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HORS-SÉRIE

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 / management.fr / 6,50€

LE MEILLEUR
DE NOS COACHS
ET EXPERTS

LE NOUVEAU

GUIDE
DU MANAGER
100
PAGES
DE CONSEILS
PRATIQUES

RÉUSSIR SES PREMIERS PAS


DE CHEF, DÉMINER LES CONFLITS,
TRAVAILLER SON LEADERSHIP,,
MOTIVER SON ÉQUIPE,
REBONDIR ENTRE DEUX POSTES...
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ÉDITO

C’EST EN CHEFFANT
qu’on devient chef

E
xcusez ce néologisme… Mais, de gné de témoignages, afin de vous donner une
même qu’il faut forger pour deve- vision la plus réaliste possible des problèmes
nir forgeron, c’est en manageant que vous êtes susceptible de rencontrer dans
que l’on devient un bon manager. votre vie professionnelle et des solutions que
Car en matière de relations hu- vous pourrez tester auprès de vos équipes,
maines, de gestion d’équipe, de leadership et collègues ou supérieurs.
de motivation, rien ne vaut la pratique, le Car c’est à vous et à vous seul qu’il revien-
concret, le terrain. dra, une fois ce magazine refermé,
C’est la raison pour laquelle vous ne trou- d’essayer de mettre en pratique les
verez pas de grandes théories du manage- conseils que vous aurez pu y glaner.
ment exposées et détaillées dans les pages Et d’abord celui-ci : n’attendez pas
qui suivent. Notre rôle n’est pas de faire de d’avoir tout lu avant de vous lancer.
vous des spécialistes de la discipline en vous Osez essayer de nouvelles choses, au
noyant sous les derniers travaux les plus coup par coup et au cas par cas.
pointus des chercheurs les plus experts. N’ayez pas peur de vous affirmer en
Notre ambition est tout simplement de vous tant que chef et manager. Et agissez.
aider à trouver, au quotidien, des clés pour Bref, soyez actif et acteur, endossez
devenir un manager humain et performant votre rôle de manager. Etre un chef
et pour vous sentir légitime dans votre rôle respecté et aimé de ses équipes, ça
de chef. Or, pour cela, rien ne vaut l’échange, ne se décrète pas. Mais c’est une

LEA CRESPI
le partage d’idées et d’expériences. Aussi image qu’à force de travail vous pou-
avons-nous essayé de faire en sorte que vez… vous forger. 
chaque article de ce hors-série soit illustré Lomig Guillo,
d’exemples récents et concrets et accompa- rédacteur en chef

FABRICATION Responsable exécution : Sandra Missue (64 79). Imprimé en Allemagne : Mohn Media Mohndruck GmbH,
HORS-SÉRIE Assistante commerciale : Corinne Prod’homme (64 50) Carl-Bertelsmann-Straße 16 1 M - 33311 Gütersloh.
Jean-Bernard Domin (49 50), Eric Zuddas (49 51). © PrismaMedia 2016. Dépôt légal : septembre 2016.
RÉDACTION
13, rue Henri-Barbusse, 92624 Gennevilliers Cedex. MARKETING ET DIFFUSION Diffusion : MLP - ISSN : 1627-4792.
Tél. : 01 73 05 45 45. Fax : 01 47 92 66 85. PUBLICITÉ Directeur marketing opérationnel : Date de création : mars 1995.
Pour joindre votre correspondant, composez le 01 73 05 Charles Jouvin (53 28). Commission paritaire : 1019 K 85861.
Directeur exécutif Prisma Média Solutions : Directrice des études éditoriales :
puis les quatre chiffres figurant entre parenthèses
après son nom. Pour lui envoyer un e-mail, Philippe Schmidt (51 88). Isabelle Demailly Engelsen (53 38).
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son nom et @prismamedia.com. Directrice commerciale : Virginie Lubot (64 50). Laurent Grolée (60 25). 13, rue Henri-Barbusse, 92624 Gennevilliers Cedex.
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Jean-Pascal Comte (jpcomte@prismamedia.com) Serge Hayek (64 71).
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Dounia Hadri (4853). Responsable back-office : Pascale Faviot (64 55). Chef de marque : Katarina Dear (50 78).

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 3


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HORS-SÉRIE MANAGEMENT

LE NOUVEAU GUIDE DU MANAGER

SOMMAIRE
6. AFFIRMEZ VOTRE LEADERSHIP  50. ENTRAÎNEZ LES AUTRES !
7 Déjà la fin de la fin du chef ? 51 Une victoire, ça se partage
8 David Marquet, ex-capitaine de sous-marin : 52 Start-up : l’art de la tribu
«Un vrai leader ne donne pas d’ordres»
54 Donner des ordres, ça s’apprend !
10 Devenez ceinture noire de management
56 Manager son équipe en évitant la surchauffe
12 Savoir négocier et se vendre
58 Gérer à distance des salariés nomades
16 S’imposer en temps de crise
60 Vos collaborateurs sont démotivés ?
18 Paroles d’expert : P. Blanc-Sahnoun, coach 6 techniques pour regonfler leur moral
63 Paroles d’expert : Franck Hédin,
20. LIBÉREZ, DÉLIVREZ PDG de CMG Sports Club
LES ÉNERGIES 64 Bad boy et déglingo séduisent les boîtes
21 Après le p’tit chef, voici le chef animateur 67 Paroles d’expert : Y. Fierling, PDG de Haier
22 (Dés)organiser l’entreprise
26 Vous bossiez ? Eh bien, jouez maintenant !
68. DÉMINEZ LES CONFLITS
69 La guerre des fenêtres
28 10 outils pour développer sa créativité
70 Dossier. Gérer les clashs dans une équipe
30 Stimuler l’imagination de ses équipes
76 Dossier. Burn-out
32 En finir avec les concepts RH qui font  pschitt !
82 Collègues toxiques : 7 profils à fuir
34 La méditation pleine conscience
85 Paroles d’expert : P. Blanc-Sahnoun, coach
36. FAITES LES BONS CHOIX 86 Maîtrisez votre communication de crise
DE CARRIÈRE
37 5 raisons de refuser une promotion
88. SURVIVEZ À L’OPEN SPACE
38 Les bons outils pour faire les bons choix 89 Le bureau est-il une cour de récré ?

40 7 «itinéraires bis» pour rebondir 90 Reprenez le pouvoir sur votre boîte e-mail

44 Bosser dans une PME, tout bon pour le CV ! 92 Faut-il faire son coming out au bureau ?

47 Paroles d’expert : Myriam Cohen-Welgryn, 94 Steelcase invente le bureau de demain


PDG de Mars Petcare France 96 Le salarié 2.0 arrive !
48 Ces postes qui forment à devenir patron 98 Paroles d’expert : Benjamin Fabre, coach

TOUTES LES ILLUSTRATIONS DE CE NUMÉRO, DONT CELLE DE COUVERTURE, SONT SIGNÉES THIBAUT SOULCIÉ POUR MANAGEMENT

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 5


AFFIRMEZ
VOTRE LEADERSHIP
DÉJÀ LA FIN   8 «Un vrai leader
ne donne pas
d’ordres»

de la fin du chef ?  10 Devenez


ceinture noire
de manage-
ment
Etre chef, c'est un vrai métier ! Et même si la mode  12 Savoir négocier
et se vendre
est au management collaboratif, les entreprises,
et les salariés, ont besoin de vrais leaders. Explications.  14 Chasser
l’ombre de son
PAR LOMIG GUILLO @lomigg ILLUSTRATION THIBAUT SOULCIÉ
prédécesseur,
4 leçons du

D
basket
e nombreux salariés caressent constances sont exceptionnelles, un dirigeant professionnel
depuis longtemps l’espoir d’une simplement “normal” se disqualifie.» Pour
entreprise sans chefs ni mana- illustrer son propos, il évoquait même alors le  16 S'imposer en
gers, débarrassée de strates de recours possible à l’article 16 de la Constitu- temps de crise
hiérarchie jugées inutiles. Des tion, qui permet au président d’exercer des  18 Devenez
expériences, de plus en plus nombreuses, vont «pouvoirs exceptionnels». Avec l’état d’ur- manager en
dans ce sens, prônant la responsabilisation de gence décrété au lendemain des attentats à 50 minutes
chacun au sein de l’entreprise, l’autonomie et Paris et à Saint-Denis, le 13 novembre 2015, chrono 
les organisations «horizontales». On donne l’actualité lui a tragiquement donné raison.
en exemple, y compris dans les pages de Ma- Preuve de ce besoin d’un guide, en un mois,
nagement, des entreprises qui – enfin – au- François Hollande avait gagné 20 points dans
raient réussi à fonctionner sans cet être honni le baromètre de popularité Ifop/Fiducial, une
de tous : le patron ! première pour un président en exercice.
Pourtant, depuis plusieurs mois, quelques
voix dissonantes se font entendre, remettant UN VRAI LEADER doit posséder
en cause ce désamour du meneur et pariant de nombreuses et rares qualités !
même sur son grand retour. Comme celle de C’est pourquoi ce coach milite pour redonner
Philippe Schleiter, directeur associé de Delta au mot «chef» sa grandeur. Selon lui, un «vrai»
Lead, cabinet spécialisé dans l’accompagne- chef a le pouvoir de dire oui aux initiatives des
ment des managers, qui a travaillé pour de salariés, même quand elles sortent du cadre.
grands groupes, comme LVMH, La Poste, EDF, Il rompt la routine, permet l’autonomie et re-
Nestlé, PSA… «Les marins le savent bien, di- met l’humain au centre des décisions, en pre-
sait-il dès janvier 2015. Lorsque le temps est nant des libertés avec la bureaucratie et les nor-
clément, les équipages s’en remettent volon- mes absurdes. Suivre cette voie, insiste Philippe
tiers au pilote automatique. En revanche, Schleiter, requiert de nombreuses qualités :
qu’une tempête se lève, et aussitôt les regards courage, sens du collectif, exemplarité, dé-
se tournent vers le capitaine avec le vif souhait vouement, franchise. Car, en définitive, pour
qu’il sache tenir fermement la barre, donner l’auteur, un monde sans chefs ne serait possible
des consignes et fixer un cap… Quand les cir- que dans des entreprises sans hommes… I

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 7


AFFIRMEZ VOTRE LEADERSHIP

BIO EXPRESS
 1981
Intègre l’US Naval
Academy puis rejoint
les forces sous-
marines armées.
 1999
Prend le comman
dement d'un sous-
marin nucléaire.
 2009
Prend sa retraite et
devient consultant.

DAVID MARQUET EX-CAPITAINE DE SOUS-MARIN NUCLÉAIRE DANS LA NAVY

UN VRAI LEADER NE
DONNE PAS D'ORDRES ”
Dans son sous-marin nucléaire, cet officier américain avait
mis en pratique un nouveau style de commandement. Une
conception de l’empowerment qu’il partage dans un essai.
PROPOS RECUEILLIS PAR FABIEN TRÉCOURT @FabienTrecourt

MANAGEMENT Formé à la discipline mi- maines de préparation intensive, je suis loin


litaire, comment en êtes-vous venu à d’être au point : dès la prise de commande-
changer votre style de leadership? ment, j’exige une manœuvre techniquement
DAVID MARQUET A la fin des années 1990, impossible à réaliser ! Et, pourtant, mon ordre
je suis appelé à prendre le commandement de est transmis à toutes les strates de la hié-
l’USS Olympia. Je me mets alors à étudier ce rarchie, sans contestation, jusqu’à ce que la
sous-marin d'attaque nucléaire sous toutes les personne chargée de l’exécuter m’explique
coutures pendant un an. Mais, au dernier mo- timidement que ce n’est pas possible. Tout le
ment, le capitaine d’un modèle beaucoup plus monde le savait, mais personne n’avait osé re-
récent – l’USS Santa Fe – démissionne, et je me mettre en question la chaîne de commande-
retrouve nommé à sa place. Malgré trois se- ment, culture militaire oblige.

8 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


Vous prônez un commandement sans
ordres. Les chefs sont-ils inutiles?
Le dirigeant aime donner des
D. M. Je ne crois pas à la disparition du chef. ordres et être obéi, mais on peut
J’ai d’ailleurs commis l’erreur de lâcher trop de
lest au départ. Cela ne fonctionne pas : les
lutter contre cet instinct.”
équipes sont désorientées et paniquées dès
qu’une situation difficile se présente. Mettre nétique des chefs : nous aimons donner des
en place un système de «commandement sans ordres et être obéis. Mais on peut lutter contre
ordres» prend du temps ; c’est aussi l’une des cet instinct. On culpabilise au début, mais on
missions qui restent dévolues au chef ! Tout se rend rapidement compte que c’est plus effi-
comme certaines attributions… J’ai évidem- cace. Les collaborateurs prennent parfois de
ment gardé la responsabilité d’actes comme le meilleures décisions car ils ont l’information
lancement d’une torpille ou d’un missile. complète en temps réel, tandis qu’un chef ne
peut pas toujours tout savoir.
Comment avez-vous mis en place ce
modèle de leadership? Mais comment les empêcher de faire
D. M. La communication interne est primor- des choix catastrophiques?
diale. Dans un premier temps, on affiche D. M. Cela m’a pris plus d’un an pour en arri-
clairement ses objectifs et on s’assure qu’ils ver là ! Au début, il arrivait que les décisions
sont parfaitement compris. Dans un second qu’envisageait de prendre tel ou tel subor-
temps, on encourage des dialogues au condi- donné ne soient pas adaptées. Dans ce cas, j’ex-
tionnel : lorsqu’un problème se posait, je de- pliquais à nouveau les objectifs. Si cela ne suf-
mandais à la personne ce qu’elle ferait à ma fisait pas, c’était le plus souvent parce que la
place. La méthode a vite porté ses fruits. Mes personne ne possédait pas les compétences re-
subordonnés ont appris à raisonner comme quises. Il fallait alors redéfinir son rôle ou en-
s’ils étaient capitaines et à anticiper mes déci- visager une formation. C’est en ce sens que je
sions. Parfois, je leur proposais de s’asseoir à ne prône pas la disparition du chef : il lui re-
mon bureau et de me donner leur avis. Il faut vient de superviser la mise en place d’une telle
procéder comme avec des enfants : on les aide organisation et de réaliser les adaptations né-
au début, puis on les pousse peu à peu à prendre cessaires. En revanche, cela vous oblige à faire
des responsabilités. confiance à vos collaborateurs, sans quoi le sys-
tème ne peut pas fonctionner.
Par la suite, les avez-vous laissés pren-
dre eux-mêmes des décisions? Pensez-vous que votre modèle pour-
D. M. Je les ai encouragés à chercher eux- rait prendre en France?
mêmes l’information : si un marin soupçonnait D. M. En Chine ou au Mexique, où la culture
qu’une défaillance technique allait empêcher du boss est aussi fortement implantée qu’en
une manœuvre, je lui recommandais d’inter- France, j’ai rencontré de nombreux employés
roger les techniciens plutôt que de passer par qui rêvaient d’avoir plus de responsabilités. Les
moi. Cela présentait l’avantage de responsabi- patrons sont plus frileux… Pour avoir mis en
liser tout le monde. Puis j’ai lâché du lest jusqu’à place ce modèle dans un contexte militaire –
Turn the Ship Around!
leur laisser prendre des décisions sans mon qui ne s’y prête pas du tout culturellement –, il David Marquet,
aval. C’est totalement contre-intuitif quand on a suffi de vingt-quatre heures pour que je sois 272 PAGES, PORTFOLIO.
(pas encore traduit). 21,19 € en
a une âme de dirigeant. C’est dans le code gé- convaincu de son efficacité !  téléchargement.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 9


AFFIRMEZ VOTRE LEADERSHIP

DEVENEZ CEINTURE NOIRE


de management
Il ne s’agit pas de mettre une raclée à vos collègues !
Mais d’asseoir votre leadership par la pratique régulière
des arts martiaux. Démonstration.
PAR ISABELLE GONSE @igonse

C
asser une brique du tranchant de tanisé par quelqu’un qui vous menace avec un
la main requiert de la technique couteau. Dans l’entreprise, c’est un peu la
et de la force mais, surtout, beau- même chose. «Si vous êtes en désaccord ou en
coup de concentration. «C’est pa- conflit, le pire est de vous bloquer et de rester
reil dans l’entreprise : la compé- dans votre coin : exprimez vos réticences, jouez
tence seule ne suffit pas, pour relever des défis, le jeu ou faites un pas de côté en proposant une
NINIE SMETS

il faut un supplément d’âme», assure Peter, un solution de remplacement. Bref, soyez agile»,
entrepreneur belge qui pratique le karaté et conseille Pierre Antonini, président de Stan-
l’aïkido. Un jour, il a dû se séparer d’un colla- ton Wallace, cabinet conseil en RH. Une flui-
Soyez borateur. «Il faisait son travail, mais le cœur dité également nécessaire dans d’autres
n’y était plus : il n’était plus “dans son axe”, plus circonstances. «En cas de changement, inutile
combatif en cohérence avec ses aspirations. Finalement, de résister. Soyez souple. Accompagnez le
sans être son départ a été une opportunité pour lui, et il mouvement, quitte à faire des concessions mi-
agressif. a trouvé un poste qui lui convenait mieux.» neures pour préserver ce qui a de l’importance
Au travail comme L’importance de l’«alignement» – la cohérence à vos yeux», ajoute Chris Peytier, manager chez
ailleurs, on ne peut entre le corps et le cœur – est un des enseigne- un géant américain du progiciel de gestion et
pas gagner tout ments du judo, de l’aïkido ou du tai-chi-chuan. auteur de De l’aïkido au systema. A la rencontre
seul. Sortez du Managers et coachs pratiquant les arts mar- de l’art martial russe (éd. Guy Trédaniel).
rapport de force.
L’aïkido aide à tiaux nous expliquent comment ils utilisent les
trouver une posture techniques de ces sports pour développer un SAVOIR faire preuve
non violente, qui mental de guerrier tout en restant pacifiques. d’empathie pour autrui
peut être offensive Christelle, DRH dans une grande société de
si besoin. N’attaquez AFFRONTER l’adversité distribution, pratique le karaté et l’aïkido de-
pas de front, gardez avec souplesse et agilité puis plus de vingt ans. Elle a appris à considé-
de la fluidité en Face à un stress ou à un danger, nous sommes rer ses collaborateurs comme des partenaires
toutes choses.”
programmés pour fuir, attaquer ou nous figer. et non comme des adversaires. «En entretien
Arnaud Riou, Les arts martiaux aident à réagir autrement. de recrutement, par exemple, je m’efforce de
formateur. Pratique
l’aïkido depuis Dans le systema, un sport de combat né au sein “m’aligner” sur chaque candidat, de faire
vingt ans. de l’armée russe, on apprend à ne pas être té- preuve d’empathie vis-à-vis de lui. Plutôt que

10 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


de contrer ses arguments, je le laisse exposer APPRÉCIER une situation en se mettant
tout ce qu’il a à dire, en cherchant à découvrir à la place de l’autre
son potentiel, “l’axe” dans lequel il se sent le Le tenkan est un exercice d’aïkido consistant à se mettre à la
mieux. Et je lui ménage toujours une porte de place de l’autre. Dans les formations pour cadres qu’il anime,
sortie honorable. La finalité première des arts Chris Peytier propose un mouvement à deux, consistant à sai-
martiaux est de désamorcer les conflits, pas de sir le bras de son adversaire pour l’obliger à se déplacer et à venir à côté
les attiser», souligne-t-elle. de vous. Ainsi, vous voyez «avec les yeux de l’autre». Cela permet de com-
prendre sa réalité et son point de vue. Cette expérience est directement
DÉFENDRE son territoire applicable dans des négociations. «Il y a près de vingt ans, se souvient
et apprendre à dire non Chris Peytier, j’étais en pleines tractations pour vendre des logiciels. Arrive
Ceux qui travaillent en open space savent com- le moment de l’établissement du prix. Je suis sur le point d’annoncer le
bien il est difficile de faire barrage à certaines montant espéré, 2 millions de francs (environ 300 000 euros). Soudain,
sollicitations. «Dans mes stages, j’entraîne les je me ravise et demande à mes clients combien ils seraient prêts à payer :
participants à défendre leur territoire face à cinq 4 millions est leur maximum. Finalement, nous tombons d’accord sur une
ou six personnes équipées de sabres en mousse somme un peu inférieure. Le fait d’avoir changé de regard et de m’être
et qui tentent de les envahir», explique Arnaud mis à la place de mes clients m’a permis de doubler le montant de la vente.»
Riou, un formateur pratiquant l’aïkido depuis
vingt ans. Un exercice utile aussi pour refuser
les prétendues priorités que votre N + 1 ou vos GARDER son calme et
collègues veulent vous imposer alors que votre désamorcer les conflits
agenda est déjà chargé. Ou pour les empêcher Confiance en soi, maîtrise de sa colère et de
de venir marcher sur vos plates-bandes. celle des autres ; les arts martiaux incitent à
rester calme et serein en toutes circonstances.
MAINTENIR son champ Et c’est encore le meilleur moyen de se faire
de vision grand ouvert respecter. Jean-Claude Piatti, un chef de pro-
«Il y a quelques années, raconte Chris Peytier, jet informatique qui pratique l’aïkido et le ka-
mon chef dépendait du numéro deux d’une so- raté depuis quarante-cinq ans (il a débuté à
ciété allemande, un personnage désagréable 11 ans), est bien placé pour en parler : «Entré
et grossier. Il le craignait et perdait ses capaci- depuis quelques mois dans une entreprise, j’ai
tés face à lui. Je lui ai appris une technique de été nommé responsable de mon équipe. Un
respiration issue du systema, à pratiquer avant collègue plus ancien qui briguait le poste l’a
leurs rendez-vous : très utile pour faire baisser mal pris et s’est mis à me lancer des piques en
les tensions ! Cela l’a aidé à recouvrer ses prenant les autres à partie. Je lui ai alors dit
moyens pour sortir du rapport dominant- que j’étais à sa disposition pour en discuter en
dominé.» Si nous nous sentons en danger, c’est tête à tête. Je l’ai invité à s’exprimer et je l’ai
le cerveau reptilien qui prend les commandes. laissé parler sans l’interrompre. Puis je lui ai
Notre attention est entièrement focalisée sur répondu le plus calmement possible. Ce dialo-
le danger et notre champ de vision passe de gue franc et direct a freiné son agressivité. A
160 à 35 degrés, ce que les scientifiques appel- compter de ce jour, il a accepté mon autorité et
lent la «vision tunnel». Elle s’applique aussi sur nous n’avons plus jamais eu de problème.» Cet
le plan mental : en cas de stress, on ferme son exemple illustre à merveille une maxime de
esprit aux idées des autres et on perd son po- Sun Tsu, l’auteur de l’Art de la guerre (vie siècle
tentiel et sa créativité. D’où l’importance de av. J.-C.) : «Le meilleur général est celui qui
s’entraîner à rester calme et à voir large. vainc sans avoir à livrer bataille.» I

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 11


AFFIRMEZ VOTRE LEADERSHIP

SAVOIR NÉGOCIER
et se vendre 
L’autorité, c’est fini. Pour gérer vos relations dans l’entreprise, en
interne comme en externe, le sens commercial est plus qu’un
atout : c’est une nécessité. Voici comment le développer.
PAR CHRISTINE HALARY

U
ne minute. C’est le temps qu’il a Vous espériez avoir trois quarts d’heure pour
fallu à Sandra Rey, start-uppeuse défendre votre projet, et voilà que la réunion
de 26 ans, pour convaincre un se termine dans cinq minutes. Se faire grigno-
groupe d’investisseurs, au cours ter son temps de parole, c’est le quotidien d’un
d’un elevator pitch (argumen- manager. «Pour adapter votre communication
taire dans l’ascenseur) organisé entre le plan- à tous les formats, il faut en dégager le message
cher des vaches et le premier étage de la tour essentiel», souligne Christian Robin, qui anime
Eiffel. A la clé, 70 000 euros. Pour rafler la mise chez Comundi le stage «Vendre ses idées et ses
devant une soixantaine de compétiteurs, la projets». Subdivisez l’information essentielle
Pour fondatrice de Glowee a choisi de faire rêver. en trois arguments, pas plus, et prévoyez des
convaincre «Notre start-up, rappelle-t-elle, fabrique de la illustrations (chiffres, exemples, anecdotes…).
lumière avec des bactéries électroluminescen- «Par tez toujours des attentes de votre audi-
le client, tes. Face à un investisseur et dans un délai si toire», préconise Lionel Bellenger, auteur de
je parle son court, je ne cherche pas à convaincre avec des Sept Minutes pour convaincre (ESF éditeur).
langage. Je chiffres mais avec un potentiel, celui de révo- Ainsi, pour obtenir l’attention d’un directeur
vends des camions, lutionner l’éclairage urbain.» financier, vous lui demanderez : «Voulez-vous
alors je précise que Il n’y a pas que les entrepreneurs en herbe qui économiser 30% sur vos fournitures ?» Puis,
j'ai le permis poids soient confrontés à cet impératif de persuasion. vous formulerez votre préconisation, tel un
lourd : ça donne
du crédit à mon
Même dans les entreprises les mieux établies, avocat qui cherche l’adhésion du jury en annon-
argumentaire, par l’art de négocier est devenu un savoir-faire clé. çant ses conclusions au début de sa plaidoirie.
exemple quand Pour capter l’intérêt de vos interlocuteurs,
j'explique qu'une FAIRE PASSER une idée n’hésitez pas à utiliser le storytelling. C’est ce
bonne conduite «Imposer un projet, jouer de son autorité, ça ne qu’a fait Nicolas Daumont, fondateur d’illiCo
permet d'écono- marche plus», observe Michaël Aguilar, diri- travaux : afin de convaincre les artisans de re-
miser du carburant.” geant de Vendeurs d’élite, qui forme les mana- joindre son réseau, il leur a tout simplement
Eric Fournier, gers du CAC 40 à l’art de convaincre leurs colla- raconté sa propre mésaventure, celle d’un étu-
membre du Star Club borateurs du bien-fondé de leurs décisions. En diant qui casse une vitre de son studio et a
qui réunit les meilleurs
commerciaux de MAN la matière, les techniques des commerciaux toutes les peines du monde à la faire réparer
Truck & Bus France. offrent une inépuisable source d’inspiration. vite et sans se ruiner. «Une bonne histoire em-

12 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


barque le public, crée de l’émotion et facilite la
mémorisation», confirme Lionel Bellenger. Inspirez-vous des méthodes
Mais n’abattez pas d’un coup toutes vos cartes.
Gardez un atout décisif dans la manche. Et
des vendeurs pour emporter
soyez attentif aux signaux émis par votre in- l'adhésion de vos partenaires
terlocuteur. A l’instar de cet agent immobilier
qui, lors d’une visite d’appartement, entend et de vos collaborateurs.
une femme glisser à son mari : «Tu as vu les
deux placards dans l’entrée ?» L’air de rien, il sion. Un peu de lobbying en amont auprès de
reprendra cet argument au terme de la visite. vos supporters pour qu’ils vous servent ensuite
de relais peut également se révéler efficace.
CONVAINCRE votre équipe
Faire accepter un nouveau matériel informa- OBTENIR une augmentation
tique, un déménagement ou bien une hausse Il n’est pas facile de se vendre comme un pro-
des objectifs exige du tact. «Tout changement duit. Mais cela s’avère indispensable si vous
suscite une résistance», note Christian Robin. voulez être reconnu à votre juste valeur. N’en-
Règle numéro 1 : connaître ses collaborateurs trez pas dans le dur d’une négociation salariale
afin de mieux anticiper leurs réactions. Il sans avoir déterminé votre Mesore (meilleure
existe quatre profils : les partisans, les sui- solution de repli) et votre prix de réserve, ce-
veurs, les attentistes et les résistants. Tout le lui au-dessous duquel vous ne descendrez pas.
jeu consiste à s’appuyer sur les premiers pour De même, tâchez d’identifier les options envi-
mettre les derniers en échec et faire basculer sagées par votre interlocuteur. Si vous êtes un
du bon côté le «ventre mou» du milieu. «Il faut expert très pointu, il n’aura aucun intérêt à
réfléchir aux bénéfices que l’équipe tirera de vous démotiver, sauf s’il envisage un recrute-
la décision et identifier ses motivations», in- ment externe. Vous êtes alors en position de
siste Gaëlle Menin-Urien, manager chez Ce- force. «Restez dans une posture d’ouverture
gos. Vous devez démontrer à chacun qu’il a plus
à gagner qu’à perdre dans ce changement.
La démarche, bien connue des vendeurs, se
en le rassurant sur votre implication», conseille
Virginie Loye, responsable des formations RH
chez Cegos. Puis appliquez la bonne vieille
30%
C’est la part de
décompose en trois temps. D’abord, soulignez technique de vente : demander plus pour obte- temps que les
l’avantage de votre proposition (exemple : ce nir moins. Si la réponse est négative, ne mani- commerciaux
consacrent
nouvel ordinateur est plus performant) ; puis festez pas d’aigreur. Proposez d’en rediscuter à la pure
donnez-en une preuve (sa capacité de mémoire dans six mois. Ou mettez en œuvre votre plan B négociation
est dix fois supérieure) ; enfin, présentez son en présentant d’autres options, comme un avan- lors d’une
transaction
bénéfice (on ne perdra plus de temps à stocker tage – un smartphone, une formation… – ou un contre 70%
les documents sur une mémoire externe). élargissement de vos responsabilités, suscep- à la phase
«Pour canaliser les réfractaires, organisez une tible de débloquer votre plafond de salaire. préliminaire de
questionnement.
BRUNO LEVY POUR MANAGEMENT

consultation par écrit», suggère Gaëlle Menin- «Vous quittez ainsi le domaine de l’affronte-
«Pour
Urien. Chacun note trois «plus» et trois «moins». ment avec votre manager pour engager un pro- argumenter,
L’équipe est ensuite scindée en deux groupes, cessus de coopération», précise Virginie Loye. il faut d’abord
l’un invité à réfléchir aux points positifs et Un terrain propice à la création de va leur : écouter»,
l’autre aux inconvénients. Cela permet aux plus chaque partie obtient un avantage en échange martèle Lionel
Bellenger, à
réticents d’exprimer leurs objections mais d’une concession qui lui importe moins. Cela l’origine de cette
aussi de réfléchir au bien-fondé de votre déci- s’appelle une négociation gagnant-gagnant. I estimation.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 13


T I P S
CHASSER L’OMBRE DE SON PRÉDÉCESSEUR
Prendre les rênes d’un service implique d’effacer le souvenir de celui que
l’on remplace. Une phase de transition délicate, à engager avec subtilité.
PAR MARIE LELONG avec Nathalie Serpossian, directrice associée de l’Ifod (formation aux métiers de l’accompagnement).

V
ous voilà nommé à la tête personnalité toxique. Soyez patient, cultivent ce souvenir. Laissez-les
d’un service pour remplacer laissez s’écouler cette période sans s’exprimer, écoutez-les, sans émettre
une forte personnalité. émettre d’avis ou de jugement. d’avis. En général, ils comprendront
Catastrophique ou charismatique, que le temps est venu de s’adapter.
votre prédécesseur est encore e COMMENCEZ À ÊTRE VOUS- Si ce n’est pas le cas, endossez
dans toutes les mémoires. Voici MÊME. Quand vous sentez que les votre rôle de manager en recentrant
comment imprimer votre marque gens sont prêts, allez à leur rencontre l’entretien sur les seules méthodes
sans y perdre votre énergie. en les écoutant individuellement, de travail à l’ordre du jour : les vôtres.
puis organisez des réunions d’équipe.
e RESPECTEZ UNE PHASE DE Il s’agit de leur donner l’occasion e ÉVITEZ LE PIÈGE DE LA
TRANSITION. Dans un premier de vous connaître, de se familiariser COMPARAISON. Votre rôle est
temps, il est urgent de ne rien faire. avec votre style et vos méthodes. de manager des forces vives, pas
Il serait illusoire de croire qu’on peut de lutter contre un fantôme. Seule
gommer le passé. L’équipe doit passer e PRENEZ DE LA HAUTEUR. Si, au l’énergie créatrice que vous générerez
par une phase de transition, qu’il bout d’un certain temps, l’ombre de en vous concentrant sur le travail
s’agisse de faire le deuil d’un chef bien votre prédécesseur plane encore de vous permettra de créer une ambiance
aimé ou de purger le souvenir d’une manière pesante, convoquez ceux qui positive et sereine. I

5 MOOC POUR AMÉLIORER SON MANAGEMENT


Les Mooc (Massive Open Online Courses) sont des cours en ligne délivrés par
les meilleures universités et grandes écoles du monde entier. Notre sélection.
PAR CHARLOTTE LAURENT

1. WHAT MANAGERS CAN LEARN apprendrez à gagner en aisance permettant de transmettre des
FROM PHILOSOPHY . Ce cours relationnelle et à gérer les émotions, messages clairs, efficaces et durables
s’appuie sur Leibniz, Kant et Aristote les vôtres et celle des autres. dans différentes situations.
pour expliquer des concepts Ionisx.com, dix-huit heures environ, Ionisx.com, quatre heures,
contemporains comme le business en français, 250 euros. en français, gratuit.
model ou le big data et répondre à
des questions essentielles telles 3. INTRODUCTION TO NEGOTIATION 5. AGIR EN COMPLEXITÉ. Au fil des
que «La technologie nous rend-elle Objectif : vous offrir un cadre six chapitres de ce Mooc prodigué
stupide ?» ou «Utilisons-nous les bons théorique pour vous aider à structurer par le sociologue et philosophe Edgar
mots pour décrire les choses ?» vos argumentations et à convaincre. Morin, vous allez acquérir des outils
Coursera.org, durée non précisée, Coursera.org, durée non précisée, et des méthodes pour vous aider à
en anglais, 43 euros en anglais, 43 euros décider dans l’incertitude, à composer
avec l’erreur et à manager dans la
2. MANAGEMENT D’ÉQUIPE. 4. STORYTELLING DES MANAGERS. complexité. Un incontournable.
Vous découvrirez ici des techniques Ce cursus de sept modules Coursera.org, vingt-sept heures,
managériales appliquées au télétravail, vous initiera aux principaux outils en français, 43 euros). I

14 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


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MANAGERS DE TRANSITION

S’IMPOSER
en temps de crise
Vous prenez la direction d’un département enlisé
dans ses querelles ? Inspirez-vous des méthodes
des managers de transition pour vous imposer
rapidement et remettre vos équipes d’aplomb.
PAR GAËLLE GINIBRIÈRE @gginibriere

P
lan social inévitable, entreprise au PLONGEZ à la racine du litige
bord du redressement judiciaire, Dans cette perspective, n’abordez surtout pas
contestations sans fin… Spécia- le problème d’en haut. Plongez à la source du
listes des situations ten dues, conflit pour le comprendre et trouver des
les managers de transition sont pistes pour y remédier. «Les bonnes idées, on
appelés à la rescousse des sociétés en crise. les trouve souvent en écoutant les ouvriers,
Ils constituent une riche source d’inspiration les personnes qui sont au contact du terrain»,
dans la gestion des conflits. Leur principal estime Arnaud Marion, manager de crise.
savoi r-fa i re, selon Vi ncent Der v i l le, Pour cela, il est indispensable de renouer les
DRH de transition depuis huit ans : «Rassu- fils du dialogue, souvent rompus en cas de
rer en donnant du sens, en apportant une contestation. «Dans ce contexte, le principal
vision qui s’inscrive dans une logique de atout du manager de transition est d’arriver
développement.» de l’extérieur. Il n’est pas chargé de l’histoire
de l’entreprise. Il porte sur elle un regard
DÉSAMORCEZ au plus vite
1  H 48
neutre, exempt de sentimentalisme», sou-
A l’image d’un manager de crise, sachez don- ligne Arnaud Moretti, senior manager de la
ner le cap et trancher : un conflit généralisé division Management de transition au cabi-
PAR SEMAINE
n’est que l’expression d’un dysfonctionne- net de recrutement Robert Walters.
C’est le temps ment qu’il vous appartient de résoudre. «Il
moyen qu’un
salarié passe s’agit d’aller vite tout en étant prudent, ré- RÉALISEZ un diagnostic complet
à gérer des sume Philippe Soullier, président du cabinet Etant déjà en poste, vous ne bénéficiez pas
conflits au de management de transition Valtus. Notre d’un tel recul ? Efforcez-vous alors de faire
travail en France.
(Source  : OPP, rôle est de formuler une stratégie et un plan preuve d’empathie. Ecoutez les parties en
2009) d’action puis de les faire exécuter.» présence, prenez le temps de réaliser un

16 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


diagnostic complet. «Il faut compter entre dix
jours et un mois pour faire le tour d’un pro- «Les bonnes idées, on
blème», estime Philippe Soullier. les trouve souvent en écoutant
APPUYEZ-VOUS sur vos succès les ouvriers, les personnes
Une fois votre stratégie arrêtée, expliquez-la
en toute transparence, sans occulter les dif-
qui sont au contact du terrain.»
ficultés ni les bouleversements qui risquent
de toucher les salariés. Il suffit parfois d’un cès et capitaliser sur leur impact positif. Par
détail pour débloquer une situation difficile exemple, lors d’un rachat ou de la fusion de
et renouer le dialogue. Ainsi, en mission dans deux entités, éditer un bulletin de paie en
un groupe de 1 000 employés où le syndicat temps et en heure en attendant d’harmoniser
majoritaire avait pris le dessus sur la direc- les conventions collectives, ou fournir des
tion, Vincent Derville a relancé les échanges bleus de travail ou des blouses au nom de l’en-
en obtenant que les comités d’entreprise se treprise pour souligner l’appartenance des
déroulent désormais selon un ordre du jour salariés au nouvel ensemble. Pour Philippe
préétabli et des questions posées à l’avance, Soullier, «ces petits succès permettront à
sans prise de parole intempestive. Autre tech- ceux qui doutent de réaliser qu’un processus
nique pour assouplir les résistances au chan- de transformation est en route et qu’il com-
gement : remporter rapidement de petits suc- mence à produire ses effets». I

