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Université HASSAN II – MOHAMMEDIA-

Faculté des sciences Juridiques, Économiques et Sociales

Réalisé par : Encadré par :

Habiba CHAOUI Mr BENTAHER

2éme Semestre Master, Droit Des Affaires

Année Universitaire 2007/2008


PLAN

INTRODUCTION

PARTIE I : LE NANTISSEMENT AVEC DEPOSSESSION

Section I- Le Gage Commercial

Section II- Le Dépôt Dans Les Magasins Généraux

PARTIE II : LE NANTISSEMENT SANS DEPOSSESSION

Section I- Le Nantissement De L’outillage Et Du Matériel


D’équipement Et De Certains Produits Et Matières

Section II- Le Nantissement Du Fonds De Commerce

2
INTRODUCTION :

ETYMOLOGIE :

Le mot « sûreté » vient du latin « securitas », dont le doublet savant est


« sécurité ».

Le Robert, commentant la première apparition connue du mot « sûreté »,


l’identifie notamment à l’absence de crainte, c’est-à-dire à la confiance,
notion-clef dans les deux domaines si liés des sûretés et du crédit.

Le nantissement est le contrat par lequel un débiteur remet une


chose mobilière ou immobilière à son créancier pour garantie de sa dette,
le nantissement d’une chose mobilière s’appelle gage et le nantissement
d’une chose immobilière s’appelle antichrèse. Il faut cependant se méfier
de ne pas le confondre avec le gage, la différence est que la remise du bien
est matérielle, tandis que le nantissement assure une remise
"immatérielle" résidant dans la publicité qui assure le parfait achèvement
de son contrat. Selon l’article 1170 du DOC « le nantissement est un
contrat par lequel le débiteur, ou un tiers agissant dans son intérêt, affecte
une chose mobilière ou immobilière ou un droit incorporel à la garantie
d’une obligation, et confère au créancier le droit de se payer sur cette
chose, par préférence à tous autres créanciers, au cas où le débiteur
manquerait à le satisfaire ».

Le contrat de nantissement, consenti régulièrement et sans fraude à


un créancier, ne saurait faire l’objet d’une action révocatoire de la part des
autres créanciers non privilégiés, auxquels il est au contraire opposable,
quelle que soit la date de leur créance1.

Le DOC a utilisé le terme nantissement pour définir le contrat réel


de gage, mais ce contrat de nantissement, pour être valable, suppose la
dépossession du débiteur de l’objet donné en gage, comme tous les
contrats réels réglementés par le DOC, et cette dépossession fait obstacle à
son utilisation par les commerçants qui préfèrent le nantissement de fonds
de commerce.

1
Tribu 1ere instance Oujda 24 VII-1916, RLJM1917, p : 9

3
Or c’est dans le domaine économique que l’on palpe le véritable
intérêt d’une étude sur le nantissement, en effet, notre époque est
marquée par le développement du crédit, on a toujours recours à la
fortune des autres pour édifier la sienne2.

Selon le code de commerce, il y a deux sorte de nantissement : un


avec dépossession appelé gage et l’autre sans dépossession3.

Les sûretés mobilières sans dépossession ont toutes été inspirées par
l’intérêt du constituant auquel la loi permet d’affecter, à la garantie d’une
créance, des meubles qu’il continue à exploiter. Mais il fallait également
tenir compte de l’intérêt des autres créanciers du constituant et des
acheteurs éventuels des biens qui forment l’assiette de sûreté. En effet,
lorsque le gage est conçu sans dépossession, il ne se révèle pas d’emblée
aux tiers, puisque le bien grevé demeure entre les mains du constituant.
On a dès lors imaginé de substituer à la publicité par la dépossession du
constituant une publicité par inscription sur un registre. Telle est la
technique adoptée notamment pour les nantissements de fonds de
commerce et du matériel.

Cela dit, quelle est la différence entre ces deux types de


nantissements ? Quels sont les textes les régissant ? Quelle est
l’importance de la dépossession par rapport à la sécurité des
créanciers ? Pourrait-elle être désavantageuse ?

Par la simplicité de son mécanisme, le gage (synonyme de


nantissement mobilier) est certainement le type le plus ancien de sûreté
réelle conventionnelle. Il consiste en effet pour le débiteur « constituant
du gage » à remettre à son créancier un objet mobilier que celui-ci fera
vendre pour se payer, si le débiteur n’exécute pas son obligation.

