Vous êtes sur la page 1sur 5

Diabète de type 2 et metformine

Premier choix en monothérapie : preuves d'efficacité fragiles,


mais effets indésirables connus et acceptables

Préambule

Nous entamons avec ce texte


une série de trois volets
d’une synthèse de l’évaluation
clinique guidant le choix
du traitement par hypoglycémiant
des patients diabétiques de
type 2.
Dans ce numéro, le premier volet
rassemble les données utiles
à l’évaluation de la balance
bénéfices-risques de la metformine
en traitement initial du diabète
de type 2. Dans un prochain
numéro, le deuxième volet
analysera l’évaluation des options
de traitement en remplacement
de la metformine. Le troisième
volet abordera le choix
du traitement quand

©Robert Discalfani/Gallery Stock/Photononstop


une monothérapie ne paraît plus
suffisante pour contrôler
l’hyperglycémie.

Résumé

G De nombreux guides de pratique cli-


nique recommandent la metformine
en première ligne chez les patients
atteints d’un diabète de type  2. Ces G Dans l’essai dit Ukpds, chez environ G Dans l’essai dit Adopt, chez environ
recommandations sont principalement 1  700  patients diabétiques en sur- 4 400 patients suivis pendant 4 ans, la
fondées sur les résultats publiés en poids, une monothérapie par metfor- metformine, le glibenclamide et la rosi-
1998 de l’essai dit Ukpds, dont la mine pendant environ 10 ans a dimi- glitazone n’ont pas eu d’effet statisti-
méthodologie est critiquée. nué la mortalité par rapport à un quement différent sur la mortalité et les
contrôle glycémique le plus souvent évènements cardiovasculaires.
G En 2014, la balance bénéfices- par la diététique, et aussi par rapport
risques de la metformine justifie-t-elle au traitement par un sulfamide hypo- G Une méta-analyse de dix essais ran-
encore son utilisation en première glycémiant tel que chlorpropamide, domisés versus placebo ou versus
ligne dans le diabète de type 2 ? Pour ou glibenclamide, ou par insuline. Plu- autre hypoglycémiant n'a pas montré
répondre à cette question, nous avons sieurs défauts méthodologiques rédui- d'effet statistiquement significatif de la
réalisé une synthèse selon la méthode sent le niveau de preuves de ces résul- monothérapie par metformine sur la
habituelle de Prescrire. tats. mortalité.