RECONSTRUIRE SON ÉQUIPE


L’orage est passé, des solutions 2  Restaurez votre prestige. Lors peut éviter de reproduire les mêmes
ont été trouvées… Mais certains du conflit, votre autorité a été contestée ? erreurs et d’apprendre à mieux
conflits laissent des traces. «Pour rétablir une ambiance propice au communiquer», ajoute Annette Chazoule.
Trois étapes incontournables pour travail, suggère Sylvaine Pascual, coach 3  Projetez-vous dans l’avenir.
ressouder vos troupes. et fondatrice d’Ithaque Coaching, montrez La meilleure façon d’effacer les mauvais
1  Faites respecter la nouvelle loi. que vous avez entendu le message de souvenirs consiste à remobiliser votre
Assurez-vous que les solutions vos collaborateurs, sans pour autant vous équipe autour d’un nouveau projet. Comme
qui ont permis la sortie de crise sont soumettre à la dictature du groupe. Un dans ce centre de relations clients d’une
acceptées par tous. Un rôle qui revient manager doit assumer ses responsabilités banque où deux salariés en étaient venus
parfois au N +2 si vous-même avez et évacuer les non-dits : admettre une aux mains. «Quelques mois après les faits,
été mis en cause. «J’ai assuré le rôle de erreur, loin d’être un aveu de faiblesse, nous avons organisé un groupe de travail
médiateur entre deux personnes qui l’aidera à ressouder son équipe.» sur le thème de la convivialité», se souvient
travaillaient dans un climat de méfiance, La cicatrisation sera plus délicate si Bertrand Samson, directeur de projets
raconte Yves Fagherazzi, médiateur l’un de vos subordonnés s’est plaint d’Oasys Mobilisation. Plusieurs propositions
en entreprise. L’une soupçonnait de vous auprès de la DRH ou du N + 2. en sont ressorties : la mise en place d’un
l’autre de chercher à obtenir des «Ce genre de conflit laisse forcément petit déjeuner d’équipe hebdomadaire et
responsabilités indues. En fait, leur N +1 des traces, confirme Annette Chazoule, des «Vis ma vie» lors desquels deux
n'avait pas défini leurs rôles de façon manager à Cegos. Vous resterez sous collègues échangeaient leurs postes pour
très claire. Elles se sont engagées à surveillance et votre équipe soulignera en comprendre les enjeux. «Ce “projet
se répartir elles-mêmes les tâches lors la moindre erreur de management.» rebond” a permis aux équipes de dépasser
de chaque mission, et ce protocole Le mieux est de vous faire accompagner. cette histoire et il a eu un résultat positif sur
est suivi par leur N + 2». «Discuter avec un pair ou avec un coach la qualité du travail», se félicite le directeur.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 17


AFFIRMEZ VOTRE LEADERSHIP

PAROLES D'EXPERT
PIERRE BLANC-SAHNOUN, COACH DE CADRES DIRIGEANTS, FONDATEUR ET DIRECTEUR DE WHITE SPIRIT

DEVENEZ MANAGER
EN 50 MINUTES CHRONO”
E
n 1992 paraissaient Les Techniques du toute pression à son personnel. «Au fond de
management, dans la collection «50 mi­ lui-même, semble déplorer l’auteur,
nutes pour réussir». On pouvait donc Robert veut être aimé et respecté.» Or
apprendre à manager en moins d’une heure. voilà qu’au cours d’une réunion on annonce
Cette idée a été à la source de toute une litté­ que tout le monde, je cite, «doit se préparer à
rature, avec ses gourous, ses best­sellers, ses un important programme de dégraissage pour
prix… et, bien sûr, ses magazines. rendre l’entreprise plus capable de soutenir la
Le fondateur des Presses du management, concurrence […]». Robert, après s’être tordu
Jacques Chappelon, disait que ses livres étaient les mains, décide de faire le dos rond et de lais­
conçus pour être lus le temps d’un vol d’Air In­ ser son équipe tranquille. «Etes-vous d’ac-
ter. Car les grands managers doivent sa- cord avec Robert sur le fait que c’est
voir gérer leur temps et optimiser en pour le bien de tout son personnel qu’il
permanence leurs compéten ces. Pas le met sous un parapluie protecteur ?
question de glander pendant cinquante mi­ nous demande l’auteur. Avant de répondre
PHOTO : DR

nutes en regardant bêtement dans le vide et en page 112 : «En se montrant trop protecteur
mâchonnant des viennoiseries. L’auteur, Mi­ avec son personnel, Robert ne le prépare pas
chael Crisp (forcément gourou amé ricain, aux changements imminents.» Enorme scoop.
conseil de grandes multinationales, des mil­
lions d’exemplaires vendus dans le monde), ex­ L’IDÉE QUE LE MANAGEMENT puisse
 En formant pose succinctement sa méthode : «Les douze s’apprendre en cinquante minutes véhicule
à la va-vite techniques présentées dans cet ouvrage, une une idéologie politique, celle de multinationa­
des chefs fois apprises et mises en pratique, vous appor­ les comme Monsanto, General Electric,
esclaves à teront réussite et promotion.» Rien que ça. Shell, Enron, Bayer, dont le documen-
relayer sa Et quelles sont ces douze techniques mira­ taire The Corporation (à voir sur You-
violence, cette culeuses ? Regardons, page 86, le défi n° 11 : Tube) montre implacablement la na-
idéologie «Savez­vous bien manager le changement ? Un ture psychopathe. En formant à la va­vite
fait croire à de exercice est proposé au futur grand manager des chefs esclaves à relayer sa brutalité et sa
braves gens afin de vérifier qu’il a bien intégré la dogma du violence, cette idéologie fait croire à de braves
qu’ils doivent chapitre : «Les managers doivent trouver une gens qu’ils doivent se métamorphoser en
se changer nouvelle tactique quand des changements im­ fauves pour tenir leur rang et ramasser des
en fauves prévus surviennent avant la fin de l’année fis­ miettes du gâteau. Et, à ton avis, ils sont où tous
pour tenir cale.» Dans cet exercice, Robert, «manager ex­ ces gars qui ont appris à manager en cinquante
leur rang.” trêmement protecteur», fait en sorte d’éviter minutes ? Au codir de ta boîte ! I

18 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


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LIBÉREZ, DÉLIVREZ
LES ÉNERGIES
APRÈS LE P’TIT CHEF  22 (Dés)organiser
l'entreprise

voici le chef animateur


 26 Vous bossiez ?
Eh bien, jouez
maintenant !
 28 10 outils pour
développer
Les vraies bonnes idées, celles capables de doper un business, sa créativité
ne viennent que rarement d'en haut. En revanche, c'est au  30 Stimuler
l'imagination de
manager de créer les conditions de leur éclosion. ses équipes
PAR LOMIG GUILLO @lomigg ILLUSTRATION THIBAUT SOULCIÉ
 32 En finir avec les

O
concepts RH
n ne peut pas diriger une en- pert de son domaine et savoir s’entourer de qui font pschitt !
treprise comme une caserne ! collaborateurs plus compétents que lui.» C’est  34 La méditation
Ça ne fonctionne plus», s’ex- la fin du modèle pyramidal : le chef moderne pleine
clame Erwan Nabat, directeur fonctionne sur le mode horizontal. «Il dialo- conscience fait
associé d’Alter & Go, cabinet gue en permanence avec ses équipes, mais rimer business
spécialisé dans l’accompagnement du change- aussi avec les autres, avec les services sup- avec sagesse
ment. «Pas question non plus de se contenter ports, les clients… Il doit être le plus ouvert
d’être un bon gestionnaire ; un chef, désor- possible.» A l’écoute des problèmes de ses col-
mais, est d’abord un animateur.» Mettre des laborateurs, bien sûr, mais surtout de leurs
clones de Cyril Hanouna à la tête des codir ? suggestions, afin de faire en sorte que chacun
Pourquoi pas ! Selon Erwan Nabat, face à l’ubé- propose sa solution.
risation de tous les secteurs, les entreprises
sont condamnées à donner le pouvoir de créer UN BON CHEF, c’est d’abord
aux salariés. Et donc à changer leur modèle de fait pour «cheffer» !
management. «Avant, des patrons experts di- «Un bon chef, c’est celui qui commence à des-
saient ce qu’il fallait faire à des équipes, dont siner un projet, et laisse son équipe le complé-
le rôle se résumait à exécuter. Aujourd’hui, les ter et l’améliorer. Son rôle est de fixer un cap
jeunes expliquent aux anciens comment faire. et un cadre, puis de trier et de décider.» On sait
Le rôle des petits chefs était d’éteindre les in- que les meilleures idées viennent du terrain,
cendies, de veiller à ce que les équipes ne fas- de la ligne de production, de ceux qui font. Il
sent pas de vagues. Désor mais, il s’agit de en résulte que la strate de management inter-
mettre le feu ! De générer de la folie, de l’ému- médiaire – petits chefs, contremaîtres – risque
lation, de libérer l’énergie.» de disparaître dans nombre d’entrepri ses.
Selon cet expert, qui a travaillé pour Accor, «Nous pensons qu’elle n’est plus utile. Et même
Total et Danone, on serait donc en train de pas- contre-productive, car elle empêche l’émer-
ser du modèle du chef qui sait tout à celui de gence d’idées neuves. On a toujours besoin de
l’animateur d’équipe, qui insuffle motivation chef, mais un cran au-dessus. On attend d’un
et passion. «Cela nécessite une forme de lâcher- manager qu’il soit là… pour manager.» Et pas
prise : le chef doit renoncer à son statut d’ex- pour faire à la place de celui qui sait. I

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 21


LIBÉREZ, DÉLIVREZ LES ÉNERGIES

(DÉS)ORGANISER
l’entreprise
N’hésitez pas à bousculer l’ordre établi. Voici six méthodes
inspirées des start-up pour fluidifier vos process de travail
et libérer les énergies au sein de votre entreprise.
PAR CÉLINE DEVAL

A
u placard, l’organigramme ! déjeuner pour aborder tous les sujets.» La vais-
Chez Airbnb, l’entreprise prend selle et le rangement de la cuisine sont en re-
la forme d’un arbre généalo- vanche confiés à un prestataire extérieur. L’es-
gique. Affiché à l’entrée de ses prit start-up a ses limites.
bureaux, le family tree re-
groupe les photos de tous les salariés. Une fa- ENRICHIR le cadre professionnel
çon de rappeler que la start-up, valorisée Sur le campus de Google dans la Silicon
24 milliards de dollars, mais qui ne compte Valley, les salariés ont à leur disposition un
guère plus de 50 salariés en France, reste une centre de fitness, des fauteuils pour faire la
Chacun grande famille. Le symbole est un peu gros, sieste, une cafétéria gratuite, etc. «Les start-
mais efficace. Dès lors qu’il s’agit d’alléger les up ont une vision décomplexée du lieu de tra-
organise rouages d’une structure pour en améliorer vail, observe Richard Menneveux, fondateur
son agenda l’efficacité, les start-up font feu de tout bois. de FrenchWeb.fr, magazine des profession-
comme il nels du Net. Tout y est fait pour favoriser les
l’entend. FAVORISER la convivialité échanges, la créativité… Une façon aussi de
Durée des Dans les bureaux de La Ruche qui dit oui !, spé- motiver et de fidéliser les talents.»
congés, horaires, cialisée dans la mise en relation entre agricul-
lieu de travail… teurs et consommateurs, le déjeuner est pré- APLATIR la hiérarchie
tout est libre. paré par les salariés. Un groupe différent s’en Privilégier une hiérarchie la plus «plate» pos-
Seule contrainte : occupe chaque jour. Les ingrédients, 100% na- sible pour accélérer la prise de décision, facili-
PHOTO : PAUL SAKUMA/NETFLIX, THOMY KEAT

réussir les
missions. Le turels, sont évidemment fournis par la plate- ter la communication et la réactivité : c’est le
matin, nous forme. «Le repas comme sa préparation consti- credo de toute start-up qui se respecte. «Les
faisons le point tuent des moments d’échange entre des jeunes pousses limitent volontairement le
avec les collaborateurs qui n’ont pas forcément l’occa- nombre d’échelons, même lorsqu’elles sont de-
présents.” sion de se parler, indique Benjamin Stock, ma- venues grosses, comme Google, Apple ou Face-
Philippe Laval, nager et spécialiste de la recette du poulet au book, dont les organigrammes restent relati-
fondateur cidre. Résultat, le travail en équipe est plus effi- vement plats pour leur taille», constate Olivier
d’Evercontact,
gestion de carnets cace car on se connaît mieux, et les réunions Erzatty, auteur du Guide des start-up 2015.
d’adresses. sont moins nombreuses puisqu’on profite du TalkSpirit, éditeur de réseaux sociaux d’entre-

22 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


Première start-up à offrir des
congés illimités, Netflix a initié
une révolution mondiale.

prise, a adopté un fonctionnement holacra-


tique («le pouvoir donné à tous») il y a un an. Première start-up à offrir des
Une révolution pour cette start-up créée en
2004. Sa vingtaine de salariés fonctionne dé-
congés illimités, Netflix a initié
sormais sans hiérarchie ni liens de subordina- une révolution mondiale.
tion. «Les titres et les fonctions ont été rempla-
cés par des “rôles” et des “cercles” de travail, bureau mais travaillent au centre de l’open
explique Philippe Pinault, fondateur et PDG. space, au milieu de leurs équipes. «Une orga-
Ça change tout, il n’y a plus de manager pour nisation horizontale ne suffit pas à elle seule à
valider telle ou telle partie d’un projet : chacun garantir l’implication de tous, souligne Olivier
est responsable et autonome sur son ou ses Erzatty. Dès que l’on dépasse 20 collabora-
rôles.» Avantages : les collaborateurs n’atten- teurs, le collectif tend à se dissoudre.» Pour
dent plus les autorisations, le temps est mieux garder l’esprit de groupe, rien de tel que d’être
géré et l’implication de tous renforcée. constamment à proximité de ses patrons.

SIÉGER au sein de l’open space CRÉER des réseaux internes


Chez Zenika, cabinet spécialisé dans l’archi- Chez Aramisauto, exit les mails et le téléphone,
tecture informatique et organisme de forma- on communique presque exclusivement via
tion, les dirigeants ne sont pas isolés dans un Yammer, le réseau social mis en place

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 23


LIBÉREZ, DÉLIVREZ LES ÉNERGIES (Dés)organiser l’entreprise

OPEN MANAGER AU QUOTIDIEN


Réactivité, autonomie jours ou en points. On discute collaborateurs écoute les appels En revanche, les mini-raouts à
de chacun, esprit de des écarts entre les cartes avant téléphoniques donnés par deux ou trois sont monnaie
coopération et mode un deuxième tour de table, un autre. L’exercice est suivi couranteš: c’est bien moins
collaboratif sont les jusqu’à aboutir à un consensus. d’un débriefing de dix minutes chronophage.
trois axes majeurs des «Ainsi, tous s’expriment sans pendant lequel Grégory OFFRIR UNE CAGNOTTE
frustration, souligne le PDG, demande aux intéressés ce À CHAQUE SALARIÉ.
méthodes managériales
Etienne Descure. Et on gagne qu’ils ont retenu de l’exercice. Depuis janvier 2014, chaque
pratiquées dans les un temps fou parce que tout le «Je coache ainsi deux salarié d’iAdvize peut dépenser
start-up. De quoi monde use d’arguments personnes à la fois», explique- 150 euros par an, sans l’accord
inspirer tout rationnels sans être guidé par t-il. Selon Isabelle Rey-Millet, de son manager, pour améliorer
responsable d’équipe. ses émotions.» Le système est coauteure de Management le bien-être dans l’entreprise
efficace, à condition d’adapter Game (Alisio), ces mises en (livres, fleurs, cafetière…). «Ça
JOUER AU POKER POUR
l’échelle de notation au sujet situation améliorent très développe l’esprit d’initiative,
PRENDRE UNE DÉCISIONŒ?
abordé (du temps ou des points efficacement les compétences crée de l’émulation et permet
C’est la méthode inventée chez
de prioritéš?) et… de bien des salariésš: «Pour l’écoutant, il aux collaborateurs d’exprimer
Photoweb, une start-up de
expliciter la règle du jeu. Voici y a un effet miroir puisque leur singularité», explique la
150 salariés, spécialisée dans les
d’autres méthodes de l’écouté fait le même métier que RRH, Sophie de l’Estourbeillon.
services photo à Grenoble. Pour
management pratiquées au lui. Et les deux progressent
décider du temps à accorder LIBÉRER LA PAROLE GRÂCE
quotidien dans les start-up. ensemble.» Experts en
aux projets en cours ou de leur À DES E-POST-IT.
management de l’innovation,
degré de priorité, le comité de DEVENIR BOSS CHACUN Ils sont verts pour signifier «Ça
Michael M. Lombardo et Robert
projets utilise un «planning À SON TOUR. m’a plu, j’adore», orange pour
W. Eichinger ont prouvé, dès
poker», un jeu de cartes inspiré En 2014, Gregory Carter a lancé émettre une idée, et rouges
1996, que 70% de
de la méthode Scrum (méthode l’opération «Be the manager» pour un coup de gueule. Chez
l’apprentissage s’effectue dans
d'organisation et de au sein de son équipe de dix Davidson Consulting, le bon
le contexte d’un challenge
développement basée sur commerciaux chez iAdvize à vieux Post-it papier qui se
professionnel. Les start-up ne
l'interaction entre les Nantes (e-relation client en déchire, s’envole et finit à la
l’ont pas oublié.
personnes). Chacun pose une temps réel, 130 salariés). poubelle est devenu numérique.
carte indiquant des valeurs, en Chaque mercredi, l’un de ses SE RÉUNIR EN ACCÉLÉRÉ. Et le tableau, baptisé i-Tab,
Pas plus de trente minutes est un écran géant muni d’un
chronoš! Chez LiveMentor clavier installé à la cafétéria.
Espace lumineux donnant sur (cours particuliers par «Un lieu parfois désert, ce qui
Broadway et ambiance relax visioconférence), les huit permet d’écrire des Post-it
dans les locaux new-yorkais de salariés ne se réunissent qu’une anonymes», précise Bertrand
Squarespace, une plateforme de Bailly, président. Sur l’écran,
fois par mois. Debout dans
création de sites Internet.
l’open space, ils annoncent, à messages et réponses sont
tour de rôle, leurs résultats visibles de tous. «L’intérêt, c’est
et leurs prochaines actions. «On que chacun peut participer,
a limité le nombre de réunions, souligne Jean-Noël Chaintreuil,
explique le PDG, Alexandre expert en digital et innovations
PHOTO : GEORDIE WOOD/SQUARESPACE

Dana. J’ai montré à mes RH. Et comme le e-Post-it est


collaborateurs que, pour savoir daté, le manager accède à un
combien de temps une réunion historique et mesure l’impact de
faisait réellement perdre, il fallait ses actions.» Seule contrainteš:
en multiplier la durée par le répondre à tous les Post-itš!
nombre de participants.» PAR Marie-Madeleine Sève

24 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


dans l’entreprise il y a cinq ans. «Les 350
employés, répartis dans toute la France, y
échangent plus de 40 000 messages par mois,
précise Brigitte Schifano, DRH du mandataire
automobile. Il leur sert pour le travail ou pour
participer à la vie de l’entreprise.» Lorsqu’un
commercial a une question technique sur un
véhicule, il lui suffit de l’adresser à l’un des 165
groupes créés sur le réseau pour obtenir une
réponse dans la demi-heure qui suit. Avant, il
devait identifier le bon interlocuteur et le
contacter par mail ou par téléphone. Une telle
réactivité est forcément un plus pour le busi-
ness : mieux informés, les vendeurs concluent
davantage d’affaires. «Yammer rapproche
aussi les collaborateurs disséminés dans les
agences. Le réseau renforce leur sentiment
d’appartenance à une même communauté.»
Wooga, premier
TRAVAILLER où l’on veut peu d’agilité et de mobilité, le mastodonte Mi- développeur
de jeux sociaux en
Télétravail ou coworking, au siège, chez soi ou crosoft organise chaque année la journée Europe, emploie
au café… la plupart des start-up laissent leurs Flexibilité @ Work, durant laquelle ses 1 500 250 personnes
collaborateurs choisir leur lieu de travail. Les collaborateurs sont invités à travailler en de- dans 40 pays. Un
travail d'équipe
avantages ? «Souplesse, gain de temps, auto- hors des locaux. «Une limite toutefois : il faut à l'échelle de
nomie et, in fine, meilleure réactivité», énu- veiller à respecter les frontières entre le temps la planète ! Ici,
les bureaux en open
mère Richard Menneveux. Pour retrouver un du travail et le temps de la vie privée.» I space de Berlin.

5 FAUSSES BONNES IDÉES À NE PAS SUIVRE


Ce qui réussit aux start-up ne s'adapte 2 Vouloir aller trop vite. Foncer dans un projet, «n’embauchez
pas forcément aux entreprises de tête baissée peut permettre à certaines pas une équipe toute neuve de moins
l'économie classique. Par exemple : start-up de faire des miracles. Mais ce de 30 ans, piochez aussi parmi vos
1 Supprimer toute référence au modèle fondé seulement sur la rapidité est collaborateurs», insiste Gaëlle Ottan.
passé. «Tout casser pour remettre les aussi une chimère. Créé en 2006, BlaBla- 4 Supprimer les process. La lourdeur
compteurs à zéro n’est pas une bonne Car a déjà changé six fois de business des process bride le potentiel des
option», soutient Gaëlle Ottan, model ! Pas forcément la stratégie qui entreprises. «Mais le côté informel, le
cofondatrice de 1001startups (conseils convient à une entreprise déjà installée. manque de management et de process
pour start-uppeurs). Si une start-up 3 Ne s’entourer que de jeunes. 41% ne sont pas viables à long terme»,
peut prendre le risque d’inventer des fondateurs de start-up ont entre 21 et indique Guilhem Bertholet, PDG d’Invox.
un business model inédit en partant 30 ans, et 35% entre 31 et 40 ans, selon 5 Oublier le business. Certaines
PHOTO : WOOGA, DR

d’une feuille blanche, une grande Statista. Est-ce une raison pour donner start-up sont si centrées sur elles-mêmes
entreprise devra plutôt s’appuyer dans le jeunisme ? Sûrement pas. Les qu’elles en oublient le client. Or, si sexy
sur son expérience et tester pas à pas experts sont unanimes : la diversité est la soit-il, un modèle doit avant tout être
de nouveaux concepts. clé de la réussite. Alors, pour vous lancer rentable pour durer.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 25


LIBÉREZ, DÉLIVREZ LES ÉNERGIES

VOUS BOSSIEZ ?
Eh bien, jouez maintenant !
Sacrifiant à la mode de la «gamification», de plus en plus
d’entreprises stimulent la fibre ludique de leurs équipes. Jeux de
rôle, immersion dans le virtuel… Décoiffant et efficace !
PAR FABIEN TRÉCOURT @Fabientrecourt

R
éunion à 10 heures pour une par- managers… Et c’est bien l’enjeu de cette expé-
tie d’escape game. Treize cadres rience : aborder sous un angle inhabituel et
dirigeants d’une entreprise de concret les notions de collaboration, de travail
médias découvrent leur mission collectif ou d’implication, le tout dans un en-
auprès de Gilles Cormerais, co- vironnement ludique. «Avec le jeu, vous êtes
fondateur de Mystery Escape, à Paris, où se dé- immédiatement dans le bain, il n’y a pas de
roule l’expérience. «Vous devez libérer Marie», temps d’adaptation», assure Marie-Laure
annonce d’un air sibyllin ce game master, sus- Saillard, fondatrice de Mécénance, société de
citant un tombereau d’interrogations. Un res- formation partenaire de Mystery Escape. Et ça
ponsable RH se lance : «Concrètement, vous marche ! Les escape games rencontrent un
nous enfermez dans une pièce et il se passe franc succès auprès des entreprises. La plupart
quoi ?» «Ils sont où, les indices ?» demande à de leurs organisateurs tirent déjà la moitié de
ESCAPE GAME son tour une chef de département. Tous sont leur chiffre d’affaires d’opérations de team
un peu inquiets : pendant une heure, ils seront building ou de coaching.
CE QU’IL DÉVELOPPE :  
enfermés par équipes de trois à cinq et devront
 ESPRIT D’ÉQUIPE
résoudre une série d’énigmes : décoder un LÂCHER-PRISE ET LÉGÈRETÉ. Les psy-
 DÉDUCTION
message, repérer une trappe secrète, etc. chologues savent depuis longtemps que le jeu
Enfermé dans une Ce n’est pas une compétition, mais certains – de rôle notamment – est un support péda-
pièce avec deux ou
trois collègues, vous avanceront forcément plus vite que d’autres. gogique particulièrement efficace. «Il suscite
n’avez qu’un objectif : «Ici, vous devez oublier la hiérarchie», prévient l’implication et constitue un apprentissage par
vous en échapper en
moins d’une heure.
Axel Rosiefsky, cofondateur de Mystery Es- l’action, indique la psychologue et formatrice
Pour cela, vous devez cape. Trop souvent, la partie est bloquée parce Bertille Patin. De plus, il soutient l’attention
résoudre des qu’un participant n’ose pas s’en sortir mieux des participants et les détend.» Concrètement,
énigmes grâce à des
indices disséminés que son chef ou parce que ce dernier a peur de le fait de jouer encourage un lâcher-prise qu’on
dans la salle. Un perdre la face devant ses subordonnés. «Sur- ne retrouve dans aucun autre dispositif ; paral-
game master vous
aide à progresser… tout, reprend Gilles Cormerais, communiquez lèlement, les contraintes de temps et l’envie
C’est surtout votre entre vous, faites circuler l’information, exploi- d’atteindre le but du jeu mettent la pression sur
sens logique et le
travail en équipe qui tez les compétences de chacun.» En somme, les participants, les forcent à prendre des
vous feront gagner. tout ce que les entreprises attendent de leurs risques, à se dépasser, voire à acquérir de nou-

26 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


velles compétences. De nombreuses études sur
les jeux vidéo et les serious games confirment Le jeu permet d’introduire
qu’une pratique (raisonnable) peut renforcer un peu de fantaisie dans des
des fonctions cognitives, comme la concentra-
tion ou la mémoire. boîtes trop austères.
SENS DE L’IMPROVISATION. A l’image vient un jeu», remarque Clément Muletier,
de la danse ou de la musique, le jeu développe consultant indépendant et animateur du site
un sens de l’improvisation et du répondant, El Gamificator. Cette introduction du ludique
difficile à acquérir lorsque l’on prend les choses au cœur des processus opérationnels est l’op-
trop au sérieux. «Les jeux nous font sortir de tion retenue par le cabinet Deloitte pour sa pla-
notre zone de confort», explique Raphaël Gou- teforme de formation en continu, la Deloitte
mot, fondateur de la société de conseils Cré- Leadership Academy, sur laquelle chaque
Agile. Cet amateur d’innovation games les em- joueur collecte des points en fonction de la fré-
ploie pour des objectifs très concrets, comme quence et de la qualité de ses interventions. PLUS D’INFOS
l’élaboration d’une campagne de communica- Une étude a confirmé que les participants
tion, l’établissement d’un planning ou l’anima- étaient plus assidus, alors que le contenu même
tion d’une réunion. Exemple au cours d’une des formations n’avait pas changé.
formation avec huit cadres d’une grande en- L’essor du jeu témoigne aussi d’un profond
treprise publique : plutôt que de faire un tradi- changement de mentalité et d’approche. «On
tionnel tour de table de présentation, Raphaël observe un rejet de tout ce qui est trop sérieux.
Goumot leur a demandé de rédiger en moins On constate d’ailleurs que les boîtes qui sont
de huit minutes le portrait de leur voisin et de trop formelles ont des problèmes de recrute-
l’exposer en trente secondes. Chacun re- ment», résume Philippe Détrie, consultant et
cueille plus ou moins de points en fonction de créateur du centre de formation La Maison du Game Storming.
sa prestation. «Cette méthode oblige à se management. Pas étonnant que ce marché sus- Des techniques pour
concentrer et à donner le meilleur de soi, com- cite des convoitises et que de plus en plus d’en- animer une réunion,
une campagne
mente-t-il. Si tout le monde avait déroulé son treprises se positionnent sur ce créneau. Le de com ou encore
une formation.
CV de façon classique, la moitié de l’assem- géant de l’informatique Microsoft a ainsi ré- DIATEINO, 26 €.
blée serait déjà en train de consulter ses mails cemment racheté l’entreprise Incent Games,
sous la table.» D’autant que les points obtenus créatrice de FantasySalesTeam, un jeu incitant
figureront dans le compte-rendu de forma- les commerciaux à booster leurs ventes. Au
tion, communiqué à leur DRH. risque de déshumaniser le management et
d’exacerber la compétition ? «Le danger existe,
ASSIDUITÉ ET PERFORMANCE. Inutile, reconnaît Clément Muletier, mais c’est un pro-
pour autant, de menacer du bâton : les partici- blème d’usage, pas d’outil.» Certaines applica-
pants comprennent vite l’intérêt d’utiliser ces tions peuvent aussi poser la question de la pro-
techniques de gamestorming (brainstorming tection de la vie privée. Une entreprise de la
par le jeu) pour expliquer, par exemple, le fonc- grande distribution est en train de développer
tionnement de nouveaux logiciels à leurs colla- un logiciel ludique pour pousser ses employés L’Empire ludique,
borateurs. «On n’est plus dans la situation où à faire de l’exercice physique entre midi et d'Aurélien Fouillet.
Cet essai explique
le manager fait une pause pour jouer, se chan- deux. Si un salarié refuse de jouer le jeu, cela pourquoi le jeu
ger les idées ou prendre du recul sur sa pra- ne peut pas se retourner contre lui, nous as- est omniprésent
aujourd’hui.
tique : c’est le management lui-même qui de- sure-t-on. Théoriquement du moins.  ÉD. FRANÇOIS BOURIN, 16 €.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 27


LIBÉREZ, DÉLIVREZ LES ÉNERGIES

10 OUTILS POUR
développer sa créativité
Associer des idées, déconstruire un problème, détourner
l’usage d’un produit ou simplement rêvasser  : il existe
une multitude de moyens pour doper votre imagination
et peaufiner l’originalité de vos solutions.
PAR GAËLLE GINIBRIÈRE

L
a créativité n’est pas un talent inné. LA SÉRENDIPIDITÉ
Au contraire, elle s’apprend et se C’est en observant des récipients dans les-
pratique au quotidien, qu’il s’agisse quels il cultivait des staphylocoques acciden-
de mobiliser l’imagination d’une tellement contaminés par un champignon mi-
équipe ou de réveiller l’artiste qui croscopique que le docteur Alexander Fleming
sommeille en chacun. Et c’est loin d’être inu- a découvert la pénicilline. Le hasard a toujours
tile : huit entreprises sur dix estiment que la sa place dans le processus créatif… A condition
créativité de leurs salariés a un impact direct de savoir le saisir !
sur leur chiffre d’affaires (source Forrester Re-
search 2014). Voici donc quelques techniques LA TRANSDISCIPLINARITÉ
qui ont fait leurs preuves. Choisissez celles qui Multipliez les approches d’un problème
vous inspirent le plus et entraînez-vous à faire sans vous limiter aux plus évidentes. «Char-
jaillir vos idées et celles de vos collaborateurs. gées d’un projet médical sur l’éradication de la
rage en Afrique, deux étudiantes ont mobilisé
LA PENSÉE LATÉRALE la sociologie et l’histoire, raconte Philippe Sil-
Adopter le regard d’un enfant, d’un Mar- berzahn, professeur à EMLyon. En définitive,
tien débarquant sur Terre, ou d’un animal… au lieu de préconiser une énième campagne
C’est le parti pris de la pensée latérale, qui in- de vaccination, elles ont proposé de mieux gé-
vite à «faire un pas de côté» pour réinventer rer les dépôts d’ordures qui attirent les chiens
l’approche d’un problème. «Cette technique in- porteurs du virus.»
cite à penser en dehors du cadre : en quittant
son point de vue habituel, on fait surgir des L’ATELIER DE BRICOLAGE
idées nouvelles», résume Guy Aznar, expert en Le bureau de l’inventeur de la carte à
créativité et auteur intarissable sur la question. puce Roland Moreno était un amoncellement
N’hésitez pas à défier les lois de la logique : c’est d’objets hétéroclites. Albert Einstein faisait,
parce que quelqu’un avait osé suggérer l’utili- lui, l’apologie du désordre comme méthode
sation de roues carrées qu’a été inventé le cha- de travail. Pour faire naître l’étincelle créa-
riot-tricycle capable de gravir les escaliers. tive, transformez votre bureau en atelier de

28 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


bricolage : «A la fin d’un séminaire de créati-
vité, je demande toujours aux participants de
mélanger les objets qu’ils ont produits pour
8 LE MIND MAPPING
Calqué sur le cheminement associatif de
la pensée, le mind mapping, ou carte heuris-
voir quels nouveaux usages cela leur inspire», tique, est un excellent outil de communication,
conseille Guy Aznar. apprécié dans la conduite de session de brains-
torming. Il se pratique sur une feuille de papier
LE BIOMIMÉTISME ou à l’aide d’un logiciel spécifique (Mindview,
S’inspirer de la nature pour concevoir de Mindgenious ou Mindmanager). Il s’agit de tra-
nouveaux produits, par analogie : c’est le prin- cer autour d’un concept l’ensemble des thèmes,
cipe de cette technique. Le Velcro fut mis au points de vue, solutions, idées que celui-ci vous
point en imitant les fruits de la bardane, dont inspire, résumés en un seul mot et reliés entre
les crochets se prennent dans les vêtements. eux par des flèches. «Cette technique visuelle
De même, le TGV doit son profil à la morpho- est très efficace pour faire surgir des idées nou-
logie du martin-pêcheur, cet oiseau spécialiste velles en créant des relations entre des concepts
du piqué et de la plongée rapide. éloignés», explique Kamel Mnisri, professeur
associé à l’ICN Business School, qui travaille
LE BRAINSTORMING sur le leadership et la créativité. Gardez tou-
Ce classique consiste à faire fuser les idées jours un calepin sur vous !

9
dans un laps de temps limité – vingt minutes
chrono. Afin de lever les inhibitions des parti- L’EXAPTATION
cipants, les idées ne sont évaluées que dans un Internet, le GPS ou la nourriture lyophilisée…
second temps. «Utile pour ouvrir la réflexion, Conçues à l’origine pour un usage militaire, ces in-
cette technique ne fait pas forcément émerger ventions ont fini par être adaptées et diffusées au-
d’idées originales», estime cependant Marie- près du grand public. Ce changement d’usage s’ap-
Reine Boudarel, directrice des études à l’Ecole pelle l’exaptation, un terme venu de la théorie de l’évolution.
des mines de Nancy et membre de l’Equipe de Pour Marie-Reine Boudarel, de l’Ecole des mines de Nancy, «la
recherche sur les processus innovatifs. Com- créativité industrielle s’appuie beaucoup sur l’analyse des bre-
plétez cet échauffement par une bonne séance vets dormants, auxquels on découvre de nouveaux débouchés
de dreamstorming (lire ci-après). en fonction de l’évolution des technologies».

