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LA REVUE DES MANAGERS ET DES ORGANISATIONS RESPONSABLES N°260 Avril 2015

Responsabilité sociétale
D é velo ppe men t dur abl e
Resp on sa bi l i t é s o c i al e
Environnement
Sécurité
Qualité
E t hiq ue

Le management de la
sûreté et de la sécurité.
ISSN 0767-9432

Pourquoi mettre L’entreprise face


en place une aux risques.
stratégie de sécurité
économique ?

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SOMMAIRE

N°260 • AVRIL 2015

4 Edito
Sûreté et sécurité un enjeu de management
6
et une culture d'entreprise.

6 Rencontre avec ...


Dominique Ciravegna.
Pourquoi mettre en place une stratégie de
sécurité économique ?

14 Actualités
Les élèves de l’IEQT en audit sur une activité de
l’ESAT de Creuzier-le-Neuf.
Rencontre avec...
Alliance entre Clarte et l’IRT Jules Verne. Rencontre avec Dominique Ciravegna,
Directeur de la Sûreté et de l’Audit Interne,
Groupe Kiloutou.

Stratégie et Management
15

Le management de la sûreté et de la
sécurité.

15 Sécurité, sûreté et intelligence économique.

18 L’entreprise face aux risques.

29 L’avocat et l’entreprise.

34 Sensibiliser les TPE et les PME à la sécurité


économique.
Dossier : Le management de la sûreté et de
la sécurité. 37 La protection des personnes et des biens.

42 L’intelligence économique au cœur de


l’accompagnement des start-up innovantes.

64 Sélection du mois 46 La sécurité et la sûreté dans un métier à risques.

66 Tendances 50 Une collaboration exemplaire santé-sûreté.

53 Au cœur de la sécurité numérique…


Future of cities.
Fiber Futures. 57 Gestion des risques : un système de
management de la sûreté.
Le design universel : le nouvel enjeu de
l’urbanisme. 62 L’entrepreneur, au cœur de la société.

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 3


N° 260 - Avril 2015

E D I TO R I A L L’actualité quotidienne nous abreuve de crises, d’incidents ou d’accidents, que ce soit


sur le plan de la vie privée, des communes, des entreprises ou des nations : naufrage
du Sea Star, de l’Amoco Cadiz, échouage du Showa-Maru, de l’Erika, explosion de la
plate-forme pétrolière Ixtoc, Bhopal,Tchernobyl, Aznalcollar, Rwanda, Enron, World-
com, crise du sang contaminé, de la vache folle, l’explosion de l’usine chimique AZF
de Toulouse, la tempête de 1999, la tempête Xynthia, enlèvement ou exécutions de
personnes, terrorisme, sécurité des salariés à l’étranger, Karachi, World Trade Center
le 11 septembre 2001, les controverses sur les OGM, le problème de l’amiante, les pan-
démies (grippe aviaire, puis la grippe A), Fukushima, les risques sanitaires, alimen-
taires, environnementaux, industriels, etc. A l’échelle de la planète on assiste
actuellement à un accroissement de l’impact des catastrophes sur les populations hu-
maines, sur notre environnement et sur notre économie.
Même si toutes ces catastrophes ont des origines et des conséquences très diverses,
elles ont toutes en commun l’émergence du risque et de sa prévention. Tout ceci consti-
tue des enjeux très importants dans l’espace public et font que la notion de risque oc-
JEAN-LUC LAFFARGUE
cupe maintenant une place centrale dans les politiques publiques et alimente les
controverses autour des nouvelles technologies. La société a changé. Les citoyens,
confrontés à des risques technologiques, environnementaux, sanitaires, alimentaires,
sociaux, économiques... ne veulent
Sûreté et sécurité un enjeu de plus être exclus des choix qui enga-
gent le présent et l’avenir ; ils dési-
management et une culture d'entreprise. rent une véritable information qui
s’inscrit dans un enjeu de société et
un enjeu démocratique ; il s’agit aussi d’assurer la transparence sur les causes et les
divers effets sanitaires et sociaux de la catastrophe. Aujourd’hui, le désarrois face à de
nombreuses situations (d’ailleurs ceci ne s’applique pas qu’aux catastrophes) est d’au-
tant plus important lorsque nous sommes dans un état d’esprit où règne la démagogie,
le manque de vision et d’actions sur des faits connus depuis plusieurs décennies ! Cette
désinformation est la conséquence d’un système capitaliste de production et de spé-
culation basé sur des économies de libre marché et sur le laisser-faire, soutenu par des
lobbies du secteur privé et notamment par l’industrie financière avec ses investisse-
ments polluants et sa sous-évaluation volontaire des risques. La réglementation n’est
plus assurée par les institutions démocratiques, mais par les marchés financiers et les
mouvements spéculatifs à court terme. Dans ce contexte, les hommes donnent plus
l’impression de jouer aux dés que de maîtriser leur devenir.
Ceci dit, l’expression « maîtrise des risques » dans l’entreprise présente un caractère
paradoxal. D’une part, elle sous-tend l’acceptation et le maintien d’un niveau de risque
non nul ; toutes les structures qui se figent dans des certitudes (entreprises très procé-
durales) ne sont plus en mesure de s’adapter et de survivre ; la vie est antinomique
avec la recherche des certitudes. D’autre part, se décèle la volonté de maîtriser le non
quantifiable et l’inqualifiable.
Cela semble mission impossible tant la notion de risque est subjective. Elle est en lien
avec la culture et l’histoire de chacun des acteurs concernés. Tout problème mesurable
ou non, peut contribuer à faire prendre des risques et on ne peut l’ignorer.
La notion de risque est à l’opposé des notions de maîtrise de la situation. L’utopie des
zéro défaut, zéro papier, zéro stock des années 80, reste toujours bien vivante en ce
qui concerne le zéro risque.

Le terme « risque » a fait une timide apparition dans les entreprises, dans le domaine
de la sécurité et de l’environnement. Mais culturellement, il reste souvent tabou et est
très peu employé pour évaluer la situation socio-économique de l’entreprise. Il est vrai
que la culture sécuritaire française a la volonté d’éradiquer tous types de risque. La
prise de risque volontaire semble devenir socialement inacceptable.

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E D I TO R I A L
La notion de risque zéro paraît à l’évidence fortement marquée par l’utopie. Comment
en effet imaginer, sauf dans la publicité, un monde sans risque, intégralement contrô-
lable, dans lequel tout aléa aurait disparu, un monde où tout serait calculable, mesu-
rable et programmable ? Est-ce d’ailleurs souhaitable ?

L’aggravation des risques liés à l’industrialisation et à l’urbanisation a donc développé


au sein de l’opinion une crise de confiance sans précédent qui nous conduit vers un
renforcement des exigences. L’entreprise se doit d’évaluer ses risques en s’appuyant
sur une démarche structurée d’identification et d’évaluation de leurs conséquences.
La prévention, visant à réduire la probabilité d’occurrence d’un sinistre ou d’en limiter
les effets reste un facteur déterminant pour progresser dans la réduction du risque à
la source.
Une autre donnée est apparue depuis la fin de la guerre froide en 1991 où l’on assiste
à une globalisation des marchés et à l’émergence d’une situation d’affrontements éco-
nomiques mondiaux dont les protagonistes sont à la fois les blocs économiques supra-
nationaux, les Etats et les entreprises. Il en a résulté un durcissement de la concurrence
alors même que la création de valeur des entreprises reposait de plus en plus sur la
conquête de marchés au-delà de leurs frontières. A une économie de production a suc-
cédé une économie de marchés.

Dans le même temps les NTIC ont révolutionnées l’accès à l’information. Dans ce
contexte, l’émergence de l’intelligence économique accompagne donc la convergence
des situations nouvelles de guerre économique et d’explosion de l’information devenue
ressource stratégique pour les acteurs publics et privés ; la difficulté n’est plus de l’ob-
tenir mais de la gérer et de la protéger car ce sont ces deux dimensions qui en font un
avantage compétitif et qui font de l’intelligence économique un outil stratégique in-
dispensable.
L’omniprésence des systèmes d’information, qui sont au cœur de toute organisation,
implique la présence de risques qui trouvent leur origine dans le système d’information
ou se matérialisent à travers celui-ci ; ils supportent des activités vitales ainsi que les
fonctions de support indispensables à la performance. Ils sont à l’origine de risques
spécifiques ou contribuent à la manifestation de risques susceptibles d’affecter le fonc-
tionnement et les résultats de l’organisation. La maîtrise de ces risques est un élément
essentiel pour la bonne gouvernance des entreprises et leur performance. Ainsi, la gou-
vernance des risques liés aux systèmes d’information est un enjeu majeur pour toutes
les entreprises quelles que soient leurs activités ou leur taille.
A tout cela, s’ajoute le fait que toutes les entreprises sont confrontées à des risques réels
de déstabilisation : attaques au niveau des fournisseurs, fuites de cerveaux, fausses in-
formations, offres d’emploi fictives, tentatives d’intrusions dans le système d’informa-
tion...
Internet a multiplié les risques d’opérations malveillantes. Le processus d’intelligence
économique doit donc permettre à l’entreprise de veiller à la sécurité de son système
d’information sur lequel pèse des menaces tant accidentelles, catastrophes naturelles,
erreurs humaines..., qu’intentionnelles, espionnage, intrusions, sabotages...

Au-delà de la conformité avec les exigences légales et réglementaires, les entreprises


doivent avant tout s’assurer de la maîtrise de l’ensemble des risques qui peuvent avoir
un impact sur leurs activités, leurs modèles opérationnels et leurs systèmes d’infor-
mation.

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RENCONTRE AVEC...

... Dominique Ciravegna.

Dominique Ciravegna, Directeur de la Sûreté


et de l’Audit Interne, Groupe Kiloutou.

Pourquoi mettre en place une stratégie de sécurité


économique ?
Qualitique Le Groupe Kiloutou est présent dans deux pays,
la France et la Pologne.
Pouvez-vous nous présenter très brièvement
votre parcours professionnel ? Contribuer à la sûreté et à la sécurité, c’est l’af-
faire de chacun et ceci tous les jours. Le Groupe
Kiloutou s’est engagé depuis 2004 dans une dé-
D. Ciravegna marche de sûreté et de sécurité mise en place
vis-à-vis de ses collaborateurs mais aussi de ses
Je travaille depuis plus de quinze ans mainte- clients. Elle repose sur des valeurs humaines
nant dans le milieu de la sécurité et de la sûreté. telles que la confiance dans l’humain, le goût de
J’ai commencé dans un groupe de distribution l’effort. Cela implique beaucoup de choses en
puis, dans une société internationale en Europe matière de formation et d’implication de cha-
Centrale et en Italie. Je m’occupais essentielle- cun. Les collaborateurs du groupe sont très at-
ment de tout ce qui relevait de la sécurité, sûreté tachés à l’enseigne puisque l’actionnariat est
et stratégie d’entreprise. Je suis entré, il y a dix ouvert aux collaborateurs. Certains sont donc
ans, dans le Groupe Kiloutou en tant que Direc- actionnaires de l’entreprise. Si on vole ou si on
teur de la sûreté et de l’audit interne. commet des actes frauduleux, on ne s’attaque
pas seulement à l’entreprise pour laquelle on
Qualitique travaille, on s’attaque également à sa propre en-
treprise.
En matière de sûreté, nous sommes partis du
Quelle est la politique du groupe Kiloutou en principe que pour protéger ces valeurs, il fallait
matière de sûreté ? protéger le matériel mais aussi les hommes.
Nous avons mis en place d’un programme de
D. Ciravegna formation mais aussi de contrôle puisque je rap-
pelle que la confiance n’exclut pas le contrôle.
Cette politique de contrôle dans notre entre-
Rappelons brièvement que Kiloutou, c’est plus prise est totalement transparente pour nos col-
de 400 agences, 3500 collaborateurs ; c’est un laborateurs. Des audits dits pédagogiques
des majors de la location de matériels en Europe accompagnent les collaborateurs vers une amé-
et le numéro un en France de la multi-location. lioration continue des process et des procédures

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RENCONTRE AVEC...

afin d’éviter tout type de risque. D. Ciravegna


Que ce soit pour la France ou pour la Pologne,
cette politique de sûreté est commune aux deux Oui le Groupe Kiloutou est victime de ces vols
pays avec quelques spécificités pour chacun. sur chantier. Un vol d’un véhicule léger est très
facile à identifier de par sa plaque d’immatricu-
lation. Par contre, il est beaucoup plus difficile
Qualitique d’identifier le numéro de série d’une pelle. Pre-
nez le cas du contrôle d’un camion transportant
Quels sont les risques auxquels le groupe est deux à trois pelles. On va contrôler le conduc-
particulièrement exposé ? teur qui va surement être en règle et le camion
également. Mais les pelles qu’il transporte se-
D. Ciravegna ront peut-être volées et au premier coup d’œil
c’est pratiquement impossible à remarquer.
Pour vous repérer, une pelle de huit tonnes
Dans le Groupe Kiloutou, comme dans n’im- coûte environ 30 à 40 000 euros voire plus. Les
porte quel groupe d’ailleurs, il y a des risques pelles les plus volées sont les mini-pelles d’une
en matière de sécurité et de sûreté. à huit tonnes car au-delà le vol devient plus dif-
Les risques en matière de sécurité peuvent être ficile et moins discret. Pour lutter contre cela, on
des accidents du travail, des accidents environ- équipe certaines de nos machines de matériel
nementaux, des accidents liés à l’utilisation des de type traqueur qui permet de les tracer par
machines. C’est pourquoi les différents types de liaison radio. D’une manière générale, pour les
machine mises à disposition de nos clients ré- criminels, il est beaucoup moins risqué de voler
pondent à une démarche qualité. Toutes les ma- un chantier qu’une agence bancaire ou un dis-
chines sont systématiquement contrôlées au tributeur de billets automatique. Imaginez que
retour de location. Les réparations, s’il y en a, sur le chantier en question, il y est un petit stock
sont toujours faites en temps et en heure. On d’aluminium, quelques pelles à 40 000 euros
respecte vraiment des normes draconiennes. chacune, je vous laisse faire le compte en valeur
En matière de sûreté, les risques sont en parti- de revente. Nous observons aussi, malheureu-
culier liés à la fraude et aux vols. Kiloutou, c’est sement, des vols sur les agences du groupe
beaucoup de machines. Il peut donc y avoir des puisque certaines ont déjà été victimes de cam-
risques de détournements internes ou de dé- briolages. Il suffit d’aller sur des sites d’an-
tournements externes. Mais aussi des vols sur nonces de vente sur Internet bien connus pour
chantier, des tentatives d’attaques aux faux or- y trouver du matériel dérobé.
dres de virement ou des tentatives d’attaques
via l’informatique. Le Groupe Kiloutou a un dé- Pour cela, le Groupe Kiloutou s’équipe de
veloppement important ces dernières années. moyens mécaniques et électroniques pour lutter
C’est pourquoi, il est implanté aujourd’hui en contre ces vols.
Pologne et vient d’ouvrir 20 agences composées
de 100 collaborateurs. Le Groupe a également Qualitique
fait l’acquisition de multiples sociétés. C’est là,
que le risque lié à l’image et à la réputation
vient se poser. Le groupe attire beaucoup les re- Retrouve-t-on le même genre de risque en
gards et il faut veiller à ce que certaines per- France et en Pologne ?
sonnes malveillantes ne veuillent pas fragiliser
l’ascension du groupe.
D. Ciravegna
Qualitique
Curieusement, le risque est plus élevé en France
D’une façon générale on assiste, ces dernières qu’en Pologne où ils sont plus respectueux des
années, à une augmentation des vols et des dé- lois et de la réglementation. Par contre, on peut
gradations sur chantier, au point de placer la retrouver du matériel en Europe centrale ou de
sureté comme thème prioritaire dans la straté- l’autre côté de la Méditerranée ou de l’Atlan-
gie de nombreuses entreprises. tique par exemple.
Est-ce aussi le cas chez le Groupe Kiloutou ? Avec les réseaux criminels très organisés au-
jourd’hui, il est déjà arrivé que ces filières cri-
minelles créent de vraies sociétés avec de vrais
faux documents. Ces sociétés domiciliées dans

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RENCONTRE AVEC...

des villes différentes et de compétences varia- Qualitique


bles dépendent de la Police ou de la Gendarme-
rie nationale qui relèvent de tribunaux Comment impliquer les collaborateurs à cette
différents. On peut très bien ouvrir une société politique de sûreté ?
à Vesoul, à Versailles, puis à Créteil et une
autre à Luynes dans les Bouches du Rhône. Bien
que dispatchées dans toute la France, ces socié- D. Ciravegna
tés vont faire tourner de l’argent entre elles
pour montrer à leurs banquiers que leurs socié- Si on considère que la sécurité et la sûreté ne
tés fonctionnent. Dès lors, ils vont commencer sont pas l’affaire de tous alors, ce sera l’affaire
à organiser le vol vis-à-vis du loueur comme du de personne. En réalité, c’est bien l’affaire de
banquier. Et comme tout bon banquier, celui-ci chacun et ceci tous les jours. Chez Kiloutou, le
va leur vendre des services financiers ou pres- fait que certains employés ou collaborateurs
tations d’assurance et ils vont tout acheter. Ces soient actionnaires augmente l’implication.
malfaiteurs vont aller voir des gens comme Ki- Lorsque l’entreprise est volée, le fraudeur ne
loutou pour louer du matériel et ils vont habi- vole pas simplement l’entreprise mais égale-
tuer leurs propres clients-loueurs à rendre le ment l’ensemble des collaborateurs. Une entre-
matériel en retard. Entre temps, ils vont aller à prise qui met à disposition de sa clientèle du
la banque demander un petit crédit. Le ban- matériel, lorsqu’elle est volée c’est du matériel
quier va voir que l’argent circule parfaitement qu’elle ne pourra plus louer. Elle est donc moins
sans retard de paiement et donc leur accorder compétitive et in fine ce sont les salariés qui en
le prêt. Jusqu’au jour où ils disparaissent dans sont les principales victimes. Cela est vrai dans
la nature avec l’argent du crédit et le matériel toutes les entreprises.
des loueurs. Ces sociétés ne sont pas toutes sur Prenez le cas d’une entreprise qui vend des
la même juridiction ce qui rend le travail des en- blousons en cuir. Si celle-ci se fait dérober des
quêteurs plus délicat. Et cela les malfaiteurs le blousons en cuir elle va augmenter son taux de
savent. Cette délinquance itinérante relève de démarque inconnue (correspond au pourcen-
la criminalité organisée. On les verra plus pen- tage du chiffre d’affaires relatif au coût des pro-
dant un ou deux ans puis ils recommenceront duits volés, disparus ou cassés). Mais cette
ailleurs et sous d’autres noms. démarque inconnue a un coût. Le distributeur
va bien répercuter son coût quelque part et
Qualitique donc sur le prix de vente. In fine, celle-ci perdra
des clients car, elle aura répercuté la démarque
inconnue sur ses prix.
Est-ce que par rapport à cela vous avez une dé- Je peux faire la même analogie en matière de sé-
marche de conseil ou de développement stra- curité. Imaginez une entreprise qui a un taux
tégique ? d’accidents du travail important. Elle va dépen-
ser un peu plus d’argent à la Caisse Régional
D. Ciravegna d’Assurance Maladie par rapport à une entre-
prise qui a un taux d’accident du travail égal ou
proche de zéro. Là aussi cela a un coût. Entre
En fait, on a toujours eu une démarche de une même entreprise d’une même activité, il y
conseil. La sûreté, c’est aussi une affaire de stra- en a une qui a des accidents du travail à ou-
tégie. On parle de stratégie sécuritaire. La stra- trance et l’autre qui n’en a pas. L’une est plus
tégie ne s’impose pas. On peut noter les plus compétitive que l’autre car, elle dépense son ar-
belles stratégies sur le papier, si elles ne sont pas gent en prévention et l’autre subit la sécurité de
appliquées sur le terrain, cela ne sert strictement plein fouet car elle paye ses accidents du travail.
à rien. Donc l’arme absolue de la sûreté, ce n’est Cela implique derrière de remplacer les salariés
pas la force mais, c’est bien l’implication de cha- absents ou en arrêt, de reformer de nouvelles
cun. Pour que chacun soit impliqué dans cette personnes qui ne resteront pas forcément dans
démarche, il n’y a que la communication, l’in- l’entreprise et qui seront donc moins moti-
formation et la formation. Il vaut mieux une vées…
personne convaincue du bien fondé de la dé- C’est l’ensemble de ce cercle infernal dans le-
marche plutôt que dix personnes obligées de quel on entre qui fait qu’une entreprise est
suivre des directives… beaucoup moins compétitive qu’une autre.

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RENCONTRE AVEC...

Qualitique

L’idée serait donc de mettre en place une véri-


table stratégie de sécurité économique ?