LA REVUE PRESCRIRE JUILLET 2014/TOME 34 N° 369 • PAGE 519


Diabète de type 2 et metformine

G Dans un essai, dit Cosmic, chez

C
hez les patients atteints de jeun dépassait 2,7 g/l (15  mmol/l)
plus de 5 000 patients, la monothéra- diabète de type 2, le traite- (b). Le suivi a été d’environ 10 ans.
pie par metformine pendant 1 an n’a ment a pour objectif princi- Lors de la randomisation, 99,5 %
pas réduit la mortalité par rapport à un pal d’éviter ou de retarder des patients avaient un indice de
autre hypoglycémiant oral. les complications graves, parfois mor- masse corporelle supérieur à
telles, associées à un excès de glucose 25  kg/m2 (2). Leur taux d’HbA1c
G Dans un essai, dit Spread-Dimcad, dans le sang. On ne connaît pas de dans le sang était de 7,2 % en
chez 304  patients diabétiques coro- médicament qui guérisse le diabète, moyenne (2).
nariens, la monothérapie par metfor- mais divers médicaments sont hypo-
mine a semblé réduire davantage les glycémiants. Mais réduire la glycémie Diminution de la mortalité.
complications cardiovasculaires que le n’est qu’un objectif à court terme, et Dans l’essai dit Ukpds, la metformine
glipizide après 5 ans de suivi. parmi ces médicaments, il est préfé- a diminué la mortalité de façon sta-
rable de choisir en première ligne un tistiquement significative par rap-
G Le profil d’effets indésirables de la médicament dont l’efficacité est port à un contrôle glycémique peu
metformine est surtout constitué de démontrée sur les complications cli- strict, utilisant le plus souvent des
troubles digestifs dose-dépendants et niques du diabète, avec une balance mesures diététiques sans médica-
d’exceptionnelles acidoses lactiques, bénéfices-risques globalement favo- ment  : 14  morts pour 100  patients
parfois mortelles. L’insuffisance rénale rable. traités pendant 10  ans, versus
est un facteur qui réduit l’élimination La plupart des guides de pratique 21  morts pour 100  patients du
de la metformine. clinique consacrés au traitement du groupe témoins (p  =  0,01) (2). La
diabète de type 2 recommandent la metformine a aussi diminué de
G La metformine ne provoque qu’ex- metformine comme monothérapie de manière statistiquement significative
ceptionnellement des hypoglycémies et première ligne (1). Ces recomman- les deux autres critères principaux
n’a pas d’effet sur le poids. Elle n’aug- dations sont principalement fondées d’évaluation prévus au protocole : la
mente pas la mortalité par cancer. Elle sur les résultats de l’essai dit Ukpds, mortalité liée au diabète et l’inci-
est parfois à l’origine d’une carence en publiés en 1998 (1,2,3). Cependant, dence de la première complication
vitamine  B12 avec anémie macrocy- sa méthodologie est critiquée. Cet clinique liée au diabète (c).
taire ou neuropathie périphérique. essai n’a pas été reproduit (3à7). Une autre analyse a comparé le
Mi-2014, la balance bénéfices- groupe metformine versus les trois
G Les risques d’interactions avec la risques de la metformine justifie-t-elle groupes chlorpropamide, glibenclamide
metformine concernent principalement toujours son utilisation en première et insuline combinés (2). Selon cette
