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06/05/2019 Les dictionnaires Le Robert - Les locutions figurées dans le Nouveau Petit Robert : évolution de quelques traitements entre

s entre 1993 et…

Presses
de
l’Université
de
Montréal
Les dictionnaires Le Robert | Monique C.
Cormier, Aline Francœur, Jean-Claude Boulanger

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06/05/2019 Les dictionnaires Le Robert - Les locutions figurées dans le Nouveau Petit Robert : évolution de quelques traitements entre 1993 et…

Les locutions
figurées dans
le Nouveau
Petit Robert :
évolution de
quelques
traitements
entre 1993 et
2003
Michaela Heinz
p. 227-245

Texte intégral
LE NOUVEAU PETIT ROBERT (PRI pour les intimes)
fête ses 10 ans. Parue en juin 1993, la troisième
édition du Petit Robert peut désormais être
consultée dans sa version 2003. Pour fêter

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l’anniversaire de ce dictionnaire toujours


recommencé et presque tous les ans renouvelé,
nous proposons une radioscopie de quelques
traitements locutionnels entre 1993 et 2003 (et
parfois même entre 1967 et aujourd’hui1). Cette
analyse rapide est l’esquisse de ce que pourrait
être une étude approfondie de l’évolution de ces
traitements, et qui serait en même temps une
étude de l’évolution du français au plan
locutionnel ainsi qu’une étude dictionnairique et
sémiotique de l’évolution du Petit Robert.

LA LOCUTION NUMÉRO UN (1967-2003)


Dès 1967, le Petit Robert était le « numéro un »
incontesté des dictionnaires français de
référence en un volume. La locution numéro un
s’y trouve depuis le début, bien qu’elle ne soit
pas encore employée à propos d’un objet :
Adj. Fig. et fam. Numéro un, principal.
L’ennemi public numéro un. [1967, s.v. numéro
2.]
En 1988, la locution et son traitement ont pris
une certaine ampleur :
Adj. Numéro un, principal. L’ennemi public
numéro un. (Subst.)
Le premier (dans une hiérarchie). Le numéro
un du parti. —
Par ext. Le numéro trois de la politique
étrangère américaine.
[1988, s.v. numéro 2.]

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Les marques d’usages « fïg. » et « fam. » ont


disparu, mais à côté de l’emploi adjectival de
numéro un le dictionnaire note désormais un
emploi substantif, avec un sens ordinal (« le
premier ») et relationnel (« dans une
hiérarchie ») remotivé. L’exemple « Le numéro
un du parti » est construit ; celui qui illustre
l’emploi par extension « Le numéro trois de la
politique étrangère américaine » est une
variante partiellement neutralisée2 de « Andrew
Young, le n° 3 de la politique étrangère
américaine (L’Express 24 juin 1978) », exemple
authentique fourni par Gilbert (s.v. numéro un).
Comparées à la troisième édition, les deux
éditions précédentes étaient encore assez
rudimentaires en ce qui concerne la présentation
typographique, et notamment la distinction
entre différents types d’informations langagières
et métalinguistiques. Comme il n’y avait qu’une
seule police, il fallait jouer, assez artisanalement,
sur l’alternance entre caractères romains et
italiques ; les différentes catégories
d’informations n’étaient donc pas codées
typographiquement (voir « Adj. Fig. et fam. » vs
« Adj. »).
Ce problème sera résolu avec la parution de la
troisième édition en 1993 où l’emploi de deux
polices (Times et Helvetica, qui avaient déjà fait
leurs preuves dans le Grand Robert de 1985)
permette une présentation typographique plus
nuancée et plus claire :

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LOC. ADJ. NUMÉRO UN: principal. L’ennemi public


numéro un. ◊ SUBST. Personne, entreprise qui
occupe la première place (dans une hiérarchie).
Elle est le numéro un du parti. — PAR EXT. Le
numéro deux de la politique étrangère
américaine. [1993, s.v. numéro 3.]

Non seulement le traitement formel, mais aussi


l’emploi de la locution a évolué : désormais une
entreprise peut être le « numéro un ». Et une
femme aussi... (On notera en passant une autre
neutralisation de l’exemple originairement
authentique, le numéro trois vs le numéro deux.)
En 2003, enfin, notre locution se présente
ainsi3 :
LOC. ADJ. NUMÉRO UN: principal. L’ennemi public
numéro un. C’est leur problème numéro un. ◊
SUBST. Personne, entreprise qui occupe la
première place (dans une hiérarchie, un
classement). Cette militante est le numéro un
(ou la numéro un) du parti. Le numéro un
mondial du logiciel. => leader. — PAR EXT. Le
numéro deux de la politique étrangère
américaine. [2003, s.v. numéro 3.]