D. Ciravegna

Absolument ! Mettre en place une véritable stra-


tégie de sécurité économique passe par l’ana-
lyse de nombreux paramètres et concerne tous
les périmètres de l’entreprise. On ne va pas par-
ler de sécurité mais de sureté. J’ai bien fais la
différence entre sécurité et sûreté, l’accidentel
et le volontaire. Les anglais font aussi cette dif-
férence entre « safety » et « security ». En
France, on parle de sécurité générale.
Pour mettre en place une véritable stratégie de
sécurité économique, qui est le volet défensif de
l’intelligence économique, il faut balayer de
nombreux points. Le premier est l’implication
du personnel. Imaginez, par exemple que vous curité et de sûreté comme je vous l’ai dit. On a
devez surveiller une partie sensible d’un site et écrit plusieurs documents et chartes. On les fait
que vous avez décidé pour cela d’installer un vivre au travers de formations, de mises en si-
contrôle d’accès. Si un collaborateur, possédant tuation et de Storytelling. Il est beaucoup plus
un badge, fait rentrer tout le monde car il n’est simple d’expliquer une situation par une his-
pas convaincu de l’utilité d’un contrôle d’accès toire en sortant l’individu de son cadre profes-
quel est l’intérêt ? Ou si parce que cela le gêne, sionnel pour le ramener par la suite au cadre
lorsqu’il doit porter des colis, un collaborateur professionnel initial. Cela se traduit clairement
bloque la porte avec le premier colis qui vient. par : « Avec la même histoire, que feriez-vous
A quoi va servir votre démarche ? Il faut donc maintenant dans votre cadre professionnel ? ».
adopter des règles « pratico-pratiques ». Il faut Vous êtes chez vous, vous regardez la télévi-
aussi que la stratégie de sécurité économique sion. Là votre voisine se fait cambrioler en son
soit adaptée à une exigence sécuritaire et à un absence. Allez-vous dénoncer les cambrioleurs
niveau de sécurité. C’est souvent une histoire aux forces de l’ordre ou allez-vous dire après
de bon sens. Au plus on met en œuvre un sys- tout c’est chez ma voisine cela ne me concerne
tème complexe ou trop sophistiqué et compli- pas. En fait, vous dénoncerez aux forces de l’or-
qué pour l’utilisateur final, moins il sera fiable dre. Dans votre entreprise, vous avez un col-
et moins il sera suivi et appliqué. La sûreté doit lègue qui vole que faites-vous ? L’idée ce n’est
être au service de l’exploitation et non le pas forcément de trouver la solution mais plutôt
contraire, elle doit correspondre à un véritable des solutions en fonction de la culture de l’en-
besoin. treprise. Dans tous les cas, laisser faire et ne rien
dire en faisant la politique de l’autruche, je ne
vois pas je ne sais rien et après tout je ne m’en
Qualitique occupe pas, c’est participer à la dégradation et
à la chute de l’entreprise. Laisser faire le pillage
de son entreprise par des collaborateurs en in-
Vous êtes diplômé de l’INHESJ et expert en terne, c’est aussi participer à son futur licencie-
intelligence économique. Avez-vous mis en ment. On dira oui le patron m’a licencié car
place une stratégie de sécurité économique au l’entreprise n’était plus compétitive. Mais dire
sein du Groupe Kiloutou ? non je ne suis pas d’accord alors j’agis permettra
à chacun d’éviter le laxisme en allant voir l’in-
D. Ciravegna dividu concerné pour le prévenir d’arrêter ; si
c’est un souci d’argent, le conseiller et élaborer
avec lui des solutions pour l’aider. Il faut faire
Bien entendu ! On a commencé il y a quelques comprendre que si on vole l’entreprise, on vole
années par mettre en place une politique de sé- également ses collaborateurs.

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RENCONTRE AVEC...

Qualitique outils informatiques… de plus en plus d’at-


taques sont effectuées via les réseaux informa-
La taille de l’entreprise a-t-elle un rôle à jouer? tiques ou les systèmes d’informations.

D. Ciravegna Qualitique

Nous sommes 3500 collaborateurs. On com- Est-ce le même service qui gère la prise en
mence donc à être une belle ETI (Entreprise de compte des risques liés aux réseaux sociaux de
taille intermédiaire). Pour autant, je pense que l’entreprise ?
la plupart des collaborateurs Kiloutou refusent
le vol. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de fraudeurs D. Ciravegna
chez nous, il y en a forcément. Mais pas plus
qu’ailleurs et même certainement moins. Il y a
un réel sentiment d’appartenance à l’entreprise, Effectivement, c’est ce service qui gère aussi ces
une véritable culture d’entreprise, c’est ce qui risques. Il s’informe de ce qui se dit sur les ré-
nous permet de gérer plus facilement de nom- seaux sociaux. La démocratisation des réseaux
breux problèmes. sociaux et le déploiement du web 2.0 ont vu naî-
tre ce que l’on appelle aujourd’hui, le commu-
nity management. Il s’agit d’une démarche qui
Qualitique consiste à surveiller, influencer, contrôler et dé-
fendre la réputation d’une marque ou d’une so-
Hormis l’implication du personnel, la straté- ciété sur Internet ou autres canaux ou médias à
gie de sécurité économique passe par quoi ? dimension communautaire. La fonction de
community management comprend une part
de veille et d’analyse et une part plus active qui
D. Ciravegna consiste à communiquer par la prise de parole
ou par des réponses aux critiques ou louanges
Cela passe aussi par la formation. Mais pour formulés à l’égard de la marque ou plus simple-
faire vivre des procédures ou des stratégies il ment pour répondre à un client mécontent…
est également nécessaire de les suivre et de les
contrôler. Je dirai donc que cela passe aussi par Qualitique
le contrôle. Celui-ci repose sur des mesures qui
permettent d’évaluer les progrès réalisés, d’ana-
lyser les écarts par rapport aux prévisions et Quels outils conseillez-vous à une entreprise
d’effectuer si nécessaire des corrections au ni- pour se protéger et gérer sa présence sur le
veau des opérations de base. C'est un processus web aujourd’hui ?
nécessaire pour assurer le bon fonctionnement
de la stratégie ou de l’organisation mise en D. Ciravegna
place. De plus, la mise en oeuvre d’un système
de management de la sécurité nécessite bien
évidemment de respecter les procédures et re- Dans un premier temps, il est impératif de met-
quiert de la pédagogie ainsi qu’une démarche tre un système de veille en place. Pour cela, il
participative et collaborative. convient d'être très au fait des canaux possibles
Il s’agit donc aussi d’une méthodologie de ges- d'information afin de les surveiller ou de savoir
tion de la performance de la sécurité au travail les utiliser les uns par rapport aux autres. De
basée sur des politiques de prévention, des pro- nombreux outils accessibles à tous et gratuits
cédures, des plans d’action, impliquant chaque pour la plupart existent. Il faut définir l'aire de
niveau de responsabilité. veille, soit le sujet ou le thème à surveiller et
Notons simplement que le non-respect des pro- sous quel angle le surveiller. Les principales
cédures peut mettre en danger un collaborateur, étapes de la mise en place d'un processus de
le matériel et l’entreprise elle-même. C’est pour veille sont d'abord la détermination des objec-
cela que nous avons mis en place des grilles de tifs de la veille à mettre en place, puis la mise
lecture qui permettent d’auditer, par exemple, en place du dispositif proprement dit. Si ce tra-
si les procédures de location de matériel sont vail préalable est mal défini, l’entreprise va se
bien appliquées, ou encore pour l’utilisation des retrouver face à une multitude de données et ne

10 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


RENCONTRE AVEC...

... Dominique Ciravegna.


saura quoi en faire : trop d’informations tue l’in- doit de la même manière augmenter son niveau
formation. La veille ne servira à rien et ne sera de protection informatique. C’est le même tra-
pas productive. La veille doit évoluer ; la vérité vail de prévention transposé à une dimension
d’aujourd’hui n’est certainement pas celle de virtuelle.
demain. La veille, c'est d'abord et avant tout un
état d'esprit dont il faut se pénétrer à tout mo- Qualitique
ment ; cela doit presque devenir une seconde
nature qui se travaille tous les jours.
Kiloutou loue des drones aux particuliers.
Qualitique Quel est votre avis sur cette question très
conversée de l’utilisation des drones ? Cette
location vous pose t-elle des problèmes ?
On parle des nouvelles technologies. Il se dit
dans le monde de la sûreté que cette appari-
tion aurait modifié la fonction du directeur de D. Ciravegna
sûreté vis-àvis de ces nouveaux risques. Qu’en
pensez-vous ? En avoir peur ne sert strictement à rien. Il y a
des drones susceptibles de survoler des sites
sensibles ou des entreprises. Or il y a quelques
D. Ciravegna années, pour autant il me semble qu’on était en
pleine guerre froide et un avion de tourisme
Modifier la fonction honnêtement je n’y crois avait survolé la place rouge. Les drones n’exis-
pas. Toute fonction doit être darwinienne. Elle taient pas et cela avait été fait d’une autre ma-
doit s’adapter aux nouvelles technologies et à nière. Du feu jaillit toujours la règle. Je pense
l’innovation. Ce qui se faisait dans les années 60 que ce n’est qu’un délai de temps pour que les
en matière de sûreté ne se fait évidemment plus gens et les entreprises s’adaptent. Il a fallu com-
aujourd’hui. Mais c’est la forme qui a changé, bien de temps pour que les prisons s’équipent
le fond reste toujours le même. Je pense que le de filet anti hélicoptère. Toutes en sont équipées
système reste identique quoique l’on dise et désormais, car des prisonniers se sont évadés
quoique l’on fasse. Par contre, les NTIC favori- comme cela. Donc d’ici peu on trouvera des pa-
sent la réorganisation des activités et accélèrent rades contre « certains » de ces drones malveil-
l’ensemble des processus. Par exemple, on re- lants.
marque que le matériel volé se retrouve très vite
en vente sur internet et sur des sites de vente Quand à la location, elle ne nous pose aucun
étrangers. problème car une société qui loue des drones
Une menace humaine se traduit par les réper- met aussi à disposition des pilotes. On ne s’im-
cutions néfastes que pourrait avoir le compor- provise pas pilote de drone du jour au lende-
tement d’un individu ou d’un groupe main. Il faudrait peut-être augmenter le
d’individus sur l’entreprise ; on parle de trian- contrôle à ce niveau-là et le rendre plus strict ou
gle de la menace. Celui-ci se compose de permettre la vente ou la location qu’à une cer-
l’agresseur, des moyens et des méthodes d’ac- taine typologie de personnes.
tion, et de son objectif ou objet de convoitise. Il Et puis, le drone c’est quand même une innova-
suffit de supprimer un des trois pour éliminer tion formidable : pouvoir se rendre dans un en-
la menace. Dans la réalité, on ne peut pas tuer droit qui n’est pas accessible à l’homme et avoir
les assaillants, supprimer l’objet de convoitise, le regard d’un oiseau… Je suis moi-même un
notre seule solution, c’est d’augmenter le ni- homme de la sécurité et je dis qu’on ne peut pas,
veau de protection et toute la partie que l’on ap- sous prétexte de la sécurité ou de la sûreté, sup-
pelle « préventionnelle», on parle aussi de primer l’innovation. Dans ce cas, il faudrait sup-
situation préventionnelle… ceci est vrai depuis primer aussi les téléphones mobiles, la
la nuit des temps. Les nouvelles technologies voiture…
sont à la fois des menaces et des atouts…
La cyber-menace a augmenté mais pour autant On n’arrêtera pas l’innovation, ce n’est pas pos-
le risque est resté le même. Si une entreprise sible. La sécurité et la sûreté doivent être adap-
veut éviter un cambriolage, elle doit augmenter tées à un service et non l’inverse car sinon ce
le niveau de protection de son périmètre. Et si sera la porte ouverte à un régime totalitaire.
une entreprise veut éviter qu’un hacker pénètre
à l’intérieur de ses systèmes informatiques, elle

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 11


RENCONTRE AVEC...

Qualitique D. Ciravegna
Vous êtes également Vice-Président de l’Asso- Ah la Méditerranée, berceau de la civilisation...
ciation de Criminologie du Bassin Méditerra-
néen (ACBM). Pouvez-vous nous présenter Il y a beaucoup de choses à dire sur ce sujet.
cette association nouvellement créée il y a Que l’on parle de terrorisme en Syrie, en Irak,
moins d’un an ? Quels en sont ses objectifs ? en Egypte, et récemment en France ou en Tuni-
sie… ou encore, certains crimes de l’autre côté
D. Ciravegna de l’Atlantique, aux Etats-Unis ou au Canada,
sous couvert de pseudos-religions ou
croyances, on s’aperçoit souvent que ces pays
C’est une association récente basée dans le sud sont au cœur même de la Méditerranée. C’est
de la France. Elle rassemble des hommes et des aussi le cœur des trois plus grandes religions
femmes de cultures différentes avec un objectif monothéistes qui s’y retrouvent, l’accès très
commun celui de promouvoir, exprimer et dif- convoité aux mers chaudes…
fuser les connaissances de toutes les disciplines
liées à la criminologie en lien avec le bassin mé- Nous souhaitons également parler de la Médi-
diterranéen. terranée, celle-ci n’est d’ailleurs pas un secteur
Trop souvent, la méconnaissance de ces diffé- plus risqué qu’ailleurs, car simplement nous
rentes disciplines génèrent au mieux de l’igno- sommes profondément méditerranéen et heu-
rance au pire de la défiance. reux de l’être.
Souvent on a tendance à limiter la criminologie La Méditerranée, ce n’est pas que des personnes
au tueur en série ou aux crimes de sang. qui viennent s’échouer sur nos plages de façon
La criminologie est avant tout pluridiscipli- illégale ou des espaces de conflits ou d’actes cri-
naire; elle demande de la psychologie, de la so- minels. La Méditerranée, c’est bien plus que
ciologie, de l’économie, des connaissances en cela. Elle a autre chose à montrer et à raconter
droit, en législation. Pour une entreprise, s’in- de bien plus humain et merveilleux.
téresser à la criminologie est très enrichissant et
très pertinent.
C’est pourquoi nous avons eu l’idée d’organiser Qualitique
un colloque qui est le SECEM «Sécurité Econo-
mique et Compétitivité des Entreprises en Mé-
diterranée». A travers cette dimension méditerranéenne,
Une entreprise possède une image interne et ex- allez-vous parler de géopolitique ?
terne. Une entreprise est une unité économique,
juridiquement autonome dont la fonction prin-
cipale est de produire des biens ou des services D. Ciravegna
pour le marché. La part économique est impor-
tante. D’un autre coté, l’image qu’elle dégage va Bien évidemment. Pour moi, la géopolitique est
avoir un impact psychologique et sociologique au cœur même de la criminologie. Comment
non seulement sur son environnement proche pouvons-nous parler, ne serait-ce que de mafia,
mais aussi sur son environnement intérieur. si on ne parle pas de géopolitique ?
Elle peut aussi susciter des convoitises… Sans faire un cours sur la mafia italienne, com-
La criminologie va pouvoir anticiper certaines ment expliquer le pouvoir de la mafia en Sicile
typologies de risque. C’est la « culture de l’an- sans évoquer sa genèse ; la géopolitique permet
ticipation ». de connecter des faits apparemment isolés, de
C’est en cela que la criminologie est très intéres- les interpréter de manière rationnelle afin d’ob-
sante pour l’entreprise. tenir un cadre organique entre la politique, le
monde de l’entreprise et les associations crimi-
nelles…
Qualitique
Il faut savoir que la Sicile est la plus grosse île
de la Méditerranée. Creuset de la civilisation,
Et pourquoi la Méditerranée ? les dominations successives, au-delà de certains
aspects négatifs, ont laissé de riches héritages.

12 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


RENCONTRE AVEC...

Qualitique conduisent à la détection des risques et des me-


naces susceptibles d'affecter la compétitivité des
Représentez-vous ces pays de la Méditerranée entreprises nationales (PME/PMI).
au travers de vos intervenants ? Evidemment, nos amis de la Police Nationale le
font également très bien, mais dans notre région
PACA, 60 % des PME/TPE sont en zone de
D. Ciravegna Gendarmerie…

A ce jour, nous avons la rive sud de la Méditer-


ranée qui est représentée par deux intervenants
qui sont Monsieur Mohamed Néjib Karafi, an- Qualitique
cien Secrétaire d’Etat tunisien et Monsieur Mo-
hammed Benhammou, expert en sécurité,
professeur à l’Université Mohammed V-Souissi En guise de conclusion, quel est l’objectif du
de Rabat et Directeur du Centre Marocain SECEM ?
d’Etude Stratégiques (CMES).
Nous avons aussi l’honneur d’avoir des consuls
généraux qui ont répondu présents à nos invi- D. Ciravegna
tations notamment le Consul Général d’Egypte,
de Tunisie et du Maroc. Toutes les entreprises, quelles soient grandes ou
Nous espérons avoir une réponse positive du petites, sont sur un même pied d’égalité : elles
Consul Général d’Algérie. sont toutes potentiellement menacées. Penser
En ce qui concerne la rive nord de la Méditer- que la sécurité, ce n’est pas son problème est
ranée, nous avons le plaisir de recevoir le une grave erreur.
Consul Général d’Italie et certainement celui Des outils existent, des partenaires existent et il
d’Espagne mais aussi la présence de Carabi- faut que le manager ou le chef d’entreprise qui
niers italiens et de la Guardia Civil espagnole. assiste à ce colloque puisse sortir avec la convic-
Et puis nous sommes en France, nous aurons la tion : « je dois et je peux agir ».
Gendarmerie française à nos côtés.
Colloque SECEM :
Qualitique
18 juin 2015 de 13h. à 19h.
Villa Méditerranée à Marseille.
Pourquoi la Gendarmerie nationale dans une
manifestation dédiée aux entreprises ? Inscription obligatoire via le site internet :
www.secem.fr

D. Ciravegna Contact : Bernadette Leroy


contact@secem.fr
Justement, la mission de la Gendarmerie natio-
nale française est de « sécuriser les biens et les
personnes » et elle couvre l’ensemble du terri-
toire. De nombreuses PME/TPE sont implan-
tées dans des zones de compétence de la
Gendarmerie. On l’oublie trop souvent à mon
sens mais c’est un véritable partenaire et pour
une entreprise qui se doit aujourd’hui d’être
compétitive avoir un partenaire comme la Gen-
darmerie Nationale est un véritable atout car
elle a un rôle de conseil en matière d’intelli-
gence et de sécurité économique. Dans le cadre
de la politique publique d'intelligence écono-
mique, la Gendarmerie nationale concourt à la
sécurité et à la protection du patrimoine écono-
mique. Plus particulièrement, ses missions

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 13


ACTUALITÉS

Les élèves de l’IEQT en audit sur une activité


de l’ESAT de Creuzier-le-Neuf.
Cette démarche était une opportunité pour 11
élèves de mettre en application la formation d’au-
diteur interne tout en permettant à l’entreprise de
répondre aux exigences de la norme ISO 9001.
Après la réunion d’ouverture et de la visite du site
de l’ESAT, les élèves ont été répartis en 3 groupes
pour analyser l’ensemble du processus sous le re-
gard bienveillant de leur formateur, auditeur
tierce-partie professionnel.
Leur examen méthodique et indépendant a permis
d’évaluer de manière objective les points forts et
les écarts. Suite à leur rapport, l’ESAT peut au-
Suite à la certification ISO 9001 obtenue en septem- jourd’hui mettre en œuvre un plan d’action pour
bre 2014, Visa pour l’Entreprise a fait appel aux la démarche d’amélioration continue.
élèves de l’IEQT de Vichy pour réaliser l’audit sur Les étudiants sont enchantés de leur première ex-
le processus de la production de broches destinées périence d’audit en situation réelle tout comme
à la présentation des produits cosmétiques en rayon. Nathalie Pasquier, Responsable Qualité de l’ESAT.

Alliance entre Clarte et l’IRT Jules Verne.


Afin de développer efficacement de nouvelles briques
technologiques pour l’usage de la réalité virtuelle et
augmentée au service des technologies de production,
Clarte (Laval), centre expert en réalité virtuelle et réa-
lité augmentée et l’IRT Jules Verne (Nantes), Institut
de recherche industriel mutualisé dédié à l’advanced
manufacturing ont décidé de s’engager dans un par-
tenariat stratégique pérenne au bénéfice des indus-
triels.
Des technologies au cœur des enjeux industriels.
L’industrie manufacturière doit être de plus en plus
agile et flexible pour mieux répondre aux attentes de
ses clients, faire preuve de réactivité face à l’évolution
rapide des marchés et assurer assistance et sécurité à
ses opérateurs. Que ce soit la réalité virtuelle (RV), réa- La réalité virtuelle trouvera des usages plus en amont:
lité alternative créée de toutes pièces pour immerger sur de l’optimisation de process par exemple, grâce à
l’utilisateur, ou la réalité augmentée (RA) qui ajoute un débogage dès la phase de conception, mais aussi
une couche de données au monde réel, ces technolo- en termes de formation ou encore de collaboration
gies sont clés pour relever ces défis industriels et sont pour s’immerger et interagir à distance. Si nombres de
au cœur de la stratégie de développement technolo- technologies de RV et RA sont au point, leur déclinai-
gique de l’IRT Jules Verne. son pour des usages industriels et l’appropriation par
En effet, la réalité augmentée permet par exemple, en le monde des usines restent à confirmer. Une des pla-
phase de production, de mettre à disposition de l’opé- teformes technologiques de l’IRT, Technocampus
rateur une information qualifiée, calibrée, au bon mo- Smart Factory, et son centre industriel de réalité vir-
ment. A la clé, des gains de productivité pour tuelle, inaugurée en novembre dernier à St- Nazaire
l’entreprise (gain de temps, limitation des erreurs, en est l’un des leviers, mais au-delà de la mutualisa-
prise en compte rapide des modifications...) et valori- tion d’équipement, un partenariat plus structurant
sation de l’opérateur qui peut ainsi se concentrer sur s’imposait.
son geste technique, son savoir-faire.

