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26-137-A-10 Techniques de gain articulaire J.-L. Guillemain Malgré les progrès médicaux et chirurgicaux dans le

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Techniques de gain articulaire

J.-L. Guillemain

Malgré les progrès médicaux et chirurgicaux dans le domaine de la traumatologie, la raideur articulaire reste un champ d’intervention fréquent de la kinésithérapie où le thérapeute peut exprimer au mieux sa technicité. Cet article, après les rappels anatomophysiopathologiques nécessaires, analyse et précise les différents moyens pouvant être mis en œuvre dans le cadre du gain d’amplitude. Délaissant volontaire- ment les étirements et levées de tension des éléments musculotendineux, cet article se consacre aux techniques visant à redonner aux tissus périarticulaires et éléments fibreux capsuloligamentaires la qualité et la longueur nécessaires à la liberté et à l’harmonie articulaire. Après description et justification des techniques en général, certaines articulations sont abordées en fonction de leurs spécificités. Il ne s’agit pas de donner des recettes, mais d’élargir un éventail technique qui peut nous permettre de parer à différentes situations que nous rencontrons tous quotidiennement. Être à la limite des phénomènes douloureux, obtenir un relâchement maximal, trouver les moyens de contourner les défenses du patient liées à la douleur, à l’appréhension, voire aux deux réunies, voilà ce à quoi nous sommes confrontés. Une technique bien adaptée, associée au bon sens clinique, permet d’optimiser les résultats, même si ceux-ci semblent difficiles à comparer d’un patient à l’autre et d’une région à l’autre. Des études randomisées sont-elles envisageables pour cet acte très technique ? Cela serait souhaitable pour permettre de mettre à bas bon nombre d’idées rec¸ues.

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Mots-clés : Raideur articulaire ; Gain d’amplitude ; Techniques passives ; Mobilisations spécifiques ; Relâchement musculaire ; Techniques activopassives

Plan

Introduction

Raideur Anatomophysiologie Pathologie Causes et mécanismes des raideurs articulaires Raideur et douleur Aspect psychologique Rééducation proprement dite Techniques activopassives Quelques exemples concrets par articulations Postures Automobilisations Place de l’appareillage Balnéothérapie

Conclusion

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Introduction

Spécialité kinésithérapique s’il en est, la technique de gain articulaire consiste à retrouver les amplitudes nécessaires à la fonc- tion. Faire le bon geste, choisir les bonnes techniques en fonction

EMC - Kinésithérapie-Médecine physique-Réadaptation

Volume 8 > n 4 > octobre 2012

http://dx.doi.org/10.1016/S1283-0887(12)56654-5

des tissus et du ressenti du patient, voilà le challenge qui nous est proposé presque quotidiennement. La bibliographie récente n’est pas aussi riche que l’on aurait pu l’imaginer et les études randomisées semblent ne pas exister sur le sujet. Et pourtant, le kinésithérapeute doit posséder l’éventail technique le plus justifié et le plus large possible pour pouvoir y puiser la fac¸on de faire la plus adaptée. Ne sont pas traités dans cet article les étirements musculotendi- neux ou diverses techniques de levées de tension musculaire [13] . Cet article ne traite que des techniques qui visent à lutter contre les limitations d’amplitudes liées à l’hypoextensibilité capsuloligamentaire, les difficultés de déplissement des replis cap- sulosynoviaux ou la défense musculaire que le patient met en place en raison de phénomènes douloureux ou de l’appréhension de ceux-ci [4] . La technicité kinésithérapique prend ici toute sa valeur. Après un rappel anatomophysiopathologique de la raideur, des exemples sont donnés articulation par articulation.

Raideur

Concernant la raideur, ses origines et ses mécanismes sont mul- tiples, relevant d’affections diverses. Nous nous attarderons ici plus spécifiquement sur les raideurs postchirurgicales en trau- matologie et rhumatologie. Toutes les structures articulaires et

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périarticulaires peuvent être impliquées. L’enraidissement peut être la conséquence de l’immobilisation, de l’inflammation, de saignements, d’une sous-utilisation (voire inutilisation) arti- culaire, liée à l’appréhension, ou de consignes chirurgicales postopératoires interdisant certains secteurs articulaires. La recherche fondamentale, depuis l’analyse tissulaire au niveau moléculaire jusqu’aux études anatomiques et biomécaniques, jus- tifie l’action thérapeutique du rééducateur. La raideur articulaire n’est jamais anodine. Son retentissement fonctionnel peut sou- vent compromettre les gestes simples de la vie courante.