En principe le débiteur est dépossédé du meuble mis en gage. Et


cette situation crée, au bénéficiaire de la sûreté, un avantage considérable
sur les autres créanciers, car l’objet engagé est matériellement soustrait à
leurs poursuites éventuelles sur le patrimoine du débiteur.

2
Les études pratiques du droit commercial, Robert la cour et jacques archevêques p : 12
3
Reformulation de l’article 336 du code de commerce

4
Cependant, il est clair que cette dépossession est elle-même souvent
incommode, spécialement quand le bien destiné à être engagé constitue
un élément nécessaire à l’activité du débiteur. En pareil cas il est
souhaitable d’éviter que ce dernier soit privé d’un moyen propre à lui
permettre d’augmenter ses gains et ce, faisant régler ses dettes4.

Dans le présent travail, nous allons essayer de démontrer ces deux


formes de nantissement, prévues par le code de commerce Marocain dans
son article 336.

4
Didier Martin, Droit Civil et Commercial Marocain : 176

5
PARTIE I : NANTISSEMENT SANS DEPOSSESSION (gage)

Le gage est un contrat par lequel une personne remet à son créancier
un objet mobilier ou une valeur pour assurer l’exécution de ses
engagements, par exemple le remboursement d’un prêt d’argent, le
contrat se forme par la remise de l’objet sur lequel porte le gage. Ce
dernier confère au créancier le droit de retenir la chose engagée jusqu’à
parfait acquittement de la dette, de la vendre si l’obligation n’est pas
acquittée, et d’être payé sur le prix, en cas de vente, par privilège et
préférence à tout autre créancier5.

Le développement du crédit de banque a conduit les rédacteurs de la loi


15-95 formant code de commerce à poser une réglementation du gage
commercial. Le gage commercial peut revêtir la forme particulière de
dépôt en magasin général.

Section 1 : le gage commercial

L’article 338 du code de commerce définit le gage commercial, comme


celui qui est constitué soit par un commerçant ou un non commerçant
pour acte de commerce. C’est donc la nature, civile ou commerciale, de la
dette garantie qui détermine la nature de la constitution du gage. Dés que
la créance ou la dette a la nature commerciale pour l’une des parties, le
gage qui la garantit doit être considéré comme commercial. On doit
distinguer entre le gage de meubles corporels et le gage de meuble
incorporels.

5
D.O.C Article 1184

6
1-le gage sur meubles corporels

Il importe de signaler des l’abord que ce gage présente des difficultés en


matière commerciale. Le gage avec transfert de la possession est le seul
que connaisse le dahir formant le DOC. L’article 1184 DOC dispose « le
gage confère au créancier le droit de retenir la chose engagée jusqu’à
parfait acquittement de la dette, de la vendre si l’obligation n’est pas
acquittée, et d’être payé sur le prix, en cas de vente, par privilège et
préférence à tout autre créancier ». Le gage se heurte dans la pratique
commerciale à deux difficultés : d’une part, le commerçant ne peut livrer
la possession du matériel et des marchandises qui sont indispensables à
l’exploitation de son fonds, d’autre part, le prêteur ne dispose pas de
locaux suffisants pour les recevoir.

a)- le contrat de gage :

Le gage commercial se constate d’après l’article 338 du code de


commerce, à l’égard des tiers, comme à l’égard des parties contractantes
conformément aux dispositions de l’article 334, ce dernier dispose « en
matière commerciale la preuve est libre. Toutefois, elle doit être rapportée
par écrit quand la loi ou la convention l’exige ». Il est donc permis d’établir
l’existence du gage commercial par tous les moyens de preuve.

b)- la transmission de la possession

La constitution de gage n’a de sens que si le droit conféré au créancier


gagiste est opposable aux tiers. Or l’article 339 du code de commerce
n’accorde et ne maintient le privilège du créancier gagiste que si le gage a
été mis et est resté en possession du créancier ou d’un tiers convenu entre
les parties. Sur ce point, il n’y a aucune différence entre le droit civil et le

7
droit commercial. Le droit civil a toujours admis qu’il pouvait y avoir
entièrement, c'est-à-dire détention des objets remis en gage par un tiers
qui les garde pour le créancier. Il suffit que la dépossession du débiteur
soit apparente. L’article 339 du code de commerce précise que le
créancier est réputé avoir reçu les marchandises en sa possession, si elles
sont à sa disposition dans ses magasins ou navires, ou à la douane, ou dans
un dépôt public, ou si, avant qu’elles soient arrivées, il est saisi par un
connaissement ou par tout autre titre de transport6.

c)-l’exécution du gage

L’exécution du gage commercial, au cas de défaut de paiement de la dette,


est grandement facilitée par l’article 340 du code de commerce. Le
créancier adresse une signification au débiteur, et sept jours après, il peut
faire procéder à la vente publique des objets donnés en gage. La vente est
faite par le greffier du tribunal du lieu du domicile du créancier ou du tiers
convenu, dans les formes prévues pour les ventes sur saisie-exécution par
le code de procédure civile. Il n’est donc pas besoin de titre exécutoire.