14 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


DOSSIER

Le management de la sûreté et
de la sécurité.
Sécurité, sûreté et intelligence économique. Page 15
Sécurité, sûreté et intelligence économique.
Page 18
Pour faire face à la multiplication des risques et des malveil- L’entreprise face aux risques.
lances, les entreprises doivent désormais mettre en place une Page 29
véritable culture de sécurité/sûreté et d'intelligence écono- L’avocat et l’entreprise.
mique. Dans un monde politiquement instable, idéologique- Page 34
ment déboussolé et économiquement fragilisé, l’entreprise est Sensibiliser les TPE et les PME à la sécurité
devenue la cible de toutes les convoitises. Elle doit affronter, économique.
au quotidien, de nouvelles menaces, voire de nouveaux risques Page 37
susceptibles d’affecter son activité ou son développement. La La protection des personnes et des biens.
problématique de la sécurité des entreprises n’est pourtant pas Page 42
une préoccupation nouvelle pour les dirigeants de société. Mais L’intelligence économique au cœur de
elle est aujourd’hui indéniablement liée à la notion d’intelli- l’accompagnement des start-up innovantes.
gence économique, principalement autour de deux axes prin- Page 46
cipaux que sont la protection des personnes et la protection de La sécurité et la sûreté dans un métier à risques.
l’information où toute atteinte est de nature à impacter très Page 50
fortement l’activité des entreprises. Une collaboration exemplaire santé-sûreté.
Il s'agit donc à la fois d'identifier les besoins de sécurité/sûreté Page 53
et d'évaluer les menaces internes et externes, puis de développer Au cœur de la sécurité numérique…
des politiques, des plans, des procédures et des protections phy- Page 57
siques afin de pouvoir maîtriser ces menaces. Gestion des risques : un système de management de la
sûreté.
Page 62
L’entrepreneur, au cœur de la société.

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 15


DOSSIER

Selon une enquête réalisée par le Club des Directeurs de adaptés et une attention mesurée peuvent contribuer à
Sécurité d'Entreprises (CDSE) sur les enjeux des direc- prévenir la plupart des atteintes à leur intégrité ou à celle
teurs de sécurité d'entreprise, la sécurité des salariés à de leurs proches.
l'étranger reste la principale préoccupation dans les
grands groupes (63% des DSE interrogés). En effet, la La mise en œuvre de l'intelligence économique, tant par
montée du terrorisme depuis les événements du 11 sep- les acteurs publics que par les entreprises et établissements
tembre 2001, l'instabilité politique grandissante de cer- de recherche, s'inscrit dans un contexte précis : celui de la
taines régions du globe, les obligations juridiques mondialisation et de l'interconnexion des économies. Face
découlant de la jurisprudence de 2004 dite « karachi » à ces nouveaux défis, toute entité économique doit désor-
sont autant d'explications. mais intégrer l’intelligence économique afin de compren-
dre, analyser et anticiper ces mutations et de protéger sa
Aujourd’hui, les entreprises ont bien compris que leur compétitivité et ses savoir-faire.
avenir était lié à de nouveaux objectifs éthiques qu’une
saine gestion des risques permet d’atteindre, ce qui les a Les entreprises occidentales, présentes sur les grands
conduit à une approche préventive des risques qui se tra- marchés internationaux, sont aujourd’hui soumises à des
duit en axes réalistes et mesurables. Elle s’applique à l’en- contraintes législatives et réglementaires croissantes et à
semble des activités et notamment à la conduite des un véritable « tsunami » de normes et de standards. Les
projets de réalisation ou de recherche. parties prenantes sont de plus en plus exigeantes et leurs
demandes sont grandissantes.
L’entreprise, en tant qu’activité humaine ne peut échap-
per à des questionnements d’ordre éthique, non seulement Dans ces grands marchés internationaux, si la confor-
parce que la vie de l’entreprise est collective, mais parce mité et l’intégrité sont respectées avec rigueur par les en-
que nos interrogations sur la finalité de nos actions et les treprises occidentales, certains concurrents ne sont pas
moyens d’agir y sont d’emblée présents. La conduite res- soumis à ces mêmes obligations ou parviennent à s’en af-
ponsable de l’entreprise est une impérieuse obligation. La franchir, bénéficiant ainsi d’un avantage compétitif évi-
gouvernance du risque est bien une réalité. Elle est basée dent. Les entreprises « responsables » doivent donc
sur le professionnalisme, la réactivité et la transparence. impérativement accroître leur leadership sur les marchés
Le rôle du management est fondamental pour le dé- export pour y maintenir leur présence. A cette fin, elles
ploiement, en simplifiant ce qui est complexe afin de le doivent développer et améliorer leur expertise afin de
rendre accessible aux opérationnels tout en soutenant le gérer et maîtriser leur environnement et approfondir
« terrain ». La chaîne opérationnelle doit s’impliquer en ainsi leur compréhension des attentes de leurs clients et
permanence et concrètement dans l’exécution et l’amélio- des stratégies de leurs concurrents.
ration de la sûreté et de la sécurité. Le risque est l’affaire Plus encore, confrontés aux ruptures majeures du monde
de tous. L’enjeu est donc bien de développer une culture des affaires et contraints de maintenir une compétitivité
du risque, un langage commun, et des façons de penser gravement menacée, les industriels doivent dorénavant
partageables quels que soient les métiers et les forma- passer d’une intelligence économique à une intelligence
tions… stratégique. Il ne s’agit plus seulement de recueillir des
Cette culture s’acquiert par imprégnation, par des atti- informations ou de protéger les données sensibles, mais
tudes acquises au cours du temps, par la communication de développer une agilité, des approches innovantes et de
et les relations quotidiennes entre les personnes. Il est tou- nouvelles compétences en matière d’influence et de gestion
jours étonnant et dommage de constater qu’en matière de de l’environnement international.
sécurité des personnels, bons nombres de dirigeants d’en- Par ailleurs, les entreprises sont soumises à de multiples
treprise, de collaborateurs et de « missionnaires » en dé- standards, normes ou règles de conduite, en bref des
placement à l’étranger se considèrent avant tout comme « soft laws » émanant d’organisations internationales
des « consommateurs » de sécurité. Il convient dès lors et non-gouvernementales ou même de l’opinion publique,
de leur rappeler qu’ils sont eux- mêmes leurs premiers qui se développent de façon exponentielle et qui condi-
« gardes du corps », et que quelques comportements tionnent profondément leur gouvernance. Les acteurs éco-
16 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com
DOSSIER

nomiques ont désormais une totale légitimité pour jouer


un rôle proactif dans la création de normes et de règle-
ments auprès des acteurs institutionnels nationaux et in- Ce dossier a été réalisé en partenariat avec le colloque
ternationaux. Ils doivent aujourd’hui s’imposer en SECEM « Sécurité Economique et Compétitivité des
matière d’influence normative. Entreprises en Méditerranée » qui aura lieu le 18 juin
2015 à la Villa Méditerranée à Marseille.
Même s’il est difficile d’imposer des contraintes respon-
sables, dans un marché libre, parfois irrespectueux de Le SECEM est organisé par l’Association de Crimino-
l’environnement ou des droits de l’Homme, par exemple, logie du Bassin Méditerranéen (ACBM) en partenariat
notre Responsabilité sociétale nous amène à mener des avec l’Association pour la compétitivité et la sécurité éco-
politiques d’influence, qui serviront d’ailleurs à mainte- nomique (ACSE) et la Société Aesatis.
nir ou à développer nos avantages compétitifs. Les interviews ont été réalisées par Claire Hanastasiou,
Pour réussir sur les marchés émergents, aujourd’hui Assistante communication du colloque SECEM.
principaux moteurs de la croissance, de nombreuses en-
treprises se doivent de faire évoluer leur processus de
conquête des marchés et de sélection des fournisseurs. Au Jean-Luc Laffargue.
risque de corruption, qui s’y avère plus élevé que sur des
marchés plus matures comme le souligne Transparency
International, s’ajoutent sur ces nouveaux marchés des
risques opérationnels et/ou financiers que seule une par-
faite connaissance des contextes, enjeux, cultures et régle-
mentations locales et internationales permet de maîtriser.

Les éléments extra-financiers, qu’il s’agisse des questions


d’éthique, de gouvernance, de relations sociales ou encore
liées à l’environnement, prennent une place de plus en
plus importante dans la valorisation des entreprises.

Face à l’ensemble de ces défis, la puissance publique doit


jouer un rôle majeur dans cette nécessaire mutation des
comportements et des cultures. Il est fondamental de fa-
voriser les entreprises responsables dans le commerce in-
ternational. L’environnement économique international
impose de mettre rapidement en œuvre des dispositifs
gouvernementaux performants en matière d’intelligence
stratégique au service des entreprises. Pour y parvenir,
il y a urgence à créer une authentique intelligence collec-
tive entre les pouvoirs publics et les acteurs économiques
s’appuyant sur une réelle et mutuelle confiance : si le po-
litique peut expliquer le pourquoi, l’industriel doit tra-
vailler sur le comment.

Il est urgent de multiplier les intelligences collectives


multidimensionnelles et ainsi opérer une révolution cul-
turelle pour le développement de l’influence de la France
et des enjeux d’intégrité.

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 17


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

L’entreprise face aux risques.

L
a prise de risque est inhérente à toute activité humaine. Certains risques, endogènes, sont
dans la nature même du business : développer un nouveau produit, choisir une stratégie de
prix, s'engager avec un partenaire. D'autres sont exogènes et ne sont que facteurs de per-
turbation pour le bon déroulement des affaires : panne d'un équipement, mauvaises conditions
météo, incendie, acte terroriste, cybercriminalité, etc. La gestion du risque s’attache à identifier les
risques c’est-à-dire les pertes potentielles et quantifiables, inhérentes à une situation ou une acti-
vité, associées à l’occurrence d’un événement. Avec la multiplication des risques et des malveil-
lances, les entreprises doivent désormais mettre en place une véritable culture de sécurité/sûreté et
d'intelligence économique.

tout chef d’entreprise.


LA SÉCURITÉ ET LA SÛRETÉ EN
À ce titre, elle a son fondement dans l'article 2
ENTREPRISE.
de la Déclaration de 1789 qui place la sûreté
parmi les droits naturels et imprescriptibles de
Le management de la sûreté est un vaste sujet
l'homme au même titre que la liberté, la pro-
qu’il est toujours nécessaire d’aborder humble-
priété et la résistance à l'oppression. D’un
ment étant donné la diversité, la complexité et
point de vue collectif, la sûreté a pour but de
la versatilité qui le caractérisent.
garantir la pérennité de l’entreprise et la pro-
On est en sûreté lorsque l’on est (ou que l’on
tection des collaborateurs. Elle s’inscrit dans le
pense être) à l’abri de toute menace, de tout
cadre d’une politique de management des
risque. La sécurité et la sûreté des biens et des
risques visant à faire décroître les menaces et
personnes est une obligation légale imposée à
les actes de malveillance (intrusions, vols, cor-

18 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

dispensable à une entreprise qui

« Le directeur de la sûreté n’est ni


un barbouze reconverti, ni un
homme ou une femme de l’ombre,
pas plus qu’un empêcheur de tour-
contribue à sa richesse et à son
succès, au même titre que le ser-
vice commerciale, en se montrant
à la pointe du savoir et des tech-
niques nécessaires à son exercice
quotidien. »
ner en rond...»
L’Etat ne peut pas fournir tous les
ruption, terrorisme, fraudes au président, moyens de protection de l’entre-
fraude aux faux virements et vols de don- prise. C’est le rôle de chaque entreprise de ma-
nées, intrusions dans les systèmes d’informa- nager ses risques. Il revient donc aux
tion, etc.) sont autant de menaces qui peuvent entreprises de garantir leur propre sécurité.
devenir mortelles pour toute entreprise qui Pourtant il est indispensable de développer un
sous-estime l’impact de ces attaques. partenariat entre le monde du secteur privé et
N’oublions pas que si la mondialisation a eu du secteur public, ce dernier se mettant au ser-
des effets bénéfiques, elle a eu également un vice du premier chaque fois que c’est légitime.
effet pervers sur les entreprises. En effet, quels Ce partenariat public, privé est au cœur même
que soient leurs secteurs d’activité ou leurs de nombreuses réflexions.
tailles, elles sont devenues des cibles à part en-
tière pour les criminels. De plus, ces menaces LA FONCTION SÛRETÉ DANS
sont aujourd’hui devenues protéiformes. L’ENTREPRISE.
L'entreprise a pour principal objectif la réali-
sation de bénéfices. Elle essaie par tous les Le directeur sûreté utilise en permanence de
moyens de renforcer ses points forts et de ré- la stratégie. Il doit être doté d’une certaine ca-
duire ses points faibles. Sans tomber dans un pacité à faire face à l’imprévu. C’est le nou-
discours alarmiste, aujourd’hui le danger peut veau domaine de la sûreté́ globale, sans limite
être partout. Encore une fois, il est important bien définie mais qui va au-delà de la simple
de rappeler que toute entreprise quel que soit conformité́ aux textes et aux jurisprudences.
son activité ou sa taille est potentiellement une Les attentats du 11 septembre, la jurispru-
cible d’acte les plus atroces et les plus bar- dence Karachi, les menaces de pandémie, les
bares. La notion de sûreté n'est pas encore catastrophes majeures au Japon, les troubles
bien assimilée en France. Bon nombre d’entre- géopolitiques dans le monde, font peu à peu
prises ne font pas la différence entre la sécurité prendre conscience à l’entreprise qu’elle doit
qui représente les risques accidentels et la sû- se soucier de sa sûreté́, car elle porte désor-
reté qui traite des risques découlant d’un acte mais également de lourdes responsabilités en
de malveillance. la matière.
Il devient primordial et même vital pour ces Un système de management des risques est la
entreprises d'approcher encore plus cette no- gestion nécessitant des interactions entre plu-
tion, en vue d'une meilleure appréciation du sieurs acteurs de l’entreprise dans le but
risque qu'elles encourent, pour mieux y faire d’améliorer les performances d'une entreprise
face, et aussi pour garantir la compétitivité et pour cela la sûreté est un levier. Il est néces-
mais aussi le développement de entreprise. saire d’avoir une approche globale, d’antici-
Comme l’a souligné, Alain Juillet, Président pation et de prévention des risques
du Club des Directeurs de Sécurité Des Entre- professionnels. C’est une démarche qui oblige
prises (CDSE) « Le directeur de la sûreté́ n’est à anticiper les changements, à augmenter la
ni un barbouze reconverti, ni un homme ou réactivité́ et la performance de l'entreprise
une femme de l’ombre, pas plus qu’un empê- dans la prévention des risques, de limiter les
cheur de tourner en rond... C’est un acteur in- dysfonctionnements de l’entreprise, d’assurer

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 19


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

une cohérence globale avec les autres dé- rection des ressources humaines et ou finan-
marches de management. cière et si nécessaire des acteurs extérieurs
Le service sûreté d’une entreprise participe à comme la médecine du travail, la Caisse Ré-
l’amélioration et au maintien de l'image de gionale d'Assurance Maladie (CRAM) ; les
l'entreprise. A contrario, cela peut entrainer forces de l’ordre dont la Police et la Gendar-
des effets indésirables si ce n’est pas fait dans merie Nationale etc. Communiquer régulière-
le respect de certaines valeurs et de la culture ment et savoir motiver le personnel. Renforcer
congruente à celle de l’entreprise : standardi- les formations. Accepter la transparence.
sation excessive des modes de gestion, rup- Choisir des indicateurs pertinents. Savoir réa-
ture du dialogue social, conformité́ à un gir aux dérives. Evaluer régulièrement la dé-
système sans réel progrès, contrôle excessif marche. Reconnaitre la contribution de
des comportements. chacun.
Le service sûreté va assurer la prévention et la
protection des salariés des entreprises, favori- LA PROTECTION DES
ser et pérenniser les bonnes pratiques, amélio- COLLABORATEURS DE L’ENTREPRISE
rer la motivation et sensibiliser le personnel À L’INTERNATIONAL.
sur le respect des procédures de travail et don-
ner un moyen de contrôle de la gestion en Accélérer son arrivée sur le marché internatio-
place. nal est l’ambition de toute entreprise au-
Pour cela, le service sûreté va devoir se don- jourd’hui. L’internationalisation d’une société
ner des objectifs accessibles et mesurables. est synonyme de prospérité, de développe-
C’est au travers de ce que l’on appelle un Sys- ment, de compétitivité.
tème de Management de la Sureté (SMS) que Mais le paysage international si attrayant soit-
cela va se traduire. En voici les quelques il, ne présente pas que des opportunités pour
points essentiels : une entreprise. S’y implanter ou y faire du bu-
Réussir son évaluation initiale des risques. As- siness, c’est aussi la prise en compte de
surer une veille règlementaire en permanence. risques. En effet, le champ des risques s’élargit
Trouver une synergie suffisante avec les au- à l’international.
tres domaines du management. Adopter une Crash aériens, crises, épidémies, risques d’at-
démarche projet et la piloter. Interagir avec tentats, émergence de réseaux djihadistes…
l’actualité est riche d’événe-
ments qui peuvent être ris-
qués pour les collaborateurs
de l’entreprise à l’internatio-
nal. C’est aussi la prise en
compte d’une Culture diffé-
rente avec son lot de mer-
veilles et de dangers. C’est
une culture nouvelle qui ac-
cueille l’entreprise et ses sala-
riés et pour laquelle ils sont
étrangers, avec tout ce que
cela implique.
Selon le baromètre du Club
des Directeurs de Sécurité Des
Entreprises (CDSE), « 74 %
d’autres acteurs internes tels que la direction des dirigeants interrogés considèrent l’insécu-
générale, les partenaires sociaux, les action- rité à l’international comme une menace. »
naires, le CHSCT, le médecin du travail, la di- Néanmoins, voir l’actualité internationale

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STRATÉGIE ET MANAGEMENT

comme une menace serait une erreur. Inévita- tégé et en sécurité dans son environnement
blement, une entreprise sera susceptible de professionnel tout comme l’entreprise a be-
connaître des crises qu’elles soient mineures soin de savoir ses collaborateurs en sûreté
ou majeures à l’international. dans l’exercice de leur activité.
C’est pourquoi, la politique de sûreté doit être
à la hauteur des défis actuels. Elle doit être en LA PROTECTION DU PATRIMOINE DE
perpétuel mouvement pour savoir s’adapter à L’ENTREPRISE.
chaque événement.
La protection des collaborateurs de l’entre- Avant toute chose, il est nécessaire de bien
prise est donc un enjeu majeur pour les diri- faire le distinguo entre patrimoine formel et
geants. informel de l’entreprise. Le patrimoine formel
C’est le devoir de tout directeur de sûreté de regroupe les informations, connaissances, sa-
veiller à ce que ses collaborateurs, ses salariés voir-faire emmagasinés et stockés sur des sup-
en déplacement ou ses expatriés et leurs fa- ports papiers ou numériques. A l’inverse le
milles soient en sûreté. patrimoine informel, c’est toutes les informa-
Il peut y avoir, comme nous l’avons vu, tout tions détenues par les membres de l’entre-
type de risque. Les identifier est donc indis- prise.
pensable avant d’y envoyer son personnel Il est donc d’une importance, presque irréfu-
comme il est nécessaire de reconnaitre un ter- table, de les protéger pour éviter tout vol, fuite
rain avant d’y aller. C’est cette identification ou perte d’information à caractère sensible,
des risques établie qui permettra par la suite stratégique et confidentiel.
de mettre en place des procédures de sûreté « 52 % des grandes entreprises pensent que le
adaptées au pays et à la situation sur place. manque d’attention et de vigilance de leurs sa-
Si on fait face à un risque sanitaire, le système lariés constitue une menace sérieuse pour la
de sûreté ne va pas s’organiser de la même sécurité de leurs données sensibles » selon une
façon que dans le cadre d’un risque de catas- enquête de la société informatique Kapersky,
trophe naturelle par exemple. réalisée en juin 2013.
Tout est une question de la typologie du La protection des données informelles de l’en-
risque que l’on a en face de soi et de la situa- treprise passe avant tout par la sensibilisation
tion du pays dans lequel on se trouve. des salariés à ces risques.
Protéger ses collaborateurs passe par la sécu- Cela passe souvent par des solutions de pré-
risation de leurs déplacements quel qu’ils vention simples auxquelles les salariés ne pen-
soient, de leur lieu de travail, de leur lieu de sent pas souvent par naïveté ou par simple
résidence. Mais cela passe aussi par une poli- omission.
tique de santé complète et rigoureuse. Faire attention à la nature de ces propos dans
Une bonne politique de sûreté se doit d’ac-
compagner tout salarié dans cette internatio-
nalisation et de l’y envoyer de manière
efficace, protégée et organisée.
La direction de la sûreté a en permanence
l’opportunité de joindre ses collaborateurs où
qu’ils se trouvent. Cela permet en cas de crise
majeur ou d’événement imprévu de s’assurer
qu’ils vont bien et de voir s’ils ont un éventuel
besoin.
Cela rassure l’entreprise, le collaborateur et sa
famille qui se sentent suivis, peu importe les
événements.
Il en va de l’intérêt du salarié de se sentir pro-

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STRATÉGIE ET MANAGEMENT

les transports en commun ou dans les lieux nataire. Combien de personnes sont présentes
publics par exemple. Pour cela, il est possible en embuscade dans des endroits publics tels
de mettre des filtres de confidentialité sur les que les aéroports, les gares ou les hôtels pour
téléphones, ordinateurs et tablettes profes- acquérir les informations qu’on veut bien,
sionnels des salariés. Ne pas évoquer des in- presque délibérément, leur donner…
formations sensibles, stratégiques ou pas Dans le contexte hyperconcurrentiel qui est le
encore officielles devant des collègues de tra- nôtre aujourd’hui, mettre en sûreté les don-
vail ou des « connaissances du milieu ». Les nées de l’entreprise apparait comme une évi-
réseaux wifi sont des nids privilégiés par les dence de préservation et de protection.
personnes malveillantes pour voler des infor- C’est là tout le rôle des Directions des Sys-
mations. C’est pourquoi, lors de déplace- tèmes d’Information (DSI) des entreprises de
ments, les ordinateurs doivent être vierges de sécuriser les données de l’entreprise.
toutes informations confidentielles et éviter Cela passe par des outils plus ou moins com-
d’être connecté à des réseaux wifi non proté- plexes, utilisés de plus en plus en entreprise
gés. Il en va de même pour les clés usb. Il faut aujourd’hui, notamment dans le cadre de la
n’utiliser que celles protégées et répertoriées lutte contre la cybercriminalité et tous les
par l’entreprise. risques qui en découlent. Mise en place de
C’est tout l’intérêt de ne pas devenir para- mots de passe sophistiqués sur les ordina-
noïaque mais d’être méfiant et de contrôler ces teurs, sécurisation des réseaux par l’installa-
propos en fonction de la situation et du desti- tion d’antivirus et de pare-feu, utilisation de
la cryptographie lors des communications té-
léphoniques…Tous ces outils ont pour seul et
même but de se protéger d’attaques externes
en augmentant la difficulté pour l’agresseur.
Néanmoins, la malveillance ne vient pas for-
cément toujours de l’extérieur. Un salarié peut
aussi vouloir voler à l’entreprise ses contacts
clients, ses secrets de fabrication etc. C’est
aussi souvent une erreur humaine. En effet,
entre le clavier et l’ordinateur, il y a bien un
homme. Lors d’un cas de phishing, par exem-
ple, c’est le salarié qui accepte d’ouvrir le fi-
chier douteux et malveillant. Faire confiance
à ses collaborateurs est un impératif de bon
fonctionnement interne. L’un n’empêchant
pas l’autre, un système de contrôle dit péda-
gogique peut être mis en place afin de veiller
au respect et à l’intégrité du salarié.

