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_LETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

PUBLIE TRIMESTRIELLEMENT PAR LA

SOCIETE D'ETUDES ECO:NOMIQUES, SOCIALES ET STATISTIQUES

CONSEIL D'ADMINISTRATION
1ent MM. Paul ARDOIN
Présidents· BONDON et BRUN
,rier DE BARACÉ
'Jl'es ADAM, BOUSSER, CAMBAU, CHARBON-
NEAU, CLARIOND, GRIMAUD, JEANDET,
MADRAS, MALKOW, MARÇAIS, MARCÉ,
MAUCHAUSSÉ, MILLERON, NOUVEr,
POMMERIE, RICHE, TRINTIGNAC.

COMITE DE REDACTION
rcteur en chef 1933-1939 MM. René HOFFHER
1939 Georges LUCAS
1945 Jacques MILLERON
étaire technique . SERRIÈRE-RENO.UX
tbres '" . BERTRAND, BLANC, BUSSON, COLLIN,
GANTIER, Mme GIBOIN, MM. GRANGES,
GENY, JANNIN, LE LUHANDRE, MIEGE,
VALETTE, VAUDREY.

esser les souseriptions .au Bulletin Economique et Social du Maroc à RABAT (Maroc)
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COMPT~ CHÈQUES POSTAUX : RABAT 78-73

La correspondance relative à la rédaction ou à l'administration, les ouvrages


et pu,blications destinés à la Société d'Etudes, doivent être adressés au
Rédacteur en chef du Bulletin :
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Chaque numéro ..... ,........ 550 - 585 -

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N. B. - La reproduction des articles et documents publiés dans le


Bulletin Economique et Social du Maroc n'est autorisée qu'avec citation
de la source et du nom de l'auteur.
Les opinions exprimées dans les articles qui paraissent dans ce
bulletin sont libres et demeurent strictement personnelles Il leurs auteurs.

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Téléphone : 232-43 MM. Raoul Arnaud, Français Charles Roux, Camille
Dufay, Joseph Guérin, Jean Reggio, Augustin
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Directeur général : Monsieur Richard Michaud

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Il SOCIETE MAROCAINE DE CEREALES


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~ Télégramme LUNAJUL - CASABLANCA
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EXPORTATION-IMPORTATION
CEREALES - GRAINES - LEGUMES SECS - FRUITS SECS - GRAINES DE SEME!'-ICE
ALIMENTATION DU BETAIL - HERBORISTERIE - DENREES COLONIALES
SOMMAIRE

PAGES

Organisation et déroulement de la campagne ÏJ,1ternationale de


vaccinaiion contre la, tuberculose au Maroc de 1949 à 1951,
par le D' ROUEL . 5
Le Maroc et les invasion~ d'acridiens, par CH. RUNGS . 7
\,:roblèmes d'urbanisme du Maroc, par M. ECOCHARD
~ L'adduction d'eau du Fouarat et son renforcement, par A. RATTE.
.
~
36
Oukàïmeden, station de sports d'hiver, par R. MAILLy.: . 46
• Vers un calcul du revenu national marocain, par E. C , . 53
'f L'influence des facteurs économiques, psychologiques et sociaux
sur le développement de l'industrie des sous-produits du
poisson au Maroc, par CL. BRÉZILLON .
Extraits du discours prononcé par Je Général d'Armée Guillaume,
Commissaire Résident général de la République Française au
Maroc, en ouvrant la session d'hiver du conseil du Gouver-
nement - . 66
Extraits de l'exposé du directeur des finances au conseil du Gou-
nement (session de décembre 1951) . 68

PAGES PAGES

A.. - Mouvement de la production au Maroc. c) Indice de la production minière et effectifs


'ouvriers (base 100 en 1938) '. . . 88
1. 0 CONDITIONS NATURELLES: d) Production minière en Algérie et en' Tunisie 88
a) Températures enregistrées au cours du. 4;me e) Activité des mines au cours du2 me semestre
trimestre 1951 72 1951 89
b) Précipitations observées 73 Recherches de charbon dans le Haouz, par
Note sur les conditions atmosphériques du 1"' O. HaRON •••.••..•• '......... •.•........ 90
trimestre de l'année agricole 1951-1952, par Aperçu sur l'activité minière et industrielle du
G. BIDAULT 73 Maroc 92
2 0
SITUATION AGRICOLE:
Note sur la situation agricole au cours' du 1"' 4" PRODUCTION INDUSTRIELLE :
trimestre de la campagne 1951-1952 ..... 74 Energie électrique :
Rentabilité des travaux de petite et moyenne
hydraulique . 75 a) Production 94
L'exploitation de l'alfa au Maroc, par Guy b) Situation de l'électricité 95
JaUNET ....••...•..••.....••..•.••.•... Bilan charbonnier :
Note sur les activités des S.C.A.M. et des a) Production 95
C.I.A. d'octobre 1950 à octobre 1951 .... 81
h) Commerce extérieur du charbon 95
Note sur la situation de l'élevage au Maroc
au cours du 4'me trimestre 1951 . 82 c) Consommation de charbon par les princi-
paux utilisateurs _. 96
~o PRODUCTION MINIERE : Carburants 96
Activité de l'office chérifen des phosphates :
Construction :
a) Extritction de phosphates de chaux humides
par centre . 83 a) Matériaux de construction 96
h) Production, stocks et sorties de phosphates b) Mouvement de la construction dans les mu-
secs ...............................•... 83 r nicipalités 97
c) Exportation de. phosphates . 84 . Aperçu synthétiqu~ de l'œuvre des travaux
Note ,sur l'activité de la société chérifienne des publics au Maroc 97
pétroles au cours. de l'année 1951 84 Pêche maritime :
Statistiques de la production minière : a) Poisson débarqué dans les ports 102
a) Principaux minerais , . 87 b) Répartition du poisson péché 102
b) autres produits miniers . 88 Activité des huileries coopératives marocaines 103


2 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

PAGES PAGES

5° PRODUCTION ARTISANALE: Evolution des dépenses ordinaires de 1939 à


Tapis estampillés 104 1952 149
Situation des ateliers pilotes (î~ Balance des comptes pour les 10 premiers mois
de 1951 . 150
B. ~ Echanges intérieurs. Crédit :
a) Situation des banques pl'lvees 151
Inscriptions au régistre du commerce 105
Ventes des fonds de commerce et d'immeubles b) Situation de la B.E.M. . ,... . . . . . . .. 151
enregistrés 105 c) Valeurs mobilières ,........... 151
Faillites, hypothèques 106 Note sur les relations entre la banql.:e d'Etat
Note sur l'évolution des hypothèques et main- et le trésor français 152
levées en 1951, par G. GENY 106 Le régime fiscal des sociétés au Maroc, par R.
Mouvements des capitaux dans les sociétés .. 110 POURQUIER 154
Organisation du marché de l'assurance mariti-
c. ~. Echanges extérieurs. me au Maroc, par ROUCHE 156
1 0
COMMERCE EXTERIEUR Investissements publics et privés au Maroc,
par E. LAMY 156
Le commerce extérieur de l'A.F.N. o........ 110
Le plan de modernisation et d'équipement du
Le commerce extérieur au cours du 4'",e trimes- Maroc, par PONIATOWSKI 159
tre 1951, par R. B. 111
Le commerce extérieur du Maroc au cours de
l'année 1951, par R. BLANC 112 G. - Démographie.
Evolution du commerce extérieur d'Afrique du
Mouvement natttrei de la population :
Nord française de 1938 à 1950 123
N ote sur les importations de produits maro- a) Mariages, naissances, mort-nés, décès (po-
cains au Canada 124 pulation non marocaine) , 163
Note sur l'évolution du commerce extérieur du b) Taux de nuptialité, de natalité et de mor-
Maroc avec l'Afrique Occidentale française 124 talité (population non marocaine) 163
Note au sujet de l'acte d'Algésiras 127 c) Décès dans la population marocaine des
Indice du commerce extérieur du Maroc 129 municipalités o •••••••••••••••••••• •••••• 163
2" LE TOURISME : d) Taux de mortalité (population marocaine) 164
Touristes contrôlés à la sortie du Maroc .... 130 Mouvement migratoires :
Le Maroc au salon du tourisme et de l'hôtel- Passages des voyageurs aux frontières du
lerie à Paris 130 MD.roc 164
Le recensement de la population non marocaine
D. - Les prix. du 15 avril 1951, par Pierre BERTRAND .. 165
1 Prix moyens de gros à Casablanca
0
131 L'effort du Maroc pour l'instruction publique 168
2 Prix moyens de vente au détail à Casablan-
0
Santé publique :
ca ,................... 133
Déclarations des maladies contagieuses .... 175
3" Prix moyens des légumes et fruits frais à
Casablanca .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 134 Note sur l'évolution des voyages organisés en
L'évolution des prix au' Maroc depuis le conflit faveur des jeunes par le S.J.S. 176
de Corée, par R. B. 135
H. ~ Chroniques.
E. ~ Transports et liaisons.
L'activité du Maroc dans l'ordre de la législa-
Transports maritimes. Mouvement des ports. 138 tion et de la réglementation (2"'" et 3"''' tri-
Transports routiers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 138 mestres de 1951), par Ch. GIBOIN 178
Transports ferroviaires 139 Ouvrages édités au Maroc au cours de l'année
Transports aerIens 140 1951 186
Les relations aériennes entre la France et l'A. Les djemaa. administratives de tribus au
F.N., par R. BOURDILLON 140 Maroc o................................ 189
Tra~ic des P.T.T. : Note sur la situation économique de Tanger 189
a) Tiafic postal 145 Situation économique de l'Algérie 192
b) Trafic télégraphique et téléphonique 145 Investissements privés en Tunisie 194
c) Déclarations des postes récepteurs de T.S.F. 146 Aperçus et opinions à propos de l'évCJlution
d) Opérations des chèques postaux 146 commerciale de l'Union française 194
e) Opérations de la caisse nationale d'épargne 146 Les échanges extérieurs des territoires fran-
Note succincte sur l'historique et l'activité de çais d'outre-mer de 1928 à 1950 196
l'office d~s P.T.T. 147 Les importations et exportatîons américaines
de produits agricoles c'n 1950-1951 199
F. -- Finances. Production mondiale de tracteurs agricoles ., 200
Moyens de paiement 147 Note sur la production et le commerce des
Fixation définitive du budget général de l'état agrumes en Espagne 201
pour l'exercice 1952 148 Evolution de l'instruction publique en Egypte 201
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

TABLE DES GRAPHIQUES ET DESSINS

Index tuberculinique 6
Index tuberculinique (ville de Fès) 1 • • • • • • • • • • • • • • • • • 7
Index tuberculinique (écoles de Casablanca) '. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
Répartition géographique de l'index tuberculinique moyen (Hors texte) 11
Casablanca en 1907 28
Ràbat-Salé. - Plan d'ensemble, d'aménagement et d'extension (Hors texte). 28
Comparaison de l'accroissement démographique urbain au Maroc et en France 30
Populations urbaines : 1917-1947 31
Casablanca-Fédala. - Etat actuel 32
Casablanca-Fédala. - Esquise d'ensemble (étude Ecochard) o............... 32
Cités d'habitat marocain en construction (Hors texte) 32
Carte de la conduite d'eau du Fouarat ,'...................... 37
Schéma de l'adduction d'eau du Fouarat au 1" janvier 1950 38
Cubes d'eau distribués annuellement par la conduite du Fouarat 42
Schéma de l'adduction d'eau du Fouarat en 1952 45
,J Les routes d'accès à l'Oukaïmeden (Hors texte) 50
Evolution moyenne des cours de la farine de poisson au Maroc o............ 64
Budget : Evolution des dépenses ordinaires 71
Vue panoramique de la raffinerie de Petitjean (Hors texte) o............... 84
Evolution du domaine minier 86
Croquis géologique, schématique du Haouz 90
Groupes de produits (Importations-Exportations) o •••••••••••••••••••••••••• • 113
Zones monétaires (Importations-Exportations) o.............................. 115
Poids (Importations-Exportations) 116
Valeur (Importations-Exportations) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 117
Indice des prix au Maroc 135

TABLE DES ILLUSTRATIONS

Vaccination en plein air dans le bled 11


Voiture de la mission en difficulté dans un oued 12
Rassemblement en milieu urbain - Casablanca 13
Rassemblement en milieu rural 13
Vol de sauterelles à Tinjdad 17
Passage des sauterelles prêtes à se poser près de Bab Doukkala à Marrakech 18
La sauterelle pèlerine (grossissement : 2 environ) 19
Détail de la tête de la sauterelle pèlerine 20
Sauterelles accouplées 21
L'équipe d'épandage du son empoisonné, suivie des camions ravitailleurs 24
Méchra El Kettane. - Chambre de départ 36
Aïn Khadra. - Usine de refoulement 39
Aïn El Arris. - Bassin de décantation 39
Aïn Sebaa du Fouarat. - Usine de refoulement 39
Sidi Ta'ibi. - Usine de refoulement 40
Siphon du Bou-Regreg. - Passerelle en béton armé 41
Si Ahmed Thaleb. - Forage de 400 mlm sous une galerie '.' . . . . . . . . . . . 43
Si Ahmed Thaleb. - Chambre de mise en charge 44
Massif de l'Ouka'imeden et Tacherirt. - Altitude 2.410 47
Vue sur le massif de l'Iguenouane '.' . . . . . . . . . . . . . 49
Type de porteur chleuh. - Massif de l'Oukaïmeden o....................... 52
Azarar de Skoura. - Aménagements du sol avec bourrelets pour retenir les eaux 76
Azarar de Skoura. - Confection des bourrelets............................ 77
Hauts plateaux du Maroc Oriental. - Forage artésien avant aménagement .. 77
Hauts plateaux du Maroc Oriental. - Forage artésien après aménagement ., 78
Un appareil Wilson Titan en forage 85
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

ORGANISATION ET DEROULEMENT
DE LA CAMPAGNE INTERNATIONALE DE VACCINATION
CONTRE LA TUBERCULOSE AU MAROC DE 1949 A 1951

En 1948, s'est constituée une œuvre d'en- des fournitures locales et toutes les faci-
tr'aide et de solidarité humaine groupant plu- lités nécessaires.
sieurs organisations décidées à conjuguer leurs
L'organisation mondiale de la santé éta-
efforts pour lutter contre la tuberculose dans les
blit les normes, donne une assistance et
pays ayant souffert de la guerre. Ces organismes,
des conseils techniques, et vérifie les
réunis sous le nonl d' « œuvre COlnnlune », résultats.
comprenaient : le fonds international de secours
à l'enfance, la croix rouge danoise, la croix rouge A la fin de l'année 1950, la « campagne
suédoise, l'aide norvégienne à l'Europe, le mi- internationale contre la tuberculose» avait réali-
nistère de la santé publique de chaque pays sé, plus ou moins complètement, la vaccination
assisté, l'O.M.S. (l). par le B.C.G. des enfants et des adolescents des
pays suivants : Autriche - Finlande - Grèce
Quelle arme l' « œuvre commune » allait-elle
- Hongrie -- Malte - Pologne - Tchécoslo-
employer pour lutter, efficacement et rapidement,
vaquie - Yougoslivie - Egypte - Liban -
contre la tuberculose à une échelle presque
Syrie -- Israël - Ceylan - les Indes et le
mondiale ? Il n'était pas possible de s'attaquer
Pakistan - Equateur et Mexique.
à tous les facteurs qui favorisent la tuberculose.
Dans de nombreux pays, la guerre provoqua la A cette date, 15 millions de personnes
destruction des hôpitaux et dispensaires spécia- Hvaient été ainsi vaccinées dans le monde.
lisés. Elle désorganisa les services de la santé En 1948, l' « œuvre commune » décida
publique et entraîna un manque de personnel d'étendre la « campagne internationale contre la
médical. On ne pouvait attendre le remplace- tuberculose » à l'Afrique du Nord, et proposa
ment et la réorganisation de tous ces moyens. de vacciner les enfants et les adolescents des
Mais il était possible d'aider à protéger les 'trois pays. Le Maroc donna son accord immédia-
enfants contre la tuberculose en leur donnant tement. Quelles raisons justifiaient cette inter-
une résistance spécifique à la maladie au moyen vention ?
de la vaccination par le B.C.G. L'expérience a
prouvé, en effet, que la vaccination par le B.C.G.
peut réduire des quatre cinquièmes les nouveaux APERÇU EPIDEMIOLOGIQUE
cas de tuberculose.
Malgré la difficulté de procéder à des inves-
L' « œuvre commune » décida d'entrepren- tigations précises, il est certain que la fréquence
dre une campagne d'immunisation massive par de l'infection tuberculeuse en milieu musulman
le B.C.G., intéressant tous les enfants et les ado- marocain est très élevée. Les renseignements
lescents dans les pays ravagés, ou très éprouvés que nous avons recueillis, au cours de la cam-
par la guerre. Cette campagne s'intitula : « cam- pagne du B.C.G., ont confirmé les observations
pagne internationale con.tre la tu?ercl~lose ». antérieures selon lesquelles les conditions socia-
L'etIort de chaque orgamsme se repartIt de la les déterminent la fréquence de l'infection plus
façon suivante : que les facteurs géographiques. Les facteurs les
Le F.LS.E. (2) procure la majeure partie plus importants sont la promiscuité de l'habitat,
des fournitures et de l'équipement. le rôle du contact massif et prolongé, le paupé- .
La croix rouge danoise, la croix rouge risme, les migrations humaines aboutissant à
suédoise et l'aide norvégienne à l'Europe l'afflux des populations rurales dans les villes
. prêtent des médecins et des infirmières, et à des échanges entre les villes infectées et
particulièrement qualifiés, et donnent des zones rurales indemnes.
certaines fournitures. Les graphiques joints à ce tex~e expriment
Le ministère de la santé publique de l'index tuberculinique (3) en fonction du sexe,
chaque pays où se fait la campagne, de l'âge et de l'origine ethnique.
otIre ses équipes médicales nationales,
nombrl' dl' SUj"tH rpOl:JHsant
au test tuberculinique
X 100
(1) Or~tlnlstltlon mondiale de la santé.
(2) J;'ou<ls intl'l'Illttioulll de secours à l'enfance.
(3) Index tubereulinlque =
nombre de sujets examln4\i
6 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

INDEX TUBERCULINIQUE

90% 90

80 80

70 1 70
1
1

.,'1 ,
,;, 1
60
; ....' ,,, " 60

i
50 i 50
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30 .1 30
1
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SUJet~
eXa m, nés
10104 ._._. Popi//alion ur6ame: "FU'
20
.i
i 4 790
- Population en milieu rural
Isole des cenfres urbains'
"EL KELAA OES M Gal/NA ..

10
10 296 -.-- POfli/lolion en ml/leu ri/roi
en contacts rréfuenls ovec
, les po/u/olions CI/oe/mes .-
Clrconscnpton de'SER-RECHIO"
AGE
lan 2 3 4 5 6 7, 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 25 30 35 40 45a"$

A titre d'exemple, voici quelques valeurs en œuvre des moyens très onéreux, dont l'effet
d'index chez les enfants marocains non scola- se révèlerait à longue échéance. Ces moyens
risés : devraient être précédés par une évolution
Centre urbain de Fès. i à 12 ans .. 83 % économique qui permettrait à la longue une
» 1 à 20 ans .. 97 % amélioration, des conditions de vie des masses
Milieu rural isolé et l'accroissement de l'équipement anti-tubercu-
(région de Ouarzazate). J à 12
ans .. 23 %
ans .. 54 % leux en moyèns de dépistage, d'isolement et de
» 1 à 20
cure. Mais c'est là, pour le Maroc, une solution
Milieu rural passager de patience, inconciliable avec la gravité de la
à 12 ans .. 40 %
(circonscription de Ber- à 20 ans .. 54 % situation qui exige une intervention rapide.
réchid) .
La vaccination par le B.C.G. s'offrait comme
Ils montrent combien la primo-infection est une solution d'urgence. La proposition faite au
précoce, surtout dans les villes où elle est souvent Maroc de coopérer à la campagne internationale
pathologique et sévère. D'après Gaud et Mage (4), contre la tuberculose par le B.C.G. venait fort
le chiffre des primo-infections pathologiques en à propos.
milieu marocain urbain atteindrait 10 %' Ces
primo-infections pathologiques entraînent èer-
tainement une mortalité élevée, quoique difficile PROGRAMME DE VACCINATION
à évaluer par suite du manque d'état-civil au A la suite de cette sollicitation, le Maroc
Maroc (5). ' ' proposa à l' « œuvre commune » l'exécution du
Pour freiner le développement de la tuber- programme suivant.
culose pulmonaire au Maroc, il faudrait mettre
La campagne de vaccination devait porter :
(4) Cf. Gaud et Mage. - Epidémiologie de la t~berculose'
1 0
Sur les populations du sud marocain,
pulmonaire au Maroc, dans le Maroc méd'ieal. octobre. 1948. dont les adultes constituent la main-
(5) Sur l'état-civil au Maroc, cf. bulletin économique et
social du Maroc, vol. XIV, nO 49, l'er trimestre 1951, p. 307. d'œuvre flottante marocaine qui vient
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 7

grossir, les années de disette, la popula- L'agrément de ce programme et les modali-


tion suburbaine des grandes villes néo- tés de la participation du « fonds international
formées. de secours à l'enfance » et du Gouvernement
Dans ces régions, la totalité des populations, chérifien à l' « œuvre commune » furent pré-
adultes et enfants, devait être soumise à la vac- cisées dans l'accord signé le 11 mars 1949 (6).
cination. Il a paru nécessaire de procéder à la
vaccination de toutes ces populations qui pré- LES MODALITES TECHNIQUES
sentent, avec une très grande fréquence à leur
arrivée dans les villes marocaines où elles vivent La technique de :vaccination, appliquée au
dans des conditions précaires, des formes graves Maroc, était conforme aux normes standardisées
de primo-infection tuberculeuse. employées dans les campagnes d'Europe. Il fallut
cependant adapter ces normes au conditions
2° Sur les enfants et adolescents de 0 à 20
géographiques, ethniques, sociales et psychologi-
ans des grandes agglomérations urbaines
ques particulières au Maroc (7).
et des centres ruraux importants.
3° Sur les enfants des zones péri-urbaines Seuls sont justiciables de la vaccination par
et des zones minières ou industrielles, le B.C.G. les sujets n'ayant pas encore fait leur
dans lesquelles la population dense est primo-infection tuberculeuse. Pour réaliser cette
exposée aux dangérs de contamination. sélection, tous les sujets à examiner sont réunis
au cours d'une première séance où ils subissent
4° Sur les enfants des zones rurales des l'application d'un test cutané à la tuberculine.
grandes plaines côtières constittiant un La réaCtion au test n'apparaissant que dans un
interland très fréquenté ayant des échan- délai minimum de trois jours, les sujets testés
ges constants avec les villes et les gros sont vus trois jours après. Ceux qui réagissent
centres ruraux du Maroc. \

Au total, ce programme prévoyait l'examen (0) Yoir }P tt'xt.. de l'accord ci-ll[Jrè8 ,'Il llnnexe.
(7) Cf. à ('e sujet l'Hucle cie. cloctenr8 Rouf'! et Sureau,
de 2.800.000 individus en vue de la vaccination. (hm8 bullelin de l'hlslUul d'hygiène, t. X, no' 1-2, 19;\0.

... .,-.
INDEX TUBERCULINIQUE . ,.,.'"
.,.; '.,..... .,.'
.
... . .
90% Ville de Fès .
.".
/ .. 90

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BO 80
i ;....·.... i
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......
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1 ••••
.,,- :.
60
1.
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. bO

SO 50

.10 40

30 30

SUjets examinés
7722_ Population scolOlre masculme 20
4778 _ __ d_o__ dO_ rem/nine
10 104 _. _ __ d"--
non scololre mascJltne
10 12416 ...... __ do_ _ d_o__ Feminine 10

AGE
Ion 2 3 d 5 6 7 B 9 10 Il 12 13 14 15 16 17 18 19 20 25 30 35 40 450n5
8 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

àla tuberculine sont dits « positifs ». Ils sont vacCination, les fiches sont rassemblées pour être
renvoyés sans être vaccinés. Les sujets « néga- expédiées au centre d'exploitation statistique, à
tifs », ne réagissant pas à la tuberculine, sont l'institut d'hygiène à Rabat.
vaccinés par l'injection intradermique de 1/10 Afin de vérifier la technique des vaccina-
cc. de vaccin. tions et la qualité du vaccin, certains groupes
Tous les sujets testés reçoivent une fiche de sujets vaccinés sont contrôlés par l'applica-
individuelle lors de .la deuxième séance. SUI' tion de tests tuberculiniques. Ces contrôles sont
cette fiche sont portées toutes les indications exécutés 8 semaines après la vaccination, puis
nominatives afférentes à l'état-civil et à l'adresse de 6 mois en 6 mois. Le fait qu'un pourcentage
du sujet, sont également mentionnés tous les élevé de sujets vaccinés réagit à la tuberculine
renseignements se rapportant au test et à la est une indication du pouvoir immunisant du
vaccination du sujet. A la fin de la séance de vaccin et d'une bonne technique de vaccination.

INDEX TUBERCULINIQUE
Ecoles de Casablanca 90

60 8Q

70 70
o·,

.....
o
G·· •

:.
. 60


..
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..•.•
o
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......,..co.·· 40
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JO
....o·· 30

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o'
SUJers examinés
20 7165 ••••• Européens 20

1 .. '
0

.: .....
0
9232 _Musu/mallS
3 877 /sraé/iles
: 10
1
AGE
50n56 7 ô 9 10 11 12 13 1415 16 17 18 19200MS

ORGANISATION ET- MOYENS Un médecin de la santé publique, res-


ponsable de la campagne vis-à-vis du
L'organisation de la campagne fut le résul- directeur de la santé publique et du
tat d'une collaboration entre les représentants fonds international. C'est lui qui établit
du « fonds international de secours à l'enfance» le plan général de la vaccination et qui
et la santé publique du Maroc. Celle-ci délégua contrôle son exécution. Il est en outre
les fonds afférents à la campagne, sous forme chargé d'organiser l'action d'information
de subvention, à la « ligue marocaine contre la du public et du corps médical.
tuberculose ». .L'organisation de la campagne Deux agents administratifs, chargés, l'un,
comprenait deux ~chelons : des questions matérielles et de l'adminis'-
1" Echelon central. Installé à l'institut d'hy- tration du personnel du F.I.S.E. (8),
giène de Rabat, il comptait : (8) Fonds international de secours à l'enfance,
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 9

l'autre, du personnel et du matériel de Les équipes marocaines, au personnel essen-


la ligue marocaine contre la tuberculose. tiellement masculin, étaient destinées à travailler
Un statisticien, recruté par le fonds dans les régions montagneuses ou désertiques,
international, et aidé de six secrétaires. à population clairsemée et à réseau de pistês
Il est chargé d'exploiter les fiches des insuffisant. Leur composition était identique à
suj ets vaccinés à des fins statistiques. celles du F.I.S.E. avec deux secrétaires en moins
2 Echelon régional. En zone rurale, le rôle
0
pour les alléger.
essentiel est joué par un médecin de la
santé publique, qui est le médecin chef
du S.R.M.P. (H). Ce lliédecin est respon- ORGANISATION MATERIELLE
sable, pour sa région, de l'établissement
du programme détaillé et de son exécu- Pour faire vivre et travailler ce nombreux
tion. Il a la charge du ravitaillement et personnel dans des conditions aussi exception-
de la vie des équipes. Il dirige l'informa- ne~les de mobilité et d'isolement, il a fallu pré'-
tion dans sa région. Il est assisté d'un VOIr tout un système de bases d'opérations.
agent administratif régional qui est une 1 0
BASES n'OPÉRATIONS.
sorte de gestionnaire des équipes.
a) Bases principales. Dans chaque région
Dans les villes érigées en municipalités,
e~ cours de vaccination, groupant plu-
c'est le médecin chef du bureau municipal d'hy-
SIeurs équipes, est installée une base,
giène qui a toutes les attributions du médecin
dite « principale ». Cette base sert de
du S.R.M.P. Le médecin de l'hygiène scolaire le
lieu d'hébergement aux équipes en tran-
décharge cependant de l'organisation et du con-
sit ou au repos. Elle constitue un dépôt
trôle de l'exécutIon des vaccinations en milieu
de matériel destiné aux équipes. Elle
scolaire. réceptionne le vaccin et la tuberculine
A l'échelon de l'exécution se trouvent les qu'elle redistribue aux équipes. Enfin,
équipes. Celles-ci étaient au nombre de seize, elle est pourvue d'un garage pour l'en-
groupées, en réalité, en 8 équipes doubles. Le tretien et les réparations des véhicules
personnel des équipes avait une double origine des équipes.
et .comprenait :
b) Bases mobiles. Elles constituent les bases
Du personnel, recruté en France, fourni avancées où sont cantonnées les équipes
et rétribué par le « fonds internatio- en opération.
nal ». Il comptait 4 médecins et 16
infirmières, tous français, sauf une infir- 2 0
LE MATÉRIEL. Chaque équipe était dotée
mière danoise. d'un matériel standard pour le camping
Du personnel, recruté au Maroc, et rétri- leur permettant de vivre. n'importe où,
bué par la « ligue marocaine contre la et d'un matériel technique pour la vac-
tuberculose », comprenant 4 médecins et cination. Le déplacement des équipes
16 infirmièrs, tous français, 16 secrétai- était assuré par des camionnettes d'un
res marocains, 16 chauffeurs. type spécial, auxquelles était adjoint un
camion pour les déménagements des
Ce personnel était groupé en 4 équipes bases.
doubles du F .I.S.E., et 4 équipes doubles de la
ligue marocaine contre la tuberculose. 3 0 VACCIN ET TUBERCULINE. Le vaccin B.C.G.
Les équipes du F.I.S.E., dont le personnel est constitué par une suspension de
infirmier était féminin, étaient destinées à tra- bacilles vivants, très sensibles aux vieil-
vailler dans des régions de plaine à population lissement et ~ux ~~r~ations de tempéra-
relativement dense et à réseau routier riche. tUre. Le vaccm utIlIse par les équipes ne
Leur composition, pour chaque équipe double, devait pas être âgé de plus de 8 jours
était la suivante : et devait être conservé à une température
inférieure à 8 Ces deux impératifs
0

1 médecin, chef d'équipe, compliquèrent sérieusement le travail
4 infirmières, deux
véhicules des organisateurs. Ils furent cependant
4 secrétaires marocains, automobiles respectés, grâce à la rapidité des trans-
2 chauffeurs européens. i ports et à l'avion, en particulier, qui fut
très souvent employé. La bonne conser-
Chaque équipe double se scinde en deux
v~t~on du vaccin fut assurée p~r une
demi-équipes comprenant, chacune, 2 infirmières verItable chaîne de froid. Celle-ci était
et 1 chauffeur. Les demi-équipes testent et vac-
constituée, au départ de l'institut Pas-
cinent, pour leur propre compte, sous la surveil-
teur de Paris, par des emballages isother-
lance du médecin, chef d'équipe. Elles utilisent
mes spéciaux pour l'envoi du vaccin
en commun les 4 secrétaires qu'elles échangent
jusqu'aux bases régionales, puis, par un
tous les trois j0!1rs. système de relais frigorifiques, représen-
tés. par des caisses à glace, et des frigi-
(!l) S.IU\LP. : Service régional de médecine préventive. Il
FU exiHtp un }laI' rég-ioll, 80it 7 en tont an :Mnroe. daIres dont les équipes étaient munies.
10 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

PREPARATION DU TRAVAIL articles sur le B.C.G. et la campagne ont été


publiés .dans la grande presse française et arabe.
Une campagne de vaccination collective ne Enfin, un film sur la campagne du B.C.G. a été
peut réussir que si elle est soigneusement pré- projeté dans toutes les villes, accompagné de
parée. Cette préparation implique : commentaires dans les deux langues.
a) la participation directe et active des res-
Dans les zones rurales, les populations sont
ponsables des services d'hygiène locaux ;
habituées aux disciplines de la prophylaxie anti-
b) l'aide, ou, au inoins, l'absence d'hostilité variolique et anti-typhique. dont elles apprécient
des médecins praticiens ; l'efficacité ; aussi n'ont-elles manifesté aucune
c) la collaboration active de. toutes les auto- surprise devant la vaccinatjon anti-tuberculeuse. '
1 rités locales, civiles, militaires, religieu- Cependant, quoique ces populations soient très
ses et du corps enseignant. familiarisées avec les autres vaccinations, telles
Par conséquent, toutes ces personnes doivent que les vaccinations anti-varioliques et anti_
faire l'objet d'une campagne d'information avant typhiques, avant de commencer la vaccination,.
le début du travail. on leur montrait, grâce à un cinéma ambulant
installé en plein air, comment cela s'était paSsé
L'appui des autorités locales et des services ailleurs. On les rassurait ainsi sur les gestes
de la santé publique fut facilement acquis, grâce très simple de la vaccination.
à des circulaires précises du Résident général
et du directeur de la santé publique, enjoignant
aux autorités civiles et militaires et aux méde- ELABORATION DU PROGRAMME
cins d'Etat, d'aider, dans la mesure du possible,
à l'élaboration et à l'exécution du programme Le médecin chef de la campagne fixe les
de vaccination. La collaboration du corps ensei- grandes lignes du programme et répartit les
gnant à tous les échelons fut également obtenue. équipes dans chaque région.
Malgré toutes ces facilités, il fallut informer, A l'échelon régional, le médecin du S.R.M.P.
par de nombreuses visites et conversations direc- ét~blit le programme détaillé. Il désigne les
tes, toutes les autorités administratives appelées points de rassemblement pour chaque tribu. Le
à collaborer à la vaccination. programme doit tenir compte des circonstances
La plus grande difficulté à vaincre, lors- particulières locales : travaux agricoles, saison-
qu'elle se présenta, fut l'hostilité du corps médi- niers, jours de marché, fêtes locales, etc..., toutes
cal. Certains médecins praticiens, malgré les périodes durant lesquelles il est difficile d'obtenir
résultats connus de la vaccination par le B.C.G. une assiduité élevée aux rassemblements.
et l'absence d'incidents sérieux, sont opposés ou
indifférents à cette méthode de protection, le LES REALISATIONS
plus souvent par suite d'un manque d'informa-
tion. Il importait donc d'instruire et de rassurer La campagne débuta le 1 ~ avril 1949, dans
complètement ces médecins. Il était nécessaire la région d'Agadir, choisie comme secteur de
de les mettre au courant des résultats des tech- début.
niques modernes de la vaccination, et, surtout,
Le déroulement général s'effectua selon la
de l'évolution normale de la lésion vaccinale.
chronologie et la filiation administrative sui-
Celle-ci offre, en effet, des caractères normaux
<lui inquiètent les médecins peu habitués à cette vantes :
vaccination, et, « a fortiori », les familles. II
est très important de prévenir les uns et les 1'" étape - du 11 avril au 30 juin 194-9 :
autres. Pour cela, dès le début de la campagne, Région d'Agadir : Cercle d'Inezgane
des personnalités médicales métropolitaines et Cercle de Goulimine - Cercle de Tiznit.
marocaines ont fait, dans les principales villes
du Maroc, des conférences d'information, desti- Région de Marrakech : Marrakech ban-
nées aux médecins et aux personnes particulière- lieue.
ment intéressées- par la campagne de vaccination. En juillet 1949, le travail est interrompu
Des brochures teèhniques, éditées par la santé pendant un mois, à èause du Ramadan. Les
publique du Maroc et le F.LS.E., ont été large~ équipes sont mises au repos. Un contrôle des
ment distribuées à tous les médecins et à toutes vaccinations est effectu~, pendant ce temps, dans
les personnes ayant un rôle à jouer dans la la région du Bani (Cercle de Goulimine).
campagne.
L'information du grand public, tant euro- 2"" étape - d'aoM ~94-9 à juin 1950 :
péen que marocain, a surtout été nécessaire
dans les villes. Plusieurs causeries à la radio, Région d'Agadir : Cercle de Taraudant
en arabe et en français, ont été faites par des - annexes des AH Baha et des Ida
médecins. Des véhicules, équipés d'un haut- Outanane.
parleur, ont diffusé des causeries, enregistrées Région de Marrakech : Villes de Safi,
sur disque en langue arabe, dans les principaux Mogador, Marrakech, centre minier de
lieux publics. Des tracts ont été distribués. Des Louis-Gentil.
14 ll~

MAROC
AU 1:3000000
MER MÉDITERRANÉE
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-++H- Chemins de fer

14 12~_ _
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BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 11

Rôgion de Casablanca : Villes de Casa- Ht\gion de Rabat : Cercle des Zemmour.


blanca et Mazagan, Casablanca banlieue Hégion de Meknès : Territoire du Tafi-
et principaux centres ruraux de la lalet.
région.
Région d'Oujda : Cercle d'Oujda, cercle
R{'gion de Rahat : Rabat-ville et ban- de Berkane, cercle de Figuig, circons-
lie~e, Salé, Port-Lyautey-ville et princi- cription de Taourirt.
paux centres ruraux de la région.
Contrôle des vaccinations dans les régions :
Région de Fès : Fl's ville ct banlieue, d'Agadir, de Casahlanca, de Fès et de Marrakech.
principaux centres ruraux de la région.
Région de Meknès : Meknès-ville et ban-
lieue, principaux centres ruraux de la
RESULTATS D'ENSEMBLE
région.
Région d'Oujda : Oujda ville. 1" Régions.
Zone internationale de Tanger : Tanger Le nombre des sujets exanllnes et vaccinl\S
ville et population rurale de la zone. dans chaque région se répartit COllnlle suit :
Contrôle des vaccinations dans. les régions
d'Agadir, Marrakech, Casablanca et' Rabat.
Du 15 juin' à la fin de juillet 1950, le travail ltEGIONS
fut interrompu par la période du Ramadan.
Agadil' . 5~:Jl.7 1cl 2G3.7·'12
.'f"" étape - août 1950 cl mai 1951 : MHITakecli . () 1IUW:l 2G~.775
Cas<lhlam<l . H3.5i3 19D.:iO~l
Réuion de Marrakech : Territoire de HaJml . 21 K.n:)(i 117.32n
Ou~n'zazate, contrôle civil des Rehalllml, Mek]j(\s
l~(\~
.
...•..•..•..•.••
217.115
\lD.R;l5
102.35G
38.712
circonscription des Srarhna - Zemrane, Oujda . 53. li 12 23.71.1
territoire de Safi, bureau du cercle de rr:lngPl' . 2J.mlD 7AD3
Mogador. 2.198.3'17 l.n07.487
Région de Casablanca : Territoire de
Mazagan, des Chaouïa et du Tadla.

Vaecinatiull l'n Vll'in IÛr dans le bled


12 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

Yoitlll'P dt' la llli~;-;i()Jl ('Il tlif1i('uHé dan;-; liB OllPd

2" Filles:
Il E (, [ 0 j'\ S Slljl" s SlljpLs
Dans les principales villes du Maroc, la pXal1lilll',S \'al'('iIl(~S
l'l'partition des sujets examinl's et vaccinl's est
la suivante : n(;fliO/l ri'Auwlil' .-
l).sÎnf'''; dl' s;ll'dine,.; .. , Z.R:19 1.116

Sujets Sujets /I(;UiO/l (k ('asalilanca .-


VILLES
pxalllill(~S vacc i11('1' ThiIH'S dl' Casablanca .. 760 120
KhIHlI'ihg-a (Olïic!' cI!'s
l'hll,.;plliil ps) \UR1 :3.::·'12
Agadir . 10.007 3.7!) 1 BalTage dp Bin-pl-Oui-
MatTakedl . 4·U2~) 17.0G() dane . !)HO 3Hi
Mogador . 4.\l7'l 1.1 HG Ba!'l'age de DUlml':\! ., 7Hl 10(;
Mazagan . 7.2nn 3.72fi Chnnl ip!',.; d'ArIlUI'I't' ., !lGl 274
Casalilancu . 128.(j'31 3G.1 f 0 Chanl ipl's d'AïL-Olln l'dn ;),2 fi 104.
Hahnt . 22.8fiR !l.Hm
Sal.·~ . !J.()()(; 2.R20 TillaI 13.1!11 4..281
Port-Lyautey 8.102 3.177 /I(;Uion rie MIJ)'/'o/,eeh :
JIPl,ni'''; . 2'l.87D 8.63G
Fès . 47.327 n.fi2', Louis-Gpnlil (Oft1I'(~ des
Oujda . 18.RH:2 7.52G l'ho,.;phaLes) 2.700 380
Tanger . 1fi.713 4.4GH Safi (nsines dl' l'Illlsel'-
vps) . 7.200 1.201
Tola 1 gôJl{)ral ... 342.1 \lR 10H.170 Mogadllr (11 sin p.s Ile
l'Ilnsl'l·vP";) . U)7 lfi
lIJilll's dl' Till11nillP .. , 757 1 l!l
Milll'''; dn l'lmilli 1.I1OG 31!l

COLLECTIVITES nE THAVAILLEURS TilLai H.RGn 2.031


n(;c/ion de ilfekn(\\' :
On s'est ef1'orcé d'atteindre, au cours de la
MiIH'S !l'Aollli . 1.2\:3 :372
campagne, toutes les collcctivit(~s de travailleurs MiIH'S d[~ :Vlililad('ll .. , 1.48'l G7n
participant à des entreprises industrielles et lIIi-
2.72R j . or> 1
niôres, ou af1'eetées à de grands chantiers, les
barrages en particulier. Le tableau suivant 1l('CIÎon (l'Onjda .-
indique dans chaque rl'gion, le nombre de sujets Minps dl' DY'rada .... n.088 2.507
examinés et vaccinés dans ces collectivitl's : 'l'oral flénéral .. , 110.nos J l.022
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 13

ltnssewblemf>llt PU Inj)jpll lu'bain - Ca<;:.üblanel

Ra~:-;e111hle111ent en nlilieu rural


14 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

ECOLES collectivités de travaillèurs organisées. Ce fait


tieùt surtout au dérangement sérieux, et au
'v 1 L L ES Sujets Sujets manque à gagner, que représente le temps con-
examinés vaccinés sacré à la vaccination, plutôt qu'à une hostilité
réelle.
Meknès:
Ecoles européennes ... 3.854 1.813 CONCLUSIONS
» musulmanes · . 2.868 ,
761
» israélites ..... 2.809 1.344 Les résultats à longue échéance de la cam-
pagne de. vaccination sur la morbidité et la
Oujda: mortalité par tuberculose, seront difficiles à
Ecoles européennes ... 2.842 1.382 mesurer avec précision. D'une part, le manque
» musulmanes · . 5.487 2.2mJ
» israélites ..... 556 250 d'état- civil et d'informations démographiques
valables empêcheront d'apprécier l'incidence
Fès:
réelle de la vaccination sur la mortalité par
Ecoles européennes ... 1.486 666
» musulmanes · . 7.862 1.787
tuberculose.
» israélites ..... 1.871 685 Par ailleurs, les migrations incessantes des
Marrakéch : populations rurales vers les villes, l'amélioration
Ecoles européennes ... 2.562 1.528 des conditions économiques, les progrès dans le
» musulmanes ·. 4.178 1.395 domaine du dépistage et de l'équipement anti-
» israélites o •••• 2.609 1.094 tuberculeux, transforment d'une façon continue
Rabat: les données du problème.
Ecoles européennes ., . 5.007 2.892 La direction de la santé publique a tenu
» musulmanes · . 5.167 1.721 cependant à vérifier ces résultats à longue
» israélites ..... 2.001 1.006 échéance, en organisant, à la cité Yacoub El
Agadir: Mansour, près de Rabat, une station-pilote pour
Ecoles européennes ., . 555 555 suivre les effets. à long terme de la vaccination
» musulmanes · . 4.313 2.404 par le B.C.G. dans des conditions connues.
» israélites ..... 783 408
En attendant ces résultats éloignés, des
Casab~anca :
contrôles ont été faits, tout au long de la cam-
Ecoles éuropéennes ., . 13.999 8.689 pagne, pour vérifier le pouvoir immunisant du
» musulmanes ·. 12.842 2.955
» israélites ..... 7.603 2.327 vaccin. Plus de 20.000 sujets vaccinés ont été
contrôlés. On a pu ainsi constater que, un an
Total général ... 87.780 37.871 après la vaccination, 90 % des sujets étaient
Soit: encore « positifs », donc allergiques. C'est là un
Ecoles européennes ... 29.342 17.525 résultat très encourageant qui est une bonne
» musulmanes · . 41.107 13.232 indication d'efficacité de la méthode.
» israélites ..... 17.331 7.114 Cette campagne aura eu des résultats im-
médiats très intéressants. Elle a permis, par
ASSIDUITE les tests innombrables pratiqués dans le Maroc
Le' nombre total des sujets examinés s'est entier, d'étudier et de connaître parfaitement le
avéré inférieur aux prévisions du programme taux de l'infection tuberculeuse du pays, ce qui
initial. .permettra dans l'avenir une lutte précise.
En effet, 75 % du nombre des sujets prévus La très grande expérience de la méthode de
ont été testés en zone rurale, et 55 % en zone vaccination, acquise au long de la campagne,
urbaine. La différence en moins s'explique sur- a donné lieu à des spéculations scientifiques.
tout par une surestimation initale des chiffres fructueuses. Celles-ci ont amené des perfection-
de population, imputable à l'absence d~un recen- nements appréciables du vaccin et de la tuber-
sement précis de la population marocaine. Le culine, ainsi que de leurs différentes méthodes
dernier recensement a été effectué en 1947, à d'application.
l'occasion de l'institution des cartes de ravitail- Grâce à l'excellente collaboration franco-
lement établies sur des déclarations souvent très marocaine, le succès de. cette campagne permet
majorées et fantaisistes. d'envisager sa reconduction dans l'avenir, sans
En milieu rural bien, qu'elle ait été l'objet quoi elle perdrait toute efficience.
de mesures administratives, la vaccination a été La campagne du B.C.G. au Maroc aura été
très bien accueillie par les populations. Elle a . un événement importànt dans l'histoire médi-
été, surtout, gênée par des circonstances mé- cale du pays en éduquant les populations ave"
téorologiques malheureuses qui ont souvent une nouvelle discipline médicale qui leur paraî-
influencé défavorablement l'assiduité aux ras- tra, demain, aussi banale que la vaccination
semblements. anti-variolique.
En niilieu urbain, le rendement de l'assi- Dr GUY BOUEL,
duité a été médiocre, sauf dans les milieux Médecin chef des services
scolarisés. Il a été très difficile d'atteindre le de prophylaxie du Maroc.
prolétariat des grandes villes, en dehors des Institut d'hygiène - Rabat.
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 15

ANNEXE
FONDS INTERNATIONAL DE SECOURS A L'ENFANCE
DE L'ORGANISATION DES NATIONS UNIES

Accord entre le Fonds Internationa,1 de Secours à l'Enfonce,


10 Croix-Rouge Danoise et le Gouvernement Chérifien

Considérant que, par sa résolution n" 57, adoptée des approvisionnements et services fournis en vertu du
le 11 novembre 1946, l'assemblée générale des Nations présent accord, y compris la l'émunération du personnel
Unies a créé le fonds international de secours à l'enfance représentant l'œuvre commune qui ne serait pas recruté
(désigné ci-après sous le nom de fonds) ; sur place.
Considérant que le fonds dispose maintenant de
ressources et s'attend à recevoir des crédits et des res- ARTICLE II
sources supplémentaires que le conseil d'administration
du fonds a décidé de réserver en partie aux enfants,
aux adolescents, aux femmes enceintes et aux mères P ARTICIPATION
qui nourrissent ; DU GOUVERNEMENT CHERIFIEN
Considérant que le Gouvernement danois a offert de A L'ŒUVRE COMMUNE
participer à une œuvre commune (joint enterprise),
sous les auspices du fonds, pour lutter contre la propa- A. - Le Gouvernement s'engage à veiller à ce que
gation de la tuberculose dans les pays. qU~ b'én.é~cient les opérations faites en accord avec l'œuvre commune
de l'assistance du fonds et que le conseIl d admlDlstra- soient effectuées d'une manière équitable et sans discri-
tion, le 12 mars 1948 a décidé de pa:r;ticiper à cette mination fondée sur la race, la religion, la nationalité
œuvre; ou les opinions politiques.
Considérant que le Gouvernement chérifien (désigné B. - Il est convenu que les dépenses de l'œuvre
ci-après sous le nom de Gouvernement) désire recevoir commune s'ajouteront et ne se substitueront pas aux
l'aide de l'œuvre commune afin de pouvoir utiliser le crédits budgétaires que le Gouvernement a prévus pour
vaccin B.C.G. dans la plus large mesure possible, en des activités analogues (10) . Suivant cet accord, seuls
faveur des enfants et adolescents qui se trouvent sur les vaccins fabriqués par l'institut Pasteur de Paris et
son territoire ; de Casablanca, et seules les techniques arrêtées en
Considérant que le fonds, agissant par l'intermé- accord avec l'œuvre commune, seront utilisés.
diaire de ses représentants, l'œuvre commune, y compris C. - Le Gouvernement convient que l'œuvre com-
les autres associées scandinaves et le Gouvernement ont mune pourra à sa volonté affecter aux approvisionne-
estimé que cette assistance était nécessaire au Maroc ; ments utilisés dans le cadre de son activité et aux
En conséquence, le Gouvernement, le fonds et l'œu- services fournis par elle, toutes marques distinctives
vre commune ont convenu de ce qui suit : qu'elle jugera nécessaires pour indiquer qu'ils sont
destinés à l'aide apportée aux enfants sous les auspices
du fonds.
ARTICLE PREMIER D. - Aucun bénéficiaire ne sera tenu de payer
directement ou indirectement pour l'aide qui lui aura
été apportée. '
'FOURNITURE D'APPROVISIONNEMENTS
E. - Le Gouvernement fournira à l'œuvre com-
ET DE SERVICES mune tous les documents, rapports et' renseignements
A. - Le fonds et l'œuvre commune agissant en relatifs à la mise en œuvre du programme, que l'œuvre
son nom et au nom des autres pays scandinaves associés, commune et le Gouvernement pourront estimer néces-
(désignés ci-après par l'expression «œuvre commune ») saires à l'accomplissement de leurs fonctions. A cet
fourniront les approvisionnements et les, services qui égard, le Gouvernement s'engage à aider, dans la plus
pourront être nécessaires po~r lutter contre la propa- , grande mesure possible, l'œuvre commune en assurant
gation de la tuberculose parmI les enfants et les adoles- un service d'information aussi large que possible.
cents qui se trouvent sur le territoire du Maroc. Sous F. - Afin de donner effet aux termes du présent
réserve des dispositions du § 1 de l'article II, les accord le Gouvernement et l'œuvre commune convieù-
services comporteront la rétribution, les frais de trans- nent qu'il sera nécessaire d'établir des rapports d'étroite
ports et de rapatriement d'une partie du personnel tech- ,collaboration. A cet égard, un délégué sera dés,igné par
nique destiné à la vaccination et que ces approvision- l'œuvre commune pour donner son accord aux plans
nements comprendront la tuberculine, le vaccin B,C.G., détaillés d'opérations, approuver les mesures adminis-
les instruments médicaux, les voitures automobiles, le tratives prises par la direction de la santé publique
matériel de campement et autres articles qui devront chargée de la direction et de l'exécution de la campagne
êtré importés pour soumettre à la réaction de la tuber- de vaccination. '
culine et pour vacciner, lorsque cela est possible, tous Le personnel recruté en France par "l'œuvre com-
les enfants de 18 ans au plus. La direction de la santé mune et lié à l'œuvre commune par un' contrat de
pul;>lique, en accord avec l'œuvre commune, as~urera travail personnel sera à tout moment soumis au contrôle
l'établissement et l'exécution de ce programme. du directeur de la santé publique et du délégué de
Les effectifs du personnel et les quantités d'appro- l'œuvre commune ou de leurs représentanh.
visionnements mis à la disposition du Gouvernement G. - Le Gouvernement s'engage à faciliter le
chérifien, seront fixés par Une annexe à la présente travail de l'œuvre commune sous tous les rapports, y
convention.
B. - L'œuvre commune n'introduira pas de deman- (10) J,es crédits alloués par le GouVerl1ellwnt chérifien pour
de et ne pourra faire valoir de droits pour le paiement la totalité <le la campagne se sont élevés à 80,000,000 de frs.
16 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

compris les déplacements et l'accueil des équipes agis- utiles pour que les approvisionnements et les services
sant au nom de l'œuvre commune. Le Gouvernement fournis par l'œuvre commune ne soient soumis à aucune.
s'engage à prendre toutes les mesures nécessaires en taxe ou redevance, à aucun péage ou droit, d'une
ce qui concerne les dro.its de transit et d'atterrissage manière qui serait de nature à réduire les ressources
des avions utilisés par l'œuvre commune dans le cadre de l'œuvre commune.
de ses activités. Les droits de douane afférents à l'importation du
H. - La contribution du Gouvernement chérifien matériel et des approvisionnements seront acquittés par
est donnée à l'œuvre commune par l'intermédiaire de la' direction de la santé publique.
la direction de la santé publique. Elle comporte le paie-
ment des traitements du personnel recruté sur place
ainsi que les frais de réception, de déchargement, d'en- ARTICLE IV
trepôt, de transport et de distribution des approvision-
nements utilisés aux fins poursuivies.
PRIVILEGES ET IMMUNITES
Elle comporte également les dépenses encourues,
relatives au logement et aux déplacements du personnel, Le Gouvernement accordera à l'œuvre commune et
aux transports fournis par l'œuvre commune aux termes à son personnel les privilèges prévus dans la convention
du présent article, à l'installation et à l'entretien des générale sur les privilèges et immunités, adoptés par
équipes qui seront établies aux points centraux, y com- l'assemblée générale des Nations Unies le 13 février
pris le personnel nécessaire de secrétariat ou autre 1946 et ratifiés par la loi n° .412 1947 (Grèce).
personnel, et les communications postales, télégraphi-
ques afférentes aux activités légitimement exercées par
ces agents. ARTICLE V

Le présent accord prendra effet à la date de ce


ARTICLE III jour. Il ref.tera en vigueur jusqu'au moment où la tâche
des équipes sera considérée, d'un commun accord, par
le Gouvernement et l'œuvre commune, comme étant
EXEMPTION D'IMPOTS achevée.
. A. - L'œuvre commune, ses avoirs, ses biens; ses
opérations et transactions de quelque nature qu'elles ARTICLE VI
soient seront exempts de toutes taxllS ou redevances,
de tous péages ou droits imposés par le Gouvernement, En cas de désaccord sur le point de savoir si les
par une de ses 'subdivisions politiques ou par toute autre dispositions du présent accord' sont obsevées, la ques-
autorité publique du Protectorat marocain. L'œuvre tion sera soumise au comité du programme du conseil
commune sera également dégagée de toute responsabilité d'administration du fonds, qui prendra les mesures.
en ce qui concerne la perception de toutes taxes ou appropriées.
redevances, de tous péages ou droits imposés par le
. Gouvernement, par une de ses subdivisions politiques Rabat, le 11 mars· 1949.
ou par toute autre autorité publique.
B. - Ni le Gouvernement, ni aucune de ses subdi- Le représentant
visions politiques, ni aucune autre autorité publique ne de la. croix rouge danoise.
prélèveront de taxes, redevances, péages ou droits au
,titre des traitements ou rémunérations pour services Le représentant
personnels versés par l'œuvre commune à ses fonction- du fonds international
naires, employés et tous autres membres de son per- de secours à l'enfance
sonnel qui n'ont pas leur résidence permanente au de l'organisation des Nations Unies.
Maroc.
C. - Le Gouvernement prendra 'les mesures néces- . Le représentant
saires pour donner effet aux principes précités. En le Gouvernement chérifien.
outre, le Gouvernement prendra toutes autres mesures
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 17

