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Rappel des règles de bon usage

des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)1


Juillet 2013

Messages clés
 Comme tous les médicaments, les AINS exposent à des effets indésirables pouvant être
graves, en particulier gastro-intestinaux, cardio-vasculaires et rénaux.
 Le choix d’un AINS repose sur la prise en considération :
- des facteurs de risque individuels du patient,
- du profil de sécurité d’emploi propre à chaque AINS,
- des préférences personnelles du patient.
 Il est recommandé de :
- utiliser les AINS à la dose minimale efficace, pendant la durée la plus courte possible ;
- en cas de douleur chronique, réévaluer régulièrement la nécessité et l’efficacité du
traitement par AINS, qui n’est que symptomatique ;
- ne pas associer deux AINS.
 Tous les AINS sont contre-indiqués en particulier en cas de :
- ulcère gastro-duodénal évolutif,
- antécédents d’ulcère peptique ou d’hémorragie récurrente (au moins 2 épisodes
objectivés),
- insuffisance hépatocellulaire sévère,
- antécédents de saignement ou de perforation digestifs survenus sous AINS,
- insuffisance cardiaque sévère,
- insuffisance rénale sévère,
- grossesse (voir ci-dessous).
 Certains AINS ont par ailleurs des contre-indications spécifiques en raison de leur profil de
risque particulier :
Les coxibs et le diclofénac sont contre-indiqués en cas de :
- cardiopathie ischémique avérée,
- artériopathie périphérique,
- antécédent d’accident vasculaire cérébral (dont accident ischémique transitoire).
L’étoricoxib est également contre-indiqué en cas d’hypertension artérielle non contrôlée.
 Femme enceinte
Tous les AINS sont contre-indiqués dès le début du 6ème mois de grossesse (24 semaines
d’aménorrhée)2.
Les coxibs (célécoxib, étoricoxib, parécoxib) sont contre-indiqués pendant TOUTE la
grossesse.
 Sujet âgé
Il est recommandé de prendre en compte le risque accru d’effets indésirables graves du fait
des comorbidités fréquentes, de la polymédication qui expose à des risques d’interactions
médicamenteuses et d’un terrain fragilisé.

                                                        
1
Cette information ne concerne pas les AINS utilisés par voie locale (gel, crème…)
2 ème
Rappel : Pas d’AINS dès le 6 mois de grossesse http://ansm.sante.fr/S-informer/Presse-Communiques-Points-presse/Rappel-
pas-d-AINS-des-le-6eme-mois-de-grossesse/(language)/fre-FR

 
ANSM – Juillet 2013
Les AINS, y compris l’aspirine, inhibent les isoformes 1 (COX-1) et 2 (COX-2) de la cyclo-oxygenase.
Les deux isoformes de la COX permettent schématiquement la synthèse de prostaglandines aux
propriétés différentes :
- la COX-1 permet de synthétiser préférentiellement les prostaglandines participant à la protection de
la muqueuse gastro-duodénale et à l'agrégation plaquettaire (effet pro-agrégant) ;
- la COX-2 permet de synthétiser préférentiellement les prostaglandines impliquées dans la réaction
inflammatoire et dans l’agrégation plaquettaire (effet anti-agrégant) ;
- la COX-1 et la COX 2 sont aussi responsables de la synthèse de prostaglandines qui contribuent à
la régulation de l’hémodynamique intrarénale, dans le but de maintenir la perfusion glomérulaire.
Le profile de sécurité d’emploi des AINS dépend du rapport d’affinité pour ces 2 isoformes. Une action
préférentielle sur la COX-2 augmente le risque de complication cardio-vasculaire et une action
préférentielle sur la COX-1 augmente le risque de complication au niveau du tube digestif.

