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Le commerce des services

en Afrique :
opportunités et dangers Afrique – Notes de politique
des accords de partenariat
commerciale
économiques
Note 6
Paul Brenton, Nora Dihel, Larry Hinkle et
Nicholas Strychacz

Août 2010

Introduction À cet égard, le commerce international peut


jouer un rôle décisif dans le développement
Les services ont de l’importance pour la des secteurs des services en Afrique.
croissance et le développement L’ouverture aux importations de services et à
économiques. Dans la plupart des pays l’investissement direct étranger peut-être un
d’Afrique subsaharienne non producteurs de mécanisme efficace pour renforcer la
pétrole, le secteur des services est à présent concurrence et l’efficience de la fourniture de
la partie la plus importante de l’économie, et services dans l’économie intérieure. En outre,
à mesure que les pays se développent, les services offrent de nouveaux débouchés
l’importance de ce secteur tend à augmenter dynamiques aux exportations, mais trop
encore. L’accès à l’eau potable, à un réseau souvent ils sont négligés comme source de
d’assainissement efficace, à une diversification des exportations, les politiques
alimentation électrique stable ainsi qu’à des commerciales se concentrant exclusivement
services d’enseignement et de santé est sur le commerce de marchandises. Les
déterminant pour accroître la prospérité et exportations de services sont d’une
soulager la pauvreté. Les services comme importance toute particulière pour les pays
les télécommunications, l’énergie, les enclavés, pour lesquels les possibilités de se
transports et les services aux entreprises sont diversifier dans l’exportation de biens
d’importants intrants pour la production de manufacturés sont plus limitées du fait du coût
biens et d’autres services, et influent donc élevé du transport des marchandises1.
sur la productivité et la compétitivité. Il est
crucial pour la croissance économique et la
réduction de la pauvreté d’améliorer la
1
disponibilité, le coût et la qualité de ces De fait, au cours des 10 dernières années la
services dans tous les pays en croissance des exportations de services des pays
enclavés non producteurs de pétrole d’Afrique a été
développement. plus de trois fois plus rapide que celle de leurs
exportations de biens.

1
Cependant il peut s’avérer nécessaire de fournisseurs les plus efficaces et aux
coordonner l’ouverture des marchés avec meilleures technologies, et empêcher les
des réformes de la réglementation afin producteurs et les consommateurs de toute
d’obtenir des résultats effectifs, tout en l’économie d’accéder à des services à bon
introduisant des politiques supplémentaires marché. Des études empiriques ont montré
pour que les objectifs d’équité des pouvoirs que l’ouverture au commerce du marché des
publics puissent être atteints. Ceci souligne services s’accompagne d’une efficacité plus
qu’il importe de développer la capacité de grande et d’une croissance économique
définir et de mettre en œuvre des politiques accélérée2. En outre, la libéralisation du
de contrôle bien conçues pour les secteurs commerce des services exerce des effets
des services, capacité qui est limitée dans de favorables sur le commerce des biens et
nombreux pays d’Afrique. permet aux pays en développement de
mieux exploiter leurs avantages comparatifs
La présente note de politique examine le pour la manufacture de biens à forte
rôle que les accords de commerce intensité de main-d’œuvre. Il est probable
internationaux, en particulier les accords de que la libéralisation des services apportera
partenariat économique (APE) qui sont des gains plus importants que celle des
actuellement en cours de négociation avec marchandises et que les coûts d’ajustement
l’Union européenne (UE), peuvent jouer à aux réformes du secteur des services seront
l’appui de réformes coordonnées des inférieurs à ceux causés par la réduction de
échanges et de la réglementation. De telles la protection appliquée aux marchandises.
réformes permettront aux pays africains Ceci parce que dans de nombreux secteurs
d’exploiter les possibilités d’expansion de services, le mode dominant de leur
considérables des échanges de services, fourniture transfrontières consiste à établir
aussi bien en Afrique même qu’avec le une présence commerciale (mode 3), ce qui
marché mondial. La note examine les signifie que les services continueront
principaux problèmes que les APE doivent probablement d’être produits localement,
résoudre afin de pouvoir appuyer le quoiqu’après investissement et transfert de
développement des secteurs des services en savoir-faire et d’assistance par des firmes
Afrique, tout en reconnaissant que les APE étrangères.
ne sont pas nécessairement la manière la
plus efficace de réformer le secteur des La libéralisation du commerce des services
services dans tous les pays africains. La note peut toutefois s’avérer plus complexe que
entreprend d’abord d’étudier le rôle que la celle du commerce de marchandises, et elle
libéralisation du commerce peut jouer dans exige des capacités techniques
la réforme des secteurs des services. considérables, lesquelles manquent souvent
en Afrique. Cette complexité découle du fait
Libéralisation des échanges et que de nombreux secteurs de services
réglementation des secteurs des services doivent être réglementés afin de garantir leur
fonctionnement efficace en cas de
Le régime de commerce est un facteur défaillances du marché. En l’absence des
déterminant de la nature de la concurrence réglementations appropriées, l’ouverture du
dans le secteur des services du marché
intérieur. Les pays qui imposent des 2
Hoekman et Mattoo (2008) offrent un examen
restrictions aux fournisseurs étrangers de complet des faits constatés en matière de commerce
services risquent d’entraver l’accès aux de services, de libéralisation des échanges et de
croissance.