La défense faite au créancier de s’approprier le gage en vertu d’une clause


du contrat, dite pacte compromissoire, qui est édicté par l’article 1207 du
DOC, se trouve reproduite par le dernier alinéa de l’article 340 du code
de commerce.

6
Reformulation de l’article 1194 du DOC

8
2)- le gage sur immeubles incorporels.

Il s’agit de gage sur les valeurs mobilières. La mise en gage des titres au
porteur se fait par la transmission de la possession comme pour les
meubles corporels7. Pour les titres à ordre, elle est réalisée en principe par
un endossement de garantie appelé aussi endossement pignoratif et, pour
les titres nominatifs, par un transfert de garantie sur les registres de la
société8. La loi autorise le créancier gagiste à encaisser la créance
constituée en gage, sans aucune forme.

Section 2 : Le dépôt dans les magasins généraux

Le dépôt dans les magasins généraux est réservé aux commerçants et il ne


peut être fait par eux que pour les marchandises rentrant dans leur
spécialité professionnelle. Il a été imaginé afin de leur permettre de se
procurer du crédit en constituant leurs marchandises en gage mais les
marchandises restent souvent déposées sans être engagées. Le dépôt n’en
a pas moins son utilité : il facilite leur transmission qui peut se faire par la
simple délivrance d’un titre, il dispense le commerçant des frais et risque
de magasinage.

1)-le magasin général

Les magasins généraux institués par le dahir du 6 juillet 1915, sont des
entrepôts agrées et contrôlés par l’administration, dans lesquels des
producteurs ou des commerçants déposent des marchandises ou des
produits fabriqués, qu’ils gardent pour le compte du déposant ou de celui

7
FASQUELLE, le nantissement des valeurs mobilières.
8
Article 338 du code de commerce

9
à qui sera transmis le titre constatant le dépôt. Ces magasins généraux
sont utiles à divers titres. Tout d’abord ils offrent aux producteurs et aux
commerçant des locaux qui coûtent, moins cher que si chacun devait
acquérir ou louer des entrepôts personnels. En outre, leur gestion étant
assurée par d’autre que les propriétaires des choses déposées, on a imaginé
d’articuler sur leur organisation un système de mise en gage pratique pour
tous9. Le magasin général est une entreprise commerciale eu sens de
l’article 6 du code de commerce10.

2)- le récépissé – warrant

Le dépôt de la marchandise donne lieu à la délivrance d’un récépissé


auquel est annexé un bulletin de gage ou warrant, les deux pièces portent
les mêmes indications. Elles sont réunies au moment de la délivrance et
extraites d’un registre à souche (article 341 du code de commerce). Le
récépissé-warrant énonce le nom du déposant avec indication de sa
profession et de son domicile, la nature des marchandises déposées et les
indications propres à en déterminer l’identité et la valeur.

Le récépissé-warrant est un titre à ordre, les deux parties du document


peuvent être endossé par le déposant, ensemble ou séparément (article
342 du code de commerce). Cet endossement doit être daté (article 344)
et signé par l’endosseur. La loi n’exige pas d’autres mentions. La seule
particularité est que le preneur peut exiger la transcription de
l’endossement sur le registre à souches du magasin générale (article 345 du
code de commerce).

L’endossement du récépissé-warrant transmet au cessionnaire le droit de


disposer de la marchandise (article 343). La remise du titre qui représente
la marchandise permet le transfert de la possession.

9
Didier Martin, Droit Civil et Commercial Marocain P179
10
Mhamed Motik, Droit Commercial Marocain, P : 206

10
L’endossement du récépissé-warrant transmet au cessionnaire le droit de
disposer de la marchandise (article 343). La remise du titre qui représente
la marchandise permet le transfert de la possession.