LE MAROC ET LES INVASIONS DI ACR!DIENS

Le l\Iaroc, pays d'économie fortement agri- I. -~- ASPECT GENERAL


cole, voil jll'l"io(liqucment, comme de nombreux DU FLEAU ACnIDIEN
autres pays d'Europe, d'Asie et d'Afrique, son
territoirc cnvahi et ses cultures ct pàturages Les prohU'll1cs POS('S aux hommes pnr les
menacl's par des essaims d'acridiens. invasions d"acridiens .ne sont pas l'l'cents puisque
Il n'est peut ôtre pas sans intérôt de mon- la Bible fait déjà mention des invasions de sau-
trer les perturbations d'ordre économique et terelles et que les anciens l'gyptiens les connais-
saient aussi. II- faut toutefois faire remarquer
social qu'apportent au pays ces invasions et de
qu'actuellement encore, si l'aITivée mHssive
voir comment le Iv1aroc y pare dans la mesure d'acridiens est considérée comme un fléau par
de ses moyens. la plupart des agriculteurs évolués et par les
:\1ais, pour (lue le ledeur comprenne hi en pasteurs, môme les plus primitifs, certains grou-
l'étendue et la complexité du probll'me que pes humains acridiophages, dont l'agriculture
posent, aussi bien aux particuliers qu'à l'Etat, est encore rudimentaire ou nulle, regardent
ces arrivl'es massives d'insectes ravageurs, il est souvent cette arrivl'e soudaine ct inattendue
indispensable, avant toute chose, de prl'ciser ce d'une masse importante de nourriture, utile à
qu'est la menace acridienne cn général, cc la fois aux hommes et aux animaux domesti-
qu'elle est plus particulü\rcment dans notre ques, comme une vl'ritable hénédiction du cie!.
pays, ct aussi d'indiquer les données scientifi- Tout est donc relatif. Cependant, dans la majo-
ques sur lesquelles les techniciens s'~lppuient rité des cas, l'arrivée des sauterelles est ,jugéc
pour ten ter de minimiser les dégàts et d'éviter catastrophique. Aussitôt, chacun s'ingénie il "Y
les dl'sordres que pourraient entraîner les inva- parer et s'aperçoit très rapidement que l'effort
sions de sauterelles. individuel est stérile. Bientùt les particuliers,

Yul de KHutpl'elll':-; i\ Tilljdnd


18 BULLETIN E CON aM 1 QUE ET SOCIAL DU MAROC

Passage ,les sautl,relles prêtps il se poser près de Bab lYollkkala ù l\Iarrakech

impuissants devant l'ampleur du fléau, deman- peine, et l'on se trouve pris de court à l'ardvée
dent impérati.vement à la collectivité de prendre de l'invasion suivante.
la lutte en charge et d'organiser la défense. Les grands pays parviennent, malgré tout, à
Et c'est ici que commencent les grandes limiter les dégâts, et à maintenir, au moins, une
difficultés, car, les invasions acridiennes sont organisation, le plus souvent squelettique, mais
discontinues dans l'espace et dans le temps. permanente, tandis que d'autres nations ne par-
Pendant les périodes d'accalmies, ou dans les viennent jamais à s'organiser rationnellement :
zones non envahies par les invasions, chacun se elles sont vouées périodiquement à la destruction
désintéresse totalement de la question, l'oublie de leurs récoltes et, parfois même, à la famine,
même le plus souvent et il devient très· difficile qui engendre la sous-alimentation et la maladie,
à une collectivité d'établir des règles et des et peut entraîner la mort des hommes les plus
organisations permanentes, n'étant plus aidée et pauvres et, souvent, celle d'un grand nombre
soutenue par l'ensemble des individus. d'animaux domestiques.
Cet aspect de la défense contre les saute- Il est inutile d'insister davantage. Les désor-
relles est très général, et même les Etats les plus dres sociaux et économiques que peuvent entraî-
évolués ont encore, de nos jours, beaucoup de ner les invasions d'acridiens sont évidents et
mal à organiser rationnellement la lutte anti- suffisamment graves, pour qu'il soit essayé, ici.
acridienne. On se bouscule, on improvise, plus de dégager quelques enseignements et remar-
ou moins, sitôt après qu'une invasion est décI an- ques, faits au cours de ces dernières années qui
chée ; mais la menace écartée ou naturellement ont été des années « à sauterelles », aU moment
disparue, les représentants de la population où le début d'un nouveau cycle d'invasion de
n'accordent plus les crédits nécessaires à la l'Afrique du Nord, par des essaims du criquet
recherche et à la préparation des campagnes pélerin, et par conséquent du Maroc, est pr{,vu
futures ; on li~encie le personnel formé à grand pour l'automne de 1952.
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 19

II. - LE FLEAU ACRIDIEN AU MAROC sions du criquet péderin (Sclzistocerca gregal'ia


Forsk), la deuxième espèce, qui ravage périodi-
Le ilTaroc peut être ravagé par deux espl'ces qnement notre pays et qui est actuellement la
différentes de sauterelles. seule ü provoquer des perturbations, économi-
La premil're est le criquet marocain (J)ocÎos- ques, et aussi - mais sur une très faible échelle,
taurlls I/w!'occrmll.'I Thunb.), espèce autochtone de nos jours- des perturbations sociales.
qui peut pulluler parfois en cerb:ins p~)ints Pour bien comprendre le problème, il est
favor:lbles du l\Taroc oriental et, de la, partH' en indispensable de donner quelques l'enseigne-
vol pour ravager toutes les régions avoisinantes. ments brefs slIr le criquet pélerin, son évolution
On n'a lllus assisté à des invasions par cette et le régime des invasions. En voici l'essentiel.
espèce, dans ee pays,...depuis ving.t. ans. Des Comme la plupart des insectes, le criquet
études remarquables faItes en Algene, par le pélerin passe, au cours de sa vie, par les états
professeur Pas(fuier, sur les con?itions dè p~ll~ d'œufs, de larve et ,d'adulte. Chaque femelle
lulation en Algérie, ct dont les resultats ont etc peut pondre jusqu'à dix grappes ovigères. Cha-
appliqm;s au Maroc, ont pel'1l:is. d: détrui,l:e .les que grappe constitue une ponte, formée de 30 à
populations sur leurs foyers d Ol?gmc et d cvIter 100 œufs, et est déposée dans le sol. L'incuba-
les dé'p:Œts en masses de vols d'mseetes vers les tion se prolonge de (Iuinze à une soixantaine de
zones voisines. C'est lit un bel exemple de lon- jours, selon la chaleur :t l'humidité du ~o~ .;
gues recherches, intelligentes et bien condu,ïtes, une élé~v:ttion du gradIent chaleur/hulllldIte,
qui ont pcrmis, grâce à un heureux :lboutIsse- jusqu'à une limite inhibitrice, accélère la vitesse
ment, de supprimer totalement les rIsques de d'évolution. Chaque œuf donne naissance à une
voir nos contrées envahies et les cultures sacca- petite larve vermiforme qui gagne la sur!ac.e
gées par le criquet marocain. C'est un exemple du sol, s'y débarasse d'une enveloppe amllloh-
qui montre que la recherche est non seulement que, prend aussitôt l'aspect d'un petit criquet (1)
utile mais indispensable et qu'elle paie. Il est et sèche ses téguments. La larve qui est aptère,
re()T~ttable que tous n'en soient pas convaincus é~voluera en une quarantaine de jours avant de
et ~Iue beaucoup préfèrent enc(~re, pa~ ig~oranee devenir un adulte ailé. Au cours de son évolu-
ou manque d'imagination, les ImIHovlsatlO~s. de tion, la larve subit, en général, cinq mues( for-
la dernière heure et les bousculades de. fmble
efficacité et, pour le moins, coûteuses. MaIS c'est
là alfaire des gouvernements.
(1) POUl' la ('OlllllHHlité (1p ('pt PXl)(H;;é, ]f' Inot « ,lwntcl'cllf: »
Le problème posé - et résolu - pour le d(>~igllf'l'a l'a<1ultp pt lp IUOt « criquet », .la larY(~ 1l~1 ('~'ülnPl
IJ(']pl'iu, bif"Il qne ('P8 (lénominatiollH ne ~O:~llt pal:-; ~(~H'n.tlfiqllt'·
criquet marocain, ne sera donc pas a,nalysé .dans lllPl1t ()l'thodoxp~ : « ~alltel'('lle » pt « enqllPt » B Hllpllqnnnt.
c1mcllIl. :1 la l1ésigwltion d'1JU g-rollIH~ ]Hll'ticulipl' <1'ol'thop1èr('~
cette étude, qui sera surtout consacree aux Invu- nHlÎ~ ('Iles Rout ('olll"ltcrécH pur l'UH::q;;(~ l'0}llllnil'f'_

(Cliché /)n/Î,s Jj('rawl) ,


20 BULLETIN ECON011lQUE ET SOCIAL 1\1 A li. 0 C

Ilétail <1e la tête de la santerel1" ]"·1<·r"n,,·

mes migratrices), et davantage (formes séden- période d'invasion, sont groupées, si hien que
taires). L'adulte jeune est de coloration gris les criquets qui en éelosent se rassemblent (ins-
rosé lie de vin ; au fur et à mesure des chan- tinct grégaire), et se dl'placent en bandes. Les
gements hormonaux, qui déterminent la matu- bandes peuvent, elles-mèuICs, sc rencontTcr ct
ril(~ sexuelle, il passe successivement par les
former des colonnes. Cc sont ces colonnes de
larves qui anéantissent, souvent en quelques
couleurs rouge brique, terre de sienne, verdâtre
heures, des cultures enticres ; car la croissance
et, enfin, .i aune citron, peu de temps avant la des criquets est rapide ct chaque insecte con-
modo Les accouplements ont lieu au moment somme énormément de nourriture. Les dégüls
où les femelles ont pris la coloration terre de aux ,égétaux sont également commis par <les
sienne et où les mâles virent du brun au verdâ- sauterelles qui se nourrissent beaucoup au !\lO-
tre et au jaune. Les pontes, dans nos pays, en ment de la formation des œufs ct de la ponte.
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 21

Voici pour la vie de l'insecte lui-même. Il n'a, en el1"et, pas encore été permis, comme
Pour ce qui est de la vie de l'espèce, il faut cela a été fait pour le criquet marocain en
savoir que le criquet pélerin, en période de non Afrique du Nord, ni de reconnaître les condi-
invasion, est un insecte assez rare dans la tions du passage des formes solitaires et séden-
nature ; il n'est rencontré, à l'état d'individus taires aux formes grégaires et migratrices, ni
isolés, qu'en certaines régions semi-désertique:; de loc:üiser les stations précises où peut s'ef-
des territoires bordant le sud de la Mer Rouge : fectuer cette transformation qui détermine le
en Arabie, probablement en Iran et au Belou- départ d'un cycle de pullulation et de migration
chistan, ct peut-être aussi dans les régions du criquet p<"lerin, donc d'invasion pour les
côtil'res du sud de la Mauritanie. Son évoluüon, pays voisins, puis lonLains. Cette diII<"rence dans
dans ces n;gions d'acd~s difficile - et parfois le mode de vie, solilaire ou grégaire, influence
hostiles - n'a pu encore être étudiée en détail. lellement l'espèce que les représentants des
ce qui, nous le -verrons, est extrêmement grave. formes non migratrices, solitaires, sont lllOrpho-

(Clld1f.~ Studios du SOUiNfli'~ Rflùafj

logiquement trl's <'doign<"s du type criquet grr- expérimentale, <fue les solitaires et les mighl-
gain' migrateur, il tel point, qu'il y a seulement leurs appartenaient !lien il une seule et même
une trentaine d'années, on considérait les quel- espl'ce.
ques rares individus eaptun;s en période d'ac:l1-
mie, comme appartenant il une espl'ce dill'érente C'est donc sous l'inl1uence de facteurs III a 1
de celle dans J:Hluelle on e1assait les criquets connus, mais parmi lesquels l'humidit<', semble
pélerins des p<"riodes d'invasion. Il a fallu la jouer un l'Clic pr<"pond<"rant, que les adultes
sagacité de savants spécialistes, dont le plus solitaires se groupent pour ('accouplement et la
c<"lèbre est le docteur Uvarov, directeur de ponte dans des r6gions, encore mal délimitées,
l' " Anti-Iocust researeh Center » de Londres, mais dont les plus i III Jlort:lIl tes sont situées
pour <"lablir indiscutablement, par la méthode surtout SUI' les territoires de certains pays arabes
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

de l'Asie sud, occidentale. Là, ils se multiplient le sait, atteignent et dépassent l'altitude de
en masse et forment rapidement des essaim~ 4.000 mètres.
d'individus du type migrateur grégaire qui par- Dès janvier et février, les vols de sauterelles
tent en vol vers le sud-ouest ou l'est-nord-est. gagnent les environs de Mogador, les plaines du
Ce sont ceux qui prennent la première direc- Tensift et du Tadla, puis s'étendent progressi-
tion qui nous intéressent, ici, ,car ils envahissent vement vers le nord et le nord-est, en échelon-
progressivement, en. s'y multipliant (nous, savons nant leurs pontes le long des trajets que suivent
que la fécondité est grande), les pays d'Afrique leurs migrations.
tropicale orientale, puis de l'Afrique tropicale D'autres essaims, généralement moins nom-
occidentale. De là, ils gagnent l'Afrique du Nord, breux, peuvent arriver au Maroc par le Tafilalet
en automne et en hiver. et la frontière orientale de l'Algérie, et envahir
C'est à partir de ce moment que s'établit le Maroc oriental. Le plus souvent, les rescapés
un rythme particulier de migrations et de géné- des destructions atteignent la chaîne du Rift'
rations annuelles entre l'Afri.que du Nord et vers la fin· de juin et au début de juillet.
l'Afrique tropicale. Au cours des années de forte invasion, cer-
Presque sans exceptions, dans cette partie tains essaims peuvent même traverser le détroit
occidentale de son aire d'expansion, l'espèce de Gibraltar et achever leur existence dans le
évolue en deux générations au cours d'une sud de la péninsule ibérique ; mais on n'a
année : une estivale èt une hivernale. jamais observé de pontes au nord du Détroit.
La génération estivale est engendrée par les Enfin, pour être assez complet, il convient
sauterelles provenant des criquets, nés, au cours de signaler qu'au début des périodes d'invasion
du printemps et au début de l'été, dans les zones par le criquet pélerin et au cours de la régres-
situées au nord du Sahara et qui ont échappé sion des invasions, on rencontre, sur le terrain,
aux destructions. En mai, juin et juillet, ces toute la . gamme des intermédiaires entre les
jeunes adultes se rassemblent et partent vers le sauterelles du type solitaire et celles du type
sud. Les renseignements recueillis jusqu'à pré- migrateur grégaire. On a même pu constater, au
sent semblent établir, bien que les observations Maroc, des arl"ivées directes d'essaims venant
demandent à être renouvelées et précisées, que d'Afrique orientale tropicale, sans relai en
ces sauterelles, nées en Afrique du Nord et qui Afrique occidentale.
quittent nos régions en juillet et ·en août, traver- La complexité de la biologie et du compor-
sent rapidement la zone désertique saharienne, tement fait que l'étude de cette espèce,' et
vont s'accoupler et pondre dans des stations l'organisation rationnelle de la lutte, dépassent
relativement humides du sud de la Mauritanie toujours le cadre national et posent des problè-
et de toute la région steppique ou de savanes mes d'ordre international.
du nord du Soudan et peut-être du Tchad.
. Ces pontes donnent naissance, en août et
septembre, à de jeunes criquets qui évoluent et III. .,--'- LA LUTTE ANTI-ACRIDIENNE
se transforment rapidement en adultes. Ceux-ci
se rassemblent et émigrent, en' sens inverse, vers Comment l'homme moderne a~t-il réagi
le nord. Ils reviennent par le Sahara dans les devant le péril' acridien ?
pays d:Afrique du Nord, où ils arrivent, par Il a commencé par aller au' plus pressé,
vagues successives, d'octobre à janvier et par- tout comme le primitif, c'est-à-dire qu'il est
fois jusqu'en mars, pour y donner naissance à intervenu, selon ses moyens, pour protéger ses
des criquets, qui, à leur tour, une fois adultes, pâturages, ses cultures et ses récoltes. Il a
repartiront vers le sud. d'abord travaillé seul, faisant du bruit, de la
Cette succession de générations et de migra- fumée pour essayer d'empêcher les voraces
essaims de se poser ; il a labouré les champs
tions, alternées dans l'espace, et le temps, se
de ponte pour' ,en extirper les œu(s et les
prolonge pendant tout le cycle d'invasion dont détruire ; il a essayé; avec sa famille et ses
la durée est comprise entre 6 et8 années consé- employés, d'empêcher les colonnes de criquets
cutives. de pénétrer sur ses - terres ; il a creusé des
Au Maroc, les principales voies d'invasion tranchées et y a enf'oui ou brùlé des masses de
se situent sur la basse vallée de l'oued Drâ. De larves ; il a tendu des barrages en toile cirée,
là, les essaims gagnent la vallée du Souss et le en plaques de métal lisse, pour détourner de ses
haut bassin du Drâ ; ils y séjournent quelques cultures les bandes affamées.
semaines avant de franchir le Grand Atlas, Le plus souvent, malgré un labeur écrasant
lorsque là température hivernale se radoucit ou et des efforts considérables, il a été submergé
que des vents chauds favorables les poussent par la masse et complètement débordé ; il s'est
vers les plaines du nord. En général, ce fran- rendu compte de son échec et de son impuis-
chissement de la haute chaîne se fait, le plus sance d'homme isolé. Il s'est alors tourné vers
souvent, par les trouées naturelles, maison a son gouvernement, qui, avait mesuré, à son tour,
vu assez fréquemment des essaims passer au- l'ampleur du désastre : destrùction des pâtura-
dessus des plus hauts sommets, qui, comme on ges, qui faisait périr une partie du cheptel et
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 23

s'elTondrer les cours ; diminution des récoltes, plus économique du personnel, des machines et
qui entrainait, outre la famine et ses conséquen- des ingrédients nécessaires.
ces sociales et politiques, une faible rentrée
Mais il reste encore beaucoup à faire. Les
des impôts et obligeait à effectuer des importa- entreprises nationales ne peuvent, à elles seules,
tions ruineuses pour la balance commerciale. venir à bout de la masse des études à poursui-
Les gouvernements, dont les territoires sont vre, tant du point de vue scientifique que du
périodiquement ravagés par les sauterelles, se point de vue technique, et de la réalisation.
sont rapidement rendu compte qu'ils devaient
aider les particuliers et, tout cOlilmeceux-ci, L'heure est venue où la nécessité, d'une
ils sont allés au plus pressé. Ils ont affecté, co[[abomtion internationale pour une protection
une fois l'invasion déclanchée,. qes crédits, du rationnelle et efficace des récoltes contre les
personnel et des moyens matériels à la lutte acridiens devient évidente. C'est avec la plus
anti-acridienne immédiate. Ils n'ont fait que grande. satisfaction, pour les spécialistes respon~
transposer sur un plan plus général, les erreurs sables, qu'au mois d'octobre dernier, au cours
commises par les particuliers. ' d'une réunion organisée à Rome par l' « orga-
nisation internationale pour le ravitaillement et
,Car, il faut le répéter, toute action de lutte l'agriculture» (F.A.O.), réunion où se trouvaient
entreprise au dernier moment, sans la connais- présents la plupart des spécialistes nationaux
sance parfaite des mœurs, du régime alimentaire, dans la recherche et la lutte contre le criquet
de la physiologie même de l'ennemi est empiri- pelerin, et malgré quelques petits tiraillements
que et fort coûteuse. inévitables, il a été décidé de mettre en commun
Toutefois, par ces moyens improvisés, la les connaissances acquises, et de concentrer les
plupart des pays ont pu, partiellement, limiter efforts sur les points les plus menacés par le
les dégâts, en dépensant des sommes énormes ; criquet pélerin, sans tenir compte des frontières
sommes, cependant, inférieures à la valeur des et des particularismes. C'est ainsi que l'aide
récoltes sauvegardées et qui auraient été détrui· substantielle de la F.A.O. se portera vers l'Ara-
tes sans cette intervention. bie et l'Iran, pays, actuellement, très atteints et
Hélas, une fois les invasions passées, tout d'où, logiquement, s'ils ne sont pas détruits très
retombait dans l'oubli ; on ne s'occupait plus rapidement, vont s'échapper vers l'ouest et le
des sauterelles, on oubliait presque leurs ravages, nord-est, des vols dévastateurs. Ces pays, écono-
et subitement tout était à recommencer quelques miquement faibles, et encore moins bien orga-
années plus tard, à l'arrivée de nouveaux nisés que d'autres pays plus évolués, recevront
essaims. de ces derniers une aide matérielle importante ;
des subsides en argent et des fournitures éven-
, Fort heureusemel?-t, quelques entomologistes tuelles seront, en partie, obtenues de la F.A.O.,
enthousiastes se spécialisèrent dans l'étude des sur avis d'un comité technique compétent.
espèces de sauterelles nuisibles et, à force de
réclamations, parvinrent - ô combien lente- e'est là un immense progrès et il faut
ment - à obtenir une aide officielle qui leur souhaiter que ces bonnes dispositions de coopé-
permit de travailler, de chercher et de commen- ration et d'entr'aide se fortifient pour que tout
cer à comprendre un peu le mécanisme des soit prêt lorsque se déclenchera ·le prochain
invasions de sautelles. cycle d'invasion, qui fera suite à celui qui est
amorcé, c'est-à-dire dans une quinzaine d'années.
Les gouvernements d'Angleterre, des Etats-
Unis, de France et de leurs pays associés, tous Il faut absolument activer les recherches et
victimes des sauterelles, commencèrent à s'in- posséder alors les moyens techniques qui per-
téresser à ces études, et, bientôt, des organismes mettront d'être informé des premiers rassem-
de recherches spécialisées furent créés. blements et des preplières multiplicatiory.s où
En. Grande-Bretagne, l' « Anti-locust re- quelles soient, de les atteindre aussitôt pour les
search Center » travaille, avec acharnement à détruire immédiatement, à n'importe quel prix,
l'étude des grands migrateurs depuis plusieurs puisque l'efficacité sera certaine. On détruira
décades et obtient de bons résultats. ainsi le fléau dans l'œuf et on économisera les
milliards et les milliards, jetés actuellement
En France, le comité d'étude de la biologie dans la lutte contre le criquet pélerin, sans
des acridiens, remplacé, depuis 1943, par l'office ordre véritable, dans toute la zone d'extension
national antiacridien, poursuit également d'inté- de l'espèce.
ressantes recherches en France même et dans
les territoires menacés de l'Union française. Mais nous n'en sommes pas encore là, et au
cours de ce cycle d'invasion, déclanehé en Orient
Les services spécialisés des Dominions bri-
tanniques ou des pays de l'Union française, depuis l'an dernier, il faudra encore, par néces-
contribuent également à ces recherches, en sité, se contenter d'une lutte symptomatique,
même temps qu'ils mettent progressivement au c'est-à-dire limitée à la destruction du plus
point, après étude, les méthodes de lutte, et grand nombre possible d'acridiens, dès leur
s'efforcent de rationnaliser la lutte par un emploi arrivée sur chaque territoire.
24 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

IV. - LA LUTTE ANTIACRIDIENNE Le financement des opérations de lutte est


AU MAROC assuré par des délégations de crédits à ces auto-
rités, sous le contrôle du directeur de l'agricul-
En attendant, et pour prendre un exemple, ture, du commerce et des forêts.
nouS allons voir ce qui a été fait au Maroc pour Ce. système présente l'avantage de charger
essayer de faire échec aux invasions d'acridiens, des responsabilités de la lutte, les seules per-
dont les effets étaient souvent catastrophiques sonnes qui puissent disposer, loealement, de
(famines, émigrations massives et désordres), tous les pouvoirs indispensables dans les cas
avant l'instauration du Protectorat de la Répu- d'urgence et d'exception, comme peut l'être le
blique française. cas d'une invasion du pays par des essaims de
Une législation spéciale a été instituée pour sauterelles et des bandes de criquets. Ces moyens
donner un caractère légal aux opérations et exceptionnels comprennent même la réquisition
activités que nécessitait la lutte antiacridienne, éventuelle des personnes et des biens.
ainsi que pour vaincre, dans' l'intérêt général, Cette organisation générale, ou le service de
certaines résistances particulières. C'est le dahL' la défense des végétaux joue le rôle d'intendant
du le' février 1930, suivi de différents arrêtés et de conseiller technique, a 6t<"- conçue à l'épo-
d'application, commentés par la circulaire n" 29g que (19:W) où l'on ne visait gUlTe que la destruc-
du secrétariat général du Protectorat, qui règle- tion des criquets et où l'on jugeait impossible
mente toute l'organisation antiacridienne. la poursuite et la destruction des vols, bien trop
Le principe de cette organisation repose sur mo-biles, car ils se dl~placent challue jour, parfois
la responsabilité des agents d'autorité en matière sur de longues distances, ct se posent en des
de lutte contre les acridiens, ces agents étant endroits imprévisibles.
conseillés, du point de vile technique, par les Depuis, la situation a changé et les spécia-
spécialistes du service de la défense des végé- listes du service de la défense des végétaux ont
taux. Ce service, est, en outre, chargé d'assurer mis au point une méthode de destruction des
la constitution des stocks de matériel et de essaims à l'aide d'équipes motorisl~es, méthode
produits nécessaires à la lutte et qu'il met à la qui a donné des résultats heureux et économi-
disposition des autorités administratives, sur ques. C'est pourquoi, pour la lutte contre les
leur demande, après en avoir étudié le bien sauterelles adultes, il a été créé une équipe
fondé. motorisée, organisation particulière, munie de

(DUché Sfttd.-io,q du So uis.'ii, - R,(lbat)

L'équipe ù'épaIlllage ùu ~on empoi~onné, ~ui\'ie ùe~ camions ravitailleurs


BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 25

véhicules de types divers, dont des véhicules considérable ; mais si l'on considère que, grâce
tous terrains, et qui relève directement du direc- à l'organisation actuelle et aux méthodes em-
teur de l'agriculture par son chef du service de ployées, le pays n'a plus à supporter les catas-
la défense des végétaux. Cette équipe motorisée trophes enregistrées dans le passé, que,. seuls,
est spécialement chargée, en dehors de l'organi- quelques dégâts locaux aux cultures sont enre-
sation locale où le chef administratif est seul gistrés, qu'ils sont à présent très réduits et
responsable, d'assurer la destruction des 'vols n'affectent plus l'économie générale du pays, le
de sauterelles d'invasion sur l'ensemble du ter- lecteur de bonne foi devra reconnaître que les
ritoire. Elle est dirigée, sur le terrain, par un dépenses engagées pour cette lutte, constituent
spécialiste des questions acridiennes auquel il un bon placement.
est accordé la plus large initiative dans l'emploi Que représentent en efl'et cent millions de
tactique du personnel et du matériel de la francs actuels ? C'est la valeur à la production
mission. de 285.710 quintaux de blé dur, ou de 312.500
L'ensemble de cette organisation marocaine quintaux de blé tendre, ou de 5.000 quintaux
a fait ses preuves et les bons résultats acquis, d'oranges, ou de 6.666 bœufs moyens, ou de
surtout au cours de la dernière invasion, per- 40.000 moutons. Ceci représente à peu près, au
mettent de la juger convenable, les relations Maroc, le 1/17" de la production de blé dur de
entre les fonctionnaires d'autorité et les techni- 1950, ou le l/W de la production totale moyenne
ciens ayant toujours été excellentes. De plus, la de blé tendre, ou le 1/300" de 'la production
mise à la disposition du service de la défense d'agrumes de 1950, ou le 1/300" du cheptel
des végétaux d'un train automobile relativement bovin, ou le 1/260" du cheptel ovin de l'année
important, s'ajoutant à un matériel spécial con- 1950. Et 312.000 quintaux de blé tendre sont
sidérahle, entreposé dans de vastes hangars produits en moyenne (7 qx/ha.) par 44.570 ha.,
disséminés sur l'ensemble du territoire, a beau- surface traitée normalement en un mois et pro-
coup augmenté l'efficacité de cette organis:cüion tégée par les équipes motorisées chargées de la
de lutte. . . destruction des sauterelles au cours d'une inva-
Enfin, par des subventions importantes, sion moyenne (2).
versées à l'office national antiacridien, organis- Or, les statistiques qui se rapportent à la
me groupant tous les pays de l'Union française forte invasion de 1929-1930 et qui ont été
menacés par les acridiens, et chargé des recher- publiées dans une brochure officielle de la direc-
ches théoriques et pratiques sur la biologie des tion 'de l'agriculture au Maroc (3), montrent que
acridiens et la « rationalisation » de la lutte, par les dégâts suhis par les cultures se sont élevés
la part qu'ont apporté ses techniciens à ces nlors à cent millions de francs, soit, en adoptant
études théoriques et pratiques, le Maroc a contri- un coefficient théorique d'augmentation de 20
bué et contribue aux recherches antiacridiennes (ce qui est faible), à deux milliards de francs
sur le plan national et international. d'aujourd'hui. Les frais de lutte, engagés à cette
Mais pour assurer le fonctionnement de la époque, équivalent à une dépense de l'ordre de
recherche et espérer conduire une lutte efficace, cinquante huit millions de francs 1930, soit un
il faut, hien entendu, ici comme ailleurs, des peu plus d'un milliard de francs actuels, On
voit immédiatement que les progrès faits, depuis
crédits suffisants.
vingt ans, dans les recherches acridiennes et
On l'ahien compris dans ce pays, où ces l'amélioration du rendement des méthodes de
activités sont principalement fin:mcées par la destruction ont permis de réduire considérable-
perception d'un. supplément de trois centimes ment les frais de la lutte, et d'obtenir une effica-
additionnels au « tertib », l'impôt agricole. cité quasi totale dans la protection des récoltes.
Ainsi, chaque agriculteur, selon ses biens et Et ceci, je le répète, est dû principalement 'au
l'importance de ses récoltes, contribue-t-il à fait que, de nos jours, on attaque les vols avec
l'effort commun des recherches et de lutte contre succès dès leur arrivée dans les régions méridio-
les sauterelles tant redoutées, en versant une nales du pays, et que l'on détruit une forte pro-
contribution, proportionnelle à sa fortune, dans portion des sauterelles avant qu'elles n'aient
la caisse réservée aux opérations antiacridiennes. pondu. On évite ainsi d'avoir à anéantir, par la
A titre indicatif, le montant des crédits mis à la suite, de nomhreuses bandes de criquets, puis-
disposition de la direction de l'agriculture, pour qu'il en naît beaucoup moins qu'auparavant. Le
1952, est de l'ordre de 90 millions de francs, résultat en est une économie d'argent, la sauve-
somme jugée suffisante pour réduire une inva- garde des récoltes annuelles, perennes et du
sion moyenne de l'ordre de celle qui peut être hétail, auxquelles vient s'ajouter une économie,
attendue au cours de la campagne 1952-1953. non chifl'rée, de temps, de travail, {le perturba-
En cas de besoin urgent et d'insuffisance des
crédits affectés, si l'invasion est très grave, il
pourra être obtenu des crédits supplémentaires (:!) Cps chlffrp:< sont établis d'après les HtatistiQuPH publié""
. sur justification des besoins réels. (1anH 1<' lCJ'iquc de l'(I('()non/'Îc lna.roca'Ïne~ publication ùu Gouyer-
npmen t chérifien ; direction de l'ugriculture. du commerce et
Une somme de l'ordre d'une centaine de dps forêts. division du commerce et de la marine mllrcllllnde.
Imprimeries Iténnies - Casablanca. !ldit. 1951.
millions, consacrée annuellement à la destruc- FI) P. Regnier. - Les invasions d'acridiens au Maroc de
1027 à 10:-11. Dir~ction g-énérale de l'agriculture, du conuneree
tion des sauterelles et criquets, peut paraître et (].. la colonisntion. défense des cnltures - Rabat, Ina1.
26 BULLETIN ECO N 0 MIQUE ET S 0 CIAL D U MA Roe

tions dans l'emploi normal de la main-d'œuvre sables du Maroc ont rejeté, et rejettent encore,
agricole. l'emploi de certains produits extrêmement toxi-
Il convient d'ajouter que lorsque la recher-
1
ques dans la lutte contre les sauterelles, car
che des points de départ des invasions de c'est, ici, un devoir de protéger les pâturages
criquets pélerins aura été couronnée de succès, naturels, alors que dans certains territoires, oit
il suffira que tous les pays, normalement atteints l'on n'a pas à s'occuper de cette question, On
de nos jours par cet orthoptère,consentent à supprime sans hésitation à la fois les herbages
verser une contribution relativement modeste, et les sauterelles qui s'y trouvent. Le nombre
comparée aux dépenses actuelles, à un organis-· de têtes de bétail à l'hectare est en effet, dans
me international commun, spécialement chargé ces régions, extrêmement faible ; alors qu'il est
de la surveillance de ces points de départ ainsi au Maroc anormalement élevé (4). La destruc-
que de la destruction des premiers rassemble- tion des pâturages entraînerait immédiatement,
ments et des premières pullulations de saute- au Maroc, la famine pour le bétail et la dispa-
relles. rition d'une importante proportion du troupeau.

Ceci ne sera d'ailleurs pas une innovation.


En effet, toute l'Afrique tropicale était,
v. - L'ASSURANCE
autrefois, périodiquement ravagée par une autre CONTRE LE RISQUE ACRIDIEN
espèce d'acridiens, grands migrateurs, le criquet Il a été signalé plus haut, qu'actuellement,
migrateur africain (Locusta migratoria migrato- dans l'Empire chérifien, les dégâts étaient mini-
rioïdes). Les invasions s'étendaient à tous les mes, mais que, toutefois, ici ou là, les vols de
pays d'A.O.F., de l'A.E.F. française, aux pays sauterelles, principalement, pouvaient détermi.
de l'Union britannique et au Congo belge. Les ner des ravages tels qu'une culture entière peut
recherches entreprises ont permis de loealiser être rapidement anéantie.
les lieux de départ des invasions en certaines
régions restreintes de la boucle du Niger. Il est bien évident que l'agriculteur proprié-
taire est alors gravement lésé et que ces destruc-
Les Gouvernements belge, britannique, fran- tions peuvent avoir de tragiques répercussions
çais et ceux de leurs territoires associés ont sur son budget, et même, dans les cas extrêmes,
créé, à frais commun, un organisme chargé de l'acculer à la faillite, sans que, pour cela, l'éco-
la surveillap.ce des « aires grégarigènes » oit· nomie générale du pays en souffre. Pour limiter
naissaient les essaims de criquets migrateurs. ce risque f.âcheux, il a été créé, au Maroc, par
Cet organisme est responsable de la destruction la caisse centrale d'assurances mutuelles agri-
des bandes, dès leur apparition sur ces aires. coles, une branche d'assurances contre les
Depuis qu'il fonctionne on a pu, pratiquement, risques de dommages imputables aux acridiens.
réduire à néant les dégâts faits en Afrique Con- Le contrat est décennal et comporte un avenant
tinentale par le criquet migrateur. modificatif annuel. La cotisation est fixe, elle
Il est donc logique d'espérer que, dans un correspond aux frais de culture engagés, et
avenir qu'il faut souhaiter assez rapproché, si l'assurance ne couvre que ces frais de culture.
les vicissitudes de la politique internationale Toute solidarité entre les participants est exclue,
n'interdisent pas un effort spécial des cher- ce qui paraît regrettable. La cotisation varie
. cheurs dans les pays du Moyen-Orient d'oit entre 2 et 5 % du montant des frais de culture,
partent les invasions du criquet pélerin, la lutte avec un minimum exigé par hectare et par zone,
contre cette. espèce deviendra enfin une véritable le pays étant divisé en trois zones, pour chacune
lutte -rationnelle et qu'elle sera alors encore desquelles les risques sont différents, les plus
moins coûteuse que de nos jours. . graves étant localisées dans les régions les plus
méridionales. Par ce type d'assurance, à cotisa-
Mais, en attendant cet heureux jour, le tion modeste, le cultivateur a la possibilité
Maroc va s'efforcer encore d'améliorer ses mé- d'éviter un désastre complet et de pouvoir ainsi,
thodes de travail pour annihiler les invasions en cas de sinistre, retrouver les frais de cultures
sur son territoire. engagées, ce qui peut lui permettre d'entamer,
Une utilisation, encore plus rationnelle et' sans emprunter, la prochaine campagne agricole.
plus vaste, des moyens mécaniques va être mise' Malgré cet avantage, il faut reconnaître que
en vigueur par l'emploi de poudreuses terrestres ce type de· contrat n'a pas rencontré la faveur
à grand rendement. L'emploi <le l'aviation com- du monde agricole et on ne peut guère expliquer
me moyen de lutte antiacridienne s'est, en effet, cette indifférence que par le fait que les dégàts
après les essais faits dans ce pays, montré trop graves sont de plus en plus rares, donc moins
coûteux pour un faible rendement, dans les redoutés. En outre, le remboursement des seuls
conditions d'utilisation au Maroc. Car, il 'faut frais dé cultures ne paraît pas intéresser l'agri-
bien s'en persuader, les méthodes de lutte ne culteur, et, probablement aussi, un individualis-
sont pas universelles ; elles doivent toujours
être étroitement adaptées aux exigences qu'im-
posent les conditions locales (milieu physique,
milieu social, économie rurale). C'est ainsi' que, (4) Cf. à ce sujet : M, Sauvage. - Les pAturages maro-
cains, dans bulletin économique et social du MaI'oc, vol. XIV.
pour ne citer qu'un .exemple, les services respon- . no 51, 3'me trimestre 1951, p. 587.
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 27

me, peut être un peu trop poussé en ce cas antiacridien, et s'intéresse à toutes les organi-
particulier, et le mépris du risque, sont-ils encore sations internationales qui tendent à améliorer
plus puissants que la crainte des acridiens. C'est les méthodes de lutte par la localisation des
regrettable, car si les cotisants étaient nombreux, points de départ des invasions. Seule, la décou-
les taux de remboursement seraient évidemment verte de ces « aires grégarigènes », qu'il faut
plus élevés, avec peut-être même une cotisation souhaiter prochaine, permettra de conduire une
inférieure à ce qu'elle est actuellement ; mais lutte rationnelle et économique, qui ne se prati-
c'est ici un problème individuel qui ne regarde quera plus alors sur notre territoire, mais dans
ni les entomologistes ni les services publics. les stations éloignées du Maroc, où le criquet
pélerin se multiplie et qu'il quitte en essaims
énormes pour envahir les pays voisins et parve-
nir jusqu'au nôtre.
En résumé, il convient de retenir que le
Maroc dispose actuellement d'une organisation Rabat, décembre 1951.
rationnelle et suffisante pour protéger, avec une
certaine efficacité, son agriculture contre les CH. RUNGS,
invasions d'acridiens. Inspecteur principal
Il participe activement aux recherches géné- de la défense des végétaux.
rales, scientifiques et techniques, sur le criquet Conseiller technique
pélerin et sur l'améliorati0\l des méthodes de auprès du conseil d'administration
lutte ; il est membre influent de l'office national de l'office national antiacridien.
28 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

PROBLEMES D/URBANISME AU MAROC (1)

A l'aube du X~mc siècle, moins de 5 millions . LA PREMIERE PERIODE D'URBANISME


d'êtres, sur un territoire d'une superficie équiva-
lenle à celle de la France, vivaient complètement Dès sa prise de commandement, Lyautey
repliés sur eux-mêmes : pasteurs ou agriculteurs marquait l'importance qu'il attachait à l'urba-
dans une campagne peu cultivée, corporations nisme.. Il voulait faire grand et il savait qU'à
artisanales et petits marchands dans les villes. la longue l'urbanisme paye. II appelait immé-
diatement à l'œuvre M. Prost qui venait de Se
Une côte inhospitalière assurait cette volon-
.té d'isolement. Trois ports, d'accès difficile et signaler par un projet d'aménagement d'Anvers.
d'aménagement précaire, constituaient ses seules
ouvertures sur l'extérieur. De deux capitales
d'égale importance, Fès celle du nord et Mar-
rakech ceÜe du sud, Fès l'emportait, par son
rôle spirituel, mais toutes deux avaient perdu
leur vitalité et ne vivaient plus que de leur
passé (2).
,
L'ensemble du pays, aux portes de l'Europe, . ~

vivait ainsi dans ün isolement presque mira- ,J"O (;O. '<Jo ..,....:;---
,~

culeux. ""
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1** ',.
Vint la pacification et, avec elle, l'unité, la CASABLANCA - 1907
sécurité, l'ouverture du Maroc sur l'Europe. Echelle identique à celle des plans d'ensemble Casa-Fédaln
L'équipement du pays fut aussitôt entrepris
sous l'impulsion d'un chef aux vue hardies et
grâce au labeur d'une équipe ardente de pion- Casablanca avait déjà poussé, depuis 1907.
niers. On vit, en quelques années, les courants dans le plus grand désordre. Tenter de tracer
commerciaux du vieux Maroc radicalement ren- une ville logique au milieu des consttuctions,
versés ; toute l'activté 's'aimanta vers la côte, déjà éparpillées au hasard. et dans la fièvre
vers Casablanca (2), tandis qu'à l'intérieur du d'une spéculation effrénée, c'était une rude tâche.
pays, sol et sous-sol étaient progressivement mis Ces conditions défavorables de départ ont pesé
en valeur. lourdement sur l'élaboration du plan et ont
constitué, pour la métropole commerciale du
Rappelons. quelques unes des premières Maroc, une tare dont elle souffre encore.
étapes:
La réussite de Prost apparaît surtout à
aménagement du port de Casablanca Rabat, que Lyautey venait de choisir comme
- ouverture de r.outes ; capitale administrative.
- création de l'office des phosphates Le charme de cette ville vient de son tracé,
inauguration des chemins de fer, puis qui utilise, avec tant de mesure, toutes les
des lignes aériennes ; ressources naturelles et historiques des lieux.
mise en œuvre du plan d'électrification, Une des idées maitresses d'alors fut la sépa-
etc... ration des « médinas », ou villes 'marocaines,
L'ampleur et la hardiesse des conceptions et des nouvelles villes européennes. C'était une
qui présidèrent à cette transformation du terri- mesure de bon sens. Elle n'empruntait rien à
toire et auxquelles demeurent impérissablement un souci de ségrégation raciale : aucune con-
liées la pensée et la volonté de Lyautey, n'ont ception n'eût été plus éloignée de l'esiPrit de
plus à être mises en évidence. Tout a été dit, Lyautey. Puisqu'il s'agissait de voir grand, il
mais la leçon que donne l'échelle d'un tel ne convenait évidemment pas d'insérer quelques
. programme est valable plus que jamais au Maroc quartiers bâtards dans des médinas ceintes de
et doit toujours être méditée. remparts· X
A cette exigence primordiale s'ajoutaient
(1) N.D.L.R. - Rapport présenté par M. Ecochard, chef deux préoccupations. L'une était sociale : il eût
du service' de l'urbanisme au Maroc, au deuxlême congrès de
l'union internationale des architectes (septembre 1951).
Ce rapport, selon les indications qu'a bien voulu nous donner
été maladroit de compromettre, par les malen-
l\f. Ecochard, est un condensé de plusieurs articles et documents tendus mesquins de la vie quotidienne qui'
qui ont parus dans « l'architecture d'aujourd'hui ", no 35, seraient résultés de la cohabitation de deux
mai 19,51-
(2) cf. sur Fès, l'étude de M. G. Pallez. - « Les marchands populations aux mœurs si .différentes, la tâche
fassis ", dans bulletin économique et 80ciaZ du Maroc, vol. XIV.
no' 49 et 51, 1 er et ame trimestres 1951. • de longue haleine qu'il s'agissait d'entreprendre.
c-
C

(.<.~

RABAT-SALE. - Plon d'ensemble, d'aménagement et d'extension (en vert état actuel, en rouge praj
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 29

L'autre se situait sur le plan esthétique paysanat » qui doivent transformer à un rythme
les médinas d'alors, aérées par de nombreux rapide les méthodes insuffisamment productives ~
jardins, n'étaient pas encore atteintes de ce mal des Marocains, et surtout, grâce à la mise en
interne qu'a été, depuis, le surpeuplement, et œuvre, déjà commencée, d'un vaste programme
constituaient des ensembles séduisants qu'il d'irrigation qui porte sur environ 300.000 hecta-
paraissait souhaitable de maintenir dans leur res répartis entre le Maroc oriental (Triffa), le
intégrité. Tadla (Béni-Mellal) et la plaine atlantique (hin-
Outre Rabat et Casablanca, Prost devait terland de Safi et Mazagan). Maraîchage et
encore dresser les plans directeurs des villes plantations, œuvre presque exclusive de la colo-
nouvelles de Meknès, Fès, Marrakech, de Kénitra nisation française, exportent, en 1949, 50.000
devenu plus tard Port-Lyautey, ainsi que de tonnes de légumes frais, et 95.000 tonnes d'agru-
quelques autres villes de moindre importance, mes, contre 25.000 et 10.000, en 1938.
telles que Selrou, Taza, Settat, Ouezzane. Puis, Ainsi le Maroc tout entier, avec toutes ses
en 1923, il quittait le Maroc. richesses, s'intègre dans le circuit contemporain
Le service de l'urbanisme devient, dès lors, des échanges. Mais, dès maintenant, se posent
un organe administratif d'exécution, et il s'ap- aussi, par voie de conséquence, les problèmes
plique à poursuivre, avec un réel esprit de d'habitat, de circulation et d'équipement, dictés
continuité, la mise en œuvre des plans qui par cette économie, et conditionnés par un
venaient d'être élaborés. Toutefois, cette cons- mouvement démographique exceptionnel.
ciencieuse activité ne pouvait plus suffire à
l'ampleur des problèmes sociaux qui, peu à
L'EVOLUTION DEMOGRAPHIQUE.
peu, se nouaient à la périphérie des villes nou-
velles (3). En effet, .grâce à la sécurité, à la prospérité,
Aussi, un programme d'envergure fut mis à l'action de nos services médicaux, la popula-
sur pied, qui commençait à produire ses premiers tion musulmane a doublé ou presque, en 25 ans ;
effets en 1937, lorsque sa réalisation fut arrêtée elle est passée d'environ 5 millions d'habitants
par la guerre. En 1946, tout était à reprendre, à plus de 8 millions en 1950.
mais loin de demeurer stationnaire, la situation Dans les premières années du Protectorat,
s'était singulièrement aggravée et, comme on le la population urbaine représentait environ 1/10·
verra plus tard, elle s'aggravait de jour en jour. de la population totale, proportion comparable
à celle de la France au début du XVIII'me siècle.
En 1947, la population urbaine (5) - en y
PROBLEMES NOUVEAUX englobant tous les éléments ethniques, c'est-à-
L'ESSOR ECONOMIQUE 1940-1950 dire musulmans, européens, israélites - s'élève
(à 1.890.000 pour une population totale de
C'est en effet que le développement écono- Y8.225.000. La proportion de la population urbai-
mique du Maroc, déjà mis en branle, pendant ne par rapport à la population totale est donc
la guerre même par les nécessités de l'autarcie, de 23 % (6). On peut estimer qu'en 1950, elle
prend, à partir de 1946, un essor vigoureux. a atteint 25 %' C'est à peu près le taux de la
L'effort se porte dans tous res sens à la France de 1850, au début de l'industrialisation.
fois : industrie, mines, pêche, agriculture. )l[ La masse des immigrants est musulmane
En 1949, l'économie marocaine utilise une :lt d'origine rurale (7). L'afflux des européens
force motrice plus que double de celle de 1938. est sans doute proportionnellement plus brutal.
On compt~ 2.000 européens, en 1910, au Maroc,
La production minière passe de l'indice 100, 270.000 en 1947 ; mais les gros effectifs sont
en 1938, à 220, en 1949. marocains : de 1921 à 1947, la population
Cette activité, loin d'être limitative, est sans marocaine urbaine passe de 490.000 à 1.620.000
doute le prélude à des exploitations plus impor- âmes.
tantes encore, tant au sud de l'Atlas que sur les Cet accroissement de population urbaine,
confins algéro-marocains, le long de l'axe Oujda- qui a fait parcourir au Maroc, en trente ans, un
Colomb-Béchar. chemin que la France avait lentement monté
La pêche, déjà organisée à Casablanca, en un siècle et demi, comporte trois caractères
s'équipe puissamment à Agadir et Safi. En 1938, essentiels qu'il convient de souligner :
le Maroc pêche 30.000 tonnes de poisson ; il en . 1 ° La nouvelle population marocaine, qui
pêche en 1949, 93.000 tonnes, dont 75.000 sont s'agglomère dans les grandes villes de la côte,
livrées à la conserve (4). provient principalement du sud, d'où les séche-
L'agriculture pousse, elle aussi, sa produc~
.tion grâce aux « secteurs de modernisation du
(:i) Sont comlltées comme populations urbaines, celles d,'s
]ocnlités de plus <Je ii.OOU habitants.
«(1) Cf. .Jacques Breil. - « Quelques aspects ùe la situation
(3) cf. Il ce sujet le court article de P. Couzinet. - « L'ur- ,lémo!<raphiqlw au Maroc », dans bulletin économique et 80cial
hanisme et l'aménagement des villes au Maroc », dans bulletin du jJ[œ.. oc, vol. IX, no 35, octobre 1947, p. 133.
économique et 8ocial, vol. VII, no 26, juillet 1945, p. 26. (7) Cf. A. A<Jam. - « La prolétarisation de l'habitat dans
(4) Cf. J.-V. Gorr)-. - « Le Maroc maritime », dans bulletin l'ancienne médina de Casablanca », dan's bulletin économique et
.économique et 80cial du Maroc, vol. XIV, no 51, 3 me trimestre 80cial du Maroc, vol. XII, nO 45 et vol. XIII, nO 40, l'r et 2'm.
19;}1, p. 519. trimestres 1950.
f
30 BULLETIN ECO NOM 1 Q UE ET -SOCIAL DU MAROC

l'esses périodiques, autrefois exterminatrices, 2 En se portant sur le littoral atlantique,


0

chassent l'excédent de population. Le caractère ce mouvement de population modifie son ancien-


ethnique et social des anciennes villes s'en ne répartition ; le centre vital du Maroc passe
trouve donc transformé. La majorité des agglo- de l'intérieur à la côte.
mérations prolétariennes de la côte compte de
30 à 40 % de population, originaire du sud de 3 Ce mouvement affecte essentiellement
0

l'Atlas (8). Casablanca qui absorbe, en 1950, avec ses


650.000 habitants, le tiers de la population
urbaine du pays (8). Ces phénomènes de con-
centration sont extrêmement graves. Comment
(8) Cf. A. Adam, op. cit. tenter de résoudre les problèmes qu'ils posent ?

