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Université d’État de Moldova

Faculté de Langues et Littératures Étrangères


Département de traduction, interprétation et linguistique appliquée

Rapport

Les éléments existentialistes dans


les œuvres de Sartre et Camus

Réalisé par : Treasțin Diana


Vérifié par : Ciocoi Tatiana

Chișinău 2019
Table de matières:

1. Introduction
2. Les éléments existentialistes des œuvres de Sartre
2.1. L’en-soi et le pour-soi
2.2. L’existence précède l’essence
2.3. L’athéisme
3. Les éléments existentialistes des œuvres de Camus
3.1. L’absurde
3.2. La révolte
4. Conclusion

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Pour pouvoir révéler les éléments existentialistes dans les pièces de Jean-Paul Sartre, il
faut caractériser tout d´abord cette philosophie.

L´existentialisme est un courant philosophique et littéraire du XIXe siècle et XXe siècle


qui développait une façon de la pensée et de la vie de l´Occident. Le mot « existentialisme »
vient de l´expression de l´existence concrète et d´après la définition précise, « l´existentialisme
est une doctrine fondée sur le fait que l´homme est libre et responsable de ses actes. »
L´existentialisme se forme de la crise et pendant la crise : il est crée au cours de la première
guerre mondiale, il se développe pendant et après la deuxième guerre mondiale. Dans ce temps-
là, les vies des hommes dépendent des actes des individus (avant tout des politiques) et ici nous
pouvons voir l´origine des questions que l´existentialisme résolvent le plus. L´existentialisme
est une philosophie qui traite avant tout de la problématique de la liberté : il affirme que
l´homme n´est pas déterminé et seulement l´homme même forme sa personnalité. Chaque
personne doit chercher ses propres valeurs et les respecter, l´homme est responsable de son
destin. Les pensées existentialistes aboutissent à la nécessité de s´engager dans des actions
concrètes : elles nous permettent de choisir et d´être responsables dans toutes nos décisions. Le
principe célèbre qui caractérise l´existentialisme est l´existence précède l´essence. Comment
les existentialistes expliquent cette idée ? L´homme et sa personnalité ne sont pas construits du
modèle déterminé d´avance : chaque homme a beaucoup de possibilités pour choisir et donc il
décide de ses actes et de sa vie.

En France, c’est entre 1945 et 1955 que ce mouvement littéraire connait son apogée avec
des auteurs tels que Jean-Paul Sarte (L'Existentialisme est un humanisme), Albert Camus
(Caligula), Merleau-Ponty (Sens et Non-Sens), Gabriel Marcel (L'homme problématique) et
Simone de Beauvoir (L’existentialisme et la sagesse des nations). Certains ont cependant
contesté l'étiquette existentialiste; ce fût notamment le cas pour Camus et Sartre. Parmi les
thèmes récurrents de l’existentialisme sont l’angoisse, l’absurde, l’engagement, la liberté, la
responsabilité, la relation entre les Hommes et Dieu ainsi que la phénoménologie, c'est-à-dire
la manière d’appréhender le réel.

Sartre fait partie de ces rares philosophes dont le nom est connu de tout le monde, dont
même quelques formules sont célèbres, comme "L'existence précède l'essence" ou encore plus
"L'enfer c'est les autres". Si ses ouvrages abstraits sont d'un abord, Jean-Paul Sartre a pourtant
assuré à l'existentialisme une large diffusion, car il a le don des formules frappantes, il a illustré
sa philosophie par ses romans, son théâtre, ses essais, enfin il la traduit dans l'action par son
engagement politique.

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L’en-soi et le pour-soi

On trouve le premier fondement original de l’existentialisme sartrien dans la distinction


entre l’être en-soi et l’être pour-soi. Ainsi, l’en-soi et le pour-soi s’opposent.

L’en-soi est la caractéristique de toute chose, de toute réalité extérieure à la conscience.


Le concept d’en-soi désigne ce qui est totalement soumis à la contingence, c’est-à-dire tout ce
qui est sans liberté et ce qui n’entretient aucun rapport à soi. L’existence de tout en-soi est
passive en ce sens que, par exemple, un vélo ne peut décider d’être autre chose qu’un vélo. Un
sapin n’exige jamais de son jardinier préféré une taille en forme d'ourson parce qu'il deviendrait
sentimental. Sans conscience, le sapin demeure toujours égal à lui-même. Ce concept d’en-soi
se rapporte donc aux choses matérielles parce qu’elles existent indépendamment de toute
conscience.

Le pour-soi désigne l’être de l'homme. Pourvu d’une conscience qui fait de lui un être
tout à fait particulier, l’être humain se distingue de l’en-soi. Étant donné cette conscience
capable de se saisir elle-même, le pour-soi a comme principal attribut une liberté absolue. Cette
liberté n’est pas une absence de contingence ou de limites, mais une possibilité infinie de
choisir.