Si le déposant remet au cessionnaire un récépissé dont le warrant a été


détaché, c’est qu’il y a eu nantissement constitué sur la marchandise
déposée. Dans ce cas, le cessionnaire devient bien le propriétaire de la
marchandise, mais avec l’obligation de respecter la constitution du gage
(article 346). La loi lui donne le droit de payer la créance garantie par le
warrant, même avant l’échéance. Si le porteur du warrant lui était inconnu
ou refusait de recevoir le paiement, il aurait le droit de consigner le
montant du warrant au magasin général afin de reprendre la libre
disposition des marchandises (article 346).

Muni du titre complet, le déposant peut l’utiliser de diverses manières


suivant les circonstances. S’il vend la marchandise, il remet à l’acheteur le
titre entier en endossant le récépissé au nom de l’acheteur. S’il la met en
gage, il détache le warrant et l’endosse, avec les précisions nécessaires, au
nom du créancier gagiste, le magasin général détient alors la marchandise
gagée pour le compte de ce dernier.

Le système est ingénieux : quand une marchandise déposée en magasin


général est vendue, l’acheteur sait à l’examen du titre qui lui est remis, si
elle est ou n’est pas engagée. En effet, si la marchandise est engagée, le
vendeur lui présentera le récépissé seul. Dans le cas contraire, il lui
présentera le document entier. Et si l’acheteur (ou un tiers) veut savoir
pour quelle somme le gage a été constitué, il pourra consulter les registres
du magasin général où le warrant est transcrit, formalité requise à peine
d’inopposabilité du warrant aux tiers.

11
Quant à sa nature juridique, le warrant est un effet de commerce, qui
circule comme tel et donne à son porteur, à l’échéance, des droits
semblables à ceux du porteur d’une lettre de change ou billet à ordre. Mais
le warrant a la particularité que le droit du porteur est garantit par la
marchandise déposée, faute de règlement à l’échéance le porteur du
warrant séparé du récépissé peut, huit jour après le protêt, et sans aucune
formalité de justice, faire procéder à la vente de la marchandise engagée11.
Si le produit de la vente est supérieur à la créance garantie, la différence
est due au propriétaire, porteur du récépissé, s’il lui est inférieur, le
porteur du warrant a, comme tout porteur d’un effet de commerce, un
recours contre chacun des signataires de l’effet, solidairement tenus de le
payer, les délais fixés par les article 196 et suivant pour l’exercice du
recours contre les endosseurs ne courent que du jour où la vente de la
marchandise est réalisée.

Le porteur du warrant perd, en tout cas, ses recours contre les endosseurs
s’il n’a pas fait procéder à la vente dans le mois qui suit la date du protêt12.

11
Article 347 du code de commerce
12
Article 350 du code de commerce

12
PARTIE II : LE NANTISSEMENT SANS DÉPOSSESSION

Dans cette partie nous allons traiter, le nantissement de l’outillage et


du matériel de l’équipement, et du nantissement du fonds de commerce.

Il s’agit de deux sûretés réelles mobilières qu’on appelle souvent des


hypothèques mobilières. A la question, sont-elles des gages ou des
hypothèques mobilières ?

Il est mal aisé d’y répondre clairement, cela soulève en vérité le problème
de la comparaison du gage et de l’hypothèque mobilière.13

Section 1 : le nantissement de l’outillage et du matériel


d’équipement et de certains produits et matières :

1- le nantissement de l’outillage et du matériel d’équipement :


Dans ce paragraphe, nous allons voir, le contrat de nantissement et sa
réalisation.

a- le contrat :

L’article 355du code de commerce, permet à l’acheteur à crédit de


constituer un nantissement sur l’outillage et le matériel d’équipement
professionnel qui lui est immédiatement livré. Le nantissement est
consenti par un acte authentique ou un acte sous seing privé. A peine de
nullité, le nantissement doit être conclu au plus tard dans le délai de 30
jours à compter de la livraison du matériel d’équipement sur les lieux où il
devra être installé. A peine de nullité également, le nantissement doit être
inscrit dans le délai de vingt jours à compter de l’acte constitutif. Si
l’acquéreur exerce une activité industrielle ou commerciale, l’inscription

13
Confer le nantissement de l’outillage et du matériel d’équipement de Gérard CORNU, pages 475 et suivants

13
du nantissement doit être également effectuée au registre du commerce
du tribunal où est inscrite son entreprise (art. 357 co.com).