·FRANCE MAROC

1/4 CI)

111111111111 1950 Z
<{
1/10 o
("f)
111111111111 1920

1/4

1850

<Il
Z
<{
o
-
l.l)

URSAINE
1/10
RURALE

1700

Comparaison de l'accroisseml'nf démographique urbain au Maroc et, en France. En 30 ans,


le Maroc a subi une poussée démographique urbaine comparable à celle de la France, de
HOO Il 1850, soit en 150 ans. La population urbaine du Maroc représente actuelIement
le 1/4 de la population totale, rapport identique à celui constaté en France en 1850.
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 3t

~,~
PORT
RASA l LYAUTEy
SAL

IFEDA A ~,.
,~ FES 105.855 - 200.946
MAZAGAN~ MARRAKECH 99.4 15 - 238.237

/
~'~SET~ JI# CASABLANCA

- RABAT-SALE
82 500
58.000
-
-
551 .322
218.604
MEKNES 36765 - 159.801
S4FIÂ.
~MAZAGAN 21630 - 40.318
~I. - SAFI 20.240 - 50.845
_ MOGADOR 19085 - 28.620
OUJDA 18.150 - 88.658
OUEZZANE 16 000 - 23.000
. SEFROU 9070 - 17.500
TAZA 5000 - 28.457
BENI.MELLAL 5000 - 17.500
PORT·LYAUTEY 3 250 - 56.604
AGADIR 2.000 - 12.438
SETTAT 27:064
KHOURIBGA 26.000
_ FEDALA 15.813

- ': •
POPULATIONS URBAINES 1917 - 1947

LES PROBLEMES NOUVEAUX kms au nord-est (9). Simultanément pour équi-


POSES A L'URBANISME librer cette poussée gigantesque (Casablanca
absorbe 75 % de l'industrie du Maroc), il con-
Pouvait-on essayer de retenir, dans la venait d'étudier de larges secteurs industriels à
mesure du possible, les populations rurales sur Rabat-Salé, à Port-Lyautey, et aussi de prévoir,
leurs terres,. et favoriser le développement d'au- à un autre pôle du pays, à Agadir, une extension
tres villes, afin de parer aux dangers multiples urbaine. et portuaire importante.
d'une concentration humaine et industrielle en
Dans la conception de l'aménagement d'une
un point du territoire ?'
grande ville au sud, se confondent, d'ailleurs,
Il importait donc de repenser entièrement la recherche d'une déconcentration industrielle
le problème de l'urbanisme et d'étudier des et celle d'un équilibre démographique. En outre,
plans d'aménagement sur des bases qui peuvent les richesses du Sous, et celles, plus lointaines
se résumer ainsi ; et encore inexploitées du sous-sol de l'Atlas et
- équilibre démographique, des confins sahariens, ne sont-elles pas appelées
- déconcentration industrielle. à avoir leur débouché naturel à Agadir ?
Le service de l'urbanisme, réorganisé en En d'autres points du territoire, des sec-
1947, en tira quelques principes dire.cteurs, qui teurs industriels étaient adjoints à de petites
Dnt pris progressivement les dimensions d'un cités, appelées, en raison de leur position gêogra-
programme. phique, à un bel avenir : entre autres Petitjean,
Berkane, Béni-MellaL. On peut ainsi rapprocher
les industries de transformation des zones de
a) Problèmes industriels, y compris déconcen- production, et freiner l'émigration vers les
tration. grandes villes.
L'essor économique du littoral atlantique
obligeait à étudier désormais Casablanca comme
(fi) Cf. !\I. Lamldl'Y. - « Féllala », dans l)/lllctin économique
un ensemble s'étendant jusqu'à Fédala,. il 20 et social du }'laroc, vol. XIV, nO 48, 4'me trimestre 1!l50, li. :!7.
(!"R"-FPr7,,/,, - Etat actuel

• 1
1

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Haut. - AGADIR. - Une partie du secteur d'habitat de type Marocain du quartier industriel (Réalis
Milieu. - CASABLANCA. - Une partie du quartier d'habitat de type Marocain des Carrières Centrales (
Bas. - CASABLANCA. - Quartier d'habitat de type Marocain à Sidi Othman (Réalisation : Entreprise
,. . ,'.' ,
~ULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 33

b) Les secteurs d' habitat marocain. nicaUon, les espaces verts, les voies secondaires
Les villes nouvelles avaient été conçues très et les bâtiments publics, création d'une trame
largement par Prost ; elles étaient prêtes à sanitaire (voiries, eau, égouts). Sur cette trame'
recevoir aisément l'immigration européenne ou, sanitaire, installation soit de bâtiments en dur,
plus exactement, les constructions que les nou- aux frais des particuliers, soit même de cons-
veaux venus allaient y édifier ; à peine était-il tructions provisoires (nouallas ou baraques),
nécessaire de prévoir, ça et là, quelque quartier réalisées par les habitants.
·complémentaire, dans le seul but de, freiner la L'élément de hase de cette trame sanitaire
spéculation. est la cellule d'habitat minimum fixée, après
La situation était tout autre" à l'égard de enquête et divers essais, à 8 m. X 8 m., et
·ces masses marocaines qui, après avoir surpeUl- comportant deux pièces habitables, orientées
plé les médinas anciennes, viennent s'installer. obligatoirement au' sud et à l'est, un W.C., une
d'une manière précaire à la périphérie des villes cuisine, le tout autour d'une cour. Toutefois,
nouvelles Cl 0). toute combinaison, multiple de 8, peut être
adoptée pour avoir une habitation plus grande.
Il était donc nécessaire de concevoir le type
de cité et le type d'habitat qui pourraient con- La juxtaposition de ces cellules a été com-
venir à cette population, et correspondre à Un binée à la manière des alvéoles d'une ruche, afin
objectif réalisable financièrement. Dans cet effort d'utiliser le maximum de murs communs, et de
de recherche, le service de l'urbanisme a. pu diminuer les surfaces de voirie, tout en aug-
bénéficier de sérieuses études sociales déjà entre- mentant les espaces verts.
prises, et surtout de l'expérience, acquise dans Tout en sauvegardant, dans ces cellules et
ce milieu marocain, par les officiers et contrô- leur juxtaposition, la forme traditionneVe d'ha-
leurs civils, les médecins, les assistantes sociales, bitat sur une cour fermée, leur composition
les moniteurs de la jeunesse, dont le dévouement d'ensemble s'est appliquée à suivre les principes
est l'honneur de l'administration marocaine. dictés par la charte d'Athènes. Ainsi, les cités
Qu'on imagine bien ce fellah des plaines satellites sont étudiées pour 30 à 40.000 habi-
atlantiques, du Sous ou de l'Anti-Atlas. En tants au maximum, les unités de voisinage sont
venant à la ville, il a rompu avec la vie tribale de 7 à 9.000 habitants. Des zones vertes traver-
qui était le support même de sa vie personnelle. sent l'ensemble de ces unités de voisinage, et
Faisant un bond dans le temps bien plus encore permettent aux enfants de se rendre à l'école
que dans l'espace, il affronte désormais un sans traverser de voies à circulation mécanique.
monde nouveau. Après la vie collective, il connaît Les études de cette trame ont été faites sur
l'isolement moral dans .l'entassement et la' pro- la base d'un logement minimum, et, d'autre
miscuité (10). part, le respect des traditions,' lié à l'économie,
Rechercher la structure sociale optimum nous a conduits à ne prévoir qu'un habitat, en
de la cité ouvrière qu'il s'agit de réaliser immé- rez-de-chaussée. Toutefois, le large maillage des
diatement, ainsi que le type d'habitat qui sera grandes voies de circulation, et la disposition
la base de cette cité, - les deux notions sont des bâtiments publics permettront, lors de l'élé-
indissolublement liées - tel a été l'objet des vation progressive du standard de vie des habi-
préoccupations essentielles du service de l'urba- tants, de passer facilement à l'immeuble orienté,
nisme. II ne s'agissait pas de trouver une solu- puisqu'alors on ne sera pas tenu par la servitude
tion théoriquement séduisante, mais bien une de multiples voies existantes. Il faut aussi faire
solution financièrement réalisable : c'est pour- remarquer que la densité aétuelle de cette ruche,
quoi, en matière d'habitat, il a fallu, de toute qui est de 350 habitants à l'hectare, est la même
nécessité, se contraindre momentanément à que celle d'un quartier d'immeubles espacés dr:
« viser bas ». Du moins, dans la conception de 4 étages.
la cité elle-même, a-t-on, bien au contraire,
« visé haut ». c) Les centres ruraux.
Nos cités satellites ont été conçues sur les
principes de la charte d'Athènes et pour une Mais il ne suffit pas de créer les cités-·
vie sociale pleinement développée. Bien plus, satellites de demain. Le mouvement d'urbani-
dans le cadre donné, le type d'habitat devra se sation se fait 'partout sentir à travers le pays.
transformer et s'adapter à l'évolution du stan- Autour du souk, autrefois cité éphémère de
dard de vie qui ne manquera pas de s'élever toile, di'essée pour un jour en rase carùpagne,
très rapidement (11). Ceci nous dictait le pro- aux abords du bureau des affaires indigènes ou
gramme suivant qui a été appliqué à l'étude du contrôle civil, pàrfois même à côté de
des quartiers nouveaux. quelque cantine, voici que des embry6ns de
Sur l'infrastructure des quartiers futurs, bourgs ruraux se forment et grandissent. Là
où sont réservées les grandes voies de commu- encore, il convient de ne pas perdre de vue la
recherche d'un équilibre démographique. L'amé-
(10) Cf. A. Adam, op. cit. et Lami<ley, op. cit. nagement de ces bourgs, qui vont changer, en
(11) Cf. R. Manneville et J. Mathieu. - « Budgets de bien des endroits, le visage de la campasne
prolétaires musulmans vivant à Casablanca », dans bulletin
.économique et social du Maroc, vol. XII, n" 44, janvier 1950. marocaine, est conçu de manière à permettre
34 ,BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC.

aux populations rurales d'y trouver les ressour- missions régionales d'urbanisme » qui ont été
ces et commodités nécessaires et de les dégager créées spécialement à cette occasion.
ainsi de l'emprise des villes. 4" Dès que l'accord est obtenu sur cet avant_
D'autres sont à l'étude et, malheureusement, projet, le service de l'urbanisme met au point
il n'a pas été possible de faire face à tous les une série de plans partiels d'aménagement, à
besoins. Dans cette tâche, le service de l'urba- l'échelle du 2.000°, qui portent sur les différents
nisme est grandement soutenu et guidé pat les secteurs de la ville et qui, successivement, sont
contrôleurs civils et officiers d'affaires indigènes, mis à l'enquète auprès du public, comme il est
qui prennent à cœur l'avenir de ces aggloméra- réglementairement pr,évu. Au retour de l'enquè_
tions, dont ils ont la charge et dont ils pressen- te, et après nouvelle rectification s'il y fi lieu;
tent le rôle futur. ces projets sont soumis à la signature de
S. M. le Sultan ; ils prennent alors forme de
d) Problèmes de liaison; « dahirs » ; on sait que le dahir chérifien
correspond à la loi métropolitaine.
Est-il besoin d'ajouter que le développement
C'est ainsi, par exemple, que IJour Meknès,
industriel et agricole, l'accroissement de la popu-
où les travaux d'urbanisme ont pu progresser
lation et l'élévation de son standing, multiplient
méthodiquement, sept dahirs (lois) sont homo-
les échanges intérieurs, et par conséquent le logués, ou en cours d'homologation. De mê1ne,
trafic. On connaît le remarquable réseau routier
Agadir a fait l'objet de 10 plans distincts, donc
que le Maroc doit à la continuité de vue et de 10 dahirs. Tous ces documents, liés par
d'action ct à la valeur technique de la direction
l'idée générale de l'esquisse, seront ensuite ras-
des travaux publics. ~ais, aux abords des villes,
semblés en un plan unique, qui constituera le
des prqblèmes nouveaux de circul~tion et .de plan définitif de la ville.
connexion se posent qui ontamene le serVIce
d'urbanisme, en collaboration étroite avec les 5" A l'intérieur des plans d'aménagement,
travaux publics, à étudier d'importants projets le service de l'urbanisme procède à des études.
d'autoroutes (12). qui ont l'avantage, soit d'en mieux marquer
l'esprit, soit d'en faciliter la réalisation. Il s'agit.
notamment, des espaces verts et des terrains de
METHODES DE TRAVAIL sport (à ce jour, il a été· étudié, en liaison avec
le service de la jeunesse et des sports plus de
Quelles sont les méthodes de travail du 20 stades). Le. service met au point, avec les
service de l'urbanisme ? propiétaires, les projets de lotissements. Il est
Contrairement à ce qui se fait en France, fréquent en outre, que, pour seconder les mu-
tous les plans d'aménagement sont ici d.irecte- nicipalités, le service étudie les profils des voies.
ment et entièrement établis par le service. Ceci
a l'avantage de créer une unité de doctrine (
facilite grandement les réalisations. LEGISLATION
L'élaboratio~ d'un plan suit les phases L'urbanisme au Maroc ne serait certaine_
suivantes : ment pas ce qu'il est, si, dès l'origine, il n'avait
1" Chaque projet est précédé d'une étude été en possession d'un instrument législatif de
démographique, s()ciale et économique, plus ou premier ordre, le dahir du 16 avril 1914. Ce texte
moins approfondie selon les cas, dont l'objet est fut très en avance. sur son époque ; il était
de poser clairement, en chiffres, les problèmes nécessaire cependant de l'harmoniser avec les
à résoudre. tendances, aujourd'hui universellement admises,
de l'urbanisme,moderne et de renforcer certains.
2 ° Dès que cette étude est terminée, une de ses pouvoirs, comme la loi française de 1943
esquisse rapide est' dressée et, là où le fon~s lui en donnait l'exemple, ainsi que le « Town
'de plan est insuffisant, il est établi un levé
and Country Act» de 1947, et la plus récente
topographique au 2.000" des zones qui ont été
loi anglaise de 1948.
délimitées par l'esquisse.
Les modifications qu'apportera ce texte"
an L'esquisse est complétée et elle est pro- actuellement soumis à l'homologation, portent
posée à l'~xamen et à la discussion des pouvoirs
notamment sur :
publics, des administrations, des assemblées'
représentatives de l'opinion (généralement les 1" l'élargissement du champ d'application
commissions municipales et les chambres de de la législation d'urbanisme ;
commerce), dont l'intér~t pour les problèmes 2° la prise de mesures de sauvegarde à
d'urbanisme ne s'est jamais démenti. D'autres appliquer pendant l'étude d'un projet ;
fois, là où les plans débordent les limites d'une 3" la définition d'une gamme plus ~arge de
seule ville, c'est-à-dire à Casablanca et à Rabat- zones ou de servitudes permettant l'ap-
Salé, les projets ont été présentés à des « com-' plication des principes de l'urbanisme
et de l'hygiène modernes (ex. : libération
(1:!) Cf. : « Projet d'autaroute ù peage entre Casablanca
de la tyrannie des alignements).
et Rnbat », dans bulletin économique et social du llIal'oc, vol.
XIV, nn ,)0, :!,me trimestre 1!l51, p. 466. Si ce texte est un honnête instrument au
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU. MAROC 35

service des administrateurs qui ont la lourde rythme régulier du développement de l'indus-
responsabilité de la naissance et de la croissance trie, c'est-à-dire en plus d'un siècle, s'accélère,
des agglomérations du Maroc, il présente encore au contraire, avec une rapidité imprévisible
bien des lacunes, en particulier en ce qui con- dans les divers points du monde qui s'ouvrent
cerne les problèmes fonciers d'utilisation ration- depuis peu au machinisme : telles que certaines
nelle du sol. Malheureusement, l'opinion n'est régions de l'Inde, de la Chine, de l'Afrique du
pas encore mûre pour être convaincue du péril Sud et de l'Amérique du Sud. Là se posent de
que représenterait pour les cités, les désordres graves problèmes d'adaptation sociale et d'ha-
de la propriété immobilière. bitat.
* . C'est pourquoi dans ce domaine, la confron-
'** tation des idées et les diverses études ou réali-
Je viens de passer en revue les différen~s sations des autres pays, pour l'habitat du plus
problèmes qui se posent à l'urbanisme au MarQc grand nombre, peuvent avoir, pour chacun de
et les solutions que nous essayons d'appliquer. nous, une si grande importance. Je pense que
le congrès peut être un des instruments de cette
La plupart de ces problèmes sont issus de diffusion.
la concentration' nouvelle urbaine causée par
l'industrialisation. Ce fait n'est pas particulier Septembre 1951.
au Maroc ; il s'est déclenché dans le monde avec
plus ou moins de rapidité ou d'étendue ; les
MICIŒL ECOCHARD,
mêmes causes produisant toujours les mêmes
effets. .4 rchitecie diplômé par le Gouvernement.
Cette concentration urbaine, qui s'est effec- Chef du service de l'urbanisme
tuée en Europe et en Amérique du Nord, au et de l'architecture au Maroc.
36 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

L'ADDUCTION D'EAU DU FOUARAT


ET SON RENFORCEMENT

L'adduction du Fouarat alimente en eau longueur de 7 lun., entre Ras el Aïn et Mechra
potable les villes et les centres situés sur le el Kettane. Six sections, de 25 à :W puits
littoral Atlantique du Maroc, de Port-Lyautey à chacune, établis sur les grés et sables de la Ma-
Casablanca: Elle a été mise en service en 1932 ; mora, communiquent entre eux par des drains,
elle est gérée, depuis cette date, par la régie et déversent, par un tuyau collecteur, les eaux
des exploitations industrielles du Protectorat captées dans une chambre de dl'part.
(R.EJ.P.).
La population globale de l'ensemble alimen-
t(~ s'élevait, alors, à 350.000 personnes environ,
et la fourniture journalière d'eau, à 8.000 m3,
soit, environ, 23 litres par jours et par habitant.
Cette fourniture était, à cette époque, largement
suffisante, puisque, même en été sec, aucun
système de coupure n'était pratiqué dans les
centres alimentés.
En 1950, pour une population globale de
1.00n.000 de personnes environ, l'adduction
fournissait 65.000 m3 d'eau par jour, soit 65
litres par j our et par habitant, au prix de restric-
tions extrêmement sévères. Cette insuffisance
était due surtout aux causes suivantes, classées
par ordre d'importance
industrialisation de la région Fédala-
Casablanca ;
arrosages abondants des jardins ;
augment;ltion du pourcentage de la po-
pulation européenne· ;
augmentation de la population marocai-
ne et de ses besoins. Cette chambre est l'origine de la cana lis:t_
tion maîtresse, qui, à cet endl'oit, est COll1l)()S~e
de tuyaux en ciment armé de SOO et noo mil! i-
I. - SCHEMA DE L'ADDUCTION mètres de diamètre. Lc cube j ourna 1ier fou l'ni
par ces captages est compris entre 5.GOO et s.nOO
On trouvera ci-joint le schéma de l'adduc- mètres cubes, et s'écoule dans la canalisalion
tion du Fouarat qui a alimenté les centres du par gravité.
littmal pendant une vingtaine d'années, ainsi
<lue l'extrait de carte qui donne son tracé. Cette 2" A ïn Khadra.
adduction est essentiellement constituée par huit
zones de production d'eau, alimentant une cana- Entre la chambre de départ de Mechra el
lisation maîtresse, de 140 kilomètres de long, Kettane et l'Aïn Khadra, une galerie de captage
distribuant l'eau aux centres situés dans le voi- de 6 kilomètres de longueur, établie sur les grés
sinage de son tracé. Un certain nombre d'usines à 10 mètres de profondeur moyenne, collecte les
de refoulement assure la mise en charge et le eaux de la vallée et les conduit à la bache de
mouvement de l'eau dans les conduites. pompage d'une usine de refoulement qui les
élève dans la conduite maîtresse. Les pompages
s'efi'ectuent, automatiquement, au moyen de
II. - ZONES DE PRODUCTION D'EAU deux groupes électropompes, de 200 litres secon_
Les zones de production d'eau, indiquées de de débit unitaire. Le cube d'eau journellcment
sur l'extrait de carte sont les suivantes. fourni est compris entre 6.000 et 8.000 ma. A
partir d'Aïn Khadra et jusqu'à la chambre du
1 0
111 cchra cl [(ettane. kilomètre 14 (jonction avec les eaux provenant
d'Aïn Sebaa), la conduite maîtresse est consti-
Les sources de l'Oued Fouarat, dans la tuée par des tuyaux en héton armé centrifugé
forêt de la Mumora, ont été captées sur une de 1.000 millimètres de diamètre intérieur.
SOC IAL DU MAR OC 37
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SCHE:.MA DE:. L.~DDUCTioN D'EAU DU FO

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BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 39

Une canalisation secondaire, de 1. 000 miil i-


mètres de diamètre intérieur, reprend les eaux
rassemblées dans la chambre de dessablage, el
les amène, par gravité, dans la bache de POlll-
page de l'usine de refoulement d'Aïn Sehaa du
Fouarat.

4" Aïn Sebaa du FOlwmt.


Cette zone fournit des eaux de trois natures
difl'érentes, rassemblées dans la hache de pom-
page de l'usine de refoulement :
a) Les eaux provenant de la zone de Aïn
el Arris, citée précédemment.
h) Les eaux de deux forages profonds (sys-
.-1 ïn K had1'H - UHÎIlP (h' l"l'î'Otlll'lllt'llt
tème Layne), équipés, chacun, d'un
groupe électropompe à axe vertical. La
production globale de ces deux forages
3° .4ïn cl Arris. est d'environ 5.000 mètres cubes par
jour.
Cette zone comprend des captage's de deux c) Les eaux captées par un réseau de gale-
natures : ries souterraines, établies dans les grés
a) Captages profonds. Deux galeries sou- ,aquifères il la cote -5,00. Le dévelop-
terraines, totalisant ensemble 1.700 m. pement total de ce réseau est d'environ
de longueur, aablies à la cote 0, rassem- 1.200 m. Un puits', situé il proximité de
blent les eaux dans le puits Pouchol, l'usine de refoulement,' collecte les eaux
d'où un premier pompage les envoie de ce réseau qui sont refoulées dans la
dans une chambre de dessablage. Ce bache de pompage de l'usine de relève-
pompage est assuré par deux groupes ment par deux groupes éleetropompes
éleetropompes verticaux de 300 litres verticaux d'un débit unitaire de 150
seconde de débit unitaire. La production litres seconde. La production moyenne
moyenne de ces captages est de" 14.000 de ce réseau de galeries est compris
à 15.000 mètres cubes par jour. entre 11.000 et 16.000 mètres cubes par
bi Prise en riviére Sl/r ['ol/ed FOl/arat. Les jour.
eaux de l'oued sont· traitées au sulfate La station oe pompage d'Aïn Sebaa du
d'alumine, décantées dans un bassin de Fouarat, équipée de 5 groupes lqectropompes
1.nOO mètres cubes de capacité, et filtrées horizontaux de 125 litres-seconde de débit uni-
sur les bassins filtrants de 200 mètres taire, assure le reli'vement de toutes les eaux
carrés de surface. Après une sérieuse arrivant dans la hache. Elle les refoule dans la
javelisation, elles sont admises, par gra- canalisation maîtresse par une conduite en acier
vité, dans la chambre de dessablage de HOO millimètres de diamctre et 2.200 mètres
mentionnée précédemment. La produc- de long, ahoutissant à la chambre de jonction
tion moyenne dépend étroitement de la du kilomètre 14. A partir de cette chamhre de
pluviométrie, et varie entre 2.000 et jonction la canalisation maîtresse passe du dia-
5.000 mètres cubes par jour. mètre de ] .1l00 millimètres, . à celui de 1.500
millimètres.

Aïn El Ar1"Ïs - Bassin dt' décantation A'ïn Sebou du Pouarat - UHine de refot11f'Il1Put
40 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

50 Sidi Taïbi. L'eau brute, prélevée dans la retenue par


une tour de prise, est refoulée par une shltion
Une série de quatre puits, situés le long de
située au pied du barrage. Cette station est
la route de Rabat à Port-Lyautey, capte, dans
équipée de quatre groupes électropompes hori-
les grés souterrains, les eaux provenant de la
zontaux, deux de 200 litres-seconde de débit
forêt de la Mamora. Chacun de ces puits est
unitaire, et deux de 100 litres-seconde.
équipé d'un groupe électropompe vertical qui
refoule les eaux captées dans une bache d'aspi- La conduite de refoulement en fonte a Un
ration située à c<Îté de l'usine de relèvement. La diamètre de 600 m/m. et une longueur de l.~OO
production moyenne de l'ensemble des quatre m. Elle aboutit à une station d'épuration située
puits est comprise entre 12.000 et 15.000 mètres sur le plateau dominant la vallée. L'eau, traitée
cubes par jour. au sulfate d'alumine, est décantée, filtrée, traitée
au chlore gazeux ; l'excès de chlore est éliminé
L'ensemble de cette production est refoulé
par un passage sur du charhon actif et par
par la station, équipée de trois groupes électro-
traitement au sulfate d'ammoniaque. La surface
pompes horizontaux. La canalisation est consti-
totale des filtres est de 392 m2 .
.\ tUl~e par 4.400 mètres de tuyaux de fonte de 600
millimètres de diamètre intérieur. Elle aboutit, Une conduite de 17.481 mètres de long et
dans la forêt de la Mamora, à une chambre de de 400 et 500 millimètres de diamètre, ami'ne
jonction située sur la canalisation maîtresse. celle eau, par gravité, dans l'ouvrage de jonction
avec les conduites maîtresses du Fouarat.
La production, qui peut théoriquement
varier de 0 à 32.000 m3 par jour, oscille prati-
quement entre 4.000 et 1G.GOG m:~ par jour ; la
salure des eaux, servies à Casablanca, dépend
en effet étroitement du cube d'eau fourni par
l'adduction du barrage.

8" Aïn Dissn et sources de l'Oucd .llellah.


Ces ouvrages de captages app:lrLienncnt à
la municipalité de Casablanca qui les cxploite.
La R.E.I.P. ne htit qu'assurer le transport de
ces eaux dans la canalisation maîtresse du Fou:l_
l'al. L'apport moyen journalier de ces sources
est compris entre 6.000 et 7.000 llIl'tres cubes.

Sirli 7. 1aHJi - U:-.iine de l'pfoulement


III. - CONDUITE MAITRESSE
La conduite maitresse, colledant les eaux
de ces différentes zones de captage, a Une
longueur d'environ 140 kilomdres ; elle est
()" il ïn Barka. entiôrelllent à réglage par l'amont, avec bris e _
charges intermédiaires, permettant ainsi l'uti! i-
Près de Sidi Bouknadel, une serre de 36 sation de tuyaux à faible pression de serviee.
puits capte les eaux de la cuvette d'Aïn Barka.
, L'eau, ainsi captée, peut être amenée, par gra- La partie de cette canalisation, située nu
vité, dans la canalisation maîtresse du Fouarat nord de Rabat, est communément appelée
« réseau nord », alors que la partie, située entre
au moyen d'une conduite secondaire en ciment
armé de 400 millimètres de diamètre. Le débit Rabat et Casablanca, est appelée « réseau sud ».
est alors de 1.000 mètres cubes par jour. En été, Jusqu'à la chambre de jonction du kilolll l'_
par suite de la baisse saisonnière de la nappe, tre 14, le réseau nord est constituée de sections
l'eau doit être pompée par des groupes moto- de canalisation de 800 m/m, 900 m/m et 1.000
pompes horizontaux. m/m. Il ne prend son diamètre définitif de 1.500
m/m qu'à partir .de cette chamhre. Aprl's avoir
7" Barrage de l'Oued Mellah. collecté, au passage, les eaux de Sidi Taïbi et
d'Aïn Barka, et après avoir alimenté les centres
Cette adduction, exécutée rapidement en de Port-Lyautey, Sidi-Bouknadel et Salé, la Con_
] 946, amène, dans la canalisation maîtresse du duite maîtresse aboutit à l'ouvrage de tête du
Fouarat, les eaux de la retenue du barrage de siphon de l'oued Bou Regreg. Ce siphon était
l'Oued Mellah. Le cube journalier maximum constitué, jusqu'à présent, par une file de tuyaux
qu'elle peut théoriquement fournir est de 35.000 de fonte de 900 millimètres de diamètre et avait
mètres cubes. Cette limitation est dûe à la 4.400 mètres de long. II traverse le fleuve SUr
médiocre qualité de ces eaux d'une part, et au une passerelle en béton armé de lRO ml'tres de
fait que le barrage a surtout été construit à des long, et arrive au réservoir d'expansion de
fins d'irrigation. l'usine de relèvement du quartier de l'aviation
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC -Il

de Rabat. Tous les ouvrages étaient prévus pour IV. ~ QUALITE DES EAUX
permettre le doublement de la capacité de trans-
port, par la mise en place d'une seconde file de La qualité des eaux fournies par les six
tuyaux, identiques il ceux qui existaient. L'en- premiers groupes de captages est satisfaisante,
semble définitif devait donc être constitué par tant au point de vue minéralisation (90 IUmgr.
deux files de tuyaux de HOll m/m de diamètre. de chlorure au litre), que du point de vue bacté-
riologique. A ce dernier point de vue, ce sont
toujours des eaux profondes sauf pour la prise
en rivière de l'Oued Fouarat, qui n'est utilisée
qu'en appoint et avec toutes les précautions
nécessaires.
Les deux derniers groupes (barrage de l'oued
Mellah et sources l'Oued Mellah) fournissent
des eaux de moins bonne qualité. Si, du point
de vue bactériologique, une stérilisation sérieuse
suffit il les rendre parfaitement consomnwbles,
leur salure (entre 600 et 1.400 mmgr. pour les
eaux du harrage de l'Oued Mellah) oblige il
rl'aliser un mélange suffisamment adouci par les
eaux d'amont du réseau sud. En pratique, le
mélange est réalisé de façon que l'eau servie il
Casahl anea ne dépasse pas une teneur en chlo-
rure de 500 mmgr. au litre.
Le contrù!e bactériologique de l'ensemble de
l'adduction ct des captages est assurl~ par le
service de la santé et de l'hygiL'ne publique. La
stérilisation des eaux est effectuée à plusieurs
échelons, de façon à maintenir un léger POUVOil'
bactéricide permettant de lutter efficacement
L'usine du quartier de l'aviation de Rabat contre les souillures possibles du réseau. C'est
est i~quipée d'une double série de groupes élec- ainsi qu'une première j avelisation est pratiquée
tropompes horizontaux : il la chambre de Mechra el Ketfane, à la station
a) Deux groupes de 120 litres-seconde de de pompage d'Aïn Khadra, aux usines de refou-
débit unitaire, refoulent l'cau, aspirée lement d'Aïn Sebaa et de Sidi Taïbi. Une dellXiè-
dans le siphon, dans le réservoir de me stérilisation est exécutée il l'usine du quartier
Ri'boula de la ville de Rabat, par une de l'aviation de Rabat. Enfin, outre la stérilisa-
caI1alisation de 500 m/m de diaml'tre. tion effectuée à la station d'épuration des eaux
b) l'ne deuxil~I11e série de groupes (deux de du barrage de j'Oued Mellah, une nouvelle sü;ri-
2-1-0 litres-seconde, un groupe de 450 lisation est pratiquée à l'arrivée à Casablanca.
litres-seconde, et un groupe de 500 litres-
seconde) refou.lent l'eau, aspirée dans le V. ~ DIFFICULTES TECHNIQUES
siphon, dans le réservoir de la cote 90,50
du quartier de l'aviation. Le réseau de La canalisation llutîlresse fonctionnant en
refoulement est constitué par deux cana- conduite à réglage par l'amont, son exploitation
lisations couplées en parallèle, l'une en l'ose des problèmes très délicats d'harmonisation
bi·ton armé de 900 m/m de diamètre, et des pompages, d'une part avec. les quantit{.s
l'autre de fonte de 600 m/m de diamètre. d'eau circulant dans le réseau, d'autre part avec
La hauteur d'élévation des eaux est la demande des différentes villes. La plupart de
d'environ 45 mdres. La protection de ces villes ne possédant pas de réservoir de sto-
l'usine contre les suppressions dues aux ckage, l'appel d'eau, variable suivant l'heure de
coups de bélier, est assurée par un la journée, introduit des perturbations tri's
r('servoir d'expansion du côt(~ siphon et gênantes pour une exploitation rationnclle. Il
par deux cloehes à air comprimé du faut enfin noter que cette gène devient d'autant
ct>té du refoulement. plus aigüe que le réseau déhite un cuhe d'eau
Le réservoir de la cote 90,50 du quartier de plus voisin de son débit maximum.
l'aviallon, de 14.000 ml'tres eubes, assure la Suivant le cube d'eau fourni par le système,
mise en charge de l'eau dans le réseau sud. Ce le pourcentage de remplissage de la conduite
réseau est constitué par des tuyaux en béton maîtresse peut varier de :lO il 100 %' Or, le
arm{' de 1.200 m/m. de diamètre ; il est coupé volume total de la canalisation est de 167.000
de 12 brise-charges, dont l'avant dernier, avant ma ; les variations de remplissage peuvent done
Casablanca, sert de poste de j avélisation. Au porter sur un volume de 100.000 ma, représen-
passage, ce réseau alimente les centres de tant une fois et demie la capacité de production
'fémara, Skrirat, Bouznika, Fédala, Aïn Sehaa des captages. Ces quelques chiffres explüruent
et Casablanca. la lenteur avec laquelle certaines variations de
~ BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

régime peuvent se répercuter d'un bout à l'autre TABLEAU DE L'AUGMENTATION


de la canalisation maîtresse. ANNUELLE DES CUBES D'EAU DISTRIBUES
PAR LA CONDUITE DU FOUARAT
VI. - AUGMENTATION
CROISSANTE DES BESOINS - PROJETS
D'ACCROISSEMENT DE LA PRODUCTION - 1933 2.800.000
REALISATION EN COURS 1934 5.446.000
1935 6.041.329
Cet ensemble d'ouvrages n'a pas été réalisé 1936 5.451.766
1937 6.516.786
en une seule opération; son état, en 1950 résul- 1938 7.733.399
tait d'une adaptation des ressources aux besoins 1939 8.419.960
des villes. C'est ainsi que les premiers captages 1940 10.094.557
de 1931 (Mechra-EI-Kettane, Aïn-Khadra, Aïn- 1941 10.884.752
1942 12.559.008
EI-Arris) ont été progressivement renforcés par 1943 15.581.382
les galeries d'Aïn Sebaa du Fouarat (1945), les 1944 17.426.335
captages d'Aïn Barka (1945), les eaux du barrage 1945 17.144.716
de l'Oued Mellah (1946), les captages de Sidi 1946 17.886.131
1947 20.774.163
Taïbi (1948) .. 1948 23.105.159
Malgré l'augmentation correspondante des 1949 24.872.000
, 1950 22.tj35.074
cubes d'eau distribués, la demaRde, depuis 1943,
a toujours dépassé l'offre.

CUBES D'EAU ,
DIS !lllBUES ANNUELLEMENT
PAR lA CONDUITE DU fOUARAT

24

.11 22

20

16

14

12

10

1933 36 39 44 47 1950.
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 43

Cette pénurie a poussé l'administration, Le projet prévoit l'exécution de () puits, de


d'une part. à faire appel à de nouvelles adduc- 4 m. 50 de diamètre et de 25 m. environ de
tions (amenl'e des eaux de l'Oum-er-Rébia) (1), profondeur. Le débit de chaque puits est renfor-
d'üutre part, à renforcer le plus possible l'adduc- cé par un forage de 400 m/m. de diamètre el
tion du Fouarat. Ce programme est prévu pour de 60 m. de profondeur, exécuté dans le fonds
supprimer, à partir de H152, et pour une dizaine du puits ou dans une galerie débouchant dans
d':l11nées au moins, toute restriction pour les le puits. Chaque puits est équipé de trois groupes
centres du littoral. Il vise à porter, progressive- électropompes de 50 litres-seconde de débit uni-
ment, le débit de l'adduction du Fouarat de taire, refoulant les eaux dans une canalisation
65.000 à 105.000 mètres cubes jour, et à amener de 400 m/Ill. de diamètre. L'exploitation normale
à Casablanca une première tranche des eaux de de chaque ouvrage doit être assurée pm' le fonc-
l'Oulll-er-Rébia, soit RG.OOO m:~ par jour. L'en- tionnement de deux groupes, le troisième étant
semble des villes du littoral disposerait donc en réserve. L'exploitation de l'ensemble sera
de 1!l1.000 m:l par jour, soit trois fois plus qu'en assurée par le fonctionnement de 5 ouvrages, le
1\);)0. sixième étant en réserve.
Les ouvrages sont répartis en deux zones ;
LE PROJET DE RENFORCEMENT DE L'AD- ceux de la zone située au nord de la voie ferrée,
DUCTION DU FOUARAT. alimentant une première chambre de mise en
charge constituant l'origine de la conduite d'ad-
Le renforcement de l'adduction du Fouarat duction de Si-Ahmed-Thaleb ; ceux de la zone
résulte d'études préconisées par la direction des située au sud de la voie ferrée, alimentant un
travaux publics dans la zone de Si-Ahmed- ouvrage intermédiaire faisant également office
Tha/eb, à quelques kilomètres au nord de de cheminée d'équilibre.
pod-Lvautev. Les reconnaissances et travaux La conduite d'adduction est constituée par
prl'liminaire:'i, exécutés sur le terrain par la R,5 kilol1ldres de canalisation en béton arml'
R.E.I.P. avec le concours du centre d'études centrifugé de ~lOO lll/lll. de diamètre, elle amène,
hydrogéologiques, ont indiqué la présence d'une par gravité, les eaux de Si-Ahmed-Thaleb à la
très puissante nappe d'eau de très bonne qualité, station de pompage d'Aïn Sebaa du Fouarat.
constituée par des grl's, coupés de passées de
Moyennant un remaniement, dont il sera
sahles souvent éboulants.
parlé plus loin, cette station refoulera ces nou-
velles eaux, en même temps que les eaUx des
captages, actuellement en service, dans la con-
duite lllaitresse du Fouarat qui les distribuera
aux difTl'rents centres situés sur son parcours
jusqu'à Casablanca. Compte tenu des conditions
d'exploitation fixées, c'est un débit journaliel'
supplémentaire de 45.000 mètres cubes que la
conduite maîtresse du Fouarat devra transpor-
ter. Ce fait impose un certain nombre d'am("-
nagements dont les principaux sont exposés
eî-après.
La station actuelle d'Aïn Sebaa du Fouarat
a une capacité maxima de refoulement de 5:1.000
1Il:1 par jour environ ; elle cn refoule, actuel-
lement, :~2 il 40.000. Elle ne pouvait donc sup-
porter la surcharge supplémentaire des 42.000
111:1 par jour de Si-Ahmed-Thaleb.
Mais, avant la découverte de ces derni('res
caux, le renouvellement de celte station, qui
dale de Hl:n, avait été prévu sous la forme d'un
doublement par une station, constituée de a
électropompes verticaux de 300 litres-seconde,
refoulant les caux, directement du fond des gale-
ries, il la chambre de jonction du km. 14, et de
deux groupes électropolllpes verticaux de 150
litres-seconde, permcttant également de faire
fonctionner l'ancienne slation. Au prix d'une
perte de ch:irge de R mdres sur les eaux prove-
nant de l'Aïn el Arris, toutes les eaux, provenant
des captages :letuels r:Hî.OOO m:~ par jour) peu-
vent êtrc refoull'es par cette nouvelle usine,
d'une puissance totale de 7fi.OOO lll:~ par jour.
L'ancienne usine devenait donc disponible pOUl'
(1) );Oll~ lU' tl'aitpl'tlns Ims (lt' ('pt-II' qUI'HtiOIl (lall~ Il' (':1111'1' refouler les eaux de Si-Ahllled-Thaieb arrivant
d(~ ~·pt l'Xpo:'t! Illliljl1l'lUPut ('oll~Hu'rért
l'tull1ud:ion tl'pan du FOllll-
dans sa bâche d'aspiration.
rat.
44 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

La perte de charge de 8 mètres sur les eaux


d'Aïn el Arris n'est d'ailleurs que provisoire. En
effet, si l'on néglige les eaux de surface de l'Oued
Fouarat, qu'il faut abandonner à cause de leur
qualité douteuse, les eaux du puits P?uchol ~ont
captées à la cote 0, il est donc plus economlque
de les amener par galeries à Ain Sebaa du
Fouarat et à la cote -3, ou -4, en évitant un
pompage onéreux au puits Pouchol ; de plus, la
galerie de jonction captera encore de nouvelles
eaux.
La conduite actuelle, assurant le refoule-
ment des eaux d'Aïn Sebaa du Fouarat dans la
chambre de jonction du km. 14, étant insuffi-
sante pour absorber la surcharge des eaux de
Si-Ahmed-Thaleb, il a été prévu de la doubler
par une canalisation identique.
Les ouvrages brise-charges et de jonction
du km. 14, de Sidi Taibi, d'Aïn-Barka, doivent
être relevés pour permettre le passage du débit
accru de la conduite maîtresse.
Le siphon de l'oued Bou-Regreg doit être
doublé sur toute sa longueur, ce qui représente
la fourniture et la pose des 4.400 m. de tuyau
de 900 m/m. en fonte. Si Ahmetl Thuleb - Clmmbre <Je mise "Il charge

L'usine du quartier de l'aviation, pour être R.E.I.P. La mise en service des nouveaux ouvra-
en mesure de refouler toutes les eaux qui se ges ser~ échelonnée jusqu'à la fin de 1952.
présentent à l'ouvrage de tète du siphon de A l'heure actuelle (décembre 1951), la con-
l'oued Bou Regreg, doit être renforcée. Ce ren- duite d'adduction des eaux de Si-Ahmed-Thaleb,
forcement se traduira par la mise en place de la seconde conduite de refoulement d'Ain Sebaa
deux électropompes horizontaux de 500 litres- du Fouarat et la deuxième branche du siphon
seconde chacun, qui assureront, avec les deux sont en place. Trois ouvrages de captage sur six
groupes actuels de 450 et 500 litres-seconde, le sont terminés. En attendant que la ligne élec-
;efoulement des eaux au réservoir de la cote trique à haute tension qui doit les alimenter,
90,50. D'autre part, les deux groupes de 240 soit livrée, l'énergie nécessaire leur est fournie
litres-seconde, actuellement en service ·sur le par des groupes électrogènes à moteur Diésel.
réservoir de la cote 90,SO, passeront sur le service
Jusqu'à la prochaine mise en service de la
du réservoir de Rabat-Reboula. nouvelle usine d'Aïn Sebaa du Fouarat, l'ancien_
Moyennant un léger remaniement du départ ne usine assure le refoulement des eaux de toute
du réservoir de la cote 90,50, un débit permanent provenance.
de 800 litres-seconde (soit 68.000 m3 par jour) Compte tenu des délais demandés par les
pourra être envoyé sur Casablanca. fournisseurs de gros matériel pour l'usine du
Compte tenu des prélèvements des villes quartier de l'aviation de Rabat et pour l'usine
comprises entre Rabat et Casablanca, des 16.000 de relèvement, située entre la jonction de l'oued
m3 par jour fournis par le barrage. de l'Oned Mellah et Casablanca, les derniers aménage-
Mellah, et des 6 à 7.000 m3 par jour fournis ments entreront' en service fin 1952.
pàr les sources de la vallée de l'oued Mellah,
la section de canalisation de 1.200 rn/m. de VII. - CONCLUSION
diamètre, comprise entre l'ouvrage de jonction
avec la conduite provenant du barrage de l'oued La mise en service du Fouarat suscita, en
Mellah, sera insuffisante pour porter les eaux 1931-1933, quelques. critiques de l'opinion au
captées. . Maroc. Cette adduction était, en général, jugée
surabondante pour la satisfaction des besoins
Au lieu d'envisager le doublement de la
existants. Les responsables pensaient, au con-
conduite, il a été jugé plus économique d'assurer
traire, que l'adduction serait à peine suffisante
le transport par la conduite actuelle, en relevant
pendant quinze à vingt ans. Cette prévision a été
la ligne de charge, en un point choisi dans ce
.confirmée par les faits. Il reste à souhaiter le
but, par une station de pompage. Un relèvement
même sort au programme des 191.000 mètres
de 8 mètres suffit à assurer le passage des plus
cubes par jour prévu par l'administration pOur
forts débits prévus.
. les dix prochaines années.
Décembre 1951.
REALISATION DU PROJET.
ANDRÉ RATTE,
L'ensemble de ces travaux a été attaqué en Ingénieur E.C.P.
,eptembre 1950, le financement étant assuré par Chef des services techniques
ln emprunt à moyen terme, contracté par la de la R.E.I.P.
____ " J!.l=~~.PI.r..fl~----,
\ltIde 2..000 ci. ,I? de. 14.eoo~
1 o.oop -~.i 1. 1 ~.eoo ~~ , Ain Kh~dr-a ..
lE \ c.c.r.... <.. re j'-~Ol..,pI1~,a.;::~" '1""'1' ,------ ------ -,
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46 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

OUKAIMEDEN STATION DE SPORTS D'HIVER

L'Oukaïmeden est un plateau de quelques à bien. Quelques dates marquent la progression


60 à 70 hectares, situé à 2.600 mètres d'altitude, suivie dans l'équipement de l'Oukaïmeden depuis.
dans le massif du Toubkal, en bordure des l'époquc, encore très rapprochée, où les pâtres
sommets les plus élevés du Haut-Atlas, et immé- berbères étaient les seuls habitués de ces mon-
diatement dominé par la masse rocheuse de tagnes, jusqu'à l'été 1950, au stade le plus
l'Angour (3.614 m.) et par le. djebel Oukaïmeden important des transformations, vingt chantiers
(3.266 m.). . étant ouverts à la fois sur le plateau :
Un article, paru il y a trois ans dans le - 1941 : le club alpin français (section du
bulletin économique et social du Maroc (1), Haut-Atlas) inaugure ,le refuge Grudler, destiné
exposait les raisons qui ont milité en faveur de initialement aux montagnards d'été, et qui cons-
ce projet : Créer de toutes pièces, au cœur de tituera le premier noyau du centre de ski.
la haute montagne marocaine, une station mo- - 1942 : les premiers championnats du
derne de ski. Maroc de ski ont, lieu à l'Oukaïmeden ; il faut·
Rappelons ce passage : « ••• A la suite des de 4 à 6 heures de marche à pied pour y par-
études faites ces dernières années et portant sUr venir.
l'ensemble du Haut et du Moye)l-Atlas, il a été - 1946 : le service de la jeunesse et des
reconnu que le lieu dit « Oukaïmeden » pré- sports' organise, en liaison avec le club alpin,
sente un ensemble de conditions particulièrement un centre de ski fonctionnant en permanence
favorables à une telle création : en hiver, valeur durant l'hiver.
des terrains de ski et durée de la période
-- 1947 : l'armée entreprend et mène acti-
d'enneigement ; en été, possibilité d'utilisation
vement la construction d'une piste qui, de Sidi
comme centre d'estivage, encore que' l'endroit
Farès, rejoindra l'Oukaïmeden par un parCOUrs
soit un peu sec et que des plantations d'arbres
nouveau de 18 kms ; cette piste est inaugurée
n'y semblent pas inutiles. A cette altitude (2.600
le· 22 décembre 1947 par le général Carpentier.
m.), la température reste clémente, même au
cœur de l'été ». Une société privé~, l'office technique indus-
triel et commercial du Maroc, entreprend la
« Le plateau lui-même, de par sa formation,
construction d'un téleski, le premier engin de-
est propice aux aménagements. Les environs
remontée mécanique pour skieurs qui verra le
sont fertiles en possibilités d'excursions. et la jour au Maroc.
proximité des plus hautes montagnes d'Afrique
du Nord, dépassant 4.000 m., constitue une -194~ : le châlet-refuge Paul-Albert Gras
magnifique toile. Enfin, durant l'été, les alpi- est achevé par le service de la jeunesse et des
nistes y trouvent des possibilités d'escalades sports; il est inauguré au début 1950 et devient
intéressantes et variées. Mais, en hiver, le tou- le « centre marocain de ski et d'alpinisme ».
riste sera surtout frappé par l'ensoleillement' Une société privée, la société des transports.
exceptionnel dont on jouit en ces lieux, par du Haut-Atlas, organise un service de car bi-
l'agrément du climat, par le voisinage de Mar- hebdomadaire Marrakech-Oukaimeden.
rakech, distante d'une cinqùantaine de kHomè- . Un dahir (30 juillet 1949) déclare d'utilité·
tres à vol d'oiseau, et par les contrastes qui en publique la distraction du domaine forestier des
découlent. Tout cela donne à l'Oukaïmeden sa terrains destinés à l'aménagement du centre et
valeur et son caractère propre par rapport aux le. plan d'aménagement est approuvé (dahir du
stations de ski européennes ». 14 septembre 1949).
« Si l'on admet que Marrakech peut et doit - 1950 : la piste d'accès est considérable-
devenir un centre de tourisme encore plus ment améliorée.
important, la possibilité de trouver une station
de sports d'hiver aux environs sera un élément Quatre vingt quatre lots de terrain sont
j'attrait puissant pour les hivèrnanfs ; l'ensem- vendus aux enchères par l'administration.
flle ainsi réalisé prendra un intérêt touristique Une vingtaine de chantiers sont ouverts
Incontestable ». simultanément .: les artères principales de la
future agglomération sont en partie achevées.
I. -- HISTOIRE Un deuxième téleski est installé.
Depuis trois ans, le projet a pris corps; un Cette première période du développemcnt
:ertain nombre de réalisations ont été menées de l'Oukaïmeden, que l'on peut appeler la périOde
de démarrage, fut particulièrement difficile. Les
efforts de quelques pionniers, attachés à la réali-
(1) R. Mailly. - « I.e ski au Marne », dans bltllctin <'''ono-
<ique et social dit Maroc, ynl. X, DO 37, Ilyril 1V48, p. 1!). sation de cette idée, furent contrariés, en plus.
'BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 47

des obst;)c1es habituels que rencontre toute entre- - le centre de ski et de tourisme hivernal,
prise nouvelle, par les conditions particulières
de la montagne : difficultés d'accès, brièveté de la station de sports d'hiver,
la période propice aux travaux, éloignement de la station nationale de sports d'hiver.
tout centre existant et de toute ressource locale.
Quelles sont, en l'année 1951, les facilités
La revue ski en montagnes de Fmnce (sai-
son 194ï-194R) donne une description complète ofi'ertes aux skieurs et aux touristes par notre
des soixante trois stations françaises de sports station marocaine ? Dans quelle catégorie pour-
d'hiver, et dasse celles-ci en quatre catégories, rait-elle être actuellement classé~ ? C'est ce que
compte-tenu de leur importance et de l'équipe- nous allons essayer de déterminer dans la
ment dont elles disposent : deuxil'Ille partie de cet exposé.

(l'IIoto .r, lleU")

Mussif de l'Oukulmeden et 'rachedil't - Altitude 2.410


48 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

11..- SITUATION ACTUELLE Pentes constituées par le plateau lui-


même et ses abords immédiats ; terrain
1" Conditions d'accès. facile convenant aux débutants aux éco-
les de ski, et offrant des dégagements.
Tout d'abord, examinons le problème des pour l'organisation des compétitions.
conditions d'accès.
Ces terrains peuvent se trouver partielle-
Pour gagner l'OukaÏmeden, au départ de ment dénneigés en hiver, à la suite de périodes
Marrakech, on suit la bonne route du Tizi de sécheresse ; même dans ce cas, les couloirs
N'Test pendant 34 kms, jusqu'à Tahnaout. principaux conservent de la neige et demeurent
Après la traversée de ce douar, on prend sur la skiables. Les observations faites sur l'enneige-
gauche une bifurcation signalée de la sorte : ment depuis dix ans, permettent d'indiquer que
« OukaÏmeden, 40 kms ». Ces 40 kms se décom-
la saison de ski à l'Oukaïmeden s'étend eu
posent ainsi : moyenne sur quatre mois par an.
de Tahnaout à Sidi Farès, 22 kms de
bonne piste de montagne, dont le pre-
3° Randonnées, promenades, excursions, ascen-
mier quart est large et goudronné ;
sions.
de Sidi Farès au passage dit «' col du
Taureau », 10 kms de piste s'élevant à Outre le parcours des « pistes de ski », le
flanc de montagne par urte série de touriste sportif pourra entreprendre diverses
lacets et de virages en épingles à che- randonnées hivernales ou estivales aux environs
veux ; immédiats de la station :
du col du Taureau à l'OukaÏmeden, 8 Promenades à Tachdirt et dans la vallée
kms de piste de 3 mètres de largeur, de l'Ourika ;
empierrée, d'abord accrochée aux puis- Excursions à ski au Tizi N'Ouadi, au
santes falaises du Tizerag, puis coupant Tizi N'Oughrens, dans la haute valléè
le versant sud d'un ravin encaissé, per- de l'Imminène (Tizi N'Likemt et Igue-
mettant, après ce parcours dans un cadre nouane) ;
impressionnant et pittoresque, de gagner
la zone de pâturages du plateau de Ascensions à l'Angour.
l'Oukaïmeden. Plus près, le sommet du djebel Oukaïme-
La ligne Marrakech-Oukaïmeden est actuel- den, à 1 heure 1/2 de marche du plateau, cons-
lement desservie, par la société des transports titue un belvédère remarquable, offrant une vue
du Haut-Atlas, laquelle, grâce à des véhicules magnifique sur la plaine et sur une partie de
spécialement équipés, assure un transport jour- la chaîne du Haut-Atlas, notamment le groupe
nalier pendant la saison de ski, et, selon les imposant des sommets de 4.000 mètres (Oua-
besoins, le reste du temps. Cependant, au mo- noukrim, Akioud N'bau Imrhaz), qui encadrent
ment des chutes de neige, la piste est souvent le Toubkal (4.165 m.), point culminant d'Afrique
fermée pendant plusieurs jours. Le dénneigement du Nord.
est assuré par un camion à étrav~, qui doit être
bientôt remplacé par un engin plus efficace. 4° Equipement sportif.
L'équipement sportif des terrains de ski a
2" . Terrains de ski. été activement poursuivi ; il comprend, sans
Parvenu à pied d'œuvre, le visiteur se trou- parler des pistes de descente naturelles, dont
vera au centre d'un cirque de montagnes présen- certaines ont été aménagées :
tant, pour la pratique du ski, des terrains variés Un grand téleski, développant 1.100
et appropriés : mètres de longueur sur 380 mètres de
Flancs du djebel Oukaïmeden, où l'on dénivellation, et permettant d'accéder à
peut distinguer quatre à cinq itinéraires la crête sommitale de l'OukaÏmeden, à
différents. Il s'agit de descentes de plus 3.030 mètres d'altitude et à une demi-
de 600 mètres de dénivellé, en général heure de marche de la cîme ; cette
assez fortes. Le parcours principal, installation, réservée aux skieurs déjà
empruntant une large combe sous le entraînés, ouvre un grand nombre d'iti-
sommet, est homologué comme piste de nérairesde descente intéressants ; COU1-
descente de compétition par la fédéra- me nous l'avons mentionné plus haut,
tion française de ski ; sur cette piste elle est l'œuvre de l'O.T.I.C., une société
ont eu lieu, à plusieurs reprises, les de Casablanca.
championnats du Maroc et d'Afrique du Un téleski d'exercice, développant 297
Nord de descente ; elle est extrêmement mètres de longueur sur 78 mètres de
spectaculaire, les coureurs étant visibles dénivellation ; cet appareil, prévu plus
du départ à l'arrivée. spécialement pour les débutants, dessert
Pentes nord-ouest du point coté 2.872 des terrains d'exercices très fréquentés,.
m. ; terrain varié, de difficulté moyenne, il a été réalisé par le service de la
sur des dénivellés de 200 à 300 mètres. jeunesse et des sports et la société .J ..
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

(Photo .J. J-:din)

POll1agalski ct C,· de (;renoble, le meil- 3" Eqllipement hr!tc[icJ' et possibilités de loge-


leur spécialiste fr:lIlçais en la matit'rc. IIlCl1t.

l'n tremplin de saut, dont le point j'VIais, si l'équipement sportif de l'OukaÏ-


(Tiliquc (/OlJgucw' maximullI ù ne pas /lledcn S'aV(TC di's Ilwinlen:mt satisfaisant. il
dépasser) l'st il :1;) ml'tres ; cc trelllplin n'en va pas de mèll1e de l'équipement hôtelier,
a l'tl~ fait par le service de la jeunesse actuellcment constitu(', en tout et pour tout, par
ct des sports, suivant profil dôterlllin0 l'hôtel Panoramique. Cet rtahlissement, dont
par un technicien de la fédération fran- l'asped ext(;rieur ne f:lÏt pas honneur ù I~l sta-
çaise de sld. tion, comprend une salle de restaurant, un bar,
50 BULLETIN ECONOMIQUE"ET SOCIAL DU MAROC

14 chambres, 20 places en dortoir ; confort maintenant, 'le titre de « station de sports d'hi-
correspondant à celui d'un hôtel de deuxième ver ». Notons qu'en France, les stations ont été
catégorie" greffées sur des villages existants, desservis par
Il existe d'autres possibilités de logement : des routes, et possèdant à l'origine leurs moyens.
propres : habitat, voirie, électricité, téléphone.
- Le refuge du club alpin français : 80· commerce local. Il n'existait ici rien de sembla,;.
.places en dortoir sur bas-flancs ; eau ble, et tout a dû être créé.
courante,' douches. chaudes, éclairage par
groupe électrogène ; cantine servant des
.boissons et des repas chauds. Il est III. - PERSPECTIVES D' AVENIR
ouvert par priorité aux membres du club
et, éventuellement, aux autres personnes. Mais l'Oukaïmeden en est seuleillent à la.
première phase de son développement. La mise-
Le chalet-refuge du service de la' jeu- au point d'un plan d'aménagement, la parution
nesse et des sports ; 45 couchettes en de textes officiels,ont donné aux autorités régio-
dortoir. 25 places sur bas-flancs; eau nales les moyens administratifs de favoriser son
courante, douches chaudes, chauffage essor. Celles-ci ont l'avantage de travailler sur
central, éclairage par groupe électrogè- un,e matière neuve, tout en pouvant s'inspirer
ne ; ce chalet fonctionne comme « centre largement de ce qui a été fait en Europe, où
marocain de ski et d'alpinisme », où les problèmes concernant l'aménagement des'
sont organisés des stages d'initiation, de stations de montagne ont donné lieu à des études
perfectionnement, de compétition scolai- approfondies. Les dépenses entraînées par la
res, etc... création de l'OukaÏmeden seront justifiées dans.
- Le chalet du ski-club des clubs (de la mesure où elles permettront d'aboutir à une
Casablanca), organisé dans les locaux de réalisation de qualité, propre, non seulement à
la station de départ du grand téleski ; satisfaire la clientèle locale. mais à provoquer..
8 chambres, 30 couchettes en dortoir ; l'admiration du visiteur étranger, venu en tou-
eau courante, douches chaudes, chauf- riste, et qui se double souvent d'un critique-
fage au mazo'ut, éc1airagepar groupe averti.
électrogène, bar-restaurant ; il est réser- Pour parvenir à ces fins, la condition ini-
vé aux membres du club et à leurs tiale est évidemment l'aménagement de la piste
invités. " d'acces, pourtant bien améliorée déjà en une
On compte enfin dix huit chalets d'habita- bonne route carrossable, ouverte en tout temps
tion privés, terminés ou en construction, et un à la cÏrc"!1lation. SanS doute, le choix du tracé
garage en cours d'établissement. de cette piste est-il encore discutable. Elle pré-
Nous ne mentionnerons que pour mémoire, sente l'inconvénient de traverser des zones
les importants bâtiments militaires du C.LM. accidentées et abruptes ; l'accès par Asni et la
(centre d'instruction de montagne) dont l'orga- maison forestière d'lfernane aurait, peut-être,
nisation n'entre pas dans le cadre de ,cette étude. été pl!Is facile. Par ailleurs, en laissant de côté
l'axe de pénétration naturel du massif du Touh_
kal par Asni; on a négligé certaines considéra._
6° Enseignement du ski.
tions d'ordre touristique et les possibilités d'ex_
Sur le plan de l'enseignement du ski, outre tension que cette solution réservait pour l'avenir.
les moniteurs du « centre marocain de ski et Telle qu'elle est, la piste actuelle a l'avantage
d'alpinisme », qui initient ou perfectionnent,' d'~n kilomètrage réduit, compte-ténu de la déni_
chaque saison, un grand nombre de stagiaires, vellation et de la distance' à franchir. Cette voie
une école du ski français est ouverte à la d'accès a déjà demandé de très gros efforts de
clientèle privée. Cette école fonctionne sous la la part de l'armée et des services civils ; elle
direction d'un moniteur breveté, assisté de deux exigera encore beaucoup de travail et de dépen_
aide-moniteurs ; l'enseignement technique est ses. Certes, il est très difficile et très coûteu-x
dispensé chaque jour sous la forme de. leçons d'amener une route à 2.600 m. d'altitude, el}
particulières et de cours collectifs. Les moni-:- pleine montagne ; c'est toutefois de la solution
teurs' concourrent à créer l'ambiance sportive de ce problème que dépend l'avenir de l'Oukaï_
que les fervents du. ski aiment retrouver dans meden.
une station, ils participent avéc les ski-clubs, à Le développement de l'équ;ipement hôtelie,..
l'organisation des diverses épreuves et compé- est aussi un des principaux éléments qui condi_
titions. tionne le succès d'une station ; l'importance de
*
'** celle-ci se mesure au nOplbre de lits dont elle
dispose. Nous avons déjà noté, de ce côté, une
Dans l'état actuel des cboses, l'Oukaïmeden lacune regrettable dans le cas de l'OukaÏme_
. ne pe"!1t encore être comparé aux stations fran- den ; il importe de la combler le plus tôt
çaises de moyenne importance. Néanmoins, avec possible, en favorisant et encourageant au maxi_
ses deux téleskis et ses moyens de logement mum .l'initiative privée dans les projets qu'elle
sommaires, ce centre surclasse un certain nom- a présentés. Les expériences, faites en France
bre de petites stations et mérite donc, dès et en Europe, nous apprennent que la formule
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 51

des hôtels à grande capacité s'est révélée mau- dont les toits sont dirigés sensiblement dans la
vaise dans les stations d'altitude. L'hôtel-type même direction.
·de montagne est un chalet d'importance moyen- Les hôtels et les villas de plaisance consti-
ne pouvant héberger une quarantaine de per- tuent la substance même d'une station de
so~nes en chambre de 1, 2, 3, 4 lits et en petits montagne. Par contre, on y conçoit mal la
dortoirs. Compte-tenu du coût de la construction prolifération des bâtiments administratifs. La
et des dépenses d'entretien plus élevées que réalisation de ceux qui sont indisp~nsables, doit
dans la plaine pour une utilisation moins être envisagée avec le souci de réduire la surface
continue, il faut s'efforcer de réduire Hl surface bâtie, en tenant compte de toutes les difficultés
couverte en maintenant : confort moderne, inhérentes à l'altitude, et du fait qu'il s'agit
chauffaae central, et un certain luxe ; toutes d'une station dont l'utilisation reste saisonnière.
'Choses ~ui sont demandées par la clientèle des Dans un· cas aussi particulier que celui de
sports d'hiver. On y p~rvi,e~t en étud}ant :lVec l'Oukaïmeden, on est forcé de rompre avec les
minutie l'agencement mteneur de 1 établIsse- conceptions et les habitudes de. la plaine, et de
ment et des pièces qui le composent. rechercher des formules nou'Velles, adaptées aux
Si l'OukaÏmeden est" en retard sur le plan conditions d'existence et à la raison d'être de
-de' l'hôtellerie, par contre, la construction de la station.
chàlets privés semble appelée à se développer Terminons cet exposé de quelques idées
rapidement. La vente aux enchères d~ lots de relatives au développement de l'OukaÏmeden,
terrains qui a eu lieu à Marrakech, le 15 avril en souhaitant que des essais de plantations
1950, a connu un grand. succès, et les 84 lots soient faits au plus tôt, car ces pentes, une fois
mis en vente ont été rapidement enlevés ; disparue leur, parure hivernale, apparaissent
comme nous l'avons vu, sur ces 84 propriétaires, dénudées, et l'implantation de quelques arbres
18 ont commencé ou terminé leurs maisons. et d'un peu de verdure agrémentera le paysage.
Nous n'entrerons' pas dans le détail des problè-
mes posés par la naissance de cette aggloméra-
tion et des solutions mises en œuvre pour les *
**
résoudre ; ces problèmes sont ceux de toute Nous avons essayé, dans les pages qui pré-
agglomération. Mais il ne faut pas perdre de cèdent, d'évoquer le travail accompli pour créer
vue que l'OukaÏmeden est ~n centre des~iné ~ une station de haute montagne 'en ce point de
recevoir uniquement des skIeurs, des estIvants l'Atlas, les résultats obtenus, les problèmes qui
ou des touristes, et que les considérations d'ordre subsistent pour parachever cette œuvre et la
esthétique doivent primer. Le caractère de la rendre digne d'un pays neuf connne le Maroc.
station sera fonction, en définitive, de la qualité
des habitations qui la composent. La nature Dans un article récent (2) M. G. Evin
même de ce centre, les dépenses engagées pour décrivait les efforts faits dans une autre région,
permettre son développement, sont autant de par la station d'lfrane, pour équiper' et rendre
raisons pour lesquelles aucune réalisation mé- facilement accessibles les terrains de ski du
diocre ne saurait être tolérée à l'Oukaïmed~n.· Michliffen. En même temps, l'installation d'un
Aussi doit-on déplorer certaines faute~ de gout. téléski au Bordj Doumergue contribuait à aug-
'Conuue la construction du « Panoranuque », et menter la valeur des champs de neige voisins
souhaiter qu'elles ne se reproduisent 'pl~s ?a.ns d'Azrou, desservis par une route excellente. Le
l'avenir sous peine de compromettre Irremed13- Maroc se voit donc actuellement doté de trois
blement la valeur de l'ensemble. stations de sports. d'hiver : l'Oukaïmeden, Ifrane-
Michliffen et Azrou-Bordj Doumergue. Grâce à
Tous les lots dont nous parlons ont' été leurs facilités d'accès, le Michliffen et le Bordj
placés sur le versant sud des crête,s du !izerag Doumergue sont régulièrement fréquentés par
(crêtes qui bordent le plateau de IOukauueden de nombreux skieurs venant surtout de Meknès,
. au sud), Inissant le plateau lui-même libre de de Fès et, un certain nombre, de Rabat et de
tout édifice. Le dit plateau, prairie rocailleuse Casablanca. Les débutants y trouvent des ter-
<lU marécageuse selon les endroits, sépare les'
rains faciles, propices à l'initiation, et les bons
pentes skiables de la bande de terrain réservée skieurs peuvent s'entraîner sur les pistes récem-
à lâ construction ; l'ensemble forme une sorte ment aménagées. L'Oukaïmeden, plus difficile
de cuvette, dont le plateau serait le fond. d'accès, est surtout fréquentée par les skieurs de
Par ailleurs, le plan d'urbanisme impose le Marrakech et de Casablanca, plus rarement de
'Style d'habitation avec toit à pente unique, la Rabat. C'est la· station sportive, convenant à
façade principale étant exposée au sud. Il résulte l'organisation des grandes épreuves, et prisée
de tout cela une certaine monotonie. Il serait par les bons skieurs, encore qu'elle offre' aussi
intéressant d'autoriser la construction sur le des pentes accueillantes aux débutants.
plateau de ,quelques beaux ch~let~ ~u ,type alpin, Ainsi, les trois stations, marocaines de sports
avec toit a double pente. Dissenuncs dans la d'hiver, loin de se concurrencer, se complètent,
prairie (en dehors des zones niar~cageuses), ~es
chalets viendraient combler un VIde en garms-
sant le fond de la cuvette, et contrasteraient (2) G. Evin. - Une nouvelle station de sports d'hiver. au
Maroc ; le Mlchlifl'en. dRn.. bulletin économique et 80cial du.
:avec les chalets du secteur actuellement délimité, Maroa, vol.' XIII, nO 47, ;JIOle trimestre 1950, p. 167.
::;2 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAnGe

en vue de satisfaire les désirs d'une clieJ1tL~lc, consister essentiellement ù perl'ec lion ner les
de jour en jour, plus nomhl'euse. stations exi.stantes, il n'est pas dénul' d'intérd
Il est frappanl de constater la vitalitl~ des de chercher il imaginer quel sera l'essor du
clubs et des individus qui s'adonnent au ski, tourisme dans ce pays d'ici quelqucs annl'es et
l'extension prise par ce sport ~IU Maroc, depuis la contribution que la montagne Illarocainc est
la fin de la guerre, et surlout depuis un an ou Cil mesure d'apporler il cet essor.

deux. N ()/1cllll»'(' 1 ~);ï 1.


