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ECOLE NATIONALE D’ARCHITECTURE ET D’URBANISME DE TUNIS

COURS D’INITIATION À L’ANTHROPOLOGIE


ET AUX SCIENCES SOCIALES

DESTINÉ AUX ÉTUDIANTS DE LA PREMIÈRE ANNÉE EN ARCHITECTURE

RÉSUMÉ:
Le préambule du cours présentera l’apport des sciences humaines et sociales
dans la formation en architecture et en urbanisme.
La première partie du cours comprend l’exposé des notions de société : relations
sociales, faits sociaux et culture. Elle traitera de la dimension sociale de
l’espace, montrant que la limite de l’espace est doublement sociale et que
l’orientation permet d’organiser et de qualifier socialement l’espace.
Par ailleurs, la partie suivante du cours, montrera que l’espace, champ
d’intervention professionnel de l’architecte, doit être saisie dans son imbrication
entre ses dimensions spatiale, sociale et culturelle. Ainsi, les relations
dialectiques entre l’espace et la société sont abordées à la troisième partie du
cours, à travers trois exemples d’études. Ces études illustrent l’influence des
empreintes sociales et des valeurs culturelles sur l’espace, mais aussi, elles
montrent les effets des changements spatiaux sur le fonctionnement social.
Enfin, la dernière partie du cours se présente sous forme d’atelier qui exercera
l’étudiant à la méthodologie et aux techniques de la recherche, à la
documentation bibliographique, à l’analyse de texte et à la pratique de l’exposé.

ENSEIGNANTES : - IMEN OUESLATI HAMMAMI


- RAOUDHA BEN AYED NAJJAR

2018-2019
Cours initiation aà l’anthropologie et aux sciences sociales (premieà re anneé e architecture)

PLAN
INTRODUCTION 5
PREMIERE PARTIE : INITIATION A LA SOCIOLOGIE DE L’ESPACE 8
CHAPITRE 1 : DEFINITION DE LA SOCIOLOGIE 8
I- Qu’est ce que la sociologie ?................................................................................................8
II- Des outils pour appréhender concrètement les faits sociaux ?..........................................9
III- Les grands courants de la sociologie classique...............................................................10
CHAPITRE 2 : Qu’est-ce que la sociologie de l’espace 13
I- Tentative de définition de la sociologie urbaine...............................................................13
II- Spécificité de la sociologie urbaine (l’imbrication entre le social et le spatial)..............13
III- La ville objet de recherche de la sociologie urbaine :.....................................................13
IV- Quelques approches sociales de l’espace :.......................................................................15
CHAPITRE 3 : La notion d’ « acteur » et la production sociale des espaces 18
I- La notion d’acteur social...................................................................................................18
II- Qu’est-ce qu’un acteur urbain ?.......................................................................................19
III- L’interaction entre les acteurs urbains et la production des espaces de la ville.............19
IV- Les acteurs urbains et leurs visions de la ville..................................................................21
DEUXIEME PARTIE : INITIATION A L’ANTHROPOLOGIE 23
DE L’ESPACE 23
CHAPITRE 1 : DEFINITION DE L’ANTHROPOLOGIE 23
I- Qu’est ce que l’anthropologie ?.........................................................................................23
II- Les grands courants de l’anthropologie............................................................................24
CHAPITRE 2 : DEFINITION DE L’ANTHROPOLOGIE DE L’ESPACE 25
I- OBJET d’étude et objectif..................................................................................................25
II- DOMAINES D'INVESTIGATIONS.................................................................................25
CHAPITRE 3: L’anthropologie de l’espace domestique 27
I- Pourquoi s’intéresse –t- on à l’espace domestique ?........................................................27
II- Les caractéristiques de l’espace domestique ?..................................................................27
TROISIEME PARTIE : EXEMPLES D’ETUDES DE L’INTERACTION : SOCIETE –
ESPACE – CULTURE 31
INTRODUCTION :Comment les sciences sociales aborde-t-elle la question de l’espace ? 31
CHAPITRE 1:EXEMPLE D’ÉTUDE N°1 : 32
L’ Etude de la ville arabo-musulmane de Tunis : expression d’un code social / stratégie et
enjeux de création 32
I- La typologie et la structure urbaines islamiques classiques.............................................32
II- Organisation spatiale de la médina : Expression d’un code social.................................33
III- Choc colonial et déstructuration des villes islamiques traditionnelles...........................38

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CHAPITRE 2 :EXEMPLE D’ÉTUDE N°2 : 41


L’ Etude du jeu des acteurs et leur impact sur l’aménagement des espaces urbains : le cas du
projet d’embellissement de l’avenue H. Bourguiba de Tunis 41
I- Présentation de l’avenue H-Bourguiba............................................................................41
II- Présentation du « projet de l’avenue H. Bourguiba à Tunis ».........................................42
CHAPITRE 3: Texte support d’analyse :................................................................................44
« REFORMULER L’ESPACE : COMPETENCES ET SAVOIR-FAIRE DES HABITANTS
A BIZERTE (TUNISIE) » de Rabia BEKKAR, avec la collaboration de Sabri SFAXI......44
QUATRIEME PARTIE : 52
ATELIER : METHODOLOGIE, LECTURE, ANALYSE ET ECRITURE 52
Conclusion 53

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Cours initiation aà l’anthropologie et aux sciences sociales (premieà re anneé e architecture)

BIBLIOGRAPHIE :
- ABDELKEFI Jallel, La médina de Tunis : espace historique, édition Alif, 1989, 280 pages.
- BERRY CHIKHAOUI Isabelle et DEBOULET Agnés, Les compétences des citadins dans le
monde arabe : Penser, faire et transformer la ville, collection Hommes et sociétés, édition
Karthala, 2000, 408 pages.
-BOUHDIBA Abdelwaheb et CHEVALIER Dominique (sous la direction), La ville arabe
dans l’islam, histoire et mutations, Actes du 2ème colloque de l’ATP « Espace socio-culturels et
croissance urbaine dans le monde Arabe », Crathage –Amilcar, 12-18 Mars 1979, imprimerie
Al Asria, Tunis, 1982, 573 pages.
- BILILI TEMIM Leila, Histoire de familles, mariages, répudiations et vie quotidienne à
Tunis. 1875- 1930, édition Script, Tunis, 1999,280 pages.
- CLAVEL Maïté, Sociologie de l’urbain, Série Ethnosociologie, collection Anthropos,
2dition Economica, Paris, 2002, 124 pages.
-DORTIER Jean François (sous la direction), Le Dictionnaire des sciences humaines, édition
Sciences Humaines, PUF, 2004, 857 pages.
- MAUSS Marcel, Sociologie et Anthropologie, Paris, PUF, 1967.
- SANTELLI Serge, Le creuset méditerranéen : Tunis, collection la ville, les éditions du demi
cercle/ CNRS éditions, Paris, 1995, 128 pages.
- STAZAK Jean François, L’espace domestique : pour une géographie de l’intérieur, in
Annales de géographie, t110, n°620, 2OO1, pp 339-363.
- ZANNAD Traki , Symboliques corporelles et espaces musulmans, collection Horizon
maghrébin, édition Cérès Productions, Tunis, 1984, 155 pages.

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INTRODUCTION

L’espace qu’il soit architectural, urbain ou géographique, fait intervenir trois dimensions
essentielles :
1-La matière sous ses trois formes : solide, liquide et gazeuse. (exemple : la masse d’air
nécessaire pour un bâtiment). Cette matière consiste également en un ensemble de dispositif
technique et bâti que nos sociétés mettent au service des populations et des hommes, il s’agit
des maisons où nous habitons, des rues …
2-Les représentations mentales qui intègrent la dimension abstraite de l’existence
humaine, c’est-à-dire les idées, les émotions, les théories, les perceptions, etc.
En effet, l’homme se met en relation avec l’espace par le biais d’un phénomène que les
psychologues appellent la perception. A partir de ce moment (c’est à dire le moment où
l’homme perçoit l’espace dans lequel il se trouve) il se développe une réaction entre l’homme
et l’espace sachant qu’il va donner un sens à cet espace. Autrement dit, les homme perçoivent
l’espace et se le représentent dans le sens où ils font une construction des images mentales de
cet espace.
3-l’organisation sociale dans la mesure où les hommes vivent dans des réseaux structurés
(famille, groupe professionnel, groupe ethnique, une nation, le monde, etc...)

(1) H (2) Espace :


o Réalité
m

(3) Espace
abstrait :

Remarque : toutes les recherches faites par les théoriciens tournent autour du
fonctionnement de ce triangle. En effet, chaque discipline essaie de comprendre quel est le
pôle le plus important dans la définition de l’espace : est-ce le pôle (1), (2) ou (3) ?
Par exemple :
-la psychologie dans ses recherches concernant l’espace, part de la dimension n° (2).
-La géographie se base sur la dimension n° (1)
-Les écrivains, les philosophes quant à eux essaient de déterminer le sens de l’espace tout
en s’appuyant sur la 3ème dimension.

L’espace en tant qu’environnement est donc à la fois une infrastructure matérielle, une
réalité sociologique et culturelle et une dimension symbolique et psychologique.
L’étude de l’espace ainsi définie est nécessairement pluridisciplinaire, elle inclut donc
l’ensemble des sciences de l’ingénieur (architecture, génie civile, etc.) et l’ensemble des
sciences humaines économiques et sociales. Le champ sociologique s’attache tout
particulièrement à étudier la dynamique sociale entre les différents intervenants dans la
production et la reproduction de cet environnement spatial qu’autant de celle de ses usagers.
L’anthropologie sociale et l’ethnologie permettent de saisir les spécificités et les identités
culturelles des habitants qui utilisent cet espace afin de comprendre la signification de ses
éléments architecturaux ou urbain au niveau de leur vécu.

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L’histoire aussi ouvre des perspectives d’analyse importante dans la mesure où elle permet
d’interpréter les différentes identités des groupes sociaux et leur évolution dans le temps.
Enfin, la science économique s’attache à montrer les déterminants qui conditionnent toute
production de l’espace en s’appuyant surtout sur les notions de valeur, de force productive, de
mode de production …
Cette pluridisciplinarité n’est pas seulement le résultat d’une interprétation des sciences
sociales, mais elle est aussi un pont entre le domaine des sciences de l’ingénieur de
l’architecte et le domaine des sciences de l’homme.
Ce pont n’a pas pour seul but la compréhension de l’espace qui nous entoure, mais il nous
permet aussi d’agir sur lui en vue de le transformer selon une approche scientifique et globale.
Une approche claire et globale de « l’espace construit » devrait permettre aux architectes
de concevoir, d’imaginer et de créer un environnement urbain qui soit le plus socio-
dynamique possible. Elle devrait les doter de compétences pour concevoir des objets spatiaux,
à leur identité culturelle et à leur évolution dans le temps.
Qu’est-ce que l’espace ?
Selon le Larousse, l’espace est « l’étendue indéfinie qui contient et entoure tous les
objets ». Dans cette définition le terme le plus important est sans doute « indéfinie » (par
exemple : les oiseaux volent dans l’espace indéfini ). Celui-ci peut d’ailleurs s’étendre dans
son acceptation mathématique (c’est-à-dire qu’on ne peut limiter et qui est synonyme d’infini
puisque l’espace apparaît dans ce domaine comme « un ensemble de points, de vecteurs, etc.,
muni d’une structure, spécial ».) ou dans son acceptation banale (« qu’on ne peut définir »).
Cependant, bien que ce terme est devenu récemment d’un emploi généralisé, souvent excessif
et dénué de rigueur, il constitue la raison d’être d’un certain nombre de disciplines comme par
exemple :
-les études spatiales qui se consacrent aux objets expédiés par l’homme au-delà de
l’atmosphère ;
-l’astronomie et l’astrophysique qui étudient la constitution, la position et les mouvements
des corps dans l’espace céleste (l’espace infini) ;
-les sciences de la terre, et en particulier : la géologie, la géographie …
-l’aménagement et l’urbanisme qui traitent de l’intervention volontaire et organiser de
l’homme pour « disposer avec ordre » (aménager) hommes, activités et équipements sur une
portion de la surface terrestre, et pour assurer une évolution et un développement des villes à
la fois harmonieux et efficace ;
-l’architecture, c’est-à-dire la conception, la réalisation et la décoration des édifices ;
-les arts plastiques, telles la peinture où l’espace (à travers la perspective en particulier)
tient un grand rôle.
Sachant que la discipline qui nous intéresse le plus c’est l’aménagement et l’urbanisme, il
devient important, à ce niveau de la définition de l’espace, de dépasser la question de savoir
ce qu’est l’espace en général, pour aborder une autre question précise et plus rattachée à
l’objet de notre cours : c’est quoi un espace urbain ?
Qu’est-ce que l’espace urbain ?
Nous entendons par « espace urbain » l’ensemble des dispositifs techniques et bâties que
nos sociétés ont mis et mettent au service des populations urbaines. Il s’agit des maisons où
nous habitons, des rues dans lesquelles nous marchons, des autoroutes sur lesquelles nous
circulons, de tous les autres réseaux de transports, de tous les réseaux énergétiques qui
produisent et acheminent la force dont nous avons besoins pour faire marcher nos machines,
de tous les réseaux communicationnels qui nous permettent de transmettre et de recevoir des
informations à distance, etc.
C’est tout l’univers du construit et du bâti, c’est tous ce que les hommes et les femmes ont
rajouté à leur environnement naturel.

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En quoi consiste l’étude de l’espace urbain ?


