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Monter une chaîne sur un métier à tisser

Ces pages s’adressent aux débutants en tissage

En regardant mes statistiques de blog j’ai constaté que les principales visites sur mon blog
concernent le montage d’une chaîne sur un métier à tisser.

La plupart des sites et forums sur le tissage expliquent chacun à leur manière la méthode.
Mais c’est tellement rébarbatif que je pense que bien des gens se sont découragés rien qu’à
lire les premières lignes, celles qui expliquent la quantité de matière, la densité, etc…
Et ce, avec des mots très inhabituels qu’on a parfois bien du mal à comprendre. Moi aussi, je
l’avoue, car quand j’ai commencé le tissage il y a 40 ans, un peigne s’appelait un peigne, pas
un “ros”, et bien d’autres mots aussi me sont complètement inconnus. Je ne sais pas d’où ils
viennent. Peut-être de l’étranger. Mais en tous cas je ne les connaissais pas avant de me
balader sur les forums, et je trouve que ça fait un peu “hermétique” d’utiliser ce genre de
langage. Ça ne donne pas vraiment l’impression qu’on a envie d’être compris !

Une fois dépassé le problème du vocabulaire, il y a les calculs…


Et ensuite, une fois les calculs faits, on est là avec nos bobines, nos fils, et….. qu’en fait-on ?

Pour pouvoir tisser, il faut d’abord installer des fils de chaîne sur le métier. Opération qui peut
paraître extrêmement stressante quand on ne sait pas le faire, mais aussi très compliquée.
En fait c’est très simple, mais demande de la patience, de la méthode, du temps sans être
dérangé. (coupez votre téléphone ! )

Les Métiers à tisser Leclerc, au Canada, mettent à disposition des petits livrets gratuits très
bien faits et qui expliquent toute la procédure.
Voici le lien vers la page d’index de leur site. Vous y trouverez plusieurs ouvrages plus ou
moins abordables pour le débutant.
http://www.leclerclooms.com/Index_FR.htm

Quel type de métier à tisser ?

En général, quand on débute, on a en sa possession des métiers relativement simples :


- ​soit un métier dit “À peigne envergueur”​, du type “Tissanova”. Il n’a pas de pédales, le
“peigne” sert à la fois à séparer les fils (1 fil sur 2) et à tasser la laine de trame.
- ​soit un métier avec des pédales​, avec deux ou quatre pédales attachées à deux ou quatre
cadres supportant des “lisses” dans lesquelles on enfile les fils selon un ordre bien précis qui
permettra de réaliser les différents motifs si jolis du tissage à la main.

Il existe d’autres métiers, avec davantage de pédales et de cadres, ou encore avec des
systèmes sophistiqués pour faire le jacquard, mais ce n’est pas mon propos dans ces pages.

Les métiers à pédale peuvent être de plusieurs sortes​ :


- ceux dits “à la lève” : vous appuyez sur une pédale et ça lève le cadre qui y est attaché. Les
autres restent sur le même plan.
- ceux dits “contrebalancé”, ou “à la lève et à la baisse” : les cadres sont attachés deux par
deux, quand on appuie sur une pédale ça lève un des deux cadres et ça baisse l’autre.

L’avantage des métiers contrebalancés, c’est que les nappes de fil s’écartent davantage.
Quand on utilise des navettes plates qu’on passe à la main entre les nappes de fils, ce n’est
pas gênant. Mais quand on utilise un “lance navette” et des navettes à roulettes qui roulent ou
glissent sur le bord du peigne, c’est moins pratique à mon avis. Le réglage est un peu plus
compliqué.

De toutes manières, quel que soit le métier que vous allez utiliser, vous aurez besoin de
tendre vos fils de chaîne entre les deux ensouples de votre métier, en passant par le peigne
et les lisses. Tout un programme !

Comment procéder ?
Il y a plusieurs manières de le faire. Tout dépend du matériel que vous allez avoir à votre
disposition.

- Soit vous enroulez toute la longueur des fils de chaîne fils sur l’ensouple arrière, puis dans
les lisses et enfin dans le peigne, avant de les fixer sur l’ensouple avant
- Soit vous faites le contraire, vous les enroulez sur l’ensouple avant, puis vous passez les fils
dans le peigne, puis dans les lisses, pour ensuite enrouler toute la chaîne sur l’ensouple
arrière.

Je pars du principe que vous n’avez pas ou peu de matériel. Nous allons donc faire avec les
moyens du bord. C’est comme ça qu’on commence, en général, pour savoir si l’activité nous
plaît avant d’investir dans du matériel plus coûteux et volumineux. Car certaines pièces de
ces matériels peuvent vraiment être encombrantes !

Vous avez donc un métier à tisser.


Quel que soit votre métier, il dispose d’une ensouple arrière sur laquelle on doit enrouler les
fils de chaîne, et d’une ensouple avant où on doit attacher les fils. C’est de ce côté qu’on
commencera le tissage, il ne faut donc pas y enrouler la chaîne.

