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Discours de Frédérique Vidal,

Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation


Inauguration du Campus Aix Quartier des facultés

(Prise de parole dans le bâtiment « Le Cube »)

Jeudi 18 avril 2019

Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Président, cher Yvon Berland,

Madame la maire d’Aix-en-Provence, chère Maryse Joissains,

Monsieur le député, Madame la conseillère régionale, Mesdames et messieurs les élus

Monsieur le recteur, Monsieur le sous-préfet, Mesdames et messieurs, chers collègues, chers amis,

Puisque vous avez choisi de faire battre le cœur de votre campus dans une ancienne bibliothèque de
lettresi, vous me permettrez de citer un poète né sur les bords de la Méditerranée - pas à Aix ni à
Marseille, mais un petit peu plus à l’ouest - qui a écrit dans un magnifique essai sur l’architecture :
« de tous les actes, le plus complet est celui de construire ».

S’il est une université française qui peut légitimement se réclamer de cette phrase de Paul Valéry,
c’est sans aucun doute Aix-Marseille Université. Il suffit de déambuler dans ce « quartier des
facultés » pour être convaincu que oui, construire est un acte complet, qui traduit dans l’espace une
vision, un art de vivre ensemble et l’ambition de toute une communauté pour son avenir, son
territoire, son pays.

Née il y a 7 ans d’un geste fondateur qui a réuni trois universités en une, AMU n’a cessé depuis de
déployer son énergie bâtisseuse pour faire de cette fusion, au-delà d’un acte administratif, une
réalité humaine, scientifique, pédagogique, et le socle d’une université d’excellence ancrée dans son
territoire et tournée vers le monde.

***

Le campus « Aix-Quartier des facultés » que nous inaugurons aujourd’hui vient conforter cette
ambition et je suis très heureuse d’être ici, à vos côtés, pour célébrer cette nouvelle étape du
développement d’AMU.

Plus qu’une nouvelle étape, cette inauguration témoigne plus que jamais que les collaborations
locales et territoriales, avec l’appui de l’Etat, sont toujours au rendez-vous du succès. La démarche
qui a été entreprise à Marseille est la meilleure illustration de ce que peuvent l’Etat et ses opérateurs
lorsqu’ils savent se retrouver autour d’un projet fédérateur qui donne du sens tant pour vos
communautés, Monsieur le Président, que pour nos concitoyens.

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Votre université, cher Yvon Berland, a su se définir dans une vision de son avenir, une vision qui se
dessine aujourd’hui dans ces murs qui seront dans quelques instants vos murs. Ce projet, que vous
avez su conduire au plus haut degré d’exigence avec vos équipes est une fois de plus la preuve que le
changement est une porte ouverte vers le progrès.

Bien évidemment, engager votre université dans une telle transformation n’a pas été de tout repos.
L’Etat a placé en vous sa confiance et vous avez su porter haut cette responsabilité en donnant du
sens aux souhaits exprimés par votre communauté.

Votre engagement est aujourd’hui couronné de succès et à travers votre réussite, je tiens à envoyer
à toute notre communauté mais également à nos concitoyens un profond message d’optimisme.

C’est un processus de longue haleine qui s’achève aujourd’hui. Il a débuté en 2008 par un premier
succès, lorsque le jury international a retenu le projet d’Aix-Marseille parmi les lauréats de
l’Opération Campus. Il a été jalonné d’étapes fondatrices, comme la signature du contrat de
partenariat avec Eiffage puis la signature de la convention que vous avez élaboré avec la Banque
Européenne d’Investissement.

Il a vu de nombreuses fées se pencher sur son berceau et unir leur force pour relever des défis
financiers, logistiques, juridiques. Je songe bien évidemment aux acteurs institutionnels qui vous ont
appuyé, la préfecture, le rectorat, le service des Domaines et bien évidemment au niveau national,
les différentes directions de Bercy – je songe tout particulièrement la direction de l’immobilier de
l’Etat. Je songe tout autant à vos partenaires territoriaux, à la région SUD, à la commune d’Aix en
Provence et bien naturellement à la métropole Aix-Marseille-Provence, au département mais
également à tous les cabinets d’architectes et à toutes les entreprises qui se sont mobilisées pour
donner vie à votre vision de ce campus.

Le risque d’un chantier de cette envergure, c’est d’y perdre le fil de son ambition. Celle du Plan
Campus était double : transformer les campus en véritables lieux de vie ouverts à tous quand ils
n’étaient que des terrains lotis, et offrir à notre pays des vitrines dignes de l’excellence de sa
recherche et de son enseignement supérieur, qui fassent rêver à la française les étudiants et les
chercheurs du monde entier.