2
marché au commerce des services n’entraîne vont entraîner une détérioration de la
pas nécessairement un accroissement des fourniture des services aux zones les plus
échanges ni ne rend la fourniture des pauvres ou les moins peuplées car ce sont
services plus efficace pour autant. celles dont la desserte est la moins
profitable. Cela peut se produire si la
Il peut être nécessaire aussi de mettre en concurrence des nouveaux entrants dans les
place des mécanismes pour éviter que les secteurs anciennement monopolistiques
objectifs sociaux relatifs à l’accès à des élimine les profits monopolistiques qui
services essentiels ne soient compromis par servaient auparavant à subventionner la
la réforme du régime de commerce. La fourniture non rentable de services aux
difficulté pour les pouvoirs publics consiste régions pauvres. En réaction, les autorités
à équilibrer convenablement l’intensification peuvent recourir à une gamme de
de la concurrence qu’entraînera l’ouverture mécanismes marchands pour maintenir la
accrue du marché aux fournisseurs étrangers fourniture des services essentiels aux zones
avec la réalisation des buts de leurs pauvres ou sous-peuplées dans un
politiques. Ce qui est particulièrement environnement compétitif.
préoccupant ici est que l’intensification de la
concurrence et la libéralisation des services
Figure 1 : Restrictivité du régime de commerce des services par région

C C G 4 8 .2

S A R 4 1 .6

E A P 3 9 .4

M E N A 3 9 .3

A FR 2 9 .6

LA C 2 0 .7

E C A 1 9 .9

O CD E 1 8 .9

W
Restrictivité du régime de commerce des services
Note : W représente le STRI moyen de 102 pays au total

Notes : abréviations régionales: GCC – Conseil de coopération du Golfe, SAR – Asie du Sud, EAP – Asie orientale
et Pacifique, MENA – Moyen-Orient et Afrique du Nord, AFR – Afrique sub-saharienne, LAC – Amérique latine et
Caraïbes, ECA – Europe et Asie centrale, OECD – Organisation de coopération et de développement économiques.
Source: Gootiiz et Mattoo (2009).

Il importe donc de coordonner la réglementaire doive précéder la


libéralisation du commerce avec la réforme libéralisation des échanges ou l’inverse, il
de la réglementation. Bien qu’il ne soit pas convient en général de s’efforcer de
strictement indispensable de suivre un maintenir un marché concurrentiel. Dans
séquencement particulier, tel que la réforme certains cas, la libéralisation des échanges

