Vous êtes sur la page 1sur 6

Réflexion

COMPTABILISATION DES CONTRATS


DE LOCATION EN NORMES IFRS :
L’IAS 17 ET LE PROJET DE RÉFORME

Pierre SCHEVIN 1RE PARTIE : LE TRAITEMENT ACTUEL


Professeur à l’Université ET SA REMISE EN QUESTION
de Strasbourg,
Ecole de management,
Diplômé d’expertise comptable
La réglementation actuelle émanant de l’IASB découle de la
norme IAS 17 (6). L’objectif de cette norme consiste à prescrire les
principes de comptabilisation des contrats de location à la fois
chez le preneur et le bailleur et à fournir la liste des informations

L e recours aux locations par les entreprises apparaît


extrêmement répandu à l’échelle mondiale et prend
des formes diverses. De façon générale, un contrat de
requises dans les états financiers.
La norme différencie le traitement des contrats de location en
fonction de leur catégorie, cette classification étant faite en
location est un accord par lequel le bailleur donne le début de contrat. Elle repose sur la nature des contrats, c’est-à-
droit au preneur, pour une période déterminée, d’utiliser dire sur la réalité économique de la transaction (7), plus que sur
un actif en échange d’un paiement ou d’une série de leur forme. En France, un avis de l’Ordre des experts-comp-
paiements (1). Or, les différences dans les normes et dans tables (8) va dans le même sens que la norme internationale. La
les régimes comptables applicables aux locations peuvent réglementation du CRC au niveau des comptes consolidés (9) a
56 conduire à des distorsions considérables dans la adopté la même distinction et préconise un traitement différen-
comparabilité des états financiers. Des études à l’échelle cié, mais seulement en tant que méthode préférentielle.
internationale ont été menées dans le passé, notamment Nous verrons d’une part quels sont les principes appliqués pour
par le groupe des normalisateurs G4+1 (2), visant à aboutir à la distinction de deux séries de locations : les locations-
uniformiser le traitement des différentes formes financement et les locations simples. Nous présenterons d’autre
de location (3). part les modalités retenues pour la comptabilisation de chacune
de ces familles de contrats de bail. Enfin, nous exposerons les
Récemment, l’IASB a élaboré un projet (4), commun critiques que soulève ce modèle de comptabilisation mixte.
avec le FASB, cherchant à améliorer la comptabilisation
des locations. Cette étude s’efforce de développer
1. CONTRATS DE LOCATION-FINANCEMENT
une approche plus conforme aux définitions des actifs
et passifs du cadre conceptuel (5). Un contrat de “finance lease” est un contrat de location ayant
L’objet de l’article est de présenter tout d’abord la pour effet de transférer au preneur la quasi-totalité des risques
situation actuelle en matière de traitement comptable et des avantages inhérents à la propriété d’un actif. Le transfert
des locations, et ensuite d’analyser le projet visant de propriété peut intervenir ou non, à la fin de la période de
à réformer celui-ci. location.

Résumé de l’article
1. IAS 17, § 4.
2. Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, USA et IASC (observateur).
La réglementation actuelle de l’IASB distingue deux
3. G4+1, Accounting for leases: a new approach-recognition by lessees of
méthodes de comptabilisation des locations, selon la caté-
assets and liabilities, arising under lease contracts,1996; Leases: implementa-
gorie économique à laquelle elles sont rattachées, après tion of a new approach, 2000.
une analyse qui cherche à apprécier le transfert des risques
4. IASB, Discussion Paper, “Leases Preliminary Views”, mars 2009.
et avantages. Dans le cas des locations-financement, un
actif et une dette sont inscrits au bilan et ont un impact sur 5. IASB, Cadre pour la préparation et la présentation des états financiers,
la répartition des charges dans le compte de résultat. Dans 1989, §§ 53 & 60.
le cas des locations simples, seul le loyer est enregistré, sans 6. IASB, IAS 17, Contrats de location.
ventilation particulière, et le contrat n’affecte pas la struc- 7. IAS 17, § 10.
ture du bilan. Ce modèle hybride est critiqué, notamment
8. OEC, Avis Principes Comptables n° 29, sur la comptabilisation des
en raison d’un manque d’adéquation avec les définitions
contrats de location.
du cadre conceptuel.
9. Règlement CRC 99-02, actualisé par le Règlement 2005-10, § 300.

