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INSTITUT SUPERIEUR INTERNATIONAL DU TOURISME DE TANGER

Filière : Stratégie et Management des Organisations Touristiques

Coopération Maroc-Afrique
BILAN ET PERSPECTIVES DES PRODUITS TOURISTIQUES
MAROCAINS

MEMOIRE DE RECHERCHE PROFESSIONNELLE EN VUE DE L’OBTENTION DU DIPLOME DU CYCLE SUPERIEUR


OPTION : STRATEGIE ET MANAGEMENT DES ORGANISATIONS TOURISTIQUES

Promotion: 2009-2014

Réalisé par : MEHDI BOURZIGUI

Année Universitaire : 2013-2014


Remerciements

Nous tenons à adresser nos remerciements sincères et notre gratitude profonde envers
toutes les personnes qui ont contribué de près ou de loin pour la réalisation de ce mémoire.
La première personne que nous tenons à remercier est notre encadrant M. Brahim Benbba,
pour l’orientation, la confiance, la patience qui ont constitué un apport considérable sans
lequel ce travail de fin d’études ou celui de notre troisième année, n’auraient pas pu être
menés au bon port. Qu’il trouve dans ce travail un hommage vivant à sa haute personnalité.
Nous tenons à saisir cette occasion et adresser nos profonds remerciements et nos profondes
reconnaissances à notre famille et nos amis qui par leurs prières et leurs encouragements,
on a pu surmonter tous les obstacles.

Nos remerciements s’étendent également à M. Adnane Afquir pour sa collaboration et son


appui considérable dans l’accomplissement de ce modeste travail. Nous tenons aussi à
exprimer nos sincères remerciements à tous les professeurs qui nous ont enseigné durant
notre séjour admirable à l’ISITT, et qui par leurs compétences nous ont soutenu dans la
poursuite de nos études. Enfin, on remercie tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à
la réalisation de ce travail.

Merci à tous et à toutes !


Table des matières

Remerciements................................................................................................................................. 4
Table des matières ............................................................................................................................ 5
Liste des figures ................................................................................................................................ 7
Liste des tableaux ............................................................................................................................. 9
Liste des sigles et des abréviations.................................................................................................. 10
Résumés ..........................................................................................................................................11
Introduction générale ..................................................................................................................... 12
Partie 1 : Développement économique en Afrique ...........................................................................15
Chapitre 1 : La situation du commerce et de l’investissement en Afrique ..................................... 17
Section 1: Données empiriques sur le commerce africain ......................................................... 17
1. Le commerce des marchandises ....................................................................................... 17
2. Le commerce informel..................................................................................................... 20
3. Les communautés économiques régionales .................................................................... 22
4. Les principaux produits d’échange ................................................................................... 26
Section 2: Le secteur privé, les entreprises et la productivité .................................................. 35
1. Aspects distinctifs de la structure entrepreneuriale africaine ........................................... 35
2. Les entreprises manufacturières, les exportations et la productivité................................ 42
3. Le secteur privé et le commerce régional......................................................................... 50
Chapitre 2 : Principales recommandations pour stimuler le commerce intra-africain ...................57
Section 1 : Impératifs en matière de commerce ........................................................................57
1. Renforcer le rôle du commerce dans la transformation économique ................................57
2. Financer l’industrialisation et la transformation économique .......................................... 64
3. Traduire La croissance en emplois décents pour les africains ........................................... 67
Section 2 : Recommandations pour libérer le dynamisme du secteur privé ............................. 70
1. Promouvoir l’entreprenariat et renforcer les capacités de l’offre ..................................... 70
2. Instituer un mécanisme de dialogue entre l’état et les entreprises ................................... 72
3. Renforcer les chaines de valeurs régionales ..................................................................... 72
4. Repenser l’approche de l’intégration régionale ................................................................. 73
5. Principales conclusions .................................................................................................... 74
Partie 2 : Positionnement économique du Maroc en Afrique........................................................... 80
Chapitre 1 : Point sur les relations du Maroc avec les pays de l’Afrique subsaharienne ................ 82
Section 1 : Cadre règlementaire des relations du Maroc avec l’Afrique .................................... 82
1. Conventions commerciales .............................................................................................. 82
2. Accords bilatéraux ........................................................................................................... 84
3. Accords à caractère régional ............................................................................................ 86
4. Conventions signées lors de la visite royale en Afrique Février-Mars 2014 ....................... 86
Section 2: Diagnostic des échanges commerciaux du Maroc avec l’Afrique ............................. 94
1. Importations marocaines en provenance de l’Afrique subsaharienne .............................. 95
2. Exportations marocaines vers l’Afrique subsaharienne .................................................... 97
3. Positionnement du Maroc sur le marché de l’Afrique subsaharienne ............................. 100
4. Principaux partenaires du Maroc en Afrique subsaharienne ........................................... 102
Chapitre 2: Coopération Maroc-Afrique: Bilan et Perspectives ................................................... 110
Section 1 : Présence des entreprises marocaines sur le marché africain .................................. 110
1. La coopération entre le Maroc et l’Afrique ...................................................................... 110
2. Les implantations marocaines en Afrique ....................................................................... 113
3. Entreprises marocaines en Afrique : Quelques exemples de réussite .............................. 118
Section 2 : Renforcement du positionnement économique du Maroc en Afrique.................. 120
1. Principaux facteurs à l’origine de la faiblesse des relations commerciales Maroc-Afrique . 121
2. Efforts du Maroc pour développer ses relations commerciales avec l’Afrique ................. 123
3. Conditions de base pour affermir le positionnement économique du Maroc en Afrique 124
4. Perspectives du développement des relations commerciales entre le Maroc et l’Afrique
subsaharienne ....................................................................................................................... 126
Conclusion générale....................................................................................................................... 131
Références bibliographiques .......................................................................................................... 133
Glossaire ........................................................................................................................................ 135
Liste des figures
Figure 1: Le commerce intra-africain, 1995-2011 – Source : Base de données UNCTADstat ................... 19
Figure 2 : Les 37 principales importations agricoles intra-africaines, 2007-2011- Source : UNCTADstat .. 28
Figure 3 : Répartition du commerce intra-africain par grande catégorie de produits –Source :
UNCTADstat .......................................................................................................................................... 34
Figure 4 : Pourcentage des entreprises exportant en Afrique et à l’extérieur de l’Afrique – CNUCED ..... 43
Figure 5 : Pourcentage des produits exportés en Afrique et à l’extérieur de l’Afrique - CNUCED............. 45
Figure 6 : Taux brut de scolarisation dans l’enseignement supérieur, par région - Source: Données tirées
des bulletins info n° 21 et 22 de l’Institut de statistique de l’UNESCO, décembre 2012. .......................... 54
Figure 7 : Exportations et importations en Afrique, 2000–2011 (en milliards de dollars) - UNCTADStat.. 58
Figure 8 : Principales destinations des exportations et origines des Importations africaines en 2000, 2008
et 2011 (en pourcentage) – Source : UNCTADStat.................................................................................. 59
Figure 9 : Importations des États-Unis de textiles et de vêtements des pays de l’AGOA, 2001–2011 (en
milliards de dollars) – Source : Commission américaine du commerce international .............................. 62
Figure 10 : Evolution des échanges commerciaux entre le Maroc et l’Afrique Subsaharienne – Source :
Office des Changes ................................................................................................................................ 95
Figure 11 : Echanges du Maroc avec l’Afrique subsaharienne (En millions de dollars) – Source : Chelem. 96
Figure 12 : à gauche : Principaux fournisseurs du Maroc en moyenne (2000-2010) ; à droite : Importations
par groupe de produits – Source : Office des Changes ............................................................................ 97
Figure 13 : à gauche : Principaux clients du Maroc en moyenne (2000-2010) ; à droite : Exportations par
groupe de produits – Source : Office des Changes .................................................................................. 98
Figure 14 : Evolution des exportations marocaines vers l’Afrique subsaharienne (Par régions) – Source :
Office des Changes ................................................................................................................................ 98
Figure 15 : Evolution des exportations marocaines vers l’Afrique subsaharienne (Par zones) – Source :
Office des Changes ................................................................................................................................ 99
Figure 16 : Part des principaux partenaires sur le marché de l’Afrique subsaharienne – Source :
Unctad-Stat ..........................................................................................................................................101
Figure 17 : Part des pays de l’Afrique du nord sur le marché subsaharien – Source : Unctad-Stat ...........101
Figure 18 : Evolution de la part globale et par groupe de produits de marché du Maroc en Afrique
subsaharienne – Source : Unctad-Stat.................................................................................................. 102
Figure 19 : Evolution des exportations marocaines vers les pays de l’Afrique subsaharienne (En millions
de dirhams) – Source : Office des Changes ............................................................................................103
Figure 20 : Evolution des échanges commerciaux du Maroc avec la Guinée équatoriale – Source :
Office des Changes .............................................................................................................................. 104
Figure 21 : Evolution des parts de marché équato-guinéen détenues par ses principaux partenaires
commerciaux – Source : Unctad-Stat ................................................................................................... 105
Figure 22 : Evolution des échanges commerciaux entre le Maroc et le Sénégal – Source :
Office des Changes .............................................................................................................................. 106
Figure 23 : Evolution des parts de marché sénégalais détenues par ses principaux partenaires
commerciaux – Source : Unctad-Stat .................................................................................................... 107
Figure 24 : Evolution des échanges commerciaux entre le Maroc et la Mauritanie– Source :
Office des Changes .............................................................................................................................. 108
Figure 25 : Evolution des parts de marché mauritanien détenues par ses principaux partenaires
commerciaux – Source : Unctad-Stat ................................................................................................... 109
Liste des tableaux

Tableau 1 : Exportations et importations intrarégionales, 1996-2011 - Source: UNCTADstat ................. 20


Tableau 2 : Membres des communautés régionales – Source : Secrétariat de la CNUCED (2013) ........... 23
Tableau 3 : Le commerce intra-africain, 1996-2011: répartition des parts – Source : UNCTADstat ......... 25
Tableau 4 : Principales exportations intra-africaines et vers le reste du monde, par catégorie de produits
(2007-2011)- Source : Base de données UNCTADstat ............................................................................. 29
Tableau 5 : L’économie informelle en pourcentage du PIB – Source : Schneider, 2012 ........................... 36
Tableau 6 : Investissement dans la recherche-développement, 2009 - Source: Données tirées des
bulletins info n° 21 et 22 de l’Institut de statistique de l’UNESCO, décembre 2012. ................................ 54
Tableau 7 : Part des cinq premiers pays exportateurs et des cinq premiers produits d’exportation dans
Les exportations de l’Afrique vers Les États-Unis en vertu de l’AGOA, 2011 (en pourcentage)
Source : Commission du commerce international des États-Unis. .......................................................... 63
Tableau 8 : Conventions commerciales et tarifaires entre le Maroc et ses partenaires africains – Source :
Ministère du Commerce Extérieur .......................................................................................................... 83
Tableau 9 : conventions Maroc- pays d’Afrique subsahariens (Clause de la NPF) – Source :
Ministère du Commerce Extérieur .......................................................................................................... 85
Tableau 10 : Pays de l’Afrique Subsaharienne concernés par les conventions
commerciales préférentielles – Source : Ministère du Commerce Extérieur ........................................... 85
Liste des sigles et des abréviations
ACP Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique
APE Accord de partenariat économique
ASEAN Association des Nations du Sud-Est
BAfD Banque africaine de développement
BAsD Banque asiatique de développement
CAE Communauté d’Afrique de l’Est
CEA Commission économique pour l’Afrique
CEDEAO Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest
CEEAC Communauté économique des États de l’Afrique centrale
CEMAC Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale
CEN-SAD Communauté des États sahélo-sahariens
CER Communauté économique régionale
CNUCED Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement
COI Commission de l’océan Indien
COMESA Marché commun de l’Afrique orientale et australe
CTCI Classification type pour le commerce international
ICA Consortium pour les infrastructures en Afrique
ICGLR Conférence internationale sur la région des Grands Lacs
IED Investissement étranger direct
IGAD Autorité intergouvernementale pour le développement
MRU Union du fleuve Mano
NEPAD Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique
OIT Organisation internationale du Travail
PIB Produit intérieur brut
PME Petites et moyennes entreprises
SADC Communauté de développement de l’Afrique australe
UA Union africaine
UDAA Union douanière d’Afrique australe
UE Union européenne
UEMOA Union économique et monétaire ouest-africaine
UMA Union du Maghreb arabe
Résumés

Résumé
Quelles possibilités existe-t-il en Afrique en matière de commerce international et pourquoi
ces possibilités ne sont-elles pas pleinement exploitées? Quels facteurs limitent la capacité
des entreprises africaines à produire des biens et des services qui soient concurrentiels sur les
marchés d’exportation. Ce travail de recherche tente de répondre à ces questions mais aussi
a pour but principal d’éclairer la situation économique des échanges commerciaux du Maroc
avec l’Afrique subsaharienne. Nous essayons entre autre d’expliquer la faiblesse des
échanges marocco-africaines, en proposant des solutions et des éventuelles perspectives,
pour l’évolution des échange entre le Maroc et les pays africains.

Summary
What possibilities of international trade are there in Africa and why these opportunities are
not fully exploited? What factors limit the ability of African firms to produce goods and
services that are competitive in export markets? This research attempts to answer these
questions, but also illuminate the main economic situation of Morocco's trade with sub-
Saharan Africa countries. This research also try to explain the weakness of Moroccan-African
trade, proposing solutions and possible prospects for the development of trade between
Morocco and African countries.
Introduction générale

Le commerce intra-africain est porteur de grandes promesses pour ce qui est de créer des
emplois, de stimuler l’investissement et d’encourager la croissance en Afrique. Depuis que
les pays africains ont obtenu leur indépendance politique, dans les années 1960, leurs
gouvernements ont déployé beaucoup d’efforts pour exploiter le potentiel du commerce de
façon à ce qu’il contribue au développement. La plupart des pays africains n’ont guère fait de
progrès notables dans le développement du commerce régional. Au cours de la période
comprise entre 2007 et 2011, la part des exportations intra-africaines dans le total des
exportations de marchandises était en moyenne de 11 % en Afrique alors qu’elle était de 50 %
dans les pays en développement d’Asie, de 21 % en Amérique latine et dans les Caraïbes et
de 70 % en Europe. En outre, les données dont on dispose montrent que le continent n’a pas
encore atteint son plein potentiel commercial compte tenu de son stade de
développement et de ses dotations en facteurs de production. Plusieurs raisons
expliquent les piètres résultats de l’Afrique sur le plan des échanges régionaux,
notamment le fait que les efforts d’intégration régionale accomplis au niveau du continent
ont jusqu’ici été axés davantage sur l’élimination des obstacles au commerce que sur le
renforcement des capacités productives dont celui-ci est tributaire. Certes, il importe
d’éliminer ces obstacles, mais cette approche n’aura pas l’effet souhaité si elle ne
s’accompagne pas de mesures visant à stimuler les capacités d’offre. Le rôle limité que joue
le secteur privé dans les initiatives et les efforts d’intégration régionale a également
contribué aux mauvais résultats commerciaux du continent. Bien qu’il incombe aux pouvoirs
publics de conclure des accords commerciaux, c’est le secteur privé qui comprend le mieux
les contraintes auxquelles les entreprises font face et qui est le plus en mesure de tirer parti
des possibilités offertes par les initiatives commerciales régionales. Certes, les communautés
économiques régionales africaines s’emploient de plus en plus à intégrer le secteur privé dans
leurs structures et leurs plans d’action, par exemple en créant des associations commerciales,
mais le secteur public reste le seul moteur actif de l’intégration régionale en Afrique, le
secteur privé demeurant un participant passif. Si les gouvernements africains veulent réussir

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 12


à doper les échanges intra-africains, ils doivent permettre au secteur privé de jouer un rôle
plus actif dans le processus d’intégration.

Dans cette optique, ce mémoire de recherche intitulé ‘‘Performance commerciale du Maroc


en Afrique : Bilan et Perspectives’’, dans sa première partie, s’intéresse à la manière de
renforcer le secteur privé pour stimuler les échanges intra-africains. Il fait valoir que pour
optimiser les gains découlant du commerce intra-africain et de l’intégration régionale, les
pays africains devront placer le renforcement des capacités productives et de l’esprit
d’entreprise au cœur de leur action politique afin de dynamiser les échanges intrarégionaux.
Il ne suffira toutefois pas d’adopter des politiques appropriées, ni d’instaurer un cadre
favorable à l’activité économique. Ainsi, ce mémoire souligne les aspects distinctifs de la
structure entrepreneuriale africaine auxquels il faut s’attaquer pour stimuler le commerce
intra-africain. Il fait également valoir que la mise en œuvre de mesures visant à renforcer les
capacités, la compétitivité et les capacités d’innovation des entreprises nationales devrait
faire partie intégrante de toute politique de développement. Voici quelques-unes des
principales questions auxquelles le rapport tente de répondre:

 Quelles possibilités existe-t-il en Afrique en matière de commerce international et


pourquoi ces possibilités ne sont-elles pas pleinement exploitées?
 Comment les pays africains peuvent-ils améliorer l’application des accords
régionaux existants pour stimuler le commerce intra-africain?
 Quels facteurs limitent la capacité des entreprises africaines à produire des biens et
des services qui soient concurrentiels sur les marchés d’exportation?
 Comment les pays africains peuvent-ils faire en sorte que le commerce intra-
africain soit principalement impulsé par des entrepreneurs nationaux et régionaux
afin d’optimiser les gains pour les Africains?
 Comment les gains du commerce régional peuvent-ils être largement répartis et
distribués entre les pays?
 Certains facteurs externes entravent-ils les échanges intra-africains et comment
les partenaires de développement peuvent-ils contribuer à libérer le potentiel
commercial de l’Afrique?

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 13


En seconde partie de ce mémoire nous allons identifier et explorer le potentiel de
coopération économique du Maroc avec les principaux pays du continent Africain.

En effet, du fait d’un contexte international marqué par l’intensification de la concurrence


sur les marchés du Nord, le marché africain pourrait constituer une niche stratégique
pour les entreprises nationales, compte tenu de sa taille potentielle, appelée à gagner
en importance avec les efforts déployés par la communauté internationale en faveur du
développement du continent africain. Le mémoire se propose également de suggérer
quelques axes de coopération pouvant contribuer à rehausser le niveau actuel des relations
bilatérales et permettre in fine à notre pays de retrouver sa position économique légitime sur
le continent africain.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 14


Partie 1 : Développement économique en Afrique

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 15


Introduction

C'est au sortir de la deuxième guerre mondiale que le président américain Harry Truman
inventa l'expression de "pays sous-développés" pour parler des nations non occidentales.
Sont ensuite apparues successivement la notion de pays en voie de développement puis celle
de pays émergents. Cette évolution sémantique ne répond pas seulement à une volonté de
gommer l'aspect peu flatteur du mot de Truman, mais correspond à une réalité palpable : le
centre de gravité économique du monde se déplace et de nouvelles nations se
développement rapidement.

Quand on parle aujourd'hui de pays émergents, tout le monde pense à l'Asie, voire à
l'Amérique latine, mais rarement à l'Afrique. Certes, cet oubli a ses raisons. Parmi les 50
premiers mondiaux en matière de PIB par habitant, on trouve un seul pays africain, la Guinée
équatoriale, qui figure en 32ème place avec 27.478 dollars par tête : un rang que le pays doit
essentiellement à ses richesses pétrolières, qui assurent 90% des exportations et ont permis
des taux de croissance vertigineux au tout début du millénaire. On peut voir un autre signe
du retard de développement africain dans le classement des milliardaires établi par le
magazine Forbes. Il ne dénombre que 20 milliardaires sur tout le continent (contre une
centaine pour la seule Chine) répartis dans seulement six des 54 pays d'Afrique, ce qui est à
l'image du développement très inégal des différentes zones. L'Egypte compte ainsi sept
milliardaires et l'Afrique du Sud six. Au milieu du siècle dernier, on comptait à peine plus de
200 millions d'Africains ils sont aujourd'hui plus d'un milliard et ce chiffre devrait doubler d'ici
à 2050. Avec ce réservoir de nouveaux consommateurs, l'économie africaine de demain ne
sera plus fondée exclusivement sur la richesse du sous-sol, par conséquent, les dirigeants
doivent penser à des solutions durables pour le futur de la nation africaine.

Cette première partie dans son premier chapitre, présentera une étude empirique détaillée
sur le commerce africain principalement menée sur les données dont nous disposons du
commerce intra-africain et de l’investissement entre 1996 et 2011. Par ailleurs, nous nous
attarderons sur les aspects distinctifs du secteur privé africain, et nous analyserons
l’organisation des entreprises africaines au niveau des exportations et de la productivité. Le
second chapitre propose des recommandations afin de stimuler le commerce intra-africain
et des recommandations pour libérer le dynamisme du secteur privé.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 16


Chapitre 1 : La situation du commerce et de
l’investissement en Afrique

Il est essentiel de bien comprendre l’ampleur, les tendances et la composition des échanges
intra-africains pour concevoir et appliquer des politiques qui permettront de stimuler ce
commerce. Le présent chapitre donne un aperçu de ces paramètres pour la période
comprise entre 1996 et 2011. En raison du peu de données dont on dispose sur les services et
les capitaux, l’analyse porte principalement sur le commerce des marchandises. Elle met
également l’accent sur les progrès accomplis au sein des huit communautés économiques
régionales (CER) considérées par l’Union africaine comme les éléments constitutifs de
la future Communauté économique africaine prévue dans le Traité d’Abuja.

SECTION 1: DONNEES EMPIRIQUES SUR LE COMMERCE


AFRICAIN

1. LE COMMERCE DES MARCHANDISES

Le commerce des marchandises a connu une croissance plus rapide en Afrique que dans les
pays développés. Toutefois, il ne représente encore qu’une très faible part du commerce
mondial. En effet, Le montant total des échanges africains (exportations et importations)
a augmenté entre 1996 et 2011, passant de 251 à 1 151 milliards de dollars. Ainsi, en 2011, la
valeur des exportations et des importations de l’Afrique était de 582 et 569 milliards de
dollars, respectivement, tandis que celle des exportations et des importations des pays en
développement atteignait 18 211 et 7 321 milliards de dollars, respectivement.

En Afrique, la croissance nominale a progressé au même rythme que celle du commerce


mondial, lequel a connu un réel essor ces dix dernières années. La valeur des exportations
africaines a augmenté en moyenne de 17,5 % par an au cours de la période 2001-2006, soit
une hausse supérieure à celle enregistrée dans les pays en développement (11,5 %) et dans
les pays développés (9,3 %). De même, entre 2007 et 2011, la valeur des exportations
africaines a en moyenne augmenté chaque année plus rapidement que celle des exportations
des pays en développement et des pays développés (12,2 % contre 9,9 % et 7,4 %,
respectivement). Les importations africaines ont suivi le même schéma, leur croissance

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 17


nominale étant plus rapide que celle des importations des pays en développement et des
pays développés.

Malgré la croissance rapide des échanges africains, ce continent reste un acteur marginal du
commerce mondial, représentant seulement 2,8 % des exportations mondiales (en dollars
courants des États-Unis) et 2,5 % des importations mondiales entre 2000 et 2010. Les
parts de l’Afrique et de l’Afrique subsaharienne dans les exportations et les importations
mondiales ont considérablement reculé entre 1970 et 2011.

Cette tendance à la baisse a pu être observée dans presque toutes les régions d’Afrique
et presque toutes les communautés économiques régionales africaines. En termes
nominaux, la valeur des échanges intra-africains a augmenté, passant de 45,9 milliards
de dollars en 1995 à 130,1 milliards de dollars en 2011 (voir figure 1). Elle a connu une
croissance positive chaque année, sauf entre 1998 et 2001 et en 2009.

Ces épisodes de croissance négative ont coïncidé avec des récessions mondiales, indiquant
que les conditions économiques mondiales peuvent influer sur le commerce intra-africain.

En termes réels, les exportations intra-africaines ont augmenté en moyenne de 2,6 % par an
entre 2001 et 2006 et de 3,2 % par an entre 2007 et 2011, tandis que, pour les importations
intra-africaines, ces chiffres étaient de 9,4 et de 4,2 %, respectivement. En termes nominaux,
la valeur des échanges intra-africains était passée de 32 milliards de dollars en 2000 et de 130
milliards de dollars en 2011 et, en termes réels, elle était passée de 32 à 54 milliards de dollars
au cours de cette même période. Cette augmentation, enregistrée au cours de la dernière
décennie, était principalement attribuable à la hausse des prix.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 18


Figure 1: Le commerce intra-africain, 1995-2011 – Source : Base de données UNCTADstat

La part du commerce intra-africain dans la valeur totale des échanges africains a augmenté
régulièrement, passant de 19,3 % en 1995 à un sommet de 22,4 % en 1997, avant de chuter à
11,3 % en 2011. Ce recul peut être attribué au fait que le commerce africain avec le reste du
monde a connu une croissance plus rapide plutôt qu’à un ralentissement du commerce intra-
africain en soi. Ainsi, de 1996 à 2011, les échanges intra-africains ont progressé en moyenne
à un rythme soutenu de 8,2 % par an, alors que le commerce africain avec le reste du monde
enregistrait une croissance plus forte atteignant en moyenne 12 % par an.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 19


Tableau 1 : Exportations et importations intrarégionales, 1996-2011 - Source: UNCTADstat

Les échanges intra-africains ne représentent toutefois encore qu’un très faible


pourcentage du commerce africain1. Le tableau 1 atteste de cette situation en comparant
la part du commerce intrarégional en Afrique avec celle du commerce intrarégional dans
d’autres parties du monde. Dans les pays en développement d’Afrique, la part des
exportations intrarégionales représentait 10,9 % des exportations africaines totales entre
2007 et 2011, tandis que celle des importations intrarégionales représentait 12,7 % des
importations africaines totales. Ces proportions étaient inférieures à celles observées dans
d’autres régions en développement, notamment dans les pays en développement
d’Amérique et d’Asie.

2. LE COMMERCE INFORMEL

L’idée générale que se font les participants au débat sur l’intégration régionale en Afrique,
est que le volume des échanges intra-africains est très faible. Ils sont arrivés à cette
conclusion en comparant la part des échanges régionaux dans le total des échanges africains
avec celle d’autres continents, et ce, sur la base des données officielles disponibles.

1
Sékou Diarra, chercheur à la Coalition des alternatives africaines, dette et développement. (Mali)

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 20


Or, cette méthode soulève plusieurs problèmes, étant donné qu’elle ne prend pas en compte
le commerce informel qui, dans la plupart des cas, est majoritairement actif en Afrique.

Encore plus, si l’on ajoutait la totalité des échanges transfrontaliers informels aux chiffres
officiels sur le commerce intra-africain, on augmenterait la part de celui-ci dans le commerce
total. Bien qu’on ne dispose pas de statistiques systématiques sur ce type d’échanges intra-
africains, les enquêtes menées dans certaines régions révèlent qu’ils représentent une part
importante des échanges officiellement enregistrés. Dans les pays membres de la
Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), par exemple, la valeur des
échanges transfrontaliers informels pourrait atteindre 17,6 milliards de dollars par an,
soit 30 % du total des échanges effectués au sein de la SADC. Les exportations informelles
de l’Ouganda vers le Kenya, la République démocratique du Congo, la République-Unie de
Tanzanie, le Rwanda et le Soudan représentaient 224 millions de dollars, soit 83 % du total
de ses exportations officielles sur ces pays en 2006.