Le débiteur ne peut aliéner les objets engagés sans l’autorisation


préalable du créancier ou à défaut du juge des référés ; l’interdiction est
sanctionnée par les dispositions de l’article 377 du code de commerce.

b -la réalisation du nantissement :

Au cas de non-paiement à l’échéance, le vendeur ou le bailleur de


fonds, peut nonobstant toute disposition contraire des contrats,
poursuivre la réalisation du bien nanti. A cet effet, il saisit le juge des
référés qui rend une ordonnance constatant l’inexécution des obligations
du débiteur autorisant la vente aux enchères publiques des biens nantis,
lorsque le crédit a été consenti en faveur de matériel ou d’outillage à usage
industriel (art.370 co.com). Si le crédit a été consenti en faveur de matériel
à usage agricole, le juge des référés ordonne la restitution du matériel
nanti et désigne un ou plusieurs experts pour en fixer la valeur du jour de
la reprise. Deux situations peuvent se présenter :

 l’une des parties n’agrée pas le prix fixé par le ou les experts, il
est procédé à la vente aux enchères publiques du matériel ;
 si la valeur de l’estimation acceptée par les parties ou le produit
de la vente excède le montant des sommes dues, la différence
profite à l’acquéreur.
Dans le cas contraire, l’acquéreur reste débiteur pour le surplus. (art.371)

En vertu de l’article 365 du code de commerce, le privilège du


créancier nanti s’exerce sur les biens grevés par référence à tous autres
privilèges, à l’exception :

1) du privilège des frais de justice ;


2) du privilège des frais exposés pour la conservation de la chose ;

14
3) du privilège accordé aux salariés par le paragraphe 4 de l’article
1248 du dahir formant code des obligations et des contrats ;

2- le nantissement de certains produits et matières :

L’article 378 du code de commerce prévoit que l’administration


établit une liste de produits et matières qui peuvent faire l’objet de la part
de leurs propriétaires, d’un nantissement ne comportant pas la mise en
possession du créancier. Les produits et les matières nantis peuvent soit
resté entre les mains de l’emprunteur qui en est constitué gardien, soit
être confiés par convention expresse à la garde d’un tiers.

Ce nantissement se caractérise par le fait que l’emprunteur conserve le


droit de mettre en œuvre les produits donnés en gage ou de les vendre à
l’amiable avant le paiement de la créance, même sans le concours du
prêteur. Dans le cas de mise en œuvre, le nantissement se transporte de
plein droit, dans les limites fixées par les parties et, sauf, convention
contraire de celles-ci, sur les produits résultant de la mise en œuvre.
L’absence du consentement du créancier empêche la tradition à
l’acquéreur, tant que ce créancier n’est pas désintéressé (article 385, al. 1er
du co.com).

Pour s’assurer de la non dissipation ou détérioration volontaire du


gage, le créancier nanti peut à tout moment demander en référé un
constat de l’état du stock nanti. S’il s’avère que ledit stock a subi des
diminutions, le créancier assigné devant le juge des référés, à l’effet de
prononcer l’exigibilité immédiate de la créance (article 390).

a- le contrat :

Un écrit est indispensable à la formation du contrat de ce


nantissement. Il est fait en la forme d’un acte authentique ou sous seing
privé. Il doit préciser que les parties entendent se placer sous le régime des
articles 378 à 392 du code de commerce (art. 379, al.1er). L’acte doit
comporter un certain nombre de mentions relatives aux parties, au
montant du prêt et de sa durée, au taux d’intérêt convenu, à la nature de
la marchandise donnée en gage et à son emplacement. Au cas où le
produit nanti est assuré, l’acte doit mentionner le nom et l’adresse de
l’assureur (art.379, al.2). En vertu de l’article 380 du code de commerce,

15
le prêt constaté et garanti ne peut être consenti pour plus d’un an,
renouvelable dans les mêmes formes dans un délai de trois mois à compter
de son déchéance.

b-l’inscription du gage :

Le contrat de nantissement de certains produits et matières est


transcrit dans un registre spécial tenu au secrétariat-greffe du tribunal de
commerce du lieu où sont situés ces produits et matières (art.381 co.com).
La radiation de l’inscription peut être opérée soit sur la justification du
remboursement de la créance garantie par le nantissement ou sur
production d’une mainlevée (article 383, al.1er), soit d’office après un an et
trois mois si elle n’a pas été renouvelé avant l’expiration de ce délai (article
384). Dans le cas prévu à l’article 383, un certificat de radiation est délivré
à l’emprunteur.

c-la réalisation du nantissement :

Si le créancier n’est pas payé dans le délai de dix jours à dater de


l’échéance, il peut saisir le président du tribunal du commerce qui rend
après expiration d’un délai de quinze jours, une ordonnance autorisant
vente de la marchandise engagée. Cette ordonnance est portée, quinze
jours avant la vente, à la connaissance du débiteur par lettre
recommandée et à la connaissance du public par affichage sur les lieux
désigné par le président. L’ordonnance peut aussi faire l’objet d’une
publication dans les journaux (article 386 co.com).