L’étude de l’espace urbain (ou de l’environnement construit), est donc celle de la totalité
des infrastructures architecturales et techniques qui donnent forme à notre vie quotidienne, en
canalisant ses divers flux de personnes, d’énergie, d’informations et de biens matériels qui
nous permettent de vivre et de produire dans un environnement devenu essentiellement
urbain.
L’espace urbain est à la fois un héritage culturel dans lequel s’inscrit l’identité d’une
société, d’une région ou d’un lieu, de même qu’en tant qu’infrastructure, il est un capital
économique d’une importance considérable. Il s’agit dès lors de considérer cet espace urbain
d’une manière très large. Ce n’est pas seulement d’une maison ou d’un équipement dont il
s’agit, ni même de la somme de ceux-ci : c’est la mise ensemble, l’agencement, la mise en
réseaux de cette multitude d’infrastructures très diverses que les hommes ont mis en œuvre.
Une autoroute, un aéroport, une voie de chemin de fer, un pont, n’ont de sens qu’à partir du
moment où l’on considère quelles personnes, quelles villes, quelles agglomérations, quelles
sociétés, .., se relient mutuellement à travers ces infrastructures.
L’étude de l’espace urbain ainsi défini est nécessairement et rigoureusement
interdisciplinaire. En effet, cette interdisciplinarité n’a pas comme seul but la compréhension
de l’espace urbain qui nous environne, elle veut aussi nous permettre d’agir sur lui en vue de
le transformer.
Pourquoi étudier l’espace urbain ?
Il y a au moins deux raisons qui nous pousse à étudier l’espace urbain :
-D’abord, étudier l’espace urbain, revient à comprendre comment s’orchestrent et
s’agencent les différents éléments de la vie, c’est chercher à se donner les moyens d’agir sur
les espaces dans lesquels nous vivons, de manière « harmonieuse ».
-Ensuite, étudier l’espace urbain en se dotant d’un regard interdisciplinaire, c’est tenter de
se donner les moyens pour la prise en charge collective de notre avenir.
Et pour mieux connaître ces moyens voir ces outils constructeurs et structurants de notre
espace urbain, il faut étudier l’interaction entre espace, homme et société de telle sorte que ces
outils constructeurs de l’espace puissent se rapprocher de l’homme et non le contraire.
Par exemple la possibilité de modifier à peu de frais l’aménagement d’un quartier,
manifeste un aménagement socio-dynamique, puisqu’il prévoit de pouvoir s’adapter aux
transformations de mode de vie des habitants tout en prenant en considération leurs
représentations de l’espace urbain dans lequel ils vivent, leurs besoins, leurs aspirations, leurs
façons de faire, leurs habitudes, etc.
Les objectifs du cours :
Sachant que notre cours, cherche à comprendre, avant tout, ce que c’est l’espace ; il faut
savoir qu’il est intéressant de prendre en considération les différentes disciplines et recherches
qui ont tenté d’élaborer des outils et des notions capables d’expliciter l’interaction entre
l’homme et l’espace qui les supporte et les enveloppe.
Parmi toutes les notions existantes, nous avons retenu celles qui nous semblent les plus
pertinentes et les plus en rapport avec le contenu du cours. C’est-à-dire celles qui ont tenté de
répondre aux questions suivantes : quelle est la véritable nature de l’espace ? quelle est le sens
de l’action humaine engagé dans cet espace ? quel statut accordé à l’interprétation
(représentation) que les hommes donnent à leur relation avec cet espace, à leur place dans cet
espace ?

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PREMIERE PARTIE : INITIATION A LA SOCIOLOGIE DE L’ESPACE

CHAPITRE 1 : DEFINITION DE LA SOCIOLOGIE

I- Qu’est ce que la sociologie ?


La naissance de la sociologie
Avant le XIX e siècle des analyses intéressantes et pertinentes de la vie sociale existaient
mais la sociologie n’existait pas. La sociologie a été en quelque sorte inventée au XIXe siècle
par ceux qu’on appelle aujourd’hui les pères fondateurs de la sociologie (Max Weber, Emile
Durkheim et quelques autres).
Le terme sociologie lui-même a été crée par Auguste COMTE en 1838.
Etymologiquement, sociologie signifie science de la société. Effectivement, une
préoccupation centrale anime les fondateurs de la sociologie des approches antérieures : c’est
la volonté d’adopter une démarche rigoureuse aussi scientifique que possible pour rendre
compte de la vie en société.
La sociologie un regard particulier sur la société
Tous les domaines de la vie sociale peuvent être analysés par le sociologue.
Pour les fondateurs de la sociologie, analyser la vie sociale, c’est d’abord comprendre les
multiples changements sociaux qui marquent la société du XIXe siècle dans la quelle ils
vivent, société marquée à la fois par les effets de la révolution industrielle et ceux des
révolutions politiques, mais c’est aussi comprendre les interactions les plus élémentaires entre
les acteurs de la vie sociale. Ainsi défini, le champ de la sociologie est très vaste : la famille,
la religion, les relations de pouvoir, les systèmes politiques, les négociations commerciales et
bien d’autres questions peuvent être étudiées par le sociologue.
La sociologie et les autres sciences sociales, une différence de questionnement
Qu’est-ce qui distingue la sociologie des autres sciences qui s’intéressent à l’Homme en
société telles que l’économie, les sciences politiques, la psychologie ou l’histoire ? Pour
mettre en lumière la spécificité du point de vue de la sociologie, prenons quelques exemples.
Le regard du sociologue sur le sport :
Alors que l’économiste voit, par exemple dans le sport, un marché où s’échangent des
biens, ou bien une production destinée à satisfaire les besoins en fonction des revenus de
chacun, le sociologue s’interroge par exemple sur les interrelations entre l’équipe de football
et ses supporters ; il se demande aussi pourquoi les ouvriers jouent plus fréquemment au
football que les cadres supérieurs, pourquoi les homme sont plus nombreux que les femmes à
pratiquer le rugby et dans la réponse à ces questions ils s’interrogera sur le rôle que joue
l’environnement social. Le sociologue est ici centré sur la recherche de la compréhension des
comportements des individus en interrelation les uns avec les autres, alors que l’économiste
analyse le mécanisme de l’échange proprement dit.
Le regard du sociologue sur le suicide :
Prenons un autre exemple, le suicide, qui a fait l’objet d’une étude célèbre de
DURKHEIM. Face au suicide, le psychologue cherche dans le passé de l’individu les
événements particuliers qui peuvent expliquer son geste alors que le sociologue cherche à
comprendre non pas un suicide particulier mais l’ensemble des suicides tels qu’ils se

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produisent à un moment donné dans la société et à mettre en relation ce fait social avec
d’autres caractéristiques sociales. Le fait d’être marié ou célibataire, ou le fait d’appartenir à
tel ou tel groupe social, a-t-il une influence sur la fréquence du suicide dans une société ?
Le sociologue étudie donc la vie sociale sous un angle différent de celui des autres
sciences sociales, il se pose d’autres questions.
Tous les sociologues n’ont pas la même conception de la sociologie
La difficulté à définir la sociologie tient à ce que tous les sociologues n’ont pas la même
conception de la sociologie. Deux définitions classiques s’opposent, celle de DURKHEIM et
celle de WEBER.
La sociologie explique les faits sociaux par d’autres faits sociaux :
Pour Emile DURKHEIM la spécificité de la sociologie est d’expliquer les faits sociaux
par d’autres faits sociaux. Les faits sociaux « consistent en des manières d’agir, de penser et
de sentir, extérieures à l’individu, et qui sont douées d’un pouvoir de coercition en vertu
duquel ils s’imposent à lui » (E.DURKHEIM, Les règles de la méthode sociologique, 1895).
Ainsi, par exemple, le suicide est un fait social qui s’explique par d’autres faits sociaux
(l’appartenance à une catégorie sociale, la situation de famille, etc.…). Dans cette approche la
société exerce une influence sur le comportement de l’individu même si cette influence
n’exclut pas que l’individu conserve une certaine autonomie. C’est ainsi que même si le
célibat est un facteur de suicide, tous les célibataires ne se suicident pas.
La sociologie compréhensive :
Max WEBER propose une approche de la sociologie différente. Pour Max WEBER
l’essence du social est l’interaction entre les acteurs sociaux : la collision entre deux cyclistes
par exemple, est un simple événement au même titre qu’un phénomène de la nature. Serait
une activité sociale , la tentative d’éviter l’autre et les injures, la bagarre ou l’arrangement à
l’amiable qui suivrait la collision. N’importe quel contact entre les hommes n’est pas de
caractère social, seul l’est le comportement propre qui s’oriente significativement d’après le
comportement d’autrui (WEBER, Economie et société).
Dans cette approche, la question centrale qui se pose au sociologue est de savoir quel sens
donner à une activité sociale. Comment l’interpréter. Pour cela, il importe de se demander
quelle signification l’acteur social donne à sa relation avec l’autre. Il s’agit de comprendre la
subjectivité de l’acteur social en interrelation avec d’autres acteurs sociaux, c’est pourquoi on
parle à son propos de sociologie compréhensive.
II- Des outils pour appréhender concrètement les faits sociaux ?
Pour connaître la réalité sociale, le sociologue dispose de différentes méthodes qui
peuvent souvent se conjuguer. Selon la nature des informations dont il dispose, le traitement
des données peut relever soit des méthodes qualitatives, soit des méthodes quantitatives.
Examinons quelques exemples de modalités permettant au sociologue de regrouper des
informations sur la réalité sociale.
L’observation participante :
L’immersion d’un observateur dans un groupe où il participe aux activités du groupe dans
le but de mieux comprendre les comportements au sein de ce groupe. Cette démarche a
surtout été pratiquée par des ethnologues pour l’étude des société primitive, mais elle
s’applique aussi à l’étude des sociétés contemporaines : par exemple un sociologue peut
s’intégrer à une secte pour étudier les mécanismes de pouvoir au sein de celle-ci.

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Enquêtes, sondages, interviews :


L’enquête est une technique de recherche en sociologie qui consiste le plus souvent à
questionner un échantillon de population.
Le sondage est une technique d’enquête consistant à analyser un échantillon représentatif
d’une population et à étendre les conclusions à l’ensemble de la population.
L’interview est une rencontre en tête à tête entre un enquêteur et un interviewé dans le but
d’obtenir des informations de la part de celui qui est questionné.
L’analyse statistique :
Les données statistiques présentent l’intérêt de quantifier les variables. L’observation,
même répétée, de faits individuels ne permet pas de dégager un fait social. En revanche le
regroupement de faits individuels pour former une grandeur statistique peut permettre de
révéler l’existence de faits sociaux. Mais l’interprétation correcte des données statistiques
suppose une bonne maîtrise des règles d’interprétation.
L’expérimentation :
Elle est souvent difficile en sociologie et est très utilisée en psycho-sociologie.
L’expérience de MILGRAM : L’objet annoncé tester l’effet d’un choc électrique sur la
mémoire ; l’objet réel : le comportement d’obéissance aux ordres de la part des individus.
III- Les grands courants de la sociologie classique
Au départ, il y a eu deux orientations différentes de la sociologie : une sociologie
holistique et une sociologie individualiste.
La sociologie holistique :
C’était le choix des sociologues Français : Auguste COMTE et Emile DURKHEIM. Leur
Objectif était de faire de la sociologie une science qui obéit aux mêmes exigences que les
sciences de la nature. Mais en même temps il fallait assurer l’autonomie de la sociologie par
rapport aux sciences de la nature et aux autres sciences de l’homme.
Ce courant de la sociologie refuse l’individu comme unité de recherche. On insiste sur la
nécessité d’adopter la méthode des sciences de la nature. On met l’accent sur l’autonomie de
la sociologie qui a pour objet les faits sociaux et les ensembles sociaux qui sont différents de
la somme des individus qui les composent.
Ainsi, et selon le holisme, on ne peut comprendre les comportements sociaux à partir des
de l’étude des seuls comportements individuels. Il faut prendre en compte les caractéristiques
globales de la société.
La sociologie individualiste :
C’est le choix de la sociologie allemande, qui est plus mariée avec la psychologie et la
philosophie.
Max WEBER se situe par rapport à cet philosophie, il insiste sur la possibilité de
constituer la sociologie comme science mais il ne voit pas de contradiction entre la méthode
généralisante des sciences de la nature et la méthode individualiste qui consiste à prendre
comme objet d’investigation les acteurs sociaux et la sens qu’ils donnent à leurs propres
actions sociales et celles des autres. C'est-à-dire que l’unité d’analyse est l’individu qui agit en
connaissance de causes qui est capable d’interpréter ses actions.

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Selon cette conception les phénomènes sociaux résultent de l’interaction des


comportements individuels. C’est l’étude des actions individuelles qui permet de comprendre
la vie sociale.

Tableau récapitulatif des principes fondamentaux des deux courants sociologiques

Sociologie holistique Sociologie individualiste

- L’objet de recherche : des ensembles - L’objet de recherche : les individus ; le


comportement des individus considérés
comme acteurs sociaux

- l’individu est porteur de structure : la - les individus ont une marge de


structure façonne les individus (la socialisation) liberté de choix
- les explications sont toujours en terme - Le comportement individuel est
de détermination et déterminisme. interprété par rapport à un intérêt : c’est une
- Il y a toujours une relation de causes à stratégie
effets - On parle d’action rationnelle,
d’autonomie des individus.
- il est porteur le résultat de sa position
dans la société - L’individu est un acteur social

Exemple : l’inégalité des chances face à l’école


L’analyse holistique:
Pierre BOURDIEU pense que l’ensemble des goûts, des manières de percevoir, de
ressentir et de dire, est lié au milieu social qui crée des dispositions permanentes chez les
individus. Mais il existe une indépendance par rapport aux déterminations sociales. La
structure sociale tend à se reproduire. Cette reproduction sociale est liée à la transmission du
capital économique mais aussi du capital social et culturel. Ainsi un enfant dont les parents
sont de simples ouvriers, est voué à rester dans cette catégorie socioprofessionnelle. Ses
chances de scolarisation sont limitées par le capital culturel, social et économique que lui
lèguent ses parents.
L’analyse individualiste:
Raymond BOUDON pense, quant à lui, qu’il faut d’abord identifier les acteurs,
comprendre leurs comportements et expliquer comment les comportements produisent un
phénomène.
Il explique l’inégalité des chances face à l’école par le fait que les motivations,
l’appréciation des coûts et des avantages de la formation sont marqués par l’origine sociale.
Un enfant de famille modeste et dont les parents sont peu instruits ne peut choisir de
suivre une formation dans le domaine artistique. Ce cursus coûteux ne lui permettra pas une
promotion sociale. Il va être alors amené à choisir une formation universitaire moins coûteuse
et à cycle court qui pourrait lui permettre une promotion sociale (pas très importante) dans un
bref délais.

