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Échos d'Orient

L'homélie de Michel Psellos sur l'Annonciation


Martin Jugie

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Jugie Martin. L'homélie de Michel Psellos sur l'Annonciation. In: Échos d'Orient, tome 18, n°112-113, 1916. pp. 138-140;

doi : https://doi.org/10.3406/rebyz.1916.4195

https://www.persee.fr/doc/rebyz_1146-9447_1916_num_18_112_4195

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L'HOMÉLIE DE MICHEL PSELLOS

SUR L'ANNONCIATION

Parmi les écrits encore inédits du fameux polygraphe byzantin qui


s'appelle Michel Psellos, se trouve une homélie sur l'Annonciation.
On peut la lire dans plusieurs manuscrits, notamment dans le
cod. 1630 du fonds grec de la Bibliothèque nationale de Paris, sur
lequel nous l'avons transcrite (1).
Le morceau n'a, quant au fond, rien de bien original, mais il a le
mérite d'être écrit en un style très pur et d'une sobriété toute classique.
11 est aussi d'une précision dogmatique remarquable: ce qui nous
montre que le philosophe laïque, ami de Platon et tout épris des
beautés littéraires de l'antiquité, savait aussi feuilleter lès ouvrages des
Pères et rivaliser avec les plus brillants théologiens de son temps.
Résumons en quelques mots la marche générale du discours qui,
pour la longueur, se tient dans la bonne moyenne des homélies
byzantines. L'orateur commence par montrer que l'Incarnation du
Verbe est la plus étonnante des merveilles. Suit un bref aperçu sur
le plan divin de la Rédemption et ses résultats. Après cet exorde banal,
nous trouvons un commentaire suivi et très bien mené du récit
évangéiique-de l'Annonciation. L'orateur s'arrête d'abord à contempler
la beauté de la Vierge saluée par l'ange, et fait longuement son
éloge. Ce qu'il admire en Marie, ce n'est pas tant la virginité matérielle
que la virginité absolue de l'âme :

Loin de contracter quelque impureté de son union avec la matière,


l'âme de Marie communiquait à son corps une beauté toute spirituelle.
Seule entre toutes les âmes humaines, cette âme brillait dans son corps
immaculé comme une splendeur céleste. Elle le contenait plutôt qu'elle
n'était contenue par lui, et lui communiquait son propre éclat, plongée
qu'elle était tout entière en Dieu. On aurait dit un dieu avec un corps.
Sans doute, elle habitait la terre et foulait notre sol; mais j'ose affirmer
qu'elle n'était point éloignée de la Trinité inaccessible et qu'avant même
de concevoir [le Verbe fait chair), elle voyait Dieu plus distinctement
que les séraphins, et le concevait, le portait, l'enfantait d'une manière

(ι) Τοϋ σοφωτάτου Ψελλού λόγος εις τον χοαρετισμόν. Cod. i63o, fol. 240-244·
manuscrit est du xiv" siècle.
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ineffable par la contemplation, comme il lui arriva plus tard de le faire


substantiellement (1).
Psellos vient de nous dire que l'âme de Marie ne contracta aucune
impureté par le fait de son union avec le corps. Il continue en
affirmant que ce corps de la Vierge fut formé avec la fleur des
éléments et préparé comme une demeure sainte pour recevoir l'âme
qui devait le posséder :
S'il est vrai que, suivant l'opinion commune, ce vaste et sublime
firmament a été formé de la fleur des premiers éléments, d'où sa stabilité
et son incorruptibilité, — à plus forte raison le corps de cette Vierge
a-t-il été façonné de la plus pure substance des éléments et préparé pour
être le sanctuaire de l'âme (2).
Evidemment, en s'exprimant de la sorte, Michel Psellos écarte
suffisamment du corps et de l'âme de Marie toute idée de souillure; et
n'aurait-il pas écrit autre chose, qu'on serait autorisé à le ranger parmi
les théologiens byzantins si nombreux qui ont proclamé la conception
immaculée de la Mère de Dieu. Mais son commentaire de Y Ave Maria
nous fournit quelque chose de plus explicite. Développant le parallèle
classique entre Eve et Marie, il écrit :
L'ange ajoute : Tu es bénie entre les femmes. L'expression fait
pendant à la malédiction, puisque la Vierge est introduite à la place
d'Eve, comme Dieu à la place d'Adam. De même qu'au paradis la
transgression fut suivie de la malédiction, de même ici la bénédiction
s'attache à l'obéissance. Et jusqu'à la Vierge notre race a hérité sans
interruption de la malédiction de la première mère. Puis la diguecontre
le torrent a été construite, et c'est la Vierge qui est devenue le rempart
qui a arrêté le déluge des maux. — Bénie es-tu parmi les femmes, toi
qui n'as ni goûté de l'arbre de la science ni transgressé le commandement,
mais qui as été déifiée, et qui as déifié notre race (3).