Avant de prescrire

 Evaluer le risque digestif


Les facteurs de risque incluent : sujet âgé, antécédent de lésion gastro-intestinale (ulcère,
hémorragie, perforation), comorbidité, certains médicaments.
Les AINS doivent être prescrits et utilisés avec prudence en cas d’antécédents de maladie
inflammatoire chronique des intestins (rectocolite hémorragique, maladie de Crohn).
 Evaluer le risque cardiovasculaire
Les AINS peuvent favoriser :
- une rétention hydrosodée
Ce risque doit être pris en compte tout particulièrement chez les patients présentant des
antécédents à type d’hypertension artérielle, d’insuffisance cardiaque, de dysfonctionnement
ventriculaire gauche, d’œdèmes.
L’étoricoxib est associé à une hypertension artérielle plus fréquente et plus sévère qu’avec les
autres AINS et est donc contre-indiqué chez les patients présentant une hypertension artérielle
non contrôlée.
- une faible augmentation du risque thrombotique artériel, particulièrement à posologie élevée
et lors d’utilisation au long cours.
En conséquence, une évaluation approfondie avant la décision de prescrire un AINS est
nécessaire en cas de : hypertension artérielle non contrôlée, insuffisance cardiaque congestive,
cardiopathie ischémique avérée, artériopathie périphérique et/ou pathologie vasculaire cérébrale,
facteurs de risque cardiovasculaire (hypertension, hyperlipidémie, diabète, tabagisme…).
L’augmentation du risque cardiovasculaire sous coxib concerne plus particulièrement les sujets
ayant des antécédents récents (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral).
 Evaluer le risque rénal
Les AINS sont susceptibles d’induire une insuffisance rénale aiguë par inhibition de la synthèse
des prostaglandines. Il convient donc d’être particulièrement attentif aux sujets ayant un risque
d’hypovolémie, une altération de la fonction rénale, une insuffisance cardiaque non compensée ou
des troubles hépatiques.
Les AINS sont déconseillés chez les sujets à risque d'insuffisance rénale fonctionnelle (sujet âgé,
hypovolémique), sauf cas exceptionnel qui nécessite alors une surveillance biologique.
 Evaluer le risque global dans la population à risque des sujets âgés
Le risque accru d’effets indésirables, notamment d’hémorragie, de perforations digestives
potentiellement fatales et d’insuffisance rénale, doit être pris en compte. Les comorbidités fréquentes
et la polymédication qui expose à des risques d’interactions médicamenteuses sont des facteurs de
risque.

ANSM – Juillet 2013


Lors de la prescription

Le choix d’un AINS repose sur la prise en considération des profils de sécurité propres à chaque
AINS, des facteurs de risque individuels du patient et de ses préférences.

 Respecter les indications


Tous les AINS n’ont pas les mêmes indications. Ces indications reflètent les pathologies dans
lesquelles l’efficacité de chaque molécule a été démontrée. Il est donc important de les respecter.
 Informer systématiquement le patient des risques liés à l’utilisation des AINS et des précautions à
suivre en cas d’automédication.
 Ne pas traiter au long cours de façon systématique
En dehors des manifestations symptomatiques d’arthrose, de rhumatisme inflammatoire ou
d’arthropathie microcristalline, la poursuite du traitement par AINS ne se justifie pas.
Dans tous les cas, il est recommandé de réévaluer régulièrement la nécessité et l’efficacité du
traitement symptomatique par AINS.
 Prescrire et utiliser les AINS à la dose minimale efficace, pendant la durée la plus courte
possible
 Respecter les contre-indications

En particulier, il ne faut pas prescrire d'AINS dans les situations suivantes :

Tous les AINS - ulcère gastro-duodénal évolutif,


- antécédents d’ulcère peptique ou d’hémorragie récurrente (au moins 2 épisodes
objectivés),
- insuffisance hépatocellulaire sévère,
- antécédents de saignement ou de perforation digestifs survenus sous AINS,
- insuffisance cardiaque sévère,
- insuffisance rénale sévère.

Contre-indications supplémentaires

- coxibs - cardiopathie ischémique avérée,


- diclofénac - artériopathie périphérique,
- antécédent d’accident vasculaire cérébral (y compris accident ischémique
transitoire).