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Le comportement individuel est ainsi dit rationnel, c'est-à-dire il vise une satisfaction
maximum en fonction de ses ressources et ses contraintes.
On peut dire que le risque encouru à s’engager dans un investissement scolaire varie selon
la classe sociale. L’enfant et sa famille choisissent de s’engager, ou pas, dans une stratégie
d’investissement scolaire selon leurs attentes et leurs motivations.

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CHAPITRE 2 : Qu’est-ce que la sociologie de l’espace

I- Tentative de définition de la sociologie de l’espace


Commençons d'abord par définir ce qu'on entend par sociologie, bien que Raymond
ARON ait eu à ce propos la phrase célèbre suivante: « Sur un point et peut être sur un seul,
tous les sociologues sont d’accord : la difficulté de définir la sociologie ». Pour rester à un
niveau de généralité et sans prétendre à la scientificité de l’énoncé, on dira que la sociologie
est la discipline des sciences humaines qui a pour objet l’investigation de la réalité sociale.
Dans cette réalité sociale, la sociologie s’intéresse tout particulièrement à l’étude des acteurs
sociaux, c’est-à-dire des individus, des groupes, des classes sociales, des sociétés qui, engagés
avec d’autres acteurs, s’activent pour, d’une part produire les biens indispensables à leur
existence, d’autre part donner un sens à la place qu’ils occupent dans la société, la culture,
l’économie... de leur époque.
Ainsi en abordant l’étude de l’espace des villes, la sociologie urbaine s’intéresse aux
différentes manifestations de leur existence collective. Elle est donc amenée à aborder les
phénomènes tels que la distribution et les mouvements de la population dans l’espace, les
comportements et les attitudes des hommes insérés dans l’urbain. Tous ces phénomènes, pour
être analysés et maîtrisés, doivent être mis en relation avec la structure et la dynamique de la
collectivité urbaine dans son ensemble.
II- Spécificité de la sociologie de l’espace (l’imbrication entre le social et le
spatial)
La sociologie de l’urbain se distingue des différents champs de la sociologie par le fait
qu’elle ne dissocie pas les phénomènes sociaux des espaces dans lesquels ils se déroulent.
La sociologie de l’espace fait de l’imbrication du social et du spatial la condition et l’axe
de ses analyses. La composante spatiale n’en devient pas une variable explicative des activités
sociales. L’espace seul n’explique rien, un même espace peut être utilisé par différents
groupes sociaux qui lui attribueront différentes significations : Par exemple, les lieux de culte,
églises ou mosquées, sont parfois simultanément des lieux touristiques et des lieux de
dévotion, le même espace permet différentes attitudes parce qu’il est porteur de plusieurs
représentations.
III- Quelques approches sociales de l’espace :
 DURKHEIM :
L’étude de l’espace dans la sociologie durkheimienne s’est développée implicitement
selon deux axes relativements indépendants l’un de l’autre.
Le premier consiste à analyser et à mettre en relief le rôle de la ville dans l’apparition de
nouvelles formes de relations sociales.
Le second qui consiste à faire la sociologie de l’habitat dans ses aspects physiques et
matériels. Dans la terminologie de Durkheim, l’habitat est un des aspects de la morphologie
sociale.
Durkheim commence par définir (in « Année sociologique 1897-98 ») le concept de
morphologie sociale comme « la masse des individus qui composent la société, la manière
dont ils sont disposés sur le sol, la nature et la configuration des choses de toutes sortes qui
affectent les relations collectives ». Il marque donc que la forme spatiale n’est pas

13
Cours initiation aà l’anthropologie et aux sciences sociales (premieà re anneé e architecture)

indépendante du fonctionnement social et même le soutient ; tandis que celui-ci la modèle


pour ses propres besoins.
Mais, pour Durkheim, l’espace social est plus qu’un miroir de l’organisation sociale, c’est
une catégorie1, comme le temps dont la base est « le rythme de la vie sociale » ; alors que
« c’est l’espace occupé par la société qui a fourni la matière de la catégorie d’espace ».
 MARCEL MAUSS :
Il propose une définition très proche de celle de Durkheim, dont il a été l’élève. La
morphologie sociale, c’est, « le substrat matériel des sociétés, c’est à dire la forme qu’elles
affectent en s’établissant au sol, le volume et la densité de la population, la manière dont elle
est distribuée ainsi que l’ensemble des choses qui servent de siège à la vie collective ». C’est
ce que nous appelons actuellement l’habitat.
Mauss illustre sa théorie dans une brillante étude sur les variations saisonnières de la
société eskimo. Il note que leur mode de vie et d’habitat varie selon les saisons :
- En hiver, l’habitat est collectif, c’est à dire qu’il concerne des familles élargies
regroupées autour d’une salle de réunion ; l’esprit et la conscience de la collectivité se
développent et se renforcent grâce aux fêtes religieuses, réunions et rencontres.
- En été, l’habitat est individuel, il concerne donc une famille restreinte et il est
dispersé. Il n’y a ni fêtes, ni manifestation publique d’appartenance à une collectivité.
En poursuivant son étude, Mauss constate que la différence observée entre hiver et été au
niveau de la morphologie, se prolonge dans d’autres dimensions. Ainsi dans la religion : il y a
une religion d’hiver et d’été ; pour cette dernière il n’existe qu’un culte domestique. Par
contre en hiver la vie religieuse est intense : fêtes, cérémonies, enseignements, confessions,
apparitions des shamans (sortes de sorciers), etc.
Dans le droit, on retrouve le même clivage, ainsi que dans la sexualité. Mauss parle en
hiver du communisme sexuel des eskimos. Nous voyons donc, que toutes les normes sociales
jusqu’à l’intimité d’une unité familiale se transforment. En d’autres termes l’habitat eskimo
s’explique certes en partie par le climat, mais aussi par une culture spécifique qui régit aussi
bien les rapports sociaux que l’organisation de l’espace. Si le climat était le seul élément
explicatif, tous les habitants du Grand Nord auraient le même habitat, ce qui est loin d’être le
cas.
 HALBWASCH :
La répartition des activités et des lieux de pouvoir, les séparations entre les espaces
résidentiels et économiques, les formes d’habitations et de peuplement sont l’expression de la
société, de ses normes, valeurs et habitudes.
Tous ceux qui interviennent dans la production de l’espace se sont interrogés sur la
manière dont celui-ci renforce ou détruit les groupes sociaux qui y résident ou vont y habiter.
L’un des pionniers de la sociologie urbaine, Maurice HALBWACHS qu’une relation
réciproque entre la cohésion des groupes sociaux et l’espace produit par la société s’établit
La morphologie sociale de Maurice HALBWACHS
Pour Maurice HALBWACHS, l’organisation spatiale agit sur la société par la façon dont
celle-ci l’appréhende : « les formes matérielles de la société agissent sur elle non point en

1
Durkheim considère qu’il existe quatre catégories de l’esprit sous-jacentes à l’organisation sociale des sociétés
sans écriture : la force énergétique, le lieu spatial, le moment temporel, et l’agencement de l’ensemble, qui en
assure les correspondances et la pérennité.

14
Cours initiation aà l’anthropologie et aux sciences sociales (premieà re anneé e architecture)

vertu d’une contrainte physique comme un corps agirait sur un autre corps mais par la
connaissance que nous en prenons (….) ; il y a là un genre de pensée ou de perception
collective qu’on pourrait appeler une donnée immédiate de la conscience sociale » (1970, p
182-183). Il convient de s’attacher aux représentations collectives de l’espace qui renvoient
aux sentiments communs » de la société. Or la production de l’espace urbain est le résultat
d’une action collective.
Cette théorie s’applique d’abord au marché foncier. Le niveau de prix du sol, urbain ou
rural, est un puissant déterminant de la répartition des groupes sociaux dans l’espace. Il se
répercute sur les prix immobiliers et les loyers. Ainsi, l’explication des prix fonciers se révèle
fondamentale. Cependant il existe dans l’espace urbain des phénomènes qui dépassent la
théorie économique classique de l’ajustement offre- demande. Non seulement les prix
fonciers sont déterminés par l’anticipation des acheteurs et des vendeurs (ce qu’on pourra
faire de tel ou tel terrain), mais ils reposent également sur un prix d’opinion qui renvoie à la
représentation de l’espace qu’en ont les acteurs (par exemple ce que peut devenir tel ou tel
quartier). En outre l’intervention publique de l’état ou des collectivités locales modifie
considérablement les conditions du marché dans la mesure où elle contribue à transformer
substantiellement la nature du sol. Ainsi, l’équipement d’une ville en réseaux de transport la
désenclave et la valorise.
Maurice Halbwachs, évoque les actes d’expropriation des biens individuelles opérés par
les acteurs publics à Paris entre 1854 et 1870 ; Il pense que ces actions émanent d’une logique
et une politique publique qui vise à améliorer la circulation, l’hygiène, à réprimer les
manifestations populaires et à favoriser le retour de la bourgeoisie. Pour Halbwachs, une
telle action répond sans la savoir à des besoins et à la pression collective.
En effet, si Maurice Halbwachs s’intéresse autant à la morphologie sociale, c’est qu’il
pense que derrière les formes générales (importance, étendue, localisation, etc.) d'un
phénomène, il y a " un monde de représentations et d'états affectifs ", " des pensées, une vie
psychologique "; " toutes les formes [...] ne nous intéressent que parce qu'elles sont
étroitement liées à la vie sociale, qui consiste toute entière en représentations et tendances ".
Ainsi, " la morphologie sociale part de l'extérieur. Mais ce n'est pour elle qu'un point de
départ. Par ce chemin étroit, c'est au cœur même de la réalité sociale que nous pénétrons ",
" la morphologie sociale, comme la sociologie, porte avant tout sur des représentations
collectives " (Halbwachs Morphologie sociale, colin, 1970, p. 10, 11, 13 et 18).

15
Cours initiation aà l’anthropologie et aux sciences sociales (premieà re anneé e architecture)

CHAPITRE 3 : La notion d’ « acteur » et la production sociale des espaces


I- La notion d’acteur social
La définition de l’acteur en sciences sociales
L’acteur social peut être un ou plusieurs individus, des groupes, des classes sociales, des
sociétés qui engagés avec d’autres acteurs, s’activent pour :
1- Produire des biens indispensables à leurs existences
2- Donner un sens à la place qu’ils occupent dans la société, la culture, l’économie… de
leur époque.
En effet chacun de nous s’engage dans des relations afin de satisfaire ses besoins d’un côté
et de confirmer son statut. Pour atteindre ces objectifs on s’engage dans un jeu de rôle et on
adopte une stratégie tout en ayant conscience de la marge du risque d’échec possible.
L’acteur social est , ainsi, un être social doté d’une autonomie relative parce que limitée
par des systèmes de normes, de règles, de valeurs, de religions, d’éthiques….etc. il est porteur
de projet, producteur de sens, capable de stratégie et d’innovation. Il est caractérisé par sa
négatricité propre c'est-à-dire sa capacité à déjouer par ses propre contre stratégies.
L’acteur est contraint, mais il a aussi sa marge de liberté, son comportement est le résultat
d’une stratégie rationnelle mais aussi du côté aléatoire et incertain de l’acteur, l’imprévu, car
chaque acteur a sa propre logique à lui.

R. Boudon distingue trois phases importantes dans l’analyse d’une théorie de l’action :
Cours initiation aà l’anthropologie et aux sciences sociales (premieà re anneé e architecture)

a- Identifier les acteurs ou les


catégories d’acteurs responsables du Définir
phénomène qu’on cherche à expliquer. On
remar
b- Comprendre le comportement de ces acteurs. Com que
pren un
oubli
c- Expliquer comment ces
comportements individuels produisent
le phénomène macroscopique qu’on Analyser
cherche à étudier

Le contexte de l’action :
le cadre dans lequel
II- Qu’est-ce qu’un acteur urbain ?
Quand on parle de la dynamique et des transformations de l’espace urbain, on se pose en même temps
la question de l'origine de ce phénomène. Et la réponse, on la cherche parmi les individus et les institutions
qui sont censés être intéressés par la ville et ses enjeux.

Les acteurs de la ville :


Le terme convenu pour désigner ces animateurs de la "scène" urbaine est celui d' « agents urbains ».
Ces derniers pouvant être formés d’un regroupement de personnes impliquées dans des relations de rôles
avec d’autres intervenants, qu’on appelle acteurs urbains.
Les acteurs des villes sont donc soit des personnes physiques, soit des entités collectives (ou les deux à
la fois) engagés dans un contexte urbain et intéressé par les enjeux et les usages dont ce contexte est
l’objet.
On distingue deux types d'acteurs urbains: les acteurs privés et les acteurs publics.

1. Les acteurs privés :


Quand une entité collective ou individuelle engage une action dans la ville et entraîne un certain
nombre d’effets sur le devenir de celle-ci tout en réalisant des bénéfices ; c'est un acteur privé.
L’exemple le plus courant d’ acteur privés est donné par les promoteurs et constructeurs qui
interviennent sur la ville. Mais ce ne sont pas les seuls puisque, par extension, on peut dire que tout
promoteur dans les secteurs industriel, commercial ou tertiaire a des intentions sur l’espace urbain et vise
donc à lui donner une forme et un contenu spécifiques.

2. Les acteurs publics :


La mission de toute puissance publique est la défense de la collectivité et de l’intérêt général. Elle
exige donc que les acteurs privés se soumettent à son contrôle et à son autorité puisqu'elle est, en principe,
l'émanation et la représentation de la volonté générale de la société.
L’action des pouvoirs publics sur la ville est donc double étant donné qu'ils considèrent l’espace urbain
comme objet et instrument. Ceci implique que ces acteurs publics utilisent la ville pour exercer leur
pouvoir et ils interviennent sur la ville pour concrétiser leur politique.
Parmi les acteurs collectifs publics des villes, on peut citer les acteur municipaux qui assurent un
contrôle social typiquement urbain et font partie d’institutions qui jouent un rôle d’intégration à la ville.
Il y a aussi les acteur des services locaux des administrations centrales qui détiennent leur pouvoir des
collectivités locales.

