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06/05/2019 De l'esclavage chez les Amérindiens - Regards croisés

De l'esclavage chez les Amérindiens


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Victoria – Vancouver - Plongée dans un recueil


d’histoires mythiques du peuple Haïda, « The Raven
Steals the light » (Le Corbeau qui a volé la lumière) ,
ouvrage préfacé par Claude Lévi-Strauss ; une
référence fréquente aux esclaves m’amène à
investiguer pour découvrir une forme d’esclavage que
l’on retrouve en Afrique et dans les pays arabes, à
savoir une position spécifique de certains membres de
la tribu ou du clan, dans l’organisation du travail du groupe familial. L’esclavagisme
lignager.

Une conception qui ne s’applique qu’en lien avec la distribution des tâches selon s’il
s’agit d’un jeune, d’une femme ou d’un quelconque autre membre de la famille,
soumission d’un jeune frère à son aîné. L’esclavage permettait de se consacrer à des
activités plus prestigieuses comme chasser l’animal pour sa fourrure qui se négociait
très cher tandis que d’autres se consacraient à des taches importantes mais de
moindre portée. l'esclavage non lignager pouvait être la capture d’un ennemi transformé
en esclave. Corvée d’eau et de bois, réparation et construction de maison, préparation
du poisson et du gibier. Les nobles tâches et les tâches ingrates formaient d’une part
des « nobles » appartenant à la caste supérieure , et dont la plus noble des missions
consistait à personnifier les ancêtres et de ce fait devenaient les personnes les plus
importantes de la tribu, leur dimension spirituelle au sein de la communauté les conduit
au sommet du groupe. La répartition des rôles et l’importance du statut et selon l’animal
mythique qu’on représente place l’individu et détermine sa position.

Concernant les tribus amérindiennes vivant dans les forêts comme les Haïdas, la
répartition des tâches est une organisation économique en lien direct avec
l’environnement. Présenté pour la première fois en 1935 par une ethnologue russe I.P
Averkieva, par une thèse « L’esclavage patriarcal chez les Indiens d’Amérique du
Nord », on découvre une organisation sociale autour du travail créant des hiérarchies,
inhérentes à la distribution des tâches.

Des potlachs, distribution cérémonielle de richesse selon la définition la plus courante


pouvaient être organisés pour récupérer un parent fait prisonnier et esclave. La valeur
du cuivre pouvait se chiffrer en nombre d’esclaves chez les Tlingits . Echanges de
canots, couvertures tissées, masques, coffres pliés, chapeaux cérémoniels, armures,
bâtons de parole, huile d’Eulachon, fourrures. De grandes pratiques cérémonielles
permettaient de récupérer des personnes, mais aussi d’effacer
l’humiliation. L’esclavage de guerre était en général de courte durée, car les membres
d’un clan donné faisaient tout pour racheter rapidement les leurs, pris en otages.
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A la notion d’esclaves venaient parfois s’ajouter la notion d’ "étrangers » qui induisaient


des attitudes discriminatoires lorsque l’esclave venait carrément d’une autre région,
exemple des indiens Salish (Flatheads) du Sud faits prisonniers sur la Côte Nord-
Ouest.

Ce qui paraît intéressant dans cette forme d’esclavagisme est la fluidité d’un passage à
l’autre, « libre »-« esclave » ce qui induit que les rapports domination/subordination ne
sont jamais figés car toujours en mouvement .

Une organisation sociale passionnante qui montre les prémisses du rapport de


production auquel s’attache la notion d’interdépendance. Il n’y a pas d’organisation
sociale sans hiérarchisation des liens. L’esclavagisme existe depuis la nuit des temps
mais prend des significations diverses au fil du temps. Ce qui est certain c’est que toute
organisation sociale présuppose la distribution des rôles qui peut engendrer un rapport
de supériorité, dominant-dominé.

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06/05/2019 Esclavage des Autochtones au Canada | l'Encyclopédie Canadienne

Esclavage des
Autochtones au Canada
Article par Bonita Lawrence
Date de publication en ligne le 22 November 2016
Dernière modification le 22 November 2016

L’esclavage des Autochtones incarne, dans une très large mesure, ce qu’a
été l’esclavage au Canada. Au moins les deux tiers des esclaves de
Nouvelle-France, où l’esclavage a duré le plus longtemps et où ont vécu le
plus grand nombre d’esclaves, sont des Autochtones. Ces personnes ont été
asservies dans le cadre de la traite des esclaves qui a fleuri dans la plus
méridionale des 13 colonies britanniques à la fin du 17e siècle. C’est dans
cette région que les colons ont transformé l’esclavage déjà pratiqué par les
Autochtones en un cycle infernal d’événements qui ont ravagé les nations
autochtones et eu des conséquences sur toutes les colonies européennes en
Amérique du Nord.

Esclavage chez les Autochtones avant la colonisation

Discussions du Conseil iroquois


(oeuvre de Lewis Parker)

Conseil composé de familles réunies pour discuter de sujets importants touchant le


village, tels que la guerre (oeuvre de Lewis Parker).

Avant le contact avec les Européens, les peuples autochtones réduisent


souvent leurs prisonniers de guerre en esclavage. En général, la plupart de

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ces peuples établissent une distinction entre les « proches » et les «


étrangers », qu’il s’agisse de partenaires commerciaux ou d’ennemis qu’il est
légitime de capturer en temps de guerre. Cet asservissement répond à
plusieurs motifs. Tout d’abord, étant donné que ces nations sont dotées de
codes comportementaux complexes leur permettant de maintenir des
structures sociales en l’absence d’État ou de systèmes de privation de
liberté, les captifs de guerre ne peuvent être que tués, réduits en esclavage,
ou rituellement et formellement intégrés par adoption au sein de la
communauté. Parfois, certains esclaves sont traités avec cruauté tandis que
d’autres deviennent des membres de la famille. Dans certaines nations
autochtones, les captifs mâles sont maintenus en esclavage en raison du
prestige que cela procure à leurs possesseurs en tant que guerriers, alors
que dans d’autres, ils sont soumis à la torture qui représente un moyen rituel
d’exorciser « l’autre » (c’est‑à‑dire l’étranger) de la société, seules les
femmes captives étant alors asservies. L’adoption rituelle est régulièrement
pratiquée comme méthode de remplacement des personnes mortes au
combat dont on porte le deuil. Enfin, lors des guerres opposant au Canada
les Haudenosaunee, que l’on appelle également les Iroquois, et plusieurs
nations autochtones alliées des Français (voir Guerres iroquoises), les mères
des clans haudenosaunee envoient des guerriers pour capturer des
ennemis, avec pour objectif d’intégrer ces captifs dans leur société pour
remplacer les personnes disparues à la guerre. Dans les années 1660, on dit
que plus de 60 % des membres de la Confédération haudenosaunee sont
des prisonniers de guerre ayant été adoptés au sein de différentes lignées et
intégrés aux nations auxquelles ils appartiennent désormais.

Esclavage des Autochtones à l’ère des explorateurs


Il est de notoriété publique qu’au 15e et au 16e siècles, les explorateurs
européens capturent les autochtones qu’ils découvrent durant leur voyage en
Amérique du Nord et les ramènent avec eux en Europe, soit pour les faire
travailler comme esclaves, soit pour les « exposer » en tant que « peuplades
exotiques » du Nouveau Monde. En 1493, Christophe Colomb emmène des
Autochtones vivant sur les premières îles des Caraïbes sur lesquelles il a
accosté, les Bahamas actuelles, jusqu’en Espagne, dans l’espoir de mieux
convaincre les souverains espagnols de financer ses futures expéditions. Les
Espagnols participent également au commerce des esclaves autochtones,
asservissant des personnes capturées dans différentes régions de ce que
sont aujourd’hui l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale. On pense qu’un
certain nombre de Beothuks, les Autochtones qui vivaient à Terre‑Neuve à
l’arrivée des Européens, ont été capturés et emmenés à Lisbonne, au
Portugal, aux alentours de 1500. En 1534‑1535, Jacques Cartier enlève des
Autochtones, les obligeant à l’accompagner jusqu’en France, notamment
deux des fils du chef des Haudenosaunee Donnacona. Bien qu’il les ramène
avec lui lors de son expédition de l’année suivante en 1536, il les enlève à
nouveau, ainsi que Donnacona lui‑même et sept autres personnes de son
peuple; aucun d’entre‑eux ne reviendra jamais en Amérique du Nord en dépit
des promesses de Jacques Cartier. En effet, ce dernier n’aura les moyens
d’organiser une nouvelle expédition qu’en 1541, date à laquelle les
Haudenosaunee retenus en France sont déjà tous décédés, à l’exception
possible d’une fille dont on ignore le destin ultérieur.

Commerce des esclaves dans les colonies


britanniques du Sud
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La transformation d’un « simple » asservissement des captifs à l’organisation


d’un commerce à grande échelle de vente aux Européens des prisonniers de
guerre en échange de biens débute en Caroline‑du‑Sud dans les années
1600. Les colons, avides de nouvelles terres et disposant de peu de
liquidités, se lancent tout d’abord dans l’achat d’Autochtones auprès de
certaines nations autochtones alliées en échange de biens commerciaux.
Lorsque ce système ne leur rapporte plus suffisamment d’esclaves pour
répondre à leurs besoins, ils organisent des attaques pour capturer des
esclaves et suscitent délibérément des guerres entre nations autochtones
(comme celle entre les Chickasaw et les Choctaw) pour pouvoir acheter des
prisonniers supplémentaires. Parfois, les nations autochtones elles‑mêmes,
sachant qu’en cas de résistance, elles pourraient, à leur tour, devenir des
cibles, participent à cette traite esclavagiste. C’est ce qui s’est passé avec
les Westo : au départ, c’était une puissante nation pratiquant le commerce
des esclaves avec les Britanniques, et ce, jusqu’à ce que, devenue trop
puissante, elle finisse par représenter une menace et que ses membres
soient pratiquement tous traqués et abattus par les nouveaux alliés
autochtones des colonisateurs, les rares survivants étant généralement
asservis ou tués. Ces guerres intertribales et ces attaques éclair, conduites
pour capturer des esclaves, donnent naissance à une situation chaotique
dans les colonies du Sud, des nations autochtones entières, comme les
Timucua, étant ravagées par la violence et réduites en esclavage.

L’asservissement des Autochtones joue un rôle essentiel dans la survie des


colonies anglaises méridionales dont l’économie repose systématiquement,
au départ, sur l’esclavage pour les services domestiques et pour le
défrichage des terres. Durant cette période, les esclaves africains sont moins
recherchés en raison de leur prix plus élevé. Il est alors financièrement plus
avantageux d’acheter, ou, encore mieux, de capturer des Autochtones. Ces
esclaves sont exportés et échangés soit au Nord, en Nouvelle‑Angleterre et
au Canada, soit au Sud, en Amérique du Sud, contre d’autres esclaves
autochtones. Dans cette situation, il s’avère extrêmement difficile, voire
impossible, pour les esclaves, qui se retrouvent si loin de leur terre d’origine,
d’échapper à leurs geôliers. On estime que pendant une période d’environ 45
ans, ce sont 50 000 esclaves autochtones provenant de l’actuel Sud des
États‑Unis qui sont échangés ou capturés de la sorte. Des esclaves
autochtones sont également envoyés aux Antilles pour être échangés avec
des esclaves africains (voirEsclavage des noirs au Canada).

Le commerce des esclaves autochtones prend fin après la guerre des


Yamasee qui voit, de 1715 à 1717, les nations autochtones des colonies
britanniques du Sud combattre les colons pour mettre fin au commerce des
esclaves et à l’expansion européenne sur leur territoire. Après cela, les
colonies du Sud changent leur fusil d’épaule et privilégient les esclaves
africains. Toutefois, des Autochtones continueront à être asservis,
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conjointement avec des Noirs, jusqu’à l’abolition de l’esclavage dans toute


l’Amérique du Nord britannique.

Commerce des esclaves autochtones en


Nouvelle‑France
En dehors de la colonie française du Canada, la plupart des régions de
la Nouvelle‑France comptent peu d’esclaves noirs et un nombre encore plus
réduit d’esclaves autochtones, la Louisiane, où domine une économie de
plantation et où l’on trouve des milliers d’esclaves noirs et un certain nombre
d’esclaves autochtones, étant l’exception. Il y a deux fois plus d’esclaves
autochtones que d’esclaves noirs au Canada. Les colons français installés
sur ce territoire reçoivent de Louis XIV l’autorisation d’importer des esclaves
africains en 1689. Toutefois, étant donné que la Nouvelle‑France a besoin de
ses alliés autochtones pour survivre, le roi hésite à légiférer sur la légalité de
l’esclavage des autochtones. Après avoir transmis au souverain de
nombreuses demandes de clarification, l’intendantJacques Raudot adopte
une loi coloniale sous le titre Ordonnance rendue au sujet des nègres et des
sauvages nommés panis légalisant l’esclavage en Nouvelle‑France et
stipulant que les esclaves, noirs aussi bien qu’autochtones, introduits dans la
colonie, sont considérés comme la propriété de ceux qui les ont achetés.

Certaines normes établies par le Code noir, édicté par Louis XIV en 1685,
sont appliquées aux esclaves du Canada français. Ce texte législatif définit
les conditions de l’esclavage dans les colonies françaises des Caraïbes. Une
édition ultérieure du Code noir sera également publiée pour la Louisiane. En
particulier, la disposition prévoyant qu’un enfant né d’une mère esclave est
lui‑même esclave est appliquée au Canada français, et ce, bien que le Code
noir n’y ait jamais été officiellement adopté.

Après 1709, on assiste à l’arrivée d’un nombre croissant d’esclaves


autochtones ainsi que de quelques esclaves africains essentiellement
détenus par les gouverneurs de la colonie. Entre 1689 et 1713, au moins 145
esclaves autochtones et 13 esclaves africains sont introduits en
Nouvelle‑France.

Lorsque l’approvisionnement en esclaves autochtones en provenance de


Caroline‑du‑Sud cesse progressivement après la guerre des Yamasee, la
colonie française du Canada acquiert les esclaves dont elle a besoin auprès
de négociants en fourrure qui ramènent des autochtones des régions
occidentales du continent. Certains historiens estiment que les premiers
esclaves au Canada sont des Pawnees, une nation autochtone du nom
duquel le terme panis serait dérivé et aurait, par la suite, été utilisé comme
générique pour désigner la plupart des esclaves autochtones. Cependant, il
est possible que les Pawnees aient eux‑mêmes fait partie des premiers
fournisseurs les plus importants des colons en esclaves autochtones. Ce que
l’on peut dire en dernière analyse, c’est que les colons s’approvisionnent en
esclaves provenant de l’ensemble des territoires de l’Ouest où la
Nouvelle‑France commerce.

Territoire traditionnel des Pawnees.


(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)
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En 1747, la colonie propose à la France de pouvoir faire le commerce des


Autochtones contre des Africains, comme cherche à le faire la Louisiane,
échangeant deux esclaves autochtones contre un esclave noir. Cependant,
la France, considérant que la Nouvelle‑France dépend entièrement de ses
relations avec ses alliés autochtones et qu’elle pourrait être remise en cause
par ce système de traite, rejette cette demande. Alors que les esclaves
autochtones sont censés n’être asservis que dans la colonie elle‑même, en
pratique, ils conservent ce statut quelle que soit la destination que leur
réserve leur « maître », un nombre croissant d’entre eux étant vendus de
Nouvelle‑France à de nouveaux propriétaires aux Caraïbes.

Esclavage des Autochtones en Amérique du Nord


britannique
Après la Conquête de 1760, l’article 47 des Articles de capitulation
(voirCapitulation de Montréal, 1760) confirme que les Français pourront
continuer à pratiquer l’esclavage, comme ils le faisaient auparavant, sous le
nouveau régime britannique. Les archives indiquent que dans la région
administrative du Québec qui inclut également l’Acadie, la région des Grands
Lacs, le lac Champlain et la mission Sainte‑Famille dans l’actuel Illinois, on
compte 4 185 esclaves détenus entre le milieu du 17e siècle et 1834, date à
laquelle l’esclavage a été aboli, dont 2 683 Autochtones, 1 443 Noirs et 59
personnes d’origine inconnue. S’il est vrai qu’il s’agit là de chiffres
relativement faibles par rapport au nombre d’esclaves asservis en
Nouvelle‑Angleterre, il n’en demeure pas moins que cela représente un
pourcentage important de la population de la colonie. Ces esclaves sont la
propriété de Français et de Britanniques à tous les échelons de la société, y
compris dans des institutions religieuses et des hôpitaux. Toutefois, la
majorité d’entre eux appartiennent à des propriétaires vivant dans les centres
urbains, essentiellement à Québec et à Montréal.

Dans un contexte où le commerce des fourrures se déplace vers le nord et


vers l’ouest, le nombre d’esclaves autochtones introduits au Canada français
diminue après 1750. Cependant, en 1784, alors que les esclaves déjà
présents décèdent peu à peu et qu’il devient difficile d’en acquérir de
nouveaux, il demeure au moins 304 esclaves au Canada.
En Nouvelle‑Écosse, après l’exil des Acadiens, les habitants de la
Nouvelle‑Angleterre sont invités à repousser plus loin les
populations mi’kmaq. Ces nouveaux colons ont amené avec eux leurs
esclaves noirs, de sorte qu’en 1776, il y a environ 500 personnes asservies
d’origine africaine en Nouvelle‑Écosse. Après 1783, le nombre d’esclaves
africains s’accroît notablement lorsque des dizaines de milliers
de loyalistes émigrent au Canada, introduisant en Nouvelle‑Écosse 1 000
esclaves supplémentaires de cette origine.

Dans le Haut‑Canada, on trouve à la fois des esclaves autochtones et des


esclaves noirs. Toutefois, là‑bas aussi, le nombre d’esclaves autochtones
commence à décliner. Le Haut‑Canada interdit l’importation d’esclaves
africains en 1793, en adoptant la Loi visant à restreindre l’esclavage dans le
Haut‑Canada. Toutefois, bien que le statut des esclaves déjà asservis, qu’il
s’agisse d’Autochtones ou de Noirs, ne soit pas modifié par la promulgation
de la nouvelle législation, désormais, les enfants de toutes les femmes
esclaves seront libérés à l’âge de 25 ans. À aucun moment, le
Bas‑Canadan’abolit officiellement la traite des esclaves. Cependant, dans un
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contexte où les tribunaux refusent de plus en plus souvent de reconnaître


l’esclavage, les évasions se multiplient et le nombre de personnes asservies
diminue. En 1821, la dernière esclave restant au Bas‑Canada, une
Autochtone, est donnée à un hôpital de Montréal. Lors de l’abolition de
l’esclavage dans les colonies britanniques en 1834, le nombre des esclaves
noirs dépasse de loin celui des esclaves autochtones.

Vie en esclavage
Bien que l’on dispose de peu de témoignages sur la vie et les expériences
d’esclaves particuliers, d’une façon générale, on peut dire que les esclaves
autochtones au Canada sont essentiellement utilisés comme travailleurs
manuels et comme domestiques. La plupart sont plutôt jeunes et de sexe
féminin : l’âge moyen des esclaves autochtones au Canada est de 14 ans, et
57 % sont des jeunes filles ou des jeunes femmes. Contrairement à la
situation dans les colonies du Sud, il semble que l’esclavage
intergénérationnel soit peu présent, probablement du fait de l’absence d’une
économie de plantation. C’est pourquoi, lorsque l’approvisionnement en
nouveaux esclaves s’est tari, leur nombre a automatiquement diminué. En
effet, beaucoup d’esclaves au Canada meurent jeunes.

S’il est vrai que les esclaves autochtones sont plutôt traités comme des
travailleurs migrants, 60,6 % d’entre eux travaillant dans des centres urbains
et ayant une qualité de vie meilleure que leurs homologues des colonies du
Sud, il n’en demeure pas moins que l’arrachement à leur terre d’origine, à
leur famille et à leur communauté et l’obligation de travailler dans toutes
sortes d’emplois provoquent, chez un grand nombre d’entre eux, de graves
perturbations physiques, psychologiques et émotionnelles.

On sait peu de choses sur ce que deviennent les esclaves une fois libérés.
Un certain nombre de ceux ayant exercé un métier particulier lorsqu’ils
étaient esclaves poursuivent cette activité. D’autres se déplacent
constamment d’un endroit à l’autre à la recherche d’un emploi et d’un abri.
Les moins chanceux, incapables de trouver un domicile fixe, sombrent dans
l’itinérance et sont contraints de mendier ou de voler pour survivre.

Conclusion
Bien que ce soient essentiellement des Noirs qui aient été asservis durant
les 40 dernières années de l’esclavage au Canada, les colons américains
ayant introduit avec eux, après 1783, leurs esclaves africains sur les
territoires actuels des Maritimes, de l’Ontario et du Québec, il n’en demeure
pas moins que les esclaves autochtones ont représenté, sur une période
d’environ 150 ans, deux tiers des esclaves au Canada. Durant la majeure
partie de l’histoire canadienne, la très grande majorité des esclaves ont été
des Autochtones. Cependant, s’il est vrai que ces deux histoires, celle des
esclaves noirs et celle des esclaves autochtones, sont importantes, on
constate qu’au Canada, cette dernière a largement été éclipsée par la
première, l’asservissement des esclaves africains au sein des plantations
esclavagistes s’étant poursuivi dans toutes les Amériques longtemps après
l’abolition de l’esclavage au Canada.

https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/slavery-of-indigenous-people-in-canada 6/7
06/05/2019 Esclavage des Autochtones au Canada | l'Encyclopédie Canadienne

Lecture supplémentaire

Gilles Havard, La Grande Paix de Marcel Trudel, Deux siècles


Montréal de 1701 : les voies de la d'esclavage au Québec (2004).
diplomatie franco-
amérindienne(1992).

https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/slavery-of-indigenous-people-in-canada 7/7
Esclavage parmi les Amérindiens aux États-Unis
L'esclavage chez les Amérindiens aux États-Unis comprend à la fois l'esclavage
« par » les Amérindiens ainsi que l'esclavage « des » Amérindiens au cours de
l'histoire dans un espace correspondant à l'actuel territoire des États-Unis. Les
limites des territoires tribaux et des lieux de commerce des esclaves ont plus varié
que ces frontières.

Ces phénomènes englobent la pratique de certaines tribus amérindiennes de détenir


des prisonniers de guerre comme des esclaves avant et pendant la colonisation
européenne, la captures et la vente de natifs comme esclaves par des européens, ainsi
que l'adoption par un petit nombre de tribus de la pratique de la détention mobilière
d'esclaves noirs entre la fin du XVIIIe siècle et celle du XIXe siècle.

Les formes d'esclavage pré-contact étaient très distinctes de l'esclavage développé


1
par les Européens en Amérique du Nord au cours de la période coloniale .
L'influence européenne a considérablement changé la pratique de l'esclavage par les
Amérindiens. En s'attaquant entre elles dans le but de capturer des esclaves à vendre
Statue représentant Sacagawea
aux Européens, les tribus amérindiennes ont menée des guerres destructives entre (env. 1788–1812), une Lemhi
1, 2, 3, 4
elles, et précipité leur défaite face aux colons . shoshone captive des Hidatsas puis
vendue à Toussaint Charbonneau.
Sommaire
Tradition du travail contraint chez les Amérindiens
Usage de guerre
Intégration des captifs
Autres pratiques
Esclavagisme chez les Amérindiens
L'esclavage européen
Arrivée de l'esclavage
Esclavage des amérindiens
Statut des esclaves amérindiens
Emploi d'esclaves amérindiens
Esclavage en Nouvelle-Angleterre
La guerre des Pequots
Développement des captures et du commerce d'esclaves
Escalade esclavagiste
Esclavage dans le Sud-Est américain
Esclavage en Caroline
Débuts prudents
Justification de l'esclavage
Échanges trans-coloniaux
Démographie des esclaves
Répartitions raciste et sexuée des esclaves
Pratiques usuelles
Religions
Précautions anti-soulèvement
Déclin de l'esclavagisme
Changements culturels
Changements sociaux
Changements comportementaux
Changements démographiques
Réduction en esclavage après leXIXe siècle
Esclavage en Californie
Les esclaves africains chez les Amérindiens
Interactions entre Africains et Amérindiens
Adoption de la pratique de l'esclavage par les Amérindiens
Pratique de l'esclavage
Relations entre les natifs américains et les africains
Des communautés mixtes
Déportation des Amérindiens
Esclavage chez les Cherokees
Constitution cherokee
Règles concernant les Afro-Américains et métis
Règles concernant les mariages mixtes
Lois ultérieures
Esclavage chez les Chactas
Constitution chacta
Rapport à la religion
Situation après le Fugitive Slave Act
Le cas particulier des Séminoles
Continuité des traditions
Terre d'accueil
Préférence afro-américaine
Protection du territoire et des lois

Traitements des esclaves par les Amérindiens


Esclagistes laxistes
Divisions liés à l'esclavage
Divisions internes
Divisions entre tribus
Le Fugitive Slave Act
Les relations avec les colons

Fin de l'esclavage parmi les amérindiens


La déportation des amérindiens
La guerre civile américaine
Notes et références
Annexes
Bibliographie

Tradition du travail contraint chez les Amérindiens


De nombreuses tribus amérindiennes pratiquaient une certaine forme d'esclavage avant l'introduction par les Européens de
esclavage
l'
1
commercial, mais aucune n'exploitait de main-d'œuvre esclave à grande échelle.

Usage de guerre
1
Des tribus amérindiennes prenaient souvent des prisonniers de guerre qu'elles employaient principalement pour des petits travaux .
1
Certains autres, cependant, étaient utilisés pour des sacrifices rituels . Bien que les connaissances du sujet soient minces, il y a peu
1
d'éléments pouvant appuyer la thèse que les esclavagistes considéraient leurs esclaves comme appartenant à une race inférieure . Les
Amérindiens ne faisait pas de commerce de captifs dans la période pré-coloniale de l'époque, mais il arrivait qu'ils les échangent en
1 1
gestes de paix ou en rachat de leurs propres membres . Le mot « esclave » n'est pas approprié aux conditions de ces captifs ; ils
1
vivaient en marge de la tribu au début, puis y étaient peu à peu intégrés .

Intégration des captifs


1
Dans de nombreux cas, les tribus adoptaient les captifs pour remplacer leurs guerriers tués lors de combats . Les guerriers captifs
étaient parfois mutilés ou torturés (dans certains cas jusqu'à la mort) dans le cadre d'un deuil rituel pour les parents ayant perdu leur
1
enfant dans la bataille . Certaines tribus amérindiennes coupaient un pied des captifs pour les empêcher de fuir
. D'autres offraient aux
1
captifs d'épouser les veuves des tués . Les Creeks, qui avaient un système matrilinéaire, traitaient les enfants nés d'esclaves comme
des membres à part entière de la tribu, du fait que la propriété et l'hérédité étaient transmis par lignée maternelle. Plus généralement,
les tribus adoptaient facilement les femmes et les enfants captifs, car ils avaient tendance à s'adapter plus facilement à leur nouveau
mode de vie.

Autres pratiques
1
Plusieurs tribus pouvaient garder des captifs en otage comme caution de dettes . De nombreuses tribus imposaient aussi l'esclavage
pour le paiement des dettes ou l'imposaient à leurs membres ayant commis des crimes ; le statut tribal de ces derniers était restauré à
1
l'issue de ce travail forcé .

Esclavagisme chez les Amérindiens


5
Lorsque les Européens entrèrent en contact avec les Amérindiens, ceux-ci se mirent à participer au commerce des esclaves . Les
Amérindiens, lors de leurs premières rencontres avec les Européens, tentèrent d'utiliser les captifs de tribus ennemies pour « faire
5
jouer les tribus les unes contre les autres », une tentative infructueuse de diviser pour régner.
Les Haïdas et les Tlingits, qui vivaient le long de la côte sud-est de l’Alaska, étaient traditionnellement connus comme étant de
6, 7
féroces guerriers et des esclavagistes, qui faisaient des raids aussi loin que la Californie actuelle . Dans leur société, le statut
6, 7
d'esclave était héréditaire pour lesprisonniers de guerre . Chez certaines de ces tribus du Nord-Ouest Pacifique, jusqu'à un quart de
6
la population était constitué d'esclaves .

L'esclavage européen
Les colons européens provoquèrent un changement dans la pratique des captures et du travail forcé préexistants des Amérindiens en
1, 8
créant un véritable marché des prisonniers de raids .

Pendant des décennies, les colonies ont manqué de travailleurs ; en particulier celles du Sud, initialement développée pour
l'exploitation des ressources plutôt que la colonisation. Les colons achetaient ou capturaient des Amérindiens pour les employer au
1
travail forcé de la culture du tabac puis, à partir du XVIIIe siècle, du riz et de l'indigo . Afin d'acquérir des marchandises de commerce,
en particulier provenant du reste du monde, les indigènes commencèrent à vendre des prisonniers aux blancs plutôt que de les
1, 4
intégrer dans leurs propres sociétés comme ils le faisaient autrefois . Les marchandises acquises pouvaient être des haches, des
4
ustensiles en cuivre, du rhum, des bijoux, des aiguilles, des ciseaux, mais surtout des fusils.

Les Anglais copièrent les Portugais et les Espagnols en considérant l'esclavage des Africains et des Amérindiens comme une
institution moralement, légalement et socialement acceptable ; la justification la plus rationnelle à cet esclavage était qu'il valait
9
mieux employer les captifs ainsi que de les condamner à mort.

Les évasions d'esclaves amérindiens étaient fréquentes, parce qu'ils connaissaient les lieux ; c'était bien sûr plus rare chez les
8
Africains. Par conséquent, les indigènes réduits en esclavage étaient souvent envoyés aux
Indes occidentales, ou loin de leur terres .

Arrivée de l'esclavage
Les premiers esclaves africains dont on a conservé l'enregistrement ont été placé à Jamestown ; avant les années 1630, la servitude
consentie était la forme dominante de l'esclavage dans les colonies. Cependant, en 1636, seuls les blancs pouvaient légalement
10
recevoir des contrats de servants consentants . Le plus ancien document établissant le statut d'esclave d'un Amérindien avait pour
10
sujet un homme originaire duMassachusetts réduit en esclavage en 1636 .
10
En 1661, l'esclavage était devenu légal dans les Treize colonies . La Virginie déclarera « les Indiens, les mulâtres et les nègres
comme biens immobiliers », et en 1682, l'État de New York interdit aux esclaves africains ou amérindiens de quitter la maison de leur
10
maître ou leur plantation sans autorisation .

Dans certains cas, les Européens distinguaient l'esclavage des Amérindiens et celui des Africains : bien que les Amérindiens et les
Africains soient tous deux considérés comme « sauvages », une croyance voulait que les Africains soient « brutaux » alors que les
9
Amérindiens étaient idéalisés comme un peuple noble qui pourrait être éduqué dans la civilisation chrétienne
.

Esclavage des amérindiens


11
On sait peu des milliers d'Amérindiens qui ont été contraints au travail . Deux mythes ont compliqué l'histoire de l'esclavage des
Amérindiens : que les Amérindiens étaient indésirables comme servants, et que les Amérindiens ont été exterminés ou chassés après
11
la guerre du Roi Philippe .

Statut des esclaves amérindiens

Le statut juridique précis pour certains Amérindiens, est difficile à établir dans certaines circonstances, comme la servitude forcée et
e 11
l'esclavage étaient mal définis dans l’Amérique britannique du XVII siècle . Certains maîtres affirmaient être propriétaires des
11
enfants de leurs serviteurs amérindiens, et cherchaient à les transformer en esclaves.
La constante historique de l'esclavage en Amérique était que les colons européens avaient tracé une stricte limite entre « les gens
comme eux qui ne pourraient jamais être réduits en esclavage » et les gens de couleur ou métis étrangers, « pour la plupart des
11
Africains et Amérindiens qui pourraient être réduits en esclavage » . Une caractéristique unique entre les indigènes et les colons
était que progressivement, ils affirmèrent leur souveraineté sur les habitants autochtones au cours du XVIIe siècle ; les transformant,
11
ironiquement, en sujets avec des droits et privilèges dont les Afro-Américains ne pourraient jamais profiter.

Dans les colonies espagnoles, l'Église attribuait des noms de famille espagnols aux Amérindiens et les enregistrait en tant que
12
serviteurs plutôt que comme esclaves . À l'ouest, de nombreux membres de tribus amérindiennes étaient pris contre leur gré comme
12 13
esclaves à vie . Dans l'est, les Amérindiens étaient systématiquement enregistrés comme esclaves.

Emploi d'esclaves amérindiens

Les esclaves des territoires indiens furent utilisés à de nombreuses fins à travers les États-Unis : travail dans les plantations de l'Est,
guides dans les régions sauvages, travail dans les déserts de l'Ouest, enrôlement comme combattants lors de guerres. Les esclaves
13
amérindiens étaient touchés par des maladies européennes nouvellement introduites et souf
fraient de traitements inhumains .

Esclavage en Nouvelle-Angleterre

La guerre des Pequots

La conclusion de la guerre des Pequots de 1636 amena les Britanniques à faire des prisonniers de guerrepequots des esclaves presque
immédiatement après la fondation du Connecticut en tant que « colonie », initiant une part importante de la culture de l'esclavage en
3, 11
Nouvelle-Angleterre . La guerre des Pequots fut dévastatrice : lesNiantics, les Narragansetts, et les Mohegans ayant été persuadés
11
d'aider les colons du Massachusetts, du Connecticut, et dePlymouth à massacrer les Pequots, dont au moins 700 individus périrent .
La majorité des esclaves pequots étaient constitués de femmes et d'enfants non combattants, dont la plupart servirent comme esclaves
pour le reste de leur vie ; certains dossiers de la cour montrent des primes sur des esclaves amérindiens évadés plus de dix ans après
11
la fin de la guerre .

Développement des captures et du commerce d'esclaves

Le commerce d'esclaves amérindiens en Nouvelle-Angleterre et au Sud fut grandement aidé par le fait que les différentes tribus ne se
4
reconnaissaient pas entre elles, et étaient donc incapables de s'unir contre l'envahisseur . Les Chicachas et les Westos, par exemple,
4
vendirent des captifs d'autres tribus sans faire de détail et simplement pour augmenter leur pouvoir politique et économique
.

Rhode Island a également participé à l'esclavage des Amérindiens, mais les archives officielles sont incomplètes ou inexistantes,
3
rendant le nombre exact d'esclaves impossible à chiffrer . Les gouvernements de la Nouvelle-Angleterre promettaient aux colons le
droit de piller comme paiement, et les commandants, comme Israël Stoughton, considéraient la prise de femmes et enfants
11
amérindiens comme leur dû . En raison du manque de preuves, on ne peut spéculer pour savoir si les soldats demandaient ces
11
prisonniers comme esclaves sexuels ou uniquement comme serviteurs . Peu de chefs colons remirent en question les politiques
coloniales de traitement des esclaves maisRoger Williams, qui a essayé de maintenir des liens positifs avec les Narragansetts, était en
conflit : en tant que chrétien, il se sentait que les assassins d'Indiens « méritaient la mort » et condamnait le meurtre de femmes et
11
d'enfants indigènes, bien qu'il garda ses critiques privées .

Le Massachusetts conserva dans un premier temps la paix avec les tribus amérindiennes de la région, cependant cela changea et
l'esclavage des Amérindiens devint inévitable. On trouve des journaux de Boston mentionnant des évasions d'esclaves à la fin de
3
l'année 1750 . En 1790, le rapport du recensement des États-Unis indiquait que le nombre d'esclaves dans l'État était de 6 001, dont
3
une part inconnue d'Amérindiens, mais au moins 200 cités comme moitié indiens (c'est-à-dire métis amérindien-africain) . Comme le
Massachusetts avait pris de l'avance aux combats des deux guerres indiennes [pas clair], il est très probable que la colonie avait
3
largement dépassé le nombre d'esclaves du Connecticut ou de Rhode Island .
Le New Hampshire s'est montré singulier en restant quasi-pacifique avec les tribus voisines durant la guerre des Pequots et la guerre
3
du Roi Philip, ayant de fait très peu d'esclaves . Les colons du Sud ont commencé à capturer et asservir les Amérindiens pour les
1
exporter vers les « îles à sucre », ainsi qu'à destination des colonies du Nord . Ce commerce dévasta les populations natives du sud-
1
est .

Aux XVIIe et e
XVIII siècles, les Anglais à Charles Town (Caroline du Sud), les Espagnols en Floride, et les Français en Louisiane
cherchèrent des partenaires commerciaux et des alliés parmi les tribus amérindiennes, en proposant des échanges de marchandises,
tels que du métal, des armes à feu et outils, des munitions, de l'alcool, des perles, des tissus et des chapeaux en échange de fourrures
1
et d'esclaves .

Escalade esclavagiste

Les commerçants, les colons frontaliers et les représentants du gouvernement encouragèrent les Amérindiens à faire la guerre à
1
d'autres tribus pour vendre des esclaves capturés ou af
faiblir les tribus guerrières . À partir de 1610, les marchands hollandais avaient
4
développé un commerce lucratif avec les Iroquois : les Iroquois donnaient aux Néerlandais des peaux de castor et recevaient en
4
échange des vêtements, des outils et des armes à feu, qui augmentaient leur puissance par rapport aux autres tribus voisines
.

Ce commerce permit aux Iroquois de mener des campagnes contre d'autres tribus comme les Hurons, les Pétuns, les Andastes, les
4 4
Ériés et les Chaouanons . Les Iroquois ont alors pu commencer à prendre des prisonniers de guerre et à les vendre . Le pouvoir
4
écrasant des Iroquois combiné aux épidémies de maladies européennes dévastèrent de nombreuses tribus orientales
.

Esclavage dans le Sud-Est américain


Des historiens ont estimé que des dizaines de milliers d'Amérindiens ont été réduits en esclavage, mais leur nombre exact est inconnu
1, 3
car les statistiques de l'état civil et les rapports de recensement sont rares voire inexistants . Même si l'état civil est devenu plus
fiable à la fin de la période coloniale, les Amérindiens n'avaient pas de mention particulière et étaient classés avec les esclaves
3
africains sans distinction . Par exemple, « Sarah Chauqum de Rhode Island » fut répertoriée par son maître comme mulâtre dans
l'acte de vente à Edward Robinson, mais elle a pu regagner sa liberté en affirmant son identité narragansett. Tous les indigènes n'ont
11
pas réussi à éviter de tels incidents .

Esclavage en Caroline

La Caroline est unique par rapport aux autres colonies : en effet, les colons qui s'y étaient établis considéraient l'esclavage comme
9, 14
essentiel à la réussite économique .

Débuts prudents

En 1680, les propriétaires d'esclaves demandèrent au gouvernement de Caroline de s'assurer que les esclaves indigènes bénéficiaient
d'une justice égale, et qu'ils étaient traités mieux que des esclaves africains. Ces règles furent largement publiées, afin que personne
9
ne puisse prétendre les ignorer .