La valeur des exportations informelles de l’Ouganda vers ses voisins était de 790 et 520
millions de dollars en 2009 et 2010, respectivement. En outre, les estimations concernant les
échanges transfrontaliers informels réalisés en Afrique de l’Ouest montrent que ceux-ci
pourraient représenter 20 % du PIB au Nigéria et 75 % du PIB au Bénin.

Toutes ces estimations laissent entendre que la part réelle du commerce intra-africain dans
le total des échanges est dans les faits, plus élevée que le chiffre officiel d’environ 11 %.

En résumé, le volume des échanges intra-africains n’est pas aussi faible que les statistiques
officielles le laissent entendre. Correctement mesurée, la part du commerce intra-africain
dans le total des échanges pourrait se rapprocher des valeurs observées dans d’autres
régions en développement, en particulier en Amérique latine et dans les Caraïbes, où
le commerce intrarégional représente environ 20 % du total des échanges. Le volume des
échanges intra-africains reste néanmoins inférieur à ce qu’il pourrait être.

Les études empiriques montrent que si quelques-uns des obstacles qui entravent son
expansion étaient surmontés, le commerce intra-africain pourrait augmenter
considérablement.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 21


3. LES COMMUNAUTES ECONOMIQUES REGIONALES

Il existe en Afrique huit communautés économiques régionales (CER) considérées par


l’Union africaine comme les éléments constitutifs de la future Communauté économique
africaine prévue dans le Traité d’Abuja. Le processus d’intégration régionale en Afrique se
caractérise par l’appartenance à plusieurs communautés économiques régionales. En
Afrique, chaque pays réalise le plus d’échanges commerciaux au sein de son bloc économique
régional. Ceci a notamment favorisé le commerce entre les pays membres des blocs
régionaux.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 22


Tableau 2 : Membres des communautés régionales – Source : Secrétariat de la CNUCED (2013)

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 23


Tableau 2 : (Suite)

Par exemple, au cours de la période 2007-2011, 64,7 % des échanges intra-africains de


la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD) avaient eu lieu entre des pays
membres de celle-ci; ce chiffre était de 78,4 % et de 65,5 % pour la Communauté de
développement de l’Afrique australe (SADC) et pour la Communauté économique des États
de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), respectivement (voir le tableau 3). Cependant, sauf dans
le cas du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), ces parts avaient
diminué par rapport à la période 1996-2000. L’appartenance à plusieurs communautés
économiques régionales pourrait en partie expliquer cette tendance.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 24


Tableau 3 : Le commerce intra-africain, 1996-2011: répartition des parts – Source : UNCTADstat

Le tableau 3 montre également que, sur les huit CER africaines, c’est dans la
Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) que la part des échanges intra-africains dans le total
des échanges est la plus élevée. Cette part était en effet de 23,1 % au cours de la période
2007-2011, contre 16,4 % pour la SADC, 14,3 % pour l’Autorité intergouvernementale pour
le développement (IGAD), 14,2 % pour la CEDEAO, 13,3 % pour le COMESA, 10,2 % pour
la CEN-SAD, 9,3 % pour la CEEAC et 5 % pour l’Union du Maghreb arabe (UMA). Elle a
cependant reculé par rapport à la période 2001-2006 dans le cas du COMESA, de la CAE, de
la CEDEAO et de l’IGAD. Par ailleurs, entre la période 2001-2006 et la période 2007-2011, la
part des échanges intra-africains dans le total des échanges avait augmenté seulement pour
la CEN-SAD, la CEEAC, la SADC et l’UMA.

A contrario, en termes absolus, les échanges intra-africains de chaque CER africaine ont
connu une croissance nominale élevée. Si l’on compare les périodes 2001-2006 et 2007-
2011, on peut noter que les échanges intra-africains de la CEN-SAD, de la CEEAC, de la
SADC et de l’UMA ont augmenté plus rapidement que l’ensemble de leurs échanges, ce qui
s’est traduit par une hausse de la part des échanges intra-africains. Cette part a diminué dans
le cas des autres CER africaines non pas parce que les échanges intra-africains ont chuté,
mais tout simplement parce que leurs échanges avec le reste du monde ont augmenté plus
rapidement. En fait, la valeur des échanges intra-africains de chaque CER africaine a plus que

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 25


doublé entre 2001-2006 et 2007-2011, la SADC arrivant au premier rang, avec une moyenne
de 53,8 milliards de dollars au cours de la période 2007-2011, suivie par la CEN-SAD
(46,1 milliards de dollars), en dépit du fait que cette dernière soit le plus grand bloc
commercial en termes de nombre de pays et de taille du PIB. La valeur des échanges intra-
africains des autres CER était la suivante: COMESA, 29,7 milliards; CEDEAO, 26,5 milliards;
CEEAC, 12,8 milliards; UMA, 12,4 milliards; CAE, 8,4 milliards; et IGAD, 8,0 milliards.

4. LES PRINCIPAUX PRODUITS D’ECHANGE

Plusieurs pays africains, sont obligés chaque jour de s’approvisionner en dehors de leur
région en raison du manque de matières et de capacités locales. A cet effet, un pays comme
le Nigéria, riche en matières premières se voit dans l’obligation d’exporter son pétrole brut
pour importer ensuite su pétrole raffiné. Cela est dû notamment au manque accru de
raffineries sur place. L’absence d’infrastructures et le manque d’investissements dans des
installations de raffinage locales pourraient également limiter les possibilités de réaliser des
échanges intra-africains de combustibles. De fait, seulement 24,4 % des importations
africaines de produits de base et de combustibles provenaient en moyenne de pays africains
entre 2007 et 2011.

A relever aussi au cours de la même période, le volume des échanges intra-africains d’articles
manufacturés, exprimé en pourcentage du total des échanges africains de ces articles,
a varié entre 15,7 %, pour les articles manufacturés à forte intensité de main-d’œuvre et de
ressources, et 21,4 %, pour les articles manufacturés de faible technicité faisant appel à
une main-d’œuvre peu qualifiée. Ces chiffres sont naturellement inférieurs à ceux enregistrés
dans les pays en développement d’Amérique vu la diversification économique limitée en
Afrique, le faible développement du secteur manufacturier et l’absence de grandes
entreprises ayant des filiales qui exercent des activités dans diverses parties de la région.

Au moins 25 % du total des échanges africains qui ont eu lieu au niveau régional étaient dans
l’une des neuf catégories de la Classification type pour le commerce international (CTCI), à
savoir les produits chimiques et produits connexes, les engrais; les savons, produits

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 26


d’entretien et détersifs; les produits de parfumerie ou de toilette préparés et préparations
cosmétiques; ainsi que les médicaments.

Ces statistiques montrent que le commerce intra-africain offre d’importants débouchés qui
demeurent inexploités pour de nombreuses catégories de produits 2 . Cette situation peut
être attribuée à plusieurs facteurs; à l’asymétrie entre l’offre et la demande africaines
s’ajoutent le manque d’infrastructures et de moyens de transport, ainsi qu’une dépendance
persistante à l’égard des partenaires commerciaux traditionnels.

Le problème du potentiel inexploité est fortement relevé au secteur de l’agriculture. En effet


sur le monde entier, c’est en Afrique subsaharienne où l’on distingue le plus de terres
agricoles (50 à 60%). Cependant, seulement 16,9 % du total des échanges africains de
produits alimentaires et d’animaux vivants et seulement 14,8 % des importations agricoles
africaines ont été effectués sur ce continent entre 2007 et 2011. Ce qui nous pousse à
constater que le secteur de l’agriculture et les échanges intra-africains de produits agricoles
demeurent nettement inexploités.

2
Isabelle Likouka, enseignante à Brazzaville (Congo)

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 27


Figure 2 : Les 37 principales importations agricoles intra-africaines, 2007-2011- Source : UNCTADstat

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 28


Tableau 4 : Principales exportations intra-africaines et vers le reste du monde, par catégorie de produits
(2007-2011)- Source : Base de données UNCTADstat

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 29


Tableau 4 : (Suite)

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 30


Tableau 4 : (Suite)

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 31


Tableau 4 : (Suite)

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 32


Tableau 4 : (Suite)

Une analyse du commerce intra-africain par pays, élucidée par le tableau 4 révèle que
seulement 25 pays africains comptaient un produit agricole ou lié à l’agriculture parmi
leurs deux principales exportations intra-africaines au cours de la période 2007-2011. Si on
élargit cette analyse de façon à couvrir les cinq principales exportations intra-africaines de
chaque pays, on constate que les exportations agricoles visent seulement une petite gamme
de 34 produits, dont certains ne concernent que très peu de pays. Ainsi, seuls le Bénin et le

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 33


Botswana exportent des viandes au sein du continent. Le Burkina Faso, Djibouti, l’Éthiopie,
le Mali, le Niger, le Rwanda et le Soudan sont les seuls pays à compter les animaux vivants
dans leurs cinq principales exportations intrarégionales.

De la même façon, le riz est uniquement exporté par le Bénin et le Cap-Vert, le maïs,
seulement par le Malawi, et les légumes, seulement par l’Érythrée, l’Éthiopie, le Niger et la
Somalie.

Figure 3 : Répartition du commerce intra-africain par grande catégorie de produits –Source : UNCTADstat

En Afrique, la part des articles manufacturés dans le total des échanges intra-africains
était en moyenne de 42,6 % au cours de la période 2007-2011, alors qu’elle était de 53,6 % au
cours de la période 1996-2000. À titre de comparaison, la part de l’activité manufacturière
dans les échanges internes des pays en développement d’Asie a aussi diminué, passant de
71,9 % entre 1996 et 2000 à 65,2 % entre 2007 et 2011, tandis que dans les pays en
développement d’Amérique, elle a augmenté, passant de 55,2 % à 56,2 %. Le recul enregistré
pour l’Afrique peut s’expliquer par le faible développement du secteur manufacturier
africain par rapport à celui des deux autres régions.

On peut dire donc que La part de l’activité manufacturière dans les échanges intra-
africains est supérieure à sa part dans les échanges extrarégionaux, mais elle enregistre un
recul depuis une dizaine d’années.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 34


SECTION 2:
LE SECTEUR PRIVE, LES ENTREPRISES ET LA PRODUCTIVITE
En s’appuyant sur toutes les possibilités offertes par la coopération économique régionale,
l’Afrique œuvre à plein régime pour la promotion de son commerce. Cependant, la majorité
des initiatives régionales prises, n’ont pour but principal que la suppression des obstacles et
non le développement des capacités productives.

Les entreprises nationales sont chaque jour confrontées aux différents obstacles au
commerce africain, ce qui rend leur tâche, de tirer parti des possibilités d’accès aux marchés
offertes par l’intégration régionale, difficile voire impossible. Ceci laisse bien entendu l’accès
ouvert aux multinationales mondiales de s’accaparer des nombreux avantages offertes par
ce processus.

Le présent chapitre inspecte les des aspects distinctifs de la structure entrepreneuriale


africaine qui ont notamment des effets conséquents sur l’expansion du commerce intra-
africain. Il met aussi en évidence l’afflux d’informations tirées d’enquêtes menées auprès
d’entreprises manufacturières africaines dont la portée permettrait aux entreprises
africaines d’entrer sur les marchés d’exportation.

1. ASPECTS DISTINCTIFS DE LA STRUCTURE ENTREPRENEURIALE AFRICAINE

La promotion de l’esprit d’entreprise, le développement du secteur privé et le commerce


intra-africain, sont des impératifs pour tous les dirigeants de pays africains. Cependant, ce
n’est qu’avec l’imprégnation totale des cinq principaux aspects distinctifs de la structure
entrepreneuriale africaine, qu’ils pourront se réjouir des bienfaits de l’intégration régionale.

Nous avons pu cerner ces aspects distinctifs en cinq segments critiques à savoir a) l’essor du
secteur informel; b) la petite taille des entreprises africaines; c) la faiblesse des relations
interentreprises; d) le faible niveau de compétitivité; et e) le manque de capacités
d’innovation.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 35


a. L’essor du secteur informel

Il est de notoriété publique que l’économie parallèle est ce qu’il y a de fort dans l’économie
africaine en général3. Bien qu’il soit difficile d’établir avec précision la dimension du
secteur informel africain, des estimations récentes laissent supposer qu’il représente
environ 38 % du PIB en Afrique subsaharienne, 18 % en Asie de l’Est et dans le Pacifique,
27 % au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, 25 % en Asie du Sud et 35 % en Amérique latine
et dans les Caraïbes (voir le tableau 5).

Tableau 5 : L’économie informelle en pourcentage du PIB – Source : Schneider, 2012

Certains éléments indiquent également que les échanges informels sont en hausse en
Afrique. Ainsi, la part des emplois informels dans les emplois non agricoles locaux est
passée de 40 % au cours de la période 1985-1989 à 61 % au cours de la période 2000-2007.

La première motivation, pour les entreprises africaines, de rester informelles est d’éluder
l’impôt et la réglementation en vigueur. Cependant cela entrave gravement leur
développement parce que, n’étant pas inscrites au registre du commerce, les entreprises
informelles exercent leurs activités en dehors du cadre juridique, ce qui signifie qu’elles n’ont
qu’un accès très limité aux infrastructures de base et au financement nécessaires à leur
croissance. Les gouvernements sont donc dans l’obligation d’instaurer des mesures pour

3
Victor Nzuzi, enseignant chercheur à Kinshasa (RDC)

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 36


endiguer l’essor du commerce informel en Afrique, afin de pouvoir développer le secteur
privé et promouvoir le commerce intra-africain.

La facilitation de l’obtention du permis d’inscription au registre de commerce peut, par


exemple aider les entreprises à passer de l’économie non structurée à l’économie structurée.
Pour cela, les gouvernements sont amenés à mieux informer leurs citoyens sur les étapes à
entreprendre pour démarrer leurs entreprises, ainsi que sur leurs droits et responsabilités en
tant qu’entrepreneurs, en simplifiant notamment le régime fiscal de façon à réduire les coûts
et les difficultés engendrés par la conformité aux lois et règlements; et en renforçant la
capacité des organismes gouvernementaux à appliquer ces lois et règlements.

b. La petite taille des entreprises africaines

L’Afrique compte parmi les continents avec le plus de microentreprises et de petites


entreprises. Il est vrai que le continent accueille quelques grandes entreprises mais les
moyennes entreprises qui représentent le chaînon majeur du développement économique,
sont peu nombreuses voire introuvables.

Selon des enquêtes menées auprès de diverses entreprises, celles-ci comptent en moyenne
47 employés en Afrique subsaharienne, contre 171 en Malaisie, 195 au Vietnam, 393 en
Thaïlande et 977 en Chine. Ce qui montre l’écart culminant entre l’organisation des
entreprises africaines et celles des pays émergents et des pays développés. Mais la véritable
source d’inquiétude reste la taille relativement petite, non seulement, des entreprises
informelles mais celles formelles aussi. Cela signifie qu’elles ne fonctionnent pas à leur niveau
optimal et ne peuvent donc pas mettre en places les différents outils de gestion de la
production, nécessaires pour être compétitives.

Assurément, en Afrique les entreprises passent rarement au niveau de la catégorie


supérieure, cette absence de transition entre petites, moyennes et grandes entreprises est
en partie due au taux de risque élevé des petites entreprises, au manque d’informations
commerciales et à l’accès limité au financement et aux services. Tous ces facteurs entravent
notablement la croissance et l’expansion du commerce intra-africain.

Les gouvernements africains devraient faciliter le passage entre les différentes catégories
et promouvoir la croissance des entreprises en investissant davantage dans les

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 37


programmes de formation et d’éducation destinés aux entrepreneurs et en leur garantissant
un meilleur accès au financement et aux services, en particulier pour les PME.

Ceci ne veut pas dire que les gouvernements devraient soutenir uniquement les PME. Ils
devraient en effet aussi soutenir les grandes entreprises afin d’améliorer leur taux de
survie et leurs capacités de production et d’exportation, en renforçant par exemple les
banques de développement qui permettraient aux entreprises d’avoir un meilleur accès à
long terme au financement dont les entreprises exportatrices ont besoin notamment pour
croître et survivre.

c. La faiblesse des relations interentreprises

Manifestement, les entreprises africaines établissent très peu de relations entre elles. Le
secteur formel par exemple entretient très peu de liens avec le secteur informel. La même
chose entre les petites et grandes entreprises ou entre les entreprises nationales et
étrangères. Pourtant, en raison de l’intense concurrence résultant de l’intégration
économique mondiale, les grandes entreprises se doivent de créer des liens avec les PME en
les intégrant dans leurs chaînes logistiques. Ceci leur permettra de réduire les coûts des
matières premières, d’augmenter leur productivité, de raccourcir les délais et de se
concentrer sur leurs compétences de base.

À défaut de relations interentreprises, les PME africaines ne peuvent pas tirer profit de la
base de compétences et des capacités d’innovation des grandes entreprises, ce qui a
de graves conséquences sur leur développement et leur croissance. Pour justifier cette
absence de liens, on invoque souvent le fait que les PME n’ont en général qu’un accès limité
au financement et à l’information commerciale, qu’elles n’ont pas les compétences
nécessaires en matière de gestion ou de production et qu’elles sont incapables de satisfaire
aux normes de qualité des produits.

Dans la circonstance, la création de groupements industriels constitue donc un moyen


utile et éprouvé de promouvoir les relations interentreprises. Ces groupements
permettent en effet de mettre en commun les ressources de main-d’œuvre, d’améliorer
l’accès aux services et aux biens intermédiaires et de favoriser la diffusion du savoir. Ils
facilitent en conséquence l’interaction entre les entreprises, réduisent les coûts de

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 38


transaction et renforcent l’efficacité collective. De leur part, les grandes entreprises
peuvent également contribuer à la création de liens interentreprises en fournissant aux PME
des informations sur les débouchés offerts au sein de leurs chaînes logistiques et investir
également dans l’éducation et la formation pour renforcer les compétences au niveau local.
Les grandes entreprises en Afrique sont prêtes à nouer des relations avec les PME, et le font
d’ailleurs de plus en plus, même s’il est coûteux d’établir et d’entretenir de telles relations4.

Selon une récente enquête sur l’investissement, menée auprès des pays africains, les
sociétés multinationales causent souvent du tort aux entreprises nationales africaines
opérant au même secteur en raison principalement du fait que les premières réduisent la
capacité des secondes à soutenir la concurrence sur le marché. La promotion de projets
communs entre entreprises étrangères et nationales ainsi que le recours à des incitations
économiques pour encourager les entreprises étrangères à s’approvisionner localement
sont des exemples de solutions qui devraient permettre de renforcer les liens
interentreprises et pallier à ces problèmes.

d. Le faible niveau de compétitivité

Selon l’indice mondial de compétitivité établi pour 2012-2013 par le Forum économique
mondial, les deux pays africains les plus compétitifs, à savoir l’Afrique du Sud et Maurice,
arrivent aux cinquante-quatrième et cinquante-cinquième rangs sur 144 pays,
respectivement. La compétitivité des pays africains à l’échelle mondiale ainsi est très faible
par rapport à celle d’autres pays en développement. Il est donc primordial d’améliorer la
compétitivité des entreprises nationales en Afrique si l’on veut promouvoir les échanges
intra-africains. Actuellement, l’Afrique représente moins de 4 % du commerce mondial
total, en raison notamment de son faible niveau de compétitivité internationale.

Il est aussi important de noter que parmi les 20 pays les moins compétitifs du monde, on
retrouve 14 pays africains (dont la Guinée, la Sierra Leone et le Burundi parmi les quatre pays
les moins compétitifs). L’Afrique du Sud, le Maroc, Maurice, la Namibie et la Tunisie sont
répertoriés comme étant les plus performants en Afrique d’après l’indice de facilitation du

4
Jean Mpélé, professeur à l’université de Brazzaville au Congo

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 39


commerce, qui rend compte de la façon dont quelques facteurs, politiques et services
facilitent, dans un pays donné, la libre circulation des marchandises au-delà des frontières et
jusqu’à destination. Par contre seulement Maurice et la Tunisie se classent parmi les
50 premiers des 118 pays répertoriés dans l’indice.

Parmi les facteurs susceptibles d’expliquer ce manque de compétitivité à l’exportation, on


retrouve la faible productivité du travail, très inférieure en Afrique subsaharienne à celle de
la plupart des autres régions en développement, les niveaux d’instruction et de compétences
peu élevés des travailleurs, une faible intensité capitalistique, la médiocrité des
infrastructures, un accès limité au financement et le manque d’expérience à l’exportation.

Les gouvernements africains devraient dans la circonstance atténuer les contraintes qui
pèsent sur le commerce intra-africain afin d’améliorer la compétitivité de ses entreprises.

e. Le manque de capacités d’innovation

Dans un environnement économique en constante évolution, Il est essentiel de développer


les capacités d’innovation pour pouvoir affronter la concurrence internationale et tirer parti
des possibilités commerciales. Les entreprises qui survivent et qui réussissent sur les marchés
mondiaux sont généralement celles qui sont capables d’innover et d’exploiter les
nouveaux débouchés. Tout comme les économies émergentes ayant mis en place des
régimes commerciaux ouverts vers l’extérieur, les pays africains ne peuvent plus se
permettre de faire abstraction des changements fondamentaux qui interviennent dans
l’économie mondiale, ni de leurs répercussions sur la compétitivité tant au niveau régional
qu’international.

En marge de ces changements, les capacités d’apprendre, d’innover, de produire des


connaissances et d’utiliser ce savoir, d’entreprendre des changements organisationnels
et de s’adapter rapidement aux nouvelles conditions du marché au niveau de l’entreprise
sont devenues des éléments déterminants de la compétitivité.

Les pays africains peuvent développer leurs capacités d’innovation notamment en


investissant dans la recherche-développement et en favorisant la commercialisation des
résultats dans le cadre des relations établies avec les entreprises du secteur privé.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 40


Manifestement, pour de nombreux décideurs africains, le processus d’innovation est
souvent synonyme d’inventions ou de percées technologiques majeures qui ont lieu dans
des centres scientifiques spécialisés ou dans des centres de recherche et de
développement. Ces activités sont certes essentielles pour repousser les frontières de la
technologie, mais elles contrastent radicalement avec la réalité du processus d’innovation
qui intervient dans un environnement hautement concurrentiel. Dans la conjoncture
actuelle d’un marché dynamique et ouvert, les activités innovantes visent à maintenir un
avantage concurrentiel et se déroulent généralement de façon continue, graduelle et
évolutive au niveau de l’entreprise. Elles reposent sur l’interaction entre les principaux
acteurs du système de production, par exemple entre les utilisateurs et les producteurs, entre
les organismes œuvrant dans les milieux générateurs de connaissances − tels que les
universités et les établissements et entreprises de recherche-développement − et entre les
entreprises nationales et étrangères. Ces activités nécessitent également d’investir dans
l’apprentissage, y compris au sein des entreprises.

Un exemple apparent des avantages que peut avoir la collaboration entre les universités et
l’industrie sur le renforcement des capacités d’innovation, serait le partenariat fructueux
qui lie Nestlé Nigéria et l’Université d’agriculture d’Abeokuta (UNAAB) au Nigéria5.

En 1999, Nestlé avait eu de la difficulté à satisfaire la demande de soja de grande qualité


entrant dans la fabrication d’aliments pour bébés. L’entreprise ayant reconnu que l’UNAAB
connaissait mieux qu’elle les sources locales d’approvisionnement de soja, elle avait
engagé le projet commun UNAAB-Nestlé sur la vulgarisation et la production du soja dans le
but d’inciter les agriculteurs locaux à produire un soja de grande qualité qui répondrait aux
besoins et aux normes de qualité de Nestlé tout en améliorant le niveau de vie des
agriculteurs.

Jusqu’en 1999, la plupart des exploitations de Nestlé se trouvaient dans le nord du


Nigéria. Bien que ces exploitations fussent relativement peu performantes, la société
Nestlé faisait appel à elles car elle présumait que le soja ne pouvait être cultivé dans le sud-
ouest du pays en raison des fortes précipitations qui risquaient d’endommager cette plante

5
Source : Juma, 2011

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 41


avant sa récolte. Les recherches que la société a menées en collaboration avec l’UNAAB lui
ont cependant prouvé que ce produit pouvait être cultivé de manière rentable dans le sud-
ouest. La découverte de cette nouvelle méthode de culture du soja a permis à Nestlé de
recourir à une nouvelle source d’approvisionnement moins onéreuse pour le soja de grande
qualité. Elle a également permis de stimuler les activités de vulgarisation de l’UNAAB, de
faire connaître son modèle de production du soja dans le sud-ouest et de renforcer les
capacités d’innovation locales au niveau des exploitations. En outre, grâce à cette
découverte, de nouvelles technologies de transformation de cette plante ont été adoptées,
et cette région du Nigéria est devenue un important producteur de soja, ce qui a contribué à
améliorer les conditions de vie des habitants.

Cette association montre bien à quel point il est important de créer des liens entre les
universités et l’industrie pour renforcer les capacités d’innovation des pays africains.

2. LES ENTREPRISES MANUFACTURIERES, LES EXPORTATIONS ET LA PRODUCTIVITE

En se basant sur les résultats d’une série d’enquêtes, la présente section fournit des
informations comparatives sur la santé économique des entreprises manufacturières
africaines et la façon dont la structure entrepreneuriale qu’on retrouve en Afrique affecte
celle-ci. Ce faisant, elle cherche à mieux faire comprendre les raisons pour lesquelles
certaines entreprises exportent leurs produits et d’autres pas. Elle pose également les
fondements permettant de comparer les facteurs déterminants du commerce régional et
ceux du commerce extérieur.

a. L’importance de la taille des entreprises dans la capacité d’exporter

De nombreux facteurs, tels que la taille et l’efficacité de l’entreprise, sont considérés


comme importants pour déterminer si une entreprise nationale est en mesure d’exporter
ses produits. Les données tirées d’une enquête6 comparative menée auprès d’entreprises

6
Rankin, Söderbom et Teal (2006)

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 42


africaines dans cinq pays − l’Afrique du Sud, le Ghana, le Kenya, le Nigéria et la République-
Unie de Tanzanie – ont pu être utilisées pour examiner la corrélation entre la capacité d’une
entreprise africaine à exporter ses produits, d’une part, et la taille et l’efficacité de cette
entreprise, de l’autre.

Bien que l’enquête ne couvre que cinq pays, l’échantillon représente bien les grands groupes
de pays du continent, à savoir les pays manufacturiers relativement avancés, les pays
exportateurs de pétrole, les pays les moins avancés, les pays exportateurs de produits
agricoles et les pays importateurs de pétrole. Les données, compilées à partir d’un
échantillon de 1 012 entreprises, couvrent la période comprise entre 1992 et 2003.
Les résultats présentés dans la figure 4 indiquent que les grandes entreprises sont
beaucoup plus susceptibles d’exporter leurs produits, sauf au Nigéria.

Figure 4 : Pourcentage des entreprises exportant en Afrique et à l’extérieur de l’Afrique – CNUCED

Dans ce pays, la proportion d’entreprises exportatrices est en effet extrêmement faible.


La figure 4 montre également les différents chiffres selon qu’une entreprise
manufacturière exporte en Afrique et/ou à l’extérieur du continent. Un examen des
exportations intra-africaines permet de constater que la tendance observée au Ghana diffère
notablement de celle observée en Afrique du Sud, au Kenya et en République-Unie de
Tanzanie. Ainsi, les grandes entreprises ghanéennes se tournent davantage vers les marchés

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 43


extérieurs à l’Afrique, alors que, dans les trois autres pays, les échanges intra-africains sont
plus nombreux, et ce, de manière très significative dans le cas du Kenya et de la République-
Unie de Tanzanie.

Bien que les données recueillies ne précisent pas les pays de destination, les résultats d’autres
enquêtes similaires montrent que la plupart des exportateurs kenyans donnent l’Ouganda et
la République-Unie de Tanzanie comme principales destinations de leurs exportations.

