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Diabète : faut-il manger moins de graisses et des féculents à chaque repas ?

La doctrine officielle qui invite les diabétiques à manger moins de graisses et


beaucoup de glucides ne permet pas d’espérer inverser la maladie.
Le site Nestlé Nutri Pro, qui se veut un portail d’information sur la diététique et la
nutrition pour les professionnels de santé, a relayé récemment les propos d’un
médecin sur l’alimentation à adopter quand on a un diabète de type 2.
Selon ce médecin, les patients doivent « réduire les graisses » mais pas les glucides
: « non seulement on peut, mais on doit manger des féculents ». Les pâtes en
particulier seraient « excellentes » car elles « donnent des montées de glycémie
raisonnables » et que « ça permet d’avoir moins faim ». Quant au sucre dans le café,
« ça ne compte pas, ce n’est pas dramatique ».
Pourquoi ce discours ?
Dans son livre Santé mensonges et (toujours) propagande, Jérémy Anso montre que
la prise en charge « officielle » du diabète repose exclusivement sur une diminution
de « l’apport quantitatif en lipides », alors que les glucides devraient, selon la Haute
autorité de santé « représenter 50 à 55% des calories ». « Ces conseils, écrit Jérémy
Anso, s’appuient sur un « référentiel de bonnes pratiques » publié par la Société
francophone du diabète (SFD) ».
Faut-il vraiment réduire les graisses et consommer des féculents à chaque repas
quand on est diabétique ?
Il n’y a pas une stratégie unique de prise en charge nutritionnelle du diabète. Des
études ont montré qu’un régime alimentaire pauvre en graisses et riche en glucides
peut aider à stabiliser la glycémie à long terme, voire la faire baisser, à condition que
les glucides soient riches en fibres, c’est-à-dire qu’ils aient un index glycémique (IG)
bas et qu’ils conduisent à une charge glycémique basse, ce qui n’est absolument pas
assuré lorsqu’on consomme des féculents comme les pommes de terre ou le pain.
Les pâtes ont un IG modéré, mais une assiette de pâtes, telle qu’elle est conseillée
sur le site Nestlé Nutri Pro peut conduire à une charge glycémique élevée, si elle est
copieuse. Le plus important est qu’une alimentation riche en glucides et/ou féculents
n’a jusqu’ici jamais permis d’inverser un diabète, ce qui doit être l’objectif de toute
recommandation nutritionnelle dans les diabètes d’apparition récente.
Comment inverser un diabète ?
Longtemps considéré comme une maladie incurable, le diabète de type 2 peut en
effet être «inversé». La plupart des spécialistes s’accordent pour dire qu’une
inversion (ou une rémission) correspond à une hémoglobine glyquée (HbA1c)
durablement inférieure à 6,5%, sans prise de médicaments.
Le rapport sur le diabète de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) daté de 2016
a d’ailleurs admis ce concept d’inversion du diabète et reconnu qu’elle peut être
réalisée par la perte de poids et la diminution des calories.
Il n’existe à ce jour que trois moyens bien documentés d’inverser un diabète. Le
premier, qui est aussi le plus efficace, n’a rien à voir avec la nutrition : c’est la
chirurgie bariatrique, avec un taux de rémission à long terme proche de 80%.
Les deux autres sont des approches nutritionnelles très éloignées des conseils
officiels actuels :
 la restriction temporaire des calories
 la restriction des glucides.
Les études conduites à l’université de Newcastle montrent qu’une diminution brutale,
temporaire (quelques semaines) mais drastique des calories peut inverser un diabète
chez près de la moitié des patients à un an, et plus d’un patient sur trois après deux
ans, via une perte de poids qui varie selon la corpulence de départ mais qui
typiquement devrait être de 15 kilos lorsqu’on est en surpoids ou obèse. Cette
expérience a été relatée par Normand Mousseau dans son livre.
L’autre moyen documenté et prometteur d’inverser un diabète, c’est la restriction des
glucides (qui s’accompagne souvent d’une diminution des calories), soit par un
régime low carb de type Atkins, soit, plus efficacement, en suivant un régime
cétogène. Plusieurs études témoignent de l’intérêt de cette approche, avec
notamment dans une étude (non contrôlée), un taux d’inversion de diabète de l’ordre
de 60% à un an.
Qu’il s’agisse de la restriction calorique ou de la restriction glucidique, les études
d’intervention n’ont pas dépassé deux ans. On peut donc dire que ces approches
permettent d’espérer une inversion du diabète à court terme, pour une partie des
patients, mais que d’autres travaux sont nécessaires pour savoir si ces bénéfices
sont maintenus après plusieurs années.
Lire aussi : Comment manger pour inverser un diabète de type 2 (abonnés)
Conclusion
Les recommandations officielles faites aux diabétiques français (moins de graisses,
des féculents à chaque repas) ont globalement échoué à améliorer la santé des
patients ; même si dans certains cas (charge glycémique basse), elles peuvent aider
à stabiliser la glycémie ou l’abaisser modérément, elles ne permettent pas d’inverser
la maladie. Pour espérer y parvenir au moins à court terme, il faut adopter des
changements souvent contraignants dans son mode de vie : restriction calorique de
quelques semaines, ou low carb.
« Les glucides, écrit Jérémy Anso, sont les nutriments qui élèvent le plus la glycémie
et sollicitent le plus le pancréas. La logique voudrait donc de les diminuer chez les
patients diabétiques, ou, si on ne les diminue pas, d’encourager le patient à choisir
les moins glycémiants, sur la base de leur index glycémique. Mais ce sujet n’est pas
en France à l’ordre du jour. Quant au sucre et aux produits sucrés, pas question de
s’en priver. »
Pour aller plus loin : Santé, mensonges et (toujours) propagande et Comment j'ai
vaincu le diabète sans médicament
Sources
Cox DJ, Taylor AG, Dunning ES, Winston MC, Van ILL, McCall A, Singh H, Yancy
WS. Impact of behavioral interventions in the management of adults with type 2
diabetes mellitus. Curr Diabetes Rep 2013;13(6):860-868
Hallberg SJ, McKenzie AL, Williams PT, Bhanpuri NH, Peters AL, Campbell WW,
Hazbun TL, Volk BM, McCarter JP, Phinney SD, Volek JS. Effectiveness and Safety
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Label, Non-Randomized, Controlled Study. Diabetes Ther. 2018 Apr;9(2):583-612.
doi: 10.1007/s13300-018-0373-9. Epub 2018 Feb 7. Erratum in: Diabetes Ther. 2018
Mar 5;:.
Cox DJ, Taylor AG, Singh H, Moncrief M, Diamond A, Yancy WS Jr, Hegde S,
McCall AL. Glycemic load, exercise, and monitoring blood glucose (GEM): A
paradigm shift in the treatment of type 2 diabetes mellitus. Diabetes Res Clin Pract.
2016 Jan;111:28-35. doi: 10.1016/j.diabres.2015.10.021.
Hallberg SJ, Gershuni VM, Hazbun TL, Athinarayanan SJ. Reversing Type 2
Diabetes: A Narrative Review of the Evidence. Nutrients. 2019 Apr 1;11(4).