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L’aménagement du territoire, facteur du développement économique et

social marocain, entre l’héritage colonial et la globalisation économique


EL BOUZAIDI Amine, doctorant
BOUDOUAH Mhamed, Enseignant chercheur, Faculté des Lettres et Sciences
Humaines Kénitra

Résumé
Après l’indépendance, le Maroc a accordé une attention forte au développement
économique et social pour lutter contre le déséquilibre territorial engendré par la
période du protectorat. Le choix de certaines politiques publiques et l’absence d’une
réelle coordination entre les différents intervenants ont accentué ces inégalités
territoriales. Cela est dû au dispositif de planification spatiale de chaque époque qui a
basculé d’une doctrine à l’autre ; du protectionnisme à l’économie de marché a réalisé,
sous l’effet de différents facteurs historiques et socio-économiques, un développement
inégal. Les mécanismes de la décentralisation et de la déconcentration n’ont pas modifié
réellement les méthodes d‘intervention de l‘Etat et n’ont pas contribué à maîtriser les
inégalités. À présent, le pays se trouve à la croisée des chemins, inscrite par une
transition démographique, économique, sociale, politique et territoriale, dans la mesure
où la mondialisation et la globalisation des échanges lui impose de mettre de l’ordre
dans son territoire en renforçant la compétitivité de ses villes et de ses régions.
L’aménagement du territoire est soumis à des logiques nouvelles, celles du libéralisme et
de la mondialisation accompagnée par un modèle adéquat de gouvernance territoriale.

Mots-clés : développement, politiques territoriales, aménagement du territoire,


mondialisation, gouvernance.

Abstract: Spatial planning, a factor in economic and social development of


Morocco, between colonial heritage and economic globalization
After the independence, Morocco has paid strong attention to economic and social
development in the fight against territorial imbalance caused by the period of the
protectorate. The choice of certain public policies and the lack of effective coordination
between the various stakeholders have highlighted these territorial inequalities. This is
due to spatial planning device for each epoch that rocked from a doctrine to another;
the market economy has achieved protectionism, due to various historical and socio-
economic uneven development. The mechanisms of decentralization and devolution have
not really changed the state intervention methods nor helped to control inequality. Now
the country is at a crossroads, registered a demographic, economic, social, political and
territorial transition, to the extent that globalization and trade globalization requires it
to put order in its territory strengthening the competitiveness of its cities and its regions.

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The reconstruction of the territory is subject to new logics, those of liberalism and
globalization accompanied by an adequate model of territorial governance.

Keywords: territorial development, regional policy territorial development, regional


policy, land use, globalization, Développement Territorial Durable, governance.

‫ تٍُ اإلسز االسرعًاسٌ وانعىنًح االلرصادَح‬،‫ عايم نهرًُُح االلرصادَح واالجرًاعُح نهًغشب‬،ٍ‫يهخص االعذاد انرشات‬
ٍ‫ خصص انًغشب اهرًايا لىَا نهرًُُح االلرصادَح واالجرًاعُح يٍ أجم يكافحح انخهم اإللهًٍُ انُاجى ع‬،‫تعذ االسرمالل‬
ِ‫ إٌ اخرُاس تعض انسُاساخ انعايح وعذو وجىد انرُسُك انفعال تٍُ يخرهف انجهاخ انًعُُح أدي إنً هز‬.‫فرشج انحًاَح‬
‫ يٍ انسُاسح انحًائُح إنً الرصاد‬،‫ وَشجع رنك إنً َضاو انرخطُظ انًجانٍ انذٌ َرغُش فٍ كم يشج‬.‫انرفاوذاخ اإللهًُُح‬
‫ آنُاخ اناليشكضَح وانالذشكُض نى‬.‫ ذحد ذأشُش عذج عىايم يُها انراسَخُح واالجرًاعُح وااللرصادَح غُش انًرىاصَح‬،‫انسىق‬
‫ اٌِ انثهذ َعُش فٍ يفرشق طشق حُس َىاكة‬.‫ ونى ذساعذ عهً انسُطشج عهً انفىاسق‬،‫ذغُش حما أسانُة ذذخم انذونح‬
‫ فٍ ضم انعىنًح ذحرى إعادج ذُظُى‬،‫ هزِ انرحىالخ‬،ًٍُ‫انرحىل انذًَغشافٍ وااللرصادٌ واالجرًاعٍ وانسُاسٍ واإلله‬
‫ االعذاد انرشاتٍ َخضع إنً يُطك جذَذ هى انهُثشانُح وانعىنًح يصحىب‬.‫ذشاتها وذعضَض انمذسج انرُافسُح نًذَها ويُاطمها‬
‫تًُىرج يالئى نهحكايح انرشاتُح‬.
‫ وانحكايح‬،‫ وانعىنًح‬،ٍ‫ االعذاد انرشات‬،‫ سُاساخ ذشاتُح‬،‫ انرًُُح‬:‫كهًاخ انًغاذُح‬