les médicaments exposant à des insuf- ligne dans le diabète de type 2 ? analyse, la metformine a réduit de
fisances rénales, notamment les anti- Pour répondre à cette question, manière statistiquement significative
inflammatoires non stéroïdiens et les nous avons réalisé une synthèse la mortalité par rapport à ces médi-
produits de contraste iodés. L’insuffi- selon la méthode habituelle de Pres- caments  : 5  morts en moins pour
sance rénale expose à une accumula- crire, rappelée page 523. Nous avons 100  patients traités par metformine
tion de la metformine et à une aug- analysé les essais randomisés qui ont pendant 10  ans (p  =  0,02). L’inci-
mentation du risque d'acidose lactique. comparé la metformine en monothé- dence de la première complication
rapie versus placebo ou versus un clinique liée au diabète a aussi été
G Mi-2014, la réduction de la mortalité autre médicament hypoglycémiant, réduite.
et des complications du diabète ont en termes de mortalité ou de com-
seulement été mise en évidence dans plications cardiovasculaires (a). Des éléments de preuves à
l’essai dit Ukpds. Globalement les don- prendre en compte, malgré les
nées semblent pencher plutôt dans le faiblesses. Certaines critiques mé-
sens d’une réduction de la mortalité et Essai Ukpds, en faveur thodologiques ont été émises à l’en-
de la morbimortalité cardiovasculaire de la metformine contre de l’essai Ukpds  : absence
par la metformine en monothérapie. d’aveugle ; présence simultanée de
Ses d’effets indésirables ont été lar- L’essai dit Ukpds a inclus 1 704 pa- trois critères principaux d’évalua-
gement étudiés et sont acceptables tients diabétiques de type 2 en sur- tion ; non prise en compte des ana-
sous réserve d'une surveillance de la poids âgés de 25 ans à 65 ans, dont lyses statistiques multiples dans le
fonction rénale, surtout dans les la glycémie à jeun restait supérieure choix du seuil de significativité sta-
situations à risque rénal. Sa balance à 1,08 g/l (6 mmol/l) après trois mois tistique ; faible pertinence du critère
bénéfices-risques continue d’être favo- de traitement diététique. Ces patients combiné “première complication cli-
rable dans le traitement de la plupart ont été répartis par tirage au sort en nique liée au diabète” ; recours fré-
des patients atteints de diabète de cinq groupes : diététique seule ; met- quent à un médicament dit de
type 2, non améliorés par des mesures formine (chlorhydrate) ; chlorpropamide secours qui différait selon les groupes
diététiques. Dans un prochain numéro, (un sulfamide hypoglycémiant) ; gli- comparés (b,c).
nous aborderons le choix d'un médi- benclamide (un autre sulfamide hypo- Ces défauts réduisent le niveau de
cament hypoglycémiant quand la met- glycémiant) ; insuline (2). Dans cha- preuves des résultats de l’essai
formine n’est pas souhaitable ou a un cun des groupes, un médicament de “Ukpds”. Cependant, aucune de ces
effet insuffisant. remplacement était prévu si des critiques ne justifient d’écarter com-
Rev Prescrire 2014 ; 34 (369) : 519-523. signes cliniques d’hyperglycémie plètement les résultats de cet essai.
apparaissaient ou si la glycémie à Les critères de mortalité sont des cri-