À côté des personnes (physiques ou morales), un


problème peut également être « numéro un » ;
une femme est maintenant « le » ou « la »
numéro un de quelque chose ; le sens de
classement apparaît pour la première fois,
accompagné d’un nouvel exemple, qui génère un
renvoi analogique (« leader »).
Dans des textes récents, on rencontre la locution
nominale aussi sans déterminant, en
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apposition : « [...] François Stasse, numéro 2 de


la Bibliothèque nationale de France » (Le Monde
17 janvier 2003, p. VI) et même en emploi
absolu : « Il est quoi, Michaud, comme numéro,
déjà ?... / — 5. / — C’est au-dessous de Philippe,
ça... / — Ah oui, c’est au-dessous, il est numéro
4, Philippe... [...] [Benito] c’est le numéro 3,
lui... » (A. Jaoui / J.-P. Bacri, Un air de famille,
Paris, L’Avant-Scène Théâtre, 1994, p. 19).
Numéro un continue son évolution, sa
description dans le Petit Robert suivra.

LES TRAITEMENTS LOCUTIONNELS MODIFIÉS


DANS L’ARTICLE PIED (1993-2003)
0 Ici, nous examinons toutes les locutions avec
pied dont le traitement, pour une raison ou une
autre, se trouve modifié en 2003 (ou avant) par
rapport à celui de 1993. Dans l’article PIED, il
n’y a aucun ajout concernant les locutions. Les
modifications concernent exclusivement des
locutions déjà présentes en 1993. Les différents
cas seront commentés un par un, par ordre
d’apparition dans l’article :
J’ai joué comme un pied, très mal. [1993, s.v.
pied I.A.1.]
Faire qqch. comme un pied, très mal. [2003,
s.v. pied I.A.1.]

1 L’exemple construit « J’ai joué comme un pied »


se présente en 2003 sous la forme neutralisée
« .Faire qqch. comme un pied ».

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Marcher sur les pieds de qqn, lui manquer


d’égards, chercher à l’évincer. [1993, I.A.1.]
Marcher sur les pieds de qqn-, FIG. lui manquer
d’égards, chercher à l’évincer. [2003, I.A.1.]

2 En 2003, la séparation assez forte (par « ; FIG. »)


entre la locution en sous-adresse et sa définition
lexicographique change à la fois la fonction de la
sous-adresse « Marcher sur les pieds de qqn » et
le caractère linguistique du syntagme polylexical
concerné. En 1993, il fallait l’interpréter comme
une simple locution ; en 2003, en revanche, la
sous-adresse représente à la fois une collocation
(signifiant mot à mot) et la locution homonyme
(ayant un sens figuré plus ou moins global).
Ne pas se moucher* du pied, du coude. [1993,
I.A.1.]
Ne pas se moucher* du pied. [2003, I.A.1.]

3 En 2003, le renvoi « Ne pas se moucher* du


pied » fait l’économie de la variante
locutionnelle (Ne pas se moucher) du coude,
variante que l’on retrouvera, de toute façon, sous
l’élément commun moucher, où sont traitées les
deux variantes.
Se jeter, tomber aux pieds de qqn, pour le
supplier. [1993, I.A.1.]
Se jeter aux pieds de qqn, pour le supplier.
[2003, I.A.1.]

4 Dans cet exemple, la variante moins usuelle


tomber aux pieds de qqn a bel et bien été
supprimée pour gagner de la place.

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Perdre pied : ne plus avoir pied (dans l’eau) ;


FIG. être perdu, ne plus avoir de repère, de
ligne de conduite. [1993, I.A.2.] Perdre pied-,
FIG. être perdu, ne plus avoir de repère, de ligne
de conduite. « il se baigna, s’aventura jusqu’à
perdre pied, avala des gorgées d’eau salée (H.
Thomas). [2003, I.A.2. ; sic pour l’absence de
guillemets fermants.]

5 L’exemple de perdre pied peut être rapproché de


celui de marcher sur les pieds de qqn. En
supprimant l’indication du sens propre, les deux
traitements, de la collocation et de la locution
(homonymes), ont été en quelque sorte
télescopés. Le gain de place a été réinvesti pour
ajouter une citation qui illustre le sens premier
(celui de la collocation).
Lâcher pied : ne plus tenir de pied ferme contre
l’adversaire ; céder, reculer ; FIG. flancher.
[1993, I.A.2.]
Lâcher pied : ne plus tenir contre l’adversaire ;
céder, reculer ; FIG. flancher. [2003, I.A.2.]

6 La définition donnée en 1993, partiellement


locutionnelle (« de pied ferme ») et pléonastique
(« tenir de pied ferme contre »), donc
doublement fautive, est corrigée dans la version
de 2003 (en fait, depuis 1995).
Pieds (et) paquets. => tripoux. [1993, s.v.
pied I.B.1.]
Pieds (et) paquets. => tripous. [1995, s.v. pied
I.B.1.]

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7 En 1993 et 1995, la locution nominale pieds (et)


paquets n’est pas traitée à proprement parler,
mais seulement renvoyée, par un renvoi
analogique à tripoux (seconde variante
graphique de l’entrée concernée) ; puis à tripous
(première variante) :
TRIPOUS OU [...] ♦ RÉGION. Tripes
TRIPOUX
accompagnées de pieds de mouton et de fraise
de veau, cuisinés à la mode auvergnate. [1993-
2003.]