Entre les deux ensouples vous avez


- soit un peigne envergueur
- soit des cadres portant des lisses et un peigne.

Nous allons donc préparer les fils de chaîne que nous allons enrouler sur l’ensouple arrière
de notre métier.
.

Un peu de calcul : la longueur des fils

Nous n’avons pas le choix, nous devons tout de même faire quelques calculs.
Commençons par un projet simple : une écharpe ou un napperon.

En général une écharpe mesure 20 cm de large sur environ 1,50 à 1,70 mètres de long.

Pour ce qui est de la longueur, pour une écharpe je ne me perds pas en calculs. J’ai toujours
eu horreur de ça !
Je sais que je perds toujours environ 50 cm de fils sur la longueur. Ce sont les fils qui ont
servi à faire les noeuds d’attachage de la chaîne, à l’avant et à l’arrière, et ceux qui ne sont
pas tissés parce qu’ils traversent les cadres et les lisses. Il faut aussi compter un peu de
retrait parce que les fils s’entrecroisent et ne restent évidemment pas tendus tout droit. Avec
un peu d’habitude, quand on connaît son métier, on arrive à faire cette estimation sans trop
de problèmes.

Et quand vous serez devenu un(e) expert(e) très motivé(e), vous trouverez le courage de
vous plonger dans les calculs de chaîne expliqués dans les livres et forums de tissage.

Pour commencer, faites simple. Rajoutez 50 cm (la perte) à la longueur et prenez une
longueur de fil de 1,60 ou 1,70 cm pour faire votre première écharpe.
Vous devez donc couper un certain nombre de fils de 160 + 50 = 210 cm de long.

Largeur : Combien de fils au cm ?


Il faut maintenant compter combien de fils nous allons mettre pour faire la largeur de
l’écharpe.
Cela dépend de la grosseur de votre fil et du nombre de dents par centimètre de votre
peigne.

a) Le peigne
Prenez votre double décimètre et comptez combien vous avez de dents de peigne par
centimètre.
- ​Avec un peigne envergueur ​on a souvent deux ou trois dents par cm. Rarement plus, à
moins de racheter un peigne avec davantage de dents au cm. Avec ce type de peigne on met
en principe un fil dans le trou et un fil dans la dent pour faire ce qu’on appelle le “point de
toile”.
On peut mettre deux fils dans la dent et deux fils dans le trou, ce qui fait un point appelé
REPS. Souvent la chaîne se trouve couverte, avec ce genre de tissage.
On peut obtenir de très jolis effets très jolis pour des coussins, mais c’est un peu raide pour
une écharpe.

- ​avec un peigne classique du type de ceux qu’on trouve avec les métiers à pédale on peut
avoir des dents plus ou moins rapprochées. Cela va de deux dents par cm à 12, 16, etc…
Le plus couramment on va trouver 4 ou 6 dents dents par cm.

b) votre fil
Pour tisser correctement, il faut que vos fils de chaîne soient proches, mais pas trop serrés.
Prenez un crayon, ou une règle plate, et enroulez votre fil dessus. Faites plusieurs tours pour
obtenir 2 ou 3 cm de large. Vos fils doivent être côte à côte, mais ne pas se toucher.
Comptez maintenant combien vous avez de fils sur un cm de votre crayon.

Admettons que vous ayez trouvé 4 fils pour 1 cm.


Le calcul est alors tout simple. Pour une écharpe de 20 cm de large, il vous faut 4 fois 20 fils,
soit 80 fils de 201 cm.

Nous enfilerons donc si nous avons trouvé une densité de 4 fils au cm ::


- dans un peigne de deux dents par cm :2 fils dans chaque dent
- dans un peigne de 4 dents au 1cm : 1 fil dans chaque dent
- dans un peigne de 6 dents au cm : 1 fil, 1 fil, 1 dent vide, 1 fil, 1 fil, 1 dent vide, etc...

Pour un peigne envergueur, choisissez une grosseur de fil qui convienne à votre peigne.

Préparation des fils de chaîne​ :


Là, ça se complique un peu.
Si vous coupez 80 fils de 210 cm “comme ça”, sans prendre de précautions, vous risquez
d’avoir une belle pelote de fils emmêlés avant même d’avoir pu commencer à les enrouler sur
votre ensouple.
Il faut procéder avec méthode. Il faut absolument éviter que les fils s’emmêlent !

a) ​Si vous n’avez aucun matériel​, vous pouvez procéder comme expliqué sur mon blog
(​voir ICI​ la vidéo)
La technique est simple :
- j’ai attaché les fils à la poignée de ma fenêtre et éloigné le métier de la distance nécessaire
pour avoir la longueur de chaîne voulue.
- J’ai passé les fils dans le peigne envergueur un par un en les coupant au fur et à mesure.
- J’ai ensuite enroulé les fils sur l’ensouple arrière
- puis attaché à l’avant (vous pouvez aussi faire le contraire, enrouler devant, mais il faut
ensuie enrouler derrière pour avoir la chaîne à la bonne place sur l’ensouple arrière. Ce
procédé permet d’égaliser la tension des fils)

b) Vous disposez d’un ourdissoir


du type “cadre à ourdir” comme
celui ci-contre (acheté aussi chez
Méta​)

Ce cadre permet de préparer le


nombre de fils qu’on souhaite et
surtout de faire “l’encroix”, ce
système qui permet de séparer les

fils pairs et impairs et qui les empêche donc de se


mélanger. Il faut procéder méthodiquement,
personnellement je fais des groupes de 20 fils la fois que
je serre par un petit bout de laine de couleur différente à
plusieurs endroits de la longueur, pour qu’ils ne
s’emmêlent pas, et je fais un encroix à chaque fois.