PAGE 520 • LA REVUE PRESCRIRE JUILLET 2014/TOME 34 N° 369


tères objectifs d’évaluation peu La méta-analyse limitée aux qua- confondants (durée du diabète, de la
influencés par l’absence d’aveugle. Le tre essais metformine versus placebo coronaropathie, âge, sexe, tabagisme),
lien évident entre les deux critères de ou absence de traitement (trois essais cette différence est apparue statisti-
mortalité rendent moins pertinentes totalisant 525  patients et l’essai quement significative (p  =  0,026).
la critique sur la non-prise en compte Ukpds) a montré une réduction de la Mais les résultats de l’analyse statis-
d’analyses statistiques multiples. mortalité cardiovasculaire sous met- tique réalisée sans ajustement ne sont
formine : RR  =  0,55 (IC95  : 0,36 à pas publiés, ce qui limite le niveau de
0,89 ; p = 0,014) (9). Le poids de l’es- preuves de ce résultat.
Ni confirmation ni infirmation sai Ukpds dans cette méta-analyse est
des résultats de l’essai Ukpds élevé (9).
Avec recul, un profil d’effets
Une confirmation des résultats par Essai Cosmic : pas d’effet signi- indésirables acceptable
un autre essai comparatif randomisé ficatif sur la mortalité à 1  an.
mené par une autre équipe est pré- L’essai dit Cosmic est un essai com- La metformine est commercialisée
férable pour consolider l’évaluation paratif randomisé non aveugle chez depuis longtemps dans de nombreux
de la balance bénéfices-risques d’une plus de 5 000 patients qui n’a pas été pays, notamment au Royaume-Uni
intervention. inclus dans la synthèse méthodique depuis 1958, en France depuis 1959,
citée ci-dessus, malgré sa publica- et aux États-Unis d’Amérique depuis
Essai Adopt : pas mieux que le tion en 2005 (10). 1995 (12,13).
glibenclamide. L’essai dit Adopt est Dans cet essai, après un an de suivi, Les données de pharmacovigilance
un essai randomisé en double aveu- la mortalité n’a pas été différente de à long terme sont d’autres éléments
gle visant à comparer la persistance manière statistiquement significative qui complètent son évaluation.
à long terme de l’effet hypoglycé- entre le groupe metformine en mono-
miant de la metformine, versus celui thérapie et le groupe autre hypo- Pas de prise de poids, hypogly-
du glibenclamide, un sulfamide hypo- glycémiant oral en monothérapie (le cémies très rares. En monothérapie,
glycémiant, versus celui de la rosigli- plus souvent un sulfamide hypogly- la metformine ne provoque que très
tazone, une glitazone (8). cémiant ou une glitazone) : la mor- rarement des hypoglycémies (14).
4 360 patients diabétiques de type 2 talité a été de l’ordre de 1 % (10). Elle n’a pas d’effet sur le poids (15).
ont été inclus et suivis pendant une Le profil d’effets indésirables de
durée médiane de 4 ans. Au cours du Essai Spread-Dimcad  : faible la metformine est surtout constitué de
suivi, la mortalité a été similaire dans niveau de preuves en faveur de la troubles digestifs. Au long cours, sont
les trois groupes. 4 % des patients du metformine. L’essai dit Spread-Dim- surtout à prendre en compte les aci-
groupe metformine ont eu un évène- cad est un essai randomisé en double doses lactiques et les diminutions de
ment cardiovasculaire, versus 2,8 % aveugle, publié postérieurement à l’absorption de la vitamine B12 (14).
des patients du groupe glibenclamide et la synthèse méthodique citée ci-des-
