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COMMENT MEURT L’AUTRE MOITIÉ DU MALI

Abdou TRAORÉ dit Diop


COMMENT MEURT L’AUTRE MOITIÉ DU MALI

Abdou TRAORÉ dit Diop


© La Sahélienne, tous droits réservés.
Siège social : Bako Djikoroni Ouest, Bamako (Mali)
E-mail : sahelienneedition@yahoo.fr
Tél. : + 223 66 79 24 40
ISBN : 978-99952-54-14-8
Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Mali, 2011.

Relecture et mise en page : Ségolène Roy


Conception graphique de couverture :

© L'HARMATTAN, 2011
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56211-0
EAN : 9782296562110
50 VOIX

À l’heure du cinquantenaire des indépendances africaines, certains esprits


sont en train de tenter de capturer l’énergie des sociétés civiles et des moindres
groupes organisés pour les engager dans une « année de festivités ». Nous
proposons de laisser la fête là où elle est. De sortir la tête de la fête. Pour nous
interroger, débattre, capitaliser, regarder l’Afrique droit dans… ses réalités,
construire des projets de société portés par le livre et l’écrit !
«  50 voix  » est une collection pour les textes littéraires, les comptes
rendus de travaux de recherches, les témoignages, les biographies,
la réflexion critique et la protestation citoyenne.

Appel à manuscrits
Si vous avez un projet de ce type à soumettre aux éditions La Sahélienne, envoyez-
nous-en un court descriptif par e-mail à l’adresse suivante  : collection50voix@
yahoo.fr.
Si vous avez des difficultés pour passer au stade de l’écriture, demandez-nous
conseil ou faites-vous aider en rejoignant notre atelier d’écriture. Vous pourrez
enregistrer vos témoignages oraux et les structurer avec l’appui de professionnels.
Pour plus d’information sur nos activités, contactez-nous à cette même adresse
e-mail ou consultez la page Facebook de La Sahélienne (onglet « Articles »).
SOMMAIRE

Préface d’Adam Thiam.


« Pr Abdou Traoré dit Diop  : la permanence du combat » ................. 9

Première épître aux démocrates.


À propos du Manifeste pour la démocratie......................................... 11

Deuxième épître aux démocrates.


Toujours à propos du Manifeste ....................................................... 13

Troisième épître aux démocrates.


La parabole de l’enfant à la main coincée dans un bocal .................. 15

Quatrième épître aux démocrates.


Réforme constitutionnelle : le grand bond en arrière ....................... 17

Cinquième épître aux démocrates.


Soyez toujours insatisfaits ! .............................................................. 25

Première épître aux Adémistes à propos des évènements du 26 mars


1991.
26-Mars, à la lisière de la falsification de l’histoire............................ 29

Deuxième épître aux Adémistes ....................................................... 35

Troisième épître aux Adémistes ........................................................ 39


ABDOU TRAORÉ DIT DIOP

Épître aux patriotes guinéens.


Mais qu’attendez-vous, camarades ? ................................................. 43

Épître aux Africains sur le devenir écologique de leur continent et de


leur planète.
Et si l’on revisitait le totémisme ? ..................................................... 47

Réflexion sur l’œuvre littéraire de l’historienne Adame Ba Konaré.


Adame Ba Konaré, à la croisée des littératures.................................. 51

Épître aux musulmans sur la crise du Code de la famille .................. 55

Épître aux Maliens.


Existerait-il un complexe de Kankou Moussa ? ................................ 61

Épître au président de la République du Mali.


Comment meurt l’autre moitié du Mali .......................................... 65

Manifeste pour la démocratie .......................................................... 73

Liste des sigles utilisés ...................................................................... 77


Préface
Pr Abdou Traoré dit Diop : la permanence du combat

Un iconoclaste ? Pour sûr. Sinon le Pr Abdou Traoré, dit Diop, aurait confié
à plus méritant la préface de ce recueil d’épîtres édifiantes sur notre histoire
immédiate. Un génie ? On peut ne pas aimer l’homme, sa brutale franchise
et ses mots assassins. Mais là aussi, nous avons sans aucun doute affaire à un
surdoué, voire à « un torrent d’idées à absolument canaliser », comme il fut dit
de Jacques Attali. Enfin, un résistant ? Indiscutablement, c’est ce qui qualifie
le plus l’agrégé en médecine qui a fait sienne la devise du poète Abdellatif
Laâbi : donc « plonger le bistouri partout où l’homme a mal ». En somme,
une insurrection contre la souffrance de l’Homme.
Et comme l’arc d’aucun génie ne se limite à une seule corde, à ses rares
moments de détente, la guitare sous ses longs doigts, le toubib enchaîne les
notes dopantes du gambari ou celles lascives du takamba, quand il ne bat pas
le pays pour reconstituer, le temps d’une danse ou d’une nostalgie, l’orchestre
mythique de la région natale : le Super Biton National. La guitare rembarrée,
revoilà Diop sur un autre front : la création artistique. Des recueils de nou-
velles primés à l’international, des scénarios de film, le combat long et parfois
ingrat pour l’exception culturelle à travers, par exemple, le festival des Arts et
des Masques de Markala, désormais institutionnalisé.
Toutes ces activités, le chirurgien les mène de front avec un activisme po-
litique qui lui confère toute la légitimité d’aujourd’hui. Le cœur à gauche et la
patrie en tête, il prend très tôt le maquis, celui des idées pour un pays meilleur
et partageux, mais surtout celui, bien plus prenant, de l’action. Il adhère ainsi
au Parti Malien du Travail (PMT), un parti politique clandestin, et fera par-
tie, vers la fin des années 1980, de la coopérative Jamana. Avec d’autres, dont
l’ami de trente ans, Alpha Oumar Konaré, il anime l’emblématique parution
Les Échos. Le microcosme s’habitue très vite à la rubrique « Dix questions
à » que le professeur anime. Celle-ci débusque les écarts de gouvernance et