R.F.C. 427 Décembre 2009


Comptabilité

1.1. PRINCIPES 1.2. COMPTABILISATION CHEZ LE PRENEUR


Le transfert des risques et avantages, associé au principe de la A l’origine
prédominance de la substance (utilisation du bien ) sur l’appa- Au démarrage du contrat, l’actif loué est enregistré au bilan pour
rence juridique (absence de transfert de propriété), constitue la le montant le plus faible entre la juste valeur (14) (correspondant
base de la qualification en tant que “location-financement”. habituellement au coût d’achat par le bailleur) et la valeur actua-
Cependant, l’IASB a jugé utile de compléter la référence à ces
lisée des paiements minimaux au titre de la location. Le taux d’ac-
principes, en donnant des exemples de situations qui, indivi-
tualisation est le taux d’intérêt implicite du contrat, s’il est connu,
duellement ou conjointement, devraient conduire à classer un
ou le taux d’emprunt marginal du preneur. Le taux d’intérêt
contrat de location dans cette catégorie (10) :
implicite correspond au taux interne de rendement qui égalise la
• transfert de la propriété de l’actif au preneur à la fin de la valeur initiale du bien loué avec la somme actualisée des loyers
durée du contrat de location ; futurs, et du prix de rachat à l’issue de la période de location (15).
• existence d’une option dans le contrat de location conférant Le taux marginal d’endettement du preneur est « le taux d’in-
au preneur le droit d’acheter l’actif à un prix suffisamment infé- térêt que le preneur aurait à payer pour un contrat de location
rieur à sa juste valeur à la date à laquelle l’option peut être levée, similaire ou, si celui-ci ne peut être déterminé, le taux d’intérêt
donnant dès le début du contrat une quasi-certitude d’exercice qu’obtiendrait le preneur, au commencement du contrat de loca-
de l’option ;
tion, pour emprunter sur une durée et avec une garantie simi-
• couverture, par la durée du contrat de location, de la majeu- laires les fonds nécessaires à l’acquisition de l’actif » (16).
re partie de la durée de vie économique de l’actif, même s’il n’y
La contrepartie du montant enregistré à l’actif en immobilisa-
a pas transfert de propriété ;
tion est portée au passif sous forme d’une dette financière. Elle
• identité, au début du contrat de location, de la valeur actuali- correspond à l’obligation de payer les loyers futurs.
sée des paiements minimaux avec la juste valeur de l’actif loué ;
• spécificité de l’actif loué par rapport aux besoins du preneur, Ultérieurement
d’où une exclusivité de possibilité de jouissance pour celui-ci (à Durant la période de location, la comptabilisation des rede-
moins d’y apporter des modifications majeures).
vances, ou loyers, découle d’une ventilation en deux parties :
Mais l’IASB complète cette liste de caractéristiques par une énu-
• remboursement de la dette vis-à-vis du bailleur,
mération d’“indicateurs de situations” qui permettent de classer
un contrat dans la catégorie “location-financement” (11) : • charge financière correspondant à l’emprunt obtenu. 57
• imputation au preneur des pertes subies par le bailleur en cas La charge financière doit être affectée à chaque période couver-
de résiliation du contrat ; te par le contrat de location « de manière à obtenir un taux d’in-
• mise à la charge (ou au crédit) du preneur des pertes (ou profits) térêt périodique constant sur le solde restant dû au passif au titre
découlant de la variation de la juste valeur de la valeur résiduelle du de chaque période » (17). Cette imputation découle en fait de l’ap-
bien loué (par exemple sous la forme d’un réajustement du loyer) ; plication de la méthode dite du coût amorti pour le rembourse-
• possibilité pour le preneur de poursuivre la location pour une ment de l’emprunt.
seconde période moyennant un loyer sensiblement inférieur au D’autre part, un actif amortissable, pris en location-finance-
prix du marché. ment, fait l’objet d’un amortissement. Le plan retenu doit être
L’importance du critère du transfert des risques et avantages est, cohérent avec celui appliqué aux actifs de même nature et déte-
par ailleurs, souligné dans la norme par la possibilité d’une non- nus par l’entité. En l’absence de certitude raisonnable quant au
pertinence des exemples et indicateurs énumérés (12). Ainsi, transfert de propriété, l’actif est amorti sur la plus courte des
l’IAS 17 cite des contre-exemples (13) : deux périodes suivantes :