4,3 % des patients du groupe rosigli- sus (11). Cet essai multicentrique Effets indésirables digestifs fré-
tazone (absence de différence statisti- mené en Chine a comparé metfor- quents. Les effets indésirables diges-
quement significative, selon nos cal- mine versus glipizide, un sulfamide tifs de la metformine sont fréquents en
culs sur les données disponibles) (8). hypoglycémiant, chez 304  patients début de traitement, et dose-dépen-
diabétiques de type 2 atteints d’une dants : nausées-vomissements, diar-
Une méta-analyse largement coronaropathie. À l’inclusion, les rhées, douleurs abdominales, goût
influencée par les résultats de patients avaient en moyenne une métallique dans la bouche (14,16).
l’essai Ukpds. Une synthèse métho- HbA1c de 7,6  % et un indice de Des diarrhées, décrites comme
dique, avec recherche documentaire masse corporelle de 25 kg/m2 (11). Le
jusqu’en 2009, a recensé les essais critère principal d’évaluation était
randomisés d’une durée de suivi un critère combiné regroupant des a- Nous n’avons pas retenu les essais où la metformine était
utilisée en association avec un autre hypoglycémiant, ces
supérieure ou égale à 1 an, compa- évènements de gravité différente : la associations n’étant pas des traitements de première
rant metformine versus autre médica- mort quelle qu’en soit la cause, les ligne (réf. 2,3,9,25).
ment hypoglycémiant ou placebo en infarctus du myocarde, les accidents b- Dans le groupe traité d’abord par metformine, le trai-
tement de secours était le glibenclamide puis l’insuline.
termes de mortalité (9). vasculaires cérébraux, les angioplas- Dans le groupe traité d’abord par mesures diététiques, le
Outre l’essai Ukpds et l’essai Adopt, ties coronaires et les pontages coro- traitement de secours était déterminé par tirage au sort :
cette synthèse méthodique a recensé nariens. metformine, chlorpropamide, glibenclamide, ou insu-
line (réf. 2).
huit autres essais de plus faibles effec- Au cours d’un suivi médian de c- La première complication clinique liée au diabète cor-
tifs, où la metformine était utilisée en 5 ans, la mortalité a été de 4,5 % respondait à la survenue d’un des évènements suivants :
monothérapie. Selon cette méta-ana- dans le groupe metformine, versus mort subite, mort liée à une hyperglycémie ou une hypo-
glycémie, infarctus du myocarde fatal ou non fatal, angine
lyse, la metformine n’a pas diminué la 9,5 % dans le groupe glipizide de poitrine, insuffisance cardiaque, accident vasculaire
mortalité par rapport à un autre (absence de différence statistique- cérébral, insuffisance rénale, amputation (d’au moins un
médicament hypoglycémiant ou à ment significative) (11). Le critère orteil), hémorragie vitréenne, photocoagulation rétinienne,
cécité d’un œil, ou chirurgie pour cataracte (réf. 2).
l’absence de traitement hypoglycé- principal d’évaluation est survenu d- Une autre méta-analyse a conclu à une absence de dif-
miant  : risque relatif (RR)  =  0,80 chez 25 % des patients du groupe met- férence entre metformine et autres traitements en termes de
(intervalle de confiance à 95 % formine, versus 35 % des patients du mortalité globale et de morbidité cardiovasculaire (réf. 26).
Toutefois, cette méta-analyse a notamment inclus des essais
(IC95) : 0,63 à 1,02) (d)(9). groupe glipizide. Après ajustement où la metformine était utilisée en association avec un sul-
tenant compte de divers facteurs famide hypoglycémiant.