Remarque : Il existe aussi dans une ville un certain nombre d’autres acteurs qui sont impliqués dans la
dynamique urbaine par le biais des compétences, des jugements, des savoirs ou des représentations qu’ils
ont sur ou de la ville. C’est le cas de l’habitant, du politique ou de l’expert qui sont intéressés, chacun à sa
manière et en fonction de sa « spécialité », par les processus et les changements urbains.

III- L’interaction entre les acteurs urbains et la production des espaces de la ville
 L’interaction des acteurs urbains :
Entre les différents types d’acteurs urbains précédemment cités, il s’établit des relations déterminées
qui vont retentir sur le mode de gestion de la ville, les formes d'intégration des comportements et les
processus de participation des personnes formant la collectivité urbaine.
Il n’y a pas un acteur urbain qui a le privilège exclusif de l’action et de la réaction vis à vis de la
transformation de l’espace urbain, mais tous les acteurs urbains devraient interagir les uns avec les autres.
Le concept de l’action en sociologie
1- La notion d’action sociale selon Weber
Pour Weber le sociologue doit principalement
s’efforcer de saisir la signification que donne un
individu à son action. C’est la raison pour laquelle la
démarche qu’il préconise est dite compréhensive. Elle
vise à comprendre les motifs qui poussent l’individu à
adopter tel type de comportement.
Weber distingue quatre formes d’actions sociales : il
s’agit de divers modèles d’action possibles pour un
individu.
- L’action traditionnelle : s’appuie sur les

 Les acteurs urbains et la production des espaces urbains:


Certains acteurs sociaux apparaissent clairement comme des producteurs d’espace, comme les
professionnels qui interviennent directement sur la production des espaces urbains, par rapport aux autres
acteurs ordinaires comme les citadins par exemple :
1- Les professionnels :
Ceux sont :
- ceux qui exercent la profession de concepteurs et de réalisateurs d’espaces, architectes, urbanistes,
promoteurs,
- et ceux qui décident de construire : le maire et le conseil municipal assistés par les techniciens et
ingénieurs municipaux et départementaux.
En effet, par exemple l’initiative individuelle de celui qui souhaite faire construire ou aménager son
habitation ou d’autres locaux s’intègre dans les circuits du permis de construire qui nécessitent l’appel (ou
non) à un architecte et l’accord de la mairie qui vérifie la conformité du projet avec les documents
d’urbanisme.
Les initiatives publiques : rénovations de quartiers insalubres, construction de logements sociaux,
ménagement de squares ou de jardins, ouverture ou élargissement de voies, création d’équipements (école,
piscine par exemple) s’insèrent de même dans des processus dont les différentes étapes sont connues,
même si elles ne suppriment pas les négociations.
Les promoteurs privés sont le plus souvent des vendeurs de projets, qui intègrent habitations, voirie,
parfois services, aménagement paysager, modalités de crédit, et ont été élaborés par des équipes associant
des architectes, des paysagistes, des techniciens, des établissements bancaires, des conseils juridiques,
avant d’être présentés directement aux maires.
2- Les citadins :
La production des espaces n’est pas seulement celle des professionnels de l’espace construit ou
aménagé et des groupes sociaux qui les soutiennent ou engagent des rapports de force.
Les usagers, habitants, habitués, clients, employés, passants, occupent ces espaces, les transforment en
lieux habités, des lieux qui se chargent d’histoires individuelles et d’histoires collectives. Ils sont le cadre
d’évènements infimes et mémorables, et font partie de la vie et des activités quotidiennes de ceux qui les
occupent ou les traversent.
Les lieux proches sont le plus souvent investis de façon active par ceux qui les habitent. La « maison »,
pavillon ou appartement, la rue ou le tronçon de rue, le quartier ou le marché sont, journellement ou
occasionnellement, parcours, appropriés, marqués.
Habiter un lieu suppose la possibilité de le faire sien, de se l’approprier, non pas pour le défende contre
des importuns, pour en interdire l’accès, mais parce qu’un lieu habité et un espace devenu familier. Les
habitants, les passants, l’adaptent à leur regard et à leurs pratiques autant qu’ils s’adaptent à sa
configuration et aux activités qui s’y déroulent.
C’est le cas d’une habitation, d’une rue, d’un café, comme de tous les lieux fréquentés. Certains
architectes cherchent à ménager des possibilités d’adaptation des espaces construits plutôt que d’envisager
l’architecture et l’urbanisme comme des moules dans lesquels leurs occupants se rangeraient.
Cette reconnaissance des capacités des citadins à la co-production d’espaces est cependant peu
fréquente.
IV- Les acteurs urbains et leurs visions de la ville
« La complexité même du phénomène urbain et de ses évolutions conduit la plupart des professionnels
et décideurs intervenant sur la ville à privilégier une vision, un système d'analyse et de compréhension de
la ville et de ses dynamiques, partiel et simplificateur, le plus souvent lié à leur domaine spécifique de
compétence »2. Les citoyens aussi ont une manière de voir la ville qui leur est propre.
La vision du citoyen : Le citadin est à la fois, en tant qu'habitant un simple usager de l'espace urbain, et
en tant que citoyen l'acteur principal des dynamiques urbaines. Mais, il ne dispose individuellement que
d'une perception très ponctuelle et localisée de l'ensemble de la ville, liée à son réseau social, professionnel
et culturel. Ses possibilités d'action sur la transformation de la ville sont restreintes. C'est pourquoi elle
peut lui apparaître surtout comme un système de contraintes. Ses libertés résident surtout dans ses choix de
localisation.
En fait, c'est seulement à travers la participation à une action collective, associative, syndicale ou
politique qu'il peut espérer avoir une action plus efficace sur la ville.
La vision des économistes : Elle repose sur l'analyse de la ville comme ville-marché, lieu de
production économique et plate-forme d'échanges. Cette vision est également celle des professionnels qui
font de la construction un « business ». Le jeu des mécanismes économiques et financiers a un rôle
déterminant dans le développement de la ville et ses transformations. C'est donc un levier d'action
essentielle pour son aménagement.
La vision des sociologues : Ils analysent les relations qui existent entre les différentes communautés
sociales et économiques de la ville. Ils s'intéressent aux inégalités, aux rapports de pouvoir entre
gouvernants et gouvernés, et d'une manière générale à l'ensemble des modes de relation des groupes
sociaux entre eux dans la ville et de leurs relations à la ville.
La vision des ingénieurs : Ils privilégient l’image de la « ville-machine », en se focalisant sur la
circulation des hommes, des automobiles, des énergies et des informations. Leur vision est celle de la
réalisation et de l'entretien des réseaux d'infrastructure comme ossature déterminante de la vie urbaine.
La vision des écologues : La ville est pour eux un écosystème constitue d'un ensemble de patrimoines
et de ressources, qui fonctionne comme un organisme vivant en consommant de l'air, de l'eau, de l'énergie,
et en rejetant des déchets. Il leur parait essentiel de sauvegarder un équilibre naturel de fonctionnement.
La vision des artistes : Les écrivains, peintres, etc. appréhendent la ville par son ambiance, ses bruits,
ses images fortes, ses témoignages du passé. Ils introduisent par la le point de vue subjectif du ressenti
dans l'appréciation de la qualité urbaine.
La vision des architectes, des paysagistes, des géographes, des urbanistes :

2
I J. LECOIN « Quelle planification urbaine pour le XXIe siècle ? » -in Les cahiers de l'IAURIF –n°104-105 août 1993
Ces professionnels mettent l'accent sur la forme, l'espace de la ville, sa structure architecturale, sa
morphologie et sur le rapport entre les espaces bâtis et non bâtis. Ils s'intéressent aussi à l'esthétique du
cadre de vie, l'adaptation des projets à leur site et à l'articulation de la ville avec son environnement.

CONCLUSION:
La production de l’espace urbain est une pratique pluridisciplinaire
Progressivement, l'urbanisme est devenu une pratique pluridisciplinaire. Aux architectes sont venus se
joindre divers ingénieurs (dont ceux spécialisés dans les problèmes de voirie), puis des sociologues, des
hygiénistes, des géographes, des économistes, des juristes, des paysagistes, etc. Ainsi ont été créés des
bureaux d'études, la plupart privés, avant que ne soient formés, dans des municipalités importantes ou dans
des groupements urbains régionaux, des agences d'urbanisme. À ces intervenants viennent utilement
s'associer, se joindre, les décideurs politiques souvent éclairés par la consultation des citoyens concernés.

Un exemple de répartition des interventions


entre les acteurs urbains
Une opération d'urbanisme est un travail
d'équipe où la compétence de chaque intervenant
est complétée par une connaissance minimale du
domaine des autres partenaires. Aux quatre
principales phases d'une opération. la participation
DEUXIEME PARTIE : INITIATION A L’ANTHROPOLOGIE
DE L’ESPACE