8 Depuis la version de 2000, le renvoi analogique


a été remplacé par un renvoi sec et la locution est
désormais traitée, s.v. paquet :
Pieds (et) paquets*. [2000-2003, s.v. pied
I.B.1.]
(1868) Paquets, pieds (et) paquets : tripes de
mouton ficelées en petits paquets, cuites avec
des pieds de mouton. [2000-2003, s.v. paquet
2.]

9 Si les tripous sont une spécialité auvergnate — le


lecteur qui n’aurait jamais eu l’occasion d’y
goûter sur place l’apprend par la marque d’usage
« RÉGION. » et l’ajout définitionnel « cuisinés à la
mode auvergnate » —, les pieds et paquets (qui
semblent correspondre plus ou moins au même
plat) ne relèvent, dans le Petit Robert, d’aucune
région précise. Dans le Larousse
gastronomique, en revanche, on apprend que les
pieds et paquets sont une « [s]pécialité
provençale, et surtout marseillaise, qu’il était de
tradition de déguster au restaurant de La
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Pomme, dans la banlieue de la ville, où la recette


aurait été créée » (s.v. pieds et paquets)4.
0 Dans le PR 1993, la locution être à pied d’œuvre
était encore traitée à deux endroits, s.vv. pied et
œuvre :
Amener les matériaux à pied d’œuvre, au pied
de la construction. FIG. Être à pied d’œuvre,
prêt à agir. [1993, s.v. pied II. 1.]
LOC. COUR. Être à pied d’œuvre, sur le lieu du
travail, prêt à agir. [1993-2003, s.v. œuvre
II.2.]

1 Depuis 1995, le traitement s.v. pied est remplacé


par un renvoi sec :
À pied d’œuvre*. [1995-2003, s.v. pied II. 1.]

2 Le dernier changement concernant le traitement


d’une locution dans l’article PIED est celui de
francs en euros :
Vivre sur le pied de vingt mille francs par an,
sur la base de, avec un train de vie de vingt
mille. [1993-2000, s.v. pied III.2.]
Vivre sur le pied de vingt mille euros par an,
sur la base de, avec un train de vie de vingt
mille. [2002-2003, s.v. pied III.2.]

LES AJOUTS DE LOCUTIONS DANS


L’ARTICLE TÊTE (1993-2003)
3 Contrairement à l’article PIED, l’article TÊTE ne
connaît aucune modification formelle de
traitement locutionnel, mais trois ajouts plus ou
moins importants. Le premier ajout concerne la
locution réclamer la tête de qqn :
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Réclamer la tête de qqn, l’échafaud, la peine de


mort. [1993-1995, s.v. tête I.4.]
Réclamer la tête de qqn, l’échafaud, la peine de
mort ; FIG. sa destitution. [2000-2003, s.v. tête
I.4.]

4 Depuis l’année 2000, réclamer la tête de qqn est


paraphrasé par « [réclamer] sa destitution »,
sens figuré qui confère à ce syntagme le statut
d’une véritable locution. Avant, le même
syntagme, plutôt collocationnel alors, était
uniquement défini avec son sens premier
« [réclamer] l’échafaud, la peine de mort »5.
5 La locution suivante figure dans le Petit Robert
depuis l’année 2002 :
Avoir, faire sa (la) tête des mauvais jours :
sembler préoccupé, contrarié. [1993-2000 Ø
/2002-2003, s.v. tête I.5.]

6 Le dernier des trois ajouts concerne l’emploi


nominal de prendre la tête (à qqn)6, signalé sous
forme d’exemple construit (Quelle prise de
tête !) :
FAM. [...]. — Ça (me) prend la tête : cela me
tracasse, cela devient une obsession. =>
excéder. Il me prend la tête avec ses histoires.
[1993-1995, s.v. tête III.3.]
FAM. [...]. — Ça (me) prend la tête : cela me
tracasse, cela devient une obsession. =>
excéder. Il me prend la tête avec ses histoires.
Quelle prise de tête ! [2000-2003, s.v. tête
III.3.]

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MODIFICATIONS ET AJOUTS PONCTUELS


(1993-2003)
7 Dans ce paragraphe, nous rassemblons quelques
modifications et ajouts épars, relevés dans des
articles nettement plus courts que les
précédents, avec une « phraséologie » moins
développée. En ce qui concerne les
modifications, il s’agit essentiellement d’erreurs
et d’oublis apparus dans la troisième édition en
1993 et corrigés pour la plupart en 1995.
8 Ainsi, la définition impropre de tailler un short à
qqn et la datation erronée de arriver dans un
fauteuil (qui était manifestement due à une
coquille) ont été rectifiées dès 1995 :
LOC. FAM. Tailler un short à qqn, le renverser
(en voiture). [1993, s.v. short]
LOC. FAM. Tailler un short à qqn, le frôler (en
voiture). [1995-2003, s.v. short]
(v. 1189 turf) LOC. FAM. Arriver dans un
fauteuil : arriver premier, sans peine, dans une
compétition. [1993, s.v. fauteuil 3.]
(v. 1889 turf) LOC. FAM. Arriver dans un
fauteuil : arriver premier, sans peine, dans une
compétition. [1995-2003, s.v. fauteuil 3.]