- étoricoxib - hypertension artérielle non contrôlée

Grossesse
- coxibs : Pendant TOUTE la durée de la grossesse.

- Autres AINS : Dès le début du 6ème mois de grossesse (24 semaines d’aménorrhée)3

                                                        
3 ème
Rappel : Pas d’AINS dès le 6 mois de grossesse http://ansm.sante.fr/S-informer/Presse-Communiques-Points-presse/Rappel-
pas-d-AINS-des-le-6eme-mois-de-grossesse/(language)/fre-FR

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 Prendre en compte le risque d’interaction médicamenteuse
Notamment :

AINS Ne pas associer deux AINS, y compris l’aspirine à dose


anti-inflammatoire

Anticoagulant oral Majoration du risque hémorragique


- piroxicam et aspirine à dose anti-inflammatoire :
association contre-indiquée
- autres AINS : association déconseillée
Quand cette association est indispensable, elle
nécessité une surveillance clinique étroite, voire
biologique.

Antiagrégant plaquettaire Majoration du risque d’hémorragie digestive


(y compris aspirine à dose antiagrégante)
Les patients sous aspirine à dose antiagrégante
plaquettaire doivent être avertis des risques de
l’automédication avec l’aspirine ou un autre AINS.

Antidépresseur inhibiteur sélectif de la recapture de Majoration du risque d’hémorragie digestive


la sérotonine (ISRS)

Inhibiteur de l'enzyme de conversion (IEC), Risque d'insuffisance rénale aiguë chez le malade à
diurétique, antagoniste des récepteurs de risque (sujet âgé et/ou déshydraté).
l’angiotensine 2 (ARA 2)

Corticothérapie Majoration du risque d’ulcération et d’hémorragie gastro-


intestinale.

Médicaments susceptibles de favoriser une hyperkaliémie (IEC, ARAII, héparines, ciclosporine, tacrolimus et
triméthoprime en particulier diurétiques hyperkaliémiants, notamment lorsqu’ils sont associés entre eux ou avec des
sels de potassium).

Surveillance du traitement

 Surveiller les effets indésirables digestifs


Les complications digestives sévères (ulcères, perforations, hémorragies), potentiellement fatales,
ne s’accompagnent pas toujours de signes annonciateurs et peuvent survenir à tout moment au
cours d’un traitement par AINS. La survenue d’épigastralgies ou d’autres symptômes digestifs
impose l’arrêt du traitement.
 Surveiller les effets indésirables cardiovasculaires
Une surveillance est requise chez les patients présentant des antécédents d’hypertension et/ou
d’insuffisance cardiaque légère à modérée. Des cas de rétention hydrosodée et d’œdème ont été
rapportés lors de traitement par AINS.
Il est recommandé d’être attentif à toute aggravation de l’état clinique chez les patients ayant des
antécédents de maladie coronarienne. Toute manifestation clinique évocatrice de l’aggravation ou
de l’apparition d’une pathologie cardio-vasculaire sous AINS impose l'arrêt du traitement et une
réévaluation de la pertinence de l’indication dans la pathologie traitée.
 Etre attentif aux éventuelles manifestations cutanées
Tous les AINS sont susceptibles d’entraîner des réactions cutanées graves, parfois fatales, à type de
dermatite exfoliatrice, de syndromes de Stevens-Johnson et de Lyell (épidermolyses bulleuses). Ces
réactions surviennent le plus souvent durant le premier mois de traitement. Le traitement doit être
arrêté dès la survenue de rash cutané, de lésions muqueuses ou de toute autre manifestation
d’hypersensibilité.
 Etre attentif à toute manifestation infectieuse
Les AINS sont susceptibles de masquer les premiers signes d’une infection et ainsi d’aggraver le
pronostic de certaines infections. Des cas d’aggravation d’infections dentaires, de varicelle, de
pneumopathies et d’infections ORL, chez des patients traités par AINS ont été rapportés.

ANSM – Juillet 2013