Si la tàchc acluelle dans ce domaine doit HOGEH MAILLY.

TJ'pe de porteur Chleuh - Massif de l'OukaÏmeùeu


BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 53

VERS UN CALCUL
DU REVENU NATIONAL DU MAROC

I. - INTRODUCTION activité productive est inscrite trois fois, dans


un tableau à triple entrée ; les trois expressions
Dans sa méthode comme dans son objet, la chiffrées devant être établies, dans toute la
science économique a subi une transformation mesure du possible, à partir de trois séries
profonde au cours des dix dernières années. indépendantes de données statistiques, en vue
Procédant désormais autant par' induction d'éliminer les sources d'erreur. A la suite de la
à partir de données statistiques. globales, que première évaluation du revenu français, effectué
par déduction à partir du comportement hypo- à la veille de la guerre par M. Dugé de Bernon-
thétique d'un « homo économicus » abstrait, elle ville (optique du revenu), ainsi que des travaux
vise à caractériser les collectivités humaines, à de MM. Sauvy, Vincent, Dumontier et Fromont
mesurer leur état de santé, à suivre et comparer à l'institut de conjoncture, une « estimation du
leur évolution. revenu national français» a été publiée en 1947,
La pensée économique contemporaine, étroi- sous les auspices du commissariat général au
tement axée sur l'étude de la conjoncture, con- plan, ce qui souligne l'intérêt pratique de ce
duit ainsi à une représentation macrocosmique document, dont l'avant-propos précise : « non
et concrète des activités humaines ; à son cou- seulement les travaux effectués utilisent les
ronnement, elle va jusqu'à délimiter les objectifs objectifs contenus dans le plan, mais encore ils
que' le Gouvernement peut techniquement assi- permettent de vérifier si le plan lui-même est
gner à sa politique économique, ainsi 'que les équilibré, si le développement prévu pour les
méthodes les plus propres à y parvenir. différents secteurs était harmonieux, si l'effort
demandé à la Nation n'excédait pas sa capacité».
Le concept de revenu national paraît être
la clé de voute de cette nouvelle orientation de Malgré son utilité pratique, le revenu de la
la recherche économique parce qu'il permet Nation n'a encore été effectivement chiffré
,d'exprimer, en un saisiss~mt raccourci synthéti- jusqu'à présent de manière quelque peu précise
que, la prospérité d'une nation et d'en mesurer que pour un petit nombre d'Etats (Etats-Unis,
l'évolution, en attendant de devenir l'instrument pays de l'Europe Occidentale, Dominions bri-
indispensable pour comparer la richesse des tanniques), disposant des statistiques détaillées,
différents pays (1). indispensables à un tel calcul.
La plupart des difficultés théoriques sou- A l'exception du Japon et de l'Union sud-
levées par l'établissement d'une comptabilité africaine, aucun des pays ou des territoires
nationale aussi exacte que possible ont été peu d'Asie, d'Afrique et d'Amérique Centrale n'avait
à peu résolues gràce aux travaux d'un grand vu, jusqu'à ces toutes dernières années, son
nombre d'économistes, pour la plupart britan- revenu national établi scientifiquement.
niques, américains et scandinaves. En France, Une première tentative (3), faite sur l'ini-
le professeur F. Perroux a mis au point (2) une tiative du Gouvernement britannique pour la
méthode très précise de comptabilité nationale, Rhodésie du nord, le Nyasaland et la Jamaïque,
et a analysé, de manière rigoureuse, les différents a montré que si un calcul précis se heurtait
éléments intervenant dans le' revenu national effectivement à des difficultés particulières dans
qui peut être mesuré de trois manières diffé- les pays à développement économique encore
rentes selon qu'il est considéré comme étant la limité, il pouvait être néanmoins entrepris.
somme des revenus distribués, des revenus pro- Les rapports établis à la suite d'une enquête
duits, ou des revenus dépensés (optiques du approfondie sur l'activité économique dans les
revenu, du produit et de l'emploi). trois territoires ont souligné, en outre, que la
Toute évaluation précise du revenu national connaissance du revenu national était d'une
nécessite donc un triple calcul pour aboutir, en utilité extrême pour l'établissement des pro-
définitive, à un résultat final unique : chaque grammes d'équipement et d'expension économi-
que.
(1) Colin Clark Il fait, ail début de son ou",.,,!:e : « 'fi", Pour le Maroc, l'intérêt d'un tel calcul s'il
conditions of économïc progress » (Londres, Macmillan lna!l),
une première tentative intéressunte, bien que sans doute un peu s'avérait possible, serait considérable. En ~ffet,
))rémnturée. pour COffipUrfl'l' le revenu national d'un grand nombre bien que le financement des programmes d'équi-
,le pays. Comme l'uuteur le souligne lui-même, les résultats
obtenus pour J'Afrique du Nord, Il partir de renseignements pement en cours de réalisation, dans le secteur
relutifs au nÎ\'euu des salaires. ne peuvent avoir qu'une valeur
indicative,
(2) Cf,' IJ'. Perroux : « Le revenu national » - P.U.F.
•_ Puris 1n47, et « j,<,s comptes de la Nation » - P.U.F. - (3) cf. Phyllis Deane : « The rneasurement of colonial
Paris 1!l48. incomes » - Londres 1048.
54 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

public comme dans le secteur privé, soit encore La distinction juridique' et politique entre
assuré, en majeure partie, par des transferts de marocains et non marocains est toutefois beau-
capitaux extérieurs plutôt que par prélèvement coup moins intéressante, du point de vue de
sur les disponibilités locales, il n'en demeure l'économiste, que la distinction technique entre
pas moins que,' pour asseoir sur des bases "revenus tirés de l'économie traditionnelle et
solides l'expansion économique du pays, les revenus tirés de l'économie moderne,
investissements réalisés doivent entraîner une En effet, la structure économique du Maroc
augmentation du revenu national du Maroc, contemporain est une structure hétérogène, les
suffisante pour que la rentabilité et l'amortisse- activités nouvelles qui se sont développées au
ment de ces capitaux extérieurs puissent être cours des quarante dernières années étant pres-
assurée, à l'avenir, sans déséquilibre de la balan- que toujours, tant par suite de l'évolution cons.'
ce des paiements en biens et services ,de con- tante des techniques mises en œuvre qu'en
sommation. raison de leur objet même, inassimilables aux
Mais l'évaluation du revenu national du activités anciennes, figées dans un tradition na-
M~roc exige que soient résolues, au préalable, lisme presque immuable.
quelques difficultés préliminaires qui sont, avant Cette double structure de l'économie maro-
tout, des difficultés de définition. Bien que caine est un phénomène d'autant plus important
celles-ci ne soient pas !,\péciales au Maroc, elles que la structure moderne se développe d'années
y revêtent Un caractère particulier en raison de en années, non seulement grâce au dynamisme
la structure hétérogène de l'économie du pays. des « résidents » européens, mais. aussi grâce
à la participation d'un nombre croissant de
marocains aux activités nouvelles.
II. -- POUR L'EVALUATION
Il semble donc parfaitement légitime de
DU REVENU NATIONAL DU MAROC comprendre dans le revenu national les revenus
de tous les « résidents » (marocains et non
1 COMMENT DEFINIR LA NATION MARO- marocains), à condition de faire la distinction
0

CAINE, ENTITE ECONOMIQUE ? entre les revenus de l'économie traditionnelle et


les revenus de l'économie moderne.
Tout bilan national exige une définition La nécessité de définir de manière précise
préalable de la nation, entité économique. On « la nation économique » soulève au Maroc une
admet généralement que ce concept, contraire- dernière difficulté tenant à la division du pays
ment à celui de la Nation, entité politique, en trois zones d'administration distinctes.
groupe non seulement les, personnes attachées L'établissement d'un bilan national unique,
à l'Etat par un lien d'allégeance (nationaux), se heurte, de ce fait, à de nombreuses difficultés
mai!'\ toutes celles qui demeurent habituelle- d'ordre pratique, tenant en particulier à la
ment dans le pays et y exercent leur activité diversité des sources de renseignements et des
(résidents). . méthodes d'élaboration des statistiques.
Dans la plupart des Etats de l'Europe Occi- C'est pourquoi il semble préférable de cher-
dentale, et, plus encore, aux Etats-Unis, les cher, en une première étape, à établir le revenu
revenus gagnés par des non-nationaux ne repré- national du Protectorat français au Maroc, en
sentent qu'un très faible pourcentage des reve- attendant de pouvoir procéder au même calcul
nus totaux produits dans chaque pays. pour la zone espagnole et la zone de Tanger
(dans lesquelles les activités productives sont
L'inclusion habituelle de tous les « reSI- relativement limitées), et à l'élaboration d'un
dents » dans la « nation économique » ne document unique pour l'ensemble du pays,
conduit donc pas à des résultats sensiblement
différents de ceux qui seraient obtenus en les
excluant ; elle présente, par contre, le double 2" QUELLES SONT, AU MAROC, LES ACTI-
avantage de mieux réflèter l'activité réeIfe du VITES POUVANT ETRE CONSIDEREES
pays et de grandement simplifier les calculs,
COMME DONNANT NAISSANCE A UN
précisément parce que les statistiques sont éta-
blies sur la base du territoire national, indépen- REVENU?
damment de l'allégeance politique des individus' Aùtrementdit, faut-il ajouter aux revenus
qui concourent, par leur travail ou leur capital, en espèces les revenus en nature, en cherchant
aux dive'rses productions réalisées sur ce terri- à donner à ceux-ci une expression monétaire
toire. fictive ? L'ambiguïté majeure découle de la
Au Maroc, la situation est plus complexe, persistance d'une économie familiale encOre
car une importante minorité européenne occupe vivace, une partie très importante de la produc.
une place de premier plan dans un grand nom- tion agdcole étant ainsi soustraite à l'économie
bre d'activités du pays ; cette caractéristique monétaire, Cette autoconsommation rurale ne
dominante de l'économie marocaine doit, de saurait être négligée pùrement et simplement,
toute nécessité, trouver son reflet dans un bilan comme cela est pratiqué couramment pour cer-
national valable. tains pays parmi les plus évolués, et cela

,"
BU L LET IN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

d'autant plus que les statistiques marocaines de Il s'agit là de bien autre chose que d'une
production ne fournissent que des renseigne- simple querelle de terminologie. La première
ments relatifs à la production globale, qu'elle définition, qui est la plus restrictive, conduit, en
soit commercialisée ou non. L'obligation de effet, à exclure du revenu national du Maroc
respecter l'égalité comptable entre « produit » non seulement les transferts des travailleur~"
et « revenu» impose donc, en tout état de cause, émigrés et le revenu net des actifs extérieurs
Une prise en considération des revenus ruraux (qui est, en fait, négatif), mais encore les dépen-
en nature. ses très importantes effectuées au Maroc par le
Pour procéder à une estimation correcte de Gouvernement français et imputées au budget
ces revenus, il serait théoriquement nécessaire métropolitain. Si l'on adopte la deuxième défini-
de multiplier, pour chaque denrée et dans tion, il conviendra d'inclure les transferts des
chaque région, le volume supposé de l'autocon- travailleurs émigrés et le revenu net des actifs
sommation rurale par un prix théorique à la extérieurs, mais non les dépenses du Gouverne-
production, établi en déduisant un coût moyen ment français, Enfin, si l'on considère que le
d'approche du prix moyen annuel sur le prin- revenu national du Maroc doit comprendre
cipal souk régional. Il convient de préciser que toutes les ressources obtenues par le pays, on
le choix de cette méthode conduit à exclure devra inclure tous les postes ci-dessus.
également du « produit national » le montant , Cette dernière définition est assurément la
global de tous ces frais d'approche fictifs. Les plus satisfaisante, d'une part, parce que la
calculs seront extrêmement complexes, on le localisation "hors du Protectorat de l'activité
conçoit sans peine, et n'aboutiront en définitive donnant naissance à un revenu (ou de la dette
qu'à des résultats fort imprécis. donnant naissance à une charge annuelle) impor-
Etant donné, d'autre part, que l'examen te peu du moment que le Maroc en supporte
des relevés des prix agricoles, effectués à une les conséquences ; et, d'autre part parce que
même date sur les principaux marchés régio- les sommes dépensées au Maroc par la France,
naux, ne fait plus apparaître que des écarts pour y assurer le maintien de l'ordre et dévelop-
relativement faibles depuis que des communi- per la prospérité générale, sont techniquement
cations faciles, sûres et peu coûteuses ont pu assimilables à un revenu.
être régulièrement établies d'une extrêmité à En effet, étant donné que l'effort demandé
l'autre du pays, on peut se demander si les dans ce but au contribuable français se renou-
minces avantages théoriques de la méthode qui velle chaque année, et peut-être considéré comme
vient d'être exposée ne sont pas largement sur- constituant le coût de la mission civilisatrice de
passés par ses inconvénients. la France dans le Protectorat et non connue
Dans ces conditions, le choix d'un seul prix une créance dont le recouvrement est escompté,
moyen {prix sur le marché) paraît, en définitive, il paraît justifié d'inclure les sommes ainsi trans-
au moins aussi justifié que l'établissement de férées dans le revenu national du Maroc qui
« prix fictifs au bled ».
comprendra donc toutes les ressources régulières
obténues par le pays, qu'elles résultent ou non
Indépendamment de cette difficulté, soule- de son activité propre.
vée par l'autoconsommation rurale, il en existe
Par contre, les ressources exceptionnelles,
une autre, due à l'existence au Maroc de nom·
breux services non rémunérés, en particulier les comme les prêts du fonds de modernisation et
services rendus par les femmes et les enfants d'équipement qui représentent une aide extraor-
dinaire en capital et non un revenu, doivent
au sein de chaque famille ou dans des ateliers
êtrc comprises, non dans le revenu national du
artisanaux (ramassage du bois, pilage de grain,
Maroc (4), mais dans la balance des capitaux
menus travaux artisanaux, occupations domesti-
extérieurs, de même que les transferts de capi-
ques). Là encore, les éléments permettant d'abou-
taux privés et la liquidation d'avoirs extérieurs.
tir à une estimation chiffrée sont tellement
imprécis que leur exclusion du « revenu natio- La définition adoptée ne permet évidem-
nal », qui sera ainsi obligatoirement quelque. ment pas de chiffrer de manière directe le revenu
peu sous-évalué, semble préférable au danger dispOTlible au Maroc, mais une analyse précise
d'accroître l'imprécision du résultat final. de la dépense nationale permettra de remédier
à cette lacUne, en chiffrant séparément les divi-
dendes payés hors du Maroc ainsi que les
dépenses considérables effectuées à l'extérieur
3" QUELS REVENUS CONVIENT-IL D'INCLU- (en particulier à l'occasion des congés en France)
RE D.4NS LE REVENU NATIONAL DU par des « résidents » du Maroc ou par leur
MAROC?
(4) Il l'st bil'n évidl'nt cl'lwllllant que les intérêts et les
Cette question est, en réalité, un développe- rl'lllboursemel\ts tlps jlrêts du fonds de modl'rnisution et tl"équi·
pellH'ut grèveront ultérieurement le revenu national.
ment des deux précédentes. Faut-il s'attacher à , Pur lIilleurs, lu conception, ci-dessus exposée, d'un l'l'n'nu
national COIlllH'punnt tonttlH [eH reS8U1l.rcC.9 ré!Ju,uèrC8 obfen1H'8
établir le montant global des ressources produi- l'al' Il' jlllrS, (liffèr.. , SIll' ce l)oint, de ceUl' Ildm;sl' pur certllins
tes au Maroc, des ressources produites par le l!lltf'Urjo.:,.•Tplln :\Iul'('zewHki ("Il particulier, [Jour qui tOllK les trans-
fprtH non eomIlwl"eiaux ('OllHtitllent de::; re8Hources obtf:>lluPH pnr
Maroc ou encore des ressources obtenues par le III nation, !"èlll~' s'ils ,n~ présentent llueun ctll'llctère de régularité
ou (lp- pérlo<1wlté (ct. « Le reVf'llU nutional », publication de
Jlaroc ? 1'1.8.1';"-\. - PlIris P.U.F" - 1!J47, p. 257), •
56 BULLETIN EC6NOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

famille, tout au moins en ce qui concerne la données de remplacement, en assouplissant lB


part de ces dépenses couvertes par des prélève- méthode en fonction de chaque condition parti.
ments sur les revenus gagnés dans le Protectorat. culière.
Précisons de nrême que, pour les sociétés ayant Par exemple, en l'absence de statistiques
seulement une partie de leur activité au Maroc, relatives à la dépense nationale, les consomma·
il sera nécessaire d'inscrire seulement le chiffre tions individuelle.s devraient être évaluées, d'une
représentant la part du dividende qui corres- part, en prenant pour base les indications don-
pond à cette activité. nées par MM. R. Hoffher et Moris dans leur
livre « revenus et .niveaux de vie indigène au
Maroc'» (6), et, d'autre part, en estimant le
4° PA.RMI LES DIVERSES EXPRESSIONS
montant de la consommation européenne par la
POSSIBLES, QUELLE EST L'EXPRES- méthode des sondages. De même, les revenus
SION TECHNIQUE DU REVENU NATIO- de l'économie traditionnelle seront aisément
NAL LA PLUS REPRESENTATIVE DE chiffrés en transposant certains renseignements
retenus pour l'établissement de produits nets de
L'ACTIVITE MAROCAINE? groupes.
Revenu (ou produit) brut ou net? au prix D'une manière générale, 'il semble que les
du marché ou au coût des facteurs ? données entrant dans le calcul du « produit »
On sait que le principal intérêt du produit s'avèrent, au Maroc, plus' aisées à rassembler,
brut est d'exprimer la totalité de la production et recèlent une marge d'erreurs moins grande
nationale y compris la part de la production de que celles relatives au « revenu » età la
« dépense ». L'optique dominante étant ainsi
biens d'équipement qui ne sert qu'à compenser
l'usure du capital national. tout naturellement celle du « produit », les
résultats seront recoupés avec ceux obtenus
Or, tandis que les entreprises marocaines pour les deux autres colonnes. Ce recoupement
fabriquant des biens d'équipement 'sont extrê- manquera assurément de rigueur, mais il offrira
mement peu nombreuses, l'amortissement tech- .cependant infiniment, plus de garanties que
nique est, par contre, très rapide dans ce pays, celles résultant d'une évaluation unique.
à la fois pour des raison.s physiques (climat) et
humaines (insuffisance de main-d'œuvre quali- 'Le calcul pourrait s'effectUer selon le sché-'
fiée). Cette usure rapide du capital et, .en parti- ma indiqué sur les tableaux suivants.
culier, l'usure du matériel industriel et agricole, Dans la colonne du « revenu » (tableau 1),
doit être compensée par des achats à l'extérieur la distinction est faite entre l'économie tradi-
de biens d'équipement, achats qui grèvent très tionnelle et l'économie modèrne, afin de remé-
lourdement le revenu réel. dier, dans une certaine mesure, comme il a été
C'est la raison pour laquelle la préférence exposé plus haut, à la conception très large du
semble devoir être donnée au revenu national revenu national qui a été retenue.
net qui est le seul, au Maroc, à avoir une signi- La part, encore très importante, de l'auto-
.fication économique véritable. consommation rurale (<< subsistence economy »)
De même, l'expression du revenu net au dans l'économie traditionnelle, justifie assuré-
-coÎlt des facteurs semble mieux correspondre ment sa computation séparée. Par ailleurs, l'im-
aux données particulières de la fiscalité maro- portance considérable des monopoles d'Etat et
caine, caractérisée par une grande instabilité des sociétés d'économie mixte au Maroc conduit
des rentrées (5), que l'expression du revenu net à grouper la part revenant à la collectivité (Etat
au prix du marché. français et Etat chérifien) en un poste spécial
de la rùbrique « autorités publiques ». Confor-
mément à une règle qui n'est plus guère discutée,
5° COMMENT ADAPTER AU MAROC LES les revenus transférés par les autorités publiques
METHODES D'EVALUATION DU REVE- au secteur privé (pensions, retraites, allocations,
subventions), seront exclus de la rubrique « trai-
NU NATIONAL, MISES AU POINT EN tements » (tableau l, paragraphe 6), et les
FRANCE ET A L'ETRANGER ? intérêts de la dette publique de la rubrique
« intérêts »' (tableau J, paragraphe 7).
Une évaluation précise du revenu d'un pays,
par la méthode des trois optiques, nécessite, Dans la colonne du produit (tableau II), les
théoriquement, la connaissance d'un nombre produits nets seront calculés par groupes d'après
infini de données statistiques. En l'absence d'un les statistiques de production et les prix des
« compte général du Maroc », résumant toutes marchés (affectés de coefficients correctifs pour
les activités du Protectorat et ses relations avec tenir compte des frais d'approche variables), et
l'extérieur, il sera nécessaire d'utiliser certaines
(6) Bien que ce livre reste capital pour la compréhension
- -(5)
- 'C'est
- ainsi que les droits de douane et les impôts indi-
des problèmes relatifs aux niveaux de vie, Il sera évidemment
nécessaire ùe corriger certaines conclusions, qui ne corres[)ol1d~nt
rects, qui avaient été de 2.050 millions de francs pour l'exercice plus Il la réalité de l'économie marocaine de 1950. Cf., ell I.art!-
1946 (27,3 % des recouvrements budgétaires) se sont élevés Il culier, l'étude sur les budgets de prolétaires musulmaus Il
13.955 millions de francs pour l'exercice 1949 (46,5 % des recou- Casablanca, parue dans le bulletin <économique et social au
vrements budgétaires). . Maroc, janvier 1950. nO 44.
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 57

en déduisant les impôts indirects et les sommes partie des dépenses du Maroc en biens de con-
nécessaires à l'amortissement et à l'entretien. sommation aurait été financée par des apports
Les achats à l'extérieur du groupe ou du sous- de capitaux extérieurs).
groupe devront être également défalqués ; le Bien d'autres problèmes, en particulier, en
produit net de la conserverie, par exemple, sera ce qui concerne le choix des données statistiques
ainsi obtenu après déduction des sommes repré- susceptibles d'être utilisées, doivent être encore
sentant la valeur du poisson, de l'huile et des résolus avant de pouvoir procéder aux calculs
boîtes utilisées par cette industrie, sommes qui définitifs. Ces difficultés sont d'ailleurs, princi-
seront comptabilisées dans les sous-groupes palement, des difficultés pratiques et non plus
respectifs ; le produit net des mines sera, de théoriques. Pour que les unes comme les autres
même, calculé d'après les prix Fob, après déduc- puissent être résolues de manière satisfaisante,
tion de l'équipement de remplacement, importé il serait utile de consulter des personnalités
au Maroc au cours de l'année écoulée, et des jouissant d'une autorité particulière dans le
achats à l'extérieur du groupe (frais d'approche, domaine du revenu national, par exemple M. le
énergie, etc... ). professeur François Perroux, chargé d'étudier
En ce qui concerne la dépense nationale cette question pour le compte du Gouvernement
(tableau III), la nécessité de rechercher un recou- français (7). Il serait également nécessaire qu'in-
pement valable des estimations effectuées pour terviennent de larges échanges de vues entre
le revenu et le produit, conduit à séparer, pour toutes les personnes, intéressées au Maroc par
chaque catégorie de dépenses individuelles (pos- la question, de manière à apporter un correctif
tes 31 à 40), les chiffres obtenus de sources aux solutions forcément incomplètes et person-
distinctes pour les marocains et les non maro- nelles qui viennent d'être exposées.
cains.
L'investissement national net pourra être *
'**
calculé en déduisant du total des investissements
publics et privés au Maroc, le montant global La théorie du revenu national est devenue
des apports extérieurs ; diminution des avoirs une branche à la fois si spécialisée et si com-
extérieurs détenus au Maroc (bons du trésor plexe de l'économie politique, qu'elle ne saurait
français par exemple) ; diminution du solde être utilisée à des fins pratiques en ignorant
positif du compte d'opération de la banque l'avis du spécialiste et en méconnaissant la vertu
d'Etat au trésor français ; prêts du fonds fran- du travail d'équipe.
cais de modernisation et d'équipement ; impor- Avril 1951.
tation nette de capitaux privés. En 1948-1949, E. C.
l'importance de ces quatre postes a été considé-
rable, et ferait, sans doute, apparaître, po~r
- (7) i:I).L.R. - On Hignal.. ra, à c'e snj.. t, le rapport J1rés..nté.
au nom (lu ('oIll"'{'il éeonomiqup, par l'II. Alfred Hallv;\" : « Btlltle
l'investissement national net, une valeur relatI- 1111 !"l'y"n\! national », flIIblié dans jo"r"al o/ficicl dc .la Rt'pll-
1J1iquc fl'ançah·w (HYis pt rallvort~ du conseIl éconoIlllque), no
vement faible, sinon négative (au cas où une 1~. :20 llé('pmbrf' l!I:;O~ p. :~:;:!.

TABLEAU J. - REVENU

Partiel Total

ECONOMIE TRADITIONNELLE :
1) Hevellus l'm'aux (production commercialisée) .
2) Autoconsommation rurale .
3) Revenus urbains .
.'1) Total des revenus de l'économie traditionnelle ,
ECONOMIE MODEUNE :
5) Salaires .
6) Traitements : .
7) Intérêts .
8) Dividendm, .
91 Profit individuels .
10) R(~y('IlUS IlOII dislribUl.:'s .
Il) Transf!'rts des travailleurs l'mi~l'és .
J 2) Hevenus nets des actifs extérieurs .
13) Total des reVŒms de l'économie moderne .
•1l!1'OlIlTES PUBLIQUES:
H) llevelHls lI!'s ('x}l[oiLat ions cJ'ElaL .
tG) Hevenus df'S domainf's .
1()) Impùt S indireds }JaY('s pal' (.Ie~ non J:ésidmltR .
17) Total des l'l'venus des autOl'1teR publiques .

REVENU NATIONAL NET AU COUT DES FACTEURS ;


58 B U L LET 1 NEC 0 N 0 1\1 1 QUE E T SOC 1 A L D UMAR 0 C·

TABLEAU II. - PRODUIT

Partiel Total

PRODUIT NET DE L'ACTIVITE PRODUCTIVE:


18) Agriculture ' .
19) Extraction minière '..................................................•...
20) Industrie : .. " .
21) Energie .
22) Bâtiment ' .
23) Transports , ' .
'21.) Distribution .
25) Logement _ .
26) Services privés .
27) Produit net de l'activité productive .. , .. , .
PRODUIT NET DES SERVICES PUBLICS :
28) Valeur nette des services publics .
IŒVENUS EXTERIEURS :
29) Transfert des travailleurs émigrés ; .
30) Revenu net des actifs extérieurs .
PRODUIT NATIONAL NET AU COUT DES FACTEURS:

TARI_EAU III. - DEPENSE NATIONALE

Partiel Total

CONSOMMATION INDIVIDUELLE AU MAROC


- Marocains :
31) Nourriture .
32) Habillement .
- 33) Logement .
31.) Autres dépenses .
35) Total des autres consommations des marocains .
- Non marocains:
41) Total des dépenses des non marocains .
40) Autres dépenses .
39) Transports .
38) Logement " .
37) Habillement ..............................................•...
36) Nourriture ........................•..........................
42) Total des consommations individuelles au prix du marché .
43) Moins impôts indirects ....•............................................
/14) Plus subventions .
-\5) Total des consommations individuelles au coût des facteurs .
titi) DEPENSES DES .4UTORITES PUBLIQUES EN BIENS ET SERVICES
DEPENSES HORS DU MAROC :
47) Service de la dette chérifienne .
48) Autres paiements du Gouvernement chérifien .
49) Frais de séjour en France et à l'étranger des résidents .
50) Dividendes versés en France et à l'étranger .
51) Total des dépenses hors du Maroc .
. INVESTISSEMENT NATIONAL NET:
52) Investissements publics au Maroc , .
53) Investissements privés au Maroc ' ' .
54) Total des investissements au Maroc .
55) Moins diminution des avoirs extérieurs détenus au Maroc .
56) Moins diminution du solde positif du compte d'opération .
57) Moins prêts du fonds de modernisation et d'équipement .
58) Moins importation nette de capitaux privés .
59) Investissement national net : .
DEPENSE NATIONALE NETTE AU èOUT'DES FACTEURS
TABUAU IV. - BALANCE RESUM EE DES PAIEM ENTS EXTE RIEUR

D
R E CET TES

Importa tions
Recette s ordinai res
10) Biens d'équip eme
. o ••• ;
1) Export ation amorti
voyage urs de passage au Maroc '" . 11) Equipe ment nouve
2) Dépens es des touriste s et
. o •••

3) Envois de fonds des "travail leurs émigré s 12) Toutes autres opé
urs ' . '" .
4) Revenu s des avoirs extérie
Solde net des
Rerette s e.rtraor dinaire s 13) Frêt
. 14) Assuran ces
5) Prêts du fonds de modern isation et d'équip ement
le Gouver nement françai s 15) Transit
6) Dépens es effectué es au Maroc par
16) Commi ssions banc

Diminu tion des a~JOirs e.rtérie urs Paieme nts effe

7) Diminu tion des avoirs détenus au Maroc (bons du trésor) ....


17) Service de ln dett
8) Diminu tion du solde positif du compte d'opéra tion ..... .... 1 18) Autres paieme nts
19) Frais de séjour
et de leurs fa
Balance
20) Dividen des vrrsés
1 aynnt Irur pri
. '" .
9) Import ation nette de capitau x
o" •
TOTA L
60 BULLETIN ECO.NOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

l'INFLUENCE DES FACTEURS ECONOMIQUES,


PSYCHOLOGIQUES ET SOCIAUX SUR LE DEVELOPPEMENT
DE L'INDUSTRIE DES, SOUS-PRODUIT} DU POISSON AU MAROC

Dotée d'un actif industriel de l'ordre d'un Cette industrie, qui s'est beaucoup dévelop-
milliard, l'industrie marocaine des sous-produits, pée depuis 1945, se trouve, après une période
qui groupe quarante cinq usines, traite le tiers de prospérité, placée devant les conditions entiè-
du volume de la pêche, fabrique 2 % des 'farines rement nouvelles, qui se sont manifestées cette
de poisson consommées dans le inonde, et a, année et influeront d'une façon décisive sur Son
ainsi, réalisé, en 1950, un chiffre d'affaires de orientation future à partir de la prochaine cam-
700 millions. pagne.

TABLEAU 1

EXPORTATIONS MAROCAINES D'HUILES ET FARINES DE POISSON (1)


(En tonnes et en milliers de francs)

J 9 4 9 J 9 5 a 9 mois 1951 Potentiel

Tonnage Valeur Tonnage Valeur Tonnage Valeur Tonnage Valeur

Farines .....................
~ 8.780 256.835 13.069 459.453 3.308 136.183 40.000 1.300
Huiles ............................ 345 29.756 2.092 140.618 651 67.499 6.500 450
Total .......... 9.125 286.591 15.161 600.071 3.959 -1 203.682 46.500 1.750

(1) Source : O.C.E.

Dans la mesure où elle saura résoudre les donc une base serIeuse per-!llettant d'édifier, au
problèmes qui se posent à elle, dans la mesure, Maroc, une concentration verticale extrêmement
aussi, où l'industrie des pêches saura prendre poussée, productrice de matières premières ali-
conscience de son rôle de régulateur de cette mentaires humaines et animales pouvant pallier
branche économique, celle-ci pourra conquérir toute disette.
une place enviable ou amorcer une période de Nayant pas atteint ce stade de développe..;
déclin. ment, cette industrie reste encore très vulnérable,
Néanmoins, ce tournant crucial pourra être en raison de ses imperfections multiples, que
abordé avec d'autant plus de confiance que cette nous passerons brièvement en revue.
industrie dispose de débouchés pratiquement
illimités, et que les seuls problèmes qu'elle a à ~ 0 Absence de diversification dans la production.
résoudre sont, de ce fait, des problèmes internes
S'~tant spontanément mise à la disposition
ou spécifiquement marocains.
de l'élevage, en une période où la reconstitution
Créée en 1943, à la conférence de ·Hot du cheptel était une préoccupation dominante
Spring, la F.A.O. n'a-t-elle pas établi, d'une des gouvernements, l'industrie des sous-produ1ts,
manière indiscutable, le rôle que peuvent remplir axée uniquement sur la fabrication des farines
les sous-produits de la pêche dans l'alimentation pour le bétail, s'est intégrée dans un secteur
des peuples, tout en soulignant la carence de économique particulièrement sensible à des
protéine dont souffre et souffrira de plus en plus influences cycliques, tour à tour favorables et
le monde, au fur et à mesure de l'accroissement défavorables.
de sa population ? Si la recherche de la perfection avait accom-'
Source la moins coûteuse de protéine, le pagné une telle spécialisation, la marge de sécu-
poisson, par la diversité de ses applications est rité se serait trouvée accrue.
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 61

Il n'en a malheureusement rien été jusqu'à L'effort entrepris depuis 1949, et qui permet,
ees dernières années, et, à de rares exceptions aujourd'hui, de dépasser les normes imposées
près, la farine de poisson marocaine ne s'est par l'O. C.E. (tableaux II et III) n'est cependant
affirmée sur les marchés mondiaux que par la pas assez constant, pour que soit complètement
constance de son « honnête médiocrité ». levée l'hypothèque du préjugée défavorable.

TABLEAU II

QUALITES ET NORMES DES FARINES DE POISSON


(.4nalyse sur le produit naturel)

a.c.E. Moyenne Maroc Moyenne Norvège lHoyenne Angola

1 HumidiU~ .......... (max.) 12 % 10 8 à 10.% 10


1
Lipidf's ............ (max.) 13 % 10 2 à 10 % 10
1 Prott"ine .......... (min.) ·'15 % 50/55 65 à 70 % GO %
Sel ............... (max.)
1
1 fi % 5/6 2 à 4% 4 %
Silice .............. (max.) J,3 % 1 traces 0,5 %
, Azote
1 ammoniacal .. (max.) 0,1% 0,09 traces 0,07%
Matières minl'rales ....... , Hon dosées non dosées non dosées non dosées
1

TABLEAU III plus en plus difficile pour des trésoreries éprou-


vées par une gêne, née de la spécialisation.
NORMES O.C.E.
DES HUILES BRUTES DE POISSON 2" Disparité entre les approvisionnements et le
potentiel industriel.
Claires Foncl\es Deuxième centre marocain des sous-pro-
duits, après Safi, Agadir, qui dispose des usines
les plus modernes et les plus puiss\lntes, peut
Acidité (acide oléique) max. 6% max. 12 % traiter 400 tonnes de poisson par jour et produire
Indicf' iode min. 170 % min. 160 % ainsi, théoriquement, en 200 jours de campagne,
Indice saponification. min. 170 % min. 170% 1
Eau et impuretés '" max. 2 % max. 2,% 20.000 tonnes de farine pour 80.000 tonnes de
poisson traité.
Or, eri 1950, où le maximum de la pêche a
été atteint dans ce port, avec :iO.OOO tonnes,
En outre, la seule extraction de la farine et 10.000 tonnes seulement ont été livrées à l'indus-
de l'huile brute ne permet pas la correction des trie des sous-produits, qui n'a pu exécuter que
prix de revient, par la mise en valeur de toute 1/8'"'0 du programme pour lequel elle avait été
une gamme d'autres sous-produits dont le conçue.
tableau IV permet d'avoir une idée.
Si l'on songe que cette disparité est sensi-
Pour ne prendre qu'un exemple, on peut, en blement aussi accusée à Safi et dans lés autres
effet, considérer que, faute d'équipement, l'in- ports, on peut, certes, être tenté de taxer ces
dustrie marocaine des sous-produits, a laissé industriels d'un manque de mesure dans la con-
partir à l'égoût, en 1950, 2.500 tonnes de « Stick- ception de leurs affaires.
water )), représentant une valeur de 435.000 Il faut cependant reconnaître, à leur déchar-
dollars. ge, que les proportions des entreprises qu'ils ont
'Compte tenu des amortissements et des crées restent bien faibles comparées à celles de
frais de fabrication nécessités par ce traitement, certaines qui fonctionnent en Norvège, ou même
la profession a été ainsi privée d'une ressource en Hollande, et qui produisent, à elles seules,
de 100 millions, dont la moitié, le cas échéant, plus que les 45 usines marocaines réunies, et
aurait pu être consacrée à réduire le prix des qu'en outre, l'abaissement des prix de, revient
farines de 10 %' ne peut être obtenu que par l'accroissement de
Le moment le plus favorable étant passé et la production.
le matériel industriel ayant augmenté dans des Ne faudrait-il donc pas plutôt considérer
proportions considérables (1), l'acquisition de que ces industries étaient en droit d'espérer un
nouveaux moyens de concentration deviendra de effort comparable de l'armement auquel elles se
proposaient d'apporter une raison de plus de se
développer, et qui ne leur offre, en contre-partie,
(1) Une installation de « Stickwater » coüte 20 millions,
,de raffinage 10, l1'h~'drogênation 40, dEô winterization 2". avec infiniment de réticence, qu'une f10tiIIe
TABLEAU IV - OBTENTION, PROPRIETES ET UTILISATION DES SO

METHODES
I. Extraction
Pressage

V
HUILES

r l"':"'~ 1 natt:.,,, IIIYd,"~'n'es 1 Win':",'


Huile de b
.Degras Margari
Huile de chamoiserie Huiles de transf
Stéarin
Savons Non saponifiable - Choleste
Peintures Scalèn
.V Lecithi
EXTRAITS AQUEUX
Stickwater
Condensed - Fish Soluble
ALIMENTS PROTEIDIQUES LIQUIDES
1 II. Hydrolysats

!j t
CHIMIQ
Sauces - B
Wiking Ei
Blanc d'œuf sy

PRODUITS PHARMACEUTIQUES
III. Sélectives
Foies, 1
Glandes t V
LAITANCES HUILES (2)
Boutargue (caviar de mulet) Huile di' foie de thon
l Extraits hormonaux Huile de foie dE' maquPreau
Ersatz Acide nucléique Vitamines A et D
alimentaires Frankfurter (saucisses de thon). Paté de foie gras. Càtelettes de poisson. .Jus de

(1) Seuls les produits en italique sont actuellement· fabriqués au Maroc.


(2) Les huiles de foie de thon et de maquereau BOnt In6nlment Vius riches ell vitamines D2 que l"hnile <le foie de
~1.2.000 TJ .1.. , ~bou - 2.000.000 uulU. luten>e.Uoua\e..). " .
H [] L J, E TIN ECONOMIQUE SOCIAL DU MAROC: 63

il'une navigabilité incertaine, dont l'équipage est 4° La méfiance des pêcheurs.


tfoP souvent nul, le rayon d'action dérisoire et
les cales trop petites ? COIllme le notait si justement le Père I"ebret
dans « pêcheries mondiales » (2) : « toutes les
D'aucuns prétendront que c'est une chance nations et, à l'intérieur de bien des nations.
que l'armement à la pêche n'ait pas suivi ce tous les pêcheurs, n'ont pas été tentés par le
rythme industriel qui aurait inéluctablement progrès. Entre conservateurs et novateurs une
abouti à dépeupler les fonds· marins marocains. concurrence dramatique, internationale ou na-
tionale, s'est établie » •
.30 L'épollvantail de« l'overfishing », et les Le Maroc se laissera-t-il tenter par le pro-
dangers de la « monopêche ». grès ou continuera-t-il de rester le pays d'une
Les mobiles qui inspirent ceux qui font cette monopêche artisanale· de la sardine, alors que
objection sont évidemment fort louables, mais cent autres activtés maritimes s'offrent à lui ?
ils n'apparaissent nullement fondés lorsqu'ils Tel est le fonds du problème marocain de la
s'appliquent à une flotille qui pêche en vue des pêche,
côtes et ne s'attaque, de surcroît, qu'aux seuls Les obstacles financiers et techniques ne
poissons migrateurs. sont pas les seuls à freiner cette évolution, et
Le IVm. congrès de la mer, qui s'est clos à bien plus importants semblent être ceux d'ori-
Ostende le 24 juillet dernier, et inscrivait à son gine psychologique.
ordre du jour la question de l'overfishing, a du Le comportement du pêcheur marocain est,
reste bien précisé que seuls, les poissons de fond en effet, celui d'Un joueur, beaucoup plus, que
(demersal fish) étaient susceptibles de courir un, celui d'un producteur. , .
danger du fait de l'intensification de la pêche. Cet esprn spéculatif a du reste été développé
La dL'sastreuse campagne de cette année a, par le système des parts qui, pour 60 %, revien-
par ailleurs, perinis de faire la preuve que l'ab- nent à l'équipage et lui font préférer le mirage
sence de sardines n'était pas due à la destruc- d'un haut salaire. pendant quelques jours de
l'année, à la stabilité .et à la sécurité du lende-
tion des bancs, mais à la position de ceux-ci hors
main que pourrait lui procurer un fixe, assorti
du rayon d'action des barques marocaines. Et, de primes plus rationnelles.
avec quelle amertume les gens de mer d'Agadir,
Il s'ensuit qu'au risque de tout perdre, il
n'ont-ils pas vu, dans leur port paralysé en août
n'est généralement attiré que par le poisson de
et septembre, venir mouiller ces gros sardiniers conserverie, et en vient à dédaigner 10 tonnes
espagnols aux cales pleines de sardines magni- de poisson à 5 fI' s, dans l'espoir de rapporter
fiques pêchées à 50 milles au sud de l'oued 2 tonnes à 18 frs.
·Souss....? .
L'influence péjorative du terme « sous-
Ce serait, à ce propos, une erreur de consi- produits », et le souvenir de l'orientation primi-
,dérel' qu'à l'instar des conserveurs, les fabri- tive de cette industrie, uniquement axée alors
cants de sous-produits ne sont intéressés que sur la « récupération » des déchets de conser-
par la seule sardine. verie, ne sont sans doute pas étrangères à cette
répugnance de l'homme de mer (qui s'est long-
Ils peuvent,. en effet, traiter toutes les autres temps considéré comme l'auxiliaire du seul
espèces pélagiques pourvu que les prix de vente conserveur), à livrer une matière noble pour
de ces poissons soient en rapport avec leur des fins qu'il considère, à tort, comme secon-
richesse en protéine et en huile. Le maquereau daires UD .
.et l'anchois (ce dernier plus abondant que la
sardine) leur étant proposés à des prix supé- i)" Prix de revient trop élevés et marché spé-
rieurs à ceux de la sardine, alors qu'ils sont
35 % moins riches qu'elle, n'ont pu, jusqu'à ce culatif·
jour, retenir leur attention. Toutes ces influences se conjuguent en une
Si ces prix pouvaient être abaissés en fonc- "ésu!tante qui vient peser lourdement sur le
tion d'un accroissement du volume pêché, une prix de revient du produit fabriqué.
telle extension systématique de la pêche à d'au-
tres espèces abondantes, aurait pour heureux l'PH, (~) lllNfUnt nntional de la statistique, presses nniversitai-
1'ariH 19GO.
résultat de ne plus faire du Maroc un pays de t::) li est symptomaliqlH' ,le noter que cet état <l'esllrit se
rPilète souvent dans des ,mtrefilets de presse, C'est ain8i '1ne
monopêche industrielle. l'on llOl1\"uit lin~, dnns h~ numéro du 4 décembre derniPI' (]'un
1(l'1l1lc1 'Jllotidien casablancai", l'information suivllnte ; « U1S
La monopêche, en effet, tout comme la \'(.;C1nmns ON'l' RAPponTI' 'rnop DE SARDINES - Trente tMnes
Nl\'iron de sardiuf's ont étê pcnluc8 ou tout nu,' moins 1:('tHlli(~.'(
monoculture, expose les pays qui la pratiquent au guano, il baH prix, car lf's COIlRf'l"Venrs n'ont 11\1 ab8orb~r la
à des crises sans issue qui, suivant un processus totalité dl' la pêelH', Rn effct, il fllt déversé saml'lli, :lll~, tonnes
il Casllblanca d'un \10iRson llRinable l'nviron il 70 %' Or, h's
économique bien connu, aboutissent, par con- ('onspt'ypurs, IIPU 1I11bitnéR il tIc tels tOllIlages, n'avaicut paR pris
lpl1r~ dispositioIls en conséquence.
,centration, à la création d'oligarchies financières Pal" ailleul"R, il fut inlposRihle {l'expédier v('rs ]('f'l traitt't!r~
'ou étatiques, qui ravalent le pêcheur de l'état de tI .. flati, ('al' la vpilll' III pêche avait été éJ(alement tl'êR fr\H'tueURe
ilnHH 1(' port du sud et les Bsilles ,ell étaient eneor~) pncolllbrées.
producteur associé à celui de prolétaire menacé 11 fallllt <lin'" He résOlldr", nprè" ,noir saturé le lllarc'hé <le
la ]11ll rée, il vendre 14~ reste aux ll:-;inPR d'Pllg-raiR pt farilles de
du chômage. (lOi~~lln ». (C'Pl"lt' nOllH qui ayons souligné).
64 BULLETIN ECONOMI~UE ET SOCIAL DU MAROC.