Introduction
Depuis son indépendance, le Maroc a connu de profondes transformations qui ont rendu
indispensable la révision de la politique d'aménagement du territoire. Cette dernière a
suivi les grandes étapes économiques et politiques que le pays a connues. La
planification économique a toujours précédé l’aménagement du territoire, ce dernier
s’annonce progressivement dans les années 1960, sans être vraiment établi sous forme
d’un programme planifié. Durant les trente premières années après l’indépendance,
l’aménagement du territoire s’inscrivait dans une approche sectorielle de l’action de
l’Etat et d’une planification économique verticale. Les disparités entre les régions
héritées de la période coloniale s’amplifient. En effet, les disparités des dynamiques des
métropoles connaissent un affaiblissement de leur capacité de production et dépendent
de plus en plus des emplois publics. Il a fallu attendre 1996 pour assister à la naissance
du premier schéma national d’aménagement du territoire, et des schémas régionaux. Le
changement politique de l’époque a eu des répercussions sur les politiques nationales de
développement. En effet, dans les années 2000 : ateliers et forums du Débat national sur
l’aménagement du territoire, élaboration de la Charte nationale de l’aménagement du
territoire et du schéma d’aménagement du territoire, 2001 : création du Conseil
supérieur de l’aménagement du territoire (CSAT) ; 2004 : première session du CSAT
présidée par Sa Majesté Mohammed VI ; 2004 : validation du SNAT, cela a généré un
mouvement sur l’aménagement du territoire par des investissements économiques,
l’équipement et la promotion administrative des villes. Les transformations politiques et
institutionnelles liées à l'augmentation de l’aide internationale ont introduit des
changements significatifs de la structure administrative. Actuellement, le développement
des villes marocaines, et particulièrement celui des plus dynamiques d’entre elles, est en

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train de se concevoir pour faire face aux enjeux de la globalisation. Les documents
d’urbanisme et les schémas d’aménagement actuels adoptent des choix qui renforcent le
développement sélectif. Cette orientation d’ouverture et d’insertion dans libre échange a
impliqué une politique de réforme dite de « mise à niveau intégrale ». Les politiques et
actions urbaines doivent faire une part à aux facteurs de compétitivité économique.
Comment alors les politiques territoriales et urbaines qui essayent d’instaurer une
organisation spatiale et territoriale équilibrée et conforme aux enjeux du développement
durable sont-elles construites pour introduire les contraintes de la mondialisation ? On
ca essayer d’analyser les grandes étapes de l’aménagement du territoire depuis
l’indépendance, pour aborder ensuite les enjeux de gouvernance territoriale face à la
mondialisation.
La construction nationale et l’aménagement du territoire
Le Maroc, à la veille de la colonisation, était faiblement peuplé (près de 3 millions
d’habitants) et très faiblement urbanisé (moins de 5% de population urbaine). La
pénétration coloniale, l’instauration progressive d’une économie de marché tournée vers
la satisfaction des besoins de la Métropole et surtout la création du port de Casablanca
et le transfert de la capitale du pays vers Rabat, vont dorénavant consacrer le
déplacement du centre de gravité du Maroc de l’intérieur (Fès- Marrakech) vers le
littoral atlantique. Pour institutionnaliser cette nouvelle configuration territoriale du
pays, le Résident Général (Lyautey) décréta la division du territoire soumis à la
colonisation française en « Maroc utile » : Fès, Casablanca- Marrakech qui correspond
à la zone agricole et minière et « Maroc inutile » : était alors le reste du territoire, où les
modes de production étaient rudimentaires.
C’est à partir de cette date que l’axe urbain Casablanca-Rabat-Kenitra se formera et
s’imposera comme un pôle concentrant l’essentiel des équipements, des richesses et une
bonne partie de la population urbaine.
La période coloniale a connu aussi la création de nombreuses villes qu’avaient le rôle
des centres de collecte des produits miniers et agricoles (Khouribga, Louis Gentil, Port-
Lyautey, Petit Jean, etc.) pour être conduits par la suite vers la Métropole. Cette période
sera également marquée par une croissance économique et une forte croissance
démographique des villes, connaissant un exode rural massif, ce qui génère une
modification dans le tissu urbaine, la taille et les structures socio spatiales des villes.
Les années 50 ont été marquées par la désignation de Michel Écochard comme
responsable du Service d’Urbanisme. Il avait comme idée principale de décongestionner
Casablanca qui concentrait 75% de l'industrie du Maroc. Écochard défendait le
principe d'une décentralisation industrielle en faveur de nouveaux pôles qu'il faudrait
créer principalement dans le Sud comme Agadir et Safi. La décentralisation profiterait
également à d'autres petites et moyennes villes comme Meknès, Marrakech, Petit Jean
(Sidi Kacem actuellement), Berkane, Beni Mellal, Sidi Slimane, etc (Vermeren, 2006).
Difficultés de traitement des disparités spatiales (1956-1969)
Constitution du premier plan quinquennal national