LE RÊVE LE BODYSTORMING
A lbert Einstein, Philippe Starck… Particulièrement adaptée à la mise au
nombre de grands créatifs trouvent leur ins- point de prototypes, cette méthode engage les
piration dans les bras de Morphée. «Le rêve participants dans la totalité de leur corps. Na-
est une fabuleuse technique de créativité. Il thalie Savary, responsable du département
nous apprend à laisser voyager notre esprit li- design du groupe ESC Troyes, nous détaille le
brement», commente Guy Aznar. On peut processus : «Il s’agit de jouer des scénarios en
également s’y adonner à plusieurs, en séance se mettant à la place de l’utilisateur de l’objet,
de dreamstorming. L’idée : construire collec- en interagissant avec la première version d’un
tivement une histoire imaginaire. Un premier produit ou en s’imaginant être l’objet lui-même
groupe de participants laisse aller son imagi- afin de mieux en apprécier les impacts.» Une
nation autour d’un scénario ; le second écoute, technique utilisée dans le domaine de la santé,
prend des notes et, pour finir, croise le rêve par exemple pour la mise au point des équipe-
et la réalité afin d’en tirer des idées. ments d’hôpitaux. I

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 29


LIBÉREZ, DÉLIVREZ LES ÉNERGIES

STIMULER L’IMAGINATION
de ses équipes
Votre entreprise a besoin d’un peu d’air frais ? Vos collaborateurs
ne demandent qu’à être sollicités. Voici comment les aider à faire
émerger les idées au quotidien.
PAR CÉLINE DEVAL

A
vez-vous déjà testé le concas- de produit, secrétaire…).» La durée de l’expé-
sage, les grappes, la purge ? Ces rience, d’une demi-journée à trois jours, dé-
noms barbares désignent des pendra de l’objectif. Concrètement, une ses-
techniques de créativité collec- sion créative se déroule en deux étapes. La
tive. «Solliciter un groupe, plu- phase dite divergente revient à libérer les éner-
tôt que des individus, permet de générer de gies et les idées, en utilisant diverses mé-
meilleures idées, plus rapidement et en plus thodes. Le brainstorming, qui consiste à for-
grande quantité», assure Thibault de Maillard, muler un maximum d’idées en un minimum
ingénieur produit chez Kalenji (Decathlon) et de temps, est certainement une des plus
coauteur du livre Animer une séance de créati- connues. Mais vous pouvez aussi proposer à
vité (Dunod). Encore faut-il savoir mobiliser vos collaborateurs de se projeter dans le futur,
son équipe ! Voici nos conseils pour exploiter de déformer la réalité, d’imaginer des analo-
au mieux l’intelligence globale. gies avec votre produit ou… de faire appel au
hasard afin de multiplier les approches. «L’ani-
TRAVAILLEZ avec un groupe mateur dispose d’outils qu’il utilise et adapte
hétérogène en fonction du groupe et de l’objectif de la
«La réussite d’une séance de créativité tient à séance», précise le cadre de Decathlon.
sa préparation, rappelle l’ingénieur. L’objectif Dans une seconde phase, dite de conver-
doit être clair : créer un produit ou un service, gence, vous allez évaluer et sélectionner les
imaginer les usages dans cinq ans… Il faut en- concepts émis. «Sur une centaine d’idées ex-
suite rassembler des éléments (études, proto- primées en une demi-journée, on en retient en
types, produits concurrents…) qui serviront général une dizaine, dont deux ou trois seront
de source d’inspiration.» Le casting a aussi son finalement concrétisées au bout de quelques
importance. Assurez-vous que l’alchimie fonc- mois», commente Thibault de Maillard.
tionne au sein de votre escouade et que celle-
ci a la taille idéale (de huit à dix membres). «Le CHANGEZ DE DÉCOR pour
mieux, poursuit Thibault de Maillard, est de changer de vision
rassembler des imaginatifs (designer, gra- En matière de créativité, le choix du lieu n’est
phiste…), des pragmatiques (ingénieur pas anodin. Qui veut penser out of the box com-
d’études, acheteur…) et des polyvalents (chef mencera par quitter sa salle de réunion habi-

30 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


tuelle ! «Avant de lancer la gamme Kalenji By
Night de Decathlon, j’ai emmené mon équipe
On ne peut pas attendre
deux jours dans un chalet, en pleine forêt, ra- l’inspiration. On doit la poursuivre
conte Thibault de Maillard. On courait la nuit
dans un milieu inconnu. Cela nous aidait à ima-
avec une massue.”
JACK LONDON
giner des produits pour les joggeurs.» Certaines
entreprises vont encore plus loin. Tous les sept
ans, le studio de design Sagmeister & Walsh, à der, de distribuer les ordres, expliquez les ob-
New York, ferme ses portes pour une année, le jectifs puis motivez, encouragez et participez.»
temps pour ses salariés de rafraîchir leur créa- Bref, pratiquez la culture du résultat plus que
tivité. ThinkParallax, une jeune agence califor- celle des moyens.
nienne, offre 1 500 dollars à chacun de ses onze
employés pour qu’ils partent en voyage. RÉCOMPENSEZ toute l’équipe
Mais le véritable défi est de doper au quoti- «Quand un concept est retenu, apprenez aussi
dien la créativité des collaborateurs. Amé- à valoriser l’individu comme le collectif»,
nager un cadre stimulant, avec des couleurs ajoute Arnaud Groff. Sur la plateforme colla-
variées et du mobilier modulable, suffit parfois borative La Fabrique à innovations, un système
à faire la différence. Vif, un éditeur de logiciels de primes (un pourcentage sur les ventes du
pour l’agroalimentaire, procède tous les six produit fini) récompense l’auteur d’une idée,
mois au réaménagement de ses locaux. Les ser- mais aussi l’équipe, sans laquelle le projet n’au-
vices sont déplacés, les bureaux échangés… rait pas vu le jour. Celui qui a trouvé le slogan,
«Cela bouscule le cadre de travail habituel, en- celui qui a imaginé la publicité, celui qui a de-
tretient la transversalité et, in fine, la créati- signé le produit : chacun touche des royalties.
vité», observe Arnaud Groff, fondateur d’Ino- «Chaque membre du groupe est ainsi encou-
vatech 3V, organisme de formation et de ragé à être une force de proposition et à amé-
STRATÉGIES OBLIQUES
conseil en créativité, et coauteur de La Boîte à liorer les idées des autres.»
LE CHAOS
outils de la créativité (Dunod). ORGANISÉ
Une organisation du travail souple, telle PENSEZ À DIFFUSER vos résultats D’ENO
qu’elle existe dans les start-up ou les entre- Enfin, ne négligez pas la phase «d’après». «Sans ET BOWIE
prises «libérées», favorise également l’émer- forcément aller jusqu’à la fabrication collective En 1975, le
gence et l’échange d’idées. Et apportez à vos d’un prototype, il est essentiel de montrer le producteur Brian
Eno et l’artiste Peter
troupes la nourriture intellectuelle dont elles résultat de ce qui a été imaginé, explique Schmidt inventent
ont besoin : une exposition, une conférence ou Arnaud Groff, afin d’entretenir l’émulation col- le jeu de cartes
Stratégies obliques.
tout simplement un déjeuner hors les murs sont lective.» «Donner du feedback est indispen- Chacun des 113
autant de sources potentielles d’inspiration. sable, insiste Thibault de Maillard. Dans les arcanes, qu’on tire au
hasard, porte un
semaines ou les mois qui suivent l’émergence aphorisme destiné à
JOUEZ LE RÔLE du passeur d’idées d’idées, indiquez à vos collaborateurs les- résoudre un dilemme
A vous, manager, de montrer l’exemple. «Pour quelles ont été retenues et pourquoi. Sans cela, créatif, comme
«répète ta dernière
que vos collaborateurs se sentent libres la motivation laissera place à la frustration, et erreur» ou «insiste
d’échanger, posez-vous comme un leader et vos collaborateurs regretteront de ne pas avoir sur les différences».
David Bowie se
non comme un petit chef, recommande Ma- été entendus ou pris au sérieux. Un retour de prêta au jeu lors de
thieu Dupas, fondateur du cabinet de conseil votre part leur permettra en outre d’avoir à l’enregistrement de
sa trilogie berlinoise
Innovation partagée. Soyez à la fois un anima- l’avenir des propositions mieux ciblées et d’être avec Eno. Le résultat
teur et un passeur d’idées. Au lieu de comman- encore plus créatifs.»  fut… brillant•!

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 31


LIBÉREZ, DÉLIVREZ LES ÉNERGIES

EN FINIR avec les concepts


RH qui font pschitt !
Faute de pouvoir – ou de vouloir – agir en profondeur, certaines
directions se contentent de recycler des concepts à la mode.
Censés motiver les salariés, ces écrans de fumée finissent au
contraire par accentuer le divorce entre l’entreprise et eux.
PROPOS RECUEILLIS PAR EVE YSERN

D
ERIC GARAULT POUR MANAGEMENT

e la même façon que certaines pour les appliquer à des contextes souvent très
sociétés s’engagent dans des ac- disparates peut mener tout droit au désastre.
tions écologiques avec beaucoup Des chercheurs américains ont ainsi analysé
plus d’opportunisme que de dans leurs travaux les caractéristiques de ces
réelle conviction (on appelle cela tocades à la sauce RH : contagieuses, perçues
le greenwashing), d’autres sont devenues ex- comme innovantes, rationnelles et fonction-
pertes dans le RH washing. Le principe est nelles, elles promettent une meilleure perfor-
PAR MICHEL identique : il s’agit de se racheter une conduite mance. D’où leur adoption rapide par nombre
BARABEL ET aux yeux du public (les salariés de l’entreprise, d’entreprises. Maurice Thévenet, spécialiste
OLIVIER MEIER,
directeurs du dans le cas du RH washing). Mais un baby-foot du management et des ressources humaines,
laboratoire Dever dans le hall d’accueil suffit-il à rendre une boîte enseignant au Cnam et à l’Essec Business
research, coau-
teurs de Manageor fun et cool ? Absolument pas ! Si des icônes de School, met en garde contre ces effets de mode.
(Dunod). l’économie numérique telles que Google et Fa- Si la notion de mode revêt un caractère très po-
cebook ont bien installé ce type d’équipement sitif dans le monde du luxe, elle se révèle plus
ludique dans leurs locaux, elles se sont égale- ambivalente dans l’univers du management.
ment dotées d’une série d’autres mesures qui Fugace et évanescente, elle peut retomber
contribuent à leur sex-appeal. Mais lorsque la comme un soufflé, créant une déception à la
culture de l’entreprise ne s’y prête pas et qu’au- mesure de l’enthousiasme qu’elle a suscité…
cune autre action n’est engagée en profondeur, Au départ, pourtant, les intentions sont
votre baby-foot rutilant n’est alors ni plus ni louables. Dans le cas du baby-foot installé dans
moins que de la poudre aux yeux, un symbole un open space, l’objectif est d’insuffler un re-
marketing à la vocation de cache-misère. gain d’énergie à des équipes désengagées, de
transformer le lieu de travail en un espace de
DES JOURNÉES DU HANDICAP QUI convivialité. Les journées du handicap, que
N’ENGAGENT À RIEN. Cette tendance à nombre d’entreprises organisent, sont un autre
suivre aveuglément les dernières modes est exemple d’évé nements qui ont tout d’une
problématique, car copier-coller des pratiques bonne idée sur le papier, mais dont l’impact

32 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


réel est discutable s’ils ne s’inscrivent pas dans
une démarche globale. Bien joli de clamer
Un effet de mode engendre
qu’on est sensible au problème, de distribuer souvent une déception à la mesure
flyers, tee-shirts, casquettes, mais qu’y a-t-il de
concret derrière cette posture ? Repose-t-elle
de l’enthousiasme qu’il a suscité.”
sur une politique sociale cohérente, en vigueur
les autres jours de l’année ? Même si elles sem- les pratiques RH innovantes au motif qu’elles
blent cousues de fil blanc, ces opérations trom- sont dans l’air du temps. Quand elles sont bien
pent souvent leur monde. Pour une raison pensées et adaptées à la culture de l’entreprise,
simple : elles reposent sur un biais cognitif elles sont même très efficaces. Dans le cas de
connu en psychosociologie sous le nom d’effet Michel & Augustin, par exemple, le baby-foot
de halo (ou de contamination), mis en évidence se justifie par la préexistence d’un environne-
dans les années 1920 par Edward Thorndike ment particulier où les prises de décision ne
et démontré par Solomon Asch en 1946. Selon sont pas unilatérales (même le stagiaire a voix
cette théorie, un individu émet un jugement au chapitre). De même chez Octo Technology
global positif (sur une personne, une entre- (conseil), le management privilégie l’agilité et
prise ou une marque) à partir de l’avis qu’il s’est multiplie les mesures participatives. Un sys-
fait sur une seule de ses caractéristiques. Et tème de gestion transparent permet à n’im-
c’est bien sur cet effet de halo que comptent porte quel collaborateur de consulter les notes
certaines directions peu scrupuleuses pour de frais du PDG, les congés posés, etc., tandis
donner une bonne image de leur entreprise. qu’un dispositif baptisé «open mercato» lui
offre la possibilité de changer d’équipe selon
DES RÉFÉRENDUMS QUI DONNENT ses affinités avec le thème de travail. Et il suf-
L’ILLUSION DE LA PARTICIPATION. Le fit qu’au moins quatre collègues se regroupent
référendum en entreprise fait également par- autour d’un sujet qui les intéresse (en lien avec
tie de ces nouveaux dispositifs attrape-nigauds. l’activité de l’entreprise, évidemment) pour
Smart l’a utilisé en fin d’année dernière pour former une nouvelle «tribu», autour de laquelle
valider auprès de ses salariés un passage aux d’autres pourront venir s’agréger…
trente-neuf heures alors que les syndicats s’op- S’il semble difficile d’empêcher les DRH de
posaient à cette mesure. Comme l’ont montré suivre aveuglément ces phénomènes de mode,
les travaux de John Gastil et de Peter Levine, on pourrait les encourager à en faire meilleur
le référendum participe d’une forme de démo- usage en les amenant à se poser deux questions
cratie délibérative (au-delà même de la notion clés avant de vouloir les mettre en œuvre.
de démocratie participative) et permet effec- Primo : est-ce que cela a du sens chez nous ?
tivement aux salariés de s’exprimer directe- Secundo : comment adapter l’idée à la taille de
ment. Mais le référendum constitue aussi un mon entreprise, à son activité et à ses collabo-
outil de manipulation. Pratique pour court- rateurs ? Des interrogations simples qui per-
circuiter les syndicats, il prétend bien souvent mettraient à chaque partie de tirer son épingle
ouvrir des espaces participatifs. L’illusion est du jeu et de progresser en termes de lien et de
trompeuse : organiser un référendum ne sup- performance. De quoi, peut-être, redorer le
prime pas les décisions topdown et ne propulse blason de ce service mal-aimé : selon une étude
pas automatiquement une société dans l’uni- récente, seuls 6% des salariés trouvent que les
vers de la démocratie participative. Loin de là. RH savent les écouter et 5% qu’elles sont com-
Il ne s’agit pas pour autant de dénigrer toutes pétentes dans le recrutement… I

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 33


LIBÉREZ, DÉLIVREZ LES ÉNERGIES

LA MÉDITATION PLEINE
CONSCIENCE fait rimer
business avec sagesse
Les bienfaits de cette pratique sont validés par de nombreuses
études scientifiques. Et par des cadres, qui ne jurent que par elle
pour améliorer concentration et bien-être psychique.
PAR BRUNO ASKENAZI @BRUNOASKENAZI

N
e faites rien. Portez votre atten- tous les secteurs. De grandes entreprises
tion sur la respiration.» Assis en comme Unibail-Rodamco, la Maif ou Sodexo
tailleur, les yeux fermés, le la proposent aujourd’hui à leurs salariés. A
coach Dominique Retoux livre, l’instar des dirigeants de grande entreprise,
d’une voix calme, la consigne à comme Delphine Ernotte (France Télévisions),
FOU D'IMAGES

une douzaine de personnes, posées comme lui de Jean-François Rial (Voyageurs du Monde)
sur des tatamis orange. Dans cette salle au dé- ou du chef étoilé Thierry Marx, de nombreuses
cor zen du 11e arrondissement de Paris, un pu- personnalités la pratiquent. Et des études
blic de cadres et d’employés de tous âges, com- scientifiques ont validé les bénéfices qu’ap-
Pratiquez posé majoritairement de femmes, profite de la porte sa pratique régulière : réduction du
pause-déjeuner pour s’accorder un moment stress, amélioration de la con centration,
avec un contemplatif. Depuis deux ans, les adeptes de contrôle des émotions…
instructeur, la méditation pleine conscience sont de plus en
c’est indispensable plus nombreux. Le principe de cette discipline BONUS CRÉATIF. Aldric, jeune designer en
pour tirer profit en plein essor : mobiliser son attention sur sa agence de communication, souligne ses effets
de cette discipline.
On peut ensuite
respiration ou une partie de son corps et se bénéfiques sur la concentration : «Elle m’aide
méditer seul. concentrer sur ses sensations, sans penser à la dans mon travail de création, mon esprit est
Méditer en groupe présentation importante, ou au rendez-vous moins tourmenté par les soucis matériels.»
est également crucial, qui nous attend dans trois heures. Tous les mindfullers ont constaté qu’ils parve-
très bénéfique.” naient à calmer le «babillage mental» pour
Sébastien Henry, ARME ANTISTRESS. La méditation pleine mieux focaliser leur attention et être plus effi-
coach de dirigeants, conscience (ou mindfullness) n’a aucune cace et créatif. Si la méditation n’est pas un
auteur de Ces connotation religieuse. Apparue il y a trente- moyen de traiter le burn-out, auquel un sala-
décideurs
qui méditent et cinq ans aux Etats-Unis et initialement desti- rié sur cinq se dit exposé, elle peut le prévenir :
s’engagent, née à réduire le stress des patients et du per- «Sa pratique vous aide à prendre conscience
Dunod, 22 €.
sonnel dans les hôpitaux, elle s’est élargie à du problème, elle active vos signaux d’alerte

34 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


avant qu’il ne soit trop tard», affirme Véro­
nique, chargée de projet dans un organisme de
Un exercice de respiration
formation et pratiquante convaincue. de quelques minutes
SOUS LA DOUCHE. La méditation pleine
auquel on peut s’adonner
conscience peut se pratiquer à peu près n’im­ à peu près n’importe où.
porte où – dans les transports en commun, sous
la douche ou dans les embouteillages – puis­
qu’elle se résume à un exercice de respiration conscient des enjeux, le manager adepte de
de quelques minutes, accompagné parfois d’un mindfullness communique de manière plus ap­
mouvement physique. Si vous avez la bou­ propriée. Pour autant, ce n’est pas un manager
geotte, adoptez la «marche méditative». Elle «bisounours». Isabelle, cadre dans une banque,
consiste à se concentrer sur ses pas. Chris­ n’hésite pas à exprimer son désaccord avec ses
topher Guérin, DG Europe de Nexans (spécia­ collaborateurs. Mais sans agressivité. «Ma
liste des câbles), profite pour sa part de ses tra­ communication est apaisée, je pose les mots
jets en TGV ou en avion «pour réapprendre à qu’il faut.» «Au final, la qualité du collectif se
connecter corps, sensations et pensées». Lui renforce», souligne Sébastien Henry, ex­direc­
qui avait tendance à fonctionner «en pilotage teur d’une société de formation, devenu coach
automatique» estime «avoir développé une pour aider des dirigeants à tirer parti des bien­
présence consciente et sereine qui a recentré faits de la méditation.
son action sur l’essentiel». Les décideurs auraient d’ailleurs bien besoin
Mais utiliser la méditation pour simplement de gagner en bienveillance. Leur ennemi à eux,
être plus performant et moins stressé au bou­ c’est un ego surdimensionné. La méditation
lot serait la dévoyer. Selon le moine bouddhiste permet de s’en détacher et de gagner en luci­
Matthieu Ricard, qui participait l’automne der­ dité. Moins obsédés par leur intérêt individuel,
nier à une conférence sur la méditation pleine les dirigeants qui s’adonne régulièrement à la
conscience en entreprise, la pratique doit in­ méditation pleine conscience prendraient des
clure la bienveillance. Parmi les exercices qu’il décisions plus justes. Et pourraient alors faire
préconise : faire revivre l’amour bienveillant rimer business avec sagesse. I
en pensant à un être cher. Puis étendre men­
talement ce sentiment à une personne moins
proche et, enfin, à un individu que vous ne por­
tez pas dans votre cœur. Cela ne prend qu’une ET MAINTENANT LA MÉDITATION 2.0
dizaine de minutes. Headspace, Buddhify, Méditer avec Christophe André…
C’est l’arrivée en force des applis spécialisées. L’une des plus récentes,
COMMUNICATION APAISÉE. Selon la re­ Petit BamBou, revendique 110 000 inscrits moins d’un an après son
cherche scientifique américaine, la pratique lancement. «Pour un débutant, le vrai défi est de parvenir à ancrer
répétée de la méditation changerait le méta­ la pratique dans ses habitudes», explique son cocréateur, Benjamin Blasco,
bolisme de notre cerveau (moindre altération un polytechnicien qui a lâché un poste de direction chez PayPal pour
se lancer dans l’aventure. Son appli permet de suivre une séance personnalisée
de la matière grise, développement de l’hippo­
et différente tous les jours. Les huit premières leçons sont gratuites, le reste
campe impliqué dans le processus de mémori­ du catalogue est accessible moyennant un abonnement de 4,99 euros
sation, rétrécissement de l’amygdale qui gère par mois. Intéressant pour les débutants, même si les puristes trouvent
les émotions…) et modifierait notre compor­ que l’utilisation du smartphone n’est guère compatible avec
tement. Plus attentif aux autres et plus la quête de sérénité. A vérifier par soi-même.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 35


FAITES LES BONS
CHOIX DE CARRIÈRE
5 BONNES RAISONS  38 Les bons outils
pour faire les
bons choix

de refuser 40 7 «itinéraires
bis» pour

une promotion
rebondir ou
pour accélérer
sa carrière
 44 Bosser dans
une PME : tout
bon pour le CV !
On commence en général sa carrière en bas de l’échelle
avec la volonté d’en gravir les échelons. Mais, parfois, il faut  47 «Cultivez votre
réseau comme
savoir marquer des pauses, pour mieux avancer par la suite. si c’était un job
PAR LISA TELFIZIAN, avec Bruno Fadda, directeur chez Robert Half. ILLUSTRATION THIBAUT SOULCIÉ à part entière»

S
 48 Ces postes
i on n’avance pas, on recule… sonnel, des déplacements fréquents… Etes- clés qui vous
forment à
Voilà ce que vous pouvez être vous prêt à rentrer le soir à point d’heure, à sa-
devenir patron
tenté de vous dire le jour où votre crifier vos week-ends ; bref, à torpiller votre bel
boss vous annonce qu’il vous pro- équilibre conjugal ? Non ? Alors passez la main.
pose de prendre de nouvelles res-
ponsabilités. Pas faux. Sauf que, parfois, faire
un peu de surplace n’est pas inutile. Car la
question, au fond, n’est pas de savoir si vous
3 VOTRE NOUVEAU BOSS N’A PAS
LA COTE. Sur le papier, tout est génial.
Sauf que votre futur N + 1 a la réputation
avez envie ou non de progresser. Mais d’être d’épuiser moralement ses collaborateurs. Vos
certain que c’est le bon moment pour le faire relations risquent d’être dévastatrices sur le
et que tous les éléments sont bien réunis pour plan personnel : fuyez !
que la montée de cette marche ne soit pas inu-
tilement périlleuse. Voici les cinq points qui
doivent vous faire réfléchir… 4 VOUS N’ÊTES PAS TRÈS MOTIVÉ.
Le contenu du poste vous convient, mais
la rémunération, point. Ou l’inverse. Passez

1 VOUS N’AVEZ PAS LE NIVEAU. On


vous fait confiance, et c’est flatteur. Mais
gare… S’il vous faut abrutir vos collègues de
votre tour. Comme le dit fort justement Bruno
Fadda : «On ne démarre pas dans un nouveau
poste avec une grosse frustration.»
questions avant de rentrer dans le moule ou,
pis, réclamer une formation, vous allez vous
casser les dents. Et revenir à la case départ
avec, en prime, un douloureux sentiment
5 ET VOTRE PLAN DE CARRIÈRE ?
Vous rêvez de devenir directeur financier
et on vous propose une place de responsable à
d’échec. Donc, refusez. la compta. La proposition n’est certes pas in-
intéressante, mais ce changement d’aiguillage

2 VOUS RISQUEZ LE DIVORCE. Cette


promo exige un fort investissement per-
va vous contraindre à tourner le dos à vos am-
bitions. Déclinez poliment. I

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 37


FAITES LES BONS CHOIX DE CARRIÈRE

LES BONS OUTILS


pour faire les bons choix
L’évolution d’une carrière est jalonnée d’opportunités,
et donc de décisions cruciales. Les conseils de nos experts
pour apprendre à trancher en toute sérénité.
PAR CHARLOTTE LAURENT @charlottelrnt

C
hoisir, c’est renoncer», affirmait par la matrice multicritère, un outil mesurant
André Gide. «Ne surestimez pas l’impact de vos choix. Dans une première co-
PHOTO : VINCENT BLOCQUAUX

pour autant le poids de certaines lonne, listez les critères à prendre en compte
décisions, nuance Fran çois (compétences, finances, vie personnelle…).
Souweine, DG de l’Académie du Dans une seconde, en face de chaque critère,
coaching. Ce n’est pas parce que vous sortez indiquez l’impact potentiel de chaque décision
d’une école d’ingénieurs que vous êtes voué à envisageable. Cela vous aidera à vous libérer
rester ingénieur toute votre vie.» Cela dit, une de l’affectif. Enfin, pondérez les différents cri-
carrière est tout de même une succession de di- tères et… choisissez ! «Certains critères reste-
La passion lemmes plus ou moins cornéliens. Pour décider ront valorisés pour des raisons affectives,
en votre âme et conscience, voici sept conseils reconnaît Jean-Yves Arrivé. Mais ce sera en
d’abord ! entre lesquels vous n’aurez pas à choisir. connaissance de cause.» Alors à vos crayons !
Depuis vingt ans,
il mène une double
LE QUART D’HEURE DE CONTENTE- L’ENQUÊTE INTROSPECTIVE. Toute dé-
vie : trader chez
BNP Paribas le jour MENT. Le soir, vous relevez le nombre de cases cision est liée à vos valeurs. Mais quelles sont-
et concertiste le soir. que vous n’avez pas cochées sur votre to do list ? elles ? «On les découvre vraiment quand elles
«J’ai choisi la Mauvaise habitude. «Notez plutôt ce que vous sont bafouées», indique Maryvonne Lorenzen,
finance car j’étais avez fait, y compris les imprévus», suggère Ma- coach et coauteure de Faire les bons choix
certain d’avoir des thilde Faidherbe, directrice associée au cabinet (Eyrolles). Afin de les identifier, pensez à des
horaires réguliers, Agissens. Nadine Magnin, du cabinet RH&A, moments de votre vie où vous vous êtes senti
compatibles
avec ma passion.» va plus loin : «Prenez un quart d’heure pour ré- particulièrement indigné ou pas du tout en
Cela n’a pas freiné fléchir à ce qui vous a apporté de la satisfaction phase avec ce que vous êtes, à des situations
sa carrière : il est dans la journée.» De jour en jour, vous connaî- qui vous ont fait réagir vivement. Les valeurs
devenu manager trez mieux ce qui vous pousse à agir. C’est in- qui ont été violées, celles auxquelles vous te-
d’une équipe de dispensable pour faire des choix avisés. nez le plus, ressortiront alors.
100 traders !
Guillaume Cornut, LA MATRICE MULTICRITÈRE. Pour LE JEU DES SIX POURQUOI. Cette muta-
pianiste et financier. prendre du recul avant de faire un choix, Jean- tion qu’on vous propose vous enthousiasme ?
Yves Arrivé, directeur de Co’acting, ne jure que Demandez-vous pourquoi. Formulez une

38 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


réponse puis posez-vous à nouveau la question. L ’ I N V E N TA I R E D E S M O Y E N S
Et ainsi de suite jusqu’au sixième pourquoi. D’ÉCHOUER. «Pour avancer, misez sur les
«Les trois premiers pourquoi s’adressent au injonctions paradoxales, recommande le coach
cerveau cartésien. Les trois suivants vous inci- Pascal Lefeuvre. Définissez votre objectif puis
tent à être plus créatif et élargissent le champ inventoriez les douze meil leures façons de
de réflexion», explique Pascal Lefeuvre, fon- faire échouer ce projet. Oui, vous avez bien lu
dateur d’Osmose Consultants. De quoi sonder “échouer”, insiste-t-il. Par opposition, vous ver-
en profondeur les motivations d’un choix po-
tentiel, y compris celles dont vous n’aviez au-
cune conscience auparavant.
rez émerger des solutions pour réussir. Alors,
faites confiance aux associations d’idées.» 26%
des hommes,
L’ÉTUDE COMPARÉE DES CAMEM- contre 9% des
LA CHASSE AUX FACTEURS D’IN- BERTS. Il n’est pas toujours facile de faire le femmes, seraient
FLUENCE. Préjugés, société, origines, fa- point sur soi-même et sur ses envies. Pour la prêts à accepter
mille, amis… autant d’éléments qui influen- coach Mathilde Faidherbe, le bon vieux ca- un job qui ne leur
plaît pas pour
cent vos choix, consciemment ou pas. Pour les membert est un outil très efficace pour vous gagner plus.
repérer, Maryvonne Lorenzen préconise de aider à y voir plus clair. Dessinez un premier
considérer deux ou trois décisions cruciales
que vous avez prises dans votre parcours. Ont-
elles été motivées par les contraintes de la so-
diagramme avec la part qu’occupe chaque as-
pect de votre vie actuelle : personnelle, fami-
liale, amicale, sportive, associative, spiri-
68%
des femmes
ciété, par les attentes de votre entourage ou tuelle, etc. Dans un deuxième camembert, et 56% des
encore par certaines de vos croyances ? Lister donnez à chaque part la place que vous sou- hommes
ainsi les influences dont vous aviez conscience haiteriez. Comparez et demandez-vous ce qui refuseraient
à l’époque et celles que vous ignoriez ; cela vous a éloigné de cet idéal et ce que vous pou- d’enfreindre la loi
pour décrocher
peut vous aider à gagner en lucidité afin de ré- vez mettre en œuvre pour l’atteindre. De quoi le job de
soudre vos prochains dilemmes. arbitrer avec discernement. I leurs rêves.

BIEN SE CONNAÎTRE POUR MIEUX S’ÉPANOUIR


Pour réussir, inutile de viser le sommet : 3  Autonomie. Vous n’êtes efficace que 6  Service-dévouement. Votre
choisissez plutôt un but en accord avec si vous avez la latitude de vous organiser priorité : accomplir une mission sacrée,
votre personnalité. Le psychologue comme vous l’entendez. Si cette liberté ne comme soigner les autres ou vous occu-
américain Edgar H. Schein a défini huit vous est pas accordée, pourquoi ne pas per du sort de la planète. Dirigez-vous
ancrages de carrière en fonction de nos choisir un statut d’indépendant ? vers l’humanitaire, le social ou le médical.
compétences, valeurs et motivations.
4  Sécurité-stabilité. Votre besoin 7  Challenge. Le défi est votre moteur.
1  Expertise technique. Votre
de sécurité y compris financière vous Ingénieur, consultant ou vendeur, vous
épanouissement passe par l’utilisation
pousse à une grande loyauté vis-à-vis aimez résoudre des problèmes a priori
de vos qualifications techniques.
de votre employeur, quels que soient le insolubles. Et vous en redemandez !
Vous aimez les challenges et êtes prêt à
contenu de votre travail et votre grade.
encadrer une équipe, à condition de 8  Equilibre de vie. Vous êtes prêt
rester dans votre domaine d’expertise. 5  Créativité entrepreneuriale. Vous à sacrifier des opportunités de carrière,
2  Management-supervision. Vous aspirez à voler de vos propres ailes et comme une mutation assortie d’une
voulez être responsable du résultat global vous ne rêvez que de créer votre promotion, au nom de votre bien-être
et vous adorez fédérer les équipes autour entreprise, quitte à prendre des risques personnel et familial. Vous cherchez
de vous. Vous privilégiez l’opérationnel et pour avoir la satisfaction de prouver vos une certaine souplesse dans l’entreprise
non les postes techniques et fonctionnels. capacités. Soyez prudent quand même ! pour préserver cet équilibre.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 39


FAITES LES BONS CHOIX DE CARRIÈRE

7 «ITINÉRAIRES BIS»
pour rebondir ou pour
accélérer sa carrière
Un parcours réussi n’est plus forcément lisse
et linéaire. Les pauses et les détours peuvent
aussi constituer d’excellents tremplins.
PAR GAËLLE GINIBRIÈRE @gginibriere

A
la tête d’un business florissant REFUSER UNE PROMOTION
pour mieux progresser
LAURENCE DE TERLINE / ATOMOS

et d’une équipe de 30 person­


nes, Fabrice Coudray, directeur Ingénieur dans un conseil départemental, Ma­
chez Robert Half Internatio­ lik a refusé il y a quelques mois d’être promu
nal, aurait pu continuer à ac­ ingénieur en chef. A 45 ans, ce responsable
croître son périmètre de responsabilités. Mais, d’équipe souhaitait conserver un engagement
il y a quatre ans, il a fait un grand pas de côté : associatif, qu’il estimait peu compatible avec
il a lancé au sein du cabinet une nouvelle ac­ de nouvelles responsabilités managériales. At­
tivité de recrutement dans les technologies et tentif à d’éventuelles opportunités dans les
Trop l’informatique. Et n’a pas hésité à mettre ses intercommunalités, en pleine effervescence, il
anciennes prérogatives entre parenthèses. craignait de voir se fermer les portes de collec­
de cadres Alors, finies les carrières linéaires ? Pas sûr : tivités plus petites en acceptant un grade élevé
se laissent «Difficile à dire. Mais il est vrai que nous ren­ qu’elles ne pourraient pas s’offrir.
porter sans controns des candidats aux expériences plus Décliner une promotion ? Si les managers
vraiment exotiques», admet le top manager. qui l’ont fait évitent encore de le crier sur les
faire de choix. En quête d’une meilleure employabilité, les toits, un tel choix n’a plus rien d’incongru. «La
Il faut au contraire
cadres sont sommés d’être les pilotes de leur clé, souligne Olivier de Clermont­Tonnerre, est
se montrer carrière. «Cela implique de savoir prendre des de rendre sa décision non pas acceptable par
responsable de ses virages, quitte à donner un coup de frein ou à tous, car chacun a une vision différente de ce
orientations. Savoir faire un pas de côté», confirme Olivier de Cler­ que doit être une carrière, mais au moins com­
sortir d’une voie mont­Tonnerre, directeur associé d’Atomos préhensible. Il faut rassurer sa hiérarchie sur
toute tracée dénote Conseil. Refuser une promotion, accepter une les raisons de son choix.»
une saine aptitude à mission impossible, quitter un grand groupe La pire attitude serait en effet de rester dans
la prise de risques.”
pour rejoindre une PME… ces entorses à une le non­dit, en laissant à votre boss ou à votre
Olivier de Clermont- trajectoire idéale peuvent constituer des choix DRH le soin d’interpréter (sans doute de tra­
Tonnerre, coach,
Atomos Conseil. pertinents pour dynamiser sa carrière. vers) votre choix. «Explicitez vos envies et

40 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


votre projet professionnel», poursuit Olivier de POSER UN CONGÉ SABBATIQUE
Clermont-Tonnerrre. Tout est possible pourvu pour se recentrer
qu’on ait un motif valable, comme ce commer- Lorsque Sonia a demandé un congé sabbati-
cial à qui l’on avait proposé de prendre la di- que pour aller passer cinq mois en Australie
rection d’une agence, et qui a refusé en évo- afin de perfectionner son anglais pour prépa-
quant que ses compétences seraient beaucoup rer sa candidature à un MBA et aider ensuite
plus utiles sur le terrain. un proche qui venait de lancer une société de
 A retenir : ce type de pas de côté est à en- distribution d’articles de sport… son boss ne
visager dans une première partie de carrière, lui a pas caché sa surprise. A l’heure où les en-
notamment. En effet, plus un manager grimpe treprises exigent un engagement sans faille,
dans la hiérarchie, plus il lui est délicat de re- lever le pied constitue une décision surpre-
fuser une promotion. nante. «C’est un choix qui demande un carac-
tère fort, une grande confiance en soi et une
RENONCER À UN TITRE idée très claire de qui l’on est, de ce que l’on
RONFLANT pour prendre veut, et du contenu de son projet, bien sûr»,
de vraies responsabilités commente Olivier de Clermont-Tonnerre.
L’équipe de six consultants que dirigeait Elsa
Ravouna chez Altedia (conseil RH) a récem-
ment été absorbée par un service plus large. Rassurez votre hiérarchie
Plutôt que de s’arc-bouter sur son titre de res-
ponsable, qui n’avait plus vraiment lieu d’être,
sur les raisons de votre choix,
la jeune femme a proposé de lancer une nou- tout est possible, pourvu
velle offre de produits. Elle a pris la tête d’une
«direction du développement de l’accompa-
qu'on ait un motif valable.
gnement individuel» où elle est toute seule. «Je
trouve de nouveaux clients, de nouveaux bu- Toutefois, certaines entreprises ont très bien
siness, raconte-t-elle. C’est pour moi une toute compris l’intérêt de laisser leurs collaborateurs
nouvelle activité.» Et un véritable pas de côté prendre du recul momentanément. Elles enca-
puisque le nouveau poste ne comporte plus de drent ce type d’expériences, à travers, notam-
management hiérarchique. ment, le mécénat de compétences. Depuis
Un enthousiasme que partage Rached, qui vingt ans, la société de conseil en innovation
a abandonné ses titres sans aucun regret. An- et ingénierie Altran a confié à sa fondation le
cien chef des services techniques dans une so- soin d’organiser un prix de l’innovation, dont
ciété de services énergétiques, il s’est défait le lauréat est accompagné par des ingénieurs-
de ses responsabilités managériales pour de- consultants. L’année dernière, six collabora-
venir spécialiste de la maintenance : réalisant teurs se sont engagés auprès de Damae Medi-
des expertises de sites, le voilà aujourd’hui cal, une start-up qui a mis au point un dispositif

70%
impliqué dans tous les projets transversaux innovant de dépistage des cancers cutanés.
de l’entreprise. Un poste clé.  A retenir : «Ces projets d’intérêt général
 A retenir : renoncer à ses prérogatives pour sont une source de motivation, ils valorisent
porter un projet inédit en interne exige un vé- les ingénieurs et leur offrent une respiration, des salariés
ritable goût pour les challenges. C’est une vraie notamment aux seniors», commente Christian estiment que
leur travail
prise de risque, qui s'avère très valorisante Le Liepvre, directeur de la fondation Altran s’inscrit dans un
pour la suite d’une carrière. pour l’innovation. plan de carrière.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 41


FAITES LES BONS CHOIX DE CARRIÈRE

QUITTER UN GRAND GROUPE «On y travaille autrement, avec beaucoup


pour une TPE-PME d’exigence et il faut aller vite. Cela témoigne
Poste moins prestigieux, champ managérial d’un véritable goût du risque.»
restreint, perspectives de carrière plus limi-
tées… Boudées par les jeunes diplômés d’écoles ACCEPTER UNE MOBILITÉ
de commerce, les PME n’attirent pas davantage CONTRAINTE pour mieux revenir
les cadres des grands groupes. Expert des fu- Se voir détournée sans ménagement du plan
sions-acquisitions de PME dans une multina- de carrière qu’elle avait tracé, voilà ce qu’a vécu
tionale, Nicolas a pourtant sauté le pas il y a Allison, une toute jeune chef de produits dans
quatre ans. Visant alors un poste de DAF, il s’est les huiles alimentaires, trois mois seulement
vu proposer la direction d’une PME que sa boîte après son embauche chez un géant de la grande
était en train de racheter. «J’y ai découvert un consommation. Au début des années 2000,
sentiment de solitude que je n’avais pas prévu, sans l’avoir demandé, elle fut expédiée seule à
raconte-t-il. Dans un grand groupe, il est tou- Moscou, une destination qui avait été refusée
jours possible de discuter d’une problématique par plusieurs managers du groupe et qui n’était
avec un collègue. Un dirigeant de PME reste pas forcément celle rêvée par une jeune femme
seul face à lui-même. Du côté des banques, l’ac- de 25 ans. «Si l’entreprise laisse entrevoir
cueil réservé au collaborateur d’un grand l’étape suivante, une mobilité peut être un vrai
groupe et au dirigeant d’une petite entreprise accélérateur de carrière. Mais il est difficile
n’est pas non plus le même !» L’expérience est pour un employeur, dans une économie mou-
d’autant plus éprouvante que l’actionnaire fa- vante, de s’engager sur un poste deux ou trois
milial ne lui apporte pas le soutien escompté. ans à l’avance», commente Sandrine Gineste,
Au bout de deux ans, Nicolas réintègre son an- responsable du pôle innovation territoriale et
cien groupe. «Cela n’a pas été inutile. Au- culture mobilité chez BPI Group, une société
jourd’hui, je suis plus pragmatique dans mon de management et de conseils RH.
approche et ma façon de négocier. Les grands Une expatriation difficile peut aussi être per-
groupes ont beaucoup à apprendre des PME, çue comme une formidable occasion de dévoi-
ce sont elles qui portent l’innovation.» Le qua- ler ses talents : deux ans après sa mobilité,
dra a aussi appris à être un touche-à-tout. notre jeune chef de produits est revenue en
 A retenir : pour Fabrice Coudray, c’est cette France à un poste de responsable de marque
polyvalence qui fait l’intérêt d’une expérience qu’elle n’aurait pas décroché aussi vite dans un
dans une petite structure ou dans une start-up : autre contexte. Mais comme sa première mis-

J’AI EU RAISON DE PRENDRE DU RECUL”


Tous les deux ans, Olivier Pin décision est prise. Administrateur société américaine, avec des
prenait des responsabilités au sein bénévole de Chartreuse, la PME objectifs de performance à court
PHOTO : CHRISTOPHE LEVET

du cabinet de marketing qui qui produit la célèbre liqueur, terme ; de l’autre, la PME au
l’employait. Devenu responsable il veut prendre en main l’équipe savoir-faire pluricentenaire dont
grands comptes, il émet un jour le commerciale. «A 40 ans passés, l’objectif est l’excellence.»
souhait de passer en 4/5. «La DRH c’était une opportunité. Les Un choix payant : en septembre
OLIVIER PIN, DG ADJOINT m’a demandé si j’étais conscient de activités relevaient de logiques dernier, Olivier Pin a été nommé
DE CHARTREUSE l’image que j’allais donner.» Mais sa différentes : d’un côté, la grande DG adjoint de Chartreuse.