A- Le nantissement du fonds de commerce :

Le nantissement du fonds de commerce a été crée comme une


hypothèque mobilière, c'est-à-dire, un gage sans dépossession du débiteur.
Cette garantie confère au banquier prêteur un privilège sur le fonds. C’est
une sûreté réelle organisée sur le modèle de l’hypothèque grâce à la
publicité que la stabilité relative du fonds rend possible. Le nantissement
permet au commerçant d’obtenir plus facilement des crédits, des

16
fournisseurs ou du banquier, et ces derniers protègent leur créance par la
sûreté qui leur est consentie.

Le débiteur propriétaire du fonds continue d’exploiter celui-ci et sa


gestion n’est pas entravée par l’existence du nantissement, le créancier n’a
aucun regard sur l’exploitation.

En revanche, il a un droit de préférence et un droit de suite, d’où


l’obligation de l’informer des changements juridiques affectant le fonds.

1- constitution du nantissement :
La première condition tient à l’existence d’un fonds appartenant au
débiteur ; cette exigence renvoie aux solutions déjà exposées à propos de
la notion de fonds de commerce ; on en déduit que le titulaire d’un
emplacement intégré dans un centre commercial et dépourvu de toute
autonomie de gestion est dans l’impossibilité de donner son fonds en
nantissement, comme il est exclu, d’ailleurs de la propriété commerciale.

Le fonds doit évidemment appartenir à celui qui le place en garantie.


Ainsi, il ne peut être consenti par le locataire gérant.14

La deuxième condition, concerne l’objet du nantissement. Ce point


est l’un des plus délicats. Retenons d’abord que tous les éléments du fonds
de commerce ne sont pas affectés par le nantissement ; sont ainsi exclus :
les marchandises (art. 107 du Co. Com). Ensuite, les parties au contrat de
nantissement ont la faculté de cantonner celui-ci à certains éléments du
fonds ; la loi apporte à cet égard quelques précisions :

1°) A défaut de désignation expresse et précise dans l’acte, le


nantissement ne comprend que le nom commercial, l’enseigne, le droit au
bail, la clientèle et l’achalandage

14
Hassania CHARKAOUI, droit commercial, 2ème édition 2003, pages 152 et suivants, imprimerie najah el
Jadida

17
(Article 107 al.3). Nous avons indiqué que la clientèle est un élément
essentiel sans lequel il n’y a pas de fonds. Quant au droit au bail, il peut
être remplacé par l’indemnité qui serait accordé pour défaut de
renouvellement du bail. Si le commerçant est en même temps propriétaire
de l’immeuble où le fonds est exploité, le nantissement ne comprend pas
de droit au bail, ce qui en réduit sensiblement la valeur ; peu importe
qu’ultérieurement le commerçant vende son fonds et concède un bail à
l’acquéreur, car l’assiette du nantissement est appréciée à la date où il est
consenti.15

Inversement, si le commerçant était locataire lors de la constitution


du nantissement et a ultérieurement acheté l’immeuble, le nantissement
continue de porter sur le droit au bail qui a sans doute disparu par
confusion lors de l’achat de l’immeuble, mais qui renaît lorsque la
confusion cesse par suite de la saisie et de la vente du fonds.

Certains éléments doivent faire l’objet d’une stipulation expresse pour être
compris dans le nantissement. Il s’agit du matériel et l’outillage parfois
difficile à distinguer des marchandises, à la condition qu’ils ne soient pas
immeubles par destination ; des brevets d’invention sous la condition
d’une spécification et d’une inscription prise à l’OMPIC.

Le nantissement doit répondre à d’autres conditions de formes et de


publicité.

Le nantissement doit être constitué par un acte écrit, car il est nécessaire
de déposer l’acte au greffe du tribunal. Cet acte peut être authentique ou
sous seing privé.

Comme le privilège du vendeur, il doit être inscrit dans les quinze jours de
sa date au registre du commerce. Cette inscription doit être faite par les
soins du créancier gagiste et elle n’est pas soumise à la publication dans les
journaux.