3
peut servir de moteur à la réforme de la pays africains appliquent des politiques
réglementation, comme lorsque les autorités relativement libérales au commerce des
de contrôle ont été capturées par les services (figure 1). Pour ces pays africains,
producteurs en place et que la libéralisation l’indice global de restrictivité des politiques
des échanges permet aux consommateurs et appliquées aux services se situe juste au-
aux nouveaux fournisseurs de services de dessus de la moyenne mondiale et est
participer davantage au processus inférieur à celui des pays de toutes les autres
réglementaire. En d’autres cas, il peut être régions en développement sauf l’Europe
nécessaire de réformer la réglementation ou orientale et l’Amérique latine. Il existe
d’améliorer le climat des affaires pour que cependant des variations considérables entre
les investissements ou les échanges les pays d’Afrique. Madagascar et Maurice
internationaux puissent avoir lieu. ont des régimes de commerce des services
très ouverts, le niveau de leur restrictivité
Afin de pouvoir planifier avec efficacité la étant considérablement plus bas que la
libéralisation des échanges et de négocier moyenne mondiale et inférieur également à
des accords bilatéraux, régionaux ou la moyenne des pays de l’OCDE. En
multilatéraux d’échanges de services il est revanche l’indice de l’Éthiopie affiche la
essentiel que les responsables politiques et valeur la plus élevée de tous les pays de
les négociateurs disposent d’informations l’échantillon. Sept seulement des 22 pays
extensives sur la nature de la réglementation africains présentent un indice global de
et des restrictions aux échanges dans tous les restrictivité aux échanges de services qui
secteurs qui sont l’objet de la négociation. excède la moyenne mondiale.
Toutefois, dans de nombreux pays d’Afrique
ainsi que d’autres pays en développement, il Le rôle des accords de commerce
n’existe pas de données complètes sur les internationaux dans la réforme des services
secteurs des services, et les pays en
développement se heurtent en général à des Les gouvernements qui souhaitent mettre en
difficultés pour participer de façon effective œuvre des réformes des services auxquelles
à des négociations sur le commerce des s’opposent de puissants groupes d’intérêts
services. peuvent trouver appui dans des accords de
commerce internationaux. En améliorant
Afin de remédier aux pénuries de données l’accès au marché des exportateurs du pays
sur les politiques appliquées au commerce et en mobilisant les groupements
des services dans les pays en d’exportateurs à l’appui du programme de
développement, la Banque mondiale a réformes, ces accords peuvent aider à
récemment mené une enquête pour évaluer résoudre les situations de blocage. Les
les politiques effectivement appliquées aux accords de commerce peuvent aussi, en
échanges dans cinq secteurs de services — verrouillant la détermination à réformer et
les services financiers, les en renforçant la crédibilité du processus,
télécommunications, le commerce de détail, offrir un moyen de surmonter les résistances
le transport maritime et les services locales à des réformes souhaitables.
professionnels — dans 78 pays en Cependant la plupart des pays africains
développement et en transition et dans répugnent à prendre des engagements à
24 pays développés en 2007 et 2008. l’OMC sur les services dans le cadre de
L’analyse couvre vingt-deux pays africains. l’accord général sur le commerce des
Les résultats montrent qu’en moyenne, les services (AGCS). La quasi-totalité des

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mesures de libéralisation du commerce des apporter de résultats améliorés dans nombre
services présentée à la figure 1 ont été mises des pays les plus pauvres. En outre, de
en œuvre de façon unilatérale. nombreux pays d’Afrique souffrent de
graves contraintes de capacité techniques et
Cette prudence est due au fait que dans les administratives pour concevoir, négocier et
négociations d’accords réciproques dans le mettre en œuvre la libéralisation de leur
cadre de l’AGCS, on n’accorde pas assez commerce de services et les réformes
d’attention et de ressources à faire en sorte complémentaires de la réglementation. La
que les pays en développement puissent réticence de nombreux pays africains à
évaluer l’impact d’éventuelles concessions verrouiller les régimes en vigueur de
d’accès au marché sur leurs réglementations commerce des services au niveau de
internes ainsi que sur le comportement du l’OMC/AGCS est peut-être due aussi à
marché. Le peu d’attention accordé aux l’incapacité où ils se trouvent de préparer
préoccupations de réglementation et de des positions de négociation et de participer
régulation du marché a restreint toute effectivement aux négociations de manière à
participation effective aux négociations. Les influer positivement sur leurs résultats.
autorités de contrôle sont sensibles aux
arguments de fond en faveur des réformes, D’une manière générale, les gains les plus
tandis que les marchandages mercantilistes importants apportés par la libéralisation du
dans le style de l’AGCS au sujet du seul commerce des services se produisent lorsque
accès au marché n’ont guère d’importance à tous les fournisseurs ont accès au marché sur
leurs yeux. Ceci confirme qu’il importe la base de la NPF. Le pays donne ainsi à ses
d’analyser soigneusement les avantages consommateurs et à ses producteurs accès
économiques et les conséquences plus aux meilleurs fournisseurs de services du
générales de la réforme, et de faire participer monde. Libéraliser le commerce des services
les principales parties prenantes aux de façon échelonnée et préférentielle avant
entretiens sur la réforme de la une libéralisation plus générale sur la base
réglementation. de la NFP peut avoir des conséquences
défavorables à long terme en octroyant
Les négociations sur la libéralisation du l’avantage de l’antériorité à un fournisseur
commerce des services se heurtent à peu efficient, que l’ouverture ultérieure du
plusieurs difficultés supplémentaires. Les marché ne pourra ni déloger ni forcer à
pays en développement s’inquiètent souvent devenir plus efficace. Libéraliser d’abord au
de ce que la libéralisation globale négociée niveau régional peut être justifié s’il existe
du commerce des services et la négociation d’importants effets d’apprentissage que les
d’un APE seront pratiquement à sens firmes locales n’ont pu exploiter en raison
unique, les fournisseurs de services des pays de la petite taille des marchés nationaux ou
développés y gagnant probablement un de réglementations nationales restrictives
meilleur accès aux marchés des services des qui ont inhibé leurs possibilités de
pays en développement tandis que les croissance. Une libéralisation régionale
fournisseurs de services des pays en préférentielle pourrait ainsi permettre
développement ne verront guère s’améliorer l’émergence en Afrique de fournisseurs
leur accès aux marchés développés. Le régionaux de services qui seraient alors
marchandage mercantiliste standard autour capables de concourir efficacement lors de
de la libéralisation du commerce des la libéralisation sur la base de la NFP.
services risque par conséquent de ne pas