La taille d’une entreprise influe directement sur sa capacité d’exporter, en particulier


dans les pays où les petites entreprises sont majoritaires. Les entreprises supportent des
coûts supplémentaires lorsqu’elles exportent vers des marchés éloignés. Cette hausse
de coûts accrédite l’idée selon laquelle les entreprises doivent fonctionner à leur niveau
optimal pour être en mesure d’exporter et de faire face aux coûts plus élevés des marchés
étrangers. Les grandes entreprises sont sans doute plus susceptibles de se lancer dans le
commerce intrarégional, car le marché intérieur ne suffit plus à écouler leurs produits.

L’analyse des données permet également de conclure que les produits des entreprises
manufacturières africaines sont principalement destinés au marché intérieur.
Le graphique supérieur de la figure 5 indique la part des produits exportés par l’ensemble des
entreprises manufacturières africaines. À l’exception du Ghana, cette part est inférieure à
15 %. Le graphique inférieur de cette figure montre quant à lui la part des produits
exportés uniquement par les entreprises africaines exportatrices.

Bien que le schéma diffère dans les cinq pays, le graphique inférieur montre clairement que,
toujours à l’exception du Ghana, les exportations des entreprises exportatrices ne
dépassent pas 40 % de la production, même pour les grandes entreprises. On constate
donc que l’exportation ne constitue pas l’activité principale de ces pays. La tendance
générale observée au Kenya et en République-Unie de Tanzanie indique que les
exportations intra-africaines sont plus nombreuses que les exportations extra-africaines, ce
qui laisse supposer que les entreprises s’attaquent aux marchés d’exportation uniquement
lorsque leurs activités deviennent trop importantes pour les marchés intérieurs et régionaux;
les entreprises n’entrent pas sur les marchés où la demande locale est inexistante ou presque.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 44


Figure 5 : Pourcentage des produits exportés en Afrique et à l’extérieur de l’Afrique - CNUCED

Un tel schéma met en évidence à la fois l’avantage et l’inconvénient du commerce intra-


africain d’articles manufacturés. D’une part, il est moins coûteux d’entrer sur les marchés
régionaux que sur les marchés lointains mais, d’autre part, bien que le marché soit plus grand,
il demeure encore très limité par rapport à un marché mondial.

Pour résumer, les données et l’analyse présentées ici montrent que la taille et l’efficacité
de l’entreprise sont des éléments primordiaux pour les entreprises souhaitant intervenir sur
les marchés d’exportation. Plus particulièrement, les grandes entreprises efficaces sont
plus susceptibles d’exporter leurs produits que les petites entreprises inefficaces. Pour
dynamiser le commerce intra-africain, il faudra donc pouvoir compter sur des entreprises
efficaces qui fonctionnent à leur niveau optimal. Les données indiquent également que les

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 45


entreprises africaines ont tendance à produire principalement pour le marché intérieur et à
se tourner vers l’exportation lorsque leurs activités deviennent trop importantes pour ce
marché.

Les marchés régionaux sembleraient donc plus prometteurs pour les entreprises
manufacturières africaines parce que la demande du marché intérieur se rapproche
davantage de celle des marchés régionaux que de celle des marchés mondiaux et que les
entreprises n’ont pas à respecter des normes différentes ni à produire d’autres types de
produits pour satisfaire la demande.

b. L’exportation et les facteurs géographiques

Les conséquences les plus manifestes distinguant les échanges intra-africains des
échanges extra-africains sont associées à des facteurs géographiques et concernent en
particulier les coûts de transport à l’intérieur de l’Afrique et la distance qui sépare ce
continent des autres marchés. Une analyse des données individuelles indique que ces
répercussions fixes jouent un rôle majeur et qu’il existe une forte corrélation avec l’efficacité,
soulignant l’importance de ces facteurs géographiques dans la croissance de différents types
d’exportations.

Une étude7 sur les facteurs déterminants de l’exportation qui couvre 18 pays, dont la moitié,
sont situés en Afrique subsaharienne et l’un, le Maroc, en Afrique du Nord nous montre
comment les facteurs géographiques freinent notamment l’accès de l’Afrique aux
marchés étrangers, en effet les entreprises africaines sont situées plus loin des éventuels
marchés d’exportation plus riches ou plus denses. Ils entravent également l’accès aux
fournisseurs: les entreprises africaines doivent payer des prix plus élevés pour les matières
premières, en partie en raison de la distance qui les sépare des fournisseurs étrangers moins
chers, et en partie parce que les produits nationaux qui pourraient se substituer aux produits
importés sont plus onéreux. La proximité des marchés est manifestement importante pour
le commerce. L’une des raisons invoquées pour expliquer pourquoi le Maroc réussit

7
Elbadawi, Mengistae et Zeufack (2006)

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 46


relativement bien à exporter des vêtements nécessitant une forte intensité de main-d’œuvre
est sa proximité avec le marché de l’Union européenne.

L’essor du commerce intra-africain de produits agricoles montre à quel point il est


important de se trouver à proximité des marchés concernés. Cependant, il existe des
différences majeures entre la structure des exportations du Maroc et celle des pays d’Afrique
subsaharienne.

Le commerce de produits à forte intensité de main-d’œuvre entre le Maroc et l’Union


européenne repose sur une exploitation des différences fondamentales sur le plan de la
main-d’œuvre disponible, alors que le commerce intra-africain de produits agricoles
cherche à exploiter à la fois les différences locales sur le plan géographique et les différences
qui existent au niveau de la demande dans les zones qui traversent des frontières nationales.

En résumé, la présente analyse laisse supposer que les coûts de transport et la distance
séparant une entreprise des éventuels marchés sont aussi des facteurs importants de
l’exportation en Afrique. Afin de dynamiser les échanges intra-africains, il faudra donc
que les gouvernements redoublent d’efforts pour réduire les coûts de transport, par exemple
en atténuant les contraintes imposées par la médiocrité des infrastructures. En outre, le fait
que la proximité des marchés joue un rôle dans la capacité des entreprises à exporter donne
à penser que les entreprises manufacturières africaines auront, à court ou à moyen terme,
une meilleure chance de réussir sur les marchés régionaux que sur les marchés mondiaux.

c. L’exportation et la croissance des entreprises

La plupart des éléments présentés dans les sections précédentes laissent supposer que
les grandes entreprises sont plus susceptibles d’exporter leurs produits que les petites
entreprises, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Afrique.

Les pays africains comptent surtout des petites entreprises dont les produits sont
principalement destinés au marché intérieur. En conséquence, leur croissance est en grande
partie limitée par la hausse des revenus nationaux. Il serait donc intéressant de savoir
pourquoi les grandes entreprises ne deviennent pas une composante importante du paysage
industriel africain. Il a été avancé dans les sections précédentes que les entreprises africaines

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 47


passent très peu souvent à la catégorie supérieure. Ainsi, les petites entreprises ne se
transforment presque jamais en moyenne ou grande entreprise.

Les chercheurs8 qui ont étudié cette question à partir des données disponibles sur l’Afrique,
ont constaté que l’innovation en matière de produits ainsi que l’accès à de bons moyens
de transport et à Internet influaient sur la croissance des entreprises du continent. Ils ont
également établi que l’éducation jouait un certain rôle.

La question de la taille des entreprises africaines peut également être abordée sous un autre
angle: les entreprises nationales sont-elles incapables de passer à la catégorie supérieure
parce qu’elles sont incapables d’exporter? Tout indique que cela soit le cas, du moins en
partie. Toutefois si la croissance est limitée par l’incapacité d’exporter, quels sont donc les
facteurs qui limitent la capacité d’exporter? La réponse est simple: les coûts trop élevés
empêchent la grande majorité des entreprises d’être compétitives sur les marchés
d’exportation. Ces coûts se répartissent entre ceux qui doivent être assumés par l’entreprise,
à savoir les salaires, les charges financières et le prix de la marchandise, le prix qu’elle obtient
pour ses produits et les coûts communs à toutes les entreprises d’une même localité.
La réduction des coûts n’est cependant pas la seule façon de développer les exportations.

Certaines études 9 suggèrent en effet que les entreprises peuvent accroître leurs
exportations en acquérant une meilleure connaissance du marché, partant du principe
que, pour pénétrer un marché d’exportation, les entreprises doivent produire des biens
qui plaisent aux consommateurs de ce marché et qu’elles doivent donc bien connaître les
goûts de ceux-ci ainsi que les conditions du marché.

Une réduction des coûts et une bonne connaissance du marché peuvent découler d’un
processus d’«apprentissage par la pratique», certains éléments indiquant que les
entreprises manufacturières apprennent en exportant. Les chercheurs ont testé les deux
modèles de l’apprentissage par la pratique et de la sélection aux fins de l’exportation. Ils ont
en particulier examiné dans quelle mesure cet apprentissage contribuait à réduire les
coûts (acquisition de connaissances sur la productivité) et permettait à une entreprise de
mieux connaître un marché (acquisition de connaissances sur le marché).

8
Goedhuys et Sleuwaegen (2010)
9
Fafchamps et al., (2008)

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 48


Ils soutiennent que l’acquisition de connaissances sur la productivité dépend de
l’expérience générale de l’entreprise et suppose que les entreprises établies depuis plus
longtemps sont davantage susceptibles d’exporter. À l’inverse, l’acquisition de
connaissances sur le marché dépend de l’expérience vécue et suppose qu’une entreprise
commençant à exporter développera probablement de nouveaux produits adaptés au
marché d’exportation.

Selon une analyse de ce modèle effectuée à partir des données disponibles sur les entreprises
manufacturières marocaines, il existe de solides éléments en faveur de l’acquisition de
connaissances sur le marché. Les entreprises exportatrices développent généralement de
nouveaux produits très rapidement après leur entrée sur le marché. Les résultats de l’étude
suggèrent également que les entreprises marocaines n’étayent guère l’hypothèse de
l’acquisition de connaissances sur la productivité dans la mesure où ce sont les jeunes
entreprises, et non celles qui sont établies depuis longtemps, qui semblent exporter, et ce, la
plupart du temps immédiatement après leur création.

Bien que les données examinées laissent supposer que l’acquisition de connaissances sur la
productivité importe peu pour les entreprises marocaines, cela ne signifie pas que cela soit le
cas pour d’autres pays africains. En fait, il est probable que l’importance relative des deux
mécanismes de sélection dans la capacité d’exporter varie d’un pays à l’autre.

Pour résumer cette section, la plupart des pays africains continuent d’être dominés par
les exportations agricoles et par des petites entreprises majoritairement tournées vers
les marchés locaux. Pour stimuler le commerce régional, il faut développer la structure
entrepreneuriale actuelle de manière à créer plus de complémentarités entre les schémas
régionaux de l’offre et de la demande et à permettre aux entreprises d’intervenir sur une plus
grande échelle.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 49


3. LE SECTEUR PRIVE ET LE COMMERCE REGIONAL

Il est important de renforcer la capacité de produire et d’exporter, des entreprises du secteur


privé, vu le rôle important que joue celui-ci dans le développement du commerce intra-
africain. L’expérience des trois dernières décennies a montré que, bien que les nombreuses
réformes puissent s’avérer nécessaires, ils ne suffisent pas à promouvoir l’esprit d’entreprise,
à libérer le dynamisme du secteur privé ni à renforcer les capacités productives dans la région.
Par conséquent, une approche plus équilibrée et plus pragmatique doit être adoptée pour
promouvoir le développement du secteur privé sur le continent. La présente section dégage
et examine quelques éléments fondamentaux d’un train de mesures visant à promouvoir le
développement du secteur privé et à stimuler le commerce intra-africain.

a. Investir dans les infrastructures

Il va sans dire que pour réaliser le potentiel de l’Afrique en matière de commerce et de


développement, il faut en premier lieu, éliminer les contraintes imposées par
l’insuffisance des infrastructures dans les domaines du transport, de l’énergie, des
communications et de l’eau. Des infrastructures déficientes limitent notamment l’accès
aux marchés, font augmenter les coûts commerciaux et réduisent la productivité, entravant
ainsi le commerce intra-africain.

On estime que la médiocrité des infrastructures africaines réduit la productivité des


entreprises de 40 % et la croissance de la production par habitant d’environ 2 points de
pourcentage. Étant donné l’ampleur et la portée des besoins en infrastructure de l’Afrique,
pour corriger ces lacunes, une solution régionale et continentale s’impose. Dans ce but,
l’Union africaine a lancé son programme de développement des infrastructures en
Afrique à Kampala, en juillet 2010. Ce programme tourné vers l’avenir, qui met l’accent sur
l’appropriation par les intéressés à l’échelon local, couvre la période comprise entre 2010
et 2040. Il regroupe les initiatives existantes en matière d’infrastructures telles que le plan
d’action à court terme du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD),
le cadre stratégique à moyen et à long terme du NEPAD et le plan directeur des
infrastructures de l’Union africaine. Si le programme est appliqué comme prévu, il devrait

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 50


permettre de réduire le coût de l’électricité de 30 milliards de dollars par an, de faire passer
de 39 % en 2009 à 70 % en 2040 la population ayant accès à l’électricité, de générer des gains
d’efficience de 172 milliards de dollars sur une période de trente ans grâce à une réduction
des coûts de transport, d’assurer la sécurité de l’approvisionnement en eau et la sécurité
alimentaire et de faire augmenter de 20 % la connectivité à large bande.

Lors du seizième Sommet de l’Union africaine, en janvier 2011, les dirigeants africains se sont
une nouvelle fois engagés à poursuivre le développement des infrastructures sur le
continent en adoptant l’Initiative présidentielle en faveur des infrastructures, qui prévoit la
mise en œuvre de sept projets régionaux entre 2010 et 2015. Chacun des sept projets est
dirigé par un chef d’État ou de gouvernement du NEPAD, le Président de l’Afrique du Sud
agissant à titre de responsable de l’Initiative. Les dirigeants de l’Initiative devraient en
assurer le rayonnement, éliminer les pierres d’achoppement, coordonner la mobilisation
des ressources et veiller à la mise en œuvre du projet.

b. Rendre le financement plus accessible et moins onéreux

Les difficultés d’accès à un financement abordable constituent un enjeu majeur pour les
entreprises africaines, seulement environ 23 % d’entre elles ayant obtenu des prêts ou
des lignes de crédit10, comparativement à 46 % dans les pays en développement non
africains. Ce problème touche particulièrement les PME parce que les banques privilégient
généralement les grandes entreprises et que les institutions de microfinancement se
concentrent sur les microentreprises, les institutions financières nationales ne donnant pas
la priorité aux besoins de financement des PME. Plusieurs caractéristiques propres aux pays
africains peuvent expliquer cet accès limité au financement. Le système financier est dominé
par des banques qui, comparativement à celles situées sur d’autres continents, sont souvent
de petite taille et concentrées et, dans de nombreux pays, appartiennent à des intérêts
étrangers. En outre, beaucoup de pays africains ne disposent que d’une infrastructure
financière déficiente − ils manquent par exemple de bureaux de crédit, de registres de
garanties, d’agences de notation de crédit et de systèmes de paiement et de règlement − et

10
Beck et al., 2011

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 51


cela affecte leur accès au crédit et entrave le bon fonctionnement du système financier.
Ces caractéristiques, conjuguées aux exigences excessives des banques en matière de
documentation, au fait que les prêts sont jugés risqués en raison de l’asymétrie de
l’information, au caractère informel des PME et au non-respect des normes de comptabilité
et d’audit établies, contribuent à limiter l’accès au crédit en Afrique.

Les gouvernements africains doivent travailler en étroite collaboration avec le secteur


privé afin d’améliorer l’infrastructure financière du continent. Par exemple, ils pourraient
œuvrer avec le secteur privé pour améliorer l’accès au crédit en réduisant l’asymétrie de
l’information entre prêteurs et emprunteurs et en finançant l’établissement de bureaux de
crédit privés et de registres de crédit publics. En outre, la fourniture de services de soutien
aux PME peut faciliter leur transition du secteur informel au secteur formel et améliorer leur
accès au crédit. Le secteur privé devrait également trouver des méthodes novatrices pour
surmonter les obstacles qui freinent l’accès des PME au crédit.

Il serait notamment possible de recourir au financement de la chaîne de valeur et au crédit-


bail pour contrer l’absence de garantie. Le financement de la chaîne logistique s’entend par
exemple d’un fournisseur qui vend à crédit des biens, tels que des engrais, à un agriculteur
sous réserve que ces intrants soient remboursés après la récolte. Ce type de financement a
été utilisé avec succès11 dans les secteurs agricoles du Ghana et du Mozambique.

S’il est vrai que le problème du financement touche plus durement les PME, les grandes
entreprises africaines éprouvent également des difficultés de financement significatives
qui doivent être atténuées. Elles ont par exemple difficilement accès à un crédit à long
terme. Comme chacun le sait, les institutions financières du continent offrent généralement
des prêts à court terme et sont peu disposées à accorder un crédit à long terme. Environ 95 %
des prêts consentis aux entreprises africaines ont ainsi une échéance maximale de cinq
ans12.

11 Beck et al., (2011).


12
Beck et al., (2011).

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 52


La courte durée des contrats financiers conclus en Afrique n’est guère propice à la
promotion des investissements ou au renforcement des capacités productives. Les
gouvernements doivent recourir à des incitations économiques pour encourager les
institutions financières à rallonger la durée des contrats financiers, à réduire les frais et
les marges de taux d’intérêt et à accorder plus facilement un financement abordable aux
entreprises nationales. Le renforcement des banques de développement et la promotion du
développement des marchés de capitaux régionaux contribueront également à améliorer
l’accès au crédit en Afrique.

c. Développer et renforcer les compétences de la main-d’œuvre

En Afrique, les entreprises nationales sont confrontées à une concurrence de plus en plus
vive sur les marchés d’exportation en raison de la mondialisation. Cependant, c’est selon
leurs capacités technologiques qu’ils peuvent ou non composer avec cette concurrence. Des
capacités qu’elles peuvent bien entendu développer en recourant au transfert de
technologies ou, au niveau national, en investissant dans l’éducation, la formation et la
recherche-développement. Malheureusement, par rapport aux autres régions du monde, les
pays africains n’investissent pas suffisamment dans ces domaines.

En 2009, le taux brut de scolarisation13 dans l’enseignement supérieur n’était que de 6 % en


Afrique subsaharienne, alors qu’il était en moyenne de 27 % au niveau mondial (voir la
figure 6). Qui plus est, l’Afrique consacre moins de 1 % de son PIB à la recherche-
développement, et ces dépenses ne représentent que 0,9 % des dépenses mondiales
effectuées à cet égard (voir le tableau 6).

13
Victor Anomah Ngu, enseignant chercheur au Cameroun.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 53


Figure 6 : Taux brut de scolarisation dans l’enseignement supérieur, par région - Source: Données tirées
des bulletins info n° 21 et 22 de l’Institut de statistique de l’UNESCO, décembre 2012.

Tableau 6 : Investissement dans la recherche-développement, 2009 - Source: Données tirées des


bulletins info n° 21 et 22 de l’Institut de statistique de l’UNESCO, décembre 2012.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 54


Dans cette optique, les gouvernements africains doivent investir davantage dans une
éducation de qualité et dans le développement des compétences de la main-d’œuvre.
Ils devraient également envisager d’affecter des ressources supplémentaires aux secteurs de
la science et de la technologie, en particulier l’ingénierie, la fabrication et la construction,
jugés cruciaux pour l’innovation dans le secteur privé et le développement des capacités
productives. Le secteur privé de son côté peut également jouer un rôle à cet égard en offrant
des formations en cours d’emploi et en contribuant au financement de programmes de
formation et de recherche dans les universités et instituts de recherche.

d. Maintenir la paix et la sécurité

Rétablir la paix et de la sécurité constitue un enjeu majeur de l’Afrique en matière de


développement; cette question doit être adressée avant tout train de mesures si les
gouvernements veulent développer le secteur privé et à stimuler le commerce intra-
africain. L’insécurité est un problème récurrent sur le continent depuis les années 1960.
Elle revêt diverses formes allant de la guerre civile à la violence criminelle en passant par les
troubles politiques et les actes de terrorisme et de piraterie. Bien que des progrès significatifs
aient été accomplis ces dix dernières années, plusieurs pays sont actuellement impliqués
dans des conflits violents qui ont des conséquences désastreuses pour leur économie ainsi
que pour le commerce et le développement de la région. En 2012, par exemple, on a assisté
à des coups d’État dans au moins deux pays, des flambées de violence dans au moins trois,
des actes de piraterie dans au moins deux et des attaques terroristes dans au moins deux.

L’insécurité a eu des effets catastrophiques sur les pays africains. Elle nuit au développement
des infrastructures, à l’investissement privé et à l’esprit d’entreprise. On estime que les
échanges d’un pays en conflit diminuent de 12 à 25 % durant la première année et qu’il faut
à ce pays jusqu’à vingt-cinq ans pour revenir au niveau d’avant la crise. Bien qu’il existe de
nombreuses causes d’insécurité, on s’accorde à dire que le fait d’exclure systématiquement
certaines parties prenantes des institutions de gouvernance politique et de l’accès aux

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 55


moyens économiques et aux services sociaux est une cause majeure de conflit14. À cet égard,
des politiques et des mécanismes de croissance équitable doivent être mis en place pour
prévenir et régler les conflits de façon à promouvoir la paix et la sécurité en Afrique et à jeter
les bases d’une expansion du commerce régional.

En juillet 2002, l’Union africaine a pris une initiative audacieuse concernant les questions de
paix et de sécurité en adoptant le Protocole relatif à la création du Conseil de paix et de
sécurité de l’Union africaine, qui est entré en vigueur en décembre 2003. L’adoption de ce
protocole a posé les jalons de l’Architecture africaine de paix et de sécurité, qui est désormais
le cadre de gestion des crises sur le continent. Les gouvernements africains doivent accorder
par conséquent, plus d’attention aux questions de paix et de sécurité car ces conditions sont
nécessaires pour stimuler le commerce régional et promouvoir le développement du
continent.

14
Nations Unies (2012)

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 56


CHAPITRE 2 : PRINCIPALES RECOMMANDATIONS POUR STIMULER
LE COMMERCE INTRA-AFRICAIN

Pour que la forte croissance économique qu’elle a réalisée ces dix dernières années lui
permette de créer des emplois décents, d’éradiquer la pauvreté et d’assurer un
développement durable généralisé, l’Afrique doit s’industrialiser massivement et assurer la
transformation structurelle de ses économies. Le présent chapitre présente les principales
démarches à suivre pour les gouvernements africains et souligne les nécessités principales
en matière de commerce.

SECTION 1 : IMPERATIFS EN MATIERE DE COMMERCE


1. RENFORCER LE ROLE DU COMMERCE DANS LA TRANSFORMATION ECONOMIQUE

Afin de stimuler la transformation économique en Afrique, les réformes apportées à la


politique économique en matière d’offre doivent s’accompagner de mesures visant à
soutenir la demande de biens et d’emplois locaux. Elles doivent viser, notamment à
améliorer les politiques en matière d’éducation et de formation afin de perfectionner les
compétences et élargir la base de connaissances sociales, investir dans la recherche-
développement et introduire des technologies de pointe. Si elles sont bien conçues, les
mesures destinées à promouvoir le commerce et les exportations permettront également
des gains de productivité ainsi que dans le domaine des connaissances. Elles seront aussi
l’occasion de disposer de davantage d’options pour la diversification et la création d’emplois.

a. L’Afrique et les économies émergentes

Nul doute que le commerce reprend dans un contexte de renforcement des liens entre
l’Afrique et les économies émergentes. En effet, selon les données les plus récentes, le
commerce africain, durement touché par la crise économique, a rebondi vigoureusement en
2011, dépassant les volumes d’avant la crise de 2008 (voir la figure 7). La crise, due aux chocs
liés à la demande et à l’évolution des cours, notamment la chute libre suivie d’un
redressement des cours des principaux produits de base, tels que le pétrole.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 57


La faible diversification des exportations de produits et des destinations rend le continent
particulièrement vulnérable aux chocs extérieurs, comme l’a montré l’effondrement des
recettes d’exportation que les pays exportateurs de pétrole ont connu en 2009.

Figure 7 : Exportations et importations en Afrique, 2000–2011 (en milliards de dollars) - UNCTADStat

Pourtant, grâce au redressement des prix des matières premières depuis le second semestre
2009 et à la forte demande de produits africains en provenance de la Chine et d’autres
économies émergentes, les exportations et les importations de l’Afrique ont respectivement
augmenté de 28,3 % et 18,6 % en 2010 et de 14,5 % et 19,5 % en 2011.

S’il y a dix ans, l’Union européenne et les États-Unis recevaient les deux tiers des exportations
africaines et étaient la source de plus de la moitié des importations africaines, leur influence
a régulièrement diminué au cours des dix dernières années. Sur la même période, les
partenaires émergents, notamment la Chine et l’Inde, sont passés du statut de partenaires
marginaux à celui de partenaires stratégiques pour l’Afrique, à mesure que le continent
continue à diversifier ses partenaires commerciaux (voir la figure 8). Cette tendance s’est
renforcée après la crise mondiale à travers des liens d’investissement, en particulier dans les
produits de base et les infrastructures. Les échanges commerciaux entre l’Afrique et ses
partenaires émergents ont encore des possibilités de se développer, compte tenu des
ressources naturelles immenses du continent et des énormes excédents financiers des
partenaires mentionnés précédemment, la Chine notamment.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 58


Figure 8 : Principales destinations des exportations et origines des Importations africaines en 2000, 2008
et 2011 (en pourcentage) – Source : UNCTADStat

b. Stratégies et politiques pour promouvoir la transformation en s’appuyant


sur le commerce

La plupart des exportations africaines à destination des partenaires extérieurs, traditionnels


et émergents, impliquent des produits de faible valeur, tels que les matières premières et les
produits de base, tandis que les produits manufacturés dominent les importations. Sur ce
plan, la demande croissante en produits de base des marchés peut avoir pour effet de ne pas
encourager l’Afrique à diversifier la composition de ses exportations. Aussi est-il important
que l’Afrique mette en place les capacités nécessaires qui lui permettront d’ajouter de la
valeur aux biens qu’elle produit. Ces démarches déboucheront sur des termes de l’échange
plus favorables et une vulnérabilité moindre aux chocs extérieurs.

Il est également primordial que les pays africains respectent les engagements qu’ils ont pris
de promouvoir l’intégration régionale et le commerce intra-africain. Comparativement à
d’autres grandes régions, le commerce intra-africain n’est pas très développé, oscillant
autour de 10 à 12 %. Cependant, comme le commerce intra-africain se diversifie de plus en
plus et privilégie plus les produits manufacturés que le commerce de l’Afrique avec les
partenaires extérieurs, l’intensification du commerce entre pays africains permettrait de
soutenir l’industrialisation et la transformation structurelle. La faible part du commerce

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 59


intra-africain souligne également qu’il est nécessaire de surmonter les nombreuses
contraintes liées au commerce à l’intérieur du continent, telles que les barrières tarifaires et
non tarifaires, les infrastructures déficientes, le manque de valorisation du potentiel de la
chaîne d’approvisionnement, l’insuffisance de la capacité de production, les questions de
gouvernance et la sécurité instable.