Anatomophysiologie

La capsule articulaire délimite la cavité articulaire. Elle est constituée d’une membrane fibreuse et d’une membrane syno- viale. La membrane fibreuse est résistante et peu élastique, elle par- ticipe à la protection mécanique de l’articulation. L’accolement de ligaments et/ou de terminaisons tendineuses dont la direction des fibres peut être particulièrement agencée (fibres réfléchies ou récurrentes) permet de renforcer localement la capsule. Ces dis- positifs sont présents dans la plupart des grosses articulations, ils interviennent dans la stabilisation dynamique de l’articulation et peuvent jouer un rôle dans la raideur articulaire (droit anté- rieur à la hanche, coques condyliennes postérieures au genou). La capsule prolonge le périoste et s’insère d’autant plus loin du cartilage articulaire que l’articulation est mobile. Parfois quelques fibres récurrentes rejoignent les surfaces articulaires : ce sont les freins capsulaires. La membrane synoviale adhère à la face profonde de la cap- sule. Mince et transparente, elle recouvre l’os, les tendons et les ligaments intracapsulaires. Les plis synoviaux sont des replis au niveau des recessus. Le déplissement de ces replis synoviaux est primordial pour l’intégrité du jeu articulaire. Les raideurs d’épaule et de genou sont, par exemple, particulièrement associées à une rétraction ou symphyse de ces recessus. Des expansions syno- viales vers les espaces abarticulaires sont possibles, leur rôle est de favoriser le glissement des différentes structures. La synoviale secrète certains constituants du liquide synovial et assure donc des fonctions de nutrition, de défense et de lubrification. Les ligaments sont des lames ou des cordons fibreux unissant les différentes pièces impliquées dans le jeu articulaire. D’un point de vue anatomique, les ligaments sont intracapsulaires (mais extra- synoviaux comme les ligaments croisés des genoux), capsulaires renforc¸ant la membrane fibreuse, ou extracapsulaires. La restaura- tion d’une lésion peut conduire à des adhérences néfastes pour le jeu articulaire. Les ligaments sont les composants articulaires les plus riches en fibres élastiques et leur allongement sous la mise en contrainte est important. Le tissu fibreux est un tissu dense, contenant de 40 % à 50 % d’eau. Il contient essentiellement des fibres collagènes (75 %) et est donc très peu déformable, avec une phase élastique importante. Sa limite de déformation est de l’ordre de 4 %. Sa limite de rupture est de 8 % (c’est-à-dire 8 % de sa lon- gueur). Les éléments les plus fins et longs s’allongent d’environ 4 % de leur longueur. Les éléments courts et épais se déforment peu (allongement de 2 % de leur longueur) [5, 6] . Toute diminution du mouvement, liée notamment à une immobilisation, altère de fac¸on importante les propriétés visco- élastiques des ligaments avec pour conséquences un frein à la liberté articulaire. L’extensibilité des ligaments peut non seule- ment être regagnée progressivement après remobilisation, mais aussi être améliorée par un entraînement physique. Le rôle d’un lubrifiant est de réduire les phénomènes de frot- tement et d’usure entre deux corps en mouvement l’un contre l’autre. Le liquide synovial remplit cette fonction. La lubrification d’une articulation saine est si performante que seuls 1 % à 2 % de la résistance à la mobilisation passive sont liés au frottement des surfaces en contact. C’est souligner la part prépondérante des résistances abarticulaires [79] . Les synoviales articulaires, qui assurent la trophicité des car- tilages et leur lubrification, sont constituées de synoviocytes qui reposent sur un conjonctif lâche non spécialisé, sans inter- position de membrane basale [10] . La majorité de ces cellules

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(synoviocytes B) a une différenciation sécrétoire et élabore cer- tains constituants du liquide synovial (acide hyaluronique, protéoglycanes). Les autres (synoviocytes A) intercalées entre les précédentes ont une fonction macrophagique de détersion. Le liquide synovial est une matrice extracellulaire particulière, remarquable par l’absence de fibres et sa haute teneur en eau, en électrolytes et en acide hyaluronique. Les structures de glissement extra-articulaires (bourses séreuses et gaines ténosynoviales) ont une structure comparable. Capsules articulaires, ligaments et tendons, à spécialisation mécanique, sont constitués de fibroblastes qui synthétisent de manière quasi exclusive des fibres de collagène de type I, orga- nisées en faisceaux orientés dans le sens des lignes de force. Ces fascicules sont séparés par de fines cloisons de conjonctif lâche, dans lesquelles cheminent des capillaires sanguins et lympha- tiques, ainsi que des filets nerveux.

Pathologie

En conditions pathologiques, quelle que soit la nature de l’agresseur, ils vont réagir de manière identique et souvent associée, réalisant une « pathologie d’appareil ». Les raideurs articulaires, qui représentent le risque évolutif de toutes ces pathologies, relèvent de lésions des composants de l’articulation :

cartilage, capsule et synoviale, ainsi que des tissus périarticulaires. Toutefois, ces différents tissus n’ont pas le même potentiel de réponse et de réparation. Le conjonctif lâche non spécialisé est le plus réactif, avec un potentiel de cicatrisation pratiquement illimité. Il n’en est pas de même des conjonctifs spécialisés des tendons, capsules et surtout du cartilage où du fait de l’absence ou du petit nombre de vaisseaux, le pouvoir de régénération est au contraire très limité. Toute lésion du tissu conjonctif, quelle qu’en soit la nature (inflammatoire, métabolique, vasculaire), entraîne un afflux de précurseurs fibroblastiques, qui se divisent activement. Cette activation débute en périphérie du foyer lésionnel et néces- site la présence de capillaires. Elle s’accompagne d’une réaction inflammatoire de détersion, parfois nécrosante, et de phéno- mènes œdémateux et/ou hémorragiques. L’ensemble caractérise le « granulome » ou « tissu de granulation », première étape de la

cicatrisation

[11] .

La fibrose cicatricielle est l’aboutissement de toutes les lésions du tissu conjonctif [10] . Elle se définit par une synthèse accrue de macromolécules matricielles, en particulier de collagènes, liée à une hyperactivité fibroblastique et destinée à combler un foyer pathologique. Les études biochimiques des fibroses tissulaires mettent en évidence une prédominance de collagènes I et III, mais en pro- portions variables selon le modèle étiologique et l’ancienneté. En début d’évolution, il s’agit surtout de collagène III, de type fœtal. Avec le temps, la sécrétion de collagène I devient prédominante, ce qui va de pair avec une raréfaction des fibroblastes, une régression de la vascularisation et une rétraction du foyer lésionnel.

Causes et mécanismes des raideurs articulaires

Le fonctionnement normal d’une articulation, à un ou plusieurs degrés de liberté, est sous-tendu par diverses conditions anatomo- physiologiques s’appliquant à l’articulation elle-même, mais aussi aux structures adjacentes. Sont ainsi requis pour assurer un jeu articulaire complet :

le respect des rapports osseux, indispensable à une bioméca- nique normale ;

l’intégrité de l’articulation (cartilage, synoviale, capsule) ;

l’élasticité suffisante des structures périarticulaires, autorisant un débattement articulaire total. L’atteinte d’une ou de plusieurs de ces structures peut compro- mettre le jeu articulaire. C’est dire la multiplicité et la complexité des causes et mécanismes des raideurs articulaires qu’il est pour- tant essentiel de connaître précisément afin de guider l’acte thérapeutique, rééducatif ou chirurgical.