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ABDOU TRAORÉ DIT DIOP

dénonce les abus du prince. En fait, elle est l’ancêtre des épîtres contenues
dans ce livre.
La filiation est donc claire et logique et le message est que la lutte continue.
Pour que l’autre moitié ne meure plus. Pour que les limites soient marquées
et intégrées entre la gouvernance démocratique et la chefferie de canton. Pour
que les gouvernants soient rendus comptables de leurs actes. Pour qu’enfin
la sanglante rupture de Mars 1991 que le Mali a connue débouche sur une
démocratie fluide et prévisible. En ces temps où se discutent les réformes
institutionnelles, ce livre ne pouvait mieux tomber. Ce n’est peut-être pas
fortuit. Car le Pr Diop, ancien député et grand catalyseur du contre-pouvoir
citoyen, est tout autant la boîte noire d’un passé pas si lointain que la sonnette
d’alarme face aux dérives du projet démocratique.

Adam Thiam, journaliste

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PREMIÈRE ÉPîTRE AUX DÉMOCRATES

À propos du Manifeste pour la démocratie

En juin 2006, l’association Démocratie et Justice, présidée par Diop, publie


le Manifeste pour la démocratie qui remet fortement en cause le processus de la
démocratie malienne. L’auteur analyse dans cette première épître aux démocrates
les réactions de certains acteurs politiques vis-à-vis de ce manifeste.

Les démocrates maliens viennent de gagner une première bataille : celle de


se réveiller du profond sommeil dans lequel une propagande abrutissante les
avait plongés depuis quatre ans.
L’appel au sursaut national lancé à travers le Manifeste pour la démocratie
n’a laissé personne indifférent. Nos concitoyens commencent à réagir. Parfois
avec passion, parfois même avec fureur, mais toujours avec un sens aigu de la
responsabilité qui leur fait dire que le Mali ne peut pas être la propriété d’un
homme ou d’un groupe.
Nous avons reçu de très nombreux appels et des courriels de la part de
nos concitoyens que nous publions presque quotidiennement sur notre blog.
Notre site Internet a été visité en une semaine par plus de 200  personnes.
Des cellules de l’association Démocratie et Justice (ADJ) ont commencé à
se mettre en place, notamment à Niamakoro, NTomikorobougou, Markala
et Garantiguibougou. Et, fait important, nous avons reçu une réaction très
positive du bureau politique du RPM (Rassemblement Pour le Mali) qui a
salué le manifeste comme étant une étape très importante dans l’éveil des
consciences dans notre pays. Force est de rendre hommage ici au courage
politique de la direction de ce parti et le degré d’engagement de tous nos

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ABDOU TRAORÉ DIT DIOP

signataires. Aux autres, nous disons que la porte reste largement ouverte
pour ce débat sur la construction d’un État moderne, anti-unanimiste, libre,
républicain.
Certes, il y a eu aussi des réactions négatives de la part de certains milieux,
en parfait décalage avec les préoccupations des citoyens de ce pays, et qui
confondent allègrement leurs intérêts particuliers avec ceux de la nation. Ils
sont tombés dans les attaques personnelles, armant les mains de plumitifs
besogneux dont pas un seul n’a pris la peine de venir s’informer auprès des
auteurs du manifeste avant de se fendre en propos de caniveaux dans les
colonnes de leurs journaux. Ceux-là sont en retard d’un combat. Car notre
lutte n’est pas une lutte de personne, mais une lutte pour le respect des
principes, des règles, des lois, de l’équité, c’est-à-dire de l’égal accès à la chance
pour tous nos concitoyens.
Ne vous laissez donc pas divertir !
Mais ne vous laissez pas intimider non plus ! Notre démocratie que l’on
tente de dévoyer aujourd’hui ne nous a pas été octroyée ! Elle a été conquise
par une lutte âpre où les meilleurs d’entre nous ont laissé leur vie. Souvenez-
vous-en !
Faisons en sorte qu’en leur mémoire et pour notre devenir, ce pays ne soit
jamais une république bananière !
Le mouvement n’en est qu’à ses débuts ! Mais rappelez-vous la théorie
de l’effet papillon, dont un simple battement d’ailes pourrait déclencher une
tornade à l’autre bout du monde.
Continuez donc à vous informer sur le Manifeste pour la démocratie !