En effet, Des mesures ont déjà été prises à cet effet. En janvier 2012, les chefs d’État et de
gouvernement ont approuvé un plan d’action de l’Union africaine visant à intensifier le
commerce intra-africain et à accélérer la création de la ZLEC15 d’ici 2017. Cette décision est
de la plus haute importance, car elle vise à renforcer les relations commerciales entre les
économies africaines, en mettant l’accent sur quelques activités définies au titre de sept
pôles prioritaires : politique commerciale, facilitation du commerce, capacité de production,
infrastructures liées au commerce, financement du commerce, information commerciale et
intégration des marchés. Les États Membres de l’Union africaine espèrent que ces mesures
permettront de doubler la part du commerce intra-africain d’ici 2022 sous réserve de mesures
de facilitation du commerce. Sans de telles mesures, les gains seraient deux fois moins
importants.

c. Renforcer l’impact des négociations commerciales sur le développement

Parallèlement au processus d’intégration régionale, les pays africains négocient souvent des
accords commerciaux avec des pays en dehors du continent, l’exemple le plus cohérent reste
la loi sur la croissance et les opportunités en Afrique (AGOA) passée sous l’égide de
l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Le 2 octobre 2000, le Président américain a promulgué la loi sur la croissance et les


opportunités en Afrique (AGOA), pour huit ans. En 2004, elle a été prolongée jusqu’au 30
septembre 2015. En principe, l’AGOA accorde une exonération des droits à l’importation
pour certaines exportations en provenance des pays africains (hors Afrique du Nord) aux
États-Unis. Plus précisément, 1 800 lignes de produits éligibles s’ajoutent au système

15
Zone de libre-échange continentale - Assembly / AU / Dec.426 (XIX)

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 60


généralisé de préférences américain, qui exonère déjà de droits 4 600 produits de pays en
développement exportés vers les Etats-Unis.

Trois évènements majeurs ont eu lieu en 2012. Tout d’abord, en 2011 la proclamation de
l’indépendance du Sud-Soudan, devenu le 41 ème pays éligible à l’AGOA le 26 mars.

Ensuite, le 2 août 2012, la disposition autorisant l’exportation de vêtements fabriqués avec


du tissu provenant d’un pays tiers a été prolongée du 30 septembre 2012 au 30 septembre
2015. Son importance est cruciale, car la disposition permet à 27 15 des 41 pays africains
d’obtenir des matériaux bruts auprès de pays tiers, notamment la Chine. Ils pourront ainsi
confectionner des vêtements qui seront ensuite exportés avec exonération des droits aux
Etats-Unis. Cette disposition a permis de développer les exportations de textiles et de
vêtements des pays africains vers les États-Unis, ce qui représente plus de 48 % du total des
exportations hors pétrole en provenance des pays de l’AGOA en 2001-2011. Elle a également
créé environ 300 000 emplois directs et environ le double d’emplois indirects. Les tendances
à la figure 9 peuvent être analysées ainsi. Le 1er janvier 2005, les quotas imposés sur les
exportations de textiles et de vêtements vers les pays développés ont été supprimés au
terme de l’Accord multifibres.

Une partie de la marge de préférence accordée aux pays africains en vertu de l’AGOA a été
compensée et une concurrence féroce avec les économies asiatiques, particulièrement
prospères dans ces secteurs, en a résulté. Puis, en 2008-2010, la demande américaine a chuté
avant de repartir avec la résorption de la crise.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 61


Figure 9 : Importations des États-Unis de textiles et de vêtements des pays de l’AGOA, 2001–2011 (en
milliards de dollars) – Source : Commission américaine du commerce international

Cependant, beaucoup affirment que sans l’apport de tissu de pays tiers, il n’y aurait eu plus
aucune exportation de textile et de vêtements en provenance des pays de l’AGOA vers les
États-Unis après l’expiration de l’Accord multifibres, avec d’éventuels effets dévastateurs sur
les emplois sur le continent. Son extension récente est donc un grand soulagement pour les
pays qui en bénéficient. Malheureusement, seuls quelques pays et produits jouissent des
avantages de l’AGOA. Peu d’élan est donc donné à la diversification des exportations, à la
valeur ajoutée globale ou à l’industrialisation. En 2011, les textiles et les vêtements ne
représentaient que 4 % des exportations des pays de l’AGOA vers les États-Unis, contre
85 % pour le pétrole (voir le tableau 7). Les producteurs de pétrole sont sans surprise en tête
de liste, tandis que l’Afrique du Sud exporte principalement des véhicules motorisés, le
Lesotho des textiles et des vêtements.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 62


Tableau 7 : Part des cinq premiers pays exportateurs et des cinq premiers produits d’exportation dans Les
exportations de l’Afrique vers Les États-Unis en vertu de l’AGOA, 2011 (en pourcentage)
Source : Commission du commerce international des États-Unis.

Le troisième évènement est survenu lors du Forum annuel de l’AGOA en juin 2012, les pays
africains y ont exprimé leur souhait de prolonger l’AGOA jusqu’en 2025, mais avec une
couverture plus large de produits et de pays. Ils ont également appelé à la création de
mesures visant à améliorer le développement des infrastructures. En effet, de nombreuses
contraintes liées au commerce empêchent l’Afrique de profiter pleinement de l’AGOA. Si les
États-Unis n’excluent pas l’extension de l’AGOA, ils rappellent qu’elle n’a pas vocation à durer
indéfiniment et qu’il faudrait envisager d’autres relations commerciales américano-
africaines. De plus, l’AGOA n’est pas compatible avec l’OMC. Bien que l’AGOA bénéficie
actuellement d’une dérogation de l’OMC, il n’est pas certain que l’OMC va l’étendre au-delà
du 30 septembre 2015.

La politique industrielle nationale et l’intégration régionale sont fondamentales. Les pays


africains doivent élargir leur base de production et diversifier les exportations de produits et
de marchés pour faire du commerce un moteur de la croissance et du développement. Une
telle diversification favorisera et appuiera les efforts déployés par les pays africains et les
communautés économiques régionales pour mettre en œuvre la ZLEC et dynamiser le
commerce intra-africain. En effet, l’approbation par les chefs d’État et de gouvernement de
la création de la ZLEC favorisera la croissance et la transformation structurelle à long terme
à travers la facilitation du commerce. Un scénario optimiste permet de voir la part du
commerce intra-africain doubler en dix ans, en augmentant de manière significative la
proportion des produits manufacturés dans le commerce et en supposant des réformes et
des investissements adéquats dans les infrastructures et la capacité de production.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 63


Enfin, les pays africains devraient continuer à travailler ensemble et à s’engager en faveur
d’un cadre unifié pour s’assurer de la compatibilité des négociations et des accords
commerciaux avec les partenaires traditionnels et émergents, avec leurs objectifs de
développement et qu’ils disposent de la marge politique nécessaire lorsqu’ils conçoivent des
politiques destinées à favoriser leur transformation économique par le biais de
l’industrialisation fondée sur les produits de base.

2. FINANCER L’INDUSTRIALISATION ET LA TRANSFORMATION ECONOMIQUE

Pour industrialiser et transformer structurellement ses économies, l’Afrique doit garantir


l’accès à des financements privés et publics stables. Même avec la bonne performance
économique réalisée depuis le début du siècle, le déficit de financement de l’Afrique reste
énorme. Il est dû à un déséquilibre entre les exportations et les importations, entre les
mouvements de ressources et les paiements de la dette et, plus important encore, entre
l’épargne intérieure et les besoins d’investissements nationaux16. Combler ces disparités a
longtemps été une préoccupation pour les décideurs africains et leurs partenaires de
développement et plusieurs mesures ont été prises depuis la Conférence des Nations Unies
sur le financement du développement tenue à Monterrey en 2002, pour accroître les
ressources extérieures et internes.

Les ressources nationales publiques et privées doivent constituer une part croissante du
financement de l’industrialisation et de la transformation économique en Afrique.
L’industrialisation peut, à son tour, stimuler un financement intérieur durable à travers
l’augmentation des revenus. Cependant, pour commencer et maintenir un cercle vertueux
de financement-industrialisation, requiert une mobilisation accrue de l’épargne et le
renforcement du système financier national afin d’assurer un accès approprié à des
financements à long terme pour de nouveaux investissements.

16
CEA et CUA (2012)

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 64


Si les mouvements de capitaux étrangers, en particulier les investissements directs étrangers
(IDE) et l’APD (Aide Publique au Développement) ont généralement augmenté au cours des
dix dernières années, ils restent vulnérables à la volatilité des marchés des produits de base
ainsi qu’aux difficultés économiques des pays donateurs. Peu de changements ont été opérés
en dehors des industries extractives ou dans les infrastructures et les secteurs productifs
(secteur manufacturier, communication, transport et construction), ce qui explique pourquoi
l’impact de ces sources a été si minime en Afrique. Les envois de fonds pourraient cependant
offrir de plus en plus de perspectives.

Les mouvements d’IDE sont concentrés dans les industries extractives (pétrole notamment).
En raison des faibles liens entre les industries extractives et le reste de l’économie, la
transformation économique n’a été que de faible ampleur (CEA et CUA, 2011). Pourtant, de
nombreux pays africains ont des incitations politiques pour attirer les IDE. Mais après avoir
atteint les 58 milliards de dollars en 2008 après dix ans, les apports d’IDE ont diminué,
atteignant 42,7 milliards de dollars en 2011, le niveau le plus bas en trois ans.

Cette baisse est due en grande partie à la crise mondiale, aggravée par la faible croissance
persistante dans les pays développés. Les mouvements d’APD ont été principalement dirigés
vers les secteurs sociaux, et les services. S’ils se sont améliorés au cours des dix dernières
années sur les plans de la quantité et de l’efficacité, il reste néanmoins que les risques
demeurent élevés dans l’environnement mondial actuel.

Le total des mouvements d’APD vers l’Afrique, à l’exclusion de l’allégement de la dette, a


augmenté en termes nominaux, passant de 17,4 milliards de dollars en 2002 à 50 milliards de
dollars en 2011. Cependant, ils restent inférieurs aux engagements internationaux en vertu à
la fois du Consensus de Monterrey et de la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide de
2005. Dans le cadre du Consensus de Monterrey, les pays développés se sont engagés à
accroître leur APD et la porter à 0,7 % de leur PIB, avec 0,15 à 0,20 % supplémentaires pour
appuyer les PMA. Pourtant, en 2011, l’APD venant de la plupart des pays développés n’avait
pas encore atteint ce niveau. De même, selon la Déclaration de Paris, les mouvements d’APD
vers l’Afrique atteindraient les 64 milliards de dollars d’ici 2010. Or, malgré les engagements
pris en 2005, l’Afrique n’avait reçu que la moitié de l’augmentation promise, du fait en partie
de la baisse de l’APD globale par rapport aux engagements et en partie du fait que l’Afrique
a été moins impliquée que prévue dans l’augmentation globale.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 65


Tout comme pour les IDE, les incertitudes mondiales ont soulevé des préoccupations
légitimes quant à la capacité des pays donateurs à tenir leurs engagements. En effet, les
progrès quant au respect des engagements pris à Paris et Monterrey sur l’efficacité de l’aide
ont été lents, soulignant la nécessité de modifier la distribution de l’aide. Conscient de cela,
le Forum de haut niveau sur la quatrième réunion 17 sur l’efficacité de l’aide a adopté le
Partenariat de Busan pour une coopération efficace au service du développement. Il a
marqué un jalon essentiel en passant d’une aide efficace à un développement efficace au
sens large.

Bien que l’APD soit l’une des sources de financement du développement africain, elle doit
être placée dans un contexte plus large afin d’appuyer le développement des capacités et la
mobilisation de ressources intérieures. Les envois de fonds ont des tendances toutes autres.
Ils ont fait un bond au cours des dix dernières années et les apports annuels en Afrique
atteindront les 60 milliards de dollars d’ici 2014, passant de 11,4 milliards de dollars en 2000.
Par conséquent, en dépit du malaise dans les pays développés, leur source principale, et
l’impact sur l’emploi des migrants, les envois de fonds représentent une opportunité pour de
nombreux pays africains de lever des capitaux étrangers. Des efforts politiques plus
importants sont cependant nécessaires pour maximiser les gains potentiels.

Pour optimiser la mobilisation des ressources nationales pour l’industrialisation et la


transformation économique, la plupart des pays africains ont besoin de réformer le secteur
financier national, de faire face aux contraintes liées à la mobilisation de l’épargne privée et
des recettes fiscales, d’explorer des approches innovantes de financement, d’enrayer la fuite
des capitaux et de mieux utiliser les recettes tirées des ressources naturelles.

La mobilisation accrue des ressources devrait s’accompagner de mesures visant à assurer


non seulement une augmentation des taux d’investissement mais également une meilleure
qualité des investissements. Il faut également envisager des mesures visant à attirer les
capitaux régionaux et internationaux, en particulier des IDE axés sur la recherche de marchés.

17
Busan, République de Corée (29 novembre-1er décembre 2011)

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 66


Les gouvernements africains doivent également penser à des solutions régionales. La
création et l’élargissement de l’accès au financement grâce à l’activité bancaire
transfrontalière et aux marchés financiers régionaux, ouvre de grandes perspectives, offrant
notamment une protection des clients et du système financier. Faciliter la circulation
transfrontalière des biens, des capitaux et des personnes est essentiel à cet égard. Il faut
également exploiter les envois de fonds et renforcer leur rôle dans l’intermédiation financière
grâce à une meilleure utilisation des bureaux de poste et des services bancaires mobiles.

3. TRADUIRE LA CROISSANCE EN EMPLOIS DECENTS POUR LES AFRICAINS

Depuis 2000, l’Afrique connaît une forte croissance, tentant de rattraper des décennies
perdues de contraction ou de stagnation au sortir des années 1960. Mais cette croissance ne
s’est pas traduite par une création d’emplois significative dans la plupart des pays. Elle ne
marque pas forcément le début d’une réelle transformation structurelle en raison de graves
carences sur le marché du travail et dans la répartition de la croissance.

Tout plaide donc pour mettre davantage l’accent sur des politiques économiques et sociales
pro-emploi et sur le développement du secteur privé afin de créer des emplois productifs et
décents tout en réduisant la pauvreté. En effet, un consensus se dessine au niveau mondial :
parvenir à une croissance inclusive et favorable aux pauvres doit se traduire par le plein
emploi productif et par un travail décent pour tous. C’est l’un des principaux moyens de
parvenir à un développement durable, comme cela a été souligné lors du sommet de
Rio+2018.

De toute évidence, les hommes et les adultes sont plus susceptibles de rejoindre le marché
du travail que les femmes et les jeunes. Le processus de rattrapage pour les femmes est trop
lent pour réduire l’écart à un niveau raisonnable dans un avenir prévisible, à moins que les
États ne prennent des mesures drastiques pour accroître la participation des femmes aux
activités économiques.

18
Rio de Janeiro (13 au 22 juin 2012)

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 67


Le taux de chômage est deux fois plus important chez les femmes que chez les hommes en
Afrique du Nord mais légèrement plus élevé chez les hommes dans le reste de l’Afrique. Dans
de nombreux pays africains, le taux de chômage est environ deux fois plus élevé chez les
jeunes que chez les adultes. La qualité de l’emploi est donc plus problématique que la
quantité. Les jeunes femmes sont durement touchées, le chômage des jeunes femmes en
Afrique du Nord, par exemple, atteignait le chiffre effarant de 41,7 % en 2012. En effet, un
tel manque de perspectives économiques pour les jeunes a été l’un des facteurs qui ont
provoqué les soulèvements en Afrique du Nord et au Moyen-Orient en 2011. Ces événements
ont suscité des réactions politiques : de nombreux gouvernements ont pris des mesures pour
intégrer les jeunes au marché du travail à travers des politiques actives, notamment des
politiques d’offre qui mettent l’accent sur la formation et le développement de
l’entreprenariat19. Les initiatives de création d’emplois temporaires grâce à des programmes
de travaux publics sont également courantes.

L’emploi joue un rôle d’intermédiaire entre la croissance et la pauvreté, s’il est productif et
augmente le rendement du travail. Réduire durablement la pauvreté nécessite donc
d’accroître la productivité du travail des hommes et des femmes en termes de salaires et
d’emploi indépendant20. Cependant, dans de nombreuses régions d’Afrique, la productivité
du travail est très faible, en particulier dans l’économie informelle, où la majorité des
travailleurs vivote. En 2000-20012, la productivité du travail à l’échelle du continent, a
augmenté de seulement 1,5 % par an. Bien que faible, cette croissance continue de la
productivité du travail doit être renforcée par des politiques de croissance inclusives,
favorables aux pauvres et basées sur l’emploi si l’on veut reproduire le succès antérieur des
pays. Un indicateur de la mauvaise qualité de l’emploi et des revenus serait une estimation
des travailleurs pauvres, ce qui est particulièrement utile, étant donné la rareté des données
sur les salaires dans la région.

19
BAD et al. (2012)
20
Kanyenze et al. (2011)

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 68


En 2000-2011, les travailleurs pauvres (ceux vivant en dessous des seuils de pauvreté de 1,25
dollar et de 2 dollars par jour) en Afrique sont passés de 48,7 % à 37,5 %. Mais la diminution a
été très modeste dans les pays africains à faible revenu, ce qui laisse entendre que malgré
l’augmentation des salaires réels dans ces pays, elle se limitait à une très faible proportion
d’employés. Ainsi, avec la faible croissance des salaires et de l’emploi, il semble que les
avantages de la reprise de la croissance dans les pays à faible revenu depuis 2000 ont
largement bénéficié aux revenus plutôt qu’aux salaires. Toutefois, dans les économies à
revenu intermédiaire, la proportion de travailleurs pauvres sous les deux seuils de pauvreté,
était beaucoup plus faible dès le départ et durant dix ans de forte croissance économique, la
pauvreté des travailleurs a diminué plus rapidement que dans les pays à faible revenu.

Les principales politiques permettant de traduire la croissance en emplois décents doivent


inclure des mesures visant à accroître la productivité et à réduire l’informalité. La productivité
peut être augmentée par des politiques et des institutions qui stimulent le progrès
technologique et l’adoption de nouvelles procédures de travail grâce à des investissements
dans la Recherche-Développement, le transfert de technologies de pointe, une étroite
collaboration entre les instituts de recherche et le secteur des entreprises pour soutenir
l’adaptation des technologies aux besoins et aux conditions locaux et le développement de
compétences grâce à des investissements dans l’éducation et la formation.

La diversification de la production et les exportations de biens non traditionnels de plus en


plus sophistiqués, surtout par le biais de la fabrication, peut stimuler la croissance de l’emploi,
tout comme les investissements dans les activités à fort taux d’emploi avec des liens solides
en amont et en aval avec le reste de l’économie. Les services à forte valeur ajoutée et
marchands tels que les services aux entreprises, la finance et le tourisme haut de gamme,
peuvent aussi créer des emplois productifs dans certains pays.

Les politiques d’éducation et de formation doivent aussi répondre aux besoins spécifiques de
capital humain des marchés du travail et appuyer l’économie plus généralement par le
développement des capacités sociales en augmentant l’étendue, la diversité et la complexité
de la base de connaissances sociales.

Par essence, les pays africains ont besoin de formuler et d’appliquer des stratégies de
transformation productive qui renforcent, de manière évolutionnaire, la capacité de
production, l’emploi et les capacités sociales.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 69


SECTION 2 : RECOMMANDATIONS POUR LIBERER LE
DYNAMISME DU SECTEUR PRIVE

Si de nombreuses tentatives précédentes faites pour promouvoir le commerce régional


et l’intégration régionale en Afrique ont échoué ou donné au mieux des résultats modestes,
cela peut s’expliquer en partie par une application insuffisante des accords par les États, des
chevauchements dans la composition de différents blocs commerciaux régionaux, l’absence
de transformation structurelle, et l’absence de participation au processus d’acteurs locaux
essentiels dont le secteur privé. Le présent chapitre s’intéresse avant tout aux moyens de
dynamiser le commerce intra-africain en mettant particulièrement l’accent sur les mesures
qui doivent être prises par les gouvernements africains pour promouvoir l’entreprenariat
local, accroître les capacités productives et stimuler le commerce régional. Il présente aussi
les principales conclusions qu’on peut tirer de la première partie de ce mémoire.

1. PROMOUVOIR L’ENTREPRENARIAT ET RENFORCER LES CAPACITES DE L’OFFRE

Promouvoir l’entreprenariat et renforcer les capacités d’offre sont deux éléments essentiels
pour accroître la capacité des entreprises africaines de produire et d’exporter des biens
sur les marchés aussi bien régionaux que mondiaux. Ainsi, pour promouvoir l’entreprenariat
et le commerce intra-africain, il faut remédier aux carences découlant de cinq
caractéristiques de la structure des entreprises africaines, à savoir l’importance forte et
croissante du secteur informel, la taille relativement modeste des entreprises, la faiblesse
des relations interentreprises, le faible niveau de compétitivité et le manque de capacités
d’innovation. D’où la nécessité impérieuse de prendre des mesures pour contenir la
progression de l’économie informelle en Afrique en facilitant l’insertion des entreprises
dans l’économie formelle.

Il faut pour cela simplifier les procédures d’agrément pour l’enregistrement des
entreprises, diffuser largement une information publique sur les modalités de création
d’une entreprise et les droits et responsabilités des chefs d’entreprise, simplifier le régime
fiscal pour réduire les coûts et les contraintes associés au respect des lois et des

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 70


réglementations, et renforcer la capacité des institutions gouvernementales d’administrer
les lois et règlements. Les gouvernements africains devraient également faciliter la
promotion et la croissance des entreprises en améliorant l’accès, en particulier des PME,
aux moyens de financement et aux services aux entreprises. Par ailleurs, développer la
capacité des PME de répondre aux besoins des grandes entreprises en leur fournissant des
services de formation, des services d’aide aux entreprises et des services d’information
commerciale encouragera l’établissement de relations interentreprises et devrait être une
priorité pour les gouvernements africains. Les grandes entreprises peuvent également
contribuer à l’établissement de relations interentreprises en fournissant aux PME une
information sur les possibilités de participer à leurs chaînes d’approvisionnement et aussi en
investissant dans des programmes d’éducation et de formation visant à renforcer les
compétences des communautés locales.

Les gouvernements africains devraient également s’attaquer aux contraintes que fait peser
sur le commerce intra-africain le manque d’infrastructures pour les transports, l’énergie, les
communications et l’eau. Il est essentiel aussi de renforcer la mobilisation des ressources
intérieures sur le continent et également mobiliser davantage l’investissement privé par
le biais de partenariats public-privé. Il est par ailleurs recommandé que les gouvernements
africains s’attaquent aussi à la question du manque de compétitivité des entreprises
africaines, en prévoyant peut-être l’octroi de subventions pour réduire le coût des facteurs
intermédiaires pour les entreprises exportatrices, un accès plus large et moins cher au
financement et un appui au perfectionnement et au renforcement des compétences de la
main-d’œuvre. Les gouvernements africains doivent enfin avoir recours à des incitations
économiques pour aider les entreprises locales à développer les capacités d’innovation
indispensables au succès d’une activité exportatrice.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 71


2. INSTITUER UN MECANISME DE DIALOGUE ENTRE L’ETAT ET LES ENTREPRISES

L’institution d’un mécanisme crédible de dialogue entre l’État et les entreprises est
également nécessaire pour libérer le potentiel du secteur privé, renforcer les capacités
productives et améliorer les possibilités de stimuler le commerce intra-africain.
S’il incombe aux gouvernements de fixer les priorités, de définir les règles, de signer des
accords commerciaux et de faciliter le commerce, c’est le secteur privé qui, lui, est en mesure
de tirer parti de ce que peut offrir le système commercial. Les gouvernements africains
doivent donc tenir des consultations régulières avec le secteur privé pour mieux
comprendre les contraintes auxquelles sont confrontées les entreprises et concevoir les
moyens d’y remédier. L’information ainsi obtenue est indispensable pour formuler des
politiques efficaces de promotion de l’entreprenariat et du commerce intra-africain.
Autorité, détermination et prévisibilité sont également nécessaires pour établir un climat
de confiance entre les pouvoirs publics et le secteur privé et créer des conditions permettant
de renforcer et de soutenir le dialogue. Les gouvernements doivent toutefois veiller à ce que
ce dialogue soit tel qu’il serve les intérêts de la société dans son ensemble. La transparence
des relations avec le secteur privé et aussi la participation de la société civile au dialogue
entre entreprises et pouvoirs publics sont un bon moyen21 de réduire les risques de corruption
et d’acquisition de rentes.

3. RENFORCER LES CHAINES DE VALEURS REGIONALES

Le développement de réseaux régionaux de production ou de chaînes de valeur régionales


est indispensable pour améliorer la compétitivité et les normes de qualité et élargir la base
manufacturière des pays africains. En effet, la plupart des pays africains possèdent
actuellement un avantage comparatif dans le secteur des produits de base, et une
industrialisation fondée sur les ressources naturelles constitue donc un moyen de développer
des chaînes de valeur régionales sur le continent que les pays africains doivent mettre à

21
Vérone Mankou, auteur de plusieurs livres sur la performance commerciale de l’Afrique.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 72


profit. Toutefois, des chaînes de valeur régionales ne tiennent leurs promesses et ne sont
viables à terme que si elles ont un prolongement mondial. À cet égard, les pays africains
devraient considérer le développement de réseaux régionaux de production comme un
élément d’une stratégie globale visant à l’amélioration de la compétitivité internationale
et à l’intégration du continent dans l’économie mondiale. On considère que les pays
africains devraient promouvoir le développement de chaînes de valeur régionales en
s’efforçant d’accroître les investissements en infrastructures matérielles et immatérielles,
en facilitant une modernisation continue des entreprises locales associées aux chaînes de
valeur, en fournissant des services aux entreprises et des services d’information
commerciale, en contribuant à l’établissement de relations interentreprises et en
investissant dans l’éducation et l’innovation. Dans chacun de ces domaines, les politiques
industrielles nationales et régionales joueront un rôle crucial.

4. REPENSER L’APPROCHE DE L’INTEGRATION REGIONALE

Loin d’être une activité isolée, la promotion du commerce intra-africain devrait faire partie
d’une stratégie globale visant à développer le secteur privé et à renforcer l’intégration
régionale en Afrique. Au lieu d’une approche linéaire et programmatique de l’intégration
régionale, axée principalement sur l’élimination des obstacles au commerce, il conviendrait
d’adopter une approche fondée sur le développement, privilégiant autant le
renforcement des capacités productives et le développement du secteur privé que
l’élimination des obstacles au commerce, laquelle est certes importante, mais
n’entraînera pas une expansion appréciable du commerce intra-africain sans un
renforcement des capacités productives.

Il faut en outre veiller à ce que tous les pays africains bénéficient de l’intégration. Il est
également important que l’intégration régionale contribue à renforcer la compétitivité
internationale et à intégrer les pays africains dans les marchés mondiaux. Dans ces
conditions, on souligne la nécessité pour les pays africains de promouvoir le commerce intra-
africain dans un contexte de régionalisme développementiste. Cela passe par l’adoption de
mesures publiques pour renforcer le secteur privé national et promouvoir la

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 73


restructuration industrielle et la transformation économique. S’imposent également une
approche stratégique de la politique commerciale, la coordination de l’investissement dans
les secteurs prioritaires et le renforcement des institutions et des capacités des
gouvernements africains d’appliquer des politiques économiques. Dans la circonstance, la
politique industrielle, les couloirs de développement, les zones économiques spéciales et les
chaînes de valeur régionales constituent d’importants outils pour promouvoir le commerce
intra-africain dans un contexte de régionalisme développementiste.

5. PRINCIPALES CONCLUSIONS

On trouvera ci-après les principales conclusions à tirer de la première partie de ce mémoire.

