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Salomé, la

femme fatale
des symbolistes

Hercule et L’Hydre de Lerne, Gustave Moreau, 1876


Mais pourquoi Salomé a-t-
elle été la source de tous
les fantasmes artistiques
masculins à la fin XIXe?
•Une femme parfaite est apprêtée, loin de tout ce qui est naturel
•Le culte de l’artifice
•Dangereuse : L’érotisme et la sensualité affirmés
•Imperceptible, indomptable, exotique
•Associations d’antipodes qui trouvent un équilibre parfait
- Les symbolistes transcendent et créés une compréhension
multiple

→Elle est l’inverse de la femme quidam perçue par les hommes du


XIXe comme une monstruosité:
« La femme est naturelle, c’est-à-dire abominable »

arrivée de la psychanalyse : la femme devient une maladie mystérieuse


Etude en rapport avec Salomé (dansant devant Hérode), Salon de 1876
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• Gustave Moreau ,
L'Apparition ,
Aquarelle, 1898

• -------------------->
• Gustave Moreau ,
Salomé dansante
,huile sur toile,
1874
Le personnage décadent « Des Esseintes » fait
vivre le tableau de Moreau à travers une
Ekphrasis déroutante

→Tout commence par une description personnelle de la part du pers.


Mais tout de même fidèle au tableau :
« Un trône se dressait, pareil au maître-autel d'une cathédrale, sous
d'innombrables voûtes jaillissant de colonnes trapues ainsi que des
piliers romans, émaillées de briques polychromes, serties de mosaïques,
incrustées de lapis et de sardoines, dans un palais semblable à une
basilique d'une architecture tout à la fois musulmane et byzantine. »
→ Mais, à l’arrivée de la femme fatale, la description est chamboulée, (cf
les temps de narration # description+ synesthésie)
« Dans l'odeur perverse des parfums, dans l'atmosphère surchauffée de
cette église, Salomé, le bras gauche étendu, en un geste de
commandement, le bras droit replié, tenant, à la hauteur du visage, un
grand lotus, s'avance lentement sur les pointes, aux accords d'une
guitare dont une femme accroupie pince les cordes. »
→ L’auteur dresse le portrait de sa femme fatale avec un effet miroir:
« Ici, elle était vraiment fille ; elle obéissait à son tempérament de
femme ardente et cruelle ; elle vivait, plus raffinée et plus sauvage, plus
exécrable et plus exquise ; elle réveillait plus énergiquement les sens en
léthargie de l'homme, ensorcelait, domptait plus sûrement ses volontés,
avec son charme de grande fleur vénérienne, poussée dans des couches
sacrilèges, élevée dans des serres impies. »
Qu’en est-il de l’adaptation
du mythe par Oscar Wilde?
• Oscar Wilde (1854-1900) (Oscar Fingal O'Flahertie
Wills Wilde) est un écrivain irlandais
• Brillant élève d’Oxford, passionné de l’Héllenisme
• Influencé par les peintres préraphaélites
• Archétype du dandy
• Avance à contre courant
Salomé la déesse symboliste de 1893
Symbolique de la Lune : (lecture pages 45 )

→Salomé est symboliquement présentée comme pure, chaste car associée à son emblème : la
Lune.
Wilde s’inspire ici de Salammbô de Flaubert
• + Mais ce symbole renvoi également au mysticisme de cet astre déifié et craint par tous depuis
l’antiquité, astre féminin perçu comme l’annonciateur de fertilité mais aussi de folie et de mort.
Wilde laisse planer l’ambivalence de ce symbole en insérant des répétitions des termes :
« étrange, sang, tombeau, mort » etc.
« Que c'est bon de voir la lune! Elle ressemble à une petite pièce de monnaie. On dirait une toute
petite fleur d'argent. »
« La lune a l’air très étrange. On dirait une femme qui sort d’un tombeau. Elle ressemble à une
femme morte. On dirait qu’elle cherche des morts »

Ici, → La lune devient également le symbole du destin


Salomé la déesse symboliste de 1893
La danse, moment d’apothéose du mythe est presque inexistante

→ Danse, moment central réduit au titre d’une simple didascalie


« Salomé danse la danse des sept voiles »

Wilde s’écarte de toutes les Salomé qui dansent sur plusieurs pages de descriptions.

→ La danse n’est plus représentative de la débauche de Salomé, seuls les mots l’évoquent:
La danse est décrite comme magnifique par le Tétrarque « Ah ! C’est magnifique, c’est magnifique ! »
On imagine aisément une danse somptueuse après une telle interjection « ah ! » et la redondance de l’adjectif mélioratif
« magnifique » ; présent dans cette syntaxe courte et exclamative (sujet verbe objet qui met l’accent sur la sémantique de la phrase)

La beauté dans l’horreur : Défloraison incestueuse d’une jeune vierge par un vieux Roi dans une « magnifique danse » montrée au
théâtre mais suggérée pour les lecteurs
Salomé la déesse
symboliste de 1893
La luxure nécrophile, une Salomé quasi cannibale

→ Toute la luxure chez Wilde devient dérangeante #simple morale religieuse


• « Je la mordrai avec mes dents, comme on mord un fruit mûr »
• « J’étais vierge, tu m’as déflorée. J’étais chaste, tu as rempli mes veines de feu »
→ Salomé laisse entrevoir une jouissance sans fin dès qu’elle obtient la tête du
prophète sur un plateau d’argent.
*dès qu’elle peu l’embrasser et le regarder en face
* dès qu’elle obtient enfin ce qu’elle désirait
→ A ce stade, Salomé a violé Iokanaan de sa bouche et de ses paroles.

Aubrey Beardsley, 17 estampes sur « Salomé »


Salomé la déesse symboliste de 1893
L’équilibre de cette femme fatale réside dans la beauté de l’amour additionnée à la scène
d’épouvante: (p.162)

Salomé est amoureuse de ce cadavre


Il « ose » instaurer un moment pathétique dans un contexte aussi lugubre.
→Il invente l’amour dans la mort, la beauté dans le laid. Salomé est amoureuse et prise
d’une profonde tristesse:
« Je t’aime encore, Iokanaan, je n’aime que toi… Que ferai-je, Iokanaan, maintenant ? Ni les
fleuves ni les grandes eaux ne pourraient éteindre ma passion […] Mais pourquoi ne me
regardes-tu pas, Iokanaan ? Tes yeux qui étaient si terribles, qui étaient si pleins de colère
et de mépris, ils sont fermés maintenant ? Pourquoi sont-ils fermés ?[…] Ah ! Ah! Pourquoi
ne m’as-tu pas regardée, Iokanaan ? Si tu m’avais regardée tu m’aurais aimée. Je sais bien
que tu m’aurais aimée, et le mystère de l’amour est plus grand que le mystère de la mort. Il
ne faut regarder que l’amour »
Conclusion
→Elle est scandaleuse voire caustique en bafouant la religion
*Luxure, nécrophilie

→La pièce transgresse tout ce qui avait été fait


*Salomé est la figure centrale
*Salomé est un tout : ordonne, désire et décide tout

→La pièce interroge le spectateur


*prédilections ; et de nbses suggestions créées par un effet miroir permanent
*des répétitions et des métaphores étranges qui invitent le spectateur à ressentir
et être ému autrement.