CHAPITRE 1 : DEFINITION DE L’ANTHROPOLOGIE


I- Qu’est ce que l’anthropologie ?
Ethymologiquement l’anthropologie est composée grec :anthropos c'est-à-dire Homme ; et Logos
c'est-à-dire science . L’anthropologie est ainsi la science de l’Homme.
Cette discipline s’intéresse à l’étude de la race humaine : ses caractéristiques physiques et sa vie
sociale.
L’anthropologie physique et biologique
C’est l’étude de l’histoire des caractéristiques physiques de l’Homme depuis son existence jusqu’à nos
jours, tout en prenant en considération sa relation avec l’environnement naturel.
BROCA définit l’anthropologie en tant que « histoire naturelle de l’Homme »
C’est l’étude des diversités dans le monde , en prenant en considération l’hérédité et le milieux et, en se
référant à certains indices tel que : la forme physique, la couleur de la peau , la catégorie sanguine, la
dentition , d’où la notion de race. Mais, de nos jours cette notion n’a plus de sens -scientifiquement
parlant- puisqu’il parait évident que chacun de nous est unique dans sa composition génétique à part, bien
sûre, les jumeaux ; ainsi chacun peut composer à lui seul une race c'est-à-dire un groupe unique de gènes.
NB : ce qui se passe dans le monde influe énormément sur les différences physiques entre les
individus : la mobilité géographique, le mode nutritif, les mariages mixtes….
L’anthropologie sociale et culturelle
C’est l’étude de l’Homme dans sa relation avec la nature et tout les êtres humains. Ce mot a été utilisé
par les courants Anglo-Saxones, quant aux courants francophones ils ont plutôt tendance à utiliser le mot
ethnologie. Ce mot est composé du grec
 ethnos c'est-à-dire peuple, nation. Signifiant le groupement d’individus appartenant à la même
culture (même langue, même coutumes…)se reconnaissant, se désignant, et agissant comme tel.
 Logos c'est-à-dire science
L’ethnologie signifie ainsi la science des peuples
Une question s’impose ici : qu’est ce que la culture ?
Taylor définit la culture en tant que culture primitive c’est l’ensemble des « comportements, les
représentations que fait l’Homme en tant qu’être social ».
Marcel Mauss la définit, quant à lui, comme des techniques corporelles, les façons avec lesquelles les
hommes utilisent leurs corps, il cite dans son livre Anthropologie et sociologie « j’entends par ce mot les
façons dont les Hommes, société par société, d’une façon traditionnelle savent se servir de leurs corps
(…..) Je savais que la marche, la nage, par exemples, toutes sortes de choses de ce type sont spécifiques à
des sociétés déterminées… »
En fait chaque génération est différente de la précédente, on ne bouge pas de la même façon : marcher,
s’asseoir, nager, ect… change d’une génération à une autre
L’Homme a des aptitudes physiques qui se transforment dans le contexte social par exemple le mode de
s’assoire par terre : chinois, japonais et tunisien. Ce contexte change et permet à l’Homme de développer
ses capacités car la culture est sociétale. Tout les Hommes ont les mêmes dispositions physiques, mais à
travers et dans un cadre culturel social, ils apprennent à développer leurs aptitudes.
Ainsi dit, la culture est tout ce qui est propre à une société.
L’ethnologie, l’anthropologie culturelle et sociale se sont intéressé depuis le 19 ème siècle aux sociétés
qui n’ont pas connus de grands changements comme celles qu’a connu les sociétés européennes : la
révolution industrielle, évolution technique….Ces sociétés, étudiées par l’anthropologie se spécifient par
leur caractère primitif proche de la nature, des sociétés sauvages et archaïques, des sociétés sans histoire ou
qui se répètent c'est-à-dire sans aucun changement, invariables, traditionnelles, sans industrialisation…
De nos jours, le monde entier est en un perpétuel changement, toute les sociétés évoluent, se créent une
histoire, écrit son récit et essaient de le communiquer.
L’anthropologie a ainsi changé d’objet d’étude et s’intéresse désormais à ces sociétés en mutation.
Il faudrait, à ce stade, noter que toutes les sociétés bien qu’ayants des similitudes avec d’autres
sociétés, conservent quant même des divergences, des spécificités des différences culturelles.
II- Les grands courants de l’anthropologie
L’ethnographie
Levis STRAUSS (ethnologue et philosophe) considère l’ethnographie comme la 1 ère étape d’un travail
de description d’un groupe socio-culturel.
L’ethnographie est un travail empirique qui se compose d’observations visuelles sur terrain. C’est
l’observation empirique des spécificités de petits groupes humains.
L’ethnographie part de travaux monographiques c'est-à-dire d’études descriptives infiniment minitieuse
et globale d’un phénomène spécifique. Et à partir de ces études monographique, l’ethnographie présente
une description et une analyse de toutes les dimensions de la vie d’un groupe social.
L’ethnologie
C’est la première étape de la synthèse. On n’y se contente pas de décrire les groupes mais on procède à
une analyse et une explication des phénomènes observés en se basant sur les résultats de la description.
L’ethnologie consiste à l’analyse d’une ou de plusieurs cultures en procédant par une méthode
comparative.
L’anthropologie
C’est la deuxième étape de la synthèse.
En utilisant, en même temps, les résultats de l’ethnographie, l’ethnologie et la méthode comparative.
Elle consiste à faire ressortir des résultats qui sont valables pour une société ainsi qu’à toutes les sociétés,
c’est l’étape de la globalisation. Elle vise à établir des lois générales de la vie en société aussi bien dans
celles industrialisées, contemporaines que dans les populations traditionnelles et archaïques.
L’anthropologie signifie, d’une manière générale la science de l’Humanité
Levis STRAUSS conclue que ces trois courants (ethnographie, ethnologie et anthropologie) ne sont
guères dissemblables, mais plutôt ils représentent trois étapes d’une même discipline
On conclut, alors, que : l’anthropologie est une science qui s’intéresse à la culture de certains groupes
sociaux. Elle étudie, en même temps, les spécificités des groupes sociaux et les points communs qu’ils ont
avec d’autres groupes appartenant au même champs culturel et aussi à d’autres champs culturel.
L’anthropologie étudie les groupes restreints comme les tribus, les communautés et aussi le côté local
de la vie social et ce pour confirmer les relations humaines et en particuliers le quotidien, c’est la sciences
des convergences et des divergences
Il faut noter que pendant longtemps cette discipline a étudié les caractéristiques répétitives des sociétés
archaïques, désormais elle s’intéresse plutôt au changement et aux nouveaux modes d’expressions
culturelles et des nouvelles formes d’organisations sociales.
CHAPITRE 2 : DEFINITION DE L’ANTHROPOLOGIE DE L’ESPACE
L'anthropologie de l'espace constitue un champ scientifique et d'investigation encore jeune. Son unité
réside cependant dans la manière dont elle constitue l'espace en objet qualifié et dont elle dégage des
spatialités propres à une ou plusieurs cultures. Jean-Charles Depaule Il y a une dizaine d'années, Françoise
Paul-Lévy et Marion Segaud proposaient, sous la forme d'une anthologie, une défense et illustration de
l'anthropologie de l'espace.
Aujourd’hui, malgré les réserves, et même si elle n'est pas toujours perçue comme une discipline
autonome, les chercheurs ne semblent pas, dans l'ensemble, mettre en cause la légitimité d'une approche
qui considère l'espace non pas comme une toile de fond, mais comme une production sociale spécifique et
le support d'usages eux-mêmes spécifiques. Et, sur des terrains lointains ou proches, des recherches se
mènent, dont les auteurs se reconnaissent sans difficulté dans un tel projet scientifique.
I- OBJET d’étude et objectif
Les démarches d’investigations, dans ce domaine, se diversifient les unes se recommandent de
techniques ethnographiques rigoureuses, les autres relèvent d'une vision assez souple, pluri ou inter-
disciplinaire. De l'espace vécu aux paysages, de la sociologie de la connaissance à la géographie culturelle,
les échelles, les méthodes et les terrains sont divers. Mais l'unité de l'anthropologie de l'espace réside dans
la manière dont elle constitue celui-ci en objet, et dans une visée anthropologique.
Son objet global est complexe. En fait c'est un objet virtuel et une seule et même approche ne saurait
l'embrasser dans sa totalité. Il inclut d'une part les savoirs, les opérations et les instruments qui concourent
à produire un espace matériel. Mais aussi un tel espace saisi dans sa matérialité et ses formes, y compris
ses formes symboliques. Il comprend d'autre part l'usage, les lieux, les territoires, c'est-à-dire les espaces
appropriés, qualifiés, par des dénominations, des utilisations, des représentations, des fréquentations, ainsi
que les régularités discernables sous la diversité des pratiques, et les relations des deux objets partiels que
sont l'espace habité, ou, selon la formule d'Henri Lefebvre, « l'habiter », et l'espace produit dans sa
matérialité.
L'anthropologie de l'espace se définit aussi par son objectif : dégager une spatialité propre à une ou
plusieurs cultures, parvenir à un certain degré de conceptualisation et de généralisation ; cela suppose un
point de vue comparatiste, voire dégager des invariants, des universaux. Une spatialité, c'est-à-dire une
logique spatiale propre à un groupe, une société, se caractérise notamment par ses relations avec le temps.
D'où l'intérêt de saisir celles-ci et d'évaluer l'importance respective du temps et de l'espace, qui varie selon
les sociétés et les cultures.
II- DOMAINES D'INVESTIGATIONS
Les avancées de l'anthropologie de l'espace sont particulièrement significatives dans quatre domaines.
Les études rurales ont assumé l'héritage des méthodes ethnographiques et, comme en témoigne la revue
à qui elles ont donné leur nom, ont renouvelé leur champ. Elles sont riches d'enseignement, y compris pour
l'urbain, en particulier lorsqu'elles défient des dichotomies comme la traditionnelle opposition villes-
campagnes, qui, ainsi que le souligne Isac Chiva, se sont avérées plus réductrices qu'analytiques.
Des disciplines linguistiques repèrent comment les mots jouent » avec le social et l'espace (et le temps).
Elles identifient les manières de dire l'espace, mais aussi les façons distinctives de parler dans l'espace,
dont on peut établir des atlas. Des trésors ont été réunis, faisant apparaître des contacts, des évolutions et
des ruptures. Les analyses montrent aussi comment les territoires quotidiens sont différenciés non
seulement par des activités et des transactions diverses, mais par les noms et les surnoms qu'on leur donne.
A travers le langage, on atteint en outre des catégories ou des principes structurants : par exemple, le
couple (masculin-féminin) de l'orient de la maison kabyle décrite par Pierre Bourdieu.
Les deux autres domaines où les avancées sont sensibles sont l'histoire de la vie privée et l'étude des
espaces publics. Philippe Ariès et Norbert Elias avaient ouvert la voie. On le sait désormais, ce que nous
appelons en Europe la vie privée et les intimités résulte d'une évolution où se sont redéfinis le rôle de la
femme, la place des adultes et des enfants, des notions comme la pudeur et le statut des espaces quotidiens.
La réflexion sur les notions mêmes de public et de privé a progressé. Celles-ci suscitent deux
interrogations essentielles : quelle forme revêt la sociabilité et de quelle nature est le pouvoir qui s'exerce ?
Ces interrogations sont présentes dans les travaux qui, depuis une dizaine d'années, ont été menés sur les
espaces publics. Aujourd'hui, des chercheurs suggèrent qu'on prolonge ou complète ces recherches en
procédant notamment à une relecture des méthodes et instruments ethnographiques appliqués à l'espace, ou
en reprenant la problématique question de l'articulation des formes bâties et du social.
Signalons enfin deux perspectives : d'une part des compétences des habitants aux savoirs techniques
spécialisés et de la description aux modes de figuration graphique le vaste champ des représentations de
l'espace est loin d'être épuisé ; d'autre part, on commence à mesurer la portée de la diversification des
échelles spatiales et des rythmes qui caractérise l'évolution des sociétés urbaines. L'élaboration de
connaissances nouvelles dans ces domaines peut être en outre l'occasion de développer une anthropologie
politique de l'espace.
CHAPITRE 3: L’anthropologie de l’espace domestique3
L’intérêt que portent les sciences sociales à l’espace domestique s’explique par son caractère
anthropique, différencié, privé, familial et corporel. Cet espace constitue un territoire fondamental, il est le
produit d’une société dont il porte les normes et en même temps il structure la vie quotidienne et participe
à la reproduction sociale. L’espace domestique est un enjeu scientifique et épistémologique important car
ceux qui l’habitent et le construisent.
I- Pourquoi s’intéresse –t- on à l’espace domestique ?
« La vraie vie commence à l’intérieur »4 affirme le slogan d’un fabricant de meubles de haut de
gamme. Est-ce à dire que la vie extérieure est fausse? Sans doute exposés au regard des autres au sein de
l’espace public nous ne pouvons être vraiment nous-mêmes, contraints que nous sommes de jouer notre
rôle social et de respecter les normes et les convenances.
Pourtant les sciences sociales n’ont pas fait de la vie domestique leur enjeu principal, elles s’attachent
en effet à la vie des hommes en société et ce n’est pas dans la sphère privée que celle-ci s’exprimerait
principalement.
Mais c’est à se demander comment peut-on ignorer le lieu où nous passons tant de temps, auquel nous
consacrons un tel investissement affectif et financier, dans lequel se déroulent les événements parmi les
plus essentiels de notre vie et où nous sommes vraiment nous-mêmes ?
La photographie qui illustre cette publicité le montre bien Le vaste séjour qu’elle donne à voir est une
pièce de réception dont le décor et l’aménagement visent à afficher l’aisance et le bon goût -largement
stéréotypé- et la distinction des occupants plutôt que d’assurer le confort de leur vie intime et secrète. Cette
pièce reflète une société. Inversement elle détermine un type de vie sociale et familiale : ce est pas un
endroit pour jouer avec des enfants ou manger entre copains de la pizza en regardant des jeux télévisés.
Comme tout type d’espace géographique ce séjour est à la fois produit par la société et participe à la
production de celle-ci.
Aussi pour décrire une société et comprendre comment elle se reproduit il est légitime d’examiner ses
espaces domestiques est même nécessaire car le foyer est le lieu privilégié d’institutions sociales
essentielles : le couple et la famille. Que sait-on une société tant qu’on n’a pas vu ce qui se passe derrière
les portes et les volets ? Or à cette échelle autant ou plus qu’à d’autres, l’espace compte il organise la vie
domestique et familiale en même temps qu’il est structuré par celle-ci.
Pendant longtemps les travaux de recherches qui se sont intéressé à l’espace domestique ont traité la
maison de l’extérieur et rarement de l’intérieur. On étudie son site, son plan sa façade, son toit et ses
matériaux. On signale tout au plus le nombre et la fonction des pièces mais de la géographie de la vie
quotidienne dans la maison il n’en n’est pas question.
Mais la rareté des travaux à cet égards ne signifie guère leur inexistence, certains anthropologues et
archéologues ont étudié l’habitat comme un élément important de la culture matérielle et les sociologues
en font un enjeu central ainsi que les philosophes .citons par exemple : Bourdieu. P (1969) La maison
kabyle ou le monde renversé, Dibie. P (2000) Ethnologie de la chambre coucher, Haumont. N (1968)
Habitat et modèles culturels, Kaufmann J.-P (1988) La Chaleur du foyer Analyse du repli domestique.
II- Les caractéristiques de l’espace domestique ?
L’espace domestique est anthropique. Au-delà de la grande variété des modes de construction des
techniques plus ou moins complexes l’espace domestique demande un aménagement. Pour y dormir ou y
cuisiner s’y protéger ou s’y réunir il est équipé décoré chauffé etc.… L’espace domestique est une
construction. Celle-ci peut être le fait des habitants eux-mêmes (autoconstruction, architecture
vernaculaire) ou non, mais, même si la maison est édifiée par un autre ses habitants y mettent leur marque
3
Depuis l’article de M. Jean-François Staszak, L'espace domestique : pour une géographie de l'intérieur, In: Annales de
Géographie. 2001, t. 110, n°620. pp. 339-363.
4
Publicité Roche Bobois Le Monde 26/8/2000, p3, Roche Bobois n’pas voulu autoriser la reproduction de ce document
(décor, mobilier etc.…). L’espace domestique est donc toujours porteur des normes et des valeurs qui ont
présidé à sa constitution : canons esthétiques, règles morales, structures sociales (par exemple maîtres vs
domestiques) et familiales (par exemple homme vs femme) économiques et politiques etc., y sont présents.
On peut l’interpréter comme un élément –central- de la culture matérielle qui en tant que tel permet
d’aborder une civilisation.
L’espace domestique est différencié. Même si le foyer se résume à une seule pièce on n’y fait pas
n’importe quoi et n’importe où, l’espace y est organisé. Un coin est réservé la toilette (le cas échéant), la
cuisine, au sommeil, aux visiteurs, au stockage etc. Dans le cas de l’Europe les pièces de la maison n’ont
pas acquis une fonction différenciée et fixe avant le XVIIe siècle, mais cette spécialisation est désormais
bien établie. Selon cette différenciation et du fait que les activités ne sont pas les mêmes pour tous les
membres du foyer (selon leur âge et leur sexe principalement), ceux-ci n’ont pas tous la même pratique de
espace domestique, il y a des pièces plus ou moins partagées et réservées, et donc une intimité au sein de
la maison. La nature des murs faits de pierres ou de papier huilé, la conformation des pièces plus ou moins
ouvertes, l’isolation acoustique, assure une intimité très variable. La différenciation des fonctions des
pièces et des statuts des membres du foyer effectuée généralement sur un mode hiérarchique selon leur
prestige, leur importance, leur pouvoir etc.…
Les caractères anthropique et différencié d’un espace sont relativement banals. Il n’en va pas de même
des suivants, plus originaux et spécifiques à l’espace domestique.
L’espace domestique est un espace privée, celui du chez-soi. N’y entre pas qui veut : le visiteur qui se
présente à la porte après avoir trouvé l’adresse est examinée par le judas ou la porte entrebâillée. Si la
porte s’ouvre, ce n’est pas gagné : sa visite peut s’arrêter sur le seuil ou dans l’entrée. S’il est par exemple
accepté dans le salon ou la salle à manger l’accès aux chambres est plus rarement consenti. Est-ce dire que
ce que le caractère privé participe de la nature de l’espace domestique?
En effet un espace totalement ouvert dont on ne peut fermer aucune partie à aucun public n’est pas un
espace domestique au vrai sens du terme ce n’est qu’un espace où on vit qu’il s’agisse d’une caverne,
d’une tente ou d’une demeure aux murs épais, l’espace domestique se caractérise par sa clôture. Même si
on choisit d’y incorporer le jardin (cela dépend principalement de la fonction de celui-ci), l’espace
domestique possède une limite repérable identifiable de l’intérieur comme de extérieur. Portes, rideaux et
fenêtres négocient de manière nuancée et ambivalente le rapport entre espaces privé et public intérieur et
extérieur : il faut bien que, notamment grâce certains rituels 5, les deux domaines communiquent malgré
leur séparation nette. La définition de l’espace privé et de la vie privée n’est bien sûr pas la même selon les
époques et les cultures, mais elle joue un rôle essentiel dans la constitution de l’espace domestique.
L’espace domestique est familial. C’est celui du ménage du foyer, peut- on dire plus justement pour
prendre en compte les personnes qui vivent seules. Quelle que soit la conception de la famille qui prévaut
nucléaire ou élargie les personnes qui y habitent ensemble forment le plus souvent une famille. Il existe
toutefois des communautés électives les étudiants et de plus en plus de jeunes célibataires partagent parfois
un appartement par choix ou nécessité. En revanche on ne peut parler d’espace domestique pour un hôpital
une prison un hôtel ou un internat parce il n’y a à priori pas de lien privilégié entre les personnes qui
cohabitent.
L’espace domestique est à échelle ou la mesure du corps : Il faut bien passer sous les portes et les
plafonds, attraper les poignées, assurer une température supportable etc. Même si l’individu n’existe pas
en tant que tel l’espace domestique est conçu et fonctionne pour des corps individuels. Sa dimension est de
l’ordre du mètre, qu’il s’agisse une minuscule studette ou un immense palais chacune de ses composantes
répond au gabarit corporel.
Parallèlement l’espace domestique est celui du territoire fondamental, Il n’est pas forcément l’espace
où on vit le plus, il peut arriver que on passe plus de temps sur son lieu de travail ou en voyage. Mais il est