Je vous dis à très bientôt !

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DEUXIÈME ÉPîTRE AUX DÉMOCRATES

Toujours à propos du Manifeste

Assurément, le Manifeste pour la démocratie est un évènement majeur dans


notre pays.
Avec plus de 2  500  signataires autour du manifeste, des cellules à Ba-
mako, Sikasso, Markala, Koutiala, Dioila, Ansongo, Koulikoro, Mopti, des
entretiens avec près d’une quinzaine de partis politiques et d’organisations de
la société civile, l’ADJ s’impose désormais comme un interlocuteur politique
crédible dans ce pays. Essentiellement par la solidité de son argumentaire et
par votre mobilisation, à vous, les signataires du manifeste. Ensemble, nous
nous acheminons vers cette concertation des forces politiques et sociales dont
nous avons fait état dans le manifeste.
Certes, certains ne sont pas d’accord avec nous et nous l’ont fait savoir.
Cela est tout à fait normal et rentre dans l’ordre des choses. Nous ne cher-
chons pas à créer un nouvel unanimisme !
D’autres nous appellent à élargir davantage le débat en nous prononçant
sur tous les problèmes de la nation, comme le problème du Nord ou l’affais-
sement des classes moyennes et populaires qui s’appauvrissent de jour en jour.
Nous ne saurions nous y dérober. Dans les temps à venir, l’ADJ émettra son
avis sur ces questions fondamentales qui compromettent le devenir de notre
pays et nous rejettent à la périphérie d’un monde en marche.
Quelques-uns se sont employés à retourner comme un doigt de gant
notre démarche, en nous accusant carrément d’affaiblir les partis politiques.
Ceux-là nous intéressent particulièrement aujourd’hui. Je voudrais donc, avec
votre permission, qu’on s’attarde un peu sur leur cas, comme le médecin le
ferait au chevet d’un malade un peu plus inquiétant que les autres.

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ABDOU TRAORÉ DIT DIOP

Je voudrais dire à ces frères et sœurs en politique qu’il faut, selon les
Bamanan, « s’intéresser d’abord à son point de trébuchement avant de s’inté-
resser à son point de chute ». Et à ce sujet, je voudrais leur rappeler deux ou
trois choses qui me paraissent très importantes.
La première, c’est que le premier ennemi d’un parti politique est le déficit
de démocratie interne. Aucune forteresse de mensonge ou de propagande ne
peut maintenir les militants de façon indéfinie dans les carcans d’un parti
politique quel qu’il soit. La réalité, dans la plupart de nos partis politiques,
c’est la marginalisation, l’infantilisation, voire le mépris dont les militants
sont l’objet : ils constituent la masse corvéable quand il s’agit d’aller crier les
slogans creux et d’aller voter, mais leur avis n’est pas demandé quand il s’agit
de prendre des décisions importantes, comme celle de nouer des alliances
opportunistes permettant aux leaders de se tailler des postes de rente au sein
du pouvoir. C’est cela qui fragilise un parti politique et non un simple docu-
ment comme le manifeste appelant à renforcer la démocratie.
La deuxième chose qu’il me paraît important d’évoquer est intimement
liée à la première : le déficit de démocratie interne, de communication, d’ani-
mation politique est effectivement un facteur de risque pour tout parti poli-
tique. L’autre facteur qui s’associe au précédent pour lui conférer un caractère
exponentiel est précisément l’incapacité des partis politiques à se concerter,
à dialoguer, à se regrouper. Oui, beaucoup d’entre eux imploseront pour la
simple raison qu’ils n’ont aucun atout qui puisse leur donner une viabilité
durable. Car le Mali, manifestement, n’a que faire de 117 partis politiques. Et
comme, toujours selon les Bamanan, « la colonne de selles se rompt toujours
au niveau de son point de faiblesse »… Vous remarquerez avec moi que le
problème n’est donc pas le manifeste. Mais le manifeste peut être la solution.

Je vous salue et vous dis à bientôt !

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TROISIÈME ÉPîTRE AUX DÉMOCRATES

La parabole de l’enfant à la main coincée dans un bocal

En 2002, la plupart des partis politiques maliens ont noué alliance avec
Amadou Toumani Touré qui était candidat indépendant à l’élection présiden-
tielle au Mali. L’auteur, en tant que militant du mouvement démocratique ayant
précisément œuvré pour l’avènement de la démocratie pluraliste, dénonce ce qu’il
considère comme une renonciation des partis politiques à leur mission d’anima-
tion politique et analyse les raisons de cette démission. Le message véhiculé par le
Manifeste pour la démocratie trouve ici un souffle nouveau.