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Le but de ce travail est de recenser les différentes lésions susceptibles de générer une raideur articulaire, sur lesquelles la rééducation présente une prise. Les éléments responsables de la limitation articulaire sont sur- tout, en phase initiale, la douleur générée par l’épanchement articulaire et la synovite qui figent l’articulation dans une posi- tion antalgique [12] . Secondairement, l’attitude vicieuse se fixe par modification des structures articulaires et périarticulaires et ce n’est que plus tardivement que les lésions cartilagineuses évo- luées, la déformation des épiphyses, l’association de processus destructeurs et constructeurs, génèrent une raideur définitive. Il faut souligner également que l’immobilisation articulaire pro- longée provoque des lésions cartilagineuses à type d’érosion, de nécrose, qui, à long terme, se surajoutent aux autres atteintes articulaires et périarticulaires pour pérenniser l’ankylose [1316] . Les modifications de la cavité articulaire et de la synoviale sont très souvent en cause dans la raideur articulaire, de fac¸on directe ou indirecte. Lors d’un épanchement articulaire, quelle qu’en soit la nature inflammatoire, septique ou hématique, la distension articulaire et la libération de médiateurs de l’inflammation dans l’articulation stimulent les récepteurs nociceptifs intra- et périarticulaires et la douleur ainsi provoquée entraîne une réduction de la mobi- lité articulaire et le positionnement de celle-ci dans une attitude antalgique correspondant à la position dans laquelle la pression intra-articulaire est minimale [12] . Si l’épanchement se pérennise, il se produit une fibrose synoviale, des adhérences intra-articulaires, une rétraction capsulaire qui, associées au déséquilibre musculaire provoqué de fac¸on réflexe par l’épanchement [17] , limitent le jeu articulaire. La cavité articulaire peut être envahie de tissu fibroadipeux ou fibreux responsable d’une réduction de la mobilité. Ce proces- sus s’observe essentiellement après immobilisation où il apparaît précocement avant les modifications capsulaires, périarticulaires et cartilagineuses [13, 15] . Ce tissu fibroadipeux, puis entièrement fibreux, est initialement séparé du cartilage puis y adhère [14] , for- mant une symphyse intra-articulaire responsable d’une raideur encore réversible avec la reprise de la mobilisation. Cet envahisse- ment de l’articulation par du tissu fibreux s’observe, en dehors de l’immobilisation, dans l’algodystrophie réflexe [18] . La synoviale peut être à l’origine d’une raideur articulaire par trois mécanismes : réaction inflammatoire, fibrose, symphyse. Lors d’une synovite, quelle qu’en soit l’origine, la raideur est initialement due à la douleur par distension de la capsule et des structures périarticulaires, puis à la rétraction des différentes structures articulaires et juxta-articulaires par immobilisation en position antalgique ou processus immunochimique. Cette fibrose correspond très vraisemblablement à une forme de cicatrisation du processus inflammatoire [19] et peut à elle seule être responsable d’une limitation de l’amplitude articulaire. Enfin, des lésions symphysaires des replis synoviaux sont souvent constatées au genou, mais aussi à l’épaule après immo- bilisation [20, 21] . Au genou, ces symphyses synoviales intéressent les culs-de-sac et sont un des facteurs essentiels de la raideur en limitant le jeu rotulien et le glissement des condyles sur les pla- teaux tibiaux [21] . À l’épaule, les adhérences se situent au niveau des recessus inférieur et sous-scapulaire, expliquant les limita- tions préférentielles de l’élévation antérieure et de la rotation latérale [20] . Les atteintes de la capsule et des ligaments relèvent de trois grandes étiologies : l’immobilisation, la rétraction capsulaire qui est elle-même la traduction univoque de différentes affections, voire les ossifications capsulaires comme on peut les observer dans la spondylarthrite ankylosante ou l’hyperostose vertébrale engainante. Au cours de l’immobilisation, les modifications capsuloliga- mentaires sont caractéristiques et ont été parfaitement objectivées par les études anatomiques humaines et surtout les expéri- mentations animales [13] . Il se produit une perte d’élasticité capsuloligamentaire liée aux modifications histologiques et bio- chimiques du collagène. D’un point de vue histologique, on observe une petite diminution de la quantité du collagène avec augmentation de la synthèse et de la dégradation, légèrement au profit de la dégradation, et surtout l’augmentation des ponts

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interfibrillaires entre les fibres de collagène et une désorganisa- tion de l’orientation des fibres, responsables de la perte d’élasticité tissulaire [13] . D’un point de vue biochimique, il a été montré, dans la capsule, les ligaments et les tendons d’articulations expé- rimentalement immobilisées, une baisse de la teneur en eau et des

protéoglycanes

D’un point de vue thérapeutique, deux notions sont, ici, importantes à relever. Les anomalies observées peuvent être réversibles avec la reprise d’une mobilisation passive continue [22] . La rétraction capsulaire, si elle est une complication habituelle de l’immobilisation prolongée [13] , peut aussi survenir isolément et on parle alors de capsulite rétractile idiopathique, ou être secondaire à une prise médicamenteuse, une algodystrophie, une affection neurologique, une atteinte synoviale ou ostéocartilagi- neuse.

[13] .

Raideur et douleur

La douleur est responsable de réactions de défense nuisant à la bonne conduite de la rééducation. L’attitude antalgique en fles- sum, spontanément adoptée par le patient, peut, à elle seule, être responsable de difficultés à lutter contre une raideur en extension, et même, participe à celle-ci [23] . Toute douleur peut être responsable d’une limitation des sec- teurs de mobilité atteints en rééducation, et cela justifie parfois pleinement l’usage d’antalgiques majeurs (prise de morphine) ou d’inhalation d’analgésiant (mélange oxygène et protoxyde d’azote) [24] , en postopératoire et au-delà, dès lors que cette mani- festation n’est pas un signal d’alarme inquiétant, d’autant qu’elle est responsable de contractions réflexes contre lesquelles on ne peut lutter mécaniquement sans risque d’augmenter dangereuse- ment les contraintes.