9 Cas de figure plutôt rare parce que coûteux en


place, le traitement de la locution suivante a été
complété d’un exemple authentique (après
1995) :
Louer une maison clés en main, jouir
immédiatement de la location. Clés en main :
prêt à l’usage. Acheter des usines clés en main.
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[1993-1995, s.v. clé I.1.]


Louer une maison clés en main, jouir
immédiatement de la location. Clés en main :
prêt à l’usage. Acheter des usines clés en main.
Des « projets en cours que Stocastic remettra
sur mesure, clefs en main, aux chaînes de
télévision » (Echenoz). [2000-2003, s.v. clé
I.1.]

0 En 1993, la collocation et la locution faire le


ménage sont définies pour la première fois. La
collocation faire des ménages l’était déjà en
19677. C’est à partir de 1995 que le Petit Robert
enregistre et définit la locution faire des
ménages :
Faire le ménage : nettoyer* et ranger un local.
FIG. Réorganiser une entreprise. [...]. — Faire
des ménages : faire le ménage chez d’autres
moyennant rétribution. [1993, s.v. ménage I.3.]
Faire le ménage : nettoyer* et ranger un local,
FIG. Réorganiser une entreprise. [...]. — Faire
des ménages : foire le ménage chez d’autres
moyennant rétribution, FIG. Journaliste qui
fait des ménages, des séances de promotion
pour améliorer ses revenus. [1995-2003, s.v.
ménage I.3.]

1 Dans l’exemple suivant, la modification du


traitement locutionnel (après 1995) consiste en
un renouvellement complet, jusqu’à la locution
traitée. Les locutions comparatives vieillies léger
comme une abeille et actif comme une abeille
ont été remplacées par la locution familière
avoir les abeilles, illustrée par une citation de

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Coluche (qui remplace, elle, une des citations de


Martin du Gard, toujours assez nombreuses dans
le Petit Robert) :
— Léger, ; actif comme une abeille. « Je ne suis
pas comme l’abeille butineuse qui s’en va sucer
le miel d’une fleur, puis dune autre fleur »
(Mart. du G.). [1967-1995, s.v. abeille I.]
— LOC. FAM. Avoir les abeilles : être agité, énervé
(comme si on était tourmenté par un essaim).
« J’ai les abeilles là hein ! Là ça va être ta
fête ! » (Coluche). [2000-2003, s.v. abeille I.]

2 Après ces quelques exemples de modifications,


parfois sous forme d’ajout, voici un court
échantillon de véritables ajouts de locutions avec
leur traitement (à partir de 1995 ou plus tard) :
FIG. [...]. — Aller dans le mur, vers un échec
certain. Cette politique nous conduirait dans le
mur [1993 Ø /1995-2003, s.v. mur 1.]
LOC. FIG. ET FAM. Être beau comme un camion,
très beau, superbe. [1993-1995 Ø /2000-2003,
s.v. 1. camion 2.]
FAM. [...]. — LOC. Yoyoter de la touffe : être fou,
dérangé. [1993-1995 Ø /2000-2003, s.v.
yoyoter]
LOC. FAM. (de au poil) Pile-poil : exactement,
précisément. Votre coup de téléphone « calculé
pile-poil ! Minuté comme à la guerre ! »
(Pennac). [1993-1995 Ø / 2000-2003, s.v. 3.
pile 2.]
LOC. FIG. (de la photo servant à déterminer le
gagnant à l’arrivée d’une course très serrée). Il
n’y a pas photo : aucun doute, aucune
hésitation n’est possible. « Entre Sarajevo à 50
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dollars et lady Di à 250 000, il n’y a pas


photo » (Libération, 1997). [1993-1995
0/2000-2003, s.v. photo I.1.]
FIG. Fracture (sociale) : séparation sociale et
économique profonde entre les nantis et les
exclus. « Tous à droite comme à gauche ont
dénoncé la “’fracture sociale”, stigmatisé
l’inégalité » (Le Nouvel Observateur, 1995).
[1993-1995 Ø /2000-2003, s.v. fracture 3.]
LOC. [...]. Avoir le moral dans les chaussettes,
au plus bas. [1993-2000 0/2002-2003, s.v.
chaussette 2.]
LOC. FIG. FAM. Fumer la moquette : ne pas être
dans son état normal, planer, délirer. Le
scénariste a dû fumer la moquette pour faire
un film pareil ! [1993-2000 Ø / 2002-2003,
s.v. moquette 2.]
FAM. Ça me gave, ça m’ennuie*, m’énerve, j’en
ai assez ! => gonfler, soûler. Les ordinateurs
ça me gave. Ça me gave d’en parler. [1993-
2000 Ø /2002-2003, s.v. gaver 3.]
LOC. Être, se mettre aux abonnés absents ; FIG.
refuser de répondre, de se manifester. [1993-
2002 Ø /2003, s.v. abonné, ée 1.]
La France d’en bas : les personnes de condition
modeste, les classes populaires. [1993-2002 Ø
/2003, s.v. 1. bas IV.4.]
La France d’en haut : les classes dirigeantes,
les nantis. [1993-2002 Ø /2003, s.v. 1. haut
III.C.4.]