Ce changement politique en Caroline avait pour origine la crainte que les esclaves informent leurs tribus, entraînant encore plus
9
d'attaques dévastatrices sur les plantations, ainsi qu'une attention non désirée du gouvernement britannique . Cette tentative de
changement s'est avéré presque impossible car les colons et fonctionnaires locaux voyaient les Amérindiens et les Africains comme
9
semblables, et l'exploitation des deux comme le moyen le plus facile de s'enrichir.

Justification de l'esclavage

En décembre 1675, le grand conseil de la Caroline publia une justification de l'esclavage et de la vente d'Amérindiens, affirmant que
9
ceux qui étaient ennemis des tribus aillées au Royaume-Uni étaient des cibles privilégiés, n'étant pas d'« innocent indiens » . Le
conseil affirma également qu'il attendait des « alliés indiens » qu'ils prennent des prisonniers, et que ces captifs étaient prêts à
9
travailler dans le pays ou être transportés ailleurs.
Le conseil utilisa cette directive pour satisfaire les propriétaires, et pour confirmer l'affirmation traditionnelle selon laquelle personne
n'était réduit à l'esclavage contre sa volonté ni transporté sans son consentement hors de la Caroline, bien que ce ne soit bien sûr pas
9
le cas .

Échanges trans-coloniaux
14
Dans d'autres colonies, l'esclavage se développa au fil du temps comme la principale force de travail . On estime que les
commerçants de Caroline àCharles Town livrèrent de 30 000 à 51 000 Amérindiens entre 1670 et 1715 à un fructueux commerce des
1, 15
esclaves avec les Caraïbes, l'Hispaniola, et les colonies du nord . Il était plus rentable d'avoir des esclaves amérindiens, car les
esclaves africains devaient être expédiés et achetés, alors que les Amérindiens pouvaient être capturés et immédiatement placés dans
1
les plantations. Les blancs des colonies du Nord préféraient avoir des esclaves femmes et enfants autochtones . Les Caroliniens avait
14
une préférence pour les esclaves africains, mais cela ne les empêchait pas de faire commerce des Amérindiens.

Avant 1720, date de fin du commerce d'esclaves autochtones, la Caroline exportait autant voire plus d'esclaves amérindiens qu'elle
1 1
n'importait d'esclaves africains . Le taux d'échange habituel était alors d'un Africain pour deux ou trois Amérindiens . Dans le Sud-
Ouest, les colons espagnols et les esclavagistes amérindiens vendaient ou échangeaient les esclaves dans les nombreuses foires
1
commerciales le long duRío Grande .

Démographie des esclaves

Peter H. Wood constata qu'en 1708, la population de Caroline du Sud totalisait 9 580 individus, dont 4 100 esclaves africains et
16
1 400 esclaves amérindiens .

Répartitions raciste et sexuée des esclaves

Les hommes africains composaient 45 % de la population d'esclave, tandis que les femmes amérindiennes comptaient pour 15 % de
16
la population adulte des esclaves de la colonie . En outre, les femmes autochtones étaient plus nombreuses que les hommes
16
autochtones, et les hommes africains considérablement plus nombreux que les femmes africaines.

Ce déséquilibre a encouragé les unions entre les deux groupes, conduisant plus tard à ce que de nombreux anciens esclaves aient un
16
ascendant amérindien notable à une ou deux générations avant eux . Ces unions aboutirent sur un grand nombre évident mais
16
inconnu d'enfants métis afro-amérindiens . En 1715, la population d'esclaves amérindiens de Caroline était estimée à
4
1 850 individus .

Pratiques usuelles

Dans le livre de John Norris Profitable Advice for Rich and Poor (1712), il est recommandé d'acheter dix-huit femmes autochtones,
14
une quinzaine d'hommes africains et trois femmes africaines . Les marchands d'esclaves préféraient les captifs amérindiens ayant
12
moins de dix-huit ans, censés être plus facilement formés à de nouveaux travaux .

Dans les colonies de l'Est, il était devenu pratique courante d'avoir pour esclaves uniquement des femmes amérindiennes et des
14
hommes africains, en faisant augmenter parallèlement leur nombre . Cette pratique conduisit aussi à un grand nombre d'unions
16, 14
mixtes . Les femmes autochtones étaient en effet moins chères à l'achat que les hommes ou que les Africains ; de plus, il était
plus efficace d'avoir des femmes autochtones parce qu'elles étaient les plus compétentes en agronomie dans leurs communautés
14
d'origines, où les hommes se consacrent à d'autres activités .

Durant cette époque, il n'était pas rare que les avis de recherche des journaux coloniaux mentionnent les esclaves en fuite parlant
10
d'Africains, d'Amérindiens ou des métis .

Religions
Dans l'Illinois, les colons français baptisaient les esclaves amérindiens nouvellement acquis : ils estimaient qu'il était essentiel de les
12 1, 12
convertir à la foi catholique . Les registres des baptêmes incluent des milliers d'entrées d'esclaves amérindiens .

Beaucoup des premiers travailleurs, y compris ceux provenant d'Afrique, entraient dans les colonies sous contrat d'indenture et
pouvaient retrouver leur liberté après avoir repayé leur traversée. L'esclavage était réservé aux individus n'étant ni chrétiens ni
européens. En 1705, l'assemblée générale de V
irginie définit ces conditions :

« Tous serviteurs importés et amenés dans le pays ... n'étant pas chrétiens dans leur pays d'origine ... doivent être
comptabilisés et esclaves. Tous les nègres, mulâtres et les Indiens esclaves à l'intérieur du dominion ... sera tenu
pour l'immobilier. Si un esclave résiste à son maître ... corriger ces esclaves, fussent ils tués avec une telle
correction ... le maître doit être exempt de toute punition ... comme si l'accident n'était jamais arrivé. »
17
— Déclaration de l'assemblée générale de Virginie, 1705

Précautions anti-soulèvement

Au milieu du XVIIIe siècle, le gouverneur de la Caroline du Sud James Glen commença à promouvoir une politique officielle visant à
18, 19
créer chez les Amérindiens une aversion pour les Afro-Américains, dans le but d'empêcher de possibles alliances entre eux . En
20
1758, James Glen écrivit :« Il a toujours été la politique du gouvernement de créer une aversion entre les Indiens et les nègres. »

Déclin de l'esclavagisme
La domination du commerce d'esclaves d'Amérindiens n'a duré que jusqu'aux environs de 1730, quand il conduisit à une série de
1, 2
guerres dévastatrices parmi les tribus . Le commerce des esclaves créa des tensions qui n'étaient pas préexistantes entre les
différentes tribus, ainsi qu'un abandon à grande échelle de leur région d'origine pour échapper à la guerre et au commerce
14 21
d'esclaves . La majorité des guerres indiennes se sont produites dans le sud .

Les Westos (en) vivaient à l'origine près du lac Érié jusqu'aux années 1640, mais ils durent se déplacer pour échapper à
14
l'esclavagisme et aux guerres de deuil des Iroquois ; guerres ayant pour but de pour repeupler leur tribu . Les Westos allèrent en
14
Virginie, puis en Caroline du Sud pour profiter des routes de commerce . Les westos contribuèrent fortement à la hausse de la
14
participation des communautés natives du sud-est au commerce d'esclaves . L'augmentation des échanges esclaves contre armes à
14
feu obligeait en effet toutes les tribus à y participer ou à en être victime .

Avant 1700, les Westos dominaient le commerce d'esclaves en Caroline, capturant des individus de toutes tribus du Sud sans
1, 4
discernement . Ils gagnèrent en puissance rapidement, mais les Britanniques et les propriétaires de plantations commencèrent à les
craindre, car ils étaient très bien armés du fait de leur commerce lucratif. Sans remords, les Anglais s'allièrent aux Savannahs à partir
1, 4
de 1680 tuèrent la plupart des hommes et vendirent les femmes et enfants qui pouvaient être capturés . Les Westos furent
1
complètement anéantis sur le plan culturel, ses survivants étant dispersés à travers les colonies, dont
Antigua .

Changements culturels

Peu à peu, du fait des raids de plus en plus lointains pour satisfaire les acheteurs britanniques, les tribus du Sud-Est intensifièrent les
4, 14
guerres et traques, ce qui remettait en cause leurs raisons traditionnelles de faire la guerre . La guerre était à l'origine basée sur
14
une vengeance à but non lucratif . Les guerres des Chicachas ont repoussé la tribu Houma vers le sud, où elle avait des difficultés à
4
se stabiliser . En 1704, l'alliance des Chicachas avec les Français s'était affaiblie et les Britanniques en profitèrent pour prendre leur
4
place en leur apportant douze esclaves taensa . Dans le Mississippi et le Tennessee, les Chicachas utilisaient à la fois les Français et
les Britanniques, les uns contre les autres, et chassaient les Chactas, qui étaient les alliés traditionnels de la France, ainsi que les
1
Arkansas, les Tunicas, et les Taensas, en créant des dépôts d'esclaves sur leurs territoires . En 1705, les Chicachas ciblèrent par
surprise les Chactas, bien qu'un accord d’amitié les unisse. La capture de plusieurs familles raviva la guerre entre les deux tribus et la
4
fin de leur allégeance . Les Chicachas réussirent, en un seul raid en 1706 sur les Chactas, à capturer 300 autochtones pour les

1
1
Anglais . La guerre entre les deux tribus s'est maintenue jusqu'au début du XVIIIe siècle, le pire incident pour les Chactas survint en
4
1711, quand ils furent attaqués par les Britanniques, qui avaient peur qu'ils se soient alliés aux Français . On estime que cette guerre,
4
additionnée à l'asservissement et aux épidémies, que la population chicacha fut réduite de moitié entre 1685 et 1715
.

Changements sociaux

Comme les tribus du Sud continuèrent à s'impliquer dans la traite des esclaves, et donc dans le commerce, il accumulèrent peu à peu
14
des dettes significatives vis-à-vis des colons . Les Yamasees avaient une dette importante due à l'achat de rhum en 1711, mais
14
l'assemblée générale vota son annulation pour éviter une guerre . Le commerce d'esclaves par les Amérindiens entre eux commença
14
à affecter négativement l'organisation sociale dans beaucoup de tribus, et notamment les rôles des genres . En interagissant avec les
individus de la société, les hommes guerriers furent très inspirés par l'organisation patriarcale, et voulurent l'instaurer dans leurs
14
propres sociétés . Parmi les Cherokees, l'affaiblissement du pouvoir des femmes créa des tensions au sein de leurs communautés.
14
Par exemple, les guerriers consultaient moins les femmes pour déterminer du moment de faire la guerre . Seules celles qui avaient
prouvé leur valeur à la guerre étaient en droit de prendre pleinement part aux décisions ; cela conduisit les femmes à soutenir les raids
ayant pour but le commerce des esclaves.

Par exemple, les Creeks, une confédération de différents groupes qui avaient joint leurs forces pour se défendre contre les raids,
s'allièrent aux Anglais et s'installèrent sur les Apalaches en Floride espagnole, où il s'adonnèrent peu à peu eux aussi aux raids pour
1 1
capturer des esclaves . Ces raids ont également détruit plusieurs tribus de Floride, y compris les Timucuas . En 1685, les Yamasees
4
ont été persuadés par des marchands d'esclaves écossais d'attaquer les Timucuas, et l'attaque fut dévastatrice . Tous les indigènes de
1
Floride à l'époque coloniale finirent soit tués, soit réduits en esclavage, soit dispersés . On estime que les raids creeks-anglais en
1
Floride apportèrent 4 000 esclaves amérindiens entre 1700 et 1705.

Changements comportementaux
1
Quelques années plus tard, les Chaouanons conduisirent des raids sur les Cherokees de manière similaire . En Caroline du Nord, les
Tuscaroras, craignant entre autres que les Anglais aient prévu de les réduire en esclavage et de spoiler leurs terres, menèrent une
1
guerre contre eux de 1711 à 1713 . Durant cette guerre, les blancs de Caroline, aidés par les Yamasees anéantirent complètement les
1
Tuscararas et firent des milliers de prisonniers qui furent réduits en esclavage. En quelques années, le même sort frappa lesYuchis et
1
les Yamasees eux-mêmes, qui n'était plus en faveur avec les Britanniques . Les Français armèrent la tribu des Natchez, qui vivait sur
1
les rives du Mississippi et de l'Illinois, contre les Chichacas . En 1729, les Natchez, alliés avec un certain nombre d'esclaves noirs
évadés et vivant parmi eux se soulevèrent contre les Français. Une armée composée de soldats français, de guerriers chactas, et
1
d'autres esclaves africains, remporta la victoire . Le comportement commercial de plusieurs tribus commença à changer pour revenir
à des méthodes plus traditionnelles d'adoption de prisonniers de guerre au lieu de les vendre immédiatement aux marchands
4
d'esclaves blancs ; certains prirent l'habitude de les détenir pendant trois jours avant de décider de les vendre ou pas . Cette règle fut
e 4
adoptée du fait des lourdes pertes dans de nombreuses tribus à cause des guerres qui continuèrent tout au long du
XVIII siècle .

Changements démographiques

La combinaison mortelle de l'esclavage, de la maladie et de la guerre diminua de manière spectaculaire la population d'Amérindiens
libres du Sud ; il est estimé que les tribus du Sud comptait autour de 199 400 individus en 1685, mais seulement 90 100 individus en
4, 14
1715 . Les guerres indiennes du début du XVIIIe siècle, combinées avec l'augmentation de la disponibilité des esclaves africains,
1
mirent peu à peu fin au commerce des esclaves amérindiens vers 1750 . De nombreux marchands d'esclaves coloniaux avaient été
tués dans les combats, et les groupes restants d'Amérindiens finirent par s'allier, déterminés à affronter les colons européens en
1, 14
position de force, plutôt qu'être réduits en esclavage . Bien que les Amérindiens ne pratiquent plus le commerce d'esclave, la
réduction en esclavage d'Amérindiens continua, les registres du 28 juin 1771 montrent que des enfants amérindiens étaient gardés
3
comme esclaves à Long Island . Des esclaves indigènes s'étaient aussi mariées, donnant naissance à d'autres esclaves indigènes, dont
10
certains étaient aussi d'ascendance africaine . Les évasions d'esclaves amérindiens, leur achat ou leur vente se trouve
3, 14
occasionnellement dans les journaux durant toute la période coloniale . Beaucoup des tribus restantes rejoignirent des
confédérations telles que les Chactas, les Creeks et les Catawbas pour se protéger, ce qui les rendait moins vulnérable face aux
1, 14 16
esclavagistes . De nombreux témoignages d'anciens esclaves mentionnent avoir un parent ou un grand-parent amérindien.
Réduction en esclavage après leXIXe siècle

Les enregistrements et récits d'esclaves obtenus par la Works Progress Administration (WPA) indiquent clairement que
16
l'asservissement des indigènes américains continua au XIXe siècle, principalement via des enlèvements . Un exemple documenté est
16
l'interview par la WPA de l'ancien esclave Dennis Subvention, dont la mère était une Amérindienne de pur sang ; elle a été
16
kidnappée enfant près de Beaumont dans les années 1850, faite esclave puis forcée de se marier à un autre esclave . Ces
e 16
enlèvements montrent que même au XIX siècle, peu de distinction était faite entre les Afro-Américains et les Amérindiens . Les
esclaves amérindiens comme les Afro-Américains étaient vulnérables aux abus sexuels des esclavagistes et des autres hommes blancs
22, 23
puissants . Les difficultés de l'esclavage donnèrent lieu à la création de colonies d'esclaves fugitifs associés à des autochtones
24
vivant en Floride appelés marrons .

Esclavage en Californie
L'esclavage des Amérindiens a été organisé dans la Californie coloniale et mexicaine par le biais des missions franciscaines, qui
disposaient théoriquement d'un droit à dix ans de main-d'œuvre des autochtones, mais qui les gardèrent en servitude perpétuelle,
jusqu'à ce que leur charge fut révoquée au milieu des années 1830. À la suite de l'invasion par les États-Unis entre 1847 et 1848, les
25
natifs californiens furent réduits en esclavage dans le nouvel État de 1850 à 1867 . L'esclavage nécessitait le dépôt d'une caution par
le titulaire de l'esclave et l'asservissement se faisait par le biais de raids et de quatre mois de servitude imposée comme punition pour
26
les Amérindiens tenus coupables de « vagabondage » .

Les esclaves africains chez les Amérindiens

Interactions entre Africains et Amérindiens


Le premier contact connu entre des Africains et des Amérindiens a eu lieu en avril 1502, lorsque les explorateurs espagnols qui
27
avaient apporté un esclave africain avec eux rencontrèrent un groupe d'indigènes .
1, 10
Les Amérindiens ont interagi avec les esclaves africains puis les Afro-Américains de toutes les façons possibles . Dans les
premiers temps de la colonie, les Amérindiens étaient réduits en esclavage avec les Africains, et tous deux travaillent souvent avec
1, 3, 28
des travailleurs européens en indenture . « Ils travaillaient ensemble, vivaient ensemble dans des quartiers communautaires,
produisaient leur nourriture collectivement, partageaient leurs remèdes à base de plantes, leurs mythes et leurs légendes, et ils finirent
10, 29
par se marier » .

Parce que les deux groupes étaient des non-chrétiens, les Européens les considéraient comme inférieurs. Ils firent en sorte que les
deux groupes soient ennemis afin de pouvoir mieux les contrôler. Dans certaines régions, les Amérindiens commencèrent à lentement
1
absorber la culture blanche .

Adoption de la pratique de l'esclavage par les Amérindiens

Pratique de l'esclavage

L'adoption et l'adaptation des institutions euro-américaines par les Amérindiens, par une cruelle ironie, ne les protégea en rien de la
15
domination occidentale et créa des divisions au sein des tribus elles-mêmes . Benjamin Hawkins, surintendant des tribus au sud de
la rivière Ohio à partir de la fin du XVIIIe siècle jusqu'au début du XIXe siècle, encouragea les grandes tribus du Sud-Est à adopter des
cheptels d'esclavage, afin d'avoir de la main-d’œuvre pour leur plantations à grande échelle, dans le cadre de leur assimilation aux
20
pratiques euro-américaines .

La pression exercée par les Américains d'origine européenne à s'assimiler, la transformation de l'économie des fourrures, et les
tentatives soutenues du gouvernement de civiliser les tribus indigènes mena à l'adoption d'une économie basée sur l'agriculture
20
productiviste . Certaines des Cinq tribus civilisées avaient également acquis des esclaves afro-américains en tant que butin de la

20
20
guerre d'indépendance qui leur avaient été octroyés par leurs alliés britanniques . Les cinq tribus ont adopté certaines pratiques
qu'ils considéraient comme bénéfiques, ils travaillèrent à s'entendre avec les Américains afin de garder leur territoire.

Elles adoptèrent l'esclavage comme moyen de se défendre de la pression fédérale en croyant que cela leur permettrait de conserver
15
leurs terres méridionales . Les tensions étaient changeantes entre les Afro-Américains et les Amérindiens dans le Sud, sanctuaire
pour esclaves en fuite au début du XVIIIe siècle, il y avait 50 % de chances ensuite que les indigènes les capturent et les renvoient à
20
leurs maîtres blancs ou les gardent comme esclave pour eux-mêmes .

Relations entre les natifs américains et les africains

Contrairement aux esclavagistes blancs, les Amérindiens esclavagistes n'utilisaient pas de justifications à l'esclavage, ni ne
20
maintenaient de vue fictive des esclaves comme faisant partie de leur famille . Cependant, le statut des esclaves pouvait changer si
20
ses ravisseurs les adoptaient ou les épousaient . Bien que certains Amérindiens aient une forte aversion pour l'esclavage, ils leur
manquaient le pouvoir politique et la culture paternaliste qui imprégnait le sud non indien, où les hommes blancs étaient considérés
20
comme maîtres absolus .
20
Il est difficile de savoir si les esclavagistes amérindiens ont pu sympathiser avec leurs esclaves africains comme non blancs . Mais
le christianisme est apparu comme une ligne importante séparant certains Amérindiens des Afro-Américains : la plupart des Afro-
Américains du début du XVIIIe siècle avaient accepté les enseignements des missionnaires, alors que les Amérindiens, en particulier
20, 30
les Chactas et Chichacas dans le Sud continuaient à pratiquer leurs croyances spirituelles traditionnelles .
30
De nombreux Amérindiens voyaient les tentatives de conversion comme composante de l’expansion coloniale.

Des communautés mixtes


20
En outre, tous les Afro-Américains en territoire indien n'étaient pas des esclaves, car certains étaient libres . Par exemple une ville
dans la partie orientale de la nation chacta abritait une communauté diversifiée qui incluait des Afro-Américains libres et des métis
20
afro-chactas . En territoire indien, ces communautés n'étaient pas rares et compliquaient les recensements commandés par le
20
gouvernement des États-Unis .

En 1832, les recenseurs commissionnés par le gouvernement en pays creek avaient de grandes difficultés à catégoriser les divers
groupes de personnes qui y résidaient, ne sachant pas comment comptabiliser les femmes afro-américaines des hommes creek, ni où
20
placer les métis .

Déportation des Amérindiens

L'expulsion des tribus Cherokees, Chichacas, Chactas et Creeks par le gouvernement fédéral conduisit à une croissance rapide de
l'esclavage dans les plantations à travers le Sud profond, et cette migration des Amérindiens repoussa aussi l'esclavage vers l'ouest,
15
préparant de futurs conflits .

Contrairement à d'autres tribus qui ont été physiquement contraintes de quitter le Sud profond, le gouvernement a activement cherché
15
à associer les nations chactas et chichacas de force sous son égide . Ces deux tribus se voyaient très différentes et avaient été des
15
ennemis acharnés durant le XVIIIe siècle, mais en 1837, un traité entérina l'unification des deux tribus . Elles y consentirent en partie
15
parce qu'un traité de 1855 les autorisait à employer deux gouvernements distincts.

Esclavage chez les Cherokees


1
Les Cherokees étaient la tribu qui avait le plus d'esclaves. En 1809, ils détenaient près de 600 esclaves noirs . Ce nombre est passé à
1
près de 1 600 en 1835, et à environ 4 000 en 1860, après qu'ils se sont retirés en Territoire indien . La population cherokee à ces
1
dates était de 12 400 en 1809, de 16 400 en 1835, et 21 000 en 1860.
La proportion des familles cherokee possédant des esclaves n’excédait pas dix pour cent, et était comparable au pourcentage en
1
vigueur chez les familles blanches dans le Sud, où une élite esclavagiste possédait la plupart des ouvriers . Selon le recensement de
1835, seulement huit pour cent des ménages cherokee comprenait des esclaves, et seulement trois Cherokees détenaient plus de 50
1 1
esclaves . Joseph Vann était celui qui en possédait le plus, avec 110 individus, comme d'autres grands planteurs . Parmi les
1
Cherokees possédant des esclaves, 83 % avaient moins de dix esclaves . Dans les familles propriétaires d'esclave, 78 % ont déclaré
1
avoir des ancêtres blancs .

Constitution cherokee

En 1827, les Cherokees promulguèrent une constitution, qui faisait partie de leur processus d'acculturation. Elle interdisait aux
esclaves et à leurs descendants (y compris métis) de posséder des biens, de vendre des biens ou d'en produire pour gagner de gent
l'ar ;
elle leur défendait aussi d'épouser des Cherokees ou des Américains d'origine européenne. Cette constitution prévoyait aussi de
1
lourdes amendes pour les propriétaires d'esclaves si ceux-ci consommaient de l'alcool.

Règles concernant les Afro-Américains et métis

Aucun Afro-Américain, même s'il était libre et d'ascendance partielle cherokee, n'avait de droit de vote dans la tribu, ni ne pouvait
1, 31
prétendre à un travail pour le gouvernement . Ces lois reflètent l'état des lois dans le Sud-Est, mais les lois cherokees n'imposent
1
pas autant de restrictions aux esclaves, et ne les appliquaient pas strictement.

Règles concernant les mariages mixtes

Dans leur constitution, le conseil cherokee avait fait d'importants efforts en vue de réglementer le mariage des femmes cherokees
32
avec des hommes blancs, mais peu pour le contrôle des épouses des hommes cherokees. Il n'était pas rare, ni dégradant socialement
pour les hommes cherokees de se marier avec des afro-américaines, même esclaves, mais il y avait peu d'incitation pour eux à
légaliser l'union, comme les enfants nés de femmes esclaves ou de femmes d'origine africaine n'étaient pas considérés comme des
31, 32
membres citoyens de la tribu, en raison de la constitution .

L'absence d'interdictions légales sur de telles unions montre le manque de volonté des législateurs, dont beaucoup appartenaient aux
familles esclavagistes, d'empiéter sur les prérogatives des maîtres sur leurs esclaves ou pour contraindre le comportement sexuel des
32
hommes dans la tribu . Bien que peu d'éléments prouvent que de telles unions ont eu lieu, on trouve en 1854 un Cherokee nommé
32
Cricket et accusé d'avoir épousé une femme noire ; pour des raisons obscures, le tribunal le mit en examen puis l'acquitta.

Lois ultérieures

La Loi de 1855 ne fait pas de place à des relations formelles entre les Afro-Américains et les citoyens cherokee et dérive
partiellement de la Loi de 1839 prévenant l’amalgame des Noirs, qui était encore en vigueur, mais n'a pas empêché les unions de se
32
produire . En 1860, la population esclave des Cherokees représentait 18 % de l'ensemble de la population de la nation, avec la
31
plupart des esclaves culturellement Cherokee, ne parlant que la langue cherokee, et étant immergés des traditions cherokee . Les
Cherokees n'avaient pas établi de lois particulière de manumission des esclaves ; la manumission pouvait être accordée pour de
33
nombreuses raisons .

Esclavage chez les Chactas


30
Les Chactas avaient acheté beaucoup de leurs esclaves en provenance de la Géorgie . Ils reprirent aussi dans leur constitution des
15
lois qui reflétaient celle du Sud profond . Les Chactas en Territoire indien ne permettaient pas à quiconque ayant de l'ascendance
15
africaine à occuper un emploi .

Constitution chacta
La constitution de 1840 ne permettait également pas aux Afro-Américains libres de s'installer dans la nation chacta, ce qui signifie
qu'ils n'étaient pas autorisés à posséder ou obtenir de la terre ; les hommes blancs pouvaient obtenir la permission écrite d'y résider de
15, 30
la part du chef ou de l'agent des États-Unis .

La nation chacta interdit la reconnaissance d'individus d'ascendance partiellement africaine comme citoyens, mais un homme blanc
15
marié à une femme chacta aurait été admissible à la naturalisation . En réponse à l'idéologie esclavagiste dans les nations
amérindiennes qui créait un climat d'animosité envers les Afro-Américains libres, le conseil chacta adopta en octobre 1840 une loi
30
qui mandatait l'expulsion de tous les noirs libres « sans lien de sang avec les Chactas et les Chicachas » avant mars 1841 . Ceux qui
30
resteraient seraient vendus durant une vente aux enchères et réduits en esclavage à vie.

Dans les entretiens de la WPA, les avis des anciens esclaves chactas varient : un ancien esclave, Edmond Flint, a affirmé que sa
servitude par les Chactas ne différait pas de l'esclavage dans un foyer blanc, mais il a indiqué qu'il y avait des maîtres chactas
20
humains et d'autres inhumains .

Rapport à la religion
30
Les Chactas n'autorisaient pas leurs esclaves à pratiquer le culte des missions chrétiennes . Pour les Africains, la reconstruction de
leur vie religieuse dans les nation natives américaines créait un sentiment de connexion aux parents et communautés qu'ils avaient
30
laissés en Afrique .

Les missionnaires étaient en mesure d'établir des églises et écoles dans les terres chactas avec la permission des dirigeants de la tribu,
30
mais la question de l'esclavage créa une animosité entre les Chactas et les missionnaires . Ces derniers faisaient valoir que la
servitude humaine ne reflétait pas la société chrétienne, et croyait qu'elle accentuait la paresse, la cruauté et la résistance à la
30
« civilisation » des Amérindiens .

Dans les années 1820, un débat houleux eut lieu pour permettre aux Chactas esclavagistes d'aller à l'église ; les missionnaires ne
voulant pas se les aliéner acceptèrent finalement de les recevoir aux offices avec l'espoir de les éclairer par la discussion et la
30
prière . À cette période, les missionnaires voyaient les Chactas et les Afro-Américains comme racialement et intellectuellement
inférieurs, mais les Afro-Américains convertis étaient au moins perçus comme plus sains intellectuellement et moralement que les
30
autochtones non chrétiens .

Cyrus Kingsbury, chef de file de l'American Board, croyait que lui et les autres missionnaires avaient apporté la civilisation aux
30
Chactas, qu'il considérait comme des gens civilisés . Certains esclavagistes chactas estimaient que si leurs esclaves apprenaient à
30
lire la Bible, ils seraient moins utiles, et cela augmenta la méfiance persistante des Chactas envers les missionnaires . Les Chactas,
fatigués par l'attitude condescendante des missionnaires, lesquels remettaient en question l'approche pédagogique de leurs élèves
amérindiens et des fidèles afro-américains, finirent par retirer leurs enfants, leurs esclaves et leur soutien financier aux écoles et
30
églises de la mission .

Les maîtres chactas, convertis ou non au christianisme n'utilisaient pas la religion comme moyen de contrôle sur leurs esclaves, mais
30
ils réglementaient les lieux où les esclaves pouvaient avoir des rassemblements religieux.

Situation après le Fugitive Slave Act

En 1850, le congrès fédéral édicta sa loi la plus forte contre les Afro-Américains aux États-Unis, le Fugitive Slave Act. En 1860, les
30
recenseurs de l'Arkansas documentèrent plusieurs ménages principalement afro-américains dans la nation chacta.

Les enlèvements d'Afro-Américains par les Blancs à des fins esclavagistes devint une menace sérieuse, même pour ceux qui vivaient
30
au sein des nations indigènes . Bien que le paternalisme motivait d'éminents Amérindiens à protéger les Noirs libres, les dirigeants
politiques et les esclavagistes considéraient généralement les Afro-Américains comme des aimants à voleurs blancs, et donc comme
30
une menace pour leur sécurité .
En 1842, le Chacta Peter Pitchlynn écrivit au secrétaire à la guerre pour se plaindre de « Texans armés » qui s'étaient introduits dans
30
leur territoire et avaient enlevé la famille Beams ; citant un mépris des Américains blancs pour la souveraineté des autochtones .
L'affaire de la famille Beams se poursuivit jusqu'en 1856, où la cour de justice statua qu'ils étaient en effet une famille de Noirs
30
libres .

Le cas particulier des Séminoles

Continuité des traditions


34
Les Séminoles prirent une voie unique comparée aux quatre autres tribus civilisées . Les Séminoles gardaient des Afro-Américains
34
captifs, mais n'avaient jamais codifié l'esclavage racial . Au lieu de cela, ils avaient gardé leur tradition d'intégrer les étrangers.

En s'appuyant sur l'organisation politique de leurs ancêtres, les Séminoles accueillirent les Afro-Américains ; ce faisant, ils accrurent
leur isolation du reste du Sud et même des autres nations natives. Cela les conduisit à être vus comme une menace pour l'économie
34 34
des plantations . Les Séminoles sont aussi un cas à part car ils absorbèrent ce qu'il restait des uchis
Y .

Terre d'accueil
34
Les Afro-Américains en fuite commencèrent à se réfugier chez les Séminoles durant les années 1790 . Un propriétaire de plantation
en Floride, Jesse Dupont, déclara que ses esclaves avaient commencés à s'échapper vers 1791, quand deux hommes s'échappèrent, il
déclara aussi : « Un négro indien a volé une femme et son enfant, et depuis qu'elle est parmi les Indiens, elle en a eu un
34
deuxième » .
34
Le pays séminole est ainsi rapidement devenu le nouveau lieu de liberté noire dans la région . Alors que les autres grandes nations
d'Amérindiens du Sud commençaient à poursuivre l'esclavage des noirs, la politique de centralisation et la nouvelle économie ; les
Séminoles prolongeaient leur culture conservatrice et incorporaient les Afro-Américains comme membres à part entière de leurs
34 34
communautés . Ensemble, ils créèrent une nouvelle société, qui fut de plus en plus isolée des autres sudistes.

Comme les autres indigènes du Sud, les Séminoles cumulaient la propriété privée, et les élites transmettaient leurs esclaves à leurs
descendants. Les Séminoles entretinrent les pratiques traditionnelles de capture plus longtemps que les autres nations natives, mais la
34
plus importante différence est qu'ils capturaient aussi des Américains blancs . La pratique de la capture des occidentaux diminua au
34
début du XIXe siècle avec la Première Guerre séminole, qui leur apporta leurs derniers captifs blancs .

Préférence afro-américaine
34
Bien qu'ils continuèrent plus longtemps que les autres nations natives, les Séminoles réduisirent les captures . Ils devinrent de plus
en plus pessimistes au sujet de l'intégration des non-autochtones dans leur famille et ciblèrent ensuite presque exclusivement les
34
personnes d'ascendance africaine au cours duXIXe siècle durant les guerres contre l'expansion des États-Unis .

Lorsque le général Thomas Jesup énuméra les origines des Afro-Américains parmi les Séminoles au secrétaire à la guerre en 1841, il
a commencé par « descendants de nègres pris aux citoyens de la Géorgie par la confédération creek durant de précédentes
34
guerres » . Lorsqu'un groupe de guerrier seminole s'engagea à rejoindre les Britanniques durant la guerre d'indépendance
américaine, ils précisèrent que « les chevaux ou esclaves et bétail que nous prendrons, nous nous attendons à ce qu'ils nous
34
reviennent de droit » . Des soixante-huit captifs documenté durant la guerre Mikasuki (1800-1802), 90 % étaient des Afro-
34
Américains .

Protection du territoire et des lois


34
Les Séminoles prirent les armes à plusieurs reprises pour défendre leurs terres . Ils ont combattu dans trois conflits majeurs : la
guerre patriote, la Première Guerre séminoleet la Seconde Guerre séminole, et participèrent à d'innombrables escarmouches avec les
34
chasseurs d'esclaves .
Les Séminoles ont été en guerre avec les États-Unis beaucoup plus longtemps que les autres nations du Sud, ils continuèrent à
34
prendre des captifs noirs et à encourager les Afro-Américains à se joindre à eux dans leur lutte contre l'impérialisme colonial . Il
34
continuèrent aussi longtemps à faire des raids pour détruire les plantations .

Tout au long de 1836, les guerriers séminoles continuèrent à être meilleurs que les soldats coloniaux, mais le plus alarmant pour les
Américains était la relation entre les Séminoles et les Afro-Américains : il était à craindre que cette alliance augmentait chaque
34
jour . Après avoir été témoin de l'agitation parmi les Creeks forcés d'émigrer, le général Thomas Jesup estima que la deuxième
guerre séminole pourrait enflammer l'ensemble du Sud dans un soulèvement général, durant lequel les gens de couleurs pourraient
34
détruire l'économie de la région .

Traitements des esclaves par les Amérindiens


35
L'écrivain William Loren Katz suggère que les Amérindiens traitaient leurs esclaves mieux que les Européens dans le Sud-Est .
L'agent fédéral Hawkins considérait la forme d'esclavage que les tribus pratiquaient comme étant inefficace parce que la majorité de
20
la population ne pratiquait pas l'esclavage .

Des voyageurs rapportent que les esclaves africains chez les Amérindiens vivaient « dans d'aussi bonnes conditions que leurs
35
maîtres » .

Esclagistes laxistes
Un agent indien blanc, Douglas Cooper, bouleversé par l'échec des indigènes à la mise en pratique d'une forme plus sévère de
35
servitude, insista pour qu'ils invitent des hommes blancs dans leurs villages pour
« prendre les choses en main » . Un observateur au
début des années 1840 écrivait : « L'indien de sang ne travaille que rarement lui-même, mais certains font travailler leurs esclaves.
15
Un esclave parmi les indiens sauvages est presque aussi libre que son propriétaire . » Frederick Douglass déclara en 1850 :
16
« L'esclave trouve plus du lait de la bonté humaine au sein de l'indien sauvage, que dans le cœur de son maître chrétien. »

Divisions liés à l'esclavage

Divisions internes

William Katz pensait que l'esclavage contribuait à briser l'unité entre les tribus du Sud-Est et installait une hiérarchie de classes basée
35
sur le « sang des blancs » .

Certains historiens pensent que la division de classes était davantage liée au fait que plusieurs chefs de clans acceptèrent des chefs
métis, qui étaient d'abord et avant tout issus de ces tribus, et que ceux-ci encourageaient l'assimilation ou les arrangements.

Divisions entre tribus

Les nations Chacta et Chichaca étaient également différentes des nations Cherokee, Creek et Séminole car ces tribus ont aboli
l'esclavage immédiatement après la fin de la guerre de Sécession alors que les Chichacas et les Chactas n'ont libéré tous leurs
15
esclaves qu'en 1866 .

Le Fugitive Slave Act


15
En 1850, la loi fédérale Fugitive Slave Act fut promulgée et elle divisa les Amérindiens . La juridiction des esclaves en fuite en
15
territoire indien était très discutable entre les Amérindiens et le gouvernement fédéral . Les Amérindiens y voyaient en effet un
15
outre-passement de leur juridiction ayant pour but d'étendre l'autorité fédérale .

Les relations avec les colons


Au XIXe siècle, les Européens d'Amérique commencèrent à émigrer à l'ouest de la zone côtière, et à empiéter sur les terres tribales. En
violant parfois des traités existants.

Les tribus frontalières, en contact plus étroit avec les commerçants et les colons, devenaient de plus en plus assimilées, souvent
dirigées par des chefs qui croyaient qu'il fallait changer pour s'adapter à la nouvelle société.

Certains chefs de famille de race mixte avaient des relations familiales avec des responsables colons. D'autres avaient été éduqués
dans les écoles occidentales et connaissaient leur langue et leur culture. Ils étaient les plus susceptibles de devenir esclavagistes et
adopter d'autres pratiques européennes.

Les autres Amérindiens, souvent situés à une certaine distance, continuaient leurs pratiques traditionnelles. Ces divisions culturelles
furent la cause de la guerre Creek (1812-1813), et d'autres tribus du Sud-Est subirent des tensions similaires.

Fin de l'esclavage parmi les amérindiens

La déportation des amérindiens


Avec l'augmentation de la pression pour la déportation des Amérindiens, les tensions s'exacerbèrent. Certains chefs crurent que leur
déportation était inévitable et voulaient négocier les meilleures conditions possibles pour préserver leurs lois tribales, comme le chef
chactas Greenwood LeFlore.
1
D'autres considérèrent qu'ils devaient s'opposer à la perte de leurs terres ancestrales . Par exemple, les membres du Cherokee Treaty
1
Party, qui croyaient que la déportation allait arriver,et négocièrent des cessions de terrains pour le restede la tribu .