Jusqu'en 1948, où le déchet de poisson ne Matière première C4.200 kg. de


coûtait que 2.000 frs la tonne, le prix de vente poisson à 6 frs) . 25.200 frs.
de la seule farine suffisait à couvrir les frais Gaz-oil ou charbon, force et
généraux et les frais de fabrication, le bénéfice entretien . 10.000 »
résultant de la vente de l'huile.
Main-d'œuvre et frais sociaux
Le poisson, ou son déchet, revenant au 225
de 3 ouvriers pendant 1 h. 30 ... »
mimmum aujourd'hui à 6.000 frs la tonne
rendue usine, on conçoit que les prix de vente Frais généraux Cà raison de
n'ayant pratiquement pas varié, un tel équilibre 1.200.000 par an) . 2.000 »
ne soit plus réalisable. Amortissements . 2.000 »
Pour une usine d'importance moyenne, pro- Broyage, ensachage, sacherie,
. duisant 600 tonnes par an, avec 10 millions mise en Fob et divers . 3.500 »
d'immobilisations, le prix de revient de une
tonne de farine de sardine, s'établit, en effet, la tonne. 42.925 frs-
aujourd'hui ainsi :

EVOLUTION MOYENNE DES COURS DE LA FARINE DE POISSON AU MAROC


Base 50 % de protéïne sur le naturel

41

40

39

38

·37

36

35

33

3\

30

29

1
JUIN" JUillET AOUT SEPTEMB. ocTOBRE NOVEM8. o ECE. 1\1 B. JANVIER HVRI'ER
Pour tes anni\es 1fl49 et Ül50. le déml1rrage eh dents de sete est symptomatique d'un marché
encore jeune et spéculatif.
L.) creux de aoitt et septembre correspond à la période des ,'acances dans Ills affaires européennes
et au poids des stocks fRbriqués pendant trois mois au Maroc ; il peut être corrigé par l'influence
{}'événemen ts interna tionaux.
A var tir du 15 sevtembre. les stocks de la campagne hivernale de farine de harengs en Norvège.•
sont fortem,'nt résorbés et les cours tenJent à se stabiliser.
La seeondc purtie de l'année 1050 a naturellement été influencée par les événelll.ents ùe
Corée. La campagne de lD51 a débuté "ous cette influence. mais l'effondrement a été rapide en
raison de l'importance des stocks de sécurité constituéS fin 1950 dans certains pars .mropéens (nn
cours du ::me trimeRtre 1\)51, le cours monùial était seulement. de 68 frnnc C.A.F. le point de
protéine au quintal pour la qualité excellente).
La call1l'ltgne 1051 est en outre caractérisée par une pêche déficitaire et un tasspment (sans
doute définitif) des cour" de la farine de qualité moyenne. primées par celles que fabriquent le~
usines modernes marocaines.
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 65

Le cours mondial s'établissant aux alen- que la charge, écrasante, d'être le seul débouché
. tours de 35.000 frs la tonne (4), il est aisé de de la presque totalité d'une flotte de pêche, sera
calculer que le producteur perd 8.000 frs à la partagé par celle des sous-produits.
tonne pendant toute la période où le poisson est C'est .par une collaboration intime des
maigre et la production d'huile pratiquement pêcheurs, des conserve urs et des industriels du
nulle (de mai à août à Safi, et d'avril à septembre poisson que s'affirmera cette réussite.
à Agadir). Il n'a plus, dès lors, de chances de
combler son déficit que si la pêche du poisson La création d'une flotte spéciale pour le
gras est fructueuse au cours des derniers mois sous-produit serait, en l'état actuel des choses,
de l'année. une solution dangereuse, car elle risquerait
parfois d'aboutir au gaspillage que constituerait
Ce problème de trésorerie, auquel doit faire
le ramassage d'un poisson, usinable en conser-
face la moyenne entreprise, devient encore plus
verie, pour les besoins du sous-produit, et ne
préoccupant, lorsqu'il se pose à la grosse indus-
permettrait pas, en outre, de doter des perfec-
trie ayant des frais fixes élevés et n'utilisant, en
tionnements nécessaires une flotte dépendante
moyenne, comme c'est le cas à Agadir, que
des moyens financiers d'une seule industrie.
12,50 % de son potentel (5).
Si la profession s'est maintenue jusqu'à ce A un tel système de deux flottes concur-
jour, c'est en raison de la tenue paradoxale des· rentes, il faudrait préférer celui d'une flotte
cours de l'huile de poisson, qui n'ont pas suivi unique et mixte.
l'effondrement de ceux des autres matières Chaque bateau doté de deux filets, pourrait
grasses, et en raison, .aussi, de l'habileté .des disposer de deux séries de cales, les plus petites
agents commerciaux qm ont pu placer la farme, réservées à la sardine usinable, les plus grandes
au-dessus du cours mondial, aux époques les destinées à recevoir le tout venant.
plus propices, ainsi que le montre le graphique Il n'y aurait plus, alors, de retours à vide,
ci-joint, en tirant précisément profit d'une pro- car l'équipage, qui n'aurait pas rencontré le
duction relativement faible, apte à venir combler banc de bonnes sardines, aurait sans doute
les « trous » au moment opportun. croisé celui d'anchois ou de maquereaux et si,
par chance, seule la sardine s'était montrée en
SOLUTIONS D'A VENIR. grande quantité, le jeu de la loi des grands
nombres permettrait, lors d'une prochaine sor-
Une industrie de cette importance ne peut tie, au fabricant de sous-produit de retrouver
eependant pas rester perpétuellement dans un son compte.
état d'équilibre aussi instable et ne devoir son Les moyens financiers· de deux industries
salut qu'aux irrégularités et inconséquences réunies, permettraient en outre des réalisations
d'un marché mondial fiévreux. techniques qui simplifieraient la tâche des
Qu'une stabilisation se produise dans les pêcheurs.
eours mondiaux et cette industrie serait préci-
Afin de permettre plusieurs sorties par jour,
pitée, dès la campagne prochaine, dans une crise
les quais seraient équipés de suceuses, tandis
encore plus grave que celle que traverse, depuis
que des moteurs marins puissants et· des amé-
eette année, la conserverie.
nagements confortables permettraient des rayons
Plus ou moins atteintes, mais également d'action de 100 miles.
menacées, l'industrie de la conserverie et celle
des sous-produits qui, sous la rubrique « pro- La réussite d'une telle œuvre ne peut être
duits de la pêche », viennent au second rang le seul fruit d'initiatives particulières, elle doit
des exportations marocaines, n'éviteront la catas- être recherchée dans le cadre d'un plan hardi
qui réponde, à l'échelon marocain, au vœu de
-trophe que dans la mesure où elles coordonne-
ront leurs efforts. la F.A.O. qui suggérait que « les organisations
de la pêche existantes soient développées et
La vision claire de telles réalités ne saurait coordonnées sur une échelle mondiale pour en-
.eependant faire taxer de défaitÏ!lll1e ceux qui glober tous les secteurs de l'industrie, depuis
les expriment. Il ne peut être question de cher- les pêcheurs jusqu'aux distributeurs ».
eher une solution malthusienne et de ne pas
continuer de développer la pêche à la sardine Il n'est donc pas trop tard pour que « la
au Maroc, pour les besoins de la conserverie. plus vieille activité de l'homme », qui n'a
Mais si la conserverie veut reprendre son essor, qu'exceptionnellement, dans le passé, retenu
. elle ne doit plus être la seule à faire vivre la l'attention des gouvernements, fasse maintenant
Dèche. l'objet de leur sollicitude et soit soutenue dans
les initiatives qu'elle ne manquera pas de pro-
Maintenant et augmentant son rang, elle
poser.
n'atteindra son plein épanouissement, que lors-
Décembre 1951.
(4) 3;-'.000 frs en octobre 1951 - 38.000 frs en novembre CLAUDE BREZILLON,
1951 - (buse ;;;; % prot~Ine). . . .
. . (;;) Pour lIne telle lI~me traItant le maquerellU. le prIX de Administrateur
revient d'nne tonne de farille "Ht de O:l.oqo frH, Hoi~ : .matière
première (7 tonnes) 42.000 + S.OOO (fraIS de fabrIcatIOn) + de la chambre syndicale marocaine
;;.000 (frais généraux) + 4.000 (amortissements) + 4.000 (ensu-
des sous-produits du poisson.
~bage et di vers).
66 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

EXTRAITS
DU DISCOURS PRONONCE PAR LE GENERAL ' D'ARMEE GUILLAUME,
COMMISSAIRE RESIDENT GENERAL DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE AU MAROC,
EN OUVRANT LA SESSION D'HIVER DU CONSEIL DU GOUVERNEMENT

.................................. Bon gré, mal gré, nous devrons différer, ou échelonner,


l'exécution de projets dont l'utilité pour la collectivité
est pourtant évidente.
Dès mon arrivée au Maroc, j'ai tenu à définir avec
la plus grande clarté le programme d'action que je D'une part, il importe de développer les ressources
me suis fixé en conformité avec les directives du Gouver- du sol et du sous-sol afin de suivre le rythme d'accrois-
nement de la République. Il s'agit avant tout de pour- sement de la population.
suivre sans relâche, dans l'ordre et dans la paix, e~ D'autre part, et simultanément, doit être poursuivi
plein accord avec le Maghzen chérifien l'œuvre de CiVI- l'effort sur le plan social au profit des Marocains.
lisation et de progrès entreprise par la France dans Le perfectionnement de l'agriculture traditionnelle
ce pays. sera recherché par l'extension du paysanat qui repré-
Notre but essentiel a été, et demeure, de faire de sente une des, initiatives à la fois les plus généreuses
l'Empire chérifien un Etat moderne, offrant à tous ses et les plus efficaces jamais entreprises dans le monde.
habitants, quelles que soient leur race, leur langue o,u Et j'ai à peine besoin de rappeler les services impor-
leur religion, la possibilité de développer leurs fac.ul~,s tants rendus, chacun dans leur secteur, par les orga-
naturelles pour le plus grand profit de la collectiVIte. nismes de prévoyance, de crédit, et de coopération.
* Nous avons également prévu des crédits importants
1** pour l'extension des périmètres irrigués ains~ que pour
Au prix de doulour~ux ~acrifices, ~a .F~a~ce .a, mis la restauration et la conservation des sols.
fin à des dissidences seculaIres, et reahse 1umte du Le développement industriel sera orienté vers la
pays, sous l'autorité de la dynastie Alaouite. transformation des produits locaux et la satisfaction
En dépit de deux guerres, ,mo~diales, e~le a ~our­ des besoins croissants de l~ population.
suivi un vaste programme d equlpement economlque, Un effort important serà fait en faveur de l'arti-
qui a seul permis d'adapter le Maroc au rythme de la sanat qui bénéficiera des crédits nécessaires à la
vie moderne. modernisation indispensable des conditions de travail
En jugulant les ép.id~mies ~t en supprimant. la de l'artisan marocain.
famine, elle a presque trIple le chIffre de la populatIOn. D'autre part, le Gouvernement s'appliquera à
Enfin, un enseignement moderne, ouvrant lar~e­ rechercher de nouveaux débouchés pour les produits
ment aux jeunes générations l~s port~s ~u pr?gre~, artisanaux.
s'est ajouté à l'enseigement claSSIque ,lm-meme renove. C'est également au profit immédiat des populations
Tous ces résultats ont été recherchés et obtenus marocaines que nous orienterons nos efforts dans quatre
dans le respect le plus absolu de la religion islamique directions : Justice - Enseignement - Santé -
et des coutumes. Habitat.
Pour assurer l'avenir, il importe désormais d'accé- Tandis que nous tendrons, en accord avec le Souve-
lérer la modernisation du Maroc, en portant simulta- rain, à donner aux justiciables marocains des garanties
nément notre effort sur le plan matériel et sur le plan accrues, nous assurerons aux magistrats des traitements
humain. Le développement économique et le progrès en rapport ave~ l'importance de leur fonction. En même
social étroitement solidaires, nécessitent, pour être temps, nous poursuivrons notre effort d'amélioration
conduits au terme souhaitable, un effort financier con- ou de construction de Mahakmas.
sidérable. On ne saurait nier que, jusqu'ici, la France
en a presque seule assumé la charge. Les détracteurs seront En ce qui concerne l'enseignement, nos objectifs
de notre œuvre doivent savoir que les capitaux qui ont fants, de de scolariser le plus grand nombre possible d'en-
fait surgir des usines et des moissons, qui ont créé davantage,préparer les élites à participer, chaque jour
des villes et transformé jusqu'à la physionomie du pays, de former les techniciens des
à la gestion affaires du Maroc, enfin
indispensables à son dévelop:
ont été preque exclusivement français. En valeur actuel- pement économique.
le, ces investissements publics et privés: dépasseI!-t
quinze cent milliards de francs, dont la maJeure partie En matière de santé et d'hygiène publiques, nous
a été fournie par l'épargnant métropolitain. poursuivrons la lutte préventive contre les épidémies
Aujourd'hui, c'est la: collectivité française, qui, par tout en complètant un équipement hospitalier que bien
des pays nous envient déjà.
un acte législatif librement consenti, accepte de consa-
crer une partie de ses ressources au développement Quant au problème de l'habitat, nous essaierons
économique et social du Maroc, relayant ainsi une épar- de le résoudre en engageant une lutte de vitesse contre
gne individuelle que la dureté des temps ne cesse de l'extension des bidonvilles, corollaires du développement
réduire. industriel et de la concentration urbaine.
C'est donc bien le sang, l'initiative, le travail et Nous consacrerons des crédits beaucoup plus impor-
le capital français qui, malgré- deux guerres, et en tants à la construction de logements marocains et nous
moins d'un demi-siècle, ont créé, avec le concours de encouragerons les initiatives privées concourant au
la population autochtone, le Maroc moderne. même but.
Si l'œuvre accomplie dans tous les domaines nous Si nous sommes décidés à porter, en priorité, notre
remplit d'une légitime fierté, nous ne pouvons cepen-' attention sur le problème marocain, nous songeons
dant nous bercer d'aucune illusion sur la disproportion également aux Français et aux Européens qui ont si
qui persiste entre les ressources financières dont nous- puissamment contribué au développement de ce pays.
disposons pour la poursuivre, et les besoins dont l'ac- Nous améliorerons les mesures déjà prises pour favo-
croissement résulte de l'essor démographique et écono- riser l'extension rapide des programmes de construction
mique du pays. Une hiérarchie rigoureuse ,des urgences et, principalement, ceux qui intéressent les familles
s'impose si nous voulons éviter de disperser nos efforts. nombreuses et les anciens combattants.
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 67

Abordant le plan budgétaü'e, . capitaux prIves extérieurs, français et étrangers, à la


je tiens à vous exposer brièvement la façon dont se mise en valeur du Maroc. C'est là, dans les circons-
traduira, pour le budget de 1952, le programme dont tances actuelles, le seul moyen d'activer la mise en
les grandes lignes viennent d'être dégagées. valeur et l'équipement, sans faire un appel excessif à
L'augmentation du volume de ce budget, qui s'éta- l'impôt.
blit globalement à 29 r;o par rapport aux prévisions Dans son exposé, le directeur des finances, vous
initiales de l'exercice précédent, peut paraître considé- indiquera, par grands chapitres, les caractéristiques
rable à première vue. Cet accroissement inéluctable principales du projet de budget.
s'explique cependant par des causes multiples sur En résumé, nous' sommes résolus à donner, dans
lesquelles nous nous trouvons sans possibilité d'action. toute la mesure du possible, la priorité aux dépenses
C'est ainsi que, dans le monde entier, on constate d'intérêt social intéressant les Màrocains. L'œuvre
un relèvement général des charges budgétaires suppor- entreprise dans ce domaine ne sera sauvegardée et ne
tées par les Etats. Au Maroc, celles-ci sont d'autant pourra être poursuivie que dans un climat d'ordre et
plus 'lourdes que de nombreux services d'intérêt social, de' paix. S'il ne tient pas à nous que la paix extérieure
notamment l'instruction publique et la santé, sont soit main,tenue, au moins est-il nécessaire que le Maroc
entièrement gratuits pour la grande masse des usagers. prenne réellement conscience de l'interdépendance qui
D'autre part, au fur et à mesure que nous pénétrons le lie, du fait même de sa situation géographique et
plus avant sur le chemin· de la modernisation, il nous stratégique, au Monde occidental. Cette situation a
faut toujours plus de personnel de direction, plus de grandement contribué à créer entre lui et la France,
techniciens, plus de main-d'œuvre qualifiée, et aussi une nouvelle communauté de destin. Quant à l'ordre
plus de matériel et de matières premières. intérieur, il importe d'éviter qu'il puisse être troublé
par des propagandes extrêmistes ou par de néfastes
Il faut· surtout rappeler que le Maroc est encore illusions entretenues, à dessein, de l'étranger.
loin d'avoir achevé son équipement, ce qui lui permet
d'avoir une structure économique très moderne, mai~ Sans condamner le nationalisme quand il est
entraîne, en contre-partie, des dépenses considérables. l'expression d'un patriotisme sincère, je rappelle que
Celles-ci se trouvent actuellement majorées, non pas la' démocratie exige un apprentissage que l'histoire
en prix réels, mais en prix comptables, par l'élévation nous montre long et difficile. Or, c'est précisément cet
générale des prix mondiaux. apprentissage que la France poursuit ici dans le cadre
En dépit de ces facteurs défavorables, les dépenses des responsabilités que lui confèrent les traités en
vigueur. C'est là un début essentiel des réformes qu'elle
publiques ont été, je tiens à le dire, comprimées au s'est engagée à promouvoir. La plus récente, en réno-
maximum. vant les djemaas administratives, confie aux groupe-
Je souligne en particulier que le paiement de tous ments naturels des communautés rurales la gestion de
les fonctionnaires n'absorbera, en 1952, qu'un tiers des leurs affaires. Une autre réforme a appelé un nombre
crédits globaux, soit 26 milliards de francs sur 79. déjà considérable de Marocains à élire les membres des
C'est là une proportion raisonnable et qui ne pourrait chambres consultatives.
être brutalement réduite sans mettre en danger l'effi- C'est ainsi que se créé la démocratie puisqu'ainsi
cacité même de l'administration. Ce qui importe, surtout les populations sont amenées progressivement à prendre
à cet égard, c'est d'accroître le rendement des services conscience des intérêts de leur collectivité.
publics, en particulier par la recherche de méthodes
modernes de travail, et aussi de diminuer le train de
vie de l'administration qui devra renoncer à toutes *
dépenses ne représentant pas une utilité indiscutable. **
L'équilibre du budget pourra être obtenu sans Voici défini à grands traits, avec une briéveté
création de nouvelles recettes fiscales, grâce aux plus- voulue, le programme que nous comptons réaliser, en
values budgétaires et à une augmentation très modérée plein accord avec le maghzen chérifien, et avec le con-
des tarifs postaux et téléphoniques et du prix du tabac. cOUrS de tous les habitants de ce pays, pour conduire
Cet équilibre peut être considéré comme d'autant le Maroc vers un avenir meilleur. ·Le chemin qui reste
plus satisfaisant que le' concours du bu4get ordinaire à parcourir peut paraître long. Aux esprits impatients,
à celui d'équipement est, à la suite des dernières modi- nous rappellerons qu'en 1912, le Maroc, qui avait connu
fications du budget, en augmentation de deux milliards jadis une brillante civilisation, vivait, depuis lors,
et demi par rapport à l'exercice en cours. replié sur lui-même à l'écart des autres Nations, para-
Dans l'ensemble, le budget d'équipement public lysé par des luttes intestines, hermétiquement fermé
continuera à être financé pour moitié environ par aux courants du progrès et de, la pensée modernes.
l'apport de capitaux extérieurs, notamment par les L'absence totale de ports, de routes, d'hôpitaux, témoi-
crédits du fonds Français de modernisation et d'équipe- gne de l'état dans lequel la France trouva le Maroc.
ment. Vous savez quelles sont les difficultés financières Fidèle à ses engagements, la France, dans tous
actuelles de la France, dues en grande partie à la les domaines, a poursuivi sans relâche, l'effort de
nécessité de mettre sur pied un appareil de défense modernisation. Elle ne saurait cependant prétendre
eollective qui serait, s'il le fallait, au service du Maroc avoir, en si peu d'années, dépassé un retard de plusieurs
eomme de toutes les nations menacées. Le fait que ce siècles. Si un reproche devait, à la rigueur lui être
pays ne supporte aucune des charges qu'impose à la adressé, ce serait de n'avoir point fait suffisamment
France le réarmement, montre combien généreuse est connaître au monde le vrai visage de son œuvre dans
l'aide de la Métropole en fave~r de l'équipemnt du ce pays. .
Maroc. Nous souhaitons ardemment que pour finir, la
Bien que la diminution de l'aide Marshall ait vérité l'emporte sur le mensonge, l'amitié sur la haine,
considérablelJlent réduit la proportion dans laquelle la la liberté et la démocratie sur le fanatisme racial et
contre-valeur en francs alimente le fonds Français de religieux, synonymes de répression et d'oppression.
modernisation et d'équipement, nous ne saurions passer En tous cas, le projet de budget soumis à votre
sous silence le soutien du GQuvernement des Etats-Unis, examen, avant d'être présenté à l'agrément de Sa
soutien grâce auquel la couverture de certains de nos Majesté le Sultan, marque notre volonté d'accomplir
besoins incompressibles peut être assurée. une nouvelle étape sur la voie du progrès. .
Pour l'avenir, il importe que notre effort propre Accorder nos possibilités, fatalement limitées, aux
soit encore accru. C'est pourquoi il nous a paru équita- besoins les plus impérieux, après avoir dressé soigneu-
ble de réévaluer la contribution demandée jusqu'ici à sement le bilan et l'ordre d'urgence de ces derniers, tel
certaines catégories de la population, et d'établir de est le problème à résoudre. A vous de dire, en toute
nouveaux barêmes pour les services dont la charge indépendance et en toute impartialité, si le budget de
incombe, au moins partiellement, au budget de l'Etat. 1952, tel qu'il a été établi, répond aux buts que nous
Par ailleurs, nous nous efforcerons d'intéresser les nous sommes assignés.
68 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROc:.

EXTRAIT
DE L'EXPOSE DU DIRECTEUR DES FINANCES AU CONSEIL DU GOUVERNEMENT
(Session de'décembre 1951) (1)

1. - EVOLUTION ECONOMIQUE notamment des emplois à une population de plus en


plus nombreuse. Mais il serait imprudent pour certaines
Production et échanges ont été dans l'ensemble très entreprises désireuses de s'installer au Maroc d'être'
actifs au cours de l'année 1951. guidées moins par des considérations économiques vala-
Qu'il s'agisse des secteurs de base, de la production bles que par des préoccupations relatives à la situation
du sol ou du sous-sol, du trafic maritime ferroviai~e, internationale.
des créations de sociétés ou de la construction, les statIs- L'industrie de la pêche, celle de la conserve de'
tiques font apparaître presque partout des augm~nta­ poisson et de l'huilerie connaissent quelques difficultés.
tions très sensibles, Pour citer un exemple parmI les Au problème des débouchés s'ajoute, pour la conserve,
plus caractéristiques, le trafic du port de Casablanca celui des prix de revient, qu'il est devenu nécessaire
s'est accru de plus de 11 % par rapport à l'an dernier, de comprimer. En ce qui concerne.la pêche maritime,
Production de base, le Gouvernement va entreprendre, à l'aide de subven-
Dans le secteur de l'énergie, 12 milliards de francs, tions et de moyens de crédits, un important effort en
dont près de la moitié à la charge du budget, ont été faveur de la modernisation de la fiotille de pêche.
consacrés à la poursuite de l'équipement hydro-électri-
que et thermique. La production de co~rant; en ,aulFmen- L'agriculture.
tation de 26 % enVIron sur 1950, s est elevee a 625
millions de kWh. Elle atteindra un milliard de kWh. Il est superflu de rappeler le rôle essentiel de
après l'achèvement, prévu pour 1954, des grands ouvra- l'agriculture dans un pays comme le Maroc où cette
ges en cours. branche d'activité absorbe les quatre cinquièmes de la
Les charbonnages nord-africains auront extrait population et constitue un puissant facteur d'équilibre
380.000 tonnes de charbon dans l'année. La réorgani-
économique et social. L'Etat se doit de l'encourager.
Aussi, a-t-il paru opportun d'accroître très sensible-
sation financière de la société, intervenue tout récem- ment au budget de 1952 les dotations relatives aux
ment, permettra de faire participer largement les distributions de semences sélectionnées, à l'hydraulique
capitaux privés aux investissements de l'ordre de 2 agricole, aux chemins tertiaires et au paysanat. Un
milliards et demi de francs qui sont nécessaires pour effort sera fait également pour accroître les moyens
porter la production à 600.000 tonnes avant deux ans. de stockage ainsi que pour développer l'usage des
L'importation des produits pétroliers est en nota- engrais, en vertu de l'adage suivant lequel « il faut
ble augmentation. La recherche et le traitement du nourrir la terre pour que l'homme soit mieux nourri ».
pétrole brut au Maroc recevront une impulsion nouvelle La revalorisation des prix des céréales, réalisée
en 1952 grâce, en partie, à une subvention importante cette année, constitue, en outre, un des meilleurs encou-
du fonds français des hydro-carbures. ragements au développement agricole du pays. Elle
La production des phosphates s'est accrue de 500.000 permet d'espérer une augmentation des emblavures,
tonnes en 1951. Les excellents résultats de l'exploitation pour la prochaine campagne.
et de la gestion commerciale de l'office permettront à Le Maroc doit tendre à assurer sur son sol ra
cet organisme, tout en poursuivant le développement satisfaction de ses besoins en blé, malgré l'augmenta.
ae ses installations, de verser à l'Etat chérifien une tion rapide de la consommation du pain qui témoigne
contribution très largement supérieure à celle du pré- de l'élévation du niveau de vie de la population. En
cédent exercice. 1951, il s'en faut encore d'un million de quintaux
L'industrie minière, dans son ensemble, connaît environ pour que cet équilibre soit réalisé.
elle-même un rapide essor que traduiront les plus-
values de recette de la taxe de sortie des minerais. On Le déficit de la balance commerciale.
ne saurait oublier cependant le stimulant que les
circonstances internationales actuelles peuvent exercer Cette insuffisance contribue au déficit de la balance
sur ses exportations. commerciale qui s'est notablement accru de mars à
octobre. Après les progrès réalisés à la fin de 1950 et
La construction. au début de 1951, le Maroc connaît, comme la France
et un certain nombre de pays européens, une augmen-
Si l'on admet que l'effort d'un pays dans le tation très sensible de ses importations, tant en volume
domaine de la construction est l'un des meilleurs indices qu'en valeur, augmentation insuffisamment compensée
de son activité, le Maroc semble en bonne voie à cet par l'essor des exportations.
égard. Le nombre des chantiers, ouverts depuis six Cette situation n'est pas seulement due à des achats
mois à Rabat et à Casablanca, a presque doublé par de matières premières et de biens d'équipemnt qui ont
rapport à la période correspondante de 1950. subi des hausses très importantes, mais qui laissent en
Sans doute cette cadence est-elle encore insuffi- revanche présager un développement d'activité écono-
sante pour résoudre à brève échéance le problème du mique. Elle est aussi le fait d'un afflux de produits
logement mais son accélération se heurte à certaines de consommation s'expliquant par les besoins croissants
difficultés matérielles et en particulier au manque de de la population. Elle correspond parfois également à
main-d'œuvre spécialisée. une tendance au stockage, qui se justifie dans certains,
secteurs et dans certaines limites pour des raisons de'
sécurité.
Industries de transformation.
Les industries de transformation continuent à se
développer. Elles ont l'avantage de valoriser les pro- (l) N,D.L.R, - cf. Extrait de l'exposê du direeteur des
duits naturels du pays, agricoles ou miniers, et de finances il lu commission du budget du conseil du GOll\'ernement
(juillet l\J;;l) •. duns bulletin économique et social l1u Mat'oc 'Vol.
contribuer à l'élévation du niveau de vie en offrant XIV. no 51, ;~me trimestre 1951. '
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 69

Encouragements à l'exportai,ion. suivantes, s'était à peu près stabilisée en 1950. Mais


au printemps de cette année elle a repris un rythme
Il ,est plus nécessaire que jamais de développer d'accroissement très rapide qui l'a porté de 31 milliards
nos exportations et de rechercher des débouchés exté- au 1 ee avril à 40 au 1'" novembre. Elle oscille aujour-
rieurs pour les produits marocains. De nombreux efforts d'hui autour de 38 milliards.
ont été déployés à cet égard pendant l'année, tant par
la direction du commerce que par l'office chérifien L'évolution des dépôts est assez différente. Le mon-
d'exportation et par l'initiative privée. D'intéressants tant des dépôts bancaires, sensiblement égal en 1940
contacts ont été pris, en particulier avec le Canada, à celui des billets, a augmenté beaucoup plus vite à
la Belgique et l'Allemagne. Sur le plan financier, on partir de 1945. L'accroissement, particulièrement rapide
connaît les encouragements qui ont été donnés aux en 1950, s'est, par contre, nettement ralenti à partir
exportateurs en portant notamment de 15 à 25 % le du 1'" avril 1951, en dépit des importants dépôts cons-
pourcentage des devises laissées à leur disposition sur titués à dessein dans les banques par des organismes
le produit de leurs exportations vers la zone dollar. publics. Quant aux dépôts aux chèques postaux et à
Pour les ventes en consignation à destination de cette la caisse d'épargne, ils ont peu varié au cours des
même zone le pourcentage va être porté de 6 à 15 <;!c. derniers mois.
L'évolution différente de la circulation monétaire
La libération des échanges. et des dépôts provient dans une large mesure des chan-
gements intervenus cette année dans la balance des
On peut penser en outre qu'une libération progres- comptes du Maroc.
sive des échanges exercerait ses effets sur les ventes
à l'étranger et permettrait des importations au moindre
prix ainsi qu'un abaissement des frais de production Règlements extérieu~s lit mouvements de capitaux.
et du coût ed la vie. Mais il convient de ne pas oublier Depuis dix ans les règlements extérieurs laissaient
les considérations d'ordre monétaire sur lesquelles se un excédent. II n'en est plus ainsi. Depuis le 15 octobre,
fondent les restrictions commerciales qui subsistent le trésor français est créancier de la banque d'Etat du
aujourd'hui. C'est ainsi que la pénurie de dollars, dont Maroc au compte d'opérations.
souffrent la plupart des pays, s'oppose, pour le moment,
à une libération des échanges vis-à-vis de la zone dollar. Jusqu'à l'année dernière, le déficit du commerce
extérieur était balancé par les transferts au Maroc de
A l'égard des pays européens, le fonctionnement de capitaux métropolitains. Mais, depuis peu, ce déficit
l'U.E.P., dans la mesure où il continuera de progresser, s'est accru, comme on le sait, et l'on a assisté d'autre
devrait rendre possibles de larges assouplissements aux part, à un reflux des fonds à court terme ~enus de
conditions actuelles des échanges. Mais il y a lieu de France ; ,mouvement qui se traduit par un renversement
songer, dès maintenant, aux problèmes qui pourraient du solde des transferts bancaires entre le Maroc et
en résulter pour certaines industries marocaines. l'extérieur.
Sans doute, le Maroc, qui continue à bénéficier d'un
L'approvisionnement du pays. courant régulier d'investissements, n'a-t-il ainsi perdu
On doit reconnaître que, jusqu'à présent, et grâce que des capitaux flottants dont il n'est pas étonnant
à l'aide de la France, l'approvisionnement du pays a que diverses circonstances et, en particulier, le resser-
été assuré dans des conditions sastifaisantes de prix rement du crédit en France aient pu provoquer le
et de quantités. Des allocations très larges de devises départ. Mais ces capitaux étaient, en général, placés
nous ont été accordées pour les produits de première dans les banques et leur dis,parition a affecté les dépôts.
nécessité intéressant la mas.se de la population maro-
caine. Elles ont permis, en particulier, d'abaisser récem- L'accroissement des engagements bancaires.
ment le prix du sucre à la consommation et d'assurer
à des prix modérés des approvisionnements abondants Au même moment les banques étaient l'objet d'un
de thé et de cotonnades. Il faut espérer que cette aide afflux de demandes de crédits. De janvilir à octobre
pourra nous être maintenue en 1952 malgré les restric- les avances consenties par elles sont passées de 49 à
tions que la France sera sans doute obligée de faire 71 milliards. Cet accroissement ne paraît pas dû seule-
subir à ses importations en dollars. ment aux besoins de financement du développement de
l'économie et d'une récolte abondante. Le recours au
crédit pour constituer des stocks et pour hâter l'achat
Prix et salaires. de devises en vue d'importations l'explique également.
Le problème des prix et des salaires préoccupe en Le pourcentage des engagements bancaires par rapport
effet, au premier chef, le Gouvernement. La hausse aux qépôts s'est ainsi trouvé porté à un niveau qui
des matières premières sur le marché international ne saurait être dépassé sans danger.
devait inévitablement se répercuter sur le niveau des Cette situation a déterminé, au cours des derniers
prix au Maroc. Si justifiée que soit, d'autre part, la mois, une utilisation plus grande par les banques des
hausse des prix agricoles, en face de celle, inégalement facilités de crédits dont elles bénéficient chez l'institut
répartie d'ailleurs, des prix industriels, il était normal d'émission. Avances, réescompte et achat de bons par
que 'le prix du blé entrainât celui du pain. la banque d'Etat du Maroc ont presque doublé depuis
Des rajustements du salaire minimum légal s'impo-, le début de l'année.
saient. Ils ont en lieu en avril et en septembre. En Ainsi s'explique, en grande partie, l'augmentation
même temps, le Gouvernement, par deux fois, procédait de la circulation monétail'e, qui semble avoir subi par
au relèvement des traitements des fonctionnair~s. ailleurs, dans une plus faible mesure, l'influence des
Il serait présomptueux d'affirmer que le nouvel dépenses de construction des bases aériennes.
'équilibre qui tend à s'instaurer est appelé à durer.
Trop d'incertitudes existent encore sur le plan interna- La hausse du taux de l'escompte.
tional. Des motifs d'ordre général, d'autres propres au
Maroc, commandent, par ailleurs, une certaine vigilance . Les risques d'inflation ont conduit la banque d'Etat
à l'égard de la monnaie. a mettre en œuvre l'une des mesures qui traditionnel-
lement, sont destinées à lutter contre ~ne expansion
excessive des moyens de paiement. Le taux d'escompte
II. - MaNN AIE ET CREDIT de l'~nstitut d'~m!ssion a successivement été porté de
A. MONNAIE. 2,75 a 3 %, pUIS a 3,50 %. L'augmentation a été modé-
rée et prudente puisque dans le même temps la banque
Circulation fiduciaire et dépôts. de !ra?ce rel.evait son taux de 2,50 à 3, puis à 4 %'
MalS SI les CIrconstances le rendaient nécessaire, une
La circulation monétaire, dont le volume avait nouvelle hausse du taux de l'escompte devrait être
décuplé de 1940 à 1945, et triplé pendant les cinq années envisagée.
iû B U L.L E TIN E CO N 0 MI QUE ET SOCIAL DU MAROC

B. - CREDIT. ments pour les fonctionnaires, certaines sommes qui


Eleront ultérieurement remboursées par le budget.
Crédit privé. Outre ces mesures financières, des dispositions légis-
Quel que soit son souci de combattre toute menace latives,. prises cette année, vont améliorer le crédit à
d'inflation, le Gouvernement ne souhaite ni instituer un la construction : institution d'un régime spécial de
contrôle administratif du crédit, peu conforme aux prêts pour les Marocains, amélioration au régime des
traditions libérales de ce pays, ni surtout aggraver la prêts pour les anciens combattants, extension des pos-
situation des entreprises saines. sibilités de prêts et de ristournes aux coopératives de
Il fait confiance aux banques pour distinguer, 'construction de logements. La remise en vigueur du
parmi les demandes de crédit, celles qui servent les régime de 1932 pour les habitations à loyer modéré va
intérêts de l'économie de celles qu'inspireraîent seule- permettre, d'autre part, un accroissement des prêts
ment les perspectives d'une dépréciation monétaire. . dans des conditions très libérales puisque, pour beau-
coup de bénéficiaires, la participation demandée n'excè-
Dans cet esprit la direction des finances encourage dera pas 10 % du prix du terrain et du coût réel de
l'activité de la caisse marocaine des marchés dont la construction.
l'intervention améliore les conditions de crédit faites
aux entreprises. Elle a 'pris, par ailleurs, certaines Le Gouvernement se préoccupe en outre de faciliter
mesures pour accélérer les paiements sur marchés des l'attribution de crédits bancaires à moyen terme aux
administrations publiques. Il fallait, en effet, supprimer industriels construisant pour loger leur personnel. Aux
l'anomalie consistant, pour une entreprise ayant exécuté ristournes d'intérêts s'ajoutent des avantages fiscaux
des travaux pour le compte de l'Etat, à se trouver gênée en matières d'amortissement, qui vont être élargis.
faute d'être payée en temps voulu, alors qu'au même Il est, d'une façon générale, hautement souhaitable
moment l'administration traitante disposait d'impor- que se développent les investissements privés immobi-
tants crédits non dépensés. liers. De tels placements devraient attirer les capitaux
La législation sur le warrant industriel permettra, marocains, français et étrangers.
d'autre part, aux industries d'obtenir dans de meilleures
conditions des avances bancaires pour leur approvision- Investissements et marché financier.
nement en matières premières. L'économie marocaine dans son ensemble a d'ail-
leurs grand besoin de capitaux à long terme. Celà n'est
Crédit à l'agriculture. pas seulement vrai pour les entreprises nouvelles. Il
Quant aux crédits speCIaux en faveur' de l'agricul- devient de plus en plus nécessaire que les entreprises
ture, ils ne cessent de se développer. existantes mettent leur capital en harmonie avec leurs
opérations.
Les conditions d'attribution des crédits par la
caisse fédérale ont été élargies pour tenir compte du Le marché financier marocain doit pouvoir fournir
renchérissement de l'outillage. son concours. A cet égard, il convient de signaler
l'activité témoignée au cours de l'année par l'office de
Des mesures ont été prises, en outre, pour accroître cotation de Casablanca dont les opérations ont triplé
les pouvoirs de décision des commissions régionales, et par rapport à 1950. '
pour réduire les délais, parfois excessifs, d'attribution
des prêts. Les investissements privés ont, dans ce pays, un
large champ d'action. L'Etat assume déjà une charge
Un effort particulier a été fait, d'autre part, en suffisamment lourde en appliquant ses efforts à attein-
faveur des petits fellahs par les sociétés marocaines dre les objectifs essentiels, ainsi que le montre le
de prévoyance au cours de la campagne 1950-1951. Le rapide examen du projet du budget qui va suivre.
financement de la récolte de 1951 a été facilité grâce
aux fonds mis à la disposition des coopératives maro-
caines, tant par l'Etat que par les banques. C'est ainsi. III. - BUDGET ET INVESTISSEMENTS PUBLICS
qu'à fin octobre 1951, les crédits de campagne ouverts
aux coopératives dépassaient 4 milliards de francs, La fis.calité marocaine.
répartis à peu près par moitié entre la caisse centrale
de crédit et de prévoyance et les établissements ban- Dès idées' inexactes ont été récemment exprimées
caires. à l'extérieur du Maroc où l'on estime quelquefois que
notre fiscalité est insuffisante.
Ennn, en raison de l'abondance de la récolte d'~lives,
des dispositions sont prises pour faciliter l'écoulement Certes, la fiscalité marocaine est, dans son ensem-
des produits et éviter l'avilissement des prix. ble, moins lourde et, en tout cas', plus discrète que la
plupart de celles auxquelles il est d'usage de l'oppo-
Crédit à la construction. ser (2).
Mais si l'on pousse l'étude dans le détail, on s'aper-
Dans le domaine de l'habitat, les efforts de l'admi- çoit que certains éléments de cette fiscalité pourraient
nistration pour combattre la crise du logement se sont supporter aisément la comparaison avec leurs homolo-
à la fois amplifiés et diversifiés. gues de pays pourtant plus évolués.
Le volume des prêts, autorisés au titre du dahir A la vérité, notre système fiscal tient compte au
du 11 juillet 1948, atteint 1.200 millions ; celui des premier chef, des éléments propres au pays où. il
prêts aux anciens combattants, 700 millions. s'applique.
L'Etat a garanti des prêts bancaires pour permet- C'est ainsi qu'il doit, d'une part, prendre en consi-
tre à certains organismes d'intérêt public d'acquérir dération les besoins du Maroc en capitaux extérieurs,
des terrains. Il a également donné sa garantie aux lesquels ne s'investiront ici que s'ils n'en sont pas
emprunts à long terme de la compagnie immobilière écartés par l'épouvantail d'une fiscalité excessive et
franco-marocaine à qui la banque d'Etat va accorder, tracassière (2) ; d'autre part, il lui faut s'adapter aux
d'autre part, 600 millions de crédit à moyen terme. contribuables de ce pays qui, pour la plupart, ne dispo-
Des avances de trésorerie ont été consenties, à sent que de reVenus réduits.
certaines municipalités pour des achats de terrains et En présence de ces deux données, plutôt contradic-
pour des constructions. toires, on ne peut qu'accueillir avec réserve et prudence
Un compte d'avances du trésor, dont le plafond
est de 4 milliards, vient en outre d'être ouvert. Il (2) N,D.L.R. --' Dans le même sens cf. « J. l.nelns -
permettra de financer temporairement l'acquisition de L'expansion économique du Maroc» dllns les études am~r;CIl;neB
terrains nécessaires, soit à l'équipement administratif cahier XXVIII, 1951. consacré « au Maroc dans la communant~
atlantiqul! », p. Il : « Pour aider l'économll! renaissante, l'Etat
dèS villes, soit à la création de secteurs industriels, s'appliquait il maintenir les traditions. ù'pffictlcité pt lie sen'iœ
de consentir des avances à court terme au service de instaurées par Lyautey dans l'administration, et s'dforçait dé
maintenir une fiscaliU qui ne pl'ésente pas. tant la légèreté que
l'habitat et à la compagnie immobilière, et enfin de l'on croit dans la Métropole, que 8urtout le 80uci de n'etre ni
consacrer, immédiatement, à la construction de loge- traca88ière ni formaliste )}.
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 71

toute proposition tendant à des retouches profondes, que ments et suppnme, l'an dernier, les 10 centimes affé-
soit dans le sen~ d'un allègement, ou que ce soit dans rents à la rémunération des chefs marocains. D'autres
le sens d'une aggravation. réformes sont à l'étude.
Mais sur un plan précis, l'action de la direction Le ·Gouvernement envisage, par ailleurs, de prendre
des finances peut s'exercer sans relâche : c'est celui certaines mesures au profit des salariés et d'augmenter
où se rencontrent le perfectionnement de la technique, à no-uveau, en 1952, l'abbatement à la base et les déduc-
en vue· d'un meilleur rendement, et les aménagements tions pour charges de famille applicables au prélève-
destinés à introduire plus de justice dans la répartition ment sur les traitements et salaires.
de la charge de l'impôt ou à corriger certaines consé- Enfin le seuil d'imposition au supplément à la
quences de l'évolution de la conjoncture. patente sera notablement relevé, mesure prise à l'inten-
tion des contribuables les plus modestes. Il sera procédé,
Aménagements fiscaux. d'autre part, à la révision, dans un sens ou dans l'autre,
des coefficients d'imposition applicables, à certaines
Il en est ainsi en ce qui concerne le tertib, où l'on catégories d'entreprises pour tenir plus exactement
a déjà réduit les taux applicables, aux faibles rende- compte de l'ordre de grandeur de leurs bénéfices.

BUDGET: EVOLUTION DES DEPENSES ORDINAIRES


Pondérées en francs 1939
mdlions de froncs

Depenses de fOnc//oflflemenl Delle


1
puôl;çue
1500

1000

500

1939 1944 1945 1946 1947 1948 1949 1950 1951 1952
72 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC.

A. Mouvement de la production au Maroc

1° CONDITIONS NATURELLES

a} Températures (1)

MOYENNE DES MAXIMA


-------~---~'---------:"~---_._---.-
STATIONS Septembre Octobre Novembre
.. _------------
Normale 1951
----~-;------ ·_----~----~II
Normale 1951 Normale 1951

Tanger . 25.8 24.0 22.5 20.9 18.0 18.0


Souk-eI-Arba-du-Rharb . 33.9 26.7 22.3
Port-Lyautey . 30.5 31.4 26.6 22.9 21.7 23.3
Rabat-Aviation . 27.0 27.9 25.0 . 23.9 20.4 21.1
CasahIanca-Aviation . 26.8 24.5 24.6 21.5 20.4 19.7
Mazagan l'Adir . 27.0 26.0 25.3 26.9 21.5 21.6
Berrechid Averroës . 31.5 31.2 27.3 25.0 22.6 21.5
Settat . 31.1 33.2 26.0 25.0 20.1 21.1
Sidi-Bennour .
Kasba...;TadIa . 34.9 34.6 29.5 25.7 21.7 21.1
Safi . 28.3 27.3 25.5 23.0 21.2 20.5
Mogador . 22.0 21.4 21.7 20.4 19.9 22.4
Agadir-Aviation . 25.8 27.1 25.2 24.1 21:5 23.6
Taroudant . 34.5 34.0 31.5 27.3 24.8 24.2
Marrakech . 33.4 35.4 28.9 26.7 21.6 23.0
Meknès . 30.1 30.2 25.5 19.0 18.7 19.3
Fès-Aviation . 31.7 32.1 26.5 23.1 19.4 19.3
Azrou . 28.4 28.7 22.4. 19.8 15.1 16.4
Ifrane . 24.9 25.9 18.0 16.5 12.8 13.2
Taza . 32.0 33.2 25:3 23.3 17.8 18.7
Oujda . 30.3 30.8 24..7 21.4 18.2 19.5
Berkane . 29.8 31.2 26.3 25.4 21.3 23.1

S T A T, iON S MOYENNE DES MINIMA

Tanger . 18.4 18.0 16.0 14.7 12.2 13.4


Souk-eI-Arba-du-Rharb . 11.7 6.9
Port-Lyautey . 14.6 14.9 11.0 13.0 7.3 10.6
Habal-Aviation . 16.3 17.0 14.4 13.6 10.8 12.5
Casablanca-Aviation ..•. 16.7 17.7 14.0 13.9 10.6 12.8
Mazagan l'Adir . 15.3 13.9 13.1 11.8 10.1 10.7
Berrechid Averroës ...• 14.0 13.7 10.7 8.9 7.9 10.4
Settat . 15.4 15.9 11.8 11.1 8.0 8.4
Sidi-Bennour
Kasba-Tadla
.
. 17.2 13.4
,-
18.7 11.3 8.4 9.9
Safi . 19.5 16.2 16.9 11.5 13.5 12.9
Mogador . 16.6 16.9 15.3 15.4 12.5 13.8
Agadir-Aviation ......• 17.4 17.3 16.6 12.9 13.5 12.9
Taroudant ...........•• 15.1 16.1 14.0 10.8 8.6 11.8
Marrakech ...........• 17.2 18.6 13.8 12.1 8.8 10.4
Meknès ...............• 14.7 15.8 11.8 7.ù 7.5 9.4
Fès-Aviation .........• 16.0 16.8 12.7 10.6 8.0 10.2
Azrou ................• 14.6 15.3 10.6 8.0 5.3 7.0
Ifrane ...............• 8.6 10.2 4.6 . 2.8 0.6 1.9
Taza .................• 16.5 15.6 12.1 8.8 7.7 8.0
Oujda ................• 15.0 n.7 11.7 10.1 7.2 8.9
Bèrkane .............•• 17.7 17.2 13.8 12.8 9.6 10.6

(1) J,es renseignements ci-dessus concernent le l'er trimestre tIe la campagne agricole 1951-1952 qui a débuté le 1 er septembre
19;;1.
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 73

b) Précipitations (1)

HAUTEUR DES PRECIPITATIONS (en m/m)

STATIONS Septembre Octobre


-T Novembre du 1 er ~ept. 1951

----_~_---
Normale 1951
--------- --------
Normale 1951 Normale
.. .-..--.---
1951
au 30 nov. 1951
-----~----·II

Normale 1.951
----
Tanger . 27 12 139 57 137 269 303 338
Souk-el-Arlw- du-Rharb 12 8' 79 31 106 209 197 248
Port-Lyautey . 15 13 80 14 119 152 214 179
Rabat-Aviation ..' . 11 11 65 30 104 107 180 148
i Casablanea-Aviation .. 6 13 51 26 81 91 138 130
Mazagan l'Adir . 7 10 47 24 63 106 117 140
Berrechid Averroës . 13 14 45 15 52 97 110 126
1
Settat . 8 3 60 18 66 148 134 1.69
Sidi-Bellnour . 4 o 45 18 53 81 102 99
Kasba-Tadla . 16 9 42 21 65 131 123 161
Safi . 4 1 55 2 52 118 111 121
Mogador . 3 10 30 8 46 117 7\J 135
Agadir-Aviation . 1 2 29 6 37 36 67 44
Taraudant . 4 7 35 2 32 86 71 95
Marrakech . 10 1 27 14 36 42 73 57
Meknès . 14 46 79 50 98 125 191 221
Fès-Aviation . 14 35 66 60 [l3 .114 173 209
Azrou . 35 22 101 48 126 193 262 263
Ifrane . 37 26 127 59 184 284 34R 369
Taza . 15 22 77 47 100 166 192 235
Oujda . 22 5 39 70 40 38 101 113
1 Berkane . 21 6 38 58 44 34 103 98

(1) Les renseignements ci-dessus concernent le l'e, trimestre de la campagne agricole 1951-1952 qui a débuté le 1"' septembre
lU.H.

NOTE SUR LES CONDITIONS ATMOSPHERIQUES


DU PREMIER TRIMESTRE DE L'ANNEE AGRICOLE 1951-1952
(Septembre-Novembre 1951)

1. - CONSIDERATIONS GENERALES températures minima ont été faibles, et le plus


souvent inférieurs à un degré, leur répartition
Le trimestre a été relativement chaud, sauf pen- a été régulière.
dant le mois d'octobre. Les premières pluies de l'année
Les températures maxima absolues ont été relevées
agricole ont débuté au cours de la deuxième décade de au cours de la première décade du mois ; eUes ont été
septembre. Octobre a été relativement sec, si bien que relativement peu élevées, sauf à Marrakech (42 le 3), 0

les pluies favorables aux semailles ne sontl tombées qu'à à Tadla (44 le 3) et à Erfoud (49 le 10).
0 0

partir du milieu de la première décade de novembre.


Octobre. - Le mois a été plutôt froid. En aucun
point du Maroc les températures moyennes ont atteint
II. - TEMPERATURES les normales.
Le Sous et le Tadla ont particulièrement souffert
Septemb1·e. - Dans l'ensemble le mois a été chaud; du froid ; les écarts des températures moyennes aux
les températures moyennes ont été supérieures aux nor- normales ont dépassé moins trois degrés dans ces
males de : régions.
_ un à deux degrés, dans le Haouz de Marrakech, Dans les autres régions de l'intérieur, les mêmes
dans le Tadla occidental, dans les Doukkala, écarts ont été compris entre moins un et moins deux
dans les Zemmours et dans le Moyen-Atlas degrés. Ce n'est que le long des littoraux atlantique et
central ; méditerranéen du Maroc que les températures moyen-
un degré au plus, dans les autres régions à nes ont été légèrement inférieures aux normales, les
l'exclusion de la zone de Tanger, d'une bande écarts restant le plus souvent compris entre zéro et
littorale allant de Bouznika à Mogador, de la moins un degré.
Basse et de la Moyenne Moulouya, où les tem- Les températures maxima et minima moyennes
pératures moyennes ont été légèrement infé- ont été également inférieures au normales.
rieures aux normales. La répartition des écarts
des températures maxima moyennes aux nor- Pour les maxima, les écarts les plus importants
males a été sensiblement la même que celle des ont été enregistrés dans l'intérieur du Sous, avec
températures moyennes aux normales corres- moins trois à moins quatre degrés ; dans le Moyen-
pondantes ; par contre, les écarts des tempé- Atlas occidental, dans le Tadla et le long du détroit
1'utures minima moyennes aux normales des Sud-Riffain, avec moins deux à moins trois degrés ;
74 BULLETIN ECO N 0 1\1 1 QUE ET SOCIAL DU MAROC

dans le sud de la Chaouïa, avec moins un à moins reçues a été faible et, le plus souvent, voisin du quart
deux degrés. des normales.
Pour les minima : dans le Sous, le Rif oriental et Des orages ont éclaté sur la plupart des régions
la Moyenne Moulouya, avec moins deux à moins trois au cours de trois périodes : du 7 au 12, du 21 au 24
degrés ; dans le Moyen-Atlas occidental et le Tadla, et le 30. Des chutes de grêle ont été signalées pendant
avec moins un à moins deux degrés. Ailleurs les tem- la première période orageuse dans le Moyen-Atlas,
pératures minima moyennes ont été légèrement infé- dans la plaine de -Guercif 'et à la lisière méridionale du
rieures aux normales. Rharb.
Des températures minima absolues, relativement Octobre. - Le mois a _été marqué par une faible
basses, ont été enregistrées au cours de la nuit du 24 pluviométrie. Dans les plaines et sur les plateaux du
au 25 (3° à Meknès, Fès et Oujda ; - 5° à Ifrane). Maroc occidental, les hauteurs de pluie recueillie ont
été, généralement inférieures à la moitié des hauteurs
Novembre. - Le- mois a été chaud ; partout les normales. Sur les massifs montagneux (Rif, Moyen
tempé1'atures moyennes ont été supérieures aux nor- Atlas, Hal,lt-Atlas), les précipitations mensuelles ont
males. été supérieures à la moitié des normales, mais toujours
. Les écarts ont atteint plus deux degrés dans le inférieures aux normales. -
Rharb, sur le versant septentrional du Moyen-Atlas Ce n'est qu'au Maroc oriental, à Midelt et sur une
central et dans la Moyenne Moulouya. Ailleurs, ils ont faible étendue du versant septentrional de l'Atlas de
été le plus souvent voisins de plus un degré. Marrakech, où les précipitations ont légèrement dépassé
Les temph'atures maxima moyennes ont eu une les normales. Au Maroc oriental, le total mensuel des
répartition irrégulière. Les écarts aux normales cor- pluies a représenté une fois et demie les normales.
respondantes ont -été légèrement' négatifs à Tanger, à Dans cette région, les quantités d'eau recueillie ont
Fès, sur le plateau de Khouribga et sur le v.ersant été, dans l'ensemble, voisines de soixante dix milli-
inéridional du Haut-Atlas occidental ; ils ont été posi-- mètres.
tifs dans les autres régions du Maroc. On a enregistré: Les manifestations orageuses ont été peu fréquen-
- plus deux degrés à Mogador, dans le Sous et tes ; la plupart d'entre elles se sont produites du 10
dans la Moyenne Moulouya ; au 13. De rares chutes de grêle ont été signalées au
plus un degré dans le Rif, dans la Chaouïa, sud d'Oujda et dans le Moyen-Atlas.,
dans le Haouz, au Maroc oriental et dans le Novembre. - Le mois a été très pluvieux, sauf
Grand Atlas. dans la région de Rabat, dans la Haute et Moyenne
Ailleurs les écarts ont été faibles. Moulouya, et au Maroc oriental, où le total des préci-
pitations a été voisin du trois-quart de la normale.
Les températures minima moyennes ont été par-
tout supérieures aux températures minima normales, On a recueilli :
sauf à Agadir, où elles leur ont été légèrement infé- - deux à trois fois les normales, dans l'intérieur
rieures. Les écarts ont atteint plus deux, et même, du Sous, dans les Doukkala, dans la région de
parfois, plus trois degrés, dans le Rharb, sur lé ver- Safi, celle de Mogador, dans le Moyen-Atlas,
sant nord du Moyen-Atlas central et dans le sud, du dans le Rif, dans le nord du Rharb, ,dans la
Sous. Dans les autres régions, les écarts n'ont pas Basse Moulouya et dans la zone de Tanger ;
dépassé plus un degré. - une à une fois et demie les normales, dans les
Le 5, -une violente tempête de poussdères s'est autres régions.
abattue sur les régions du nord du Maroc. En _certains point, les précipitations recueillies ont
atteint des hauteurs importantes :
III. - PRECIPITATIONS - 701 rn/m. au Djebel Outka
506m/m. au Zoumi ;
Septembre. - La pluviométrie du mois a été, dans - 375 m/m. à Ksiba ;
l'ensemble, assez irrégulière. Les hauteurs des préci- - 364 rn/m. à Ouiouane.
pitations mensuelles ont atteint :
deux à trois fois les hauteurs normales à Le 7, une chute de neige a été signalée sur les
Meknès, à Fès, dans les Zemmour, dans les Hauts Plateaux du Maroc oriental.
Doukkala et dans le Haut-Atlas de Marrakech ; A partir du 10, d'importantes averses de neige ont
- une à deux fois les normales dans le Sous, à été enregistrées sur les régions d'altitude supérieure
Mogador, dans la Chaouïa et dans - la région à 1.000 mètres.
de Taza. • Un épais manteau neigeux s'est maintenu sur les
Le Rharb, le Rif occidental et la Haute Moulouya hauts massifs jusqu'à la fin du mois. Les orages et les
n'ont reçu que les trois quarts des hauteurs de pluie chutes de grêle ont été très rares.
normale. Au Maroc oriental, le total des précipitations G. BIDAULT.'

2° SITUATION AGRICOLE

NOTE SUR LA SITUATION AGRICOLE


AU COURS DU 1 er TRIMESTRE DE LA CAMPAGNE 1951-1952 (1)
(Octobre-Décembre)

CEREALES ET LEGUMINEUSES DE GRANDE pourSUIvIes activement pendant le mois de décembre.


CULTURE. Dans l'ensemble, 'on prévoit une augmentation des
emblavures, susceptibles d'atteindre jusqu'à _25 %.
Les labours préparatoires et les épandages d'en- suivant les, espèces et les régions, dans le Rharb, la
grais étaient presque entièrement terminés en octobre.
Les semailles ont -commencé en novembre et ont été (1) Source : -Divi~lon de l'agriculture et de l'élevagE'.
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

Chaouïa, les Doukkala et le Tadla. La tendance, chez à la culture de printemps sont relativement faibles en
certains producteurs, qui consiste à substituer partiel- comparaison de la campagne précédente.
lement, en certains secteurs, la culture du blé tendre
à celle du blé dur ou de l'orge, s'est affirmée, et il est .ARBORICULTURE FRUITIERE.
permis d'envisager une augmentation des emblavures
de blé tendre. La levée a été satisfaisante dans les semis Au début de la campagne d'agrumes, la récolte
précoces et l'orge commence à taller. était évaluée à 170.000 tonnes environ.
Les semis de légumineuses d'hiver étaient en cours Toutefois, une tempête de sable qui a sévi le 5
au mois de décembre. La levée des semis précoces de novembre, ainsi que les bourrasques consécutives ont
fèves s'effectue dans de bonnes conditions. provoqué des chutes de fruits souvent importantes.
Une certaine réduction des cultures de pois ronds Au 18 décembre, le tonnage exporté, depuis le
semble probable dans certaines régions, le Tadla par début de la campagne, atteignait 31.000 tonnes.
exemple. La récolte d'olives apparaît très satisfaisante. Les
vents violents de novembre ont entraîné de fortes
CULTURES INDUSTRIELLES. chutes de fruits, mais la plupart ont été ramassés
pour l'huilerie. La maturité laisse parfois à désirer,
Les semis de betteraves sucrières sont en cours en raison de l'abondance des fruits. Après une période
dans la région de Meknès où cette culture aurait d'inquiétude pendant laquelle les cours ont paru devoir
tendance à se développer cette année. s'effondrer, la tendance s'est raffermie. En fin de tri-
La cueillette du coton était pratiquement terminée mestre, les achats sur pied se traitaient aux environs
en novembre, dans le Tadla, avant les pluies. Elle s'est de 20 frs le kg.
poursuivie dans le Rharb, jusqu'en décembre, pour le
coton tardif, de qualité d'ailleurs médiocre. SITUATION ECONOMIQUE.
Sur les marchés, les cours des céréales sont soute-
VITICULTURE. nus avec une légère tendance à la hausse. Ceux du
La taille a commencé en novembre et a été pour- bétail ont été en hausse, dès le mois d'octobre, pour
les animaux de labour et une hausse générale est
suivie activement pendant le" mois de décembre, ainsi constatée depuis cette époque.
que le déchaussage.
Les terres destinées aux nouvelles plantations sont Les souks ont toujours été bien approvisionnés et
les transactions actives.
en cours de préparation.
La main-d'œuvre est généralement suffisante. Tou-
tefois, on signale quelque difficulté à en trouver dans
CULTURES MARAICHERES. la région de Meknès. Elle est assez rare dans les régions
La campagne d'exportation de tomates d'automne de Rabat et de Marrakech ainsi qu'en Chaouïa. Cette
a commencé en octobre ; elle était pratiquement ter- situation incite, en particulier, les agriculteurs maro-
minée à la fin de décembre. Les expéditions ont atteint cains à accentuer la modernisation de leurs exploita-
un total de 2.790 tonnes, dont 1952 sur l'Angleterre et tions par l'achat de matériel de motoculture.
816 sur la France. Les tonnages ont été peu importants L'élévation des frais de revient des cultures réduit
en raison des faibles superficies consacrées à cette l'aisance de la trésorerie de beaucoup d'agriculteurs ;
culture. aussi, les demandes de prêt sont-elles nombreusl;)s.
La récolte des pommes de terre de deuxième saison Dans l'ensemble, grâce aux pluies précoces, abon-
a débuté en no\;embre et s'est poursuivie dans les dantes et bien réparties, le début de la campagne est
régions intérieures du Maroc. Les superficies consacrées favorable et les agriculteurs sont optimistes.