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Après l’indépendance, les pouvoirs publics Marocains se sont trouvés devant
l’obligation de gérer les disparités entre les différentes régions. Ils ont arrêté des
objectifs visant la réalisation d’une croissance économique suffisante et soutenue en vue
d’améliorer le niveau. C’est ce qui est matérialisé par des plans de développement
économique et social établis à partir de 1960.
C'est dans ce contexte socio-économique que le gouvernement d'Union Nationale
élabora le premier plan quinquennal 1960-19641, dans sa première version, qui s'est
défini comme un plan de transition d'une économie coloniale à une économie nationale.
Cependant, les résultats réalisés n’ont été pas en général à la hauteur des aspirations du
royaume et des objectifs fixés et ce, malgré les différentes stratégies et mesures
entreprises à cet effet. Ce plan mettait l’accent sur des priorités constantes et fixes. Il
avait fixé comme objectif la réalisation d'un taux de croissance économique de 6,2%. Il
projetait le développement de l’agriculture et la mise en place d’une industrie de base
grâce à l’intervention de l’Etat en vue d’instaurer l’indépendance économique du pays
et de valoriser ses ressources nationales. Toutefois, cette politique n’a pu être concrétisée
en totalité et certains projets ont été annulés ou reportés en raison des contraintes
financières. Ce document a souligné également des fortes disparités régionales, tant au
niveau de la répartition des activités que de la population. L’orientation politique a pour
objectif de faire face aussi bien aux déséquilibres et aux dysfonctionnements territoriaux
qu’à la course à l’urbanisation, qui obligent de plus en plus l’Etat à équiper et à
aménager les villes.
Le Découpage administratif et l’aménagement du territoire comme action
politique
En 1956 le Maroc a procédé à la création de deux niveaux de collectivités
territoriales (alors dénommées collectivités locales), en premier lieu les communes, puis
les préfectures et provinces (la dénomination dépendant respectivement de leur
dominante urbaine ou rurale). Engagée dès les premières années de l'indépendance,
la décentralisation renvoyait à trois niveaux de collectivités territoriales depuis
le dahir no 1-59-351 du 1er joumada II 1379 (2 décembre 1959), relatif à la division
territoriale du Royaume) : les régions, les préfectures (issues des anciens départements
sous le protectorat), et les communes. L’existence de ces collectivités territoriales fut
consacrée pour la première fois par la Constitution de 1962.
En 1976, le Dahir no 1-76-583 relatif à l’organisation communale abroge et remplace le
Dahir no 1-59-315. Cela modifie le fonctionnement des communes et il a élargi leurs
pouvoirs. La loi no 47-96 de 1997 relative à l'organisation de la région a réduit son rôle
au plan administratif pour transférer les compétences des 16 régions aux wilayas
traditionnelles acquérant le statut de collectivité territoriale en lieu et place de la région.

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Le plan quinquennal 1960-1964 constitue la première étape d’un développement concerté de l’économie marocaine. Pour la première fois au Maroc, en effet, le
développement économique est envisagé dans son ensemble, des orientations et des objectifs sont formulés dans le cadre d’une politique de développement portant sur
plusieurs années. Pour la première fois également, grâce à l’organisation institutionnelle qui a présidé à l’élaboration du plan, les représentants des groupements
professionnels et des syndicats ont pu collaborer étroitement avec l’administration et décider de l’avenir économique du pays. À ce titre le plan quinquennal peut être
considéré comme une œuvre collective.

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En effet, ce découpage administratif a permis de dépasser les cadres traditionnels des
tribus et de renforcer la cohésion sociale. Pourtant, la multiplication des collectivités
locales et l’amélioration des services administratifs et d’équipement n’ont pas contribué
à réduire les disparités régionales. Les stratégies instaurées par l’administration centrale
ont fait l’objet de critiques dans sa forme et dans son contenu (géographiques,
économiques, institutionnelles…), toutes, elles insistent sur les disparités inter et intra
régionales des régions au Maroc, qu’elles soient à caractère administratif ou
économique. Ces logiques ont produit des découpages spatiaux inégalitaires, soulignés
par l’importance relative d’un milieu rural défavorisé, dispersé et peu peuplé. La
pauvreté apparaît ainsi plus forte dans les campagnes que dans les villes. Selon l’ENVM
1998/99, le taux de pauvreté est, en milieu rural, plus de deux fois plus élevé qu’en
milieu urbain : 27,2 % contre 12 %. Ces disparités caractérisaient déjà le pays à la veille
de l’indépendance. Les politiques de développement humain n’arrivent pas à réduire les
écarts, à cause des dynamiques régionales. Les variations dans la répartition spatiale de
la population s'expliquent à la lumière d'un héritage territorial colonial :
fonctionnement expansif du système urbain, macrocéphalie urbaine notamment de la
capitale économique, sous-équipement de certaines zones demeurées en marge, etc.
(Vermeren, 2006)
Suite à des changements au niveau des politiques de l’Etat, la décision a été prise pour
abandonner les orientations globales du premier plan quinquennal dans un contexte de
crise financière en 1964. C'est le début de l'intervention des institutions internationales
(FMI et BIRD) dans les orientations économiques du pays. Le 25 juin 1964, le Maroc a
signé une convention avec le FMI donnant un accord de facilité de 1,3 millions de
dollars. Le Plan Triennal 1965-1967 présenté comme un plan de stabilisation inspiré de
l'idéologie de la BIRD. Les options économiques libérales sont affirmées, l'industrie n'est
plus une priorité, elle vient après l'agriculture, le tourisme et la formation des cadres. Le
taux de croissance économique prévu est de : 3,7% par an.
Le second Plan Quinquennal 1968-72 reprend les mêmes options que le plan triennal
1965-67 en fixant un taux de croissance de 4,3% par an, la part des investissements
publics et semi-publics reste dominante (80%). L'accent sera mis toujours sur
l'agriculture et aussi vers l'exportation et l'industrie légère. Le Plan 68–72 a été le
premier qui a posé la question de « l’Aménagement du Territoire » comme politique
publique, en l’adoptant comme une politique de développement régional.
L’aménagement, jusque-là rattaché à la planification économique, devient en 1968
autonome par la création du Comité Interministériel de l’Aménagement du Territoire
(CIAT). Mais, c’est en 1971 que le Maroc a mis en place un projet de régionalisation
progressive, avec la création de sept Régions Économiques, reparties en collectivités
locales par la Constitution de 1992 et de 1996. Ce changement a provoqué une ouverture
sur le Maroc appelé jusqu’au là « inutile ». L’effort entrepris dans cette période a
permis d’élargir le champ d’application dont l’objectif est de promouvoir le
développement économique et lutter contre les inégalités qui n’ont cessées de s’accroitre
depuis la période coloniale.