Ce conflit fut transporté en Territoire indien, où les opposants assassinèrent certains des signataires du traité de cession de terres. Les
tensions parmi les Amrindiens du Sud-Est portaient plus sur le sujet de la terre et de l'assimilation plutôt que celui de l'esclavage. La
1
plupart des chefs convinrent que la résistance armée était vaine.

Les Cinq tribus civilisées prirent tous leurs esclaves afro-américains avec elles lors de leur déportation en Territoire indien
(correspondant à l'actuelOklahoma).

La guerre civile américaine


Des groupes traditionalistes, tels les Pin Indians et la Four Mothers Society inter-tribale, se sont ouvertement opposés à l'esclavage
36
pendant la guerre civile .

Les Cinq tribus civilisées s'allièrent auxconfédérés durant la guerre de Sécession, en partie parce qu'ils en voulaient au gouvernement
de les avoir contraints à quitter le Sud-Est.

Les confédérés laissèrent entendre qu'ils pourraient établir un État amérindien en cas de victoire, mais les colons avaient été les
premiers à soutenir la déportation des Amérindiens et cette promesse ne se concrétisa jamais.

Notes et références
(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en
anglais intitulé « Slavery among
Native Americans in the United States» (voir la liste des auteurs).
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Annexes

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d’Amérique: un
génocide tranquille
et presqu'achevé
Publié le 26/04/2012 à 18:42
Un jour d'avril 1973, un militant noir américain pour les droits civiques, Ray Robinson,
qui a longtemps suivi Martin Luther King, débarque à Wounded Knee, dans le Dakota
du Sud. Il souhaite apporter son soutien à la cause des "Native Americans", ainsi que
l'on nomme les Indiens aux Etats-Unis, qui manifestent contre les injustices dont ils
sont victimes dans le pays. Wounded Knee est un lieu emblématique et de sinistre
mémoire. C'est là, en effet, que furent massacrés et jetés dans une fosse commune entre
150 et 300 hommes, femmes et enfants au matin du 29 décembre 1890, par le 7ème
régiment de Cavalerie du Colonel James Forsyth. Sitôt arrivé dans ces lieux où résident
toujours une petite communauté indienne, Ray Robinson appelle sa femme qui lui
demande de rentrer à la maison, inquiète car elle sait que la situation sur place est
explosive. Elle ne le reverra jamais. Après avoir reçue l'annonce de la mort de son
époux, Cheryl n'a jamais pu savoir ce qui était arrivé à son mari ni où son corps avait
été enterré.

Voilà quelques jours, quarante ans plus tard, Cheryl a fait le voyage de Détroit à Sioux
City pour témoigner de son histoire. Le gouvernement américain refuse toujours de
communiquer sur le sort de son mari, officiellement parce que le cas est toujours en
cours d'investigation par le bureau du FBI de Minneapolis. A Wounded Knee, plus
personne ne se souvient de Ray Robinson. Une épisode parmi tant d'autres dans
l'histoire des militants de la cause des Indiens d'Amérique, qui n'a jamais bénéficié d'un
large soutien populaire et que beaucoup voudraientt voir s'éteindre.

Et de fait, cynisme et indifférence se conjuguent pour ensevelir année après année la


mémoire des peuples indiens presqu'entièrement anéantis en Amérique du Nord.

On ne va pas le nier, les Apaches, les Cheyennes, les Iroquois, les Sioux
ou les Esquimaux ne nous inspirent pas, la plupart du temps, un sentiment extrême
de culpabilité. Mais ce n'est rien comparé au pays du Western et de la Country. Pas plus
que le Jazz ou le Blues ne suscitent leur part de tristesse chez leurs amateurs et ne
réveillent chez eux les souvenirs tragiques des lynchages des Noirs,
ces genres populaires ne renvoient à la réalité d'un génocide toujours en cours dans
l'indifférence générale.
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06/05/2019 Indiens d’Amérique: un génocide tranquille et presqu'achevé | Marianne

Lorsqu'un Américain de l'Illinois souhaite acheter ses cigarettes à bas prix (un paquet
coûte ici actuellement 10 dollars), il prend la route du sud de l'Etat ou de l'Indiana
voisin, pour s'approvisionner dans l'un des territoires octroyés aux tribus indiennes
locales. Là, il paiera son paquet de cigarettes 4 dollars en moyenne. Dans un certain
nombre de ces tribus, qui sont des milliers à travers les Etats-Unis, on peut également
se procurer de l'alcool à bon marché, jouer au casino (dans 452 d'entre-elles) ou, si l'on
se sent possédé par le mal (ce qui est très en vogue), consulter un shaman. Il
est toujours très exotique de s'offrir une escapade dans ces drôles d'endroits. Pourtant,
l'Américain moyen ne s'y risque pas trop.

En effet, 2,1 millions de ces Indiens, soit l'écrasante majorité, vivent largement sous le
seuil de la pauvreté. La vision offerte par bien des campements tient purement
du bidonville. Et une fois passé ses limites, c'est un voyage en enfer qui commence.
L'alcoolisme y prend des proportions catastrophiques. Le chômage y bat
tous les records du pays. La maladie s'y propage et tue comme dans les pires zones
de la planète. Le suicide, celui des jeunes en particulier, crève le plafond des
statistiques. Les Indiens vivant à l'extérieur des tribus n'y reviennent eux-mêmes que
pour se faire soigner lorsqu’ils n'ont pas, chose courante, accès au système de santé
américain.

Anthony B. Bradley est Professeur de Théologie au King's College de New York et


Spécialiste des questions raciales aux Etats-Unis. « Si quiconque
pense que le gouvernement fédéral sait ce qui est bon pour les communautés locales,
explique t-il, il ferait bien de visiter une Réserve Indienne Américaine. Les Natifs
Americains [Indiens d'Amérique, NDA] sont aujourd'hui plongés dans le cauchemar
de la privation de soins et d'économie qui est la conséquence directe des problemes
crées par le Gouvernement lequel, en imposant des solutions censees résoudre les
problemes, rend ceux-ci bien pires en retirant aux communautées leur autonomie. »

Tel est le prix à payer pour les Indiens d'Amérique, afin de rester sur la terre de leurs
ancêtres, grâce aux concessions faites par le gouvernement fédéral. Pourtant,
les Etats abritant ces réserves n'ont de cesse de rogner ces droits et de tenter de
récupérer par tous les moyens ces espaces.

Pire, une certaine propagande laissant entendre que les Indiens d'Amérique auraient fait
le choix de vivre dans ces conditions a fort bien fonctionné dans l'esprit collectif. Or,
cela repose sur une contre-vérité historique.

En effet, peu rappellent le grand mouvement de délocalisation qui fut la


conséquence de l'Indian Removal Act [Loi sur le Retrait Indien, NDA] lequel, au
milieu du XIXe siecle, contraint les Indiens à délaisser leurs terres historiques au
gouvernement pour se concentrer dans les zones qui leur étaient réservées en échange.
En 1890, il était devenu interdit aux Indiens de sortir hors de leurs réserves afin de

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s'approvisionner en nourriture. Une étude du Professeur Jeffrey E.Holm,


de l'Université de Médecine du Nord Dakota, a mis en évidence que le changement
de régime alimentaire imposé durant des décennies aux tribus indiennes a engendré
une surmortalité aujourd'hui toujours existante, en raison des pathologies qu'elles
ont engendrées pour des peuples qui ne pouvaient plus se nourrir comme ils l'avaient
fait durant des millénaires.

En 2010, les Etats-Unis, dans la foulée du Canada, fut le dernier pays au monde à
ratifier la Déclaration des droits des Peuples indigènes aux Nations-Unies. Une des
rares concessions faites par un pays qui place souvent l'Histoire au dernier rang de ses
préoccupations, si ce n'est pour en offrir une version idéalisée. Mais en l'espèce, il
est impossible d'idéaliser la réalité sur laquelle s'est construite l'Amérique. En effet,
90% des tribus amérindiennes ont disparu à la suite de l'arrivée des Européens en
Amérique du Nord, la plus grande partie à cause des maladies, la partie restante par
les armes.

Mais ce n'est pas tant cette réalité historique qui rend ces jours-ci le rôle du Professeur
James Anaya complexe, en tant que Rapporteur spécial des Nations-Unies
sur les Peuples indigènes. Bien que, pour la première fois de leur histoire,
l'organisation se penche, du 23 avril au 4 mai, sur le sort des Indiens d'Amérique,
ce qui en soit est déjà un événement notable, c'est avant tout pour regarder en face
une réalité qui n'est pas celle du passé mais celle du présent.

Cette réalité concerne les 2,7 millions d'Indiens vivant actuellement sur le territoire des
Etats-Unis, et qui constitue l’un des cas de violation des droits de l'homme a grande
échelle le plus emblématique de toutes les nations développées.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes:

Les Indiens d'Amérique vivent en moyenne 6 ans de moins


que les autres Américains
Ils ont 770% de risques en plus de mourir d'alcoolisme
Ils ont 665% de risques en plus de mourir de Tuberculose
Ils ont 420% de risques en plus de mourir de Diabète
Ils ont 280% de risques en plus de mourir d'accidents
Ils ont 52% de risques en plus de mourir de Pneumonie et de Grippe

(Source: Commission des Etats-Unis sur les Droits Civils, 2004:8)


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Les Indiens d'Amérique se sont vus accorder la citoyenneté américaine en 1924. Mais
ils ont pour longtemps encore été exposes au même sort que les Noirs américains,
empêchés d'accéder à l'enseignement scolaire, victimes de la ségrégation.

Ce n'est qu'en 1969 qu'ils se sont organises, dans la foulée de la loi sur les Droits civils
des Indiens votée l'année précédente. C'est à cette époque qu'ils ont obtenu ce dont
les Américains blancs jouissaient depuis deux siècles: la liberté d'expression et
d'information, la protection contre les recherches et les arrestations arbitraires, le droit
d'engager un avocat pour se défendre, la protection contre les punitions inhumaines et
dégradantes, contre les cautions excessives, l'abolition de la peine systématique d'un an
d'emprisonnement ou de 5000 dollars d'amende quel que soit le délit commis, le
droit d'être jugé par un jury, et ainsi de suite.

Mais à l'heure actuelle, aucun Indien d'Amérique, citoyen des Etats-Unis, n'a accès à la
plénitude des droits des autres citoyens américains. Une réalité qui peut prendre des
aspects accablants pour l'Administration américaine. Ainsi, le 6 novembre 2008, le
Gouverneur du Dakota du Sud, Michael Rounds, décrète l'état d'urgence car son Etat
est recouvert par une épaisse couche de neige et de glace qui le paralyse. Mais les
réserves indiennes seront exclues du dispositif.

Mais le pire pour ces tribus à l'heure actuelle vient probablement de la pression des
Etats pour s'accaparer leurs terres. Les conflits sont nombreux à travers tout le pays. Ils
sont allumes sous divers motifs, comme la volonté du Gouverneur de New York, en
2007, d'étendre la taxation de l'Etat aux territoires de la Nation des Seneca, ce qui a
engendre une violente bagarre juridique. Et bien que les territoires laisses aux Indiens
soient pour la majorité pauvres en ressources et difficiles d'accès, leur contestation par
les Etats qui les abritent sont de plus en plus courantes.

Toutefois, la pente naturelle démographique et sociologique suivie par cette population


dont la Constitution américaine fait fi devrait se résoudre par le procédé le plus naturel
du monde dans les décennies qui viennent: l'extinction.

Lire le rapport de l'Organisation Survival

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Journal de la Société des
Américanistes

Aspects de l'esclavage des Indiens en Nouvelle-Espagne pendant


la première moitié du XVIe siècle
Jean-Pierre Berthe

Citer ce document / Cite this document :

Berthe Jean-Pierre. Aspects de l'esclavage des Indiens en Nouvelle-Espagne pendant la première moitié du XVIe siècle. In:
Journal de la Société des Américanistes. Tome 54 n°2, 1965. pp. 189-209;

doi : https://doi.org/10.3406/jsa.1965.1294

https://www.persee.fr/doc/jsa_0037-9174_1965_num_54_2_1294

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ASPECTS DE L'ESCLAVAGE DES INDIENS

EN NOUVELLE-ESPAGNE

PENDANT LA PREMIÈRE MOITIÉ

DU XVIe SIÈCLE

par Jean-Pierre BERTHE

L'histoire, de l'esclavage des Indiens du Mexique pendant la première


moitié du xvie siècle a fait l'objet d'une bibliographie relativement abondante :
ce qui ne signifie pas qu'elle réponde à toutes nos curiosités, ni que le dossier
de nos connaissances ne puisse être enrichi de documents nouveaux,
notamment dans son aspect économique et social.
Plus que toute autre, on le sait, la colonisation espagnole a cherché à se
fonder en doctrine. Les Espagnols se sont ainsi posé le problème de la
légitimité de l'esclavage indigène, comme celui de la justification des guerres
de conquête ou de la perpétuité de Vencomienda. La question de l'esclavage
a ainsi donné lieu à de violentes controverses juridiques et théologiques,
auxquelles prirent part le P. Las Casas, Vasco de Quiroga, Juan Ginés de
Sepulveda, le P. Motolinia et bien d'autres1. Leur écho soulève encore aujour-

1. L'étude de ce problème dépasse le cadre de cet article. Nous rappelons seulement


ici quelques travaux importants.
Pour une vue d'ensemble de la question, on peut se reporter au livre déjà ancien de
José Antonio Saco. Historici de la Esclavitud de los Indios en el Nuevo Mundo, édition
de Fernando Ortiz, 2 vol. La Havane, 1932, ainsi qu'à l'article de Richard Konetzkk ;
La Esclavitud de los indios corrw elr.nienlo c/i lu estrurturaciàn social de FI ispanoainérica.
Estudios de Hislnria social de. Es pana, Í, pp. 441-479. Madrid 1949, et au résumé de
Jacques Lafaye, l'Eglise el l'esclavage des Indiens, de 1537 à 1708. Travaux de l'Insti-
190 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES

d'hui de véritables passions : c'est que les problèmes moraux que la


colonisation de l'Amérique a posés à l'Espagne n'ont pas fini, après plus de quatre
siècles, d'émouvoir la conscience moderne2.
Aussi l'histoire de l'esclavage a-t-elle été d'abord traitée comme un des
aspects de la « philosophie de la conquête » et les principales recherches ont-
elles porté sur l'évolution juridique de l'esclavage, dans la législation encore
mouvante que la Couronne de Castille s'efforçait d'établir pour ses nouveaux
royaumes des Indes occidentales : non sans hésitations ni repentirs, partagée
qu'elle était entre la pression des intérêts des colons et les plaidoyers
passionnés des missionnaires.
Dans ce domaine, les travaux les plus importants sont dus, pour la Nou-
veJle-Espagne, à Silvio Zavála, qui a publié, outre plusieurs articles sur des
points particuliers, l'exposé d'ensemble le plus complet dont nous
disposions3.

tut d'Etudes Latino-Américaines de l'Université de Strasbourg (TILAS V), 1965, pp


91-101.
Sur les polémiques du xvie siècle, on peut consulter les ouvrages de Lewis Hanke et
plus particulièrement son livre récent sur le débat Las Casas-Sepulveda Aristotle and
the American Indians. Londres 1959.

:
L'œuvre entière de Las Casas est un réquisitoire contre V encomienda et l'esclavage.
On peut lire son « Tralndo sobre la esclavitud », imprimé à Seville en 1552. Las Casas
y reprend, sous une forme particulièrement percutante, l'essentiel de ses arguments
contre l'esclavage. Il est accessible dans deux éditions récentes : la première, dans un
texte allégé des citations bibliques, patristiques et juridiques, a paru dans les morceaux
choisis de Las Casas publiés à Mexico sous le titre de «■ Doctrina ». Mexico. Riblioteca
del Estudiante Universitario, 2e édition, 1951. Texte complet dans Las Casas, Obras
Escngidas. Vol. V, Madrid 1958.
Le mémoire de Don Vasco de Quiroga, auditeur de Mexico, puis évêque du Michoacan
Injormacibn en Derrxho al Consejo de Tndias », de 1535, est un des textes
fondamentaux sur l'esclavage des Indiens. Publication dans la « Colección de. Documentes Inéditos
...de Indias » (Tome X, pp. 333-513), et réimpression par Rafael Aghayo Spencer. Don
Yasco de Quiroga. Documentes... Mexico, 1940.
Le P. Motolinia (Fray Toribio de Benavente) a répondu à Las Casas dans sa célèbre
« Caria al Emperador », du 2 janvier 1555. Nombreuses éditions ; parmi les plus récentes,
celle de Mexico, 1949. Motolinia donne de la condition des esclaves une peinture
assurément trop optimiste, qui contredit ce qu'il écrivait lui-même de l'esclavage en 1540
dans son « Historia de los Indios ».
2. La dernière biographie de Las Casas est celle de Ramon Menexdez Pidal. El Padre
Las Casas. Su doble persnnalidad. Madrid, 1963. Elle a suscité de très vives critiques
de Lewis Hanke. More Heat and some Light on the Spanish Struggle (or Justice in the.
Conquest of America. Hispanic American Historial Review, XLIV, pp. 293-340, et de
Manuel Gimenez Fernandez. Sobre Burtolomé de Las Casas. Anales de la Universidad
Hispalense, vol. XXIV. (Il en existe un tirage à part : Seville, 19H4, 61 p.)
3. Silvio Zavála. Ensoxjos sobre la colonizacion espaňola e.n America. Buenos Aires.
1944. L'esclavage y est étudié dans les chapitres V et VI, pp. 92-122.
ASPECTS DE L'ESCLAVAGE DES INDIENS EN NOUVELLE-ESPAGNE 191

11 resterait toutefois, pour mieux comprendre la signification de l'esclavage


indigène, à pousser plus loin les études comparatives, en tenant compte de
travaux récents. Comme tant d'autres institutions castillanes transplantées
en Amérique, l'esclavage doit être rapproché de ses précédents médiévaux,
éclairés par les recherches d'ensemble de Charles Verlinden4, ainsi que des
aspects qu'il a présentés dans l'Espagne des temps modernes5. En Amérique
même, l'esclavage des Indiens, s'il semble avoir existé partout à des degrés
très divers, a cependant revêtu des formes extrêmement variées selon les
régions, les époques et les structures de la société coloniale où il avait pris
place6. En dépit du travail déjà accompli, nous avons encore beaucoup à
apprendre sur les réalités concrètes de l'esclavage, sur la place qu'il a tenue
dans la première économie coloniale, ainsi que sur le rôle qu'il a pu jouer
dans la destruction des sociétés indigènes traditionnelles. C'est sur ces
différents points que nous voudrions apporter, pour la Nouvelle-Espagne, quelques
précisions supplémentaires.

Dans les années qui ont suivi la conquête du Mexique, la vie économique
de la Nouvelle-Espagne a reposé principalement sur le travail de la masse
indienne, dont l'exploitation avait été rendue possible par l'institution de
Yencomiendn et la pratique de l'esclavage.
L' encomienda a permis aux premiers colonisateurs de disposer des multiples
prestations dues par les Indiens au Litre du tribut : poudre d'or, produits
agricoles divers, étoiles de coton (manias), ainsi que du travail gratuit des
Indios de servicio. Elle a ainsi constitué le premier facteur d'accumulation
du capital dans l'économie coloniale naissante et il n'est guère d'entreprise

Du même auteur : Los esclavos indios en. Nueva Espana. Homenaje al Doctor Alfonso
Caso. Mexico, 1951, pp. 427-440.
— У uno de Guzmán г/ la csclavitud de l<>s indios. Historia Mexičana, Vol. I, n° 3,
janvier-mars 1952, pp. 411-428 ;
— Los esclavos indios en cl Nořte de Mexico, dans le recueil « El Sorte de Mexico i/ el Sur
de Eslados t.'nidos », Mexico 1944.
4. Charles Verlinden. L'esclavage dans l'Europe médiévale. Tome Г. Péninsule
ibérique. France, Bruges, 1955, 930 p.
5. Vicenta Cortes Alonso. La esciavitud en Valencia durante el reinado de los Reyes
Católicos (1179-1516). Valence, 1964.
Antonio Dominguez Ortiz. La esciavitud en Castillu durante la Edad moderna.
Madrid, 1952.
6. Sur l'esclavage indigène au Pérou, voir l'article récent de Marie Helmer. Notes
sur les esclaves indiens au Pérou fxvie siècle). TILAS V, pp. 83-90. Strasbourg 1965,
ainsi que quelques indications dans le livre de Rolando Mellafk. La introduction de
la esciavitud negra, en Chile. Santiago, 1959.
192 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES

agricole on minière de quelque importance à laquelle on ne la trouve


associée7.
L'esclavage des Indiens est le complément de Vencomienda sur le plan
économique. Il fournit en effet une main-d'œuvre abondante, longtemps
peu coûteuse et facile à déplacer au hasard des découvertes de gisements
miniers. Elle était d'autant plus nécessaire que les esclaves noirs étaient
rares et hors de prix et qu'il était interdit d'utiliser dans les mines le travail
des Indiens d'encomienda.
Encore fallait-il pouvoir se procurer les esclaves en nombre suffisant. Le
premier moyen ne fut autre que la guerre : les instructions adressées à Gortés
par la Couronne, le 26 juin 1523, légitimaient a posteriori l'esclavage des
prisonniers de guerre capturés parmi les populations qui avaient refusé de
se soumettre ou qui s'étaient soulevées contre la domination espagnole.
Bien des raids (entradas) en terre insoumise ou prétendue telle n'ont souvent
d'autre mobile que de rafler des captifs.
L'autre source d'approvisionnement en esclaves est le rescate, tel que
l'autorise une cédule royale du 15 octobre 1522, publiée à Mexico le 10 juillet
15248, c'est-à-dire par le troc et l'achat. L'esclavage n'était pas inconnu,
en effet, du Mexique précolombien9 : il est vrai que ses fondements juridiques,
comme la situation concrète que la société préhispanique faisait à l'esclave,
ne présentaient que de lointains rapports avec l'institution servile telle que
la connaissait l'Europe méditerranéenne au xvie siècle. Après la conquête,
tout Espagnol pourvu des licences nécessaires, qui semblent bien avoir été
accordées sans parcimonie, pouvait acquérir sur les marchés indigènes des
esclaves « de ceux que les Indiens tiennent pour esclaves et traitent comme
tels... ». Les esclaves de droit autochtone devenaient ainsi esclaves au regard
du système juridique européen de tradition romaine : il en résultait une
aggravation catastrophique de leur condition. Il n'y avait pas en effet de
commune mesure entre la servitude domestique assez légère qu'ils
connaissaient dans leurs communautés d'origine et le sort qui devenait le leur, lorsque,
marqués au visage du fer rouge de l'esclavage, ils étaient soumis à la dure
exploitation du travail dans les mines.

7. Sur ce sujet, l'article pionnier de José Miranda. La funciôn econômica del enco-
mendero m los origines del regimen colonial (1525-1531). Annies del Institute Nacionál
de Antropología e Historia. Vol. II (1941-46). Mexico 1947, pp. 421-462 et son livre « El
Tributo indlge.na en la Nueva Es pana durante el siglo XV I », Mexico, 1952.
Etude de deux cas concrets : Jean-Pierre Bekthe. Las Minas de oro del Marqués del
Valle en Tehuantepec (1540-1547). Historia Mexičana, VIII, I. Juillet-septembre 1958,
pp. 122-131, et « El cultiva del pastel en Nueva Espana. Historia Mexičana, IX, 3.
Janvier-mars 1960, pp. 340-367.
8. Traducciôn paleogrâfica del Primer libro de. Adas de. Cabildo. Mexico 1871, pp.
201-203.
9. Carlos Bosch Garcia. La esclavitud prehispânica entre les aztecas. Mexico, 1944,
117 p.
ASPECTS DE L'ESCLAVAGE DES INDIENS EN NOUVELLE-ESPAGNE 193

Par une extension du système du rescate, Г encomienda elle-même, du moins


jusque vers 1530, est aussi pourvoyeuse d'esclaves. Ils figurent en effet parmi
les produits fournis en nature au titre du tribut. Cortés tirait ainsi de Toluca,
vers 1529. une soixantaine d'esclaves par an ; Nufio de Guzmán et les membres
de la Première Audience, qui usurpèrent ses droits, en 1529 et 1530, sur
Huejotzingo et Uchichila, se firent livrer en deux ans 300 et 200 esclaves
par ces deux communautés respectivement. C'étaient parfois les exigences
des encomenderos en marchandises précieuses qui obligeaient les caciques à
mettre en vente des esclaves : ainsi, vers 1529, les Indiens de Huejotzingo,
pour satisfaire aux exactions de Nuňo de Guzmán, vendent-ils vingt esclaves,
huit hommes et douze femmes. Un dessin de la Ilarkness Collection nous
a conservé l'image de leur lamentable cortège, collier de bois au cou. Les
acheteurs étaient des Indiens commerçants, qui les payèrent en or et en
plumes vertes (sans doute des plumes de quetzal) ; selon toute vraisemblance,
ils les revendirent à des Espagnols en quête de main-d'œuvre. L'esclavage
paraît ainsi avoir donné lieu, au sein même de la société indigène, à un trafic
bien établi. Toutes ces pratiques — rescate et acquisitions d'esclaves au titre
du tribut — se prêtaient à de multiples excès de la part des Espagnols et
des caciques indigènes. Les plus graves consistaient à faire marquer comme
esclaves des Indiens de condition libre et à transformer en esclaves de fait
les indios de servicio des encomiendas. Une provision royale signée à Grenade
le 9 novembre 1526 s'efforçait d'imposer au rescate des limites juridiques
plus strictes : il est douteux qu'elle ait été suivie d'effet10.
Sommes-nous en mesure d'évaluer avec quelque sûreté le nombre des
Indiens qui se trouvèrent soumis à l'esclavage du fait de la guerre et du
rescate ? Ce problème est depuis longtemps au cœur des polémiques sur les
effets de la conquête. Pour Las Casas, c'est plus de trois millions d'Indiens
que les Espagnols ont réduits en esclavage en Nouvelle-Espagne, en Amérique
centrale et au Venezuela11. Contre lui, Motolinia soutient que le nombre des
esclaves n'a pas dépassé 100 000, au maximum 200 000, dans les différentes
provinces de Nouvelle-Espagne12. Ni l'un ni l'autre ne citent de sources à

10. Sur les esclaves de rescate, Zavála. Nuňo de Guzmán... avec la reproduction (p. 421)
ria dessin représentant les esclaves vendus par les Indiens de Iluejotzingo.
Zavála transcrit, d'après Saco, une licence pour le rescate de 50 esclaves et mentionne
des livraisons d'esclaves au titre du tribut. On en trouvera d'autres dans Miranda. El
tribute... pp. 25t>-257.
Contre le principe même de l'esclavage de rescate, Vasco de Quiroga a écrit des pages
admirables dans son <• ínformación en der echo », op. cit. Elles sont reproduites dans
« Humanista s del sight XVI». Mexico, 1946, pp. 76-81.
Sur les indios mercaderes pratiquant le trafic des esclaves, texte de Bernai Diaz del
Castillo, cité par Zavála. Los esclaves indios... pp. 434-435.
La provision royale du 9 novembre 1526, Primer libro de Actas de Cabildo, édit. citée,
pp. 210-211.
11. Las Casas. Trafado sobre la r.sclavitud, dans Doctrina, p. 93.
12. Motolinia. Carta al Emperador, édit. cit., p. 92.
194 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES

l'appui de leurs affirmations13. Les comptes des trésoriers de Nouvelle-Espagne


enregistrent en principe le nombre des captifs de guerre, sur lesquels la
Couronne prélevait le quinto : encore faudrait-il avoir la certitude que toutes
les prises figurent dans leurs livres, ce dont nous avons de fortes raisons de
douter14. Mais il importe surtout de souligner qu'aucun droit n'était perçu
sur les esclaves de rescate, considérés comme le fruit d'échanges
commerciaux et non comme le produit d'un butin de guerre, et qu'ils échappent
ainsi à toute forme de statistique.
En ce qui concerne les esclaves « de guerrn », nous disposons d'un résumé
des comptes du trésorier Juan de Alderete pour la période du 1er janvier
1521 au 17 mai 1522. La vente des esclaves capturés pendant ce laps de temps
« en la provincia de Aculuacan e cibdad de Tezcuc.o y en las otras provincias
de Mexico e Temiztican » avait produit 26 986 pesos 4 tommes 6 granos,
dont le quinto, soit 5397 pesos 2 tomines 6 granos, revenait au trésor royal.
A quoi s'ajoutaient 3146 pesos, valeur du quinto des esclaves pris en 1520
dans la province de Tepeaca et vendus sans doute l'année suivante. Le
document ne donne pas le nombre des esclaves, que l'on peut cependant essayer
d'évaluer d'après le montant des ventes. Si l'on admet que le prix de vente
est de 2 pesos par tête, on arrive, pour le premier groupe, à un total de 13 500
esclaves environ ; pour le deuxième, à 1573 esclaves de quinto, correspondant
à un total de 7865, soit 8000 en chiffres ronds. Nos calculs comportent une
sérieuse marge d'incertitude, mais la méthode choisie devrait nous faire
pécher par défaut plutôt que par excès. Si l'on accepte d'aufre part qu'un
certain nombre de prises ont dû échapper au paiement du quinto, on admettra
que les chiffres auxquels nous parvenons représentent des quantités
importantes15.
Les comptes d'Alderete correspondent au siège et à la prise de Tenoch-
titlán et à l'occupation de la zone centrale du plateau mexicain. Encore
n'enregistrent-ils pas le résultat de toutes les conquêtes de la même période :
en 1529, un des successeurs d'Alderete, Alonso de Estrada, encaissait encore

13. Motolima déclare pourtant qu'il a consulté des gens d'expérience.


14. L'importance de cette source est signalée par Motolima, lor. cil. Mais il ne
précise pas qu'il s'agit seulement des esclaves de r/uerra.
15. Cuentas del Tesorero Juan de Alderete. Vrchivo General de indias (AGI) Seville.
Contaduria 657, I. La somme de 2H986 pesos correspond aux ventes '< de esclavos y otras
cosas que se obieron en la guerra » : les métaux précieux, le cacao et le coton étant
comptés à part, on peut admettre que les esclaves représentent à peu de chose près la
totalité des ventes.
Les références directes manquent pour les prix en 1521-22. Les prix de vente aux
enchères pratiqués en 1528-29 sont de 2 à 3 pesos de oro comûn, à 300 ou 305 maravédis
le peso, soit de 600 à 900 maravédis par tête. On peut raisonnablement supposer qu'en
1521-22 les prix n'ont pas dépassé 900 maravédis, c'est-à-dire 2 pesos d'or fin par tête
(à 450 maravédis le peso), compte tenu de la quantité d'esclaves qui a dû être jetée sur
le marché. Les prix mentionnés dans les actes notariés de Mexico pour 1527 et 1528 sont
ASPECTS DE L ESCLAVAGE DES INDIENS EN NOUVELLE-ESPAGNE 195

372 pesos pour le quinto d'un certain nombre d'esclaves provenant de Tutu-
tépec ; à 2 pesos chacun, la vente porterait sur 188 esclaves du quinto,
correspondant à un groupe de 940 esclaves, qui ne représentent sans doute
qu'une partie des captifs ramenés en 1521 et 1522 de la conquête des provinces
méridionales d'Oaxaca et de Tututépec16.
Pour les périodes postérieures, les livres des trésoriers de Nouvelle-Espagne,
tels qu'ils nous sont parvenus, ne comportent pas de relevé systématique
du quinto des esclaves. Dans les expéditions lointaines, les intérêts de la
Couronne étaient parfois représentés par un veedur, ou contrôleur, qui ne
rendait ses comptes que plus tard. A Mexico même, l'administration
financière s'était très vite alourdie et compliquée : la vente des marchandises
provenant du tribut et du quinto était assurée par un des officiers des finances,
le factor, qui tenait ses livres particuliers, indépendamment du trésorier17.
Toutefois, un cahier des comptes du trésorier Alonso de Estrada mentionne
un certain nombre de recettes au titre du quinto des esclaves : mais il s'agit
évidemment d'encaissements partiels ou de liquidations de comptes
antérieurs18. On peut en déduire la statistique suivante, qui ne concerne que
des sommes partielles, la date étant celle de la capture des esclaves :
1524 3025 esclaves 1528 2655 esclaves
1527 225 esclaves 1529 2155 esclaves
Ces esclaves provenaient de diverses régions du Mexique : province de
Pánuco, de Tututépec, de los Yopes ; Zacatlán, Coatzacoalcos, etc..
A ces éléments statistiques malheureusement incomplets, on peut ajouter
les renseignements fournis par les sources narratives. Dès avant la prise de
Mexico, Cortés et ses lieutenants avaient condamné à l'esclavage, pour
rébellion, de nombreux Indiens de Cholula, Texcoco, Cuernavaca, Oaxtépec, etc..
Il n'est guère possible d'en fixer le nombre exact, mais les dépositions des
témoins s'accordent à l'évaluer à plusieurs milliers1". Il faut y ajouter le

un peu plus élevés en moyenne : mais il s'agit de transactions entre particuliers et non
rie ventes aux enchères publiques, et les esclaves destinés au travail des mines sont
généralement vendus avec leur outillage individuel, dont le prix tient compte.
On peut ainsi considérer que le prix que nous adoptons comme base pour 1521-22 est
un prix élevé : notre calcul du nombre des esclaves aboutit donc à une évaluation
minimale. Un abaissement même faible du prix unitaire relèverait sensiblement les totaux.
16. AGI. Contaduria. 657-3.
17. Par exemple, AGI. Contaduna 658, 6G2, ( > 7 6 . Il ne nous a pas été possible de les
étudier.
18. AGI. Contaduria, 657-3. cahier 7. On y trouve quelques prix : en janvier 1528,
vente de 28 esclaves de Zacatlan, pour 58 pesos de oro cnmun ; en 1529, vente de ПУЛ
esclaves < chicos e grandes que se obieron... en la conquista de los Yopalzingos el aiïo
de 1528 ». pour 500 pesos de oro cnmún.
19. Zavála. Los esclaves indios... p. 428-429 résume ces dépositions d'après le procès
de résidence de Gortés. Elles émanent d'adversaires du conquérant, mais les faits eux-
196 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTKS

butin des expéditions qui, aussitôt après la chute de la capitale aztèque,


réalisèrent en quelques années la soumission d'un territoire immense, du
Rio Pánuco au Guatemala20. Pour certaines de ces régions, nos
renseignements sont un peu plus précis. La province de Pánuco lut littéralement
ravagée par la traite systématique des esclaves indiens. Dans cette région
dépourvue de ressources minières, les esclaves représentaient la seule richesse
facilement mobilisable. Dès avant 1528, les Espagnols de la ville de Santis-
teban del Puerto en expédiaient, semble-t-il, en direction de Mexico, et aussi
vers les Antilles qui manquaient de main-d'œuvre par suite de la
quasi-disparition de la population autochtone21. Nuňo de Guzmán, gouverneur de
Pánuco à partir de 1528, développa très largement ce trafic : en une année,
il expédia vers les Antilles au moins 10 000 esclaves. On les échangeait contre
les marchandises importées, notamment du bétail, dont la province, comme
toute la Nouvelle-Espagne, était alors fort dépourvue : Nuňo de Guzmán se
faisait gloire d'avoir ainsi fait baisser de 100 à 15 esclaves la valeur de troc
d'un cheval22.
Les provinces de Jalisco, Tépic et Chiametla, dans l'ouest du Mexique,
connurent un sort tout aussi tragique. Dans une expédition restée célèbre

mêmes sont attestés par d'autres sources (lettres de Gortés lui-même. Bernai Diaz del
Castillo).
20. Zavála. Los eselavos indíos... p. 430, pour les expéditions d'Alvarado. Citons en
outre, d'après AGI. Contaduna 657-3, un raid de Bernardino Vazquez de Tapia, en 1524 ;
la entrada d'Alonso de Mendoza « en la provincia de Tanehipa que es cabe Panuco » en
1527 ; « la conquista de los Yopalzingos », en 1528, ainsi que les prises faites dans la
province de Chiapas de janvier 1528 à avril 1530.
21. On a parfois contesté l'existence de ce trafic pour la période antérieure au
gouvernement de Nuňo de Guzmán : voir en particulier, Manuel Toussaint. La conquista
de Pánuco, Mexico, 1948, p. 119. Relevons pourtant que divers témoignages évoquent
le rôle que jouait dans ce commerce Alonso de Mendoza (document cité par Zavála. Nuno
de Guzmán... p. 419) : or, nous retrouvons ce même personnage dans les comptes du
trésorier Estrada, c'est lui qui expédie à Mexico 200 esclaves capturés précisément dans
la province de Panuco.
La municipalité de Mexico interdisait le 31 août 1526 toute exportation d'esclaves
hors de la Nouvelle-Espagne ; ce qui semble bien témoigner de la réalité de cette
pratique. Primer libro de Adas de Cabildo, p. 92.
22. La documentation concernant les activités esclavagistes de Nuno de Guzmàn est
résumée et analysée dans l'article déjà cité de Zavála. Elle est publiée, pour l'essentiel,
dans Francisco del Paso y Troncoso. Epistolario de Nueva Espaha. Mexico, 1939-1942,
10 vol. notamment 1, document 78 ; XIV, Doc. 839.
L'estimation numérique de Fray Juan de Zumárraga est parfaitement acceptable.
Rile s'appuie en effet sur des précisions peu fréquentes en semblable matière : sa lettre
du 27 août 1529, adressée à Charles-Quint (reproduite en partie par Zavála, art. cit.,
p. 413) donne la liste des 21 navires qui ont chargé les, esclaves et jusqu'au nom de leurs
propriétaires et des marchands intéressés. Ses affirmations sont confirmées par un
rapport de Jeronimo Lopez, peu suspect de sympathie en faveur des religieux.
ASPECTS DE L'ESCLAVAGE DES INDIENS EN NOUVELLE-ESPAGNE 197

pour les horreurs qui raccompagnèrent, Nuilo de Guzmán les mit à Jeu et
à sang, en 1530 et 1531. Un de ses lieutenants, Gonzalo López, captura par
traîtrise et réduisit en esclavage plus de 3000 Indiens des villages d'Ahua-
catlán et de Zacualpa, pourtant pacifiés23. C'est à 4560 personnes, hommes,
femmes et enfants, que Las Casas, pour une t'ois précis, et probablement
en connaissance de cause, fixe le nombre des Indiens du Jalisco marqués
comme esclaves24. La même région subit encore dix ans plus tard une
nouvelle saignée peut-être plus forte : le vice-roi Antonio de Mendoza y réprima
avec une extrême dureté, en 1541, un soulèvement général des Indiens.
Plusieurs milliers d'indigènes pris en combattant furent marqués comme esclaves,
en vertu d'une proclamation officielle du 31 mai 1541, et distribués aux soldats
et aux colons, ou vendus au profit du trésor royal25.
Ces indications chiffrées, nombreuses mais toujours fragmentaires, ne
suffisent évidemment pas pour étayer des évaluations d'ordre général. Elles
renforcent cependant la thèse suivant laquelle l'esclavage a très largement
et très profondément atteint les populations indigènes du Mexique et de
l'Amérique centrale, entre 1520 et 1540. Il ne s'agit pas de départager Las
Casas et Motolinia. Mais les chiffres que ce dernier met en avant dans ses
écrits de 1555 paraissent beaucoup trop faibles, d'autant plus qu'ils devraient
couvrir une période d'une trentaine d'années. Ils s'accordent fort mal, de
plus, avec la description que le même Motolinia donnait vers 1540 de la
« huitième plaie » de la Nouvelle-Espagne, et avec révocation des « grands
troupeaux d'esclaves » qui « de toutes parts entraient à Mexico »26. Les
évaluations de Motolinia ne paraissent pas tenir compte des effets de l'esclavage
dans les provinces d'Amérique centrale et sur la côte de Terre Ferme, ni
de la diffusion et de la persistance, légale ou non, de la pratique du rescate2"7.