• transfert de la propriété de l’actif au terme du contrat de loca- • durée du contrat de location-financement,


tion moyennant le paiement d’un montant variable égal à sa • durée d’utilité de l’actif loué.
juste valeur du moment,
• existence de loyers conditionnels en conséquence desquels le
preneur n’encourt pas la quasi-totalité de ces risques et avantages.
Abstract

The present regulations of the IASB distinguish two methods


10. IAS 17, § 10. of entering leases in the accounts, according to the econo-
11. IAS 17, § 11. mic category with which they are linked up, after an analy-
sis which attempts to estimate the transfer of risks and advan-
12. IAS 17, §§ 10 &11.
tages. In the case of finance leases, an asset and a debt are
13. IAS 17, § 12. included in the balance sheet and have some impact on the
14. Montant pour lequel un actif pourrait être échangé, ou un passif éteint, manner of distribution of expenses in the statement of inco-
entre parties bien informées, consentantes, et agissant dans des conditions de me. In the case of operating leases, only the rent is registe-
concurrence normale. red, without any particular separate valuation, and the
15. IAS 17, § 4. contract does not affect the structure of the balance sheet.
This hybrid model is criticized, particularly owing to a lack


16. Ibid.
of adequacy with the definitions of the conceptual framework.
17. IAS 17, § 25.

R.F.C. 427 Décembre 2009


Réflexion

Par ailleurs, l’actif fait l’objet de tests de dépréciation, confor- 31-12-N+1


mément à l’IAS 36 (18), qui peuvent aboutir à la comptabilisation
D Emprunt 201,66
d’une perte de valeur.
D Charges financières 102,34
Exemple C Banque 304
Soit un matériel d’une valeur de 1 200, pris en crédit-bail dans D DAP 150
les conditions suivantes : C Amortissement matériel 150