LA REVUE PRESCRIRE JUILLET 2014/TOME 34 N° 369 • PAGE 521


Diabète de type 2 et metformine

“explosives” et à l’origine d’une Les auteurs de cette synthèse ont rechercher en cas de signes cliniques
incontinence fécale apparaissent par- estimé que ces études ne pouvaient évocateurs  : anémie macrocytaire,
fois à distance de la mise en route du pas détecter une incidence des aci- neuropathie périphérique, troubles
traitement (16). doses lactiques sous metformine de cognitifs, etc. (23). Il n’est pas
L’augmentation progressive des fréquence inférieure à, en moyenne, démontré qu’une supplémentation
doses de metformine, le fractionne- 4 cas par an pour 100 000 patients préventive systématique en vita-
ment de la dose quotidienne en plu- traités en continu (19). Les résultats mine B12 ait une balance bénéfices-
sieurs prises et la prise au cours ou en d’études de population conduisent à risques favorable.
fin de repas réduisent la fréquence des estimer le risque d’acidose lactique
troubles digestifs (16). Il est par exem- sous metformine à 2 cas à 10 cas par an Pas d’augmentation du risque
ple proposé de débuter par 500 mg de pour 100  000  patients traités en de cancers. Une synthèse métho-
chlorhydrate de metformine, une ou continu (16,19,20). dique, dont la recherche documen-
deux fois par jour, d’augmenter les La plupart des cas publiés d’acidose taire va jusqu’en 2012, a recensé les
doses quotidiennes par paliers de lactique sous metformine sont surve- études évaluant le lien entre metfor-
500 mg, en respectant un intervalle nus dans des situations qui peuvent mine et cancers (24). Douze essais
d’au moins une semaine entre être à l’origine d’acidoses lactiques randomisés, chez 21 595 patients, et
chaque augmentation de dose (16). même sans metformine (16,19). 41  études d’observation totalisant
Dans l’essai dit Ukpds, 50 % des Quelques cas d’acidoses lactiques plus d’un million de patients ont été
patients ont atteint la dose maximale sont néanmoins survenus chez des recensés. Sous metformine, une dimi-
de metformine prévue par le protocole : patients sans autre facteur de risque nution statistiquement significative
2 550  mg par jour sous forme de que la prise de metformine (16). de la mortalité par cancer et de l’in-
chlorhydrate de metformine (2). cidence des cancers a été constatée
Hypovitaminose B12 parfois. dans les études d’observation, mais
Acidoses lactiques exception- La metformine cause parfois une dimi- pas dans les essais randomisés. Ces
nelles. L’acidose lactique est un effet nution de l’absorption intestinale de résultats ne démontrent pas un effet
indésirable, parfois mortel, de la met- la vitamine B12 (14). protecteur de la metformine vis-à-vis
formine (14). La metformine a une éli- Un essai clinique en double aveu- des cancers, mais ils ne sont pas de
mination principalement rénale. L’in- gle, a comparé la metformine versus nature à évoquer un risque particu-
suffisance rénale et les situations qui placebo durant 4,3  ans chez lier.
contribuent à son apparition (dés- 390 patients diabétiques (21). En fin
hydratation, affection aiguë inter- de traitement, 9,9 % des patients du Interactions  : gare à l’insuffi-
currente, médicaments et produits de groupe metformine avaient une sance rénale. La metformine est éli-
contrastes néphrotoxiques, etc.) sont concentration plasmatique de vita- minée dans les urines sous forme
des facteurs de risque d’acidose lac- mine  B12 inférieure à  150  pmol/l, inchangée. En cas d’insuffisance
tique sous metformine. En cas d’in- versus 2,7 % des patients du groupe rénale, l’allongement de la demi-vie
suffisance rénale modérée, la pour- placebo. Le compte rendu de cet d’élimination plasmatique de la met-
suite de la metformine n’est pas essai n’indique pas si ces déficits en formine entraîne son accumulation
consensuelle  : certains préconisent vitamine B12 ont eu une traduction et augmente le risque d’acidose lac-
son arrêt dès que le débit de filtration clinique ni un effet sur les globules tique (14).
glomérulaire estimé est inférieur à rouges. Du fait du risque d’insuffisance
60 ml/min, d’autres proposent de la Des cas d’anémies macrocytaires et rénale, les anti-inflammatoires non
poursuivre à dose réduite tant que le des neuropathies périphériques liées stéroïdiens sont à éviter chez les
débit de filtration glomérulaire estimé à une carence en vitamine B12 sous patients traités par metformine, et il est
est supérieur à 30 ml/min (16). metformine ont été décrits (16,22). prudent de suspendre la prise de met-
D’autres situations sont parfois à L’hypothèse d’un lien entre troubles formine avant un examen radiolo-
l’origine d’acidoses lactiques, favori- cognitifs, déficit en vitamine B12 et gique avec injection de produit de
sées par la metformine : insuffisance traitement au long cours par metfor- contraste iodé, et ne le reprendre
cardiaque ou respiratoire, infarctus mine a été émise (12). que 48 heures plus tard, après avoir
du myocarde récent, insuffisance Ces observations conduisent à vérifié la normalité de la fonction
hépatique, alcoolisation intense rechercher et à corriger un éventuel rénale (14).
aiguë, interventions chirurgicales, déficit en vitamine  B12 chez les Le débit de filtration glomérulaire,
traitement par certains antirétrovi- patients traités depuis longtemps par estimé à partir du dosage de la créa-
raux (14,17,18). metformine, surtout quand d’autres tininémie est particulièrement à sur-
Une synthèse méthodique avec facteurs de risque de déficit en vita- veiller en cas d’association de la met-
méta-analyse de 347 essais et suivis mine B12 sont présents, notamment : formine avec des médicaments
de cohortes chez au total autres médicaments diminuant l’ab- exposant à une insuffisance rénale,
70 490 patients-année sous metfor- sorption de la vitamine B12, tels que notamment les diurétiques, les inhi-
mine n’a pas mis en évidence de cas les inhibiteurs de la pompe à proton biteurs de l’enzyme de conversion et
d’acidose lactique (19). Mais les et les antihistaminiques H2, alimen- les sartans, qui sont des médicaments
patients les plus à risque d’acidose tation végétalienne (excluant toutes souvent utilisés chez les patients dia-
lactique provoquée par la metformine les protéines animales, y compris bétiques.
ont été le plus souvent exclus des œufs et laitages), gastrectomie. Un
essais. déficit en vitamine B12 est aussi à