23. Sur la conquête de la Nouvelle-Galice, divers documents dans Epistolario de Nueua


Espana, II : particulièrement la lettre de Nuno de Guzman à l'Impératrice régente, du
12 juin 1532. Doc. 109. C'est un plaidoyer en faveur de l'esclavage, et une protestation
contre la cédule royale du 2 août 1530.
Divers témoignages sur l'expédition de Nouvelle-Galice, publiée par Joaqum Gakcia
Icazbalceta. Colecclôn de Documentas para la Historia de Mexico. Tome II, liStifi,
ont été réimprimés récemment par Manuel Carreha Stampa. Memoria de los servie i os
que habiu hecho Xuňo de Guzman. Mexico, 1955. Les plus importants sont la « Cuarta
Relation anônima... » et la « Relaciàn de Garcia del l'ilar ».
24. Las Casas. Tratado sobre lu esclavitud. in « Doctrina », p. 103.
25. Ciriaco Perez Bustamante. Don Antonio de. Mendoza, primer uirrey de la Nueva
Espana.. Santiago de Compostela. 192S, chap. VII, pp. 73-85 et documents annexes IX,
X, XI, pp. 152-171.
26. Motolinta. Historia de los Indios, édition de 1941, Mexico, p. 2(>. Le même texte
dans les Memoriales. Paris-Madrid. 1У03, pp. 25-2H.
« Fué Lanta la prisa que en los primeros arïos dieron en hacer esclavos que de todas
partes entraban en Mexico grandes manadas eomo de ovejas... «
27. Voir Saco : op. cit., II, pp. 147-203.
Autres exemples dans J.A. Vii.lacorta. Prehistoria e. Historia antigua de Guatemala.
198 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES

II faut dire nettement que la documentation dont nous disposons ne


permet pas d'établir avec quelque certitude le nombre des Indiens réduits en
esclavage, mais aussi que tout indique qu'il a dû être très élevé. Même s'il
est impossible de confirmer statistiquement les estimations de Las Casas, il
faut reconnaître qu'elles rendent mieux compte que celles de Motolinia des
effets de l'esclavage sur les sociétés indigènes.
Les conséquences démographiques de l'esclavage sont en effet de très
grande portée. Pour chaque esclave capturé dans une expédition de conquête,
combien d'Indiens massacrés, de villages brûlés, de récoltes détruites ! Nous
savons par exemple que le raid de Gonzalo López entraîna une véritable
hécatombe d'enfants28. Qu'il fût de guerre ou de rescale, l'esclavage privait
les communautés indigènes des éléments les plus vigoureux de leur
population active ; il diminuait ainsi la faculté de renouvellement démographique
du groupe, ainsi que sa force de production, quand il n'entraînait pas
l'abandon prolongé de tout un terroir par des populations terrorisées, comme ce
fut parfois le cas dans les provinces de Pánuco et de Jalisco.
Les esclaves eux-mêmes étaient soumis, surtout dans les mines, à une
exploitation sans ménagements : ils résistaient d'autant moins à un tel
régime qu'ils étaient arrachés à leur milieu d'origine. Au dépaysement
géographique meurtrier — beaucoup d'Indiens des plateaux ne survivaient pas à
quelques mois de travail dans les terres basses de Zacatula — s'ajoutaient
les effets de la rupture avec leur univers social et culturel. Quelques listes
d'esclaves révèlent à cet égard la gravité de ce double déracinement. Les
mines d'argent de Gortés à Sultépec (à 80 km environ au sud-ouest de Mexico)
disposaient en 1538 de 88 esclaves indiens : les seuls dont l'origine est indiquée
sont six xaliscos, c'est-à-dire des indigènes des provinces de l'ouest. En
1540, une de ces mines emploie 50 esclaves, dont 17 originaires du
Guatemala. En 1543, dans les mêmes exploitations, nous retrouvons, avec 19 gua-
temala, cinq chontales, provenant du sud du Mexique29. Aux mines de
Taxco, en 1549, les 115 esclaves indiens du deuxième marquis del Valle, le
fils de Cortés, appartiennent à une dizaine au moins de régions du Mexique,
dont chacune possède son originalité linguistique et religieuse : Guatemala,
Tututépec, Colima, Pánuco, Zacatlán, Tlaxcala, Cholula, Mexico, Texcoco etc..
Sur les 35 ménages que l'on peut recenser parmi eux, treize seulement réu-

Guatemala, 1938, pp. 391, 393-394.


En novembre 1550, les Espagnols de la ville de Panama possédaient un total de 821
esclaves : 272 provenaient de Cubagua, 158 du Nicaragua, 1.8 du Guatemala, 5 du
Honduras. La plupart des autres étaient originaires de la Tierra Firme, mais il y avait aussi
51 esclaves du Pérou et 7 de la Nouvelle-Espagne : la variété des origines permet de
mesurer l'ampleur des trafics auxquels donnait lieu l'esclavage. Simpson. Studies in the
Administration of the Indians in New Spain. IV, p. 37. Berkeley, 1940.
28. Cuarla Relation... edit, cit., p. 113.
29. Archivo General de la Nación. Mexico. Hospital de Jesus. (AGN, Hosp. Jes.) 394-
7 ; 387-10 ; 257-12.
ASPECTS DE L ESCLAVAGE DES INDIENS EN NOUVELLE-ESPAGNE 199

nissent des Indiens de même origine (dont huit couples de Tututépec) ; les
22 autres mariages représentent une sorte de métissage à l'intérieur même
de la société indigène. Encore faudrait-il tenir compte du fait que ces 115
Indiens, parmi lesquels il y avait une majorité de femmes (65 pour 50 hommes
seulement), cohabitaient avec un groupe d'esclaves noirs à forte
prédominance masculine : huit hommes pour une femme. Il serait surprenant que
ce double déséquilibre soit resté sans conséquences sur le plan du
métissage indo-africain30. La liste des esclaves travaillant en 1549 dans les domaines
agricoles du marquis del Valle à Cuernavaca n'offre pas moins de variété :
les nègres y sont au nombre de 130 ; les 193 esclaves indiens proviennent
des provinces déjà mentionnées dans l'inventaire de Taxco, ainsi que de
celles de Yanhuitlán et de Coatzacoalcos31.
Un tel brassage, renouvelé pendant plus d'un quart de siècle sur des
centaines de cas, ne pouvait pas ne pas agir comme un facteur de dissociation
des structures sociales traditionnelles.
Dans un des poèmes inspirés par la chute de Tenochtitlán, le plus
émouvant peut-être des témoignages que nous aient laissés les vaincus, l'esclavage
est bien ressenti comme le symbole de la défaite et de la destruction d'une
civilisation32 : tout indique qu'il l'a été en effet.

Jusque vers 1550, la société coloniale dans son ensemble — à l'exception


des religieux et de quelques rares officiers royaux — s'est montrée très attachée
au maintien de l'esclavage indigène. C'est que ses activités économiques les
plus profitables en ont longtemps dépendu, à un point tel que la suppression
de l'esclavage lui paraissait mettre en question son existence même. La
Nouvelle-Espagne ne pouvait se passer des marchandises importées d'Europe :
étoffes, outillage, vins, huile, etc.. Pour les payer, elle ne disposait que de
quelques produits dont la valeur fût assez élevée sous un faible volume pour
amortir le coût très considérable des transports : le sucre, la cochenille, et
surtout Les métaux précieux. On ne soulignera jamais assez à quel point
l'extraction de l'or et, après 1530, l'exploitation des premières mines d'argent,
reposaient sur le travail servile. Compte tenu du très bas niveau technique
des entreprises minières, le volume de la production était en raison directe
de la quantité de main-d'œuvre employée. Les « mines d'or » ne sont guère

30. Inventaire des mines de Taxco, 1549. AGN. Hosp. Jes. 129-4, fol. 1000-1007.
31. Documentas Inédites relatives a Hernán (Portés y su familia. Mexico, 1935.
Inventaire des biens de (Portés en 1549, pp. 225-298.
32. Manuscrit anonyme de Tlateiolco, 1528. Vision de los Vencidos. 3e édition. Mexico,
1963, pp. 166-167. « On nous mit à prix ; on mit à prix le jeune homme et le prêtre ;
l'enfant et la jeune fille. H suffit deux poignées de maïs, étaient le prix d'un misérable...
:
200 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES

que des sites d'orpaillage, des placers (lavaderos) où l'on lave à la bâtée les
sables aurifères. Tant que les dépôts superficiels ne sont pas épuisés, le
rendement d'une mine ne dépend guère que du nombre des esclaves qu'elle
utilise et du ravitaillement que lui apportent les prestations des Indiens
ď encomienda. Que l'un de ces deux éléments vienne à faire défaut, et
l'entreprise est aussitôt compromise. Cortés possédait six cuadrillas d'esclaves,
soit un total de 500 ou 600 travailleurs, qui exploitaient pour son compte,
en 1529, les gisements aurifères de la région de Zacatula, sur le littoral du
Pacifique, aux bouches du Rio Balsas ; ils lui rapportaient chaque année
6000 castellanos d'or, soit 3 millions de maravédis ; mais, pour assurer leur
ravitaillement, 800 porteurs ou tamemes partaient tous les huit ou dix jours
de son encomienda de Uchichila, dans le Michoacan, à plus de 200 km de
Zacatula et 2000 mètres plus haut, chargés de provisions et de marchandises
fournies par les Indiens. Lorsque Nuňo de Guzmán confisqua à son profit,
en 1530, les tributs de Uchichila, les mines de Cortés durent cesser leur
exploitation33.
Nous connaissons un peu mieux, pour la période 1538-1547, les mines d'or
que possédait Cortés dans la province de Tehuantépec. Elles employaient,
en 1543, 395 esclaves, en cinq cuadrillas ; au début de l'année 1545, 360
esclaves en quatre cuadrillas, ravitaillées et secondées dans les travaux annexes
par les Indiens de Tehuantépec et de Xalapa. La production, qui variait
de 8000 à 6000 pesos par an de 1540 à 1544, s'effondra brusquement à partir
de juillet 1545, lorsque les esclaves furent atteints par la grande épidémie,
de nature mal identifiée, qui frappa cette année-là la population indigène
du Mexique tout entier. L'exploitation fut abandonnée en juillet 1547 et
les esclaves survivants envoyés en 1548 dans les mines d'argent que
possédait le marquis del Valle à Sultépec et à Taxco34.
D'autres chiffres mettent en lumière la relation entre l'esclavage et
l'exploitation des mines. Dans les actes d'un seul notaire de Mexico, les transactions
de l'année 1527 concernent 1194 esclaves indiens, dont 919 travaillent dans
les mines d'or ; en 1528, les chiffres respectifs sont de 1799 et 1458. Pour
les deux années, sont donc mentionnés 2993 esclaves, dont 2377, soit 79,4 %,
destinés au travail sur les gisements aurifères35. Les délibérations de la
municipalité de Mexico font implicitement état d'une prépondérance analogue
du travail servile : les ordonnances sur l'exploitation des mines d'or édictées
le 31 juillet 1527 ne mentionnent pas d'autres travailleurs que les esclaves.

33. Juicio... contra los licenciados Matienzo y Delgadillo. Ano 1531. Boletïn del Archiva
General de la Nación. IX-3, pp. 339-407.
34. Sur l'exploitation de l'or à Tehuantépec : J.P. Berthe, art. cité en note 7, et les
compléments qu'y apporte I.E. Cadenhead. Some mining operations of Cortés in
Tehuantépec. The Americas (Washington) XVI-3, janvier 1960. pp. 283-287.
35. A. Millares Carlo et J.I. Mantecon. Indice y extracto de los protocoles del
Archive de Notarias de Mexico. Mexico, 1945, vol. I.
ASPECTS DE L ESCLAVAGEDES INDIENS EN NOUVELLE-ESPAGNE 201

Et lorsque le cabildo se préoccupe à plusieurs reprises, le 10 février 1525,


le 18 septembre 1531, du nombre croissant d'esclaves en fuite, c'est parce
que l'extraction de l'or en est compromise36.
Après 1530-1531, l'exploitation des premières mines d'argent repose elle
aussi sur l'utilisation massive d'esclaves indigènes. Lorsque Gortés achète
des mines à Sultépec en 1536, et y organise une compagnie, de concert avec
le trésorier Juan Alonso de Sosa, ces diverses opérations portent sur [lus
de 200 esclaves37. Les actes notariés de Mexico, pour les années 1536-1538,
concernent 869 esclaves indiens, dont 805 pour les mines.
Les esclaves ne sont pas absents toutefois des premières grandes
entreprises agricoles : mais on semble les avoir concentrés dans celles qui
produisaient pour l'exportation. C'est ainsi que Cortés en avait une trentaine, avec
quelques nègres, dans sa plantation sucrière de Tuxtla, en 1538, et qu'ils
représentaient plus de la moitié de la main-d'œuvre servile utilisée dans ses
domaines de Cuernavaca en 1549 : 193, pour 130 esclaves noirs dont
seulement 99 étaient des adultes38. L'inventaire d'une partie des biens laissés
par Cortés, établi en 1549, mentionne un demi-millier d'esclaves indigènes,
alors que l'importance économique de l'esclavage avait beaucoup diminué39.
On retrouve les esclaves, quoique dans des proportions très inférieures,
dans tous les secteurs de l'économie : forges, trains de mulets ou recuas,
ateliers d'orfèvres, domesticité, etc.. Leurs propriétaires appartiennent à
toutes les catégories sociales. Parmi eux figurent de hauts fonctionnaires de
la Couronne, tels le licenciado Benavente, fiscal (procureur du roi) auprès
de l'Audience de Mexico, et l'auditeur Santilián, ainsi que les officiers des
finances ; des nobles indigènes, comme Don Carlos, cacique de Texcoco,
et le fameux sorcier Martin Oceloti ; des marchands flamands et allemands ;
des prêtres, comme le peu recommandable clérigo Diego Diaz et, ce qui est
plus surprenant, l'archevêque de Mexico Fray Juan de Zumárraga40.

36. Primer libro de Actas de Cabildo..., p. 23 et pp. 126-127. Segundo libro de Adas
de Cabildo... (Mexico, 1871) p. 133.
37. Millares-Mantegon, op. cit., vol. II, n«s 2051, 2052, 2053 et 2064.
38. A Tuxtla, sur la côte atlantique, au sud-est de Vera Gruz, il y a 30 Indiens sur
36 esclaves en 1538, 22 sur 25 en 1547. AGN. Hosp. Jes. 280-2 et 4.
39. Les inventaires formellement établis mentionnent 193 esclaves indiens à
Cuernavaca, 115 à Taxco, 92 à Sultépec. Nous savons par ailleurs que Tuxtla en avait 22 en
1547, et Tehuantépec 56 en 1554. Le total serait ainsi de 488. Mais la présence d'esclaves
indiens est également attestée dans les domaines proches de Mexico et à Oaxaca, dont
nous n'avons pas les inventaires à cette date.
40. Le licenciado Benavente vend en 1549, 18 esclaves, dont 13 nègres et 5 indiens.
AGN. Hosp. Jes. 273-5. C'est le même personnage sans doute qui loue à un marchand
flamand, Giles de Legay, 50 esclaves en 1536. Millares et Mantecon, op. cit., II, n° 1956.
Le Docteur Santilián vend en 1551 diverses propriétés avec 7 esclaves noirs et 18
202 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES

L'esclavage est à ce point enraciné dans la première société mexicaine


coloniale, que nous y trouvons la mention, juridiquement paradoxale, d'esclaves
propriétaires d'esclaves. Le 21 mars 1532, la municipalité de Mexico, « attendu
que par expérience il est apparu que le fait pour des esclaves de posséder
par eux-mêmes du bétail et des esclaves leur donne l'audace de voler des
bestiaux et des esclaves », ordonne « que ceux qui sont esclaves d'autres
personnes... ne puissent posséder eux-mêmes du bétail ni des esclaves comme
leurs... »41.
On s'explique donc les résistances soulevées dans le milieu des colons par
toutes les tentatives de limiter ou de supprimer l'esclavage des indigènes.
Elles furent assez fortes pour obtenir en 1534 la révocation partielle de la
cédule royale du 2 août 1530, qui avait interdit de réduire en esclavage les
prisonniers de guerre et d'acquérir des esclaves de rescatei2.
Mais le mouvement démographique et l'évolution économique de la
Nouvelle-Espagne après 1535 allaient agir à leur tour contre le maintien de
l'esclavage et rendre ainsi plus efficaces les efforts de la Couronne en faveur de son
abolition. La mise en place d'un système administratif régulier, avec
l'installation de la Seconde Audience en 1531, et la nomination d'un vice-roi en 1535,
entraînèrent un contrôle plus étroit des expéditions de conquête, la fin des
raids esclavagistes et une surveillance accrue des activités des encomenderos .
La diminution déjà très sensible de la population indigène ne pouvait qu'in-

esclaves indiens, ainsi que des mines où se trouvaient des esclaves, noirs et indiens, en
nombre non précisé. Epistolario de Nueva Espcma, VII, Doc. 408.
Les esclaves indiens du cacique de Texcoco, condamné et brûlé pour idolâtrie, furent
vendus en 1539 sur le marché de Mexico. AGN. Inquisición. Vol. 2.
Sur Martin Ucelo ou Oceloti, poursuivi en 1536-1537, Procesos de indios idolâtras y
hechiceros. Mexico, 1912, pp. 37-38. Il possédait 12 esclaves, dont un homme, sept femmes
et quatre fillettes de 10 à 12 ans.
Le clérigo Diego Diaz, ancien curé des mines de Zumpango, était poursuivi en 1547
pour concubinage et meurtre ; il avait vendu 20 esclaves en 1532 et en possédait
quatre, des femmes, en 1542. Procesos de indios..., pp. 238-250.
Le cas des esclaves indiens de Zumàrraga est plus complexe. Le 2 juin 1548, peu avant
sa mort, il faisait donation à son neveu Martin de Aranguren, administrateur de ses biens,
de trois esclaves noirs, dont deux avaient d'ailleurs été payés par Aranguren lui-même.
Il en affranchissait deux autres, ainsi que son cuisinier, originaire des Indes orientales
« Indio natural de Calicut ». Et il ajoutait : » j'affranchis et libère et rends libres tous
les esclaves indiens et indiennes que je possède, aussi bien ceux qui portent la marque
« libre » sur les bras que ceux qui ne la portent pas ». Il est donc possible que ces
Indiens aient été des esclaves affranchis, ou dont les procès étaient pendants, que
l'archevêque aurait recueillis. Le texte est publié dans Garcia Lcazbalceta. Don Fray Juan
de Zumârraga. 2e édition. Mexico 1947, III, pp. 286-287.
41. Segundo libro de Adas de Cabildo, p. 180.
42. Protestation de la municipalité de la ville d'Antequera (Oaxaca) en 1531.
Epistolario de Nueva Espdna. II, Doc. 94, pp. 95-96.
Voir aussi la lettre de Nuno de Guzman citée en note 23.
ASPECTS DE L'ESCLAVAGE DES INDIENS EN NOUVELLE-ESPAGNE 203

citer les nouvelles autorités à restreindre les abus du rescale et à procéder


à une première révision des conditions dans lesquelles un certain nombre
d'esclaves avaient été acquis : des mesures concernant le rescate furent prises
en 1538 et le cabildo de Mexico se plaignait en 1540 de libérations d'esclaves
jugées par lui abusives43.
Les sources d'approvisionnement en esclaves tendaient ainsi à se tarir,
le nombre des esclaves disponibles diminuait, cependant que leur prix
accusait une très nette augmentation. En 1527-1528, les prix varient de deux
pesos et demi à dix pesos par tête pour les esclaves destinés aux mines et
vendus par groupes de 20 à 150 avec leur petit outillage individuel : le prix
moyen s'établit entre 4 et 5 pesos. Il s'élève à 10 pesos en 1531. En 1536-
1538, les prix varient de 26 à 78 pesos : le prix moyen est de 50 pesos par
tête. Vers 1550, les ventes d'esclaves indiens deviennent beaucoup plus rares :
les quelques prix attestés atteignent 200 pesos par tête, rejoignant ainsi le
prix des esclaves noirs à la même époque44.
La pénurie d'esclaves indigènes et ses effets sur la production des métaux
précieux sont signalés dès 1537 par le vice-roi Mendoza, qui réclamait une
importation accrue de nègres45. Le phénomène s'accentue après 1540, malgré
l'apport momentané des esclaves xaliscos et les années 1544-45 marquent
sans doute le tournant décisif : le manque d'esclaves indiens entraîne la
décadence des mines d'or, écrivait en 1544 le licenciado Benavente46. L'épidémie
de 1545, en même temps qu'elle frappait de façon catastrophique la
population autochtone, porta le dernier coup à la production de métal jaune.
Au cours des mêmes années, le problème de la productivité des entreprises
minières se posait en termes nouveaux. La diminution de la teneur en métal
fin des minerais d'argent jusqu'alors traités rendait peu rentable
l'utilisation d'une main-d'œuvre servile devenue hors de prix. Remplacer les Indiens
par des nègres coûtait cher et ne résolvait rien47. Le problème était désormais
de mettre au point des techniques susceptibles de traiter des minerais plus
pauvres ou, comme ceux des gisements que l'on découvrait dans le nord,

43. Cuarto libro de Adas de Cabildo (Mexico, 1859), p. 227.


44. Tous ces prix sont exprimés en pesos de oro de minas valant 450 maravédis. Les
prix de 1527-28 et 1536-38 dans Mi 11 ares et Mantecón. Op. cit. passim. Le prix de 1531,
est une estimation du procès Cortés-Delgadillo déjà cité. ITne lettre du Vice-roi Mendoza»
du 30 avril 1537, estime le prix moyen d'un nègre à 45 000 ou 50 000 maravédis, celui
d'un Indien à 25 000. Ferez Bustamaute, op. cit., pp. 37-38.
Pour les années 1550, nous nous référons aux ventes de Benavente et Santillàn.
Le prix moyen d'un esclave noir est de 200 pesos en 1525-1528 ; il tend à baisser
jusqu'à 100 et 120 pesos en 1536-1538. En 1550-51, il atteint de nouveau 150 et 200 pesos.
45. Lettre du 30 avril 1537 déjà citée.
46. Lettre du 1er juin 1544. Epislolario de Nueua Espana.. IV, Doc. 226.
47. Les mines du marquis del Valle à Sultépec achètent en 1551 quarante esclaves
noirs à 140 pesos de minas chacun. AGN. Hosp. Jes. 450-2.
204 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES

vers Zacatecas et Guanajuato, rebelles au procédé traditionnel de raffinage


par fusion.
Ce n'est sans doute pas par hasard que l'adoption du procédé de traitement
des minerais d'argent par amalgame avec le mercure coïncide à peu d'années
près avec la fin de l'esclavage indigène. Il est remarquable que cette technique
de nature assez complexe se soit répandue très rapidement dans toute la
Nouvelle-Espagne, en dépit des grosses dépenses d'équipement qu'elle
supposait et du coût énorme du mercure au cours des premières années48. C'est
qu elle permettait l'essor de la production minière dans un milieu en plein
effondrement démographique : le mercure se substituait à l'esclave, le
progrès technique relayait la peine des hommes, le cas n'est pas si fréquent au
xvie siècle. Il est vrai que l'on ne s'en était préoccupé que lorsque
l'exploitation de ces derniers fut devenue impossible.
Ce changement du climat économique explique aussi que l'abolition
définitive de l'esclavage indigène, enfin décidée en 1548, ait pu être appliquée
sans trop de difficultés. Non qu'elle se soit faite sans protestations, mais
moins nombreuses et moins vives qu'après la tentative de 1530 ; rien en tous
cas qui ressemblât aux manifestations proches de la révolte qu'avait soulevées
en 1544 le projet de suppression des encomiendas en vertu des Nuevas Leyesi9.
La cédule royale du 20 février 1548 ordonnait de remettre en liberté les
femmes et les enfants de moins de quatorze ans. Pour les esclaves du sexe
masculin âgés de plus de quatorze ans, il appartiendrait à leurs propriétaires
de faire la preuve qu'ils étaient esclaves « de buena guerra », ce qui était
particulièrement difficile à réaliser dans la plupart des cas. L'application des
décisions royales fut au début très lente. Mais en 1551, la Couronne désigna un
procureur chargé de soutenir devant l'Audience la cause des esclaves indiens.
Dès lors les procédures s'accélèrent. Une série de lettres du docteur Melga-
rejo, procureur des Indiens de Nouvelle-Espagne, permet d'établir une
statistique des esclaves libérés sur sentence de l'Audience : nous la résumons
dans le tableau suivant :

48. La mise au point du procédé est de 1554-1555, à Pachuca. Dès 1563, 147
exploitations l'avaient adopté, sans compter les 35 qui fonctionnaient à Zacatecas.
Le prix du mercure est de 131 pesos de minas le quintal en 1559-1560 ; de 130 en 1562,
il passe à 160 en 1563 et atteint 194 en 1564. AGI. Contaduria 666.
49. Parmi les protestataires, la municipalité de Mexico, le 28 mai 1556 (Sexto libro
de Actas... Mexico, s.d., p. 227) ; la lettre de Bernai Diaz del Castillo au Conseil des Indes,
le 1er février 1549, au nom de la ville de Guatemala. Simpson, op. cit., pp. 32-36 et la
lettre d'une propriétaire de mines qui dit avoir perdu, en esclaves libérés, plus de 20 000
ducats. Epistolario... VIII, Doc. 514, 25 avril 1562.
Zavála. Ensayos... résume l'évolution juridique qui mène à l'abolition de l'esclavage.
ASPECTS DE L ESCLAVAGE DES INDIENS EN NOU VELJ.E-ESPAGNE 205

7 avril 1551 ij 30 décembre 1556


170 il 134
15 janvier 1552 ! ; H 11 avril 1557
55 h 222
17 novembre 1552 4 janvier 1558
93 133
13 mars 1553 . . . . 15 juin 1558. .
1381 111

.
20 octobre 1554 28 juillet 1559
647 34
! [
30 décembre 155G 27 février 1560
225
14 janvier 1561

soit un total de 3205 esclaves libérés en dix ans50. Même si l'on y ajoute
les affranchissements décidés dans les provinces de Colima et de Nouvelle-
Galice par l'auditeur Lebrón de Quinones, le total paraît faible pour un laps
de temps aussi long. C'est sans doute que l'esclavage n'était plus que l'ombre
de ce qu'il avait représenté trente ans auparavant. La suppression d'une
institution en pleine vigueur eût présenté des difficultés autrement sérieuses.
Il est aussi très probable que les rapports de Melgarejo ne font pas état des
esclaves que leurs propriétaires, plutôt que d'affronter des procès perdus
d'avance, préférèrent affranchir sous condition. Ils se conformaient ainsi à
la lettre de la législation, tout en conservant aux moindres frais la disposition
de la main-d'œuvre. Ainsi procédèrent, dans les nombreux domaines de la
succession de Hernán Cor tes, les administrateurs du Marquisat del Valle.
Il faut d'ailleurs reconnaître que le recasement des esclaves affranchis
posait de nombreux problèmes : faute de pouvoir les renvoyer dans leurs
villages d'origine, il était nécessaire de leur donner les moyens de subsister.
Une solution originale fut mise en œuvre dans l'isthme de Panama, où le
gouverneur Sancho de Clavijo avait libéré plus de 800 esclaves en 1550-1551 :
la plupart furent installés, regroupés par affinité d'origine, dans trois villages
de colonisation, aux frais de la Couronne51. Cette expérience de
reconstitution de communautés indigènes paraît avoir réussi : les nouveaux villages
produisaient dès 1552-1553 assez de maïs pour leur propre subsistance et
pouvaient môme vendre quelques surplus sur le marché de Panama.
Rien d'analogue ne fut tenté, semble-t-il, en Nouvelle-Espagne : mais
nous ne connaissons guère que ce qu'il advint des esclaves du marquis del
Valle. Une fois affranchis, ils devinrent les salariés de leur ancien maître
dans les exploitations où ils travaillaient déjà. Un des contrats, ou conciertos,
établi à cette occasion nous est fort heureusement parvenu : nous en donnons

50. Lettres de Melgarejo. Epistolario de Nucva Espafia. VI, VII, VIII, IX.
51. Simpson. Studies... IV. The Emancipation of the Indian Slaves and the
Resettlement of the Freemen. 1548-155
206 SOCIÉTÉ DES AMERICA NISTES

la transcription complète en appendice52. Daté du 28 mars 1554, il concerne


56 esclaves des domaines agricoles de la légion de Tehuantépec : 19 zapo-
tèques (16 hommes et 3 femmes), 26 mexicanos (c'est-à-dire des Indiens
de langue náhuatl : 14 hommes et 12 femmes) et 11 esclaves d'origine diverse
(5 hommes et 6 femmes, originaires du Pánuco, du Guatemala, etc..)
Affranchis par le gouverneur du Marquisat, ils s'engagent à servir « comme ils l'ont
fait jusqu'alors » dans les entreprises du marquis del Valle pour une durée
de deux ans. Chaque travailleur recevra chaque mois une rétribution d'un
demi-peso de tlpuzque, soit 136 maravédis, et une ration d'une demi-
fanègue de maïs (28 litres environ). Le gouverneur se voyait reconnaître le
droit de faire poursuivre et arrêter tout Indien qui quitterait le domaine
avant le terme de son engagement. L'acte est établi par devant notaire, entre
Y alcade mai/or de Tehuantépec, représentant du marquis, et les Indiens s'expri-
mant par le canal d'un interprète. 11 respecte toutes les formes légales
extérieures : l'engagement de service des Indiens y est présenté comme la
contrepartie de leur affranchissement : « nous étions esclaves du très illustre
seigneur Marquis del Valle et maintenant le très magnifique seigneur Don Pedro
de Ahumada Sám ano, pour nous manifester faveur et grâce, nous a reconnus
comme libres, et nous, reconnaissant la faveur et la grâce que nous avons
reçues en cela, nous voulons... et nous nous déclarons satisfaits de servir
le dit seigneur marquis... dans ses domaines et en toute autre chose... comme
jusqu'à présent nous l'avons fait... >ч On peut se demander toutefois quelle
signification et quelle portée réelle pouvaient lui attribuer les Indiens, que
le contrat continue d'ailleurs de désigner comme « las dichos esclaves )>.
Il est hors de doute que l'arrangement lut mis en pratique : les comptes
des exploitations de Tehuantépec mentionnent en 1555 le versement de
salaires en argent et des distributions de maïs aux esclaves indios, dont
les activités sont quelquefois précisées : ils travaillent comme forgerons,
charpentiers, scieurs, bergers, charretiers, jardiniers, etc...53 Des contrats
analogues furent conclus ailleurs : dès 1553, avec 20 esclaves des mines de
Sultépec. En 1558 encore, le régisseur des propriétés du marquis à Oaxaca
verse leurs salaires à « six indiens qui étaient esclaves de Sa Seigneurie et
qui ont été affranchis et qui se sont engagés à servir pour six pesos par an
chacun »54. Il est probable que le passage de l'esclavage au salariat fut en
Nouvelle-Espagne la solution la plus fréquente pour le recasement des Indiens
affranchis.
On peut ainsi considérer que l'esclavage des Indiens disparaît de la société

52. AGN. 1 losp. Jes. 203. Doc. 87. El conçierto que se hizo con los csclavos yudios. »
53. AGN. Hosp. Jes. 247-1. Doc. 11, 12, 13. F.n septembre 1555, les dépenses
concernent 51 travailleurs.
54. AGN. Hosp. Jes. 98-6 D. Achat de vêtements, en août 1553, pour « los XX escla-
vos de Sultepeque con quien se tomó conçierto ».
A Oaxaca, en 1558, règlement du salaire d'une année. AGN. Hosp. Jes. 444-5.
ASPECTS DE L'ESCLAVAGE DES INDIENS EN NOUVELLE-ESPAGNE 207

coloniale mexicaine, en tant qu'institution juridique permanente, vers 1560.


Les problèmes du travail indigène se poseront désormais en termes très
différents : travail obligatoire du tequlo et des repartimienLos, salariat, peonage
pour dettes, colonat, etc.. l'esclavage restant pour près de trois siècles le
lot des nègres importés55.
Les Espagnols ne devaient retrouver la question de l'esclavage indigène
que lorsqu'ils eurent à mener, au fur et à mesure qu'ils poussaient vers le
nord leur front de colonisation, de longues et difficiles guerres contre les
tribus d'Indiens nomades, Chichimèques, Apaches, etc... C'est, avec moins
d'ampleur et de gravité, une situation analogue à celle qu'ils affrontent au
Chili. Mais, en dépit d'abus indéniables sur les confins septentrionaux de la
Nouvelle-Galice et surtout du Nouveau-Léon, le phénomène resta somme
toute marginal : les esclaves chichimecas ne sont en droit que des
prisonniers condamnés à quelques années de travail forcé. La Nouvelle-Espagne
n'en revint jamais aux formes absolues de l'esclavage indigène, telles qu'elles
avaient été pratiquées dans les premières décennies de l'époque coloniale.

APPENDICE

AGN. Hosp. Jes. 203. Doc. 87. « El conçierto que se hizo con los esclavos
Yndios ».
Sepan quantos esta carta vieren como nos goncalo herrero yndio çapo-
teca y pedro payo yndio çapoteca y domingo ayni yndio çapoteca e
Domingo yope yndio çapoteca e pedro yope yndio çapoteca e luis quejo yndio
çapoteca e juan lilana jono yndio çapoteca e juan guelo yndio çapoteca e
juan açatel y su muger luisa anbos mexicanos y tomas lilana çapoteca e
francisco yope yndio çapoteca e pedro tixi yndio çapoteca e francisco lape
yndio çapoteca e pedro lopa yndio çapoteca e juan quichino yndio çapoteca
e juan tixi yndio herrero çapoteca e bartolome yndio çapoteca e pedro Uni
y su muger angelina papanto mexicanos e catalina çaa yndia çapoteca e
angelina queçaa yndia çapoteca e francisco quiaucin yndio mexicano e her-
nando tetlecautli y su muger maria anbos mexicanos e alonso mexicoatl
yndio mexicano e juan mauzin indio mexicano e tomas со a tel vndio mexi-

55. Gonzalo Aguirre Beltran. La Población negra de Mexico. Mexico, 1946,


208 SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES

cano e francisco yaçiutl y su muger maria anbos mexicanos e juan maçatel


y su muger catalina y andres çunquz y su muger francisco azuchelt e juan
tachino yndio mexicano e francisco yantel y su muger juana anbos mexicanos
e anton uizil y su muger luisa anbos mexicanos e pedro quiatul y su muger
mençia anbos mexicanos e simon oya y su muger catalina naturales de pa-
nuco e alfonso quatel y su muger catalina anbos mexicanos e bartolometana
e su muger ysabel anbos mexicanos e francisco yautel natural de ymantlan
pedro coatel y su muger madelena naturales de cuzcatlan e ana çaa çapoteca
e ana tacui mexicana e maria nipapanto mexicana e ana joco natural de
guatimala e ysabel jilote natural de coastlan e teresa otonpa mexicana e
todos juntos e cada uno por si e por lo que a cada uno de nos toca e atane
dezimos que por quanto nosotros heramos / / esclabos del muy Illustre
seňor marques del balle e agora el muy magnifico seňor pedro de ahu-
mada samano gobernador e justicia mayor en todo el estado del muy
Illustre seňor marques del balle por nos hazer bien y merced nos a
dado por libres e nos acatando el bien y merced que en ello rrecebimos
queremos y es nuestra boluntad y somos contentos de servir al dicho seňor
marques del balle y al seňor gobernador y sus oficiales en su nombre en las
haziendas del dicho seňor marques y en todo lo mas como asta aqui abemos
hecho por quanto por el dicho servicio que asi abemos de hazer nos ha de
dar e pagar a cada uno de nos los dichos yndios a los que fueremos casados
a cada uno un peso de tipuzque y una hanega de maiz cada mes y a los que
no lo son medio peso de tipuzque y media hanega de maiz e nos los dichos
esclabos abemos e somos contentos de serbir por las dichas rrazones arriba
declaradas dos aňos primeros siguientes desde oy dia de la fecha desta carta
e para lo aver asi por firme estable e valedero obligamos a nos e a nuestras
personas e damos poder cumplido a todas y quales quier justiçias e juezes
desta nueba espaňa a la jurisdiçion de las quales e cada una de ellas nos so-
metemos con las dichas nuestras personas e bienes e para que si alguno о
qualquier de nos nos ausentaremos о fueremos e no sirbieremos los dichos
dos aňos puedan prender e traer a donde quier que fuere la boluntad del
dicho seňor gobernador о de sus mayordomos en su nombre e ansi lo lleba-
mos por sentencia difmitiva de juez compétente dada a nuestro pedimiento
e consentimiento e por nos consentida e pasada en cosa juzgada cerca de
lo quai // rrenunçiamos todas e qualesquier leyes fueros e derechos que en
nuestro favor sean que no nos valan ni puedan valer en especial
rrenunçiamos la ley e derecho que dize que general rrenunçiaçion de leyes fecha no vale
e nos las dichas yndias arriba declaradas por quanto somos mugeres
rrenunçiamos todas e qualesquier leyes que en nuestro favor sean especialmente
rrenunçiamos las leyes de los emperadores e del senatus consulto veliano e
la nueba constituçion e leis de toro que hablan en favor e ayuda de las
mugeres como en ellas se contiene en testimonio de lo quai otorgamos esta
présente carta antel escribano e testigos de yuso escriptos e yo Juan de Carasa
alcalde mayor en esta villa de teguantepeque por el muy Illustre seňor^narques
del balle mi seňor a todo lo en esta carta contenido présente fui en uno con
ASPECTS DE L'ESCLAVAGE DES INDIENS EN NOUVELLE-ESPAGNE 209

el dicho escribano e testigos de yuso escriptos y en ello pongo miautoridad


y decreto judicial quanto puedo e con dereclio devo y asi mysmo a este tras-
lado e lo firme de mi nombre todo lo que dixeron por lengua de juan cortes
ynterprete del juzgado del dicho seňor alcalde mayor ques fecha y otorgada
en la dicha villa de teguantepeque a veintc y ocho dias del mes de marzo
de mill e quinientos e cinquenta e quatro aňos siendo présentes por testigos
martin de çarate y bartolome de niça y christobal de guebara y anbrosio
ximenez estantes en esta dicha villa e porque los dichos otorgantes no supieron
flrmar rrogaron a los diclios testigos que lo firmen por ellos con el dicho ynter
prête / juan de cara sa juan cortes / por testigo christobal de guebara e yo
diego minez escribano nombrado en esta villa de teguantepeque doi fee que
este es el traslado de la dicha escritura segun que ante mi paso lo escrevi
en presencia del dicho seňor alcalde mayor e lo firme de mi nombre.
Juan de carasa (Rubiïca).
paso ante mi
Diego nunez
escribano nombrado
(Rubrica)
06/05/2019 L'esclavage - La Guerre de Sécession

L'esclavage
La Guerre de Sécession (VI)
Le programme de Lincoln représentait en réalité une mesure de guerre. Son but, écrivait-il, « est de sauver l'Union et ce n'est pas de
sauver ou détruire l'esclavage. Si je peux sauver l'Union sans libérer aucun esclave je le ferai, et si je peux la sauver en libérant tous les
esclaves je le ferai; et si je peux la sauver en en libérant quelques uns et en laissant d'autres seuls je ferai cela également ».
En 1861, Lincoln prit acte que les Etats Confédérés refusaient toute négociation et comprit qu'ils iraient jusqu'à l'affrontement pour
défendre leur système économique. Leur attitude conduisit Lincoln à déclencher la "Guerre de Sécession" (Civil war) qui opposa les Etats
du Nord, fidèles à la Constitution, aux Etats du Sud esclavagistes.
Les Nordistes se rassemblèrent autour de la bannière étoilée (comprenant alors 33 étoiles, à ne pas confondre avec le drapeau de l'Union
jack des Anglais) tandis que les Sudistes se rassemblèrent un temps autour de l'étoile du "Bonnie Blue Flag" (que portent encore certains
avions) puis du "The Stainless Banner" également appelé "Dixie flag", le drapeau croisé des Confédérés, symbole de la résistance et de la
tyrannie des Nordistes. Concernant les uniformes, les Nordistes portaient une tenue bleue foncée tandis que les Sudistes portaient une
tenue gris clair.