15
hassani CHARKAOUI, droit commercial, 2ème édition 2003, pages 155

18
2- les effets du nantissement :

A l’égard des créanciers chirographaires antérieures du commerçant,


l’article 11alinéa 5 de la loi dispose que l’inscription du nantissement
peut rendre exigibles leurs créances qui ont pour cause l’exploitation du
fonds. Quant aux créanciers nantis, qui bénéficient d’une sûreté réelle que
confère le nantissement, le législateur a dû prendre des mesures contre
l’action nocive du débiteur, par laquelle il peut détruire le gage en
déplaçant le fonds ou en dispersant les éléments ou en réalisant le bail. Le
législateur attache au nantissement comme au privilège du vendeur non
seulement le droit de préférence et le droit de suite qui sont les
prérogatives normales de toute sûreté mais aussi le droit de s’opposer à la
dépréciation du fonds de commerce. Les mêmes dispositions concernent
ainsi le créancier nanti et le vendeur privilégié qui sont les créanciers
« inscrits ».

Déplacement du fonds : il est certes impossible d’interdire tout


déplacement de fonds car le commerçant peut avoir intérêt à changer de
local. Mais le débiteur (acquéreur du fonds ou propriétaire originaire)
peut éloigner son fonds pour le disperser hors de la surveillance de ses
créanciers. Il peut même recueillir une indemnisation occulte de ses
concurrents, qui recueillent sa clientèle du fait de son départ.

La loi oblige dans ce cas à faire connaître aux créanciers inscrits son projet
de déplacement quinze jours avant de le réaliser et d’obtenir leur
consentement (article 111). Si les créanciers ne sont pas informés, les
créances inscrites deviennent de pleins droits exigibles. S’ils sont informés
et refusent leur consentement le déplacement peut rendre leur créance
exigible lorsqu’il en résulte une dépréciation du fonds (article 111 al.4).

Les créanciers qui consentent au déplacement doivent, dans les quinze


jours, faire mentionner le nouveau siège du fonds en marge de leur
inscription existante. Si le fonds a été transféré dans un autre ressort, ils

19
doivent faire reporter à sa date l’inscription primitive avec l’indication du
nouveau siège sur le registre du tribunal de ce ressort (Art. 111 al.2)

En cas d’omission de ces formalités, les créanciers peuvent être déchus de


leur privilège s’il est établi que par négligence un préjudice en a résulté
pour les tiers (Art. 111 al.3).

En conclusion, nous pouvons dire que le nantissement du fonds de


commerce, le nantissement de l’outillage et du matériel d’équipement
sont de la même essence qui est celle des sûretés réelles mobilières.

Toutefois, le nantissement de l’outillage et du matériel d’équipement se


caractérise par rapport au nantissement du fonds de commerce par
rapport à un point très important : le débiteur perd le droit d’aliéner
librement le matériel grevé de nantissement ce qui entraîne, sauf lorsqu’il
appose des sur ledit matériel, l’absence du droit de suite, c’est pour cela
qu’on considère en général, que cette sûreté réelle, à la différence du fonds
de commerce n’est pas une hypothécaire mobilière.