5
(Kaufmann J.-P, La Chaleur du foyer Analyse du repli domestique, Paris, Klincksieck, 192 pages ; et
Rosselin. C, Entrée, entrer. Approche anthropologique d’un espace du logement, in Espaces et Sociétés
78, p.83-96, 1995.
l’espace le plus approprié le plus chargé, celui qui porte le plus d’émotions et affects de souvenirs et
espoirs. Le lien fort entre identité et territoire explique que l’espace domestique participe de la
« conscience individuelle »6. Associé à la sphère privée, à la famille et au
Corps, cet espace physique concourt à la composition du territoire d’intimité et donc la construction du
soi. S’est sans doute pourquoi l’odeur de la maison a une telle présence dans les souvenirs d’enfance.
Après avoir dit ce qu’est l’espace domestique, il n’est pas inutile d’ajouter ce qu’il n’est pas
nécessairement. Il n’est pas forcément fixe une tente, une caravane peuvent en tenir lieu. Il n’est pas
forcément permanent comme le prouvent la hutte ou l’iglou, Il n’est pas indispensable ou accessible à
tous : certains vivent à l’hôtel d’autres sous les ponts. Il n’est pas toujours différencié du milieu extérieur :
il peut être matériellement très ouvert et sa limite peut être symbolique ; il ne vise pas nécessairement à
protéger physiquement du milieu extérieur. Un tapis jeté sur le sol peut, à lui seul, constituer un espace
domestique.
La dualité structurelle de l’espace domestique
L’espace domestique est à la fois signifié et signifiant objet et sujet. En effet d’un côté l’espace
domestique est un miroir dans lequel on peut voir les structures et les valeurs essentielles d’une société
donnée. La structuration de la famille, les oppositions de genre, les normes sexuelles, les formes de
production économique, les conceptions du privé et du public la vision du monde, les rapports au milieu,
les goûts et les dégoûts, les idéologies etc. ; se traduisent de façon souvent transparente dans l’organisation
et l’aspect de l’espace domestique. Il constitue toutefois une excellente entrée pour comprendre une
société, une civilisation et aussi un espace.
L’espace domestique joue, aussi, un rôle déterminant, non seulement dans l’organisation et le
déroulement de la vie quotidienne, mais aussi dans l’acquisition de multiples normes et valeurs. L’espace
domestique est aussi celui de l’enfance et donc de l’apprentissage. C’est là que « la vraie vie commence »
comme le dit la publicité : elle commence enfermée, protégée, toute tiède dans le giron de la maison. Au-
delà par son organisation même l’espace domestique permet ou interdit certaines activités ou
comportements. Il est un élément central de la reproduction sociale. L’espace domestique impose et
transmet les normes sociales et particulièrement des normes spatiales géographiques. La maison natale
inscrit en nous la hiérarchie des diverses façons d’habiter : c’est à la maison et par la maison que on
apprend que l’espace possède des limites, qu’il est différencié, qu’il se prête à la ségrégation et à l’accès
réservé, qu’il se négocie et se constitue en territoires, qu’il s’aménage selon certaines valeurs (privé/
public, ordre/désordre, propre/sale, masculin/féminin, jour/nuit etc.)
Delà l’expression « Dis-moi où tu habites, je te dirai qui tu es » possède, donc, deux significations : Je
mets beaucoup de moi-même dans ma maison et on me connaît mieux si on la visite ; je suis pour une part
déterminé, porté par les espaces domestiques dans lesquels je vis et j’ai vécu.
Néanmoins, ma liberté d’aménager mon espace privé, et d’y mettre un sens reste tributaire des normes
et des valeurs morales, juridiques, esthétique et social de ma société. Ainsi, je peux élever ou abattre des
cloisons, décider de l’affectation fonctionnelle ou personnelle des pièces, décorer selon mon goût, placer
les meubles selon mes idées …etc. mais, mes choix personnels ne sont pas indépendants de normes ou des
valeurs que je respecte plus ou moins consciemment et volontairement, par exemple les normes en matière
d’intimité et de pudeur peuvent imposer de mettre des rideaux opaques aux fenêtres ou de ne pas en
mettre.

Conclusion :
En conclusion, et quoi qu’il en soit, les choix d’aménagement de mon espace domestique sont bien les
miens et mes décisions personnelles se traduisent directement dans l’organisation de cet espace.
6
Tuan Y.F, Segmented Worlds and Self Group Life and Self-consciousness Minneapolis, University of
Minnesota Press, 1982, 227pages.
Evidemment si le foyer abrite plusieurs personnes, l’affectation des pièces, les choix d’aménagement
intérieur font l’objet de négociations au cours desquelles l’homme, la femme et l’enfant ne pèsent pas du
même poids.
L’habitant de l’espace domestique est un acteur impliqué dans l’aménagement de celui-ci.
Et les questions qu’on se pose désormais sont : Comment s’organise l’espace intérieur ? Qui fait quoi ?
Quel endroit t à quel moment ? Comment est-il meublé, décoré ? A quoi servent les pièces ?
TROISIEME PARTIE : EXEMPLES D’ETUDES DE
L’INTERACTION : SOCIETE – ESPACE – CULTURE
INTRODUCTION :Comment les sciences sociales aborde-t-elle la question
de l’espace ?
La sociologie de l’espace tend à comprendre les rapports d'interaction et de transformation
qui existent entre les formes d'organisation de la société et les formes d'aménagement des
espaces habités.
L'étude de la première de ces formes, celles qu'une société prend dans l'espace est appelée
morphologie sociale depuis Marcel Mauss, Maurice Halbwachs ou Jean Brunhes'; L'étude de
la seconde, celle des formes de la ville avec son habitat, ses monuments, ses décors, et en
général tous ses aménagements, s'appelle morphologie spatiale.
La connaissance de la réalité des interactions entre une morphologie sociale et une
morphologie spatiale permet d'une part de favoriser la vie sociale dans les villes existantes,
d'autre part de mieux concevoir les nouveaux ensembles urbains ou architecturaux
(programmation). De telles recherches sont à la fois descriptives, compréhensives et
programmatiques.
La sociologie de l’espace permet d'intervenir par l'aménagement architectural et urbain à
toutes les échelles (rénovation, transformations, construction, décoration, animation).7
Cette discipline consiste à l’étude de l’ensemble des rapports entre espaces construits et
société. Ce domaine de la sociologie examine aussi bien ce qui conditionne la production
sociale des différents espaces dans une société donnée, les processus qui conduisent à leur
réalisation, que la manière dont les espaces sont habités, recréés par les pratiques et
l’imaginaire de ceux qui les habitent, et comment ils peuvent agir sur les conduites et les
représentations individuelles et collectives.8
La sociologie ainsi, considère l'espace non pas comme une toile de fond, mais comme une
production sociale spécifique et le support d'usages eux-mêmes spécifiques.
Pour mieux appréhender cette relation entre espace société et culture, la sociologie et
l’anthropologie ont cherché à bâtir un échafaudage théorique et un appareil conceptuel que
nous allons présenter à travers les trois études suivantes :

7
Wikipedia
8
Sociologie de l’urbain, Maïté CLAVEL
CHAPITRE 1:EXEMPLE D’ÉTUDE N°1 :
L’ Etude de la ville arabo-musulmane de Tunis : expression d’un code
social / stratégie et enjeux de création
Un grand nombre des analyses et des conclusions que nous avons énoncées ne recouvrent
que les réalités historiques, sociales et urbaines occidentales. La civilisation et les formations
sociales arabo-musulmanes ont suivi un itinéraire différent qui nécessite qu'on aborde leur
contexte urbain d'une manière distincte aussi bien du point de vue analytique que
méthodologique.
I- La typologie et la structure urbaines islamiques classiques
Les premiers voyageurs et les premiers géographes qui se sont intéressés au monde
musulman, ont vu dans les villes qu’ils visitaient ou décrivaient un ensemble incohérent et
anarchique. Cette vision européo-centriste de « l’ordre urbain » qui ne voit rationalité,
cohérence et hygiène que dans les villes à plan orthogonal, a été évidemment bousculée par
les transformations politiques et culturelles survenues suite à la décolonisation et à
l’émergence d’aires culturelles anciennement dominées.
La ville musulmane, autrefois traitée d’inorganique et d’anarchique, va petit à petit
révéler qu’elle possède une typologie et une morphologie urbaines particulières, qu’elle
fonctionne selon une logique et une organisation urbaine tout simplement différente de celles
d’autres villes.
De toutes les cités islamiques avec chacune sa particularité régionale, son histoire et
son site, on peut affirmer faire ressortir des composantes urbaines qui sont autant de
constantes et qui nous font dire qu’il existe un plan-type de la cité islamique dont les éléments
essentiels sont les suivants :
* Enceintes et portes de la cité :
L’entité urbaine islamique se présente comme un tout bien délimitée et ceinturé à
l’extérieur d’une enceinte ou remparts interrompus seulement par de véritables « portes
urbaines » qui ouvrent sur un paysage rural sinon semi-rural. La silhouette urbaine de la ville
musulmane donne cette impression de l’espace clos et convergeant vers un pôle central.
* La Grande Mosquée ou mosquée de la « Khûtba » (du vendredi) :
Toutes les descriptions des villes musulmanes ont mis l’accent sur un aspect ayant trait à
la vie religieuse de la cité, c’est la centralité de la Mosquée, qui ne signifie pas nécessairement
le centre géographique de l’espace urbain. Autour de la mosquée gravite le monde des lettrés,
savants et étudiants.
Université et médersas s’agglutinent à ce pôle religieux pour associer au cultuel le
culturel.
La proximité avec la Grande Mosquée confère aux espaces limitrophes des lettres
d’anoblissement déterminant ainsi la valeur des localisations et leur ordonnancement.
La contiguïté de tel métier et de tel souk avec la mosquée dépend donc de son degré
d’impureté et de pureté, tel que le Coran ou les hadiths le laissent entendre.
* Les pôles de production (ou souks) et de pouvoir :
Les souks se déploient donc à proximité de la Grande Mosquée, spécialisés par métiers.
Certains métiers « polluants », dévalorisés socialement et économiquement, comme ceux des
forgerons, des tanneurs, des teinturiers et des potiers sont relégués à la périphérie. Par contre,
les marchands de parfums et d’encens jouxteront le lieu de prière, puis viendront les
tisserands de soie et les orfèvres travaillant l’or et les pierres précieuses.
Chaque souk porte le nom de la corporation artisanale qui l’occupe. Cette dernière a ses
propres règles, que nul « maâllem » (le maître) ou « sanaâ » (apprenti) n’oseraient enfreindre.
L’« amin »(syndic) et le « muhtassib » (contrôleur) dirigent la corporation et veillent à la
qualité et à la conformité du produit aux normes. Souvent les corporations entretiennent des
relations avec des confréries religieuses, redoublant les liens puissants entre le souk et la
mosquée.
Cette structure urbaine faite de voies principales piétonnes sur lesquelles s’accrochent des
pôles d’activité commerciales et artisanales, débouche sur une forteresse ou une Kasbah
espace du pouvoir politique, administratif et militaire.
* L’espace résidentiel :
L’essentiel de la cité islamique est occupé par un tissu d’habitat alvéolaire et dense qui
s’articule à un réseau de rues et de ruelles ramifié et plus ou moins irrégulier.
Les zones vouées à la fonction résidentielle, sont nettement séparées des artères
principales, et sont constituées d’unités d’habitations communément appelées : maisons
arabes.
Chaque unité est composée d’un patio autour duquel s’ordonnent des pièces. La maison
est fermée sur la rue, l’entrée en chicane préserve l’intimité familiale, et les toits-terrasses
servent au séchage du linge, des denrées et facilitent les contacts entre voisins.
Ce tissu d’habitat intègre de même des équipements de quartier qui se répètent dans les
différentes « Houma » (quartier) : mosquée de quartier (mesjed), fontaines, bain maure
(hammam), école coranique (kuttab), moulins, fours, etc...
* Les jardins et les fondouks :
L ’importance de l’espace végétal pour la cité islamique s’explique probablement par la
tradition coranique qui associe le jardin à la projection du Paradis sur terre. La recherche du
confort climatique dans une zone aride et désertique a dû jouer aussi un rôle dans cette
recherche, au coeur et aux abords de la cité, de la présence de la végétation et de l’eau.
Ces deux facteurs, d’ordre spirituel et matériel, ont favorisé le développement de jardins
potagers et maraîchers dans les zones périphériques de la cité d’une part, et de jardins
familiaux intra-muros, d’autre part.
En outre, la ville islamique abrite à proximité de ses portes des « fondouks », à la fois
dépôts de marchandises et hôtels.
II- Organisation spatiale de la médina : Expression d’un code social
Dans son ouvrage « Le creuset méditerranéen : Tunis » 9, Serge SANTELLI nous apprend
que le choix du site de Tunis s’est fait dans une double stratégie : militaire et urbaine. En effet
l’existence d’une falaise naturelle, doublée de la présence du lac Sedjoumi, offrait une défense
naturelle non négligeable d’un côté. D’un autre côté Thunes présentait , lors de sa conquête
une agglomération ruinée et presque inhabitée, une structure urbaine neutre, banale, sans tracé
majeur pouvant inspirer ou orienter la fondation d’une nouvelle ville arabe.
Une double action fondatrice fut, par la suite, prise : fixer les limites périphériques et
l’emplacement de la mosquée comme centre religieux. Ce qui permis de définir la relation de
9
SANTELLI Serge , Le creuset méditerranéen : Tunis, collection la ville, les éditions du demi-cercle/ CNRS
éditions, Paris, 1995, p 10.
la ville arabe au monde rurale et extérieur prima bord, et de donner sens à touts les éléments
de la ville (Souks, parcours principaux, portes,…) en deuxième lieu.
Pour récapituler la description vue plus haut de la morphologie spatiale de la médina de
Tunis : On a constaté d’abord une séparation rigoureuse des espaces de résidence et de travail.
Effectivement, les activités d’artisanats et de commerce sont concentrées dans les souks et les
foundouks qui constituent un espace économique distinct de l’espace résidentiel. Ensuite, on a
rappelé qu’autour de la Grande Mosquée d’El Zitouna s’étale le noyau économique central
opposant les souks de l’artisanat noble aux souks des activités polluantes. Ainsi, cette
séparation et cette localisation préférentielle des activités économiques dans le tissu urbain
apparaissent comme une caractéristique essentielle de l’organisation urbaine de la médina.
A ce propos, et en étudiant cette organisation spatiale caractérisant la vieille ville, Jean
Despois nous dit que « les médinas sont faites de pâtés de maisons tranchés par un dédale de
rues étroites tortueuses, et creusés de nombreuses impasses. Cet aspect confus, quelque peu
anarchique du réseau des rues paraît bien résulter de l’insuffisance passée des organisations
municipales et des usurpations tolérées aux dépens des espaces qui font partie du domaine
public»10. En se basant sur cette description on ne peut pas s’empêcher d’ignorer l’insistance
de l’auteur sur la confusion spatiale et la faiblesse institutionnelle spécifiques aux médinas.
Car pour comprendre l’organisation spatiale de la ville ancienne de Tunis au XIXéme siècle,
on ne peut faire l’économie d’une explication sur « l’urbanisme musulman ». Les cités
musulmanes créations artificielles ou spontanées, ont dû répondre aux nécessités de
l’existence de ceux qui les ont habitées.
Robert Brunschvig, quant à lui, se demandait comment « une ville musulmane aux voies
tortueuses et compliquées, à allure parfois de labyrinthe, aux demeures claquemurées, qui se
complait aux culs-de-sac, aux replis d’ombre, aux coins secrets »11. Dédales, labyrinthes,
culs-de-sac, replis d’ombre, coins secrets, voies tortueuses, toutes ces images traduisent
l’étonnement du chercheur devant l’absence apparente d’organisation de l’espace. Dans cette
perspective, les médinas relèveraient d’un urbanisme pragmatique certes, mais négateur de
tout principe d’organisation. L’absence de principe serait évidente lorsque l’analyse est
conduite par comparaison avec la ville européenne.
En réalité, cette méthode comparative ne pouvait être que réductrice car elle enfermait la
recherche dans des présupposés de valeurs : l’intention esthétique préalable qui caractérise la
ville européenne serait une condition indispensable à la bonne organisation de l’espace.
A ce propos Allain Charre affirme que : « les figures géométriques parfaites des plans
romains, résultats formels d’une conceptualisation implacable opérée par les arpenteurs
relèvent d’un dessin esthétique »12 et ce dessin a pour objectif « de rapprocher le plus possible
la ville d’un plan formel idéal. »13 Certes ce modèle européen avait de quoi subjuguer, mais
cela implique-t-il que l’urbanisme produit par les arabes islamisés n’avait connu ni principes
d’organisation ni idéal formel ?
Pour répondre à ce questionnement, Jacques Berques explique (dans son ouvrage « la cité
venue d’en haut ») l’importance de la prégnance de l’Islam sur la ville. Sur la base de son
explication on peut postuler donc que la médina puise ses principes d’organisation dans « le
coran, les hadiths et le fiqh qui constituent (c’est-à-dire) une tradition, patron culturel idéal