A consulter : Les premiers drapeaux américains (1776-1860)

Soldats de l'Union (gauche) et Confédérés (droite) durant la Guerre de Sécession (1861-1865). Au centre
un affrontement autour des drapeaux. En 1861, les Unionistes se rassemblèrent autour de la bannière
étoilée. Les Confédérés portèrent le drapeau "Bonnie Blue Flag" de Floride, uni sous une seule étoile, puis
adoptèrent le "Stainless Banner" croisé porté à l'origine par l'armée du nord de la Virginie. Documents
sdsoldiers et nordstaterne.

Précision historique, c'est durant la Guerre de Sécession que l'armée américaine comprit le rôle essentiel du télégraphe inventé en 1844
par Samuel Morse. Cette invention a priori anodine constitua en effet l'un des principaux outils tactiques de l'US Army. Imaginez
l'avantage stratégique que détient un Etat-Major s'il peut recevoir en direct le statut de ses troupes et leur transmettre ses ordres par
télégraphie sans passer par des messagers. Aujourd'hui, une armée privée de moyens de communication est morte, d'où l'invention des
bombes électromagnétiques et à neutrons qui ne détruisent que les systèmes électroniques et le matériel.
Parmi les généraux qui défendirent l'Union, citons les généraux Ulysses S. Grant, George Meade et William T. Sherman, autant de noms
devenus célèbres associés aujourd'hui soit au monde politique soit à... des produits d'origine américaine (télescope, char, etc). Notons que
le général de brigade Stand Watie était un chef Cherokee et fut le seul général amérindien de la Guerre de Sécession.
Au début de la guerre, l'armée régulière Nordiste ne disposait que de 16367 hommes d'active et perdit plusieurs batailles face au général
Robert E. Lee. Les troupes de l'Union seront rapidement décuplées pour atteindre 186000 hommes au début de la guerre et seront équipées
de beaucoup matériel. Fin 1864, l'armée de l'Union comptait plus d'un million d'hommes contre 358000 chez les Sudistes.
Au cours de la guerre, les soldats de l'Union seront 2 à 3 fois plus nombreux que les Confédérés. Cette suprématie incita certains
généraux à mener de très sanglantes offensives qui décimèrent leurs troupes. Au total, les différents corps d'armée ont participé à près de
15 batailles dont celle de Spottsylvania (Va.) et de Gettysburg (Pa.), cette dernière ayant été particulièrement longue et sanglante.
En 1863, le général Lee conduisit ses quelque 70000 hommes (3 corps d'armée
comprenant chacun 3 divisions de 4 à 5000 soldats chacune, 1 corps de cavalerie et une
brigade) dans le Nord jusqu'en Pennsylvanie. Il se heurta à l'armée de l'Union commandée
par le général Meade et forte de 83000 hommes (7 corps d'armée comprenant chacun 2 à 3
divisions de 3 à 4000 soldats chacune et 1 cavalerie). Gettysburg sera le théâtre de la plus
grande bataille sur le sol américain. Chaque camp perdit plus de 3000 hommes, il y aura
plus de 14000 blessés de chaque côté et on dénombre plus de 5000 prisonniers ou disparus
dans chaque camp avec un peu plus de pertes chez les Confédérés. Après 3 jours de
combats au corps-à-corps, le 4 juillet, jour de la fête de l'Indépendance, les armées étaient à
nouveau face à face mais le général Lee fit évacuer le théâtre des opérations durant la nuit
et se replia en Virginie. Ce jour marqua la victoire de l'Union sur le front est. Au même
La "Bataille de Spottsylvania - Engagements" à
moment, le général Grant contrôla la vallée du Mississippi, coupant la Confédération en
Laurel Hill et NY River, Va, (8 au 18 mai 1864). deux.
Lithographie réalisée c1888. Copyright Kurz & Entre-temps, la Proclamation d'Emancipation abolissant l'esclavage fut écrite en 1862 et
Allison. Documents Library of Congress.
entra en application le 1 janvier 1863. L'idée de Lincoln de construire une Amérique
"blanche" a plus ou moins été abandonnée au milieu de la guerre (1863).
Les généraux Grant et Lee ainsi que Sherman et Johnston s'affronteront encore durant deux ans sur les champs de bataille avant que les
soldats de l'Union réussissent à vaincre les Sudistes. Le 3 avril 1865, le général Grant s'empara de Richmond (Va.), la capitale des
Confédérés. Le 9 avril 1865, le général Lee fut vaincu à Appomattox (Va.). Cet événement marqua la fin de la Guerre de Sécession.
Au total, la Guerre de Sécession mobilisa près de 2.8 millions d'Unionistes contre 750000 Confédérés sur une population totale de 31
millions d'habitants comprenant 9.5 millions de Noirs. Selon les chiffres officiels, il y eu 35% de désertion et d'absentéisme dans les rangs
de l'Union contre plus de 50% dans ceux de la Confédération.
Abraham Lincoln remporta la guerre puis fut réélu pour un second mandat présidentiel. Malheureusement, il sera assassiné d'une balle
tirée dans la nuque par John Wilkes Booth, un sympatisant sudiste, le 14 avril 1865. Deux jours plus tard, les dernières troupes rebellent
capitulèrent. Deux mois plus tard, les derniers Améridiens capitulèrent à leur tour.

En mémoire du Président Lincoln


Le processus de Reconstruction se déroula en l'absence des conseils et des qualités de leadership du Président Lincoln mais son nom ne
sera jamais oublié. Le 18 décembre 1865, le Congrès américain vota un 13e amendement à sa Constitution : « Ni esclavage, ni aucune
forme de servitude involontaire ne pourront exister aux États-Unis ».
Une légende urbaine veut que la vie de Lincoln présente de nombreuses similitudes avec celle de John Fitzgerald Kennedy. Mais les
scientifiques n'y prêtent guère attention.

www.astrosurf.com/luxorion/esclavage6.htm 1/2
06/05/2019 L'esclavage - La Guerre de Sécession
Le Président Lincoln reste l’un des présidents les plus admirés de l’histoire des Etats-Unis et le plus
influent de l'Histoire. L'Histoire retiendra qu'il a joué un rôle vital comme dirigeant en préservant l'Union
durant la Guerre de Sécession et en déclenchant le processus qui conduira à l'abolition de l'esclavage aux
Etats-Unis.
C'est également un personnage respecté pour son charisme, ses discours et ses lettres, un homme aux
origines humbles dont la détermination et la persévérance l'ont conduit au poste le plus prestigieux de la
nation.
Outre sa biographie qui occupera encore des générations d'étudiants et de chercheurs, en son hommage,
de nombreux bâtiments, institutions, monuments et objets portent son nom. Son nom a notamment été
donné à la capitale de l’Etat du Nebraska, sa statue figure à l'entrée du mémorial érigé à Washington, D.C,
son visage est sculpté sur le mont Rushmore (S.D., son portrait figure à l'extrême droite), son effigie
apparaît sur la pièce de 1 cent comme sur le billet de 5 dollars, plusieurs modèles de voitures de luxe Statue du Président Abraham
Lincoln à l'entrée de son
fabriquées par Ford portent son nom (les modèles Lincoln Continental, Cabriolet, Fairlane, MKR, Town, mémorial à Washington, D.C.
Zephyr, etc) de même qu'un porte-avion de classe Nimitz (CVN-72) dont voici les caractéristiques ainsi
qu'un émetteur CB parmi de nombreux autres objets.
Aujourd'hui, le drapeau de guerre des Confédérés (le Dixie flag) fait toujours l'objet de controverses et reste la cible des mouvements
antiracistes. Pour les habitants du Sud (Caroline du Sud, Mississippi, Alabama, Arkansas, Géorgie et Floride), ce drapeau représente leur
héritage historique mais pour les Noirs en particulier, il symbolise la ségrégation, l'esclavage et signe les crimes racistes du Ku Klux Klan.
Aucune personne connaissant l'histoire de l'esclavage ne peut donc rester sans réaction en voyant flotter un Dixie flag dans une
administration ou chez un particulier. Aujourd'hui, grâce à la pression des organisations des droits civiques, tous les Etats du Sud ont été
obligés de retirer leur drapeau Dixie des monuments publics et l'ont remplacé par un autre motif d'inspiration Dixie.

In Memoriam
Ainsi qu'on le constate, partout dans le monde l'époque des colonies est restée dans la mémoire collective comme une époque très
sombre de l'Histoire européenne et mondiale. Encore aujourd'hui, les descendants d'esclaves ont parfois du mal à avouer ou à assumer
leurs origines africaines tellement le mal est profond et a détruit jusqu'à leur identité.
Parmi les esclaves célèbres citons Agar (l’étrangère en hébreu) qui selon la Torah et l’Ancien Testament fut l'esclave égyptienne de
Sarah (la première épouse d'Abraham), le mercenaire campanien Spendios (fl. –238), le gladiateur d'origine thrace Spartacus (120-70
avant notre ère), le philosophe grec Epictète (50 de notre ère), le pape d’origine grec Calixte 1er (155 de notre ère) et le pape Marcel 1er
(~250-309), l’écrivain grec Esope (VIIe siècle) ainsi que sa maîtresse Rodophe tout deux esclaves à la cour d’un roi de Samos, le samuraï
d’origine congolaise Yasuke (c.1530-1582), Olivier Le Jeune originaire de Madagascar (1622-1654) qui sera esclave au Québec, le
gouverneur de Haïti (Saint-Domingue) Toussaint Louverture (1743-1803), le général Dumas (Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie,
1762-1806) qui fut un acteur de la Révolution française, l’écrivaine afro-américaine Harriet Ann Jacobs (1813-1897), l’homme politique
tunisien Kheireddine Pacha (1822-1890) ainsi que le botaniste et un agronome américain George Washington Carver (1864-1943).
Venons-en à présent aux Temps modernes, au XXe siècle, qui présente également son lot d'esclaves et de souffrances.

Prochain chapitre
Du camp de redressement au goulag
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06/05/2019 L'esclavage - l'Union contre l'esclavage (USA)

L'esclavage
L'Union contre l'esclavage (V)
Les Etats-Unis représentent la plus grande nation démocratique au monde et le pays de
toutes les libertés. Mais ces principes élémentaires n'ont pas été acquis immédiatement ni
sans douleurs.
Les 39 millions soit 13% de Noirs qui vivent aujourd'hui sur le territoire et les
possessions américaines ont pratiquement tous une origine esclave. C'est vrai à New-York
comme en Alabama ou à Porto-Rico. Si leurs ancêtres ont été affranchis voici plus de 150
ans, les ghettos du Bronx ou du Sud témoignent que les blessures de l'esclavage et de la
ségrégation ne sont pas encore effacées ni même cicatrisées.
Dans ce contexte il est intéressant de se pencher sur l'évolution de cette société pour Le drapeau déchiré de Fort Sumter (Charleston,
S.C.) en 1861. Cette bannière étoilée est le
essayer de comprendre ce qui motiva tout un peuple à tout d'abord oppresser puis à drapeau des Nordistes, anti-esclavagistes.
affranchir les Noirs et les gens de couleur en général. Quelles sont les motivations qui ont
conduit les immigrés blancs à changer de mentalité envers les Noirs ?
A peu de choses près, on peut dire que la Guerre de Sécession qui opposa Nordistes et Sudistes résume à elle seule toute l'histoire des
Etats-Unis. Etudier les raisons de cette guerre et ses conséquences nous permettront de mieux comprendre le fonctionnement du système
politique et économique actuel des Etats-Unis et quel ressentiment peuvent encore avoir certains Noirs américains envers leurs
compatriotes blancs.

Les premiers esclaves Noirs


Le vaste territoire qui constituera les Etats-Unis sera foulé par les Européens dès 1607, date à laquelle les premiers immigrants anglo-
saxons (marchands, armateurs, hommes d'affaires) s'installeront en Virginie. En 1620, une deuxième colonie anglaise s'installa au
Massachusetts.
En 1733, les Anglais occupent treize colonies[1], les provinces maritimes du Canada ainsi que quelques îles des Antilles (Jamaïque,
Barbade). Face aux forces espagnoles, les Anglais ne parviendront pas à s'installer en Amérique du Sud, si ce n'est au Guyana (1814) et
dans les îles Falklands (1833). En revanche, leur Empire s'étendra par la suite aux Indes orientales (Bengale, Inde, Hong Kong, etc).
La pratique de l'esclavage existait aux Etats-Unis longtemps avant la signature de la Constitution américaine en
1787. Cette activité était répandue dans tous les Etats de l'Union.
Les premières traces d'esclavage remontent à 1640 où la Cour de Justice de Virginie condamna un Noir à
l'esclavage. A cette date il y avait environ 150 esclaves noirs en Virginie et constituaient la plus grande population
Noire de la colonie. Dix ans plus tard, leur nombre avait doublé. Vers 1680, on recensa 3000 esclaves noirs et vers
1704 ils atteignirent 10000 individus. Leur statut fut codifié légalement en 1705.
Face au manque de serviteurs Blancs sous contrat d'emploi-formation (indenture) et craignant une révolte des
domestiques, les colons anglais ont de plus en plus recouru à l'esclavage des Noirs.
A la fin du XVIIe siècle, l'esclavage était devenu une pratique tellement banale que dans la ville de New York
42% des habitants possédaient des esclaves ! Entre 1700 et 1775, plus de 350000 esclaves africains sont entrés
dans les colonies américaines. Vers 1770, il y avait plus d'esclaves dans la colonie new-yorkaise qu'il y en avait en
Affiche annonçant une
vente aux enchères de Géorgie ! Les ventes aux enchères de "Nègres" étaient presque aussi régulières que les jours de marché.
Nègres à Charleston Paradoxalement, à cette époque l'esclavage était déjà sanctionné dans toutes les colonies britanniques
(Caroline du Sud) en d'Amérique. Ainsi en 1780, la Constitution du Massachusetts déclare que tous les hommes « naissent libres et
1769.
égaux ».
En 1783, après reconnaissance de l'indépendance des Etats-Unis par le Royaume-Uni, la ville de New York devient américaine.
Après 1790, l'exploitation des esclaves Noirs se répandit principalement dans les fermes et les plantations du Sud se consacrant à la
culture du tabac, du coton, de l'indigo ainsi que du riz.
La Constitution américaine était en effet paradoxale. Le terme "esclavage" ne fut
jamais cité mais une clause donna au gouvernement fédéral (le Congrès) le pouvoir de
réglementer et d'abolir l'importation des esclaves à partir de 1808. Même Thomas
Jefferson qui fut Président des Etats-Unis de 1800 à 1808 possédait des centaines
d'esclaves.
Restait à inventer les lois qui proclameraient l'émancipation des Noirs sur tout le
territoire et trouver les techniques et moyens financiers pour dédommager les
propriétaires d'esclaves. Rien que cette idée semblait déjà insurmontable. Elle resta donc
à l'état d'épure durant plusieurs législatures. Pour l'heure, seuls les Etats du Nord
respectaient la Constitution de l'Union.
Le 25 mars 1807, la loi portant sur l’abolition de la traite des esclaves reçut la sanction
royale et fut appliquée dans tout l’Empire britannique. L'abolition de l’esclavage sera Des esclaves dans une plantation de coton aux
effective aux Etats-Unis, au Canada, dans les Antilles (Jamaïque, Barbade, ...) ainsi que Etats-Unis en 1864. Document Hulton Archive.
dans toutes les colonies orientales du Commonwealth (Bengale, etc) à partir de 1833.
Devant l'expansion de l'industrie et de l'urbanisation, à partir du XIXe siècle la pratique de l'esclavage s'est progressivement déplacée
vers les Etats du Sud (Géorgie, Alabama, Mississippi, Louisiane, etc) où elle était tolérée par le pouvoir fédéral pour des raisons
économiques sur lesquelles nous reviendrons. Dans le Nord au contraire, dans "The Story of Louisiana", William O. Scroggs note que les
"Nègres" n'offraient aucun avantage car ils travaillaient mal du fait qu'ils supportaient moins bien les rigueurs du climat (sic) !

Peaux-Rouges et peaux noires


Etonnement, après 1800 les Indiens d'Amérique du Nord pratiquèrent également l'esclavage, collectant parmi les tribus vaincues des
prisonniers pour les travaux domestiques ou les sacrifices.
Dans le Sud, les "Cinq tribus civilisées" (Cherokee, Choctaw, Chickasaw, Creek et Séminole) avaient
poussé leur fascination pour le style de vie occidental au point de reproduire des maisons coloniales avec
leurs plantations et leurs... esclaves noirs comme on peut le voir sur la photographie présentée à gauche.
Cette pratique continua après leur délocalisation dans les réserves indiennes à partir de 1830.
Après l'affranchissement des esclaves (voir plus bas), bon nombre d'anciens esclaves Noirs sont restés
dans les réserves indiennes, certains fondant des familles avec leurs anciens maîtres. Fier de leur intégration,
ces Noirs portaient des vêtements indiens, les rendant encore plus atypiques parmi les "Peaux-Rouges".
Mais retournement bien ingrat de l'Histoire, de nos jours les indiens Cherokee qui représentent la
deuxième nation indienne des Etats-Unis après les Navajos ont voté une loi leur permettant d'exclure de leur

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06/05/2019 L'esclavage - l'Union contre l'esclavage (USA)
nation les descendants des esclaves Noirs qui résident encore sur leurs terres. Les nations indiennes
bénéficiant d'avantages et de subventions du gouvernement américain, les critiques ne voient dans ce scrutin
qu'une façon pour les Cherokees de légaliser l'épuration ethnique. Bien entendu, les indiens natifs et même
les métisses de Baja Californie considèrent qu'ils ne font que protéger leur communauté. En fait, si l'argent
des subventions n'a pas d'odeur, il a bien une couleur.

Le programme d'Abraham Lincoln : un casus belli


En 1854 naissait le Parti républicain, le GOP ("Great Old Party") comme on le surnomme aujourd'hui,
pour s'opposer à la loi Kansas-Nebraska autorisant la pratique de l'esclavage dans ces deux Etats. Le ton était
donné. Les Républicains voyaient dans cette loi la preuve que les propriétaires d'esclaves du Midwest et du
Sud conspiraient pour s'emparer du pouvoir fédéral et envisageaient d'étendre l'esclavage à tout le pays.
Indien d'un Etat confédéré Avocat de formation, Abraham Lincoln défendait également les vertus républicaines comme l'opposition à
possédant un bébé noir l'aristocratie, à la corruption et à l'esclavage. Le Parti républicain était de tendance centre-droite, proche des
esclave. milieux d'affaires et assez conservateur. Aujourd'hui le GOP en a gardé les traits bien que des courants
opposés évoluent dans ses rangs.
En 1857, alors que Lincoln était membre de la législature de l'Illinois, il proposa à ses collègues républicains
de consacrer des fonds « pour retirer tous les Noirs affranchis de l'Etat d'Illinois » et de les renvoyer dans leur
pays natal. Son idée sera violemment critiquée car son projet d'émancipation des Noirs avait un prix.
Pour les 11 Etats du Sud dits Confédérés (51 villes distribuées pour la plupart dans des zones agricoles), les
esclaves représentaient 38% de la population et contribuaient à 23% de la richesse des Blancs. Le fait que
Lincoln envisageait de réduire les droits des propriétaires d'esclaves était donc considéré comme une catastrophe
économique potentielle pour les Sudistes. Même ceux qui n'avaient pas d'esclaves étaient prêts à défendre leur
système économique, au besoin par les armes.
On estime qu'à cette époque l'ensemble du "parc" des esclaves Noirs présents sur le territoire des Etats-Unis
représentait une valeur marchande supérieure à 2.7 milliards de dollars (de 1973, soit dix fois le prix des
exportations annuelles de coton en 1860). Bien sûr le gouvernement ne pouvait payer une telle somme aux
propriétaires en une fois et comptait étaler les paiments sur 25 ans. Mais même ainsi cela allait tripler les Visage émacié et
dépenses fédérales. Des solutions alternatives furent envisagées, comme le fait de laisser les enfants en anguleux, au regard clair
mais sévère et profond, le
esclavage jusqu'à leur majorité, mais elles réduisaient peu la dette. Finalement le coût de l'émancipation fut si président Lincoln (1809-
élevé que même les anti-esclavagistes n'étaient plus d'accord de payer pour "racheter" ceux qui possédaient des 1865) était avocat de
esclaves. formation et savait
défendre ses opinions et
En parallèle, l'amélioration des conditions économiques dans le Nord et l'émergence d'un capital industriel convaincre son auditoire.
allaient bientôt faire s'effondrer l'organisation politique des Etats-Unis. Ce changement socio-économique C'était un homme
s'étendit d'abord dans les Etats du Nord et du Nord-Est très peuplés (New-York, Chicago, etc) puis de l'Ouest déterminé à sauver l'Union
sans influencer les Etats du Sud. Ainsi la population urbaine doubla partout dans les Etats-Unis sauf dans les et la Constitution, quitte
Etats Confédérés. Pour la classe bourgeoise et citadine, le temps d'un changement de stratégie économique était pour cela à user de la
venu et l'abolition de l'esclavage était l'une des voies du succès. Comme le diront les historiens, la "révolution force. Photo prise en 1861.
Document Civics Online.
du marché" était en route.
En 1858, Lincoln fit un discours sur les dangers de la désunion qui fera mouche parmi les sénateurs. Le public sera également sensible à
son éloquence et sa détermination, portant sa réputation au grand jour.
En 1860, Abraham Lincoln fut choisi pour conduire la liste républicaine à l'élection présidentielle. Il fut élu Président de l'Union le 6
novembre 1860 avec seulement 39.8% des suffrages, un score très faible qui s'explique par le fait que les Etats du Sud voyaient en lui une
menace pour leur économie.
Son discours inaugural parla d'amitié, de passion, d'union et de patriotisme. Figure emblématique, le président Lincoln avait promis de
ne pas étendre l'expansion de l'esclavage sur le territoire de l'Union, sans pour autant l'abolir.

A gauche, les Etats américains concernés par l'esclavage (brun-rouge) vers 1860, c'est-
à-dire 5 ans seulement avant son abolition. Document Slavery In America. A droite, une
annonce américaine de 1853. Un esclave noir adulte se vendait 1250$, une femme 800$
et un enfant de plus de 10 ans, 500$.

Bien que qualifié d'abolitionniste et condamnant la pratique de l'esclavage, Lincoln, tout comme Jefferson, favorisait en fait la
colonisation et donc la déportation des hommes de couleur. Son projet d'émancipation des Noirs ne s'appliquait qu'aux Etats "rebelles",
c'est-à-dire à ceux qui s'étaient retirés de l'Union et où l'esclavage n'était pas encore aboli.
Le mandat présidentiel de Lincoln n'allait pas être facile. Son administration était face à deux systèmes économiques incompatibles.
D'une part, dans le Nord, les jeunes patrons à la tête des industries naissantes souhaitaient développer leur marché intérieur. Ils avaient
besoin d'une politique protectionniste, de droits de douane et de prix élevés. Ils étaient également en faveur de l'égalitarisme. D'autre part,
dans le Sud, au contraire les propriétaires fonciers souhaitaient une politique de libre échange (absence de barrière douanière, liberté de
circulation des biens et service) afin d'écouler leurs produits agricoles vers l'Europe. Dépourvus d'industries, ils étaient en faveur de
l'esclavage.
Autrement dit, il était pratiquement impossible pour un industriel vivant dans le Nord de vendre ses machines dans le Sud. En outre, en
1832 déjà le Congrès à dominance Nordiste imposa une nouvelle taxe douanière que la Caroline du Sud (Confédérée) jugea dangereuse
pour son économie.
Les Etats Confédérés n'avaient pas d'autre alternative pour maintenir l'esclavage que de rallier à leur cause les nouveaux Etats et
territoires de l'Ouest. Mais ni l'Orégon ni la Californie ne l'acceptait. En revanche, le Nord voulait stopper cette hémorragie (sauf 4 Etats
du Midwest). La situation politique était donc tendue entre les Etats du Nord et du Sud, propice à l'éclatement d'une crise qui conduira à la
guerre civile.

Prochain chapitre
La Guerre de Sécession
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06/05/2019 L'esclavage - l'Union contre l'esclavage (USA)
[1] Nous ne nous étendrons pas sur la naissance des treize premières colonies anglaises d'Amérique du Nord (1583-1733) dont l'histoire est très bien
résumée sur le site Il était une fois le Nouveau Monde ainsi que sur Wikipedia.

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06/05/2019 L'esclavage dans le Nouveau Monde - 1. Dans les colonies portugaises et espagnoles

L'esclavage
L'esclavage dans le Nouveau Monde (IV)
Ecartelés entre l'Eldorado promis en Amérique du Sud, les plages paradisiaques des
Caraïbes, les terres vierge d'Amérique du Nord et la ruée vers l'Ouest, en quelques siècles des
dizaines de millions d'immigrants conquérirent ces nouveaux territoires en quête de richesses
et d'un avenir meilleur.
Dans ce contexte socio-économique de pleine croissance, les fermiers manquèrent
rapidement de main-d'oeuvre pour développer leurs affaires. C'est donc assez naturellement
qu'à partir du XVIe siècle le commerce négrier explosa dans le Nouveau Monde.
La traite s'est progressivement organisée depuis l'Europe, l'Afrique et les différents
comptoirs d'outre-mer, orchestré par le pouvoir en place et les lobbies coloniaux. La traite des
Noirs fut méthodique et participa à l'essor économie des colonies.
L'escalier de la "Maison des esclaves" sur l'île
Au début de la traite des Noirs les bateaux négriers partaient de l'île de Gorée située à de Gorée au Sénégal. Au bout du couloir, la
quelques brasses de Dakar, au Sénégal. L'île de Gorée fut découverte en XVe siècle par les "porte sans retour" où des chaloupes
Portugais. Durant plus de quatre siècles Gorée sera fréquentée par des bateaux venant du attendaient les esclaves. Ceux qui tentaient de
s'enfuir étaient tués soit au mousquet soit par
Portugal , d'Espagne, de France, d'Angleterre et même du Danemark. les requins. Document UNESCO.
Aujourd'hui l'île est évidemment mondialement connue pour sa "Maison des esclaves" et sa
fameuse "porte sans retour" donnant sur l'Atlantique... Pour mémoire, cette maison appartenait à Signare (déformation de senhora) Anne
Colas, une négrière métisse. Par la suite beaucoup de maisons du front de mer furent bâties sur ce modèle.
Entre le XVIe et le XIXe sècle, toutes les puissances maritimes participèrent au commerce négrier vers le Nouveau Monde. Après avoir
installé des comptoirs en Afrique puis en Amérique du Sud, les Portugais étendirent leurs routes commerciales jusqu'aux Indes. Puis ce fut
le tour des Conquisators Espagnols. Après avoir réussi la Reconquista (la reconquête du territoire d'Espagne sur les Maures et réunifier
leur territoire sous l'autorité des "Rois très Catholiques") ils partirent à leur tour à la conquête du Nouveau Monde grâce à Christophe
Colomb. Plus tard l'Angleterre puis la France les rejoignirent. On y reviendra.
Certains routes comme celles des Caraïbes, d'Amérique du Sud ou des Etats-Unis eurent une fréquentation inimaginable aujourd'hui.
Dans son livre sur l'histoire des Pygmées, Victor Bissengué estime qu'entre le XVIe et le XIXe siècle 50 millions d'esclaves noirs furent
envoyés dans les colonies. Si certains auteurs ont recensé 11 millions d'esclaves dans le Nouveau monde, pour l'UNESCO le nombre
d'esclaves et de déportés atteignit 100 millions de personnes !

Les principales routes de l'esclavage entre le VIIIe et le XIXe siècle. Des


navires chargés de pacotilles quittaient les ports européens vers l'Afrique.
Les denrées étaient échangées contre des esclaves. Ceux-ci étaient
ensuite acheminés vers les colonies d'Amérique : c'est le commerce
triangulaire. Document UNESCO/Marc Verney/RFI adapté par l'auteur.

Au XVIIIe siècle, on arriva au paroxysme de la traite des Noirs. Le commerce européen des esclaves donna naissance au "commerce
triangulaire" entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique. Des navires chargés de pacotilles quittaient les ports européens vers l'Afrique
(Sénégal, Guinée, Bénin, Congo, Zanzibar). Les denrées étaient échangées contre des esclaves. Ceux-ci étaient ensuite acheminés dans des
conditions inhumaines vers les colonies d'Amérique (portugaises, anglaises, hollandaises, espagnoles et françaises). Du Nouveau Monde,
les navires repartaient vers l'Europe avec des produits tropicaux et des métaux précieux. Parfois les navires revenaient avec des indigènes
qu'ils exhibaient à la Cour des Roi, dans les foires et parfois même dans les zoos (Angleterre, 1908).
Outre les documents administratifs, les photographies et la mémoire des peuples qui attestent de ce commerce, la seule preuve "vivante"
que nous avons de ce trafic qui dura parfois plusieurs siècles se lit aujourd'hui sur le visage des ressortissants de ces pays d'outre-mer qui
dans certaines îles des Antilles représentent une population à 95% noire (Haïti). Autre signe indéniable de la colonisation, au Brésil près de
la moitié de la population est métissée.
Voyons comment tout cela a commencé en distinguant trois routes commerciales et trois manières de réglementer le commerce des
esclave avant d'aboutir finalement à l'abolition de cette pratique :
- L'esclavage dans les colonies portugaises et espagnoles (Amérique centrale et du Sud)
- L'esclavage dans les colonies françaises (Antilles, Guyane, Réunion)
- L'esclavage dans les colonies anglaises d'Amérique du Nord (Etas-Unis).

L'esclavage dans les colonies portugaises et espagnoles


Avec la bénédiction du pape
L'expansion de l'esclavage aux colonies d'outre-mer remonte à l'époque des grandes découvertes. La première reconnaissance officielle
de l'esclavage dans les colonies remonte à 1445, époque à laquelle une bulle du pape Eugène IV autorisa le Portugal à réduire en esclavage
les peuples infidèles du Nouveau Monde.
A son tour, en 1454 le pape Nicolas V autorisa le roi du Portugal à pratiquer la traite en Afrique.

Aux Antilles
Le 3 août 1492 Christophe Colomb affreta deux caravelles et une nef à destination des Indes. En fait il partit réellement des îles Canaries
car il dut réparer un gouvernail. Après une longue traversée et évité de justesse une mutinerie, le 12 octobre Colomb découvrit l'île de San
Salvador, ainsi baptisée car il estima que c'était le Christ, le Saint Sauveur, qui sauva son expédition. Puis il découvrit Cuba, la Dominique,
la Guadeloupe et Montserrat, bref les Antilles. Colomb était persuadé d'avoir atteint l'Asie.
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06/05/2019 L'esclavage dans le Nouveau Monde - 1. Dans les colonies portugaises et espagnoles

A gauche, réplique de la caravelle Niña affretée par Christophe Colomb en 1492. A droite,
arrivée de Christophe Colomb en Amérique, le 12 octobre 1492. Documents Anonyme et
Library of Congress.

Dès le deuxième voyage en 1493, des Noirs furent embarqués dans les caravelles. Christophe Colomb découvrit Saint-Barthémely,
Porto-Rico puis la Jamaïque.
A Hispaniola (l'île rassemblant aujourd'hui les Etats de la République Dominicaine et Haïti), les explorateurs espagnols firent prisonnier
1500 amérindiens Arawaks qui seront parqués comme des animaux. Les Espagnols tenteront de les ramener en Europe pour en faire des
esclaves mais la plupart succombèrent sous la maltraitance ou lors du voyage de retour.
Environ 300 Amérindiens survécurent et seront mis aux enchères en Castille après 1496. On raconte que Christophe Colomb vendit
chaque Améridien pour 5000 maravedis, presque rien. L'expression nous est restée : "Cela ne vaut pas un maravédis" pour signifier que
cela n'a aucune valeur.
Rapidement toutes les îles des Antilles seront colonisées par les Espagnols (Cuba,
Santiago, Porto Rico, Santa Crux, Guadalupe, Dominica, Martinina, etc) puis certaines
seront acquises par les Britanniques, les Français ou même les Danois.
En Jamaïque (Santiago) par exemple les Anglais boutèrent les Espagnols hors de la
colonie mais conservèrent leurs esclaves (les Marrons signifiant "fier et sauvage"). Après
le déclin de la population amérindienne, les Britanniques importèrent des esclaves
d'Afrique. Les Français coloniseront la Guadeloupe et la Martinique en 1635 puis
massacreront les Amérindiens. Santa Crux fut colonisée par les Danois en 1672 (Indes
occidentales danoises) puis passera sous protectorat américain en 1917 (U.S. Virgin
islands) contre la somme de 25 millions de dollars.
Après quatre voyages et passé huit années à explorer des dizaines d'îles, Colomb perdit
Le Belem en Martinique. Document M.Pabois. toutes ses illusions de mettre pieds en Inde. Pourtant, en atteignant le Vénézuéla puis
Panama il avait découvert un nouveau continent qui sera signalé à la même époque par le
navigateur italien Amerigo Vespucci.
Pour ne pas alourdir cet article, nous décrirons séparément cet événement historique à l'origine du nom de baptème de l'Amérique. Nous
verrons également qu'elles furent les conséquences économiques comme linguistiques du Traité de Tordesillas signé à la même époque.

A lire : L'Amérique a-t-elle usurpé son nom ?


Le Traité de Tordesillas

En Amérique centrale
Au XVe et au XVIe siècle, il faut bien avouer que l'esclavage était devenu banal. En 1514, le juriste espagnol Jean Lopez de Palacios
Rubios (1450-1525) dû publier un "Requerimiento" (une sommation) pour éviter les abus commis par les Conquistadores dans l'esclavage
des Amérindiens et pour convertir ces derniers à la religion catholique si besoin par la force et la menace.
Le XVIe siècle fut marqué par de multiples tragédies humaines. Les expéditions de Cortès
et de Pizarro seront les plus sanglantes.
En 1519, Hernan Cortès débarqua à Tabasco, au Mexique. Une prophétie Aztèque
remontant à dix ans avait prédit qu'un feu enflammerait le ciel durant la nuit, annonçant qu'un
malheur allait s'abattre sur l'Empire. Signe prémonitoire que le temps était venu, l'année
précédent l'arrivée de Cortès, de grandes lueurs et même une comète auraient été observées
par les Aztèques.
L'empereur Moctézuma II n'y prêta pas attention et alla à la rencontre des Espagnols en
toute confiance, les invitant à Tenochtitlan (Mexico) en ses termes : "Bienvenus dans notre
L'empereur Moctézuma II observant une
pays, mes seigneurs !", estimant probablement que leur chef de file était un dieu. comète l'année précédent l'arrivée des
Les espions de Cortès lui avait déjà dit que l'Empereur avait la fierté d'un pharaon d'Egypte Conquistadors espagnols au Mexique. Mauvais
et disposait de centaines de serviteurs qui balayaient le chemin devant son passage. Cortès présage car il sera assassiné en 1520.
décida de se faire passer pour le dieu Quetzalcoatl.
Pour son expédition Cortès était accompagné d'une jeune femme métisse native d'Amérique appelée Doña Marina par les Espagnols et
La Malinche par les Aztèques qui lui servit d'interprète. Elevée à la vie de la Cour, diplomate et autoritaire, elle devint le bras droit de
Cortès dans toutes ses affaires militaires et influença fortement ses décisions. Elle deviendra sa maîtresse et lui donnera un enfant avant de
le quitter.
Cortès sera traité à l'égal d'un empereur par Moctézuma II. Devant la beauté de sa cité entourée de lacs et de
sommets enneigés, ayant apprécié la qualité des parures d'or et d'argent et ne voyant aucun signe d'hostilité et très
peu d'hommes armés, Cortès comprit vite qu'il était dans une sorte de Paradis et en territoire conquis.
La relation se passa bien mais en 1520, suite à des malentendus avec un autre explorateur qui tua le clergé
aztèque, les Aztèques massacrèrent une partie de l'armée de Cortès lors de la "Noche Triste". Cortès ne tarda pas à
répliquer et en 1525 ses troupes massacrèrent tous les Amérindiens. Mais le génocide n'alla pas s'arrêter là. Cortès
se lança à la conquête du pays qu'il baptisa la "Nouvelle Espagne".
Arrivés au Mexique armés jusqu'aux dents, portant des sabres en acier et des bouclés, équipés d'armes à feu, de
canons et d'arc à flèches - autant d'armes inconnues des Amérindiens -, les Conquisatores étaient pratiquement
invincibles. Par ailleurs, porteurs de maladies inconnues dans le Nouveau Monde, les Espagnols s'attaquèrent
également à un peuple qui n'avait aucune défense immunitaire. En l'espace de 20 ans les Conquistadors
Hernan Cortès. exterminèrent 95% de la population Mexicaine déjà estimée à 19 millions d'habitants !