J’aimerais commencer ce nouveau message par une petite histoire. Une his-
toire qu’aimait beaucoup raconter Billy Graham, ce grand télévangéliste amé-
ricain pendant ses campagnes d’évangélisation.
Il s’agit, disons, de la parabole de l’enfant à la main coincée dans un bocal.
Un gosse se prit donc un jour la main dans un vase de très grande valeur. Et
malgré tous les efforts de la famille pour la libérer, la main resta solidement
coincée. Tout en se demandant ce qui pouvait emprisonner cette main dans
le vase, son père, en désespoir de cause, lui dit : « Écoute, mon fils, ouvre ton
poing, serre tes doigts les uns contre les autres, étends-les tout droit comme
ça et essaie de sortir la main. » L’enfant répondit : « Tu plaisantes, papa ! Si
j’ouvre ma main, je vais perdre la pièce de dollar que je tiens là-dedans ! »
La plupart de nos partis politiques vivent exactement la même situation
que cet enfant. Ils sont prisonniers d’une situation absurde dans laquelle ils se
sont fourvoyés eux-mêmes : celle de renoncer à leur mission première, l’ani-
mation politique, au profit d’un homme qui se dit résolument indépendant,

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ABDOU TRAORÉ DIT DIOP

même s’il aime rappeler à l’occasion qu’il est un soldat (statut auquel il a
pourtant renoncé en se portant candidat à la présidentielle).
Le Mali vit dans un désert politique. Et c’est ce que le Manifeste pour la
Démocratie a dénoncé. Et c’est ce que bon nombre d’entre vous ont compris,
en s’engageant en toute liberté pour porter le nombre de signataires à plus de
800 personnes aujourd’hui et en créant déjà une dizaine de comités ADJ à
travers le territoire.
Je dis bien «  désert politique  », même si, paradoxalement, plus d’une
centaine de partis politiques pullulent sur la place publique dans notre pays.
Mais, au risque de me répéter, je dis que de par leur abdication bassement
monnayée, ils ont autant d’efficacité qu’un eunuque dans un harem de jeunes
filles vierges. Et pourtant, il faudra bien qu’ils sortent de cette impasse.
D’abord parce qu’ils croient tous tenir le bon bout, le pactole, alors
qu’en fait, ils ne tiennent que des miettes, l’essentiel étant dans les mains de
quelques-uns de leurs barons défroqués dont le contrôle leur a échappé depuis
belle lurette et qui ne sont aujourd’hui que de pâles fondés de pouvoir des
indépendants du Mouvement Citoyen du général  ATT. Oui, l’essentiel est
ailleurs, et c’est bien pourquoi la majorité d’entre eux ne se donnent même
plus la peine d’intervenir dans les affaires de la nation, même quand elles sont
aussi cruciales que la rébellion du Nord, que la question de l’École, que les
récurrentes crises alimentaires !
Ensuite parce qu’ils risquent fort de se voir infliger une correction élec-
torale sans précédent. À force de tromper le pouvoir et de troquer leurs mili-
tants, nombre d’entre eux ne se rendent même pas compte que leurs bases leur
échappent jour après jour.
Enfin les partis politiques sont sommés par leur conscience de se libérer
de cette servitude parce que des Maliens ont fait le sacrifice de leur vie en
mai 1991 pour qu’ils puissent eux exister librement aujourd’hui. Le carré des
Martyrs à Niaréla n’est pas un cénotaphe érigé pour les besoins d’un film de
mauvais goût. C’est pour rappeler à tous le chemin de l’honneur et le sens de
l’engagement d’un peuple.
Et maintenant, j’aimerais terminer par cette citation que notre compa-
triote Dialla Konaté, brillant intellectuel officiant aux USA, a fait sienne  :
« La différence entre votre passé et votre futur, c’est ce que vous êtes en train
de réaliser maintenant. »
Faites passer ce mot à vos familles politiques et à nos concitoyens !

À très bientôt !

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QUATRIÈME ÉPîTRE AUX DÉMOCRATES

Réforme constitutionnelle : le grand bond en arrière

Le président ATT a initié en février 2008 une mission de réflexion sur la


consolidation de la démocratie au Mali, laquelle mission dénommée CARI (comi-
té d’appui aux réformes institutionnelles) produisit un rapport en 2010 pour pro-
poser des réformes institutionnelles dont l’auteur remet fortement en question ici la
pertinence. Et il se donne l’occasion de remettre également en cause les fondements
mêmes de l’État moderne en Afrique, tels que proposés par la classe politique.