Aspect psychologique

Il représente un aspect essentiel, souvent négligé dans la prise en charge du traitement postopératoire des traumatismes graves du genou. Le patient qui souffre est un sujet anxieux qui, de plus, déve- loppe un vécu dépressif du fait de la dévalorisation de son image. Il traverse en effet une période où son rôle familial n’est plus tenu, où sa place sociale est parfois remise en cause. Dans un contexte où les explications purement organiques ne manquent pas et sont un argument trop facile à opposer au patient qui souhaite que l’on entende sa souffrance, la dimension psychologique de sa douleur doit être prise en compte. La douleur, source de contractures réactionnelles et, au-delà des mécanismes réflexes, peut être génératrice d’une angoisse qui vient augmenter la défense musculaire, au détriment du gain d’amplitude recherché en rééducation. De plus, le seuil de la douleur baisse avec la pusillanimité de cer- tains patients. Négliger cet aspect conduirait à transformer une douleur banale (en existe-t-il ?) en souffrance difficilement tolé- rable. La douleur ou les thérapeutiques vécues comme agressives, même si le phénomène douloureux reste tolérable, pourront inter- férer sévèrement avec des désordres psychologiques préexistants. Le concours du psychiatre dans le cadre de la structure de réédu- cation est alors indispensable.

Rééducation proprement dite

Libération des tissus périarticulaires

C’est le préalable à une « séance » de gain d’amplitude. Cela consiste, par le biais du massage (« en peigne » et frictions) ou de manœuvres en torsion, à tenter de rétablir des glissements harmo- nieux entre les différents plans [25] . Hormis la coxofémorale, trop profonde, toutes les articulations sont accessibles par le massage. Le coude et le genou sont particulièrement visés dans cette stra- tégie, car la finesse de la peau en regard de ces deux articulations donne accès à des plans sous-cutanés et aponévrotiques semblant

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ne faire qu’un. « Il convient de s’abstenir de foulages intenses et douloureux qui ne pourraient qu’enflammer davantage des struc- tures qui ont déjà souffert. » [25] Il va sans dire que la peau elle-même peut être un frein à l’amplitude articulaire dans le cas des brûlés, greffes cutanées et autres cicatrices très adhérentes. Sans aller jusqu’à ces peaux pathologiques, la mobilité tissulaire nécessaire au jeu articulaire, la fréquence des adhérences, infiltrats, indurations, suffisent à rendre indispensable le massage mobilisateur des téguments. Il comprend surtout des frictions des plans superficiels, des plis rou- lés ou de type Wetterwald, pétrissage et traits tirés. Le placement du genou dans des positions plus ou moins fléchies permet de moduler la tension des tissus superficiels [26] . Retrouver les glisse- ments entre les différents plans fait partie à part entière d’une séance de libération articulaire. La grande poche articulaire du genou avec son cul-de-sac sous-quadricipital est l’objet d’un massage reprenant les mêmes manœuvres que le plan cutané, mais plus au contact de l’os. Ainsi on décrit des manœuvres dites « de la séreuse », c’est-à-dire des traits tirés enrobant circulairement la rotule, des frictions exé- cutées soit avec toute la paume, soit de fac¸on plus ponctuelle. À noter la région du cul-de-sac sous-quadricipital, où la main, en appui transversal, opère des allers retours en friction afin de mobiliser le plan musculaire sur l’appui fémoral. De même il faut signaler, de part et d’autre du genou, la zone dite de « la rampe cap- sulaire de Chevrier » où les accolements sont vite préjudiciables et nécessitent les mêmes manœuvres que le cul-de-sac, exécutées généralement avec la pulpe des doigts.

« Drainage » d’une articulation encore liquidienne [26]

Le drainage peut parfois suffire à retrouver une liberté arti- culaire, avant même d’avoir à mettre en place les manœuvres de gain d’amplitude proprement dites. Tous les moyens (cryo- thérapie) et principes (douceur) habituels sont alors mis en place [27] .

Techniques passives

Les techniques passives ne trouvent leur place que si le patient est bien détendu. C’est l’un des rôles du thérapeute que de pla- cer le patient dans des conditions d’installation et de confiance maximales qui permettent d’emmener l’articulation dans ses amplitudes les plus extrêmes, à la limite des sensations doulou-

reuses

Ces techniques passives se doivent d’associer les mobilités dites spécifiques, telles que les a décrites Kaltenborn [29] , à savoir les décompressions et les glissements auxquels nous pouvons ajou- ter, pour certaines articulations, les bâillements. « Kaltenborn a considéré la diminution du glissement des surfaces articulaires (lors du mouvement) responsable de la limitation d’amplitude articulaire. Cette perte de glissement est maximale en fin d’amplitude lorsqu’une compression ponctuelle des surfaces arti- culaires s’établit d’un côté de l’articulation et un bâillement avec étirement capsulaire de l’autre. Le mécanisme est augmenté par l’essai de mobilisation à grand bras de levier telle qu’elle est utilisée

classiquement. » De plus, il est beaucoup plus difficile pour un patient de s’opposer musculairement à ces mobilités qu’à une amplitude seg- mentaire qu’il connaît (flexion ou extension, ou abduction ou rotations, etc.).

[28] .