(ι) εκείνο μάλλον λαμπρύνασά τε και καταυγάσασα η εκείθεν τι προσαναμαξαμένη της


ΰλης Μόνη γαρ αυτής ή Θεοειδεστάτη ψυχή, ώσπερ τις ούρανία αϊγλη, τω άκηράτω έκείνω
έπέλαμπε σώματι" και ου συνειλήπτο η συνεΐχεν έκεΐνο ύπερ τα Σεραφίμ, κα! πριν η
συλλάβει, όρώσα Θεόν (Fol. 341 ν\)
(2) Εί ούν ό μέγας ούτος και υψηλός ουρανός εκ του ανθούς των πρώτων στοιχείων ως τοις
πολλοίς δοκεΐ,. σεσωμάτωται, και δια ταΰτα αδιάπτωτος τε εστίν και ακήρατος, πόσω γε
μάλλον το εκείνης σώμα εκ κρείττονος της" των στοιχείων ουσίας συμπέπηκται, και ωσπερ
ίερον αδυτον tvj ψυχή κατεσκεύασται. (Fol. 341-342.)
(3) Προς τούτοις φησιν ευλογημένη συ έν γυναιξίν" άντίρροπον τη κατάρα το όνομα, έπε!
-και της Εΰας ή παρθένος άντεισένηκται, ώσπερ του 'Αδάμ. ό Θεός Κα! μεμένηκε μέχρι
της παρθένου τοϋτο δη το γένος κληρονομούν την άραν, της προμ,ήτορος. Είτα ωκοδομήθη το
ερυμα της επιρροής, και γέγονεν έπιτέιχισμα ή παρθένος της των κακών επιλύσεως.
Ευλογημένη συ έν γυναιξίν, ως μήτε του ξύλου γευσαμένη τής γνώσεως, μήτε παραβασα την έντολήν,
ή αυτή τε Οεωθεΐσα κα! το γένος θεώσασα. (Fol. 242-243.)
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Comme les autres théologiens de Byzance, notre orateur n'ignore pas


que Marie a été l'objet, au moment de l'Incarnation du Verbe, d'une
certaine purification; mais, comme eux, il l'entend d'un surcroît de
grâce et de lustre surnaturel donné à son âme par les irradiations de
l'Esprit-Saint (1). Il affirme positivement que, bien avant le salut
de l'ange, la Vierge était remplie de la grâce de Dieu (2). Il va même,
nous l'avons vu, jusqu'à lui accorder la jouissance de la vision béati-
fique antérieurement à la conception de Jésus.
C'est surtout par cet éloge de la pureté absolue de la Mère de Dieu
que le discours de Psellos acquiert une incontestable valeur aux yeux
du théologien, et mérite d'être tiré de l'oubli dans lequel on l'a laissé
jusqu'ici.
M. Jugie.
Brive, le 24 avril 1916.

(ι) άγιάζον την φύσιν αυτής, ίνα μάλλον άστράψη και προς υποδοχήν το-j Λόγου τηλα-j-
γεστερα φανή. (Fol. 243 ν°.)
(2) Κεχαρίτωτο γαρ πάλαι, όλη προσανακειμ,ε'νη θεώ. (Fol. 242 ν°.)