5
Libéraliser d’abord au niveau régional en Afrique. Dans d’autres secteurs dans
donnerait aux autorités de contrôle la lesquels l’Afrique a des intérêts
possibilité d’acquérir de l’expérience avant d’exportation, tels que les services de
la mise en œuvre de l’ouverture totale. Des tourisme et de technologie informatique, des
accords régionaux peuvent aussi permettre engagements d’un portée plus vaste que
des économies d’échelle en matière de l’AGCS pourraient fournir des précédents
réglementation et de contrôle, en particulier importants à de futurs accords de commerce
lorsque les ministères de tutelle nationaux régionaux et multilatéraux. Les dispositions
souffrent de pénuries de compétences ; ils de l’APE CARIFORUM régissant la
peuvent aussi réduire les risques de capture coopération entre les autorités de la
des réglementations nationales par des concurrence, en particulier les engagements
groupes d’intérêts du secteur privé et réduire spécifiques concernant le tourisme,
l’hétérogénéité des réglementations. pourraient être utiles pour discipliner le
Cependant, les autorités régionales doivent comportement anti-compétitif des firmes de
aussi éviter de créer des secteurs de services l’UE sur les marchés africains et pour
régionaux protégés qu’il sera malaisé de permettre aux firmes africaines de concourir
libéraliser par la suite et de donner effectivement dans les chaînes de production
l’avantage de l’antériorité à des fournisseurs intégrées verticalement. La coopération
de services régionaux inefficients contre réglementaire au niveau régional et une
lesquels des fournisseurs internationaux plus clause de préférence régionale pourraient
efficaces ne pourront pas concourir être utiles pour faire progresser l’intégration
ultérieurement. C’est pourquoi il importe régionale des services en Afrique. La mise
d’évaluer avec soin les coûts et avantages en place au niveau de l’APE de structures de
potentiels d’une libéralisation régionale dialogue pour la reconnaissance mutuelle
préférentielle. Il convient aussi que les pays pourrait faciliter les progrès au niveau
étudient comment mettre en place des régional.
engagements contraignants afin de garantir
qu’une libéralisation sur la base de la NFP Il est cependant peu probable qu’un APE ait
sera bien mise en œuvre ultérieurement. beaucoup à offrir aux pays d’Afrique en
matière d’accès amélioré au marché de
Réforme des services en Afrique et accords l’UE. Bien que l’APE CARIFORUM
de partenariat économique contienne des dispositions élargissant les
possibilités d’emploi temporaire des
Les dispositions de CARIFORUM, un APE professionnels qualifiés, il ne résout pas la
conclu entre un groupe de pays caribéens et question des migrations temporaires de
l’UE, concernant les services donnent à travailleurs non qualifiés. L’élargissement
penser qu’un APE similaire avec des pays des conditions d’accès temporaire à l’UE
africains pourrait servir de mécanisme pour pour les travailleurs non qualifiés, par
verrouiller en place les niveaux d’ouverture exemple au moyen de régimes de sous-
existants, renforcer la crédibilité de la traitance soigneusement élaborés et
réforme et manifester aux investisseurs la administrés, aurait un impact économique
stabilité de l’orientation de la politique des considérable en Afrique. Faute d’une
services en vigueur. L’APE CARIFORUM ouverture appréciable aux migrations
définit également les cadres réglementaires temporaires de travailleurs non qualifiés par
de nombreux secteurs de services, qui l’UE, la réforme des services devra être
pourraient servir de base pour accroître la conduite par les pays d’Afrique qui
qualité et la crédibilité des réglementations