- Contrat d’une durée de 5 ans


- Redevance annuelle de 304, payable à terme échu Informations à fournir
- Prix de rachat 80 Toute une série d’informations doivent être présentées, dans les
- Un tel matériel est normalement amorti sur 8 ans. notes annexes, par le preneur (19) :
■ Calculs préalables à la comptabilisation : a) pour chaque catégorie d’actif, la valeur nette comptable à la
date de clôture,
• Estimation de la probabilité de l’exercice du droit au rachat :
b) un rapprochement entre le total des paiements minimaux
Elle découle du niveau du prix proposé, comparée à la valeur
futurs, au titre de la location à la date de clôture, et leur valeur
du bien à la fin du contrat :
actualisée ; cette comparaison doit, en outre, faire l’objet d’une
- Prix de rachat = 80 décomposition par tranches annuelles (à moins d’un an, à plus
- Valeur comptable nette = 1200 - 5x150 = 450 d’un an mais moins de 5 ans, à plus de 5 ans).
■ Détermination du taux d’intérêt implicite “i” : D’autres informations doivent être données, le cas échéant : les
Ce taux est tel que : loyers conditionnels, le total des paiements futurs au titre de
sous-locations, une description générale des dispositions signifi-
Valeur d’origine = somme des cash flows futurs actualisés catives des contrats de location du preneur (par exemple l’exis-
1 200 = 304 (1+i) -1 + 304 (1+i) -2 + 304 (1+i) -3 + 304 (1+i) -4 + tence d’options de renouvellement).
304 (1+i) -5 + 80 (1+i) -5
1.3. COMPTABILISATION CHEZ LE BAILLEUR
D’où : i = 10,065 %
A l’origine
58 ■ Etablissement du tableau d’amortissement financier (méthode
du coût amorti) de la dette : Les contrats de location-financement sont comptabilisés comme
des ventes à crédit, en application du principe de la prééminen-
- Calcul de la charge financière annuelle =
ce de la substance. En effet, dans un tel contrat, « le bailleur
Capital restant dû en début de période x taux d’intérêt retenu
transfère la quasi-totalité des risques et des avantages inhérents à
- Redevance annuelle = la propriété légale » (20).
remboursement du capital + charge financière
Le bailleur doit inscrire dans son bilan les actifs détenus en vertu
d’un contrat de location-financement et « les présenter comme
Années Capital Rembour- Charge Redevance Prix
restant sement financière de des créances pour un montant égal à l’investissement net dans le
dû du capital rachat contrat de location » (21). La créance va figurer en immobilisation
financière. Elle correspond aux paiements à recevoir, au titre de
1 1200 183,21 120,79 304 la location, en remboursement du principal du prêt accordé. Les
2 1016,79 201,66 102,34 304 produits financiers prévus serviront à rémunérer le bailleur au
titre de son investissement et de ses services.
3 815,13 221,95 82,05 304
4 593,18 244,29 59,71 304 Ultérieurement
La comptabilisation postérieure correspond à la réception des
5 348,89 268,89 35,11 304 80
paiements par le preneur. Ceux-ci doivent être ventilés en deux
types de revenus (22) :
Enregistrement à l’origine :
1-1-N
• le profit ou la perte résultant de la vente éventuelle de l’actif
loué,
D Matériel 1 200 • les produits financiers sur la durée du contrat de location.
C Emprunt 1 200
La méthode du coût amorti s’applique pour la comptabilisation
des produits financiers. Leur détermination doit s’effectuer « sur
Enregistrement ultérieur :
31-12-N

D Emprunt 183,21 18. IAS 36, Dépréciation d’actifs.


D Charges financières 120,79 19. IAS 17, § 31.
C Banque 304
20. IAS 17, § 37.
D DAP 150
21. IAS 17, § 36.
C Amortissement matériel 150
22. IAS 17, § 43.

R.F.C. 427 Décembre 2009


Comptabilité

la base d’une formule traduisant un taux de rentabilité périodique linéaire, pendant toute la durée du contrat de location. Cependant,
constant sur l’en-cours d’investissement net du bailleur dans le le critère à retenir est celui de l’échelonnement dans le temps des
contrat de location-financement » (23). Le loyer perçu va diminuer avantages que va retirer l’utilisateur du bien loué. Par suite, il arri-
à la fois le montant du principal (porté en immobilisation finan- ve qu’une autre base systématique doive être retenue (26). L’IASB
cière) et le montant des produits financiers non acquis (24). précise que l’utilisation d’une autre clé de répartition sera à mettre
en œuvre même si les paiements ne sont pas effectués sur cette
Reprise de l’exemple assise (27).
Enregistrement à l’origine :
Exemple
1-1-N
Une société loue une machine par le biais d’un contrat de loca-
D Prêt (immobilisation financière) 1 200 tion simple. Le contrat prévoit une série de 10 paiements à
C Vente 1 200 terme échu : 22 400 les 3 premières années et 26 000 les années
suivantes (une réduction de loyer de 10 % est accordée pour les
3 premiers paiements).
Enregistrement ultérieur :
La réduction de loyer doit être étalée sur la durée du contrat :
31-12-N
3 x 22 400 + 7 x 26 000 = 249 200
D Banque 304
Le montant moyen s’élève à 24 920
C Prêt 183,21
Le preneur enregistre pour les 3 premières années :
C Produits financiers 120,79

31-12-N+1 D Loyers 24 920


C Banque 22 400
D Banque 304 C Charges à payer 2 520
C Prêt 201,66
C Produits financiers 102,34
Pour les années suivantes :

Informations à fournir D Loyers 24 920


59
Les informations à livrer par le bailleur sont également nom- D Charges à payer 1 080
breuses .Elles sont énumérées par le § 47 de la norme et sont C Banque 26 000
symétriques de celles que doit fournir le preneur.