En Amérique du Sud
En 1532, Francisco Pizarro arriva au Pérou avec 180 hommes et 37 chevaux. Digne héritier des méthodes sanglantes de Cortès, Pizarro
fit prisonnier l'Inca Atahualpa, prétendant au pouvoir impérial et provoqua un massacre parmi la population effrayée par les chevaux et
l'armement des Castillants. Pizarro contraignit les Incas à lui donner tous leurs trésors puis assassinat leur chef en 1533. Pizarro conquit
ensuite Cuzco puis Quito (grâce à Belalcazar) avant de fonder Lima (Ciudad de los Reyes).

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06/05/2019 L'esclavage dans le Nouveau Monde - 1. Dans les colonies portugaises et espagnoles
Mais pour coloniser un pays, trouver de l'or et des pierres précieuses (les Conquistadores
trouvèrent surtout de l'argent), abattre les arbres, bâtir des villes et cultiver la terre, les militaires
souvent issus de la noblesse, ne voulaient pas s'abaisser à effectuer de vil travaux. Ils avaient donc
besoin de mains-d'oeuvre. Pizarro comme Cortès et Cabral non seulement pillèrent et saccagèrent les
colonies mais firent souffrir des milliers d'Améridiens d'esclavage et exterminèrent certaines tribus.
Du moins à quelques exceptions près, car en 1530 pour la première fois l'Empereur Charles Quint
interdit l'esclavage des Amérindiens, position suivie sept ans plus tard par le pape Paul III. Toutefois,
la condamnation par l'Eglise romaine eut peu d'effet dans les colonies.
A son tour l'évêque espagnol Bartolomé de Las Casas prit la défense des Améridiens. En 1542, des
lois furent même promulguées pour protéger les indigènes mais elles furent également peu respectées
car elles entraient en conflit avec les intérêts des miniers. Atahualpa (1502-1533).
Finalement en 1550 Charles Quint affranchit tous les esclaves des Indes occidentales. Trois ans
plus tard l'Angleterre commença à pratiquer la traite.
En 1546, il y avait 600 Noirs dans les troupes de Pizarro. Les Espagnols (comme les Améridiens) les considéraient comme des
serviteurs. Mais une fois la colonisation terminée, les Noirs perdront leur prestige et redeviendront esclaves.
Suite à la colonisation des "deux Indes", les Noirs resteront en esclavage car ils résistaient soi-disant beaucoup mieux que les Blancs à la
chaleur des Tropiques. Les Noirs furent très nombreux à Saint Domingue (la République Dominicaine) où ils dépassèrent très tôt le
nombre d'indigènes (les Taïnos du groupe des Arawaks). On y reviendra. Ce fut également le cas en Amérique centrale où les Noirs seront
utilisés dans toutes les plantations. Localement ils seront même exploités par les indiens Caraïbes suite au nauvrage deux bateaux négriers
en 1635 et 1672 à Saint Vincent.
En 1713, suite aux traités d'Utrecht, les Hollandais et les Anglais obtinrent "l'Asiento", c'est-à-dire le
monopole du transport des Noirs d'Afrique vers les colonies espagnoles des Caraïbes et d'Amérique du Sud.
Au Surinam par exemple, ancienne Guyane hollandaise, l'influence de la colonisation et des flux migratoires
se lit sur le visage des habitants. Aujourd'hui 41% de la population (31% de Créoles et 10% de Marrons) soit
presque une personne sur deux est métissée et à des origines africaines. Les autres ethnies sont constituées
d'émigrants Hindustani (37%), Javanais (15%), Amérindiens (2%), etc.
Les Noirs furent également relativement nombreux au Mexique, au Pérou, en Argentine et au Chili. Selon le
recensement établi en 1775 par le cosmographe et explorateur Juan Lopez de Velasco dans son "Traité de
géographie", en 1570 « les Amériques espagnoles seraient peuplées de 9.3 millions d'habitants, dont la majorité
8.95 millions seraient des Indiens, 120000 des blancs et 2.3 millions des Noirs, des mulâtres et des métis ».

Métisse à Paramaribo Au Brésil


(Surinam). Document Pim Le Brésil connut une traite négrière encore plus importante que les Antilles ou les Etats-Unis. Le
Rupert. Conquistador portugais Pedro Alvares Cabral s'établit au Brésil en 1500. A priori rien ne s'opposait à l'esclavage
des Amérindiens qu'on retrouva même sur les marchés de Lisbonne. Toutefois en 1570 une loi sur les indigènes fut adoptée stipulant qu'on
ne pouvait réduire en esclavage que les Indiens pris dans une juste guerre ou anthropophages.
En 1573, une lettre royale permit de rendre esclaves tous les Amérindiens « sauf dans les cas manifestement injustes ». L'interprétation
du texte était bien entendu laissée à l'appréciation des Portugais dont ils profitèrent largement durant deux siècles.
Le Portugal abolit finalement l'esclavage par un décret du 12 février 1761 du Marquis de Pombal mais il ne sera officiellement aboli au
Brésil qu'en 1888.
Quelles traces reste-t-il aujourd'hui de cette période d'esclavage au Brésil ?
Quand on observe les Brésiliens (et les Brésiliennes !) d'aujourd'hui, on constate
que la plupart ont un hâle bronzé qui n'a rien à voir avec une cure récente de
Soleil.
En fait, si on se penche sur l'histoire de son peuple, on constate que les
Amérindiens du Brésil ont travaillé aux côtés des esclaves Africains ce qui
conduisit à de nombreux échanges culturels et à métissage qui pris ici une
importance qui n’existe nulle par ailleurs.
Ainsi, selon les statistiques de la CIA, en 2011 le Brésil comptait environ 204
millions d'habitants. Un relevé établi par Census en 2000 répartit la population en
54% de Blancs, 38% de Métisses, 6% de Noirs et 1.6% de minorités dont 0.9% de
Japonais, Arabes et Amérindiens mais parfois déjà métissés. Importance du commerce des esclaves Noirs dans les
différents régions du Nouveau Monde.
Suite à la colonisation et l'intensification des flux migratoires, à l'exception des
îles, le Brésil est devenu le pays le plus métissé au monde où presque une personne sur deux à des origines africaines et/ou amérindiennes.
Pour souligner l'importance du métissage dans ce pays, l'administration brésilienne a retenu la couleur "pardo" (gris) pour désigner
l'ensemble des Métis qui seront bientôt majoritaires, c’est-à-dire un mélange qui résulte du mixage des populations originelles, indienne,
noire et blanche.
Ceci dit, la mémoire collective a gardé une trace des atrocités du passé que semble toujours refouler la population. En 1990, l'Institut
Brésilien de Géographie et de Statistique (IBGE) avait relevé plus de 100 nuances de traits physiologiques dans la population brésilienne
mais il constata que les personnes interrogées s'attribuaient des caractères s'éloignant autant que possible de la couleur noire.
Autre pays, autre moeurs, les colonies françaises se singularisèrent en matière d'esclavage avec le "Code Noir" du roi Louis XIV.

L'esclavage dans les colonies françaises


En 1685, le roi de France Louis XIV dit le "roi Soleil" voulut étendre son pouvoir aux colonies. Par l'entremise de son ministre Jean-
Baptise Colbert, il imposa le "Code Noir" dans lequel il définit une doctrine de l'esclavage.
Dans une soixantaine d'articles, le monarche absolu décrivit le statut et la manière de soumettre les esclaves nègres. Ce Code
rassembla toutes les dispositions légales en vigueur dans les colonies françaises des Antilles (1685), de Guyane (1704) et de l'île de la
Réunion (île Bourbon, 1723) et servit par la suite de modèle à d'autres colonies européennes.
Louis XIV motiva ses ordonnances par cinq préoccupations majeures : sauver l'âme des esclaves, garantir leur
soumission par la terreur, limiter la barbarie des maîtres, définir les conditions de vente et d'héritage des esclaves et
codifier les conditions d'affranchissement.
Dans le 1er article de ce Code, on ne s'étonnera pas que Louis XIV, catholique intolérant (il révoqua l'Edit de
Nantes - pluriconfessionnel - en 1685) exprima un objectif religieux en exigeant l'expulsion de « tous les juifs qui
ont établi leur résidence [dans les îles ...] comme aux ennemis déclarés du nom chrétien ». L'Article 2 impose que
« Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés... ».
D'emblée le "Code Noir" fait apparaître la notion d'esclave comme un fait, peu importe sa légitimation. L'esclave
est considéré comme une personne de non-droit, tel un objet comme le précise son Article 44 : « Déclarons les
esclaves être meubles et comme tels entrer dans la communauté, n'avoir point de suite par hypothèque, se partager
également entre les cohéritiers, sans préciput et droit d'aînesse, n'être sujets au douaire coutumier, au retrait
féodal et lignager, aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des décrets, ni au retranchement des quatre
quints, en cas de disposition à cause de mort et testamentaire ». Bref l'esclave n'avait aucun droit si ce n'était celui de travailler. Les

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06/05/2019 L'esclavage dans le Nouveau Monde - 1. Dans les colonies portugaises et espagnoles
punitions étaient synonymes de mutilation (oreille coupée, brûlure au fer rouge, jambe coupée), de pendaison ou de mort à la troisième
tentative.
Selon le philosophe français Louis Sala-Molins (1987), le Code Noir est « le texte juridique le plus monstrueux qu'aient produits les
Temps modernes ». Pire, dans certains familles bourgeoises françaises le sujet est encore tabou !
L'esclavage dans les colonies françaises et notamment aux Antilles fut tout aussi violent que dans les autres
colonies : objet de non-droit, les esclaves faisant l'objet de tous les commerces et de tous les abus. Comme les
Portugais, les Espagnols et les Américains avant eux, les colons français souvent d'ascendance noble, ont débarqué
dans les îles accompagnés de centaines d'esclaves. Une fois installé et devenus de riches propriétaires fonciers,
certains comtes et autres barons installés en Martinique ou en Guadeloupe trouvèrent un plaisir sadique à mutiler
les esclaves et abuser des femmes. La mise à mort des voleurs et autres criminels était aussi banale que les contrats
négriers.
Mais un siècle plus tard, la Révolution française de 1789 bouleversa ce régime "royal" accordé aux colonies. Le
15 mai 1791, l'Assemblée nationale accorda le droit de vote à certains hommes de couleur. Ce début
d'émancipation inquièta les colons blancs installés à Saint Domingue qui envisagaient de proclamer l'indépendance
de l'île pour préserver leur économie florissante. Cette demi-mesure instaurée par Paris ne satisfaisait pas non plus
les esclaves affranchis mulâtres tel François Ogé qui réclamaient une véritable égalité entre esclaves et colons.
Le 14 août 1791, au cours d'une cérémonie vaudou dirigée par le prêtre Boukman au Bois-Caïman, près de Morne-Rouge, les esclaves
qui avaient fui les plantations et s'étaient réfugiés dans les forêts (appelés esclaves marrons) revendiquèrent l'abolition de l'esclavage.
Un soulèvement populaire s'en suivi le 22 août 1791, dirigé par Boukman et ses lieutenants. Durant cette insurrection des centaines de
sucreries et de caférières (plantations de café) furent détruites. Des centaines de Blancs furent massacrés. Ce sera le début d'une longue
guerre qui conduira à l'indépendance de la colonie.
Les insurgés noirs reçurent le soutien des affranchis, dont le célèbre François Ogé. La révolte sera finalement organisée par François
Toussaint, un cocher âgé de 48 ans et affranchi depuis 15 ans. Il entra au service de François Biassou et ne tarda pas à faire la preuve de
son courage et de sa détermination pour abolir l'esclavage. François Toussaint sera surnomé "L'ouverture" (Louverture) en raison de sa
bravoure.
Le 28 mars 1792, l'Assemblée législative vota l'égalité de droit entre tous les hommes libres. Excluant les esclaves de tout droit, cette
nouvelle demi-mesure réattisa la révolte des esclaves à Saint Domingue.
A la même époque, les Espagnols envisagèrent d'envahir le territoire français de Catalogne. L'exécution de Louis XVI en 1793 marqua
le début de la guerre franco-espagnole dans les pyrénée orientales.

A gauche, rébellion d'un esclave sur un bateau négrier. Peinture


réalisée par Edouard Antoine Renard en 1833. A droite, la Révolution
française et la prise de la Bastille le 14 juillet 1789. A droite de l'image,
en jabot de soie blanc le gouverneur De Launay est emmené à la
guillotine par les assaillants.Voici un autre dessin de Jean et Pierre Le
Campion (propriétaire des droits inconnu). Documents Musée du
Nouveau Monde de La Rochelle et RMN.

Dans les colonies, conformément au Traité de Tordesillas, les Espagnols occupaient la partie orientale de Saint Domingue (Santo
Domingo). Ayant eu vent de la guerre franco-espagnole, Toussaint Louverture et Biassou négocièrent avec les Espagnols le droit de
combattre les Français en échange d'une promesse de liberté pour tous les esclaves. Les insurgés acceptèrent et Toussaint Louverture fut
promu lieutenant général dans l'armée espagnole et reçut le commandement d'une bridage de 4000 hommes.
Devant l'ampleur de la révolte des esclaves et face aux menaces d'invasion anglaise et espagnole, les commissaires de la République
française Sonthonax et Polverel se résignèrent à proclamer la liberté générale des esclaves.
C'est ainsi que le 29 août 1793 la province du Nord de Saint Domingue fut libérée et le 4 septembre les
régions Ouest et Sud de l'île. La Convention généralisa ces décisions par le décret du 4 février 1794 abolissant
l'esclavage dans l'ensemble des colonies françaises. Mais en 1802, sous l’influence du lobby colonial,
Napoléon Bonaparte rétablit l'esclavage et la traite des Noirs.
Entre-temps, à partir de 1792 les puissances Françaises et Anglaises s’affrontèrent dans plusieurs parties du
monde et notamment aux Antilles. Plusieurs îles passèrent alternativement entre les mains des belligérants
jusqu'en 1815. Finalement, la Jamaïque et la Barbade par exemple passèrent définitivement aux mains des
Anglais tandis que la Guadeloupe et la Martinique parmi d'autres îles restèrent aux mains des Français.
Après avoir visité l'Amérique, certains Etats du Sud, le Mexique et Cuba, à partir de 1830 l'écrivain français
Victor Schoelcher d'origine alsacienne fut sensibilisé par la traite négrière. Dix ans plus tard il écrivit
plusieurs livres sur le sujet dans lesquels il exprima son désir d'abolir l’esclavage immédiatement et non de
Emancipation à la Réunion.
Huile sur toile d'Alphonse
manière progressive. Il décrivit notamment les effets bénéfiques de la suppression de l’esclavage dans les
Garreau. Le député Sarda colonies britanniques pour convaincre les esclavagistes français que la liberté du travail n’était pas synonyme
Garriga apporte à l'île de La de ruine pour les colonies.
Réunion, le 20 décembre
1848, le décret abolissant
En 1848, sous la IIe République, Victor Schoelcher fut nommé sous-secrétaire d'Etat aux Colonies
l'esclavage devant une foule françaises. Héritier des courants abolitionnistes, le 27 avril il parvint à faire signer le nouveau décret
calme et reconnaissante. A d'abolition de l'esclavage. Dans son article premier il stipule : « L'esclavage sera entièrement aboli dans
l'arrière-plan la statue de la toutes les colonies et possessions françaises, deux mois après la promulgation du présent décret. A partir de
liberté. Tableau exposé au la promulgation du présent décret dans les colonies, tout châtiment corporel, toute vente de personnes non
Musée des Arts d'Afrique et
d'Océanie. Document
libres, seront absolument interdits ».
RMN/Photo Jean-Gilles Victor Schoelcher sera député de la Guadeloupe en 1849. Il mourut dans les Yvelines (F) en 1893.
Berizzi.
Aujourd'hui, la Martinique pour ne citer qu'une seule colonie française d'outre-mer est devenue une
destination de villégiature pour nombre de francophones. Mais les Européens doivent venir en Martinique sans préjuger et en acceptant
les gens tels qu'ils sont. Le peuple est chaleureux, il est simple mais il est susceptible car les Martiniquais comme tous les Antillais ont
conservé la mémoire du passé et de profondes blessures.
Après le Portugal, la France fut la deuxième grande puissance à abolir l'esclavage. L'Espagne attendra de subir les guerres séparatistes
Créoles et l'abolition de l'esclave aux Etats-Unis (1865) pour abolir à son tour l'esclavage en 1886.

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Mais ce n'était pas pour autant que l'esclavage n'existait plus dans les colonies, notamment en Afrique. Le commerce des esclaves
continua quelques temps, principalement à destination des pays musulmans (Afrique Noire, Europe, mer Noire).
Voyons à présent qu'elle fut la situation sur le sol américain, et notamment les raisons qui poussèrent ce pays à déclencher la Guerre de
Sécession (Civil War) qui conduira à l'abolition de l'esclavage.

Prochain chapitre
L'Union contre l'esclavage
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06/05/2019 L'esclavage des Amérindiens, l'autre péché originel de l'Amérique | Slate.fr

L'esclavage des Amérindiens,


l'autre péché originel de
l'Amérique
Traduit par Peggy Sastre — 23 octobre 2016 à 8h30 — Temps de lecture : 16 min

Rebecca Onion

Les Européens ne se sont pas contentés de déplacer les


Amérindiens, ils les ont réduits en esclavage, et ont
incité des tribus à participer à ce commerce d'êtres
humains. Un phénomène d'une ampleur et d'une
complexité que les historiens commencent tout juste à
appréhender.

Voici trois histoires d'esclavage en Amérique du Nord. En


1637, dans le Connecticut, un groupe de Pequots, hommes
et adolescents, se soulèvent contre les colons anglais –
l'insurrection est matée dans le sang, les hommes vendus
dans des plantations des Caraïbes en échange d'esclaves
africains, ce qui permet aux colons de se débarrasser
d'éléments perturbateurs en leur sein. (On presse les
femmes de la tribu à devenir servantes dans les foyers
blancs de la Nouvelle-Angleterre, qui manquent
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06/05/2019 L'esclavage des Amérindiens, l'autre péché originel de l'Amérique | Slate.fr

cruellement de domestiques). En 1741, une caravane de


Sioux longue de 250 mètres, récemment asservis, et
propriété d'un groupe de
guerriers Cris, Assiniboines et Monsonis, arrive à
Montréal –ils seront vendus aux colons français, affamés
de serviteurs et d'ouvriers agricoles. En 1837, le Cherokee
Joseph Vann, exilé de sa Géorgie natale après l'Indian
Removal, se rend en Territoires indiens accompagné d'au
moins 48 esclaves noirs. Dans les années 1840, on raconte
que Vann possédait des centaines d'esclaves, des chevaux
de course, et un bateau à vapeur.

Une vision réductrice du passé américain se focalise


d'ordinaire sur deux péchés historiques et multi-
centenaires: l'esclavage et la spoliation des Africains d'un
côté, et la déportation des autochtones américains de
l'autre. Depuis quelques années, une nouvelle vague de
spécialistes de l'esclavage en Amérique concentre son
analyse sur la manière dont ces deux abominations ont pu
se recouper. Les histoires qu'ils ont découvertes éclairent
l'esclavage africain –un récit toujours dominant dans la
mémoire nationale américaine– d'une lumière nouvelle et
révèlent combien les graines de ce système ont été
plantées, au départ, pour exploiter le travail des
Amérindiens. En outre, des données historiques sur

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l'esclavage des autochtones montrent comment le désir


blanc d'asservir des travailleurs allait intensifier le chaos
du contact, en bouleversant les dynamiques politiques
intertribales et en créant des foyers d'incertitude et
d'instabilité chez des populations qui avaient d'ores et déjà
énormément de mal à s'adapter à un équilibre des pouvoirs
radicalement nouveau.

Avant d'appréhender l'esclavage des Amérindiens à un


niveau local (sans doute le seul point de vue pertinent face
à une histoire aussi variée et fragmentée), il convient de se
faire une idée de l'ampleur du phénomène. A quelle
fréquence les populations autochtones étaient-elles
réduites en esclavage par les Euro-Américains ? Difficile
de donner des chiffres, car dans la plupart des cas, lors de
la période coloniale, l'esclavage des Amérindiens s'est fait
de manière illégale, opportuniste, et sans trace matérielle.

Mais certains historiens tentent quand même le coup.


Voici quelques estimations: des milliers d'Amérindiens ont
été réduits en esclavage en Nouvelle-Angleterre coloniale,
selon Margaret Ellen Newell. Alan Gallay écrit qu'entre
1670 et 1715, le nombre d'esclaves amérindiens exportés
via Charles Town (aujourd'hui Charleston, en Caroline du
Sud) dépasse celui des esclaves africains qui y sont
importés. Brett Rushforth a essayé d'établir le bilan total
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de l'esclavage des populations amérindiennes, et il estime


qu'entre 2 et 4 millions d'autochtones ont été réduits en
esclavage en Amérique du Nord et du Sud pendant toute
la période où la pratique avait cours –soit un chiffre bien
plus élevé que ce qu'on pouvait escompter
précédemment. «Cela n'atteint pas le niveau de la traite
négrière», qui verra 10 millions d'individus déportés sur le
continent américain, mais reste que l'histoire primitive des
colonies européennes en Amérique est marquée par
l'asservissement des autochtones. «Même en poussant
jusqu'aux années 1680 ou 1690, le nombre d'Indiens
esclavagisés dépasse alors celui des Africains».

A LIRE AUSSI

Au Canada, la politique d'assimilation


des Amérindiens qualifiée de «génocide
culturel»
Lire l'article

«Captifs légitimes»
Une pratique qui remonte aux premières heures des
colonies européennes qui allaient devenir les États-Unis.
Prenez les Pequots, asservis en 1637 après leur conflit
avec les Anglais. Comme l'écrit Newell dans un livre paru
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en 2015, à l'heure où le navire Desire expédie les vaincus


aux Caraïbes, cela faisait des années que les colons de
Nouvelle-Angleterre, avides de corps et de bras pour
renforcer leur maigre main-d’œuvre, expérimentaient
diverses stratégies pour exploiter les autochtones.

Durant la Guerre des Pequots, déclenchée par des luttes


commerciales et territoriales entre Européens, Pequots et
tribus rivales, les colons font explicitement de la capture
d'esclaves l'un de leurs objectifs. Des soldats expédient
des groupes de Pequots faits prisonniers à Boston et
ailleurs, tout en revendiquant la propriété de tel ou tel
individu. Israel Stoughton est l'un d'entre eux. Dans une
lettre à John Winthrop, il dit avoir envoyé «48 ou 50
femmes et enfants» au gouverneur afin qu'il les distribue à
sa guise:

«Il y en a une (…) la plus claire et la plus grande à qui j'ai


offert un manteau pour la vêtir. Mon désir est de l'avoir
pour servante (…). Il y a une petite Squaw que Stewart
Calaot désire (…) Le lieutenant Davenport en désire aussi
une, une grande qui a trois traits dessinés sur le ventre».

Quelques années après la fin de la guerre, en 1641, les


colons de la baie du Massachusetts entérinent la première
loi régissant l'esclavage en Amérique britannique, dans
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une section du Body of Liberties. L'esclavage est permis


quand il concerne «les captifs légitimes des guerres et les
étrangers désireux de se vendre eux-mêmes ou qui sont
vendus à nous» et le texte laisse suffisamment de champ
pour légaliser le servage d'autres individus que les
autorités pourraient avoir un jour en tête. C'est cette loi qui
codifiera la possession de travailleurs autochtones, et
permettra l'expansion de la traite des Africains.

L'esclavage avait commencé avant


les colonies
En Amérique, l'esclavage n'a pas été inventé par les
Européens. La grande majorité des tribus installées sur les
territoires qui allaient devenir les États-Unis et le Canada,
si ce n'est leur totalité, pratiquaient l'esclavage avant
l'arrivée des Européens. Mais ces tribus étaient diverses et
n'appréhendaient pas toutes l'esclavage de la même
manière (un détail qui a son importance, vu la propension
des Américains à amalgamer tous les Amérindiens dans
une seule et même catégorie). Des traditions qui se sont
aussi se modifiées au contact des Européens. «Il y a
beaucoup d'esclavages, et le colonialisme les a confrontés
les uns aux autres», m'a expliqué l'historienne Christina
Snyder, auteure d'un livre sur l'esclavage amérindien dans
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le sud-est. Un contact qui allait modifier les pratiques des


autochtones au cours du temps, et à la faveur de
l'opposition des tribus, ou de leur adaptation, aux
demandes européennes. Reste que l'esclavage tel que le
pratiquaient les Amérindiens relevait en général de
logiques familiales, reproductives ou diplomatiques et ne
se limitait pas à l'extraction d'une main-d’œuvre
domestique ou agricole. Entre ces esclavages et la traite
négrière, les différences sont énormes.

Dans son livre sorti aux États-Unis en 2009, L'empire


comanche, l'historien Pekka Hämäläinen détaille le
recours à l'esclavage chez les Comanches pendant
l'apogée de leur domination sur le sud-ouest américain,
entre 1750 et 1850. En partie, l'hégémonie comanche se
fondait sur une supériorité numérique et l'esclavage
participait de cette stratégie. Hämäläinen écrit que les
Comanches faisaient passer leur captifs par tout un
processus d'asservissement très rigoureux –une initiation
déshumanisante qui voyait les non-Comanches perdre leur
nom, être tatoués, frappés, mutilés et affamés.

Mais une fois l'asservissement formalisé, l'esclave pouvait


jouir d'une certaine liberté et de certains avantages. Les
propriétaires se faisaient garants de leurs esclaves
masculins, ce qui protégeait ces derniers des mauvais
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traitements et leur évitait d'être revendus. Les femmes


pouvaient être mariées à la tribu et, au bout d'un temps, en
devenaient des «membres à part entière», écrit
Hämäläinen. Les enfants étaient tout simplement adoptés.
Et après une période traumatisante, les esclaves obtenaient
un statut de quasi-liberté: leurs enfants nés dans cette
nouvelle tribu étaient considérés d'office comme
Comanches.

Brett Rushforth mentionne une tradition similaire


d'«aliénation natale» pratiquée par les tribus esclavagistes
du Pays-d’en-Haut (le nom français désignant la région
des Grands Lacs et l'ouest de Montréal) et qui visait à
destituer un ou une esclave de son identité et de sa vie
antérieure. Rushforth ne minime absolument pas l'horreur
du processus, mais souligne «qu'au lieu d'être un système
fermé, conçu pour exclure –ne jamais permettre aux
esclaves et à leurs descendants de participer pleinement à
la société de leurs maîtres, même une fois affranchis–,
l'esclavage indigène était un système intégrateur, visant à
assimiler totalement les captifs, et si nécessaire par la
force». Soit un statut largement plus favorable que celui
réservé aux Africains par les Européens, après la
formalisation juridique de l'esclavage héréditaire, au XVII
e siècle et au début du XVIII e .

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La «fonction diplomatique» de la
capture d'esclave
Le fossé entre la pratique de l'esclavage par les
Amérindiens et la compréhension qu'en avaient les
Européens a été la source de nombreux malentendus. A
certains endroits, et la chose est assez ironique, des tribus
ont elles-mêmes initié le commerce de captifs avec les
Européens. Dans le Pays-d’en-Haut, selon les travaux de
Rushforth, les Amérindiens croyaient à «une fonction
diplomatique de la capture d'esclaves». Peu après l'arrivée
des Européens, beaucoup d'autochtones leur ont
spontanément offert des esclaves, en signe de confiance,
de paix et d'amitié.

«Lorsque les Européens se sont intégrés dans ces systèmes


autochtones d'alliance, de commerce et de diplomatie, ils
se sont assimilés de fait à une traite d'être humains –sans
que cela les ait évidemment beaucoup dérangés,
m'explique Rushforth. A la même époque, les Français
vendaient des esclaves africains dans les Caraïbes et en
Amérique du Sud, donc ce n'est pas comme si les
Amérindiens avaient forcé les Français. Mais pour eux, la
fonction diplomatique de l'esclavage était un peu

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06/05/2019 L'esclavage des Amérindiens, l'autre péché originel de l'Amérique | Slate.fr

perturbante. Au début, ils ne savaient pas trop quoi en


faire, avant de faire en sorte d'en tirer profit».

Selon Rushforth, l'équilibre politique qui prévalait avant


l'arrivée des Européens réduisait l'esclavage autochtone à
peu de choses:

«Si vous étiez une tribu autochtone du Midwest et que


c'était la saison de la chasse, vous aviez un choix à faire,
dit-il. Poursuivre un ennemi ou stocker de la viande, des
peaux et autres objets? Un choix entre la chasse ou la
chasse aux esclaves. Après l'arrivée des Européens, la
balance s'est déséquilibrée en faveur des esclaves, car il y
avait énormément de raisons de vouloir la paix,
énormément de raisons de chercher à faire tourner son
économie».

Très vite les autorités françaises, en désirant toujours plus


d'esclaves, allaient inciter les Amérindiens à en réduire
d'autres en esclavage, en leur promettant d'échanger leurs
captifs contre des produits désirables. Des tribus voisines
se sont mises à se dépouiller les unes les autres, en
s'aventurant au cœur des actuels États-Unis pour traquer
des Pawnees et autres Indiens des plaines. Avec des
marchands français qui leur offraient désormais des biens
et de la nourriture en échange de captifs, le vieil équilibre
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06/05/2019 L'esclavage des Amérindiens, l'autre péché originel de l'Amérique | Slate.fr

politique était rompu. «Si vous pouvez aller piller vos


ennemis et les échanger contre de la nourriture, des
vêtements ou autre, les deux choix ne se réduisent plus
qu'à un seul, explique Rushforth. Le choix d'aller piller
des ennemis devenait moins coûteux. Et ils l'ont donc fait
de plus en plus souvent».

Les Français, désireux de se protéger de la violence à


Montréal, édictent des lois qui repoussent le chaos –en
circonscrivant, par exemple, la vente d'esclaves
autochtones à des tribus voisines. «Ils ont donc généré
toute cette force d'extraction, et la situation n'en est
devenue que plus chaotique et destructrice», fait
remarquer Rushforth.

Dans le Pays-d’en-Haut, comme dans le sud, où la


demande d'esclaves indiens allait aussi modifier les
dynamiques politiques intertribales:

«Quand les Européens ont débarqué et ont exigé que


l'offre d'esclaves corresponde à leurs demandes, les
pratiques esclavagistes autochtones ont changé, déclare
Snyder. Des individus qui, auparavant, auraient été tués
ou adoptés ont été réduits en esclavage».

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Des tribus esclavagisées devenues


esclavagistes
Au XVII e siècle, le sort des esclaves des Européens était
bien différent de celui des esclaves d'une autre tribu
amérindienne. Si une personne autochtone était asservie
par une tribu rivale, un ensemble de traditions
relativement prévisibles régissait sa situation. Mais
lorsqu'un captif était vendu à un Européen, là il intégrait
un système global. Il ou elle devenait une marchandise.
Dans le sud, explique Snyder, les Amérindiens «devinrent
des esclaves très similaires aux Africains, qui arrivaient à
la même époque en Caroline du Sud». Réduits à être une
source de travail, et englués dans un réseau d'échanges
massif, l'esclave autchtone pouvait être vendu et expédié à
des milliers de kilomètres. Rushforth donne les exemples
d'Apaches et d'autres Indiens des Plaines vendus au
Québec et utilisés dans les Caraïbes. «Il y avait des
Apaches qui se retrouvaient dans des plantations de canne
à sucre en Martinique», dit-il.

Si les histoires des esclaves autochtones et de l'esclavage


peuvent apparaître comme deux sphères d'étude distinctes,
elles aussi sont entrelacées. Les mêmes groupes tribaux
ont pu passer d'esclavagisés à esclavagistes, au gré de
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l'évolution de leurs relations avec les Euro-Américains,


mais aussi avec d'autres tribus. Pour illustrer ce point,
Snyder donne l'exemple des Westos, un groupe originaire
des environs du lac Erié, qui parlait un dialecte iroquois.
Ils quittent le nord au milieu du XVII e siècle, explique
Snyder, «sans doute à cause de la concurrence entre
Iroquois pour l'accès aux esclaves et aux armes à feu» et
partent s'installer dans le sud-est, où ils réduisent des
Amérindiens locaux en esclavage pour les vendre aux
colons. «Sauf qu'ensuite les colons se sont affolés ou ont
craint que ce groupe ne devienne trop puissant». En 1680,
des colons de Caroline arment des Indiens savannas et
donnent du pouvoir à cette tribu, pour qu'elle brise celui
des Westos. Les Westos qui survivront à cette guerre
seront vendus comme esclaves aux Caraïbes.

Le cas particuliers des Cherokees


Dans le sud-est du XVIII e siècle, la relation des
Amérindiens à l'esclavage va prendre un tour inattendu.
Un groupe relativement limité de Cherokees, Creeks,
Chactas et Chicachas y avait asservi des Africains.
L'historienne Tiya Miles a écrit deux livressur l'histoire de
l'esclavage chez les Cherokees. Selon Miles, le nombre
d'esclaves retenus par les Cherokees oscille autour de 600
individus au début du XIX e siècle et autour de 1.500 à
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l'heure de leur déportation vers l'ouest, entre 1838 et 1839.


(Les Creeks, Chactas et Chicachas avaient quant à eux
asservi environ 3.500 personnes au début du XIX e siècle).

«L’esclavage est entré petit à petit dans la vie des


Cherokees, me dit Miles. Lorsqu'un homme blanc arrivait
en territoire amérindien, en général en tant que
commerçant ou agent indien, il avait des esclaves [noirs]
avec lui». Si cet homme avait des enfants avec une
autochtone, ce qui n'était pas du tout rare, l'enfant mi-
Européen mi-autochtone héritait des esclaves (et de leurs
enfants) conformément à la loi blanche, mais aussi du
droit d'user des terres tribales, conformément à la loi
tribale. Un cocktail qui permettait à ces individus
d'augmenter considérablement leur fortune en
relativement peu de temps et de devenir les propriétaires
de plantations et de grandes exploitations agricoles. Ce fut
l'histoire de James Vann, le père de Joseph, l'homme du
bateau à vapeur: sa mère était Cherokee, et son père blanc.

Dans les années 1810 et 1820, la stratégie cherokee pour


ne pas que le gouvernement américain leur retire leurs
terres consiste à prouver leur propre souveraineté en tant
que peuple «civilisé». Ils allaient essayer, comme
l'explique Miles, de «former un gouvernement cherokee
qui ressemblait à l'américain, pour édicter des lois, établir
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une Cour suprême, une capitale, une police, un journal».


Des efforts parallèles à la croissance de l'esclavage, une
autre tradition adoptée pour montrer que les Cherokees
voulaient réellement s'assimiler.

Le gouvernement des États-Unis –le Congrès se


considérait responsable des affaires indiennes et avait
créé dès les années 1780 une série de structures
gouvernementales pour administrer les relations tribales–
«ne savait pas vraiment ce qu'“être civilisé” voulait dire,
précise Miles. Cela signifiait une division sexuelle du
travail différente, donc les hommes devaient arrêter de
partir chasser pour revenir et aller travailler aux champs.
Les femmes devaient s'occuper du foyer. Et les esclaves
devaient être aux champs, pour produire toujours plus de
denrées agricoles et permettre au final à l'homme
autochtone d'obtenir un rôle de supervision». Les agents
indiens –des hommes blancs nommés par le Congrès pour
le représenter au sein des tribus– devaient signifier à leur
hiérarchie si les esclavagistes cherokee répondaient bien
aux attentes des observateurs blancs. Certains de ces
contrôleurs allaient trouver James Vann un peu trop
bienveillant et proche de ses (selon une estimation) 70
esclaves africains qui travaillaient dans sa plantation. Ce
qui ne l'empêchera pas de prospérer: il possédera entre

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160 et 320 hectares de terres, un magasin, une taverne et


un comptoir de commerce.

Le succès d'esclavagistes comme Vann n'allait pas suffire


pour éviter aux Cherokees la déportation. Si, dans le sud,
certains Amérindiens propriétaires d'esclaves ont pu
être «temporairement enrichis» par la traite, affirme
l'historien Claudio Saunt «lorsque la demande de captifs
alla croissant, cela déstabilisa toute la région. En fin de
compte, la déshumanisation des non-Européens allait
permettre aux colons blancs de justifier le massacre des
Indiens du sud-est et l'appropriation de leurs terres».
Dans le sud, les fondements explicitement racistes de
l'esclavage allaient rendre vulnérables les Amérindiens,
même ceux qui avaient participé au système esclavagiste
et qui en avaient tiré profit. Lorsque les exigences
terriennes blanches ont pris le dessus, les populations
autochtones ont été inévitablement perdantes.

Durant le déplacement, certains Cherokees parmi les plus


fortunés purent partir avec leurs esclaves. Beaucoup
empruntèrent la Piste des Larmes, en compagnie des
Amérindiens qui les avaient asservis. «Si vous étiez riche
dans le sud-est, fondamentalement vous alliez repartir à
zéro avec une main-d’œuvre captive, déclare Miles. Ce qui
ne veut pas dire que la déportation n'a pas été effroyable,
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elle l'a toujours été. Seulement que vous aviez une petite
longueur d'avance pour reconstruire votre fortune».

Dans beaucoup de récits d'esclaves noirs de Cherokees et


d'autres tribus, les témoignages sont en général positifs.
Selon Miles, un historien devrait garder son esprit critique
face à ces récits, parce qu'il existe aussi énormément
d'histoires d'esclavagistes amérindiens violents ou
malhonnêtes avec leurs protégés. «Mais la marge
d'autonomie était plus importante chez les Amérindiens,
fait-elle remarquer. Il y a beaucoup d'exemples
d'Amérindiens qui ont affranchi leurs esclaves pour se
marier avec elles. Mais dans les grandes plantations, il y
avait aussi beaucoup de violence (…). Donc cela
dépendait de l'endroit où vous étiez esclave et de qui était
votre propriétaire». Dans les petites fermes, les
Africains «mangeaient dans la même marmite que leur
maître», on les considérait un peu comme les membres de
la famille. Dans son premier livre, Miles mentionne
l'histoire d'un fermier cherokee qui avait asservi une
Africaine, vécu avec elle pendant des décennies, sans
jamais l'affranchir, qu'importe qu'elle lui ait fait des
enfants. Dans ce cas particulier, l'intimité n'a pas mené à
l'émancipation.

