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Le 8e Conseil Stratégique des industries de Santé

réunissant Pouvoirs publics et industries de santé a


suscité des espoirs ou des craintes. Pourtant, l'analyse des
annonces faites montre leur timidité ou le report des
décisions les plus difficiles. Rien à ce stade ne permet de
dire que ce CSIS, à l'instar des précédents, marque la
rupture espérée.
Il y a quelques jours a eu lieu le 8e Conseil Stratégique des Industries de Santé (CSIS). Le
CSIS créé en 2004, placé sous l'autorité du Premier ministre, est une instance de dialogue
entre les Pouvoirs publics et les principaux dirigeants français et internationaux
des industries de santé.

Témoignage affirmé du caractère stratégique pour la France de cette industrie, il a jusqu'ici


été surtout remarquable par le peu d'intérêt public qu'il a suscité et par son absence quasi
totale d'impact, toute suggestion émanant de cette instance étant irrémédiablement
contredite par des mesures administratives et comptables faisant par exemple aujourd'hui de
la France, un des pays européens les plus lents à mettre sur le marché les nouveaux
médicaments après leur approbation européenne.

La répétition, tous les 2 ans, de cet exercice vain a quelque chose de magique probablement
porté par la nécessité d'une incantation publique et d'une croyance industrielle.

Ce 8e CSIS semble vouloir échapper à la règle. Il est né sous de bons auspices : nouveau
pouvoir politique ayant mis l'attractivité de la France au rang de ses priorités et préparation
confiée à un ancien président du comité chargé de négocier le prix des médicaments, connu
pour la clarté de ses propos et son engagement dans l'action. Preuve de ce changement, les
conclusions de ce CSIS rencontrent un écho public, certes négatif émanant des
organisations à l'origine d'un livre blanc critique sur le prix des médicaments.

Pourtant aujourd'hui, à y bien regarder, le niveau des propositions faites et des engagements
pris parait bien modeste. Pour cela, il suffit de considérer les propositions faites sur 4 des
sujets majeurs de discussion entre les Pouvoirs publics et les industries de santé.

Le premier sujet concerne les délais, délais de mise sur le marché des nouveaux
médicaments et délais de mise en place des essais cliniques sur le médicament. Dans les 2
cas, la France est très en retard et le problème n'est pas d'être champion des délais, le
problème est simplement de rentrer dans des normes européennes. On promet 2022 (dans 2
CSIS) pour respecter les 180 jours qui séparent une approbation d'une mise sur le marché.
Gageons qu'en 2022, des problématiques bien plus pressantes encombreront l'esprit des
Pouvoirs publics, par ailleurs probablement largement remaniés. Un tel objectif ne peut que
témoigner d'une absence de volonté : les patients et la recherche clinique française en
pâtiront, mais c'est sans doute secondaire.
Le deuxième sujet concerne la croissance du secteur. L'annonce d'une croissance plancher
de 1 % des dépenses remboursées (3 % pour les médicaments innovants) a été perçue
comme un changement de discours de la part de Pouvoirs publics. Oublions les 3 %,
personne n'étant capable de donner une définition précise du périmètre "médicaments
innovants" et concentrons-nous sur les 1 %. Deux remarques s'imposent : même si ces 1 %
sont vrais, ils ne feront que témoigner d'un fossé croissant entre l'évolution du marché
français et du marché mondial, avec un différentiel de croissance inédit de plus de 5 points
par an. Enfin, la réalité de ces 1 % est remise en question : selon la définition du périmètre
des dépenses remboursées, on pourrait de fait se retrouver dans une situation identique à
celle pré-CSIS, à l'effet d'annonce près. Seule la LFSS 2019 nous dira ce que signifient ces
1 %.

Le troisième sujet est celui des Autorisations Temporaires d'Utilisation (ATU), mécanisme
encensé parce que destiné à permettre l'accès précoce à des médicaments innovants, mais
devenus pervers, car son existence contribue à des discussions sans fin sur le prix de ces
mêmes médicaments. L'annonce de son extension aux nouvelles indications d'une
innovation, pour positive qu'elle soit, ne doit pas faire oublier qu'aujourd'hui développer de
nouvelles indications est plus rapide qu'obtenir un prix et que trop souvent, le prix initial
d'une innovation n'est pas encore déterminé que de nouvelles indications sont
approuvées. Surtout, les conditions économiques de ces ATU n'ont pas été éclaircies.
Disons-le nettement, le respect des délais de mise sur le marché par la France nous mettrait
en moindre nécessité d'une procédure qui de compassionnelle s'est transformée en pis aller
d'accès à l'innovation.

Le dernier sujet est celui de l'évaluation des nouveaux médicaments par rapport à l'existant,
tâche confiée à la Haute Autorité de Santé (HAS). C'est probablement le sujet le plus
important parce que cette évaluation conditionne remboursement et prix. Aucune annonce
du CSIS sur le sujet sauf un calendrier de mi 2019. Le sujet est complexe et il est
préoccupant de voir la HAS émettre dès le lendemain du CSIS son credo sur le sujet. Certes
la HAS a plus que légitimité de faire part de ses propositions, mais le moment et le moyen
choisis peuvent paraitre éloignés de l'esprit de dialogue et de construction paritaire que
semble promouvoir le CSIS.

Sur ces sujets, rien n'est fait, rien n'est décidé. Un suivi des conclusions du CSIS est prévu.
Mais au-delà de ce suivi, le contenu du prochain PLFSS dira s'il y a cohérence entre ce que
certains espèrent du CSIS et la réalité ou si comme les précédents, ce CSIS ne résistera pas
à l'épreuve des faits. Cette dernière hypothèse est loin d'être improbable.

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