2. CONTRATS DE LOCATION SIMPLES Informations


Les informations à apporter par le preneur sont nombreuses (28) :
2.1. DÉFINITION a) le montant total des paiements minimaux futurs à effectuer
Un contrat de location qui n’est pas assimilable à un contrat de au titre de la location en vertu de contrats de location simple
location-financement, en raison de l’absence de transfert des non résiliables (par périodes : à moins d’un an, à plus d’un an
risques et avantages, est un contrat de location simple (opera- mais moins de 5 ans, à plus de 5 ans) ;
ting lease) (25). Cette définition “a contrario” explique l’absence b) le total, à la date de clôture, des futurs paiements minimaux
d’énumération d’exemples et de situations, qui aurait pu être de contrats de sous-location que l’on s’attend à recevoir au
donnée de façon analogue (mais inversée) à celle formulée pour titre de contrats de sous-location non résiliables ;
définir les locations-financement.
c) le montant des paiements de location et de sous-location
2.2. COMPTABILISATION CHEZ LE PRENEUR comptabilisés comme charges de la période en indiquant
séparément les montants correspondant aux paiements
Principes
minimaux, les loyers conditionnels et le revenu des sous-loca-
Dans le cas général, les paiements au titre d’un contrat de loca- tions ;
tion simple doivent être comptabilisés en charges sur une base
d) une description générale des principales dispositions des
contrats de location du preneur.

2.3. COMPTABILISATION CHEZ LE BAILLEUR


23. IAS 17, § 39.
24. IAS 17, § 40. Principes
25. IAS 17, § 8. Les actifs faisant l’objet de contrats de location simple sont à
26. IAS 17, § 33.
présenter au bilan du bailleur selon la nature de l’actif (29).

27. IAS 17, § 34. Les revenus locatifs provenant des contrats de location simple doi-
vent être comptabilisés en produits de façon linéaire sur toute la
28. IAS 17, § 35.
durée du contrat de location, à moins qu’une autre base systéma-


29. IAS 17, § 49. tique ne soit plus représentative de l’échelonnement dans le temps
30. IAS 17, § 50. de la diminution de l’avantage retiré de l’utilisation de l’actif loué (30).

R.F.C. 427 Décembre 2009


Réflexion

Les coûts directs initiaux encourus par les bailleurs lors de la Altération de la comparabilité
négociation et de la rédaction d’un contrat de location simple
Les deux modèles comptables applicables respectivement aux
sont ajoutés à la valeur comptable de l’actif loué et sont comp- locations-financement et aux locations simples sont très éloi-
tabilisés en charges sur la période de location sur la même base gnés :
que les revenus locatifs (31).
• inscription en postes de bilan pour les premières,
La méthode d’amortissement des actifs amortissables loués doit • inscription en compte de résultat pour les secondes.
être cohérente avec la méthode normale d’amortissement du
Par suite, des transactions similaires, selon qu’elles sont classées
bailleur applicable à des actifs similaires, et la dotation aux amor-
dans l’une ou l’autre catégorie, peuvent être comptabilisées de
tissements doit être calculée selon les normes IAS 16 et IAS 38 (32).
façon très différente. Il en résulte une réduction de la compara-
Pour déterminer si un actif loué a perdu de la valeur, une entité bilité des états financiers.
applique IAS 36 (IAS 17 § 54).
Risque de transformation de la réalité
Exemple Les normes existantes peuvent fournir des opportunités pour
Pour les 3 premières années : structurer les transactions dans le but de ranger le contrat de
location dans une catégorie déterminée. En particulier, si la loca-
tion est classée en location simple, le preneur dispose d’une
D Banque 22 400
source de financement qui ne figure pas dans l’endettement au
D Produits à recevoir 2 520
bilan. Il en résulte une sous-estimation des dettes et un impact
C Produits des locations 24 920
sur l’appréciation des équilibres financiers.