LA GESTION DE CRISE.

La gestion de crise est l'ensemble des modes


d'organisation, des techniques et des moyens
qui permettent à une organisation de se pré-
parer et de faire face à la survenance d'une
crise puis de tirer les enseignements de l'évè-
nement pour améliorer les procédures et les
structures dans une vision prospective.
Lorsqu’une crise survient, il faut travailler

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STRATÉGIE ET MANAGEMENT

dans l’urgence et sous un stress permanent. légitimes d’inquiétude... On est entré dans la
Des conditions favorables donc aux erreurs de phase aiguë de la crise, celle où communiquer
décision et de communication ; erreurs qui avec récurrence et honnêteté est devenu né-
s’avèrent bien souvent irréparables pour l’en- cessaire ; mais cela devient en plus un exercice
treprise. de haute voltige.
En amont, il faut surveiller et anticiper les si- Venir sur les lieux est une chose primordiale.
tuations de crise ce qui suppose la mise en C’est le principal reproche fait aux managers
place d’un système de veille pertinent. et chefs d’entreprise. Souvent on voit dans des
Il va tout d’abord falloir surveiller les médias cas de crise, les dirigeants se clôturer dans une
grand public mais, c’est aussi guetter sur In- sorte de tour d’ivoire.
ternet toutes les informations relatives aux Une crise peut aussi parfois être virulente et
métiers de l’entreprise, les expertises, les entrainer des comportements violents.
branches d’activité et surveiller également de Lors d’une agression dans les médias comme
près ou de loin tout ce qui concerne les c’est souvent le cas, il faut choisir le bon canal
concurrents. de communication par rapport aux destina-
De plus, le pouvoir
est aujourd’hui entre
les mains des associa-
tions de victimes et de
consommateurs. Elles
disposent d’une li-
berté de ton et d’ex-
pression que les
entreprises ne se per-
mettent pas et surtout
elles ont l’écoute at-
tentive des médias à
qui elles racontent des
« histoires » au sens
des choses à écrire.
C’est la technique de
communication très
connue du « Storytel-
ling ».
Enfin, en interne, il est
indispensable dans
toute entreprise
d’écouter les salariés
et leurs familles. Un
mal-être, des doutes, des questionnements qui taires. Tous les outils de communication ne
restent sans réponse et c’est la suspicion qui sont pas bons pour toutes les structures et
s’installe, les rumeurs qui courent. Mettre en dans toutes les situations.
place des modes d’expression des salariés et L’important est de comprendre que la gestion
utiliser ensuite ces informations est essentiel. de crise n’est pas un processus figé. Il évolue
Lorsque la crise démarre, inutile de le nier, et s’adapte à la situation.
beaucoup de professionnels vont tenter une L’état de crise n’est donc pas linéaire... loin de
fuite en avant. Les syndicats posent des ques- là ! Connaître la phase aiguë de la crise avec
tions, les journalistes sont en bas de l’entre- la mobilisation nécessaire de tous les acteurs,
prise, les salariés inquiets donnent des signes c’est la possibilité de comprendre par la suite

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 23


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

beaucoup plus vite les signaux annonciateurs ger d'endroit avant que l'attaque ne se concré-
et la queue de crise. tise. De même, les cyberattaques peuvent pro-
venir de différents endroits en même temps et
LES NOUVEAUX RISQUES ÉMERGENTS. ne pas dévoiler leur provenance. Autre avan-
tage : le cyber terrorisme n'a pas besoin d'ac-
tions éclatantes pour être efficace, les cyber
Risques de cyber terrorisme. terroristes peuvent rester dans l'ombre et met-
tre sur pied des cyberattaques répétitives. Et
Les menaces asymétriques, menaces em- cela, sans compter sur le fait que les cyberat-
ployées par un acteur incapable d'affronter de taques n'exigent pas d'action suicide; un ter-
manière conventionnelle un adversaire trop roriste peut donc effectuer de nombreuses
fort pour lui mais capable de lui infliger des attaques.
chocs déstabilisateurs par des moyens non or- Depuis janvier 2015, les faits de cyberterro-
thodoxes, se retrouvent projetées au premier risme ne cessent d’augmenter en France.
plan. Avec la multiplication des réseaux infor- Plus de 25 000 sites internet français ont été
matiques et l'accessibilité toujours croissante victimes des hackers djihadistes.
d'Internet et des ordinateurs, certains spécia- Cette attaque consiste la plupart du temps à
listes voient désormais le cyber terrorisme remplacer la page d’accueil par des messages
comme une forme de menace qui pourrait haineux durant un laps de temps plus ou
émerger dans un avenir proche. moins long.
De plus, les cyberattaques peuvent être diffu- Le cyberterrorisme est donc devenu pour les
sées partout dans le monde et se faire de façon réseaux terroristes un moyen de diffuser leur
retardée, permettant aux terroristes de chan- propagande. Pour cela et dans le but de mon-

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STRATÉGIE ET MANAGEMENT

trer leur puissance en matière de cyber, ils em- ces attaques, lourdes de préjudices, sont effec-
ploient des moyens d’attaque de plus en plus tuées grâce à du matériel vétuste et ancien.
considérables. La cybercriminalité est l’une des criminalités
Très récemment, TV5 Monde a été victime les plus organisées et les plus transnationales
d’une attaque cyberterroriste sans précédent. au monde.
En effet, tous les supports ont été piratés en Attaques de réseaux, piratages, phishing, ha-
même temps que ce soit la chaine, le site inter- meçonnage, extorsion numérique, hacking, at-
net ou les comptes sur les réseaux sociaux. teintes aux droits d’auteurs et aux droits
Aujourd’hui, les entreprises comme les voisins, escroquerie en ligne, pratiques de ran-
agences de presse peuvent être ciblées par ces çonnage, arnaques sur les réseaux sociaux...
attaques criminelles sur le web. Sensibiliser les La cybercriminalité représente toutes les infra-
différents acteurs aux risques de ce genre d’at- ctions commises via les réseaux informa-
taques est donc indispensable. tiques.
Au travers des chefs d’entreprise, c’est toute Chaque jour un million de nouveaux logiciels
l’économie du pays qui va être fragilisée. malveillants sont détectés sur les ordinateurs
Quant aux journalistes, c’est la promesse français, représentant une hausse de 25 %.
d’une liberté d’expression qui peut être empê- La France est particulièrement vulnérable en
chée temporairement. Les criminels ne visent matière de cybercriminalité. Elle se place à la
plus seulement l’image de l’entreprise, 14ème position des pays où la cybercrimina-
puisqu’une agence de presse c’est aussi une lité est la plus active avec 1.9 % du nombre
entreprise. Ils visent également les contenus, d’attaques totales.
les données sensibles, les collaborateurs. Selon le cabinet d’étude Symantec, la cybercri-
Par crainte d’une cyberattaque massive, de minalité s’organise de plus en plus et précise
nouveaux moyens de lutte ont été mis en désormais ces attaques. Selon leur récent rap-
place afin de limiter au maximum les risques. port, 5 entreprises sur 6 ont été attaqués dans
L’Agence Nationale de la Sécurité des Sys- le Monde en 2014 soit une augmentation ful-
tèmes d’Information, de son côté, se dit prête gurante de 40 %.
à épauler les médias et entreprises victimes de La fraude aux faux ordres de virement a long-
ses attaques cyberterroristes. temps été de mode chez les cybercriminels.
Néanmoins, le but n’est pas de tomber dans la Désormais, c’est la pratique du rançonnage
paranoïa et une peur qui ne serait pas qui fait bon nombre de victimes en entreprise.
constructive. Prévenir des actes cyberterro- Les entreprises doivent impérativement anti-
ristes peut déjà être entrepris par des moyens ciper ses risques pour limiter au maximum
simples et efficaces. une possible attaque. Il faut savoir que pour
une attaque de rançonnage par exemple, une
Risques cybercriminels. entreprise française s’est vue « réclamer 90 000
euros pour 17 téraoctets de données » selon le
Internet est un vecteur d’informations in- cabinet Symantec.
croyable qui donne l’impression d’un espace La cybercriminalité s’attaque aux grands
infini d’expression et de savoir à portée de groupes comme aux petites PME/TPE. Sou-
main. Pour autant, est apparu avec lui de nou- vent, elles sont victimes sans s’en rendre
velles menaces. C’est en effet de toutes nou- compte ou vexées de s’être fait pillier leurs in-
velles formes de crimes et de délits jusque-là formations n’osent pas le dire aux autorités
inconnues qui se sont créées mais aussi des in- compétentes.
fractions traditionnelles qui ont trouvé dans « Plus de 1000 sociétés ont fermé leurs portes
l’informatique une source intéressante de dé- suite à une cyberattaque en 2013 » d’après
veloppement. Téodor Chabin, cofondateur de Trovolone, en-
Un cybercriminel peut agir en toute discrétion treprise de sécurité informatique.
de n’importe quel endroit du monde. Souvent, Prendre en compte ce facteur risque afin de

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 25


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

prévenir tout type d’attaque informatique en ces collaborateurs puis pour son image ?
entreprise apparaît comme un impératif de sé- Il va de soi qu’une entreprise doit intégrer
curité et de mise en sûreté aujourd’hui. dans sa stratégie la prise en compte de ces pos-
sibles risques. Le chef d’entreprise doit pour
Risques psychosociaux. cela mettre en place une véritable démarche de
prévention des risques psychosociaux. Former
les managers à être des meneurs d’homme
plus à l’écoute des sensibilités humaines, coo-
pérer avec la médecine du travail, améliorer la
politique de condition de vie au travail… sont
autant de mesures simples pouvant amoindrir
le risque.
Ces pratiques sont faciles à mettre en place et
permettent de limiter les risques pour le chef
d’entreprise qui se doit de sauvegarder son ac-
tivité et de permettre à ses collaborateurs
d’évoluer dans un climat le plus propice pos-
sible à l’épanouissement professionnel.
En effet, une entreprise a tout intérêt à recen-
En France, les risques psychosociaux ont pris trer son activité autour de la dimension hu-
de l’ampleur à tel point que les entreprises maine. L’Homme doit être au centre de toutes
prennent désormais en compte ces risques les préoccupations. Elle ne doit pas effrayer ses
dans leur stratégie d’entreprise. actionnaires ou ses clients qui par réaction em-
35 % des salariés déclarent subir au moins trois pathique avec la victime pourraient se détour-
contraintes de rythme de travail ; 27 % disent ner de l’entreprise par exemple.
être soumis à des contrôles ou surveillances Elle ne doit pas non plus abîmer son image par
permanents exercés par la hiérarchie ; 44 % des une publicité totalement contreproductive et
salariés déclarent que des tâches imprévues néfaste à long terme, et donc de ce fait diffuser
perturbent leurs travails et augmentent le une image négative au public. C’est souvent le
stress. problème de la médiatisation des cas de sui-
Stress, suicide, harcèlement moral, violence, cides dans des grands groupes par exemple.
dépression… Les risques psychosociaux, ce Il est essentiel de garder à l’esprit que l’antici-
n’est pas seulement ces aspects dont on parle pation et la prévention aide à l’acceptation du
beaucoup dans les médias aujourd’hui même risque, inévitable en soi et bel et bien présent.
s’il est vrai qu’ils en font partis. Les risques Le risque n’est pas l’apanage des autres entre-
psychosociaux peuvent aussi être causés par prises exclusivement. Toute entreprise quel
des changements organisationnels fréquents, que soit sa taille ou son domaine d’activité
une pression sur les résultats au vu des objec- peut être touchée et doit un jour ou l’autre
tifs fixés, une perte du collectif dans le travail gérer ses risques psychosociaux en étant à
ou bien encore un rythme de travail irrégulier; l’écoute de ses collaborateurs le plus efficace-
mais ce ne sont pas les seules causes bien d’au- ment et le plus adroitement possible. Il en va
tres éléments sont à prendre en considération. de l’activité même de l’entreprise.
Ce phénomène social n’est pas nouveau. La Les chefs d’entreprise ont bien compris l’im-
médiatisation de ces faits a sensiblement portance de cette dimension humaine. C’est
changé la donne. On a l’impression qu’ils sont pourquoi de nombreuses mesures sont mises
plus nombreux et pourtant les chiffres n’ont en place et des lignes de progrès voient le jour
guère augmenté depuis dix ans. progressivement.
Comment l’entreprise doit donc agir en fonc-
tion de ces nouveaux facteurs de risque pour

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STRATÉGIE ET MANAGEMENT

Risques sanitaires.

Un risque sanitaire désigne un risque, immé-


diat ou à long terme, plus ou moins probable
auquel la santé publique est exposée.

Pandémie grippale, Ebola, Epizootie, virus H1


N1, virus VIH… sont d’autant de risques pour
des collaborateurs en partance pour l’étranger.
La prise en compte des risques sanitaires fait
partie intégrante de la politique de protection
des salariés à l’étranger. Cela se traduit inévi-
tablement par de l’information et de la sensi-
bilisation aux collaborateurs. C’est aussi tout
un travail de prise de contact avec les autorités
sanitaires, avec le Ministère des Affaires Etran-
gères et avec les Ambassades sur place. tion, communication. C’est informer les colla-
Tout cela permet d’éviter, par exemple, qu’un borateurs et développer une culture partagée
salarié de l’entreprise ne revienne en France du risque.
avec une maladie attrapée dans le pays où il Cela passe par des campagnes de sensibilisa-
était expatrié. Imaginez l’impact sur l’image de tion et de formations régulières ; par exemple
l’entreprise mais aussi et surtout imaginez si la transmission de livrets d’explication des
cela provoque une véritable pandémie… normes d’hygiène à respecter, un rendez-vous
Souvent ce type de risques vous tombe dessus à la médecine du travail pour une explication
sans pouvoir l’anticiper pleinement autant détaillée des maladies présentes dans le pays
qu’on l’aurait souhaité. C’est pourquoi, si au où l’on va se rendre.
préalable, les campagnes de vaccination ont Dans le cas d’Ebola, par exemple, les expatriés
été à jour et les installations médicales ont été d’une entreprise pourront être au besoin dé-
vérifiées, le temps gagné lorsque l’incident se placés sur une autre zone voire rapatriés dans
déclare est considérable. Les différents services un cas d’extrême urgence. Mais si le déplace-
de l’entreprise pourront se charger en urgence ment n’a pas lieu d’être et si la zone est sécuri-
de la production de plans de réponse bien dé- sée, les collaborateurs préalablement
finis aux urgences sanitaires auxquelles ils font sensibilisés au problème par leurs entreprises,
face. seront moins touchés par le stress et l’anxiété
La gestion des risques sanitaires en France tout en sachant se comporter face au risque sa-
consiste généralement à explorer différentes nitaire qu’ils côtoient.
hypothèses de réponse à une crise puis de met- Le risque sanitaire tout comme le risque de ca-
tre en oeuvre les mesures permettant de pré- tastrophe naturel, fait partie des risques à
venir, réduire, réparer ou compenser les prendre en compte dans toute politique de sû-
risques identifiés. reté pour une entreprise.
Dire ce n’est pas de la sûreté alors je ne m’en
Pour identifier les risques inhérents à chaque soucie pas est une erreur et amène à de lourds
pays, les agences sanitaires ont mis en place un préjudices une fois la crise survenue.
système de veille et d'évaluation. C’est ce qui
permet par la suite l’élaboration de normes ga- Risques réputationnels.
rantissant un niveau élevé de protection sani-
taire et de règles encadrant certaines activités. Selon l’étude Deloitte, Reputation at Risk,
Prévenir tout risque sanitaire, c’est aussi s’en- « 87% des dirigeants d’entreprise dans le
gager dans le tryptique sensibilisation, forma- monde considèrent le risque de réputation

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STRATÉGIE ET MANAGEMENT

comme le risque stratégique le plus important l’opinion extraordinaire mais peut être aussi
pour l’entreprise. » un facteur de déformation de l’information
Ce n’est pas un risque palpable et pourtant… pour parler des dérives d’une mauvaise publi-
Les dégâts, qu’un problème réputationnel, cité.
peut causer sont considérables et peut mener Les entreprises ne sont pas égales face à ce
l’entreprise jusqu’à son dépôt de bilan. risque puisque c’est très subjectif. L’impact va
Le risque réputationnel, c’est associer le nom aussi être lié à la manière dont elles étaient per-
et l’image de l’entreprise à un fait négatif tel çues avant que le problème d’image ne sur-
qu’un incident, une crise, un accident, un man- vienne.
quement de la part d’un salarié, une erreur hu- Mais cela va varier en fonction de sa taille, de
maine… son étendue à l’international, de sa renommée
« Il est plus facile de s’arranger avec sa mau- initiale, de son domaine d’activité, de sa cul-
vaise conscience qu’avec sa mauvaise réputa- ture d’entreprise.
tion ». Ce propos du philosophe Friedrich Il faut donc comprendre qu’un problème
Nietzche, datant du XIXème siècle, n’a jamais d’image et de réputation est grave pour l’en-
été autant d’actualité. treprise. Cela peut entrainer des pertes finan-
Désormais, les chefs d’entreprise prennent en cières importantes, au travers d’une perte de
compte l’importance de leur image réputation- clients, d’actionnaires…
nel et e-reputationnel. C’est pourquoi, souvent, les entreprises refu-
Le risque réputationnel est partout. Il peut fra- sent de dévoiler aux forces de l’ordre l’attaque
giliser l’entreprise au travers d’une cyberat- éventuelle dont elles ont été victimes. Cette
taque, d’une arnaque, d’une crise sanitaire, peur de la médiatisation et de la dégradation
d’une mauvaise publicité sur les réseaux so- de l’image « corporate » de l’entreprise est une
ciaux, d’un accident sur une installation, d’une réalité pour les chefs d’entreprise.
mise en danger d’un salarié… Des moyens existent pour s’en prémunir et le
Les situations, pouvant mettre en péril le nom meilleur système de défense demeure toujours
et l’image de l’entreprise, sont si nombreuses l’anticipation. Vérifier le contenu mis en ligne
aujourd’hui. sur le site internet de l’entreprise et les
comptes sur les réseaux sociaux, faire une
veille rigoureuse pour savoir ce qui se dit de
nous, mettre en place une bonne politique de
sécurité et de sûreté en entreprise, avoir une
stratégie de communication adaptée à l’image
que l’on souhaite donner, savoir gérer une si-
tuation de crise lorsque cela arrive.
L’aspect délicat de la réputation est présent au
sein de tout risque et les techniques de préven-
tion se trouvent imbriquées dans de nombreux
outils de communication, de sécurité écono-
mique et de sûreté en entreprise.

Les médias traditionnels n’ont plus le mono-


pole sur l’information et donc sur l’opinion
publique. Internet, les réseaux sociaux et les Bernadette Leroy, Présidente de l’ACBM (As-
nouveaux moyens de communication numé- sociation de Criminologie du Bassin Méditer-
rique ont créé des réseaux d’influence qui met- ranéen), Secrétaire générale adjointe de l’ACSE
tent en difficulté l’entreprise. Ce sont (Association pour la compétitivité et la sécurité
désormais des vecteurs d’amplification de économique), Directrice de la Société Aesatis.

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STRATÉGIE ET MANAGEMENT

L’avocat et l’entreprise.

M
aître Sonia Angliviel de La Beaumelle est avocat au barreau de Paris en droit des
affaires, chargée d'enseignement au Conservatoire National des Arts et Métiers et dans
des écoles de commerce. Experte en protection des entreprises et en intelligence écono-
mique, elle a une activité de conseil et de gestion du contentieux auprès de petites et de grandes en-
treprises.