L’éternelle trahison des clercs


S’il m’était imposé de m’exiler sur une île déserte tout en me laissant le
choix d’emporter un seul livre, je prendrais sans hésiter La tragédie du roi
Christophe. Pour une raison bien simple : Aimé Césaire y explique sans am-
bages que les humanistes et les défenseurs des droits de l’homme tiennent un
discours mensonger et hypocrite en prétendant que tous les hommes sont
à égalité face à la vie. Selon lui, le racisme, l’esclavage, la traite des Noirs,
la colonisation et autres outrages de l’histoire ont jeté le nègre (entendez le
damné de la terre) dans une fosse. Pour qu’il puisse s’extraire de cette fosse
et marcher sur le même palier que les autres, le nègre est tenu de fournir des
efforts plus importants que les autres.
Cette vérité élémentaire exige du nègre, du post-colonisé et (suivez mon
regard) de l’Africain, un impérieux devoir de créativité pour maîtriser les outils
qui ont servi et qui continuent de servir de cadre de justification à son asser-
vissement. C’est à ce prix qu’il cessera d’être un simple sujet de l’Histoire. Et
pourtant, cette vérité fait l’objet d’un refoulement constant de la part de nos
« élites », c’est-à-dire ceux qui sont censés nous amener vers la lumière et qui

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ABDOU TRAORÉ DIT DIOP

ont rarement le courage d’aller à l’encontre des idées reçues, rarement l’audace
d’aller à l’abordage des intérêts des « insiders », ces cartels de la prédation qui
infestent les systèmes politiques de nos pays pour en privatiser les ressources et
socialiser les charges. Et c’est cette trahison des clercs, sous-tendue par la véna-
lité ou l’incompétence, qui réduit nos pays à se vautrer dans un mimétisme
affligeant qui ne peut être que cause de régression. Et c’est ainsi que malgré les
prélèvements impitoyables opérées sur les citoyens, malgré les aides massives
injectées par les partenaires, malgré les taux de croissance flatteurs dont on
nous gratifie de temps à autres, malgré les institutions-vitrines de toutes sortes
mises en place, nous restons à la traîne du monde.
Oui, le projet démocratique dans nos pays se réduit à un formalisme
démocratique, à une illusion démocratique, dont l’entretien dans l’esprit des
populations vaut bien quelques rafistolages périodiques de façade davantage
pour plaire aux partenaires externes que pour la construction d’une véritable
société démocratique. Et pour ce genre de boulot, partout sur le continent
africain, nous ne manquons malheureusement pas de scribes de service qui
viennent défendre l’indéfendable. Et qui rappellent étrangement ces « dignes
et tristes farceurs » de Jacques Prévert.
Et c’est parce qu’il se moule parfaitement dans ce cadre que nous récu-
sons le rapport du CARI qui, loin de proposer des réformes susceptibles de
consolider la démocratie, n’avance que des mesures propres à défendre les
intérêts sordides d’une « élite » politique par le renforcement de la prédation
des populations maliennes.

Le rapport du CARI : une méthodologie très discutable


C’était en janvier 2009.
Nous faisions déjà remarquer à travers un article de presse (« Le rapport
Daba, une occasion manquée  », paru dans Les Échos) que les travaux du
Comité posaient de graves questions d’ordre méthodologique. On ne peut
en effet pas mener un tel travail de recherche sans répondre d’emblée à un
certain nombre de questions (démarche allègrement ignorée par le CARI). Le
Comité a en effet omis de décrire certaines parties majeures de son protocole
de travail, ce qui est fort préjudiciable à ses conclusions et recommandations :
1. Qui a fait le travail ?
Certes, la liste des membres du Comité est publiée dans le rapport. Mais
le lecteur reste largement sur sa faim par rapport à l’identité réelle de nom-
breux membres du comité (qu’il n’est pas tenu de connaître au préalable),

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COMMENT MEURT L’AUTRE MOITIÉ DU MALI

dont la seule qualité évoquée est celle de professeur. L’on ne sait dans quel
domaine ils exercent leurs compétences, ce qui laisse planer un sentiment de
malaise sur la pertinence de leur présence dans le Comité.
Par ailleurs, nous affirmons que le choix porté sur M.  Daba Diawara
comme président d’un tel comité est discutable. Un tel choix aurait largement
gagné en crédibilité s’il avait porté sur un expert indépendant (un universi-
taire par exemple). Or en tant que chef d’un parti politique, M. Diawara ne
peut pas être crédité d’indépendance dans le cadre d’une telle mission.
2. Comment ont été adoptées les deux centaines de recommandations
issues des travaux du comité d’experts ?
Le CARI fait une impasse remarquable sur la question. Or il est très im-
portant de connaître cette procédure pour s’assurer que les recommandations
(qui vont engager l’avenir de tout un peuple) reflètent effectivement les avis
les plus partagés au sein du comité.
3. Comment ont été gérées les questions éthiques ?
Cette question est d’autant plus importante que M.  Soumana Sako,
ancien Premier ministre du Mali, vient d’apporter un démenti formel aux
allégations du président du CARI qui avait déclaré sur une radio étrangère
que tous les anciens Premiers ministres avaient été approchés par le Comité.
Mais à sa décharge il faut souligner que le Comité n’a pas inscrit le nom de
Sako sur la liste des personnalités auditionnées. L’on peut donc fermer un
œil (mais seulement un œil !) sur cette anecdote, en concluant à un lapsus.
L’erreur est humaine, après tout !
Mais ce qu’il y a de plus inquiétant sur le plan éthique, c’est le flou artis-
tique observé autour des conditions d’audition des différentes personnalités,
surtout issues de partis politiques ou d’organisations de la société civile. On
ne sait pas si elles ont été invitées intuitu personæ ou si elles ont été dûment
mandatées par leurs structures. Le détail est de taille, car une fois de plus, nul
ne sait si les avis émis par ces personnalités reflètent eux aussi les opinions
réelles de leurs structures respectives.