PAGE 522 • LA REVUE PRESCRIRE JUILLET 2014/TOME 34 N° 369


Metformine en monothérapie : Recherche documentaire 10- Cryer DR et coll. “Comparative outcomes study
of metformin intervention versus conventional
médicament de premier choix et méthode d’élaboration approach. The Cosmic approach study” Diabetes Care
Nous avons recherché les synthèses métho- 2005 ; 28 (3) : 539-543.
L'évaluation de la metformine dans diques et les guides de pratique clinique 11- Hong Jie et coll. “Effects of metformin versus
publiés depuis 2007, et les essais comparatifs glipizide on cardiovascular outcomes in patients
le diabète de type 2, repose, encore et méta-analyses publiés depuis 2003. Cette with type 2 diabetes and coronary artery disease”
en 2014, sur une évaluation clinique recherche documentaire a reposé sur le suivi Diabetes Care 2013 ; 36 (5) : 1304-1311.
peu fournie de l'efficacité. Par contre, mis en œuvre au sein du Centre de docu- 12- Moore EM et coll. “Increased risk of cognitive
mentation Prescrire. Par ailleurs, pour la der- impairment in patients with diabetes is associated
l'évaluation de ses effets indésira- nière fois le 7 avril 2014, nous avons interrogé with metformin” Diabetes Care 2013  ;  36 : 2981-
bles est étoffée. les bases de données BML, Embase (1980- 2987.
semaine 14 de 2014), Infobanque AMC, NGC, 13- Base de données publiques des médicaments
Quelques résultats montrent une “Fiche info Glucophage 500  mg, comprimé
Medline (1950-4e semaine de mars 2014), The
réduction par la metformine en mono- Cochrane Library (CDSR, Central  : 2014, pelliculé” site http://base-donnees-publique.
thérapie de la mortalité et de cer- issue 4 ; DARE, HTA, Nsheed : 2014, issue 1) medicaments.gouv.fr consulté le 20  mai 2014  :
et nous avons consulté les sites internet des 2 pages.
taines complications cardiovasculaire organismes suivants  : AHRQ, Cadth, HAS, 14- Prescrire Rédaction “4-1-3 Patients sous met-
chez des patients diabétiques de type 2. KCE, NICE, NIH, SIGN. formine” Rev Prescrire 2013 ; 33 (362 suppl. inter-
Ces données ne sont pas de fort niveau Les procédures d’élaboration de cette syn- actions médicamenteuses).
thèse ont suivi les méthodes habituelles de 15- Saenz A et coll. “Metformin monotherapy for
de preuves, mais le long recul d’utili- Prescrire, notamment : vérification de la sélec- type 2 diabetes mellitus” (Cochrane review)
sation de la metformine montre un tion des documents et de leur analyse, relec- (dernière version 2003). In : “The Cochrane Library”
profil d’effets indésirables acceptable. ture externe, contrôles de qualité multiples. John Wiley and Sons, Chichester, 2009 issue 1  :
1- Bennett WL et coll. “Evaluation of guidelines 138 pages.
En 2014, la monothérapie par met- recommandations on oral medications for type 2 16- “Biguanides antidiabetics”, “Metformin
formine reste un traitement hypo- diabetes mellitus” Ann Intern Med 2012 ; 156 (1) : hydrochloride” In : “Martindale The complete drug
27-36. reference” "The Pharmaceutical Press, London. Site
glycémiant de premier choix pour les 2- UK Prospective Diabetes Study (UKPDS) Group www.medicinescomplete.com consulté le 3  avril
patients atteints de diabète de type 2. “Effect of intensive blood-glucose control with met- 2014 : 9 pages + 13 pages.
Pour en limiter les effets indésirables, formin on complications in overweight patients 17- Prescrire Rédaction “Metformine : des acidoses
with type  2 diabetes (UKPDS  34)” Lancet 1998  ; lactiques évitables” Rev Prescrire 2006 ; 26 (276) : 671.
mieux vaut commencer par la pren- 352 : 854-865. 18- Prescrire Rédaction “Acidoses lactiques et anti-