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Si les interventions en faveur d’une organisation spatiale des agents et des services ont
permis à cette politique d’aménagement du territoire « par le haut » de répartir les
emplois sur beaucoup de régions défavorisées, elles n’ont pas pu atteindre un certain
équilibre spatial. En fait, au cours de cette période, la caractéristique principale résidait
dans la préservation de la structure urbaine, exclusivement effectuée à l’initiative de
l’Etat. Mais, compte tenu des héritages coloniaux c’est le secteur de l’industrie qui a été
le moteur de l’urbanisation. En 1971 le Maroc a mis en place le premier projet de
régionalisation. L’association entre aménagement du territoire, agriculture et tourisme
traduit la nécessité d’un aménagement spatial sectoriel spécifique.
Le changeant vers le libéral et la transformation de l’organisation
territoriale (1971-1990)
Au début des années soixante-dix, une stratégie de promotion économique basée sur
l’exportation remplace celle basée sur le marché intérieur. Ce changement du moteur
principal de croissance a nécessité la mise en place d’un projet de régionalisation, la
création en 1996 de 16 régions. Cette orientation territoriale été appuyée par le
mouvement libéral qu’a connus l’économie mondiale. Les migrations rurales des années
1970 expriment la libéralisation économique et le résultat d’un assemblage de facteurs :
étatisation des domaines coloniaux, privatisation des terres, forte croissance
démographique. Tout cela, dans un contexte de réformes agraires successives qui a
accéléré cette ouverture économique. L’essor de l’industrie, le développement du
tourisme, le mouvement spontané d’urbanisation consécutif à l’occupation irrégulière
des terres publiques et privées, ont créé et provoquée l’expansion plusieurs villes (Ben
Mami, 2008). Cette situation a rendu nécessaire l’élaboration d’un cadre de référence,
traduisant l’intérêt des pouvoirs publics pour l’aménagement du territoire. Dans cette
optique, malgré le bon sens des gouvernements qui se sont succèdes à la création d’un
Fonds Spécial de Développement Régional, la promulgation du premier Code des
Investissements industriels accordant certains avantages fiscaux aux créations
d’entreprises et délocalisations selon le lieu d’implantation dans le but d’encourager la
décentralisation industrielle au profit des zones intérieures, la mise en place d’un
Programme National d’Aménagement des Zones Industrielles (PNAZI) en 1981,
l’aménagement du territoire n’est pas sorti de la sphère du discours politique. Les
quelques actions concrétisées durant les années 80 et 90 étaient souvent d’une portée
ponctuelle et locale (Adidi, 2010). La culture et les idées de la période coloniale se
retrouvent toujours dans les textes réglementaires et dans les institutions concernées par
l’aménagement du territoire. Malgré l’effort entrepris durant les années 70 par le pays
elle était une période difficile pour l’économie Marocaine : la guerre au Sahara, les
années de sécheresse, l’endettement du Maroc, la chute des cours du phosphate et des
recettes du tourisme, l’augmentation de la facture pétrolière, sont également des
facteurs qui ont tardé la réalisation des grands projets structurants du territoire.
Cette logique d’organisation de l’espace a créé de nouveaux rapports entre le cadre
urbain et le monde rural et relativisé la place de l’agriculture dans le développement des
espaces ruraux. Le Maroc « Inutile » est demeuré à l’écart des investissements privés
tout en bénéficiant d’un mince effort de l’Etat. Au milieu des années 1980, la crise