19
ABDOU TRAORÉ DIT DIOP

Les quatre péchés capitaux du rapport du CARI

1. L’absence de questionnement pertinent sur les


fondements culturels de la démocratie malienne
Le Comité aurait dû commencer son travail par là.
Certes, le projet démocratique a des aspects universels, mais il a aussi
des spécificités culturelles et le rôle de tout chercheur dans ce domaine est de
s’interroger sur la congruence entre le projet et le terrain.
À ce sujet, la lecture du rapport laisse perplexe : certes les premières pages
s’attachent à restituer un continuum dans notre parcours institutionnel de-
puis les empires jusqu’à nos jours. Mais l’on était en droit d’espérer justement
dès ces premières pages une vision analytique de l’héritage historique et des
ressorts sociologiques qui favorisent ou entravent l’émergence de l’État démo-
cratique. En d’autres termes, la démocratie a certes des outils de gestion (que
sont les institutions et autres organes rattachés), mais elle a également des
fondements qui forgent la mystique commune pouvant amener les groupes
sociaux à adhérer au projet démocratique ou à le rejeter.
Le Comité d’experts a, à notre avis, commis un péché capital, celui d’avoir
réduit la démocratie à l’architecture institutionnelle et à la bonne tenue des
élections.
Mais il y a plus grave. Chacun sait que la transition démocratique consiste
en fait à aborder les ruptures qui substituent à l’État informel (aux institutions
absentes ou factices) l’État formel, impersonnel, moderne, où la régulation
sociale ne s’opère plus sur la base de liens personnels, familiaux, tribaux, eth-
niques ou d’appartenance à des groupes d’intérêts divers, mais sur la base de
règles prévisibles, acceptables par le plus grand nombre. À quoi sert-il d’évo-
quer Kurukan Fuga si le comité d’experts n’a même pas été capable de relever
ses limites dans la mise en place d’un État démocratique ? Pour le folklore ?
2. L’absence de questionnement sur la finalité du projet démocratique
Le rapport du CARI est très explicite sur plusieurs aspects de l’habillage
du projet démocratique à travers la mise en place des institutions, les statuts
des dignitaires, les émoluments, le protocole… Le Comité a même trouvé très
important de s’appesantir sur la coiffure du président de la République le jour
de sa prestation de serment ! Au finish, l’impression générale est univoque :
pour le CARI, la pérennité de la démocratie passe avant tout par le confort
des dignitaires qui l’animent. Quid alors du peuple dont on se réclame et qui,
selon la terminologie habituelle, est le vrai détenteur du pouvoir ?

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COMMENT MEURT L’AUTRE MOITIÉ DU MALI