3 On remarquera que certaines locutions, qui se


trouvent pourtant depuis 1993 dans la deuxième
édition du Dictionnaire des expressions et
locutions d’Alain Rey et de Sophie Chantreau,
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tardaient à faire leur apparition dans le Petit


Robert, comme avoir les abeilles (PR 2000), être
beau comme un camion (2000), yoyoter de la
touffe (2000), avoir le moral dans les
chaussettes (2002) ou être aux abonnés absents
(seulement en 2003). On pourrait interpréter ces
retards comme des oublis, mais aussi bien
comme étant dus à la prudence des
lexicographes qui décrivent patiemment
l’évolution de la langue, sans forcer celle-ci par
un « encagement » hâtif. Cela dit, avec Internet,
la lexicographie dispose désormais d’un
instrument précieux pour tester la fréquence de
tel ou tel fait de langue (et cela non seulement
pour la France mais pour la francophonie
entière). Ainsi, la France d’en bas (et,
complémentairement, celle d’en haut) est
l’exemple d’une locution qui aura connu très
rapidement (un an après son lancement et sa
propagation massive) la consécration sous la
forme d’un enregistrement dans le dictionnaire.

QUELQUES PROPOSITIONS DE
MODIFICATIONS ET D’AJOUTS

4 Le Petit Robert est un dictionnaire qui


correspond depuis toujours aux meilleurs
standards de la lexicographie monolingue. Il a
traditionnellement « tout bon » ou presque. Le
traitement exemplaire et exhaustif de la locution
avoir tout bon peut d’ailleurs servir d’exemple :

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LANG. EN FANTI NAvoir tout bon ; avoir bon (à un


problème) : avoir trouvé la bonne solution. —
FAM. (ADULTES) Avoir tout bon : avoir raison,
réussir (opposé à avoir tout faux). [1993-2003,
s.v. 1. bon, bonne I.A.I.]

5 Mais même le meilleur dictionnaire du monde


peut toujours être amélioré. Dans ce qui suit,
nous proposons quelques modifications peu
coûteuses qui pourraient rendre certains
traitements locutionnels encore plus clairs.
LOC. FAM. [...] — Un éléphant rose : une vision
due à l’ivresse.
[1993-2003, s.v. éléphant 3.]

6 Les éléphants roses se trouvent le plus souvent


au pluriel — Jacques Brel les chantait en 1965
dans la saoulographie de Jackie —, et surtout
dans la locution verbale voir des éléphants
roses, qui veut dire « avoir des hallucinations
sous l’effet de l’alcool ou des drogues8 ». Le
traitement proposé dans le PR ne correspond pas
à cet emploi courant9.
LOC. L’heure du laitier : très tôt le matin, au
lever du jour.
[1993-2003, s.v. 1. laitier 1.]

7 La locution à l’heure du laitier, présentée dans le


PR également comme nominale, est employée le
plus souvent sous forme de complément
circonstanciel (ce qui correspond à la forme de la
paraphrase définitionnelle). On pourrait nuancer
le sens de cette locution en précisant, dans un

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exemple, qu’elle a souvent la connotation « à


l’heure des arrestations illégales10. »
FIL D’ARIANE [...] ; FIL CONDUCTEUR ; FIL ROUGE : ce
qu’on peut suivre pour se diriger. [...]. Suivre le
fil rouge. [1993-2003, s.v. fil I.3.]

8 Suivre le fil rouge n’est pas un emploi


idiomatique de la locution le fil rouge. Cet
exemple construit a dû être faussé par la
définition « ce qu’on peut suivre pour se
diriger », qui vaut pour les deux autres locutions,
plus anciennes en français, mais non pour le fil
rouge. D’après ce que nous avons vu dans les
textes, le fil rouge est toujours le fil rouge DE
QQCH (souvent d’un spectacle, d’une émission,
etc.). Le dictionnaire des Richesses lexicales du
français contemporain en fournit un traitement
adéquat, avec une définition nuancée (le « fil
rouge » peut être une personne), plusieurs
attestations11 et l’origine de l’image en question.
Le Petit Robert ne dispose pas de la place
nécessaire pour imiter ce traitement, mais il
pourrait toujours remplacer l’exemple « Suivre
le fil rouge » par des syntagmes nominaux
comme le fil rouge d’une émission, d’un film,
d’une œuvre.
LOC. Avoir pignon sur rue : vx être propriétaire
d’une maison de ville dont la façade à pignon
donnait sur la rue ; MOD. avoir un magasin, un
domicile connu et être solvable. [1993-2003,
s.v. 1.pignon]

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06/05/2019 Les dictionnaires Le Robert - Les locutions figurées dans le Nouveau Petit Robert : évolution de quelques traitements entre 1993 et…

9 On pourrait supprimer le sens marqué « vx » (ou


garder son contenu sous forme d’une courte
indication historique) et remplacer ce sens par la
description de l’emploi actuel, le plus souvent à
propos d’idées, de faits de société répréhensibles
qui s’étalent au grand jour (par exemple, Le
proxénétisme, l’antisémitisme a de nouveau
pignon sur rue12).
LOC. FIG.
Redorer son blason : se dit d’un noble
pauvre qui épouse une roturière riche. PAR EXT.
Rétablir son prestige par une réussite. [1993-
2003, s.v. blason I.1.]