42 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


sion fut couronnée de succès – ses études de
marché ayant suggéré l’existence d’un énorme Une expatriation difficile peut se
marché, une usine fut installée en Russie –, elle
a su en tirer les bénéfices.
révéler une formidable occasion
 A retenir: accepter une expatriation dans de déployer ses talents.
un pays lointain et peu hospitalier est certes
inconfortable et sans doute plus gérable en dé-  A retenir: «Avant d’accepter, mesurez vos
but de carrière qu’à 35 ou 40 ans, quand on a zones de confort et d’efforts, assurez-vous que
fondé une famille que le déménagement pour- la marche à gravir n’est pas trop haute», recom-
rait déstabiliser. Mais le jeu peut aussi en va- mande Catherine Laval, directrice de l’activité
loir la chandelle… Talent Management chez BPI Group.

RELEVER UNE MISSION DEVENIR INDÉPENDANT


IMPOSSIBLE pour se remotiver POUR VALORISER son expérience
Responsable d’équipe dans une agence d’évé- Portage salarial, entrepreneuriat… Autant de
nementiel, Isabelle ne s’est pas démontée solutions prônées par les cabinets d’outplace-
lorsque son patron lui a proposé, en plus de son ment pour les cadres restés sur le carreau
poste, de mettre au pas des employés anglais après un plan social. Une situation souvent PLUS D’INFOS
basés à Londres. Ma nager à distance une subie, mais dont vous pouvez faire une oppor-
équipe restée sans chef pendant des mois, dés- tunité pour affiner votre expertise ou déve-
tructurée et démotivée, dans un contexte d’in- lopper de nouvelles compétences. Rien de tel,
terculturalité… l’offre avait tout du cadeau em- en effet, que de se mettre à son compte ou de
poisonné. Pourtant, plutôt que de rechercher proposer ses services pour apprendre à se
des projets lui offrant davantage de visibilité, vendre et renforcer sa capacité d’adaptation.
elle a choisi de relever le défi. «C’est également une excellente façon de
Ce type de poste ingrat peut même être l’oc- cultiver son réseau, surtout si l’on vient de
casion de dé velopper des compétences passer dix ou quinze ans dans la même entre-
jusqu’ici inexploitées : management collectif, prise», assure Elsa Ravouna.
décryptage des non-dits et des jeux d’acteurs, Jean, ex-responsable commercial d’un labo Le Plaisir, nouvel enjeu
du management,
etc. C’est donc sous un angle expérimental pharmaceutique, en a fait l’expérience. Devenu de Gilles Charpenel,
qu’Isabelle a abordé sa mission. Consciente formateur indépendant auprès d’acteurs du MAXIMA, 19,80€.

que son type de management, un peu trop di- médicament, il a enchaîné les missions pen-
rectif, courait à l’échec face à ses collabora- dant deux ans avant d’être recruté par un de
teurs anglais, elle s’est inspirée du livre Fish ! ses fidèles clients, un autre grand groupe. Où
(éd. Un monde différent), qui relate l’histoire il occupe quasiment le même poste que chez
d’une poissonnerie de Seattle devenue un mo- son précédent employeur.
dèle de management. Institutionnalisant les  A retenir: «Beaucoup de cadres connais-
déjeuners d’équipe et les temps d’écoute (par sent ce type de parcours, commente Elsa
exemple, une réunion ou une vidéoconfé- Ravouna. La stratégie fonctionne surtout dans
rence tous les lundis matin pour résoudre les des secteurs techniques pointus comme les
difficultés et les problèmes), Isabelle est par- secteurs de la santé, des cosmétiques, où les
venue à insuffler une nouvelle énergie à employeurs considèrent que s’attacher les
l’équipe londonienne ainsi qu’à l’ensemble de services d’un bon connaisseur de l’activité re- FISH!
Ouvrage collectif,
ses collaborateurs. présente un gage de sécurité.»  UN MONDE DIFFÉRENT, 10 €.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 43


FAITES LES BONS CHOIX DE CARRIÈRE

BOSSER DANS UNE PME :


tout bon pour le CV !
L’expérience acquise en leur sein est aujourd’hui
très prisée des recruteurs. Et si vous passiez par la
case PME pour booster vos compétences ?
PAR CHARLOTTE LAURENT @CharlotteLrnt

E
lles sont 3,5 millions et réunissent d’évolution directement avec le big boss. Amé-
plus de 16 millions de salariés. lie Pene, 32 ans aujourd’hui, a rejoint A2Mac1,
Elles ? Ce sont les petites et l’un des leaders mondiaux de l’automotiv
moyennes entreprises (PME), dont benchmarking (analyse concurrentielle pour
l’effectif ne dépasse pas 250 colla- les constructeurs automobiles), en tant que res-
borateurs et dont le chiffre d’affaires est infé- ponsable marketing et ventes en 2007. «Deux
PHOTO : DR

rieur à 50 millions d’euros. Premières em- ans et demi plus tard, raconte-t-elle, j’ai eu en-
ployeuses de France (huit actifs sur dix y vie de partir à l’étranger. J’en ai discuté avec le
travaillent), elles continuent de recruter. Pour- président.» Aussitôt dit, aussitôt fait. Après
Faire tant, les cadres semblent bouder les PME. «La presque cinq années passées à Shanghai pour
toute sa norme sociale associe encore le succès profes-
sionnel aux grands groupes», indique Stephan
lancer la filiale Asie-Pacifique, la jeune femme
s’est installée à Munich l’an dernier pour diri-
carrière dans Guinchard, associé chez Ixens (cabinet d’ad- ger les activités marketing en Europe. Qui a dit
un grand ministrateurs professionnels) et spécialiste des que travailler dans une PME signifiait tirer un
groupe est PME de croissance. Ces entreprises seraient trait sur ses ambitions ?
dépassé. donc des voies de garage pour jeunes talents
Il faut passer par
une PME. On y est
beaucoup plus
mal aiguillés ou vieilles gloires en quête d’em-
ploi ? Ce n’est qu’une des nombreuses idées re-
çues qui leur sont attachées… et auxquelles il
2 C’EST UNE ÉTAPE
VALORISANTE SUR UN CV
Ne croyez pas qu’il suffise de collectionner les
opérationnel et est temps de tordre le cou. Voici donc dix noms de grands groupes pour bâtir un CV
on y gagne en bonnes raisons de passer par la case PME pour digne d’attention. «Bien sûr, celui de la PME
compétences car lancer ou relancer votre carrière. n’est pas connu, mais la liste de responsabili-
on est partie tés et d’activités que vous y accolerez sera bien

1 L’ÉVOLUTION
prenante de l’avenir
de l’entreprise.” Y EST plus longue», assure Claire Vinchon, fondatrice
PARFOIS TRÈS RAPIDE de la plateforme de recrutement Small Iz Beau-
Abdellah Dans les PME, les responsabilités sont corré- tiful Polyvalence. Adaptabilité, autonomie ;
Mezziouane,
secrétaire général de lées non pas à votre position hiérarchique mais autant de qualités développées dans les petites
la CGPME Paris-Ile de à la croissance de l’entreprise. Il est même par- structures et qui plaisent aux recruteurs. «Elles
France.
fois possible d’y évoquer vos perspectives ouvrent plus de portes qu’elles n’en ferment»,

44 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


confirme Richard Thiriet, président national
du Centre des jeunes dirigeants (CJD).
Dans une grosse boîte,
Ajoutons que les PME favorisent les bonds il m’aurait fallu au moins quinze
de carrière. Alban D’Halluin, 36 ans, a ainsi
multiplié les expériences dans les petites struc­
ans pour arriver à ce niveau !”
ALBAN D’HALLUIN, 36 ANS, ENTRÉ IL Y A UN AN CHEZ PRODWAYS
tures et collectionné les titres de directeur. (IMPRESSION 3D)
«Dans de grosses boîtes, il m’aurait fallu quinze
ans pour arriver à ce niveau d’expérience et de
responsabilités», témoigne ce polytechnicien international en entreprise (VIE) en Espagne,
entré il y a un an chez Prodways (175 salariés), pour Connecthings (25 salariés), une société
une PME de l’impression 3D. spécialisée dans les villes connectées. A 29 ans,
il a équipé Madrid, Barcelone et Valence, avant

3 AGILITÉ ET VITESSE
D’EXÉCUTION SONT
INSCRITES DANS LEUR ADN
de prendre la tête de la filiale ibérique qu’il a
montée de toutes pièces, en 2013.

«Là où le grand groupe apporte rigueur et pro­


cess, la PME a une culture de la débrouillardise
et une grande agilité», souligne Karine Dou­
5 L’INTÉRESSEMENT
ET LE VARIABLE PEUVENT
ÊTRE TRÈS MOTIVANTS
khan, directrice chez Robert Half. «Quand on Certes, les grandes entreprises versent des sa­
a un problème ou une décision à prendre, on laires supérieurs d’environ 20% à ceux des
le fait en trente secondes dans un couloir avec PME. «Mais les rémunérations des cadres res­
la personne concernée», raconte Jacky Ordo­ tent intéressantes, nuance Abdellah Mez­
nez, directeur achats et approvisionnement ziouane, secrétaire général de la CGPME Paris­
chez Alphi (50 salariés), spécialiste du coffrage Ile­de­France. Et le variable et l’intéressement
dans le BTP. C’est même au sein des PME qu’est sont importants : si les résultats de l’entreprise
née la notion d’entreprise libérée. «Les salariés croissent, on peut gagner beaucoup d’argent.»
y possèdent le pouvoir de prendre les meil­ Dans la société de cosmétiques Aroma­Zone
leures décisions pour l’entreprise», explique (100 salariés), par exemple, les rémunérations
l’économiste Isaac Getz, qui a popularisé cette augmentent de 4 à 10% par an et les primes re­
vision avant­gardiste. Ainsi, chez Chrono Flex présentent deux mois de salaire. «Il y a moins
(250 employés), toutes les décisions (de la part d’avantages de type Chèques­Repas ou voitures
variable des rémunérations aux contrats de té­ de fonction, mais si le succès est au rendez­vous
léphonie mobile) sont prises par des groupes la rémunération grimpe», explique Anne Vaus­
de travail composés de volontaires ou de «ca­ selin, sa cofondatrice. Quant aux 25 collabo­
pitaines», cooptés par les salariés. rateurs de Maplaceencrèche, une agence de
placement en crèche d’entreprise, ils peuvent

4 CERTAINES VOUS
FERONT VOIR DU PAYS
entrer au capital après deux ans d’ancienneté.

Un tiers des multinationales françaises sont


des PME et celles­ci détiennent 3 715 filiales à
l’étranger. Les grands groupes ne sont donc pas
6 ON Y TRAVAILLE PLUS,
MAIS ON PARTICIPE AUSSI
AUX DÉCISIONS
les seuls à même de vous faire goûter à la vie Pas de doute à ce sujet : moins il y a de collabo­
d’expat’. En sortant d’HEC en 2011, Louis­ rateurs dans une entreprise, plus ils bossent !
Alban Batard­Dupré a obtenu un volontariat Une étude de l’éditeur de logiciels Nereo

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 45


FAITES LES BONS CHOIX DE CARRIÈRE

montre que les employés des structures un chiffre d’affaires de 15 millions), dont 15%
de plus de dix salariés prennent 34% de jours pour l’achat d’un outil de nettoyage du maté-
de congés ou de RTT en plus que ceux des TPE. riel destiné à diminuer la pénibilité du travail
En règle générale, les collaborateurs des PME et à augmenter la sécurité.
ne comptent pas leurs heures car ils sont aussi
des entrepreneurs. «Les cadres y sont des bâ-
tisseurs», renchérit Karine Doukhan, chez Ro-
bert Half. Directeur commercial chez le fabri-
9 ILUNEY ENPRÈS
AURA TOUJOURS
DE CHEZ VOUS
Si un tiers des entreprises françaises sont im-
cant de boulons Clufix (60 salariés), Christophe plantées en région parisienn, avec plus de
Jacobs a d’abord travaillé huit ans chez Rho- 3 millions de PME sur le territoire, ce sera bien
dia. Son verdict est sans appel : «Dans un grand le diable si vous ne trouvez pas votre coin de
groupe, on n’existe pas, on n’est qu’un numéro. paradis n’importe où en France ! Isabelle Sa-
Dans une petite structure, on apporte sa pierre thicq, directrice associée de l’E space Diri-
à l’édifice. Cela demande du temps et des geants (outplacement), évoque ainsi un ancien
efforts, c’est un challenge permanent, mais directeur administratif et financier d’une en-
c’est bien plus excitant !» treprise du CAC 40 qui souhaitait se rappro-
cher de sa maison de vacances en Vendée pour

7 ON PEUT S’Y TAILLER


UN POSTE SUR MESURE
Ce n’est un secret pour personne, les PME n’ont
y vivre la deuxième partie de sa carrière. Ré-
sultat, il a quitté son grand groupe pour rejoin-
dre une PME du cru.
pas été épargnées par la crise. Mais les TPE et
PLUS D’INFOS
cgpme-paris-idf.fr
les PME sont les seules entreprises créatrices
nettes d’emplois, selon la CGPME. Sans comp-
ter que ces petites structures grandissent avec
10  ELLES SONT EN POINTE
SUR LE TERRAIN DE
L’INNOVATION
Le site de la CGPME
Paris-Ile-de-France. et autour de leurs salariés, «de manière orga- PME serait synonyme de sous-traitant ? Selon
smallizbeautiful.fr
nique, comme une cellule qui se développe», une étude de la banque Palatine, seul un petit
Une plateforme analyse Anne Vausselin. Les hommes consti- tiers le sont effectivement. Et qu’importe : l’es-
de recrutement qui
publie les offres tuent donc leurs premières ressources. «Les sentiel de l’innovation se fait bel et bien en leur
d’emploi des «PME
de croissance».
postes sont même taillés sur mesure pour nos sein. Les PME ont investi plus en R&D (7,1 mil-
collaborateurs, en fonction de leurs qualités et liards d’euros en 2012) que les entreprises de
de leurs appétences», assure Tanguy Desandre, taille intermédiaire selon BPI France. Certai-
le fondateur de Maplaceencrèche. nes se sont construites autour d’une innovation
de rupture, telle McPhy Energy (84 salariés),

8 ON Y APPREND À FAIRE


PLUS AVEC MOINS
La débrouillardise est le maître mot. «On a de
qui multiplie les succès, avec, notamment,
l’inauguration d’une station-service à hydro-
gène à Paris pendant la COP21. D’autres met-
plus petits budgets, mais on évite le gâchis : tent sans cesse l’accent sur la créativité : Clu-
tout est maîtrisé, mieux dépensé», confie Lae- fix, le roi du boulon, consacre ainsi 10% de ses
titia Gazel Anthoine, PDG de Connecthings. effectifs à la R&D et dépose un brevet par an.
Des budgets proportionnels à la taille de l’en- Eric Massebeuf, son président, raconte : «Nous
treprise… qui n’empêchent pas certaines PME avons créé une solution qui permet à nos
Liberté et Cie, de mettre la main au portefeuille si nécessaire. clients de gagner en productivité en éliminant
par Isaac Getz et Alexandre Souvignet, à la tête d’Alphi, a ainsi une étape sur leur chaîne de production.» Pas
Brian M. Carney,
FLAMMARION, CHAMPS, 10 €. investi 3 millions d’euros l’année dernière (sur mal pour un sous-traitant, non ? 

46 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


PAROLES D'EXPERT
MYRIAM COHEN-WELGRYN, PDG DE MARS PETCARE & FOOD FRANCE (WHISKAS, UNCLE BEN’S…)

CULTIVEZ VOTRE RÉSEAU


COMME SI C’ÉTAIT UN JOB
À PART ENTIÈRE ”
C
’est par mon réseau que j’ai décroché souvent enfermer. Elle m’a expliqué que 20%
ce poste chez Mars Petcare. Il y a huit du temps suffisent à accomplir ses tâches. Les
ans, j’avais rencontré Nathalie Roos, 80% restants servent à autre chose : dévelop-
alors PDG de Mars Chocolat, pour un emploi per ses compétences, réseauter… A cet égard,
que j’avais refusé. Nous étions restées en les femmes ont davantage besoin que les
contact. Plus tard, c’est elle qui m’a mise sur la hommes de cultiver leur réseau. Car, dans

PHOTO : FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO


piste de ce poste. Lorsqu’on a compris l’intérêt l’entreprise, la perfection seule ne suffit pas.
du réseau, on prend le temps de le cultiver. Je
m’efforce d’organiser au moins un rendez- L’IMPORTANCE DU «FAIRE-SAVOIR».
vous par mois avec des gens qui veulent me A l’école, les filles travaillent plus et obtien-
rencontrer et j’accepte volontiers les demandes nent de meilleurs résultats que les garçons.
d’intervention pour présenter l’entreprise, car Elles pensent donc que, dans la vraie vie, les
mon rôle est aussi d’en être une ambassadrice. choses continueront comme ça. Or, dans le
Réseauter est un job à part entière, en plus de milieu professionnel, le «faire-savoir» est
son métier proprement dit ! C’est aussi un état aussi important que le savoir-faire. Voilà
d’esprit, une ouverture aux autres : même en pourquoi je crois beaucoup aux réseaux fémi-
début de carrière, un cadre a accès à des four- nins : ils jouent un rôle d’entraide essentiel. I
nisseurs, des homologues… qui, petit à petit, PROPOS RECUEILLIS PAR GAËLLE GINIBRIÈRE
constituent son réseau.
Il est également primordial de trouver un
mentor, que ce soit un supérieur hiérarchique ELLE N’HÉSITE PAS À PRENDRE DES RISQUES
ou quelqu’un d’extérieur à l’entreprise. Les Son parcours. Diplômée de l’Essec en 1988, Myriam Cohen-Welgryn a fait ses
gens adorent qu’on les sollicite. Il suffit de classes chez Procter & Gamble avant d’être embauchée chez PepsiCo. En 1999,
trouver un prétexte. Par exemple, leur parler elle rejoint Danone, où elle occupe les postes de directrice marketing puis de
d’un dossier sur lequel on travaille et deman- directrice de département. Fin 2012, elle devient PDG de Mars Petcare France.
der leur avis. Une fois tissés ces premiers Pourquoi elle est inspirante. Parce qu’elle aime prendre des risques.
En 2003, DG de Lu, sa mission est de rétablir les parts de marché de la marque.
liens, il faut les entretenir car les relations
Elle redonne confiance aux équipes et déploie une stratégie gagnante.
fortes se construisent dans la durée. Mon pre- Six ans plus tard, alors que sa carrière est sur une voie ascendante,
mier mentor était une femme. C’est elle qui cette mère de trois enfants accepte le poste de vice-présidente de Danone,
m’a aidée à ne pas tomber dans le piège du chargée de l’environnement. Un sujet éloigné du cœur du business
perfectionnisme. Les femmes s’y laissent trop mais qui lui tient à cœur. Pari réussi.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 47


FAITES LES BONS CHOIX DE CARRIÈRE

CES POSTES CLÉS qui


forment à devenir patron
Que vous soyez DRH, manager, ingénieur ou commercial,
profitez de votre passage dans l’entreprise pour acquérir
les compétences et l’envergure d’un futur entrepreneur.
PAR CÉLINE DEVAL

S
i vous avez dix ou quinze années pour vous. En revanche, vous avez peut-être
d’expérience professionnelle, un du mal à vous mettre en avant et à vous vendre.
savoir-faire technique pointu, et «Une formation commerciale ou en marketing
qu’en plus vous êtes un bon com- vous permettra de sortir de votre carapace»,
municant doté d’une certaine force conseille Yves Perez. Constat inverse pour ceux
de persuasion et d’un solide réseau de contacts, qui occupaient des postes de direction : «Là, le
vous possédez le profil idéal pour vous instal- challenge est surtout de faire le deuil de son
ler à votre compte», résume Yves Perez, direc- pouvoir passé, souligne l’expert. Une fois éta-
teur de l’Institut pour le développement du bli à son compte, on ne décide plus pour les au-
conseil et de l’entreprise. Avant de tenter tres, on accompagne le client et on l’aide dans
l’aventure en solo, vous seriez donc bien ins- ses prises de décision.» Un coach pourra vous
piré d’acquérir cette expérience et ces compé- aider à franchir le pas.
tences, mais aussi d’apprendre à cultiver votre Pour dénicher vos premiers clients, visez les
autonomie et à mobiliser les qualités utiles à petites structures, où ces fonctions sont sou-
un futur patron. Ce sera plus ou moins facile vent réunies entre les mains du patron. «Un
selon le type de poste (support, opérationnel DRH peut ainsi continuer d’exercer son job en
ou technique) que vous occupez dans l’entre- solitaire, en temps partagé auprès de plusieurs
prise. Voici comment y parvenir. sociétés, indique Patrick Roth, administrateur
de Consult’in France (ex-Syntec Conseil-Ma-
VOUS OCCUPEZ une fonction nagement). Si vous souhaitez vous installer
support au sein de l'entreprise comme consultant, mieux vaut vous spéciali-
«Les fonctions support offrent un bon tremplin ser (recrutement, gestion de talents, diver-

45%
puisqu’elles constituent le socle de toute entre- sité…).» En temps de crise, les finances offrent
prise», observe Yves Perez. Si vous êtes DRH, aussi des opportunités, notamment dans l’au-
gestionnaire ou comptable, vous avez côtoyé dit ou la réduction de coûts.
des indépendants l’ensemble du personnel et avez développé au
ont occupé un passage un bon relationnel et un sens du ré- VOUS ÊTES DANS l’opérationnel
poste de cadre en
entreprise. seau. Process de recrutement, gestion des plan- Manager ou commercial, vous avez des points
(Source : Insee 2004) nings et comptes de résultat n’ont pas de secret forts en commun. «Le relationnel, la commu-

48 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


nication, la force de persuasion et le lea-
dership», énumère Yves Perez. Des qualités qui S'il vous manque des
vous permettent de guider des équipes, de
convaincre… Autre atout : l’autonomie, une
compétences, formez-vous,
qualité cruciale pour réussir en solo. Point ou associez-vous à un profil
faible ? «Vous ne vous distinguez pas par un sa-
voir-faire pointu, observe Patrick Roth. L’idéal
complémentaire au vôtre.
est d’avoir évolué dans différents secteurs pour
démontrer votre polyvalence ou d’avoir tra- cité à convaincre leur font souvent défaut.
vaillé sur des aspects différents d’une même «Les ingénieurs savent présenter un projet de
activité afin de pouvoir mettre en avant une manière condensée et profiter du réseau des
parfaite connaissance de l’environnement.» anciens diplômés, souligne Yves Perez. Mais
Vous avez les épaules solides ? Orientez-vous de là à démarcher des clients pour vendre des
vers le management de transition, en vogue produits ou des prestations… Un stage en
dans les contextes difficiles. Commercial, vous techniques de vente pourra leur permettra
pouvez devenir agent commercial, une sorte d’acquérir les ficelles nécessaires.»
de VRP indépendant, ou consultant en déve- Vous pourrez proposer des services tech-
loppement, à condition d’être spécialisé dans niques en portage salarial ou en intérim.
un secteur d’activité. Mais, pour ne pas vous limiter à des missions
de simple exécution, misez sur une spéciali-
VOUS AVEZ un profil technique sation de pointe : informatique, sécurité nu-
Tête bien faite et mains habiles… On pourrait mérique, objets connectés, énergies renouve-
croire que les ingénieurs et les techniciens ont lables… Et s’il vous manque des compétences,
tout pour se mettre à leur compte. Hélas, ce pourquoi ne pas vous associer avec un profil
n’est pas le cas : la communication et la capa- complémentaire au vôtre ? I

LES BONS LEVIERS À ACTIONNER POUR RÉUSSIR


APPUYEZ-VOUS SUR VOTRE aussi surgir d’un regard nouveau sur une chambres de commerce et d’industrie
EMPLOYEUR AVANT VOTRE DÉPART. situation banale (y aurait-il un besoin non ou chambres de métiers et de
Profitez de toutes les possibilités qu’il vous satisfait autour de moi ?), d’une vieille envie l’artisanat peuvent vous aider à trouver
offre : vous former à la gestion d’entreprise, (j’ai toujours rêvé de…) ou d’une idée en vos premiers clients.
tirer parti des dispositifs favorisant la apparence un peu folle (et si…). Confrontez CHANGEZ DE POSTURE. Vous quittez
création (intrapreneuriat, incubateur, dès que possible votre projet à un client vos habits de salarié pour endosser le
essaimage…) ou devenir l’un de ses potentiel pour voir s’il est prêt à acheter costume du patron. Votre rôle : apporter
prestataires en lui proposant vos services… votre prestation. des solutions à vos clients. Conviction,
A condition d’exercer une autre activité VALORISEZ VOS RÉSEAUX. Transformez mais aussi écoute et capacité de
que votre travail de salarié ! vos anciens clients et fournisseurs en persuasion deviennent vos maîtres
TROUVEZ LA BONNE IDÉE. Soyez nouveaux prospects, si votre activité ne mots. Vous devez affirmer votre nouvelle
attentif à tout ce qui peut faire évoluer et tombe pas sous le coup d’une éventuelle identité et proposer des prestations
enrichir votre projet. Ne vous contentez clause de non-concurrence. Rentabilisez clairement positionnées. Par exemple,
pas de copier les bonnes pratiques de vos votre carnet d’adresses : réseaux d’anciens, en créant votre marque et votre
concurrents dans votre sphère ordres professionnels, clubs logo, déposés à l’Inpi. Il est plus facile
professionnelle. Un projet d’entreprise peut d’entrepreneurs, contacts à l’étranger, de vendre un produit qui a un nom.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 49


ENTRAÎNEZ
LES AUTRES !
UNE VICTOIRE, 52 Start-up :
l’art de la tribu

ça se partage
54 Donnez des
ordres, ça
s’apprend !
56 Manager
son équipe
Fixer des objectifs, mettre la pression, contrôler… c’est bien beau. en évitant la
surchauffe
Mais quand votre équipe marque des points, il est essentiel de
savoir la récompenser. En commençant par le dire. 58 Bien gérer
à distance
PAR LOMIG GUILLO @lomigg ILLUSTRATION THIBAUT SOULCIÉ
des salariés
nomades

O
n est les champions, on est les expériences, travailler ensemble. Concrète- 60 Vos collabo-
champions, on est…, on est…, ment, cela consiste pour les nageurs à mettre rateurs sont
on est les champions ! Tout le en commun leurs techniques, mais aussi à ana- démotivés ?
monde, ou presque, s’est déjà lyser ensemble leurs performances, à essayer 6 techniques
pour regonfler
surpris à entonner un jour ce de voir ce que chacun peut apprendre du tra-
leur moral
chant de victoire un soir de match de foot. On vail de l’autre pour améliorer sa façon d’évo-
adore dire qu’«on» a gagné, même si, dans les luer dans l’eau. Bien sûr, cela n’empêche pas, 63 «Consacrez au
faits, on n’y est souvent pas pour grand-chose ensuite, la compétition : une fois lâchés dans moins la moitié
et qu’on s’est contenté de supporter son équipe les lignes, ce sera chacun pour soi et que le de votre temps
favorite depuis son canapé. Parce qu’une vic- meilleur gagne. Mais, au moins, tous partent à vos équipes»
toire, ça se partage et qu’elle est encore plus avec un maximum de chances. 64 Bad boy
grandiose quand elle est collective. Bien sûr, et déglingo :
cela s’applique aux sports collectifs, comme le LE TOUT, PLUS FORT que la somme ces profils
foot : on a tous en tête les images de joueurs en des individus : c’est ça, une équipe atypiques
liesse se sautant dans les bras les uns les autres «On nous a souvent dit : “Vous avez réussi à séduisent les
après un but et entamant un tour de stade tous faire d’un sport individuel un sport collectif.” boîtes
ensemble après le coup de sifflet final. Mais C’est un vrai compliment !» racontait aussi 67 «Recrutez de
c’est aussi vrai dans les sports individuels : en Fabien Gilot, capitaine de l’équipe. Il est ten- jeunes talents
natation, par exemple, seule la performance tant de faire le parallèle entre l’équipe de qui font bouger
individuelle compte le jour J. Mais lors de la France de natation et votre propre équipe de les lignes»
préparation, des entraînements et de la mise travail. Qu’il s’agisse de gagner une médaille
en condition, c’est la force du collectif qui peut ou de décrocher un marché, tout le monde
faire la différence. «Le travail individualisé avance avec un but commun et veut faire
produit de l’ennui, de la lassitude», expliquait mieux que le concurrent, en interne comme en
ainsi l’an passé l’entraîneur de l’équipe de externe. Dans les deux cas, les membres du col-
France masculine, Romain Barnier. Pour lui, lectif ne deviendront pas tous des supercham-
c’est le groupe qui permet l’émulation, la mo- pions, mais chacun se révélera indispensable,
tivation. D’où l’importance de se retrouver au- apportant sa pierre à l’édifice et contribuant à
tour des bassins, pour discuter, échanger des sa façon à la réussite du groupe. I

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 51


ENTRAÎNEZ LES AUTRES !

START-UP : l’art de la tribu


Pour attirer et garder les meilleurs, les jeunes pousses
misent sur leur culture d’entreprise et leur créativité en
matière de rémunération. Voici comment les imiter.
PAR ADRIAN DE SAN ISODORO @asanisidoro

P
our réussir dans un univers écono- tion, s’il a tenu compte de nos remarques, nous
mique de plus en plus compétitif, estimons qu’il pourra s’adapter au poste et
les jeunes entrepreneurs sont una- atteindre les résultats attendus.»
nimes : le plus important est de
bien s’entourer dès le lancement DÉMATÉRIALISER la culture
de son activité. A cet effet, il faut créer une d’entreprise
culture d’entreprise forte, et ce, en vue d’atti- En un an, BlaBlaCar a doublé ses effectifs, pas-
rer et de fidéliser les meilleurs, de mobiliser sant de 200 à 400 salariés. Afin que les nou-
les énergies au sein d’une organisation souple veaux s’intègrent au plus vite, Laure Wagner,
et intelligente. Et, surtout, prendre le temps culture captain du roi du covoiturage, a fait réa-
de grandir, sans se précipiter. Parmi les mé- liser une plateforme d’apprentissage par la
thodes – souvent décoiffantes et parfois de start-up SpeachMe. «Une quinzaine de vidéos

92%
de CDI parmi
bons sens – développées par les start-up, nous
avons sélectionné les plus intéressantes.
où les chefs de département présentent leurs
équipes sont accessibles sur smartphone ou sur
PC, explique-t-elle. Les nouveaux peuvent
les employés ASSOCIER les salariés au recrutement ainsi se familiariser avec leur environnement
des start-up. Le recrutement n’est pas réservé aux huiles. et mieux saisir les valeurs de la boîte : droit à
Pour repérer les bons profils, certaines start- l’échec, innovation et partage des infos.»

30%
d’augmentation
up court-circuitent les processus d’embauche
traditionnels. «Chez nous, les candidats pas-
sent entre trois et six entretiens avec leurs fu-
Chez Evaneos.com, les recrues rencontrent
les cofondateurs dès la première semaine :
«On leur explique pourquoi on a créé l’entre-
des effectifs turs collègues, explique Eric La Bonnardière, prise, quel est notre projet et aussi nos ambi-
entre 2013 et cofondateur de l’agence de voyage Evaneos. tions. L’objectif, c’est de donner à chacun de
2014.
com. Il est plus facile d’identifier les talents en la visibilité afin de le rendre autonome», pré-

37%
croisant les avis. Et les jeunes recrues sont cise Eric La Bonnardière.
mieux accueillies si elles sont cooptées par
PHOTO : QUADRILATÈRE / GROUPON

leurs pairs.» Pour Hubert Dalstein, cofonda- POUSSER chacun à s’impliquer


de croissance teur de 1Year 1Book, qui édite des livres sou- Afin de transformer leurs employés en élé-
du chiffre venirs depuis 2010, ce qui compte avant tout, ments proactifs, certaines start-up créent un
d’affaires des
start-up c’est la marge de progression du candidat. Il système de récompenses. BlaBl aCar, par
françaises entre détaille : «Après un premier test en clientèle, exemple, propose à ses salariés des covoitu-
2013 et 2014. un responsable RH et moi-même débriefons le rages gratuits contre un retour d’expérience à
Source : baromètre EY
France Digitale. candidat. Lors d’une deuxième mise en situa- chaque trajet. «Ces feed-back réguliers susci-

52 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


tent des idées : ici, on ne fait pas de la R&D en
labo, les améliorations du service surgissent
en l’utilisant !» résume Laure Wagner. Dernière
trouvaille d’un employé : un système de géolo-
calisation qui facilite les rendez-vous entre
conducteurs et passagers. «Quatre-vingt-dix
salariés ont déjà obtenu le statut d’ambassa-
deur, acquis après douze avis positifs de pas-
sagers, poursuit la culture captain. Quand ils
atteignent ce rang, on leur offre un bon resto
et un diplôme qui sera affiché sur le wall of
fame, entre la cafétéria et l’open space.»

SE COACHER entre collègues


Eric La Bonnardière confie la formation des Ceci est un bureau !
équipes d’Evaneos.com à un groupe de colla- start-uppeurs profitent d’une salle de sport, Au siège social
de l'enseigne de
borateurs qui change tous les trois mois. «Don- d’Amazon Premium… et de Spotify en illimité : e-commerce
ner tour à tour des prérogatives de manager à après trois heures passées devant un fichier Groupon, à La
chaque employé est une marque d’estime qui Excel, tu es bien content de te détendre en Défense, 70%
des salariés sont en
le responsabilise et l'incite à donner le meilleur écoutant de la bonne musique», plaisante Cyril flex office (pas de
de lui-même», explique-t-il. Une méthode effi- Seghers, fondateur de la société. bureau attribué).
cace pour gommer les barrières hiérarchiques Chez Facebook ou chez l’éditeur de jeux vi-
et valoriser les initiatives. déo sociaux Zynga, les employés sont autori-
sés à amener leurs animaux de compagnie au
OFFRIR de réels avantages bureau. Selon une étude parue dans l’Interna-
Faute de pouvoir proposer de fortes rémuné- tional Journal of Workplace Health Manage-
rations, les start-up accordent des compensa- ment, leur présence sur le lieu de travail réduit
tions pour fidéliser leurs employés. Kevin considérablement le stress et augmente la pro-
Bourgeois, cofondateur de Supermood (son- ductivité des salariés.
dages à l’intention des salariés des entre-
prises), a ainsi ouvert 20% du capital de la so- DIVISER son salaire par 14
ciété à ses salariés : «Ils détiennent chacun En mars 2014, Dan Price, boss de Gravity Pay-
entre 0,1 et 1% de sa valeur. S’ils revendaient ments, une start-up de la FinTech basée à
leurs parts aujourd’hui, ils ne toucheraient Seattle, aux Etats-Unis, divise son salaire par
pas plus de 4 000 euros.» Mais la somme pour- 14 pour augmenter ses 120 salariés, déjà payés
rait devenir rondelette d’ici à quelques an- au minimum 70 000 dollars par an. Résultat ?
nées : en effet, la base clients de Super mood Un coup de pub relayé aux quatre coins du
augmente de 40% par semaine ! «Nos salariés globe. En quelques mois, son chiffre d’affaires
connaissent ces chiffres : les associer au double et le nombre de nouveaux clients men-
capital, c’est les intéresser sur le long terme», suels passe de 30… à plus de 4 000. Hélas ! son
conclut Kevin Bourgeois. frère Lucas, cofondateur de la boîte, attaque
D’autres jeunes pousses comme Skilleos, Dan en justice pour augmenter sa part des bé-
plateforme spécialisée dans les cours vidéo en néfices. Savoir s’entourer, c’est essentiel. Main-
ligne, offrent l’accès à des services. «Tous nos tenant, vous savez pourquoi. I

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 53


ENTRAÎNEZ LES AUTRES !