Quelles questions s’est-on posées sur la pertinence et la performance des


institutions et sur leur capacité à assurer un meilleur devenir des populations ?
Comment faire en sorte que le citoyen ordinaire soit soustrait du racket
quotidien de ceux-là justement qui sont recrutés pourtant pour le protéger ?
Comment mettre l’administration publique au service des citoyens et évi-
ter sa privatisation et sa clientélisation forcenée par des agents qui échappent
désormais à tout contrôle ?
Comment assurer le respect du droit de propriété dans un pays où les
paysans se font sauvagement exproprier à tour de bras de leurs terres ?
Comment assurer une plus grande justice sociale à travers une formali-
sation et une sécurisation des systèmes de solidarité quand l’exode rural, les
mutations sociales au sein de la famille, la détérioration des systèmes de pro-
duction précarisent le plus grand nombre ?
Comment garantir une réelle mobilité sociale à tous les fils et filles de ce
pays à travers un accès équitable à l’emploi et aux services sociaux de base que
sont l’habitat, l’école, la santé, l’eau potable ?
C’est au formatage des institutions que le CARI aurait dû s’atteler, afin
qu’elles répondent de façon efficiente aux besoins essentiels des populations.
Car c’est par là que l’on peut espérer une réelle consolidation de la démocratie.
Il s’agit bien là d’une occasion manquée.
3. La monarchisation du pouvoir
Le Comité d’experts a opté pour le maintien du régime actuel, c’est-à-dire
du régime semi-présidentiel (soit dit en passant, la question a été évacuée en
une demi-page dans un rapport qui en compte plus de 250).
La justification de ce choix repose sur des bases assez fragilisantes pour la
démocratie :
1. Le rapport souligne que la désignation des hautes autorités
politiques a obéi aux exigences démocratiques. Cette assertion est
fort discutable dans la mesure où le second personnage de l’État, le
Premier ministre, a été nommé au moins à quatre reprises dans la
IIIe  République sans aucune référence à la majorité parlementaire.
Il est vrai que la Constitution donne au président un pouvoir
discrétionnaire pour le choisir. La commission Daba maintient cette
disposition qui inféode le Premier ministre au seul président de la
République dont il tient tout son pouvoir et toute sa légitimité. De
fait, ce régime semi-présidentiel est un régime présidentiel ultra fort, le
Premier ministre n’étant qu’un doublon et un fusible du président qui

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ABDOU TRAORÉ DIT DIOP

n’est même pas obligé d’affronter les contre-pouvoirs institutionnels


pour défendre ses programmes.
2. La principale justification que la commission brandit pour
justifier ce choix est le cas du Niger (l’épisode de la cohabitation).
L’exemple relève de la casuistique et à la limite il est très superficiel.
En effet, comme l’a fait remarquer René Passet (voir L’illusion néo-
libérale), dans un système sociopolitique, le problème ne réside pas dans
l’existence du conflit (qui est absolument inévitable et qui, a contrario,
peut même s’avérer très vivifiant), mais dans le mode d’arbitrage du
conflit. Verrouiller le système pour étouffer toute contestation revient
à casser le thermomètre pour ne pas voir la fièvre. Et comment peut-
on faire pour oublier Montesquieu ? « Si à l’intérieur d’un État vous
n’entendez le bruit d’aucun conflit, vous pouvez être sûr que la liberté
n’y est pas. » (Voir Considérations.)
Pour notre part, nous réaffirmons ici (voir le projet politique de
l’ADJ) que notre Constitution actuelle (celle de 1992) confère déjà
au président de la République des pouvoirs quasi monarchiques car :
1. Il est le chef de l’État (art. 29) ;
2. Il nomme le Premier ministre et les autres ministres (art. 38) ;
3. Il préside le Conseil des ministres (art. 39) ;
4. Il est le chef suprême des armées (art. 44) ;
5. Il est le président du Conseil supérieur de la magistrature
(art. 45) ;
6. Il a pleins pouvoirs, par le biais du Conseil des ministres qu’il
préside, sur la nomination des officiers généraux, des gouverneurs
de région, des ambassadeurs et des directeurs des administrations
centrales (art. 46) ;
7. Il peut dissoudre l’Assemblée nationale.

Certaines remarques s’imposent :


–  La mainmise du président de la République est totale sur
l’administration. Cela pourrait être dicté par un impératif de
responsabilité  : au bout d’un mandat de 5  ans, c’est lui qui sera
sanctionné par le vote des citoyens sur sa gestion des affaires publiques.
Mais il est indéniable que la pression qu’il peut exercer sur tous les
relais administratifs (ministres, directeurs, gouverneurs, préfets, sous-
préfets) est de nature à fausser tous les résultats du vote qui ne devient
alors qu’une simple formalité ;

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COMMENT MEURT L’AUTRE MOITIÉ DU MALI

– Mais il y a plus grave : le président de la République qui ne doit


être que le chef de l’exécutif a une mainmise remarquable sur le pouvoir
législatif (il peut dissoudre l’Assemblée nationale) et sur le pouvoir
judiciaire (il est le président du Conseil supérieur de la magistrature, il
a un quota de trois juges au sein de la Cour constitutionnelle). Quand
l’on y ajoute sa fonction de chef suprême des armées, l’on remarque
que rien ne peut échapper au président de la République.
Mais cette concentration de pouvoirs entre les mains d’un seul
homme ne suffisait pas au CARI. Le comité d’experts va encore plus
loin en effet. Il enfonce le clou en proposant de lui conférer en plus
le pouvoir :
–  de nommer le président de la Cour constitutionnelle, sous
le prétexte fallacieux que cette pratique permet d’éviter que le
fonctionnement de l’institution ne se ressente des campagnes
électorales ! On croit rêver ! Parce que le président de la République
est lui aussi, avant tout, un humain, et rien ne pourrait l’empêcher de
mener sa propre campagne au sein de l’institution. Mais la proposition
nous paraît quasiment offensante à l’endroit de l’institution que l’on
crédite a priori de l’incapacité de s’assumer en tant que structure
républicaine. Pourquoi donc la maintenir si elle ne peut fonctionner
correctement que sous stricte caporalisation  ? Et où va donc la
séparation des pouvoirs ? ;
– de nommer le directeur général des élections ;
– de nommer le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel.