RENTABILITE DES TRAVAUX DE PETITE ET MOYENNE HYDRAULIQUE (l)

On sait que l'avantage de ce genre de travaux, tation, la densité anophélienne des douars proches de
disséminés sur toute la surface du Maroc, tient non l'Oued el Hassar. Quant à l'index splénique des habita-
seulement à leur répercussion sur l'accroissement des tions riveraines, il atteignait 51,60 % en 1943. .
surfaces et des rendements, comme sur l'amélioration Le service du génie rural entreprit alors de redres-
du standing de vie et· des conditions d'hygiène, mais ser et de conforter le lit de l'oued sur 18 kms 500, au
encore à leur utilisation immédiate, par les gens en moyen de travaux simples, dont le coût s'est élevé
place, sans provoquer de mutation brutale ni de révo- jusqu'ici à 54 millions de francs, et dont les heureux
lution agraire. résultats ont été les suivants :
Notre examen nous a permis de retirer d'une foule 1" Suppression d'un dangereux foyer de paludisme.
d'exemples, quelques cas particulièrement typiques qu'il Les dernières enquêtes du service de santé ont
nous a paru intéressant de présenter dans cet exposé montré que l'index splénique avait ainsi décru :
succinct.
1943 51,6
1. - ASSAINISSEMENTS 1944 42,5
1945 28
AssainiBsement tie la vallée de l'Oued el Hassar près
de Casablanca. 1946 7,5
L'Oued el Hassar, il y a quelques années encore,
suivait un cours paresseux, en larges méandres entra- (1) HOllrep : Direetion de l'ugriculture. <1u commerc" "t des
fOl'pts. 8Pl'vicl' de la nliHe en valeur et du génie rural.
vés d'herbes, bordés de rives marécageuses, d'où étaient L('~ 1Tllvnnx l'éeputH du conspil <lu Gouvernenlf'ut, dUllH sn
exclus tout habitat et toute culture. Les Marocains ~1'::.;~iOH (l" di>'f'PlHbrt" IH:11, pour l'étude du l'rojl't dt' budgl~t lB;):!.
s'étaient réfugiés sur les hauteurs où régnait cependant llOUR on ('OlHlliitH ~) préxputpr il 1l0K lecteu1'8 l'iIlllmrtnnt problèlnf~
encore un paludisme intense. C'est ainsi que des enquê. d .. la l'f'utnbilitl' <1f'H travaux de petite et moyenIle h3'drlluliqll('
qllP Il' MarOt' a ,'ntn'IHis lt un r,ythnle accrt! Cf'~ dernièJ"PA anlléPl".
~s, faites en 1942 et 1943 par le service de santé, ont ~I·il,·l' ,,"X eréditH eroiHHunts conHl'ntis il. cpt eff"t au Maroc par
permis d'évaluer à une centaine d'anophèles par habi- Il' rondl'" fran(:ai~ ùe llloderlli~n.tion et d'équipeluent.
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAHOC

Nul doute que les travaux d'amélioration, qui sont III. - IRRIGATION PERENNE
actuellement poursuivis, ne diminuent encore la valeur
de cet index. A. - Zone du Dir- (Tadla).
2" Snppr-ession d''Lme zone à, par-asites intestinaux. Si la région de Casablanca est pauvre en eau de
Les pacages pollués ont fait place à des plan- résurgence, par contre, au pied de l'Atlas Central, sur
tations fourragères, et, du même coup, les para- une longueur de près de 100 kms, la zone dénommée
sites intestinaux, tels que la douve du foie qui « Dir » f,e révèle comme un important chateau d'eau.
provoquait des ravages importants dans le C'est ainsi que des sources, comme l'Aïn Ass er -
cheptel ovin, ont complètement disparu. doum à Béni-Mellal, ont un débit qui dépasse parfois
3" Utilisation de l'ea~~ dans de meilleurcs conditions 1.800 litres-seconde, et que l'oued Drent, entièrement
d'hygiènc par la création d'abreuvoirs lavoirs utilisé pour les irrigations, donne de 1.200 à 1.400
cimentés, échelonnés tout le long de la rivière. litres-Eeconde. Mais on peut estimer qu'en l'état actuel
4" Récupémtion d'nn débit important. Près de 20 des choses, l'eau, véhiculée dans de vieilles séguias en
litres-seconde ont été récupérés jusqu'ici, et ont terre, n'est utilisée que pour 65 (/r) ; le l'este se perd
permis d'étendre les irrigations, tant dans le presque totalement, soit par l'infiltration rapide dans
Bectem> assaini que vers l'aval. les oueds sans aucun bénéfice pour la nappe phréatique,
soit par évaporation.
5" Récu.pération de surfaces cnltivables. En effet,
les 600 ha. de marécages, échelonnés le long de La reconnaissance systématique des sources du
l'oued, ont pu être rendus à. la culture. Il est « Dir » a été poursuivie ces dernières années et quel-
certain que la dépense faite est largement ques aménagements partiels ont été entrepris (séguia
couverte par cette récupération à proximité de Faghal, Taghat, Ayat, etc...).
Casablanca de 600 ha. de terres, irriguées par En se basant sur les travaux déjà entrepris, on
200 litres-seconde. Mais le bénéfice le plus net peut dire qu'avec une dépense annuelle de 135 millions
de cette opération est, sans aucun doute, dans de frs, on peut bétonner 75 kms de canaux, récupérer
la sauvegarde des populations et des troupeaux 350 à 400 litres-seconde, et irriguer une surface nouvelle
qu'elle a méthodiquement réalisée. de 1.000 à 1.200 ha., intéressant 1.000 à 1.200 familles
mises ainsi à l'abri de la famine, en admettant qu'U~
hectare de céréales irriguées donne environ 10 à 12 qx.,
II. - IRRIGATION qui correspondent à 2.500.000 calories, soit 6.800 calo-
PAR EPANDAGE D'EAU DE CRUE ries par jour, quantité suffisante pour entretenir une
famille marocaine composée du père, de la mère et de
Périmètre de Eotna el Djemaa, près d'El Aïoun. trois enfants.
Le couloir où se faufile la route, qui va d'Oujda à Au-delà même de cette simple considération vivriè-
El Aïoun, offre, à part quelques rares exception~, un re, il faut noter que la mise sous irrigation, dans ces
aspect désolé que, peu à peu, quelques tI'avaux d'epan- régions, d'un hectare de terre lui donne une valeur
dage des eaux de crue, provenant d'oueds descendant bien plus grande que les 100 ou 120.000 frs dépensés
des contreforts des Hauts Plateaux, permettront d'amé- et une productivité considérablement augmentée. '
nager en oliveraies productives.
Parmi les essais entrepris jusqu'ici par le service B. - Réseau d'irrigation de la plaine de Meknès.
du génie rural, en collaboration avec le paysanat, citons Cette région est, de par la richesse des terres qui
celui de Botna el Djemaa près d'El Aïoun. Il pleut, en la composent, une des plus importantes du Maroc et
général, sur ce périmètre moins de 200 m/m par an, son aménagement a déjà fait l'objet de nombreux tra-
et nulle récolte n'y est possible, sauf les rares années vaux d'irrigation.
où la pluviométrie atteint 400 m/m, encore que les
rendements des céréales ne dépassent guère alors 4 Toutefois, une part importante des eaux destinées
à 5 quintaux à l'hectare. à l'irrigation, sont perdues par infiltration dans des
Un petit barrage a été aménagé sur l'oued Botna
el Djemaa, qui permit de dériver sur 330 ha. les eaux
de crues qui, jusqu'ici, étaient emportées vers la mer
sans aucun profit pour personne.
Les travaux effectués ont coûté 7.500.000 frs pour
les réseaux d'irrigation, et 3.400.000 frs pour les indis-
pensables travaux d'aménagement du sol, soit une
dépense totale de 11 millions de frs, ou encore de
33.000 frs par ha. Une quarantaine d'hectares éta~t
déjà préparés au début de la dernière année agricole,
ils furent emblavés sur 4 ha. en blé dur, sur 10 ha. en
orge, enfin sur 26 ha. en avoine. Les rendements obtenu::;
ont été les suivants ;
15 quintaux à l'hectare pour le blé dur,
- 12 quintaux à l'hectare pour l'orge,
- 16 quintaux à l'hectare pour l'avoine ;
soit un produit global de près de 500 qx. de céréales,
là où il n'y avait absolument rien, ce qui correspond
à un revenu brut total de 1.500.000 frs, soit 38.000 frs
par ha.
La règle de base des services techniques qui est,
pour apprécier la rentabilité d'un projet, de rechercher
un alignement exact du rapport brut et du prix de
revient des améliorations foncières, a été ici stricte-
ment observée.
Pourtant l'essai tenté cette année n'a pas été
effectué dans les meilleures conditions possibles. En
effet, les aménagements de périmètres d'eau de crue,
d'un régime par nature capricieux, sont toujours très
délicats à réaliser, et leur exploitation rationnelle exige Azarar de Skoura,
de nombreux tatonnements. Aménagements du sol avec bourrelet" [Jour retenir IPs ('[lUX
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 77

terrains très perméables, pertes aggravées par des les ressources en eau existantes, des débits importants
parcours mal établis et tortueux. perdus pour l'irrigation des terres. Devant la situation
Enfin, l'alimentation en eau potable de la grande ainsi créée, il s'est révélé nécessaire de récupérer le
ville qu'est Meknès et de plusieurs villages agricoles maximum de débits par l'établissement de réseaux
de la région, a obligé l'administration à prélever, sur d'irrigation homogènes, rationnels et bétonnés.
Un exemple, choisi parmi les périmètres irrigués
par l'oued Djedida, démontre l'intérêt des travaux
exécutés. Il s'agit du périmètre de l'Ak1'ib N'Teroua.
Le réseau d'irrigation de ce périmètre, d'une super-
ficie de 2.000 ha. complantés en agrumes et cultivés en
maraîchage pour 3/4 par des européens, pour 114 par
des marocüins, a déjà été, en partie, bétonné pour une
dépense de 15 millions de frs, sur laquelle l'Etat a
versé une subvention de 50 'Iv. Un débit de 40 litres-
seconde a pu être récupéré et va permettre l'irrigation
de 80 ha. nouveaux en orangeraies, ce qui représente,
dans la région de Meknès, un accroissement du capital
foncier de : 300.000 X 80, soit 25.000.000 de francs
environ.
La participation de l'Etat est de 50 (/<, soit 7 mil-
lions 500.000 frs. Cette somme sera assez rapidement
récupérée par le revenu accru du « tertib », et par
toutes les ressources indirectes pouvant provenir d'une
production nouvelle. En nous en tenant au seul « ter-
tib », on peut admettre qu'il sera prélevé, pendant 8
ans, sur les seules cultures intercalaires, et ensuite sur
la récolte d'orangers. Basé SUI' une estimation du ving--
tième de la production, il doit être approximativement
de 5.000 frs par hectare pendant les huit premières
années, de 20.000 in, ensuite. La subvention de l'Etat,
affectée d'un taux d'intérêt de 3 (/<., sera ainsi couverte
au bout de N années, donné par l'égalité :
400.000 + (N-8) 1.600.000 = 7.500.000 X (1,03) N
ou 4 +(N-8) 16 = 75 + (1,03)N
soit N = 13. L'apport financier de l'Etat représente,
. en définitive, J'abandon de quinze ans d'un tertib qui

Hauts Plateaux du Jlarou Oriental - Fol'llg'e artésien ayant uméllagelllPIlt


78 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAR 0 (

1111/;18 Plat{'all,)' dll J/a}"o(' Oriental -- 1''''ol'a~(' artésit'Il :lllrèl'i all1élla~('IlH'1l1

n'était, lui même, en grande partie que virtuel, si les le motorgrader et assurant les grosses réparations.
travaux n'étaient pas réalisés. Après 13 ans,' l'Etat a Cette subvention indirecte (amortissement et gros entre-
largement sa part d'un enrichissement auquel il a con- tien pris en charge par l'Etat) représente 25 'le de la
tribué. dépense. Le paysanat paie les mécaniciens de motor·
grader et du tracteur de labour, et assure les petites
rfparations. Le prix de revient de l'aménagement du
IV. - CONSERVATION DES SOLS sol en banquettes a été de 2.000 frs.
EN PERIMETRES IRRIGUES Le prix de revient de l'hectare défriché, aménagé,
labouré, mis, en un mot, en état de culture, varie M
Irrigation de l'Azazar de Skoura (S.M.P. (2) n° 12). 10.000 à 20.000 frs suivant l'état de la friche.
Le service du génie rural et le paysanat ont eu L'eau n'étant pas encore arrivée sur le secteur,
pour objectif, par la création du S.M.P. (2) 12 dans la l'année dernière, les 600 ha. ont été ensemencés en
vallée de l'oued Guigou (région de Fès), l'amélioration cultures à ,sec ; là où il n'y avait à peu près rien ou
des conditions de vie d'une population particulièrement de maigres récoltes à 2 ou 3 quintaux, avec des pailles
misérable, les Ait Seghouchène, pasteurs de chèvres de 0 m. 30, le S.M.P. a atteint, en terrains aménagés,
dans le Moyen-Atlas. un revenu de 10 à 12 quintaux de céréales avec des
Il a été décidé qu'un terrain relativement vaste, pailles de 1 m. à 1 m. 20 :
l'Azazar de Skoura, serait mis à la disposition de cette Revenu brut : 30.000 frs.
tribu et irrigué par le canal dérivé de l'oued Guigou.
L'irrigation doublera, au moins, ce revenu brut
Le périmètre dominé par ce canal sera de 7.000 annuel qui sera alors du même ordre que les dépenses
ha., dont 3.500 ha. irrigables. Actuellement la tête d'améliorations foncières.
morte (12 kms) est entièrement bétonnée et l'exécution
des canaux, principal et secondaire, est en cours. Dé-
pense totale 140.000.000 de frs, dont 80.000.000
engagés. Dépenses à l'hectare irrigué : 50.000 frs. V. - HYDRAULIQUE PASTORALE
Mais les terres de Skoura sont soumises à une ET FORAGES
forte érosion éolienne et pluviale. Il a donc fallu amé-
nager le sol suivant les techniques de conservation des Mise en va'eur des hauts plateaux du Maroc oriental:
sols sans perdre de vue les nécessités de l'irrigation.
Après tâtonnements, ce travail a été réalisé entière- Les hauts plateaux du Maroc oriental, qui ont une
ment à la machine (motorgrader et charrue lourde) superf'c.ie de 32.000 km2, c.omprennent, environ, 15 à
sur GOO ha. l'année dernière; le génie rural fournissant 20.000 km2 de pâturages qui permettraient de nourrir
un troupeau d'environ 900.000 têtes. Malheureusement,
le manque d'eau vient souvent réduire à peu de chose
l'exploitation de ce chepte1. C'est ainsi qu'en 1!J47, après
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 79

deux années de sécheresse, il a été réduit à 150.000 premier forage riche de la sene (65 litres-seconde).
têtes. Depuis, 3.000 mètres de forages, représentant une
Sans même parler de ce cas extrême, on peut dépense de 50 millions de francs, ont donné les résultats
admettre, à priori, que le troupeau qui entre 1934 et suivants:
1944. comprenait en moyenne 515.000 têtes de bétail 410 J.itres.-seconde artésiens (en 7 forages), per-
(ovin's pour 95 'Ir), atteindrait, s'il était bien abreuvé, mettant d'irriguer 100 ha. de plantes fourra-
900.000 têtes, ce qui représente une augmentation de gères dans le secteur de Berguent ;
400.000 têtes environ. 60 litres-seconde non artésiens sur les Hauts
D'autre part, l'amélioration des conditions de vie Plateaux (10 forages dont 7 productifs, soit
de ce cheptel en ferait passer le coefficient de produc- moins de 100.000 frs le litre par seconde).
tion de 0,25 à 0,32. Le rendement moyen annuel du Un réseau de points d'eau est en cours d'installa-
. troupeau qui était de 515 X 0,25 = 128.750 têtes, tion progressive. La création du centre de sauvegarde
deviendrait alors 900.000 X 0,32 = 288.000 têtes. La pour la production de fourrages et la fourniture de
production serait donc largement doublée. La valeur géniteurs sélectionnés est poursuivie par le paysanat
de ce croît supplémentaire dépasse le demi-milliard de sur les forages riches ; une partie de la rentabilité
francs. . du S.M.P., ainsi créé, étant basée sur l'exploitation
Telles sont les considérations économiques essen- d'une nappe alfatière, l'autre partie devant être assurée
tielles qui ont dicté la campagne de forages entreprise en particulier par les opérations d'embouche ,que lui
dans le Maroc oriental en 1948, avec la triple collabo- permettra d'entreprendre sa production fourragère (3).
ration du centre d'études hydrogéologiques, du bureau JUILLET-AOUT 1951.
de recherches et de participations .minières et du génie
rural pour l'exploitation des résultats obtenus. En 1948,
, (:~) ef. _.- <~ La Inisf': PH valeur des Hauts Plateaux du
sur un emplacement désigné par l'ingénieur du génie l\Inroe ori('ntal » 11auH bulletin h~mwJn'Ï,qttC et Boc'ial du JJlaro(',
rural de la région, jaillit, au nord de Berguent, le vol. XIII, 11 l' 47, ;;,me trÎlnestl'e 10:;0, p. 227.

L'EXPLOITATION DE L'ALFA AU
, MAROC (l)

J. _ EVOLUTION ET SITUATION ACTUELLE sistèrent pendant un an encore et, malgré la dévalua-


tion de janvier l~C, 12s conditions offertes par les
Les nappes alfatières du Maroc représentent une importateurs anglais furent insuffisamment avantageu-
part importante de celles de l'Afrique du Nord (28 % ses pour provoquel' un gros effort de production. Les
environ) et leurs 2.200.000 hectares permettent, théori- récoltes se limitèrent à 20.000 tonnes par an environ.
quement, une production consid~rabl~. Mais .la .réalisa- En 1949, des manœuvres extérieures, destinées à
tion de la récolte de l'alfa necessIte un eqUlpement obtenir une baisse des cours, conduisirent les exploi-
préalable en voies de communic~tio~s et e~ points d'eay tants à adopter une position d'attente, qui se traduisit
sur des surfaces immenses, qUl n a pu etre entreprIs par une diminution de la récolte et par des difficultés
ici que beaucoup plus tardivement qu'en Algérie et sérieuses dans la remise en adjudication des lots, dont
en Tunisie. les contrats étaient venus à expiration en mars. Les
La production .n'a porté sur un tonnage notable services responsables de la production nord-africaine
qu'à partir de 1930 (de l'ordre de. 20.000 to~nes par. an) se concertèrent pour arrêter des bases de prix raison-
et malgré le développement rapIde des VOles de CIrcu- nables, mais celles-ci ne furent acceptées par les Anglais
lation des forages et des ouvrages de retenue des eaux qu'en novembre, époque où les ventes purent finalement
pluvi~les, elle se trouva contrariée, jusqu'en 1937, par être réalisées avec succès ; mais quelques mois de
des circonstances économiques pet!. favo;ables. Ce. n.'est récolte furent perdus.
qu'en 1937 et 1938, qu'un essor marque se prodUlsIt ; Depuis lors, les producteurs d'alfa obtinrent des
les récoltes dépassèrent 50.000 ,tonnes. par ~n. Il tut acheteurs britanniques des conditions de plus en plus
trop vite interrompu par le confl.It mondl~~, qUI ~~tra~na avantageusec, ces derniers ayant finalement montré,
l'arrêt quasi-total des exportatlOns et IlmmoblhsatlOn dans la pratique, qu'ils pouvaient consentir des prix
d'importants stocks inutilisables sur place. d'achat élevés et n'étaient nullement disposés à aban-
. En 1938, l'activité des exploitants alfatiers s'éte~­ donner la mati.ère première « alfa ».
dait, déjà, à envir,on ~50.00? hectares de ~app.es,. m~t1s Les prix à l'exportation, en augmentation constante
avec une intensite tres megale, les pa;tIes eloignees depuis la fin de 1949, ont atteint un niveau tel que
. des voies de vidange et des points d'eau ~tant beaucoup l'exploitation est devenue hautement rentable. Un effort
plus faiblement récoltées que les partles proches. de production très .marqué a été fait en 1950, et s'est
La reprise ne se mlùüf~sta qu'en 1?46,. ~ai~ elle poursuivi en 1951.
se trouva ralentie par la .sechere~se, qUI dec~m~It les L'r.dministration des eaux et forêts a ouvert de
animaux de bât et rendaIt extremement p;ecll;ue la nouveaux secieU1'S à la récolte. Une adjudication,
vie sur les hauts plateaux, pou~s~nt la ma;n-d œuvre réalisée le 21 août 1951, a ajouté 75.000 hectares de
vers les villes et les centres mmlers, tandIS que les nappes à celles déjà cédées, dans une zone qui n'avait
cours de l'alfa à l'exportation restaient trop bas pour pas, jusqu'alors, attiré les acheteurs : celle de la
permettre aux exploitants d'offrir à leurs ramasseurs Moyenne et de la Haute-Moulouya (Missour-Enjil et
des avantages susceptibles de les retenir. Mide1t) .
Cependant, en 1947, l'équipement des nappes avait L'éloignement de cette région et les frais de trans-
suffisamment avancé pour que l'administration fores- port sur de longs trajets sur pistes étaient la raison
tière fut en mesure de mettre en adjudication des lots
de récolte d'une surface accrue, d'environ un million
d'hectares au total. Pour inciter les exploitants à (l) N.D.L.R. - Cdt" étn<le ,le ~I. Guy .Tonllet "Ht Ull" miHe
nn point, (l'IIU(-' (ll1e~lion qui fut évoquée, au cours ùe ln dernière
s'intéresser aux nappes vierges, celles-ci furent cédées K"K"ioll (<1écl'mln'l' 1 !I:;l) <1\1 cOIlHl'il <1\1 GO\lYerlH'l11l'lIt, ,l la H\lite
pour six campagnes, au lieu de deux pour les lots Il n ra}l}lort préRPD j"é pal' 1\1. Pacealy, pl'ésiden t de la chambr('
déjà exploités activement, et des redevances progres- (ra~riclllt\lrl' 11l' Fi,", K\lr Il'· proJet <le blHlg-et dl' la diYiKioll deR
4:'HUX et for(~b:! pour l'exercice 1!H')2, 1\1. Puccaly avait d'nilleurN
sives, très modérées pour les premières années, leur donné, dunR ('t' rnilllOrt au conHeil, une grande Imrtie des rensei~
turent appliquées. Les difficultés de main-d'œuvre per- gnelllt\ntH qui t'mut lci rusRemblé8 var 1\:1. JOUll€'t,
80 BULLETIN ECONOMIQUE E.T SOCIAL DU MA RO C

principale de sa non-exploitation, faute d'acheteurs. varier ce rendement. On pourra aussi allonger, ou


Une fois lancés, si les cours demeurent à un niveau raccourcir, la longueur des cylindres, donc la largeur
suffisant, il est permis d'espérer que ces chantiers nou- du travail.
veaux se maintiendront et se développeront. L'amodia- La machine ne i::era rentable que si elle fournit
tion a été effectuée pour cinq campagnes. au moins 2 tonnes 500 par jour (un homme ramasse
L'administration forestière étudie, enfin, des pro- 1 à 2 quintaux). Le prototype ne peut réaliser ce
jets de concession à assez long terme, susceptibles rendement que dans des nappes denses et vierges.
d'intéresser des entreprises importantes à l'exploitation Quelles que soient les modif.cations apportées ail
.et à la mise en valeur des nappes éloignées du sud matériel, il semble bieJ:l qu'économiquement la machine
de la région d'Oujda, encore difficiles d'accès -et très devra être utilisée dans les zones non encore soumises
pauvres en points d'eau. Il apparaît, en effet, que la à la récolte manuelle (qui ne peuvent produire, en
participation d'entreprises privées-, auxquelles seraient général, que moins de 3 quintaux à l'hectare) et qu'elle
données des garanties suffisantes de durée, permettrait devra être cantonnée dans les nappes riches, encore
d'accélérer l'équipement et la mise en valeur des vastes inexploitées ; celles-ci devront d'ailleurs être miseSI en
nappes qui s'étendent de Tendrara à Missour, sur des repos pendant un ou deux ans après une campagne
zones particulièrement deshéritées, à population rare d'exploitation.
et instable.
Il paraît donc que la solution finale doive satisfaire
En outre, sous l'impulsion de l'autorité régionale, à la fois trois préoccupations ;
a été créé à Berguent un secteur de modernisation du
paysanat (2), dont l'un des buts est d'intéresser les exploiter une partie notable des nappes vierges;
tribus nomades de l'Oriental à la récolte de l'alfa, en conserver les nappes en bon état de végétation;
leur offrant des avantages matériels importants et une maintenir l'a:ctivité de récolte à la main par-
amélioration sensible de leur organisation sociale. Ce . tout où elle est déjà pratiquée, et appeler un
S.M.P. exploite, depuis le début de l'année un vaste lot effectif appréciable de main-d'œuvre spécialisée.
alfatier dans le secteur d'EI-Ateuf·Debdou, dont on Les aspects économique, social et cultural se trou-
espère qu'il deviendra une entreprise-pilote su~cep~ible veraient ainsi heureusement conciliés.
d'accroître fortement le rendement au travaIl dune
main-d'œuvre encore très peu portée à une activité Il est permis d'espérer qu'une solution à l'échelle
régulière. de l'exploitation commerciale, sera obtenue en 1952.
Notons enfin que des avantages substantiels sont,.
dès m:;tintenant, offerts aux concessionnaires de lots de
II. - MANQUE DE MAIN-D'ŒUVRE récolte qui mettraient eux-mêmes au point et utilise-
MECANISATION raient des machines satisfaisantes.

Un ensemble d'éléments favorables se trouve donc


réuni actuellement sur les plans de l'équipement tech- ,III. - EVOLUTION COMMERCIALE
nique de l'évolutio~ sociale et des facteurs économiques,
qui d~vrait entraîner un développement marqué de la La campagne 1949-1950 avait fourni, globalem'ent,
production. 32.350 tonnes d'alfa vert ; celle de 1950-1951 a atteint
Il est toutefois un facteur qui limite actuellement 46.570 tonnes. Il n'est pas encore possible de donner
ce développement ; c'est essentielleme?t le manque de des chiffres précis pour la campagne en cour", qui a
main-d'Œuvre pour la cueillette. OuvrIr les nappes du débuté théoriquement le 1 er juillet, mais n'a pu entrer
sud encore vierges, à l'exploitation, malgré l'avance- en pleine activité que fin août. Il semble, néanmoins,
me~t de l'équipement en pistes et en points d'eau, ne qu'elle s'annonce au moins aussi prospère que la pré-
ferait que déplacer cette main-d'œuvre, mais ne la cédente.
multiplierait pas. Pour permettre une production impor- Les expo1otations ont pris un rythme accéléré.
tante dans ces nappes, il est indispensable de disposer Respectivement de 23.550 tonnes en 1949, et de 24.200
d'un moyen mécanique d'exploitation. Celui-ci n'aurait tonnes en 1950; elles avaient dépassé 33.000 tonnes
pas pour effet d'enlever 'un gagne-pain aux populations pour les neuf premiers mois de l'année 1951, d'urie
des hauts plateaux mais au contraire, d'apporter à valeur de plus de 635 millions de francs, au lieu de
une partie de ses ~ffecti{s des conditions de rémuné- 170.700.000 francs en 1950.
ration supérieures, gr.âce à un rendement accru. Le marché de l'alfa est caractérisé, depuis le
Or, la récolte mécanique de l'alfa est inconnue début de 1950, par une concurrence marquée entre les
dans le monde ; elle représentait un problème techni- acheteurs britanniques, dont la demande paraît incom- -
que nouveau et difficile à résoudre. Ce sera à l'honneur piètement satisfaite. Après avoir été soumis à un orga-
du Maroc de l'avoir abordé et résolu. nisme d'achat gouvernemental, le « paper control "
En effet des recherches effectuées en commun, qui fixait les conditions des contrats d'importation de
depuis deux 'ans, par les services du génie rural et tout l'alfa nécessaire à l'industrie anglaise, le marché
ceux des eaux et forêts, est sorti un prototype de ma- de cette matière première fut, en effet, libéré en
chine dont le fonctionnement se .révèle satisfaisant. Grande-Bretagne, en septembre 1949, et les transac-
Un essai, consécutif à de récentes mises au point~ aura tions s'effectuèrent directement entre fournisseurs
lieu prochainement, puis l'on pense passer a des nord-africains et industriels écossais.
expériences de fonctionnement .continu, qui permettront Le dernier cours ~e l'alfa, fixé par le « paper
de définir les retouches indispensables avant la cons- control », fob ports algériens, à la fin de 1949, était
truction industrielle. de 10 .f..
Dans son état actuel, la machine semble capable Les importateurs àdmirent rapidement un cours
de cueillir 3 tonnes d'alfa par jour, .à raison de 3 de 13.f., base sur laquelle furent fondées les offres
quintaux par hectare parcouru. Mais il est possible, des exploitants aux adjudications d'Afrique du Nord
en réglant la hauteur des organes de préhension (2 de novembre 1949. Ces importateurs ne s'engageaient,
cylindres horizontaux de 4 m. de long, tournant en toutefois, que par des contrats d'assez faible tonnage
sens inverse, dont un grand à claire-voie muni de et à courte échéance, mais, à chaque renouvellement,
bandes hélicoïdales, et un petit à surface pleine caout- ils admettaient des majorations de prix très sensibles,
choutée) et la disposition du grand cylindre, de faire que justifiait la hausse marquée des cours mondiaux
de la pâte à papier de bois, matière de référence. Les
(:!) cf. à ct' sujet : « La mise en valeur du Maroc oriental. cours à l'exportation en Algérie sont ainsi passés à
Projet de crélltion d'uu secteur de moderuisation 'du paysanat, 21 .f., à la fin de 1950, et à environ, 40 .f., en sep-
moutounier et alfatier », daus bulletin économiqite et social dit
Maroc, vol. XIII, 11° 47, 3 m e trimestre 1950, p. 227. tembre dernier.
-BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 81

Ils sont extrêmement rémunérateurs pour les pays compare à ceux des pâtes à papier, ainsi que le montre
producteurs et, jusqu'à maintenant, logiques si on les le tableau suivant :

, 1947 Oetobre Décembre Décembre Mars 1951 Septembre 1


!fI 48 1949 1950 Aoùt 1951
1951
1
1
Livres Livres Livres Livres Livres Livres Livres
Tonne d'alfa. 7,10 10 13 25 à 28 35 à 38 38 à 10 40 à 42
TonnA de pâte
à papi el' de 26 45 34 77 103 El 127
bon hlamllie
il 1

Depuis le début de l'année 1950, la hausse des une mesure équivalente. En Tunisie, par contre, où
cours de l'alfa est donc légèrement inférieure à celle les nappes alfatières ne sont pas gérées par l'Etat
.des pâtes blanchies. le Gouvernement n'a eu que la ressource d'applique~
des taxes à l'exportation, dont le taux a été augmenté
récemment de 30 % ad valorem.
IV. - POSITION DE L'ADMINISTRATION
Cette mesure a fortement inquiété les Anglais qui,
Les nappes alfatières, en cours d'exploitation au de peul' de voir la hausse de l'alfa accrue dans les
Maroc, avaient été, pour la plupart, amodiées par voie mêmes proportions, viennent de décider le rétablisse-
.d'adjudication, en novembre 1949 et mai 1950, pour ment du contrôle des importations d'alfa à compter
une période prenant fin en mars 1953. du 8 novembre 1951, qui se traduira probablement par
Devant l'évolution des cours et l'instabilité des des interventions gouvernementales dans le sens d'une
monnaies, le service forestier avait pris soin de se fixation des prix à l'exportation.
"réserver la faculté de réviser, chaque année, le montant Les services économiques de France et d'Afrique
des redevances issues de l'adjudication. Les prix révisés, du Nord seront donc amenés à défendre les intérêts
applicables à la campagne suivante, devaient être cal- normaux de la production alfatière contre l'action d'un
culés en considération des cours à l'exportation et des organisme officiel britannique. .
irais d'exploitation et d'approche constatés durant la Il semble qu'ils disposent de moyens de défense
période de récolte précédente. d'un poids suffisant pour que l'avenir de la production
Les prix offerts par les adjudièataires· correspon- n'en soit pas assombri.
-daient pour les principaux lots, à une redevance fores-
tière ~oyenne de 4.600 frs par tonne d'alfa vert, et
permettaient une exploitation normalement rentable, *
**
pour un cours de l'alfa fob-Nemours de 13 f: environ.
En dehors des entrées de livres sterling considé-
L'augmentation considérable des cours, constatée'
rables qu'elle procure au Maroc, l'exploitation de l'alfa
au début de 1951, conduisit à procéder à la révision apporte à son budget des recettes élevées ; en 1950,
-des redevances. On parlait alors de 35 à 38.f. fob- elles ont dépassé 140 millions et, compte tenu du che-
Nemours, mais on n'avait aucune certitude du main- vauchement des campagnes sur deux exercices, elles
tien de ces prix dans l'avenir. L'administration s'en devraient approcher les 400 millions au titre de 1951.
tint donc à une solution prudente et réévalua ses rede- L'avenir devrait permettre de les developper encore.
vances sur la base d'un cours fob-Nemours de 25.f.
seulement.
. En résumé, une part de l'avantage considérable Rabat, le 9 janvier 1952,
-qui résultait pour les exploitants alfatiers de la hausse
de cours a, ainsi, pu être prélevée au profit de l'Etat GUY JOUNET.
-chérifien, propriétaire des nappes. L'Algérie a appliqué Ingénieur des eaux et forêts.

NOTE SUR LES ACTIVITES DES S.C.A.M. (1)


ET C.I.A. (2) D'OCTOBRE 1950 A OCTOBRE 1951 (3)

1. - OPERATIONS b) Cession de maté~'iel a.qricole et d'engrais : Au


cours de l'année agricole 1950-1951, le total de leurs
a) Cession de grains de semences : Les S.C.A.M. ventes, effectuées directement ou par les S.I.P., est
-et les C.I.A, ont cédé, soit à crédit par l'intermédiaire le suivant :
des S.I.P. (4), soit au comptant à l'automne 1950, les
.quantités ci-après :
Blé tendre , , . 81.628
Blé dur . 136.499
Orge . 54.509 (1) Sociétés eOOIJél'1l tins agrieolps lll:U'OClllnes.
(2) Coo[lérativPH intligènp8 ng-rieolPK.
Légumineuses .. ' . 11.335
(:n Sonre,' : Ilirl'ction <1e l'in téril'Ill·. Cf. Ilussi : A. Guillllu-
Oléagineux ., . 18.733 Ille : « l../Œuvrp llf'H sociétéA in<1i~ènes de prévoyancfl. an ~laroc
Pommes de terre . 277 (h~IHli8 la guerrp », dans 1JlIllcUn fC01l0nl'iquc (~t social (71l JInroc,
yol. XIV. n° ;'0, ;.!-mc trilll<'stre 1!);,1 et.1. ;\lothl's ; « Le ,léyelop-
Divers . 14.951 pl'ment <le l'é\'olution <lu mouyement coopératif en milieu lllltoch-
tonp marocain de 10:14 il 1 ft')O ». dnn8 HJülcm. vol. XII, no 4:),.
1 er trinH.'Htl"e 1!);')O, pt nO 46, 2me trimestre ln.iO.
317.932 qx. (4) Sociétés iu'ligènes <le préYO~'llnce.

1
82 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

Tracteurs 7 Blé tendre Blé dur Orge


Moissonneuses batteuses 7
Moissonneuses lieuses 99 Contrôle technique 18.000 19.000 1.700
Faucheuses javeleuses 31 Bon à semer 74.700 106.500 6.000
Charrues ;. 2.573 Grains communs 80.000
Herses 1.662
Superphosphates et engrais 35.006 qx. Totaux 92.700 125.500 87.700
c) Achats de la récolte 1951 : Ces achats s'élèvent La mise en place de ces semences et leur distri-
aux quantités ci-après (chiffres arrêtés au 15 novembre bution sont en cours.
1951) : .
Blé tendre . 491.455 EUes disposent enfin, de stocks assez importants
Blé dur . 201.025 de petit matériel agricole et assureront la livraison
des commandes d'engrais pas~ées par les S.I.P.
Orge . 583.627
Maïs et sorgho . 48.233
Avoine : . 40.315
Lin . 115.869 PROGRESSION DU NOMBRE
Légumineuses . 95.612 DES ADHERENTS INDIVIDUELS DES S.C.A.M. (1)
Alfa . 9.024
Divers . 22.839
1.587.999 qx. Octobre Mai 1951 Novembre
1950 1951
dont une certaine quantité de blés et brges de contrôle
technique ou de qualité « bon à semer » destinés à
être redistribués aux fellahs. Meknès 193 233 28::-
-
Casablanca 36 20:1 313
Rabat ... - 154 230
II. - PREVISIONS POUR LA CAMPAGNE Fès ..... - 60 7:-{
DE DISTRIBUTION DE SEMENCES DE 1951-1952
Total .. 229 650 898
Les C.I.A. et S.C.A.M. ont stocké, en vue de la
livraison aux S.I.P. au titre de prêts de semences à
l'automne 1951, les quantités suivantes (1) Source : Direction de l'intérieur.

NOTE SUR LA SITUATION DE L'ELEVAGE AU MAROC


AU COURS DU 4 me TRIMESTRE 1951 (1)

Grâce à des pluies d'automne précoces, SUiVies la barrière de protection instituée entre le Maroe
d'ondées généralement peu abondantes, mais bien répar~ oriental et la région de Fès, le trafic de bétail entre
ties, la délicate période de soudure, qui s'étend chaque Oujda et Casablanca a donc repris. Cependant les
année entre l'épuisement des derniers chaumes et la mesures interdisant l'entrée du bétail algérien au Maroe
renaissance de la végétation spontanée, a ét'é franchie restent en vigueur.
sans provoquer sur le bétail l'hécatombe par misère Par ailleurs, le résultat des campagnes de vaccina-
phisiologique, trop fréquente en cette saison. tions et de traitements préventifs s'est traduit par la
Les animaux de parcours, alimentés par une herbe rareté des malad~es épidémiques. Malheureusement, la
nouvelle, encore courte et trop riche en eau, ont bien rage, contre laquelle les mesures de police seraient
marqué une baisse d'état, mais sans que leur santé seules efficaces, reste trop fréquente. La peste aviaire
en soit affectée, et l'agnelage a débuté sous les meilleurs installée à l'état endémique, provoque des pertes moi~
auspices, les brebis allaitant leurs produits sans diffi- sévères qu'au moment de son apparition dans le pays.
culté. Le charbon bactéridien a été constaté dans 27
En haute montagne, cependant, le froid plus vif a foyers, causant la mort de 5 chevaux, 5 mulets 4i
quelque peu éprouvé les troupeaux de chèvres, tandis bovins, 17 ovins, 34· caprins 'et 4 porcs. 75.000 aniI~aux
qu'en plaine les labours prolongés ont entraîné un ont été vaccinés contre cette maladie.
certain surmenage des animaux de trait, amaigris et Le charbon symptômatique, toujours rare, a ét&
souvent blessés par le harnachement. signalé une seule fois, avec la perte de 4 bovins. Les
Avec la fin de l'été, les importations de géniteurs vaccinations ont porté sur 15.460 têtes.
ont été plus nombreuses, bien qu'entravées par la fré- La clavelée a connu une recrudescence saisonnière,
quence de la fièvre aphteuse dans les pays d'origine, avec 12 foyers, tous très circonscrits. 176.000 ovins ont
et les précautions sanitaires prises pour éviter l'intro- été c1avelisés.
duction de cette maladie au Maroc. Au cours de ce 23 cas de dourine ont encore été relevés.
trimestre, il a été débarqué à Casablanca : 5 baudets L'avortement épizootique a été diagnostiqué dan&
du Poitou, un tareau de race Schwyz, un taureau deux exploitations.
normand, 150 vaches hollandaises dont 28 suitées, 2
vaches montbéliardes, 2 vaches charolaises, 8 béliers Les ca~ de rage recensés ont porté sur 76 chien~
et 20 brebis de race mérinos précoce, 7 béliers et 35 3 chats, 10 bovins et un âne.
brebis de race Ile de France, 5 verrats et 3 truies de Avec la fin de l'été, les cas de piroplasmoses diver-
race Large White. . ses sé sont faits plus rares.
Sur le plan sanitaire local, l'extinction du foyer Dès la fin de la campagne de bains parasiticides,
de fièvre aphteuse, signalé à Oujda, a permis, de lever l'effort principal des équipes d'agents d'élevage s'_
reporté sur les traitements d'automne contre la stron-
gylose, par la phél'lothiazine, toujours très appréciée
(1) Hanree : Seniee <le J'élevage. par les éleveurs.
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 83

Au total, l'action sanitaire se résume comme suit Le commerce extérieur d'animaux a, d'autre part,
9.050 consultations gratuites, avec 172 hospi- maintenu ses courants naturels, à un rythme un peu
talisations, ralenti.
5.190 castrations, 17.130 moutons ont été exportés sur l'Algérie et
393.321 vaccinations, la France, ainsi que 230 chevaux de boucherie.
1.360.000 traitements contre les parasites internes,
188.750 traitements contre les parasites externes. Le ravitaillement de Tanger a absorbé 1.921 bovins,
1.100 ovins et 467 porcs.
Sur le plan économique, les circonstances favora-
bles à l'élevage incitent les propriétaires à conserver Les produits dérivés du porc (salaisons, charcu-
leur bétail ou même à accroître leurs troupeaux. Il en terie et conserves), ainsi que les sous-produits de
résulte une demande plus forte que l'offre, ce qui l'élevage : boyaux, laines, poils et peaux, os et cornes
entraîne une hausse sur toutes les catégories d'ani- font toujours l'objet d'exportations suivies.
maux, et, par suite, aussi sur les produits dérivés, Il est à prévoir que, dès le printemps, l'élevage
comme la viande et le lait. marocain connaîtra un nouvel essor, le seul point noir
, Si les prix ont subi une hausse, d'ailleurs consta- pour l'avenir étant la surcharge des pâturages, présage
tée chaque année en cette saison, le ravitaillement de de disette dès qu'une période de sècheresse prolongée
la population a, du moins, été assuré sans difficulté. surviendra.

3" PRODUCTION· MINIERE


Activités de J'offic:e chérifien des phosphates
0) Extraction de phosphates de choux humides par centre

K II 0 U R l B G A L 0 U l S-'G E N T IL
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~ o·~ ~~o ~ o·~ ~ ~~o
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C,) ~~.c "0
~
- --
milliers
milliers de tonnes milliers de tonnes
de tonnes
1938 - moy. trim.. » » 4.350 60 » » 1.116 60 »
1946 - » 426 » 6.611 75 H4 » . 2.386 75 570
1947 - » 1192 295 7.390 75 1fJ2 89 2.735 75 684
1948 - » 564 104 7.855 75 225 57 3.361 75 789
1949 - » 581 33 8.115 75 2'16 118 3.5!'i5 7!'i 827
1950 - » 740 101 8.689 73 26!'i 208 3.246 73 1.005
1951 - » 861 58 ~).73!'i 74 291 124 3.37G 74 1.1 50
1950 - 2 trimestre
c
730 117 8.661 73 298 209 ;~.142 73 1.028
1950 - ::l"e trimestre 740 89 8.474 73 264 220 3.245 72 1.004
1950 - 4 trimegtre 767 105 9.002 71 256 205 3.077 71 1.023
1951 - 2 e trimestre 873 3 9.535 74 263 139 2.843 74 1.136
• 1951 - 3e trimestre 864 6 !l.397 72 298 99 3.130 71 1.162
1951 - Il" trimestre 867 58 9.735 74 338 124 3.376 74 1.205

b) Production - Stocks et sorties de phosphates secs

P ROD U C T ION·
STOCKS 1

en fin de trim. S 0 RTl E S


1
._----
~-----_._--------

ANNEE Hors Maroe


ET TRIMESTRE Khou- Louis- Aux Aux Centre d'orlgine
ribga Gentil Total mines ports Maroc
Total Khou- Louis-
ribga Gentil
--- 1
milliers de tonnes 1
1

1938 - moy. trim.. 291 81 372 » » 5,1 3!'i7 273 84 1


1

1946 - » 543 153 696 » » J2,0 702 » » ,


1947 - » 552 189 741 133( J 137(1 13.5 708 !'i13 195
1948 - » 576 231 807 107(1 136(J 14,4 78\) 564 225
1949 - » 690 231 !J21 248(1 138(1 13,5 885 660 225
1950 - » 723 245 9(i8 13!'i(1 J59( 1 14,7 J.O li 754 257
1951 - » 871 300 1.180 152( 1 1!J6(1 .2R,5 1.1 05 R04 301
1'950 - 2 e
trimestre 707 285 902 132 204 8,3 918 704 214 1

1950 - 3ee trimestre 768 254 1.022 1!J4 209 J9.8 !J43 70!J 234 1
1

1950 - 4 trimestre 754 278 1.032 88 77 16,2 1.255 \)40 315


1951 -
2e trimestre
1951 - 3' trimestre
9!'il
862
333
337
1.284
1.199
J38
151
72
210
30,7
34,1
1.272
1.014
9J6
734
356
280
1951 - 4' trimestre 805 312 1.117 152 196 28,8 1.103 760 343
-----
(1) Au 81 décembre.
84 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

c) Exportations de phosphates

1938 1948 1949 1 1950 1 9 5. 0 1 9 5 1


1
PAYS 1 1
:-_-==-,-==-=----
DESTINATAIRES
Moyenne trimestrielle 3" trim.j 4' trim. 3' trim. 1 4" trim.

tonnes

France ......... 36.402 191.74R 98.544 133.002 105.484 177.804 171.17G 144.607
Grande-Bretagne. 24.126 151.890 171.480 170.731 140.326 155.425 156.902 150.686
Italie .......... 102.285 49.281 95.253 57,R64 56.365 137.04!J 108.927 125.196
Pays-Bas /12.783 59.274 77.89R 83.39!l 88.608 75.067 13.726 88.322
Union Sud-Afric. 18.621 38.511 64.221 88.038 48.878 111.602 44.816 83.664
Danemark ...... 38.718 59.706 63.819 60.701 72.725 48.4!V! 51.469 75.227
Suède .......... - 32.172 53.535 64.513 67.021 65.341 77.147 62.875
Belgique ....... 16.347 /!ri.3\m 52.113 7f!.232 80.368 129.180 4\1.737 1 81.574
Espagne o 7.575
......... 40.392 51.030 70.869 35.685 62.056 35.530 104.161
Allemagne ....... 34.557 2\);7\)6 43.557 63.53/1 74.793 104.62/1 80.366 78.183
Pologne ........ 7.257 20.016 34.851 25.023 43.581 35.671 46.729 17.033
Portugal o9.822
•••••• 35.1187 29.331 40.232 37.067 45.18G 37.67!l 32.692
Autres pays ' " . 18.417 35.271 40.197 76J)35 83.758 106.725 139.805 57.640
._-
Total '" . 356.910 7R9.R43 8R4.829 1.00R.173 934.R57 1.254.224 1.014.004 1 1.101.860

NOTE SUR L'ACTIVITE DE LA SOCIETE CHERIFIENNE DES PETROLES EN 1951 (l)

10 MATERIEL, FORAGE, PROSPECTION, RAF- Les ventes, de leur côté, se sont élevées à
FINERIE. 7.189 tonnes d'essence
Pendant l'année 1951 (2), la société chérifienne des 7.543 » de pétrole lampa~t,
pétroles a maintenu le plein emploi de son parc de 25.936 » de gas oH,
matériel de forage, qui comprend : 30.638 » de fuel oi! (non compris le combus-
- 3 appareils puissants (4.000 m.) ; tible pour la raffinerie).
- 2 appareils moyens (2.000 m.) ;
- 3 appareils légers (1.500 m. et 1.000 m.). 3" FORAGES.
Un appareil léger sur camion (1.500 m.) a en effet
été mis en service à la fin de 1950 (3). Pendant toute l'année, ·les panneaux prodUctifs
Parallèlement, la prospection de surface était pour- antérieurement reconnus à l'Oued Beth, (principalement
suivie selon un rythme comparable à celui de 1950 (2) : « ~aton » et « Mellah ») ont été maintenus en exploi-
levés .de surface exécutés par son service géologique, tatlOn normale. « Baton » produit, en moyenne, 70 m3
reconnaissance géophysique (deux équipes sismiques, de brut par jour, par 10 secondes. « Mellah » produit
une équipe tllllurique, une équipe gravimétrique). 20 m3 par 16 secdndes.
Enfin, la raffinerie, mise en route en janvier 1950, Les sondes nécessaires à la détermination de l'ex-
a pu traiter la totalité de la production de pétrole ~e~sion ,du champ de « Sidi Fili » ont, par ailleurs,
brut, et a cédé, aux sociétés marocaines de distribution ete ·forees. Il donne actuellement une production de
de produits pétroliers, les produits finis, obtenus par 150 m3/jour.
ce traitement. L'événement notable, à ce sujet, est la déCouverte
au mois de mai 1951, entre les champs de « Baton;
2" PRODUCTION ET VENTE, et de « Sidi Fili », d'un nouveau champ, dit « Mers
el Kharez », dont la reconnaissance est en cOurs et
La pToduction, pour l'ensemble de l'année, s'élève qui fournit, dès maintenant, 70 m3 par jour. '
à 75.670 tonnes, soit une moyenne mensuelle de 6.300
tonnes, contre 39.320 tonnes (3.280 tonnes par mois) Les horizons gazéifères reconnus, tant dans la
pour 1950. .région de Port-Lyautey qu'à proximité immédiate de
Pendant cette nième période, la raffinerie a traité Petitjean, et dont le faible développement a déjà été
75.560 tonnes de pétrole brut, et a obtenu signalé, n'ont donné lieu qu'à une mise en exploitation
7.516 tonnes. d'essence, semi-industrielle du second, pour l'alimentation de la
7.867 » de pétrole lampant, raffinerie de Petitjean en combustible. Les essais sont
. 26.463 » de gas oïl, en cours et sont destinés à mettre au point et à faire
33.060 » de fuel oil. connaître les dispositifs permettant, le cas échéant, awe
consommateurs d'énergie d'utiliser du gaz méthane sous
(1) Hourc!' : So(;iété chérifil'nne <les pétroles. leurs chaudières.
(:!) l'opr' l'année précé<lente, cf. : « note sur l'activité de
la Kociété chérifi!'nlll' <lPK pétroles en 19(;0 », <lans bulletin éco- Tant pour' l'exécution des sondages d'exploitation
nomique et .';;Delal (lu .J.lJllI'OC. vol. XIV, nO 48, 4'me trimestre lH;:tO, que pour celle des sondages de reconnaissance générale
Pt: « Vl"oduetion t't fabrication <le la S'.C.P. », dUUH ibülem,
\"01 XIV. n° 4D. 1" trimestre 1!)(i1. de son domaine minier, la société chérifienne des pétro-
1::) Cet aPlmrpil a été mis, par III S.C.P., à la disposition les a réalisé, en 1951, un total de 95.380 mètres de
(1(' lu. ~ociété th- .recherches .et d'exvloitation des pétrolf'8 du
CaUH'I'Ollll, aY(~c If' pprHOllnp} llécP8Hail'e, pour effectuf'l' <1nnH Ct'
forages, soit une moyenne mensuelle de 7.948 mètres
territoire une 8érie <le fOl'age8 géologiques. contre 6.456 mètres pour 1950.
1
1
1
1
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1
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1
1
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

4" FINANCEMENT. Ce soutien a permis, notamment, de décider le


développement de la raffinerie de Petitjean, ce qui, en
Le financement de la S.C.P. doit être essentielle- rendant possible l'augmentation et la valorisation de
lUent assuré, pOUl' le deuxième semestre 1951 et l'année la production, doit mettre ensuite la société en mesure
1952, par les produits de son activité et l'application, de poursuivre ses recherches sur ses seuls résultats
qui a été décidée en leur faveur par un texte législatif d'exploitation.
spécialement voté sur l'initiative de la direction de:3
carburants au ministère de l'industrie et du commerce,
du bénéfice du fonds de soutien des hydrocarbures insti- JANVIER 1952.
tué en France l'an dernier.

Un al'l'ar~il 'Vilson Titan ~n forll~('


LEGENDE

~ LIfT/de du doma/nc minier enlySo

~ IJDmDI"e m/,,;er J!eme",je" en IySI


G,sement rie tétro/. en exp/ollet/en

@ Sondeges frJllc'f~u)(

~ /Mes rér,l3ines "


P'"?Jet de Pife_LIne

\ .... ' t He .••• 1 , .~ ...


.
~
ECO NOM IQU E ET SOC IAL DU MAR OC 87
BUL LET IN
Statist iques de la produc tion minièr e
a) Princip aux minera is

1 Effectif
Stocks de
Produc tion marcha nde minera i ouvrier Nombre
1 inscrit Export a-
de jours
ANNEE ET TRIME STRE ouvrés
tions
Métal En f!Il de trimest re
Minera i contenu
1
1

•1
tonnes P L 0 M B tonnes
1

i HJ38 - t rilllestr ielic GAgz » » » » »


IllOYl'llIH~
» » 3.825 2.73lj » 3.li15 » »
i 194G - » 5.321 » /d31
7.41'1' 5.31G
i 1\)47 - » »
10.323 7.470 17.7G8(1) G.434 75 7.887
H)48 - » »
12.750 !).2(;7 17.6!l2( 1) G.7Dl
,.,~
,,) 12.7 Id
194\) - » »
» 16.!t69 12.053 12.01 9 (1) G.9H!) 7G 14.7G3
1950 - »
» 23.295 17.(Wi 1n.3R2 (1) 8.4G8 77 18.720
1951 - »
6.814 76 19.(W)
1950 - 'lI' trimest rI' ....... .. 17.280 12.704 9.809
7G 1G.545
triml';;t re ....... .. 17.581 12.754 9.403 G.G87
1 1950 - 3"
1950 - .1 t'
trimest re ....... .. 17.847 13.115 10.343 7.892 74 14.3\)()
76 18.541
1951 - 2" tl'Ïmest re ....... .. 19.5()O 14.263 10.2(j0 7.CH3
7.842 7G 21.07:ï
1951 - :3' tl'inwst re ....... .. 2LI44 17.!)G4 10.337
21.237
trimest re ....... .. 22.G63 10.382 1 8.468 77
1951 - ,4t' 31.101
MANGAN J<~SE METAL LURGI QUE

1D.890 » » » » »
1938 - moyclllH ' trimest rielle
» 12.G12 5.220 » 1.108 » »
194G - »
25.851 10.599 » 1.715 » 2ft.351
1947 - » »
» 51.123 21.30D. DG.145(1) 5.G07 7ri 29.D31
1948 - » 7ri 31.356
» » 52.968 2ft.534 79.G57 (1) 5.898
1!J40 - G6.2G8 (1) 't.2\)7 75 52.721
- » » M.444 28.80G
1950 3~J.()2 5 4(H32 (1) li.121 77 42.7%
1951 - » » 83.1117
r-,) r:'- r:
21' trimes! 1'1' ....... .. 74.013 33.358 70.295 13.m8 7ft 1~ .•JI,j
1950 - 4.0G4 iG 1ft.505
1950 - 3" t l'inwst l'C ..... , .. 58.200 25.837 G8.043
75 47.3D2
u tl'imest rc ....... .. 70.382 3UH9 53.48!) UOO
1950 - ,1·

24' t l'ÎIllPst rI' ....... .. H4.408 41. 730 72.1H) 4.liRR 7G 3G.602
1951 - lR.500
G\l.()61 31.G30 52.709 5.025 7H
lU51 - 3' trimest re o ••••••••

,!". trimest rB ....... .. DO.24/! /d .25H ftO.432 G.121 77 5G.G3G


1951 -
F E R

05.541 » » » » »
1938 - moyenn e trimest rielle 50H » »
» » 31.311 15.G57 »
1\)46 - » flGft » ft7.370
19/!7 - » » 3R.40n 1!1.203
76.020 34.209 07.R33 Cl) ~) 17 7G 71.7H7
In4R - » »
» 89.208 40.19!! 13.274 (l) 1.2Hl 7H !)(].5li7
1949 - »
RO.2Gf! 36.1t71 48.150 (l) j .090 7fi 7R.4!l7
1950 - » »
» 133.1 OH G1.300 '10.775 (1) I.R33 76 1 :~R.'lO:i
H)51 - »
7H 102.252
- ')l' Iri meslre ....... .. 9G.HDD 43.G/!8 /!2.rJ36 3.301
1950 020 7ri GO.O/lf)
l!)50 - 3" trimest re ....... .. 71.1 O(j 33.015 53.5!)3
1.285 77 DU03
ID50 - '4'" t l'illH~st 1'8 ....... .. H(i.367 3o.D07 /18.5HO
1.49H 73 130.31D
j951 - trimest re ....... ..
'0)('
121.2G7 58.81G 3D.3~)3
1.921 75 133.319
1951 - 3" t I"imestr e ....... .. 1ft 1.177 Gft.(l41 47.224
1.833 78 HiO.102
1951 - 4" t l'inH'slr e ....... .. 154.043 G~1.818 40.775
C 0 B A L T

» » 1H) » »
1938 - Illoyenl le tl'imlc)s lrielle 1.Gi35
/102 4R » :11 ft » » ,
1946 - » »
78 » 1 ft38 » ftGR
19'17 - » » GGG
G2G 18 1.'137 (l) 0!)() 7G 630
1948 - »
1
i 1949 - "» » 1,If> 51 1.3(j(i (1) 9:19 7R 45,l
» » Hi7 lOG 2.. ft3(\ (1) 73:3 7li 1.()(i 1
1950 -
Hl51 - » » L[j()·i 11'1 1.26l(1) ft 02 77 1.072
1950 - 2" tt·illlP...;tre ....... .. 1.0t)fJ 121 2.H27 2.326 7:'1 20G
!f)50 - 3" t rimpslr e o •••••••• 77G 94 3.195 5ft8 77 407
1950 - J..,
'1 trimest re ....... .. J.066 12R 1.602 832 75 2.5(j9
1951 - 21' tri mes! l'f~ ....... .. 1.480 177 1.183 8G2 75. 2.12G
,
1951 - 3" trimes! l'e ....... .. 1.22,:2 143 1.8!l7 553 77 SON
1 e tri meslre ....... .. 2.()(iO ,
1
1\)51 - 2.02ft 221 1.2 <il 402 79

il) Au 31 décembre .
88 B U L L E T 1N E C0 N 0 M 1Q uE E T S 0 C1AL D V M A R 0 C

b) Autres produits miniers

Bioxyde Zinc (blende Huile brute Argiles


ANNEE ET TRIMESTRE de calamine) Antimoine de pétrole Sel Bmectiques
manganèse

tonnes
1938 - moyenne trimestrielle 1.452 1.383 66 801 4.812 »
1946 - » » 1.182 744 j t /1 645 1
JO.53D 3.759
1947 - » » 1.HJJ 804 201 678 9.3!l\) 2.157
191t.8 - » » 1.3U 768 27G 3.228 7.140 705
J!l49 - » » 2.988 1.398 303 -1.371 8.rJ17 1.620
1950 - » » 7.373 5.692 304 !l.829 t5.000 1. ft 58
1951 - » » D.50D !l.121 ~36 18.797 11.244 2.221
1950 - 2e trimestre ......... G.9!n 4.888 328 9.626 Dfl4 J.53G
1!l50 - 3e IrimestnJ ........ ". !l.l21 7.896 266 10.5G2 3.252 J.GSl
1950 - 4' trimestre ......... 12.335 8.GW 333 IO.!l30 42.G!lG 1.2;)7
1951 - 2e trimestre ......... G.e31 8.!l63 ,JA3 19.660 846 1.637
1951 - 3e trimestre ......... n.854 8.9G9 532 19.32ft 1.3G5 2.RG8
1951 - 1e trimestre ........ -. 12.(jJ(j 12.161 <157 22.736 ·\2.rJ!l3 2.!lO3

c) Indice de la production minière et effectifs ouvriers - Base 100 en 1938


..