Eh bien, au terme de ces 11 années à remuer ciel et terre, sans ménager sa peine, sa patience, sa
détermination, il suffit de regarder autour de nous aujourd’hui pour dire sans hésiter : mission
accomplie !

Vous pouvez être fiers du travail abattu, fiers de l’énergie dépensée, fiers de cette réussite
collective qui s’est hissée à la hauteur des objectifs exigeants du Plan Campus. Cette réussite, c’est
bien sûr celle d’AMU mais c’est aussi celle de tout un territoire.

Plus qu’un projet immobilier, « Aix Quartier des facultés » est un projet architectural. Or, comme
l’ont si bien dit Victor Hugo et Erwin Panofsky chacun à leur manière, l’architecture est une écriture,
l’architecture est un discours. Où que l’on pose notre regard, le message ici est clair : ce campus
nous parle de lien, d’échange, de connexion.

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Ces liens, ce sont d’abord et avant tout ceux qui unissent la communauté de l’enseignement
supérieur, de la recherche et de l’innovation car c’est sur cette trame solide que peuvent se nouer
toutes les autres relations, toutes les autres collaborations. De la « Place de la connaissance » à la
passerelle aérienne en passant par les aménagements destinés aux personnes en situation de
handicap, tout ici a été fait pour favoriser la circulation, l’intégration, la rencontre. Ce campus, à
l’instar de votre université est une respiration pour l’ensemble de votre territoire.

Or une communauté plus solidaire, c’est une communauté qui réussit mieux. D’abord parce que
rapprocher les personnes, c’est rapprocher les disciplines et les savoirs, et que ce brassage d’idées et
de connaissances est un puissant moteur de création et d’innovation. Ensuite, parce que rapprocher
étudiants et chercheurs, c’est incarner l’articulation entre la formation et la recherche, qui est la
garantie de l’excellence de nos cursus.

Enfin, parce que rapprocher les structures d’enseignement et les facultés, c’est faciliter la création de
ces parcours agiles, taillés sur mesure, qui épousent au plus près la personnalité et les projets de nos
étudiants. Le quartier des facultés offrira ainsi un écrin de choix au déploiement de DREAM-U, retenu
dans le cadre du 2nd appel à projet « Nouveaux cursus à l’université ».

Vous le savez, c’est une conviction qui m’est chevillée au cœur – et je sais que beaucoup parmi vous
la partagent – le véritable pouvoir d’émancipation, la meilleure façon d’être armé dans un monde en
mutation constante, la réelle égalité des chances, c’est à l’université qu’elle se joue. Elle se joue dans
les écoles, elle se joue dans les entreprises mais c’est plus que jamais dans le creuset universitaire
que vos étudiants peuvent prendre la pleine mesure des outils que vous mettez à leur disposition
tant à travers la qualité reconnue de vos formations que de l’excellence de votre recherche.

Ce campus sera désormais là pour rappeler à tous ceux qui en douteraient qu’être étudiant de l’AMU
est à la fois une grande chance et une profonde promesse républicaine. C’est tout le sens de la vie
étudiante. C’est le temps pendant lequel l’université vous donne les moyens de choisir votre avenir,
de vous projeter en avant. Chacun le mesure au quotidien. Aucun autre lieu que l’enseignement
supérieur ne le permet. Cela doit nous rappeler à quel point l’institution universitaire nous est
précieuse parce qu’une société dans laquelle chacun trouve sa place, c’est d’abord une société qui
sait former tout au long de la vie : donner chaque jour sa chance à chacun, c’est le cœur de l’exigence
universitaire qui nous rassemble tous.

Si ce campus resserre les liens au sein de la communauté, c’est aussi parce qu’il lui offre autre chose
à partager que la connaissance : un quotidien, celui des déjeuners au resto u ou des conversations à
bâtons rompues dans les patios, et des émotions fortes, celles qu’on peut éprouver sur les terrains
de sport, dans les concerts, les expositions, et bientôt, dans cadre du festival international des arts et
des sciences de la société.

Le quartier des facultés n’a jamais été seulement une œuvre à construire, mais bel et bien une
œuvre à vivre, qui a placé l’étudiant en son cœur sans négliger aucun de ses besoins. Trop longtemps
le logement, la santé, la vie sportive et culturelle ont été traités comme la face cachée de la réussite
étudiante. La loi ORE l’a remise, je crois, en pleine lumière. La CVEC permettra notamment de
nourrir cette vie qui s’épanouit en périphérie des salles de TD et des amphis mais joue un rôle central

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dans le bien-être et la réussite des étudiants, en soutenant de nouveaux projets artistiques, sportifs,
culturels et de nouvelles initiatives étudiantes. Et un campus comme celui-ci représente le cadre
idéal pour les accueillir et les inspirer.