Le commerce intra-africain a augmenté en valeur nominale et en valeur réelle. Sur la


période de 2010-2011, le commerce intra-africain a augmenté d’un facteur 4,1 en valeur
nominale et d’un facteur 1,7 en valeur réelle. En valeur nominale, il s’est établi à 130 milliards
de dollars en 2011, contre 32 milliards en 2010. Toutefois, mesuré en valeur réelle, il est passé
de 32 milliards de dollars en 2010 à 54 milliards de dollars en 2011. Il en ressort que, malgré
une augmentation à la fois en volume et en valeur au cours de la dernière décennie, la
progression a essentiellement été due à une hausse des prix, qui dans le cas des produits
de base, sont déterminés à l’extérieur.

La part du commerce intra-africain dans le commerce africain total a sensiblement


diminué. La progression du commerce intra-africain au cours de la dernière décennie
s’est accompagnée d’une diminution de sa part dans le total du commerce africain. La part
du commerce intra-africain dans le commerce total est passée de 19,3 % en 1995 à un niveau
record de 22,4 % en 1997, pour retomber ensuite à 11,3 % en 2011. Cette évolution
tient au fait que le commerce africain avec le reste du monde a progressé beaucoup
plus vite que le commerce intra-africain. Sur la période 1996-2011, celui-ci a progressé de
8,2 % par an, tandis que le commerce africain avec le reste du monde augmentait de 12 %.
Il est intéressant de noter que la part du commerce intra-africain dans le commerce
total est sensiblement plus élevée pour les exportateurs de produits autres que les

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 74


combustibles que pour les exportateurs de combustibles. En outre, en comparaison avec
d’autres régions du monde, la part du commerce intra-africain dans le total du commerce
africain est relativement faible. Par exemple, la part moyenne des exportations infra-
africaines dans le total des exportations sur la période 2007-2011 a été d’environ 11 %, contre
21 % pour l’Amérique latine et les Caraïbes, 50 % pour les pays en développement d’Asie et
70 % pour l’Europe. Ces chiffres ne prennent toutefois pas en compte l’existence, révélée par
de récentes études, d’un important commerce informel en Afrique. Au sein de la
Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), par exemple, on estime que
le commerce informel représente de 30 à 40 % du commerce intracommunautaire. En
ajoutant le commerce informel aux chiffres du commerce officiel, on obtiendrait une part du
commerce intra-africain dans le commerce total s’établissant aux niveaux observés en
Amérique latine et dans les Caraïbes, mais néanmoins très en deçà des niveaux observés
pour l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord.

Les communautés économiques régionales africaines ont tendance à réaliser une part
importante de leurs échanges commerciaux en Afrique au sein de leurs propres blocs
commerciaux régionaux. À l’exception de la Communauté économique des États de
l’Afrique centrale (CEEAC), un pourcentage très élevé du commerce africain réalisé par
chaque communauté économique régionale correspond à un commerce intrarégional,
d’où il ressort que la formation de ces communautés a des incidences positives sur le
commerce au sein de chaque bloc considéré. Sur la période 2007-2011, 78 % du commerce
de la SADC en Afrique a concerné la région même de la SADC. Les chiffres pour la CEDEAO
et la CEN-SAD (Communauté des États sahélo-sahariens) étaient d’environ 66 % et 65 %,
respectivement. Il est à noter qu’en dépit des apparences, ces parts sont faibles par rapport
à ce qu’elles étaient pour la période 1996-2000. Des huit communautés économiques
régionales reconnues par l’Union africaine, seul le COMESA n’en n’a pas accusé une
diminution de la part de son commerce en Afrique au cours de la période considérée.

L’importance du commerce intra-africain varie sensiblement selon les pays. Bien que
la part du commerce intra-africain dans le commerce africain total soit relativement faible,
elle est très élevée pour un certain nombre de pays. Par exemple, pour la période 2007-2011,

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 75


les exportations intra-africaines ont représenté 40 % au moins des exportations totales dans
neuf pays: Bénin, Djibouti, Kenya, Mali, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Togo et Zimbabwe.
S’agissant des importations, 11 pays ont importé 40 % au moins de leurs marchandises
d’autres pays africains au cours de la même période: Botswana, Burkina Faso, Lesotho,
Malawi, Mali, République démocratique du Congo, Rwanda, Sierra Leone, Swaziland,
Zambie et Zimbabwe. Concernant la part du commerce intra-africain dans le PIB, cinq pays
seulement (Botswana, Lesotho, Malawi, Swaziland et Zimbabwe) ont affiché des parts
supérieures à 30 % pour la période 2007 -2011.

Un potentiel inexploité de commerce intra-africain existe dans de nombreuses


catégories de produits, en particulier les produits alimentaires et agricoles. L’Afrique
possède 27 % environ des terres arables dans le monde qui pourraient être exploitées
pour accroître la production agricole, et cependant de nombreux pays africains importent
des produits alimentaires et agricoles de pays d’autres continents. Entre 2007 et 2011,
37 pays africains étaient importateurs nets de denrées alimentaires, et 22 importateurs
nets de matières brutes d’origine agricole, mais seulement 17 % environ du commerce
mondial africain de denrées alimentaires et d’animaux vivants a concerné le continent
africain. En outre, l’Afrique a exporté en moyenne 21 % seulement de ses produits
alimentaires au sein du continent. Ces différents éléments, associés à la hausse des revenus
et à l’expansion de la classe moyenne, donnent à penser qu’il existe un potentiel de
commerce régional de produits alimentaires et agricoles qui n’est pas exploité par les pays
africains.

La part de la production manufacturière dans le commerce intra-africain est plus élevée


que sa part dans le commerce africain avec le reste du monde. La part de la production
manufacturière dans le commerce intra-africain a toutefois diminué au cours de la dernière
décennie. Sur la période 2007-2011, elle a été d’environ 43 %, contre 14 % environ pour la
part de cette production manufacturière dans le commerce africain avec le reste du monde.
Toutefois, les deux n’ont cessé de diminuer depuis 1996, témoignant d’une nette
désindustrialisation des pays africains depuis les années 1990. Il est à noter que, par
comparaison avec d’autres régions du monde, la part de la production manufacturière dans

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 76


le commerce intra-africain est relativement faible. Pour la période 2007-2011, les chiffres
correspondants étaient, par exemple, de 65 % en Asie et de 56 % en Amérique latine
(contre 43 % en Afrique).

Les investissements intra-africains ont augmenté au cours de la dernière décennie.Les


données disponibles montrent que les investissements intra-africains occupent une place
de plus en plus importante dans plusieurs pays africains. Par exemple, entre 2008 et 2010,
plus de 20 % du stock intérieur total d’IED du Botswana, du Malawi, du Nigéria, de l’Ouganda
et de la République-Unie de Tanzanie provenaient d’autres pays africains. Le secteur
des services absorbe une part croissante des investissements intra-africains. Entre 2003 et
2011, 68 % environ des 673 transactions portant sur des investissements intra-africains de
création de capacités ont concerné le secteur des services, contre 28 % pour le secteur
manufacturier et 4 % pour le secteur primaire. Dans le secteur des services, 70 % environ
des transactions intéressaient le secteur financier. Dans la mesure où les entreprises
manufacturières dépendant d’un certain nombre de services aux entreprises, la croissance
du secteur des services devrait avoir des incidences positives sur le développement des
capacités productives, et donc sur les résultats des entreprises manufacturières et le niveau
du commerce intra-africain.

L’économie informelle occupe une large place dans les pays africains et la taille
moyenne des entreprises manufacturières africaines est relativement modeste. De
récentes études indiquent qu’en Afrique subsaharienne, l’économie informelle représente
38 % du PIB, contre 18 % en Asie de l’Est et dans le Pacifique, 27 % au Moyen-Orient
et en Afrique du Nord, 25 % en Asie du Sud et 35 % en Amérique latine et dans les Caraïbes.
L’économie informelle freine le développement des entreprises et empêche de tirer
pleinement parti du potentiel du commerce africain du fait que les entreprises du secteur
informel ne sont pas enregistrées et fonctionnent en dehors du cadre juridique et
administratif établi, ce qui signifie qu’elles n’ont qu’un accès très limité aux mesures
publiques de soutien, aux infrastructures de base ou aux moyens de financement nécessaires
pour assurer la croissance des entreprises. Il ressort également de diverses études et
enquêtes que la taille moyenne des entreprises manufacturières, dans le secteur formel

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 77


comme dans le secteur informel, en Afrique subsaharienne, est relativement modeste:
47 employés, contre 171 en Malaisie, 195 au Viet Nam, 393 en Thaïlande et 977 en Chine.

La taille et la productivité des entreprises influent sensiblement sur les exportations


et sur les possibilités de stimuler le commerce intra-africain. Les études réalisées sur des
entreprises manufacturières montrent que la taille et la productivité individuelle des
entreprises locales influent beaucoup sur leur capacité d’exportation. La taille influe
directement sur le niveau des exportations, car les entreprises encourent des coûts
additionnels lorsqu’elles exportent vers des marchés éloignés et doivent donc opérer à une
certaine échelle pour pouvoir supporter ces coûts et faire de l’exportation une activité
rentable. La faible taille des entreprises manufacturières africaines peut en partie expliquer
le fait qu’elles produisent principalement pour le marché intérieur; la proportion de la
production exportée, selon une étude récente, était de 15 % environ. Un autre facteur
jugé important pour l’exportation est la productivité de l’entreprise. Autrement dit, les
entreprises plus productives ont tendance à être aussi celles qui exportent le plus. Le niveau
de la concurrence sur les marchés, l’accès au financement et des caractéristiques des
entreprises telles que la taille, l’organisation et l’implantation sont autant de facteurs qui
déterminent la productivité des entreprises. Les pays africains doivent donc promouvoir
l’entreprenariat et renforcer leurs capacités d’offre.

Les entreprises manufacturières africaines ont une plus faible productivité du travail
que les entreprises d’autres régions du monde en développement. Les coûts de main-
d’œuvre et la productivité du travail influent sur le niveau de compétitivité d’une entreprise
et sur sa capacité d’exporter. En effet, les entreprises manufacturières africaines ont une
plus faible productivité du travail que celles d’autres continents. En Afrique, la productivité
du travail par travailleur est de 4 734 dollars, contre 6 631 dollars en Asie de l’Est, 8 890 dollars
en Amérique latine et dans les Caraïbes et 10 297 dollars en Europe orientale et en Asie
centrale. Toutefois, dès lors que l’on tient compte des différences de revenus,
d’infrastructures, d’accès au crédit et autres différences géographiques, les entreprises
africaines affichent de meilleurs résultats que celles d’autres régions, ce qui indique que
lever ces obstacles à la croissance de la productivité et à la compétitivité des exportations est
indispensable pour améliorer l’activité manufacturière en Afrique et stimuler le commerce
intra-africain.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 78


CONCLUSION

Stimuler le commerce intra-africain pour créer des emplois, promouvoir l’investissement,


encourager la croissance et renforcer l’intégration des pays africains dans l’économie
mondiale est l’un des principaux objectifs de l’intégration régionale en Afrique. En 2012, les
dirigeants africains ont réaffirmé leur engagement politique de renforcer le commerce intra-
africain et ont décidé d’accélérer la mise en place d’une zone de libre-échange à l’échelle du
continent. La réaffirmation de cet engagement et une bonne chose, mais il faut faire
davantage d’efforts pour promouvoir l’entreprenariat et renforcer les capacités
productives pour le commerce en Afrique. À cet égard, il est impératif pour les
gouvernements africains de passer d’une approche programmatique et linéaire de
l’intégration, axée sur l’élimination des obstacles au commerce, à une approche davantage
fondée sur le développement, accordant autant d’attention au renforcement des capacités
productives et au développement du secteur privé qu’à l’élimination des obstacles au
commerce. À cet égard, on considère également que les gouvernements africains devraient
permettre au secteur privé de jouer un rôle plus actif dans le processus d’intégration. En outre
tous les pays africains doivent tirer profit du processus d’intégration et l’intégration régionale
doit être utilisée comme un moyen de renforcer l’intégration de l’Afrique dans l’économie
mondiale en général.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 79


Partie 2 : Positionnement économique du Maroc en Afrique

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 80


INTRODUCTION

La tournée de trois semaines qui, en février-mars 2014, a conduit le roi Mohammed VI dans
quatre pays de l’Afrique de l’ouest est riche d’enseignements. En Côte d’Ivoire, en Guinée
Conakry, au Gabon comme au Mali, le roi du Maroc a affirmé une vision géopolitique qui
confère au Maroc un rôle essentiel dans l’avenir de l’émergence de l’Afrique et de sa
coopération avec l’Europe. Le Maroc a franchi d'importantes étapes en ce qui concerne son
développement économique et social. En effet, côté infrastructures, plusieurs initiatives à
caractère exemplaire témoignent de la considérable avancée marocaine. C'est le cas du port
de Tanger Med (2007). Son succès dépasse les meilleurs pronostics de trafic (+ 30 % dès 2009,
d'où la création de Tanger Med II, livrable en 2015), et la vaste zone industrielle adjacente
(935 hectares), réalisée en partenariat public-privé (une première au Maroc) a déjà permis de
créer plus de 30 000 emplois, dans le sillage de l'installation de l'usine Renault ayant déjà
généré à elle seule 6000 emplois directs et quelque 30 000 emplois indirects. C'est aussi le
cas du TGV Casablanca-Rabat-Tanger, en cours de réalisation : son inauguration est prévue
pour 2016, il sera alors le premier TGV de tout le continent africain.

De ce fait, lorsque Mohammed VI rend visite au Mali, à la Guinée Conakry, au Gabon et à la


Côte d'Ivoire, c'est un monarque d’une « grande puissance régionale » auréolé du prestige
d'une modernité en train de s'accomplir que les chefs d'Etat reçoivent avec faste, comme on
a pu l'observer. Le Maroc apparaît pour ces pays comme l'exemple de cette capacité à se
moderniser dont ses interlocuteurs savent bien qu'elle est indispensable s'ils veulent, eux
aussi, prendre en marche le train du destin prometteur que les prospectivistes prédisent à
l'Afrique du XXIe siècle. Ainsi, l'expertise et le savoir-faire que le Maroc a accumulé depuis
plusieurs années, notamment grâce à sa coopération avec l'Europe - et la France en
particulier, son premier partenaire - a-t-elle débouché sur la signature de quelque 80
conventions et accords avec quatre pays visités par Mohammed VI. Dans cette deuxième
partie de ce mémoire, nous ferons le point sur les relations du Maroc avec les pays de l’Afrique
subsaharienne en parcourant en premier lieu les principales convention et accords bilatéraux,
surtout ceux signées lors de la dernière visite du Roi Mohammed VI en Afrique. Ensuite nous
procèderons à une analyse pointue des échanges commerciaux du Maroc avec l’Afrique. Pour
dresser en fin de mémoire le bilan et perspectives de cette coopération Marocco-Africaine.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 81


Chapitre 1 : Point sur les relations du Maroc avec les pays
de l’Afrique subsaharienne

Si le Maroc veut rééquilibrer ses relations avec les économies industrialisées, en particulier
européennes, il doit commencer par renforcer ses liens de coopération avec les pays du Sud.
La première partie de ce mémoire fournit énormément d’arguments pour convaincre nos
dirigeants d’entreprendre le chemin du Sud, que ce soit la proximité géographique, la filiation
culturelle, ou surtout la richesse en opportunités économiques.

La présente partie se propose de faire un bilan des relations commerciales entre le Maroc et
l’Afrique subsaharienne, en particulier l’évolution de la compétitivité de nos exportations au
niveau de cette région. À cette fin, elle évaluera dans un premier temps le cadre
réglementaire des relations du Maroc avec l’Afrique. Un deuxième chapitre sera consacré
à l’analyse de l’évolution des échanges commerciaux entre le Maroc et cette région. Le
troisième chapitre présentera quelques exemples d’entreprises marocaines qui ont trouvé
au sud du Sahara des relais pour leur croissance. Enfin le quatrième chapitre déclinera les
éléments entravant la compétitivité de nos exportations et présentera une évaluation
des efforts entrepris pour l’intégration de ce marché.

SECTION 1 : CADRE REGLEMENTAIRE DES RELATIONS DU


MAROC AVEC L’AFRIQUE
1. CONVENTIONS COMMERCIALES

La coopération économique et commerciale bilatérale a toujours constitué un levier d’action


important de la stratégie du Maroc à l’égard de l’Afrique subsaharienne. Le Maroc a
développé dès les années 60, au lendemain de l’indépendance, un important maillage
d’accords de coopération bilatéraux avec les pays de l’Afrique subsaharienne, via une
formulation d’un cadre réglementaire approprié.

De type classique (c’est-à-dire, visant à consolider le principe de la nation la plus favorisée)


ou à caractère préférentiel, ces accords visent tout autant à renforcer et à consolider
les parts de marché acquises, qu’à diversifier l’éventail des échanges extérieurs.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 82


La coopération entre le Maroc et l’Afrique est actuellement régie par un cadre juridique
comportant quelques 478 Accords, Conventions et Protocoles. De plus, des commissions
interétatiques mixtes ont été créées ou réactivées, notamment lors des dernières visites
Royales en Afrique pour assurer leur mise en œuvre effective. Des dispositifs institutionnels,
tel l’Agence Marocaine de Coopération Internationale (AMCI), sont également mis en place
pour donner une forte impulsion à cette coopération. Associant de plus en plus le secteur
privé, la densité des efforts fournis au niveau officiel devrait permettre de faire de l’Afrique
une zone d’accueil importante pour les investisseurs marocains.

Par ailleurs, plusieurs actions ont été menées pour promouvoir les relations économiques
et commerciales avec les partenaires africains telles la participation à des foires
internationales et des salons d’affaires, l’organisation de missions de prospections, et enfin
la réalisation d’études de certains marchés africains par des bureaux de conseils
nationaux au profit des hommes d’affaires marocains.

Tableau 8 : Conventions commerciales et tarifaires entre le Maroc et ses partenaires africains – Source :
Ministère du Commerce Extérieur

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 83


Durant les dernières tournées Royales dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, une
multitude de conventions ont été signées, des projets inaugurés, dans lesquels le Maroc a
pris part, soit par son expertise soit par des apports de fonds.

A l’issue de ces visites, le Maroc a signé, avec ces pays, des conventions dont les plus
importantes sont celles portant sur le principe de la non-double imposition et
l’encouragement et la protection des investissements. De plus, d’autres conventions
spécifiques à certains secteurs porteurs ont été conclues. Il s’agit en l’occurrence des
conventions dans les domaines de la marine marchande, le secteur minier, le génie civil,
le logement, l’eau et la formation.

L’intérêt du Maroc pour les pays d’Afrique s’est concrétisé par l’adoption d’une stratégie
envers les pays les moins avancés (PMA) du Continent. En effet, lors de la conférence
du Caire du sommet Europe-Afrique en 2000, le Maroc a procédé à l’annulation de la dette
des pays africains les moins avancés, tout en exonérant totalement leurs produits des droits
de douane à l’entrée du marché marocain.

Il y a aussi lieu de signaler la coopération marocco-africaine dans les domaines de la


formation universitaire. L’Agence marocaine de coopération internationale offre presque
2000 bourses pour des étudiants africains du troisième cycle ou dans les grandes écoles.

2. ACCORDS BILATERAUX

Trois types de conventions marquent ce type d’accords : les conventions classiques


fondées sur la clause de la ‘‘Nation la Plus Favorisée’’; les conventions commerciales de type
préférentiel ainsi que l’accord relatif au système global de préférences commerciales.

a. Les conventions fondées sur la ‘‘Clause de la Nation la Plus Favorisée’’

Ces conventions prévoient l’adoption de la clause de la nation la plus favorisée22 (NPF) avec
certains pays d’Afrique Subsaharienne, sans aucune réduction ou exonération de droits de
douane. Sur un total de 14 pays, 8 sont d’Afrique de l’Ouest et 6 d’Afrique Centrale.

22
la clause de la nation la plus favorisée (dite « clause NPF ») stipule que tout avantage commercial accordé
par un pays à un autre, doit être immédiatement accordé à la totalité des membres de l'OMC. Autrement dit :
« ce qui est accordé à l'un, est accordé à tous » sans discrimination.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 84


Tableau 9 : conventions Maroc- pays d’Afrique subsahariens (Clause de la NPF) – Source :
Ministère du Commerce Extérieur

b. Les conventions commerciales de type préférentiel

Le Maroc a conclu des accords commerciaux et tarifaires avec certains pays de l’Afrique
subsaharienne qui prévoient l’octroi de préférences tarifaires réciproques pour certains
produits. Des conditions liées aux règles d’origine ont été retenues pour permettre la
réduction des droits d´importation ou l´exonération totale de ces droits, et même parfois de
certaines taxes d'effet équivalent (Guinée, Tchad, Sénégal).

Les dispositions de ces accords prévoient aussi des avantages fiscaux dans le cas où ‘‘la règle
du transport direct’’ est respectée. Ainsi, le transit d'un produit par un territoire tiers ne
permet pas au pays concerné de bénéficier du régime préférentiel.

Tableau 10 : Pays de l’Afrique Subsaharienne concernés par les conventions


commerciales préférentielles – Source : Ministère du Commerce Extérieur

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 85


c. L’accord relatif au système global de préférences commerciales

Le Maroc a signé, en 1988, et ratifié, en 1993, l’accord relatif au système global de


préférences commerciales (SGPC), entre pays en développement. Les pays signataires
s’accordent mutuellement des préférences tarifaires sur une base réciproque. Sur les 48 pays
signataires, 33 sont africains.

3. ACCORDS A CARACTERE REGIONAL

Dans le cadre du renforcement des relations avec les pays de l’Afrique subsaharienne, le
Maroc s’est orienté vers la conclusion d’accords à caractère régionaux et globaux. Ces
accords concernent aussi bien le commerce que l’investissement.

Ainsi, un accord de commerce et d’investissement est en cours de signature avec l’Union


Economique et Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA). Cet accord prévoit
notamment outre le traitement de la NPF, des exonérations totales ou des réductions de
droit de douane et taxes pour certains produits, pouvant atteindre jusqu’à 50%. L’objectif
étant d’instaurer un cadre juridique adéquat susceptible de renforcer les relations
économiques et commerciales entre les deux parties.

4. CONVENTIONS SIGNEES LORS DE LA VISITE ROYALE EN AFRIQUE


FEVRIER-MARS 2014
Sa Majesté le Roi Mohammed VI a effectué, du 18 février au 08 mars 2014 une nouvelle
tournée africaine qui l’a conduit au Mali, en Côte d’Ivoire, en République de Guinée et au
Gabon. Lors de cette visite, un nombre important de conventions ont été signées. En voici
les principaux accords.

a. Gabon

Lors de la visite royale du souverain marocain en Gabon, il a été procédé à la signature de


l'Accord entre les deux pays instituant un partenariat stratégique dans le domaine de
l'industrie des fertilisants et des industries connexes.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 86


Ce partenariat unique entre les deux pays africains met en commun les richesses minières
des deux pays en phosphate, en potasse et en gaz naturel pour l'émergence d'une
industrie majeure qui sera le vecteur du développement agricole et de la sécurité
alimentaire en Afrique.

Mohammed VI et le Chef de l'Etat gabonais ont présidé aussi la cérémonie de signature du


partenariat stratégique entre le Royaume du Maroc et la République Gabonaise dans le
domaine des engrais qui a pour vocation de renforcer durablement la sécurité
alimentaire du continent et traduit la forte volonté politique et l'attachement des deux chefs
d'Etat à une coopération Sud-Sud, solidaire et agissante. Expression d'un authentique
leadership du Maroc au niveau continental dans le domaine de la valorisation agricole, ce
partenariat, qui servira l'agriculture africaine dans son ensemble, devra jeter les bases d'un
socle industriel intégré sur l'ensemble de la chaîne de valeur engrais, a estimé à cette
occasion le Président directeur général de l'OCP, Mustapha Terrab 23 . Découlant d'une
approche d'abord humaniste dans le traitement du Maroc avec l'Afrique, le partenariat
stratégique marocco-gabonais dans le domaine des engrais, se veut également une
contribution significative à la lutte contre la malnutrition en Afrique, selon les
conclusions du Directeur général de la Société équatoriale des mines (SEM), Fabrice
Nzé Békale, qui a soutenu, pour sa part, que "les engrais sont un élément capital dans la lutte
pour assurer les besoins alimentaires et en permettant d'avoir des engrais supportables et
soutenables, ce partenariat va contribuer à lutter contre le problème de la malnutrition en
Afrique".

A cet accord s'ajoutent 24 autres, dont des conventions gouvernementales et d'autres


concernant les opérateurs économiques du secteur privé dans les deux pays, signés,
vendredi, sous la présidence de SM le Roi et M. Ali Bongo Ondimba. Ces conventions, qui
portent sur différents secteurs tels l'agriculture, la santé, l'habitat, la formation
professionnelle, le secteur financier et bancaire, les nouvelles technologies, le transport
et le tourisme, visent à renforcer le cadre juridique de la coopération bilatérale.

23
MAP 3 Mars 2014

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 87


Par ailleurs, le Souverain et le président gabonais se sont enquis, plus tôt dans la journée à
Owendo dans la banlieue sud de Libreville, du chantier de réalisation d'une unité de
production du ciment qui mobilise un investissement de près de 30 millions d'euros et qui
créera, en phase de réalisation, un millier d'emplois indirects et quelque 200 emplois directs
en phase d'exploitation. La production de cette nouvelle unité industrielle, qui marque
une nouvelle étape dans le processus d'extension Ciments de l'Afrique (CIMAF), est
destinée entièrement à répondre à la demande locale en ciment, ce qui aura un impact
bénéfique sur les prix du ciment, qui est fondamental dans le domaine des constructions,
et partant dans le développement économique du pays.

b. Côte d’ivoire

La visite qu'a effectuée le Roi Mohammed VI, en Côte d'Ivoire, deuxième étape de sa tournée
africaine, a eu le mérite de mettre le train de la coopération sud-sud sur les rails, à
travers la mise en œuvre du partenariat entre les pays du sud, en consécration du contenu
du discours de SM le Roi à l'ouverture du Forum économique marocco-ivoirien, qui illustre
une vision africaine concrète du développement économique et social au niveau
continental.

La Côte d'Ivoire, un pays africain lancé dans un ambitieux programme de reconstruction et


de relance de son économie, présente de réelles opportunités d'affaires dans plusieurs
secteurs d'activités, pouvant profiter aux entreprises marocaines, qui veulent se
positionner sur ce marché, estime le Conseil national du commerce extérieur (CNCE).

Dans un document préparé à l'occasion de la tournée africaine de SM le Roi, le CNCE met en


relief les opportunités offertes par la Côte d'Ivoire qui aspire retrouver son statut de pays
phare en Afrique de l'ouest et intégrer le concert des pays émergents à l'horizon 2020, après
une décennie perdue à cause des troubles politiques.

Dans ce cadre les autorités ivoiriennes ont exprimé un besoin de reconstruction de leur pays
et la mise à niveau de son économie. La visite du Souverain, accompagné d'une forte
délégation d'officiels et d'hommes d'affaires, vient répondre en partie à ce besoin et
contribuer à la renaissance que vit la Côte d'Ivoire.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 88


Le CNCE a identifié, dans ce cadre, plusieurs secteurs offrant des opportunités immédiates
au niveau de la Côte d'Ivoire, comme les BTP, l'agriculture et l'agroalimentaire, les
finances, l'industrie pharmaceutique et le commerce.