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économique et politique (crise de la dette, la réduction voir la suppression de certaines
subventions aux produits de première nécessité qui provoquent « la révolte du pain »)
(Olivier Pironet, 2008). A noter que la mise en œuvre du Programme d’Ajustement
Structurel (PAS) à partir de 1983 a réduit l’effort de l’État en matière de développement
économique et social.
L’aménagement du Territoire comme un vecteur de compétitivité et du
développement et la nouvelle approche du développement (1991) :
L’année 1997 a connu la création du Ministère de l’Aménagement du Territoire, de
l’Environnement, de l’Urbanisme et l’Habitat. Cet évènement a été le fruit du Débat
National sur l’Aménagement du Territoire entre 1999 et 2001 dont l’objectif majeur est
la décentralisation, devenue un discours dominant, portent sur un développement
régional équilibré et sur une mise en valeur des régions peu peuplées. Pourtant, la
décentralisation demeure un processus très encadré. La dépendance des collectivités
locales vis-à-vis de l’administration centrale n’est pas seulement juridique, elle est aussi
financière. La tutelle est plus lourde. En effet, les programmes de développement local
doivent être conformes avec le plan national.
Au Maroc, le processus de décentralisation a pris, à partir de 2002, une nouvelle
dimension avec la révision complète du régime juridique des collectivités locales pour
réduire la tutelle de l’Etat. Le caractère du système politique privilégie une
déconcentration partielle plutôt qu’une véritable décentralisation. Selon Ben Mami
(2008), « cette déconcentration a apporté seulement des aménagements superficiels à la
centralisation ». D’ailleurs, la médiocrité des résultats obtenus a amené les responsables
à une réflexion sur l’aménagement du territoire basée sur des investissements
économiques via l’équipement au niveau régional. L'objectif était de remédier à la
faiblesse, tout d’abord directement, à travers l'encadrement administratif et
indirectement, à travers la promotion du secteur touristique et agricole.
Cependant, ces processus de déconcentration et de décentralisation ont posé le problème
des échelons de la gouvernance, à plusieurs niveaux notamment communal. La
croissance des flux des ruraux a multiplié l’habitat autour des grandes villes. Cette
situation a poussé l’Etat à changer sa politique envers son rôle de créateur d’emplois
pour entamer d’autres actions dans des secteurs stratégiques (formations universitaires,
nouvelles technologies d’information, etc.).
L'adoption du Plan d'ajustement structurel en 1986, l’adhésion au GATT en 1990, les
accords avec l’OMC en 1994 et la création d’une Zone de Libre-échange avec l’Union
Européenne ont signé l’entrée du royaume dans un processus d’ouverture aux marchés
mondiaux impliquant un écrasement de la machine de production étatique, une
incitation à la compétitivité des entreprises et une privatisation des entreprises
publiques. Cette nouvelle réalité a rendu nécessaire l’amélioration de la compétitivité
des territoires, d’où des changements se sont répercutés sur la politique d’aménagement
du territoire en 2004 (Jacques Barbier, 2012). Le Maroc disposera de deux documents
de référence : il s’agit de la Charte Nationale d’Aménagement du Territoire et du
Schéma National d’Aménagement du Territoire (SNAT). Aussi, des Inspections

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Régionales d’Aménagement du Territoire sont mises en place à l’échelle des 16 Régions.
Trois Agences de Développement sont créées pour couvrir les Provinces du Nord,
l’Oriental et les Provinces du Sud. Des Centres Régionaux d’Investissement
fonctionnant comme des guichets uniques sont institués dans les 16 régions. Une
attention particulière est accordée au « Maroc inutile » ; le Rif, les Provinces
sahariennes et l’Oriental.
Ceci dit, une nouvelle philosophie du développement et de l’aménagement du territoire
voit le jour. La lutte contre toutes les formes de pauvreté et d’exclusion est hissée au
rang de cause nationale. Avec la création de la Fondation Mohamed VI pour la
Solidarité et la mise en place de l’Initiative Nationale de Développement Humain
(INDH). Le discours sur la région et la régionalisation est présenté comme une nouvelle
forme de conciliation entre unité nationale et aspirations régionalistes qui commencent à
s’exprimer à travers certains partis politiques et associations à caractère culturel et
régional. « L’Aménagement du Territoire n’est plus présenté comme une politique
visant à gommer, ou du moins à réduire les inégalités régionales, mais comme une
approche globale publique, transversale et de long terme » (Adidi, 2014). Face aux
risques associés au creusement des déséquilibres territoriaux, les pouvoirs publics
tentent de rapprocher davantage l’administration du citoyen et de stimuler l’effort de
développement des régions.
Les jeux d'acteurs et les grands chantiers actuels : Un système territorial en
mutation
L’intégration de l’économie Marocaine aux échanges internationaux depuis les années
quatre-vingt-dix a produit de nouveaux défis : recomposition spatiale et sectorielle de
l’activité économique, cohérence des politiques, protection de l’environnement, etc. La
mondialisation actuelle se traduit par l’émergence de nouveaux acteurs et de nouvelles
pratiques d’aménagement et d’urbanisme. Le désengagement de l'Etat, à travers la
liquidation du secteur public de production des biens et des services est le fait marquant
de ce nouveau contexte.
Les institutions internationales s’imposent de plus en plus comme des acteurs et
contribuent à une redéfinition des normes et des outils de l’aménagement à travers des
directives (questions environnementales, développement durable, bonne gouvernance)
(PNUD, 1999). La nouvelle politique d’aménagement du territoire approuve cette
situation. Les documents officiels et les schémas d’aménagement actuels semblent opter
pour des choix renforçant les tendances de développement sélectif à travers une
métropolisation de plus en plus forte. Ceci a aggravé la dispersion territoriale. Aussi, la
démarche de privatisation de la gestion des biens publics a connu, ces dernières années,
une forte expansion. Le Maroc a encaissé environ 94 milliards de DH, fruit des
différentes opérations de privatisations entre 1993 et 2006. Soit pratiquement le budget
d’investissement pour ce dernier exercice (Boushaba. A, 2014). Une somme qui a permis
d’alimenter les caisses et a évité le recours momentanément et provisoirement, aux
dettes pour cette. En réalité, face à une situation budgétaire difficile et que certaines
fractions du territoire peuvent offrir une attractivité satisfaisante, les projets
d’aménagement touchent inégalement les agglomérations. Dans ces conditions, un