Si tout a été fait pour que ce campus s’anime d’une vie intense, foisonnante et conviviale, pour
autant, ce n’est pas une ville dans la ville. Son nom affirme au contraire la force du lien qui l’unit à
la métropole d’Aix-Marseille Provence : nous sommes bien ici dans un « quartier » de la ville, certes
singulier, certes doté d’une vie propre, mais parfaitement intégré à la politique urbaine du territoire
et bien décidé à participer de son identité et de son rayonnement.

Le Cube, qui accueille l’Université du temps libre et la Direction du partenariat avec le monde socio-
économique, traduit bien cette ouverture vitale entre l’espace académique, l’espace public, la
société civile et le secteur privé.

Une université ouverte sur sa ville, c’est un système de formation et de recherche mieux connecté
aux attentes socio-économiques du territoire, c’est une jeunesse mieux préparée à s’insérer, c’est
davantage d’innovation pour les entreprises et de progrès pour les citoyens.

Ce campus est une grande preuve de confiance faite par l’Etat, l’université, les collectivités
territoriales et les entreprises à notre jeunesse, à son engagement, au besoin de lien collectif, de
rencontre et d’inclusion qui nourrissent le sens que chaque étudiant donne à son passage dans ces
murs. Cette réalisation est la démonstration même qu’il n’y a pas de réussite dans l’opposition des
uns ou des autres.

Bien au contraire, c’est en créant un commun, un lieu ouvert et partagé entre la ville, la formation, la
recherche, l’activité économique et la vie étudiante que vous avez su concrétiser votre vision du
devenir de votre université. A cet égard, vous avez ici-même fait un choix audacieux Monsieur le
Président : celui d’accueillir, au sein du Cube, le théâtre Antoine Vitez. A travers ce choix, vous
démontrez qu’au-delà d’un projet architectural, vous avez su insuffler dans ce quartier le supplément
d’âme grâce auquel votre université va pouvoir déployer une politique culturelle renforcée à
destination de vos étudiants mais aussi de tous les publics.

Au-delà de son territoire et de son pays, c’est aussi, bien sûr, vers l’Europe et le monde que regarde
ce nouveau campus, comme en témoigne le bâtiment PORTE qui accueille le service universitaire du
français langue étrangère et la direction des relations internationales. AMU est un artisan infatigable
de l’avenir européen, engagé dans la préparation du prochain programme cadre Horizon Europe et
dans un projet d’université européenne ambitieux qui a vocation à jeter un pont entre l’Europe et
l’Afrique. Elle affirme ainsi sa position de capitale méditerranéenne, aux carrefours d’ambitions
nationales, européennes et internationales.

Il est donc clair que si l’Opération campus arrive ici à son terme, le Quartier des facultés verra encore
bien d’autres coopérations, bien d’autres projets se construire et étayer la stratégie d’AMU.

***

Et ce campus pourra d’autant plus jouer un rôle clé dans le rayonnement de la première université
de France et de la Francophonie que dans quelques minutes, AMU sera ici vraiment chez elle.

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J’ai souligné combien ce Quartier des facultés était une fabrique de liens, scientifiques, culturels,
sociaux : aujourd’hui il devient également synonyme d’émancipation et d’autonomie, tout comme
l’ensemble des campus d’AMU.

La convention de dévolution du patrimoine de l’Etat à Aix Marseille Université que nous signons
aujourd’hui est, chacun peut le mesurer, tout à fait exceptionnelle.

Cette dévolution représente la plus grande surface foncière jamais dévolue par l’Etat à une
université à ce jour : nous parlons de 200 hectares de foncier, 690.000 m² de SHON, de 230
bâtiments répartis sur 34 sites pour une valeur estimée à plus d’un demi-milliard d’euros.

Jamais l’Etat n’était parvenu à aller aussi loin dans la dévolution. Cette réussite, nous la devons bien
évidemment aux services de l’Etat, nous la devons surtout à votre université cher Yvon Berland. Vous
avez su porter vos équipes au niveau élevé d’exigence qui vous a été demandé pour prendre en main
les rênes de la totalité de votre politique immobilière.