10
J. Despois cité par J. Abdelkefi, « La médina de Tunis. Espace historique », Presses du CNRS, Paris, 1989, p.
39.
11
R. Brunschvig cité par J. Abdelkefi (1989), Idem.
12
A. Charre cité par J. Abdelkefi (1989), Ibid, p. 40.
13
A. Charre cité par J. Abdelkefi (1989), Idem.
»14. Dans cette perspective, la notion à la fois du sacré et de l’interdit, contient un principe
d’intimité qui génère en matière d’organisation spatiale, en dehors de toute autre règle écrite
et de tout dessin préétabli, des espaces clos, refermés sur eux mêmes, et dans lesquels le
regard ne pénètre pas.
Ainsi, le fait urbain médina est donc régi par les règles d’un urbanisme traditionnel qui
n’obéit pas à un texte fondateur comme dans la ville européenne, mais au seul principe
d’intimité « le haram »15 inscrit dans la loi religieuse, transmis par la coutume et respecté par
un accord tacite entre les citadins. Autrement dit, les caractéristiques de l’organisation spatiale
de la ville arabe expriment des modes vies et des comportements individuels ou collectifs
dont la référence est islamique ; on retiendra :
-l’utilisation par toutes les catégories sociales de la même unité architecturale de base, la
maison à patio, modèle unique que Jacques Revault distribue selon quatre types correspondant
à une hiérarchie des fortunes : habitation commune, maison bourgeoise, grande demeure,
palais. Mais que l’habitat soit une simple demeure ou un palais, on peut observer « une
communauté de plan et de style »16.
-La deuxième caractéristique réside dans l’assemblage en grappe de maisons à patio qui
s’adossent les unes aux autres. Aucune servitude ne préside à cet assemblage, si ce n’est
l’interdit de troubler l’intimité familiale du voisin. L’urbanisme musulman ne connaît ni la
règle de l’alignement ni celle de prospects : les murs sont mitoyens et les façades sur les
rues, bien souvent aveugles, sont parfois proches à se toucher et former ainsi un passage sous
voûte, un sabbat. La figure n°23 montre comment s’organise la grappe : les maisons, sur la
rue, enserrent celles qui constituent le noyau résidentiel. On accède à celle-ci par une impasse,
de sorte que l’intimité des maisons intérieures soit protégée. Selon Jelal Abdelkefi, il s’agit
de « l’urbanisme d’intimité »17 qui exclut toute forme d’espace public.
-La troisième caractéristique est la place qu’occupe la « grande mosquée » dans
l’ensemble du tissu urbain de la médina. En effet, si tous les chemins mènent à « Jemaa El
Zitouna », le plan de la ville ne se présente pas sous forme radioconcentrique. La croissance
urbaine de Tunis ne s’est pas réalisée en anneaux concentriques autour du lieu du culte
comme cela s’est produit dans de nombreuses villes de moyen âge européen. Au contraire,
elle s’est développée le long des axes est-ouest et nord-sud qui se coupent à angle droit à
l’emplacement de la grande mosquée. D’ailleurs, c’est en parlant de cette mosquée que J.
Berques l’assimile à « un cœur » puisqu’il la décrit comme la « mosquée du vendredi et
université vers laquelle tout conflue et de laquelle tout reflue »18. Cependant, malgré la
position urbaine importante révélée dans cette dernière citation, il ne faut pas confondre entre
centralité religieuse et forme spatiale.
L’analyse géographique montre que le plan de la médina n’est pas une projection
mécanique de la structure théocratique de la société musulmane, sachant qu’une telle
projection devrait impliquer une certaine reconnaissance d’un ordre préalable à la ville. A ce
propos Dominique Chevalier, lorsqu’il a abordé la question des villes des pays arabes, il les a
présentés comme « une projection spatiale des structures sociales de base, projection où
l’Islam inscrit son appel et son esthétique pendant plus d’un millénaire d’histoire et de
civilisation. »19.

14
J. Berques cité par J. Abdelkefi, (1989), Idem.
15
« Le haram » c’est-à-dire le sacré et l’interdit.
16
J. Revault, cité par J. Abdelkefi (1989), Op. Cit, p. 43.
17
J. Abdelkefi (1989), Idem.
18
J. Berques, cité par J. Abdelkefi (1989), Ibid, p. 50.
19
C. Dominique cité par Abdelkefi (1989), Ibid, p. 40.
Figure n° : L’organisation d’un noyau résidentiel de la médina de Tunis

-Autre caractéristique (mais pas la dernière) concernant l’absence de places publiques


dans la médina. En effet, seule la cours de la mosquée où se rassemblent les fidèles est le lieu
privilégié de la sociabilité des citadins. Mais la cours de la mosquée ne peut pas être assimilée
à la notion de place telle qu’elle est comprise dans l’urbanisme européen : les fonctions
religieuses de cet espace interdisent tout rassemblement permettant de satisfaire des activités
commerciales, politiques ou ludiques. Pour souligner davantage la fonction de sociabilité et
de rencontre assurée par la mosquée, F. Stambouli et A. Zghal 20 ont assimilé cette dernière à
l’hôtel de ville ou au forum. Cette assimilation doit être comprise à titre métaphorique, mais
certainement pas comme disposition objective de l’urbanisme de la médina.
Face à cette situation, Jean Poncet s’étonne qu’en dehors des mosquées il n’y a pas dans la
médina de « lieux consacrés à la rencontre et à l’intégration des diverses couches sociales
dans un ensemble citadin consciemment vécu »21. Pour lui, l’absence « de cirques,
d’hippodromes, de théâtres, de grand’places plus ou moins aménagées, plus ou moins
rituellement utilisées pour les spectacles, fêtes, réjouissances et manifestations publiques
financées ou ordonnées par les pouvoirs ou par les détenteurs de la fortune »22 est l’indice de
la décadence de la monarchie husseinite. Cette citation illustre clairement la fascination de
son auteur pour la ville européenne tout en révélant son incompréhension totale de la réalité
sociale et spatiale de la médina. Pour critiquer ce dernier, Gustave E. Von Grunebaum
explique qu’« il n’est pas surprenant que l’Islam n’ait pas recouru à la tradition dramatique