Décompressions articulaires

Les décompressions articulaires (parfois rythmées : thérapie hypopressive séquentielle [30] ) représentent un véritable « cœur périphérique » pour l’entité fonctionnelle biomécanique articu- laire et périarticulaire. Ce couple structure/fonction du cartilage ne saurait être envi- sagé (ne serait-ce que pour expliquer la clinique de nos patients) sans l’interdépendance dans le domaine de l’autotrophicité du cercle vicieux cartilage/muscle/mouvements, le muscle ayant lui aussi une double action trophique sur le cartilage : d’une part d’ordre mécanique (par la nutrition synoviale), d’autre part

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d’ordre vasculaire par une action de la contraction musculaire sur la circulation intraosseuse augmentant la pression intra- médullaire [31] . Il est donc maintenant admis que la physiologie d’une articulation normale assure l’alternance de « pressions » et de « non-pressions » de l’interligne articulaire. Ces sollicitations sont essentielles à la nutrition cartilagineuse par imbibition, le méca- nisme étant celui de l’éponge. Le cartilage jeune et élastique s’imbibant mieux que le cartilage durci par la sénescence, il semble alors fort logique d’améliorer l’imbibition cartilagineuse en réali- sant, au cours des traitements physiques, des arthroses et/ou des raideurs articulaires, des décompressions alternatives rythmiques. Pour ce faire, nous utilisons des techniques de dégagement de l’interligne articulaire de fac¸on intermittente comme l’a déjà décrit depuis fort longtemps Sohier, notamment dans son livre traitant de la kinésithérapie de la hanche [31] . Parmi l’arsenal théra- peutique dont dispose le kinésithérapeute pour traiter des raideurs articulaires qui lui sont confiées, les techniques de dégagement de l’interligne articulaire semblent un peu délaissées malgré des résultats cliniques souvent forts satisfaisants.

Techniques activopassives

La défense musculaire que le patient met en place oblige le thérapeute à choisir des stratégies permettant un relâchement momentané. Ces techniques sont bien connues des kinésithérapeutes, mais il convient de revenir dessus, ne serait-ce que pour ne pas les confondre avec les techniques d’étirements et de levées de ten- sion, car si elles leur ressemblent, elles n’ont ni le même objectif, ni les mêmes modalités. Les deux stratégies les plus employées ne sont pas basées sur le même principe. L’une, inspirée de Kabat [2] , consiste à placer l’articulation dans son amplitude submaximale, de demander d’intensifier la contraction des muscles qui s’opposent au mouvement recherché, qui sont déjà, il faut le rappeler, en état de vigilance. Cette contrac- tion, purement isométrique, qui dure le temps que l’intensité atteigne son maximum (souvent 4 à 5 secondes), est alors suivie d’un relâchement qui donne le temps au thérapeute d’aller étirer les éléments passifs responsables de la limitation articulaire. Il ne s’agit donc pas de traiter le muscle, comme on peut le faire lors des étirements ou des levées de tension, mais bien de profiter du relâ- chement pour s’adresser aux éléments capsulaires responsables de la limitation. L’autre technique est basée sur l’inhibition réciproque de Sher- rington [32] . Cette fois, ce sont les muscles qui vont dans le sens du mouvement recherché qui sont sollicités. Cela se réalise aussi dans l’amplitude submaximum (parce qu’active) qu’offre l’articulation, là aussi en isométrique contre résistance maximum. Cette contrac- tion permet de relâcher les muscles ayant tendance à s’opposer au mouvement recherché. Cette contraction isométrique, là encore de 4 à 5 secondes (le temps de recruter au mieux les fibres mus- culaires), devient progressivement concentrique, en diminuant soit le bras de levier, soit la résistance. Diminuer le bras de levier est plus « piégeant » pour le patient, mais pas toujours réalisable, certains bras de levier étant parfois déjà très courts. Les deux stratégies peuvent parfois être associées [3, 33] si, après la contraction, on demande au patient d’aller activement dans le sens du mouvement recherché au lieu de se relâcher. Ces techniques souvent nommées « activopassives » ont l’inconvénient, si elles sont trop répétées, (et le gain d’amplitude est un traitement de longue haleine), de surcharger les structures musculotendineuses. Et, de fait, à plus ou moins court terme, les tendinites ou enthésites ne sont pas rares, ce qui peut retarder encore la rééducation dans le champ musculaire.

Quelques exemples concrets par articulations

Genou

L’abaissement de la patella pendant la flexion est incontour- nable puisque c’est le plus sûr moyen de déplisser le cul-de-sac sous-quadricipital, responsable dans la plupart des cas de la

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limitation par accolement de ses feuillets. Une main étant occu- pée pour cette action, l’autre se doit de mettre en place tous les autres mouvements associés, soit simultanément, soit tour à tour. La prise est de toute fac¸on courte, puisqu’il faut associer le glisse- ment postérieur physiologique. Cette prise courte permet de plus de réaliser la rotation médiale physiologique en accompagnant le recul du plateau médial et l’avancée du plateau latéral [ 3 4 ] . Une prise longue bimalléolaire permet d’être plus efficace en rotation [34] . Une prise longue bimalléolaire permet d’être plus efficace en rotation médiale et en décompression, mais pour cette dernière, il faut alors rester en flexion submaximale pour éviter un bâillement antérieur de la fémorotibiale. À cette technique purement passive qui nécessite un patient bien relâché peuvent être substituées des techniques actives ou activopassives décrites plus haut en théorie, si le patient a ten- dance à lutter contre le thérapeute. Pour le genou, il est tout de même plus sage de privilégier celle basée sur l’inhibition réciproque de Sherrington. En effet, elle présente l’avantage de s’adresser aux ischiojambiers qui sont de puissants muscles pos- tériorisant le tibia sous le fémur, ce qui correspond bien à la physiologie de la flexion du genou. Utiliser la contraction du quadriceps présente un désagrément non négligeable, que sont les pressions exercées sur l’articulation fémoropatellaire lorsque le genou est en flexion plateau médial et l’avancée du plateau latéral [ 3 4 ] [ 3 4 ] . [34] . Ce ne sont pas quelques contractions qui peuvent mettre à mal le cartilage fémoropatellaire, mais nous savons qu’un gain d’amplitude peut durer dans le temps, et si l’on multiplie le nombre de contractions par le nombre de séances quotidiennes, puis par le nombre de semaines, le risque devient alors conséquent. Ce risque lié à la multiplication des contractions musculaires est le même pour les tendons des muscles concernés par un gain d’amplitude trop basé sur les techniques activopas- sives. On sait les tendons patellaires, quadricipitaux et ceux des ischio-jambiers susceptibles de devenir douloureux et empêcher cette fois non seulement leur utilisation lors de ces techniques, mais leur travail dans l’optique d’un éventuel renforcement. En revanche, il est conseillé de demander au patient de faire « une remontée de patella » fréquents dans la journée pour amé- liorer les plans de glissement du cul-de-sac sous-quadricipital, et cela sans contrainte articulaire, ni tendineuse. L’intérêt de ces « remontées » de patella est double, puisque l’amélioration des plans de glissement permet non seulement de gagner de l’amplitude de flexion, mais aussi de gagner en extension active, quadriceps et muscle articulaire du genou (anciennement sous- crural), en ayant à vaincre moins de résistance lors de leur contraction. L’extension passive bénéficie elle aussi des techniques associant l’extension elle-même, le glissement antérieur, la décompression articulaire, le recul du plateau tibial latéral et l’avancée du plateau tibial médial.cul-de-sac sous-quadricipital, et cela sans contrainte articulaire, ni tendineuse. L’intérêt de ces « remontées »