Contrairement à l’en-soi qui coïncide toujours avec lui-même, le pour-soi, c’est-à-dire


l’être humain, peut faire varier indéfiniment la conscience qu’il a de lui-même. Par exemple,
mon vélo n’est, précisément, qu’un vélo. Rien d’autre. Il est absolument incapable de prendre
conscience de ce qu’il est et de sa situation. Trop abîmé, il sera devenu un déchet. Ce vélo
devenu déchet ne sera rien d’autre qu’un vélo devenu déchet. Tandis que lorsque je conduis
ma bicyclette, je suis ce que je ne suis pas. C'est-à-dire que, demeurant un être humain, je suis
pourtant devenu cycliste, ce que je n’étais pas à l’origine, et ce que je ne serai plus déjà dans
quelques instants. De plus, chevauchant hardiment mon vélo, je puis à tout moment m’imaginer
dans une tout autre situation, par exemple je puis d’avance me délecter de la baignade vers
laquelle je me dirige.

L’existence précède l’essence

La formule sartrienne la plus célèbre qui permet de définir ce courant de pensée est sans
doute : L'existence précède l'essence.

En ce qui concerne l’en-soi, la chose peut correspondre à un schéma, à un plan, à un


concept. On parle alors de l’essence de cette chose. Ainsi, l’essence du vélo correspond à
l’idée générale qu’on a tous de cet objet, indépendamment de sa couleur, de sa grosseur, etc. On

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dit alors que l'essence (ou encore l'idée, le plan, le concept ...) précède l'existence. Si Jean-Paul
Sartre peut admettre une telle explication pour tous les objets, il prétend qu’une telle façon de
faire ne peut rendre compte de ce qu’est l’être humain.

Il n'y a pas d'essence humaine antérieure à l'existence de l'homme. Selon Sartre, il est
impossible d’obtenir une définition théorique totalement satisfaisante qui permettrait de savoir
précisément ce qu’est l’être humain. Celui-ci existe tout d’abord et se définit ensuite par rapport
aux actions qu’il a posées. S’inspirant de Karl Marx, Sartre nous invite donc à définir l’être
humain par les action qu’il produit plutôt que par des idées ou des croyances.

L’athéisme

L’existentialisme sartrien est athée. Cela signifie qu’au point de départ on trouve la
conviction que Dieu n’existe pas. Sartre tente de tirer toutes les conclusions que cette idée
entraîne. En conséquence, nulle divinité n'a pu créer l'humain. Aucune force suprême ne peut
nous sauver du mal, de la souffrance, de l’exploitation, de l’aliénation ou de la destruction.
Aucun Au-delà non plus pour justifier quelque bien ou quelque vérité que ce soit. Totalement
délaissé, l’être humain est absolument responsable de son sort. Ainsi, chaque choix que
j’accomplis m’appartient en propre. Ultimement, puisqu’il n’y a aucun dieu, notre existence se
déroule en une succession de libres choix qui ne sont jamais entièrement justifiables.

Philosophie de l’action et de l’engagement, l’existentialisme sartrien ramène tout à l’être


humain, le rendant absolument responsable de son sort. Acculé à l’action, il doit s’engager dans
son existence, prendre en main le cours de sa vie.

Un autre personnage clé de l'existentialisme est Albert Camus, qui est un des grands noms
de la littérature française. Camus prend en compte et aborde des questions fondamentales de la
vie et de l’existence humaine. Dans un contexte où le nihilisme prend une place importante,
Camus va mener des réflexions étendues, pleines d’humanité et de profondeur. Bien
qu'apparenté dans une certaine mesure à l'existentialisme, Albert Camus s'en est assez
nettement séparé pour attacher son nom à une doctrine personnelle, la philosophie de l'absurde.
Définie dans Le Mythe de Sisyphe, essai sur l'absurde(1942), reprise dans L'Etranger (1942),
puis au théâtre dans Caligula et Le Malentendu (1944), elle se retrouve à travers une évolution
sensible de sa pensée, jusque dans La Peste (1947). Il importe, pour lever toute équivoque,
d'étudier cette philosophie dans Le Mythe de Sisyphe et de préciser la signification de termes
comme l'absurde, l'homme absurde, la révolte, la liberté, la passion qui, sous la plume de
Camus, ont une résonance particulière.

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L’absurde

Camus dans Le mythe de Sisyphe part du constat de l’absurdité de la vie. Il donne


plusieurs bases à ce constat : l’intellect humain cherche à comprendre le monde et à l’unifier
par la raison, mais le monde n’est pas rationnel et la raison humaine se découvre étrangère à ce
monde. L’homme souhaiterait se trouver unifié au monde, à la nature, mais le simple fait de
porter un jugement sur ce point le marque comme distinct du monde qui l’entoure. D’autre part,
toute vie humaine a pour fin la mort, mais notre être y résiste et s’y refuse. On se projette dans
l’avenir, sans voir que l’avenir, c’est la mort. Quant au reste de l’humanité, l’impression de
familiarité s’estompe par moment, on voit alors les hommes dans leur simple matérialité. Leurs
gestes, leur apparence transmettent une impression d’éloignement et d’inhumanité. Notre
propre image peut elle-même nous apparaître étrangère et inquiétante. Tous ces faits
contribuent pour Camus au sentiment de l’absurdité du monde. Dans Le mythe de Sisyphe, il
se demande si l’absurde entraîne le suicide comme conséquence logique.