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rééquilibrage est difficile à réaliser dans le court et le moyen terme. La tendance à la
concentration des pouvoirs économiques, politico-administratifs et culturels dans les
grandes villes reste une réalité.
Ainsi organisé, l’espace géographique Marocain sert à satisfaire les demandes des
investisseurs privés, nationaux ou extérieurs plutôt que d’améliorer le bien-être du
citoyen.
La nouvelle approche de l’aménagement territoriale : limites et
opportunités
La transformation de l’espace urbain et la désorganisation d’une grande partie de
l’espace rural sont le fait remarquable. Les paysages urbains et ruraux affichent des
disproportions de plus en plus repérées au niveau des infrastructures et de l’accès aux
services de base. Certaines villes ont des conditions de vie dégradées et cumulent de
nombreuses insuffisances (pollution, délabrement des voies de circulation et des
trottoirs, état du bâti, etc.). Les grandes villes offrent aussi un mélange de morceaux
urbains composites produits selon des logiques souvent contradictoires (médinas, cités
de recasement, quartiers coloniaux, modernes, zones d’habitat non réglementaire, etc.).
Les grandes agglomérations, notamment Casablanca, rabat Salé souffrent de
l'importance de l'habitat illégal, et de l'asphyxie due à un urbanisme souvent peu
conforme aux exigences de la circulation (transport collectif, motorisation). Les plus
hautes instances de l’Etat sont conscientes de ces. Les réflexions faisais naitre une
organisation d’un Débat National sur l’Aménagement du Territoire entre 1999 et 2001
dont le fruit été la réunion de la première session du Conseil Supérieur de
l’Aménagement du Territoire en 2004. A cet effet, le Maroc a eu de deux documents de
référence ; la Charte Nationale d’Aménagement du Territoire et du Schéma National
d’Aménagement du Territoire (SNAT).En même temps, des Inspections Régionales
d’Aménagement du Territoire ont été mises en place au niveau des Régions, trois
Agences de Développement ont été créées dans les Provinces du Nord, l’Oriental et les
Provinces du Sud et des Centres Régionaux d’Investissement dans les 16 régions. Une
attention particulière est accordée au « Maroc inutile » ; le Rif, les Provinces
sahariennes et l’Oriental.
Actuellement, une nouvelle stratégie du développement et de l’aménagement du
territoire voit le jour, basée sur la lutte contre toutes les formes de pauvreté et
d’exclusion, avec la création de la Fondation Mohamed VI pour la Solidarité, la mise en
place de l’Initiative Nationale de Développement Humain (INDH) et le discours sur la
régionalisation avancée. L’Aménagement du Territoire n’est plus considéré comme un
action visant à réduire les inégalités spatiales, mais comme une approche globale,
transversale et de long terme d’un territoire assurant le développement durable, et la
recherche de l’équité sociale.
La fonction de l’Aménagement du Territoire a pour mission la réunion des acteurs sur
un objectif commun sur les différentes échelles de la territorialité. Il est donc le nouveau
style de gouvernance réorganisant les rapports entre l’État, les acteurs et les territoires.

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La nouvelle approche de l’Aménagement du Territoire considère la ville comme moteur
de développement économique, l’espace de création de richesses et le vecteur de
changement social. La gestion des villes n’a pas de soucis que pour la gestion des
ordures, d’eau, d’assainissement et de logement, c’est aussi un cadre de concertation et
de participation des différents acteurs territoriaux. Les collectivités locales, considérées
comme l’acteur principal, sont appelées à développer leurs compétences pour devenir
des animateurs économiques, des gestionnaires qui travaillent en partenariat avec le
secteur privé, ONG, association et l’Etat, comme le cas de la gestion déléguée des
services publics. La ville est un cadre de création de richesses économiques, culturelles,
scientifiques et artistiques. C’est un centre de diffusion des valeurs de partage, de
démocratie, de justice… Elle est la clé du développement. Casablanca est perçue,
aujourd’hui plus que jamais, comme la véritable porte d’entrée du Maroc à la
mondialisation. Le discours porte aujourd’hui sur la nécessité de renforcer sa capacité,
son attractivité et sa compétitivité.
La nouvelle approche de l’Aménagement du Territoire est considérée comme une vision
intégrée du développement basée sur la lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Pour
atteindre cet objectif la politique sociale publique doit être remise en cause, d’où
l’objectif de l’Initiative Nationale de Développement Humain (INDH) qui propose une
nouvelle démarche. « Les leçons tirées des expériences passées démontrent la pertinence
de la démarche ciblée, du développement local intégré, de la programmation
participative, de l’appropriation communautaire, de l’intégration des actions sectorielles
» (INDH plateforme pour un plan d’action, Juin 2005 p.7). Elle doit « s’affirmer en tant
que cadre prospectif de réorganisation des solidarités sociales et territoriales et de
garanties d’efficacité des politiques et des programmes publics » (Rapport sur le
développement humain au Maroc " l’avenir se construit et le meilleur est possible "
p.39). Sur le plan opérationnel, l’INDH devrait constituer un instrument d’innovation en
matière d’ingénierie sociale des besoins des populations. L’exécution des programmes de
l’INDH qui s’étalent sur cinq ans dite « phases » a démarré par l’institution de comités
locaux pour le développement humain (CLDH). Ces comités composés d’élus, de
représentants de la société civile, des services extérieurs ainsi que de l’autorité locale
sont appelés à élaborer de manière concertée des projets et des actions de
développement bien définis dans le cadre d’un plan de développement local intégré
(initiative locale pour le développement humain (ILDH)). Ces comités seront également
chargés de l’exécution et du suivi du plan, après sa validation par la commission
préfectorale. La maîtrise d’œuvre des projets sera confiée de manière contractuelle aux
responsables des services déconcentrés, aux établissements publics concernés, aux
collectivités locales et aux Associations.
Ces différentes structures seront appelées à renforcer la capacité de leur ressources
humaines en matière d’élaboration des plans de développement locaux, de montage,
suivi et évaluation des projets, la médiation sociale, etc. Pour chaque Province et
Préfecture une Division de l’Action Sociale (DAS) est mise en place pour le suivi et
l’assistance technique de l’initiative. Un programme de formation et d’assistance
technique prévu par l’initiative au profit des comités locaux dans les communes et les