Le BTP fait partie de ces secteurs où la Côte d'Ivoire a un grand besoin notamment en ce qui
concerne la construction de logements, un créneau où les opérateurs marocains sont déjà
présents, aux côtés d'autres opérateurs étrangers comme les chinois, les sud-africains et les
tunisiens. Concernant le secteur agricole, le CNCE relève que la Côte d'Ivoire, dotée
d'un plan qui met à la disposition des investisseurs 24 millions d'hectares des terres arables,
est le premier producteur des fruits et légumes de la zone CEDEAO, mais il perd une part
importante de cette production chaque année à cause du manque des unités de
transformation. La conclusion d'un mémorandum pour l'implantation d'un complexe de
transformation et de valorisation de poisson pélagique constitue une première percée
des Marocains dans la branche de l'industrie alimentaire ivoirienne, qui offre de réelles
opportunités d'affaires. Le CNCE met l'accent également sur le secteur financier en Côte
d'Ivoire où la relance économique nécessite un système bancaire fort, non seulement pour
accompagner la politique économique du pays, mais également le secteur privé.

Le dynamisme du secteur bancaire ivoirien est en partie dû à la présence remarquable des


banques étrangères. Le pays compte environ 24 banques, dont près de la moitié sont
d'origine étrangère, notamment marocaine (Attijariwafa bank, BMCE Bank et la Banque
Centrale Populaire). La présence du Maroc sur ce créneau a été renforcée davantage lors de
la visite Royale, marquée par la signature d'un accord cadre de partenariat entre AttijariWafa
Bank et le Fonds Africain de Garantie pour les Petites et moyennes entreprises, ainsi que des
conventions entre l'Etat ivoirienne et la BMCE et la BCP.

Par ailleurs, le marché pharmaceutique ivoirien semble être un débauché important


pour les médicaments génériques marocains, notamment avec l'émergence d'une classe
moyenne importante et le manque de la production de l'industrie pharmaceutique locale. De
par sa position géographique, la Côte d'Ivoire peut également servir de plateforme
d'exportations de ces produits vers le marché ouest africain, estime le CNCE, qui rappelle
dans ce cadre la signature d'un mémorandum d'entente entre le gouvernement ivoirien et
la société COOPER PHARMA Maroc pour la réalisation d'une unité industrielle de
production de médicaments.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 89


c. Guinée

Au cours de la visite royale en Guinée, Professeur Alpha Condé, Président de la République


et Sa Majesté Mohammed VI, Roi du Maroc ont inauguré l'hôpital de campagne médico-
chirurgical installé à Conakry, par les Forces Armées Royales. Les deux dirigeants ont
également présidé la cérémonie de remise, par l'Office chérifien des Phosphates, d'un
don de fertilisants et d'aliments pour bétail et inauguré une unité de transformation de
céréales en vue d'améliorer la production agricole et d'accompagner les efforts de Son
Excellence Professeur Alpha Condé visant à assurer la sécurité alimentaire en République de
Guinée. Ils ont également visité la cimenterie CIMAF et procédé au lancement des travaux
de construction, par un groupe marocain, de 2.500 logements. Sa Majesté le Roi Mohammed
VI et le Président Alpha Condé ont ensuite présidé la cérémonie de signature des accords
bilatéraux dans de nombreux domaines, notamment la fiscalité, les transports, l'eau et
l'énergie, l'agriculture, l'industrie et la formation professionnelle. Ces accords ouvrent
de nouvelles perspectives au développement des relations entre les deux pays.

La Guinée Conakry, de par sa position géographique, peut permettre au Maroc de percer


deux marchés régionaux, l'Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) et la
Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO), qui représentent
respectivement 80 millions et 300 millions de consommateurs, souligne le Conseil national
du commerce extérieur (CNCE). Considéré comme un partenaire privilégié qui contribue
au développement socio-économique de la Guinée, le Royaume intervient dans plusieurs
secteurs d'activité guinéens, qui vont de l'Agriculture au commerce, en passant par
l'artisanat et la formation des cadres, note le CNCE dans un document préparé à
l'occasion de la visite de SM le Roi Mohammed VI dans quatre pays africains (Mali, Côte
d'Ivoire, Guinée Conakry et Gabon). Rabat et Conakry sont liés par de nombreux accords
de coopération qui touchent à un éventail de domaines aussi variés que l'électricité, le
secteur des eaux, les mines, le commerce et la formation.

La Guinée est une destination très favorable pour les investissements marocains de par la
protection d'investissement assurée par le pays et l'absence de la double imposition des
douanes, note le CNCE, qui ajoute que le pays connait actuellement la construction d'une
cimenterie, d'une usine de farine et de plusieurs hôtels.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 90


La Guinée recouvre doucement sa stabilité politique et les chantiers se multiplient (voirie,
barrages, réseaux d'eau potable), mais le retard à combler est énorme et les attentes
des habitants sont considérables, souligne le CNCE, qui cite parmi les points forts du
pays, la présence de banques marocaines, sa position géographique frontalière avec six
pays et ouverte sur deux grands regroupements régionaux, l'UEMOA et la CEDEAO et
son processus de reconstruction qui a soif d'investissements.

Il présente de ce fait un grand besoin en formation (TIC, militaire, finance, etc.), un potentiel
minier et halieutique non encore exploité et des opportunités prometteuses aussi bien sur le
marché local que régional. Le CNCE met un accent particulier sur le secteur de la pêche dans
ce pays qui multiplie les licences de pêches, mais qui connait toujours une pénurie de poisson,
malgré ses 300 km de côtes et un domaine océanique large de 43.000 km2.

Le Conseil estime également que c'est "le bon moment pour investir dans ce secteur'', qui
contribue à hauteur de 2,5 % au budget de l'Etat guinéen avec environ 1,2 million d'euros de
recette (en 2001) et qui fait vivre directement 170.000 personnes et indirectement près de
900.000 personnes, soit de 7 à 15 pc de la population guinéenne.

Avec l'accroissement démographique sur le littoral, la satisfaction des besoins de cette


population et l'utilisation durable des ressources naturelles deviennent un impératif de
développement en Guinée. Sur le plan commercial, les exportations de la Guinée vers le
Maroc s'élèvent à 5,9 millions de dollars, faisant du Royaume son 18ème client, alors que les
importations guinéennes en provenance du Maroc totalisent les 70 millions de dollars, ce qui
fait du Royaume le 8è fournisseur de la Guinée.

En total, plus de 21 accords ont été signés à Conakry sous la présidence du Roi Mohammed
VI et du Président guinéen Alpha Condé, qui constituent un record en matière des
conventions signées entre le Royaume et ce pays et viennent confirmer l'étroitesse des
relations bilatérales. Toutes les conventions correspondent aux priorités fixées par le
gouvernement guinéen, que ce soit en matière de pêche, de transformation des produits
de la mer, des points de débarquement, des villages de pêche, de l'eau, de l'électricité,
du logement, du développement de zones d'activités industrielles, de la formation
professionnelle et de l'éducation, des secteurs importants pour le développement du
potentiel et de qualification de la jeunesse de ce pays africain.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 91


d. Mali

La visite officielle que SM le Roi Mohammed VI a effectuée au Mali, a jeté les bases solides
d'une coopération bilatérale efficiente couvrant divers domaines, outre le fait qu'elle a
constitué une illustration éclatante de la coopération Sud-Sud.

Le Souverain et le Président du Mali, M. Ibrahim Boubacar Keïta, ont présidé, au palais


présidentiel de Koulouba à Bamako, la cérémonie de signature de dix-sept accords
bilatéraux dans différents domaines de coopération entre les deux pays. La signature
de ce nombre important d'accords, qui marque l'engagement fort des secteurs public
et privé, reflète la volonté commune des Chefs d'Etat des deux pays d'aller de l'avant sur
la voie du renforcement des relations entre le Mali et le Maroc.

Ces conventions illustrent aussi l'engagement de SM le Roi à consolider une coopération


Sud-Sud solidaire et agissante, érigée par le Souverain parmi les axes fondamentaux de la
politique étrangère du Royaume, au service des intérêts des peuples africains. Elles
visent aussi à promouvoir les programmes de développement humain au regard de leur
impact direct sur l'amélioration des conditions de vie des citoyens maliens, et à imprimer une
forte dynamique aux différents volets de la coopération économique. Ces conventions
couvrent des domaines aussi variés que l'économie, les finances, les investissements,
l'agriculture, les services aériens, l'industrie, la promotion des exportations, la santé, la
coopération dans les domaines minier, pétrolier et gazier, les banques, les
télécommunications, l'habitat, la formation professionnelle, l'eau potable, outre des
conventions de coopération entre la Confédération Générale des Entreprises du Maroc
(CGEM) et le Conseil National du Patronat du Mali.

SM le Roi, accompagné de M. Boubacar Keïta, a procédé à Bamako, à la remise d'un don de


semences bovines au profit des éleveurs du Mali. Ce don, octroyé par la Fondation
Mohammed VI pour le Développement Durable, consiste en 125.000 doses de semences
bovines, ainsi que de matériel d'insémination artificielle composé de cinq caisses
d'insémination artificielle, et de cinq containers de stockage de semences avec six canisters.

Le matériel compte aussi cinq containers de stockage d'azote liquide, de 200.000 gants
de palpation et de 100.000 gaines d'insémination. La mise en place de ce programme
d'insémination artificielle, dont le coût s'élève à trois millions de dirhams, sera assurée par

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 92


une équipe d'assistance technique marocaine. La coopération marocco-malienne pour le
développement de la filière bovine au Mali s'articule autour de trois axes, en l'occurrence
la formation de techniciens inséminateurs au Maroc, la création de cinq circuits
d'insémination artificielle autour des groupements d'éleveurs et l'appui aux organisations
professionnelles pour la gestion du programme d'insémination artificielle. Dans le cadre de
la mise en place dudit programme, le don de semences bovines produites au Maroc sous
contrôle biologique et sanitaire permanent a été transporté dans des containers jusqu'à
Bamako. En vertu de ce programme, les experts marocains assisteront les techniciens
maliens dans le choix des vaches à inséminer, l'application d'une insémination artificielle
et le suivi des vaches inséminées. A moyen terme, ce programme ambitionne la production
de femelles F1 et F2 améliorées génétiquement, et dont le niveau de performances serait
comparable à celui du Maroc et de l'Europe, l'augmentation de la production laitière, et
l'amélioration du revenu des éleveurs.

SM le Roi, accompagné de M. Boubacar Keïta, a procédé aussi dans la localité de Diago, à


une trentaine de kilomètres de Bamako, au lancement des travaux de construction d'une
cimenterie, qui sera réalisée par le Groupe Cimat-Cimaf, et qui est d'une capacité de
production de 500.000 tonnes de ciments par an (extensible à 1.000.000 T par an).

Elle comprendra un atelier de broyage, un atelier d'ensachage et expédition à deux


ensacheuses rotatives et un bouche de vrac, des halls de stockage couverts pour clinker
et ajouts, outre des bâtiments administratif, commercial et technique.

L'activité de cette usine consiste en l'export de clinker à partir des deux usines de
ciment au Maroc, déchargement au port, et ensuite transport et broyage pour la
production et la commercialisation de tous les types de ciment. Ce projet, qui sera
réalisé sur une superficie de dix hectares et dont les travaux de construction dureront 18
mois, nécessite un investissement de 30 millions d'euros. La cimenterie de Bamako est
conçue selon les derniers standards de technologie permettant le respect de
l'environnement, l'optimisation de la consommation énergétique et la production de
ciments répondant aux normes en vigueur et aux exigences du marché.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 93


SM le Roi, accompagné du Président malien, a procédé à Bamako, à l'inauguration du
tronçon malien du câble à fibres optiques Trans Africain. Ce câble à fibre optique relie
la ville de Sikasso (frontière Côté d'Ivoire et Burkina Faso) à Gogui (frontière Mauritanie).
D'une longueur de 1.064 km, ce câble financé par Sotelma (filiale de Maroc Télécom) a
nécessité onze mois de travaux et une enveloppe de quatre milliards de francs CFA (près de
six millions d'euros). Il fait partie du câble à fibres optiques Trans Africain du groupe
Maroc Télécom qui relie le Maroc, la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso et le Niger sur 5.698
Km. Il a nécessité 24 mois de travaux et un investissement de 13 milliards de francs CFA.

La visite de SM le Roi Mohammed VI au Mali a donné un coup d'accélérateur sans précédent


à la consolidation des relations multiformes entre le Maroc et le Mali, à la faveur des accords
signés et des projets lancés ou inaugurés par le Souverain. Par sa durée relativement longue
(6 jours) et son intensité, cette visite royale aura été un moment de communion et de
partage entre deux nations liées par une histoire séculaire, des liens humains féconds et
des intérêts économiques indéfectibles.

Le moment fort de la visite fut sans aucun doute la signature de dix-sept accords
bilatéraux embrassant des domaines aussi variés que l'élevage, le transport aérien, le
commerce, la santé, les télécommunications, l'énergie, la formation professionnelle, la
micro-finance et le logement social. Grâce à ces accords, ce sont de nouvelles
perspectives d'une coopération substantielle, diversifiée et mutuellement avantageuse qui
s'ouvrent pour les deux pays, qui aspirent à hisser leurs liens multidimensionnels au
niveau d'un partenariat pérenne.

SECTION 2: DIAGNOSTIC DES ECHANGES COMMERCIAUX DU


MAROC AVEC L’AFRIQUE
Dans un contexte international marqué par une dynamique particulière des échanges
commerciaux internationaux, les échanges commerciaux du Maroc avec les pays
africains reproduisent les mêmes faiblesses qui caractérisent les relations commerciales
entre les pays du Sud. Malgré ça, ils ont atteint 11,7 milliards dirhams en 2010 contre 3,6
milliards en 2000, soit trois fois plus en une décennie. Cependant, un fort potentiel existe
puisque cette région ne représente que 2,6% de l’ensemble des échanges commerciaux du
Maroc. Cette forte remontée émane essentiellement de l’accélération des exportations

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 94


marocaines qui ont progressé sur la période de 5,8 milliards dirhams pour atteindre 7,2
milliards en 2010 (voir la figure 10). Les importations en provenance de cette région ont
augmenté de 2,4 milliards dirhams sur la même période pour s’établir à 4,5 milliards de
dirhams en 2010. Le solde commercial est devenu, ainsi, excédentaire (+2,7 milliards dirhams
en 2010 après un déficit de 0,7 milliard au début de la décennie). De son côté, le taux
de couverture des importations par les exportations marocaines s’est fortement amélioré
pour s’établir à 160% en 2010 contre 67% en 2000.

1. IMPORTATIONS MAROCAINES EN PROVENANCE DE L’AFRIQUE


SUBSAHARIENNE

Entre 1990 et 1996, le montant global des échanges commerciaux du Maroc avec les pays
d’Afrique subsaharienne s’est élevé, en moyenne annuelle, à 272 millions de dollars, soit
seulement 2,2% de la valeur totale des échanges extérieurs du Maroc.

Figure 10 : Evolution des échanges commerciaux entre le Maroc et l’Afrique Subsaharienne – Source :
Office des Changes

Cependant, entre 1996 et 2004, les échanges commerciaux entre le Maroc et ces
partenaires d’Afrique subsaharienne ont enregistré une nette amélioration. Ils se sont établis
à 425 millions de dollars en moyenne annuelle. Par ailleurs, les échanges commerciaux

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 95


du Maroc avec ses partenaires africains sont caractérisés en général par un déficit
évalué, en moyenne annuelle, à 44,4 millions de dollars, durant la même période.
Exception faite de l’année 2006 durant laquelle le Maroc a dégagé un excédent de 71 millions
de dollars.

Figure 11 : Echanges du Maroc avec l’Afrique subsaharienne (En millions de dollars) – Source : Chelem

Les achats par le Maroc de produits provenant de l’Afrique subsaharienne ont plus que
doublé entre 2000 et 2010, passant de 2,1 à 4,5 milliards dirhams. Toutefois, ils ne
représentent que 1,5% des importations globales du Maroc en 2010. Sur le plan
géographique, l’Afrique du Sud est de loin le premier pays d’Afrique subsaharienne
fournisseur de biens pour le Maroc. Il a contribué à plus de la moitié de ces acquisitions
(51,8%), soit 1,1 milliard dirhams en 2010. Les houilles non agglomérées représentent
plus du ¾ des achats du Maroc provenant de ce pays. Elles sont suivies par les voitures
industrielles (7%). Le reste des importations est concentré sur les pays de la région de l’ouest,
parmi lesquels on retrouve le Gabon avec 7,8% des importations totales du Maroc, le Nigeria
(7,3%) et la Côte d’Ivoire (4,6%). A remarquer, par ailleurs, qu’un seul produit représente
parfois l’essentiel des importations du Maroc provenant d’un pays subsaharien. C’est le cas
par exemple du gaz de pétrole qui en 2009 représentait environ 99% des importations du
Maroc en provenance de la Guinée équatoriale.

D’une manière générale, les importations marocaines de l’Afrique subsaharienne sont


constituées dans leur majorité de produits de base (87%). En particulier, les combustibles
représentent 61%, les produits alimentaires (14%) et les produits manufacturés (13%).

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 96


Par principaux produits, on remarque la domination des combustibles minéraux, huiles
minérales qui représentent plus de la moitié des importations globales.

Figure 12 : à gauche : Principaux fournisseurs du Maroc en moyenne (2000-2010) ; à droite : Importations


par groupe de produits – Source : Office des Changes

Ils sont suivis par la fonte, fer et acier (5%), les bois, charbon de bois et ouvrages en bois
(3,7%), les résidus, déchets des industries alimentaires (3,1%), les fruits comestibles,
écorces d'agrumes ou de melons » (2,6%), les produits chimiques inorganiques, composés
inorganiques / organiques de métaux précieux (2,4%), le coton (2,3%), …

2. EXPORTATIONS MAROCAINES VERS L’AFRIQUE SUBSAHARIENNE

Les exportations vers l’Afrique subsaharienne ont enregistré une progression continue,
passant de 2,1 milliards de dirhams en 2000 à 7,2 milliards en 2010. La part de cette zone
dans les exportations globales du Maroc a augmenté par conséquent de 1,8% à 4,9%.
Au cours de cette période, le Maroc a exporté surtout vers le Sénégal, la Mauritanie,
la Côte d’Ivoire, la Guinée équatoriale et le Nigeria. Ces cinq pays absorbent 41% du
total des exportations marocaines vers cette région.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 97


Figure 13 : à gauche : Principaux clients du Maroc en moyenne (2000-2010) ; à droite : Exportations par
groupe de produits – Source : Office des Changes

Par région, plus de 60% des exportations marocaines vers l’Afrique subsaharienne sont
destinées à l’Afrique occidentale, suivie par l’Afrique centrale (28%), l’Afrique orientale
(5,3%) et l’Afrique australe (2,8%).

Figure 14 : Evolution des exportations marocaines vers l’Afrique subsaharienne (Par régions) – Source :
Office des Changes

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 98


Par zone économique, plus de 50% des exportations en 2010 sont destinées à la
Communauté Economique des États de l'Afrique de l’Ouest (CEDEAO) 24 . L’Union
Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) occupe 34% du total des exportations
marocaines vers l’Afrique subsaharienne, suivie par la Communauté économique des États
de l'Afrique centrale (CEEAC) (28,3%), la Communauté de développement d’Afrique australe
(CDAA) (10,4%) et la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) (3%).

Figure 15 : Evolution des exportations marocaines vers l’Afrique subsaharienne (Par zones) – Source :
Office des Changes

Il y a lieu de remarquer, par ailleurs, que les échanges avec chaque région subsaharienne
sont marqués par la dominance d’un ou deux pays. Pour les importations, l’Afrique du
sud est le principal partenaire au niveau de l’Afrique australe ; la Côte d’Ivoire et la Guinée
pour l’Afrique occidentale, la Guinée équatoriale et le Gabon en Afrique centrale et
Madagascar pour l’Afrique orientale. Pour les exportations, le Sénégal et la Mauritanie sont
les principaux clients en Afrique occidentale, la Guinée équatoriale pour l’Afrique centrale,
l’Ethiopie pour l’Afrique orientale et la Namibie pour l’Afrique australe. L’examen par groupe
de produits en 2010 fait ressortir l’importante part des produits alimentaires (37%), suivie par
les produits chimiques ainsi que les machines et matériels de transport qui représentent
respectivement 20% et 21% du total des exportations marocaines vers l’Afrique
subsaharienne.

24
Voir le tableau 2 : Membres des communautés régionales – Page : 12,13.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 99


Il y a aussi lieu de remarquer que les exportations du Maroc ont été marquées ces dernières
années par la présence d’un nombre de plus en plus important de produits
manufacturés, comme les fils et câbles électriques, les voitures industrielles telles que les
véhicules neufs pour marchandises (camions citernes, …) ainsi que les machines et
appareils divers.

Cependant, malgré cette hausse, les exportations vers ces pays restent dominées par
les produits d’origine animale, végétale et minérale. C’est le cas, notamment, des conserves
de poissons, des engrais, des épices, ….

3. POSITIONNEMENT DU MAROC SUR LE MARCHE DE L’AFRIQUE


SUBSAHARIENNE

Avant d’analyser le positionnement du Maroc sur le marché de l’Afrique subsaharienne, il est


bon et utile d’analyser le positionnement général des principaux partenaires internationaux
de l’Afrique. Nous n’allons pas nous attarder sur ce point qui est assez développé en première
partie de ce mémoire. Brièvement, cette analyse montre que la Chine est devenue le
principal partenaire commercial. Elle a dépassé la France dont la part en 2000 était plus de
deux fois supérieure à celle de la Chine. En 2010, la Chine représentait 15,1% des
importations totales de l’Afrique subsaharienne, contre 4% seulement en 2000.

Ses exportations vers cette région ont connu, en effet, un accroissement important
puisqu’elles ont été multipliées par 12 passant de 3,6 milliards de dollars en 2000 à
44,2 milliards en 2010. D’autres pays de l’Union Européenne ont vu également leur part
baisser, comme l’Allemagne et le Royaume Uni (5% et 3,7% respectivement en 2010, après
7% et 6% en 2000). De même, les importations en provenance des Etats Unis et du Japon ne
représentent plus que 5,2% et 3% respectivement en 2010, après 7,4% et 4,8% en 2000.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 100


Figure 16 : Part des principaux partenaires sur le marché de l’Afrique subsaharienne – Source :
Unctad-Stat

S’agissant du Maroc, bien que sa part au niveau du marché de l’Afrique subsaharienne ait
progressé entre 2000 et 2010, passant de 0,14% à 0,26% (voir la figure 17), son poids
commercial demeure encore très faible dans cette région. Néanmoins, malgré ce faible
poids, il se positionne relativement mieux comparativement à d’autres pays de
l’Afrique du Nord, notamment, l’Algérie et la Tunisie. Actuellement, le Maroc se positionne
en deuxième position après l’Afrique du Sud au niveau des investissements avec une part
variant de 5% à 7% du marché africain.

Figure 17 : Part des pays de l’Afrique du nord sur le marché subsaharien – Source : Unctad-Stat

Sur le plan sectoriel, le Maroc a amélioré son positionnement sur le marché des
produits alimentaires. Sa part est passée en effet de 0,5% en 2000 à 0,9% en 2010. De

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 101


même, sa part sur le marché des produits chimiques a progressé de 0,1% à près de 0,5% sur
la même période. En revanche, celle des produits manufacturés est demeurée quasi-
stable autour de 0,1%.

Figure 18 : Evolution de la part globale et par groupe de produits de marché du Maroc en Afrique
subsaharienne – Source : Unctad-Stat

4. PRINCIPAUX PARTENAIRES DU MAROC EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE

L’analyse de l’évolution des exportations marocaines vers l’Afrique subsaharienne montre


une tendance haussière de celles destinées à la Guinée équatoriale, qui est devenue le
premier client du Maroc au niveau de cette région, suivie par le Sénégal et la Mauritanie.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 102


Figure 19 : Evolution des exportations marocaines vers les pays de l’Afrique subsaharienne (En millions
de dirhams) – Source : Office des Changes

a. La Guinée équatoriale

Les exportations marocaines vers la Guinée équatoriale ont suivi une trajectoire
ascendante durant cette dernière décennie, passant de 21 millions de dirhams en 2000 à 789
millions en 2010. La part du Maroc sur ce marché a connu une amélioration, atteignant 1,3%
en 2010 contre 0,4% en 2000. Ce pays est devenu ainsi le premier client du Maroc à l’échelle
de l’Afrique subsaharienne. Les principaux produits exportés par le Maroc vers ce pays sont
composés essentiellement de véhicules industriels, de produits d’équipement industriel et
de conserves de poisson. Le solde commercial du Maroc avec la Guinée équatoriale est
excédentaire, à l’exception de l’année 2010 qui a connu des importations massives d’huile de
pétrole (70% des importations en provenance de la Guinée équatoriale).

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 103


Figure 20 : Evolution des échanges commerciaux du Maroc avec la Guinée équatoriale – Source :
Office des Changes

Ce pays était parmi les pays ciblés par la deuxième caravane de l’export organisée en 2010.
Ce choix résulte des opportunités que recèle ce pays aussi bien en matière de commerce que
d’investissement. En effet, en l’espace de dix ans, cette petite république est devenue le
quatrième producteur de pétrole en Afrique subsaharienne après le Nigeria, l’Angola et
le Soudan. Par ailleurs, le cadre juridique des relations économiques entre les deux pays
est enrichi par une panoplie d’accords de coopération économique, commerciale,
technique et scientifique et concernent des domaines variés (hydrocarbures et mines,
transport aérien, tourisme, pêche maritime...).

Les principaux fournisseurs de la Guinée équatoriale sont les Etats-Unis. La part de ce dernier
dans les importations de ce pays ont, toutefois, baissé de près de 20% en 2000 à 5% en 2010.
En revanche, celle de la Chine a augmenté de moins de 1% à 8%. Sur le marché des produits
alimentaires, le Maroc détient une part de marché égale à 5% (voir la figure 21) en 2010. Les
principaux concurrents du Maroc sont le Brésil, dont la part a fortement augmenté lors
de cette dernière décennie (de 0,3% à 10%), suivi par les Pays-Bas et la France qui détiennent
en 2010 respectivement 8,6% et 6,3% de ce marché.

S’agissant des produits chimiques, les principaux fournisseurs de la Guinée équatoriale


sont les Etats-Unis (14%), la Chine (9%) et la France (5%). La part du Maroc demeure faible
et ne dépasse guère 0,3% en 2010. En revanche, le Maroc se positionne mieux sur le marché
des produits manufacturés, où il détient une part de 1,7%.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 104


Figure 21 : Evolution des parts de marché équato-guinéen détenues par ses principaux partenaires
commerciaux – Source : Unctad-Stat

b. Le Sénégal

Le Sénégal est le second client du Maroc à l’échelle de l’Afrique subsaharienne en 2010. Les
exportations vers ce pays ont progressé pour atteindre 660 millions dirhams contre 181
millions en 2000. Les principaux produits exportés sont les engrais naturels et chimiques, fils
et câbles électriques, les produits alimentaires, les médicaments et les produits de
confection. Les importations du Maroc en produits sénégalais ont atteint en 2010 près de 51
millions de dirhams et sont composés essentiellement de coton et des produits alimentaires.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 105


Ces échanges commerciaux, malgré leur progression demeurent faibles et ne reflètent
pas l’importance des potentialités d’échange et de partenariat économique entre les deux
pays.

Figure 22 : Evolution des échanges commerciaux entre le Maroc et le Sénégal – Source :


Office des Changes

Par pays, la France et le Royaume Uni sont classés les premiers pays fournisseurs avec
respectivement 20% et 16,5% du marché sénégalais. Ils sont suivis par la Chine, dont la part
a atteint 10,4% en 2010 après 3,3% en 2000. Quant au Maroc, ses exportations
représentent, en 2010, 1,3% des importations globales du Sénégal, contre 0,9% en 2000.