DONNER DES ORDRES,


ça s’apprend !
A mille lieues de l’autoritarisme ou du copinage,
choisissez la voie de la raison : celle qui s’adresse à
l’intelligence de vos collaborateurs.
PAR GAËLLE GINIBRIÈRE @gginibriere

T
rop proches de leurs salariés pour du coaching de dirigeants. Quand on passe une
oser leur imposer des tâches commande, il faut revenir sur ses raisons, sur
ingrates, ou convaincus qu’une le contexte… Bref, susciter la motivation.»
PHOTO : KOLIBRI COACHING

mission ne sera jamais aussi bien Car manager ne se résume pas à faire exé-
menée que par eux-mêmes, de cuter des consignes : il s’agit d’obtenir le meil-
nombreux managers ne savent pas donner un leur de ses équipes. Pour inciter les siennes à
ordre. Aboyer ses instructions façon adjudant- s’investir pleinement dans la mise à jour du lo-
chef, comme le faisaient nos grands-pères ? Et giciel de gestion RH – ce qui impliquait le rem-
pourquoi pas fusiller les tire-au-flanc, tant plissage d’innombrables fichiers Excel –, Karo-
 Les managers qu’on y est ! A l’inverse, la jouer tendance, en lina Koronkiewicz, responsable des affaires
d’aujourd’hui misant sur le copinage et l’émotionnel, est le médicales et de la paie dans un centre hospi-
sont présentés moyen le plus sûr de ruiner sa crédibilité : un talier, a, par exemple, insisté sur le fait que
avant tout manager n’est pas un parent démissionnaire. cette tâche rébarbative s’inscrivait dans un
comme des Vous l’avez compris, trouver le ton juste pour projet plus global de certification des comptes.
formuler ses consignes est un exercice délicat Cette mise en perspective lui a assuré l’adhé-
accompagnants.
qui exige doigté et finesse. Voici cinq conseils sion de ses collaborateurs.
Ils ont du mal à se
placer sur le terrain
pour l’exécuter dans les règles de l’art.
du commandement. MONTREZ que vous êtes
La bonne stratégie N’EXIGEZ PAS, expliquez  sûr de vous
consiste à affirmer Les ordres lâchés d’en haut ont peu de Récemment nommé à la tête d’une équipe,
d’abord sa posture chances de stimuler votre équipe. Oubliez-les. vous êtes persuadé que votre seul titre suffira
de leader. Cela La règle d’or est de ne jamais exiger mais d’ex- à inspirer une obéissance absolue à vos
permet ensuite de pliquer l’objectif poursuivi. C’est l’approche troupes ? Détrompez-vous. Il est maladroit de
mieux faire passer
ses directives.” adoptée par de plus en plus de managers vis- vouloir leur imposer dès le premier jour une
à-vis des jeunes de la génération Y (les moins liste d’ordres à exécuter sans délai. En tant que
Karine Aubry, de 30 ans) qui acceptent mal les directives dès nouveau manager, vous bénéficiez d’un cer-
fondatrice de Kolibri
(coaching de lors qu’elles ne sont pas justifiées. «Le mana- tain crédit, mais si vous vous enfermez dans le
managers et de gement entre dans une ère où il faut insister registre du commandement, les relations ris-
dirigeants).
sur le sens, observe Karine Aubry, spécialiste quent de s’envenimer très vite. «Un manager

54 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


qui entrerait dans le bureau de ses collabora­ sectoriel et que tout retard vous pénalise à vo­
teurs uniquement pour les solliciter ne serait tre tour dans l’achèvement de votre propre plan
pas longtemps respecté, confirme Alain Duluc, de développement régional. Vous venez d’ap­
coresponsable à Cegos de l’offre de formation prendre que votre commercial a perdu un ap­
en développement personnel appliqué. Il est pel d’offres la semaine dernière ? Expliquez­lui
nécessaire de prendre le temps d’établir une que si vous vous êtes engagé à l’accompagner
vraie relation avec ses troupes en s’intéressant dans ces démarches, il est tenu, en retour, de
sincèrement à chacun.» vous informer de ce genre d’échec. Dans son
Affirmez aussi votre leadership en montrant centre hospitalier, Karolina Koron kiewicz
que vous êtes bien à la hauteur de la tâche sur avait noté que, travaillant à flux tendu, ses
les principaux dossiers qui vous incombent. Et, agents ne suivaient pas toujours ses instruc­
surtout, faites preuve d’assurance. Sinon, vous tions. Désor mais, pour éviter les dérapages,
courez à la catastrophe. Chef de service chez elle double celles­ci d’un e­mail.
un équipementier aéronautique, William en a
fait l’expérience il y a quelques mois. Confronté ADAPTEZ le message à votre interlocuteur
à des collaborateurs au caractère bien trempé, Directif, participatif, «délégatif» ou persuasif, chacun déve­
il a très vite constaté que ses consignes portant loppe le style managérial dans lequel il se sent le plus à l’aise.
sur les procédures de sécurité et sur les délais «Mais un bon manager doit savoir jouer de ces différents re­
de reporting n’étaient pas suivies d’effet. Avec gistres et trouver celui qui correspond le mieux à son inter­
l’aide d’une coach, il a compris que son déficit locuteur ou à la situation, souligne Virginie Cathiard, consultante en ma­
d’autorité trouvait son origine dans un manque nagement et en communication pour Orsys Formation. Son style,
de confiance en lui : issu de la promotion in­ poursuit­elle, peut donc varier au sein d’une même équipe : directif avec
terne, il était persuadé qu’il n’avait pas les un jeune inexpérimenté, délégatif avec un collaborateur autonome, par­
épaules assez larges pour le poste. Une fois ticipatif avec une équipe investie, et persuasif quand il s’agit de convaincre
convaincu de sa légitimité à occuper cette fonc­ un collaborateur de passer du temps sur une tâche ingrate.» La posture
tion, il s’est montré beaucoup plus sûr de lui et au moment de donner un ordre se révèle également cruciale. «Il faut veil­
persuasif envers son équipe, en ajoutant une ler à s’exprimer posément et établir la connexion avec la personne avant
dose de fermeté à son management participa­ de lui transmettre vos exigences», recommande Alain Duluc.
tif. Résultat : délais et procédures de sécurité
ont été à nouveau respectés. DEMANDEZ un accusé
de réception
FIXEZ des règles claires Une fois la consigne passée, assurez­vous que
«Lorsque le cadre est clair, il est moins né­ les enjeux ont été compris. Faites reformuler
cessaire de formuler des ordres, car les person­ votre demande par les intéressés. «Interrogez
nes connaissent le mode de fonctionnement la personne sur ce qu’elle pense entreprendre,
du manager, ce qu’il veut ou ce qu’il ne veut recommande Karine Aubry. Il s’agit de vous as­
pas. Elles savent ce que l’on attend d’elles», ex­ surer qu’elle va dans la bonne direction.» Lais­
plique Annick Haegel, consultante free­lance sez­lui carte blanche sur le mode d’exécution,
en ressources humaines. en instituant des contrôles réguliers. Certains
Cela implique aussi de recadrer celles et collaborateurs sont inexpérimentés ou ont be­
ceux qui ne se plient pas aux consignes. Les dé­ soin d’être rassurés ? Accompagnez­les en leur
lais ne sont pas tenus ? Rappelez que vous aviez faisant formuler les étapes à respecter et les
donné jusqu’à la fin de la semaine à toute problèmes à résoudre. Ils gagneront ainsi pro­
l’équipe pour rendre le plan de développement gressivement en autonomie. I

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 55


ENTRAÎNEZ LES AUTRES !

RISQUES PSYCHOSOCIAUX

MANAGER SON ÉQUIPE


en évitant la surchauffe
Oui, on peut être exigeant avec ses collaborateurs… à condition
de ne pas les mettre sous pression. Pour préserver votre groupe
et en tirer le meilleur, mettez de l’écoute dans votre leadership.
PAR MARIE-MADELEINE SÈVE

C
hoqué ! Marc, responsable d’une de temps, d’autres de davantage de récupéra­
équipe d’ingénieurs et de com­ tion, d’autres encore de souplesse horaire pour
ALEXANDRA ACCART/ALLIANZ

merciaux dans une SSII franci­ ménager leur vie familiale. Il faut donc être at­
lienne, est tombé de haut quand tentif aux individus pour cerner leurs capaci­
il a appris que son équipe s’était tés, leurs besoins, leur caractère… et adapter
plainte de lui à la DRH. Trop directif, pas assez les objectifs en conséquence. «Auprès de moi,
à l’écoute, obsédé par les chiffres… Certains j’ai un perfectionniste que j’invite souvent à do­
étaient sur le point de craquer. «Sans m’en ren­ ser ses efforts, témoigne Rémy Carteret, direc­
dre compte, j’étais devenu une machine à pro­ teur de production à l’agence de publicité The
Je veille duire», raconte Marc, huit mois plus tard. Le
clash a eu un effet bénéfique : il l’a incité à re­
Shop. Je lui rappelle qu’il n’est pas question de
rester jusqu’à 22 heures pour une réalisation
à ce que penser son style managérial dans un sens plus standard.» A contrario, attention au salarié qui
les accros participatif. Tout responsable est exposé au s’ennuie : il vivra mal une trop faible charge de
au boulot risque de provoquer un burn­out. Et alors, ob­ travail. S’il estime que vous ne reconnaissez
respirent. serve Anne Tarnaud, coach et formatrice chez pas ses qualités professionnelles (puisque vous
Je les oblige à EFE, «les managers se sentent souvent impuis­ le sous­employez), il peut s’enfoncer dans une
rentrer chez eux sants et rejettent la faute sur l’organisation ou spirale de dévalorisation, tout aussi dange­
quand je les vois sur la fragilité de la victime. Or il suffit qu’ils reuse que l’excès d’engagement : c’est ce qu’on
focalisés sur un humanisent leurs relations pour que les choses appelle le bore­out, le burn­out par l’ennui.
dossier huit heures aillent mieux». Quelques conseils pour préve­
d’affilée. Quitte
à faire le tampon nir les risques d’épuisement dans votre équipe. SE RENDRE DISPONIBLE pour
avec les boss qui ses équipiers
s’impatientent !” BIEN RÉPARTIR les tâches Il n’y a pas de meilleure parade contre l’isole­
La surcharge de travail, voilà l’ennemi nu­ ment et le repli sur soi, si dévastateurs pour le
Philippe Fassier,
directeur des ventes méro 1. Tous les salariés ne sont pas bâtis sur psychisme. Sachez vous rendre disponible
chez Allianz Global le même modèle : certains ont besoin de plus pour un salarié qui voudrait partager un souci,
Assistance.

56 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


allez au devant quand vous sentez qu’un de vos
collaborateurs patine. «Prenez le temps de dis- Etre attentif à chacun pour
cuter avec lui et adoptez le mode “coaching”,
préconise Anne Tarnaud. Usez d’un question-
cerner ses capacités, ses besoins,
nement bienveillant, qui ne l’accule pas à une son caractère et adapter
seule réponse – celle que vous guettez – ni ne
le culpabilise : “Est-ce que tu t’en sors ?”, “En
les objectifs en conséquence.
quoi puis-je t’aider ?”»
«Facilitez la coopération et l’entraide entre son travail : souligner la difficulté de la tâche,
vos équipiers, sans que cela passe nécessaire- le féliciter pour ses réussites, petites ou gran-
ment par vous», indique Marie Desplats, des, son talent et l’énergie déployée… même
consultante chez Orsys. Organisez de temps en cas d’échec global.» «Je donne systémati-
en temps des moments de régulation pour faire quement le droit à l’erreur, affirme Rémy Car-
le point. Pour cela, créez une véritable convi- teret. S’il y a un loupé, pour moi, c’est la faute
vialité, des moments festifs. Dites stop aux du collectif et jamais de la personne seule. A
sandwichs avalés en vitesse derrière son PC et un moment donné, on n’a pas eu la bonne infor-
montez une «journée de l’équipe» une ou deux mation. Il ne faut pas qu’un seul individu en-
fois par an, pour discuter sur tous les sujets. dosse toute la responsabilité.»

SALUER LES EFFORTS de chacun FAVORISER l’autonomie


Le sentiment du salarié de ne pas être capable «L’amour du métier, c’est ce qui “tient” la per-
d’accomplir ce qu’on lui demande est l’une des sonne, explique Jean-Claude Delgènes, DG du
composantes clés du burn-out. Faute de «tenir cabinet Technologia, spécialiste des conditions
ses objectifs», en dépit de son acharnement au de travail. Retenez-vous d’interpeller vos équi-
travail, il se laisse envahir par un sentiment de piers à tout instant pour savoir comment ils
dévalorisation. Vous êtes bien placé pour l’em- procèdent. Variez les tâches, et n’imposez pas
pêcher de glisser sur cette pente dangereuse : votre façon de faire. Il faut donner à chacun des
«En amont, il faut rassurer son collaborateur marges de manœuvre et lui laisser carte blan-
en lui donnant le maximum d’informations sur che sur certains projets. Il mobilisera sa créati-
les missions à venir et les rushs prévisibles, pré- vité et ne se sentira plus un simple exécutant.
cise Aude Selly, ex-DRH, victime d’un burn-out Vous permettez ainsi à vos collaborateurs de
et consultante en risques psychosociaux. En construire leur propre estime d’eux-mêmes :
aval, il faut reconnaître ses efforts et valoriser une excellente défense contre le burn-out. I

5 INDICATEURS À SURVEILLER
1 Les horaires. 2  Les délais sans 3  L’humeur. 4  Le repli sur soi. 5  L’absentéisme.
Arrivées au bureau cesse repoussés et Irritabilité ou cynisme, Raréfaction des Arrêts maladie de
trop précoces, départs dépassés, souvent ponctué par des déjeuners ou des courte durée mais
tardifs, dossiers associés à des excuses phrases désabusées pauses-café avec à répétition et de plus
emportés à la maison de santé : fort degré comme «Ça ne sert les collègues. en plus rapprochés.
le week-end, congés de fatigue, mal de dos, à rien». Pleurs ou Evitement du travail Arrêts longs qui se
non pris… mal de ventre… colères incontrôlés. avec les autres. multiplient.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 57


ENTRAÎNEZ LES AUTRES !

BIEN GÉRER À DISTANCE


des salariés nomades
Confrontés à l’essor du télétravail, les managers doivent
apprendre à jongler avec les emplois du temps de chacun.
Un exercice qui exige rigueur et souplesse.
PAR SÉBASTIEN PIERROT @sebpierrot

L
’essor du télétravail, qui touchera teur marketing Eurasie de Renault, qui gère
un salarié sur deux en 2020, selon depuis Paris un marché annuel de 3 millions
PHOTO : MARIE-SOPHIE LETURCQ

l’OCDE, contraint de plus en plus de de véhicules, répartis dans huit pays : Russie,
managers à jongler avec les fuseaux Turquie, Ukraine, Biélorussie, Bulgarie, Mol­
horaires au gré des déplacements davie, Roumanie et Kazakhstan. Mais ces ap­
de leurs collaborateurs. Certes, ce mode de tra­ pels laissés à l’initiative individuelle ne com­
vail fait surgir de nouvelles opportunités (sur­ pensent pas l’éloignement. Pour maintenir une
croît d’autonomie pour les salariés, producti­ relation de qualité, il faut programmer au
vité en hausse de plus de 20%, etc.). Mais il faut moins une fois par semaine un rendez­vous
 Programmez une organisation au cordeau pour maintenir d’une demi­heure avec chacun. C’est ce que les
la cohésion et la motivation des équipes. spécialistes de l’organisation appellent «routi­
des rendez- niser des moments de colla boration syn­
vous, avec un INSTITUEZ des «moments chrone». Bob Barsoum, directeur chez Steel­
ordre du jour de synchronisation» case (mobilier de bureau) d’une équipe répartie
précis. Il y a quelques mois, Roland, directeur des entre la France, l’Allemagne, la Roumanie et
Le vrai problème ventes dans une firme pharmaceutique, a vu Chy pre, voit dans ces entretiens l’occasion de
du management l’un de ses commerciaux partir à la concur­ faire le point sur les dossiers en cours. «J’en
à distance n’est pas rence avec son portefeuille de clients. Travail­ profite surtout, précise­t­il, pour interroger
l’espace mais le lant en région, ce dernier ne se sentait plus mes collaborateurs sur leur ressenti. Quelles
temps. Des points épaulé par son manager, basé à Paris. «Entre sont leurs préoccupations du moment, leurs
réguliers et un
eux, le fossé s’était creusé, explique Michel satisfactions ? Ces rendez­vous remplacent un
agenda bien cadré
aident à retrouver Bloch, associé du cabinet de formation CFV. Ils peu la machine à café de l’entreprise.»
de la synchronicité.” ne s’appelaient plus que deux minutes de temps
en temps pour se dire que tout allait bien.» PRIVILÉGIEZ les réunions
Barthélemy Chollet,
professeur à Grenoble Le principal risque du management à dis­ par visioconférence
Ecole de management. tance est de perdre le contact avec ses équipes. Tous les vendredis à 14 heures, Bob Barsoum
Bien sûr, les coups de fil sont constants. «J’ai organise la réunion de l’équipe au grand com­
au moins vingt conversations par jour avec mes plet par visioconférence. Chacun voit ses col­
collaborateurs», assure Florian Huettl, direc­ lègues apparaître dans une petite fenêtre sur

58 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


son écran d’ordinateur. Mais gare aux quipro­
quos, fréquents à distance ! «Une mauvaise ré­ Pour cimenter l’équipe,
ception peut, par exemple, passer pour de la
mauvaise volonté», souligne Barthélemy Chol­
organisez des rencontres
let, professeur à Grenoble Ecole de ma­ «pour de vrai».
nagement. Pour profiter à plein des appels vi­
déo, informez­vous du contexte dans lequel région, celle du Grand Sud­Est». Et cela se tra­
évoluent les uns et les autres. Faites un tour de duit dans leurs résultats : 18% de croissance
chauffe pour prendre la température. «On des ventes l’an dernier.
passe les deux ou trois premières minutes à se Sa recette ? «Créer un climat de confiance
raconter notre week­end, à demander des nou­ et pousser les gens à communiquer entre
velles du petit dernier, reprend Bob Barsoum. eux.» Incitez, par exemple, vos collaborateurs
Et on observe le langage corporel de chacun : à travailler en binôme sur la présentation d’un
cela permet d’éviter bien des malentendus.» nouveau produit. Pour qu’ils se connaissent
Vous découvrirez que ces réunions n’en sont mieux, demandez au Périgourdin de tra­
pas moins efficaces. «A distance, elles sont plus vailler avec le Lillois ou au Breton de contac­
rigoureuses, confirme Christophe Moulin, di­ ter le Savoyard. Il est important aussi qu’ils se
recteur de la filiale commerciale France de rencontrent «pour de vrai» au moins une fois
Markem­Imaje (marquage et impression). On par an, «ne serait­ce, insiste Christophe Mou­
fait des efforts pour synthétiser sa pensée et lin, que pour pouvoir mettre un visage et un
on reste concentré sur le thème débattu.» ressenti derrière une voix ou un e­mail». C’est
Pour le reste, n’abusez pas des e­mails. Si ce qu’on appelle créer de la mémoire collec­
vous communiquez sur tout et n’importe quoi, tive. «Car, en définitive, pour cimenter une
vos messages perdront de leur impact. «Au­ équipe, rien ne remplace le présentiel ! ré­
delà de trois e­mails par jour avec la même per­ sume Florian Huettl. Dès que je le peux, je vais
sonne, il est préférable de s’appeler», témoigne à leur rencontre sur le terrain.» Pour lui, une
Nicolas Droin, le directeur de l’Orchestre na­ fois par mois semble être le minimum : quand
tional de chambre de Paris, dont le bras droit, on gère des collaborateurs nomades, il faut
Douglas Boyd, vit en Grande­Bretagne. Réser­ être soi­même mobile. I
vez vos envois à la transmission de documen­
tation ou à celle des messages corporate de l’en­
treprise afin que vos collaborateurs puissent
conserver un lien étroit avec elle. 4 OUTILS POUR SE JOUER DES DISTANCES
à distance des d’accéder sur leur
CRÉEZ un sentiment  Basecamp
EX-37SIGNALS informations et des écran d’ordinateur
d’appartenance Un outil de gestion fichiers entre aux documents
Renforcer la cohésion au sein d’une équipe dis­ de projets collaborateurs. ouverts sur le sien.
comprenant agendas  Webex Meetings  Yammer
persée est une mission délicate mais pas irréa­ communs, CISCO MICROSOFT
lisable. Pas pour José Semitela, en tout cas ! Ce documents partagés, A utiliser via le cloud, Un «Twitter»
forums de cet outil de réunion d’entreprise
directeur commercial régional de Bodet Soft­ discussion, etc. particulièrement pour constituer un
ware (badgeuses et pointeuses) se félicite ainsi  Chatter performant permet réseau social privé
que ses collaborateurs, répartis entre Lyon, SALESFORCE au manager de tenir entre collègues
Un «Facebook» des visioconférences avec des forums de
Toulouse, Clermont­Ferrand et Marseille, re­ d’entreprise pour avec ses collabora- discussion et des
vendiquent «une appartenance très forte à leur chatter et échanger teurs et à ceux-ci groupes de travail.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 59


ENTRAÎNEZ LES AUTRES !

VOS COLLABORATEURS
sont démotivés ?
6 TECHNIQUES POUR REGONFLER LEUR MORAL
Ils n’ont plus de jus, font la tête, baissent les bras
à la moindre contrariété… Cas par cas, les conseils
des coachs pour réagir de manière adaptée.
PAR GAËLLE GINIBRIÈRE @gginibriere

M
otivés, les salariés français ? Desbordes, consultant et formateur chez CSP
Plutôt, mais sans grand en- Formation. Il convient donc de s’adapter à
thousiasme. Ils sont en effet chaque situation. Voici, pour vous aider, un flo-
seulement 54% à se dire inves- rilège de cas de figure fréquents en entreprise
tis ou très investis dans leur avec les réponses appropriées.
travail, selon le baromètre Climat social 2015
PHOTO : DR

publié par Cegos en octobre 2015. On en dé- ILS SONT ÉPUISÉS ?


duit logiquement que près d’un salarié sur deux Instaurez de vrais moments
est peu ou pas du tout motivé. d’échanges et de convivialité
C’est un Ce qui les démobilise le plus ? Une étude du Confronté depuis des mois à un surcroît d’ac-
Cercle pour la motivation pointe les diver- tivité, le salarié d’un sous-traitant du secteur
phénomène gences avec la hiérarchie sur les orientations de la défense montrait des signes d’essouffle-
qui peut être de l’entreprise, le manque de légitimité des ma- ment. C’est lors d’une réunion d’équipe qu’il a
contagieux. nagers ou une ambiance délétère au sein des crevé l’abcès. Son dirigeant a pris le temps
Il suffit qu’une équipes. L’institut de sondages Gallup chiffre d’identifier la cause de son épuisement : l’in-
personne laisse à 500 milliards de dollars par an le coût lié au suffisance de l’effectif faute de visibilité à
percer sa désengagement des collaborateurs aux Etats- moyen terme sur le carnet de commandes. «Il
démotivation pour Unis. Extrapolé à l’échelle de la France, ce coût y a trois types d’épuisement, détaille Nicolas
que d'autres soient
touchées. Il faut serait de 60 milliards d’euros, a calculé le quo- Desbordes. Celui lié au manque de vision sur
traiter le problème tidien Le Monde. Et puis la démotivation peut la stratégie de l’entreprise, celui qui est provo-
au plus vite, pour être un signe avant-coureur de risques psycho- qué par l’impression de subir les événements,
éviter qu’il ne fasse sociaux qu’il faut diagnostiquer au plus tôt. Si et le fait de se sentir incapable de réaliser une
tache d’huile.” votre équipe perd de son énergie, réagissez tâche demandée.» Selon le degré détecté, la
Laurence Thomas, vite. Mais sachez qu’il n’existe pas de recette réponse peut varier.
coach et fondatrice toute faite. «Le manager doit jouer avec les le- «Replacez le projet ou la mission dans un
du cabinet
Consonance & Co. viers de motivation intrinsèques à l’équipe ou contexte global, redéfinissez avec l’équipe les
au collaborateur concerné», préconise Nicolas priorités dans les dossiers à traiter et instaurez

60 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


des rituels collectifs permettant d’avoir des part insoupçonnés. En accompagnant votre
moments d’échanges», conseille Marie Rebey- collaborateur dans cette démarche, vous al-
rolle, coach et fondatrice du cabinet Carré Plu- lez l’aider à transformer une perspective dé-
riel. Ancien directeur régional d’une enseigne motivante en opportunité.» Dans un second
de jouets, Frank avait pour habitude de réunir temps, aidez-le à se replacer dans l’action en
en février, après les trois mois de rush de la fin l’interrogeant sur l’avenir : sur quels projets
d’année, ses directeurs de magasin dans un veut-il travailler, quelles compétences sou-
gîte : «C’était l’occasion de passer ensemble un haite-t-il développer, etc. ? Frank, notre pre-
moment convivial pour souffler, réaliser un bi- mier témoin, avait pris le parti de «coacher»
lan des mois passés et se projeter dans l’année un directeur de magasin de jouets qui s’était
à venir lors d’ateliers de travail.» vu refuser un poste de directeur régional.
Incitez aussi vos interlocuteurs à effectuer Croyant en lui, il l’a soutenu pour décrocher
un «déparasitage». «Il s’agit, explique la coach une mission transversale sur la qualité de vie
Laurence Thomas, de dresser une liste des dé- au travail. Cela lui a permis d’élargir son ex-
sagréments quotidiens susceptibles de pomper pertise et de gagner en visibilité auprès de la
leur énergie – par exemple, une procédure qui direction générale. Attention cependant à ne
leur est imposée sans qu’ils comprennent bien pas proposer une solution toute faite. «Cela
son utilité, des relations conflictuelles avec un ne ferait que dégrader davantage l’estime de
autre ser vice, etc. –, d’en évaluer le rapport bé- soi de votre collaborateur. Aidez-le au
néfice/coût et d’opérer des changements pour contraire à trouver ses propres motivations»,
les éliminer petit à petit.» conclut Marie Rebeyrolle.

ON LEUR A REFUSÉ UNE ILS ONT PERDU UN GROS CONTRAT ? 


PROMOTION ? Adoptez la Inculquez-leur une culture de la résilience
méthode du «recadrage positif» Perdre un appel d’offres après avoir planché des jours sur une
Bras droit du directeur financier d’une PME, proposition commerciale est une déconvenue fréquente pour
François avait postulé pour remplacer son pa- les équipes de consultants. Marie Rebeyrolle y a elle-même
tron. Retoqué par la direction générale, il a souvent été confrontée. «C’est une question d’état d’esprit, analyse-t-elle.
déployé toute sa force d’inertie quand son Il faut préparer l’équipe à cette éventualité en lui répétant que l’échec fait
nouveau boss a pris ses fonctions. Dans ces partie des possibilités et qu’il n’a rien de catastrophique.» Inutile, ensuite,
conditions, allez-y avec des pincettes ! «Il faut de s’éterniser sur les raisons de l’échec, d’autant qu’on ne les connaît pas
laisser à la personne un peu de temps pour toujours. «En revanche, recommande-t-elle, prenez un temps de recul et
qu’elle exprime son mécontentement, recom- d’analyse. Réfléchissez ensemble à faire différemment la prochaine fois
mande Marie Rebey rolle. Cela nécessite de – plutôt que de faire mieux. Ne cherchez pas seulement à colmater
garder une posture neutre par rapport à la dé- quelques petites brèches. Regardez ce qui a été fait ou pas, remettez à
cision.» Faites preuve de bienveillance envers plat les processus ; bref, saisissez les opportunités de changement.» L’ob-
le collaborateur, sans le conforter dans son jectif : procéder à une vraie refonte pour mieux repartir de l’avant.
rôle de victime ni contester le bien-fondé de
la décision. Laurence Thomas conseille la UN CHANGEMENT
technique du recadrage positif : «En prenant LEUR EST IMPOSÉ ? 
du recul par rapport à la situation ou en la re- Transformez-les en acteurs
gardant sous un autre angle, on parvient sou- de leur destin
vent à une lecture plus positive, qui permet En pleine réorganisation à la suite de la fusion
d’intégrer ses bénéfices secondaires, au dé- de trois régions, le service administratif

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 61


ENTRAÎNEZ LES AUTRES !

PLUS D’INFOS d’une chambre consulaire a travaillé, il y ger, indique-t-il, est d’aider son équipe à se dé-
a quelque temps, à l’harmonisation de ses pra- tacher du nouveau concurrent, à se recentrer
tiques en matière de gestion de la paie et de rè- sur le marché et à s’orienter vers des objectifs
glement des fournisseurs. Dans cette structure internes, qui n’auront pas été calés sur la stra-
de dix salariés, la résistance au changement tégie du nouvel arrivant.»
s’est exprimée chez plusieurs d’entre eux. On Cette situation fait partie du quotidien de
l’a vu avec l’exemple de ce salarié découragé Younès, directeur régional d’une chaîne de
après une promotion refusée : il est vain d’es- vêtements. «Lorsque l’ouverture d’un maga-
sayer d’insuffler de la motivation tant que le sin concurrent est connue, nous devons pré-
changement n’est pas accepté. «Or, souligne parer l’équipe. En général, cela se traduit par
La Boîte à outils de la Laurence Thomas, celui-ci se traduit par une une baisse de 10% du chiffre d’affaires. Les
motivation,
de Laurence Thomas
courbe en deux temps : d’abord une phase des- objectifs doivent donc être revus à la baisse
et Sophie cendante, négative, tournée vers le passé, que pour un temps. Ensuite, il faut mettre les
Micheau-Thomazeau,
DUNOD, 26,50 €.
le manager doit accepter, car le collaborateur collaborateurs en ordre de marche afin qu’ils
a besoin d’aller au bout de cette phase. C’est élaborent des solutions répondant encore
ensuite seulement que l’acceptation intervient, mieux aux attentes des clients.»
amorçant une phase ascendante.»
A l’issue de cette phase descendante, donnez ILS FONT PARTIE DES
à voir les opportunités qu’offre le changement MEUBLES? Valorisez
en toute sincérité et sans manipulation. Dans leurs talents en leur proposant
le service administratif de cette chambre de jouer les mentors
consulaire, une quinzaine de pratiques à har- A 55 ans, après vingt années passées aux
moniser ont été recensées par l’équipe, chacun mêmes fonctions, un employé multipliait les
pouvant se positionner comme leader ou co- retards aux réunions et ne prenait plus aucune
Re-motiver au travail. leader d’un des sujets. Cette position d’expert initiative. Après quelques séances de coaching,
Développer a conforté les employés dans leur savoir-faire il est apparu que cet homme avait besoin de
l’implication de ses
collaborateurs, et a permis de lever leurs réticences. faire le tri dans sa vie personnelle avant de
de Claude pouvoir se projeter dans son travail (il avait
Lévy-Leboyer,
EYROLLES, 18,20 €. UN NOUVEAU CONCURRENT notamment des problèmes de santé à régler).
A DÉBARQUÉ? Recentrez- «Dans ce type de situation, la première étape
les sur le marché vise à comprendre pourquoi la personne a
C’est la version managériale de la fable Le perdu le feu sacré», souligne Laurence Tho-
Lièvre et la Tortue. Lors d’une intervention, mas. On veillera pour cela à installer un climat
Nicolas Desbordes a mis en compétition deux de confiance qui encouragera le collaborateur
équipes chargées de construire la tour en pa- à se laisser entraîner sur le terrain de l’intime
pier la plus haute possible. Alors que le premier et à verbaliser ses difficultés.
groupe affichait une belle avance, ses membres Dans un second temps, valorisez ses talents
se sont démobilisés en voyant que leurs chal- et proposez-lui un rôle de mentor. Dans la
lengers étaient à la traîne… jusqu’à se faire rat- chambre consulaire en réorganisation évo-
Psychologie de la
motivation et des traper dans la dernière ligne droite. Le forma- quée plus haut, une cadre spécialiste de la paie
émotions,
teur en fait souvent la démonstration : rien de a retrouvé de l’entrain lorsqu’elle s’est mise à
de Jonhmarshall
Reeve, tel que de rester l’œil rivé sur votre concurrent transmettre son expertise à une collègue plus
DE BOECK, 49€.
pour casser votre créativité, perdre votre mo- jeune. Regonflée à bloc un an avant sa retraite,
tivation et courir à l’échec. «Le rôle du mana- elle a pu ainsi achever sa carrière en beauté. 

62 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


pAroLeS D'eXpert
FRANCK HÉDIN, PDG DE CMG SPORTS CLUB (EX-CLUB MED GYM)

coNSAcreZ AU moINS
LA moItIÉ De Votre
tempS À VoS ÉQUIpeS”
J
’ai choisi de constituer une équipe de di- besoin. Quant aux nouveaux, je suis leurs pro-
rection proche du terrain. Notre DRH, jets de près. Je participe ainsi aux réunions
par exemple, a effectué toute sa carrière qu’ils organisent avec leurs collaborateurs.
chez CMG Sports Club comme directrice de
l’un de nos plus importants centres. L’actuel di- EN SALLE. CMG Sports Club, cela représente
OLIVIER JOBARD / MYOP POUR MANAGEMENT

recteur produit est un ancien chef de projet au 650 salariés, des coachs sportifs et du person-
sein de la direction informatique, passé par nel d’accueil, pour la plupart répartis dans nos
notre institut de formation maison (l’IMF). Le 22 clubs. Chaque espace est sous la direction
reste de l’équipe, comprenant les finances, le d’un responsable. Je leur consacre 30% de mon
développement commercial, les opérations, temps. Management d’équipe, qualité de ser-
est composé de nouvelles recrues. Tous les lun- vices et bonne gestion des ventes : je reste at-
dis, je consacre quarante-cinq minutes à cha- tentif au respect de ces valeurs. A chaque ou-
cun. Ensuite, il y a de l’informel : on déjeune, verture de centre, le directeur doit se référer à
je les accompagne à des salons fitness, etc. Cela une check-list très formelle et je veille à ce que
prend bien 20% de mon temps. Si j’en vois un ces recommandations soient mises en œuvre.
peiner sur un dossier, je lui apporte un support
stratégique et psychologique et je fais appel à EN SELLE. Deux ou trois fois par semaine, je
un expert du conseil pour le soutenir s’il en a fréquente les cours de body pump ou de cy-
cling. J’y croise les coachs et je capte l’am-
biance. Aucun responsable n’est recruté sans
LA TÊTE ET LES JAMBES que je le rencontre. Je l’interroge sur ce qu’il a
Son parcours. Diplômé de l’Essec, Franck Hédin, 48 ans, a commencé observé dans les clubs. Si, par exemple, un can-
sa carrière chez Deloitte avant de cofonder une start-up d’e-learning. didat juge l’accueil discourtois, je lui demande
En 2002, il devient directeur financier chez Fullsix (marketing digital). ce qu’il ferait pour résoudre le problème. La
En 2009, il entre comme directeur administratif et financier chez Club Med Gym, pratique sportive n’est pas une obligation. En
dont il est nommé directeur délégué en 2010, puis PDG en août 2012. revanche, si un postulant n’a aucune affinité
pourquoi il est inspirant. Abonné de la première heure au Gymnase Club
avec le sport, c’est rédhibitoire : comment per-
(l’ancêtre de Club Med Gym), il pratique un management qui repose sur une
fine connaissance du terrain. Malgré l’arrivée d’une concurrence low cost,
suader les coachs et les adhérents que l’exer-
il a su tenir le cap et maintenir son chiffre d’affaires de 55 millions d’euros. Il a cice physique est bénéfique pour la santé si
misé pour cela sur l’histoire et la valeur ajoutée du groupe. Le Club Med Gym, vous-même n’en êtes pas convaincu ? I
rebaptisé CMG Sports Club en 2014, ouvre désormais un ou deux centres par an. PROPOS RECUEILLIS PAR JULIe KrASSoVSKY

Septembre-octobre 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 63


ENTRAÎNEZ LES AUTRES !