Histoires imbriquées
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06/05/2019 L'esclavage des Amérindiens, l'autre péché originel de l'Amérique | Slate.fr

Tous les historiens que j'ai interrogés insistent sur la


complexité de cette histoire, sur la difficulté qu'il y a à en
parler en termes moraux –peut-être encore plus qu'avec la
traite négrière. «A mon avis, on aime diviser le monde
entre méchants et gentils», résume Snyder. L'histoire de
l'esclavage autochtone exige d'abandonner des oppositions
aussi binaires. «D'aucuns penseront sans doute que je ne
philosophe pas assez, écrit Alan Gallay dans l'avant-
propos de son livre, qu'il en va de ma responsabilité de
toujours séparer le bien du mal, de créer une parabole
permettant de tirer facilement la morale de l'histoire.
J'aimerais que cela soit aussi simple».

Le fait que des Amérindien aient si souvent collaboré à


l'esclavage d'individus d'autres tribus rend cette histoire
complexe. Oui, les Européens ont été aidés par les
Amérindiens dans la réalisation de leur entreprise
oppressive. Et c'est des Européens que viennent les
pressions existentielles qui ont pesé sur certaines tribus et
les ont forcées à asservir leurs congénères. Les histoires
que nous racontent cette tragédie ne sont pas aussi simples
à comprendre que, par exemple, celle des courageaux
fugitifs afro-américains recouvrant la liberté sur le chemin
de fer clandestin. Mais elles n'en reste pas moins une
tragédie.

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06/05/2019 L'esclavage des Amérindiens, l'autre péché originel de l'Amérique | Slate.fr

Les nombreuses histoires de l'esclavage autochtone nous


obligent à repenser les stratégies employées par les
Amérindiens pour répondre au désir insatiable de main-
d’œuvre des Européens. Certains, comme les Yamasees –
qui, avec leurs alliés, se sont soulevés contre les colons
britanniques en Caroline du Sud entre 1715 et 1716– se
sont violemment opposés à l'esclavage. D'autres, comme
les guerriers accompagnant la caravane des Sioux à
Montréal en 1741, ou les Cherokees, Creeks, Chactas et
Chicachas qui s'installèrent avec leurs esclaves africains
en Territoire indien dans les années 1830, ont tenté de
s'adapter en s'intégrant au système.

Plus tard, certains chercheront même à modifier la


législation européenne pour s'opposer aux traditions
esclavagistes autochtones. En 1739, un Amérindien que
l'on connaît uniquement par son surnom, «César», saisit le
tribunal de New London, dans le Connecticut, pour
obtenir sa propre liberté. Il avance que sa mère, Betty, qui
s'était rendue durant la Guerre du Roi Philip en 1676,
aurait due être affranchie au bout de dix ans de servitude
et qu'il aurait dû, dès lors, naître libre. Dans les années
1730 et 1740, en Nouvelle-Angleterre, les affaires
similaires portées par des esclaves autochtones de seconde
ou de troisième génération sont loin d'être rares. Selon

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06/05/2019 L'esclavage des Amérindiens, l'autre péché originel de l'Amérique | Slate.fr

Margaret Ellen Newell, elles auront contribué à la victoire


de l'abolitionnisme en Nouvelle-Angleterre, en poussant
les hommes au pouvoir à réévaluer les bases légales de
l'esclavage. A son début, comme à sa fin, les Amérindiens
appartiennent à l'histoire de l'esclavage en Amérique.

Pour aller plus loin:

Nouvelle-Angleterre:
Margaret Ellen Newell: Brethren by Nature: New England
Indians, Colonists, and the Origins of American Slavery

Le sud-ouest:
James F. Brooks, Captives and Cousins: Slavery, Kinship,
and Community in the Southwest Borderlands
Pekka Hämäläinen, L'empire comanche
Andrés Reséndez, The Other Slavery: The Uncovered
Story of Indian Enslavement in America

Le Midwest:
Carl J. Ekberg: Stealing Indian Women: Native Slavery in
the Illinois Country

Les Grands Lacs:


Brett Rushforth: Bonds of Alliance: Indigenous and
Atlantic Slaveries in New France

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06/05/2019 L'esclavage des Amérindiens, l'autre péché originel de l'Amérique | Slate.fr

Le nord-ouest pacifique:
Leland Donald: Aboriginal Slavery on the Northwest
Coast of North America
Robert H. Ruby et John A. Brown, Indian Slavery in the
Pacific Northwest

Territoires indiens:
Barbara Krauthamer, Black Slaves, Indian Masters:
Slavery, Emancipation, and Citizenship in the Native
American South
Tiya Miles, Ties That Bind: The Story of an Afro-Cherokee
Family in Slavery and Freedom
Celia Naylor, African Cherokees in Indian Territory: From
Chattel to Citizens
Fay Yarbrough, Race and the Cherokee Nation
Gary Zellar, African Creeks: Estelvste and the Creek
Nation

Le sud-est:
Robbie Ethridge et Sheri M. Shuck-Hall, eds, Mapping the
Mississippian Shatter Zone: The Colonial Indian Slave
Trade and Regional Instability in the American South
Alan Gallay, The Indian Slave Trade: The Rise of the
English Empire in the American South, 1670-1717
Alan Gallay, ed., Indian Slavery in Colonial America

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06/05/2019 L'esclavage des Amérindiens, l'autre péché originel de l'Amérique | Slate.fr

Tiya Miles, The House on Diamond Hill: A Cherokee


Plantation Story
Claudio Saunt, Black, White, and Indian: Race and the
Unmaking of an American Family
Christina Snyder, Slavery in Indian Country: The
Changing Face of Captivity in Early America

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06/05/2019 Pourquoi les Espagnols ont eu tant de mal à conquérir l'Amérique du Nord | Slate.fr

Pourquoi les Espagnols ont eu tant


de mal à conquérir l'Amérique du
Nord
Temps de lecture : 6 min

Jan Synowiecki et Nonfiction — 27 décembre 2016 à 16h17

Bien avant la conquête de l'Ouest puis la construction


de murs, les conquistadores recherchaient déjà de
nouveaux eldorados en Amérique du Nord.

Map of de Coronados expedition from 1540 till 1542 | Courtesy of the University of Texas Libraries, The

University of Texas at Austin via Wikimedia CC License by

Il n'a pas fallu attendre la fièvre de la poussée vers l'Ouest


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06/05/2019 Pourquoi les Espagnols ont eu tant de mal à conquérir l'Amérique du Nord | Slate.fr

du XIX e siècle pour que les territoires de l'Amérique du


Nord soient l'objet de convoitises et de rivalités
géopolitiques. En effet, la reddition de Tenochtitlán (1521)
et de Cuzco (1533) n'avait pas étanché la soif
des conquistadores, toujours en quête d'eldorados
mythiques et surtout d'un passage plus rapide vers le
Pacifique pour contourner le monopole portugais. Leurs
incursions en pays pueblo (actuels Nouveau-Mexique et
Arizona), dans les plaines du sud-est (Floride, Géorgie,
Caroline du Nord et du Sud) et dans la vallée du
Mississippi ont révélé la diversification des terrains de la
conquête en même temps qu'elles ont cristallisé l'échec
cinglant d'une installation pérenne. Jean-Michel Sallmann,
connu pour sa Géopolitique du XVI e siècle et pour Le
Grand désenclavement du monde, 1200-1600, revient sur
cette épopée avortée et relativement méconnue.

Les territoires indiens d'Amérique du Nord ont servi


d'exutoire aux antagonismes européens, dans un contexte
où la mainmise de la couronne de Castille sur la
colonisation américaine avait suscité des contestations.
C'est le cas de François Ier, qui avait dépêché le Florentin
Giovanni da Verrazzano en 1524 pour explorer les côtes
de l'Amérique du Nord et, par la même occasion, trouver
le fameux passage du Nord-Ouest débouchant sur le

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06/05/2019 Pourquoi les Espagnols ont eu tant de mal à conquérir l'Amérique du Nord | Slate.fr

Pacifique. Les expéditions françaises étaient fort redoutées


par le pouvoir de Nouvelle-Espagne, en ce qu'elles étaient
susceptibles de remettre en question l'hégémonie ibérique
sur les mines d'argent, et plus généralement la politique
mondiale que s'évertuaient à consolider les autorités. Aux
questions territoriales se superposaient les tensions
religieuses, dont l'onde de choc s'était propagée en dehors
de l'Europe, faisant des projets de colonisation de Luis de
Velasco, vice-roi de la Nouvelle-Espagne à partir de 1550,
un moyen de raffermir le catholicisme face à des
expéditions françaises emmenées majoritairement par des
protestants.

Un laboratoire des rivalités


géopolitique
Bien que le traité du Cateau-Cambrésis en 1559 mît un
terme aux différends religieux qui empoisonnaient les
relations entre les Valois et les Habsbourg sur le continent,
les projets de colonisation permettaient de conjurer les
antagonismes –intérieurs et extérieurs–, et ce, d'autant plus
que la France n'avait jamais accepté la bulle Inter
caetera de 1493 et le traité de Tordesillas dont elle était
soigneusement exclue par les puissances ibériques. La
bulle Inter caetera ainsi que le traité de Tordesillas ont
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06/05/2019 Pourquoi les Espagnols ont eu tant de mal à conquérir l'Amérique du Nord | Slate.fr

organisé le partage du monde nouvellement découvert par


les puissances portugaise et castillane, en fixant comme
ligne de démarcation un méridien situé à 370 lieues des
îles Cap-Vert.

Dès le règne d'Henri II, sous la houlette de l'amiral de


Coligny, la création de colonies de peuplement réformées
en Amérique avait répondu au double impératif d'éloigner
une minorité religieuse devenue embarrassante et de
l'instrumentaliser dans le cadre d'une politique étrangère
résolument anti-espagnole. Après l'éphémère colonie de
Fort-Coligny installée dans la baie de Rio de Janeiro,
l'attention se focalisa sur la Floride, dont l'importance
géostratégique équivalait au besoin de perturber le
transport espagnol de métaux précieux: «Couper cette
route aurait obligé les Espagnols à prendre un chemin du
retour plus au sud par les Antilles, dépendant des alizés et
donc plus difficile, ou bien à garder sur place, en
Amérique, la production de l'argent dont ils avaient tant
besoin pour mener leur politique mondiale».

A LIRE AUSSI

Du voyage de Tocqueville en Amérique


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06/05/2019 Pourquoi les Espagnols ont eu tant de mal à conquérir l'Amérique du Nord | Slate.fr

Consécutivement aux expéditions Ribault


(1562-1563), et surtout Laudonnière (1564-
1565), dans un contexte où le Concile de Trente
servit d'alibi à l'Espagne pour se présenter en
garante de la foi catholique contre la
prolifération de l'hérésie protestante, la Monarchie
catholique prépara sa riposte en faisant appel à Pedro
Menéndez de Avilés. La reddition des Français ne se fit
qu'au prix de massacres qui ne contribuèrent pas peu à
entretenir la légende noire de l'Espagne, bien au-delà des
milieux calvinistes.

Le long remords de la conquête


Bien qu'officiellement rattachée à la couronne espagnole,
la Floride, qu'on avait voulu ménager en faisant preuve de
diplomatie à l'égard des chefferies indiennes, et dont on
attendait que le monopole de la région sécurisât les mines
d'argent de Zacatecas, échappait en partie à la monarchie
catholique: il fallait faire face aux résistances indiennes, à
un climat défavorable aux cultures, et à des conditions de
vie singulièrement précaires.

Jean-Michel Sallmann brille à mettre en lumière les


nombreuses contraintes qui ont complexifié –si ce n'est
rendu impossible– toute forme d'installation durable. Dans
www.slate.fr/story/126293/amerique-espagne-conquete 5/9
06/05/2019 Pourquoi les Espagnols ont eu tant de mal à conquérir l'Amérique du Nord | Slate.fr

la Sierre Madre, les conquistadores durent se frotter à des


populations rétives à l'affirmation de l'hégémonie
espagnole, quand celles-ci ne s'avéraient pas ouvertement
hostiles et belliqueuses. Les incursions en pays Pueblo et
Zuñi révélaient surtout la distorsion entre la croyance
encore vivace en la légende des Sept Cités qui légitimait
ces expéditions, et la réalité de territoires peu pourvus en
richesses minières.

Les meilleures pages du livre sont consacrées aux


préparatifs et aux contraintes logistiques inhérentes aux
expéditions en Amérique du Nord, à l'instar de celles
traitant des problèmes de ravitaillement considérables
auxquels se heurtèrent les corps expéditionnaires. Loin de
leur base arrière et des structures administratives
impériales, ils étaient confrontés aux épisodes de disette
dont l'éradication dépendait de leur capacité à s'appuyer
sur les populations autochtones en pratiquant le troc ou
bien le pillage – même si l'arrivée des troupes étrangères
déstabilisaient en profondeur les communautés locales et
fragilisaient leur gestion des ressources. Ainsi, le manque
de viande constitua un problème particulièrement aigu
pour les troupes d'Hernando de Soto, et même lorsqu'un
cheptel substantiel accompagnait les troupes, comme ce

www.slate.fr/story/126293/amerique-espagne-conquete 6/9
06/05/2019 Pourquoi les Espagnols ont eu tant de mal à conquérir l'Amérique du Nord | Slate.fr

fut le cas avec Coronado dans la Tierra Nueva, les


réquisitions de vivres allaient bon train.

Jamais de conditions favorables


Surtout, les nombreuses guérillas menées par les
chefferies amérindiennes, recourant vertement à la
technique de la terre brûlée, ainsi que versatilité des
identités et des alliances ne permirent guère l'institution de
rapports de force politiques stables, si bien que «les
conquérants n'y rencontrèrent jamais les conditions
favorables qui avaient permis à leurs prédécesseurs
d'abattre les grands empires mésoaméricains ou andins»,
et qu'il eût fallu des moyens économiques et humains
considérables pour exploiter durablement des territoires
qui offraient des ressources assez frustes.

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des aventuriers espagnols furent réelles, des sirènes de la
gloire aux fantasmes de la fortune, en passant par les
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06/05/2019 Pourquoi les Espagnols ont eu tant de mal à conquérir l'Amérique du Nord | Slate.fr

velléités de convertir les Indiens au christianisme,


les conquistadores se heurtèrent vite à la réalité d'un
terrain fort différent de ce qu'ils connaissaient au Mexique
ou au Pérou. Ici, point de grandes civilisations urbaines et
d'empires centralisés, mais des semis de villages dispersés,
une multitude de chefferies tribales au principe d'une
étonnante fluidité politique difficile à appréhender, ou
encore des déserts vierges à perte de vue servant autant de
réserve de produits naturels que de frontière quasi-
infranchissable. Ici, point d'armée de métiers, mais
des «peuples en armes chez qui même les femmes
participent au combat», et donc, in fine, une guerre
radicalement opposée à celle que les Espagnols pouvaient
mener en Europe ou face à de grands empires.

Bien que les premiers chapitres soient les plus fastidieux


en ce qu'ils suivent une chronologie linéaire et
événementielle des expéditions qui peinent à faire émerger
la problématique d'ensemble, la suite de l'ouvrage est
convaincante pour une double raison: d'une part, parce que
Jean-Michel Sallmann restitue avec vivacité les
asymétries et les déséquilibres qui sous-tendent le
processus d'une conquête paradoxale, et d'autre part parce
que cette histoire de la conquête en Amérique du Nord est
indissociable d'une histoire globale aux nombreuses

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06/05/2019 Pourquoi les Espagnols ont eu tant de mal à conquérir l'Amérique du Nord | Slate.fr

implications géopolitiques, et impliquant des facteurs


environnementaux et écologiques jusque-là relativement
négligés. Si les sources ne nous permettent pas de
reconstituer le point de vue indigène, elles documentent le
regard posé par les Européens sur les sociétés
amérindiennes, et permettent de pister aussi bien
l'incompréhension des conquistadores à l'égard de
populations et de milieux nouveaux, que les débats qui
traversaient les corps expéditionnaires. En se montrant
attentif aux représentations autant qu'aux pratiques, Jean-
Michel Sallmann écrit une nouvelle page de l'histoire des
conquêtes espagnoles et, par là même, des populations
amérindiennes.

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HANS STADEN OU UN EUROPEEN CHEZ LES
TUPINAMBA
Grégory Wallerick

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Grégory Wallerick. HANS STADEN OU UN EUROPEEN CHEZ LES TUPINAMBA. 2007. �hal-
00409426�

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HANS STADEN OU UN EUROPÉEN CHEZ LES TUPINAMBA
Grégory Wallerick, doctorant en Histoire moderne à l'Université Lille 3 – Charles de Gaulle.

Résumé : Durant les tentatives de conquêtes initiées au cours du XVIe s., les Européens ont

l’occasion de découvrir cet Autre qui peuple un territoire empli de chimères et d’espérance.

Certains événements, relatés par des voyageurs à leur retour sur le Vieux Continent,

concernent l’immersion de rares Européens dans le milieu amérindien. L’histoire de Hans

Staden en est un exemple : peu après son arrivée dans le Brésil portugais, il est fait

prisonnier du peuple tupinamba, qui le garde pour le manger. Au cours de sa captivité, il peut

décrire de l’intérieur le rite anthropophage. L’illustration qu’en a fait De Bry est criante de
e
réalisme et surprend les Européens de la fin du XVI s.
e
Mots clefs : Tupinamba ; Staden ; anthropophagie rituelle ; Théodore de Bry ; XVI s.

Abstract : When Europeans tried to settle in the New World, they met an other population

whom they didn’t know anything. Some of Europeans has been captured by the Amerindians

and related their adventure. One of them, Hans Staden, drew some pictures about his
th
captivity. At the end of the XVI century, Theodor de Bry engraved Staden’s travel with high

quality pictures and he showed to Europeans the horrible used of a native nation in actual

Brasil : the anthropophage ritual of the Tupinamba.


th
Key words : Tupinamba ; Staden ; Théodor de Bry ; XVI century ; ritual anthropophagy

Sommaire :

Introduction

1- Anthropophagie et histoire dans l’Amérique de Hans Staden

a- Le débat sur l’anthropophagie

b- Hans Staden, prisonnier des Tupinamba

2- Le récit illustré de Staden selon Théodore de Bry

a- La captivité chez les Tamaios

b- Mes mœurs des Tupinamba

Hans Staden chez les Tupinamba 1


c- La consommation rituelle du prisonnier

Une image persistante des peuples amérindiens provient principalement de la parution

de l’œuvre de Hans Staden, dont la première édition date de 1557, coïncidant


1
chronologiquement avec l’œuvre connue d’André Thevet , cosmographe des Valois, et suivie
2
par un ouvrage de Jean de Léry . Dans cette première œuvre, le protagoniste décrit de

manière très scrupuleuse les rites anthropophages d’une tribu d’Amérique du Sud, dans
3
l’actuel Brésil, les Tupinamba . L’apport de ce texte est double : d’abord, la rigueur presque
4
scientifique de la description de ces cérémonies , qui fait de ce récit un témoignage encore
5
aujourd’hui considéré comme un des premiers essais ethnographiques ; ensuite, la richesse

documentaire des éditions aboutit à une représentation d’autant plus précise que les
6
Européens n’avaient côtoyé des Tupinamba qu’à de rares occasions , la plupart d’entre eux

ne connaissant cette tribu que de nom. Aussi, la description de ces peuples permet, dès

l’édition de 1557, de « contempler pour la première fois une série de cinquante gravures qui
7
donnaient à l’ensemble de l’œuvre un caractère de spectacle total. » Un théâtre

extraordinaire, pour l’époque, dans lequel « l’homme et la femme américaine cessent d’être

les portraits-mannequins du spectacle figé […] pour devenir les acteurs d’une vision
8
narrative vivante. » Ce miraculé de ces rites offre à l’Europe moderne un ouvrage relatif au

mythe anthropophagique richement illustré. L’attrait pour cette œuvre semble avoir été tel

qu’elle a été « souvent réimprimée, surtout en Allemagne et aux Pays-Bas où l’on compte
9
jusqu’à soixante-dix éditions » , mais elle a aussi été traduite en plusieurs langues. L’intérêt
e
porté à l’histoire de Staden se poursuit en cette fin de XVI s., par le biais de Théodore de
10
Bry, qui permet une survivance du récit. En effet, le troisième volume de sa vaste collection
11
Les Grands Voyages lui est presque intégralement consacré . De cette manière, De Bry a
12
nourri l’inspiration de « toute la vision de l’anthropophagie rituelle jusqu’à nos jours. » Il

modifie la vision de l’Indien par rapport aux gravures de Marbourg, mais surtout, il améliore

la qualité des images, et donc de l’événement représenté, bien qu’il n’ait pas « changé

l’ordre du récit car il a reconnu là un document unique de plus en plus apprécié du public qui

Hans Staden chez les Tupinamba 2


veut connaître et être renseigné sur les sociétés des civilisations nouvellement
13
découvertes. » Avant tout, quels sont les liens entre l’Histoire et la pratique, qu’elle soit

rituelle ou nourricière, du cannibalisme ? Enfin, de quelle manière le graveur a-t-il illustré le

récit de Hans Staden au Brésil ?

1- Anthropophagie et Histoire dans l’Amérique de Hans Staden

Les gravures de Théodore de Bry relatives au voyage de Hans Staden sont

surprenantes à plus d’un titre. D’abord, elles nous permettent de brosser un panorama de
e
l’Europe en cette fin de XVI siècle. Il semble évident que le Liégeois s’est inspiré de son

continent à son époque, car il ne disposait probablement pas d’images sur l’Europe dans les
14
années 1550 . Ce sont surtout les représentations des Amérindiens qui surprennent, ces

populations ne sont plus décrites comme elles l’avaient été dans les volumes précédents :

un aspect nouveau fait son apparition. Dès le frontispice du troisième volume, un couple

d’Indiens (la tribu n’est pas encore révélée, mais il s’agit de Tupinamba) se délecte de
15
parties d’un corps humain, une jambe dans les mains de l’homme (le roi Conian-Bebe , à

gauche) et un bras pour la femme, à droite. Leur progéniture participe elle aussi au festin, la

tête d’un enfant pointe derrière l’épaule gauche de l’Indienne. Sous l’arche du premier niveau

de l’édifice constituant ce frontispice, figure une scène non moins étonnante : deux Indiens et

une Indienne cuisent à grande flamme des morceaux de corps humain, selon la technique
16
du boucan (barbacoa) . Certes, l’imaginaire européen avait déjà nourri, à plus d’une reprise,

le mythe des mangeurs d’hommes, mais il ne semblait pas encore avoir atteint le continent

américain. Le récit du voyage de Hans Staden apporte cette pratique des côtes américaines,

brésiliennes pour être plus précis, et sa mise en image l’amène jusque dans les milieux

lettrés du vieux continent.

a- Le débat sur l’anthropophagie

- Mythe ou réalité ?

Avant de poursuivre sur le voyage-même, il convient d’abord d’évoquer les doutes qui

subsistent dans l’esprit des historiens concernant une hypothétique anthropophagie. Car les

Hans Staden chez les Tupinamba 3


récits de voyageurs, qu’ils concernent les Amériques, l’Asie ou l’Afrique, sont nombreux sur
17
ce thème . Le terme même de cannibale vient d’un mot indien : lorsque Christophe Colomb

débarque sur les côtes des Antilles, les habitants, les Arawaks, avaient pour usage de se

nommer carib. Par le biais de la prononciation phonétique, carib devient en espagnol canibi

et par conséquent synonyme de mangeurs d’hommes, puisque ce terme définissait les


18
Arawaks, qui pratiquaient couramment la consommation de chair humaine . André Thevet a

lui-même décrit des actes de cannibalisme sur les côtes brésiliennes, lors de son expédition

avec Nicolas de Villegagnon : « Cette canaille [l’Indien] mange ordinairement chair humaine

comme nous ferions du mouton, et y prend encore un plus grand plaisir. Et je vous assure
19
qu’il est malaisé de lui oster un homme d’entre les mains quand il le tient. »
20
Toutefois, selon l’étude de l’Américain William Arens , le cannibalisme ne serait issu que de
21
« l’imagination fertile » des anthropologues et historiens . Georges Guille-Escuret précise

d’ailleurs, à propos des thèses de cet auteur : « que le phénomène de cannibalisme serait

pour l’essentiel soluble dans les fantasmes malveillants d’une civilisation soucieuse de
22
justifier la violence de ses colonisations. » Il est toutefois réel que l’étude d’un document,

notamment iconographique, comme il est de notre propos, peut poser des difficultés

d’interprétation. De même, un auteur a pu vouloir transmettre un message précis par le biais


23
de l’image, message plus difficilement perçu, mais qui risquait moins d’être censuré . Dans

le cas de Staden, W. Arens précise que les planches sont sortis sur les presses après que

leur auteur se soit « confié à un professeur de médecine de l’université de Marbourg deux


24
ans après son retour. » Aussi, les parts de Staden et de ce professeur seraient à
25
déterminer, mais ce n’est pas notre propos ici .

- Un phénomène répandu ?

Néanmoins, l’anthropophagie, qu’elle soit rituelle ou nourricière, a existé dans de

nombreuses sociétés : les Européens l’ont pratiquée lors de périodes de famines


26
particulièrement intenses, au Moyen Age notamment ; dans les sociétés antiques, lors des

sièges de cités, les assiégés pratiquaient le cannibalisme, par manque de provisions : « nos

sociétés ne sont pas exemptes de ces pratiques lors de circonstances où la disette et

Hans Staden chez les Tupinamba 4


l’isolement contraignent l’homme à se nourrir du seul aliment disponible alors : son
27
semblable. » Dans l’exemple du siège d’Antioche en 1098, Pierre l’Ermite suggère aux
28
Tafurs , qui souffrent de la faim, « de se nourrir des Turcs tués lors des combats et dont les
29
cadavres gisent épars dans les prés. » Les Aztèques, par exemple, autrement appelés

Mexicas, pratiquaient un banquet cannibale pour clôturer la grande fête d’Ecorchement des

hommes (tlacaxipehualiztli), et « tous les prisonniers de guerre disponibles, hommes,


30 31
femmes et enfants, sont immolés. » Les Espagnols , qui ont été en contact avec ce

peuple, ont été choqués de la manière dont cette pratique se déroulait : certes, ils n’ont,
32
semble-t-il, pas assisté à la fête de tlacaxipehualiztli, mais leurs alliés contre les Mexicas

pratiquaient aussi le cannibalisme « dès le champ de bataille, après (ou même peut-être

pendant) le combat et en dehors de tout contexte festif ou religieux – sauf, peut-être une

élévation par le vainqueur d’une partie du vaincu, son cœur par exemple, vers le ciel ou le
33
soleil. »
34
Dans les cas présents, c’est donc bien d’un exocannibalisme qui caractérise

l’Amérique. Certains cas d’endocannibalisme, qui constituent « un rite funéraire propre à


35
certaines sociétés qui font du corps de leur membre la sépulture de ceux qui meurent »

doivent probablement exister, mais ils sont moins souvent relatés.

b- Hans Staden prisonnier des Tupinamba

L’histoire de Hans Staden prend une place tout à fait originale dans le travail de De

Bry. Alors que le graveur liégeois n’a consacré aucun volume à un auteur unique, sauf en
36
fonction de ses sources , il n’en est pas de même pour Staden, dont le troisième volume lui
37 38
est presque entièrement consacré . Marin allemand originaire de Hombourg en Hesse ,
39
Hans Staden a reçu une formation d’arquebusier et est devenu un expert en artillerie pour
40
le compte de l’empereur Charles Quint. Il découvre les Indes en janvier 1548 par
41
l’intermédiaire des Portugais. Après un bref séjour à Pernambouc, puis Itamaraca , il rentre

au Portugal, puis retourne en Amérique avec les Espagnols. Il s'embarque en 1550 sur un

navire espagnol partant pour le Pérou, et intègre la flotte commandée par Diego de
42
Sanabria . Le voyage souffre de difficultés, et un naufrage causé par une tempête le jette

Hans Staden chez les Tupinamba 5


sur l’île Sainte-Catherine, au large du Brésil, où il passe deux années. Un second naufrage

le contraint à rejoindre à la nage São Vicente. Là, il séjourne quelque temps comme artilleur

pour le compte de la Couronne du Portugal. S’éloignant du reste de la garnison, il est fait

prisonnier par un groupe de guerriers Tupinamba. Dès lors, il tente de décrire de manière

aussi précise que possible ce qu’il observe. Ses hôtes le vendent aux Français après une

attente de neuf mois, durant lesquels il doit assister à la vie quotidienne et aux cérémonies

de ce peuple. En 1557, il publie alors une Véritable histoire et description d’un pays habité

par des hommes sauvages nus féroces et anthropophages situé dans le nouveau monde

nommé Amérique inconnu dans le pays de Hesse avant et depuis la naissance de Jésus-
43
Christ jusqu’à l’année dernière , ouvrage dans lequel il retrace ses pérégrinations. Ce récit

se compose de deux parties bien distinctes, la première évoque prioritairement son voyage

pour joindre l’Amérique et sa captivité, la seconde expose les différents aspects de la vie et

des coutumes de la tribu des Tupinamba. Cette tentative d’ethnographie permet à l’Europe
44
de découvrir une société jusqu’alors peu connue . Au-delà de cette société, dans toute la

complexité de son organisation, c’est surtout une habitude assez peu répandue en Europe,

et encore moins chez les chrétiens, qui retient l’attention : l’anthropophagie. Les Européens

ont oublié, ou tout du moins rejeté, ces périodes de cannibalisme que le vieux continent avait

lui-même connues, et considèrent dès lors qu’un être humain, car c’est ainsi que la Papauté

a défini les Amérindiens, ne consomme pas de chair humaine. Toutefois, le cannibalisme ne

constitue-t-il pas une charge retenue par les Juifs à l’encontre des chrétiens primitifs, qui se

réjouissaient à l’idée de manger le corps et le sang du Christ, lors la transsubstantiation et la

consubstantiation ? En effet, le peuple hébreux s’interdisait la consommation du sang,


45
considéré comme « siège de la vie » (Genèse IX, 4 et suiv.), au point que lors des

sacrifices, le sang était éliminé. Aussi, « l’invitation à boire du sang, même s’il s’agissait

d’une façon "symbolique" de boire du sang, devait représenter une abomination pour tout

juif. » Les chrétiens primitifs pratiquaient donc un cannibalisme, symbolique certes, mais
46
« scandaleux […] aux yeux de tout homme, qu’il soit juif ou non juif. »
e
Revenons dans l’Amérique du XVI s. Les Tupinamba font partie de la famille des

Indiens Tupi (venus de l’intérieur des terres, que les Portugais rencontrent sur les côtes, de

Hans Staden chez les Tupinamba 6


même que les Carios ou les Tupininkins), en opposition aux Indiens Tapuya (anciens
47
occupants de la zone côtière, expulsés par les Indiens tupi) . Il s’agit donc d’une même

famille culturelle, caractérisée par un semi-nomadisme, la pratique de la cueillette,


48
l’agriculture sur brûlis, la pêche, la chasse et « surtout la guerre. » Leur particularité
49
physique consistait à vivre en totale nudité, le climat permettant cette liberté . Cette

caractéristique perturbe les Européens, pour lesquels les vêtements apparaissent tels des

miroirs de leur condition sociale. Les nobles sont ainsi reconnaissables par leurs attributs.

Dans l’attente de sa propre exécution, Staden dessine et prend en note les rituels

observés par cette tribu, « transformant sa captivité en suspense haletant pour les lecteurs

européens. » Son texte fait rapidement autorité dans les sphères des érudits et même
50
aujourd’hui, chez les anthropologues , tant ses écrits expriment une expérience vécue.

Ayant été fait prisonnier lors d’une sortie imprudente du camp où il se trouvait (Saint

Vincent), il écrit : « Je priais en attendant le coup de la mort ; mais le roi, qui m’avait fait

prisonnier, prit la parole, et dit qu’il voulait m’emmener vivant pour pouvoir célébrer leur fête

avec moi, me tuer et, kawewi pepicke, c’est-à-dire faire leur boisson, célébrer une fête et me
51
manger ensemble. »

Sa situation lui permet d’observer attentivement la manière dont vivent ses geôliers,

tant pour chercher un moyen de s’enfuir de cette tribu que pour voir arriver le moment de son

exécution, car « tous les prisonniers […] étaient tués puis mangés selon un rite théâtral
52
invariable, après un temps de captivité plus ou moins long. » Il peut donc décrire de

l’intérieur les modes de vie d’un peuple amérindien avant l’acculturation, la société

tupinamba. Sa situation évolue, car de prisonnier, aux pieds et poings liés, Staden devient
53
rapidement écouté, prophète, sorcier . Fervent croyant, il se réfugie dans la prière, implorant

Dieu de lui rendre la liberté, psalmodiant les prières. Et d’éveiller la curiosité de ce peuple qui

ne connaît rien de la religion chrétienne. Le rapport de Staden à Dieu est d’ailleurs éloquent.

Dès le premier chapitre, il place le caractère ordalique en premier élément de son

cheminement : « Moi, Hans Staden de Hombourg, en Hesse, ayant pris la résolution, s’il
54
plaisait à Dieu, de visiter les Indes […]. » Cette référence au Créateur est redondante

dans le récit de l’arquebusier, de même qu’il se considère comme « l’instrument de la

Hans Staden chez les Tupinamba 7


55
providence divine. » La parution de cet ouvrage peut d’ailleurs apparaître, en cette période
56
de troubles religieux, comme un outil « à la gloire de la religion nouvelle. » Tout au long de

sa captivité, un échange, un réel contact, sans tentative cependant de conversion forcée, se

met progressivement en place. Il se considère comme un miraculé de Dieu, parce qu’ayant

survécu à cette terrible épreuve, mais aussi comme une passerelle entre deux mondes, car il
57
est parvenu à utiliser et comprendre les croyances de ses bourreaux afin de survivre ; eux-

mêmes ont cherché cependant à utiliser la foi de Hans Staden pour tenter de guérir, ou de

sortir des dangers de la nature. Le rapport entre dominé et dominant s’estompe petit à petit,

pour aboutir à une mise à égalité des deux ensembles, ce qui n’empêche toutefois pas la
58
vente de cet esclave pas comme les autres .

2- Le récit illustré de Staden selon Théodore de Bry

Moins de quarante années plus tard, quand Théodore de Bry publie sa troisième
59
partie , l’Europe se remémore ces scènes édifiantes, avec une réalité bien plus prégnante

que dans l’ouvrage original. La couleur et la finesse de la gravure sur cuivre, dans laquelle

De Bry est passé maître, rendent les croquis de Staden plus réalistes, et les mœurs des

Tupinamba plus cruelles. Le Liégeois parvient en effet à améliorer la qualité des gravures

sur bois réalisées par les éditeurs de Marbourg. La finesse de la gravure sur cuivre permet

avant tout une interprétation graphique, « selon la technique de la taille douce, avec un
60
grand souci de précision, [des] images et [des] textes des voyageurs. » La gravure sur bois,

aussi appelée gravure en « taille d’épargne », se réalise à l’aide d’un morceau de « bois
61
fruitier aux fibres serrées » à l’aide d’un canif, taillant le bois verticalement, afin de dégager

un « V » émergeant à la surface de la planche. Les parties qui reçoivent l’encre sont

distinctes de celles qui marquent les blancs. On y applique ensuite l’encre d’imprimerie, puis

une « feuille de papier légèrement humectée » y est déposée. Le dessin inversé s’y imprime.

Le principal inconvénient de cette méthode est dû au « manque d’homogénéité du bois, [qui]

rend difficile la précision et la finesse du trait. » De même, la répétition de l’impression use le

bois, rendant les traits de plus en plus imparfaits et flous. Pour la taille-douce, ou gravure sur

cuivre, le procédé est inverse, le trait étant « incisé au burin sur la surface d’une plaque de

Hans Staden chez les Tupinamba 8


métal dans sa forme définitive. » Cette technique permet une finesse, une complexité et une

épaisseur plus grande et plus variable. « Par des hachures, des entre-tailles, des pointillés
62
on arrive à reproduire les volumes les plus précis, les nuances les plus subtiles. » Ensuite,

une épaisse couche d’encre recouvre la plaque, puis est essuyée : les parties creusées s’en

imprègnent. La difficulté consistait à imprimer en deux temps le texte et l’image. De même,

les plaques s’usaient rapidement, obligeant le graveur à les retailler. Ainsi, de quelle manière

De Bry a-t-il permis la perpétuation de l’œuvre de Staden dans les milieux lettrés d’Europe ?

Quels éléments l’auteur a-t-il privilégiés ?

De nombreux éléments du récit de Staden semblent avoir été conservés par le

Liégeois. Mais la partie centrale ne s’axe pas principalement sur ce que les lecteurs avaient
63
découvert lors de la lecture du frontispice : le rituel anthropophage . C’est davantage la

captivité du protagoniste qui semble intéresser le graveur, les contacts ainsi que, semble-t-il,

les us et coutumes de ce peuple nouveau aux yeux des Européens. Aussi les images

représentant l’acte anthropophage ne peuvent se comprendre sans les planches le

précédant. Celles-ci présentent effectivement les préparatifs à cette cérémonie. Il semble

toutefois que le spectacle que Staden observait dans l’attente de sa mort lui permette de

dresser un processus ritualisé de l’acte barbare, pour les Européens de la Renaissance.