Nous posons une question au CARI : en quoi de telles dispositions


impériales peuvent-elles contribuer à consolider notre démocratie ?
4. Le manque de courage politique
À notre entendement, la coexistence d’une présidence de la République
et d’une primature pose déjà problème sur le plan de l’utilisation rationnelle
des ressources de l’État au bénéfice des populations. Nous ne croyons pas que
le Mali soit assez riche pour entretenir ce système de luxe. La suppression
de la seule primature (au profit d’un vrai régime présidentiel pondéré par le
Parlement), pourrait permettre de créer 5 à 6 PMI ou PME dans chacune des
703 communes du Mali en l’espace d’un seul mandat présidentiel et offrir des
milliers d’emplois directs aux jeunes ! La suppression de la présidence de la
République (au profit d’un régime parlementaire) allègerait encore beaucoup
plus les charges de l’État. Que ces modalités ne choquent personne, cela se

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ABDOU TRAORÉ DIT DIOP

voit dans nombre de pays qui ne se portent pas plus mal que nous ! Le temps
est venu de se désaliéner franchement des idées reçues, de la routine : elles
sont peut-être confortables à court terme, mais meurtrières à long terme.
Et c’est cette vision et/ou ce courage politique qui ont manqué au CARI.
Le Comité a tellement tenu à rester sur les sentiers battus qu’il propose en plus
la création d’un Sénat. Que vaut un Sénat en dehors du fédéralisme ou d’une
décentralisation assurant une véritable autonomie de gestion à des régions
tenues par des conseils élus par les populations ? Dans ces conditions, qu’est-
ce un sénat, sinon une autre succursale du pouvoir central, sinon qu’un autre
poste budgétaire à satisfaire inutilement au détriment des besoins essentiels
des populations ?
La démocratie n’a certes pas de prix, mais elle a un coût. Et ce coût pèse
de plus en plus lourd sur la tête des populations pour lesquelles le rapport du
CARI constitue un « grand bond en arrière », selon le mot de Serge Halimi.
Nous terminons cette réflexion par la question du maintien de l’article 30,
qui a donné lieu à un tapage médiatique de fort mauvais goût à notre avis.
Parce que nous ne voyons pas en quoi le fait de respecter une clause
constitutionnelle doit donner lieu à des éloges, quand bien même des voyous
politiques ont osé violer dans d’autres pays leur serment. Ceux qui respectent
le leur ne font après tout que leur devoir de citoyen.
Parce que nous pensons, par ailleurs, que le rapport CARI ne ferme pas le
débat : contrairement à ce que d’aucuns claironnent urbi et orbi, nous pensons
que les dispositions proposées peuvent largement être battues en brèche et
permettre à un ancien président de se porter candidat. Mais cela est un autre
sujet de débat que nous aborderons en temps opportun.

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CINQUIÈME ÉPîTRE AUX DÉMOCRATES

Soyez toujours insatisfaits !

Ceci est une épître particulière : l’auteur essaie de démontrer que les progrès
sociaux sont le fruit d’une quête permanente qui doit constituer un engagement
constant pour chaque militant du mouvement démocratique et pour tout homme
tout court.

La légende dit qu’Isaac Newton se reposait sous un arbre quand soudain, une
pomme lui tomba sur la tête. Et Newton de se poser la question de savoir
pourquoi donc la pomme était tombée et pourquoi donc les objets tombaient
toujours de haut en bas. Bien sûr, avant lui, beaucoup de gens avaient déjà dû
recevoir des pommes et autres objets sur la tête, au point d’en avoir des bosses.
Des gens satisfaits, très satisfaits de leur sort, de l’environnement ambiant, de
la marche du monde. Et bien sûr, ils ne s’étaient pas posé de question. Dans
le meilleur des cas, ils s’en étaient peut-être posé quelques-unes, mais avaient
dû, dès les premiers écueils, battre sagement en retraite : pourquoi diable se
triturer la cervelle et se compliquer la vie quand on est si satisfait ?
Mais Newton, lui, n’était pas satisfait. Il chercha, et chercha encore, et
finalement trouva que deux corps libres dans l’espace s’attirent avec une force
proportionnelle au produit de leurs masses et inversement proportionnelle
au carré de la distance qui les sépare. La loi de la gravitation universelle était
née. Elle s’ajoutera à bien d’autres trouvailles, provenant de la quête d’autres
insatisfaits qui refusèrent la facilité des évidences, parfois au péril de leur vie.
Et c’est de ces refus que naquit le nouveau monde qui nous fait bénéficier
aujourd’hui des avions, des vaccins, de la télévision, de l’ordinateur, du télé-
phone cellulaire…

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