Quel est très brièvement votre rôle en tant … et en matière d’acquisition ?


qu’avocat par rapport aux entreprises?
Quand un chef d’entreprise crée sa société, il
J’ai un rôle en amont quand des dirigeants ont y a tout à faire : description de son objet social
un projet à concrétiser comme par exemple adapté, trouver un nom et un siège social pour
créer une entreprise ou développer une nou- la société, créer les statuts, les conditions gé-
velle activité. A ce moment-là, le chef d’entre- nérales de vente, d'achat, rédiger les contrats
prise a besoin d’un véritable accompagnement de travail, etc. Il faut donc préparer tous les
juridique. J’interviens ensuite, au cours de la actes pour que la société puisse démarrer ra-
vie de l’entreprise, lors de problèmes ponc- pidement son activité. A chacune de ces
tuels, nombreux en matière d’intelligence éco- étapes, on va donc créer du patrimoine pour
nomique. Puis enfin, en aval, lorsqu’une l’entreprise et tout ce patrimoine va devoir
entreprise est victime d’actes de malveillance. être protégé. Par exemple : la dénomination
Dans ce cas, nous ne sommes plus dans l'anti- sociale, les noms commerciaux, le nom de do-
cipation mais dans le règlement d'une diffi- maine et les marques, dessins et modèles
culté, d'un litige ou d’une situation de crise. éventuellement auprès des institutions com-
pétentes comme l'Institut national de la pro-
priété industrielle (INPI) ou l’Organisation

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 29


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

mondiale de la propriété intellectuelle du luxe mais ce n'est pas le cas. J’ai pu traiter
(OMPI). des litiges concernant des cartouches d’encre
par exemple. La contrefaçon touche aussi bien
Dans le cadre d'un rachat d'entreprise, le rôle les grands groupes que les PME/PMI.
de l’avocat est différent. Il va devoir étudier
tous les éléments qui composent le patrimoine Toute affaire pénale est sensible, quelles
de l’entreprise rachetée et vérifier s'ils sont en sont les répercussions pour une
suffisamment bien protégés car cela fait partie entreprise ?
de la valeur de l'entreprise. Il s'agit là encore
Tout litige, qu'il soit pénal ou civil a des réper-
de la dénomination sociale, du nom de do-
cussions pour l'entreprise concernée et les pré-
maine, des marques et des brevets, mais il faut
judices peuvent être considérables : perte du
également étudier les contrats en cours.
chiffre d’affaires, diminution de la clientèle
mais également atteinte à l'image et à la répu-
tation.
Pour quels types d’affaires êtes-vous le
plus souvent sollicitée ? En matière d'imitation par exemple, dans la
mesure où la contrefaçon ne rime pas avec
Je suis très souvent sollicitée pour des pro- qualité et sécurité des produits, la société vic-
blèmes de concurrence déloyale. C’est un do- time a très vite un préjudice financier mais
maine relativement vaste. également en terme d’image.
Cela concerne des problèmes d'imitation et de
contrefaçon mais également des actes de dé-
nigrement de la part d'un concurrent, de pa- Et lorsqu’une entreprise se fait voler ses
rasitisme, de divulgations confidentielles ou clients ou se fait usurper son nom ?
des infractions pénales comme les injures, la
C'est une problématique que l'on rencontre
diffamation ou la dénonciation calomnieuse,
souvent lorsqu'un salarié quitte l'entreprise
des détournements ou des vols.
qui l'emploie, soit pour s’installer à son
Je traite aussi souvent des litiges liés à des pra- compte et créer sa propre structure, soit pour
tiques illicites au regard des dispositions du rejoindre un concurrent.
Code du commerce, en cas de procédures
Dans ce cas, ce départ peut s'accompagner de
d'appel d'offres irrégulières, de ruptures de re-
détournement de fichiers de clients, de divul-
lations commerciales établies sans respect
gations d'informations confidentielles et
d'un préavis, de clauses contractuelles illé-
d'actes de malveillance.
gales…
Si le chef d’entreprise a simplement peur que
le salarié en partance le fasse, il y a des
Pouvez-vous nous donner un chiffre moyens pour anticiper de tels agissements.
concernant le nombre d’affaires de
Par contre si les faits sont avérés, il faut faire
contrefaçon que vous traitez dans votre
cesser les agissements sans délais.
cabinet ?
On favorise la recherche d'une solution à
C’est très difficile de vous donner un chiffre
l’amiable mais si celle-ci échoue une procé-
car, c’est très variable. Mais la contrefaçon re-
dure judiciaire sera engagée avec éventuelle-
présente 10 % du marché mondial c’est vous
ment une demande de dommages et intérêts
dire que le problème de la contrefaçon est un
pour l’entreprise.
problème réel pour les entreprises et dans tout
type d’activité. On croit souvent que la contre-
façon ne concerne que les grandes marques

30 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

On parle beaucoup de la protection des don-


nées de l’entreprise en ce moment. Com-
ment cela se traduit-il en matière de droit ?

La protection des données personnelles est


un volet important en intelligence écono-
mique. Le chef d’entreprise doit veiller à la
protection de son patrimoine et de ses pro-
pres données. Néanmoins, le chef d’entre-
prise a aussi des devoirs en la matière. Il se
doit de respecter la législation sur les don-
nées personnelles. C’est un aspect que les
entreprises oublient très souvent. C’est assez
problématique puisque les sanctions sont
lourdes si l’entreprise ne respecte pas la rè-
glementation de la Commission Nationale
de l’Informatique et des Libertés (CNIL).
Toute entreprise, qui créée un fichier com-
portant des données personnelles (de
clients, de fournisseurs etc) doit obligatoire-
ment le déclarer à la CNIL. C’est une procé-
dure simple qui permet d’éviter bien des
soucis lors d’une vérification imprévue en
entreprise des membres de la CNIL.

La règlementation de la CNIL doit également


Que risque le salarié qui commet un tel être respectée lorsqu'une entreprise installe un
acte de malveillance envers son ancien système de vidéo surveillance par exemple.
employeur ?

Le salarié encourt des sanctions civiles et/ou Les risques en matière d’image et de
pénales en fonction des actes qu'il aura com- réputation se sont accrus considérable-
mis. ment avec les nouvelles technologies de
Il faut souligner qu’il n’y a pas que le salarié l’information et de la communication…
qui risque des sanctions. Oui en effet, l'atteinte à la réputation d’une en-
En effet, si le nouvel employeur a incité le sa- treprise avec le développement des technolo-
larié à commettre ces agissements malveil- gies de l’information et de la communication
lants ou s'il en a sciemment profité ou s'il a peut aller très vite aujourd’hui. Si une entre-
utilisé des informations qu’il savait détour- prise ne s’est pas protégée et n'a pas anticipé,
nées ou volées, il engage sa responsabilité et cela peut être lourd de conséquences. Quand
peut être sanctionné. on découvre après tout le monde ce que l’on
dit de nous sur Internet ou sur les réseaux so-
Débaucher un employé auprès de son concur- ciaux, c’est déjà trop tard, le mal est fait et le
rent n’est en rien interdit ou illégal en soi. préjudice existe.
Néanmoins, cela le devient si le débauchage
s'accompagne de pratiques déloyales et/ou il- Trop de chefs d'entreprises n'ont pas encore
licites. assez conscience de ces problématiques.

Ils doivent tout d'abord être informés, ils doi-


vent ensuite anticiper, ils doivent surveiller la

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 31


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

concurrence mais également ce qui se dit sur viennent me voir dans le cadre de problèmes
leur entreprise et être bien conseillés et épau- mettant en cause leur responsabilité civile ou
lés pour pouvoir réagir vite et bien si malheu- pénale. Il s'agit de litiges entre associés ou de
reusement ils deviennent victimes d'un acte problématiques liées à des délégations de
de malveillance. pouvoirs, de fautes de gestion ou d'abus de
biens sociaux.
Il faut aussi avoir à l'esprit qu'une bonne ré-
putation se travaille et que les atteintes à la ré- Il est donc important de bien comprendre que
putation viennent bien souvent des là, c’est la responsabilité du chef d’entreprise
concurrents mais pas unique-
ment.

Il faut tenir compte des parte-


naires, fournisseurs, clients
mais également des salariés
de l'entreprise.

L'atteinte à la réputation peut


venir d'un client mécontent,
d'un partenaire évincé mais
également d'un salarié qui ra-
conte ses petites histoires à ses
amis sur Facebook le samedi
soir. C’est pour cela qu’il faut
être très vigilant et anticiper
toutes ces situations.

Le développement de ces
technologies entraine également de nouveaux qui est engagée et non celle de l’entreprise. Il
types d'infractions dont il faut avoir faut donc bien distinguer les problèmes de
conscience et tenir compte, comme les «cyber- responsabilité des dirigeants et les problèmes
attaques» (pishing, mail bombing, cybersquat- de responsabilité de la société elle-même.
ting, etc.).

Si une entreprise est victime d'une


Dans le cadre de l’exercice de son atteinte à sa réputation, comment doit-elle
activité, une entreprise encoure quels y répondre ?
types de risques juridiques ?
La stratégie de réaction est très importante. Il
Une entreprise s'expose à des risques juri- faut faire attention à ne pas sur-réagir pour
diques tous les jours. C'est inhérent à son ac- éviter tout effet boule de neige qui ne fera
tivité et à son développement. qu'accroître le préjudice. Par exemple, un petit
message mis sur internet pourrait éventuelle-
Il faut juste savoir les identifier, les anticiper, ment passer inaperçu par rapport à une ré-
les limiter, les contourner quand cela est pos- ponse qui serait disproportionnée. Et c’est là
sible ou les prendre mais en toute connais- aussi le rôle de l’avocat de ne pas entraîner le
sance de cause. chef d’entreprise dans des procédures judi-
Il y a aussi des risques pour le chef d’entre- ciaires qui vont être contreproductives, coû-
prise lui-même. Des dirigeants d’entreprise teuses et pénibles avec tout ce que cela
entraine.

32 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

Avez-vous également une


démarche de conseil et de
développement stratégique
auprès des entreprises qui
font appel à vous ?

Lorsque je suis sollicitée par une


entreprise, je me fais communi-
quer tous les éléments qui vont
me permettre de me faire une
idée objective de la situation et
de qualifier juridiquement le
problème qui m'est exposé.

Il arrive effectivement que je dé-


couvre des failles, autres que le
problème initial. Dans ces cas, je
vais traiter le litige pour lequel
je suis sollicitée tout en préve-
nant et en alertant le chef d’en-
treprise que tel autre problème
est à prendre en compte et à ré-
soudre rapidement.

Je suis régulièrement appelée en


fonction support dans le cadre
du développement d'une entre-
prise pour sécuriser juridique-
ment les contrats et les décisions
qui sont prises. Mon rôle est de
favoriser le développement des
entreprises en les aidant à trou-
ver des moyens légaux pour at-
teindre leurs objectifs et
analyser et anticiper les risques.

Les procédures à l’amiable sont plus confiden- Dans ce domaine, l'intuitu personae est la
tielles et permettent de ne pas faire de publi- réactivité son importants. Une relation de
cité sur le litige en question. Elles obtiennent confiance et de proximité doit se nouer avec
de très bons résultats et sont donc préférables. les clients.

Je privilégie toujours, en accord bien sur avec


mes clients, la recherche d'un accord amiable.

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 33


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

Sensibiliser les TPE et les PME


à la sécurité économique.
L
La Chambre de Commerce et
d’Industrie de Région (CCIR)
Provence Alpes Côte d’Azur
est un établissement public, placé sous la
tutelle de l’Etat, composée de chefs d’en-
treprises élus. Elle fédère, coordonne, va-
lorise les actions de son réseau, sept CCI
territoriales qui assurent un accompa-
gnement de proximité des entreprises, de
toutes tailles et à tous les stades de son
évolution : depuis sa création, son déve-
loppement et jusqu’à sa transmission.
Aujourd’hui, l’intelligence économique
fait partie des leviers de compétitivité
qu’une entreprise doit appréhender.
Témoignage d’Eric DAUFES, membre élu
de la CCIR PACA.

Pouvez-vous brièvement nous parler de de faire en matière d’intelligence économique.


votre parcours dans le domaine de l’intel- A cette époque, pas très lointaine pourtant, on
ligence économique ? m’a pris pour quelqu’un, disons, de « particu-
lier ». C’est assez drôle d’ailleurs quand j’y re-
J’ai une double formation. Je fais de l’intelli- pense. La plupart des gens se demandait de
gence économique depuis longtemps. J’ai com- quoi je parlais. Mais à force d’en parler, de pro-
mencé en 1977 c’est vous dire ! Mais j’ai aussi poser des choses, l’intelligence économique a
un parcours en tant que chef d’entreprise. J’ai fini par pénétrer dans nos organisations.
suivi une formation à l’IHEDN et pour par-
faire mes connaissances en la matière au quo- Que mettez-vous en place en la matière ?
tidien je suis régulièrement des cours, des
conférences. Je lis également beaucoup sur ce Nous formons des conseillers en intelligence
sujet et je participe régulièrement à des confé- économique sur chaque territoire afin qu’ils
rences, par exemple avec Alain Juillet sur ce puissent, à leur tour, retransmettre leurs
domaine… connaissances et leurs compétences en la ma-
tière sur le terrain, auprès des dirigeants de
Comment les CCI de PACA ont-elles TPE-PME. Nous avons mis en place un dispo-
intégré la dimension de l’intelligence sitif régional « Performance IE » spécifique-
économique ? ment conçu pour les chefs d’entreprise et les
professionnels. Ce sont de précieux instru-
Je me souviens qu’il y a 12 ans, j’ai été le pre- ments de sensibilisation à la sécurité écono-
mier à demander ce qu’on pouvait envisager mique.

34 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

époque, il suffisait de prendre l’avion pour en-


tendre dans les conversations tout ce qui se
passait sur le plan économique de la ville où
l’on se trouvait. C’est pareil aujourd’hui, dans
les transports en commun par exemple, c’est
fou comme on finit par entendre des informa-
tions qui n’ont aucune raison d’être obtenues
dans ces lieux. Les chefs d’entreprise et les
professionnels en général n’ont pas conscience
que parmi eux beaucoup sont là pour écouter
et ramasser le maximum d’informations.
Et cela concerne les grandes comme les petites
entreprises. Il m’est arrivé de prendre des ren-
dez-vous dans des PME ou des TPE. Rare-
Cette dimension est-elle généralement ment on m’a demandé qui j’étais, ni ce que je
méconnue des chefs d’entreprise qui font faisais, ni d’où je venais. Il n’y avait que peu,
appel à vous ? Si oui, pourquoi ? voire aucune surveillance des produits entrant
et sortant de l’entreprise. Peu d’entre elles
Les grandes entreprises se sont organisées ou avait un système de sécurité. On pouvait vider
ont commencé à le faire. Elles ont ou sont en leurs ordinateurs sans que personne ne s’en
train de découvrir les risques que peuvent re- rende compte.
présenter les intentions malveillantes prove- Prenons le cas des étudiants. Sous couvert
nant de nombreux endroits. Les grandes d’être étudiant, c’est fou le nombre de portes
entreprises ont conscience de cela. Néan- qui leurs sont ouvertes. C’est une très bonne
moins, elles sont plus dans de la défense et chose mais aucune précaution n’est prise pour
dans la lutte contre l’espionite que dans de la sécuriser le patrimoine matériel et immatériel
pure intelligence économique. Le problème, de l’entreprise. Aucune recherche d’informa-
c’est qu’on ne peut pas abonner les grandes tion n’est faite sur eux ou sur leurs apparte-
entreprises pour autant. Elles ont besoin d’être nances. Il est arrivé que des fils de concurrents
sensibiliser en permanence. séjournent dans l’entreprise concurrente pour
Le plus dur pour nous, Chambre de Com- récolter les informations convoitées. C’est éga-
merce, c’est d’expliquer cela au PME et TPE. lement effarant tout ce qu’on peut trouver
dans des mémoires de stage d’étudiants.
Et pourquoi est-ce plus difficile de sensi- Il y a énormément de techniques existantes
biliser les TPE et PME à cette question de pour espionner une entreprise aujourd’hui et
la sécurité économique ? les chefs d’entreprise doivent le comprendre
et réduire au minimum ce risque.
Je pense qu’il y a plusieurs raisons à cela. Tout
d’abord, ce n’est pas une culture propre au Cela me rappelle une ancienne discussion à ce
chef d’entreprise et beaucoup nous disent sujet avec Madame Claude Revel où nous
qu’ils n’ont pas forcément le temps de s’en oc- étions tombés d’accord sur le fait que le smart-
cuper. Toute la formation et la sensibilisation phone est aujourd’hui l’ennemi mortel nu-
à ces questions est à commencer à la base. On méro un de entreprise. C’est un relai de
a pu constater que les PME et TPE sont rare- capture extraordinaire. C’est une préoccupa-
ment sur le qui-vive en la matière. Elles ne tion fondamentale car on peut se faire piller
sont pas assez, voire pas du tout, sensibilisées tout ce qu’on veut via un smartphone.
aux risques qu’elles peuvent subir. A mon

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 35


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

Puisque vous parlez de smartphone, com- qu’il y a quand même une évolution. Il est évi-
ment sensibilisez-vous les entreprises aux dent que les entreprises de la défense et les en-
risques d’espionnage développés par les treprises de recherche avancée avaient déjà
nouvelles technologies du numérique, de pris leurs précautions. Mais pour les autres,
l’information et de la communication ? faire de la veille vous imaginez…

Nous discutons beaucoup avec eux. Nous leur Donc si j’ai bien compris, une des mis-
conseillons des choses simples relevant sou- sions des CCI de PACA en formation, c’est
vent du bon sens mais auxquels ils ne pensent former des conseillers en intelligence éco-
pas forcément. nomique afin de mieux sensibiliser les
Par exemple, faire attention à leurs données chefs d’entreprise à cette problématique.
dans les hôtels et aéroports, les transports en
commun... j’en ai parlé tout à l’heure. Si on Exactement, c’est tout à fait ça ! Nous avons
leur propose une réunion dans un petit salon, accéléré cette formation depuis une dizaine
il faut éviter d’y aller car souvent ces petites d’années maintenant.
salles sont mises sur écoute. On essaie de les J’ai oublié de préciser aussi en termes de for-
sensibiliser par toute une série de gestes sim- mation qu’au niveau de la CCIR PACA, on a
ples et de précautions. Ce qu’ils oublient sou- rassemblé toutes nos capacités en termes de
vent c’est que la menace peut aussi surgir d’un commerce international. Nous avons une
membre de l’entreprise au double visage ! équipe qui s’occupe d’aider et de former les
chefs d’entreprise qui travaillent à l’interna-
Arrivez-vous facilement à faire compren- tional. Nous avons des antennes à Nice, Tou-
dre aux chefs d’entreprises que toute lon et dans les Alpes. Les personnes de ces
entreprise peut être victime de cela ? antennes sont en permanence sensibilisés à
l’intelligence économique. Vous n’imaginez
Quand on leur en parle, ils nous prennent sou- pas toutes les occasions qui se présentent aux
vent pour des « James Bond ». J’exagère un personnes malveillantes quand on fait du
peu l’image mais c’est presque ça. Nous for- commerce à l’international : vol des idées, des
mons un maximum d’élus des Chambres de informations, des brevets, des savoir-faire…
Commerce car, eux sont écoutés et entendus
par leurs pairs. C’est une notion très impor- De toute façon, et ce sera le mot de la fin, je
tant à assimiler. Je pense que lorsque les dé- dirai que la sensibilisation passe forcément
marches de sensibilisation et d’information par la formation et l’accompagnement des
sont effectuées par les chefs d’entreprise eux chefs d’entreprise.
mêmes, cela a un impact plus important et ap-
porte une plus grande efficacité. Cela ne veut
pas dire que tout le monde va être sur le qui- www.paca.cci.fr
vive pour autant, il ne faut pas se faire d’illu- information@paca.cci.fr
sion. Mais cela aidera et fera avancer les
choses.

71 % des entreprises n’ont jamais mis en


place de dispositif de veille stratégique
selon vos données chiffrées. Que pensez-
vous de ce chiffre, assez alarmant tout de
même ?

Bien sûr c’est alarmant mais c’était 3 % des en-


treprises il y a quinze ans. Vous voyez donc

36 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

La protection des personnes et


des biens.