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cherchent à réformer leurs propres secteurs L’organisation et la coordination de cet
des services. En outre, l’actuel style AGCS appui pourrait se faire au moyen d’un forum
de négociation d’engagements réciproques dédié, indépendant des négociations de
entre l’UE et les pays africains dans le cadre commerce spécifiques, qui permettrait
de l’APE n’accorde pas suffisamment l’application de l’analyse d’impact
d’attention et de ressources à améliorer les économique et réglementaire, la discussion
régimes réglementaires et à renforcer les des bonnes pratiques et des structures
institutions de contrôle. institutionnelles efficaces. Le forum, qu’il
faudrait organiser autour des secteurs
Une stratégie de réformes coordonnées prioritaires pour l’Afrique, permettrait la
secteur par secteur de la réglementation et tenue d’un dialogue de fond entre les
des régimes de commerce serait autorités de contrôle et les négociateurs des
probablement une méthode plus effective accords commerciaux afin de répondre aux
pour les pays africains qu’une démarche préoccupations relatives aux conséquences
vaste mais superficielle de négociation de la réforme du régime de commerce sur la
d’engagements dans tous les secteurs. Pour possibilité d’exercer un contrôle effectif. Un
des pays dont les capacités de négociation et tel forum incarnerait le fait que pour la
de régulation des services sont limitées, il réforme des services il n’existe pas
est sans doute plus efficace de commencer nécessairement de formule toute faite et que
par les services prioritaires du point de vue souvent les réformes et les structures de
du développement (c’est-à-dire, dans la contrôle appropriées sont particulières au
plupart des pays, les télécommunications, pays concerné. Une question importante à
les transports, l’électricité, la finance et les résoudre consistera à déterminer où tenir ce
services aux entreprises) plutôt que par un forum et comment assurer à tous les pays
accord général mais superficiel de d’Afrique l’accès à ses ressources.
commerce préférentiel où tous les secteurs et
modes de fourniture font l’objet d’une Pour les pays d’Afrique, en tirant parti des
négociation. sources disponibles d’appui financier et
d’assistance technique :
Recommandations
 Définir une stratégie de commerce des
services qui s’intègre dans le plan de
Les réformes des réglementations et des
développement national au moyen des
régimes de commerce en Afrique doivent
activités suivantes i) améliorer la
s’appuyer sur une assistance technique et
collecte et la diffusion de données plus
financière. Cette assistance devrait être
nombreuses et de meilleure qualité sur
centrée sur les facteurs qui auront le plus
les secteurs de services et le commerce
grand impact sur les résultats du marché et
des services ; ii) informer les diverses
non sur les seules considérations d’accès au
parties prenantes et faciliter le dialogue
marché et de traitement national préférentiel,
entre elles sur les conséquences
et sur la préparation de listes d’engagements
possibles de la libéralisation et de la
de type AGCS. Toutefois cette assistance ne
réforme du commerce des services ;
devrait pas être liée directement à la
iii) identifier les secteurs prioritaires où
signature d’un APE. L’assistance devrait
une concurrence accrue, l’investissement
être disponible à tous les pays africains qui
étranger et les nouvelles technologies
souhaitent réformer leurs secteurs de
peuvent stimuler l’efficacité et la
services, qu’ils aient ou non signé un APE.
croissance ; iv) établir une commission