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quartiers, des associations impliquées dans le développement humain, des élus locaux.
Une enveloppe de 500 millions de Dirhams sur cinq ans est consacrée à cette action.
La nouvelle approche de l’Aménagement du Territoire considère la contractualisation
comme cadre d’intégration des politiques sectorielles. L'INDH et l'exemple marquant :
La démarche contractuelle permet dans tous les cas de construire progressivement une
démarche de connaissance, de responsabilisation et d’apprentissage collectif.
De l’Aménagement du Territoire au Développement Territorial Durable :
L’an 2007, lors du changement de gouvernement, a connu la création du Ministère de
l’Habitat, de l’Urbanisme et de l’Aménagement de l’Espace (MHUAE) et d’un
Secrétariat d’État chargé du Développement Territorial. Le regroupement des trois
domaines stratégiques, urbanisme, habitat et développement territorial au sein d’un
même département confirme la volonté de l’État de donner une autre dimension à
l’appréhension des problématiques socio-économiques du pays en les repositionnant par
rapport à leur cadre territorial (Adidi, A. 2010).
Le Développement Territorial passe principalement et obligatoirement par
l’Aménagement du Territoire. Les recommandations de la Charte et du SNAT se
réalisent à travers les Schémas Régionaux d’Aménagement du Territoire (SRAT) qui
sont des déclinaisons des orientations du SNAT à l’échelle régionale. Le SRAT qui doit
être élaboré sur la base de la concertation et de la participation de tous les acteurs
influents de la région pour l’identification des projets territoriaux. Lesdites
recommandations se réalisent également par « la Stratégie Nationale de Développement
Rural » (SNDR) : Cette stratégie vise à répondre à une série d’ajustements pour les
territoires ruraux : Améliorer l’attractivité du milieu rural, Promouvoir la compétitivité
de l’économie rurale et Assurer les conditions de durabilité environnementale. La
Stratégie Nationale de Développement Urbain (SNDU) compte aussi parmi les
recommandations du SNAT : Pilotée par le Ministère de l’Intérieur et le Ministère de
l’Habitat, de l’Urbanisme et de l’Aménagement de l’Espace, cette stratégie a pour
objectif de promouvoir la culture de participation en remplaçant les approches
centralisées et sectorielle qui ont prédominé jusqu’à présent. Cette stratégie a pour but
le développement urbain qualitatif et durable, créant une ville compétitive considérée le
levier de la croissance économique nationale qui permet d’aboutir à une véritable
cohésion sociale.
Le développement territorial repose sur un concept nouveau « le projet de territoire ».
Ce qui distingue un projet de territoire des autres projets est une méthodologie nouvelle
en rupture avec les approches sectorielles et centralisées du développement (Elkadiri,N.,
2007). Il s’appuie sur la participation des acteurs locaux et de l’ensemble des acteurs
concernés à toutes les étapes du projet. Un projet de territoire est un projet global : il
mobilise les potentialités de développement permettant de structurer le territoire. Il
répond à une stratégie dont les objectifs se concrétisent à long terme dont personne ne
peut se prononcer sur l’efficacité et la capacité des projets. La démarche est
expérimentée en 2009 dans quatre régions du Royaume : Doukkala-Abda, Chaouia-
Ourdigha, Gharb-Chrarda-Beni-Hssen et Taza-Al Hoceima-Taounate. Ces régions se

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distinguent par une forte ruralité et offrent de grandes potentialités. Elles sont
caractérisées par le Schéma National de l'Aménagement du Territoire en zones
d’ombres qui souffrent de grandes défaillances en terme de services publics de base, de
sous-emploi, de faiblesse de l’investissement, etc.
Pour matérialiser cette nouvelle approche participative, le Ministère de l’Intérieur, à
travers la Direction Générale des Collectivités Locales (DGCL) a engagé un ensemble
d’actions visant à développer « La Planification Stratégique Participative » des Plans
Communaux de Développement à l’échelle locale selon une démarche participative. Le
lancement de l’idée à la fin 2007 par la DGCL a élaboré un kit de planification
stratégique de façon concertée et partagée avec des partenaires nationaux et
internationaux (HCP, DFCAT, UNICEF, USAID, GLM/ACDI, ADS et l'Union
Européenne) constitués en un Groupe de travail spécifique. Les PCD peuvent constituer
de véritables instruments de développement local s’ils sont réellement élaborés dans la
concertation.
Cela ne veut pas dire que la démarche participative est la solution inévitable et qui
donne la garantie de la réussite d’un projet territorial. En effet, le Maroc a connu la
réalisation de grands équipements structurants qui auront un impact considérable sur le
territoire national et les différents secteurs productifs. Tous les acteurs publics ont
contribué (CDG, OCP, Al Omrane, ONCF, ADM, ...) pour réaliser des projets de
grande envergure comme Tanger Med, du programme autoroutier, de la ligne TGV
Tanger– Casablanca, la construction des villes nouvelles, l’aménagement de la vallée de
Bouregreg, … ces projets sont, sans aucun doute, bénéfiques pour l’amélioration de la
compétitivité du territoire national, et malgré qu’ils ne sont prévus dans aucun
document d’aménagement du territoire et leur conception a été effectuée sans
concertation avec les acteurs des territoires concernés. A travers ces expériences, n‘est-il
pas nécessaire de commencer à pense sérieusement, de donner l’occasion aux acteurs
locaux de définir les méthodes basées sur une démarche participative ascendante, avec
un accompagnement Etatique, qu'ils estiment le plus convenable pour l’émergence des
projets ? Au Maroc, le concept de développement centralisé semble dépassé. En France,
depuis les lois de décentralisation de 1982, les décisions sur l’aménagement du territoire
sont le résultat d’accords entre les collectivités territoriales, les régions et l’Etat, où les
acteurs locaux ont une influence de premier plan. Reste à savoir comment de tels
principes pourraient être promus dans un contexte Marocain.
CONCLUSION
Les politiques de développement et d’aménagement élaborées depuis la période coloniale
n’ont pas réussi à réduire les disparités spatiales, aggravées par l’ouverture de
l’économie mondiale. Ce nouveau paramètre mondial, qui privilégie les lieux, les
activités et les secteurs les plus cotés par rapport à l'extérieur, est en train d’accentuer
les déséquilibres territoriaux, tout en engendrant de nouveaux problèmes
environnementaux et sociaux. En même temps, la politique de métropolisation est
devenue source d’iniquité et d’inefficacité (Davezies Estèbe, 2007). Par ailleurs, Le
modèle central, bureaucratique en matière de gestion du territoire ne fait qu’alimenter