INDICE PONDERE DE LA l'RODUe l'ION MAnCHANDE EFFECTIFS


1 .. .. ,- ,"_.. --- - - .
orrVHlERS
Indice général Indices simples (~llnn de trim.
ANNEE ET MOIS
avec sans
1
Phosph. Charb. P 10mb 1 Mang.1 Fer Cobalt Nombre
mdal. absolu Indice
Phosphates

1938 ......... 0 •••••• 100 100 100


- 100 ---
100
- 100 100 100 15.302 100
1946 ............... 152 61 187 157 59 63 48 26 22.4!lH 147
19/17
1948
...............
...............
170
192'
95
·129
199
217
190
206
112
151
130
1.240
, 59
11.5
H
32
26.926
31.297
176
205
19ft9 ............... 221 152 248 242 199 27() 136 ,)~
~, 34.633 226
J950 ............... 239 183 261 261 257 324 122 53 32.900 222
1950 - 2 ee trimestre · . 217 196 267 245 269 372 148 61 32.89[ 215
J950 - 3e trimestre · . 249 181 275 273 273 293 108 47 3U)Ô6 206
1950 - 4 trimestre · . ·255 198 277 271 27R 354 132 65 34.O\lJ 252
1951 - 2 e trimestre ·. 313 229 345 259 304 426 183 91 35.361 231
1951 - 3 e trimestre ·. 298 235 323 241 38J 352 215 75 36.799 240
J(l51 - 4e trimestre ·. 301 304 301 31t 184 ft 54 235 124 1 :39.232 255

d) Production minière en Algérie et en Tunisie

Indice
Production de phosphates
de la production minière
ANNEE ET TRIMESTRE --
' ..

Algérie Tunisie Algérie Tunisie


.1
1

Base lQO Base 100


en 1945 en 1938 milliers de tonnes
1938 .............................. » 100 146,1 508,5
1946 .............................. 140 » 146,2 3/19,8
1947 .............................. 142. 75 176,7 438,9
1948 ............................... 156 89 167.6 465,9
1949 ................................ 186 75 161,2 360,6
1950 .............................. 189 82 171,3 382,5
1950 - 2 e trimestre o ••••••••••••••• 171 92 157,5 450.6
1950 - 3e trimestre ................ 179 78 149,1 34rJ.2
1950 -
4e trimestre ................ 202 8ft 181,0 383,8
1951 - 2e trimestre ................ 175 89 188,9 385,2
1951 - 3e trimestre ................ 214 95 204,1 1t13,3
1951 - 4e trimestre ................ 109 541,3
e) Activité des mines ou cours du 2"'" semestre

PHOOUCTION

~ c.:.'
SUBSTANCE '-" 'l'niaI pour
Q
... - Ir 2" ,srm.
;:i >
~
< """c. 6 1!J51
Z Eur'
'l..

tonnes
-
Po"'phate . 381.0Rl 1 443.101 365.115 365.121 36l.37R 3!11.1 75 2.317.0Gl 1 m
Anthracite . 27.323 32.000 25.610 . 35.000 M.:>I:> 28.'189 211.!J67 : Hi3
~linerai de \ \Irmg. chim. 21.948 29.032 1R.9~~ 1 34.521 25.29!J 30.424 160.205
manganèse l i\lrlI1g. ml"ta 1. 2.701 5.0R7 4.023 6.003 2.G90 23.470 ~ 00
Ult'.) \'
Frr manganèse . 12.3R9 1.857 1.380 1.740 17.3GG
48.350 49.70g 4R.!H3 56.347 4f~. 753 205.220 3
:'t!incrai de fer . 43.020 ')-~
375 505 225 _lU 301 1:)() 1.8'd 1
(~cre n.1arrhande . 1 Cl
1
l, rI' oliglslp .
PYrite de fer . 150 130 160 liO 210 324 1.114 ( 2R
:'tiinf'rai de plomb . 7.582 R.4R4 R.378 10.443 !J.22!J 11.i2() 55.54;)
:) -r::::~ lL8!1() Il 16
\Iinerai de Zil'C . 3.150 2.762 _./,) 1 3.011 1.2;')1 21.130
Minerai d'an! imoinr .. .. IDO 178 IG4 HG 128 18a 080 G
:'t!illrrai d'étain . 2 1 3
8 13 1 -'I, 1 1
~illerai dc cuivre ID
'\Iinrrai de ('ohalt . 342 f)2R .'3.)2 7'"JR (jOO G6G 3.2Hi r ?
')- ,'tG
:\!inprai d'amiante . 58 79 _1 40 20 270
({r'aphite .
Huilp hl'Utp de pc'trole G.771 (j.GGI :).R02 7.n61 7.R?~ 7.8:>1 ,12.0GO 1
8(;8 G"iR •
, Argiles smediqups . 558 URI 52\r 1.4:>7 5.n 1
1 Sef . 5R4 279 :i02 31.nG!J 7.02R l.!!J(i 13.058
1 \!~('a . 1.722 l.iRl :>.679 0.012 Il 12.80i
II~f'ryl . 1 7 10,500 !J 23 :JO.GOO
1 <.llassoul . 144 IRO 322 251 3:Jl 1Zi 1
l.\linrr,ai de lllll,"st,'nr . 3.030 ·L100 2.550 2,33R G.IR:) 7.122 25.G25 Ci
Bnrytlllc .. 259 476 100 G51 138 I.Ti24
1 Fluorine . 30 RG 30 187 1.413
1.080 l'
ICypsr .
1 Or (l~ilogs) . :>,824 8,801 ') (:q"
_._J ••.J !l,1R2 12.1 !J!J 13,37 11 52,373
Argent (kliog-.s) . :38.?69 94,880 28.Hln 118,2Ci7 ?7!1.81 G r.
90 BU L L ET 1 N ECO NOM 1 QUE ET SOCIAL DU M ARO(

RECHERCHES DE CHARBON DANS LE HAOUZ (l)

On parle beaucoup, depuis quelques mois, de la taient également des débris, arrachés à leurs rives ot
possibilité de trouver du charbon par sondages dans aux forêts qui les bordaient. Ainsi se formaient d'autrel
la région de Marrakech et l'importance que revêtirait bassins houillers : les bassins internes. Le seul conm
une telle découverte pour l'économie minière du Maroc en affleurement est le bassin de Christian, qu'a étudii
n'échappe à personne. le B.R.P.M. de 1941 à 1949. E. Fauvelet a donné une
Si les sondages en cours n'ont apporté encore aucun étude très détaillée du bassin et, des recherches entre-
résultat positif, il est cependant intéressant de pouvoir, prises (2); je rappellerai seulement que, nulle part,
dès à présent, faire une mise au point qui permette les travaux n'ont révélé de couches suffisamment impor.
de suivre plus aisément le développement des travaux tantes pour être exploitées.
c'est le but que se propose cette petite étude. A la fin du Westphalien, de nouveaux mouvements
se sont produits, modifiant l'allure des terrains et
amenant l'assèchement des bassins de Djérada et de
Christian. En Europe, à la même époque, venait de
Il faut tout d'abord se représenter le Maroc à la fin s'assécher le grand sillon houiller franco-westphalien.
de l'ère primaire, à l'époque où se déposaient, en Euro- A la faveur de ces mouvements, de nouvelles CUvet-
pe, le riche bassin houiller franco-westphalien, et, un tes internes se sont crées ; c'est l'époque où, dans le
peu plus tard, ceux de Sarre-Lorraine, puis du Massif Massif Central français, se formaient les bassins de
Central. Saint-Etienne, du Creusot, etc...
La mer, qui avait recouvert entièrement le Maroc C'est un de ces bassins, dits stéphaniens, que l'on
au Viséen supérieur s'était re.tirée vers l'est et, au recherche actuellement dans le Haouz, et les, sondages
Westphalien, le Maroc tout entier était émergé, la mer en cours ne sont que l'aboutissement d'une longue série
continuant probablement ,à occuper l'emplacement actuel de recherches.
de l'Algérie, laissant subsister quelques lagunes côtières, En effet, des affleurements sont connus sur les deux
dans lesquelles s'accumulaient les débris végétaux et venants de l'Atlas.
les alluvions arrachés par l'eau ou amenés par le vent.
C'est ainsi que se sont constitués les deux bassins houil- Sur le 'Versant sud, ce sont ceux de Tirkhou et des
lers de Djérada et de Colomb-Béchar-Kenadza. Ida ou Zal et Ida ou Ziki, à 50 kms au nord-est d'Aga-
dir étudiés par M. Clariond en 1932, et où les couches
Dans l'intérieur du Maroc, l'Atlas était déjà une reconnues se sont montrées inexploitables.
chaîne montagneuse importante dans laquelle des lacs
se formaient,. alimentés par des torrents qui transpor- Sur le versant nord, l'affleurement 'des Aït ZilIa'
à 45 kms au sud-est de Marrakech, signalé par L. Moret
(1) N.D.L.R. - Extrait du bulletin de liai80n du B.R.P.M.,
n" 1:!, septembre 1951. (2) Bulletin de liaison du B.R.P.M" u· :3, juin 1040.

CROQUIS ,GÉOLOGIQUE. SCHÉMATIÇ)UE DU HAOUZ


ECHELLE Q rp ~o 3p ki!'

o Terrainl pO/térieurl au ftéphanien ./tliphanien ~Terroinf antcZrieurl ou Itaphonian


EL TLETA
ME.NNABA
S'BOU OTHMANE
01.24
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

dans ses « recherches géologiques dans l'Atlas de rent leur matériel sur le bord de la route Marrakech-
Marrakech »,fut étudié en détail pal' MM. Clariond Demnat, près du pont qui enjambe l'oued Tessaout.
et Leca ; mais cette bande étroite de terrains, reposant La série f1uvio-lacustre de grès, marnes et calcai-
sur des séries inférieures marines, ne renfermait que res fut traversée en rotary jusqu'à 405 mètres, puis
quelques lentilles de charbon sans valeur industrielle. les marnes rouges devinrent plus foncés, et Chazan,
Il faut ici se représenter comment se classaient, rentrant d'une prospection dans le sud, ramena à Rabat
dans ces lacs houillers, les éléments transportés par les une première carotte de sondage dans laquelle se
eaux des torrents et les vents ; sur les bords, se dépo- trouvaient des plantes (Walchia) dont l'existence est
saient les sédiments les plus lourds : les conglomérats, connue au Stéphanien. Les autres carottes ,examinées
puis les sables, qui ont donné des grès, et, plus loin, sur place enrichirent la collection de plantes, et même
les argiles, qui sont devenues les schistes, enfin, les une petite coquille (Anthracomya) fut trouvée.
débris végétaux, dont l'accumulation et la transforma- Les professeurs Corsin, Pruvost et Waterlot, de
tion à l'abri de l'air a produit la houille. Les dépôts l'université de Lille, spécialistes des fossiles du Houil-
charbonneux ne deviennent donc intéressants, en prin- ler, confirmèrent que l'on se trouvait à l'extrême sommet
cipe, qu'à une certaine distance du bord de la lagune. du Stéphanien.
L'effondrement périodique du fond de la lagune Pendant ce temps, le sondage se poursuivait en
amenait la superposition des alluvions aux débris végé- carottage continu, montrant une série monotone de
taux, ce qui se traduit, actuellement, dans les mines schistes argileux et de grès pourpres, à passées vertes,
par l'alternance des passées stériles et des veines de avec débris de plantes et grains charbonneux, terrains
houille. peu favorables au dépôt de la houille, puisque cette
La faible épaisseur des terrains reconnus à Aït teinte rouge est attribuée à un climat humide et chaud.
Zifla montre que ce phénomène d'effondrement y était A 700 m., le sondage fut arrêté, le premier objectif,
peu sensible, et fait penser que cette série n'est que montrer l'existence du Stéphanien sous la plaine du
le bord du bassin. On pouvait donc penser que la plaine Haouz, était atteint. Ce trou sera repris avec une
du Haouz, couverte d'alluvions et effondrée au pied de machine plus puissante.
l'Atlas, cache le reste du Bassin.
Deux autres sondages furent décidés, l'un au nord,
En 1949, W. Chazan et A. Pochitaloff eurent donc l'autre au sud, afin de donner les limites du Bassin et
pour mission de prospecter des affleurements primaires permettre une coupe nord-sud de la région.
indéterminés, signalés par J. Dresch en 1937, au sud-
ouest et au .sud de Marrakech entre Guemassa et Asni. Une reconnaissance sur le terrain de W. Chazan
permit de trouver un emplacement à 10 kms au nord.
Leurs recherches permirent de montrer que ces au bord d'une piste longée par une séguia, et où Bock
affleurements pouvaient être attribués au Dévonien et et son équipe ont créé autour de leur machine un petit
au Tournaisien, c'est-à-dire aux étages marins qui sont village de huttes de roseaux.
antérieurs au dépôt du houiller continental.
Ce sondage n" 2 (OT. 2) de l'Oued Tessaout n'a
Au . nord de Marrakech les Djebilet sont aussi traversé que 120 mètres environ de couverture, puis
formés de terrains primaires. il est entré dans les formations rouges. et vertes à
Tous ces terrains anciens, entourant au nord, à débris de plantes et de charbon que le sondage précé-
l'ouest et au sud la plaine couverte d'alluvions du dent n'avait recoupé qu'à plus de 400 m., montrant
Haouz, confirmaient bien l'idée d'un bassin effondré. un net relèvement de la cuvette stéphanienne sous la
Seul le sondeur pouvait dire si, sous ces alluvions, on plaine du Haouz.
trouverait len mêmes terrains stéphaniens et des séries Pendant ce temps l'étude des terrains, situés au
charbonneuses. sud, entre la piste forestière d'Asrif et l'Oued Tessaout,
. Le premier sondage de reconnaissance entrepris et signalés par E. Roch dans la « carte géologique'
fut celui de l'Ourika. L'emplacement retenu était provisoire des régions de Demnat et de Telouet »,
l'endroit où la piste de Dar Caïd Ouriki coupe l'Oued permettrait de retrouvér, en affleurement, les forma-
IssU. Ce sondage, ainsi que les deux suivants, fut tions rouges et vertes à plantes déjà reconnues dans
effectué avec un appareil Calyx W 3. En dehors du les sondages du nord. Un sondage, O. Tessaout 3, vient
chef-sondeur Bock et du mécanicien Freysz, tout le d'êfre implanté le long de la piste, dans l'un des afflel.l-
personnel n'a jamais compris que des chefs de poste rements et donnera le troisième élément de la coupe
et ouvriers marocains. Abdelkader, Abdallah et Moham- nord-sud projetée. Bridenne y a amené une Sullivan
med sont d'ailleurs des anciens du B.R.P.M. qui ont 200 autour de laquelle ne cessent de tourner, admiratif",
déjà effectué quelques « kilomètres verticaux » dans les habitants des douars voisins, qui se demandent,
la région d'Aoufous. très intrigués, ce que peuvent chercher les Européens
dans ce coin.
Dans ce trou, le Stéphanien ne fut pas rencontré ;
après 492 m. de conglomérats, marnes et grès rouges *
**
(provenant probablement de l'accumulation par l'eau
d'éléments dûs à l'érosion des reliefs plus éloignés)
venaient les grès, marnes et calcaires de l'Eocène marin Il J:este à attendre ce que révèleront les assises
en bancs bien horizontaux. inférieures du Stéphanien : quelle est l'épaisseur des
terrains l'ouges ? Trouvera-t-on des terrains noirs
A 614 m., le sondage fut arrêté, l'épaisseur de témoins d'un climat plus clément et favorable au dépôt
morts-terrains qu'il fallait encore probablement travèr- des veines de houille, comme M. Clariond en a reconnu,
sel' avant d'atteindre le Stéphanien, rendant impossible en affleurement, sur le bord sud de l'Atlas ? Les
la continuation du trou. On était sans doute tombé dans minces filets charbonneux, rencontrés aux Ait Ziffa,
le prolongement de la grande fosse des Haha, bien donneront-ils, en s'éloignant du bord de la lagune, des
connue à l'ouest, en bordure de l'Océan actuel, et il veines exploitables ?
fallait déplacer le sondage vers l'est.
Le géologue ne peut actuellement répondre à ces
C'est ainsi que fut décidé un nouveau trou, à 70 questions. C'est au sondeur, avec ses puissantes machi-
kms au nord-est, compte tenu de la double nécessité nes, de résoudre le problème.
de rester dans l'axe de la cuvette et d'avoir de l'eau
et l,lne route à proximité ; Bock et Freysz transportè- O. HORON.
92 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

APE~ÇU SUR L'ACTIVITE MINIERE ET INDUSTRIELLE AU MAROC (1)

I. - MINES économique. La production de minerai métallurgiqu&


cru, qui n'avait pas dépassé, avant guerre, 100.006'
En matière minière les plus importants gisements tonnes par an, s'est élevée, en 1951, à 330.000 tonnes,
sont ceux de phosphates (2). Deux centres sont en auxquelles il cO,nvient d'ajouter 40.000 tonnes de mine-
exploitation : Khouribga et Louis-Gentil. Le program- rai destiné à des usages chimiques. Pour 1952, ces
me du Plan Marshall consistait à atteindre, pour la. chiffres seront portés, respectivement, à 420.000 tonnes
production de phosphate, 4.000.000 de tonnes par an ; et à 40.000 tonnes. Comme pour le plomb et le zinc,
c'était là l'échéance qui était fixée pour 1952. 85 % de la production sont fournis par les 3 impor-
Dès l'année 1949, ces prévisions étaient en fait tantes mines d'Imini, Tiouine et Bou Arfa.
atteintes puisque le tonnage marchand de l'O.C.P. s'est Les frais d'évacuation, qui, jusqu'en 1949, inter:.
élevé à 3.600.000 tonnes, dont les 3/4 à. Khouribga et veriaient pour 2/3 du prix de revient, ont incité l'admi-
114 à Louis-Gentil. En 1951, la production a atteint nistration et les producteurs à améliorer les moyens
le chiffre record de 4.600.000 tonnes, et elle approchera, de transport existants ; une solution provisoire a étIÎ
en 1952, 5.000.000 de tonnes, soit 20 à 25 % de plus. trouvée par la mise en service d'un important parc dit
Bien que le marché des phosphates se resserre dans le camions Diesel de 10 à 12 tonnes chacun de charge
monde entier la situation du Maroc, sous ce rapport, utile ; plus de 28'0.000 tonnes ont été, de cette façon
reste satisfaisante, gr.âce à la teneur é.levée des pro- transportées, én 1951, entre les mines de Tiouine, Imini
duits qui y sont extraits. I;~ pays extraIt act~eUement et Marrakech, soit sur 181 kms d'un parcOUrs de
entre le quart et le cinqUleme de la productIOn mon- montagne très accidenté.
diale totale.
En 1952, une amélioration, déjà très importante;
Au second rang des minerais, et en augmentation sera obtenue par la mise en service d'un téléphérique
sans cesse croissante, viennent les minerais de plomb de 56 kms. qui supprimera la partie la plus difficile
et de zinc (3), la plupart du temps as~ociés, ,dont les de la route du Tichka, tout en réduisant d'une trentaine
principaux gisements se situent, essentlelleme~t,.dans de kilomètres la longueur totale du parcours routier.-
l'Oriental avec les mines de Bou Beker et TOUISSlt, et,
dans le Maroc central, aux environs de Midelt avec 'La mine d'anthracite de Djérada, prévue avant-
les gîtes d'Aouli et de Mibladen. Ces quat!e mines guerre pour une production de l'ordre de 150.000 tonnes
produisent, à elles seules, 85 % de la productI?n totale par an, a produit, en 1951, 400.000 tonnes, avec, à peu
du Maroc de plomb et de zinc. Les autres gIsements, près, les seules installations industrielles de l'origine.
qui sont de plus en plus nombreux, et intéressent Ce tonnage ne suffit pas à couvrir la demande, de plus.
pratiquement l'ensemble du territoire, f.ournissent le en plus importante, émanant soit du Maroc (5), soit de
complément. Les prévisions du programme quadrien~al l'Afrique du Nord ou de l'étranger. Là aussi, le plan
d'équipement avait fixé à 110.000 tonnes la productIOn quadriennal a fixé l'objectif minimum de ce charbon-
pour 1952 de chacun des minerais. Parties de 15.000 nage à 600.000 tonnes par an, pouvant, si besoin est,
tonnes de plomb et de 3.000 tonnes de zinc, en 1946, être porté à un chiffre très supérieur. Pour cela, up.
les exploitations plombo-zindfères marocaines ont nouveau siège d'extraction, ainsi qu'un nouveau lavoit
extrait en 1951, plus de 90.000 tonnes de concentrés sont en cours d'équipement et de montage au sud du
à 70-75 % de plomb, et un peu moins de 40.000 tonnes siège actuel ; en outre, une voie de chemin de fer est
de concentrés de zinc. construite entre la gare de Guenfouda et la mine elle-
même' pour remplacer le téléphérique insuffisant pour
Au cours de l'année 1952, eUes atteindront, respec- les tonnages en cause (6). Les besoins industriels du
tivement, les chiffres de 11_0.000 et 70.000 tonnes, et Maroc ne pouvant être satisfaits avec le seul charboJl
il est prévu que le programme total sera largement maigre de Djérada (7), il faut continuer, de toute
réalisé en 1953. A ce moment, l'importance économique manière, à importer une centaine de milliers de tonnes
des mines de plomb-zinc sera pratiguement égale à par an de charbon gras en provenance de la France,
celles des phosphates et représentera un chiffre (le de la Rhur ou de l'étranger auxquelles s'ajoutent les
l'ordre de 20 milliards 'de francs. C'est dire tout l'intérêt 250.000 tonnes de production marocaine, dont le com-
du développement de ces exploitations. plément est exporté très facilement sur l'Algérie et
La troisième place dans l'ordre d'importance des la Tunisie, ou l'Europe.
minerais après les phosphates et les minerais de plomb Les recehrches de pétrole (8) .se poursuivent, avec
et de zinc, est tenue par le manganèse (4). une vigueur sans cesse accrue, dans la plaine du Rharb
Les principaux gis~ments sont situés à Bou Arfa, et sa bordure est, non loin, de Petitjean.
sur la voie ferrée du Méditerranée-Niger, dans le Des résultats extrêmement satisfaisants Dnt été
Maroc oriental, et sur la bordure sud de l'Atlas, dans obtenus, depùis 1947, par la mise en œuvre d'un maté-
la région de Marrakech. L'importante demande de ce riel de prospection et de forage très moderne. Le
minerai, qui se manifeste depuis 2 ans sur le marché nombre de mètres de trous forés, qui n'avait pas dépassé
mondial, et les prix, relativement avantageux, qui en 20.000 mètres au cours de la meilleure année d'avant-
découlent, ont incité, en outre, de nombreux prospec- guerre, s'est élevé, en 1951, à plus de 80.000 mètres,
teurs à rechercher et à exploiter de petits gîtes qùi, amenant la découverte, dans la vallée de l'Oued Beth,
avant guerre, n'avaient pratiquement aucune valeur en amont de Sidi Slimane, d'un certain nombre de
champs productifs dont les réserves minima sont com-
(1) N.D.L.R. - .Source : Direction de la production indus-
trielle et des mines.
Qu'il nous soit permis d'adresser ici nos remerciements li . (5) cf. à ce sujet : Maurice Doumenc. - Djérada, dans
M. le colonel A. Pommerie, directeur de la production industrielle bulletin économique et social du Maroc, vol. XIV, no 49, 1er
pt des mines, qui a bien voulu acc~pter, en nous remettant ce trimestre 1951, et : R. Naudet. - Utilisation des diverses sources
document, de mettre à jour. pour nos lecteurs, l'exposé qu'il fit d'énergie au Maroc, dans Ibidem, vol. XIV, nO 51, a'me trimestre
,1 ce sujet li la « semaine pédagogique » (Pâques 1950) et publié 1951.
dans le nO 213 (l·er et 2'me trimestre 1951) du bulletin de l'en- (6) cf. « Le marché charbonnier du Maroc en 1lliJO », dans
.~eignement. bu,lletin économique et societl du Mat·oc, vol. XIV, no 50, 2....
(2) Sur les phosphates marocains, cf. bulletin économique tnmestre 1951..
ct socinl du Maroc, vol. XIV, no 50, 2'me trimestre 1951 et (7) cf. « La nouvelle voie ferrée de Guenfouda li' Djêrada '""
vol. XIV, nO 51, 3 m e trimestre 1951. dans bulletin économique et social du Maroc, vol. XIV, no 49,
(3) cf li ce sujet : bulletin économique et social du Maroc, l· r trimestre 1951.
vol. XIV, n° 50, 2 me trimestre 1951. (8) cf. « Les recherches de pétrole au Maroc >, dans bulleU"
(4) cf. « Note Sur la production de manganèse », dans économique et social du Maroc, vol. XIV, nO 49, l'er trimestre
bulletin économique et social du Maroc, vol. XIV, nO 51, aime 19;:;1, et, cl-contre « L'activité de la société chérifienne des
trimestre 1951. pétroles en 1951 »,
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC !l3

prises entre un et deux millions de tonnes (9). La congrès géologique mondial qui doit se tenir à Alger
consommation du Maroc étant, grosso modo, de 400.000 en 1952. La section d'études des gîtes minéraux
tonnes pal' an, on voit que ces réserves sont loin d'être s'attache, plus particulièrement, à l'étude de détail des
à l'échelle mondiale, mais, toutefois, elles justifient des différents gisements, appa;1'tenant à des, particuliers ou
espoirs et permettent la poursuite et l'intensification non. Des résultats d'une grande importance ont été
des 'recherches ; er. outre, elles ont justifié l'installation, obtenus au cours de ces dernières années dans les
à Petitjean, d'une petite distillerie, mise en route au domaines du plomb, du manganèse et du tungstène.
début de l'année 1950, et dont la capacité a été portée, Enfin le centre des études hydrogéologiques est
grâce aux améliorations effectuées par la société chéri- spécalisé dans l'inventaire et la recherche des ressour-
fienne des pétroles à 85.000 tonnes par an, alors qu'elle ces en eau du pays ; il est un conseiller technique et
était prévue pour 40.000 tonnes. Un tel tonnage est scientifique des organismes tels que les travaux publics
encore loin de permettre au Maroc de vivre sur sa seule ou le génie rural, auxquels il donne ses avis et ses
production, mais constitue cependant un appoint non conseils. De nombreux problèmes d'irrigation et d'ali-
négligeable. mentation en eau ont été déjà réalisés; on peut citer,
Le minerai de fer est pratiquement exploité en en particulier, les forages artésiens des hauts plateaux,
grosse quantité par le seul gisement des Aït Amal', dans le Maroc oriental, qui ont donné des débits de
situé dans la région d'Oued-Zem et relié à la voie l'ordre de 100 à 130 litres-seconde, et qui permettront
ferrée de Casablanca par un embranchement particu- le développement de la houillère de Djérada.
lier. Le minerai, qui est relativement peu riche, assez
phosphoreux et très siliceux, ne se prête pas, pour
l'instant à un traitement sidérurgique pour lequel,
d'ailleur~, se poserait la question d'approvisionnement
en coke. La plus grosse production atteinte, qui était III. - INDUSTRIES (l0)
de 420.000 tonnes en 1939, a été dépassée, en 1951,
avec plus de 520.000 tonnes ; le programme de 1952 1" INDUSTRIE MECANIQUE.
prévoit 600.000 tonnes ; la totalité du minerai est
exporté en Angleterre et en Europe. L'usine de la S.C.I.F., à Aïn Sebaa (Casablanca),
Au point de vue, cobalt, le Maroc se classe dans les est capable de fournir et de réparer le matériel ferro-
deux ou trois premiers producteurs mondiaux avec les viaire. Elle occupe, actuellement, plus de 100 ouvriers,
mines de Bou Azzer et du Graara qui, en 1951, ont et sa capacité annuelle de production est de 600 wagons
produit plus de 6.000 tonnes de minerai, correspondant d'un poids global de 8.000 tonnes.
à la meilleure production d'avant 1940. 92 ateliers mécaniques sont en service, mais parmi
Les besoins de la France ne dépassant pas la eux, vingt-neuf seulement occupent plus de vingt
moitié de ce tonnage, l'autre moitié est exportée au ouvriers, cinq atteignent le chiffre de cent employés.
Canada et aux U.S.A. Les programmes pour 1952 Ces ateliers effectuent l'entretien et la répartition du
prévoient de porter la production à plus de 8.000 matériel industriel et de transport, ainsi que la fabri-
cation de certaines pièces détachées.
tonnes.
39 fonderies fournissent 1.100 tonnes par an d'acier
Les recherches de cuivre qui se poursuivent assez
activement, depuis plusieurs années, dans l'Atlas, l'Anti moulé, 6.000 tonnes de fonte et 700 tonnes de bronze-
Atlas et le Sarho, n'ont pas jusqu'ici donné de résultats aluminium et alliage divers. Onze seulement emploient
très encourageants ; les minéralisations rencontrées, plus de vingt ouvriers" trois plus de cent.
quoique très nombreuses, sont, en général, très disper- Les premières boulonneries tournent.
sées et ne permettent pas la mise en évidence de gise- Quatre chantiers navals effectuent les répartitions
ments importants. Toutefois, l'exploitabilité du gîte de et aménagements des navires de commerce et de pêche
Bou Skour, à proximité d'Ouarzazate, a été démontrée, et fabriquent des chalutiers jusqu'à 60 tonneaux. Ils
et on procède actuellement aux installations qui permet- occupent un effectif total de 1.200 ouvriers et permet-
tront une production annuelle de l'ordre de 7.000 tonnes tent d'assurer les réparations les plus urgentes des
de concentrés marchands en 1953. navires faisant escale au Maroc.
Les autres minerais, d'une importance économique Les quelques chiffres donnés dans ce secteur des
moindre pour le Maroc, ne so~t cependant, poi?t à industries mécaniques montrent à quel point ces indus-
négliger . parmi eux. on peut cIter en premIer heu : tries sont encore limitées dans leur expansion. Une
le sel do~t la production couvre à peu près les besoins dizaine d'entreprises seulement dépassent 100 ouvriers.
locau~ . l'antimoine, qui, en 3 ans, a plus que doublé Aucune n'est à l'échelle française.
sa proluetion ;, !amian~e, qui, contribue au fonction-
nement de l'usme d'amIante-cIment de Casablanca ; Un autre caractère de l'ensemble des entreprises
l'or, qui est exploité pour la, première f;>is à. l'é~at est la concentration dans la région de Casablanca. Sur
natif ; le béryl et le tungs~ene. dont 1 exploltatlOn cinquante entreprises, employant plus de vingt ouvriers,
récente permet quelques espOIrs. En outre, on peut une dizaine seulement sont en dehors de cette ville,
citer également l'étain. le mica, le graphite, la bary- dont trois à Fédala, et le reste à Rabat et Meknès,
tine, la fluorine, les al'yiles smectiques et le y/wssonl. C'est dire à quel point le développement industriel n'a
encore que peu dépassé l'hinterland du grand port
marocain.
***
2" INDUSTRIES INTERESSANT LES MATE-
II. - SERVICE GEOLOGIQUE RIAUX DE CONSTRUCTION.
Indépendamment du contrôle de la production et La production du ciment (11) est concentrée dans
des recherches minières, et des activités qui s'y rap- une seule usine à Casablanca, qui, après avoir débuté
portent, la di;'ection de la productio!?, in.dustri~lle et avec un seul four, possède, actuellement, trois fours.
des mines a, egalement, dans ses attrIbutIOns, lmven- Elle emploie 800 ouvriers et a produit, en 1950, 320.000
taire géologique, métallogénique ou hydrogéologique du tonnes de ciment, pour une consommation totale de
sous sol marocain. La section de la carte géologique 517.000 tonnes environ.
-cst tout spécialement orientée vers l'établissement des
cartes géologiques au 11500.000", 1/200.000·, 11100.000'
sur les fonds de reconnaissance ou réguliers existants (10) Non" eOlllIH'ÎS('H }ps int1l1~tries de tl'Hw;;fornul tion (11'8-
actuellement. Un grand nombre de coupures pourront, produits de l'ag-rÎcnltnrp. des forêts et des l,èches, Qui l'f'lèvpnt
<lN;; Il tlTihl1 tions de la directioll de l'agriculturp, du COmnH-'l'C,,,
vraisemblablement, être présentées à l'occasion du ('t (l(1S forêts.
(11) ef. R. l . .(~ Lnhanl1re. - Etude snI' le IH'obU'lne du ciment
ail :Maroe, danH luûletin écol1om-iquc ct social du Jllaroc, vol.
(9) cf, n. Naud"t, op, cU, XIII, nO 47, :lme trimestre 1950.
94 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAR 04
Dans un but de déconcentration de Casablanca, lées au Maroc, et évitera ainsi d'avoir recours a~
l'administration se préoccupe de faire monter un qua- importations étrangères.
trième four à ciment à Meknès. La mise en service Pour les gaz comprimés, l'usine de l' « air liquide
de ce four est prévue en 1953. En outre, une usine de fournit l'oxygène, l'acétylène et l'hydrogène nécessair
ciment est actuellement en construction à Agadir" aux besoins du Maroc.
d'une capacité de 50.000 tonnes environ.
En ce qui concerne les carreaux en ciment, qua- Une usine installée à Casablanca fabrique
rante-six usines fabriquent des matériaux en ciment !acide sulfurique, par le procédé des chambres
~lomb, et utilise sa p-roduction à la fabrication d
(agglomérés, hourdis, carreaux, buses). Quinze comp-
tent plus de vingt ouvriers, toutes à Casablanca. Une superphosphates. La pyrite nécessaire est entièreme
seule dépasse les cent ouvriers. Le développement de importée, à raison de 17.000 tonnes par an.
leur production est fonction de la production du ciment, L'installation d'usine de grillage de la blende, fa
et partiellement subordonné à la production de l'indus- nie par les gisements du Maroc oriental, est à l'étud
trie céramique. et l'on peut espérer que le problème de la mati' .
Pour les produits céramiques, le caractère restreint première, pour la fabrication de l'acide sulfuriqu
des exploitations apparaît à nouveau. Vingt usines, sera prochainement résolu. Ceci permettra d'obtenir
dont quatorze de plus de vingt ouvriers, et quatre de S04H2 nécessaire à l'alimentation des accumulatêu
plus de cent, se répartissent une production totale de d'automobiles, actuellement fabriqués dans trois atelie
100.000 tonnes de tuiles, briques et hourdis. Ici, toute- de Casablanca.
fois, les installations sont plus dispersées, chaque région Les sulfates de cuivre et de fer sont produits
possédant ses usines destinées à la satisfaction des quantité suffisante.
besoins locaux. L'installation, en cours, de cinq nou- L'approvisionnement des principaux autres pl'O"
velles usines permettra de couvrir les besoins du pays. duits produits chimiques divers se' fait par l'importa-
Le plâtre est fabriqué dans la région de Safi en tion soit de France, soit de l'Etranger. Cependant, un.
quantité suffisante et même disponible pour l'expor- importante usine de produits chimiques est actuel1eme!Û
tation. en construction à Port-Lyautey, et doit démarrer d
Les ateliers de constructions métalliques sont au les premiers mois de 1952. Elle fabriquerait en gran
nombre de cinquante-quatre, dont vingt emploient plus quantité des produits chimiques, tels que : sulfure
de vingt ouvriers, et cinq plus de cent. Concentrés sodium, sulfhydrate, silicate de soude, nécessaires a
dans la région de Casablanca,ils fabriquent les char- mines, et des engrais, ainsi que tous les sous-produi
pentes métalliques et effectuent des travaux de chau- Cette société envisage également l'installation, dans
dronnerie et de tôlerie. . courant de l'année 1952, d'un atelier de fabricati
d'acide sulfurique, à partir des blendes du Mar
Il faut noter que, sauf en ce qui concerne le ciment, oriental.
l'industrie des matériaux de construction conserve le
.caractère presque artisanal. Une usine de cartons et papiers s'est installée a
Maroc, également à Port·Lyautey ; son instal1ati
est actuellement terminée, et elle a commencé
3" INDUSTRIES CHIMIQUES. fabrications. Sa capacité' de production est très impol"!
Deux fabriques d'explosifs à Casablanca, employant tante, elle s'élève, pour l'année 1952, à 20.000 tonn~
cent· cinquante ouvriers, fabriquent des explosifs et des Cette production permettra l'approvisionneme~
mèches de mines, à partir de matières. premières impor- total du Maroc, et une exportation d'environ 50 % cW!
tées; La production couvre les besoins marocains, sauf la production, ce qui permettra une rentrée de devis_;
en ce qui concerne les mèches. Mais la situation est étrangères appréciable. ;, ~
rendue délicate du fait de l'absence complète de pro- Outre la principale usine de verrerie établie ~
duction d'amorces électriques et de détonateurs.. Casablanca, d'autres verreries et fabriques de céram~
Une usine de nitroglycérine est actuellement en que se sont créées depuis un an. Elles sont sans doutee'
voie d'achèvement, elle· permettra l'approvisionnement encore au stade artisanal, mais envisagent de se déve-~
en dynamite des usines d'explosifs, actuellement instal- lopper .rapidement.

4" PRODUCTION INDUSTRIELLE


Energie électrique
0) Production

HYDRAULIQUE THERMIQUE PllODUCTION


Production
ANNEE nette
ET TRIMESTRE Puissance Production Puissance Production totale d'Algérie de Tunisié
1
installée (1) nette installée (1) nette·
-
milliers millions milliers
kva millions de kWh
de kWh kva
1938 - moy. trim. » 27,39 » 7.86 35,25 69.3 16,8
1946 - » 54·,45 35,28 32,98 30,09 65,37 89,7. 24,2
1947 - » 54,45 37,14 37,84 41,97· 79,11 103,8 27,4
1948 - » 70,45 50,91 4(56 43,38 9~,2g 113,7 31,7
1949 - » 86,45 62,82 46,76 45,72 108,54 129,0 33,5
1950 - » 96,29 63,76 . 56,74 56,50 120,26 146,4 35,3 .
1951 - » 122,79 98,25 89,17 54,71 152,96 40,7
1950 - 2" trim... 87,55 54,60 53,62 62,18 116,78 137,8 32,8
1950 - 3e trim... 96,15 34,09 53,35 70,73 104.82 146,9 34,8 ,
1950 - 4 e trim.. : 122,79 86,45 66,38 49,80 136,25 156,2 41,4
1\)51 - 2 e trim... 122,79 101i,09 66,91 39,27 145,36 158.3 39,8
1951 - 3' trim... 122.79 64,54 71,77 78,86 143,40 167,5 38,8
1951 - 4' trim... 122,79 91,05 89,17 72.69 163,74 42,6
(1) En fin de période.
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 95

b) Situation de l'électricité

HYDRAULIQUE THERMIQUE
---=-------~~-----.::c==-:=I============11
,\:\;'iKE ET l'lUMESTRE Stocks en fin de trimestre
Réserves
en fin de trimestre
Charbon Gasoil Fuel-oil

milliers milliers
t 0 n n e s
de m3 de kwh

1950 -
.)p
t "irnestre .. .. ·. ·. ·. 125.700 9.013 8.55G 2.380 1.528
1950 - ,3" t "inwstre .. ·. ·. ·. ·. 118,900 12.636 1fL039 2.300 1."'94
1950 - ~ l "inwstre
('
·. · . ·. · . 189.870 17."'90 ·'LRH5 3.180 3.0411

1951 - :2 trimestr!'
e
·. ·. ·. ·. Z7fi.871 2\.G40 D.Hll 3.060 1.511
1951 - cl (t'imeslrp ·. · . ·. · . 121.Rr,2 ~l.712 ri.337 2.770 1.EM
1951 - '1 ~ trimestre ·. ·. · . · . 10G.3Dô 10.Gfi3 7.311 :3.f123 2.7n2

Bilan charbonnier
a) Production

PHOJ)UCTlON STOCKS Iè,FFECTIF


('·11 /ln de trim. ouvl'icr inscrit Algé.rie !TtUiiSie

rr,
Antllraeite aux mines pn fill de trim. c; 'Q
el, aux por'ls '"0 z...

ET TitIl\ŒSTHE . c=_=-- -_.. -_ ..-- ----.. 1 ::--~=====

~ 2
;...

.J OUI' : Production
Total !dispon. i\nthra- Agglo- Il.1iJleS Ëo
lavé ']Jour la Fond
cite 1,mér'('s 1'1, aIl" ;--;
1 vente 1 J1Pxes

milliers de tonnes kg. milliers de L

1938 - moy. trim. 35,4 )J >J »


0,05
>J >J )J » » 3,3 »
\946 - » 55,5 51,9 5,7 29,5
25,1 0,2
3.273 1.01 fi 300 » 53,7 23,9
1947 - » 67,2 60,6 8,7 3.4G3 1.0G4 349 7fi 5Ul 19,0
1948 - » 72,6 68,1 5,7 20,5
47,9
0,7
0,5
3. Hi! G73 3~H if) r:r:
'),),1
r-
17.G
1949 » 86,7 17,2 3,3 3.R06 1.90n 429 7fi 61,:1 11;!)
1950 - ;) 92.0 89,0 8,7 77,0 1,1 3.6fi3 2.03/1 4GU If) G2,ô 10,2
1U51 - :> 93,3 94,9 6,1 45,7 O,S 3.9ô9 2.410 494 76
1950 - 2 trim ... 12,5 G6,G 0,4
e 8G,5 82,7 3.779 1.074 42ô '74 6/I,U 10,7
e
1950 - 3 tl'im.,. 96,3 92,9 4,5 93,5 3,3 3.388 2.008 504 76 54,2 8,:;
1950 - 4 trim... 91,3
e 95,7 93,3 8,2 0,2 3.481 2.081 558 72 58,4 R,7
1951 - 2 e trim... 91,5 89,1 4,9 -17,7 0,6 3.5R8 2.245 491 77 22,9 (2)
1951 - 3 e trim... 81,9 H2,2 /l,2 31,1 0,5 3.713 2.294 479 74 70,2 (:2)
1951 - 4 e tl'im... 109,5 t2fi.9 5,1 "lfi,7 0,5 3.9û!l 2.410 537 75 (2)
-----
(1 ) Par journée de travaH effectif.
(2) Exploitation arrêtée.
b) Commerce extérieur du charbon
. -
l M l' 0 nT A T l 0 N S ]~ X PO R l'AT 10 N S -,
ANNEE
Dont ell provenaJwe de Dont à desl inati on de
ET TRIMESTRE 1
Total Total
1

Et.ats- 1Grande-I AI ..
Unis Bretagne gene Ruhr France Algérie Tunisir 1

- 1 1 1
1

milliers de tonnes i
1946 - moy. trim.. 37,8 1 13,2 18,G 3,0 - 22,2 6,9 tU 3,0
1947 - >J 49,2 36,G 2,4 D,3 - 31.,2 2?,f; G,ô J.g 1
1948 - >J 39,3 25,5 4,8 5,1 1,2 31,2 17.1 ~"
I.~ 4,2
1949 - )J 36,3 IG,R 7,5 3,3 5,7 11.7 17,1 10,;; 9,0
1950 - )J 30.5 - fi,G ,1 , ;) 12,4 1(l,G 5,2 19,3 3,0
1951 - » 31,7 lR,5 - 6,8 - !ill,1 7,0 18,G 2.3
1950 - ,2 e trimestre 2(i.·1 - - fi,3 12.8 31,1 - 1 fi.5 /1,6
1950 - 3 e trimestre ?n.2 - 11,G 4,1 "',fi 2D 4 l - 17,7 2,0
1950 - .le 1r'jmcstre 21,G - - 3,fi r:
I,,)
~
fi5,5 G,I 20,2 1,Ij
1951 - 2e trimestre 30,0 17,2 - 3,G - 56,3 7.8 17,n 1,6
1951 - 3" trimestre 37,0 21,1 - n,t - 51,4 7,7 12.G 1.5
1951 - trimeslre 22,5 10,2 - 7,:1 -- GO,7 7,8 ?G,8 3,0
"'"
96 BULLETIN ECONOM~QUE ET SOCIAL DU MAROC

cl Consommation de charbon par les principaux utilisateurs

j:-:NNU
ET TRIMESTRE
Centrales
électriques
Chemins
de fer
Cimenteries Sucreries O.C. P. Divers Total

1 milliers de tonnes
I~H7 - » 13,5 15,~l 10,5 3,\l R,1 27.3 79.2
194H - » 17,4 D,U 10,2 4,2 6,6 35,1 83,4
1
1!li\) - » lD,5 9,6 1 H.7 5,J 6,6 32,1 84,9
19fiO - » 20,0 6,7 13,/1 5,3 G,6 30,2 82,2
1 HJ5J - » 20,R 6,11 15,2 3,8 5,1 30,5 81,8
If/50 - 2 e trim... 22,4 5,6 15,5 6,2 6,8 32,;) R9,0
1 1!J50 - 3" trinl. .. 21,0 6,1 12.0 4,7 6,3 28,R 78,9
19;>0 - 4" trim... 21,7 6,2 12,9 4,8 7.5 30,0 83>1
1951 - 2" Idm... 15,6 5,7 14,2 4,5 5.1 30,7 75,8
1!J51 - 3" trinl. .. 2(;,2 5,6 15,5 /1,5 3,7 30,0 R5,5
i lD51 - 4" tdm... 23,2 7,3 15,7 2.1 4,9 28,2 81,4

Carburants

1 ESSENCE GASOIL
1
pour automobiles PETROLE FUEL LOURD
ANNEE
' .. -
ET TRIMESTRE Récep- Récep- Récep- Récep-
Sorties Sorties
tions "sorties tions 1 tions 1 tians 1 Sorties

milliers de mètres cubes milliers de tonnes


1948 - moyenne trim. 36,4 38,7 7,4 6,6 17,7 17.4 26,9 34,4
1949 - » 51,0 50,6 7,7 7,4 23,5 19,5 » »
Hl50 - » 69,2 62,9 9,5 9,0 26,5 26,7 48.n 42,8
1950 - 2" trimestre .. 67,8 60,8 9,7 7,B 22,B 22,7 27,D 33,9
1950 - 3" trimestre .. 70,8 73,4. 11,0 8,6 24,7 32,3 54,1 51,5
1950-'4" trimestre .. 76,1 64,5 7,5 10,4 34,6 31,7 56,3 41,4
1951 - 2" trimestre .. 99,2 74,8 12,1 B,9 34,1 ~7,4 50,2 41,3
1951 _ 3" trimestre .. 65,6 78,8 9,7 9;0 19,8 30,6 73,6 60,3

Construction

a) Matériaux ·de construction

FERS
C l M E N T S BOIS laminés
1
ou forgés
ANNEE ET TRIMESTRE , -
Disponi-
1-
Productiou Importa- Importations
tian bilités
totales
1

t 0 n n e s

1938
1946 -
-
moyenne trimestrielle ..........
» » ..........
39.249
43.7B4.
11.751
4B8
51.000
44.292
»
»
4.536
6.900
1947 - » » o ••••••••• 54.714 12.501 67.2Hi » »
1B48 - » » o ••••••••• 65.559 28.836 94.395 » 16.584
194!l -
» » .......... 66.522 52.0/.7 118.569 31.260 20.637
HJ50
1951 -
-
»
»
»
»
..........
o •••••••••
80.35\)
94.031
51.639
84.349
131.997
178.380
30.56/1
39.863
28.480
33.730
JBGO - 2'" trimestre ................... 87.935 42.316 130.251 32.86J 16.215
1050 - 3" trimestre o •••••••••••••••••• 76.834 51.126 127.960 2!l.418 10.5.12
1!J50 - 4" trimestre .................... 83.105 65.069 148.174 30.079 36.475
UJ51 - 2P trimestre ............ " ...... 93.674 92.713 186.387 3n.817 4U174
10G1 - 3" trimestre ................... B7.830 103.295 201.125 1 52.14. 7 31.681
i 1951 - 4" trimestre o •••••••••••••••••• !l3.542 1 R8.913 1 182.455 1 41.8{jH 1 32.679
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 97

b) Mouvement de la construction dans les municipalités du Moroc


d'après les autorisations de bâtir délivrées
NOMBRE - SURFACE

SURFACE DES PLANCHERS

ET THIMESTRE

nombre millicr~ de mètres earrés


1938 - mOYPlllW t rim. .. » » » 'iil,7 25,5 5,1: 30,0 27,6 0,6 103,8
1949 - » » » » » 38,7 r>3,.'J 2 /1,fi 7ri,0 43,8 8,4 213,9
1950 - » » (1) 2.235 » » ,VI,l 86,7 ~~It)) 7'1,1 ri7,0 1 G.6 312,0
1951 - » » I.G73 3.187 8.858 101,7 lr>8,9 37,0 LtZ,2 » (3) 10.0 485,3
1951 - :2' trimp~trp 1.8 1,'1 3.188 8.857 115,1 181,.'J 27,11 J Id,lf 31,8 (2) '1 JI 50,1,5
1951 - l' trim('~tJ'l' 1.5li9 :J,G00 8.783 80,0 '1 ;'2,7 33,2 132.0 G3.0 10,6 172,.'J
1951 - 3' trime~trp .1.575 1 3.977 9.673 71,1 J :3(j,7 63,7 13:l.0 87,1 6.1 .'J98,3

(1) Non ('ompriR lp:-; lllllllieilltl1ités de : AZellll110Ul', Ifrane, Ouezzane, Salé, Sefron, Spttat, 'l'uzll.
(2) 'rotaI mai pt juin.
(:J) Dt' janyjpl" II :lyrjl. lt'~ ('OllxtTIJ('t iOll~ ll~ar()eainPH sont réparties lhtllR IpH di"(~rH('s eah~goripH.

VALEUR

ANNEE ET TilDJESTRE

millions dt' fl'anc.:"


1.938 - moyellne Irimestrielle Il 12 3 Il 2 8 3r>
1949 - » » 6ril 1.0J If Hi8 801 187 2\l 3.240
1950 - » » (1) 618 1.173 ;-;:3-1 Cl27 1;-;8 :; 3.1 Hi
1951 - » »
. 1.r>.'J0 2.3GD :;~)G 1.711 » (3) HG 6.77R
1951 - 2(' trilllestre ·. ·. 1.863 2.730
!. ()-
.1.--, 1 I.D55 :ll D(2) '1'~~ 7.339
1951 - 3" trimestre ·. ·. 1.321 2Jt.'fCl 4;-;3 1.595 ri33 127 (i.17;)
1951 - -1 e trimestre ·. ·. 1.22 ri 2.1 03 1. HW 2.023 810 ;)1 7.:31 :;

(1) Non compris Ips llltlllicipalitéR df' : AzemnlOlll', Ifrane, Ouezzane, Salé, Sefrou, Settat, 'ralim.
(:!, rro ton l mn i ('t jU';ll.
O~) DI' jUIlYi4'r il lln"i1, If'R ('on~trHetions Inul'ocaiufls sont répartie8 daIl~ It'R diven«\:'j eatégol'ie~.