Articulation coxofémorale

Au niveau de l’articulation coxofémorale, dans le cadre d’une hanche opérée sans arthroplastie avec risque d’apparition d’arthrose, les décompressions [31] , qu’elles soient réalisées dans l’axe de la diaphyse pour augmenter l’interligne articulaire supé- rieur, ou dans l’axe du col pour les coxofémorales à tendance protrusive, restent le plus sûr moyen de redonner un peu de liberté articulaire. Indolores, elles permettent d’agir sur le tissu capsulo- ligamentaire sans être traumatisantes, comme peuvent l’être les techniques plus classiques de gain d’amplitude. De même, il est indiqué, lors d’un travail en flexion, d’associer une traction crâ- niopodale en prise courte face antérieure de cuisse, surtout lorsque le patient signale une douleur antérieure (donc de d’apparition d’arthrose, les décompressions [ 3 1 ] « coincement » plus que d’étirement). Pour la « coincement » plus que d’étirement). Pour la hanche prothétique, ces décompressions étant inter- dites puisque luxantes, nous nous orienterons vers les différentes techniques évoquées plus haut. À celles-ci s’ajoute une technique basée sur le principe de Sherrington qui peut parfois s’avérer inté- ressante en utilisant la mobilité lombo-pelvi-fémorale du patient lorsque celui-ci a déjà été éduqué dans ce sens [35] . Prenons l’exemple du gain en extension. Patient en décubitus, hanche opposée en hyperflexion maintenue à deux mains par le patient lui-même ; la cuisse du patient se trouve alors légère- ment décollée de la table du fait de la présence d’un flessum.

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Techniques de gain articulaire 26-137-A-10

Le massokinésithérapeute (MK) applique une force antéroposté- rieure sur la face antérieure de la cuisse d’une main, son autre main se glissant sous la charnière sacrolombaire. Le MK demande alors une antéversion du bassin, provoquant ainsi une flexion relative de la coxofémorale, ce qui donne une légère sensation de liberté articulaire au patient, puisqu’il s’éloigne de la position d’extension maximale dans laquelle il se sentait maintenu. Et c’est lors de la rétroversion qui lui est demandée dans un second temps, que le MK, maintenant toujours le fémur, segment distal de l’articulation, le gain d’amplitude a lieu du fait de la mobi- lisation du pelvis (segment proximal), vers l’extension relative. Cette même fac¸on de procéder est applicable pour la flexion et les rotations. Pour l’abduction, le frein étant généralement les muscles adduc- teurs, ce sont systématiquement des techniques à visée de levée de tension ou d’étirements qui sont mises en place.

Articulation scapulohumérale

L’articulation scapulohumérale présente une problématique différente tout du moins en ce qui concerne les techniques activo- passives. Cette fois, si on prend l’exemple du gain d’amplitude en abduction dans le plan de la scapula, le glissement inférieur est réa- lisé par la contraction des « trois grands » (pectoral, dorsal et rond) et la technique basée sur une contraction suivie d’un relâchement est toute indiquée. Le placement des mains est alors identique, que ce soit pour ce travail ou pour le passif. Neer décrit comme une « absurdité physiologique » la contre-prise consistant à maintenir la pince acromioclaviculaire dans la mesure où elle ferme l’espace sous-acromial [36] . Il est facile de fabriquer un couple de force sur la longueur de l’humérus, ce qui permet d’associer le glissement inférieur physiologique à l’abduction, mais aussi de recentrer pas- sivement l’articulation glénohumérale la mesure où elle ferme l’espace sous-acromial [ 3 6 ] [ 3 7 ] et, [37] et, en plus, d’ouvrir cet espace sous-acromial, siège des conflits que l’on connaît bien. Trois stratégies sont alors possibles :

agir simultanément en abduction et rotation latérale ;

placer en glissement inférieur maximal (ou submaximal), puis insister sur l’abduction ;

placer en abduction maximale (ou submaximale), puis insister en glissement inférieur. C’est cette dernière fac¸on de faire qui est le plus souvent privi- légiée, car le patient peut moins facilement mettre en place une défense musculaire contre un glissement que contre une abduc- tion qui est, elle, placée sous le contrôle volontaire. Pour la rotation latérale, c’est le glissement antérieur que l’on doit induire lorsque l’on effectue le gain d’amplitude coude au corps. L’écueil est de le réaliser sans « embarquer » l’ensemble de la ceinture scapulaire. Il s’agit alors de retenir cette dernière au niveau de l’articulation acromioclaviculaire (par exemple avec le pouce), pendant que les autres doigts induisent le glissement anté-
rieur. L’autre main, mobilisatrice, se situe au niveau du coude, que celui-ci soit fléchi ou tendu.acromioclaviculaire (par exemple avec le pouce), pendant que les autres doigts induisent le glissement anté-