0 De nos jours, on rencontre la locution en


question fréquemment sous la forme de redorer
le blason de qqn (ou de qqch.). La lexicographie
devrait en tenir compte (éventuellement en
supprimant le sens de départ pour le moins
vieilli)13.
LOC. FIG. DONNER LE FEU VERT (à qqch., à qqn) :
autoriser (une action ; qqn à agir). Demander,
avoir, obtenir le feu vert, toute liberté (de faire,
d’agir) (cf. Carte* blanche). [1993-2003, s.v. 1.
feu III.2.]

1 À côté de donner le feu vert, il existe la variante


morphologique donner son feu vert, qui est
fréquente dans les textes14, mais absente des
dictionnaires.
LOC. FIG. ET FAM. Être beau comme un camion,
très beau, superbe. [1993-1995 0/2000-2003,
s.v. I. camion 2.]

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2 Il serait utile de savoir si l’emploi de la locution


comparative beau comme un camion est sujet à
des restrictions de sélection (à propos d’une
femme ? d’un homme ? d’un objet ? connotation
ironique ou non ?, etc.).
LOC. FIG. FAM.
Qui n’est pas dans une
ET
musette : doté de qualités certaines ;
remarquable, digne d’intérêt. « ils vouaient à
nos grands chefs une de ces admirations qui
n’était pas dans une musette » (Céline). [1993-
2003, s.v. 1. musette II.]

3 Cette locution ne semble plus très courante (est-


ce qu’elle l’a jamais été ?). On pourrait la
remplacer avantageusement par la locution assez
actuelle avoir n points dans la musette (dans le
contexte d’une épreuve sportive).
FIG.[...]. — Aller dans le mur, vers un échec
certain. Cette politique nous conduirait dans le
mur. [1993 Ø / 1995-2003, s.v. mur 1.]

4 Nombreux sont les exemples authentiques


illustrant la locution récente (en français) aller
dans le mur et ses variantes aller (tout) droit
dans le mur15, entrer dans le mur, envoyer qqn
dans le mur. De nouveau, l’exemple construit
« Cette politique nous conduirait dans le mur »
n’est pas très idiomatique et devrait être
remplacé par un autre, mieux « senti » ou par
une citation neutralisée16.
5 Le GR (2001) donne comme origine de cette
locution une « métaphore de l’automobile », ce
qui correspond évidemment au sens premier de
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(la collocation) aller dans le mur, entrer dans le


mur. Curieusement, au Québec, l’emploi figuré,
locutionnel, ne semble pas être connu, à en juger
par le commentaire suivant, qui parle à la fois
des dictionnaires et de notre collocation (mais
non de la locution homonyme) :
[C]e que les dictionnaires évitent par-dessus
tout, ce sont les jeux de mots, le double sens et
les bonnes blagues. Pour reprendre un vieil
exemple, si je vous raconte que : « Mon ami
voulait entrer dans la police, mais la police
s’’est tassée et il est entré dans le mur », on voit
facilement que l’effet comique de cette phrase
banale repose sur la conjonction de deux des
nombreux sens du verbe « entrer » : dans le
décor et dans les services. Lorsque les deux
sens distincts du même mot sont confondus, il
se crée une ambiguïté amusante, une sorte de
court-circuit risible des sens, une confusion
drôle. Ainsi, l’effet comique de la blague et du
court-circuit qui crée le non-sens représente
très exactement le contraire de la démarche de
mise en ordre rigoureuse du sens que
recherche tout dictionnaire (B. Arcand, « Le
dictionnaire », 1995, p. 82).

6 Bernard Arcand ne semble donc pas connaître


l’emploi locutionnel de entrer dans le mur. Cela
est d’autant plus étonnant que la locution en
question est sans doute un calque de l’anglais to
go to the watt17. Les lexicographes français et
francophones sont loin d’avoir fait le tour de
cette locution intéressante. Le Petit Robert est
bien placé pour mener à bien cet examen.
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7 Après avoir proposé quelques modifications


facilement réalisables, nous terminons cet article
par la simple énumération de quelques locutions
que l’on rencontre assez fréquemment, mais qui
sont, pour l’instant, absentes du Petit Robert18 :
emmener qqn dans ses bagages, souffler ses n
bougies, c’est la prime à la casserole,
regarder/contempler (le bout/la pointe de) ses
chaussures, une coquille vide, ne pas sucer
(que) des glaçons/de la glace, ça va comme un
lundi, tu veux ma photo ?, il vaut mieux l’avoir
en photo qu’en pension/à table, t’es de la
police ?, (mais) que fait la police ?, Bon sang,
mais c’est bien sûr !