Sa réponse à la question du suicide passe par l’acceptation de l’absurde : l’absurde vient


de la confrontation entre les attente humaines et un monde qui y résiste. Éliminer l’homme, ou
la contradiction, ou le monde n’est pas cohérent avec le point de départ de la réflexion. Il
considère donc qu’il faut vivre pleinement la confrontation absurde, en multipliant les
expériences. Il s’agit de reconnaître l’absurde, mais de ne pas y consentir, ce qui nierait la
confrontation. Pour Camus, il faut maintenir et l’absurde, et la recherche de sens.
Dans L’homme révolté, il va plus loin dans sa réflexion en posant la question du meurtre :
l’absurde légitime-t-il le meurtre, et en particulier le meurtre de masse ? Question brûlante dans
un XXe siècle qui avait vu les crimes nazis et découvrait ceux du stalinisme.

À ce sujet, Camus est bien conscient que l’absurde comme seul point de départ ne peut
mener qu’à des contradictions. L’absurde légitime le meurtre en affirmant que toute action est
équivalente : sans sens, tuer son prochain n’est ni mieux ni pire que de le soigner. Mais l’absurde
refuse aussi le suicide comme suppression de soi. Par suite il doit refuser également le meurtre.
L’absurde conduit donc autant à légitimer qu’à délégitimer le meurtre, la réflexion ne peut donc
en rester là.

La révolte

Camus se trouve alors un autre point de départ en reconnaissant le sentiment de la révolte


: la révolte de l’homme face à sa condition, la révolte de l’esclave qui décide qu’une limite a

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été franchie à son égard, la révolte face à l’injustice. En analysant ce sentiment de révolte,
Camus constate qu’il doit se fonder sur quelque chose qui dépasse l’individu, parce que
l’homme est prêt à risquer sa vie pour se révolter contre ce qui le nie. Il en vient de manière
intéressante à envisager qu’il y ait bien une nature humaine qui justifie ce sentiment de révolte.
L’être humain ne serait pas qu’une pure possibilité à inventer constamment, mais aurait des
caractéristiques fondamentales, ancrées en lui. Camus prend ce sentiment de révolte comme
point de départ, en analogie avec le cogito de Descartes : Je me révolte, donc nous sommes.

Camus développe aussi cette notion de révolte dans le sens de ce qu’il appelle «révolte
métaphysique ». Il s’agit de l’homme qui refuse sa condition, qui met en opposition un principe
de justice présent en lui et un principe d’injustice présent dans le monde. L’homme a conscience
que certaines choses sont justes et bonnes, d’autres mauvaises et injustes, mais la marche du
monde lui montre partout le mal et l’injustice.

Pour Camus, du reste, la révolte qui aboutit au meurtre de masse en devenant révolution
se renie elle-même, parce qu’elle oublie qu’elle prenait racine dans le refus de l’oppression et
du meurtre. Néanmoins il reconnaît une logique dans le développement qui va du refus de Dieu
à la légitimation de l’atroce. Camus plaide donc pour une mesure entre la rationalité et la réalité,
soutenant que le réel n’est pas pleinement rationnel et le rationnel pas pleinement réel. Il plaide
pour que l’on ne suive pas entièrement la logique, insistant pour que l’on garde un ancrage dans
la réalité et dans la limite posée par le sentiment de révolte.

En conclusion, Jean-Paul Sartre et Albert Camus sont deux icônes majeures de la vie
intellectuelle française du XXème siècle, notamment des années 1940-1960. Leurs œuvres et
leurs engagements se croisent et se répondent comme autant de défis au monde. Réunir Sartre
et Camus dans une catégorie « existentialiste » pour certains intellectuels est une évidence à
cause de leur points communs. Les deux étaient des journalistes, des essayistes, des
dramaturges, des critiques, des gagnants de la Prix Nobel pour la littérature, et des philosophes.
Au lieu de les lier ensemble pour leurs similarités, c’est plus marquant de les mettre ensemble
pour souligner leur différences—les deux fonctionnent comme un contre-exemple pour l’autre.
Comme la plupart des débats existentialistes, la dualité est commune pour définir les théories ;
on ne peut pas avoir une essence sans existence, un en-soi sans pour soi et la violence sans la
non-violence. Pareillement, on ne peut pas soutenir une idée sartrienne sans Camus et une idée
camusienne sans Sartre. Voilà pourquoi, quand on parle de l'existentialisme, leurs noms sont
inévitables parce qu'ils ont une place particulière dans la théorisation existentialisme et dans
son exposition.