BAD BOY ET DÉGLINGO :


ces profils atypiques
séduisent les boîtes
Les gentils clones – dociles et adaptables – ont longtemps
été les favoris des entreprises. Mais celles-ci prennent conscience
que ce modèle est dépassé et revoient leurs standards de
recrutement pour faire place à des individus à
l’anticonformisme affiché et aux aptitudes un peu folles.
PROPOS RECUEILLIS PAR ÈVE YSERN

L
ERIC GARAULT POUR MANAGEMENT

es entreprises ont changé de chou- conformité ne leur permet plus de tirer leur
chous. La classique combinaison ga- épingle du jeu. La création de valeur suit une
gnante HEC/costume-cravate/gen- nouvelle logique, qui repose sur l’intégration
til clone cède du terrain aux grandes d’esprits neufs, que Denis Ettighoffer, spécia-
gueules mal rasées, mal sapées et liste de l’impact des nouvelles technologies,
même non diplômées ! En effet, pour être nomme «les rebelles constructifs»(2). Le di-
bankable aujourd’hui, il est conseillé d’avoir plôme et les compétences techniques se voient
PAR MICHEL quelques mad skills à son arc. Littéralement, ainsi supplantés par des qualités plus diffuses,
BARABEL ET des «aptitudes folles» ou hors norme. Le terme plus originales et plus personnelles. Aux pro-
OLIVIER MEIER,
Directeurs du est déjà associé à plus de 1 000 annonces de re- fils lisses et classiques les boîtes préfèrent les
laboratoire Dever crutement aux Etats-Unis sur le site Monster. parcours surprenants. Exemple caractéristi-
research, coau-
teurs de Manageor Désormais, la perle rare est un type déviant. que ? Cette annonce publiée sur son site Inter-
(Dunod). net par le cabinet de conseil Weave : «Votre
PLACE AUX ESPRITS NEUFS! «A l’heure parcours contribue à notre richesse. Anciens
où la différence ne se fait plus sur les produits membres de l’équipe de France de ski, de hoc-
mais sur les idées, les décideurs sont en quête key et de CSO (concours de saut d’obstacles),
de profils singuliers dotés d’une forte person- coureurs de marathons et d’ultratrails, écri-
nalité, capables de produire des pensées per- vains, musiciens et choristes, diacres sont au-
turbatrices et d’instaurer une véritable culture tant de profils qui illustrent notre diversité.»
de l’intelligence collective», analyse Sandrine Cet état d’esprit correspond bien à celui des
L’Herminier, auteure de Tu seras un manager start-up de la Silicon Valley, dont Pierre Miral-
responsable, mon fils ! (1). Les organisations sont lès a identifié les grands principes de manage-
de plus en plus conscientes que la prime à la ment (3). Ces très jeunes entreprises recrutent

64 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


des salariés «exceptionnels», sans se soucier
des stéréotypes liés à la personnalité (confor- Certaines sociétés ont
mité culturelle, orthodoxie, etc.), quitte à se bien compris la valeur des
tromper et à devoir gérer un niveau très élevé
de turn-over. Comme dans la Silicon Valley, salariés hors norme.
là aussi le talent prime, et le mérite se juge
d’abord aux résultats. La démarche d’intégra- un sentiment trompeur de sécurité : l’absence
tion dans l’organisation n’est pas fondée sur de débat et l’imperméabilité à la nouveauté
des processus formels, mais relève du salarié, conduisent un jour ou l’autre à la catastrophe
tout comme l’apprentissage, la mise à jour des (voir, par exemple, les destins de Kodak et de
compétences et, plus généralement, la res- BlackBerry). Faire appel à des mad skills, c’est,
ponsabilité de carrière. au contraire, se prémunir contre ce danger en
créant de la place pour l’innovation. Un sala-
RÉVOLUTION DIGITALE. Et c’est ce nouvel rié singulier ou déviant fonctionne comme un
environnement qui se trouve, justement, à empêcheur de tourner en rond, une sorte de
l’origine de l’engouement pour les mad skills. garde-fou qui sonne l’alarme pour éviter que
Longtemps, le conformisme a eu du bon. Les la boîte ne brûle quand il y a le feu…
entreprises recrutaient des collaborateurs
«neutres», les formaient à leur culture (par un
processus d’acculturation) et accéléraient la
carrière des «bons petits soldats», loyaux et res-
pectueux des règles. Dans le contexte stable de EN HAUSSE
la seconde révolution industrielle (faible incer- LE REBELLE CONSTRUCTIF
titude, rythme de changement modéré, etc.), Gonflé, indépendant et sûr de lui grâce à ses compétences pointues
la «stratégie du clone» d’une part augmentait dans un domaine bien précis, le salarié doué de mad skills fait figure de dissident
l’efficacité et la productivité de l’entreprise, et dans un open space. D’ailleurs, son franc-parler et son attitude un peu abrupte
lui valent quelques inimitiés – certains de ses collègues le trouvant carrément
d’autre part réduisait le risque de conflits.
insupportable ! Le salarié atypique dérange, bouscule, agace et ne fait jamais
Mais les temps ont changé ! Pour les cher- l’unanimité. Un peu corsaire sur les bords, il aime les prises de risques, l’aventure,
cheuses Stone et Deadrick, les innovations la nouveauté et la contradiction. Bref, il n’a pas froid aux yeux. Le conflit ?
techniques et technologiques ont rendu l’envi- Il s’y est habitué et il l’accepte, quand il n’y prend pas un certain plaisir. Il sait
ronnement volatil, incertain et bien plus com- bien que nager à contre-courant est jugé comme le pire des crimes dans le
plexe qu’auparavant (4). Les chamboulements royaume des clones. Et ce n’est pas pour lui déplaire…
provoqués par la révolution digitale ont fait re-
EN BAISSE
culer d’un coup la popularité du salarié au pro-
fil orthodoxe. Des innovations, il y en a eu à
LE BON PETIT SOLDAT
Affable, le salarié «bon soldat» évolue dans le milieu professionnel
chaque époque. Ce qui est nouveau avec le di-
comme un poisson dans l’eau. Il fait généralement preuve d’esprit d’équipe
gital, c’est leur rythme exponentiel. Les entre- et d’une bonne capacité de gestion du stress. Bardé de compétences
prises sont contraintes à une plus grande sectorielles (marketing, finance, etc.), il peut aussi se prévaloir de capacités
agilité et doivent disposer de compétences plus transversales. Ses patrons attendent beaucoup de lui… et lui se débrouille
nouvelles et dynamiques adaptées aux varia- pour répondre à toutes leurs attentes. Il est d’ailleurs extrêmement apprécié
tions rapides de leur environnement. Conser- par ses boss. Pourquoi ? Parce qu’il fait exactement ce qu’on lui demande
ver le modèle de la conformité des salariés de faire. Non seulement il est compétent, mais en plus il est obéissant !
Il remet en effet rarement en question les décisions de ses supérieurs.
dans un tel univers revient en quelque sorte à
A terme, il dirigera certainement cette armée de clones dont il fait partie.
adopter la politique de l’autruche, en cédant à

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 65


ENTRAÎNEZ LES AUTRES !

BIBLIOGRAPHIE CV ET ENTRETIEN, BASTA ! Aux versity de Seattle a récemment été bluffée par
grands maux les grands remèdes. Pressentant les résultats d’un jeu en ligne lancé en 2008.
1 Sandrine la nécessité de faire de la place à ceux qui pen- Ouvert aux citoyens du monde entier, Foldit
L’Herminier, Tu sent out of the box, certaines entreprises réac- consistait à découvrir la structure d’une pro-
seras un manager
tualisent leurs méthodes de recrutement. Le téine. En dépit des efforts de plusieurs généti-
responsable, mon
fils ! Editions Yves sacro-saint CV, jusqu’ici considéré comme le ciens de renom, cette structure demeurait un
Michel/Place sésame du candidat, a ainsi subi quelques égra- mystère depuis plusieurs décennies. Et qui a
publique, 2015. tignures. Thierry Baril, le DRH du groupe Air- finalement trouvé la solution ? Celle qui a fait
2 Denis bus, s’est notamment fendu d’une diatribe mordre la poussière aux profs de fac du monde
Ettighoffer, Le gène contre lui dans un entretien accordé à L’Usine entier est une Anglaise de Manchester, assis-
rebelle, facteur clé nouvelle en août 2015 : «Le CV, c’est kitsch. […] tante dans une clinique de désintoxication ! La
de compétitivité, in
De plus en plus, les talents s’identifient eux- prochaine fois que l’envie vous prendra de sno-
ettighoffer.fr/fr/
etudes/LeGene. mêmes, se cooptent sur les réseaux sociaux. ber le «petit personnel», ravisez-vous…
doc. C’est de cette manière que chacun peut mettre
3 Pierre Mirallès, en avant ses compétences et ses réalisations. LA TYRANNIE DE LA MOYENNE. Mais,
La gestion des Les sites de mise en relation professionnelle pour que les mad skills puissent produire leur
talents : émergence apportent beaucoup plus d’informations sur petit effet innovant, elles doivent être ac-
d’un nouveau une personne qu’un CV.» cueillies et chouchoutées, comme c’était le cas
modèle de
Le classique entretien de recrutement en jusqu’ici des hot pot (hauts potentiels). Cela im-
management ?,
Management & prend aussi pour son grade. Des sociétés du plique que les entreprises acceptent l’introduc-
Avenir, 2007/1 n° 11, monde digital organisent des hackathons pour tion du gène rebelle dans leurs structu res
p. 29-42. dénicher leurs cadors. Ces marathons de hac- vieillissantes. Et, une fois le gène introduit,
4 Dianna Stone et kers consistent à enfermer plusieurs candidats qu’elles l’aident à se développer… Les profes-
Diana Deadrick, dans un hangar avec un problème à résoudre. seurs français Sébastien Ronteau et Thomas
Challenges and L’équipe gagnante est embauchée. Intel a déjà Durand montrent que le recrutement d’un sa-
opportunities organisé de telles épreuves, ainsi que Cdiscount larié déviant ne suffit pas pour qu’une organi-
affecting the future
of human resource
(sous le nom de code de CodeYourJob en 2013 sation devienne agile et innovante(5). L’innova-
management, HRM ou de ShopAgainstTheClock en 2014). De mê tion doit s’appuyer sur plus d’un individu et être
Review, vol. 25, me, certaines écoles se détachent du système constante. D’où la nécessité, comme l’écrit
n° 2, p. 139-145, traditionnel fondé sur le diplôme. Ainsi, 42, Gary Hamel, de protéger les personnalités aty-
juin 2015. l’école informatique de Xavier Niel, a adopté piques contre la tyrannie de la moyenne (6).
5 Sébastien une formule plus libre, gratuite et ouverte à Cela implique de fournir un environnement
Ronteau et Thomas tous. Sa finalité n’est pas de former de bons pe- favorable à leur épanouissement, et de trouver
Durand, Comment
certaines
tits soldats mais de détecter les gens qui ont un de nouvelles manières de les intégrer. Dans le
organisations grain, les geeks, les philosophes de génie, etc. cas inverse, elles risqueraient de se sentir coin-
innovent dans Avec une évaluation qui se fait par les pairs. cées et de prendre très vite la tangente.
la durée, Revue L’environnement de travail doit donc évo-
française de ET SI VOTRE ASSISTANTE EN AVAIT ? luer. Nombreuses sont les pistes à explorer : dé-
gestion, 2009/5,
Derrière l’œil vitreux d’un informaticien, der- hiérarchisation, travail à distance, relations
n° 195, p. 111-138.
rière les lunettes de votre secrétaire… les mad horizontales, évaluation en cogestion par l’en-
6 Gary Hamel,
skills sont tapies un peu partout, et pas forcé- semble des collaborateurs, dispositifs de co-
Leading the
Revolution, Harvard ment là où on les attend. Elles ne sont pas l’apa- création, etc. Introduisez un zeste de folie dans
Business School nage des grands patrons et s’étendent au-delà votre management et vous aiderez les mad
Press, août 2000. des compétences digitales. La Washington Uni- skills à s’épanouir ! I

66 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


PAROLES D'EXPERT
YANNICK FIERLING, PDG DE HAIER EUROPE

RECRUTEZ DE JEUNES
TALENTS CAPABLES DE
FAIRE BOUGER LES LIGNES ”
P
remière marque mondiale de gros élec- personnelles, comme leurs réactions face à des
troménager, avec 32,6 milliards de dol- situations délicates dans une équipe qu’ils ont
lars de chiffre d’affaires en 2014 (29 mil- dirigée. J’essaie de détecter l’énergie que ces
liards d’euros), le chinois Haier occupe encore futurs collaborateurs sont capables de déployer
une position d’outsider en Europe. Notre am- pour surmonter des obstacles et parvenir à at-

PHOTO : DAVID GRENON POUR MANAGEMENT


bition est d’entrer dans le top 5 du secteur. Pour teindre leurs objectifs.
y parvenir, avoir une vision est fondamental.
La nôtre consiste à placer le client et l’écoute VISER LE FUTUR POUR RÉUSSIR LE
du client au cœur de notre stratégie. Le facteur PRÉSENT. Je demande aux candidats de me
humain joue lui aussi un rôle essentiel. Il va décrire ce qu’ils aimeraient faire dans les deux
nous falloir compter sur nos leaders et sur nos ou les cinq années à venir. S’ils ont du mal à
top managers pour nourrir nos ambitions et me répondre et à m’expliquer vers où ils aime-
faire évoluer le groupe en Europe. raient que leur carrière les conduise, cela me
dérange toujours. Car faire preuve de passion,
PRIORITÉ AUX BATTANTS ! Lorsque je re- de dynamisme et d’énergie dans ce que l’on en-
crute de jeunes talents, la qualité recherchée treprend et savoir ce que l’on aimerait faire
est leur potentiel à faire bouger les choses. C’est dans le futur sont des facteurs importants de
l’un des moteurs essentiels du leadership. Je réussite dans le présent. I
les interroge sur les situations les plus difficiles PROPOS RECUEILLIS PAR SÉBASTIEN PIERROT
qu’ils ont affrontées, la manière dont ils s’en
sont sortis et, bien sûr, les résultats obtenus. Je
leur demande de me raconter l’histoire dont ils
sont le plus fiers dans le domaine profession- FORMÉ À L’ÉCOLE AMÉRICAINE
nel, celle qu’ils pourraient raconter à leurs en- Son parcours. Nommé en mars 2015 à la tête de Haier Europe, ce Français
fants ou à leurs petits-enfants. de 45 ans, ingénieur de formation, parlant anglais, allemand, italien, a effectué
A ces questions, les réactions sont variées. Il l’essentiel de sa carrière chez l’américain Whirlpool. Après quinze ans passés
y a la façon classique de répondre : les candi- chez cet autre géant de l’électroménager, il a atteint le poste de vice-président
pour l’Europe et le Moyen-Orient et de DG de la division lavage.
dats me décrivent ce qu’ils ont entrepris pour Pourquoi il est inspirant. Parce qu’il a abordé avec enthousiasme le challenge
redresser, par exemple, une situation écono- qui se présentait à lui. «Les produits innovants, la culture d’entreprise orientée
mique, le projet qu’ils ont bâti, l’équipe qu’ils clients, l’esprit de conquête de nos équipes, etc., les ingrédients de la réussite sont
ont mise en place. Et il y a des réponses plus là. Il faut juste passer à la vitesse supérieure sur tous les marchés», affirmait-il.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 67


DÉMINEZ
LES CONFLITS
LA GUERRE  70 Gérer les clashs
dans une équipe
Apprendre

des fenêtres
à calmer le jeu
 72 Eteindre les
incendies avant qu’ils
ne se déclarent
 73 Savoir recadrer
Les conflits surgissent toujours, immanquablement. Pour les avec fermeté
 74
résoudre, bannissez la force, l’évitement et le compromis. Car la 11 situations
épineuses et
seule méthode qui marche, c’est l’intégration. Explications. comment s’en sortir
PAR LOMIG GUILLO @lomigg ILLUSTRATION THIBAUT SOULCIÉ  76 Burn-out
Les bons réflexes

A
pour prévenir
et guérir
utant vous le dire tout de suite : les revendications des uns et des autres. Mary
pour régler un conflit, il y a Parker Follett illustre cette idée par un exemple,  80 Prévention :
quatre réactions possibles, rapporté par Marc Mousli, auteur de deux ou- les DRH s’emparent
de la question
mais une seule qui fonctionne. vrages sur elle : «Un jour, dans une des petites
La première attitude, c’est l’évi- salles de la bibliothèque de Harvard, quelqu’un  82 Collègues
tement : à bannir, puisqu’elle ne résout rien. La voulait ouvrir la fenêtre, et je souhaitais qu’elle toxiques :
deuxième, c’est la domination : le plus fort s’im- reste fermée. Nous avons ouvert la fenêtre de 7 profils à fuir
pose et remporte la victoire. Mais que le plus la salle voisine, où il n’y avait personne. Ce  85 «S’il n’y avait pas
costaud faiblisse et le conflit resurgira. La troi- n’était pas un compromis, puisque […] nous de conflits…»
sième voie, c’est le compromis. Une solution avons eu chacun ce que nous voulions en réa-
qui, en apparence, contente tout le monde : lité. Car je ne tenais pas particulièrement à res-  86 Maîtrisez votre
chacun fait un pas, et on sort de la crise avec ter dans une pièce fermée. Simplement, je ne communication
de crise
l’impression d’en avoir fini avec le problème. voulais pas que le vent froid du Nord me tombe
Sauf que, tôt ou tard, le différend reviendra sur directement dessus. De la même façon, l’autre
le tapis. Souvent, avec plus d’intensité. occupant ne tenait pas à ce qu’on ouvre une fe-
Non, en fin de compte, la seule façon de faire nêtre précise ; il souhaitait simplement que la
s’appelle l’intégration. Un concept élaboré dès salle soit plus aérée.»
1918 par Mary Parker Follett dans son livre The
New State, consacré aux conflits et à leur réso- INDISPENSABLE : avoir la volonté
lution. Pour cette Américaine – considérée de désamorcer le différend
comme l’une des pionnières des théories du En pratique, pour obtenir ce résultat, le préa-
management –, on ne peut sortir d’un conflit lable est de comprendre les attentes de l’autre
que «par le haut», en trouvant une solution ga- et de s’assurer qu’il a compris les nôtres. Et, sur-
gnant-gagnant qui donne satisfaction aux deux tout, d’être deux à vouloir sortir du conflit. Car
parties. Pour elle, «le compromis ne crée rien, il arrive que certains se plaisent à entretenir
il s’arrange avec ce qui existe déjà ; l’intégra- les crises. De vrais perturbateurs, avec lesquels
tion, elle, crée quelque chose de neuf». Il faut on n’arrivera à rien. Dans ce cas, il est inutile
donc faire preuve d’imagination pour aboutir de chercher quelle fenêtre ouvrir : mieux vaut
à une solution inédite qui prenne en compte leur conseiller de prendre la porte. I

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 69


DÉMINEZ LES CONFLITS Dossier
Gérer les clashs dans une équipe

APPRENDRE à calmer le jeu


Etablir des règles de savoir-vivre, instaurer un rituel
de libre parole, clarifier ses consignes: trois stratégies
efficaces pour éviter l’explosion.
PAR MARIE-MADELEINE SÈVE

B
ataille d’ego, conflits d’intérêts, san, coach et auteure de Gérer et surmonter les
divergences de méthodes, choc conflits (Dunod, 2010). Par exemple, une gra-
des opinions ou des valeurs… dation de mots à utiliser pour déclarer sa co-
Dans une équipe, les raisons de lère : au maximum, “furieux”, au minimum
s’écharper ne manquent pas. Le “irrité” ou “frustré”. Ou bien un code couleur,
manager qui sent que le conflit couve ne peut via des smileys, pour signaler son humeur :
pas laisser la situation s’envenimer, au risque rouge, je suis à cran, donc il y a danger à me
d’y perdre beaucoup d’énergie et de miner la déranger ; vert, tout va bien.» De son côté, Pa-
performance collective. Il vaut mieux vous pré- trice Ras, formateur en développement per-
occuper des tensions sous-jacentes dans votre sonnel, conseille de souffler aux collaborateurs
entité avant qu’elles ne dégénèrent. «Plus on de se parler entre eux en utilisant le «je» et non
interviendra tôt, plus le conflit sera facile à pas le «tu» qui, souvent, accuse.
éteindre», souligne le coach François Enius.
Voici trois solutions pour prévenir le clash. CRÉER des lieux
qui favorisent l’expression
BÂTIR des règles de vie «Le conflit est normal, il est sain, assure Fré-
en commun déric Petitbon, DG délégué du cabinet conseil
L’outil est efficace pour apaiser les exaspéra- en management IDRH. Chez les consultants,
tions à l’égard des incivilités, retards ou intru- notamment, on se dit les choses de manière
sions intempestives, invivables lorsqu’on tra- franche, ce qui libère les énergies et la créati-
vaille en open space. L’utilisation du mobile vité.» C’est ainsi qu’une entreprise de cosmé-
privé au bureau, le respect des délais, les tiques a installé dans ses locaux une «salle de
modes de communication (verbal, e-mails) confrontation» : les commerciaux et marke-
sont autant de sujets dont il est bon que les col- teurs, souvent en bisbille, s’y retrouvent pour
laborateurs débattent lors d’une réunion spé- régler leurs querelles et trouver ensemble des
cifique. L’objectif est qu’ils s’accordent sur des idées neuves. A l’inverse, au centre d’appels In-
règles de fonctionnement et qu’ils les écrivent telcia, les «cafés matins» mensuels, en pré-
afin que chacun puisse s’y référer au moindre sence de l’un des membres du codir, permet-
accrochage. Vous aurez alors un rôle d’anima- tent par moments de lever des désaccords entre
teur, voire de modérateur. «Le manager peut managé et manager. «Il est important que le
toutefois suggérer à l’équipe de définir une salarié sente qu’il peut s’exprimer sans être
grammaire commune, précise Christine Mar- jugé, ajoute Frédéric Petitbon. En instaurant

70 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


PETER MACDIARMID / GETTY IMAGES / AFP, JEAN-FRANÇOIS DEROUBAIX
un rituel de libre parole en réunion d’équipe,
vous inciterez les gens à partager leurs soucis. Prévoyez une «salle
Ainsi, tous les participants seront plus enclins de confrontation» pour
à la coopération qu’à la critique.»
régler les querelles.
TRANSMETTRE des messages
clairs, compréhensibles par tous façon générique le rôle de chacun en les res-
Le flou, source de toutes les interprétations, ponsabilisant sur l’opérationnel. «Parlez-leur À RETENIR
est souvent à l’origine des guerres de territoire au plus tôt, préconise le coach François Enius.  ENCOURAGER
chacun à définir
et/ou de pouvoir. Le manager doit veiller à li- Vous pouvez leur proposer : “Voici la ligne di- ses missions et lui
vrer des messages clairs et compris par tous. rectrice pour toi, Pierre, puis pour toi, Marie, en confier.
Cependant, si vous sentez qu’un conflit s’ins- sur le projet Z. Je vous fais confiance pour ré-  SUPPRIMER les
talle entre deux de vos collaborateurs parce gler entre vous les détails. Sinon, je reprends contrôles
chronophages et
qu’ils ne se parlent plus ou mal, se fusillent ou la main pour expliciter ligne à ligne qui fait contre-productifs.
se fuient du regard, s’envoient en boucle des e- quoi. Mais cela n’arrivera pas deux fois !” Au
 CRÉER des
mails où vous êtes en copie… intervenez sans pis, en cas d’incompatibilité majeure, il est pré- occasions multiples
attendre. Prenez-les à part et définissez de férable pour tout le monde de les séparer.»  pour s’exprimer.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 71


DÉMINEZ LES CONFLITS Dossier
Gérer les clashs dans une équipe

ÉTEINDRE LES INCENDIES


avant qu’ils ne se déclenchent…
Un manager, c’est aussi souvent un médiateur vers lequel on
se tourne pour régler un différend. Quelques pistes pour agir
PAR CHRISTINE HALARY

L
orsqu’on lui a confié la direction d’un mêmes règles de savoir-vivre que vous. Pour
gros compte clients dans son agence de crever l’abcès, inspirez-vous de la méthode
pub, Irène s’est d’abord réjouie. Cepen- Desc : décrire, expliquer, spécifier, conclure.
dant, très vite, l’un de ses équipiers lui a mis Présentez les faits : «Je constate que tu parles
des bâtons dans les roues : il avait brigué cette fort.» Précisez le problème que cela vous pose :
responsabilité et ne supportait pas qu’elle l’ait «Cela me déconcentre.» Proposez une solu-
obtenue. Irène s’est tournée vers son N+1 tion : «Pourquoi ne pas passer tes coups de fil
dans l’espoir qu’il transfère le fauteur de dans la salle de réunion inoccupée ?» Et souli-
troubles dans un autre service. Mais il est gnez les conséquences positives qu’apporte
resté sourd à sa requête. La situation s’est en- cette solution pour les deux parties, en insis-
venimée et Irène, minée, est tombée malade. tant, au passage, sur les répercussions néga-
Selon une étude du cabinet OPP, expert en tives si le problème persistait.
psychologie du travail, conduite dans neuf
pays auprès de 5 000 salariés, 25% des conflits ÉCOUTEZ. Si le différend est plus complexe,
en entreprise provoquent ainsi de l’absen- tel un conflit de pouvoir, faites appel à un tiers,
téisme. Peu préparés à gérer des conflits, les en principe votre supérieur hiérarchique, qui
managers sont pointés du doigt : 43% des em- dépassionnera le débat. Cet arbitre devra faire
ployés estiment que leur boss ne sait pas apai- preuve de tact. Dans le cas où ce rôle vous re-
ser un différend, et pourtant 70% considèrent vient, restez neutre : «Vous n’êtes ni avocat ni
cette capacité comme un élément essentiel du procureur», insiste Wilfrid Legendre, associé
leadership. Alors voici comment développer chez Kea & Partners, selon qui la qualité pre-
vos talents de pacificateur. mière du médiateur est l’humilité. Invitez
d’abord les belligérants à prendre du recul, à
DIALOGUEZ. Rassurez-vous : «La majorité réfléchir à leur travail. «Leur faire comprendre
des conflits sont simples, nés de besoins contra- qu’ils sont sur le même bateau, c’est déjà apai-
riés», indique Jean-Claude Bernardon, diri- ser le débat», observe Jacques Regard, coach
geant du cabinet de conseil EBC et auteur de et consultant en harmonisation des relations
Résolution de conflits (Maxima, 2014). La plu- humaines. Recevez ensuite chacune des par-
part du temps, il n’y a pas d’intention de nuire, ties séparément. Au cours de ces entretiens,
plutôt de l’incompréhension et un manque de «pratiquez l’écoute active» (ou écoute bien-
dialogue. Par exemple, ce voisin de bureau qui veillante), suggère Jean-Claude Bernardon.
vous dérange en parlant fort au téléphone. Laissez vos interlocuteurs exprimer leur point
Vous pensez qu’il vous provoque alors qu’il est de vue jusqu’au bout, sans les interrompre et
peut-être un peu sourd ou qu’il n’a pas les en les laissant exprimer leurs émotions.

72 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


NÉGOCIEZ. A vous maintenant de proposer
un compromis. L’essentiel est que personne ne Inspirez-vous du principe du jeu
se sente lésé : présentez les avantages que votre
solution offre à chacun. Wilfrid Legendre pré-
de go, plutôt que celui des échecs.
conise de s’inspirer du jeu de go, où les deux
adversaires cherchent à conquérir l’espace, nière suggère d’aller crescendo, en amenant
plutôt que des échecs, où l’objectif est de tuer les parties à constater leurs points d’accord
l’autre. Sachez que la négociation exige du avant de résoudre les désaccords mineurs, puis
temps. Il existe plusieurs méthodes, telle l’ADI d’aborder les différends majeurs. Une bonne
(accord, désaccord, indifférence). Cette der- façon de relativiser leurs enjeux. 

SAVOIR RECADRER avec


fermeté et diplomatie
Il est parfois indispensable de montrer les muscles pour
remettre un collègue ou un collaborateur sur les rails.
Par Adrian de San Isidoro @asanisidoro

A
vant de donner de la voix, assurez- Hausser le ton suffit la plupart du temps. Mais,
vous d’avoir essayé toutes les autres assortie à des mots durs, une voix puissante
stratégies à votre disposition. Une en- écrasera votre interlocuteur et vous fera pas-
gueulade intempestive peut en effet avoir des ser pour un tyran… Il ne faut pas confondre
conséquences catastrophiques : briser l’élan de colère et fermeté.» Autre écueil à éviter : les ju-
l’équipe, susciter une réprobation unanime, sa- gements à l’emporte-pièce. Ne vous précipitez
per votre autorité, ternir votre image, voire dé- pas sur la foi de rumeurs, prenez le temps de
boucher sur une plainte pour harcèlement en vérifier leur origine et ce qu’elles cachent. Ra-
cas d’injure ! «Certains individus dits passifs- valez aussi vos ardeurs combatives : les mon-
agressifs profitent du moindre faux pas», pré- tées d’adrénaline à la machine à café sont ra-
PHOTOS : PEDRO MERA / CORBIS, D. R./ YOOCAN

vient Marwan Mery, coauteur de Comment rement bonnes pour votre image.
neutraliser les profils complexes (Eyrolles). Lorsqu’on recadre un employé, rappelle Isa-
Bref, avant d’attaquer au bazooka, gardez à
l’esprit que le terrain est miné. Voici ce qu’il
faut savoir avant de monter au créneau.
belle Charvin, directrice du cabinet Neo-
Coach, «il faut toujours rester factuel, rappeler
les délais, les objectifs fixés, atteints ou non.
42%
des salariés se
Déprécier un collaborateur en s’appuyant sur disent victimes
VEILLEZ à bien peser vos mots un jugement subjectif pourrait le faire douter d’incivilités
«Pour ne pas choquer, vous devez en premier de ses compétences et détruire sa motivation au travail.
(Source : étude
lieu choisir un vocabulaire modéré, conseille à long terme». Un bon recadrage s’articule en du cabinet Eleas,
Etienne Madelin, coach pour le cabinet LHH. quatre points : résumer les faits, indiquer septembre 2015)

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 73


DÉMINEZ LES CONFLITS Dossier
Gérer les clashs dans une équipe

les conséquences qui en découlent, offrir Marwan Mery. Toutefois, faites attention à ne
de l’aide si besoin et responsabiliser votre in- pas manifester de mécontentement trop sou-
terlocuteur en l’impliquant dans la résolution vent. «La fermeté est efficace quand elle reste
du problème. En clair, évitez de dire : «Tu as exceptionnelle, confirme Etienne Madelin. Si
fait un travail de sagouin et tu vas me réparer vous réprimandez sans cesse vos troupes, l’ef-
ça.» Essayez plutôt : «Je constate que le projet fet de contraste recherché tombera à l’eau et
À RETENIR n’a pas été bouclé dans les délais. Cela nous vous ne susciterez aucune prise de conscience.»
met en porte-à-faux vis-à-vis du client. Que t’a- Dernière recommandation : évitez de vous
 S’APPUYER sur
des faits objectifs
t-il manqué pour y arriver et que vas-tu faire reposer sur quelqu’un d’autre pour passer un
avant de monter pour corriger la situation ?» savon. «Si un manager délègue le problème à
au créneau. un N-1 ou, à l’inverse, se retranche derrière
 GARDER SON ASSUMEZ un conflit jusqu’au bout l’autorité de sa hiérarchie, ses salariés estime-
CALME, même
au plus fort de
Vous pouvez aussi donner votre avis en affir- ront qu’il n’est pas capable de résoudre la dif-
la tension. mant «être déçu par tel comportement». «Si ficulté par lui-même», analyse Marwan Mery.
 NE PAS HÉSITER à vous avez construit un lien empathique avec Votre ascendant risque d’en souffrir et les cas
s’isoler pour votre équipe, exprimer un reproche peut pro- d’insubordination de se multiplier. Gérer vous-
retrouver son self-
control en cas voquer un choc chez votre subordonné, ce qui même le conflit jusqu’à son terme est l’unique
d’entretien difficile. le poussera à corriger son erreur», explique moyen de rester seul maître à bord. 

11 SITUATIONS ÉPINEUSES
et comment s’en sortir
PEDRO MERA / CORBIS

Sachez choisir les mots pour exprimer votre ras-le-bol


avant que la situation ne dégénère.
PAR GAËL LE BELLEGO, avec Jean-Edouard Grésy, cofondateur du cabinet de gestion de conflits AlterNego

 1 MON BOSS NE SAIT PAS DÉLÉGUER


Cet obsessionnel veut tout contrôler. Plutôt
que de lui dire ouvertement qu’il devrait nous
2  JE ME SENS PLACARDISÉ
Plutôt que de ruminer votre frustration,
voire votre souffrance, en silence, mettez le
lâcher la bride (il se braquerait sans doute), poisson sur la table avant que la situation ne
flattez-le sur ce qui fait sa force, pour mieux pourrisse. Mais, surtout, évitez l’attaque bille
l’anesthésier : «J’apprécie ta rigueur, ça m’a fait en tête («Tu m’ignores»), car on ne peut repro-
progresser.» Et enchaînez comme suit : «Je cher à une personne de ne pas satisfaire des
voulais seulement te dire que je me sens au- besoins dont elle n’a peut-être pas connais-
jourd’hui en mesure de gagner en autono- sance. Essayez plutôt : «J’ai l’impression de ne
mie…» Ne l’emmenez pas, en revanche, sur le pas être utilisé à la hauteur de mes compé-
terrain de la sensibilité («je souffre de»), qu’il tences.» Et soyez force de proposition : «J’ai en-
ne sait pas contrôler. tendu parler d’un projet qui…»

74 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


3  MON COLLÈGUE S’ATTRIBUE TOUS
LES MÉRITES
C’est le propre du narcissique. Heureusement,
 7 M O N BOSS EST STRESSÉ
Lui intimer de se calmer («Keep cool !»)
équivaudrait à souffler sur des braises. Choi-
cet affamé de considération se laisse manipu- sissez un moment où il décompresse pour le
ler. Flattez son ego : «Ce succès, c’est aussi faire parler, le temps d’un café «sucré» : «Je
grâce à toi.» Puis mettez en avant un trait que sens que tu es tendu ces temps-ci, veux-tu en
vous avez en commun («J’aime bosser tôt le parler ?» Café + empathie : notre grand ner-
matin»). Il verra en vous son double et vous dé- veux va peut-être s’ouvrir. Reconnaissant, il
fendra comme lui-même. entendra mieux votre «Tu sais, cela a des ré-
percussions sur l’équipe…»


 8
J’AI ÉTÉ NOMMÉ CHEF AU NEZ
ET À LA BARBE D’UN AÎNÉ MES ÉQUIPES DISENT QUE JE SUIS UN FANTÔME
Deux erreurs à éviter : trop doux (par peur de Manager à distance est toute une science. L’usage de Skype ou
casser la relation), trop dur (management sec). du téléphone aide à remettre de la chair dans l’échange. Il ne
Donc main de fer, gant de velours. «J’ai appris faut pas perdre le contact et prendre des nouvelles souvent. Mais
que tu avais candidaté et je comprends ta dé- ne commencez pas par un «Vous en êtes où ?» offensif. La distance n’ex-
ception. Mais je vais devoir compter sur ton ex- clut pas les préliminaires d’une conversation aimable.
périence précieuse.» L’ex-rival devient alors
votre homme de confiance.
9  J’AI UN RIVAL
Qui se ressemble s’envie. L’anthropologue

5  L’OPEN SPACE EST BRUYANT


Pas d’insultes. Pas de bouderie non plus,
on est entre adultes. C’est un problème collec-
René Girard parlait de désir mimétique. Carole
et vous avez le même objet de désir (poste,
fonction…). D’où la rivalité. Il faut procéder,
tif, donc on déclenche un débat sur le vivre en- ensemble, à un travail de désarmement. Par
semble, où chacun fait part de ses gênes. Evi- exemple, en négociant : «Cette fois, tu prends
tez les mises au pilori («Brigitte, tes coups de le dossier ; la prochaine fois, ce sera moi.»
fil perso…») et faites avancer la solution qui
profitera à tous («si on créait une “phone
zone” ?»). A l’issue de la réunion, on édicte une
charte à laquelle chacun aura participé.
10 MON COLLÈGUE ME RETARDE­!
La tentation ? Le traiter de «limace». Ou
le débiner dans son dos. Moche et contre-pro-
ductif dans les deux cas : il risque d’être plus

6  LES E-MAILS DU BOSS SONT


LAPIDAIRES
La relation numérique se taille une place de
lent encore. Mieux vaut aller le voir : «Je peux
te proposer mon aide ?» Et pourquoi ne pas lui
suggérer une formation ?
choix dans la genèse des conflits au bureau.
Par e-mail ou SMS, on reçoit l’information sans
voir un visage ou entendre une voix. Gare à la
surinterprétation ! Peut-être que votre chef re-
11 MON BOSS NE SAIT PAS DÉCIDER
Typique du management à la française :
l’évitement du face-à-face, et donc de l’affron-
çoit mille messages par jour. Ne l’interrogez tement. Ici, il faut ferrer l’animal avec des ques-
pas en mode reply – l’échange d’e-mails ayant tions fermées : «On se voit quand ?», «A quelle
tendance à amplifier les conflits – mais en al- heure ? », «Où ?», «C’est noté, je t’envoie un rap-
lant le voir, au bon moment. Et au vindicatif pel.» Puisqu’il ne sait pas dire non, il faut se
«MERCI», préférez un diplomate et plus allu- montrer directif. Inutile en revanche de lui re-
sif : «J’ai parfois besoin d’encouragements…» procher son indécision. 

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 75


DÉMINEZ LES CONFLITS Dossier
Burn-out

BURN-OUT
les bons réflexes
pour prévenir et guérir
A condition d’avoir en tête les principaux facteurs de risque,
le burn-out peut souvent être évité. Mais s’il survient, comment
réagir au moment où tout bascule? Et comment gérer
un collaborateur qui craque? Nos conseils pour faire face.
PAR GAËLLE GINIBRIÈRE @gginibriere ET CÉLINE DEVAL

A
lain était un commercial hyper- puis, Alain a retrouvé son équilibre et repris le
actif, ne comptant pas ses sport à raison d’une heure par jour. «J’avais tout
heures. Un matin, il s’est ré- arrêté. Là j’ai remis le curseur à zéro.»
veillé dans un hôtel, ne sachant Difficile d’anticiper un burn-out, tant les
pas où il était. «Le trou noir ! ex- symptômes sont différents d’une personne à
plique-t-il. J’ai trouvé la force de descendre à la l’autre. Et impossible de prévoir quand l’orga-
réception pour appeler ma femme, puis mon nisme atteint son point de rupture. Mais
patron.» Trois jours de massages, de bains de connaître les phases de cette pathologie, en cas
vapeur et de sport intensif, suivis de trois se- de premiers signes ou de crise, permet d’adop-
maines de vacances, l’ont remis sur pied. De- ter les bons réflexes. Et d’éviter le pire.

LA PHASE D’ALARME
 LE SURMENAGE  LA GROSSE FATIGUE  LES PREMIERS SYMPTÔMES
Après une longue période Le stress devient chronique. Maux de tête, de dos,
d’hyperactivité, allant souvent Au-delà de six mois d’affilée, irritabilité, troubles visuels…
de pair au départ avec il finit par épuiser le corps, à ce stade, ces signaux
un réel plaisir à accomplir avec des répercussions d’alerte, non spécifiques
ses tâches, commence physiques et psychiques. d’une pathologie précise,
le stade de la surchauffe. sont rarement reliés
à un possible burn-out.