N
é de la fusion entre BSN et Gervais Danone en décembre 1972, Danone est surtout le
fruit de la rencontre entre deux personnalités, Daniel Carasso et Antoine Riboud. Les
principales activités de Danone, Groupe français leader mondial en agroalimentaire, se
répartissent dans les produits frais laitiers, les eaux, la nutrition infantile et la nutrition médicale.
La santé est au cœur de la stratégie du groupe. Entretien avec Bruno Cayzac, directeur sûreté du
Groupe Danone.
et à la sécurité de nos collaborateurs, voya-
En tant que directeur de la sûreté d’un tel
geurs d’affaires et expatriés. Cela constitue au-
groupe, quels sont vos principaux rôles et
jourd’hui un enjeu majeur pour l’entreprise et
missions ?
le cœur de mes préoccupations.
Les missions essentielles d’un directeur de su-
De nombreuses autres missions viennent se
reté au quotidien aujourd’hui, je parle bien
greffer à cet aspect majeur qui sont par exem-
d’un directeur sureté en général, c’est, dans le
ple : le soutien au développement, l’aide à la
monde actuel, avant tout la protection des
gestion de crise, l’accompagnement aux situa-
personnes et des biens. La place accordée aux
tions de contentieux…
questions de sécurité et de sûreté des collabo-
rateurs en déplacement à l'international revêt J’ai un parcours d’Officier de Gendarmerie,
une grande importance. c’est pourquoi, mes interlocuteurs me sollici-
tent parfois pour ces problèmes de conten-
Je consacre aujourd’hui 70 à 80 % de mon
tieux. Dans ce cadre, je viens en appui à
temps à étudier les environnements des pays
d’autres directions comme la direction juri-
dans lesquels Danone est implanté ou en dé-
dique ou les ressources humaines.
veloppement, les pays où vivent nos familles

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 37


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

Vous avez dit, lors d’un petit déjeuner La principale fonction de la sûreté à
débat organisé par l’Association des sous- l’international est avant tout la protection
cripteurs internationaux de Paris, que des collaborateurs et d’anticiper, de gérer
Danone est une organisation pionnière un certain nombre de risques pour assu-
dans le milieu de la sûreté de l’entreprise. rer le développement des activités à
Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ? l’étranger. La sûreté aide-t-elle au déve-
loppement international ? Rassure-t-elle
les clients potentiels, investisseurs et
actionnaires ?
En 2011, il y a eu un certain nombre de crises
dans le monde notamment en Tunisie, en
Egypte et au Japon. En parallèle, il y a eu aussi
des projets internes à l’entreprise notamment Je pense que c’est une mission finalement
des projets très importants de développement assez discrète par la nature même des per-
dans certains pays. Cela nous a conduit à sonnes qui assument ces fonctions dans l’en-
structurer de façon commune la direction mé- treprise. Je dis « discrète » au sens où elle
dicale et la direction de la sûreté pour créer un n’apparait pas forcément dans les projets de
département de la protection où le pilier mé- développement. C’est plus une mission de
dical est un des éléments de la protection des soutien, si vous voulez, qu’un catalyseur.
personnels. On a un pilier sûreté générale, un Après il est évident que cela rassure en pre-
pilier sûreté médicale et un troisième pilier, mier lieu les collaborateurs qui sont amenés à
celui de la sécurité des systèmes d’informa- travailler dans ces pays-là. Nous avons
tion. Je prends souvent l’exemple du tabouret constaté avec le médecin et le responsable de
à trois pieds pour illustrer cela. Si on n’a pas la sécurité des systèmes d’information que
les trois pieds du tabouret équilibrés, il ne cela contribuait aussi à rassurer les collabora-
tient pas. C’est une très bonne image dans le teurs nationaux dans les pays dans lesquels on
cas du Groupe Danone. Nous avons été des s’implante, pays qui peuvent être instables ou
pionniers en la matière parce que nous avons en crise. On a constaté, par exemple, quand on
su mutualiser et lier nos moyens de contribu- est allé au Japon en 2012, à quel point les japo-
tion. Pour cela, nous avons créé un poste nais avaient été sensibles et heureux de nous
d’analyste et de veille de l’information com- accueillir et de se dire qu’une grande entre-
mun, une assistante commune. Je peux dire prise internationale même basée en Europe ne
aussi pour finir sur ce point que nous avons se contentait pas simplement de son cœur
même hiérarchisé l’ensemble. C’est en ce sens d’activité mais qu’elle avait aussi une dé-
que ce système est novateur. La directrice mé- marche de proximité et de protection qui les
dicale, pour les missions internationales, de- concernaient également bien qu’ils soient dans
venait subordonnée à la direction de la sureté. leurs pays.

La direction médicale est de ce fait intégrée à


la direction de la sûreté dans un département
Quels dispositifs et quels moyens sont-ils
de la protection. On raisonne de façon systé-
nécessaires pour assurer la protection de
mique quand on se déplace dans les pays ou
vos collaborateurs dans ces pays ?
quand on y installe des dispositifs. Ce n’est
pas le médical d’un côté et la sûreté de l’autre.

C’est ce qui est novateur chez Danone. Il y a plusieurs choses. On s’appuie sur un cer-
tain nombre de moyens humains et tech-
niques pour distiller et distribuer la
protection. Les moyens humains se sont ceux
dont l’entreprise s’est dotée. D’ailleurs on voit,

38 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

Vous venez d’évoquer un chiffre impor-


tant sur le nombre de déplacements
d’affaire. Sensibilisez-vous les collabo-
rateurs aux questions de protection de
l’information ?

Il est évident que la multiplication des


moyens de communication numériques a
créé des risques et des menaces nouvelles
qui sont effectivement bien pris en compte
dans les grandes entreprises à la fois par la
direction des systèmes d’information (DSI)
et par le responsable de la sécurité des sys-
tèmes d’information. Cela permet de donner
des recommandations à nos collaborateurs.
Mais il y a aussi un certain nombre d’outils
mis en place directement sur nos systèmes
informatiques pour faire en sorte qu’en cas
de perte ou de vol les données qui y sont
contenues ne soient pas immédiatement ac-
cessibles.

à notre grand plaisir, que cela inspire au-


jourd’hui d’autres grands groupes. Donc c’est Et donc pour revenir aux risques …
déjà un premier pas dont on se félicite. Ensuite
il y a des moyens officiels notamment tous les
réseaux des Ministères des Affaires Etran-
Pour faire simple, disons qu’il y a des risques
gères, de la Défense, de l’Intérieur, le réseau
directs et des risques indirects. Les risques di-
des Ambassades ainsi que tous les réseaux de
rects sont liés, comme pour tous les grands
type financier, douanier, militaire et policier.
groupes, à la situation des pays dans lesquels
On a aussi des partenaires privés à l’interna-
ils se développent ou ils sont implantés. Cet
tional qui sont soit des consultants, soit des
aspect a déjà été évoqué, il s’agit principale-
prestataires de sureté. Et puis, il y a aussi des
ment d’assurer la sécurité, la protection de nos
outils techniques qui nous permettent de re-
personnels. J’aurai d’ailleurs pu vous citer un
cueillir un certain nombre d’informations, de
de nos partenaires essentiels sur le plan inter-
les partager ou de les retransmettre sous
national qui est « International SOS », struc-
forme de synthèse et sous forme de directives
ture qui nous aide dans la protection du
pays. Identifier les risques encourus, mettre en
personnel à l’étranger. Toujours dans les effets
place des procédures de sécurité, informer les
directs il y a également tout ce qui concerne la
salariés, sont des pratiques courantes qui font
concurrence. La protection de ses innovations
en sorte que nos collaborateurs se déplacent
à l’étranger est indispensable surtout dans un
dans ces pays dans les conditions de protec-
contexte où la concurrence mondiale fait rage;
tion optimales. Pour cela, l’outil essentielle-
elle demande de lourds investissements. Il
ment utilisé, est le suivi des voyageurs ; il
faut se protéger sans cesse de la concurrence.
permet d’informer tous nos voyageurs en dé-
placement d’affaires sachant qu’un groupe Maintenant je m’explique sur ce que j’appelle
comme Danone c’est aujourd’hui 60 000 les effets indirects. L’instabilité des pays dans
voyages d’affaire par an. lesquels Danone se développe et les grands

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 39


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

problèmes géopolitiques et géostratégiques vertes qu’on va consulter. Je m’astreins à une


surgissent souvent sans qu’on ait pu les pré- revue de presse tous les jours. Dans certains
dire suffisamment en amont. Prenez le cas des pays, on peut avoir recourt à des consultants
Printemps arabes en 2011 ou encore plus ré- particulièrement spécialisés capable de mettre
cemment avec l’Ukraine ; qui aurait pu pré- en place une veille sur des critères qu’on leur
dire que ce pays s’enliserait dans un conflit de délivre nous-même. C’est donc très important
nature militaire dont le traitement est au d’effectuer un travail de veille informative
moins régionalisé voire internationalisé au- préalable pour orienter ensuite intelligem-
jourd’hui ? Qui plus est avec
tous les effets que cela peut
avoir, non pas seulement en
Ukraine, mais aussi en Russie
sur le monde économique. C’est
ce que je qualifie d’effets indi-
rects.

La veille peut vous aider à


appréhender la situation géo-
politique d’un pays je sup-
pose ?

Il est vrai que la grosse partie du


travail de veille consiste à étu-
dier l’environnement d’un pays et à analyser ment le travail de nos partenaires ou de nos
les informations. Grâce à mon cursus anté- consultants. Vous comprenez bien qu’on ne
rieur de militaire, j’ai appris à détecter des si- peut pas laisser le consultant décider pour
gnaux faibles plus facilement. Cela permet nous de la valeur ou non d’une information.
lorsqu’on n’a pas pu anticiper pleinement la
réalité d’une situation de ne pas être complé-
tement désarmé. Cela permet, à minima,
d’identifier des moyens d’action et d’appui Issu d’un parcours militaire, quelles quali-
pour réagir dans de bonnes conditions quand tés et avantages en tirez-vous à votre
le problème se déclare. poste actuel ?

Vous avez donc dans le cadre de la veille Un des effets de la carrière et de la formation
des liens étroits avec les ministères, les militaire, c’est d’abord la mobilité profession-
ambassades et autres institutions éta- nelle. Nous changeons assez régulièrement de
tiques ? postures professionnelles et d’environnement.
Cela nous permet de développer des facultés
et une méthode d’analyse particulières que
l’on peut qualifier d’intelligences de situation.
Cela fait partie de mon travail. La ressource Si je reviens à un plan tactique, il est hors de
est très large et elle est multiforme. Grâce à In- question d’aller manœuvrer sur un terrain
ternet et aux blogs relativement nombreux, on sans l’avoir reconnu. Il en va de même en ma-
a un nombre très important de sources ou- tière de sureté. On développe tout au long de

40 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

Et donc justement en matière


de gestion de crise ?

Il y a des cellules de crise dans


chaque entreprise. Mais il faut
savoir qu’il y a deux sortes de
crises : la crise métier et les
crises périphériques. C’est ce
que je vous évoquais tout à
l’heure avec le Japon. Ce n’est
pas une crise métier mais elle l’a
considérablement affecté. Notre
rôle va être d’aider le directeur
général à circonscrire rapide-
ment les évènements, à dé-
ployer des dispositifs de prise
en charge de l’urgence et de la
déstabilisation, à définir un plan
de continuité d’activité et à
prendre un peu de recul face à
une situation. Tout ceci fonc-
tionne d’autant mieux lorsque
nous sommes sur le terrain avec
les équipes concernées.

www.danone.com

notre carrière une forme de raisonnement in-


tellectuel qui s’applique à ces missions. On a
un atout dans l’acquisition des informations,
dans la détection de signaux faibles, dans la
traduction des analyses en directives. Puis,
quand on a vécu comme moi vingt-huit ans de
carrière militaire essentiellement opération-
nelle sur tout le territoire national, outre-mer
et en opérations extérieures, la gestion de
crise, on sait de quoi on parle.

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 41


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

L’intelligence économique au cœur


de l’accompagnement des start-up
innovantes.

C
réé fin 1996, Marseille
Innovation, labellisé
« centre européen d’entre-
prise et d’innovation » (CEEI)
dispose de trois pépinières et hôtels
d'entreprises pour héberger et ac-
compagner des entreprises en phase
de démarrage dans les domaines
des Technologies de l’Information
et de la Communication (TIC), de
l’audiovisuel, du multimédia, de
l’optique, de la photonique et plus
généralement des sciences de l’in-
génieur et des services à l’entre-
prise. Interview de Christian Rey,
Directeur de Marseille Innovation.

ments plus de 85 entreprises qu’on accom-


Pouvez-vous nous présenter très
pagne au quotidien. Dans l’incubateur inter-
brièvement Marseille Innovation ?
national, on a atteint hors murs une
soixantaine d’entreprises. Marseille Innova-
Bien sûr. Marseille Innovation est historique-
tion, c’est une quarantaine de personnes qui
ment un centre d’entreprises et d’innovation.
accompagnent environ 150 entreprises. Leur
On est un des « BIC » à la mode européenne,
typologie a tendance à varier selon les diffé-
c’est-à-dire un « Business Innovation Center ».
rents lieux d’hébergement même si sur nos
On héberge et on accompagne depuis plus de
trois bâtiments sont rassemblées 70 % d’entre-
vingt ans sur Marseille des créateurs d’entre-
prises du secteur du numérique. Par exemple,
prises plutôt à caractère innovant. Plus de 80%
sur le bâtiment Technoptic, où je me situe, ce
des entreprises accompagnées ont réussi à pas-
sont plutôt des entreprises et des projets à ca-
ser le cap des 5 premières années d’existence.
ractère industriel notamment autour des objets
Plusieurs d’entre elles ont été récompensées
communicants ou des produits industriels liés
par des prix à la création d’entreprise ou à l’in-
à l’optique et à la photonique. Sur le pôle
novation.
média de la « Belle de Mai », par contre, on re-
trouve des entreprises plutôt centrées sur la
Combien regroupez-vous d’entreprises ?
production de contenus numériques, l’audio-
visuel, les objets nomades et le multimédia.
Nous avons aujourd’hui dans les trois bâti-

42 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

des dossiers. Sur les trois dernières années,


Marseille Innovation a réussi à trouver plus
de 15 millions d’euros pour les entreprises que
nous soutenons.
J’ai oublié de dire que nous sommes aussi
adossés aux nouveaux accélérateurs privés à
la mode qui arrivent sur le marché, la « French
Tech ». On en a un dans nos murs avec qui
nous collaborons qui s’appelle « Net Angel ».
Il y a donc un adossement de plus en plus fort
avec ces mécaniques d’accélérateurs privés.
Tout cela vient renforcer notre capacité d’aide
aux entreprises pour qu’elles se développent
le plus rapidement possible car le principal
Vous avez constitué un pool d’experts souci est d’être présent au plus vite sur les dif-
pour assister les entrepreneurs et chefs férents marchés, et à l’international.
d’entreprise. De qui est-il composé ?
Comment se passe cette phase d’accom- Donc, si j’ai bien compris, les entreprises
pagnement ? qui font appel à vous, ce sont des entre-
prises naissantes uniquement ?
Oui. Nous avons une trentaine d’experts qui
travaillent avec nous sur cette mission d’ac- Tout à fait ! On agit vraiment à ce niveau uni-
compagnement en plus de l’équipe de Mar- quement. Nous travaillons avec des entre-
seille Innovation. Notre but est d’aider les prises qui ont entre 0 et 4 ans en général. Notre
chefs d’entreprises des sociétés que nous hé- cœur de métier, c’est d’accompagner les entre-
bergeons à résoudre des problèmes divers, prises qui en sont aux premières années de
par exemple d’ordre juridique, financier, com- leur vie, que nous hébergeons dans nos diffé-
mercial, de ressources humaines, de veille in- rents bâtiments. Nous les accompagnons pen-
ternationale ou d’Intelligence Economique… dant les trois phases clés de décollage de
Cette fonction d’Intelligence Economique est l’entreprise : phase de création, d’amorçage et
internalisée chez nous depuis notre création de développement.
mais j’y reviendrai. Concernant le pool d’ex-
perts, il est donc composé de cabinets d’exper- Vous m’avez dit tout à l’heure faire de l’in-
tise. Ces experts règlent des problèmes de telligence économique. Pouvez-vous nous
droit, d’embauche, de marketing, de compta- en dire un peu plus ?
bilité... Ils sont sous contrat et travaillent à nos
côtés. C’est le premier niveau. Comme je vous l’ai dit précédemment, nous
Ensuite, nous sommes adossés à plusieurs avons constitué un pool d’experts partenaires
écoles notamment des écoles d’informatique, de premier plan pour assister les entrepre-
de management, de commerce, d’ingénieur ou neurs à chaque stade de développement de
de design. Il y a des dizaines d’étudiants qui leur projet. Ce pool d’experts « business déve-
viennent faire des stages en entreprise. loppement » concerne : le juridique ; la comp-
Il y a donc un second niveau d’accompagne- tabilité, la fiscalité et le social ; l’analyse
ment à vocation plus pédagogique. Nous fai- financière et la banque ; la communication ; le
sons également de l’ingénierie financière de marketing ; la stratégie ; la prospection inter-
manière prononcée. Nous aidons les chefs nationale ; la sécurité informatique et les ré-
d’entreprise à trouver des fonds et à monter seaux ; la propriété industrielle et
intellectuelle ; l’aide au financement public ;

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 43


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

«
an des réunions thématiques ainsi
Tout acteur économique doit com- que des séances de travail sur les
prendre et anticiper les mutations nouveaux problèmes aussi bien dé-
fensifs, qu’offensifs.
qui affectent un marché, d’autant - Enfin dernier point, comme je
plus dans un environnement de l’indiquais tout à l’heure, nous
concurrence exacerbée...» sommes organisme de formation et
donc nous sensibilisons et formons
le commercial ; Internet et les réseaux sociaux; à l’intelligence économique. Remarquons au
et bien sur en intelligence économique, sujet passage, que l’intelligence économique n’est
que nous jugeons important et que nous pla- toujours pas reconnue comme formation qua-
çons au centre de notre accompagnement. lifiée. Elle ne relève pas du contrat de forma-
Nous avons une expérience de plus de 15 ans tion à l’emploi prévu par le Gouvernement.
en intelligence compétitive (ou économique). C’est un vrai sujet qui nous intéresse particu-
Nous avons développé une cellule « Intelli- lièrement en ce moment ; nous aimerions le
gence Economique » où nous effectuons des faire évoluer…
formations. Il n’y a que très peu de forma-
tions en intelligence économique en région
PACA. C’est une aberration dans la mesure Outre la veille, quels autres moyens
où lorsque l’on innove, on est obligé de com- mettez-vous en place pour la partie défen-
prendre l’environnement dans lequel on évo- sive des entreprises ?
lue, de détecter les nouvelles opportunités du
marché et de surveiller la concurrence. On est J’ai envie de répondre que ce sont des aspects
obligé de faire un minimum de veille. Tout ac- que nous travaillons au quotidien avec les en-
teur économique doit comprendre et anticiper treprises que nous hébergeons. Nous tra-
les mutations qui affectent un marché, d’au- vaillons aussi bien sur la protection
tant plus dans un environnement de concur- d’information que sur la recherche d’opportu-
rence exacerbée. C’est notre rôle de nités technologiques ou d’idées (les brevets
pédagogue que d’éclairer ces entreprises sur déposés à l’aide de Wikipedia), mais aussi sur
ces enjeux pour qu’elles placent l’intelligence l’organisation de la veille concurrentielle, la
économique au cœur de leur stratégie de dé- sensibilisation à l’e-réputation, à la cybercri-
veloppement, de compétitivité et qu’elles pro- minalité, etc. … d’où la nécessité pour ces en-
tègent leur savoir-faire. Proposer des treprises d’adopter de bonnes pratiques, de
formations en intelligence économique, à la bons réflexes en matière de sécurité, de pro-
fois sur le plan défensif et offensif, est donc un
impératif et une évidence pour nos équipes.

A travers l’intelligence économique, vous


aidez donc les nouveaux chefs d’entre-
prise et entrepreneurs à anticiper les
risques. Comment se passe cette sensibi-
lisation ?

Oui, et nous le faisons de trois manières.


- Notre cellule « Intelligence Econo-
mique » en interne délivre des conseils et un
accompagnement quotidien.
- Notre club « Intelligence Economique»
nous permet d’organiser trois à quatre fois par

44 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

tection du patrimoine informationnel et de Marseille Innovation a donc un pied sur le


bien comprendre les diverses menaces pour territoire marseillais et un pied sur la
s’en prémunir et ainsi renforcer sa protection partie sud de la Méditerranée...
générale face aux attaques internes et ex-
ternes. On co-incube et on co-accélère ces projets avec
les émanations des différents ministères au
Vous avez un programme d’aide à la créa- sud avec l’ANVREDET à Alger, BERYTECH
tion d’entreprise innovante en Méditerra- qui est le Marseille Innovation de Beyrouth,
née. J’aimerais en savoir plus. l’API à Tunis, le Centre National Recherche
Scientifique et Technique à Casablanca.
Ce programme, c’est l’incubateur internatio- Toutes ces personnes connaissent mieux que
nal dont je parlais au début de notre échange. nous les ingénieries économiques et finan-
Il est piloté par l’Institut de Recherche et Dé- cières qui se passent dans leurs pays.
veloppement (IRD) et financé par le Ministère
des Affaires Etrangères. Il consiste à accompa- En conclusion ?
gner de jeunes docteurs venus du Maroc, de
l’Algérie, de la Tunisie et du Liban. Ils font Aujourd’hui, sur le territoire, « Marseille In-
leur doctorat en France et ont une idée de pro- novation » est un écosystème de start-up in-
jet de création d’entreprise. Nous les aidons à novantes adossé à de grands groupes.
structurer ce projet pour qu’une fois de retour Nous sommes centrés sur les entreprises du
dans leur pays ils puissent créer leur entre- territoire marseillais tout en agissant sur une
prise. Nous sommes vraiment sur des profils dimension méditerranéenne.
de personnes très diplômées. C’est toute l’histoire de Marseille...

Donc si une entreprise marseillaise veut www.marseille-innov.org


faire du business avec les pays de la Mé-
diterranée, vous pouvez l’accompagner
dans cette démarche ?
Photos : Wikipedia

Nous sommes actifs au quotidien pour aider


les créateurs d’entreprise face à la pléthore
d’instruments et de structures qui sont censés
les accompagner. Nous savons ouvrir les
portes nécessaires pour leur développement
ou pour résoudre des problèmes : missions lo-
cales, CCI, organismes de formation, branches
professionnelles, collectivités locales, Etat…
En dehors de l’incubateur, nous n’accompa-
gnons pas les PME et TPE pour s’installer sur
le bassin méditerranéen. Nous laissons cela à
des structures qui le font déjà très bien sur
Marseille.