20
F. Stambouli et A. Zghal cité par J. Abdelkefi (1989), Ibid, p. 46.
21
J. Poncet cité par J. Abdelkefi (1989), Idem.
22
J. Abdelkefi (1989), Idem.
grecque, avec la réalité sociale et littéraire de laquelle l’Islam ne possède aucun point de
contact ; il n’est rien qu’il ne possède moins qu’une conception de l’homme le posant comme
dramatis persona».23
Effectivement, à l’inverse de l’espace privé24 qui prend une extrême importance, l’espace
public dans la médina ne prend quelque ampleur que dans son centre, là où se trouve la quasi
totalité des fonctions de centralité, chacune d’entre elles ayant ses rythmes horaires de
fonctionnement bien déterminés, chaque espace ayant sa signification collective, ses pratiques
et ses rites de travail, de prière, de chalandise.
III- Choc colonial et déstructuration des villes islamiques traditionnelles
1. La désarticulation sociale économique et culturelle
Le système social dont faisait partie intégrante la ville islamique traditionnelle était resté
jusqu’à la fin du 19è siècle relativement cohérent, articulé et orienté vers l’intérieur.
Mais l’Occident et le capitalisme mondial, en phase de développement et d’ascension,
n’allaient pas tarder à intervenir dans cette région du monde et imposaient des modèles
culturels et socio-économiques qui allaient avoir des conséquences profondes sur les sociétés
traditionnelles musulmanes de l’époque.
La recherche par l’Europe de nouveaux marchés afin d’écouler ses marchandises et de
sources de matières premières pour son industrie, allait entraîner des mutations irréversibles
dans l’économie urbaine des médinas touchés par le choc colonial.
L’artisanat qui était organisé sur la base des corporations soumises à une hiérarchie stricte
et qui utilisait des techniques rudimentaires et archaïques, se trouvait avec la colonisation en
face de la concurrence brutale et sans précédent des produits manufacturés venant des
différentes métropoles coloniales occidentales.
Cette irruption des articles et produits européens manufacturés ont eu pour conséquence la
ruine et le déclassement de l’artisanat traditionnel, donc le dépérissement du nerf vital de
l’économie urbaine de la médina.
Dans les campagnes, l’économie rurale soumise à des opérations brutales d’expropriation
des agriculteurs autochtones et/ou à une modernisation des techniques d’exploitation
importées par les colons européens, n’a pas échappé, elle aussi, au processus colonial de
désarticulation. C’est pourquoi on voyait s’exacerber un mouvement intense de migrations
vers les villes où commençaient à s’installer les premières entreprises européennes. Cette
poussée migratoire, due essentiellement à une crise sociale et économique des campagnes,
n’allait pas trouver dans les villes, et tout particulièrement dans le secteur moderne de
l’économie coloniale, des postes d’emploi suffisants. Cet exode rural eut pour corollaire
gourbivillisation des périphéries et la « ruralisation des médinas ».
La colonisation introduit l’espace urbain des capitales musulmanes à une morphologie
nouvelle ségrégative et désarticulée que concrétisent généralement trois aires distinctes : la
ville européenne, la médina et les gourbivilles (zones d’habitat précaire ou bidonvilles).
2. La désarticulation urbaine:
C’est donc à la fin du 19è siècle et au début du 20è siècle que se produisent dans les villes
du monde musulman de grandes transformations qui ont accéléré leur désarticulation
morphologique et la sclérose de leurs traditions urbaines et culturelles, au bénéfice de
l’expansion du modèle urbain européen.
Associé au modernisme, ce type de développement occidental de la ville et de la société
entraîne une confrontation entre le moderne et le traditionnel. Une bipolarité qui s’inscrira
23
G-E. Von Grunebaum cité par J. Abdelkefi (1989), Idem.
24
Selon C. Chaline : « Une analyse de l’affectation actuelle des sols dans la médina de Tunis indique que 69%de
la superficie va aux usagers résidentiels, incluant des cours intérieures, 12.5% aux voiries y compris les
impasses qui naguère était en partie privées, 7% aux activités religieuses et le reste allant aux services et activités
économiques ». C. Chaline (1996), Op. Cit, p. 35.
désormais dans le processus de développement des villes du monde musulman tout au long de
notre siècle.
Ainsi s’impose inexorablement le germe d’un tissu urbain de nature différente qui s’étend
rapidement avec la ville coloniale. Ce premier dédoublement de la ville qui marque la rupture
plus ou moins volontaire avec la population indigène sa société et sa culture, amorce le début
du dépérissement de la médina.
3. Les premiers aménagements :
Dans le mouvement de planification urbaine amorcé au début du 20è siècle dans le
monde, les villes musulmanes ont eu évidemment leur part. C’est dans la majorité des cas, à
l’initiative des puissances coloniales, qu’on a cherché à faire pénétrer les colonies dans « la
civilisation moderne » en leur imposant un réseau urbain organisé de manière à bouleverser
l’équilibre et la hiérarchie des médinas traditionnelles.
Le système urbain islamique possédait une cohérence propre qui ne cadrait point avec la
conception et la « rationalité » urbaines des architectes et ingénieurs débarquant de la
métropole coloniale. Souvent, la réalité urbaine des médinas a été associée au « désordre
urbain » et à l’absence de normes modernes de confort, d’hygiène et de salubrité. On a donc
cherché dans les plans d’urbanisme, soit à les éviter, soit à les faire traverser par de grands
axes de communication.
En outre, la dégradation de la vieille ville s’accéléra avec la destruction du système social
et de l’économie urbaine qui en sous-tendaient l’équilibre.
Il apparaît donc que les plans d’aménagement proposés pour les villes islamiques durant la
période coloniale reposent tous sur le postulat que la seule référence en matière de modèle de
ville reste la référence occidentale.
En effet, considérer le mélange de fonctions, la coexistence de modes de transport
hétérogènes, la fourmilière des marchands ambulants, le labyrinthe des rues non comme des
signes du chaos mais plutôt comme des réalités urbaines et culturelles spécifiques, signifiait
aller à l’encontre de la doctrine urbaine occidentale dominante de l’époque.
La nouvelle morphologie de l’agglomération de Tunis nous présente alors une triple ville
composé de l’ancien tissu médinois, de la ville basse moderne et des gourbivilles. Ces
derniers sont nées en rupture avec l’urbanisme de la cité , ils sont le produit d’une injustice
exercée antérieurement sur la population rurale, comme l’explique Jalel ABDELKEFI. C’est
une forme de réponse à cette stratégie de renfermement et d’exclusion sociale sur laquelle a
été fondé la Médina de Tunis.
4. Que faire des médinas?
A partir des années 50 les gouvernements des capitales du monde musulman sont devenus,
en principe, maîtres de leurs choix politiques et de leur urbanisation. Ils ont donc été
confrontés à des médinas densifiées, sur-occupées et sous intégrées socialement et
fonctionnellement.
En un premier temps, la réaction des élites nationalistes ne se distingue pas de l’approche
européo-centriste qui a associé l’inertie et les dysfonctionnements des villes islamiques à
l’arriération et au sous-développement.
Et ce n’est que plus tard, au cours des années 70, qu’on a enregistré un renversement de la
problématique et de la méthodologie d’approche de la réalité urbaine du centre historique
islamique. Cette nouvelle optique, expérimentée au cours des trois dernières décennies, va
envisager trois options majeures d’aménagement des médinas :
*La restauration et la conservation qui accordaient la priorité aux édifices de valeur
historique et architecturale. La critique souvent avancée à ce type d’intervention est le risque
de « muséification » des médinas et de transfert de la population résidente.
* La réhabilitation du tissu traditionnel en le dédensifiant c’est-à-dire en relogeant une
partie de la population présente. On reproche à ce traitement son illusion de voir renaître des
modes de vie et des pratiques sociales séculaires et disparues à jamais.
* La requalification fonctionnelle : consiste en une intervention sur ce qui fait la centralité
de la ville tout en repensant le rôle de la médina au sein du fonctionnement global de
l’agglomération contemporaine. Introduction d’activités nouvelles, désenclavement et
réaffectation de certains édifices de la médina sont proposés dans ce sens.
En conclusion, on peut affirmer qu’en dépit des problèmes qu’a rencontré et que
rencontrent les centres historiques des villes du monde musulman, il apparaît que ceux-ci
présentent, encore souvent, certaines conditions et certains atouts susceptibles de favoriser
leur réanimation et leur revalorisation.
CHAPITRE 2 :EXEMPLE D’ÉTUDE N°2 :
L’ Etude du jeu des acteurs et leur impact sur l’aménagement des espaces
urbains : le cas du projet d’embellissement de l’avenue H. Bourguiba de
Tunis
I- Présentation de l’avenue H-Bourguiba

Le contexte historique de l’étude du « projet d’embellissement de l’avenue H. Bourguiba à


Tunis » est marqué par une intervention forte de l’urbanisme colonial, c’est la décision de
réaliser un axe Est-Ouest qui relie la médina à la mer à travers des terrains marécageux et
l’ancien port de Tunis. Cet axe, sera baptisé dans un premier temps la promenade de la Marine
avant de devenir l’avenue Jules-Ferry puis avenue H. Bourguiba à l’indépendance. Cette
avenue principale du centre ville protégée par sa trame végétale dans sa continuité jusqu’aux
portes de la médina a représenté un lieu attractif, un lieu de convivialité incitant à la
promenade et favorisant par son mobilier urbain les rencontres. Ajoutons à cela qu’elle se
caractérise par une plurifonctionnalité articulée autour des activités tertiaires et commerciales,
des activités culturelles ainsi que des équipements de prestige.
L’image véhiculée par cette avenue est passée par deux phases principales
correspondant à deux types de représentations urbaines opposées :
-Jusqu’aux années 70, les discours et les pratiques des habitants et des décideurs de la
capitale mettaient en exergue son côté moderne faisant de cette avenue un pôle attractif.
-Dans les années quatre-vingt, on va assister à une perversion de cette image, le centre-
ville moderne devient un espace répulsif pour les classes moyennes qui le désertent de plus en
plus pour fréquenter les nouveaux quartiers périphériques.
Ce pendant, quelque soit l’image que dégage le centre ville de Tunis, il continue à
s’accrocher à son statut de centre de gravité de la ville et à son rôle de vitrine nationale et
internationale.

Le terre
3 voies 3 voies

Les trois composantes de


II- Présentation du « projet de l’avenue H. Bourguiba à Tunis »

C’est dans ce cadre que se situe aujourd’hui le « projet d’embellissement de l’avenue H.


Bourguiba à Tunis » qui apparaît comme une opération de sauvetage du centre ville dans
toutes ses composantes urbaines, esthétiques, économiques, sociales et culturelles. En effet, à
la fin du mois d’Août 1999, le conseil municipal de Tunis a annoncé le réaménagement de
l’avenue H.Bourguiba, qui dans un premier temps, a été envisagé comme projet de
« rénovation complète » de cet axe. Cette intervention consistait donc à éliminer le terre-plein
central de manière à permettre l’élargissement des trottoirs sur les côtés et l’arrachement des
ficus pour introduire une grande voie véhiculaire. Ainsi, la première variante du projet
d’aménagement de l’axe H. Bourguiba , prévoyait :
-La création d’une voie unique centrale avec 6 files de stationnement.
-La disparition du terre plein central avec déplacement des kiosques à journaux, des
fleuristes et des ficus.
-La création de deux trottoirs latéraux de 18 mètres pour des terrasses de café, de
restaurants et des esplanades.

Cette première version du projet a suscité plusieurs réticences et protestations dont une
pétition qui a été signée par des intellectuels, des cadres supérieurs, des figures connues et de
simples citoyens et présentée au maire de Tunis pour demander l’abandon de ce projet. Une
lettre adressée aux députés de la nation a également tenté de créer un rapport de force
favorable aux contestataires du projet et de son commanditaire la municipalité de Tunis.
En effet, pour justifier leur opposition à la première variante du projet, les acteurs se sont
basés sur un ensemble d’arguments qui expriment l’importance de l’avenue Bourguiba
comme artère principal du centre ville caractérisé par :
-Son attractivité
-Son intérêt architectural et monumental
-Sa valeur historique et culturelle
-Son reflet de la mémoire collective des tunisiens
Cette mobilisation a eu pour effet de modifier les orientations du projet initial, traduisant
ainsi ce nouveau rapport de force. La dernière version se présente donc comme « un choix
intermédiaire entre rénovation complète et le maintien de structure du centre ville. La décision
fut donc prise de conserver la physionomie ancienne de l’avenue moyennant certaines
adaptations qui concernent le maintien de l’allée centrale tout en diminuant de la largeur des
trottoirs pour atteindre une dimension minimale de 8 mètres et maximale de 12 mètres. En
définitif, les trottoirs auront une largeur de 12 mètres, le terre plein central de 18 mètres au
lieu de 29,5 mètres et la circulation automobile sera maintenue latéralement sur trois voies de
chaque coté, cette option nécessite la transplantation de deux rangées de ficus sur les trottoirs
latéraux.

Ce rappel des différentes composantes des représentations de l’avenue Bourguiba des


acteurs impliqués et intéressés par le « projet d’embellissement de l’hypercentre de Tunis »,
permet de mieux comprendre l’interaction entre les acteurs urbains intéressés par ce projet et
le contenu des actions de réaménagement de l’avenue, action de réaménagement qui
représente une solution de compromis pour satisfaire l’ensemble des acteurs intéressés
directement et indirectement par ce projet, et surtout ceux qui voyait dans l’avenue H.
Bourguiba, plus qu’une artère principale du centre ville de Tunis, un espace qu’il faut
préserver parce qu’il représente le patrimoine et l’identité urbaine des tunisiens
CHAPITRE 3: Texte support d’analyse :
« REFORMULER L’ESPACE : COMPETENCES ET SAVOIR-FAIRE DES
HABITANTS A BIZERTE (TUNISIE) » de Rabia BEKKAR, avec la collaboration de
Sabri SFAXI
(Source : Les compétences des citadins dans le monde arabe : Penser, faire et transformer la ville,
sous la direction de Isabelle BERRY- CHIKHAOUI et Agnés DEBOULET, collection Hommes et
Sociétés, édition Karthala, 2000, p-p63-77)
QUATRIEME PARTIE :
ATELIER : METHODOLOGIE, LECTURE, ANALYSE ET ECRITURE

Exercer l’étudiant à la pratique de l’exposé. Le travail dans cet atelier s’étalera sur tout le second
semestre, l’étudiant apprendra à formuler correctement un thème, à analyser des textes, à établir une
bibliographie suffisante avec des références correctement formulées et à concevoir un exposé clair,
cohérent et détaillé.
 Objet et objectif de cette 4ème partie du cours :
La conclusion qu’on peut tirer de ce cours est que l’espace, champ d’intervention professionnel de
l’architecte, doit être saisie dans son imbrication entre ses dimensions spatiale, sociale et culturelle.
(L’urbain est une interaction entre Espace, Société et Culture). Justement, le contenu de cette partie du
cours est alimenté voire enrichi par les travaux et les apports collectifs des étudiants dans le cadre de
réalisation des exposés et d’analyse de textes, leur permettant d’approfondir davantage cette idée
d’imbrication entre société/espace/culture. Ajoutons qu’un des objectifs des exposés et des études consiste
permettre aux étudiant de faire des recherches sur l’ensemble des notions et des concepts qu’ils ont
rencontré dans ce cours afin de mieux saisir leur contenu scientifique et assimiler leur apport dans leur
formation académique. Finalement nous estimons que l’exercice sur les exposés et les analyses de textes
offrira aux étudiants l’occasion de mettre en pratique les connaissances théoriques acquises dans cette
dernière partie du cours en ce qui concerne :
- L’initiation à la méthodologie de recherche,
- l’initiation à la recherche documentaire,
- la technique de l’analyse de texte.
- et la valorisation d’un discours oral à travers la communication d’un message clair précis et cohérent
Conclusion :
L’homme et l’environnement ne peuvent plus désormais être considérés comme des entités closes,
étrangères l’une de l’autre ; entre elles s’établit une relation qui est structurée par leur influence
réciproque.
C’est précisément l’étude de cette interdépendance où les aménagements sont considérés comme un des
modes d’organisation de la vie sociale qui fait l’objet de la sociologie de l’urbain.
Les processus étudiés tout au long de ce cours nous ont éclairés sur leur dimension signifiante : pour
comprendre les situations, il faut saisir, d’une part, l’importance de la structuration de l’espace et, d’autre
part, la manière dont il est vécu par les gens.
Ainsi, l’espace ne peut être réduit à servir seulement de décor ou de moule aux phénomènes sociaux.
La preuve est qu’une autre direction de l’analyse des rapports entre espaces et sociétés s’attache à
comprendre comment les espaces contribuent à façonner, modifier des modes de vie, des pratiques
collectives des représentations individuelles ou sociales, comment ils permettent ou empêchent certains
comportements, contribuent à développer ou à mutiler l’imaginaire, comment ils peuvent susciter émotions
et sentiments.