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d’avantage la marginalité, notamment après l’ouverture mondiale, qui discrédite ces
modes de gouvernement.
Face à cette situation, le Maroc s'est engagé dans le processus libéral depuis les années
quatre-vingt-dix, lorsqu’il a constaté qu’il n’a pas pu de lutter, d’une manière efficace,
contre le sous-développement et aussi le déficit de gestion publique des biens et services.
Au contraire, le néo- libéralisme, qui « ne signifie en rien le retrait de l’Etat et la fin de
l'interventionnisme, mais un redéploiement des modalités d'exercice du pouvoir »
(Hibou, 2006), dont le Maroc a fait ses preuves mais sans favoriser et promouvoir un
réel développement. Pour cette raison, La régionalisation et la territorialisation de
l’action publique constituent aujourd’hui un véritable défi et une réelle opportunité
pour le Maroc. En effet, cela impose de revoir et réviser d’une façon permanente les
rapports entre l’État, le territoire, le citoyen et une adaptation des capacités techniques.
Ce qui exige davantage de partage de responsabilité entre acteurs, de synergie et de
fusion des politiques. Il est clair que le discours politique sur l’aménagement du
territoire a évolué depuis une cinquantaine d’année et que les acteurs du développement
déclarent aujourd’hui qu’une bonne gouvernance territoriale fondée sur la
décentralisation, la participation et la coordination des acteurs est le secret pour réussir
à développer le pays. Toutefois, la rupture avec l’approche centrale, sectorielle, qui a
primé depuis l’Indépendance du pays s’avère difficile, en raison d’absence d’une culture
de partage et de l’écoute de l’autre chez de nombreux décideurs et acteurs.

Références

 Adidi, A. (2010). De l’aménagement du territoire au développement territorial :


quelle transition et quelle articulation .Actes du colloque international
Développement local et cohésion territoriale (juin 2009), Rabat.p 160
 Ben Mami S., 2008. La décentralisation et la déconcentration en Tunisie et au
Maroc, l’évolution du rôle des collectivités locales, des textes aux pratiques. IRG.
 Ben Mami S., Drossler L., Elie M., Gaouane Z., Gavrilov E., Meyer C., Widmeret
S., 2007. Regards croisés sur la démocratisation et la gouvernance au Maghreb.
Dossier, IRG.
 Bethemont J., 2001. Géographie de la Méditerranée. A. Colin.
 Bugnicourt J., 1971. Disparités régionales et aménagement du territoire en
Afrique. A. Colin, 352 p.
 Davezies L, Estèbe P., 2007. Mythes et légendes du développement territorial.
L’autonomie politique dans l’interdépendance économique ? Pouvoirs Locaux,
n° 72.
 Elkadiri,N. (2007) . Eléments d’analyse sur le développement territorial : aspects
théoriques et empiriques. L’Harmattan, Paris et Economie critique, Rabat.
 VERMEREN, Pierre – PARIS : LA DECOUVERTE, 2006/04, 122 P.Synthèse
très documentée de l’histoire du Maroc contemporain.
 Ben Mami S., Drossler L., Elie M., Gaouane Z., Gavrilov E., Meyer C., Widmeret
S., 2007. Regards croisés sur la démocratisation et la gouvernance au Maghreb.
Dossier, IRG.
 Bethemont J., 2001. Géographie de la Méditerranée. A. Colin.

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 Bugnicourt J., 1971. Disparités régionales et aménagement du territoire en Afrique.
A. Colin, 352 p.
 Jacques Barbier, 2012 Aménagement du Territoire et la Politique de la Ville.
Dossier Ministere de l’habitat et de l’urbanisme.
 Revue Marocaine d'administration locale et de développement (numéro102 du
janvier-février 2012, numéro78-79 du janvier-avril 2008);
 Webographie http://www.babnet.net

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