Surtout, vous avez su faire la démonstration que la dévolution était une voie ouverte à toutes les
universités, quelle que soit leur signature, quelles que soient leurs dimensions. A travers ce geste, à
travers votre réussite, vous me permettrez d’adresser un message plus général à l’endroit de toutes
les autres universités. La dévolution leur est ouverte. Elles peuvent s’y engager. Mon engagement en
tant que ministre, c’est bien évidemment de les accompagner dans cette démarche mais surtout de
leur rappeler chaque fois que nécessaire qu’elles peuvent, à leur tour, se porter à ce niveau
d’exigence et d’autonomie.

D’autre part, c’est un signal fort envoyé par l’Etat, une preuve de sa confiance dans la capacité des
universités à prendre en main leur destin, et une preuve de sa volonté de leur donner toutes les
cartes pour réaliser leurs ambitions.

Et à ce jeu-là, le patrimoine est un atout maître. En effet, le patrimoine, ce n’est ni une charge ni un
passif, c’est un levier de développement, c’est l’avenir d’une université inscrit dans ses murs et son
foncier. La dévolution de patrimoine n’est pas un transfert de charge, mais bien un transfert de
valeurs, au sens le plus large du terme. Avoir une stratégie immobilière, ce n’est pas seulement gérer
des dépenses et des recettes, ce n’est pas seulement vendre, louer, acheter, c’est faire de
l’université un lieu de création de valeurs, scientifiques, économiques, humaines, citoyennes. C’est
toute la stratégie de l’établissement qui peut s’exprimer dans sa politique patrimoniale :
développer un éco-campus, un campus numérique ou un campus d’innovation, c’est afficher sa
signature, c’est démontrer que l’université est un terrain d’expérimentation, de solutions
écologiques, technologiques, sociétales, qui peuvent profiter à l’ensemble de la société. C’est
s’affirmer comme un acteur à part entière de la vie locale, un partenaire de premier plan, une source
d’inspiration, une force de proposition pour son territoire, un espace de liberté et c’est bien là le
cœur de notre mission universitaire.

C’est parce que le patrimoine porte en germe toutes ces promesses de développement et tous ces
enjeux stratégiques que j’ai souhaité amplifier et finaliser dès mon arrivée au MESRI cette 2ème
vague de dévolution, dont AMU est aujourd’hui la première bénéficiaire. Ce sera ensuite au tour de
Bordeaux, Caen puis Tours de prendre possession de leurs murs. C’est une étape clé dans la marche
des universités vers l’autonomie entamée il y a 12 ans.

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C’est un long chemin, que j’ai souhaité accompagner avec de nouveaux outils, comme le dialogue de
gestion rénové et l’ordonnance sur les regroupements, mais c’est assurément un chemin d’avenir.
C’est pourquoi je souhaite voir bien d’autres établissements s’y engager. A condition, bien sûr, qu’ils
soient prêts pour cette responsabilité.

Car l’autonomie c’est une respiration vitale, mais c’est une respiration qui se gagne, qui se
conquiert. La dévolution, AMU est allée la chercher, elle a fait la preuve, durant l’opération campus,
qu’elle était un maître d’ouvrage attentif et rigoureux, elle a fait la preuve, depuis sa création en
2012, qu’elle était à la fois une solide gestionnaire et une grande visionnaire. Je pense notamment au
projet audacieux de Cité des savoirs et de l’innovation qu’elle a portée et inaugurée il y a quelques
semaines et qui instaure un nouveau mode de collaboration entre la recherche et l’entreprise.

Les projets portés par votre université, cher Yvon Berland, ont été un formidable terrain
expérimental pour l’Etat. Que ce soit dans le cadre de la préparation de votre dévolution que dans le
déploiement du quartier des facultés, vous nous avez permis de faire la démonstration que c’est en
construisant autour d’un projet fédérateur que l’on pouvait donner du sens aux attentes de nos
communautés et de nos concitoyens.

Vous avez permis à l’Etat de jouer pleinement son rôle, celui d’un accompagnateur, d’un facilitateur,
d’un appui à votre vision et à celles de vos partenaires locaux. L’Etat vous a fait une pleine et entière
confiance que vous avez su changer en une impérieuse responsabilité de réussir. Votre vision, c’est
un gage d’optimisme et de confiance pour nous tous.

Je suis particulièrement heureuse que cette volonté permanente de se dépasser, cette audace de
rêver en grand, qui est la vôtre cher Yvon Berland, et celle de toute la communauté d’AMU, soit
aujourd’hui reconnue. Et c’est un réel plaisir de pouvoir, après avoir visité ce beau campus, vous en
remettre officiellement les clés !

Je vous remercie.

i
Le Cube est considéré comme le « cœur campus » et il est installé dans l’ancienne bibliothèque des Lettres

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