8 Le Petit Robert, ce sont trois éditions (à ce jour)


et d’innombrables éditions-tirages remaniées et
augmentées. Les modifications apportées de
tirage en tirage sont moins médiatisées que
celles d’autres dictionnaires d’autres maisons
d’édition. Mais elles existent bel et bien et
confèrent à l’ensemble une épaisseur historique
insoupçonnée, peutêtre, mais bien réelle. Les
éditions du Petit Robert mériteraient un examen
et une description critiques beaucoup plus
approfondis que ce qui était possible ici. De
nombreuses découvertes, témoignant de
l’évolution de la langue et de celle de la
dictionnairique, en seraient la récompense.

Notes
1. Rappelons que la première édition date de 1967 et la
deuxième de 1977. Le Petit Robert a, en fait, 36 ans
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06/05/2019 Les dictionnaires Le Robert - Les locutions figurées dans le Nouveau Petit Robert : évolution de quelques traitements entre 1993 et…

aujourd’hui. Pour cet article, nous utilisons


essentiellement le premier tirage de la troisième édition,
de 1993, et celui de 2003. Pour des comparaisons plus
nuancées, nous y ajoutons parfois des données tirées des
millésimes 1995, 2000 et 2002, ainsi que, pour une
diachronie plus « épaisse », les tirages de 1967 (le premier
tirage de la première édition) et de 1988 (le dernier tirage
modifié de la deuxième édition).
2. La « neutralisation » (terme de Josette Rey-Debove) est
une procédure de réduction d’exemples authentiques. Voir
Martin (1989, p. 600) : « Souvent l’exemple construit
prend son départ à des énoncés authentiques et s’obtient
par des simplifications successives qui en font un type
abstrait, libéré de toute incidence situationnelle. »
3. On trouve le même traitement dans le tirage de l’année
2000, mais pas encore en 1995.
4. Voir aussi l’article PIEDS-PAQUETS du DRF.
5. Syntaxiquement, cette définition « absolue » ne
correspond pas à la forme relationnelle (de qqn) de l’unité
à définir. Il vaudrait mieux remplacer « l’échafaud, la
peine de mort » par « l’exécution (capitale) de qqn » ou,
mieux encore, par « son exécution » (le possessif est un
moyen économique et efficace qui sert souvent, dans le
discours dictionnairique, à souder la définition à
l’adresse ; voir « sa destitution »).
6. Dans le PR 2003, on découvre la locution synonyme et
très actuelle prendre le chou « excéder, énerver », avec le
renvoi analogique supplémentaire « (Cf. Prendre la tête) »
(s.v. chou 8.). Maintenant, il ne reste qu’à ajouter le renvoi
complémentaire « (Cf. Prendre le chou) » pour compléter
encore le traitement de prendre la tête.
7. Faire le ménage. [...]. — Faire des ménages, faire le
ménage chez d’autres moyennant rétribution. [1967 et
1988, s.v. ménage I.3.]
8. Voir Mollard-Desfour (2002, p. 85).

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9. Le Dictionnaire des expressions et locutions (1993) opte


pour le pluriel, mais toujours pour la forme nominale :
« Des éléphants roses : les visions de l’ivresse » (s.v.
éléphant).
10. L’exemple suivant (tiré d’Internet, que nous ne
considérons pas comme citable mais néanmoins comme
instructif), confirme cet emploi : « C’est à l’heure du laitier
qu’on vient chercher les personnes soupçonnées, qu’on
leur passe les menottes, qu’on leur enlève leur ceinture,
leur bretelle, leurs lacets, [...] et cela quels que soient les
faits et la personnalité de l’intéressé, sans avoir aucune
certitude qu’il s’agisse d’un coupable »
(<http://www.senat.fr/senateurs/dreyfus_schmidt_michel/justice/180-
bis_etat-justice.html>, 16 mars 2003).
11. Les exemples authentiques se ramassent d’ailleurs à la
pelle. Nous donnons ici deux citations récentes : « Autre fil
rouge de l’œuvre [La Fleur du mal, film de Claude
Chabrol, 2003], la maison tient une place capitale dans ce
film, à la fois prison (dorée) et serre » (Télérama 19 février
2003, p. 34). « Cette intervention [la greffe d’une main]
[...] suscita moult controverses. Elle constitue le fil rouge
de ce film, qui rappelle les questions éthiques et
scientifiques soulevées par la greffe tout au long de son
histoire » (Télérama 25 juin 2003, p. 136).
12. Pour d’autres exemples, authentiques, voir Heinz
(1993, p. 336-337).
13. Ibid., p. 334.
14. Par exemple : « Barbara Cartland a donné son feu vert
à la publication de sa biographie » (L’Est républicain,
Suppl. L’Est Magazine 16 janvier 2000, p. 6). « Fort des
résultats de cette consultation, Lionel Jospin donnerait
son feu vert au lancement officiel du numérique hertzien
fin 1999 » (Télérama 25 août 1999, p. 41). « En octobre
1999, la Fédération internationale de natation a donné son
feu vert aux équipementiers » (Le Monde 13 février 2000,