Coude

Voici l’articulation délicate par excellence, à laquelle nous sommes confrontés en permanence, que ce soit en post-traumatique ou après arthrolyse. Les manœuvres à grand bras de levier semblent ici proscrites, que ce soit en passif ou en activopassif. Après libération des tissus périarticulaires, c’est avec cette arti- culation que les techniques spécifiques [29] prennent toute leur valeur. Glissements, bâillements et décompressions à prise courte, associées ou non aux mouvements de flexion ou d’extension permettent de « grignoter » quelques précieux degrés, et ce, sans déclencher les phénomènes douloureux synonymes de syndrome douloureux régional complexe. Les mouvements de l’avant-bras en supination et pronation sont indissociables du coude. Là encore, ce travail se fait à l’aide de techniques spécifiques et en particulier au niveau de l’huméroradiale et des deux radio-ulnaires, voire de la membrane interosseuse. Il ne s’agit pas ici de détailler toutes les manœuvres réalisables à ce niveau (Kaltenborn les a mieux décrites que quiconque), mais de souligner le fait que cette stratégie thérapeutique baséeà prise courte, associées ou non aux mouvements de flexion ou d’extension permettent de « grignoter à prise courte, associées ou non aux mouvements de flexion ou d’extension permettent de « grignoter

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26-137-A-10 Techniques de gain articulaire

sur les mobilisations spécifiques est à utiliser en priorité, voire en exclusivité pour espérer un résultat optimal, et cela, sans agression articulaire et périarticulaire.26-137-A-10 Techniques de gain articulaire Déficit de flexion dorsale de cheville Ce déficit représente lui aussi

Déficit de flexion dorsale de cheville

Ce déficit représente lui aussi une situation fréquente et nos techniques manuelles sont alors insuffisantes. Les mobilisations spécifiques peuvent nous permettre de tenter de libérer le glisse ment postérieur du talus dans la pince tibiofibulaire, voire accom- pagner celui-ci vers l’arrière pour jouer sur l’écartement de la pince, surtout dans le cas d’une souffrance antérieure lors de la flexion dorsale maximale analytique. Le bras de levier très court que représente la longueur du pied nous interdit d’espérer une efficacité maximale. Nous nous tour- nerons donc à nouveau vers les postures, alternant, si besoin est, les positionnements genou fléchi et genou tendu. La limi- tation articulaire proprement dite est travaillée genou fléchi par des automobilisations en fente avant et des postures en position assise, pied sous la chaise avec un poids (important) posé sur le tiers inférieur de la face antérieure de la cuisse. Pour les pos- tures, le genou tendu, sur plan incliné avec une cale sous le pied à angle aigu reste un incontournable, alors que l’automobilisation peut s’effectuer avant-pied en bord de marche d’escalier ou de cale.périarticulaire. Déficit de flexion dorsale de cheville Postures Les postures sont une autre arme que possède

Postures

Les postures sont une autre arme que possède le kinésithé- rapeute contre les raideurs articulaires. Ces positionnements prolongés (au moins 20 minutes [38] ) sont parfois le seul moyen d’espérer agir sur les 4 % ou 5 % d’allongement qu’offre le tissu fibreux [5, 6] . Soin à nous de ne pas les transformer en tortures. Il faut en effet que ces postures soient tout à fait suppor- tables pour le patient, avec la possibilité permanente de les interrompre. L’installation de départ se doit d’être la plus parfaite possible. Si l’on prend l’exemple de la posture en extension de genou, il est indispensable que le contre-appui soit situé sous la face postérieure de l’extrémité proximale du segment jambier pour que le glissement antérieur soit naturellement induit. Le risque du contre-appui sous le talon est un cisaillement avec recul du plateau tibial par rapport aux condyles fémoraux, cela engen- drant, à plus ou moins long terme, des phénomènes douloureux postérieurs. Un bon moyen pour que le patient tolère les postures est de demander sa participation lorsque cela est possible [39] . Il est tout à fait possible d’utiliser les mêmes stratégies qu’avec le tra- vail manuel, en demandant par exemple au patient, à plusieurs moments de sa posture, de lutter activement contre cette posture, puis de se relâcher, ou bien « d’aller vers » l’amplitude recherchée. C’est en éduquant le patient à ces pratiques et en s’assurant qu’il les réalise convenablement, que celui-ci peut donc participer acti- vement à sa rééducation. Une participation passive est parfois possible en jouant sur un relâchement maximum obtenu par la respiration dans le temps expiratoire. Il peut aussi accompagner le mouvement par une technique spécifique, par exemple en pous- sant la patella vers le bas avec le talon de la main lors d’une flexion de genou.

Automobilisations

Cela nous amène tout naturellement vers les automobilisa- tions [38] dont la limite est la qualité de la participation du patient. En effet, entre le patient qui en fait trop et celui qui n’en fait pas assez, il existe tout un éventail de différences interindividuelles que le kinésithérapeute doit apprendre à gérer. L’autorééducation passe par une éducation, puis par une vérification fréquente de la manière dont l’exercice demandé est réalisé. La posologie doit aussi être précisée très clairement : temps de travail, intensité, nombre de répétitions, temps de repos, nombre de séances, répar- tition de celles-ci dans la journée. Cette posologie dépend de l’objectif à atteindre, mais aussi des réactions du patient : moti- vation, lassitude, pugnacité, pusillanimité, etc.

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Les différents outils utilisés dans ce type de prise en charge sont bien connus : planche à roulettes, marche d’escalier pour le membre inférieur, bâton pour le membre supérieur, espalier et ballon de Klein-Vogelbach convenant aux deux membres. Quel que soit le matériel utilisé, c’est la qualité de la réalisation qui importe, et cela ne reste que l’utilisation du secteur articu- laire libre, au même titre que l’arthromoteur. En effet, le gain d’amplitude, sans l’association des mobilités spécifiques physio- logiques, risque d’agir sur les tissus qui ne sont pas concernés par l’enraidissement : par exemple, un tendon patellaire en flexion de genou. À propos de l’extension du genou, on entend encore trop souvent dire que ce sont les ischiojambiers qui seraient les responsables de la limitation du fait de leur hypoextensibi- lité. Non, ils ne peuvent agir sur l’extension que s’ils sont en insuffisance passive, donc hanche en flexion. Maintenant, que leur tension ait tendance à postérioriser le tibia, c’est pos- sible et, dans ce cas, une simple levée de cette tension est suffisante. À quoi bon donc s’acharner à étirer ces malheu- reux ischiojambiers, sinon pour d’autres raisons que le gain en extension (assouplissement général par exemple). Les gastroc- némiens sont en revanche plus susceptibles de participer au flessum de genou, car ils sont très rapidement en insuffisance passive de par leur action limitante sur la flexion dorsale de cheville, avec un retentissement fonctionnel avéré en position debout et lors du demi-pas postérieur. Accompagner un gain d’amplitude en extension de genou d’une flexion dorsale de che- ville peut donc s’avérer nécessaire si le bilan nous donne cette information.