3.2. COMPLEXITÉ ET SUBJECTIVITÉ


Pour les années suivantes :
Principes ou types de situations
Le modèle comptable existant apparaît difficile à mettre en
D Banque 26 000 œuvre en se référant uniquement à des principes généraux, tels
C Produits à recevoir 1 080 que « le degré d’imputation au bailleur ou au preneur des risques
C Produits des locations 24 920 et des avantages inhérents à la propriété d’un actif loué » (35). En
60 effet, il y a un recours à un mélange de jugements subjectifs et
de “frontières artificielles” (36), qui doivent en pratique aider à la
Informations classification des contrats de location. Ce sont les exemples de
situations (37) et les indicateurs de situations (38) qui, pris indivi-
Les informations à fournir par le bailleur sont notamment les sui-
duellement ou collectivement, vont permettre de rattacher un
vantes (33) :
contrat à la catégorie des “locations-financement”.
a) le montant des paiements futurs minimaux à recevoir au titre
de contrats de location simple non résiliables en cumul et par Critères généraux ou chiffrés
période ; On peut rappeler que la réglementation américaine découle de
b) les loyers conditionnels totaux comptabilisés dans les pro- la norme SFAS 13 (39), qui distingue aussi deux grandes familles
duits de la période ; de contrats (locations-financement et locations simples).
Cependant, elle établit une classification plus complexe en
c) une description générale des dispositions des contrats de quatre catégories : locations équivalentes à des ventes, locations
location du bailleur. avec financement direct, locations à effet de levier, locations
simples. D’autre part, la norme américaine définit des critères
3. MISE EN CAUSE DU MODÈLE APPLIQUÉ qui permettent d’analyser la substance des contrats de location.
Ces critères sont soit généraux (transfert de propriété prévu à
La classification des contrats de location en deux catégories, et terme, existence d’une option d’achat favorable), soit précis et
le traitement différencié auquel elles donnent lieu, suscitent un chiffrés (durée du contrat égale ou supérieure à 75 % de la
durée de vie estimée, valeur actuelle des paiements minimaux
certain nombre de critiques qui sont rappelées par le projet de
réforme de la norme actuelle (34).

3.1. NON-SATISFACTION DES BESOINS


DES UTILISATEURS 31. IAS 17,§52.
Retraitements des locations simples 32. IAS 17, §53.

Un certain nombre d’utilisateurs des états financiers estiment 33. IAS 17, § 56.
que les locations même simples donnent naissance à un actif et 34. DP, Leases, op. cit., § 1.12.
à une dette, et que ceux-ci devraient figurer au bilan du loca- 35. IAS 17, § 7.
taire. Par suite, ces utilisateurs s’efforcent de procéder à des
36. Traduction de “bright lines”.
retraitements afin que les états financiers reflètent mieux la réa-
37. Enumérés dans le § 10 de l’IAS 17.
lité. Cependant, l’information disponible dans les notes
annexes n’apparaît pas toujours suffisante pour effectuer des 38. IAS 17, § 11.
ajustements exacts. 39. SFAS 13, Accounting for leases.

R.F.C. 427 Décembre 2009


Comptabilité

au début de la location supérieure ou égale à 90 % de la juste actif au sein d’un contrat de fournitures. Par ailleurs, l’IFRIC 12 (41),
valeur du bien à l’origine du contrat). qui s’applique aux contrats de délégation de service public, pré-
cise les conditions de reconnaissance d’une situation de contrô-
3.3 FAIBLESSE CONCEPTUELLE le d’un actif, en introduisant la distinction entre droit d’utilisa-
Non-respect des contraintes du cadre conceptuel tion et droit d’accès à un actif.