20
BIBLIOGRAPHIE
Ouvrages spéciaux :

- GREGOIRE, MICHELE / PUBLICITÉ FONCIERE, SURETES


REELLES ET PRIVILEGES

- ANDRE BRUYNEEL ET ANNE-MARIE STRANART / LES SURETES,


REELLES ET PERSONNELLES, EN DROIT FRANÇAIS ET EN DROIT
BELGE ; SURETES ISSUES DE LA PRATIQUE ; DROIT
INTERNATIONAL PRIVE

- JEANS-LOUIS GUILLOT/ LES NANTISSEMENTS ET AUTRES


GARANTIES MOBILIERES

- DROIT CIVIL, INTRODUCTION A L’ETUDE DU DROIT, LES


PERSONNES PHYSIQUES, LA FAMILLE, LES BIENS, LES
OBLIGATIONS, LES SURETES/ LOUIS BACH

- DELEBECQUE, PHILIPE / DROIT CIVIL : LES SURETES, LA


PUBLICITE FONCIERE, DALLOZ 95

- DUPICHOT PHILIPE / LE POUVOIR DES VOLONTES


INDIVIDUELLES EN DROIT DES SURETES, PARIS 2005

- PIERRE, SCCHOSECH/ LE PRIVILEGE DES IMPOTS DIRECT AU


MAROC DANS SES RAPPORT AVEC LES AUTRES SURETES
MOBILIERES

- AMGHAR LKHLASSE / LE NANTISSEMENT DU FOND DE


COMMERCE, MAGAZINE DE L’ENTREPRISE ET DE L’ECONOMIE
N° 67 ANNEE 1994

21
Ouvrages généraux :

- DROIT COMMERCIAL MAROCAIN DE MHAMED MOTIK

- DROIT CIVIL ET COMMERCIAL MAROCAIN DE DIDIER MARTIN

- DROIT COMMERCIAL DE HASSAINA CHARKAOUI

- D.O.C ANNOTÉ, DE FRANÇOIS PAUL BLANC

- LE GAGE COMMERCIAL, X MARTIN

- COURS DE DROIT COMMERCIAL, LOUI MAZEAUD

Ouvrages en langue arabe :

‫ﺍﺳﺘﺜﻤﺎﺭ ﺍﻟﺪﺍﺋﻦ ﺍﻟﻤﺮﺗﻬﻦ ﻭ ﺇﺩﺍﺭﺗﻪ ﻟﻤﺤﻞ ﺍﻟﺮﻫﻦ‬: ‫ﺍﻟﻔﻘﻴﻪ ﻣﺤﻤﺪ ﻋﻠﻲ ﻋﺜﻤﺎﻥ‬-
. ‫ﺍﻟﺤﻴﺎﺯﻱ‬

. ‫ﺃﻭﺿﺎﻉ ﺍﻟﺮﻫﻦ ﺍﻟﺤﻴﺎﺯﻱ ﻓﻲ ﺍﻟﻔﻘﻪ ﺍﻟﻤﺎﻟﻜﻲ‬: ‫ﺣﺎﺩﻭﺵ ﻋﺒﺪ ﺍﻟﺴﻼﻡ‬-

: ‫ﺍﻟﺘﺄﻣﻴﻨﺎﺕ ﺍﻟﺸﺨﺼﻴﺔ ﻭ ﺍﻟﻌﻴﻨﻴﺔ‬: ‫ﺳﻤﻴﺮ ﻋﺒﺪ ﺍﻟﺴﻴﺪ‬-


،‫ ﺍﻟﺮﻫﻦ ﺍﻟﺤﻴﺎﺯﻱ‬،‫ ﺣﻖ ﺍﻹﺧﺘﺼﺎﺹ‬،‫ ﺍﻟﺮﻫﻦ ﺍﻟﺮﺳﻤﻲ‬،‫ﺍﻟﻜﻔﺎﻟﺔ‬
. ‫ﺣﻘﻮﻕ ﺍﻻﻣﺘﻴﺎﺯ‬

22
‫‪-‬ﻣﺘﻮﻛﻞ ﻣﺤﻤﺪ ‪:‬ﺍﻟﺮﻫﻦ ﺍﻟﺤﻴﺎﺯﻱ ﺍﻟﻌﻘﺎﺭﻱ ‪:‬ﺧﺼﺎﺋﺼﻪ ﻭ ﻣﺴﻄﺮﺓ ﺇﻧﺠﺎﺯﻩ ﺑﻴﻦ ﺍﻟﻔﺼﻞ‬
‫‪ 1170‬ﻭ ﻣﺎ ﻳﻠﻴﻪ ﻣﻦ ﻕ‪.‬ﻝ‪.‬ﻉ ﻭ ﻗﻮﺍﻋﺪ ﺍﻟﺸﺮﻳﻌﺔ ﺍﻹﺳﻼﻣﻴﺔ ‪.‬‬

‫‪-‬ﺷﻬﺒﻮﻥ ﻋﺒﺪ ﺍﻟﻜﺮﻳﻢ ‪:‬ﺍﻟﺸﺎﻓﻲ ﻓﻲ ﺷﺮﺡ ﻗﺎﻧﻮﻥ ﺍﻻﻟﺘﺰﺍﻣﺎﺕ ﻭ ﺍﻟﻌﻘﻮﺩ ﺍﻟﻤﻐﺮﺑﻲ ‪:‬‬
‫ﺍﻟﻌﻘﻮﺩ ﺍﻟﻤﺴﻤﺎﺓ ﻭ ﻣﺎ ﻳﺸﺎﺑﻬﻬﺎ ‪.‬‬

‫‪23‬‬