Par produit, les principaux concurrents du Maroc sur le marché des produits alimentaires,
dont particulièrement les fromages, les fruits frais ou secs, les œufs et les préparations
ou conserves de légumes, sont la France dont la part a atteint 21,5% en 2010, suivie par le
Brésil qui a vu sa part progresser de 2% en 2000 à 10,8% en 2010. Celle du Maroc a progressé
de 0,6% à 1,2% au cours de la même période, dépassant légèrement celles de la Tunisie et
de l’Egypte.

Le marché sénégalais des produits chimiques se caractérise par la prédominance de la France


qui détient plus de 40% du marché, suivis de loin par la Chine (8%), la Corée (5,7%), les
Etats-Unis (5,6%) et le Maroc (5%). En revanche, sur le marché des produits
manufacturés, la part de la France a fortement baissé de 47,5% (voir la figure 23) en 2000
à 23,3% en 2010, au profit de la Chine qui a vu sa part atteindre 21%, contre 3,8% en 2000.
De son côté, le Maroc a pu améliorer sa part de marché de 1,3% en 2000 à 2,1% en 2010.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 106


Il est à signaler qu’un protocole d’accord de coopération entre le Centre marocain de
promotion des exportations et l’Agence sénégalaise de promotion des exportations (Asepex)
a été signé lors de la dernière Caravane de l’export en Afrique de l’ouest. En vertu de
cet accord, les deux établissements se sont engagés à mutualiser leurs efforts pour une
meilleure promotion des échanges commerciaux entre les deux pays.

Figure 23 : Evolution des parts de marché sénégalais détenues par ses principaux partenaires
commerciaux – Source : Unctad-Stat

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 107


c. La Mauritanie

Les échanges commerciaux entre le Maroc et la Mauritanie sont en nette croissance.


Toutefois, ils restent insuffisants au regard des relations historiques entre les deux pays.
Pourtant, depuis l'élection du président Ould Abdelaziz, en 2009, les incidents entre les deux
pays ne cessent de se multiplier. En effet, les exportations marocaines vers la Mauritanie
ont atteint à peine 630 millions de dirhams (voir la figure 24) en 2010, alors que les
importations n’ont pas dépassé 11 millions de dirhams. L’essentiel des exportations est
constitué de produits alimentaires notamment les conserves de poissons, des demi-produits,
des fils et câbles pour l’électricité et des produits d’équipement industriel.

Le Maroc et la Mauritanie sont liés par un nombre important d’accords, notamment l’accord
commercial préférentiel de 1986 et le mémorandum d’entente pour la création d’une zone
de libre-échange entre les deux pays, signé en juin 2000. Un comité technique a été
formé, dans ce sens, en 2006 chargé de l’élaboration d’un accord portant sur la perspective
de mise en place de cette zone.

Figure 24 : Evolution des échanges commerciaux entre le Maroc et la Mauritanie– Source :


Office des Changes

L'essentiel des importations de la Mauritanie proviennent de la Chine (16,7% en 2010) et des


pays de l’UE, en particulier la France (15%) et les Pays Bas (15%). La part du Maroc sur ce
marché a atteint 3,4% (voir la figure 25) en 2010 contre 2,5% en 2000.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 108


Les premiers fournisseurs de la Mauritanie en produits alimentaires sont la France qui
détient, en 2010, 23% de ce marché, suivie par le Brésil avec une part de 21,3%, contre 1,3%
en 2000. Le Maroc a pu également consolider son positionnement sur ce marché (4,3% en
2010, contre 0,9% en 2000).

Pour ce qui est du marché des produits manufacturés, la France a perdu sa première position
au profit de la Chine qui a vu sa part progresser de 6% en 2000 à 25% en 2010. La part
détenue par le Maroc sur ce marché s’établit à 3,6% en 2010. En particulier, sur le
marché des produits chimiques, la part du Maroc a atteint 6% en 2010.

Figure 25 : Evolution des parts de marché mauritanien détenues par ses principaux partenaires
commerciaux – Source : Unctad-Stat

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 109


CHAPITRE 2: COOPERATION MAROC-AFRIQUE: BILAN ET
PERSPECTIVES

Avec près de 1.000 entreprises déjà présentes en Afrique, le Maroc se positionne d’ores et
déjà comme un des premiers fournisseurs d’investissements directs étrangers au niveau
intracontinental. La nouvelle dynamique de coopération économique offre aux investisseurs
marocains de nouveaux relais de croissance. Nous dépisterons dans ce chapitre les aspects
de la coopération commerciale entre le Maroc et l’Afrique, nous découvrirons les principales
implantations marocaines dans les pays de l’Afrique subsaharienne et citerons quelques
exemples de réussite.

SECTION 1 : PRESENCE DES ENTREPRISES MAROCAINES SUR


LE MARCHE AFRICAIN

1. LA COOPERATION ENTRE LE MAROC ET L’AFRIQUE

Le niveau actuel des échanges est, certes, loin de refléter l’excellence des relations de
fraternité et de coopération entretenues avec les pays africains. Estimés en moyenne à 360
millions de dollars, les échanges commerciaux entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne
représentent 2% à peine de la valeur globale des échanges extérieurs du Maroc. Une
situation appelée à évoluer, surtout que, depuis quelques années, le secteur privé prend part
activement à cette dynamique. La progression soutenue des échanges entre le Maroc et ses
partenaires africains constatée ces dernières années laisse suggérer qu’un potentiel de
développement non négligeable du commerce et d’investissement entre les deux
partenaires existe. C’est ce dont témoignent les études prospectives faites à ce sujet.

Globalement, l’examen des échanges bilatéraux du Maroc avec les pays du continent fait
ressortir que le commerce bilatéral entre le Maroc et son espace africain demeure en deçà de
son potentiel réel. Des indicateurs permettent d’identifier les opportunités commerciales qui
existent au niveau des échanges entre le Maroc et son espace continental. Ce potentiel
pourrait être concrétisé à travers une plus grande dynamisation du cadre de coopération avec
les pays africains. L’objectif affiché est ainsi de rééquilibrer la part de l’Afrique dans les
exportations marocaines à hauteur de 20% en 2018.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 110


Plusieurs exemples des actions de la coopération bilatérale entre le Maroc et l’Afrique
subsaharienne peuvent être cités, dans le domaine des pluies artificielles par exemple,
et grâce à l’expérience acquise en matière d’ensemencement des nuages, le Maroc s’est
engagé à partager son savoir-faire dans ce domaine avec de nombreux pays africains comme
le Burkina Faso, à travers « l’opération Saaga » en vue d’aider ce pays à lutter contre la
sécheresse. Le succès de cette expérience phare au Burkina Faso, citée comme un véritable
exemple de coopération Sud-Sud, a conduit un certain nombre de pays africains à solliciter
le concours et l’appui du Maroc.

C’est le cas du Cameroun, du Mali, de la Gambie, de la Mauritanie et du Cap-Vert qui


souhaitent aussi tirer profit de l’expérience marocaine dans ce domaine, en vue d’améliorer
la pluviométrie dans les zones qui connaissent un important déficit en eau.
Le Sénégal a également été bénéficiaire du soutien technique et logistique permettant à ce
pays de lancer son programme de pluies artificielles. Suite au succès qu’a connu ce
programme et aux résultats positifs enregistrés, le Maroc a fait part à ses partenaires
africains de sa disponibilité pour élaborer en commun, un projet de développement régional
de provocation artificielle des pluies en Afrique en faveur des pays africains ayant exprimé
des besoins dans ce domaine, contribuant ainsi à la réalisation de la stratégie du NEPAD25
visant la généralisation de l’accès à l’eau en Afrique d’ici 2015.

Une autre matière de la coopération entre le Maroc et l’Afrique est la formation des cadres
africains qui a toujours constitué un volet essentiel dans les activités de l’Agence Marocaine
de Coopération Internationale (AMCI) et nombreux sont les cadres africains qui ont été
formés au Maroc dans une large gamme de filières universitaires et techniques. Disposé à
partager avec son espace africain les expériences et l’expertise acquise par les professionnels
marocains dans divers domaines de développement, le Maroc accueille chaque année des
centaines de cadres africains pour suivre des stages de formation et des cycles de
perfectionnement dans divers secteurs. L’AMCI est devenue de plus en plus sollicitée et

25
NEPAD : acronyme de New Partnership for Africa's Development (Le Nouveau partenariat pour le
développement de l'Afrique) est un projet de développement initié en 2001 par plusieurs chefs
d'États africains dont le Sud-Africain Thabo Mbeki, l'Algérien Abdelaziz Bouteflika, le Sénégalais Abdoulaye
Wade, le Nigérian Olusegun Obasanjo, et l’Égyptien Hosni Moubarak.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 111


engagée aussi dans le domaine de la coopération économique et financière avec les pays du
continent africain. Ce type d’activité, qui présente une plus-value indéniable dans la
réalisation du développement durable, est appelé à occuper une part grandissante dans les
actions de l’Agence. Plusieurs pays africains bénéficient d’une assistance financière destinée
à la réalisation de microprojets à caractère économique et social dans des secteurs vitaux
comme l’éducation, la santé et la petite hydraulique rurale.

Les liens du Maroc avec son espace africain sont tissés aussi à travers la coopération et la
solidarité au sein des Organisations internationales et régionales. A cet égard, le Maroc a
toujours exprimé son plein engagement pour les causes africaines notamment celles
relatives au développement, à la lutte contre la pauvreté et les maladies ainsi que celles en
rapport avec le maintien de la paix et de la sécurité dans la région.

Le Maroc a toujours œuvré dans le but de placer la question du développement du continent


africain au centre des préoccupations de la communauté internationale. Sur proposition du
Maroc, une Réunion de Haut Niveau de l’Assemblée Générale des Nations Unies sur le
Développement de l’Afrique s’est tenue, en septembre 2008, pour passer en revue
l’ensemble des initiatives de développement en faveur du continent, dans le cadre d’une
approche globale et cohérente visant l’optimisation des ressources.

Par ailleurs, et afin de renforcer ses liens avec l’Afrique de l’Ouest et développer les échanges
avec cet espace qui constitue le prolongement naturel de la région maghrébine, le Maroc
s’est engagé dans un rapprochement avec ses organisations régionales. Les négociations
commerciales avec l’Union Economique et Monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA) en sont
le meilleur exemple. Ces négociations visent la conclusion d’un Accord commercial et
d’investissement qui établira une zone de préférences commerciales et un cadre de
protection et d’encouragement des investissements entre les deux parties dans un objectif
plus ambitieux de mettre en place, dans le future, une zone de libre-échange. L’UEMOA
compte parmi ses membres le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée Bissau, le
Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 112


2. LES IMPLANTATIONS MAROCAINES EN AFRIQUE

La coopération entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne a été marquée tout d’abord


par l’implication des entreprises publiques marocaines (notamment l’ONE et l’ONEP) dans
la mise en œuvre de différents projets ayant trait au développement durable (construction
de barrages, d’infrastructures routières et ferroviaires, de télécommunications,
assainissement, électrification, gestion des ressources en eau et irrigation, ...). Cette
coopération a connu, dans un second temps, l’association du secteur privé en Afrique
subsaharienne, qui est actuellement présent dans des domaines variés (banques, mines,
tourisme, télécom …) et pour lequel l’Afrique est devenue une aire de développement
stratégique.

a. Secteur bancaire

Le positionnement des véritables financeurs du développement est en marche. À l’évidence,


les banques sont les acteurs au cœur des défis socio-économiques des marchés subsahariens,
ils jouent le rôle de conseillers et d’accompagnateurs aux opérations financières de ces États,
ainsi que de l’innovation bancaire. Ces nouvelles missions, les trois principales banques
marocaines l’assument désormais pleinement. En effet, les trois plus grandes banques
commerciales marocaines Attijariwafa Bank (ATW), BMCE Bank et la Banque Centrale
Populaire (BCP) sont présentes dans une vingtaine de pays africains.

A travers des prises de participation majoritaires, ATW est présent aujourd’hui dans 12
pays (4 en Afrique du Nord, 5 en Afrique de l’Ouest et 3 en Afrique centrale). ATW est la
1ère institution bancaire au Sénégal. La Banque Populaire a acquis 7 banques en 2012
après un accord avec l’ivoirien Atlantic Financial Group. La BMCE Bank confirme sa
vocation de banque du commerce extérieur et se développe à travers 2 participations
directes et sa participation dans Bank of Africa.

b. Secteur des assurances

Après la levée de 250 millions de MAD auprès de la SFI et d’Abraaj Capital, Saham Finances
a résolument accéléré son développement sur le continent à travers le rachat de Colina en
novembre 2010 et se positionne sur 13 pays.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 113


Le succès rencontré a poussé de nouvelles compagnies de marcher sur les pas de Saham
Finances dans les opérations de croissance externe. C’est le cas de la RME Watanya. La filiale
des assurances du groupe FinanceCom a récemment annoncé son implantation dans trois
grands marchés de la Confédération interafricaine de l’assurance (CIMA).

c. Secteur des mines

Les mines sont aussi parmi les nouveaux secteurs à potentiel du secteur. Face au
développement de l’industrie minière subsaharienne, principal contributeur au PIB de la
région et créatrice de richesses, le royaume a de bons coups à jouer sur la base de son
expertise dans le domaine. Lors d’une tournée du roi en région subsaharienne, plusieurs
conventions ont été signées dans le but de développer la coopération avec les économies
partenaires du royaume. C’est le cas au Gabon, par exemple, où l’Office national des
hydrocarbures et des mines (ONHYM) a concrétisé un partenariat avec la Société équatoriale
des mines (SEM). En Guinée, un pays minier par excellence, Managem a établi un partenariat
prometteur avec le guinéen Soguipami. Managem qui est présent dans 6 pays africains à
travers des concessions d’or, de cuivre et de cobalt.

d. Secteur des télécommunications

Ce secteur représente 25% des IDE marocains en Afrique. Maroc Telecom est présent à
travers 4 filiales toutes leader ou opérateur de référence dans leurs marchés respectifs
avec 30 millions de clients mobiles : Mauritel acquise en 2001 en Mauritanie, Onatel en
2006 au Burkina Faso, Gabon Telecom en 2007, Sotelma en 2009 au Mali.

Maroc Telecom va désormais bien au-delà de l’impératif de la rentabilité financière de ses


activités à travers ses filiales africaines. L’opérateur historique propose désormais des
services à très haute valeur ajoutée. L’extension du réseau de fibres optiques, via le projet
«Transafricain», par exemple, est une illustration de cette nouvelle dynamique. Le
développement de la 3G et de la 4G au Gabon et les innovations perpétuelles en offres sur le
segment de la téléphonie mobile.

e. Secteur BTP, Construction, Infrastructures

Le Maroc est présent en Afrique dans le secteur BTP, Construction, Infrastructures à travers
Le groupe Addoha ainsi que les Ciments de l’Atlas et Ciments d’Afrique. Dès octobre 2011,

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 114


Anas Sefrioui, propriétaire du groupe Addoha, annonçait la création de Cimenteries
d’Afrique (Cimaf) et la construction d’une première usine dotée d’une capacité de production
annuelle de 500 000 tonnes en Côte d’Ivoire, pour un investissement total de 30 millions
d’euros, financé à 100 % sur fonds propres. Depuis, il poursuit rapidement et sûrement son
implantation dans plusieurs pays, en Guinée, au Cameroun et au Gabon où il est engagé dans
la construction de cimenteries de taille similaire. Le Burkina Faso ne devrait pas tarder à
figurer dans cette liste.

f. Secteur agricole

L’OCP se prépare à investir le marché africain car beaucoup de pays de la région prévoient
d’opérer leur « révolution verte » en développant le rendement de leurs terres cultivées :
l’Afrique représente 1% de la consommation mondiale d’engrais pour 18% de terres
cultivables. Durant la dernière tournée africaine du roi du Maroc, qui s'est achevée le 8 mars
dernier (2014) à Libreville : OCP, leader mondial des phosphates, et la Société équatoriale
des mines du Gabon se sont associé pour créer l'un des plus grands complexes industriels du
secteur de la chimie en Afrique. Avec un investissement de plus de 2 milliards de dollars
(1,4 milliard d'euros), quatre unités vont voir le jour : Deux au Gabon, qui fabriqueront de
l'ammoniac à partir du gaz naturel gabonais et des engrais phosphatés, et deux au Maroc,
qui produiront de l'acide phosphorique et des engrais chimiques à base de phosphate.
Objectif visé : quelque 2 millions de tonnes de fertilisants par an à partir de 2018. Soit la
quantité que consomme le continent actuellement.

g. Secteur touristique

C’est l’un des secteurs d’avenir de la coopération marocco-subsaharienne. Le royaume a


encore beaucoup de potentiels d’affaires à saisir sur ce créneau dans les marchés
subsahariens, aussi bien en termes de nouveaux marchés émetteurs de touristes qu’en
termes de projets d’investissement. En marge de la dernière tournée royale, plusieurs
accords de coopération ont été conclus dans ce sens, en Côte d’Ivoire et au Gabon. Dans ce
dernier pays, une convention de partenariat a été établie entre l’Office national marocain du
tourisme (ONMT) et l’Agence nationale de promotion du tourisme et de l’hôtellerie au
Gabon.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 115


Un séminaire de formation en tourisme au profit d'experts maliens, guinéens et ivoiriens a
été ouvert, à Rabat, dans le cadre de la mise en œuvre des dispositions des programmes
d'application signés lors de la tournée Royale en Afrique avec ces pays dans le secteur du
tourisme.
Le ministre du Tourisme, Lahcen Haddad, qui présidait la cérémonie d'ouverture, a indiqué
que ce séminaire qui est de nature à promouvoir la compétitivité du secteur du tourisme dans
ces pays africains, permettra à ces experts de s'imprégner de l'expérience marocaine en la
matière.
Il s'agit, a-t-il poursuivi, de partage de l'expertise marocaine en matière de développement
touristique à travers notamment l'accompagnement des investissements sur les plans
technique et juridique, mais également en termes de mobilisation des financements.
Tel que présenté par le ministre, le programme de ce séminaire prévoit des ateliers
thématiques et séances de travail portant notamment sur le système de statistiques du
tourisme, le classement des établissements d'hébergement touristique, la promotion et
l'accompagnement des investissements touristiques et la gestion de la part des opérateurs
privés.
Ces ateliers seront animés par les responsables du ministère, de la Société marocaine
d'ingénierie touristique (SMIT), de l'Office national marocain du tourisme (ONMT), de la
Confédération nationale du tourisme (CNT), de l'Office de la formation professionnelle et de
la promotion du travail (OFPPT) et de l'Agence marocaine de la coopération internationale
(AMCI). Pour sa part, le ministre ivoirien du Tourisme et président de la délégation ivoirienne,
Roger Kacou, a affirmé que son pays a «beaucoup à gagner» de l'expérience touristique
marocaine.
Le Maroc a toujours constitué le berceau du tourisme pour les africains, un modèle à suivre.
Chaque année par exemple des milliers d’étudiants africains viennent au Maroc pour
continuer leurs études dans de grandes écoles marocaines dont l’Institut supérieur
international du Tourisme de Tanger qui accueille depuis 25 ans les étudiants de la
communauté africaine, ceux-ci étudient les métiers de l’hôtellerie et décrochent brillamment
leurs diplômes de l’ISITT pour travailler au Maroc ou dans leurs pays d’origine.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 116


h. Secteur Logistique/Transport

«Pas d’intégration économique sans intégration logistique». Le Maroc nourrit de grandes


ambitions sur le continent. Des efforts ont bien été consentis pour une plus grande
fluidification des échanges commerciaux, mais il reste encore beaucoup d’obstacles
réglementaires en plus du déficit d’infrastructures. Le cas des transits frontaliers illustre ces
difficultés. Ainsi, les transporteurs sont parfois bloqués pendant trois à quatre jours aux
frontières de Mauritanie à cause des lourdeurs bureaucratiques. De plus, il n’y a aucune
harmonisation des réglementations et des procédures entre pays africains. Le Maroc est le
seul à avoir ratifié l’ensemble des conventions onusiennes sur le transport de marchandises
dangereuses (ADR), périssables (ATP), harmonisation des contrôles de marchandises aux
frontières… La convergence vers l’uniformisation des réglementations est donc un chantier
prioritaire. La Fédération du transport, en partenariat avec l’UATL (Union africaine du
transport et de la logistique) et l’IRU (Union internationale des transports routiers), s’active à
accompagner les pays d’Afrique dans le processus de ratification.
L’autre frein au développement des échanges marocco-africains concerne l’insuffisance
d’infrastructure multimodale et de logistique performante. Si certains pays d’Afrique sont
connectés via des lignes maritimes et fluviales, le secteur maritime marocain a été décimé
depuis la libéralisation. Les opérateurs économiques sont obligés de faire appel aux services
de compagnies maritimes internationales pour exporter vers le continent africain. Après
l’achèvement de l’axe routier marocco-mauritanien (entre Dakhla et Nouadibou), la
Mauritanie reste reliée au Sénégal via une simple piste de 500 km. Au-delà, l’infrastructure
routière reste basique. Ce qui constitue un frein pour les échanges de marchandises entre le
Maroc et le reste de l’Afrique subsaharienne. Les carences de l’infrastructure routière sont
aggravées par l’absence d’accords de facilitation des transits. Quant au transport ferroviaire,
il est limité puisque le rail s’arrête à Marrakech. Pour des raisons politiques, l’extension du
réseau vers l’Est, à travers l’Algérie, n’est pas à l’ordre du jour. Dans ce schéma, l’aérien offre
des opportunités intéressantes. D’ailleurs, Royal Air Maroc (RAM) vient de filialiser son
activité cargo. Les niveaux de tarification restent un argument de taille.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 117


3. ENTREPRISES MAROCAINES EN AFRIQUE : QUELQUES EXEMPLES DE
REUSSITE

En dépit de l’intérêt de plus en plus croissant porté par les opérateurs nationaux pour les
marchés de l’Afrique subsaharienne, les investissements privés marocains y sont encore
faibles alors que, paradoxalement, ces marchés sont plus accessibles que d’autres
destinations. Cependant, une certaine image de marque du Maroc en Afrique se met en
marche, comme en témoigne quelques exemples probants de réussite.

Parmi l’éventail d’entreprises ayant enregistré des réussites significatives, il y a lieu de citer
West Afric Pharma, le CID, cabinet d’ingénierie, très présent dans les études de projets
d’infrastructure en Afrique de l’Ouest, au même titre que les groupes Chaabi et Tazi (BTP)
actifs en Côte d’Ivoire, au Mali, au Sénégal et en Guinée. Par ailleurs, outre la présence
marocaine de plus en plus visible dans les secteurs de la pêche et de l’irrigation, des
entreprises bancaires marocaines ont activement intégré le marché africain à l’instar de la
BMCE qui, à travers sa filiale BMCE Capital Dakar, va réaliser un emprunt obligataire de 50
millions d’euros pour le compte du port autonome de Dakar. De plus, de nombreux
rapprochements bancaires effectué en Guinée, au Mali et au Sénégal devraient permettre
d’assurer des missions d’assistance technique et de formation au profit des cadres du
secteur et appuyer la modernisation des systèmes financiers africains, afin qu’ils soient
en mesure de répondre aux besoins de financement du développement économique et
social de l’Afrique.

Des entreprises nationales d’envergure ont élargi leur présence sur les marchés de l’Afrique
à travers des prises de participation. Il s’agit de Maroc Télécom qui intervient à hauteur de
50% dans le capital de Mauritel et de l’Office National d’Electricité (ONE) qui détient une
fraction du capital de la société sénégalaise SENELEC. Mais, aussi de la Royal Air Maroc
(RAM) qui possède des participations dans le capital d’Air Sénégal et a signé avec la
Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) un protocole
d’accord sur la création d’une compagnie aérienne sous régionale, baptisée Air CEMAC.

Cette dynamique complète la politique de libéralisation du secteur de transport aérien


et d’ouverture du ciel marocain et renforce la volonté des pouvoirs publics de faire du Maroc
un passage obligé entre l’Afrique d’une part, et l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient, d’autre
part. Toutefois, le groupe marocain qui semble le plus actif en Afrique subsaharienne est

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 118


l’Omnium Nord-Africain (ONA). Il intervient à travers sa filiale Managem dans le secteur
minier en Guinée, au Mali, au Burkina Faso et au Niger.

Un autre exemple de réussite à considérer est celui du groupe Addoha, qui est devenu en
quelques années le n° 1 de l’habitat social au Maroc. Addoha, fort d'un effectif de plus de 20
000 employés et coté en Bourse, a réalisé en 2010 un chiffre d’affaires de 675 millions d’euros.
En parallèle à son activité dans l’immobilier résidentiel, Sefrioui, propriétaire du groupe, a
ajouté une autre acquisition à son empire : Ciments de l’Atlas (Cimat), afin d'avoir la haute
main sur un produit stratégique pour l'ensemble de ses activités. Avec ses deux usines de
production à Beni Mellal et Settat, entrées en exploitation en 2010 et dotées d’une capacité
de production totalisant 3,2 millions de tonnes, Cimat se positionne comme un opérateur
national de référence. Mais ses ambitions s’étendent à l’ensemble du continent puisque
l’homme d’affaires y implante aussi des cimenteries.

Les gigantesques chantiers dans tout le royaume du Maroc génèrent une demande
croissante en matériaux de construction, particulièrement en ciment, produit pour lequel les
entreprises marocaines ont développé une véritable expertise et adopté les standards
internationaux les plus rigoureux, favorisant du même coup leur extension continentale.

En cela, le Maroc fait figure de pionnier qui a compris la nécessité de trouver de nouveaux
marchés. L’électrification du Maroc étant désormais achevée, l’Office national d’électricité
(ONE) a entrepris d’exporter son savoir-faire. Le programme marocain d’électrification
rurale est une réussite. Face à l’entreprise française EDF, l’ONE a remporté, en 2008, l’appel
d’offres lancé par la Banque mondiale pour la construction du réseau et la concession pour
25 ans de l’axe Saint-Louis-DaganaPodor au Sénégal. L’ONE intervient par ailleurs dans la
construction et la réfection de centrales et de réseaux en Mauritanie, en Gambie, au Niger,
en Sierra Leone, au Tchad et en Libye.

La Société maghrébine de génie civil (Somagec), dirigée par Roger Sahyoun, a pour ambition
d’être présente sur un maximum de chantiers maritimes en Afrique. Particulièrement active
en Guinée équatoriale à travers sa filiale Somagec GE, qui compte 2 500 employés ; elle a
notamment travaillé à la réalisation d’un réseau d’eau potable à Bata (la capitale
continentale), à l’achèvement des ports de Malabo, Kogo et Annobón…

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 119


En trois ans, son portefeuille de projets en Guinée équatoriale a atteint 1,3 milliard d’euros.
À titre de comparaison, le chiffre d’affaires réalisé au Maroc se situe chaque année entre 100
et 150 millions d’euros. Parmi ses autres grands contrats à l’étranger, la société a décroché
un contrat pour l’extension du port de Dakar, et vise désormais des chantiers au Bénin, au
Togo et en Mauritanie. Comme la Somagec, Ynna Holding, créée par l’industriel Miloud
Chaâbi, est très bien implantée en Guinée équatoriale. Ciments de l’Atlas (Cimat), présidée
par Anas Sefrioui, est engagée dans la construction de cimenteries en Guinée, en Côte
d'Ivoire, au Cameroun et au Gabon.