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p. 18). Pour l’emploi du déterminant possessif, dans les


locutions et ailleurs, voir Heinz (2003a).
15. Voir le titre de film Droit dans le mur (Pierre Richard
1997).
16. Citons quelques exemples : « M. Christian Estrosi,
député RPR, est entré dans le mur » (Le Monde 12 octobre
1990). « “Rocard a décidé de les envoyer dans le mur”,
affirmait hier un proche du Premier ministre en
commentant l’arrêt des négociations avec les syndicats
corses » (Libération 13 avril 1989, p. 3). « Les éditeurs
réalisent soudain qu’en poursuivant sur cette voie, ils vont
droit dans le mur » (Le Nouvel Observateur 17-23 octobre
1991, p. 15). « La France va dans le mur mais son
exception culturelle fait qu’elle y fonce drapeau au vent »
(Libération 14 octobre 1993, p. 3). « On ne sait si ce
gouvernement ira dans le mur, klaxon au clair » (Pierre
Georges, Le Monde 19 octobre 1995, p. 34). « Les conseils
de Burnier et Rambaud sont aussi simples que la langue
journalistique est enflée. [...]. Utilisez tous les clichés
possibles, les détours, les périphrases, pillez votre stock
d’images, [...]. Préférez “aller dans le mur” à “échouer”,
donnez du “grain à moudre” [...] » (Télérama 26 février
1997, p. 49). « À rester obstinément unidirectionnels [...],
les médias n’auraient d’autre perspective, à terme, que
d’entrer dans le mur » (Tribune de Genève 23 février 1998,
p. 6).
17. Voir les deux traitements suivants de la locution
anglaise: « 4 a: an extreme or desperate position — usu.
used in the phrase to the wall <schools whose teachers...
were driven to the - financially — Dixon Wecter> <pushing
them to the ~ in the competitive struggle — T. W Amold>
b: a state of defeat, failure or ruin - usu. used in the phrase
to the wall <let the weakest go to the — Art & Industry>
<since the war, several... magazines have gone to the ~ —
P. W. Crowcroft> » (Webster’s Third 1993, s.v. I. wall). « ♦
to go to the ~ (FIG) [person] perdre la partie; (= go
bankrupt) faire faillite; [plan, activity] être sacrifié ♦ it’s
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always the weakest who go to the ~ ce sont toujours


les plus faibles qui écopent* » (Le Robert & Collins Senior
2002, s.v. wall).
18. Voir Heinz (2003b).

Auteur

Michaela Heinz

MICHAELA HEINZ détient un


doctorat en linguistique
appliquée (Universitat
Erlangen-Nürnberg,
Allemagne). Ses principaux
champs de recherche sont
la (méta)lexicographie et la
phraséologie françaises. De
1988 à 1993, elle a collaboré
à l’édition du Nouveau Petit
Robert. Depuis 1992, elle
travaille pour la maison
d’édition de dictionnaires
bilingues Klett, à Stuttgart,
en Allemagne. À partir de
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1993, elle a œuvré en tant


que boursière de l’Agence
universitaire de la
Francophonie au sein de
différentes équipes
lexicographiques. Depuis
1993, elle est membre
associée du SILEX (Lille III).
Elle a publié, entre autres,
Les locutions figurées dans
le « Petit Robert » :
description critique de leur
traitement et propositions
de normalisation
(Tübingen, Niemeyer,
1993). Sa thèse
d’habilitation sur Le
possessifen français :
aspects sémantiques et
pragmatiques est sous
presse (Bruxelles/Louvain-
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la-Neuve, De
Bœck/Duculot, à paraître).
Elle enseigne actuellement
la linguistique française à la
Universitat Erlangen-
Nürnberg.
© Presses de l’Université de Montréal, 2003

Conditions d’utilisation :
http://www.openedition.org/6540

Référence électronique du chapitre


HEINZ, Michaela. Les locutions figurées dans le Nouveau
Petit Robert : évolution de quelques traitements entre
1993 et 2003 In : Les dictionnaires Le Robert : Genèse et
évolution [en ligne]. Montréal : Presses de l’Université de
Montréal, 2003 (généré le 06 mai 2019). Disponible sur
Internet : <http://books.openedition.org/pum/13867>.
ISBN : 9791036504303. DOI : 10.4000/books.pum.13867.

Référence électronique du livre


CORMIER, Monique C. (dir.) ; FRANCŒUR, Aline (dir.) ;
et BOULANGER, Jean-Claude (dir.). Les dictionnaires Le
Robert : Genèse et évolution. Nouvelle édition [en ligne].
Montréal : Presses de l’Université de Montréal, 2003
(généré le 06 mai 2019). Disponible sur Internet :
<http://books.openedition.org/pum/13849>. ISBN :
9791036504303. DOI : 10.4000/books.pum.13849.
Compatible avec Zotero

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