76 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


REPÉRER LES SIGNES AVANT-COUREURS
IDENTIFIER SES ZONES DE FRAGILITÉ. précaire professionnellement, ou parce qu’ils
Directeur commercial, Pierre s’est toujours in- ont encore de grands enfants à charge ou des
vesti avec plaisir dans son travail. Jusqu’à ce parents en situation de dépendance. La qua-
qu’il croule sous les plaintes des fournisseurs rantaine est aussi un cap difficile, avec beau-
non payés et se mette à multiplier les crises coup de divorces ou des adolescents difficiles
d’angoisse. Comme lui, les personnes confron- à gérer à la maison.» Quelle que soit sa fragi-
tées à des tensions relationnelles dans leur mé- lité, il est important d’en être conscient et d’être
tier, en contact fréquent avec le public ou char- attentif au moindre signe d’alerte.
gées de gérer des conflits au quotidien, sont
particulièrement menacées par le risque ÉVITER LE COUP DE COLLIER EN TROP.
d’épuisement professionnel. Pour d’autres, le Promu à la direction administrative d’une
déclenchement d’un burn-out sera lié à un PME du bâtiment, François avait pour princi-
conflit entre leurs valeurs personnelles et leurs pale mission de mener à bien la fusion avec
obligations professionnelles. Certaines per- une autre société. Un travail colossal compte
sonnalités semblent plus exposées que d’autres. tenu des différences culturelles entre les deux
«Capables d’abattre une lourde charge de entités, auquel il s’est malgré tout attelé avec
travail et n’ayant pas l’habitude de demander un zèle décuplé, dirigeant tous les chantiers. BIBLIOGRAPHIE
de l’aide, les perfectionnistes sont davantage Face à sa fatigue croissante et aux colères in-
1 Catherine Vasey,
concernés», souligne Catherine Vasey(1), deve- tempestives que déclenchaient les simples
Burn-out: le
nue psychologue après un burn-out et auteur questions qu’elle lui posait le soir sur son tra- détecter et le
du blog noburnout.ch. «Travailler sur soi pour vail, son épouse l’a finalement traîné chez le prévenir, Jouvence
comprendre les ressorts d’un excès de perfec- médecin. Celui-ci a immédiatement diagnos- Editions, 7,70 €.
tionnisme par le biais d’une psychologie de tiqué un début de burn-out. 2 François
soutien est dans ce cas tout indiqué», conseille «Irritabilité, insomnie, mal au dos… chacun Baumann, Le Guide
le docteur François Baumann(2). Les «je-m’en- sait nommer les signaux que lui renvoie son anti-burn-out et
foutistes», eux, ne risquent rien. corps quand il dépasse ses limites : il faut donc L’Après burn-out,
éditions Josette
Chercheur aux Mines Paris-Tech, Philippe être à leur écoute et prendre les mesures qui Lyon, 16 € chacun.
Zawieja(3) note que certaines périodes de la vie s’imposent», recommande Catherine Vasey.
3 Philippe
sont plus propices au développement d’un Même si vous n’avez pas totalement la main Zawieja, «Que
burn-out. «Il y a un pic chez les quinquagé- sur votre environnement de travail, vous dis- sais-je?» Le Burn-
naires, parce qu’ils sont dans une phase plus posez toujours de moyens d’action. Vous out, PUF, 9 €.

LA PHASE DE RÉSISTANCE
 L’ENGRENAGE  LA DÉSOCIALISATION  L’ISOLEMENT
Fatigué et par conséquent Vacances, week-ends, Malgré tous ces signes
moins efficace, le salarié soiréesˆ: le travail occupe une qui devraient l’alarmer,
redouble d’efforts plutôt place toujours plus grande. la personne s’enferme
que de demander de l’aide La sphère familiale est peu dans l’isolement et le déni.
à l’extérieur. Il entre dans à peu délaissée, ainsi que les A ce stade, seuls ses proches
un cycle d’acharnement et activités sociales et amicales. sont généralement en
de travail compulsif. mesure de donner l’alerte.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 77


DÉMINEZ LES CONFLITS Dossier
Burn-out

avez, par exemple, la possibilité de vous charger le stress, observe Catherine Vasey. Ta-
organiser différemment lorsque vos dossiers per dans un sac de sable ou aller au stade sou-
empiètent systématiquement sur vos soirées, tenir son équipe préférée sont des moyens
vos week-ends ou vos vacances. Ou encore efficaces de se défouler et de se relaxer.»
celle de déléguer ou de refuser un nouveau pro- En dehors des forts pics de stress, la sophro-
jet lorsque vous êtes déjà débordé. logie ou la méditation sont de bons moyens
pour gagner en sérénité. Le secret réside sur-
(RÉ)ÉQUILIBRER SES VIES PRO ET tout dans le fait de s’accorder du temps pour
PERSO. Le burn-out est la conséquence d’un toutes les activités – dîners entre amis ou en
stress qui s’installe durablement, au point de famille, engagement dans une association…
devenir chronique. Il peut être évité à condi- – qui permettent de se ressourcer en dehors du
tion de gérer en amont la tension quotidienne. cadre professionnel, et ainsi d’équilibrer vie
«Le mouvement physique, le sport aide à dé- professionnelle, personnelle et sociale.

FAIRE FACE À LA CRISE


ASSUMER PLUTÔT QUE CULPABILI- ment en parler à une personne de confiance,
SER. Les signes avant-coureurs, Alain les quelqu’un qui saura vous écouter sans vous ju-
avait remarqués, mais sans en comprendre le ger. Cela peut être votre manager, bien sûr,
sens. «Un jour, j’avais oublié le code d’entrée mais aussi un responsable RH, un copain, un
d’une usine, un autre, le nom d’un collabora- mentor, ou votre conjoint…»
teur…» Pour Michel Debout, psychiatre, cet Une visite chez votre médecin traitant est
aveuglement fait partie des symptômes du incontournable, pour dresser rapidement un
burn-out : «On refuse de voir que l’on craque état des lieux et, si nécessaire, obtenir un ar-
et encore plus de l’avouer aux autres. Pourtant, rêt de travail et débuter un traitement médi-
loin d’être un aveu de faiblesse, le fait d’évo- camenteux (antidépresseurs, anxiolytiques).
quer ce qui vous arrive prouve que vous con- En parallèle, un suivi psychologique est vive-
naissez vos propres limites.» ment recommandé, surtout si le burn-out est
«Plus tôt vous réagirez, plus vite vous vous lié à un surinvestissement dans votre profes-
en sortirez, explique Laurence Saunder, direc- sion. Quant au médecin du travail, il peut être
trice de l’Ifas (Institut français d’action contre utile si ce sont les mauvaises conditions de tra-
le stress). En cas de crise, il faut immédiate- vail qui sont en cause.

LA PHASE DE RUPTURE
 LA DÉSILLUSION  LES TROUBLES  LES EXPÉDIENTS
Le plaisir s’efface et le corps Les insomnies deviennent Pour tenir coûte que coûte,
atteint ses limites. Le travail s’en chroniques et d’autres certains se tournent alors
ressent et les efforts sont de pathologies apparaissent…: vers les substances chimiques…:
moins en moins reconnus. Fatigué hypertension, eczéma, des somnifères pour dormir,
et déçu, le sujet commence à infections… La dérive devient des tranquillisants et des
perdre espoir. L’anxiété grandit visible car le comportement excitants pour mener à bien
et l’estime de soi diminue. change…: emportement, cynisme… leurs activités quotidiennes…

78 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


EN PARLER AVEC SA HIÉRARCHIE. Une tive intensive comme la natation ou la course
fois le diagnostic posé, il faut en informer votre à pied va revitaliser l’organisme et redonner
N + 1. Demandez un entretien. C’est ce qu’a de l’énergie physique puis mentale.»
fait Sandrine, DRH adjointe dans une société
de services aux entreprises. Exténuée, trop SOUTENIR UN COLLÈGUE EN SOUF-
stressée, elle avait complètement oublié de FRANCE. Envoi d’e-mails en pleine nuit, ho-
s’occuper d’un dossier particulièrement impor- raires à rallonge, irritabilité… Ces signaux,
tant ! «Je n’arrivais plus à tout gérer. Il était qu’il n’avait pas voulu voir chez lui, Alain, com-
temps d’en parler.» Pour ne pas se laisser em- mercial, sait désormais les reconnaître chez
porter par ses émotions, elle a préparé cet en- ses collègues : «Par deux fois déjà, j’ai dû sou-
tretien bien à l’avance. tenir des membres de mon équipe pour leur
Une stratégie validée par Patrick Légeron, éviter d’en arriver au burn-out.» Il s’agit avant
psychiatre et fondateur du cabinet Stimulus : tout d’amener un collaborateur au bord de la

3,2
«Commencez par détailler votre travail au quo- crise de nerfs à se confier, à verbaliser son mal-
tidien, en soulignant les causes de votre épui- être. Ce n’est pas toujours facile : «Il va proba-
sement. Précisez que vous avez déjà consulté blement nier les faits, prévient Laurence Saun-
un médecin, qui craint un épuisement total. der. Pour l’aider à prendre conscience de son MILLIARDS
Enfin, même si vous êtes en plein brouillard, état, décrivez-lui dans le détail les change- d’actifs
tentez de proposer des solutions, telles que ments que vous avez constatés dans son atti- présentent un
risque élevé de
congés, nouvelle organisation… Cela démon- tude, son travail, etc. Posez des questions pré- faire un
trera votre envie de vous en sortir.» L’arrêt de cises : pourquoi reste-t-il si tard le soir, burn-out.
travail n’est pas un passage obligé. «Si vous comment vit-il sa charge de travail ? Il faut lui (Source: cabinet
Technologia, 2013)
êtes en surchauffe, revoir vos priorités ou faire comprendre que l’on s’inquiète pour lui.»

3,1%
votre organisation suffit parfois, précise le Si un break s’impose pour cet employé, ob-
psychiatre. L’essentiel est d’installer une dis- servez vous aussi une période de retrait. Au
tance avec son travail, physiquement et moins durant les premiers jours ou les pre-
psychologiquement.» mières semaines, retenez-vous de le contacter, des femmes
Si vous prenez quelques jours de repos, ne même pour prendre des nouvelles… «Pendant (1,4% des
hommes)
squattez pas votre canapé toute la journée. «En un burn-out, on se consume de l’intérieur, ex- subissent
phase de burn-out, vous êtes comme asphyxié, plique Michel Debout. Il faut laisser au salarié une souffrance
note Lionel Pagès, ostéopathe et gérant le temps d’éteindre l’incendie. Rester en psychique
liée au travail.
d’Up’Forme, centre spécialisé dans le traite- contact avec lui, c’est comme souffler sur des (Source: INRS,
ment du burn-out. Pratiquer une activité spor- braises pour attiser un feu.»  chiffres 2012)

LA PHASE DE BURN-OUT
 L’EFFONDREMENT  LA MALADIE  LE TRAITEMENT
Le long processus s’achève. Crise de panique, atonie… Un arrêt de travail, avec suivi
Epuisé sur les plans émotionnel, ou, pis, accident cérébral ou médical et psychologique,
physique et psychique, la cardiaque. Certains plongent aidera à retrouver un équilibre.
victime craque. Ayant brûlé dans la dépression, d’autres Mais il pourra rester des traces
toutes ses réserves, elle n’est deviennent violents. Prudence†! indélébiles, comme une fragilité
plus capable de travailler. Des clients, des collègues plus importante au stress.
peuvent en faire les frais.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 79


DÉMINEZ LES CONFLITS Dossier
Burn-out

PRÉVENTION : les DRH


s’emparent de la question
Après avoir longtemps ignoré ou minimisé l’épuisement
professionnel, les entreprises ont enfin pris la mesure
du phénomène et s’efforcent de le prévenir et de le traiter.
PAR SANDRINE WEISZ @SandrineWeisz

 
L
a situation est préoccupante : selon se souvient de «ces journées de travail à la
une enquête de 2013 du cabinet charcuterie de ses parents qui se terminaient
d’évaluation et de prévention des à 22 heures, mais dans la bonne humeur et au-
risques professionnels Technologia, tour d’un casse-croûte». Aujourd’hui, l’entre-
13% des actifs seraient susceptibles prise, leader français des salades, pizzas,
de faire un burn-out et en présenteraient les sandwichs et pâtes prêtes à consommer, em-
premiers symptômes, tels que la peur de ne pas ploie 2 000 personnes. «Le management a
être à la hauteur, l’irritabilité, les troubles du changé mais notre engagement pour la qua-
sommeil. Cette pathologie n’est toujours pas lité des conditions de travail est resté le
reconnue comme maladie professionnelle. même», explique la présidente. Pour cela, l’en-
Pourtant, les employeurs se sont emparés du treprise s’est entourée d’experts en matière de
sujet, par égard pour leurs salariés… et dans santé et de prévention. Elle a embauché un
leur propre intérêt. «C’est devenu une véritable médecin et quatre infirmières. Ses managers
hantise dans les entreprises, souligne Philippe sont formés à la détection des risques psycho-
Rodet, médecin urgentiste et dirigeant-fonda- sociaux. Dans les ateliers, des kinésithéra-
teur du cabinet Bien-être et entreprise. Avoir peutes enseignent aux salariés les postures
un cas de burn-out parmi ses collaborateurs se adaptées à leur poste de travail. Sodebo a éga-
révèle très mauvais pour leur image, mais éga- lement fait appel aux services d’un ostéopathe
lement traumatisant pour le reste de l’équipe. et étudié l’ergonomie du matériel, l’agence-
En outre, cette pathologie provoque de longues ment et la qualité des locaux. La convivialité
absences de salariés, qu’on ne peut remplacer fait l’objet d’un soin particulier. Des anima-
immédiatement puisque la DRH ne sait pas tions sont organisées dans les salles de pause
quand ils reviendront.» D’où la montée en puis- et tous les succès sont fêtés collectivement.
sance des actions de prévention. Préserver la santé des salariés suppose par-
fois d’aller à l’encontre de la culture de l’entre-
AMÉLIORER LA QUALITÉ DE VIE prise. A peine nommé directeur du Ballet de
Chez Sodebo, en Vendée, on s’est toujours pré- l’Opéra de Paris, Benjamin Millepied a opéré
occupé de la qualité de vie au travail. Patricia une vraie révolution en s’attaquant aux pro-
Brochard, coprésidente et fille des fondateurs, blèmes de santé des danseurs. Un sujet tabou

80 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


dans cet univers où les souffrances physiques
et psychologiques ont toujours été considérées 13% des actifs en présenteraient
comme le prix à payer pour la perfection artis-
tique. Il a créé un pôle santé, avec un médecin
les premiers symptômes : peur
et deux masseurs spécialisés. Il a également de ne pas y arriver, insomnie…
allongé les temps de récupération des danseurs
et a même décidé de remplacer les sols trop
durs des salles de répétitions. tique, ne pas hésiter à mettre en place des ac-
tions pour les tester.» Quitte à se tromper : «Il
SAVOIR S'AFFRANCHIR y a quelques années, nous avions organisé des
DES TABOUS CULTURELS séances de massage, mais les salariés les ont
Chez les militaires aussi, la culture du sacrifice boudées. Cela ne répondait pas à un besoin
est une tradition. Dans la Grande Muette, on dans le cadre de travail. Nous retenterons
ne se plaint jamais. Pourtant, pendant deux peut-être l’expérience à l’avenir.»
ans, l’armée de terre a proposé des cours de L’avantage de cette méthode d’essais-erreurs
sophrologie à ses engagés les plus exposés au est aussi d’éviter certaines fausses bonnes
stress. Des séances régulières d’une heure leur idées. Par souci de protéger la vie privée de ses
ont permis de s’initier aux techniques de la re- salariés, une grande banque avait ainsi bloqué
laxation et à la pratique de la microsieste. «Mal- l’accès aux e-mails professionnels après
gré de fortes réticences au départ, ce dispositif 20 heures. Résultat ? Une augmentation du
a eu beaucoup de succès», se félicite le général stress chez certains collaborateurs qui atten-
Denis Parmentier, à l’initiative de ce projet. daient des réponses urgentes de prestataires
Dans la logistique ou le BTP, autres milieux extérieurs. D’où l’importance de demander ré-
durs, on réfléchit aussi à ces enjeux. Chez le gulièrement leur avis à ses salariés dès qu’on
transporteur DHL, des séances de gym sont or- met une mesure en place ! 
ganisées dans les entrepôts, ainsi que des évé-
nements (jeux concours ou barbecues) à l’in-
tention des familles des salariés. Même souci
de vigilance pour ce dirigeant d’une PME spé- ALLÔ DOCTEUR, BOBO!
cialisée dans la rénovation de bâtiments, qui «Je dois prendre une décision importante et je n’y arrive pas», «Je ne
affirme : «Nous incitons nos chefs de chantier supporte plus mes collègues», «Je ne trouve plus d’intérêt dans ce que
et nos conducteurs de travaux à être davantage je fais», «Je suis victime d’une injustice professionnelle»… 24 h/24, l’équipe de
à l’écoute des ouvriers afin de déceler les pre- psychologues cliniciens de Psya, cabinet spécialisé dans la qualité de vie au
travail, répond à des dizaines d’appels de ce genre. C’est ici qu’aboutissent
miers signes d’épuisement. Ce n’est pas tou-
les appels du million de salariés abonnés (moins de 10 euros par personne
jours évident car beaucoup n’osent pas s’expri- et par an) par le biais de leur entreprise à ce service d’écoute psychologique.
mer quand ils ressentent un mal-être.» «Nous essayons de conseiller, d’orienter chacun vers le bon interlocuteur
dans son entreprise ou, éventuellement, vers un psychologue de notre réseau.
APPRENDRE DE SES ERREURS Parfois, la première demande exprimée cache d’autres difficultés», explique
Par définition, le retour sur investissement Felisa Blanco, coordinatrice des accompagnements. Parmi les clients de
d’une initiative de prévention reste peu vi- la plateforme : la Régie des transports de Marseille, Ouest France, Hewlett
Packard, Hôtels B&B, Capsugel… Outre une meilleure prévention des risques
sible. «Les retombées sont difficiles à mesu- psychosociaux, ce dispositif permet aussi aux managers de s’interroger
rer, mais le climat social au sein du groupe sur leurs propres pratiques. «Régulièrement, nos psychologues rencontrent
donne une bonne indication, confirme Patri- les managers et font avec eux des bilans globaux», conclut Felisa Blanco.
cia Brochard. Il faut savoir rester pragma- Et ça marche¢: 98% des entreprises reconduisent leur abonnement.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 81


DÉMINEZ LES CONFLITS

COLLÈGUES TOXIQUES :
7 profils à fuir
Tout manager chevronné en a croisé au moins un dans sa
carrière… et les autres ne perdent rien pour attendre. Sachez
repérer ces individus et réagir avant qu’il ne soit trop tard.
PAR GAËLLE GINIBRIÈRE @gginibriere

Q
ui n’a jamais vu ses relations de Notre antidote : «Le manipulateur perd toute
travail empoisonnées par une nocivité lorsqu’il est démasqué. Pour le neutra-
personnalité toxique ? Coach liser, mettez-le face à ses contradictions»,
spécialisé dans l’approche conseille Jean-Edouard Grésy, fondateur
neurocognitive et comporte- d’Alter Nego (négociation et gestion des
SYLVAIN BARDIN

mentale, Patrick Collignon relève que face à conflits). Par exemple, Vincent s’est mis à vé-
cette situation «les salariés ont tendance à rifier systématiquement, et en opérant au vu
attendre de la hiérarchie qu’elle règle tout. Or, et au su de tous, la moindre information ou pa-
même quand c’est le N +1 qui est insuppor- role émanant de ce cadre. Résultat, le semeur
Comment table, chacun a les ressources pour trouver la de zizanie a vu fondre son pouvoir de nuisance.
identifier une parade». La clé : évacuer ses propres émotions Attention cependant à ne pas sortir du cadre
afin de pouvoir décrypter en toute objectivité, professionnel, car cette stratégie pourrait se
personnalité puis contrecarrer les agissements du pertur- retourner contre vous.
toxique ? bateur. Certes, vous ne changerez pas sa per-
En observant les
relations qu'elle
entretient avec ses
sonnalité, mais vous parviendrez à établir des
rapports acceptables avec lui et à vous préser-
ver. Nos conseils pour bien réagir face à sept
2 I LE FREINEUR
Votre adjoint a «oublié» d’informer son
équipe de la nouvelle organisation préconisée
collègues. Si tout le
profils d’individus toxiques. par la direction ou il prétend ne pas avoir eu le
service souffre de
son comportement, temps d’appliquer les dernières méthodes de
sa personnalité est
toxique. Si vous êtes
seul à en pâtir, c’est
1 I LE MANIPULATEUR
Un spécialiste du louvoiement qui attisait
les rivalités dans ses équipes, doublé d’un dis-
reporting ? Vous pourriez bien avoir affaire à
un «freineur», un collaborateur rétif aux chan-
gements. Ce profil n’est pas évident à détecter,
la relation que vous simulateur patenté prompt à présenter les faits car il a tendance à se décharger de toute res-
avez nouée avec elle sous un aspect déformé : voilà le type de ma- ponsabilité en évoquant diverses excuses : im-
qui est compliquée.”
nager auquel Vincent Launay a été confronté maturité de l’équipe, absence de ressources,
Jean-Edouard Grésy, il y a quelques années, lorsqu’il était directeur inertie de la culture d’entreprise, etc. Ce n’est
fondateur du cabinet général des services d’une ville. Néfaste au jamais sa faute ! Pour vérifier qu’il dit vrai, de-
de négociation et
gestion de conflits fonctionnement du service, l’individu en ques- mandez-lui de détailler les difficultés qu’il pré-
AlterNego. tion est rapidement devenu ingérable. tend avoir rencontrées.

82 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


Notre antidote : s’il s’avère que vous avez bien
affaire à un éternel réfractaire, clarifiez la si- Face à un despote, n’hésitez
tuation en lui rappelant l’intérêt du projet pour pas à consigner tous
l’entreprise. Et incitez-le à devenir force de pro-
position en l’associant à la décision. C’est la dé- vos échanges par écrit.
marche qu’a adoptée Edmond, directeur de fi-
liale d’une société d’autoroute : pour rallier son Souvent hors hiérarchie, un peu «égocentré»,
bras droit à une énième réorganisation, il lui a l’expert asocial est à ce point focalisé sur ses
demandé de piloter un groupe de travail «In- dossiers qu’il en oublie le b.a.-ba des relations
novations». Bref, pour faire avancer un frei- humaines. Il agit même parfois sans mal-
neur, retournez-le. veillance : il n’a juste aucune conscience du ca-
ractère excessif de son comportement. Celui-ci

3 I LE COMPÉTITEUR
Un nouveau collègue a un jour annoncé
à Frédéric Box, consultant en stratégie digitale
présente néanmoins un inconvénient majeur :
il vous porte, à juste titre, sur les nerfs.
Notre antidote : face à ce malotru aussi déli-
dans une start-up, qu’il ne voulait rien de moins cat qu’un rouleau compresseur, jouez de l’ef-
que… lui piquer sa place ! Sans être toujours fet miroir. «Insistez, si besoin est, sur l’impor-
aussi frontal, ce profil d’individu se signale par tance des formules de courtoisie, puis entrez
le besoin qu’il a de se mesurer aux autres et dans le vif du sujet. Et si cela ne suffit pas,
d’affirmer sa supériorité. soyez encore plus explicite et évoquez un ou
Notre antidote : face à un compétiteur, refu- deux épisodes vécus pour lui indiquer vos at-
sez le duel en catimini, qui ne manquerait pas tentes», suggère Marie Rebeyrolle, fondatrice
de vous isoler et de vous mettre sous pression. du cabinet Carré Pluriel.
«Misez au contraire sur le collectif en vous ap-
puyant sur un réseau d’alliés», conseille Jean-
Edouard Grésy. Ainsi, Frédéric Box a sauvé sa
place en informant ses patrons de cette situa-
5 I LE PATRON TYRANNIQUE
Embauché il y a une quinzaine d’années
chez Veolia comme responsable du contrôle de
tion de rivalité potentiellement explosive. Pour gestion pour le Grand Ouest, Robin Sauzet
départager les deux hommes, la direction a inaugure ses nouvelles fonctions en effectuant
imaginé de les faire plancher sur un même pro- une tournée sur le terrain. A son retour, il
jet et d’attribuer le poste au vainqueur. Frédé- trouve son nouveau patron très en colère. Ce-
ric s’est plongé dans le travail. Le compétiteur lui-ci lui reproche d’avoir noué un contact di-
– qui visait le titre plus que la responsabilité – rect avec les contrôleurs de gestion locaux et
s’est déballonné : il a quitté l’entreprise avant ne lui adresse plus la parole pendant trois se-
même d’avoir livré une proposition. Conclu- maines. Mais Robin, lui, ne rompt pas le
sion : pour couper l’herbe sous le pied d’un contact. Sans se démonter, il continue à lui en-
compétiteur, sollicitez le jugement d’un tiers. voyer des e-mails et à lui transmettre ses rap-
ports comme si de rien n’était. Amadoué par

4 I L’EXPERT ASOCIAL


Celui-là vous envoie des e-mails cin-
glants pour un mot mal choisi. Ou bien il se
un tel professionnalisme, son boss finit par se
dérider et reprend une relation normale.
Notre antidote : «Résumer par écrit ses
plante devant vous et se lance au débotté dans échanges avec son N + 1 est un bon réflexe»,
un interminable monologue, sans même avoir commente Patrick Collignon. En lui faisant va-
pris la peine de vérifier votre disponibilité. lider ce document, vous serez à même de

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 83


DÉMINEZ LES CONFLITS

contrer ses foudres éventuelles et aurez Notre antidote : «Dès les premiers signaux
une trace écrite si jamais vous deviez en appe- d’alerte, il faut recadrer ce type de client en lui
ler au N + 2. Si vous êtes victime d’un véritable rappelant les termes de l’accord et le rassurer
cas de harcèlement, prévient Marie Rebey- sur votre capacité à exécuter la prestation», pré-
rolle, «maintenez le contact avec d’autres col- conise François Batun. Et si vos explications
lègues pour ne pas vous laissez enfermer dans restent sans effet, il faudra sans doute renon-
une relation néfaste et faites-vous aider par un cer à la commande. «C'est une solution, certes,
juriste ou par un représentant du personnel car extrême, mais il est parfois nécessaire d’en pas-
vous aurez du mal à vous en sortir seul». ser par là», souligne-t-il encore. Lui-même s’y
est résolu il y a quelques mois, face à un inter-

6 I LE CLIENT INGÉRABLE


Directeur commercial de D2B Consul-
ting, une société de conseil accompagnant les
locuteur de mauvaise foi qui, à peine le marché
conclu, lui réclamait de nouvelles options en
prétextant avoir payé trop cher. Comment tran-
entreprises dans leur stratégie commerciale et cher ? «Si le temps requis par un client empiète
digitale, François Batun se méfie des clients sur les autres dossiers, qu’il affecte l’organisa-
toxiques. A la différence des consommateurs tion et émousse la motivation de l’équipe, il vaut
exigeants, les toxiques multiplient les entraves mieux alors couper court», résume-t-il.
et les revendications. Le dernier qu’il a eu à af-
fronter s’est d’ailleurs distingué par l’instaura-
tion d’une sorte de climat d’urgence, multi-
pliant les appels une semaine seulement après
7 I LE MANAGER «HYPER»
Lorsqu’il a pris son nouveau poste de di-
recteur des ventes, Yanis a été accueilli comme
la signature du contrat, alors que le projet était le Messie : son directeur régional attendait un
livrable trois mois plus tard, et remettant en collaborateur de sa trempe pour mener à bien
cause des points déjà réglés. de nouveaux projets. Mais son bonheur n’a pas
duré : le boss, qui développait dix nouvelles
idées par jour, exigeait qu’elles soient toutes
LES PERSONNALITÉS PATHOLOGIQUES  approfondies. Surinvesti dans l’entreprise et
Malgré tous vos retirer de l’amélioration d’une attitude d’écoute hyperémotif, il était éternellement insatisfait,
efforts pour améliorer de la relation. active et bienveillante. jusqu’à en devenir parfois agressif.
vos rapports, vous L’HISTRIONIQUE Mais attention : prenez Notre antidote : ne pas alimenter ses attentes,
n’observez aucune est un acteur qui garde de ne pas quelle qu’en soit la forme (l’hyperperfection-
évolution ? Vous dramatise, en jouant entrer dans son jeu.
niste pinaille sur chaque détail ; l’hypersocial
avez sans doute de ses émotions, LE PERVERS
affaire à un toxique vous fait rencontrer tout son carnet d’adresses ;
voire du chantage : NARCISSIQUE est
pathologique. Il en aidez-le à valoriser le plus dangereux
l’hyperambitieux veut toujours de meilleurs
existe quatre sortes. ses compétences de tous. Il éprouve de résultats…). «Demandez-lui de reformuler très
L’ANTISOCIAL ne plutôt qu’à user de la jouissance à voir concrètement ses demandes et de les noter,
respecte jamais son charme. les autres souffrir. conseille Patrick Collignon. Puis ramenez-le à
les règles et n’apprend LE PARANOÏAQUE «Soit vous arrivez à le la réalité en lui rappelant les moyens et le
ni de ses erreurs ni vit en permanence contrer sans chercher temps dont vous disposez ainsi que le coût in-
des sanctions. Avec dans une logique de à avoir raison ni à
duit par tout service supplémentaire. Enfin,
lui, vous gagnerez complot, et manifeste vous venger. Soit
toujours à clarifier les vous partez pour
rassurez-le en listant les étapes qui conduiront
une méfiance maladive.
enjeux et à valoriser Très difficile à suivre, il sauver votre peau», au résultat final.» En lui donnant tous ces
les répercussions a besoin qu’on fasse résume Jean-Edouard gages, vous parviendrez enfin à enrayer son
positives qu’il peut preuve à son égard Grésy, chez AlterNego. stress. Vous avez dit hyper… épuisant ? I

84 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


PAROLES D’EXPERT
PIERRE BLANC-SAHNOUN, COACH DE CADRES DIRIGEANTS, FONDATEUR ET DIRECTEUR DE WHITE SPIRIT

S’IL N’Y AVAIT PAS


DE CONFLITS...”
S
’il n’y avait pas les conflits, de quoi par- nuer les effets des conflits au lieu de rechercher
lerait-on sur Radio Moquette ? Quel en- leurs causes. Car dans un système humain les
nui ! Conflits interpersonnels, syndi- causes sont circulaires, c’est-à-dire que chacun
caux, sociaux, éthiques, d’intérêts, de pouvoir, raconte une histoire différente selon l’endroit
larvés, ouverts… Ils composent un paysage du système où il habite. Ensuite, sortir systé-
rassurant, enraciné dans notre culture, omni- matiquement des opinions générales et des y’a
présents depuis le temps de la cour de récréa- qu’à/faut qu’on pour s’intéresser à «la vraie
tion. Les voici maintenant qui envahissent ta vie» des collaborateurs coincés dans
boîte, fusionnée à la sauvage l’été dernier avec un conflit et à l’expérience très concrète
son ex-principal concurrent pour réaliser le qu’ils en ont. En se souvenant que cette ex-
fantasme étincelant des génies de l’optimisa- périence se fonde sur des réalités précises, mais
tion qui te gouvernent. surtout sur une idée que la personne se fait de
Les conflits se présentent pour le coach sous sa mission, de sa place, des valeurs et principes
l’apparence de petits monstres malodorants qui qu’elle se donne pour tâche de défendre.
désignent à tes collègues l’ennemi à abattre : un Suivre, aussi, les conseils de Jill Freedman,
pauvre manager qui essaie, comme eux, de pas- une thérapeute narrative de Chicago. Plutôt

DR
ser entre les «out» de burn-out et outplacement. que d’essayer à toute force de trouver
Ces petits monstres adorent les grands systèmes des solutions et des plans d’action,
matriciels, où ils font un nid à chaque intersec- mieux vaut, selon elle, ouvrir des es-
tion d’une ligne verticale de silo opérationnel et paces de dialogue afin de parvenir à la
d’une ligne horizontale de fonction support. Ils compréhension des motifs et des idées qui ac-   On interdira
s’épanouissent dans le sillage des ma- tivent et perpétuent le conflit. Enfin, rendre de parler d’un
nagers lâches, des orgueils blessés, des possibles les confrontations factuelles sur des autre en son
règlements idiots, des directives incom- éléments précis et encourager ces confronta- absence et
préhensibles. Les réunions où l’on cherche tions et les négociations de gré à gré entre les on l’invitera à
des causes aux problèmes au lieu de leur trou- protagonistes. Mais surtout cesser et interdire participer à
ver des solutions les ravissent, car derrière toute la pratique qui consiste à parler des autres en la conversation
cause se cache un coupable. Ils en ressortent re- leur absence et convoquer immédiatement au même
bondis, le poil luisant et la truffe fraîche. l’absent pour qu’il participe à la conversation, titre que le
Alors, comment libérer ton espace profes- au même titre que le plaignant. Les conflits dé- plaignant.
sionnel et le système limbique de tes collabo- testent la clarté des règles et le courage mana- Les conflits
rateurs du poison toxique qu’ils sécrètent ? gérial. Vous verrez : ils fondent à vue d’œil au détestent
D’abord, mobiliser les énergies en vue de dimi- soleil de l’honnêteté intellectuelle. I la clarté !”