Et pour éviter que ces jeunes créateurs se


fassent voler leurs innovations ?

Absolument et nous permettons à de toutes


petites structures de comprendre la dimension
offensive et défensive concernant un brevet.

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 45


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

La sécurité et la sûreté dans un


métier à risques.

D
epuis 22 ans, la société marseillaise Profil propose des réponses spécifiques et performantes
aux problématiques des secteurs du bâtiment, de l'industrie, du génie civil et des travaux de
protection contre la foudre. L’entreprise dispose d'une forte expertise et de moyens parfai-
tement adaptés à la sensibilité des travaux en hauteur. Interview de François Ranise, PDG de la So-
ciété Profil et Président de l’Association « Cap au Nord Entreprendre ».

Pouvez-vous me décrire l’activité de votre de métiers transposés à ce milieu-là.


entreprise ? Dans l’exercice de cette activité, nous avons eu
la norme CEFRI qui contrôle l’état de santé de
Il y a deux entités bien distinctes dans la So- nos intervenants.
ciété Profil : Profil et Profil Energie. Nous
sommes 55 personnes dont une équipe de 5 En matière de sécurité et de sûreté dans
personnes pour Profil Energie. votre entreprise, qu’avez-vous mis en
Profil est spécialisée dans la rénovation de bâ- place ?
timent et la maintenance industrielle avec un
moyen d’accès particulier en hauteur qui est la Nous avons mis en place un système de mana-
corde. gement dont l’objectif est l’amélioration per-
Nous avons plusieurs corps de métiers : la ma- manente et continue des performances
çonnerie ; le confortement de falaises ; l’inspec- sécurité, santé et environnement avec la certi-
tion et le contrôle sur les sites industriels ; les fication MASE (Manuel d’Amélioration de la
travaux de serrurerie, de bardage, de soudure; Sécurité en Entreprise). C’est un référentiel
les travaux de sécurisation et enfin les travaux principalement destiné à des PME/PMI sous-
de revêtement et de peinture. traitantes réalisant leurs prestations sur des
La filiale Profil Energie a été créée depuis un sites industriels à fort niveau de risques. Sa
an. Elle est en plein développement. Elle est philosophie repose sur la prévention des acci-
axée uniquement sur le nucléaire et l’hydrau- dents par la mise en place d'une organisation
lique. Nous travaillons essentiellement sur les ayant pour objectif d'éviter, de prévenir l'ap-
centrales nucléaires. Ce sont les mêmes corps parition des accidents et des situations dange-

46 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

- les compétences pour exécuter des travaux


relevant de la construction ;
- reçu une formation adéquate et spécifique à
l’utilisation des techniques d’accès et de posi-
tionnement au moyen de cordes et aux procé-
dures de sauvetage ;
- son propre, un parc d’équipement de protec-
tion individuelle (EPI) et son propre matériel
de progression et d’intervention sur corde ré-
gulièrement contrôlé et entretenu.

Vous avez également obtenu le Label


Lucie en 2013. A quoi cela sert-il ?
reuses. Le référentiel MASE est le fruit du rap-
prochement des initiatives engagées par les Ce label est basé sur la Responsabilité Socié-
secteurs de la Pétrochimie (MASE) et de la tale des Entreprises (RSE). Il est composé de
Chimie (UIC) qui se sont entendus pour défi- sept engagements :
nir et reconnaître un référentiel harmonisé. - Respect du client et des consomma-
C'est aujourd'hui un référentiel reconnu par teurs.
ces deux secteurs industriels et par des entre- - Préservation de l’environnement.
prises opérant dans d'autres secteurs, mais - Loyauté et responsabilité vis-à-vis du
soumises, elles aussi, à des risques majeurs et client.
toutes aussi soucieuses de s'assurer de la fia- - Valorisation du capital humain.
bilité de leurs sous-traitants en matière de - Respect des droits fondamentaux.
santé, de sécurité et de leurs aptitudes à rem- - Engagements sociétaux.
plir les critères établis lorsqu'ils opèrent sur - Transparence dans les décisions.
leurs sites.
La mise en place d’un tel système nous a per-
mis de promouvoir une démarche commune C’est un métier à risques. Comment se
d’amélioration de la sécurité industrielle (par- passe la formation des équipes en matière
tenaires sociaux, entreprises intervenantes, en- de sécurité ?
treprises utilisatrices, ...), de faciliter
l’intégration des systèmes de management Aujourd’hui, en matière de formation des cor-
pour favoriser les performances (sécurité, distes, la réglementation prévoit seulement
compétitivité, …), de favoriser les échanges, une formation obligatoire aux secours. Elle ne
les retours d’expériences, les remontées d’in- précise rien de plus. Néanmoins, la certifica-
formations ainsi que la formation du person- tion Qualibat 145 et notre syndicat exigent que
nel sur leur propre sécurité. les salariés soient titulaires d’un Certificat de
Qualification Professionnelle (CQP) de niveau
Et en ce qui concerne votre certification 1 ou 2. Il est exigé que 50 % des salariés doi-
Qualibat 145 ? vent posséder le niveau 2. C’est un certificat
de qualification professionnelle qui porte à la
Cette certification concerne les travaux d’accès fois sur l’accès, l’amarrage, la remontée et la
difficile sur corde. L’obtention de cette certifi- descente de corde, l’élévation de charges sur
cation métier prouve que l’entreprise dispose, corde. Surtout, et c’est le plus important, sa-
en propre, d’un personnel qualifié d’encadre- voir secourir son binôme. C’est une obligation
ment et d’exécution ayant : de travailler en binômes. C’est une spécifica-
tion de la législation. Nous avons également

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 47


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

«
nos systèmes documentaire liés à
Pour chaque chantier, nous devons l’ensemble de nos certifications.
revoir la méthodologie complète
Vous êtes aussi Président de
en fonction de la spécificité du tra- l’Association Cap au Nord Entre-
vail à effectuer. Chaque interve- prendre. C’est un réseau qui re-
nant possède au moins une double présente et regroupe tous les
compétence...» acteurs économiques du terri-
pour obligation de rédiger pour chaque chan- toire nord de Marseille. Pouvez-
tier des modes opératoires. Ce métier est com- vous nous en dire quelques mots ?
plexe, et je dis bien complexe et non pas
compliqué. Je dis cela car, pour chaque chan- L’Association Cap au Nord Entreprendre a été
tier, il faut envisager une nouvelle fois la mé- créée en 2008. Elle fusionne deux anciennes
thodologie complète liée à la problématique associations du territoire nord de Marseille :
spécifique du travail à effectuer. De plus, à Arnavant (créé en 1968) et Entrepreneurs en
Profil, nous avons des foreurs, des peintres, zone franche (créé en 1996). C’est plus de 200
des soudeurs, des couvreurs…Toutes ces per- adhérents composés d’entreprises de toute
sonnes ont des doubles compétences. Ce que taille et de tout secteur d’activité. On a des en-
je veux dire par là c’est qu’un CQP de cordiste treprises nationales comme la SNEF qui a son
est toujours associé à une seconde compétence siège à 150 mètres de nos locaux, ou bien en-
métier. Au métier de base, nous rajoutons la core Eiffage.
formation de cordiste et non l’inverse. Pour- Nous avons aussi beaucoup d’entreprises de
tant, au départ, la culture d’entreprise n’était taille intermédiaire que je considère comme le
que cordiste. Les formations représentent une poumon de notre économie. Nous comptons
grosse partie de notre budget et s’élève à 5.5 parmi nous notamment ETIC, Multi restaura-
% de la masse salariale. L’objectif est d’avoir tion, Grand littoral ou encore Verspiren, un
tous nos salariés au CQP 2 même si nous assureur local.
sommes déjà largement au-dessus de la Enfin, nous comptons aussi des PME et TPE
norme nationale. allant de 2 à 50 salariés. Voici pour la typolo-
gie des entreprises de l’Association Cap au
Vos équipes se déplacent-elles à l’interna- Nord Entreprendre.
tional ? Concernant les secteurs, nous avons des entre-
prises du bâtiment, du numérique, en passant
Non mais nous avons beaucoup de déplace- par les activités portuaires et la logistique.
ment au niveau national.

Avez-vous besoin dans votre activité de


sensibiliser vos équipes sur les risques de
vols d’informations lors de ces déplace-
ments ?

Oui bien sûr ! C’est notre responsable sécurité,


santé, sûreté et environnement qui s’en
charge. Il en profite pour organiser des réu-
nions de concertation afin de faire remonter
les problèmes rencontrés sur le terrain. Il gère
les audits, sensibilise nos salariés, effectue la
veille, suit les indicateurs et maintient tous

48 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


STRATÉGIE ET MANAGEMENT
notre patrimoine industriel et historique.
Quelles sont vos principales actions ? Commission Sécurité : nous organisons une
à deux fois par an des rencontres avec des ex-
Nous avons plusieurs axes d’actions. Le pre- perts de la sécurité pour sensibiliser et essayer
mier c’est la convivialité. Nous organisons des d’améliorer les points d’incivilité et d’insécu-
rencontres un jeudi par mois entre chefs d’en- rité sur Marseille.
treprise. La dernière en date a été la visite du Commission RSE : nous abordons dans cette
Grand Port Maritime de Marseille qui nous a commission les problématiques de responsa-
présenté ses nouveaux projets. La prochaine bilité sociale et sociétale de l’entreprise, par
visite sera « Avenir Telecom », grande entre- exemple, l’éco-conduite, le bilan carbone, la
prise marseillaise qui travaille beaucoup à l’in- gestion des déchets…
ternational. Ce rendez-vous sera donc centré
sur la thématique internationale. Le dernier axe est celui du rayonnement et de
Nous organisons aussi deux fois par an l’influence de Cap au Nord Entreprendre.
« l’Agora du business », c’est une rencontre en Nous rencontrons des institutions et des poli-
speed dating entre entreprises. tiques pour exprimer les problématiques ren-
contrées, mais aussi pour faire des
Le second est un axe de réflexion et d’action propositions et des améliorations sur le quo-
sur divers sujets élaborés au cours de commis- tidien des entreprises.
sions. Ces commissions sont composées
d’adhérents, de 8 à 15 personnes, qui sont in- Signalons, pour terminer, qu’une fois par an
téressées par les thématiques proposées. Voici nous organisons les « Rencontres de Cap au
quelques exemples de commissions : Nord Entreprendre ». Cette année, elle aura
Commission Emploi : accueil de jeunes lieu le 21 mai prochain au Château Ricard. La
pousses et de jeunes entreprises de notre ré- thématique retenue pour cette édition sera :
gion, sous la forme de tutorat, car si les entre- « Marche ou crève : comment accompagner la mu-
preneurs ont besoin de financement pour se tation de nos entreprises ? ». Elle est ouverte au
développer, ils ont aussi besoin d'être conseil- grand public et l’inscription se fait sur notre
lés, d’être soutenus pour qu'ils développent site internet.
leur projet dans des conditions optimales. La
pédagogie et l’accompagnement sont les
points forts de cette commission. contact@profil-acro.com
Commission Transport : nous traitons la pro- www.capaunord.fr
blématique du transport des salariés. Nous contact@capaunord.fr
travaillons sur l’élaboration d’un plan de dé-
placement inter-entreprise. Prochainement,
grâce à cette commission, nous allons mettre
en place une navette pour les salariés des en-
treprises du territoire qui les conduiront des
stations de métro aux entreprises.
Commission Culture: c’est la valorisation du
territoire nord de Marseille avec toute la pro-
blématique d’image qui s’y greffe. Nous tra-
vaillons à améliorer l’attractivité du territoire
avec nos acteurs culturels notamment la Scène
Nationale du Merlan, la Cité des Arts de la
Rue, le cinéma l’Ahlambra. Nous organisons
une fois par an la « Balade du patrimoine ».
C’est une balade au niveau des Aygalades qui
a pour but de valoriser et de faire découvrir

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 49


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

Une collaboration exemplaire


santé-sûreté.

L
es directions doivent da-
vantage travailler en
transversal et ce concept
de protection alliant sûreté géné-
rale et sûreté médicale en est une
bonne illustration. Entretien avec
Hélène Kaspi, Directrice du pôle
médical, Groupe Danone.

travailler en amont, comme le fait Monsieur


En tant que directrice du Pôle médical
Cayzac pour la sûreté. Pour être le plus opéra-
dans un groupe comme Danone, quelles
tionnel possible en cas de problème, il faut va-
sont vos principales missions ?
lider les structures médicales à l’avance ; c’est
pour cela que nous effectuons des missions
Mon rôle est double : je suis le médecin du tra-
préparatoires à l’étranger.
vail du siège social et j’ai un rôle d’informa-
Après plusieurs voyages exploratoires il nous
tion et de conseil sur les risques de santé dans
est apparu opportun de raisonner par plateaux
les pays où sont envoyés nos collaborateurs.
régionaux. Le dernier en date était composé du
Je consacre beaucoup de temps aux salariés
Togo, de la Côte d’Ivoire et du Ghana.
qui partent en déplacement professionnel à
Durant les missions de repérage, je rencontre
travers le monde. La fonction médecin du tra-
le médecin de l’ambassade ou du consulat et
vail est essentielle car elle me permet de garder
je me rends dans les hôpitaux et/ou cliniques
un lien avec tous les salariés en déplacement à
privées dont certains établissements sont réfé-
l’international.
rencés par notre partenaire International SOS.
Concernant ma fonction de directrice du pôle
Comment en êtes-vous arrivée à travailler
médical, elle est plutôt liée à l’internationalisa-
avec le directeur de la sûreté ?
tion et à la protection des collaborateurs qu’ils
soient en mission ou en expatriation à l’étran-
Notre collaboration a réellement commencé en
ger. Il est essentiel pour un service médical de
2011, aidée en partie par la proximité de nos

50 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

Il peut s’agir de rappels sur les risques santé


dont il faut se prémunir dans le pays où ils
vont se rendre. Mr Cayzac opère de la même
façon pour les risques de sûreté.
Nous sommes donc bien dans un concept de
protection alliant sûreté générale et sûreté mé-
dicale.

C’est donc dans cet esprit que vous avez


réunis santé et sureté ?

Oui en effet. Travailler le plus en amont pos-


bureaux et d’une assistante commune. sible est essentiel ; notre mission n’est pas
Mais l’élément générateur de ce travail d’empêcher les salariés de se déplacer à
d’équipe, fut l’organisation d’une manifesta- l’étranger, mais de s’assurer qu’ils y partent
tion sportive de football pour des enfants qui en toute sécurité, à la fois sur le plan médical,
se tenait à Johannesburg en Afrique du Sud. mais aussi pour Mr Cayzac sur le plan de la
Monsieur Cayzac était chargé de la sûreté de sûreté et il est impératif de s’en assurer par
l’évènement ; pour ma part, le travail consis- nous-même lors des voyages de reconnais-
tait à repérer les structures médicales sur les- sance.
quelles s’appuyer en cas de problème médical De même pour notre population d’expatriés,
survenant à la délégation ou aux enfants. Une 960 à ce jour (plus leur famille), notre rôle
décision de repérage commun des sites nous consiste à s’assurer qu’ils soient installés dans
a paru alors évidente. un environnement sûr.
Ensuite, la crise japonaise, crise sanitaire asso- Concernant la partie médicale, je suis infor-
ciée à une crise de sûreté, n’a fait que renforcer mée de tout rapatriement ou hospitalisation
l’intérêt de travailler ensemble. pour les cas graves et mon rôle est de faire le
lien avec notre partenaire et notre assureur.
Monsieur Cayzac m’a indiqué que vous
aviez un suivi des voyageurs. Pouvez-vous Vous vous occupez aussi des familles de
nous en dire un peu plus ? vos expatriés ?

Cet outil de suivi des voyageurs, géré par Non je n’ai pas la possibilité de voir les fa-
notre collaboratrice « chargée de veille et milles avant le départ. Cependant, lors de l’en-
d’analyse » est relié aux agences de voyage tretien avec le collaborateur candidat à
avec lesquelles nous travaillons pour la réser- l’expatriation, j’évoque avec lui les problèmes
vation des différents déplacements. Il nous familiaux éventuels afin d’anticiper à nouveau
donne la possibilité de bien maîtriser les dé- sur les structures médicales sur lesquelles
placements de nos salariés. L’intérêt est dou- nous pourrons nous appuyer en cas de besoin
ble : en cas de nécessité nous pouvons joindre dans le pays d’expatriation. Mon rôle est de
rapidement les salariés en déplacement ; des conseiller, d’effectuer des recommandations
alertes via email ou sms peuvent leur être en- et de faire le lien avec notre assureur.
voyées. L’autre intérêt c’est que cette ap-
proche nous permet de générer des mémos Comment gérer vous toute la probléma-
voyages, c’est-à-dire des recommandations en tique du secret médical dans cette réuni-
fonction des destinations, qui sont adressées fication des deux pôles ?
à nos salariés au moment de la réservation des
billets. Nous n’avons pas ce problème avec Monsieur

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 51


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

blèmes de sûreté avec des pro-

« Dans de nombreux pays, comme


par exemple l’Afrique, cohabitent
des problèmes de sûreté avec des
problèmes sanitaires...»
blèmes sanitaires.

A votre avis pour quelles raisons


ce mode de fonctionnement n’est
pas encore appliqué dans
Cayzac. Nous respectons chacun nos compé- de nombreuses entreprises
tences et le travail de l’autre. Cela ne me vien- présentes à l’international ?
drait pas à l’idée de dévoiler un diagnostic
médical d’une personne, comme Monsieur Je pense que nous sommes des directions un
Cayzac n’aurait jamais à l’idée de me le de- peu atypiques dans l’entreprise. On ne rap-
mander. Cela repose aussi sur la confiance porte pas financièrement. C’est l’humain qui
mutuelle. est au centre de nos préoccupations.
Par ailleurs les médecins ayant la culture du
Quand vous voyez que d’autres groupes secret médical sont très habitués à travailler
ont pris Danone en exemple pour ce sujet, de façon isolée. Il ne s’agit en aucun cas de
qu’est-ce que cela vous inspire ? rompre ce secret, mais simplement de travail-
ler en confiance en respectant chacun.
Cela me conforte dans l’idée que nous Pour ma part, je perçois la sûreté globale
sommes dans le vrai et que notre organisation comme un « guichet unique ».
novatrice intéresse plus qu’elle n’intrigue. Avant le départ d’un collaborateur en expa-
Les directions doivent davantage travailler en triation, je m’assure de son aptitude au départ
transversal. Monsieur Cayzac et moi-même et lui donne les renseignements médicaux né-
devons nous occuper des collaborateurs et cessaires. De la même manière, le salarié reçoit
nous ne considérons pas qu’il y a d’un côté le de Monsieur Cayzac les informations de sû-
médical et de l’autre la sécurité… en fait, il reté.
s’agit de sûreté globale. Grâce à cette démarche en parallèle le salarié
D’ailleurs, dans de nombreux pays comme aura une vue d’ensemble sur les risques po-
par exemple l’Afrique, cohabitent des pro- tentiels ainsi que les remèdes ; ce qu’il semble
bien apprécier.

Quel est l’argument principal que vous


pourriez donner à une entreprise pour
l’encourager à adopter le même système
que le vôtre ?

Notre problématique n’est pas d’empêcher


nos collaborateurs de partir à l’étranger mais
de les laisser partir en toute sécurité dans le
respect des pratiques de sûreté et des pra-
tiques médicales. C’est tout l’enjeu et la ri-
chesse de cette vision globale et partagée du
médical et de la sûreté.

www.danone.com

52 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

Au cœur de la sécurité numérique...