dre à dose faible, en cours ou en fin 3- Prescrire Rédaction “Traitement des diabétiques de rétroviraux” Rev Prescrire 2002 ; 22 (228) : 357-359.
de repas, en tenant compte de ses type 2 (non insulinodépendants). Enfin des résultats 19- Salpeter SR et coll. “Risk of fatal and non fatal
cliniques en faveur du contrôle de la glycémie” Rev lactic acidosis with metformin use in type 2 diabetes
interactions médicamenteuses. Il est Prescrire 1999 ; 19 (196) : 448-456 + 19 (197) : 560. mellitus” (Cochrane review) (dernière version
prudent de s’assurer périodiquement 4- Boussageon R “Metformine dans le diabète de 2009). In : “The Cochrane Library” John Wiley and
type 2 : et si on s’était trompé ?” Presse Méd 2013 ; Sons, Chichester, 2010 issue 4 : 233 pages.
de l’absence d’insuffisance rénale et 42 : 132-133. 20- Prescrire Rédaction “Peut-on utiliser la metfor-
de rechercher une carence en vita- 5- McCormack J et Greenhalgh T “Seeing what you mine en cas d’insuffisance cardiaque ou coronaire ?”
mine B12 en cas de signe évocateur want to see in randomised controlled trials : versions Rev Prescrire 2001 ; 21 (215) : 235-236.
and perversions of UKPDS data” BMJ 2000 ; 320 : 21- de Jager J et coll. “Long term treatment with
ou de contexte la favorisant. 1720-1723. metformin in patients with type 2 diabetes and risk
Dans un prochain numéro, nous 6- Ewart RM “The case against aggressive treatment of vitamin B12 deficiency  : randomised placebo
aborderons le choix d'un médica- of type 2 diabetes : critique of the UK prospective controlled study” BMJ 2010 ; 340 : c2181.
diabetes study” BMJ 2001 ; 323 : 854-858. 22-  Prescrire Rédaction “Déficit en vitamine  B12
ment hypoglycémiant dans les situa- 7- Prescrire Rédaction “Lectures critiques Prescrire. sous metformine” Rev Prescrire 2004 ; 24 (250) : 349.
tions où la metformine n’est pas sou- Exercice N° 46 : Faire dire à tout prix” Rev Prescrire 23- Schrier SL et coll. “Etiology and clinical mani-
2012 ; 32 (341) : 238 (version complète sur le site festations of vitamin B12 and folate deficiency”
haitable ou n’a pas pas un effet formations.prescrire.org : 16 pages). (mise à jour mars 2014) UpToDate, Waltham ; ver-
hypoglycémiant suffisant. 8- Kahn SE et coll. “Glycemic durability of rosigli- sion 22.2 : 15 pages
Synthèse élaborée collectivement tazone, metformin, or glyburide monotherapy” 24- Franciosi M et coll. “Metformin therapy and risk
par la Rédaction, N Engl J Med 2006 ; 355 (23) : 2427-2443. of cancer in patients with type 2 diabetes : system-
sans aucun conflit d’intérêts 9- Lamanna C et coll. “Effect of metformin in car- atic review” PloS Med 2013 ; 8 (8) : e71583.
©Prescrire diovascular events and mortality : a meta-analysis 25- Rao AD et coll. “Is the combination of sulfony-
of randomized clinical trials” Diabetes Obesity Metab lureas and metformin associated with an increased
2011 ; 13 (3) : 221-228. risk of cardiovascular disease or all-cause mortali-
ty ? A meta-analysis of observational studies” Dia-
betes Care 2008 ; 31 (8) : 1672-1678.
DCI France Belgique Suisse 26- Boussageon R et coll. “Reappraisal of metformin
chlorpropamide ex-DIABINESE° ex-DIABINESE° ex-DIABINESE° efficacy in the treatment of type 2 diabetes : a meta-
analysis of randomised controlled trials” PloS
glibenclamide DAONIL° ou autre EUGLUCON°, DAONIL° DAONIL° ou autre Med 2012 ; 9 (4) : e1001204 : 10 pages.
glipizide GLIBENESE° ou autre GLIBENESE°, MINIDIAB° ex-GLIBENESE°
metformine GLUCOPHAGE° ou autre GLUCOPHAGE° ou autre GLUCOPHAGE° ou autre
(chlorhydrate)
metformine STAGID° — —
(embonate)
rosiglitazone ex-AVANDIA° ex-AVANDIA° ex-AVANDIA°

LA REVUE PRESCRIRE JUILLET 2014/TOME 34 N° 369 • PAGE 523