A l’entrée dans un contrat de location, quel qu’il soit, le preneur Absence de transparence et d’image fidèle
obtient un droit évaluable, à savoir le droit d’utiliser le poste
loué. Ce droit satisfait les critères de définition d’un actif. Le traitement différencié des contrats de location aboutit à des
imperfections au niveau de l’information financière, qui peuvent
Symétriquement, le locataire souscrit un engagement : l’obliga-
être aussi graves que la non-consolidation de sociétés ad-hoc. La
tion de payer des loyers. Celle-ci remplit les conditions d’une
SEC américaine en a pris conscience et a recommandé que le
dette.
FASB reconsidère le traitement des contrats de location, de pré-
Or, si le preneur classe le contrat en location simple, ce droit et férence dans le cadre d’un projet commun avec l’IASB (42).
cette obligation ne seront pas comptabilisés dans les actifs et
passifs au bilan, ce qui est contraire aux principes établis dans le
cadre conceptuel. CONCLUSION

Locations et autres arrangements contractuels La réglementation actuelle en matière de comptabilisation des


locations témoigne incontestablement d’une réflexion quant à
Des différences significatives apparaissent entre le modèle
la nature économique exacte d’un contrat, au-delà de sa forme
comptable applicable aux locations et le traitement d’autres
juridique, et d’une recherche d’adaptation du traitement comp-
arrangements contractuels. Il en résulte des divergences de
table à appliquer. Cependant, elle entraîne aussi des inconvé-
comptabilisation, pour des accords similaires, selon que les
nients indéniables :
accords satisfont ou non la définition d’une location. Ainsi,
l’IFRIC 4 (40) étudie les conditions permettant de déterminer si un • distorsion dans la comparabilité des états financiers, liée au
accord contient un contrat de location, et s’efforce de définir les traitement différent des deux catégories de contrats (locations-
critères d’identification du transfert du droit d’utilisation d’un financement, locations simples),
• difficulté de détermination d’un critère unique pour la subdi-
vision entre “familles” de location,
• possibilité de montages destinés à dissimuler la réalité d’une 61
40. IFRIC 4, Droits d’utilisation d’actifs, 2004. partie des engagements (43).
41. IFRIC 12, Accords de concession de services, 2006. En outre, cette réglementation repose sur un modèle hétérogè-
42. SEC, Report and Recommendations Pursuant to Section 401 (c) of the
ne, qui paraît dépassé et non adapté aux définitions du cadre
Sarbanes-Oxley Act of 2002 Arrangements with Off-Balance Sheet conceptuel. Le projet de réforme du traitement comptable des
Implications, Special Purpose Entities, and Transparency of Filings by Issuers, locations adopte un nouveau modèle qui sera exposé dans la 2e
Report June 2005. partie de cet article.
43. COB/CB, Recommandation commune relative aux montages déconso-
lidants et sorties d’actifs, novembre 2002. Pierre SCHEVIN

POCKET COMPRENDRE ET COMMENTER LES COMPTES DE L’ENTREPRISE


Synthétique, pratique, simple d’utilisation et pédagogique, cette collection, que vous avez été
nombreux à plébisciter, s’enrichit régulièrement de nouveaux titres.
Des ouvrages à avoir toujours en poche.
Les clients des cabinets sont des chefs d’entreprise de TPE/PME, sans connaissances pointues en
matière de finance, de gestion ou de comptabilité. Or, la plupart des experts-comptables établissent
les comptes annuels et les transmettent à leurs clients… sans commenter ces comptes !
• Rédiger une analyse pour permettre au client de bien comprendre la situation économique et financière
de son entreprise est une démarche à la fois extrêmement utile pour le client, et très valorisante pour 15,00 e
le cabinet
• Le commentaire de gestion constitue le point de départ d’un dialogue entre l’expert-comptable et son client et peut être
source de missions complémentaires en matière de conseil.
Le commentaire de gestion doit être clair, pédagogique, proche du terrain. L’objectif n’est pas que le client devienne expert
en comptabilité, mais qu’il comprenne bien ce qu’il y a derrière les comptes, c’est-à-dire la réalité de son entreprise. Il faut
apprendre à commenter la situation de l’entreprise à travers ses comptes. C’est toute la difficulté de l’exercice.
Cet ouvrage fournit toutes les clés à la fois pour bien comprendre les comptes et pour les restituer aux clients par une analy-
se écrite intelligible de la situation de l’entreprise.

www.experts-comptables.fr/boutique

R.F.C. 427 Décembre 2009