Une fois le nombre de fils préparé, on enfile les


“baguettes d’encroix” sur la totalité de la nappe de fils et
on passe au “pré-piquage en peigne”.
Pour cela, je transporte mes fils sur ma table et les pose bien à plat. Puis je les enfile dans le
peigne en commençant par le milieu du peigne et le milieu de ma nappe de fils, pour que ma
chaîne soit bien centrée..

Une fois la chaîne enfilée dans le peigne, je transporte le tout à mon métier à tisser, et je
remets le peigne en place, chaîne déroulée à l’avant du métier (ici, sur le banc de tissage).
il suffit alors de faire l’enfilage en lisses (“rentrage”, puis l’attachage sur la barre d’ensouple
arrière.

La partie la plus acrobatique arrive maintenant.


Nos fils sont passés dans le peigne, dans les lisses, et ils sont attachés sur la barre de
l’ensouple arrière. Il faut maintenant enrouler la chaîne sur l’ensouple arrière tout en
maintenant une tension régulière et égale sur toute la largeur des fils.
Cette opération s’appelle ​“pliage”
C’est difficile !
Surtout si vous avez eu la mauvaise idée de prendre des fils différents. Par exemple un fil
laine, un fil coton ou acrylique.
Le mieux, c’est de se faire aider?
Une personne tourne l’ensouple pour enroules les fils, l’autre essaye de garder une tension
sur les fils tout au long de cet enroulage. Et tout ça sans que les fils s’emmêlent !
En Suède cette opération a l’air de donner l’occasion de rencontres amicales ! Il n’y a qu’à
voir la photo ci-dessous extraite de l’ouvrage de Ulla Cyrus-Zetterström - “Manuel de tissage
à la main” (pour personnes déjà bien avancées !)

Ourdissage sectionnel
Cette technique n’est pas évidente, elle me paraît bien compliquée dès qu’on veut monter
des chaînes de plusieurs mètres de long, c’est pourquoi je lui préfère, de loin, l'ourdissage dit
“sectionnel” (par sections). Mais il nécessite un matériel plus sophistiqué.
Il vous faut :
- Un cantre avec des bobines
- un bobinoir pour faire les bobines de fil
- Un peigne de densité et d’encroix, souvent ces deux pièces sont dans la même “boîte”
-I l faut que l’ensouple arrière de votre métier soit un rouleau d’un diamètre assez large (au
moins 50 cm) et non pas un simple rouleau plein comme dans le Tissanova ou dans me petit
métier Méta pliant.

Cette technique est décrite en détail sur mon blog, je ne vais pas la détailler ici aujourd'hui.
Voir ICI la page du blog.

Elle est aussi très bien expliquée sur le site des métiers à tisser Leclerc, du Canada. (Vidéo
en bas de cette page ​http://www.leclerclooms.com/Index_FR.htm ) Il faut adapter car le
matériel utilisé est très sophistiqué.

En espérant que cet article aura réussi à vous donner suffisamment de renseignements pour
commencer sans peur cet art passionnant qu’est le tissage à la main !

Elyane QUERVET-SOMMER
le 5 juillet 2014

“À tout vent”
http://elyanesommer.blogspot.fr/

Suite : Lire les diagrammes d’armures ​(Lien : clic ICI)


Pages destinées aux débutants.
Bibliographie

Pour choisir des motifs et les enfilages qui correspondent,

mon livre préféré est


“A handweaver’s pattern book” de Marguerite Davison
C’est un vieux livre que m’a donné une tisserande qui arrêtait son métier, il est en anglais,
mais à ce jour je n’ai pas trouvé mieux !

Celui de ​Anne Dixon : “Tissage : 600 diagrammes” est bien aussi, il est en français et on peut
se le procurer facilement chez ​Artifilum.​ Il y a d’autres ouvrages aussi chez Artifilum.

Pierre RYALL, dans son livre Tissage à la main volume 1 explique très bien comment monter
une chaîne avec la méthode de l’ourdissage sectionnel. C’est avec ses livres que j’ai
démarré. On peut encore trouver ses livres sur Internet
Le tissage à la mai tome 2 est orienté vers des diagrammes. Il y a beaucoup de diagrammes,
mais pas de photos des tissus obtenus, c’est dommage.