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 85


DÉMINEZ LES CONFLITS

MAÎTRISEZ votre
communication de crise
Internet et les chaînes d’info en continu peuvent donner à la
moindre défaillance des allures de crise. Et toute entreprise,
même la vôtre, est susceptible de se retrouver au centre
du tourbillon. Voici comment bâtir un plan com à la hauteur.
PAR AURORE GORIUS @AuroreGorius

A
vec la démultiplication des mé- SNCF, Guillaume Pepy, se rend sur place dans
dias, toute entreprise peut un l’heure et fait part très vite des premières in-
jour se retrouver au cœur de formations à sa disposition.
turbulences, sous l’œil des ca-
méras. Les crises qui surgissent PRENDRE EN CHARGE l’émotion
sur le Web et sont relayées sur les réseaux so- «Manifester sa compassion est essentiel, ex-
ciaux nuisent gravement à leur image. Chaque plique Yves-Paul Robert, chargé de la commu-
crise est unique, mais le public se souvient sur- nication de crise chez Havas. L’entreprise doit
DR

tout de celles qui ont été mal gérées. Les autres, montrer un visage humain.» Compatir avec les
L’entreprise on les oublie. Quelques bons réflexes permet- victimes revient à qualifier l’événement. «C’est
doit s’exprimer tent donc de s’en sortir en limitant les dégâts. une horreur», a ainsi déclaré François Hol-
lande après les attentats. Reste que la crise
rapidement
AFFIRMER tout de suite sa présence pose aussi, souvent, la question de la respon-
pour communiquer
des informations Les crises durant trois jours en moyenne, ce sabilité. Savoir faire acte de contrition est une
précises et vérifiées. qui est dit et fait dans les premières heures est autre figure imposée. «Clamer son innocence
Faute de quoi elle crucial pour la suite. «Il faut communiquer vite au cœur de la crise ne sert à rien, poursuit Yves-
ne sera ni audible pour montrer qu’on est présent», préconise Eric Paul Robert. Il faut admettre son erreur pour
ni écoutée. D’autres Giuily, fondateur de Clai Communications. Le ensuite pouvoir reconstruire sur le fond.»
(concurrents, silence est la plus mauvaise des options : l’en-
médias, victimes…) treprise fait naître le sentiment qu’elle a des ACTIVER une cellule de crise
pourront alors
construire le récit choses à cacher. «Même si l’on est incapable Le rôle d’une telle structure est de centraliser
à sa place. Et elle d’expliquer pourquoi un événement s’est pro- la collecte d’informations et les messages qui
perdra totalement duit, il faut aller sur le terrain, insiste Jean- vont être envoyés aux médias et à l’opinion.
le contrôle de la Christophe Alquier, consultant en communi- Elle doit être mise en place immédiatement.
situation.” cation indépendant. Quitte à admettre, dans «Chacun y a un rôle : le directeur, le coordina-
Jérôme Batout, un premier temps, qu’on ne sait pas ce qui s’est teur, le porte-parole ou l’historien qui tient le
directeur associé chez passé.» Ainsi, lorsqu’un train déraille à Bréti- livre de bord. Elle peut rassembler jusqu’à huit
Publicis Consultants. gny-sur-Orge le 12 juillet 2013, le PDG de la personnes, en lien direct avec le service com-

86 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


munication», explique Marc Eskenazi, respon-
sable de la communication de crise au bureau En cas de crise, se taire ou,
français de Burson Marsteller, agence améri- pire, mentir ne sert à rien : tout
caine pionnière dans ce domaine. On dési-
gnera, autant que possible, un porte-parole finit toujours par se savoir…
unique, afin d’éviter la diffusion de messages
contradictoires et de garder le contrôle du ré- bloc : impossible de reconnaître un quelconque
cit. Mais attention à ne pas tomber dans l’excès danger lié à son produit emblématique. Et tant
inverse en surréagissant. Malgré la pression pis si les ventes ont fortement chuté ensuite !
des médias, le silence s’impose entre deux
prises de parole fortes. GÉRER le web et les réseaux sociaux
Certaines entreprises préparent des dark sites,
CHOISIR la bonne stratégie des sites Internet complets, qu’elles mettent en
«Inutile de mentir. Tout finit aujourd’hui par ligne en cas de crise. Les compagnies aé-
se savoir. Les conséquences d’un mensonge riennes, par exemple, en ont sur les crashs.
sont toujours pires que la vérité», rappelle «Mais le Net est à manier avec précaution, pré-
Jean-Christophe Alquier. Mais on devra par- vient Marc Eskenazi. Les choses peuvent très
fois taire des informations pour respecter une vite se retourner contre l’entreprise.» On a ainsi
procédure judiciaire ou pour préserver des se- vu des marques intervenir sous de faux profils
crets industriels. Il convient donc de se fixer sur les réseaux sociaux. Lorsqu’elles sont dé-
des objectifs clairs. «Que voulez-vous préser- masquées, le résultat est terrible.
ver à tout prix : la réputation de l’entreprise, le
produit ou le chiffre d’affaires ? Qu’êtes-vous CLORE le cycle en finesse
prêt à sacrifier ? interroge Marc Eskenazi. Dans Comment boucler la crise ? «Il faut communi-
une crise, il faut toujours lâcher quelque chose. quer une bonne fois pour toutes pour dire que
Tant que le choix n’est pas fait, la communica- c’est fini», recommande Jérôme Batout, de Pu-
tion sera hésitante.» En 1999, quand le bruit a blicis Consultants. Et faire des retours d’expé-
couru que des canettes de Coca-Cola conte- rience sur ce qui a marché ou pas et pourquoi.
naient de la listéria, la firme d’Atlanta a nié en Une autre façon de limiter les risques. I

4 CONSEILS POUR ANTICIPER LES CRISES


Par nature, les crises problème en adoptant par l’entreprise, cela 3  «Rédigez un ne couvre jamais
sont soudaines et un bon outil de veille permet de mettre au manuel de crise pour totalement la réalité
inattendues. On peut sur Internet (Visibrain jour ses propres failles. consigner les premières d’une crise».
toutefois prendre des pour Twitter ou Formez ensuite des réactions à avoir et 4  «Entraînez-vous
dispositions pour les une simple alerte sur personnes référentes à les premiers messages une ou deux fois
voir venir. Comptez de Google). On peut la prise de parole sur à diffuser en fonction par an, grâce à des
30 000 à 50 000 euros alors lancer des chacun des risques de scénarios types», simulations accélérées
si vous passez par une enquêtes en interne qui ont été identifiés, conseille Eric Giuily. sur une journée, avec
agence spécialisée. et se préparer. via des séances Un outil très utile dans débriefing à l’issue»,
1 Détectez les 2  Faites réaliser un de média-training, l’urgence, même si, conseille Olivier
signaux faibles audit des risques avec des éléments selon Jean-Christophe Cimelière, auteur du
augurant d’un éventuel potentiels encourus de langage à la clé. Alquier, «un tel manuel Blog du communicant.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 87


SURVIVEZ
À L’OPEN SPACE
LE BUREAU EST-IL  90 Reprenez
le pouvoir sur
votre boîte

une cour de récré ?


e-mail
 92 Faut-il faire
son coming out
au bureau ?
Ecole et bureau, même combat ? Enfermé toute la journée  94 Comment
Steelcase
à côté de voisins studieux ou chahuteurs, à chacun sa invente le
technique pour se concentrer. Et éviter de se retrouver au coin. bureau de
PAR LOMIG GUILLO @lomigg ILLUSTRATION THIBAUT SOULCIÉ demain
 96 Le salarié 2.0

C
arrive !
oach et psychothérapeute, Vir­ vail effectué. Un principe qui s’applique aussi
ginie Bapt reçoit des enfants en à vos collaborateurs. Ne cherchez pas à les flat­  98 L’art de
consultation et accompagne les ter quoiqu’ils fassent, mais montrez­leur que renvoyer le
salariés de grands groupes (ban­ vous avez pris en compte leur travail. De macho de
service dans
ques, constructeurs automo­ même, la psy et coach conseille d’oublier le
ses cordes
biles, fédérations sportives…) lors de forma­ pourquoi pour s’attacher au comment. Ainsi,
tions. Elle a eu l’idée de faire se rencontrer ces à un enfant, on ne dira pas «Pourquoi as­tu eu
deux univers, l’enfance et le travail. «Atten­ 5 en maths ?» mais «Comment aurais­tu pu
tion, l’idée n’est pas de dire que manager, c’est avoir une meilleure note ?» Et dans le monde
éduquer, prévient­elle d’emblée. L’éducation professionnel, il s’agira non pas de savoir pour­
vise à rendre les enfants libres et heureux, tan­ quoi les objectifs n’ont pas été atteints mais
dis que le management sert à accroître l’effica­ comment ils auraient pu l’être. «Le comment
cité des adultes.» Certains principes de la pé­ fait travailler la créativité, alors que le pour­
dagogie appliqués en entreprise donnent quoi oblige à la justification.»
toutefois des résultats intéressants.
C’est le cas, par exemple, du feed­back. «Si APPRENDRE À SE TAIRE et à
vous vous extasiez chaque fois que votre en­ écouter adultes comme enfants.
fant vous apporte un dessin, il ne pensera pas Autre constat : beaucoup d’enfants se plaignent
qu’il est un artiste de génie… juste que vous de ne pas être écoutés par leurs parents. A la
n’avez pas de goût. Ce qu’il veut, c’est que vous maison et en entreprise, savons­nous encore
lui manifestiez la preuve sincère et réelle de nous taire ? Combien de managers sont capa­
votre intérêt.» Pour cela, la coach recommande bles d’écouter sans immédiatement proposer
une méthode simple : commenter le dessin qu’il une avalanche de solutions ou de recomman­
vous montre d’un point de vue factuel. Dire : dations ? Enfin, le rôle d’un parent est de
«J’ai bien vu ce que tu as dessiné, tu as fait un rendre son enfant autonome. «Sauf que, par­
arbre avec des feuilles vertes et tu as pensé à fois, le développement de l’autonomie des en­
faire un soleil en haut.» En clair, un bon feed­ fants peut effrayer les parents, qui craignent
back ne contient pas nécessairement de juge­ de se voir dépassés. Mais là, je vous laisse éta­
ment mais reconnaît l’investissement et le tra­ blir les parallèles», s’amuse la psy. I

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 89


SURVIVEZ À L'OPEN SPACE

REPRENEZ LE POUVOIR
sur votre boîte e-mail
Les dizaines voire les centaines de courriels
qui s’accumulent chaque jour dans votre messagerie
vous donnent le vertige ? Nos solutions.
PAR CHARLOTTE LAURENT @CharlotteLrnt

C
’est une vague qui nous submerge «Projet 2020». Faites glisser dedans tous les
quotidiennement. Les cadres fran- courriers relatifs à ce projet. Et pour faire en
çais estiment passer plus de cinq sorte qu’à leur arrivée les e-mails se rangent au-
heures et demie par jour à traiter tomatiquement dans ce dossier, créez un
leurs e-mails, selon une enquête de «Filtre» : dans les paramètres de Gmail (la roue
l’éditeur Adobe. Chacun d’eux envoie en crantée, sur la droite), sélectionnez «Para-
moyenne 34 messages par jour et en reçoit 88 ! mètres» puis «Filtres et adresses bloquées» puis
Si, vous aussi, vous angoissez à l’idée d’ouvrir «Créer un filtre». Entrez les critères de filtrage
DR

votre boîte e-mail, suivez le guide. souhaités (selon l’expéditeur, l’objet du mes-
Les sage, des mots-clés, etc.), puis cochez les ac-
VOTRE MESSAGERIE tions «Ne pas afficher dans la boîte de récep-
e-mails n’ont est un vrai capharnaüm tion» et «Appliquer le libellé Projet 2020». Les
pas été Rien n’est rangé, alors vous oubliez parfois messages correspondant aux critères arrive-
conçus pour l’existence de certains messages, perdus dans ront directement dans ce dossier.
les messages les confins de votre boîte de réception.
urgents. La solution : créez des dossiers, un à chaque VOUS AVEZ plus de
priorité du moment. Plus un dossier «En copie» 1 300 courriels non lus
Ils ne sont pas
censés nous pour classer l’avalanche d’e-mails que vous re- Les e-mails arrivent en continu et toutes vos
interrompre dans cevez «pour info». «Evitez les dossiers fourre- tentatives de les classer ou de les archiver ne
notre travail. tout et n’hésitez pas à mettre à la poubelle les suffisent pas à stopper le flot.
Certains cadres y messages dont vous n’avez pas besoin», recom- La solution : adoptez le rangement par le vide.
consacrent pourtant mande Sylvie Azoulay-Bismuth, auteure de «Pour avoir l’esprit libre et tranquille et gagner
jusqu’à six heures l’ouvrage Etre un pro de l’e-mail. en efficacité, vous devez faire en sorte que votre
par jour !” Les outils : pour créer un dossier dans Gmail, boîte de réception soit à zéro», souligne Sébas-
Sylvie Azoulay- ouvrez le volet «Plus» dans la colonne de tien Roussel, rédacteur en chef du site spécia-
Bismuth, coach gauche, sous «Nouveau message», puis cliquez lisé Arobase.org. Ce constat est la clé de voûte
(sazoulay-formation.
com) et auteure d’Etre sur l’item «Créer un libellé» dans la rubrique d’une méthode américaine tendance baptisée
un pro de l’e-mail «Catégorie». Une fenêtre apparaît : donnez un Inbox Zero et imaginée par un expert en pro-
(Eyrolles).
nom à votre nouveau dossier. Par exemple : ductivité, Merlin Mann.

90 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


Les outils : commencez par supprimer tous les
e-mails datant de plus d’un mois. Si vous ne les D’un clic, Unroll.me vous
avez pas encore lus, c’est qu’ils ne vous servent désabonne de toutes
à rien. Ensuite, créez un dossier intitulé (par
exemple) «Grand ménage de printemps» et pla- les newsletters indésirables.
cez-y l’intégralité des messages restants. Votre
boîte de réception est maintenant vide, c’est le deuxièmes doivent être gérés dans la journée,
signe d’un nouveau départ ! Faites ensuite, à mais nécessitent un traitement de plus de deux
vos heures perdues, le tri dans ce dossier. Pour minutes : pour ceux-là, créez un dossier «A trai-
plus d’efficacité, vous pouvez utiliser l’appli ter aujourd’hui» sur lequel vous reviendrez en
Mailstrom (mailstrom.co), disponible seule- temps voulu. Enfin, les troisièmes peuvent être
ment en anglais. Classant vos e-mails par ex- traités à plus ou moins longue échéance : com-
péditeur ou par sujet, elle facilite vos opérations mencez par les ranger dans le dossier théma-
de tri (version gratuite limitée à 5 000 e-mails tique correspondant puis mettez-les en som-
ou 4,50 euros par mois). meil ou liez-les à des tâches particulières avec
les outils appropriés.
VOUS CONSULTEZ vos Les outils : pour Gmail, le plugin gratuit Boo-
messages au fil de l’eau merang (boomeranggmail.com) permet de re-
Vous ouvrez chaque nouvel e-mail, au fur et à tirer un message de votre boîte de réception et
mesure qu’ils arrivent. Cela vous empêche de de le faire réapparaître au moment propice en
vous concentrer et vous avez l’impression d’y haut de la liste de vos messages. Sur Mac, vous
passer le plus clair de votre temps. pouvez faire glisser un message depuis le logi-
La solution : optez pour «la lecture contrôlée ciel «Mail» jusqu’à l’appli «Rappels» pour créer
des e-mails» chère à Sylvie Azoulay-Bismuth. une alerte vous signalant quand vous en occu-
Etablissez des créneaux horaires réservés à leur per. Sur votre smartphone, les applis (payantes)
consultation. La coach en préconise quatre par Boxer et Dispatch permettent d’insérer vos e-
jour : le premier en arrivant le matin, le second mails dans une to-do-list.
une heure avant d’aller déjeuner, le troisième
au retour de la pause, puis le dernier une heure VOUS ÊTES ASSAILLI
avant de rentrer chez soi. Pas plus. par les spams
Les outils : pour pouvoir vous concentrer sur Vous avez beau supprimer spams, pubs et news-
vos différentes activités, travaillez avec la mes- letters, ils reviennent sans cesse !
sagerie fermée. Et désactivez les notifications La solution : commencez par vous désabonner
d’arrivée de nouveaux messages. des newsletters en cliquant sur le lien qui ap-
paraît en bas de ces courriels. Et pour éviter
VOUS Y RÉPONDEZ d’en recevoir de nouvelles, créez-vous une
sur-le-champ adresse dite «poubelle», qui vous servira uni-

205
Vous pensez que tous les e-mails sont urgents quement lorsque vous devrez fournir une
au point de devoir y répondre sans délai ? C’est adresse pour pouvoir accéder à un site.
une perte de temps assurée. Les outils : Unroll.me (gratuit et en anglais)
La solution : Sylvie Azoulay-Bismuth distingue recense tous vos abonnements et vous permet, MILLIARDS
trois types de courrier. Les premiers sont ceux en un clic, de supprimer ceux qui vous parais-
d’e-mails
auxquels on peut répondre en moins de deux sent inutiles. Ou Freeyourinbox, qui fonctionne envoyés dans le
minutes : il faut s’en occuper d’emblée. Les sur le même principe mais en français. I monde en 2015.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 91


SURVIVEZ À L'OPEN SPACE

FAUT-IL FAIRE son


coming out au bureau ?
Le débat sur le mariage pour tous n’a guère eu de prolongement
dans l’open space, où la plupart des homos hésitent encore à
sortir du placard. Attention, terrain sensible !
PAR ISABELLE GONSE @igonse

P
ierre, consultant en organisation tement final avec le président, confie-t-il, ce-
dans une entreprise de conseil, a lui-ci m’a demandé pourquoi j’étais célibataire.
décidé il y a quelques années de ne J’ai répondu que j’étais homosexuel et que,
plus cacher son homosexualité au comme la loi n’était pas encore passée, le ma-
bureau et s’en est ouvert à son N+1, riage m’était interdit. Je n’ai plus jamais eu de
raconte Nicolas Dugay, coach et directeur gé- nouvelles alors que j’étais sur le point d’être
néral adjoint de Booster Academy (formations embauché !» Il est arrivé aussi qu’on lui an-
commerciales). Lequel N+1 a salué son cou- nonce son licenciement en lui disant : «Tu es
DR

rage managérial. Trois mois plus tard, il lui un bon DRH, mais tu es atypique.» Et son cas
Je conseille confiait la responsabilité d’une équipe élargie est loin d’être une exception. Les préjugés sont
de ne sauter de onze personnes au lieu de trois.» nombreux et les discriminations encore fré-
le pas que si Gardons-nous de tirer des conclusions hâ- quentes. Christophe Falcoz, professeur associé
tives de cette histoire ! Faire son coming out à l’IAE de Lyon, qui a réalisé l’étude «L’homo-
l’environnement (expression dérivée de coming out of the closet, phobie dans l’entreprise» pour la Halde en
est bienveillant. littéralement «sortir du placard») demeure la 2008, souligne : «La loi sur le Pacs en 1999 a
Chez SFR, de plupart du temps très compliqué pour les gays fait bouger les choses, des associations LGBT
nombreux homos au bureau. Certes, dans le sillage de Tim Cook (Lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres) se
continuent de vivre
cachés, dans un (Apple) ou de Guillaume Pepy (SNCF), sont créées, d’abord dans le public, puis dans le
contrôle de soi quelques PDG de grands groupes ont décidé de privé. Mais certains grands groupes ignorent
permanent qui peut ne plus faire mystère de leur homosexualité, encore le sujet. Sans parler des PME-PMI.»
engendrer un mal- mais les deux tiers des gays préfèrent rester ca-
être. La situation chés, par crainte des réactions de leurs collè- DISCRIMINATIONS. On accordera plus fa-
évoluera quand gues. Une proportion stable depuis quelques cilement une augmentation à un père de fa-
beaucoup de cadres années et qui croît avec le niveau de diplôme, mille qu’à un célibataire homo, dont on estime
supérieurs homos
auront fait leur compte tenu des enjeux de carrière. qu’il en a moins besoin. Selon l’Insee, la rému-
coming out.” nération des hommes gays est en moyenne in-
PAS GAY, L’AMBIANCE ! Patrick, DRH de- férieure de 6 à 7% à celle des hétéros et ils su-
Sylvie Fondacci, puis plus de vingt ans dans différents secteurs, bissent les mêmes inégalités que les femmes.
présidente
d’HomoSFèRe. en a fait les frais. «Lors d’un entretien de recru- Les lesbiennes s’en sortent mieux, sans doute

92 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


parce qu’elles ont moins de congés maternité…
et aussi parce qu’elles sont encore plus discrètes La rémunération des hommes
que les hommes. Une précaution souvent jus-
tifiée. «Il y a dix ans, ma responsable m’a convo-
gays est en moyenne inférieure
quée à propos d’une rumeur de relation intime de 6 à 7% à celle des hétéros.
avec une collègue, se souvient Sylvie Fondacci,
chargée d’études chez SFR et fondatrice de l’as- courant.» D’autres préfèrent ruser, à l’instar de
sociation HomoSFèRe. S’il s’était agi d’un cette manager de proximité dans une entre-
homme, je suis sûre qu’elle n’aurait rien dit. J’ai prise de téléphonie qui a organisé la rumeur
été écartée de toute promotion pendant des an- dans la société pour que son patron apprenne
nées.» Et si son association a obtenu le congé son homosexualité de manière indirecte. Pe-
parentalité pour tous les salariés de SFR en naud, l’homme est venu s’excuser auprès d’elle
2012, tout est à recommencer depuis le rachat pour toutes les blagues homophobes qu’il avait
du groupe par Numericable, qui n’a pas encore pu faire en sa présence.
mis la diversité à l’ordre du jour.
CHARTE LGBT. Depuis 2013, les choses évo-
CHEMISES ROSES. Sabine Hong, coach et luent. A la suite d’Accenture, une trentaine de
directrice associée de MI-Consulting, se sou- grandes entreprises (dont Sodexo, Casino, To-
vient du responsable d’une équipe support de tal, Vinci, Axa, Areva, Orange…) ont signé la
dix personnes dans la téléphonie qui s’interdi- charte d’engagement LGBT contre les discri-
sait de porter des chemises roses, redoutant minations. Chez Accenture, par exemple, le
que cela n’éveille les soupçons de ses collègues : DSI monde est «out». Et ça n’est pas tout. «Nous
«Il évitait de déjeuner avec les autres, restait à avons édité un guide pour aider les managers
l’écart et avait du mal à créer du lien. Lorsque à gérer les situations délicates, par exemple en
l’entreprise s’est mise à aborder le sujet dans cas de propos déplacés tenus par des collègues
les journaux internes, il s’est dévoilé et les ou des clients», raconte Jean-Marie Boutin, di-
contacts avec son équipe se sont fluidifiés.» recteur des relations institutionnelles et res-
ponsable du programme LGBT. Et pour rassu-
L’ART ET LA MANIÈRE. Si l’on se sent prêt rer les futurs managers, il déclare avoir
à faire son coming out, il convient de choisir le récem ment organisé une conférence sur le
moment et les circonstances. «Attendez d’être thème «Etre LGBT en entreprise» à la Neoma
installé à votre poste depuis quelque temps et Business School (à Reims). «C’est important,
d’être reconnu pour vos compétences, conseille affirme-t-il, car nos jeunes recrues veulent être
Jérôme Bougerolles, président du réseau d’as- authentiques au travail.» La génération Y vien-
sociations Homoboulot. Puis dites-le naturel- dra peut-être à bout de ces préjugés. I
lement à une ou plusieurs personnes, au détour
d’une conversation.» Certains attendent des
années, comme Frédéric Bresson, chef de pro- LE MONDE DU TRAVAIL ENCORE HOSTILE
jet digital et président d’EnerGay, l’association
Pas facile de faire son coming out dans les boîtes : 8% du total des 2 197
LGBT d’EDF, d’Engie et de leurs filiales : «C’est
témoignages reçus par SOS homophobie l’année dernière concernaient le
l’arrivée d’une jeune recrue, élevée par un monde du travail. Par ailleurs, 26% des LGBT ont été victimes ou témoins de
couple homosexuel, qui m’a décoincé. J’avais comportements homophobes dans leur entreprise : moqueries (82%), manque
36 ans quand je me suis dévoilé. Et je me suis de respect (59%), mise à l’écart (24%) et harcèlement (17%), selon
rendu compte que beaucoup étaient déjà au l’observatoire de L’Autre Cercle.

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 93


SURVIVEZ À L'OPEN SPACE

COMMENT STEELCASE
invente le bureau de demain
Au siège parisien du leader de l’aménagement de bureau,
pas de postes attitrés, mais des espaces cocooning pour
que productivité rime avec bien-être.
PAR CHARLOTTE LAURENT

700
U
ne imposante double porte en fer feutrée du premier niveau évoque une biblio-
forgé, un sas vitré, un long comp- thèque et que la zone résidentielle du deu-
toir d’accueil : le siège parisien de xième observe un silence religieux. Même les
collaborateurs
en France et Steelcase, près de la place de la membres de la direction n’ont ni étage ni bu-
environ 10 000 République, ressemble à beau- reau réservés. Ici, la règle du jeu s’applique à
dans le monde. coup d’autres. Pourtant, le visiteur risque d’être tous et cela ne déplaît pas à Laurence Negroni :
décontenancé. Ici, pas de longs couloirs ni d'in- «J’aime changer. Hier, pour un entretien an-

47
concessions en
nombrables portes fermées, pas davantage de
bureaux alignés à perte de vue dans de vastes
open spaces. Mais trois niveaux superposés en
nuel d’évaluation, j’ai réservé une salle fermée
là-haut. Mais, ce matin, pour consulter mes e-
mails, j’ai préféré rester en bas.» Chacun pro-
France et 650 mezzanine qui encadrent un puits de lumière fite de ces déplacements pour entrer en contact
dans le monde. et où des bureaux aux formes bizarroïdes cô- avec tous ses collègues, quels que soient leur

129
toient fauteuils et canapés colorés. Bienvenue service ou leur rang hiérarchique. «En multi-
dans le WorkLife, l’espace de «vie au travail» pliant les occasions de se croiser, on encourage
du leader mondial du mobilier de bureau et de les échanges impromptus et informels. Pas be-
MILLIONS l’aménagement des espaces de travail. soin d’attendre la réunion prévue dans trois
d’euros de CA semaines !» confirme Régis Montellier, du pôle
en France LABORATOIRE DE LA VIE AU TRAVAIL recherche appliquée et conseil.
en 2015 et
3,1 milliards dans Première singularité : la plupart des 70 colla- Ainsi, c’est par hasard qu’il s’est retrouvé, ce
le monde. borateurs de cette antenne parisienne n’ont matin, assis en face de Julie Moreau, consul-
pas de bureau fixe, sauf une quinzaine d’entre tante Workplace. «Nos activités sont diffé-

3
grandes
eux, installés à demeure au deuxième niveau.
Les autres, des commerciaux en majorité, se
posent où bon leur semble, au rez-de-chaus-
rentes, mais le point de vue de l’autre peut nous
faire avancer, intervient-elle» Favoriser le par-
tage est d’ailleurs aussi la mission assignée au
marques sée ou dans les étages. «Plus vous montez, plus WorkCafé. Ce «tiers lieu d’entreprise» situé au
(Steelcase, l’espace est propice à la concentration», ex- rez-de-chaussée mêle l’atmosphère stimulante
Coalesse, plique Laurence Negroni, DG de Steelcase d’un Starbucks à la connectique et au confort
Turnstone) et
plusieurs France. En bas, le «hub social» encourage les d’un bureau, histoire de retenir un peu plus
sous-marques. rencontres informelles, tandis que l’ambiance longtemps les gens au boulot.

94 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


1 2 3

1  TESTS
EN GRANDEUR
Laboratoire de la vie au travail, le WorkLife ments numériques. Parmi eux, Mediascape, NATURE
permet à Steelcase de tester ses produits et pro­ un dispositif qui permet d’afficher sur grand Les locaux de
Steelcase sont une
totypes en grandeur nature : des bureaux ré­ écran le contenu de son PC sans passer par un sorte de showroom
glables en hauteur, des sofas où l’on peut s’ins­ rétroprojecteur. Le développement du co­ vivant où chaque
taller assis ou allongé, tel le Brody Work working a par ailleurs inspiré la gamme Work­ salarié contribue
à vérifier l’efficacité
Lounge, inspiré des fauteuils première classe spring, des espaces conçus pour accueillir des du mobilier de
des compagnies aériennes ; des cloisons de sé­ séances de travail collectives autour d’une demain.
paration constituées d’écrans intelligents où table équipée de solutions multimédias. 2  DEBOUT,
s’affichent la disponibilité de l’espace de tra­ L’INTELLIGENCE  !
vail, la température, mais aussi des rappels ré­ STIMULER LE POTENTIEL HUMAIN. Marine Sickout,
responsable de la
guliers (par exemple, une tasse de café vous Laboratoire, mais aussi showroom en condi­ marque, aime
indique qu’il est temps de faire une pause, un tions réelles, l’adresse parisienne du groupe travailler debout –
petit bonhomme en train de marcher vous si­ veut faire la démonstration «en live» de sa vi­ cela lui rafraîchit
les idées. Elle utilise
gnale que vous êtes resté trop longtemps im­ sion. «Vendre du mobilier, vous l’avez compris, le bureau Ology,
mobile…). Le tout grâce à des capteurs placés est la dernière étape dans un processus d’amé­ réglable en hauteur
sous le bureau. «Ça fait un peu Big Brother, iro­ nagement global de l’espace qui doit favoriser et dont le matériau
limite la pression sur
nise Marine Sickout, responsable marque et une meilleure utilisation des ressources cogni­ les avant-bras.
communication. Mais les recherches sur le cer­ tives», résume Laurence Negroni.
veau montrent que prendre le temps de se ré­ Déverrouiller le potentiel humain (To unlock 3  NIVEAUX
SONORES
générer permet d’être plus performant.» human promise) est d’ailleurs la devise de Stee­ Plus on cherche
lcase. Ses têtes chercheuses parcourent le le calme et la
DÉMONSTRATION EN «LIVE». Imaginer monde à l’affût de toutes les expériences de concentration, plus
on monte dans
et concevoir les produits de demain est loin travail inédites mais aussi des nouveaux usages les étages. Silence

PHOTOS : LAURENT TROUDE POUR MANAGEMENT


d’être une lubie récente pour Steelcase. Cette sociaux. Catherine Gall, directrice de re­ total au deuxième,
entreprise, créée en 1912 dans le Michigan, a cherche de Steelcase Workspace Futures, nous ambiance feutrée
au premier et
déposé son premier brevet en 1914 : une pou­ en parle dans l’Active Learning Room, une salle convivialité au
belle en métal ignifugé destinée aux mégots de cours équipée de tous les supports d’appren­ rez-de-chaussée.
des employés. Depuis, des milliers d’autres ont tissage, classiques et numériques. Et elle nous
suivi, au rythme du renouvellement du cata­ explique qu’à force de plancher sur les ques­
logue et des tendances successives dans le tions d’apprentissage et de bien­être au travail
monde du travail. Ces dix dernières années, le ses équipes en sont venues à aborder celle de
fabricant s’est beaucoup intéressé aux espaces l’éducation. La vie de bureau dès le collège,
de réunion en proposant de nouveaux équipe­ c’est pour bientôt. I

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 95


SURVIVEZ À L'OPEN SPACE

LE SALARIÉ 2.0 arrive !


Un cyborg connecté à Internet, capable de gonfler à volonté
son QI et sa carte mémoire : c’est le portrait-robot du salarié
que nous concoctent les savants à l’horizon 2040. Les moules
sont déjà prêts. Reste à rédiger le mode d’emploi !
PAR CHARLOTTE LAURENT @CharlotteLrnt

T
ransmettre directement à son or- de lisser le bitume sur les routes. D’autres ex-
dinateur des centaines d’infos en périences concernent les personnels hospita-
une fraction de seconde, sans au- liers. Des applications plus élargies pourraient
cune liaison physique, et ce, grâce aussi augmenter notre résistance physique en
à des implants neuronaux… Ce milieu hostile – par exemple, dans des envi-
scénario surréaliste pourrait devenir une ronnements sous haute pression –, voire amé-
scène banale dans les open spaces des années liorer l’ensemble de nos perceptions et nous
2040. Il n’y a aucune raison que l’avènement permettre, en surmultipliant les capacités de
de l’«homme augmenté», cher aux transhuma- notre vue ou de notre ouïe, de concurrencer
nistes, ne modifie pas en profondeur les habi- les capteurs informatiques dans des missions
tudes de travail. Le transhumanisme n’est en- de contrôle ou de surveillance.
core aujourd’hui qu’un courant intellectuel et
culturel qui prône l’amélioration des capacités TOILE DANS LA TÊTE
humaines par la technologie. Mais les moyens Dans cette quête de l’homme 2.0, le cerveau
pour y arriver sont tout sauf utopiques : la n’est pas en reste et ne demande qu’à accueillir
science commence à en maîtriser une bonne implants et puces électroniques en tout genre.
partie. La piste la plus sérieuse envisage la Si l’on en croit Ray Kurzweil, directeur de l’in-

20%
des tâches
convergence de quatre domaines de recherche,
les NBIC : nanotechnologies, biotechnologies,
informatique et sciences cognitives.
génierie chez Google et pape du transhuma-
nisme, des nanocomposants branchés sur nos
neurones permettront, dans les années 2030,
actuelles seront Le premier procédé destiné à améliorer nos de connecter directement notre cerveau à In-
automatisées capacités fait déjà l’objet d’expérimentations. ternet. D’autres technologies sont à l’essai : des
dans moins de Il consiste à nous transformer en cyborg, c’est- chercheurs de la Darpa, l’agence américaine
dix ans.
à-dire à nous hybrider avec la machine. Ima- pour les projets de recherche avancée de dé-
ginez-vous avec des mains, des bras ou des fense, ont annoncé qu’ils avaient réussi à in-
jambes robotisés greffés sur votre corps. Ces fluer sur la mémoire d’individus grâce à des
De combien prothèses pourront décupler votre résistance implants intracérébraux. Douze volontaires
pourra-t-on à l’effort, ce qui donnera un sacré coup de vieux ont participé à l’expérience, jusque-là menée
«augmenter» à la notion de pénibilité au travail. La filiale sur des animaux. La même Darpa a fait état
l’humain ?
La réponse suisse du groupe français Colas teste un exo- d’un second programme visant à accélérer l’ap-
est : à l’infini. squelette motorisé pour les ouvriers chargés prentissage ou la maîtrise de tâches spéci-

96 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


fiques. Vous vous souvenez de Neo, le héros de
Matrix, devenant un maître de kung-fu en En 2040, 97% des comptables
quelques minutes grâce à un programme in-
formatique ? C’est l’idée.
auront laissé leur place aux robots.
Encore plus délicate sur le plan éthique que
les implants, une autre option suppose d’inter- vient de tomber, avec la victoire de DeepMind,
venir carrément sur le génome. Bienvenue aux un programme de Google, sur le champion eu-
HGM, les humains génétiquement modifiés, ropéen du jeu de go, Fan Hui. Selon Ray
insensibles aux maladies qui nous fauchent au- Kurzweil, en 2029 un ordinateur sera capable
jourd’hui et dépassant comme une fleur les d’effectuer tout ce que peut réaliser un hu-
cent ans et plus de vie active. Mais les transhu- main, y compris faire des jeux de mots ou dra-
manistes s’intéressent surtout à l’augmenta- guer sa voisine de bureau. En 2045, son «cer-
tion de nos capacités cognitives – développe- veau» sera 1 milliard de fois plus puissant que
ment de la mémoire, de l’attention et de la tous les cerveaux humains de la planète réu-
concentration, accélération du traitement et nis… «Les robots continueront à prendre des
de l’analyse des informations, induisant donc parts de marché mentales», confirme le philo-
des prises de décisions plus rapides et plus per- sophe Raphaël Liogier. On estime que, dans
tinentes. En 2013, des chercheurs du plus gros une vingtaine d’années, 47% des emplois se-
laboratoire mondial de biotechnologie, le Bei- ront automatisés. Un simulateur mis en place
jing Genomics Institute, ont lancé un pro- par la BBC et des chercheurs de l’université
gramme de séquençage de l’ADN de 2 500 sur- d’Oxford montre que 97% des comptables au-
doués au QI supérieur à 160. La Chine a ront alors laissé leur place aux robots, ainsi que
annoncé avoir procédé à des manipulations gé- 32% des DRH, contre à peine 1% des respon-
nétiques sur des embryons humains non sables marketing. «Moins votre profession né-
viables. Un échec, certes, mais une première cessite d’empathie et d’intelligence interper-
qui préfigure d’autres essais. Nick Bostrom, co- sonnelle, plus vous risquez d’être concurrencé
fondateur de la World Transhumanist Associa- par une machine, commente Didier Coeur-
tion, affirme que, sans aller jusqu’au bi- nelle, porte-parole de l’Association française
douillage de notre génotype, on pourrait, par transhumaniste Technoprog. Le lien social et
la seule sélection des embryons, augmenter de la créativité sont nos derniers atouts !»
65 points le QI de l’ensemble de la population Mais ceux d’entre eux qui seront toujours en
d’un pays en cinq générations. place en 2040 risquent, tout comme les mana-
gers, d’avoir du mal à défendre les valeurs tra-
DES PARTS DE MARCHÉ MENTALES ditionnelles du travail. Comment juger de l’ex-
Cette forme d’eugénisme intellectuel ne man- cellence d’un salarié dont les compétences
quera pas de provoquer des débats enflammés. reposent davantage sur ses neurones «gonflés»
«Mais il est sûr qu’en 2050 ce sera compliqué que sur ses capacités naturelles ? Comment fi-
de trouver du boulot avec moins de 150 de QI !» déliser des individus aptes à changer de métier
s’exclame Laurent Alexandre, chirurgien et en un temps record, aujourd’hui expert juri-
président de DNA Vision, spécialisée dans le dique, demain ingénieur en énergie solaire ?
séquençage et l’interprétation de l’ADN. En at- Comment valoriser la fierté d’avoir pu dépas-
tendant, l’intelligence artificielle progresse à ser ses propres limites ? Pour un début de ré-
une telle vitesse qu’elle n’est pas loin de sur- ponse, lisez le numéro 497 de Management, en
passer l’intelligence humaine. Une barrière lecture neuronale dès septembre 2039. I

SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT 97


SURVIVEZ À L’OPEN SPACE

PAROLES D’EXPERT
PAR BENJAMIN FABRE, EX-CONSULTANT EN STRATÉGIE, ÉCRIVAIN ET COACH EN MANAGEMENT

L'ART DE RENVOYER
LE MACHO DE SERVICE
DANS SES CORDES”
M
erci, Sophie. J’ai trouvé votre présen- la DRH ou à la Halde. Et pourquoi pas à votre
tation très intéressante. Et aussi, pour mari, pendant que vous y êtes ? Montrez au
ne rien gâcher, pas désagréable pour goujat que vous n’avez besoin de per-
les yeux…» A ces mots, il y a eu un bref silence sonne. Troisième idée (bien meilleure) : invi-
dans la salle de réunion. La dénommée Sophie ter publiquement le poète à répéter la petite
est restée figée, se demandant si elle avait bien phrase qu’il vient de vous lancer. Faites cela
entendu cet éloge qui, de toute évidence, ne vi- d’une voix tranquille, légèrement condescen-
sait pas la qualité de ses diapositives. Incapable dante, en sollicitant toute l’attention de l’as-
de répondre, la jeune femme n’a pu que jeter semblée. Jamais il n’osera réitérer sa brillante
un regard sombre à l’auteur de la remarque, un remarque. Sa première tentative a déjà épuisé
de ces poètes de bureau spécialisés dans les tout son courage. Vous êtes sur la bonne voie…
allusions subtiles, les plaisanteries gri- Enfin, si vous n’avez pas obtenu d’excuses
voises et les sifflets retentissants à (que vous éviterez d’exiger), proposez une ri-
l’adresse de tout ce qui porte jupons. Et ce n’est poste sèche et définitive. L’idée consiste à le dé-
DR

qu’un échantillon de ce que les femmes se fier sur son propre terrain de jeu. Car si les as-
voient infliger. La liste serait incomplète sans sauts sexistes résultent au minimum d’une
les accusations de coucherie avec le PDG qui éducation ratée, ils se révèlent aussi souvent la
fleurissent dès que l’intéressée commence à marque d’une frustration intime pour le moins
grimper dans l’organigramme. Au lieu de vous aiguë. Tapez là où ça blesse. Renvoyez le to-
 D’une voix laisser déstabiliser comme Sophie, préparez- rero à ses carences amoureuses, en lui
tranquille, vous à contrer ce genre de spécimens. faisant sentir la distance cosmique qui le sé-
en sollicitant Une option possible consisterait à bannir pare de la liste de vos amants potentiels. A
l’attention de tous les atours susceptibles d’affoler leurs ré- choisir selon vos goûts : «Merci pour cette re-
l’assemblée, cepteurs sensoriels (mascara, tenues élé- marque élégante» (minimaliste) ; «J’aimerais
invitez le gantes, etc.). En voilà une idée saugrenue ! Et vous retourner le compliment, mais l’honnê-
malotru à puis quoi encore ? Il est hors de question de cé- teté m’en empêche» (british) ; «Bravo pour
répéter der un pouce de terrain à ces importuns : c’est cette libido… qui n’a pas l’air de profiter à
sa brillante à eux de battre en retraite. grand-monde» (cinglant). Le tout saupoudré
remarque. Deuxième option, à écarter également : l’ap- d’un éclat de rire aussi sucré qu’un cheesecake
Jamais il pel à l’aide. Abstenez-vous de demander du à la fraise. Au suivant. I
n’osera !” renfort à quiconque, que ce soit à votre boss, à PROPOS RECUEILLIS PAR JULIE KRASSOVSKY

98 SEPTEMBRE-OCTOBRE 2016 HORS-SÉRIE MANAGEMENT


Revisitez les grands mythes
fondateurs et redécouvrez
dieux, créatures et héros !

De manière accessible et
passionnante, ce beau livre
plonge au cœur de la
mythologie gréco-romaine.
Athéna, Neptune, Achille et
la guerre de Troie, l’odyssée
d’Ulysse, Romulus et Remus
fondateurs de Rome… sont
présentés à travers des récits
merveilleux et captivants.

19,99 € - 224 pages

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DISPONIBLE DES LE 28 SEPTEMBRE


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