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du commerce des services et de la les secteurs prioritaires d’intérêt mutuel
réforme de la réglementation qui fera avec les partenaires régionaux.
campagne en faveur de régimes
En ce qui concerne les APE :
réglementaires et de commerce ouverts
et transparents et supervisera l’emploi de  L’UE et les pays africains envisagent
l’analyse d’impact de la réglementation. une approche plus flexible des APE qui
 Dans les secteurs de services prioritaires reflète la diversité des capacités et des
du marché intérieur, mettre en œuvre un priorités des pays africains. Les APE
audit des échanges et de la deviennent un processus dans lequel
réglementation pour identifier les l’attention n’est plus centrée sur un
principaux obstacles à la concurrence et accord bilatéral entre l’UE et les zones
à l’investissement. S’agit-il d’une commerciales régionales africaines pour
ouverture insuffisante aux échanges et à l’ouverture préférentielle de secteurs de
l’investissement, d’un manque de services sur la base d’un barème de type
crédibilité du degré d’ouverture existant, AGCS, mais plutôt une approche
de réglementations inappropriées, d’une coopérative, pays par pays, pour
capacité insuffisante à mettre en œuvre éliminer les obstacles au développement
un cadre réglementaire bien conçu, d’un des secteurs identifiés comme
climat hostile à l’investissement ? prioritaires par les pays africains. Par
exemple l’UE pourrait, sur demande
 Dans les secteurs exportateurs d’un pays ou groupe de pays d’Afrique,
prioritaires, évaluer les améliorations travailler avec ces pays pour faciliter la
qu’il est nécessaire d’apporter au régime coopération entre les autorités de la
réglementaire pour soutenir la concurrence. Cette activité pourrait avoir
compétitivité et mobiliser une attitude lieu même en l’absence d’un accord
favorable aux exportations dans les formel d’APE complet. De même l’UE
ministères dépensiers et les organismes pourrait étudier les possibilités de
compétents comme l’agence de reconnaissance mutuelle de
promotion des exportations. qualifications qui ne dépendent pas de la
 Déterminer si et de quelle manière des ratification formelle d’un APE.
réformes et des accords de commerce  Les pays africains et l’UE adoptent,
unilatéraux au niveau régional ou plutôt qu’une négociation vaste mais
multilatéral, ou dans le cadre de l’APE, superficielle du type AGCS, une
pourraient servir à atténuer les obstacles approche de la réforme des échanges et
identifiés pour les secteurs prioritaires et de la réglementation coordonnée secteur
appuyer le processus de réforme du par secteur et dans laquelle les secteurs à
régime de commerce et réglementaire. réformer en priorité sont définis par
Explorer les possibilités de coopération chaque pays en fonction de plans de
avec l’UE en dehors d’un accord formel développement nationaux.
général sur les services, par exemple
dans le domaine de la coopération entre  L’UE soutient les pays africains dans la
les autorités de la concurrence. recherche de l’ouverture au commerce
des services principalement par la
 Rechercher plus activement des libéralisation sur la base de la NFP, en
possibilités de coopération régionale et particulier dans les secteurs
d’intégration accrue des services dans d’infrastructure où une ouverture

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préférentielle pourrait avoir des À propos des auteurs
conséquences défavorables à long terme.
Paul Brenton est économiste principal pour le
 L’UE travaille avec d’autres bailleurs et commerce et l’intégration régionale, Nora Dihel est
des institutions internationales à mettre spécialiste du commerce et Larry Hinkle et Nicholas
Strychacz sont consultants au sein de l’unité Lutte
une assistance technique appropriée à la contre la pauvreté et gestion économique de la
disposition de tous les pays réformateurs Région Afrique à la Banque mondiale. Cette étude a
d’Afrique, financée par un fonds géré de été financée par le Fonds fiduciaire multi-bailleurs
manière indépendante, et dissocie la pour le commerce et le développement, auquel
fourniture de ce financement de la contribuent le Royaume-Uni, la Finlande, la Suède et
la Norvège. Les points de vue exprimés dans ce
négociation ou de l’existence d’un document n’engagent que leurs auteurs et ne
accord APE. Un tel fonds pourrait représentent pas nécessairement les vues des
organiser des ressources financières et bailleurs ni du Groupe de la Banque mondiale ou de
du savoir-faire autour de secteurs de ses administrateurs.
services essentiels pour l’Afrique. Les
télécommunications, le tourisme, les
transports, la finance et les services aux Référence
entreprises paraissent des candidats Hoekman, Bernard & Mattoo, Aaditya,
appropriés. 2008. « Services trade and growth »
Policy Research Working Paper 4461,
Banque mondiale.

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