Place de l’appareillage

En dehors des techniques classiques de rééducation, une rai- deur des articulations du membre inférieur peut être corrigée, compensée ou supplée de manière plus ou moins complète par des structures mécaniques artificielles adaptées au patient :

les appareils d’orthopédie et les aides techniques. Le choix de l’appareillage est guidé par l’étiologie de la raideur, son ancienneté et le but recherché préventif, curatif, palliatif. L’appareillage peut être statique, c’est-à-dire maintenir une position préalablement corrigée, ou dynamique, un montage mécanique permettant une correction progressive et permanente d’une attitude vicieuse. Les aides techniques sont proposées en fonction de l’impossibilité à effectuer certains gestes. Le gain d’amplitude articulaire lors d’un flessum de genou en traumatologie bénéficie des attelles motorisées (cf. supra) ; le pro- blème tient cependant souvent au maintien du gain obtenu. On utilise ainsi des orthèses de posture à visée préventive ou cor- rective en décubitus. Le plâtre et les résines gardent une place dans les traitements temporaires. Les plastiques thermoformables à chaud sous pression (polypropylène) sont préférés pour des utili- sations prolongées. Ils peuvent recevoir des articulations réglables permettant une correction progressive : verrou à cadran sélec- tif disposant d’une vis de réglage de la flexion-extension pour récupérer le flessum [40] . En complément, une fronde patellaire large et bien moulée, pour exercer une pression bien répartie sur l’articulation fémoropatellaire, peut être utilisée. Il est souhai- table d’entretenir des contractions musculaires pendant le port de l’appareillage. Face à un équin de la cheville en fonction de son mécanisme, de son étiologie et de sa réductibilité, diverses orthèses peuvent être proposées. Dans les équins réductibles, en posture, on utilise une botte plac¸ant la cheville à l’équerre ou en discrète flexion plantaire, en plâtre ou en résine. Plusieurs plâtres successifs sont réalisés en fonction de la réduction de l’attitude vicieuse. Pour une utili- sation prolongée, notamment en posture de nuit, on réalise des bottes en polypropylène avec éventuellement valve antérieure, on peut y adjoindre une barre métatarsienne pour éviter la griffe des orteils [41] . La posologie des temps de port d’attelle et des temps sans attelle, et des temps de rééducation hors attelle doit être rigoureusement adaptée à chaque situation thérapeutique.

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Un petit mot sur l’arthromoteur [42] qui ne doit en aucun cas être considéré comme un outil de gain d’amplitude, mais comme un appareil de mobilisation dans le secteur libre et donc d’entretien articulaire.

Balnéothérapie [43]

La relaxation, la détente obtenue facilitent la disparition des craintes, des appréhensions ou attitudes de protection toujours néfastes en cas de raideur. L’articulation enraidie est peu à peu réinvestie, recolonisée pour être incluse à nouveau dans le schéma corporel global. Cela est d’un intérêt essentiel dans des affections comme l’algodystrophie. Les séances de kinébalnéothérapie sont généralement d’une durée de 30 minutes, volontiers répétées deux fois dans la jour- née. Elles débutent toujours par une mise en confiance du patient. Les mobilisations passives constituent un temps important de la prise en charge de l’articulation raide. Elles doivent être manuelles. En effet, la décontraction et l’abaissement du seuil de la douleur n’interviennent qu’après avoir séjourné un certain temps dans l’eau, ce qui peut être le préalable à une séance de gain d’amplitude « à sec ». Nous ne saurions rapporter l’ensemble des exercices réa- lisables pour le gain d’amplitudes articulaires. Ce sont les articulations proximales glénohumérale et coxofémorale qui bénéficient au maximum de cet adjuvant, puisqu’elles n’ont plus à contrôler musculairement le poids complet du membre concerné. Prenons l’exemple d’un patient immergé, assis et lesté juste au- dessus des épaules, de réaliser toutes les manœuvres passives, aussi bien spécifiques que segmentaires de toutes les articulations du complexe de l’épaule, si le praticien se donne la peine d’être dans l’eau avec le patient. Celui-ci, qu’on est obligé de placer en décu- bitus « à sec » pour obtenir le maximum de détente, peut ainsi être mobilisé tronc érigé.

Conclusion

Évaluer une raideur, déterminer avec le plus d’exactitude possible les tissus concernés par celle-ci permet que le geste thérapeutique soit le mieux adapté. Posséder un large éven- tail de techniques permet de choisir celles auxquelles le patient adhère le mieux. Les études randomisées sont difficiles du fait de la variabilité des critères en la matière, mais elles méritaient d’être mises en œuvre. Restent la qualité clinique, le bon sens et l’expérience qui sont des atouts propres au thérapeute et qui lui donneront satisfaction lorsque, au fil des semaines, le patient pourra gagner les quelques degrés qui transformeront sa fonction motrice.

les quelques degrés qui transformeront sa fonction motrice. Références [1] Esnault M, Viel É. Stretching.

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J.-L. Guillemain, MCMK, formateur IFMKVH, Paris (jlguillemain.cfrp@gmail.com).

Toute référence à cet article doit porter la mention : Guillemain JL. Techniques de gain articulaire. EMC - Kinésithérapie-Médecine physique-Réadaptation 2012;8(4):1-8 [Article 26-137-A-10].

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