;
 D'approuver les conventions intervenues entre la société et l'un des gérants ou l’un
des associés.
Elle est sanctionnée par un procès-verbal signé par chacun des associés présents.
Quant à l'AG extraordinaire, elle a pour objet :
 De statuer sur les modifications des statuts ;
 De l'augmentation des engagements des associés ;
 De la transformation de la société en SNC ;
 Du transfert du siège social.
3. Le contrôle externe de la société :
II est assuré par les commissaires aux comptes :
 Ils vérifient la régularité des états de synthèse financiers de la société, la conformité des
documents comptables aux règles en vigueur ;
 Ils doivent signaler à l’AG les irrégularités et inexactitudes qu'ils ont reconnues dans les
inventaires ;
4. La cession des parts sociales :
La cession de la part sociale à un associé ou à un tiers est organisée par les statuts. A défaut elle
est libre à l'égard d'un associé et n'est pas libre à regard d'un tiers. Dans ce cas, la cession n'est
possible qu'avec le consentement de la majorité des associés non cédants représentants les 3/4
du capital social.
La cession doit être constatée par écrit notarié ou sous-seing privé. Ensuite la cession doit être
signifiée à la société par acte d'huissier ou acceptée par elle dans un acte authentique. Enfin, la
S.A.R.L n’est pas dissoute par le décès de l’un des associés. Les parts sont librement transmises
aux héritiers.
5. La dissolution de la SARL :
La S.A.R.L est dissoute selon les causes de dissolution communes à toutes les sociétés. Aussi elle
est dissoute lorsqu'il y a réduction du capital social au-dessous du minimum légal. En cas de
dissolution de la société, le partage de l'actif social se fait proportionnellement aux apports sauf
clause contraire des statuts. S'il y a perte, la responsabilité des associés sera limitée au montant
de leurs apports.