Mais surtout, De Bry nous permet de lire le déroulement de ce rite sous la forme d’une

bande dessinée : accompagnant une image de grande qualité du point de vue de


64
l’esthétique , se trouve un commentaire en grande partie issue de la Véritable histoire de

Staden. Cette bande dessinée se décompose en trois parties principales, ainsi que l’a
65
démontré B. Bucher , dont deux concernent exclusivement les Tupinamba.

a- La captivité chez les Tamaios (pl. 6 à 11)

Dans un jeu de six planches, le Liégeois cherche à montrer aux lecteurs la rupture qui

existe entre les deux civilisations. D’un côté, les Européens, habillés, barbus, armés d’objets

brillants et bruyants, et de l’autre, les indigènes, imberbes et nus comme les hommes de

l’Eden. Fidèle à la méthode rotative évoquée précédemment, De Bry nous relate deux

moments différents, sur une même image. A l’arrière-plan de la planche III, 06, Staden quitte

Hans Staden chez les Tupinamba 9


le fort de l’île San Maro pour chasser. Il est donc vêtu comme les Européens du fort, avec
66
chapeau, cravate, chemise … Il est rapidement encerclé par les Indiens qui le menacent de
67
leurs arcs bandés . La seconde scène, qui se déroule sous les yeux du spectateur,
68
concerne l’enlèvement de Staden. Dépouillé de ses vêtements , bien que cette scène ne

soit pas visible, il est conduit vers les canots amarrés, alors que d’autres barques continuent
69
d’arriver. Rapidement, il doit faire face à un choix : alors que l’alerte a été donnée , les

Portugais et leurs alliés indigènes, les Tupininkin, tentent de le libérer, mais ses geôliers le

poussent à faire feu contre ses alliés : « Ils me délièrent les mains, mais resserrèrent encore

les cordes que j’avais autour du cou. Le chef du canot où j’étais avait un fusil et un peu de

poudre qu’un Français lui avait donné en échange du bois du Brésil ; il me força de le tirer
70
sur ceux [Portugais et Tupininkins] qui étaient sur le rivage. »

Dès lors, l’aventure de Staden se déroule uniquement chez les Tupi. D’abord, la vision

de ce peuple est très féminine : alors que les hommes vont à la guerre et amènent le butin,
71
les femmes gardent le « gibier » dans le village Wattibi . Il subit alors le sort de l’épilation,
72
mais elles lui laissent la barbe , qui le rend reconnaissable sur les images suivantes. Il est

ensuite conduit devant une cabane où le peuple adore ses idoles. Il s’agit dès lors d’un

témoignage de la religion chez les Tupinamba. Sur la planche III, 09, le captif arbore des

attributs indigènes, telle que la coiffe (arasoya) de plumes colorées, ou encore les grelots à
73
ses mollets. Cerné de toute part , la fuite ne semble plus une option à envisager. Encerclés,

Staden et ses geôliers le sont rapidement lorsque les Tupininkin attaquent Wattibi, qui

apparaît plus fragile. Les femmes sont apeurées au centre du village, alors que les hommes,
74
dont Staden, défendent le village, armés d’arcs et de flèches . Quelques cadavres jonchent

le sol. Cette première phase du voyage au cœur de la société tupinamba est très importante

pour comprendre ce peuple. Le prisonnier, bien que représenté « à l’Européenne » par De


75
Bry, était d’abord bien traité, « car la possession d’un ennemi était un privilège envié. » Il

jouissait d’une certaine liberté, pouvant aller et venir comme il le voulait. La conception de la

captivité chez les peuples tupi présentait la particularité d’être un don de soi à la tribu

victorieuse, et « si l’envie lui prenait de retourner dans sa tribu d’origine, il savait qu’il ne
76
pouvait attendre des siens que le mépris et la mort. » Dès lors que ces peuples capturent

Hans Staden chez les Tupinamba 10


des Européens, dont la conception de la captivité diffère fortement, l’utilisation de cordes se

développe pour conserver le prisonnier. Les Européens adoptaient en effet une attitude plus

perfide face à la captivité et cherchaient davantage à fuir. Aussi, l’utilisation de cordes

montre une évolution de ce peuple, due aux contacts avec l’Ancien monde. Très rapidement,

toutefois, Staden change de propriété, pour rejoindre un autre peuple tupinamba

b- Les mœurs des Tupinamba (pl. 12 à 19)

La série d’images relatives aux mœurs de la société tupi est marquée par une rupture

autour de la planche III, 14. Alors que De Bry tente de nous brosser quelques portraits

généraux du Brésil tupinamba, il poursuit l’histoire de Staden, évoquant par exemple la

recherche menée par les Portugais. Cette image permet d’appréhender des relations somme

toute plus variées qu’il était possible de l’imaginer, car les Amérindiens n’ont pas peur de se

rendre à proximité des navires (quatre canots chargés d’Indiens approchent des Portugais,

alors que l’un d’entre eux semble occupé à pêcher). Le troc remplace les armes, qui restent
77
cependant « prêtes à intervenir à la moindre alerte. » L’image suivante, intitulée par De Bry

Comment un esclave de ces Indiens me calomniait toujours et avait désiré me voir dévoré,

et comment il fut tué et mangé en ma présence, est une rupture dans le statut de Staden. En
78
effet, captif tout comme lui, un Indien Cario , le considérait comme un ennemi, racontant à

ses maîtres que « c’était moi qui avais tué un de leurs rois qui avait péri dans un combat

quelques années auparavant, et [il] les exhorta fortement à me faire mourir, assurant que

j’étais leur plus grand ennemi ; et cependant, tout cela était mensonge, car il était dans ce

village depuis trois ans, et il n’y en avait qu’un que j’étais arrivé à Saint-Vincent quand il
79
s’était sauvé. »

[Figures III, 14, scènes 1, 2, 3]

Hans Staden chez les Tupinamba 11


Ce personnage devient malade, et Hans Staden propose de tenter de lui prodiguer les

soins que l’Europe avait tendance à utiliser, à savoir la saignée. Ne parvenant pas à le
80
guérir, l’Indien Cario ne peut donc plus servir parce que malade . Dans ce cas-là, les

Tupinamba le tuent et le mangent. Sur cette planche (III, 14), l’histoire de son exécution se lit

depuis l’arrière-plan jusqu’au premier plan, selon la méthode rotative : d’abord, Staden tente

de le soigner ; ensuite, en raison de sa maladie, il est tué d’un coup de massue sur la tête,
81
« qui lui fit jaillir la cervelle » ; enfin, le corps est dépecé et les membres cuits, « à
82
l’exception de la tête et des entrailles qui les répugnaient puisqu’il avait été malade. » Dans

ce troisième volume, De Bry permet de différencier, au premier coup d’œil, l’Européen des

Amérindiens, grâce à la couleur donnée à Staden : il est « chromatiquement un "Père blanc"


83
chez les cannibales » , qui tente d’exhorter ce peuple de dévorer un de leurs semblables. Il

encadre la société tupinamba, par sa présence en arrière-plan, lorsqu’il pratique la saignée

et quand il assiste à la consommation du corps rôti, où il apparaît comme tentant, par ses
84
conseils, de les empêcher d’accomplir cet acte . Car l’anthropophagie est, à double titre, un

« acte contre-nature, la transgression d’un double interdit : d’abord ne pas tuer […] et enfin
85
ne pas manger ses semblables. » Son visage est outré par cette coutume, mais il semble

aussi avoir peur, car il n’oublie pas qu’il est lui-même prisonnier, et que ce sort lui est fort

probablement réservé : il lui faut donc guetter pour éviter un coup de massue qui le
86
transformerait en nourriture pour les Tupis . Dès lors, cherchant à comprendre l’Autre, à

approuver plus ou moins les sacrifices, pour survivre, il doit devenir cet Autre et, de
87
« nourriture conquise et offerte » , il devient « prophète, sorcier, guérisseur, […] imploré
88
[voire est] Dieu. »

Plus choquant pour les Européens de la Renaissance est cet enfant qui joue avec la

tête, non consommable, du prisonnier exécuté, preuve que l’enfant participe aussi à cette

cérémonie, ainsi que l’indiquait le frontispice. Quel est donc le rôle de chacun des membres

de cette société ? Quel est le rite observé pour ces réjouissances ?

c- La consommation rituelle du prisonnier (pl. 20 à 25)

Hans Staden chez les Tupinamba 12


Ce jeu de six planches offre une richesse ethnologique et ethnographique

extraordinaire. Certes, ce sont des idées de Staden qui sont traduites en image par le

Liégeois, mais ce sont surtout des images d’une telle qualité que les Européens qui avaient

l’occasion de les regarder devaient probablement les conserver à l’esprit pendant un certain

moment, et les considérer réelles. C’est d’ailleurs peut-être ces planches qui furent à l’origine

de cette image redondante de l’Amérindien qui ne voit en l’Autre qu’un repas potentiel.
89
« L’anthropophagie rituelle des Tupinamba » suivait un rythme immuable, qu’Alfred

Métraux a décortiqué selon plusieurs journées qui amènent immanquablement au sacrifice

du prisonnier. Il semble que les membres de la tribu concernée, en l’occurrence, les

Tupinamba, ne se consommaient pas entre eux et ne pratiquaient l’anthropophagie que sur


90
leurs prisonniers . Lors de leurs nombreux raids, les Indiens emportaient la corde destinée à

capturer leurs ennemis. Le but des raids n’est donc pas de tuer, mais avant tout de prendre

un ennemi, pour le dévorer ensuite.


91
Celui-ci, devenu captif, pouvait être conservé par le guerrier qui l’avait pris , ou alors
92
offert aux parents ou amis, « pour les honorer ou s’acquitter d’une obligation. » Il arrivait

aussi que le prisonnier soit offert en mariage aux femmes qui avaient perdu leur mari à la

guerre, pour « récompenser la perte de leur defunct mary, … qu’ils appellent en leur
93
barragouyn Paraoussouvots. Et cela les oste de detresse et ennuy. » Le prisonnier
94
possédait un statut particulier : bien qu’il soit en partie libre de ses mouvements , les

femmes le considéraient plus ou moins comme « un homme de leur village », mais il devait

toutefois s’acquitter de « certains travaux pour son maître » – défrichements, remise des

produits de la chasse et de la pêche –, ne possédait pas ses biens, et était « humilié dans

certaines fêtes. » Il nous faut toutefois prendre garde à l’analyse très poussée menée par

Alfred Métraux, car il s’appuie sur deux sources principales : d’abord des récits de

voyageurs, aussi variés que divers, de Hans Staden, Jean de Léry ou André Thevet, datant
e e
du milieu du XVI s., mais aussi des textes plus tardifs, du début du XVII s., comme les

ouvrages de Claude d’Abbeville et d’Yves d’Evreux. Or, notre propos est de relater les

éléments en rapport avec la manière dont Théodore de Bry a pu dépeindre un peuple qu’il

ne connaissait pas. Aussi, les textes plus tardifs, donc non connus de ce dernier, ne

Hans Staden chez les Tupinamba 13


concernent pas notre sujet, notamment lorsqu’ils viennent temporiser les théories des

précédents. Non que ces derniers soient erronés, mais il est possible que le contact plus ou

moins prolongé avec les Européens ait modifié les modes de vie de ces peuples

amérindiens.

La durée de captivité pouvait varier de quelques heures, pour les plus âgés, à près de
95
vingt années pour les jeunes . Le conseil des chefs de famille et des principaux chefs de la

tribu se réunissait pour déterminer la date de l’exécution, puis « des messagers étaient
96
envoyés dans les villages alliés pour […] inviter à la fête » les parents et les amis de la

famille qui sacrifiait le prisonnier. S’en suit une préparation du matériel destiné à servir lors
97
de l’exécution rituelle : la corde (mussurana ou massarana), la massue sacrificielle (iwera
98 99
pemme ) et enfin la boisson enivrante (caouin ou cahouin). De Bry n’a pas pris le soin de
100
développer ces préparatifs qui durent les cinq jours précédant l’exécution , et s’est

concentré sur la préparation du corps pour la dégustation.

[Figure III, 20 : le rôle des femmes]

Sur la planche III, 20, le rôle des femmes apparaît relativement important dans ces

préparatifs, et elles semblent affairées, sans délaisser leur rôle : quatre d’entre elles ont

encore leur bébé sur le dos. L’auteur a respecté l’équilibre de cette image, avec sept

femmes qui encerclent le prisonnier, dans l’arrière-plan, dont deux avec un enfant, et sept

autres qui entourent celle qui prépare la massue sacrificielle101, dont aussi deux avec un

enfant. Elles semblent danser autour des personnages principaux, et « chantent autour de

Hans Staden chez les Tupinamba 14


102 103
lui. » Selon toute vraisemblance, elles sont assez jeunes, leurs seins ne pendent pas , ce

qui est aussi attesté par la présence des jeunes enfants sur le dos, les plus âgées des

femmes ne pouvant plus avoir d’enfant. L’exécution présente un peuple nombreux, où les

hommes sont davantage représentés que les femmes. Le prisonnier occupe le devant de la

scène, retenu par des Indiens, et son propriétaire s’apprête à lui asséner le coup fatal de

l’iwera pemme, devant le feu qui le cuira. La corde apparaît elle aussi, mais sans paraître si

raffinée que le prétend A. Métraux.

Les cérémonies commencent par l’arrivée des invités, accueillis par le chef qui leur dit :
104
« Vous venez nous aider à manger votre ennemi » et ils boivent jusqu’à être ivres. Durant

ces quelques journées préliminaires, des rites de préparation, de décoration des corps et de
105
l’iwera pemme, des orgies, danses, chants et mimes se succèdent . Dès lors, un échange

de parole, qui paraît aussi rituel, entre le bourreau et l’exécuté, se déroule sous les yeux de
106
la tribu assemblée . A aucun moment, la peur ne semble, théoriquement, envahir le

sacrifié, qui évoque la vengeance de son peuple, puis l’iwera pemme porte son coup fatal.

[Figure III, 22 : la préparation du repas]

Chaque membre de la tribu semble dès lors trouver son rôle : les hommes paraissent

féliciter le bourreau, celui-ci réapparaît dans la partie gauche, « qui pose avec élégance,

Hans Staden chez les Tupinamba 15


107
fierté et détachement devant sa victime, avec son arme, tel un chasseur devant le gibier. »
108
Une femme semble montrer un peu de tendresse et de tristesse au cadavre du supplicié .

Dans un second temps, le corps est lavé, par quatre « belles Indiennes » : « le contraste

entre leur beauté tranquille et l’horreur crée le sentiment de malaise de l’interdit majeur
109
transgressé. » La marmite sur le feu montre l’imminence d’un repas.

La scène du dépeçage mène le lecteur dans une horreur plus poussée encore. Alors

que les prémices de la boucherie se pressentaient sur l’image précédente, c’est dans la

planche III, 23 que les Tupinamba découpent et mettent à cuire les différentes parties du

corps. Deux moments se distinguent. Sur la partie gauche de l’image, deux Indiens
110
s’affairent à décomposer le corps du prisonnier, le tronçonnant à la hache , enfournant les

mains dans la poitrine pour en retirer tous les morceaux consommables. Derrière, les

femmes exhibent des pièces du corps : jambes et bras… Vient ensuite le deuxième temps
111
de cette image, la cuisson, alors qu’une Indienne apporte du bois . Dans une grande

marmite, sous un feu d’enfer, les morceaux sont plongés pour y être bouillis. Les viscères

sont amenées, alors que les femmes portant les membres semblent prendre une autre

direction : certaines pièces sont bouillies, d’autres rôties, comme le montre la planche 25.

Tous les membres de la tribu, y compris les enfants, prennent part à cette cérémonie. La

jeune génération participe activement aux différentes étapes de la préparation du corps pour

la cérémonie : qu’il s’agisse du nettoyage du corps, du dépeçage, de la cuisson ou de la

consommation de celui-ci, les prisonniers des Indiens tupinamba entrent dans le quotidien

de ce peuple. La présence des femmes et des enfants lors de ce rituel permet à De Bry de

montrer l’aspect quotidien, trivial de cette pratique. Les Européens peuvent être choqués par

la présence de cet enfant qui tient la tête du malheureux, tel un trophée, mais destinée elle

aussi à être bouillie. Cet enfant rappelle celui qui allait laver la tête de l’Indien Cario. Avides

de cette nourriture, les femmes profitent de transporter les membres pour se lécher les

doigts. A plusieurs reprises, durant cette « bande dessinée sur le rite cannibale », le lecteur

peut apercevoir les Amérindiennes se délecter de tous les morceaux ou du jus qu’elles

peuvent récupérer : elles se mordent les bras et les doigts avant l’exécution, se les lèchent

après avoir déplacé les morceaux. C’est d’ailleurs la part des femmes qui est représentée

Hans Staden chez les Tupinamba 16


dans l’image qui suit, où les lecteurs assistent au repas des femmes et des enfants.

Quelques assiettes, probablement de facture européenne, trônent au centre du groupe, qui

déguste avidement les entrailles, disposées comme on trouverait des saucisses chez un
112
boucher . L’utilisation d’assiettes, pour, semble-t-il, boire le jus de cuisson, la bouillie,

rappelle aussi la manière de faire du vieux continent. De Bry nous montre, certes un repas

monstrueux aux yeux des Européens, mais la technique pour déguster ce mets se rapproche

grandement de celle utilisée en Europe. Aussi, le lecteur a l’impression d’assister à un grand

banquet de centre de village, où les convives seraient nus (nues en l’occurrence) et le plat

un être humain. L’élément qui rappelle l’horreur insoutenable de la « réalité » occupe le

centre de l’image : la tête du mort trône au centre d’une assiette, un regard d’effroi dirigé

vers le ciel. L’harmonie règne dans cette scène où huit femmes partagent le repas avec sept

enfants, toutes et tous appréciant le mets, elles se lèchent les doigts pour ne rien perdre de

cette délicieuse nourriture. La dernière planche relative au rite cannibale montre la part des

hommes, et leur méthode de cuisson. Quatre femmes, plus vieilles, parce qu’elles ont les

seins pendants, se lèchent goulûment les doigts, récupérant la graisse qui s’écoule des

membres cuisant : « elles léchaient la graisse qui coulait sur les bâtons du boucan en
113
répétant constamment Ygatou, "c’est bon" » . Les Indiennes deviennent plus inquiétantes,

« leur visage change, [devenant] grimaçant, leurs yeux brillent d’inquiétante façon, l’une
114
d’elles jette un regard menaçant sur le spectateur. » Tout au long de ces scènes qui

démontrent les formes les plus horribles, pour les Européens, du rite anthropophage,

l’aspect physique des Amérindiennes, plus que celui des Tupinamba mâles, change et

apparaît plus édifiant : elles semblent irrésistiblement attirées par l’odeur de la chair

humaine, de la nourriture, depuis la mise à mort, jusqu’à la cuisson, allant même jusqu’à se

lécher les doigts, évitant ainsi de perdre la plus infime goutte de nourriture humaine. Plus

que les hommes ce sont elles qui sont présentes sur les images relatives à cette pratique, et

elles se transforment progressivement en « sorcières de l’iconographie de l’Ancien


115
Monde. »

Un personnage récurrent sur cette série de planches ne semble pas du tout acquiescer

à cette pratique : l’Européen prisonnier des Tupinamba. Staden a abandonné toute tentative

Hans Staden chez les Tupinamba 17


de convaincre ses geôliers que ce genre de repas ne devait pas avoir lieu, et ce dès
116
l’exécution de l’Indien Cario . De plus, sa position de captif, bien que progressivement

vénéré, lui interdit d’intervenir précisément dans un rite qui lui échappe, et dont il ne

comprend pas toute la complexité. Aussi, De Bry nous indique un Staden reconnaissable au

premier coup d’œil, par sa blancheur, contrastant avec les Tupinamba, burinés par le soleil.

Ce premier apparaît, dans ces images, tel un dieu chez les sauvages, se rapprochant ainsi,

par cette allure, des représentations médiévales du dieu chrétien. L’auteur a pris soin

cependant de ne pas intégrer le malheureux dans les « cérémonies avec lesquelles les
117 118
sauvages tuent et mangent leurs prisonniers. » Présent sur la moitié de ces images , son

attitude dénote un dégoût certain relatif aux scènes auxquelles il assiste. Les mains jointes
119
(III, 22), les bras croisés sur le torse (III, 23), en signe de prière , ou les bras levés, attitude
120
qui « traduit son impuissance à réfréner de tels débordements » , il se tourne d’abord vers

son dieu pour demander une éventuelle protection contre ces choses horribles qui se

déroulent devant lui, puis abandonne la prière, comme dépassé par les événements. La
121
présence récurrente de ce personnage permet d’attester l’authenticité de ces cérémonies :
122
« J’ai vu toutes ces cérémonies, et j’y ai assisté. »

De Bry fait d’ailleurs parler Hans Staden en utilisant des termes indiens, comme

massarana, pour désigner la corde, ou encore iwera pemme pour la massue. L’utilisation de
123
ces mots indigènes symbolise les échanges qui ont eu lieu entre le captif et ses maîtres . Il

est important de préciser que Théodore de Bry a pour beaucoup repris les images de

l’auteur original, qu’il a perfectionnées par les détails qu’il avait glanés, mais aussi par des

éléments de son invention propre. Le texte est lui aussi en partie le texte originel, celui de

Staden lui-même. L’utilisation régulière des mots amérindiens montre donc clairement une

compréhension de la langue tupi par Staden

L’étude, bien que non exhaustive, d’une partie de l’œuvre de Théodore de Bry nous

amène à dresser un bilan de la manière dont l’auteur-réalisateur a représenté les

populations amérindiennes et surtout de la façon dont cette mise en image a persisté en

Europe. Le graveur liégeois évoque deux images principales des peuples d’Amérique qui

viennent d’être découverts par l’Europe. La première, qui apparaît dès les premières

Hans Staden chez les Tupinamba 18


planches du disciple de Dürer, présente des populations qui sont bien faites, nobles dans

leur stature, qui semblent presque proches des populations européennes, en raison de la

posture que l’auteur leur donne. En effet, suivant les règles observées depuis le
124
commencement de la révolution artistique caractéristique de la Renaissance , l’éditeur

dépeint les peuples d’une manière très proche de celle utilisée en Europe depuis près d’un

siècle. Le second visage des peuples amérindiens s’oppose totalement au premier, et ce

sont des mœurs considérées comme barbares, sauvages, qui sont décrites. Ainsi, devant la

manière dont les Indiens tupinamba préparent leurs victimes qui servent bientôt de repas à

l’ensemble de la tribu, les Européens tendent à considérer que les populations autochtones

d’Amérique observent des rites bien horribles. Toutefois, la faiblesse du « noyau

documentaire portant sur une ethnie numériquement modeste va essaimer dans toute l’aire

amérindienne, pour représenter, du Sud au Nord et de la Patagonie au Labrador, des

peuples extrêmement divers sur lesquels on ne dispose pas de croquis de première


125
main. »

Les Européens de la Renaissance nourrissent, sans le savoir, un mythe en

construction depuis déjà la découverte de ce territoire. L’œuvre de Théodore de Bry nourrit

ce même mythe, mais de façon probablement volontaire. De quelle manière le Liégeois et

son œuvre ont-ils pris part à ce mouvement ?

Bibliographie

Sources :
De Bry Théodore, Théâtre du Nouveau Monde : les Grands Voyages, Découverte Gallimard
Albums, 1992, Paris.
Staden Hans, Nus, féroces et anthropophages, Métailié Suites, Trad. fr. Henri Ternaux
Compans, 2005, Paris.

Ouvrages :
Arens William, The Man-Eating Myth. Anthropology and Anthropophagy, Oxford University
Press, 1979, Oxford.
Bucher Bernadette, La sauvage aux seins pendants, Hermann, Collection savoir, 1977,
Paris.
Combès Isabelle, La tragédie cannibale chez les anciens Tupi-Guarani, PUF, 1992, Paris.
Duchet Michèle (s.d.), L’Amérique de Théodore de Bry, une collection de voyages
protestante du XVIe s. : quatre études iconographiques, Editions du CNRS, 1987, Paris.

Hans Staden chez les Tupinamba 19


Julien Charles-André, Les voyages de découvertes et les premiers établissements (XVe-
XVIe s.), G. Monfort, 2003 (1re éd. 1948, P.U.F.), Paris.
Lacotte Daniel, Danse avec le Diable – Une histoire des sorcières, Hachette Littératures,
2002, Paris.
Lestringant Frank, Jean de Léry ou l’invention du sauvage – Essai sur « l’Histoire d’un
voyage faict en la terre du Brésil », Champion, Collection Unichamp, 1999, Genève.
–, Le Huguenot et le sauvage – L’Amérique et la controverse coloniale, en France, au temps
des guerres de religion (1555-1589), Droz, Collection Titre courant, 2004, Genève.
Métraux Alfred, Religions et magies indiennes d’Amérique du Sud, Gallimard, 1967, Paris.
Neiva Saulo (étude réunie et présentée par), La France et le monde luso-brésilien :
échanges et représentations (XVIe-XVIIIe siècles), Presses Universitaires Blaise Pascal,
2005, Clermont-Ferrand.

Hans Staden chez les Tupinamba 20


1
Les Singularitez de la France antarctique autrement nommée Amerique, 1557-1558, Paris.
2
L’ouvrage évoqué, Histoire d’un voyage faict en la terre du Bresil, autrement dite Amerique…, date de 1578.
3
Ch.-A. Julien, Les voyages de découvertes et les premiers établissements (XVe-XVIe s.), p. 179 : On désigne souvent
les peuples du Brésil sous le nom général de Tupinamba, terme impropre car ce terme ne concerne qu’une tribu,
localisée dans la province du Maranhão, la région de Bahia et le pourtour de la baie de Rio de Janeiro. Mais d’autres
tribus, telles les Potiguara, les Caité, les Tupininkin, les Timimino, les Tamoyo ou les Tobajara y vivaient aussi.
4
H. Staden, Nus, féroces et anthropophages, p. 23 : Staden n’a de cesse de préciser, comme pour donner du crédit à
son récit : « J’ai vu toutes ces cérémonies, et j’y ai assisté. »
5
H. Staden, op. cit., p. 5.
6
L’exemple de l’entrée de la famille royale à Rouen le premier octobre 1550 a été développé par F. Lestringant, Le
Huguenot et le Sauvage…, p. 49.
7
H. Staden, op. cit., p. 10.
8
Ibid. p. 11.
9
Ibid. p. 5.
10
Th. de Bry, Americae tertia pars Memorabile provinciæ Brasiliæ Historiam continens, 1592, Frankfurt-am-Main.
11
Vingt-cinq planches lui sont consacrées, alors que les dernières images (les planches 26 à 29 d’après B. Bucher, La
sauvage aux seins pendants, 1977, p. 242) concernent le voyage de Léry au Brésil.
12
H. Staden, op. cit., p. 18.
13
H. Staden, op. cit., p. 18.
14
Th. de Bry, Le Théâtre du nouveau monde, p. 201 : « Il s’agit d’un port-type de la fin du XVI e s. (et non du début),
signe que le souci d’authenticité n’est pas toujours l’essentiel de l’intention du graveur qui ne craint ni les anachronismes
ni les approximations. »
15
H. Staden, op. cit., p. 13, aussi écrit Quoniambec par André Thevet, Les vrais pourtraits et vies des hommes illustres.
16
D’après I. Combès, La Tragédie cannibale chez les anciens Tupi-Guarani, p. 37 : Il semblerait que le boucan soit
davantage une technique qui consistait à fumer les mets, aussi, la représentation de ce mode de cuisson avec de
grandes flammes, semble erronée.
17
Staden ou Cortès pour l’Amérique,
18
Ph. Jacquin, « Actualité du cannibalisme », L’Histoire, n°111, 1988, p. 91.
19
A. Thevet, cité par Ph. Jacquin, op. cit., p. 91.
20
W. Arens, The Man-eating Myth, anthropology and anthropophagy, 1979.
21
G. Guille-Escuret, « Epistémologie du témoignage. Le cannibalisme ni vu ni connu », L’Homme, n°153, 2000 : Les
théories de W. Arens connaissent une désapprobation largement dominante au sein de la communauté scientifique et
[des] démentis minutieusement argumentés sont régulièrement publiés par des spécialistes, sur les divers cas
développés par l’Américain « négationniste ».
22
G. Guille-Escuret, op. cit.
23
Ph. Jacquin, op. cit., p. 91 : « Un observateur étranger à une culture peut-il saisir la signification de gestes et de
symboles sans les réinterpréter lui-même avant de les transmettre ? »
24
Ibid.
25
W. Arens s’appuie aussi sur le problème de la langue, mais cette thèse est réfutée par Ph. Jacquin, op. cit., p. 91 : « Il
semble bien que Hans Staden ait parlé le tupi, pour la simple raison que cette langue était commune à une immense
région et que bien des marins français et portugais la maniaient. »
26
Chronique du moine de Cluny Raoul Glaber à propos de la famine de 1032-1034, traduit par J. le Goff., La civilisation
de l’Occident médiéval, p. 212 : « La famine se mit à étendre ses ravages, l’on put craindre la disparition du genre
humain presque entier... Quand on eut mangé les bêtes sauvages et les oiseaux, les hommes se mirent sous l’empire
d’une faim dévorante, à ramasser pour les manger toutes sortes de charognes et de choses horribles à dire... Une faim
enragée fit que les hommes dévorèrent de la chair humaine. Des voyageurs étaient enlevés, leurs membres découpés,
cuits au feu et mangés... Les corps des morts eux-mêmes furent en bien des endroits arrachés à la terre et servirent
également à apaiser la faim... »
27
D. Le Breton, « Ceci est mon corps. Manger la chair humaine », Religiologiques : Nourriture et sacré, n°17, 1998.
28
« Sortes de truands croisés », selon Michel Rouche, cité in D. Le Breton, op. cit.
29
Ibid.
30
M. Graulich, « La grande fête aztèque d’Ecorchement des hommes », Notre Histoire n° 233, p. 56.
31
D’après M. Graulich, « Le cannibalisme sans tabou », Historia thématique n°84, 2003, p. 77 : Les sources espagnoles
restent relativement discrètes quant à l’anthropophagie des récents sujets du roi d’Espagne, Charles Quint,
nouvellement empereur, probablement dans le but de préserver l’intégrité de l’Europe sous la domination ibérique.
32
M. Graulich, op. cit., p. 75 : Il s’agit des tribus qui ne voulaient plus de la toute domination du peuple aztèque, telle que
les habitants de Tlaxcala.
33
Ibid., p. 76.
34
D. Le Breton, op. cit., p. 99 : Il s’agit du « sacrifice de l’étranger, de l’homme extérieur au clan, à l’ethnie. Il est associé
à la guerre et à la capture de prisonniers destinés à la manducation rituelle des vainqueurs. » Voir aussi I. Combès, op.
cit., p. 46.
35
D. Le Breton, op. cit., p. 99.
36
Le premier volume s’intéresse à une région d’Amérique à partir d’un texte d’origine britannique, alors que le deuxième
s’appuie sur des aquarelles que Le Moyne de Morgues a apportées en Europe, sans pour autant relater son aventure
personnelle.
37
Les quelques gravures de fin proviennent du texte de Léry.
38
H. Staden, op. cit., p. 36.
39
Il le précise lui-même, au chapitre 29, p. 105.
40
Ibid., p. 39.
41
Pour de plus amples renseignements sur ces deux capitaineries, cf. G. Medeiros, « Les Portugais face aux Français
dans la conquête des capitaineries de Pernambouc et d’Itamaraca au XVI e s. », in S. Neiva (éd.), La France et le monde
luso-brésilien : échanges et représentations (XVIe-XVIIIe siècles), pp. 59-88.
42
H. Staden, op. cit., p. 48.
43
Warhafftige Historia und Beschreibung einer Landschaft des Wilden, Nacketen, Grimmigen Menschfredder Leuthen in
der Newen Welt America gelegen.
44
Et aujourd’hui disparue : lors de la publication des gravures de Théodore de Bry, près d’un demi-siècle plus tard, les
Tupinamba avaient déjà été en grande partie décimés, et il ne subsistait que quelques milliers d’individus.
45
G. Thiessen, La Religion des premiers chrétiens : une théorie du christianisme primitif, p. 216.
46
Ibid.
47
N. Wachtel, Histoire et anthropologie des sociétés méso- et sud-américaines, leçon inaugurale au Collège de France,
1993.
48
H. Staden, op. cit., p. 21.
49
Ibid.
50
J.-P. Duviols, in H. Staden, op. cit., p. 31.
51
H. Staden, op. cit., pp. 79-80.
52
Ibid. p. 23.
53
Ibid. p. 8.
54
Ibid. p. 33 (c’est nous qui soulignons).
55
Ibid. p. 9.
56
Ibid.
57
Ibid. p.8.
58
Ibid. pp. 157-159 : C’est un Français, Guillaume de Moner, capitaine du vaisseau dieppois La Catherine de Vatteville
qui le rachète pour cinq ducats de marchandises (des merceries) et le ramène en France, à Honfleur le 22 février 1555.
59
Histoire du Brésil de Hans Staden (1549-1555) suivie d’une Narration de Jean de Léry, avec une description des
mœurs féroces des habitants.
60
J. Forge, « Naissance d’une image », in M. Duchet (s.d.), L’Amérique de Théodore de Bry…, p. 105.
61
J. Forge, op. cit., p. 106.
62
Ibid. pp. 106-107.
63
Sur les vingt-neuf planches que compte la suite brésilienne, dix-neuf sont consacrées aux échanges « forcés » pour
cause de captivité entre les Indiens et Staden, alors que seules six d’entre elles montrent une pratique cannibale.
64
Il ne faut toutefois pas omettre que le graveur liégeois avait tendance à combler les vides par des objets de son
invention ou venant d’une autre ethnie, d’où une valeur ethnographique incertaine.
65
B. Bucher, La Sauvage aux seins pendants, pp. 241-242.
66
Th. de Bry, Le Théâtre du Nouveau Monde, p. 209.
67
D’après H. Staden, op. cit., p. 25 : Les guerriers partaient souvent avec une corde, qui leur permettait que prendre un
prisonnier, celui-ci appartenant au premier qui l’avait touché.
68
Commentaire accompagnant l’image III, 06, in Th. de Bry, op. cit., p. 209 : « Ils ne me blessèrent qu’à la jambe et
m’arrachèrent mes habits. L’un s’empara de ma cravate, le second de mon chapeau, le troisième de ma chemise, et
ainsi de suite. »
69
Ibid.
70
H. Staden, op. cit., p. 82.
71
Ibid. p. 25 : Lorsque le prisonnier arrivait au village, son maître était accueilli par des cris de joie et le captif devait
crier : « Moi, votre repas, me voici. »
72
Voir H. Staden, op. cit., p. 91, ainsi que Th. de Bry, op. cit., p. 211
73
Ibid. p. 212 : Trois cercles l’entourent : « celui des barrières, celui des cabanes et celui des femmes. »
74
Ibid.
75
H. Staden, op. cit., p. 26.
76
Ibid. cf. aussi A. Métraux, Religions et magies indiennes d’Amérique du Sud, pp. 51-52.
77
Th. de Bry, op. cit., p. 214.
78
Ibid. p. 215 : Cette tribu du Sud est alliée aux Français, et ennemis des Tupininkins. Celui de la gravure est un fugitif
recueilli par les Tupinamba ; il ne s’agirait donc pas d’un esclave, comme l’indique H. Staden.
79
Légende accompagnant l’image III, 14, in Th. de Bry, op. cit., p. 215.
80
Ibid. : « Puisqu’il ne peut échapper à la maladie, il vaut mieux le tuer. »
81
Ibid. Légende accompagnant l’image III, 14.
82
Ibid. : « Un Indien sortit de la hutte et lui coupa la tête ; mais la maladie l’avait rendu si effroyable qu’il la jeta avec
horreur. »
83
Th. de Bry, op. cit., p. 215.
84
Ibid.
85
H. Staden, op. cit., p. 24.
86
Ibid. p. 8 : « Plus le désespoir grandit, et plus le guetteur tragique et nu, attentif à ce qui l’attend, s’ouvre tout entier au
monde fascinant et cruel de la tribu. »
87
Ibid. p. 7.
88
Ibid. p. 8.
89
Nous reprenons pour notre propos le titre d’un chapitre d’A. Métraux, Religions et magies indiennes d’Amérique du
Sud, pp. 45-78.
90
Qu’il s’agisse du prologue à H. Staden, de l’ouvrage d’A. Métraux, ou encore de celui d’I. Combès, le sacrifié est
toujours un prisonnier, jamais un cotribal. A. Métraux, op. cit., p. 45, précise que : « La capture de prisonniers, leur
sacrifice et la consommation de leur chair étaient les actes successifs d’un drame rituel à profonde portée religieuse et
sociale. » (c’est nous qui soulignons).
91
La possession d’un individu pouvait parfois être soumise à contestation, comme nous le montre A. Métraux, op. cit., p.
46.
92
A. Métraux, op. cit., p. 48.
93
Les veuves ne pouvaient effectivement pas se remarier tant que leur mari n’avait pas été vengé, d’après A. Thevet, in
A. Métraux, op. cit., p. 49.
94
Ibid. Il pouvait, par exemple, « cultiver un coin de forêt, […] aller à la chasse ou à la pêche. »
95
Ibid., p. 53.
96
Ibid.
97
Ibid. p. 53-54 : A. Métraux nous précise que cette corde tressée par des hommes de prestige, guerriers réputés ou
chefs de famille, demandait une technique spéciale, et de la patience, en raison de sa force et de sa longueur, mais
aussi du temps pour l’achever, parfois une année.
98
Ibid. p. 54 « Cette arme […] se composait d’une tête plate, arrondie ou ellipsoïde, qui surmontait un manche d’environ
un mètre et soixante centimètres allant en se rétrécissant jusqu’à la poignée, garnie de mosaïque de paille et de
plusieurs sortes de plumages. »
99
La préparation de cette boisson se retrouve sur la planche III, 19.
100
Seules les planches III, 20 et 21 évoquent la préparation du prisonnier et de la massue (III, 20) ainsi que son
exécution (III, 21).
101
Th. de Bry, op. cit., p. 222 : Les dessins géométriques peints sur la massue sont les mêmes qui le sont sur le crâne
du sacrifié.
102
Ibid.
103
Cf. B. Bucher, La Sauvage aux seins pendants, qui établit une relation entre le vieillissement des femmes indiennes
et la représentation de leurs seins par De Bry.
104
Cité in A. Métraux, op. cit., p. 55.
105
Pour de plus amples renseignements sur le déroulement de ces journées, cf. A. Métraux, op. cit., pp. 55-66.
106
Th. de Bry, op. cit., p. 222.
107
Ibid. p. 223.
108
G. Guille-Escuret, « Epistémologie du témoignage. Le cannibalisme ni vu ni connu. », in L’Homme n°153 : « Celle qui
fut sa compagne durant sa captivité verse des larmes juste après sa mort, mais sera l’une des premières à participer au
repas commun. »
109
Ibid.
110
Cf. F. Lestringant, « L’Automne des cannibales ou les outils de la Conquête », in M. Duchet, op. cit., pp. 74-76 pour
l’implantation de la hache dans le milieu brésilien.
111
Th. de Bry, op. cit., p. 224.
112
H. Staden, op. cit., p. 12.
113
A. Métraux, op. cit., p. 66, repris in H. Staden, op. cit., p. 27.
114
Légende accompagnant l’image in Th. de Bry, op. cit., p. 225.
115
Ibid.
116
Ibid., p. 215 : Staden répète à plusieurs reprises : « Je les exhortais à n’en rien faire » lorsqu’il évoque l’intention des
Tupi d’exécuter leur hôte.
117
Ibid., p. 221 : Titre général donné au jeu des six planches pré-étudiées, par Théodore de Bry.
118
Il n’apparaît pas sur les planches III, 20, 21 et 24.
119
H. Staden, op. cit., p. 16 : « Les mains jointes de Staden, c’est la permanence de la prière et de l’intercession
divine. »
120
Th. de Bry, op. cit., p. 226.
121
Ibid.
122
Ibid., p. 224 : Légende accompagnant l’image III, 24.
123
H. Staden, op. cit., p. 26 : Les échanges avaient lieu dès le début, le captif pouvant être marié à une Amérindienne,
celui-ci vivant chez son maître…
124
La Renaissance a été marquée par une humanisation des personnages représentés sur les peintures, mais aussi par
une modification de la manière de les représenter, en leur donnant une posture particulière, permettant de créer un
relief, grâce notamment à la position de trois-quarts de face. Pour de plus amples développement, cf. P. Burke, La
Renaissance européenne.
125
F. Lestringant, « Le Roi Soleil de la Floride, de Théodore de Bry à Bernard Picart », Etudes de Lettres n° 231, 1-2, p.
15.