APERÇU SYNTHETIQUE SUR L'ŒUVRE DES TRAVAUX PUBLICS AU MAROC (l)

Donner aux populations l'habitude de circuler, lentement; mais ce n'est qu'en 1913 que la construction
apporter dans leurs conditions de vie des changements fut grandement entreprise, et, comme vous le savez,
matériels, élargir leur horizon, c'est justement là le c'est à la suite du massacre de quelques-uns des
but de l'action des travaux publics. ouvriers qui travaillaient au port, que la France vint
Il faut donc que je vous tienne au courant de exercer son action au Maroc.
l'action de ce service, et c'est ce que maintenant je Pour ce qui concerne le réseau routier, sa cons-
vais faire. truction ne débuta qu'en 1915. A la fin de cette année
Il est bon, au préalable, de faire un rapide retour 1915, 300 kilomètres de routes environ étaient cons-
sur le passé. Chacun d'entre vous connaît l'historique truits.
de ce pays ; je n'insisterai donc pas longuement. Vers la même époque, la voie de 0 m. 60 fut égale-
. Mais il me paraît nécessaire de rappeler que le ment entreprise ; mais les chemins de fer à voie
normale n'ont commencé à circuler qu'en 1923. Et le
port de Casablanca n'a été mis en construction qu'en
premier kilowatt a été distribué par l'énergie électrique
1913 ; en 1906, en fait, des travaux commencèrent
du Maroc en 1924.
On peut donc dire que le Maroc moderne date de
(1) N.D.T,.R. - Extrait de J'exposé fait pur !II. Girard, vingt-cinq ans : c'était hier.
directeur d"s tra,aux publies au Muro", il la « R"lllltine péÙa-
gogique » (PilqlH's l!)~O). et publié <1ans le nO 21:1 (1'" et :!"'" La croissance, au cours de ces vingt-cinq années,
trimestri's lll.il) du Dultetin tie l'ensdgne",ent. a été considérable, malgré des années de guerre et des
Nous renH'reionH yh'enH~nt l'auteur d'uvoir bien voulu nous années d'après-guerre où les services n',ont pas disposé
autorisi'r ,\ présenter cette synthèse à nos lecteurs en acceptant
.<Je mettre à jour )"s chiffres donnés en Hl5û dans cet exposé. de tous leurs moyens d'action.
98 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC

Que voit-on aujourd'hui ? Pour un pays offrant n'es~ pa~ prévu de l'augmenter beaucoup au cours de&-
une surface de 415.000 km2, dont seulement la moitié annees a venir. Le grand quadrillage qu'il trace sur
environ est habitée, on dispose de 40.000 kms de voies la surface du pays sera simplement terminé et amé-
automobilables, soit 1 'km. de route pour 10 km2. La lioré.
puissance de l'énergie installée est de 1 kw. pour 80 En plus de ces 10.000 kms de toutes principalei-
habitants ; bientôt elle sera de 1 kw. pour 20 habi· le Maroc dispose de 35.000 kms de voies, dites tertiai-
tants ; Casablanca est le quatrième port de France. res, que j'appelerai, pour reprendre une terminolog*
Tous ces chiffres sont tels que bien des' nations française, des voies vicinales. Ces 35.000 kms, dit
que l'on place au premier rang des pays civilisés pour- chemins sont terrassés et automobilables, à peu près-
raient s'énorgueillir de résultats semblables. Ces chif- en toutes saisons ; ils ne sont pas empierrés ni gou-
fres sont très supérieurs à ceux qu'on pourrait citer dronnés sur toute leur longueur. C'est principalement·
à propos de pays tels que l'Egypte, l'Irak, la Yougos- sur eux que l'activité des services devra se porter a11
lavie et même l'Italie. Je n'en finirais pas si je voulais cours des années qui viennent, car, dans Ce pays à
démontrer l'excellent rang de classement du Maroc économie rurale, il est bien évident que les voies vici-
par rapport aux autres nations. nales offrent un intérêt tout particulier.
La France a donc apporté ici un degré de civili- Il est frappant de constater que, partout où la-
sation considérable, et il ne faut jamais oublier que voirie tertiaire se développe, la mise en culture des:
cet outillage magnifique, dont nous pouvons, à juste terrains se développe également et que l'agriculture Bit 1

titre, nous énorgueillir a, en fait, été payé par la modernise ; les camions, les tracteurs, les véhicules.
France, avec son épargne. qui ravitaillent les fermes en essence, ayant le moyeD
Ce n'est pas, en effet, avec les ressources propres de se rendre dans les coins les plus éloignés du bled,.
du pays, ressources qui sont encore faibles, et qui, al' c'est le modernisme qui gagne du terrain, en même
moment où la France prit son avenir en charge, étaient temps que les routes s'ouvrent.
encore plus faibles, que l'on a pu réaliser les ouvrages Nous poursuivrons donc, au cours des années qui
que je viens d'énumérer. C'est à l'aide d'emprunts viennent, la mise en état de ces 35.000 kms de routes
émis dans la Métropole, souscrits par les Français, tertiaires et 'le développement de ce réseau, qui cons-
que l'outillage a été construit. Et, comme la valeur de titue les petites mailles à l'intérieur des grande&-
l'argent a, depuis, subi une telle baisse, les valeurs mailles générales constituées par les routes primaire&-
sont descendues dans des proportions tellement grandes. et secondaires.
que l'on peut dire que c'est un cadeau que les épar-
gnants français ont fait là au Maroc. CHEMINS DE FER.
Mais il est inutile d'insister. Une voix bien plus
autorisée que la mienne a dit dans un discours récent : Les chemins de fer avaient commencé à circuler
au Maroc en 1924 ; ils sont donc très récents et dotés
« Le dossier de la France au Maroc n'a pas à de tous les perfectionnements modernes.
être plaidé ~.
1.700 kms (2) de voies normales (1 m. 44), équi~
L'effort fait par les cerveaux et les capitaux fran-
de rails lourds, permettent de relier, entre elles et aUX
çais dans ce pays, secondés, il faut le reconnaître bien principaux ports, les grandes villes du Maroc. 720 klIls
haut, par le travail de ses habitants marocains ne se
de ces voies sont électrifiées (3).
ralentit pas et se poursuit en s'amplifiant. En 1951,
sur 67 milliards 350 millions, total des budgets de Sur ce réseau circulent quatre-vingts locomotives
l'Etat marocain, 19 milliards 600 millions, soit 30 % à vapeur et quarante-sept (4) locomotives électriques.
de ce total, sont affectés aux services des travaux D'autre part, quinze locomotives Diesel électriques
publics, tant pour les travaux neufs que pour les de 1.500 CV., et de six de 660 CV. sont déjà en service;
travaux d'entretien qu'ils exécutent ; et sur 29 mil· et une commande d'importance analogue est en cours
liards de travaux neufs, 17 milliards soit 59 %, sont de livraison.
affectés aux travaux neufs dépendant de cette direction.
L'effectif des voitures et fourgons de trains cie
Ainsi, loin de se ralèntir, notre effort va en s'accé- voyageurs est de 310 unités (dont 41 % à boggies) ;
lérant et il me faut maintenant vous montrer où passent celui des wagons de marchandises est d'environ 5.651t
les sommes considérables qui sont affectées aux tra- unités.
vaux publics et où passeront' les sommes qui, je
l'espère, nous seront allouées au cours des exercices Les chemins de fer du Maroc présentent cette par-
à venir. ticularité, tout à fait étonnante parmi les chemins de
fer mondiaux, que leur budget d'exploitation est en
équilibre. C'est ici le lieu de rappeler que les chemins
VOIES RDUTIERES. de fer d'Algérie auront fait, en 1949, à peu près 3
milliards de déficit; et que la S.N.C.F. a, de son côté,
Le Maroc dispose maintenant de 10.000 kms de un déficit de 95 milliards. Et cependant, les tarifs des
voies principales ou secondaires, empierrées et bitumées chemins de fer marocains sont particulièrement 'bas.
à peu près sur toute leur long~eur. On peut dire, en gros, qu'ils sont, dans les diverses
Rappelons qu'en 1914, il n'existait que 50 kms 'de catégories de marchandises ou dans le prix des billets
mauvaises routes ; qu'en 1915, 300 kms de routes de voyageurs, la moitié des tarifs métropolitains et à
étaient déjà construits; et qu'en 1945, le réseau s'éten- peu près les deux-tiers des tarifs algériens.
dait sur 9.000 kms. L'excellence du coefficient d'exploitation des che-
C'est sur la voirie routière qu'a porté, en grande mins de fer se comprend lorsque l'on remarque que
partie, le premier effort des services. Et ceci est fort nos lignes de chemins de fer desservent surtout des
compréhensible, car c'est bien là, la première des choses régions à trafic pondéreux et que nous n'avons pas
à faire pour appeler un pays à la vie moderne ; il construit, comme en France, de nombreuses petites
faut permettre, avant tout, la circulation des bien's, lignes qui n'ont qu'un très faible trafic et qui chargent
des personnes et des idées. lourdement le bilan d'exploitation de la S.N.C.F.
Ces 10.000 kms de routes sont en très bon état et Nous ne comptons pas développer grandement le
permettent la circulation d'un bout à l'autre du Maroc réseau des chemins de fer.
et les relations entre les principales villes dans des Poursuivant la politique qui l'a guidé dès le début,
conditions satisfaisantes.
Sur ces 10.000 kms de routes circulent plus de (2) 1.750 km.enyiron après l'achèvenH'nt du tronçon Guen'
dix mille véhicules poids lourds et de vingt-cinq mille fouda-Dj~rada pr~vu pour le d~but d~ 1n;;Z. et constituant le-
voitures de tourisme. Z,ne réseau ùes chemins' ùe fer du Maroc oriental (Ç.M.O.).
(il) L'électriflcation a lieu en courant continu de a.ooo volts.
Le réseau routier général étant en bon état, il (4) Dont 14 il grande pulssRnce.
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 99

le Maroc ne construira, dans Tavenir, que des lignes En dehors de Casablanca, existe un certain nom-
'1'eliant aux ports, ou à des points de lignes existantes, bre d'autres ports ; mais le Maroc n'est pas tombé
des centres offrant les possibilités d'un trafic très dans l'erreur où bien d'autres pays sont tombés autre-
important. C'est par application de ce principe, par fois ; et il n'a pas dispersé ses efforts sur un nombre
a:emple, qu'on est en train de construire en ce moment de ports trop important, politique qui conduit à n'équi-
llne ligne de 45 kins qui reliera la mine de charbon per correctement aucun d'entre eux.
de Djérada à la gare existante de Guenfouda. De même, Seuls, Safi et Port-Lyautey ont été traités comme
1ltl étudie une ligne susceptible d'amener vers un point des ports tout à fait notables. Agadir le sera aussi
dllréseau existant, ou vers un port de la côte, les bientôt.
lninerais qui se trouvent derrière l'Atlas, dans la
région de Ouarzazate. La construction de cette dernière Safi, deuxième port du Maroc, a un trafic de
ligne n'est d'ailleurs pas décidée. 1.125.000 tonnes par an, constitué, pour environ 1 mil-
lion de tonnes, par l'exportation des, phosphates de
En dehors de ces deux lignes nouvelles, les seuls Louis-Gentil. Les travaux nécessaires à son doublement
travauX effectués par les chemins de fer sont ceux sont adjugés et commencent. Depuis 1950, des quais
nécessités par l'augmentation du trafic sur le réseau nouveaux ont d'ailleurs été mis à la disposition des
existant. Ces travaux comportent principalement : le navires de commerce, et, dans le courant de l'année
doublement des voies dans la région de Casablanca ; prochaine, la longueur des quais' affectés aux bateaux
l'aménagement d'une grande gare de triage près du de pêche sera multipliée environ par deux. .
port . le renforcement de l'équipement en matériel, en
partidulier, comme je l'ai déjà dit, l'achat de locomo- Quant à Port-Lyautey, son trafic, tombé très bas
tives diesel électriques ; l'achat d'un parc de wagons à la suite de la guerre, est remonté à 310.000 tonnes
gros porteurs pour ~e transport des :phosphates (la en 1950, et on compte qu'il atteindra près de 400.000
production de ceUX-Cl augmentant co?tmuell.ement) ; tonnes en 1951.
enfin l'équipement des wagons en frem contmu ; cet Des travaux neufs proprement dits ne sont pas
équipement permettant de grandes économies en per- prévus dans ce port, qui èst largement équipé et peut
sonnel. faire face à un trafic double.
Seules les conditions d'accès limitent actuellement
PORTS MARITIMES. le développement du trafic.
Donner au Maroc des fenêtres sur la mer était Pour les améliorer et approfondir le chenal du
également une des besognes essentielles qu'il fallait Sebou, l'administration a fait construire une puissante
accomplir pour appeler ce pays à la vie moderne. C'est drague suceuse dont le coût dépasse 300 millions. Cette
drague est au travail depuis le milieu de l'année 1951.
pourquoi les premiers efforts ont commencé par la cons-
truction du port de Casablanca. Le port ne sera d'ailleurs jamais un port pour
Casablanca est aujourd'hui le quatrième port de transatlantique ; les conditions naturelles s'y opposent.
France. Son trafic était nul en 1913. Il était de L'avenir qui lui est réservé est celui que peut
2.500.000 tonnes de marchandises dès 1938, de 4 mil- espérer un port servant des cargos d'un tonnage
lions de tonnes en 1946, de 5.600.000 tonnes en 1949, moyen. de 4 à 5.000 tonnes ; cet avenir est déjà très
et de 6.000.000 de tonnes en 1950 ; il atteindra vrai- large.
semblablement 7.100.000 ta'nnes en 1951. Enfin, Agadir, quatrième port du Maroc, a vu
C'est dire avec quelle rapidité croit le trafic de depuis quelques années son trafic se développer nota-
'Cet ouvrage essentiel du pays. blement : de 41.000 tonnes en 1943, il est passé à
87.000 tonnes en 1950 et atteindra 105.000 tonnes en
Les principaux postes de trafic de Casablanca 1951. La pêche y est également en accroissement (6.700
lIont les suivants : tonnes en 1945, 31.000 tonnes en 1950).
3.030.000 tonnes de phosphates, La décision a été prise de quadrupler ce port de
1.670.000 tonnes de produits divers, pêche et de le doter de deux à trois postes à quai pour
530.000 tonnes de minerais, cargos du genre Liberty-Ship. Les travaux ont com-
390.000 tonnes de combustibles liquides, mencé fin 1950, et on peut penser que le port, ainsi
équipé, pourra faire face, pendant de longues années,
260.000 tonnes de grains, au trafic qui pourrait éventuellement s'y présenter.
120.000 to~nes de charbons.
Pour les autres ports, rien n'est prévu, sauf des
On sait le magnifique équipement de ce port. aménagements de détail sur lesquels il est inutile d'in-
3.710 mètres de quais, offrant. toutes les ~rofon­ sister. Il faut signaler toutefois une innovation en ce
1ieurs, soixante grues, un ponton-mature s?scept~ble de qui concerne le port de Fédala, spécialisé dans le trafic
porter 150 tonnes, un dock flottant, de petIte pUIssance pétrolier : deux « sea-lines » viennent d'y être lancés
d'ailleurs, etc... en font l'un des instruments économi- et permettront le déchargement direct, en rade, des
ques essentiels du monde. grands pétroliers modernes.
Et cependant, dès à présent, ce port est bien trop Il est inutile également de s'appesantir longuement
petit. pour signaler que les côtes et les ports du Maroc sont
Son doublement est prévu. La grande jetée doit largement équipés en balises, signaux lumineux, phares,
être prolongée vers le large sur une très .grande. lon- radiophares ; un radar de surveillance vient même
gueur ; les travau?, sont e~ co.?rs depUIS plusIeurs d'être installé à l'entrée du port de Casablanca.
années et ils attemdront blent~t l~ur, terme. Une
nouvelle jetée transversale sera etabhe a haute:ur ds~ AVIATION.
« Roches-Noires », délimitant un nouveau ba~sm, qUI
sera aussi grand que le port actuellement eXIstant. Nouvelle venue dans les moyens de transport, mais
A l'intérieur du port actuel, et ultérieurement à déjà progressant avec une rapidité étonnante, l'aviation
l'intérieur du nouveau bassin qui s~ra délimité, com;ne n'a pas laissé le Maroc indifférent.
je viens de dire, de nouveaux quaIS seront constrUIts. Huit grands aérodromes peuvent recevoir, dans ce
'Chaque années, 150 à 200 mètres de quais s'ajoutent pays, les grands courriers aériens.
à ceux déjà existants. Dix aérodromes moyens permettent une sorte de
En outre, une grande forme de radoub va être cabotage aérien à l'intérieur du pays, pour desservir
,construite ; les travaux préparatoires en sont achevés. les principales villes ; et cent trente petits aérodromes
Là encore, il est inutile de signaler que les tarifs ~,ont répartis sur la surface du Maroc, permettant
pratiqués pour le débarquement des marchandises dans l'accès des avions légers ou des avions sanitaires sur
le port de Casablanca sont parmi les plus faibles du les terrains voisins de tous les postes même les plus
:monde. éloignés du bled.
100 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAR O~
1

Dès aujourd'hui, l'aérodrome de Casablanca-Cazes en cours vont permettre d'aménager 75 m3 à la secon


assure un trafic de passagers supérieur à celui du c'est-à-dire que notre programme va tripler ce q
port maritime de Casablanca. existe actuellement.
En 1950, en effet, 95.000 passagers sont entrés au Nous pourrons donc bientôt utiliser 118 mS-secon
Maroc par voie aérienne, contre 42.600 par voie mari- et il ne restera plus que 100 à 110 m3 à utiliser da
time ; la même année, 70.000 sont sortis en emprun- l'avenir. Les projets. que nous avons entrepris
tant l'avion contre 34.200, le bateau. réaliser ne laisseront donc pas un avenir bien con
Pour les 8 premiers mois de 1951, le nombre des dérable.
entrées par voie aérienne est de 68.400 contre 22.600 Quoi qu'il en soit, rappelons, pour le moment,.
par voie maritime, et celui des sorties de 57.900 (avion) travaux qui sont exécutés, et ceux qui sont en cours;
contre 32.500 (navire).
C'est ici le lieu de signaler' que nous ne sommes 1 P'rojets déjà réalisés :
0

pas à l'échel1e des dépenses qu'il faudrait faire pour - Sidi-Séimane : 10.000 ha. par le barrage ~
réaliser un équipement aéronautique complet. Ces Beth (227 millions de mètres cubes).
dépenses sont en effet énormes.
- Beni-Amir : 17.500 ha. par le barrage dei
On compte, aux Etats-Unis, qu'il ne faut pas moins Zidania. J
d'une vingtaine de millions -de dollars, soit 6 milliards - N' Fis : 5.000 ha. par le barrage de LalÎ
de francs, pour réaliser un aéroport correct. Takerkoust (50 millions de mètres cubes), pl~
A titre de comparaison, les services chérifiens 7.000 hjl. améliorés. !
disposent en 1951, de 160 millions de francs pour tous - Petits travaux : 5.000 ha.
les aérodromes du Maroc, c'est-à-dire pour 148 terrains.
Malgré celà, la nécessité du développement de ce genre C'est donc au total, près de 45.000 ha. qui ont éta
d'équipement économique, n'est pas perdue de vue. mis en valeur à l'aide de trois barrages, dont deuJ
importants et un tout petit.
C'est ainsi que la construction d'un grand aéroport
près de Casablanca est projetée ; les études sont en
cours et l'achat des terrains entrepris. 2 Travaux en cours :
0

Par ailleurs de nombreuses aérogares viennent - Sidi-Slimane : 22.000 ha. (extension du réseal,
d'être achevées à Rabat, Rabat-Salé, Oujda, etc... et existant).
de nombreux terrains civils sont en cours d'aménage- - Béni-Amir : 26.000 ha. (extension du réseaifi
ment pour les avions de transports aériens à Fès, à existant).
Meknès, à Taza. - N'Fis : 2.0.000 ha. (extension du réseau exis~
tant).
HYDRAULIQUE. - Beni-Moussa : 90.000 ha. par le barrage ~
Bin-el-Ouidane et Aït-Ouarda.
C'est sur les dépenses d'hydraulique et d'électri- - Trilla : 30.000 ha. par le barrage de Mechrli
cité que, depuis quatre années, nous avons surtout axé
nos moyens de travail. Il ne faut pas perdre de vue, Homadi.
en effet que ce pays est un pays essentiellement rural, - Abda-Doukkala : 80.000 ha. par le barrage
et que, , par conséquent, tout ce qUI. permett ra d'.8:ug- d'lm-Fout.
menter le rendement de l'agriculture ou de fertlhser - Petits travaux : 20.000 ha.
les terres aura, sur le niveau de vie de ses habitants, Soit, au total : 288.000 hectares.
une influence essentielle.
On voit donc que la surface, dont l'irrigation 1
Les travaux d'hydraulique sont d'ailleurs liés à été entreprise et se poursuit actuellement, représentt
ceux destinés à produire l'électricité. Les barrages à peu près sept fois celle qui est déjà irriguée.
servent, simultanément, à produire de la force motrice
et à mettre en réserve l'eau qu'il sera nécessaire de Les barrages en construction, ou qui viennent
rép.andre sur les champs au moment où on en aura d'être achevés, sont au nombre de quatre, c'est-à-dire'
besoin. qu'en une seule fois on fait plus qu'il n'a été fait au
cours des 25 années précédentes.
Rappelons-nous que un litre-seconde d'eau, répandu
sur les terres, permet de nourrir de une à trois famil- . En outre, des études ont été entreprises et sont
les ; et rappelons-nous que un kw. installé permet en voie d'achèvement et qui intéressent les périmètres
également de faire vivre une famille de travailleurs, suivants.
d'où l'importance des travaux d'hydraulique (liés à
ceux d'électricité) en raison de l'accroissement de la 3 Travaux étudiés :
0

population.
- Oued Massa : 20.000 ha. (région d'Agadir).
D'un inventaire qui a été fait, il y a quelques
années, et qui a porté sur toute la surface du Maroc, - M'dez : 30.000 ha. (région du Sebou à Fès).
il résulte que si l'on mettait en réserve le débit de El Kelaa : 20.000 ha. (par l'oued el Abid).
toutes les rivières, de toutes les sources, et si on lâchait Haouz : 30.000 ha. (par le barrage de la Tes-
ce débit d'une façon continue, on pourrait disposer de saout).
285 m3 à la seconde. Abda Doukkala : 40.000 ha. (extension au
Réfléchissons un instant, et voyons combien ce départ d'lm-Fout).
chiffre est faible. Songeons aux énormes débits du - Melaina-Mjarra : pour mémoire.
Saint-Laurent, de l'Orénoque, voire du Nil, et consta- - Melloulou : 1.000 ha. (région de Guercif).
tons comme nos ressources sont faibles. Notre avenir
hydraulique est donc fatalement limité. - Petits travaux : 10.000 ha.
Quoi qu'il en soit, le débit continu dont nous pour- Soit au total : 150.000 hectares.
rions disposer pourrait donc être de 285 m3 à la seconde. Ainsi, 328.000 ha. irrigués ou en voie d'irrigation ;
On a calculé que, par infiltration, un débit d'environ 150.000 ha. dont l'irrigation est prévue et étudiée, voilà
60 m3 à la seconde. sera toujours perdu et irrécupéra- donc l'énorme programme dont la réalisation est en
ble ; le maximum que l'on puisse espérer est donc de cours.
récupérer quelque chose de l'ordre de 225 mS à la Encore faut-il ajouter à cet ensemble, les trava_
seconde. Sur ces 225 m3 à la seconde, les barrages et de drainage qui ont été entrepris dans la plaine du
aménagements hydrauliques, déjà réalisés, utilisent Rharb, car, paradoxalement, si certaines régions du
43 m3 à la seconde. Maroc manquent d'eau, le Rharb au contraire, à cer-
Je vous montrerai dans un instant que nos travaux tains moments, a trop d'eau.
iu L LET 1 N ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 101

.Lnués depuis trois ans et demi dans le Rharb qui


~. Plus de 2 millions 500.000 m3 de terre ont été En 1949, on l'a vu, environ 450 millions de kwh.
ont été consommés ; c'est donc que nous sommes extrê·
,1 été couvert d'un vaste réseau de canaux de drainage, mement juste ; et si l'hydraulicité est faible, le déficit
jnnettant de récupérer à la culture plusieurs dizaines est certain.
!Ill milliers d'hectares de terrains et valorisant une Aussi avons-nous entrepris, depuis environ quatre
lirface totale de 75.000 ha. Des travaux seront entre- ans et demi, la mise en œuvre d'un énorme programme
liS· dans quelque temps sur la rive gauche du Sebou d'accroissement de nos ressources électriques. Nous
et porteront sur des surfaces d'un ordre de grandeur voulons multiplier la puissance installée par plus de
lllbalogue. trois, et la capacité de production par un chiffre
, Ainsi apparaît l'énormité des, travaux que nous analogue.
exécutons dans l'ordre hydraulique. On s'en rendra - 67.000 kw. thermiques et 212.000 kw. hydrau-
lIIieux compte lorsque l'on saura qu'en 1951, 4 milliards liques . sont en cours d'instll.llation, faisant passer la
&00 millions, environ, auront été dépensés pour ces puissance installée de 115.000 à 394.000 kw. ; 266 mil-
travaux. lions de kwh. thermiques et 450 millions de kwh.
S'il existe des travaux éminement rentables, ce hydrauliques s'ajouteront à ceux actuels, faisant passer
Bont bien ceux-là, puisqu'on sait que dans une région le courant vendable de 517 à 1.250 millions de kwh.
'telle que celle de Marrakech, la terre privée d'eau a Pour réaliser ces augmentations considérables de
'1IIle valeur de l'ordre de 3 à 4.000 francs l'hectare, nombreux travaux ont été entrepris, et sont en cours
alors que la terre équipée par des canaux d'irrigation sur toute la surface' du Maroc. Citons rapidement les
a une valeur qui doit, aujourd'hui, certainement dépas- plus importants :
1er 180.000 l'hectare.
1 0 Usines thermiques
EQUIPEMENT ELECTRIQUE. - A Casablanca nouvelle centrale à vapeur de
Les travaux d'équipement électrique sont liés, en 40.000 kwa.
grande partie, aux travaux d'hydraulique qui viennent - A Oujda : nouvelle centrale à vapeur de 28.000
4'être énumérés. kwa.
Là également la progression a été considérable. - A Agadir : nouvelle centrale diesel de 1.900
Voici quelques chiffres de la consommation au cours kwa. .
4es années passées.
En 1924, le premier kwh. a été distribué et la
2" Usines hydrauliques :
distribution annuelle n'a porté que sur quelques kwh. - A Daourate : 20.000 kwa.
Dix ans après, en 1934, la production annuelle. a été - A Bin e: Ouidane : 90.000 kwa.
., 120 millions de kwh. En 1943, elle était de 210 - A Afourel' : 105.000 kwa.
DIillions de kwh. ; en 1946, de 275 millions ; en 1949,
elle était de 450 millions de kwh. Un grand poste de transformation, situé à Tit-
Mellil, près de Casablanca, répartira dans tout le Maroc
. Cette progression, extrêmement rapide, donne la le courant ainsi produit, grâce à des lignes à 150.000
tnesure du degré d'industrialisation du pays. Pour faire volts qui se construisent partout, d'Oujda à Casablanca.
face à une consommation aussi grande et aussi rapi-
dement croissante, il était nécessaire d'avoir un pro- La pièce maîtresse de cet ensemble est le groupe
gramme à l'échelle de nos besoins. des ouvrages de l'Oued el Abid (barrages de Bin el
Ouidane et d'Ait Ouarda ; tunnel d'Afourer). Tous
Ce programme doit porter à la fois sur la réali- ces ouvrages sont en cours d'exécution.
lation d'usines hydrauliques (la puissance hydraulique
revenant moins cher que la puissance thermique) et Le barrage de Bin el Ouidane aura 140 m. de
alissi de quelques usines thermiques pour parer aux hauteur et retiendra un milliard et demi de mètres
déficiences de la pluviométrie, et par conséquent de cubes d'eau. .
l'hydraulicité. Le tunnel d'Afourer aura 10.000 mètres de long,
Quatre grandes centrales hydrauliques ont donc 4 m. 50 de diamètre et dérivera 43 m3 seconde.
été installées au cours des années' précédentes : à Tous ces ouvrages seront achevés d'ici trois à
Si-Said Machou à EI-Kansera du Beth, à Kasba- quatre ans.
Zidania et au barrage du N'Fis, totalisant 62.550 kwa.
installés (5). On voit donc l'importance de l'effort entrepris. Cet
ensemble de travaux ne coûtera pas moins de 32 mil-
Une grande centra:e thermique a été inst~llée à liards. En 1950, 8.700 millions furent consacrés à cette
Casablanca, secondée par quelques centrales un peu œuvre.
moins importantes à Agadir et à Safi ; le total repré-
sentant 28.700 kwa. installés (6). '***
L'énergie moyenne que peuvent produire ces ins-
tallations (qui n'ont été portées aux chiffres qui vien- Il me faudrait encore détailler les travaux urbains
nent' d'être cités qu'au cours des cinq ou six dernières si importants, que nous avons réalisés dans ce pays et
années) est la suivante : que nous continuerons à développer.
_ Energie thermique : 147 millions de kwh. Citons, surtout, les immenses adductions d'eau que
_ Energie hydraulique (en année moyenne) : 370 nous avons aménagées. Rappelons que la grande con-
duite du Fouarat qui alimente les villes de la côte
millions de kwh. de Port-Lyautey à Casablanca, a vu son débit passe~
Total de :a production possible : 517 millions annuellement de 2.200.000 m3, en 1933, à 15.300;000 m2,
de kwh. en 1943, 25.000.000 m3, en 1949 elle atteindra
27.000.000 m3 en 1951.
(a) Soit: Signalons que nous avons entrepris la construction
Si Saïd Machou .....................•.. 27.200 d'une nouvelle conduite de 75 kms de long qui n'ap-
El Kansern . 1".440
Ka8ba Zidanla .........................• 8.1100 portera pas moins de 60.000.000 ma d'eau à la ville
Lalla Takerkol1st . 11.000 de Casablanca ; que, dans le même temps, un .tunnel
Total. . 62.5[,0 Kwa
de 50 k!Ds de l~ng vient d'être achevé à Safi, pour
(6) Soit:
amener a cette vllle, les eaux de l'Aïn Rhor . et qu'on
Roches Noires '" " . 24.000 réalise des adductions d'eau à Fès' Meknès' et dans
Agadir . 2.\110 de très nombreux centres secondair~s. '
Safi '" , . 1.7110
Total. . . . . . 28.700 *
'**
102 B V L LET 1 N ·E CON 0 M 1 QUE E T SOC 1 A L D V MAR 0 0

Avant de terminer, quelques chiffres encore per- Le mètre linéaire des jetées extérieures du pori
mettront de mesurer la grandeur des sommes qui de Casablanca revient environ à plus de 2 millions el
doivent être investies pour réaliser un tel équipement le mètre de quai de Casablanca coûte, aujourd'hui;
économique. Ces chiffres sont, en général, ignorés, ou environ 5 millions.
perdus de vue, par ceux qui veulent juger notre action.
Un kilomètre de tunnel coûte 100 millions, lorsqu'il
Il faut savoir qu'un kilomètre de route coûte un n'y a ~mcune difficulté pour le faire. La moindre pista
minimum de 4 millions, lorsqu'il s'agit de faire une
route de première importance, et de 1 million lorsqu'il d'avion coûte 50 millions ; un hectare irrigué revient
s'agit de faire uniquement un petit chemin. Une grande à 73.000 frs, et 1 kwa. installé, à 90.000 frs au moins.
route, comme cellè de Casablanca à Rabat, coûte envi- Ces chiffres, qui sont valables aujourd'hui et qui.
ron 6 millions au kilomètre. demain, seront peut être dépassés, montrent qu'elle est
Un kilomètre de chemin de fer coûte, lorsqu'il est l'importance des sommes qu'il faut réunir pour exécuter
établi en pays facile, 25 millions environ, et lorsqu'il le programme dont j'ai tracé les grandes lignes. .
est établi en pays montagneux, 50 millions.

Peche maritime

a) Poisson débarqué dans les ports


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1947 - » » 221 143 558 2.442 114 5.199 774 3.216 12.667 9.984
1
1948 - » » 50lt 180 447 3.216 123 5.889 588 3.012 13.959 10.830
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483
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185
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279
3.123
2.988
387
839
11.352
12.785
1.788
5.575
5.1109 22.2/12
7.639 30.796
19.147
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1950 - 2 e trimestre .... 1.486 78 223 2.652 142 16.330 232 12.904 3UH7 29.243
1950 - 3e trimestre 141 313 553 2.420 234 25.575 8.013 7.317 44.566 !ti.98i
1950 - 4e trimestre ., .. 249 314 181 3.633 2.872 8.035 12.957 7.700 35.941 41.981
1951 - 2e trimestre ., .. 851 61 297 2.593 6Q 10.746 148 14.1131 29.187 25.427
1951 - 3e trimestre ., .. 40 82 542 "1.054 843 12.281 4.372 3.813 26.027 16.726
1951 -
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b) Répartition du poisson pêché

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\ 1946 - moyenne trimestrielle ......... 1.890 591 9 10.167 » 60 12.717
1947 - » » ........ 2.451 831 168 9.153 fI.568 63 12.666
19lt8 - )~ » ........ 2.214- 969 165 10.557 9.652 1)!! 13.959
1949 - » » ....... 3.351 831 144 18.861 17.383 '5!! 23.241
1 1950 - » » ....... 2.575 778 197 27.1f18 25.321 59 30.796
1950 - 2 e trimestre ................. 2.902 805 746 29.534 25.663 60 34.047
1950 - 3e trimestre o ................. 1.709 609 S 42.188 40.026 60 14.566
1950 - 4e trimestre o ................ 2.530 792 17 32.541 31.261 60 35.940
1951 - 2 e trimestre ................. 2.284 800 990 25.054 20.167 60 29.188
1951 - 3 e trimestre o .... ••• ........... 2.656 808 141 22.362 16.726 60 26.027
1051 - 4e trimestre o .................
ACTIVITE DES HUILERIES COOPERATIVES MAROCAIN
at
Tonna ge des olives traitée s (0) et huiles obtenu es (H) en tonnes par campa gne et par coopér

19/12-43 1943-44 1944-45 1945-46 1946


al ._§ 1940-41 1941-42
'0-'
;::l
DESIGN ATION 0,)::::
-' -' O. H. O.
DES HUILE RIES cd r:n H. O. H. O. H. O. H.
Q ;::: O. H. O.
0
'-'
-- -- ---- -- - -- -- -- -- ----
371 63 2.228 37!! 152 26 121 21 1.876
1) Amizm iz " 41 308 52 1.873 31'3 1.260
. 14-9-19 125 22 346 62 276 50 374 67
2) Chicha oua .. 18-7-1941 - - - -- 1.380
1.120 190 1.636 278 Usine fermée (6)
3) EI-Kela a (2). 6-8-1941 - - - - 581
91 15 249 42 262 44 340 58
4) Mogado r (3) . 6-8-1941 - - 79 13 1.534
102 17 1.202 204 765 130 223 38 334 1 57
5) Bou-Ad el .. , 6-8-1941 - - Usine
- - - 77 13 fermée (6) 1,490
6) Aït-Att ab '" 16-8-1941 - - - - - 1.150
- - - 431 73 193 33 310 53
7) Ksar-e s-Souk 22-8-1941 - - -
994 15IJ 213 34 28 4 1.637
8) Demna le ... 26-8-1941 - - - - - -
9) Karia ba Mo- - _. - - - - 1.200
hamed ..... 21-5-19 42 - - - - - -
- - - - - 386
- - -. - - - -
10) Tafran t .... 21-5-1942 - 880 132 768 115 729 109 1.273
11) Téroua l (4) .. 21-5-1942 - - - - - - -. -
- - - - - -
7-5-1947 - - - - -
12) Rhafsa ï - - - - - - -
13) Ouezza ne ... 16-5-1947 - - - - -
- - - - - - - - -
14) Imin-T anoute 2-9-1947 - - - - - - -
- - - - - - -
15) Zoumi ..... 20-2-1948 - - - - - 484
- - - - - - -
16) Bah 1 i 1 (5) - - - -
(Hui!. coliecL) --- - -- --
- ---- --- 2.23G 369 14.253
-353- -
2.9094 94 7.529 1.255 2.164
- - - - - - -349
Totaux .•. 308 52 2.056

Total général ... Olives : 73.450 tonnes.


Huiles : 12.449 tonnes.
Hendem ent moyen général : 16,94 %.

(1) Source : Direction de l'intérieu r. ner à partir de la campagn e Hl48·194 9.


(2) 2 usines. La secon<le a commenc é à fonction du Draa à partir de la campagn e 1!l49·1n;:;O.
(:1) Cette huilerie a été transféré e à Souq-eI·H ad de la canll'agn e 1\147·194 8.
à partir n'ont pn êt
(4) 2 usines. La seconde a commenc é à fonctionener1946·194 7. époque de mise en fonctionn ement l1e la nouvelle usine,
(:)) Les statistiqu es antérieur es à la campagn à des récoltes nulles ou très faibles.
(U) La nwntion « usine fermée» correspo nd
104 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAR 0 (

SO PRODUCTI'ON ARTISANALE

Tapis estampillés

ANNEE ET Indice Surface Indice


TRIMESTRE Nombre iOO en 1938 m2 100 en 19m

J938 - moyenne trimestrielle .................... 4.968 10n 18.939 100


1946 - » ~> ..................... 4.929 99 23.310 123
1947 - » ~ .................... 4.485 90 17.802 94
1948 - » » .................... 4.695 95 18.354 97
1949 - » » •••••••••••••• 0.0 ••• _ 5.473 110 20.404 108
1950 - » » ••••• o .•••••••••••••• 5.133 104 17.147 91
1951 - » » .................... 11.879 98 17.000 90
J950 - 2 e trimestre ............................. 6.164 124 21.472 113
1950 - 3e trimestre ............................. 4.816 ~J7 15,543 82
1950 - 4e trimestre ............................. 4.554 92 13.454 71
1951 - 2 e trimestre ............................ 5.201 105 18.243 96
1951 - 3 e trimestre ............................. 4.319 87 15.414 81
1951 - 4e trimestre .............................. 4.952
1
100 le.019 85

SITUATION DES ATELIERS PILOTES (1)

Rapp~lons que le programme de modernisation spécialistes, avec un outillage et des· méthodes dli
technique de l'artisanat, arrêté en décembre 1948, travail modernes.
prévoyait la création échelonnée sur quatre ans, d'ate- Parallèlement est encouragé le groupement des
liers-pilotes intéressant les principales industries arti- artisans en coopératives, qui utilisent, moyennant loyer,
sanales : industries textiles (tapis et tissages ras) - les installations des ateliers-pilotes pour les travauJ
industries du cuir (tanneriè, maroquinerie, cordonne- à façon et qui permettent, en outre, d'une part, l'acha1
rie) - industries du bois (ébénisterie, marqueterie) en gros des matières premières et leur rétrocessiOJli
au meilleur prix, aux artisans coopérateurs, d'autre
- industries de la poterie céramique. part, la vente de produits dont la qualité a été contrôlée.
Ces ateliers visent à permettre à l'élite des arti- Voici le tableau des ateliers-pilotes et coopératives
Lans de se familiariser, sous la direction de techniciens en fonctionnement à la date du 1er novembre 1951

REGIONS ATELIERS-PILOTES COOPERATIVES OBSERVATIONS

Fès ........ - Tannerie. Dahir du 8 juin 1938


- Maroquinerie. Dahir du 8 juin 1938
- Tissage. Coopérati ve en projet.
-- Poterie et céramique. Dahir du 8 juin 1938
Marrakech .. .- Tannerie. Dahir du 8 juin 1938
- Tissage. Coopérative en cours de cons-
truction.
- Mogador (ébénisterie-
marqueterie): Dahir du 8 juin 1938
Rabat ...... ---.:. Tissage de tapis et tein-
turerie. Dahir du 8 juin 1938
- Maroquinerie. Dahir du 8 juin 1938
Meknès ..... - Tissage. Coopérative en projet.
. - Cordonnerie. » »

Onze ateliers-pilotes sont donc actuellement en fonc- à Rabat est en cours de construction ; enfin l'atelier-
tionnement ; les ateliers-pilotes de tannerie à Rabat et pilote de poterie et céramique à Meknès, à l'étu~
à Meknès, l'atelier-pilote de maroquinerie à Marrakech, :sera construit, comme prévu, en 1952. . '.
sont en voie d'achèvement ; l'atelier-pilote de tissage En outre, il faut signaler le développement, en
dehors de ce programme, des ateliers fonctionnant délà.
(1) N.D.L.R. - Source: Direction de l'intérieur - Service avant 1948, sous le contrôle ou avec l'aide du sel'Vlell
,les métiers et arts marocains - cf. également à ce sujet : . des métiers et arts marocains (ateliers de tissage de
« Modernisation de l'artisanat marocain », dans bulletin écono-
miqltC et 80cial du Maroc, vol. XIV; nO 48, 4'me trimestre 1950, tapis à Fès, Meknès, Azrou - coopératives de tissage
Il. 9ll. de tapis de Chichaoua, Ouarzazate et Tazenakht).
BULLETIN ECONOMIQUE E T. SOC 1 A L D U MAR 0 C 105

Si, dans la majeure partie de ces ateliers-pilotes, cas, devra-t-il s'adapter au goût du jour et sans doute
les résultats techniques sont satisfaisants, il convient évoluer rapidement vers sa transformation.
de' reconnaître, en ce qui concerne l'industrie artisanale A l'époque où la machine l'emporte, quelquefois
du tissage, que le problème est beaucoup moins tech- à notre corps défendant, il n'est pas possible de
nique que commercial, car l'écoulement de la production, l'ignorer.
en dépit de réels progrès enregistrés dans le domaine Il faut en prendre son parti et envisager, à plus
teChnique, pose des problèmes très difficiles à résoudre, ou moins brève échéance, l'industrialisation de la
en raison notamment de la forte concurrence des tissus majeure partie de la production, qui était jusqu'à
industriels tant importés que fabriqués au Maroc. présent réservée à l'artisan.
Il faut noter aussi l'évolution des goûts et du Les efforts du service des métiers et arts maro-
Costume des Marocains, principalement dans les centres ca:ins sont dirigés dans ce sens ; loin de faire obstacle
urbains, qui tend à créer et à accroître le chômage à l'industrialisation inévitable, et d'ailleurs souhaitable
dans les métiers concernant le costume (tisserands et dans de nombreux secteurs, la modernisation technique
de l'artisanat doit marquer entre les deux formes
babouchiers, par exemple). d'économie (artisanat et industrie) l'indispensable tran-
Aussi bien l'artisanat, dans un certain nombre de sition.

B. Echanges intérieurs
Inscriptions au registre du commerce
,-
1
C 0 M'M E R ç A N T S SOCIETES
ANNEE ET TRIMESTRE 1 1
---
Etran· 1 Maro- 1 Total Fran- Et.ran- Maro- Total
Français 1 gers gères caines
~~ çaises 1

1 1 1
Inscri ts cn fin d'année (1)
1938 - au 31 décembre .. , . 10.045 4.426 3.285 17.756 740 183 1.641 2.564 1

1946 - » ....... 17.147 7.594 10.389 35.130 864 245 3.782 4.891
1947 .- » ....... 19.1.13 ' 8.192 12.651 39.!J56 1 889 253 4.900 6.042
1948 - » ........ 20.480 8.623 14.615 43.718 S99 261 6.386 7.546
1949 - » ........ 21.656 8.991 16.057 46.704 913 283 7.755 8.951
1950 - » ........ 22.812 9.368 17.251 49.431 1 934 295 8.696 9.925
Inscript.ions nouvelles
1938 _ moyenne trimestri elle » » » 450 » » » 42
1948 - » » » » »' 1.206 » » » 399
» » 465 135 426 1.026 9 6 384 399
1949
1950
-
- » » 438 155 306 908 6 4 273 283 ,
1951 - » » 474 137 400 1.011 7 4 357 368
1{)50 _ 2 e
trimest.re ........ 332 134 253 719 6 3 325 334
1950 - 3e trimest.re ........ 4H 123 307 844 10 3 207 220
1950 - 4e t.rimestre ........ 457 172 307 936 6 4 251 261
1951
_ 2e trimestre ........ 552 138 453 1.143 10 5 379 394
1951 _ 3e trimest.re ........ 386 1 j!! 366 8M 2 6 32!J 337
1951 _ 4e t.rimestre ........ 470 150 329 U49 G 1 308 316 1

(1) Compte tenu des radiations enregistrées.

Ventes de fonds de commerce et d'immeubles enregistrées

lM M E UBL ES
FONDS
de commerce Bi ens urbains
ANNEE ET TRIMESTRE et suburbains Bien ruraux Ensemble
--
Nombre Valeur Nombre Valeur Nombre Valeur Nombre Valeur

millions millions millions millions


de frs de frs de 1'rs de frs
1938 - moyenne trimestrielle 15U 5,1 » » » » 10.899 87,6
1946 - » » 612 189,9 5.043 870,6 5.970 334,5 11.013 1.205,J
1947 - » » 540 240,9 5.880 1.445,11 6.651 549,6 12.531 1.995,0
1948 - » » 456 236,7 6.834 2.110,2 7.050 643,5 13.88!! 2.753,7
1949
1950 -
- »
» »'
»
399
32!J
249,9
257,9
6.150
5.851
1.996.2
2.135.G
6.68!1
7.022
600.3
753,D
12.834
12.872
2.596,5
2.889,5
1951 - » » 375 447,6 6.503 3.774,G 7.751 1.235,2 14.254 5.009,7
1 1950 _ 2 e trimestre ........ 367 341,6 6.344 2.365.3 7.34D D22.t 13.693 3.287,4
1950 3 e trimest.re ........
- 295 22!J,5 5.1H) 2.078.5 7.010 713,0 12.129 2.791,5
1950 -
4 e trimestre ........ 293 231,9 5.70S 1.820,3 6.436 743,7 12.144 2.564,0
1951 -
2 e trimestre ........ 312 350,8 6.GOS 4.Hl8.3 8.553 1.394,1 15'lG1 5.592"1
1951 3-e
t.rimestre ........ 419 671,3 5.155 3.265.9 6.832 1.177,3 11.!JR7 4.443,2
1 1951 -
4 e trimestre ........ 347 3 119,3 G.238 3.961,G 7.677 1.179,1 13.915 5.140,7
106 BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAR 0 C

Faillites, hypothèques
-

1
Ouvertures de Hypothèques Mainlevées
ANNEE ET TRIMESTRE Protêts -
\
1
, faillites liq. judo Nombre Valeur Nombre Valeur

millions millions
de frs de frs
1938 - moyenne trimestrielle ....... 9 3 » 397 24,8 612 31,7
1947 - » » . ..........
~ 3 - 580 514 263,3 519 92,7
1948 - » » ........... 8 2 838 538 413,1 500 123,8
1949 - » » .............. 9 2 1.419 661 679,1 575 175,3
1950 - » ) .............. 19 7 2.377 701 912,0 616 278,0
1951 -
_ 2e
» » ........... 23 5 2.627 727. 1.249,9 587 442,5
1950 trimestre ....................... 16 11 2.308 741 937,7 599 282,3
1950 - 3e trimestre ..................... 17 3 2.567 632 970,5 475 265,0
1950 - 4e trimestre ......................... 29 14 2.577 732 862,2 457 312,9
1951 _ 2e trimestre ....................... 29 2 2.654 773 1.372,4 579 505,2
1951 _ 3e trimestre ...................... 19 4 2.718 (H2 1.088,6
_ 4e 528 411,8
1 1951 trimestre .......................... 17 4 2.482 704 1.280,4 620 4268

NOTE SUR L'EVOLUTION DES HYPOTHEQUES ET MAINLEVEES EN 1951 (1)

I.-HYPOTHEQUES En valeur, le - mouvement ne présente pas UIl&


allure comparable.
1" CONSIDERATIONS GENERALES. Après avoir progressé au cours du deuxième trio'
a) Au cours de l'année 1951. mestre, il marque une chute nette en juillet-septembre.
et une reprise au quatrième trimestre, où lechitfre
dépasse celui du début de l'année.
TABLEAU 1 Malgré cette discordance des mouvements consta-
HYPOTHEQUES INSCRITES tés au cours de l'année 1951 dans l'évolution du nombre
et de la ·valeur des hypothèques, la valeur moyenne
AU COURS DE L'ANNEE 1951 (par trimestre) d'une hypothèque (telle qu'elle ressort du rapport, pour
chacun des trimestres considérés, de la valeur et du
1 VALEUR nombre des inscriptions) marque une progression cons-
TRIMESTRES NOMBRE (millions tante, passant, pour chacun de ces trimestres, de 1,5 à
de francs) 1,7 et 1.7 à 1,8 millions de francs.
On peut ainsi penser que, si les opérations d&
trimestre crédit hypothécaire ont accusé, au cours de cette année.
t'er " . 817 1.258,2 un mouvement de régression, l'importance des prêts
2 rne » " . 773 1.372,4 consentis a, par contre, progressé d'une manière cons-
3me
» " . 612 1.088,5 tante ; il ne semble pas, d'autre part, qu'il faille
4 mc » o ••• 704 1.280,4 , attribuer cette progression en valeur à la seule dépré--
Le nombre des hypothèques· inscrites n'a cessé de ciation monétaire. •
décroître depuis le début de l'année jusqu'au quatrième On remarque en outre, à considérer la valeur
trimestre. Le léger redressement constaté alors, laisse moyenne d'une hypothèque, pour l'année entière (soit
ce nombre à un chiffre inférieur à celui du premier 1,7 million de francs) que les opérations de crédit
trimestre. semblent avoir· porté essentiellement sur le crédit
moyen.
(1) S'il Il semblé de quelque intérêt de tenter un" Inter-
prétation des stlltistiques d'hypothèques et de mainlevées, qui b) Par rapport aux années antérieures.
l'''l'l'ésentent une importante partie de l'évolution du crédit
·,mmobllier il com'ient cependant de noter. dès l'abord, l'insuf- On enregistre, depuis, 1947, tant en ce qui concerne
fisance de ces chiffres qui ne couvrent pas toutes les Opérations le nombre que la valeur des hypothèques, un mouvement
réalisées en fait,
l,es consi<lératlons ci-dessus ne peuvent donc avoir qu'une constamment progressif, que l'année 1951 n'interrompt
nilelll" Himplelnent indicative. pas.

TABLEAU II
EVOLUTION DES INSCRIPTIONS ANNUELLES D'HYPOTHEQUES. DEPUIS 1947

Années NOMBRE VALEUR (millions de francs) 1 OBSERVATIONS

Différence en plus Différence en plus (1 ) Différence par rapport


Il l'Ilnnée ail térleure.
~1 ) (1)
1947 o •••• 2.054 1.053,2
1948 ..... 2.153 + 99 1.652,5 + 599,3
1949 o •••• 2.6H + 491 2.716,3 + 1.063,8
1950 ..... 2.8H + 200 3.647,8 + 931,5
1951 o •••• 2.906 + 62 4999,5 + 1.351,7
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DU MAROC 107

, Si Ùl croissance, en valeur, que ces chiffres révèlent Elle apparaît mieux encore à l'examen comparatif
"" difficilement appréciable en raison des fluctuations des résultats trimestriels au cours de ces cinq dernières
nétaires, la progressi.on. cons.tante du nombre des
..JI
;Plo.'.
années.
~othèques est assez slgmficatlVe.

TABLEAU III

EVOLUTION DES INSCRIPTIONS TRIMESTRIELLES D'HYPOTHEQUES DEPUIS 1947

N 0 M B H E V AL E U R (millions de fl'anes)
Années
l'e' trim. 2""e trilll. 3'me triln. 4,me trim. fer trim. 2 me trim. 3 me trim. filme lrim.
-----
1947 ..... ·i93 54R 513 500 236,7 252,2 270,6 203,5
1948 ..... 527 602 454 570 351,1 408,2 365,8 527,2
1949 ..... 693 612 621 718 562,4 665,2 705,1 783,5
1950 ..... 73fl 7-'11 632 732 877,4 037,7 970,4 862,1
1951 ..... 817 773 612 70 fl 1.258,2 1.372,4 1.088,5 L280,-'I

. Alors que le nombre d'hypothèques consenties au L'augmentation enregistrée en 1951 est un signe
COurs de l'année 1951 accuse, comme on l'a noté, un évident de l'effort entrepris et poursuivi en matière
lllouvement décroissant, arrêté en fin d'année, on cons- de logement.
tate que, depuis 1947, il-n'a cessé de progresser, d'année
en année, pour atteindre, au premier trimestre 1951, b) Ayj-iculture :
un chiffre encore jamais égalé. Les prêts consentis 'en faveur de l'agriculture revê.
On ne peut sans doute s'attarder, par ailleurs, sur tent une importance plus grande que ceux destinés à
l'êvolutjon de la valeur moyenne trimestrielle d'une la construçtion, et portent, cette année, sur 847 hypo-
hypothèque, en raison des fluctuations monétaires inter- thèques représentant 1.654 millions de frs.
venues depuis 1947 ; sa progression cependant, telle
Ils marquent, cependant, par rapport à l'année
qu'elle apparaît au tableau ci-après, mérite d'être consi-
dérée car elle est influencée, dans une certaine mesure, dernière, un léger recul en ce qui concerne le nombre
(847 au lieu de 910), et une augmentation sensible des
par c'elle du nombre d'inscriptions. -
valeurs (1.654 millions contre 1.076,4 millions de frs
-C'est au quatrième trimestre de 1951 qu'elle atteint en 1950).
son niveau le plus élevé. La valeur moyenne d'une hypothèque de cette caté-
gorie est donc passée de 1,;1 million de frs, en 1950, à
1,9 millions de frs, en 1951. Sous réserve de la part
TABLEAU IV imputable aux fluctuations monétaires, on est en droit
de penser que l'importance réelle des prêts consentis
EVOLUTION DE LA VALEUR dans ce domaine a ainsi augmenté.
. MOYENNE TRIMESTRIELLE
D'UNE HYPOTHEQUE DEPUIS 1947 II. - MAINLEVEES
(En millions de francs) 1" CONSIDERATIONS GE,NERALES.
a) Au cours de l'année 1951.
Années l'er lrim. 2'me trim. 3,me·trim. 41D1e trim.
On enregistre pour le nombre et la valeur des
mainlevées un mouvement identique à celui constaté
pour l'évolution des hypothèques.
1947 ., . 0,4 0,4 0,;) 0,5
1948 ., . 0,6 0,6 0,8 0,9 Le nombre des mainlevées, en effet, après avoir
diminué jusqu'au 3 me trimstre, reprend sa progression
1949 ., . 0,8
1,1
1
1,2
1,1 1
au 4"'" trimestre, tandis que le mouvement des valeurs
1950' .,. 1,5 1,1
1951 .' . 1,5 1,7 1,7 1,8 est moins uniforme, puisqu'il progresse jusqu'au 2 me
trimestre, qu'il décroît ensuite, pour reprendre sa pro-
gression au 4 me trimestre, retrouvant alors le chiffre
2° EXAMEN PARTICULIER DE CERTAINES du début de l'année.
CATEGORIES D'HYPOTHEQUES.
Parmi les hypothèques souscrites, deux catégories
méritent une attention particulière : celles. garantissant TABLEAU V
des ouvertures de crédit ou des prêts destinés à la cons-
truction d'immeubles urbains, et celles garantissant des MAINLEVEES INSCRITES
ouvertures de crédit ou des prêts consentis à des AU COURS DE L'ANNEE 1951 (par trimestre)
agriculteurs.
a) Construction : VALEUR
Sur 2.906 hypothèques inscrites en 1951 et repré- 'l'HlME8TRES NOMBHE (millions
sentant 4.999,5 millions de frs, 640 concernent des prêts de francs)
:destinés à la construction d'immeubles urbains.
Leur montant s'élève à un total de 1.455,8 millions fer .. ....................
de frs. 621 426,2
1
2 nlt• ....................
". 579 505,1
L'année précedente, 468 hypothèques de cette natu- 3'me ...................... 528 -'111,7
re seulement, sur un total de 2.844, avaient été inscrites 41mc ...................... G37 426,7
pour une valeur de 927,6 millions de frs. 1 1
108 BULLETIN E CON 0 M IQ U E ET S 0 CI A L DU MAR ot
Cependant le commentaire de l'évolution des main-" . à l'occasion de leurs échéances, ou d'une diminution dei
levées appelle certaines remarques préalab:es. échéances à cette époque.
Si les hypothèques sont le reflet des mouvements , D'autre part, les remboursements effectués, le son~
du crédit avec garantie immobilière, puisqu'elles révè- généralement, par fraction et périodiquement ; mais la
lent le nombre et la valeur des prêts consentis dans ce mainlevée de l'inscription hypothécaire n'est prise qut
domaine du crédit, les mainlevées des inscriptions hypo- lorsque la libération du débiteur est totale. .
thécaires ne peuvent indiquer, par contre, ni la situa- Ainsi, la statistique des mainlevées exprime bi...
tion financière des emprunteurs, ni les mouvements des l'importance des libérations réalisées, mais ne révèle
remboursements effectués. pas le mouvement des remboursements effectifs.
Indépendamment du fait que les mainlevées n'ex-
priment pas toujours des remboursements de dette Dans l'appréciation de l'importance de ces libéra-
puisqu'aussi bien une renonciation du créancier peut tions, et notamment dans leur comparaison avec lell
entraîner une mainlevée de sa part, le nombre et la hypothèques, il convient, par ailleurs, de tenir compte
valeur des remboursements effectués ne peuvent pas de l'antériorité des hypothèques auxquelles les main-
être considérés comme résultant d'une amélioration de levées de réfèrent.
la situation financière du débiteur, puisqu'ils sont la Commè ces statistiques n'indiquent pas, pour les
conséquence de l'exécution d'une échéance prévue dan~ mainlevées, la date de .référence des hypothèques cor-
l'acte de prêt. respondantes, on est réduit à comparer, pour une même
Les remboursements anticipés des échéances peu- . année, des remboursements à des prêts consentis à des
vent sans doute avoir une influence sur la statistique époques différentes.
des mainlevées, puisqu'ils provoquent une augmentation Compte tenu de ces considérations, l'examen dU
imprévue du nombre et de la valeur des, mainlevées (2), tableau V montre qu'au cours de l'année 1951 le noJllo'
mais il faut bien reconnaître que ces remboursements bre de libérations enregistrées a diminué constamment,
anticipés constituent l'exception. sauf au dernier trimestre.
Quoi qu'il en soit, la statistique des mainlevées, Le mouvement des valeurs, qui n'a pas suivi la
telle qu'elle est établie, ne permet pas de discerner, même courbe, laisse supposer <lue l'importance des prêt&
lorsqu'elle accuse une augmentation en nombre ou en remboursés n'a pas été le même au cours des quatre
valeur, s'il s'agit de remboursements prématurés ou trimestres.
tout simplement d'une augmentation des échéances à
l'époque considérée. . La valeur moyenne d'une mainlevée pour chacun
des trimestres considérés ressort" en effet, à 0,6, 0,8,
Elle ne permet pas plus de savoir, lorsqu'elle accuse 0,7 et 0,6 millions de frs.
une diminution, s'il s'agit de défaillance d'emprunteurs
Les remboursements effectués paraissent donc avoir
trait au petit et moyen crédit.
(2) Le remboursement anticipé est d'aUleurs contraire 11
l'.. sprit \Il{'"ll' (lu prêt hypothécaire, qui doit normalement per-
IIll'ttre au prl'Wur de placer ses capitaux pour une llério<le b)' far rapport aux années antérieures.
r..lllti\"eml'nt 10nl;l1e·; et, si la règlementatlon marocaine est
moins sé"èr., que celle de France il. ce sujet, il est de coutume Tandis que le nombre des I1lainlevées est variab1&
"epeudant de pré"olr, dans les actes de prêt, des clauses de d'une année à l'autre depuis 1947, la progression de
style pénalisant le débiteur qui, en se libérant prématurément, leur valeur est constante, ainsi qu'il ressort dû tableau
risque d'empêcher le capital!><te de remployer ses fonds dans
de bonnes conditions. VI ci-après

TABLEAU VI
EVOLUTION DES INSCRIPTIONS ANNUELLES DE' MAINLEVEES DEPUIS 1947

Années NOMBRE VALEUR OBSERVATIONS


(millions de francs)

Différence (1) Différ. (1)


en + en - en +
1947 .... . 2.076 370,5 (1) Différence par rail port
l'annép antérieure .
ft
1948 o •••• 2.001 -