Cimat vient combler le déficit de production dans des pays où la demande ne cesse de croître.
Le Gabon, par exemple, ne comptait jusqu’à présent qu’un seul cimentier local, Cimgabon,
contrôlé par l'allemand Heidelberg Cement. Faute de cimenteries, l’Afrique subsaharienne
importe 40 % de ses besoins. Le prix du sac de ciment en Côte d’Ivoire est quatre fois plus
élevé qu’en France… et 12 fois plus qu’en Chine ! Les besoins en infrastructures et en
logements n’ayant jamais été aussi importants, les entreprises marocaines de construction
sont accueillies à bras ouverts par les dirigeants politiques et les décideurs économiques du
continent.

SECTION 2 : RENFORCEMENT DU POSITIONNEMENT


ECONOMIQUE DU MAROC EN AFRIQUE

Le Maroc a toujours joui d’excellentes relations commerciales avec les pays de l’Afrique
subsaharienne, et ce depuis le XIIème siècle. Notamment via les routes commerciales partant
de Sijilmassa au Tafilalet vers le sud de l’actuelle Mauritanie et allant jusqu’au au Ghana.
Le Maroc servait aussi de carrefour commercial entre l’Europe et l’Afrique et avec
l’avènement des Almohades, une grande voie de commerce reliait le sud de l’Europe au
Niger, via le Maroc. Partant de ce principe historique, le Maroc a toutes ses cartes en main
pour devenir un véritable hub régional. De toute évidence, il est devenu le second
investisseur africain dans le continent noir après l’Afrique du Sud, mais avec à peine 5 % des
exportations du Royaume qui se dirigent vers le sud du Sahara, il y a encore de la marge.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 120


Nous explorerons dans ce dernier chapitre, les principaux facteurs qui pénalisent le
développement des relations commerciales entre le Maroc et l’Afrique. Nous nous
attarderons ensuite sur les efforts du Maroc pour faire avancer ces relations. Enfin nous
citerons les conditions de base pour affermir le positionnement économique du Maroc en
Afrique subsaharienne.

1. PRINCIPAUX FACTEURS A L’ORIGINE DE LA FAIBLESSE DES RELATIONS


COMMERCIALES MAROC-AFRIQUE

Malgré une amélioration des relations commerciales entre le Maroc et l’Afrique


subsaharienne au cours des dernières années, elles demeurent faibles compte tenu des
ressources existantes et du potentiel de développement du commerce entre les deux parties.

De plus, ces échanges demeurent concentrés essentiellement en Afrique de l’Ouest,


spécialement dans les pays francophones et atlantiques.

Cette faiblesse des échanges peut être attribuée à plusieurs facteurs qui relèvent
principalement des structures économiques, de la faiblesse des infrastructures et des
marchés financiers, des mécanismes de financement ainsi que de la non application des
protocoles commerciaux.

Par ailleurs, et pour prétendre devenir un hub régional, il faut être un carrefour commercial
et financier compétitif. Or, ce n’est pas encore le cas puisque le coût de la logistique au Maroc
est l’un des plus élevés au monde, soit 20% du PIB, un taux supérieur au 10% des pays
européens et au 15% et 17%, du Brésil et de la Chine. Par conséquent, il faut agir sur les
différents maillons de la chaine logistique du passage de la frontière jusqu’à la gestion des
stocks en passant par la gestion documentaire, le dédouanement et le transport local, point
noir de la logistique marocaine.

De la même manière, l’accélération des réformes financières permettrait de faire du Maroc


un hub financier régional, capable de drainer les capitaux étrangers pour les canaliser vers les
terres africaines. Parallèlement, le Maroc doit accélérer la conclusion d’accords de libre-
échange avec les blocs régionaux africains pour favoriser une intégration économique
régionale dont il serait à la fois le moteur et la passerelle vers l’Union européenne. Bref,
devenir un hub pour l’Afrique exige un environnement des affaires favorable à la circulation
des personnes, des biens et services, mais aussi des capitaux.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 121


En résumé les facteurs pénalisant les échanges commerciaux entre le Maroc et l’Afrique,
peuvent être résumés comme suit :

 le cadre institutionnel facilitant les échanges commerciaux entre le Maroc et


certains pays africains, relativement incomplet. C’est le cas, par exemple, des
pays d’Afrique Australe comme l’Afrique du sud, qui est l’un des pays les plus
importants d’Afrique en matière de commerce et d’investissement. D’autres
obstacles relèvent même de la nature du cadre réglementaire et institutionnel entre
le Maroc et certains pays africains. En effet, certains accords sont signés sans
application effective, ou encore limités à quelques listes de produits.

 Une faible connexion terrestre ou maritime entre le Maroc et les pays d’Afrique
subsaharienne, qui pose un problème quant aux coûts supplémentaires et délais
de livraison. En général, l’Afrique subsaharienne a les coûts de transport les plus
élevés au monde. Par exemple, le transport d’une voiture d’Addis-Abeba à Abidjan
coûte 5000 dollars. Il ne coûterait par contre que 1500 dollars au départ du Japon.

 Un manque de diversification de la production et de l’offre exportable ainsi


qu’une absence de complémentarité entre les profils de productions. Les pays
africains produisent et exportent généralement des produits similaires de base
agricoles et miniers et importent essentiellement des produits manufacturés.

 Un manque de financement du commerce extérieur avec absence, ou faiblesse


des services et produits des systèmes d’assurance à l’exportation dans la plupart
des pays africains subsahariens en raison de l’incertitude, de l’instabilité et des
grands risques caractérisant certains pays.

 Des réglementations douanières contraignantes caractérisées par leur faible


transparence et leurs procédures à la fois nombreuses, lentes et coûteuses en raison,
notamment, de l’absence ou du caractère archaïque des technologies de
l’information et de la communication.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 122


2. EFFORTS DU MAROC POUR DEVELOPPER SES RELATIONS
COMMERCIALES AVEC L’AFRIQUE

Le renforcement de la coopération entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne constitue un


volet important dans la politique extérieure marocaine. C’est ce dont témoignent les
multiples visites royales effectuées par Sa Majesté le Roi Mohamed VI, depuis son
intronisation, à de nombreux pays africains, ainsi que les différents accords de coopération
conclus lors de ces visites, dans différents domaines de développement économique,
technique, social et culturel.

Par ailleurs, le Maroc a annulé la totalité de la dette des pays africains les moins
avancés (PMA) et a ouvert ses frontières aux produits d’exportation de ces pays. En effet, le
royaume a établi des relations de coopération avec une quarantaine de pays, régies par un
cadre juridique comprenant près de 480 accords, conventions et protocoles.

Afin de faire connaître les spécificités du marché de l’Afrique subsaharienne aux


producteurs nationaux, une structure dédiée à ces marchés « la Commission Afrique » a été
mise en place au sein de la CGEM26. Elle assure la diffusion d’informations relatives à
ces marchés auprès du secteur privé et organise des missions d’hommes d’affaires vers ces
pays. Il est à signaler que le ciblage des « marchés de niche » peu ou pas encore couverts par
les exportations marocaines et à fort potentiel, constitue un axe important dans la stratégie
Maroc export plus. Dans ce cadre, le Maroc a organisé plusieurs caravanes à l’export
en direction de l’Afrique. En trois années, près de 450 entreprises ont visité 14 pays africains
durant les quatre premières éditions. Par domaine d’activité, le secteur de l’électricité était
le plus représenté, suivi par le BTP et le secteur industriel.

Cette dimension bilatérale est renforcée et complétée par deux axes de coopération
entre le Maroc et son voisinage sub-saharien : la coopération tripartite et la coopération
régionale. La coopération tripartite est un mécanisme novateur qui consiste à faire bénéficier
les pays africains du savoir-faire marocain dans des secteurs de technicité, par des
financements bilatéraux ou multilatéraux. Il permet le partage des expériences et le transfert
de technologie vers les pays africains. C’est dans ce cadre que le Maroc est engagé avec des

26
CGEM : La Confédération générale des entreprises du Maroc, est une association patronale créée
le 20 octobre 1947.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 123


pays comme la France, la Belgique, le Japon, la FAO27 et d’autres agences de développement
dans l’exécution de projets dans des pays africains.

Concernant la coopération régionale, le Maroc développe une politique de


rapprochement avec l’UEMOA (Union Economique et Monétaire ouest africaine) et la
CEMAC (Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale). L’Accord
Commercial et d’Investissement avec l’UEMOA a été paraphé fin 2008 après huit ans
de négociation. S’agissant de la CEMAC, un projet d’accord de libre échange est
actuellement à l’étude par les deux parties. Il y a lieu de souligner, par ailleurs, que le Maroc
a relevé, en décembre 2010 28 le montant transférable au titre des investissements à
l’étranger à un plafond de 100 millions de dirhams pour l’Afrique et de 50 millions de dirhams
pour les autres continents. D’un autre côté, un fond de 200 millions de dirhams a été
créé afin de renforcer la présence des opérateurs privés marocains sur le marché africain.

3. CONDITIONS DE BASE POUR AFFERMIR LE POSITIONNEMENT


ECONOMIQUE DU MAROC EN AFRIQUE

Les marchés de l’Afrique subsaharienne recèlent d’importantes opportunités dont la


concrétisation suppose la mise en place d’une stratégie cohérente d’accompagnement des
entreprises nationales tant sur les plans institutionnel et informationnel que sur les plans
financier et logistique.

Cet effort d’accompagnement serait nécessaire pour renforcer l’éligibilité des entreprises
nationales, notamment celles de petites et moyenne taille, à prendre part aux projets
financés par l’initiative internationale.

En effet, en Afrique subsaharienne, de nombreuses infrastructures sont nécessaires pour


désenclaver les zones défavorisées et accroître les échanges économiques. Les
infrastructures ont un double rôle à jouer en faveur du développement économique et de la
lutte contre la pauvreté.

27
FAO : L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (connue sous les sigles FAO soit
en anglais Food and Agriculture Organization) est une organisation spécialisée du système des Nations unies,
créée en 1945 à Québec. La FAO compte 197 membres
28
Source : Office des Changes, circulaire 1732

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 124


 Les industries de réseau (énergie, transport, communication) permettent d’améliorer
la compétitivité d’ensemble de l’économie, en stimulant la productivité globale
des facteurs.

 Lorsqu’elles portent sur des services de base dont certains sont considérés comme
des besoins fondamentaux (accès à l’eau, assainissement), elles contribuent
indirectement à réduire la pauvreté. La réalisation d’infrastructures de base constitue
à cet égard une forme efficace de réduction des inégalités.

De même, le Maroc est interpellé à jouer un rôle important en termes de mobilisation


d’expertise pour faire évoluer le contexte institutionnel dans les pays partenaires. Les
comportements déficients de certains acteurs publics africains contribuent encore à
alimenter la défiance des opérateurs privés et des bailleurs de fonds.

Le Maroc a tissé un partenariat privilégié avec les pays européens à travers l’accord de libre-
échange et le statut avancé, ce qui constitue un tremplin pour les investisseurs africains
désireux de conquérir les marchés européens en partant de la plate-forme marocaine.

Ensuite, l’expertise marocaine commence à être reconnue en Afrique au regard de son bon
rapport qualité-prix, notamment dans les domaines bancaire, des infrastructures, de l’Agro-
alimentaire, l’exploitation minière, etc. Enfin, de par sa position géostratégique à la fois porte
d’Afrique et d’Europe, le Maroc dispose de son port Tanger Med se situant sur la seconde voie
maritime la plus fréquentée au monde, à savoir le détroit de Gibraltar qui représente 20% du
trafic mondial de conteneurs.

La confiance des opérateurs économiques suppose la mise en place d’un cadre de régulation
stable et fiable, fondé sur la transparence. Dans ce domaine, la réussite des différentes
opérations menées par notre pays pour réformer le secteur public et renforcer le champ
d’activité du secteur privé (gestion déléguée, concession, privatisation) met en exergue
le niveau d’expertise appréciable que le Maroc peut mettre à la disposition des pays
partenaires africains.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 125


De même, dans un contexte marqué par la multiplication des initiatives d'aide financière
publique au développement en faveur des pays africains, et dans le cadre d’une coopération
triangulaire, le Maroc peut jouer un rôle important en matière d’assistance technique,
scientifique, culturelle et d’échanger ses expériences dans d’autres secteurs d’activité,
comme l'eau et l'assainissement, le transport et les technologies de l'information et des
communications (TIC). Cette coopération technique bilatérale doit être mise en œuvre
par l’Agence internationale marocaine de coopération dont la mission essentielle serait
la mise à disponibilité d’experts et l'accueil de stagiaires.

Instaurer un dialogue portant sur le suivi mutuel de la convergence des politiques


économiques et commerciales à travers la mise en place des enceintes de concertation
permanente. Soutenir le dialogue institutionnel : partenariats d’entreprises privées,
coopération, institutionnelle bilatérale, échanges de techniques et d’expertise entre
organisations professionnelles et entreprises publiques.

Il est aussi nécessaire de renforcer les liens de coopération entre les chambres de commerce
des deux partenaires afin de dynamiser la diplomatie commerciale non
gouvernementale. Non moins important, le rôle de la diplomatie marocaine au niveau des
pays partenaires africains est d’une importance indéniable. Les efforts de rapprochement
économique, politique et culturel engagés suite aux différentes visites Royales aux pays
africains devraient être fructifiés, à travers une activation des cellules de veille économique
au niveau des ambassades et missions consulaires.

4. PERSPECTIVES DU DEVELOPPEMENT DES RELATIONS COMMERCIALES


ENTRE LE MAROC ET L’AFRIQUE SUBSAHARIENNE

Le continent africain connaît actuellement une véritable dynamique de croissance (5,6 de


croissance sur la période de 2000-2008, 5,4 pour 2012-2013) en raison de ses potentialités
naturelles et humaines. Ces potentialités attirent à la fois les anciennes et les nouvelles
puissances. En effet, les Américains et les Européens tentent de conserver leur position
acquise ou d'y reprendre pied, tandis que les Chinois, les Indiens, les Brésiliens et les Coréens
voient ce continent comme un "nouvel eldorado".

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 126


De même, nous assistons à l'irruption des puissances africaines, jouant un rôle important
dans les échanges commerciaux intra-africains et l'exploitation des complémentarités à
même de permettre une meilleure intégration continentale.

Dans cette perspective, le Maroc, qui entretient avec les pays de l'Afrique Subsaharienne
(ASS) des liens séculaires reposant sur des fondements culturels politiques, table de plus en
plus sur le renforcement des relations commerciales et financières. C'est dans cette
perspective qu'il a signé et ratifié plusieurs accords portant sur le commerce et
l'investissement.

Durant les dix dernières années, nous avons assisté à une évolution des échanges
commerciaux entre le Maroc et les pays de l'Afrique subsaharienne. En effet, le volume des
échanges est passé de 8 milliards Dhs en 1998 à 36 milliards Dhs en 2011, soit une
augmentation de l'ordre de 300%. Ce qui représente une évolution annuelle équivalente à
13%. Quant à la répartition sectorielle des échanges commerciaux entre le Maroc et l'ASS qui
peut se lire au travers l'analyse de la structure des exportations et des importations
marocaines, elle fait ressortir les éléments suivants. Pour les exportations marocaines vers
l'ASS, elles sont dominées principalement par les produits chimiques (26%), les produits
agroalimentaires (23%), l'énergie (20%) et les produits métallurgiques et mécaniques
(14,5%). Une grande part de ces produits est destinée à l'Afrique de l'Ouest (57%) et l'Afrique
Centrale (28%). Le reste est partagé entre l'Afrique Australe (10%) et l'Afrique de l'Est (5%).
Force est de constater que les principaux clients du Maroc sont le Sénégal, la Guinée
Equatoriale, le Ghana, le Congo et la Côte d'Ivoire.

S'agissant des importations marocaines en provenance de l'ASS, les produits énergétiques


occupent la première place soit 49%, les produits d'origine animale et végétale la seconde
place (25%). Quant aux produits agroalimentaires, ils viennent en troisième position avec
18% dans le total des importations marocaines. Les principaux fournisseurs du Maroc sont
l'Afrique du Sud, la Guinée Equatoriale, le Gabon, la Cote d'Ivoire et la Guinée.

Tout compte fait, la structure des échanges commerciaux entre le Maroc et l'ASS reste peu
diversifiée. Ce qui soulève des problèmes liés à la compétitivité et à l'offre exportable des
entreprises marocaines en Afrique. Néanmoins, les politiques sectorielles de diversification

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 127


(l'automobile, l'offshoring, l'électronique, l'agroalimentaire, l'aéronautique) amorcées par le
Maroc pendant les dix dernières années peuvent contribuer à l'enrichissement de l'offre
exportable du Maroc.

La tendance à la diversification de l'offre exportable marocaine par le biais de


positionnement du pays dans de nouvelles niches de production à forte valeur ajoutée
constitue un potentiel considérable susceptible de booster les exportations marocaines en
Afrique. Ceci pourrait être renforcé par le biais de la signature et la ratification des accords
de libre-échange avec les pays de l'Afrique subsaharienne.

Dans cette perspective, il convient de souligner qu'en 2002, le Maroc a signé avec les huit
membres de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) un accord
préférentiel de commerce et d'investissement, prévoyant l'abolition partielle des droits de
douane.

De plus, les deux parties s'engagent à encourager les opérateurs économiques à faire des
investissements réciproques. Du côté marocain, certains souhaitent parvenir à un libre
échange total, tandis que certains pays de l'UEMOA craignent des conséquences graves pour
le développement économique de l'Union en raison de la forte perte de protection de leurs
industries, et des opportunités restreintes d'exportation. D'où l'importance pour le Maroc
d'entamer une nouvelle ronde de négociation avec les pays de l'UEMOA pour la ratification
de l'accord en mettant en avant les gains réciproques que les uns et les autres pourraient en
tirer.

En plus des obstacles liés à la compétitivité et à la promotion des exportations marocaines


en ASS, les échanges entre les deux parties se heurtent à d'autres contraintes. En effet, la
faiblesse du commerce entre le Maroc et les pays de l'Afrique subsaharienne s'explique
essentiellement par la défaillance des infrastructures, l'insuffisance des mécanismes
financiers de couverture des risques, le manque d'études de marché sur les potentialités
commerciales dont recèle la région et enfin la faible présence du secteur privé.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 128


Ceci étant, nous pouvons constater l'existence d'un fort potentiel de développement des
échanges commerciaux entre le Maroc et les pays de l'Afrique Subsahariens - et ce dans un
futur proche. Ce potentiel pourrait être atteint par le biais de la diversification de la
production au profit des produits non traditionnels et en particulier des produits
manufacturés véhiculant un transfert technologique.

L'adaptation de l'offre exportable du Maroc aux réalités africaines nécessite de repenser le


Business modèle marocain. En la matière, le Maroc a beaucoup à apprendre des Business
modèles chinois et indiens qui sont basés sur l'innovation frugale. Ceci est d'autant plus
important que le taux de pauvreté reste des plus élevés en Afrique. D'où l'importance de
développer des produits qui tiennent compte de la pauvreté monétaire qui sévit dans le
continent et qui permettent au Maroc de se positionner sur un secteur qui profite largement
aux pays émergents (le ciblage des populations ayant un revenu faible par l'adaptation des
produits).

La forte présence du Maroc sur le continent lui permet de mieux connaître les attentes de la
population africaine et par conséquent mieux y répondre. En outre, la montée en Afrique de
la classe moyenne permet au Maroc de par ses atouts de devenir un pays attractif pour les
touristes africains.

S'agissant de la compétitivité des exportations marocaines en Afrique, des efforts devraient


être déployés pour soutenir les entreprises marocaines et les encourager à exporter
davantage vers le continent. En la matière, la politique marocaine de promotion des
exportations reposant essentiellement sur l'organisation des caravanes d'exportations en
direction de l'Afrique est une stratégie qui est amenée à porter ses fruits de par le rôle qu'elle
joue dans la création des opportunités d'affaires et l'identification de nouveaux marchés pour
les entrepreneurs marocains.

Toutefois, le poids important qu'occupent les PME dans le tissu économique marocain
devrait être pris en compte dans la stratégie nationale de promotion des exportations
marocaines en Afrique. A cet égard, les opportunités commerciales qu'offre l'Afrique aux
entreprises étrangères restent peu connues des PME marocaines. D'où l'importance de la
mise en place d'une stratégie nationale visant à renforcer la contribution des PME aux
exportations marocaines en Afrique.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 129


CONCLUSION

Les accords signés lors de la dernière tournée royale en Afrique (2014) attestent du
déploiement concret de la vision progressiste du Maroc. En Côte d'Ivoire, 26 accords de
partenariat public-privé et d'investissement couvrant de nombreux secteurs ont été signés :
promotion et protection réciproque des investissements, coopération bancaire et garantie
bancaire pour les PME, pêche maritime et aquaculture, tourisme, exportation, construction
de logements sociaux, production de médicaments, enseignement supérieur, zones
industrielles, deux conventions de financement pour 50 et 60 millions de dollars… Au Gabon,
24 conventions interétatiques ou accords ont été signés. Ils portent ici aussi sur des secteurs
très divers, tels l'agriculture, la santé, l'habitat, la formation professionnelle, le secteur
financier et bancaire, les mines, les TIC, le transport et le tourisme, la mise en place d'un
Conseil d'affaires marocco-gabonais, un accord de partenariat stratégique dans le domaine
des engrais, visant à assurer la sécurité alimentaire.

Malgré cette coopération avancée avec l’Afrique après celle de l’Europe. Ce double arrimage
(Afrique-Europe) ne semble pas encore suffire au Maroc, qui se rêve aussi en hub
tricontinental entre l'Europe, l'Afrique et les Amériques - ses accords de libre-échange (ALE)
signés en 2006 avec les Etats-Unis s'inscrivent dans cette perspective. Cette fois, l'ambition
peut sembler démesurée, pour un pays de 32 millions d'habitants. Et il ne faudrait pas que la
tentation de l'hubris ne vienne gâcher, amoindrir ou disperser les chances du pays de devenir
un réel champion de l'EurAfrique.

Ce faisant, le Maroc, de loin le plus ancien Etat-nation d'Afrique (douze siècles), renouerait
avec les plus riches heures de son histoire, illustrée en Europe par la magnificence de sa
civilisation d'El Andalus, qui concerna les deux tiers de l'actuelle Espagne, du VIIIe au XVe
siècles ; illustrée aussi en Afrique, par le rayonnement des empires de ses dynasties
successives, dont certaines étendirent leur influence sur l'ensemble du Magheb jusqu'à
l'actuelle Libye et, au sud, jusqu'au Sénégal - et cela dès l'avènement (1672) de Moulay Ismaïl,
deuxième souverain de l'actuelle dynastie alaouite.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 130


Conclusion générale

L’économie mondiale a connu des changements significatifs au cours des dernières


années et les éléments fondamentaux d’une intégration régionale réussie et de la
compétitivité sur le plan mondial ne sont plus les mêmes aujourd’hui que les éléments qui
étaient jugés indispensables il y a trente ans. Un projet d’intégration centré sur le
développement qui ne s’en tienne pas à la libéralisation des échanges mais prévoie des
politiques économiques et industrielles de portée plus large visant à remédier aux problèmes
réels de capacité des économies, à renforcer les secteurs privés nationaux et à assurer la
diversification et la transformation structurelle est porteur de vastes possibilités pour
l’Afrique. Un tel projet peut aider à atténuer les coûts de la fragmentation des marchés et
assurer les conditions nécessaires pour intégrer davantage les économies africaines dans
l’économie mondiale, tout en répondant à bon nombre des faiblesses systémiques de
l’Afrique, notamment l’importance du secteur informel, l’étroitesse des structures de
production et d’exportation et le manque de compétitivité des entreprises. Un projet qui ne
porte pas seulement sur le commerce des marchandises, mais aussi sur le commerce des
services, l’investissement, la facilitation du commerce et la suppression des obstacles non
tarifaires offrira une assise pour renforcer les capacités directives, juridiques et
institutionnelles aux niveaux national et régional. Les priorités liées au commerce des
marchandises doivent être définies avec soin de façon à soutenir le développement industriel
ainsi que la facilitation du commerce. Il faut notamment pour cela des règles d’origine qui
empêchent le déplacement des courants commerciaux mais n’imposent pas de coûts
significatifs à des entreprises à qui des prescriptions restrictives sont imposées s’agissant
de l’origine des intrants et de leur transformation. L’application effective des engagements
de réduction progressive des droits de douane est indispensable à l’amélioration du
commerce intrarégional. Il importe également d’améliorer la gestion des douanes et des
autres procédures à la frontière pour réduire les délais et le coût du commerce intrarégional.
Un aspect étroitement lié à la facilitation du commerce est l’investissement dans les
infrastructures nécessaires − routes, voies ferrées et télécommunications, notamment −
pour assurer un accès compétitif aux services d’infrastructure susceptible de réduire les coûts
de la production et du commerce. Pour repenser les options de développement industriel,
en tenant compte des évolutions importantes de l’économie mondiale et en particulier du

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 131


rôle des chaînes de valeurs mondiales et régionales, il est nécessaire d’associer le secteur
privé et d’autres parties prenantes pour déterminer les principales mesures à prendre
afin d’aider l’industrie à se restructurer et se transformer et favoriser le développement
d’activités industrielles durables. Il faut cependant garder à l’esprit qu’un projet d’intégration
régionale centré sur le développement déclenchera un processus d’ajustement aux niveaux
national et régional, avec des gagnants et des perdants, dans la mesure où face à un cadre
d’incitation modifié, certains secteurs progresseront et d’autres déclineront. L’atténuation
des coûts d’ajustement aux niveaux national et régional doit être dûment prise en
considération dans ce modèle de développement.

Pour promouvoir la compétitivité des entreprises africaines et accroître le commerce


intra-africain, une suite effective doit être donnée aux engagements pris. Gages d’équilibre,
des mécanismes solides de règlement des différends seraient le signe d’une volonté ferme
de faire prévaloir une gouvernance fondée sur des règles du processus d’intégration et de
développement et favoriseraient une action effective. L’Afrique est bien placée pour tirer
parti des évolutions dans le secteur des ressources et pour s’engager dans une nouvelle voie
vers l’industrialisation en participant aux chaînes de valeurs régionales et mondiales. Ce
regain d’importance du développement industriel et de la diversification permet d’envisager
une nouvelle trajectoire de développement. Les éléments d’une politique régionale centrée
sur le développement sont présents dans nombre de groupements économiques
régionaux africains mais il n’existe pas encore de stratégie cohérente d’intégration africaine.
Tel pourrait être cependant le modèle de développement de l’Afrique pour le XXI e siècle.

Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 132


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Performance commerciale du Maroc en Afrique : Bilan et perspectives 134


Glossaire
ACP Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique
APE Accord de partenariat économique
ASEAN Association des Nations du Sud-Est
BAfD Banque africaine de développement
BAsD Banque asiatique de développement
CAE Communauté d’Afrique de l’Est
CEA Commission économique pour l’Afrique
CEDEAO Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest
CEEAC Communauté économique des États de l’Afrique centrale
CEMAC Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale
CEN-SAD Communauté des États sahélo-sahariens
CER Communauté économique régionale
CNUCED Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement
COI Commission de l’océan Indien
COMESA Marché commun de l’Afrique orientale et australe
CTCI Classification type pour le commerce international
ICA Consortium pour les infrastructures en Afrique
ICGLR Conférence internationale sur la région des Grands Lacs
IED Investissement étranger direct
IGAD Autorité intergouvernementale pour le développement
MRU Union du fleuve Mano
NEPAD Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique
OIT Organisation internationale du Travail
PIB Produit intérieur brut
PME Petites et moyennes entreprises
SADC Communauté de développement de l’Afrique australe
UA Union africaine
UDAA Union douanière d’Afrique australe
UE Union européenne
UEMOA Union économique et monétaire ouest-africaine
UMA Union du Maghreb arabe

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