L
eader mondial de la sécurité numérique, l’entreprise Gemalto fournit aux entreprises et
aux gouvernements du monde entier des services numériques pratiques et sécurisés qui
concernent des milliards de personnes. Dans une société toujours plus connectée, Gemalto
facilite et fiabilise les interactions numériques personnelles. C’est plus de 2.5 milliards d’euros de
chiffre d’affaire, 14 000 collaborateurs, plus de 1,5 millions d’utilisateurs et plus de 110 innovations
déposées en 2014. Interview de Patrick Lacruche, Directeur sécurité et sûreté au sein du Groupe
Gemalto.
les cartes UICC ou SIM, les cartes bancaires,
Pouvez-vous nous préciser le cœur
les tokens, les passeports électroniques et les
d’activité du Groupe Gemalto ?
cartes d’identité électroniques. Nous person-
Nous maîtrisons la globalité du processus de nalisons ces objets et déployons des plate-
création de solutions de sécurité numérique formes et services pour gérer les données
pour nos clients et leurs utilisateurs finaux, confidentielles qu’ils contiennent sur l’ensem-
que ce soit pour communiquer, utiliser des ble de leur cycle de vie.
services bancaires, travailler en ligne, bénéfi-
Le Groupe Gemalto est organisé autour de
cier de services de e-gouvernement, accéder
différents pôles: le pôle produits (télécommu-
aux services du Cloud ou bâtir l’Internet des
nications, banques, etc.), le pôle produits gou-
objets, partout dans le monde et à tout ins-
vernementaux (passeports, cartes d’identité
tant…
électroniques) et le pôle solutions (transac-
Nous développons des logiciels et des sys- tions sur mobile par exemple) qui est en pleine
tèmes d’exploitation sécurisés que nous em- croissance.
barquons dans de nombreux objets, comme

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 53


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

C’est aussi une société très vivante. Elle se ren- Quel est votre rôle en tant que Directeur
force sur certains sujets en permanence et a de la sûreté ?
fait de multiples acquisitions à l’international.
Ces acquisitions s’orientent plus dans une Mon rôle principal est de protéger l’entreprise
stratégie de besoin business que dans une stra- vis-à-vis des risques en matière de sûreté et de
tégie de localisation géographique. En effet, sécurité. Cela se décompose par l’analyse des
certaines compétences étaient intéressantes risques auxquels l’entreprise peut être
pour nous et venaient renforcer l’activité gé- confrontée, supporter l’organisation pour les
nérale du Groupe. minimiser, vérifier l’efficacité des mesures
mises en place, former et sensibiliser à la sé-
Gemalto, c’est de la vente exclusivement en B curité et enfin gérer les crises quand il y en a
to B, aux organisations et entreprises qui ven- pour que l’organisation puisse y survivre. Au-
dent ensuite aux utilisateurs finaux. Nous jourd’hui, on sait très bien qu’on ne pourra
sommes leader de la sécurité digitale car nous pas éviter tous les problèmes. Donc on va de-
mettons à disposition de nos clients un envi- voir gérer un certain nombre de crises. Dans
ronnement très sécurisé lorsqu’ils utilisent nos ce cas mon travail est de faire en sorte que le
différents services digitaux. Les produits les Groupe Gemalto soit résiliant à ces crises.
plus connus de Gemalto sont les cartes Sim,
les cartes d’identité, les passeports et permis
de conduire, les outils de protection des trans-
actions bancaires. Lors des allégations de piratage de clés
d’encryptage de cartes SIM, vous avez
Voici un exemple concret à travers l’usage de mis en place une gestion de crise remar-
la communication mobile. Au Mexique, nous quable et efficace en interne. A quoi cela
avons mis en place pour une banque et un est-il dû selon vous ?
opérateur de télécommunication une plate-
forme qui permet de faire des virements finan-
ciers sécurisés sur un téléphone portable. Cela Oui en effet ! Je pense que c’est parce qu’en
permet de recevoir de l’argent ou de payer amont de la crise, des analyses de risques
avec son mobile. Certaines entreprises mexi- avaient été faites régulièrement et qu’un cer-
caines rémunèrent maintenant leurs employés tain nombre d’actions préventives avaient
de cette façon. Ce sont des services dématéria- déjà été mises en place. Le Groupe Gemalto a
lisés qui permettent de faire du paiement mo- su gérer cette crise correctement en interne.
bile. Nous mettons aussi en place des Nous n’avons pas perdu de clients, nous
systèmes d’accès ou plateformes sécurisées n’avons pas perdu de contrats et surtout nous
dans le but d’obtenir des documents adminis- avons su garder la confiance de nos clients et
tratifs. Cela permet d’identifier la personne même de la crédibilité face à cette gestion.
qui souhaite accéder à la plateforme d’une ad-
ministration donnée.

Pour résumé, Gemalto est le leader mondial Contre quel type de risque, le Groupe
de la sécurité numérique. Nous permettons Gemalto doit-il le plus se prémunir actuel-
aux entreprises et aux gouvernements du lement ?
monde entier d’offrir des services numériques
pratiques et de confiance à des milliards de
personnes, par la mise à disposition de sys- Le Groupe Gemalto est exposé aux mêmes
tèmes qui permettent de protéger l’identité du risques que les autres entreprises : fraudes,
porteur final et de l’identifier dans le système hacking, atteintes à la vie privée, risques liés
pour qu’il puisse faire une transaction sécuri- aux pays dans lesquels nous sommes implan-
sée. tés. Par contre, les conséquences de ces risques

54 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

nous devons les protéger.

Nous recevons quotidiennement de la part


des banques, des gouvernements, des opé-
rateurs de télécommunications, des données
nécessaires aux diverses transactions. C’est
toute la gestion des flux et des données qui
nous est confié. Notre mission, vis-à-vis de
nos clients, réside dans la sécurisation,
« bout à bout » de cette chaine de gestion des
données.

Ensuite, plus traditionnellement, nous de-


vons aussi protéger et gérer les données de
l’entreprise, notre savoir-faire… Pour cela,
nous utilisons tous les moyens modernes et
à la pointe de la technologie existants.

Et puis, la particularité de nos métiers c’est


que nous manipulons des données qui nous
sont confiées et qui peuvent vous concerner
vous. Par exemple, à un moment donné,
votre carte bancaire va expirer. C’est là, que
votre banque va nous l’envoyer ainsi que les
peuvent être différentes car nous sommes sur données qui vous concernent pour qu’on
des métiers de sécurité digitale. Les princi- puisse la personnaliser puis la renvoyer pour
pales valeurs de travail chez Gemalto sont la que vous puissiez la récupérer. Il est donc im-
confiance et la protection de nos clients. A ce pératif de sécuriser et de protéger la confiden-
titre-là nous pouvons avoir des risques finan- tialité des données pour le client mais aussi
ciers mais, aussi et surtout, nous pouvons pour les utilisateurs finaux comme vous et
subir de gros préjudices en termes d’image et moi.
de réputation auprès de nos clients.

Toutes vos activités reposent sur la


Gemalto, c’est la protection d’un patri- confiance de vos clients. En matière
moine immatériel que représentent les de politique de sûreté, accordez-vous
données et les identités numériques. la même importance vis-à-vis de vos
Comment cela se traduit-il en matière de salariés ?
sûreté ?

C’est aussi un point très important. Nous fai-


Il faut protéger les données de nos clients et sons un grand travail de sensibilisation, de
leur confidentialité. Je tiens à souligner qu’il y formation, de présentation dans les différentes
a une évolution depuis une dizaine d’années équipes de travail, de conseil sur la visibilité
environ vis-à-vis de la protection des données des collaborateurs sur les médias sociaux. Il va
privées. Il y a quelques années on ne considé- de soi que chacun est libre de faire ce qui lui
rait pas forcément comme très confidentielles plait dans le cadre de sa vie privée. Néan-
des informations telles que le nom ou moins, il faut faire attention de ne pas être trop
l’adresse de l’utilisateur final. Aujourd’hui, visible ou trop explicite concernant son travail
c’est différent. Toutes les données privées car, à ce moment-là, l’entreprise est concernée.
d’une personne deviennent confidentielles et
Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 55
STRATÉGIE ET MANAGEMENT

Nous avons eu des cas en interne où, par re- sécurité et de sûreté.
groupement de ce que nous pouvions trouver
sur ces médias sociaux concernant tel ou tel
collaborateur, nous avions eu accès à tout un
J’ai lu que la Groupe Gemalto est au cœur
tas d’informations plutôt précises sur son ac-
de la convergence numérique. Pouvez-
tivité professionnelle. Cependant nous avons
vous nous dire pourquoi ?
une certaine ségrégation des tâches qui per-
met de réduire les risques. On fait en sorte
qu’un collaborateur ne puisse pas avoir plu-
sieurs droits d’accès importants. Aujourd’hui, de plus en plus de services sont
disponibles sur le web. De ce fait, de nouvelles
façons de consommer, de communiquer sont
apparues et cela se passe désormais de plus en
Cartes bancaires, passeports électro-
plus de manière digitale. On se rend compte
niques, cartes d’identité électroniques...
que la protection de la vie privée est un sujet
Faites-vous face au problème de la contre-
sensible qui interpelle l’ensemble des poli-
façon ? Comment empêcher ou limiter
tiques, des médias et des citoyens. Quand on
cela ?
regarde aussi les évolutions avec l’apparition
du Cloud ou du Big Data... on se rend bien
compte que de nouveaux risques émergent.
Cela concerne plutôt nos clients. C’est eux qui En ce sens, le Groupe Gemalto, très modeste-
vont devoir y faire face. Par contre, nos clients ment, a pour rôle de protéger ces identités nu-
nous demandent d’avoir des produits qui sont mériques au travers des multiples services
les plus difficiles possible à contrefaire . C’est que nous proposons.
une course permanente à l’innovation pour
avoir un temps d’avance sur
les personnes malveillantes
par le biais de dépôts de bre-
vets notamment. Prenons
aussi le cas de la carte ban-
caire, il y a une évolution
permanente qui n’est pas
forcément visible aux utilisa-
teurs finaux.

Le niveau de sécurité des


cartes bancaires augmente
de manière très régulière
tant sur le support physique
que sur la gestion des don-
nées échangées dans la puce
pour effectuer les transac-
tions. La sécurité, c’est
quelque chose qui s’érode
dans le temps. Il faut en per-
manence suivre les évolu-
tions techniques et
technologiques pour adapter
et augmenter le niveau de

56 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

Gestion des risques : un système de


management de la sûreté.

P
résent dans plus de 130 pays, Total est l’une des premières compagnies pétrolières mon-
diales, ainsi qu’un acteur majeur du gaz, du raffinage, de la pétrochimie et de la distribu-
tion de carburants et de lubrifiants. Forts d’une expertise mondialement reconnue, les
100 000 collaborateurs concourent à découvrir, produire, transformer et distribuer les hydrocarbures
pour fournir des produits et des services à leurs clients partout dans le monde. Interview de Pierre
Novaro, ancien chef du département Gouvernance de la Sûreté du Groupe Total, Président du
Pôle Expérience Sécurité, Président de la société Salix.
haute intensité, qu'il s'agisse de criminalité, de
Quel a été votre parcours professionnel au
crises socio-politiques, voire de situations
sein du Groupe Total ?
d'insurrection ou même de guerre. Mais, dans
Je suis arrivé au sein du Groupe Total il y a tous les cas, notre posture était réactive. Au-
une dizaine d’années en commençant par une jourd'hui, tous ces risques sont devenus inac-
fonction qui était celle de responsable de la sû- ceptables. Pourquoi ? Parce que l'opinion
reté pour la zone Europe / Asie Centrale. publique a évolué. Face à un événement qui
J'étais chargé des relations avec les différents provoque des victimes, quelle qu'en soit la
directeurs de filiale dans ma zone géogra- cause, les questions sont toujours les mêmes :
phique. Il s’agissait de les aider à organiser la «Comment cela a-t-il pu se produire ?»,
protection de leurs sociétés mais surtout de «Qu'est-ce qui a été fait pour l'empêcher ?», et
leur apporter une assistance en cas de besoin. bien entendu, «Qui est responsable ?». On
n'accepte plus qu'un salarié puisse subir un
Au niveau mondial, les acteurs de la sûreté dommage personnel à cause de son activité
étaient parfaitement crédibles, légitimes et ef- professionnelle. Une déficience dans l'organi-
ficaces sur des situations de plus ou moins sation de la sûreté et c'est toute la gouver-

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 57


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

nance de l'entreprise qui se trouve remise en reté, on ne dispose pas de levier sur la menace.
cause. C'est l'existence du contrat de travail Elle est subie. Par contre, face à l'action agres-
qui responsabilise l'entreprise au plan média- sive, il faut avoir préalablement mis en place
tique et au plan juridique. Chacun a en tête le toute une série de dispositifs qui sont destinés
saut jurisprudentiel qui s’est produit après le à en minimiser l'impact. Parmi ces dispositifs,
procès de l'attentat de Karachi. Un attentat ter- on peut retenir le suivi des personnels en en-
roriste était auparavant considéré comme une vironnement à risque, la capacité à diffuser
situation de force majeure. Or, lorsque, en des informations, le régime d'autorisation des
2003, les ayants-droits des victimes attaquent missions. Il est fondamental d'élaborer et de
la DCN devant le tribunal des affaires de sé- mettre à la disposition des collaborateurs de
curité sociale de la Manche, ce dernier se dé- l'entreprise des règles de comportement pour
clare compétent. C’est là que se situe le leur éviter de se mettre en situation à risque.
tournant majeur. On considère désormais un
Il était important aussi de définir les rôles et
attentat comme un accident du travail. Le
responsabilités. Il ne faut pas, face à la crise,
cadre juridique n'est plus le même. Dès lors,
s'interroger sur ce qu'il faut faire, qui doit le
une entreprise doit anticiper l'exposition au
faire et comment. L'idée directrice a donc été
risque de ses salariés, comme de son patri-
de faire coïncider les responsabilités en ma-
moine et de ses activités et organiser sa sûreté
tière de sûreté avec les délégations de pouvoir
plutôt que de la gérer de façon réactive.
normalement organisées dans l'entreprise, à
C'est en ce sens que mon expérience de terrain tous les niveaux de la hiérarchie. Ainsi la
m'a incité à proposer au groupe Total la mise gouvernance de la sûreté est totalement inté-
en place d’un véritable système de manage- grée à la gouvernance de l’entreprise. Le véri-
ment de la sûreté. table responsable de la sûreté, à chaque
niveau, c’est le responsable business.

Enfin, nous avons documenté tout ce disposi-


Le Groupe Total a été parmi les pionniers tif avec un manuel de management, des pro-
dans l’hexagone à avoir mis en place ce cessus, des directives, des guides…
Système de management de la sûreté.
Quels ont été les principes directeurs de
son élaboration ?
En parlant de documentation, j’ai vu que
C'est effectivement bien cela que je reven- vous aviez également créé une Charte de
dique, un véritable système de management sûreté…
avec les composantes spécifiques que cela im-
Tout à fait et c’est une idée importante. Il
plique. On y trouve naturellement le principe
s’agissait de montrer l’engagement de notre
d’amélioration continue avec la fameuse roue
Président pour affirmer sa volonté d’organiser
de Deming, la gestion documentaire et l’ap-
et coordonner la fonction sûreté. Lorsque je lui
proche processus, le triptyque formation, sen-
ai présenté ce projet d’organisation, je lui ai
sibilisation, communication. Enfin, citons le
proposé de signer une Charte de sûreté. Il m’a
contrôle et le reporting qui contribuent au pi-
répondu qu’il signerait le document que je lui
lotage de la démarche…
présenterai. C’était donc une volonté forte de
sa part.

Quel est sa vocation ? Anticiper, réduire


les risques ?
Et ces documents en matière de sûreté
Autant en matière de sécurité industrielle il est sont-ils disponibles à tous les salariés du
possible de réduire le risque, en matière de sû- Groupe ?

58 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

Bien entendu. Ils sont disponibles sur le site


Vous venez de parler de la notion
Intranet du Groupe. Toute la documentation
d’éthique. Comment est-elle prise en
est disponible à tous. Encore une fois la sûreté,
compte dans la politique de sûreté du
ce n’est pas quelque chose qui vit à côté de
Groupe ?
l’entreprise pour n'intervenir qu’en cas de be-
soin. C’est un réel mode de fonctionnement au
quotidien. Il est indispensable que chaque col-
laborateur du Groupe soit parfaitement in- Pour cela, je n’ai pas travaillé tout seul. J’ai tra-
formé de l'organisation mise en place. La vaillé avec la direction juridique, avec le co-
diffuser et sensibiliser est un devoir. mité d'éthique, avec la direction de l'audit,
comme avec la direction de la communication
ou la direction de la sécurité industrielle. Tout
cela dans le seul but de coordonner la fonction
Avez-vous fait appel à des experts exté-
sûreté en la rendant compatible avec la vie de
rieurs pour vous aider dans la rédaction
l’entreprise. Et, tout particulièrement, dans
de ces documents et dans la mise en
notre documentation, nous rappelons en per-
place de cette politique de sûreté ?
manence le respect des règles d'éthique.
Tous les grands principes de ces documents
Là encore, la sûreté n’est pas de la répression,
ont été rédigés en interne. On a créé des
c’est de la protection. C’est une question de
groupes de travail pour que tout cela soit bien
bon sens et d’image. Le rappel permanent et
imbriqué dans la vie de l’entreprise. Mais ef-
le respect des règles d'éthique contribue à une
fectivement, comme c'était une charge de tra-
bonne sûreté.
vail importante, nous avons employé des
stagiaires qui se sont montrés très efficaces.

Il y a aussi quelques spécialistes experts, clai- Et comment s’organise le suivi de tout


rement mandatés, qui nous ont apporté leurs cela une fois mis en place ?
conseils. Mais nous avons toujours gardé à
l'esprit la nécessité de la compatibilité avec le Effectivement, un système de management de
business, la législation des pays où nous opé- la sûreté, ce n’est pas juste quelques classeurs
rons, les grands principes d’éthique, de mo- gentiment rangés sur une étagère. C’est un
rale et de droit international. mode de fonctionnement au quotidien qui de-
mande un réel suivi. Il faut d'abord diffuser
les bonnes informations. Pour cela, communi-
quer, sensibiliser, former les acteurs. Il faut en-

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 59


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

suite se rendre sur les sites et dans les entités


pour les auditer, vérifier la bonne implémen-
tation des principes, relever les éventuels
écarts, édicter des recommandations. Il faut
enfin faire le bilan de tout cela au cours de Re-
vues de sûreté pour en dégager les orienta-
tions pour l'exercice suivant. Et tout cela doit
être acté. C'est tout cela qui compose le prin-
cipe d'amélioration continue dont je parlais
tout à l’heure.

De manière générale, à quels risques


Total est le plus souvent exposé ?
Elles sont liées parce que, comme je l'ai dit, la
Je ne dirai pas que certains sont plus pressants protection du patrimoine informationnel entre
que d’autres. Le groupe Total est exposé de la dans le périmètre de la sûreté. Et il est évident
même façon que toute entreprise. Et comme il que la R&D relève pleinement de ce patri-
exerce son activité sur toute une palette de moine informationnel.
métiers, son exposition peut être multiforme.
On a regroupé chez Total les risques en trois Parallèlement, il peut aussi y avoir de l'inno-
grands thèmes : Criminalité, troubles sociaux vation en matière de sûreté lorsque de nou-
ou politiques, terrorisme. Il faut y ajouter la veaux procédés de détection d'intrusion ou de
nécessaire protection du patrimoine informa- protection sont conçus et mis en œuvre.
tionnel.

Maintenant parlons de votre fonction en


A l’occasion de catastrophes naturelles, tant que Président du Pôle Expérience
quelle est l’utilité des outils de gestion de Sécurité…
la sureté ?
Au départ, il existait un Club Expérience et Sé-
C‘est une excellente question ! En effet, au dé- curité, composé essentiellement d’anciens
part, la question s'était posée quant à la perti- Commissaires de Police reconvertis dans une
nence des dispositions de sûreté pour gérer activité privée en lien avec la sûreté et la sécu-
des catastrophes naturelles, voire des crises rité. Lorsqu’on m’en a proposé la présidence,
sanitaires. j'ai souhaité en modifier la philosophie et,
symptomatiquement, en changer le nom pour
L'expérience a pu démontrer leur efficacité à devenir le Pôle Expérience Sécurité. Comme
diverses occasions, je pense notamment à des un pôle, il devait attirer et agréger des mem-
séismes. La capacité à réagir vite et l'aide ap- bres d'horizons beaucoup plus variés. J'avais
portée sur place ont finalement prouvé la ro- en tête que, dans cet univers de sûreté et de
bustesse de notre organisation. sécurité, il fallait faire se rencontrer d'une part
des acteurs issus du monde militaire ou éta-
tique et d'autre part ceux qui avaient toujours
J’ai vu que le Groupe Total accorde une exercé en entreprise. Les échanges sont de na-
importance majeure à la Recherche & Dé- ture à estomper les divergences de vues et à
veloppement. En ce sens, innovation et sû- créer le consensus.
reté, deux ambitions liées d’après vous ?
Les enjeux peuvent rester différents entre ac-

60 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

teurs publics et acteurs privés mais la compré- Je faisais allusion à toutes les menaces qui
hension mutuelle ne peut que favoriser une existent de nos jours en matière de terrorisme,
synergie au profit de la sécurité économique, une évolution du monde qui interdit aux en-
objectif également partagé. treprises de se contenter d'une réponse au
coup par coup. J’encourage donc toutes les en-
treprises à mettre en place un système de ma-
Croyez-vous en la nécessité d’une conver- nagement de la sûreté pour se préparer à
gence entre les acteurs du secteur privé affronter les événements. Tout est désormais
et du secteur public pour une maîtrise des dans l'anticipation.
risques plus efficaces ? Trop d'entreprises encore n'ont pas pris la me-
Oui, bien entendu. Mon objectif est de faire sure des enjeux ou, pire, acceptent le risque.
rencontrer ces populations. Vous savez, il est L'impact peut être destructeur que ce soit
impératif que les entreprises comprennent ce pour la protection des collaborateurs, en
que les administrations peuvent faire et ne termes financiers, en termes d’image, ou en
peuvent pas faire. A l’inverse, il faut aussi que termes juridiques. Il est question de la survie
le secteur public comprenne mieux les préoc- même d'une entreprise.
cupations de l’entreprise. Il y a depuis C'est la raison pour laquelle, fort de mon ex-
quelques années une évolution que je salue, périence, j'ai décidé de créer la société Salix
de la part des services de l’État, qui consiste à qui propose un accompagnement à la mise en
ne pas s'enfermer dans le secret de leurs bu- place de systèmes de management de la sûreté
reaux mais bien d’organiser des échanges avec adaptés à chaque entreprise en fonction de
les entreprises. son activité, de son implantation géogra-
phique, de son exposition au risque et de sa
culture.
J’ai lu dans votre édito sur le
site de Pôle Expérience Sécurité que
l’année 2014 exige une structuration www.experience-securite.fr
forte de la sûreté dans les entreprises.
Pouvez-vous m’en dire un peu plus ? contact@experience-securite.fr
Qu’organisez-vous pour sensibiliser à ces
questions de sûreté et de sécurité ?

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 61


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

L’entrepreneur, au cœur de la société.

L e Groupement des Entre-


preneurs du Pays d’Aix
(GEPA) est un espace
d’échanges et de rencontres. Il donne
la parole aux entrepreneurs et aux
entreprises, pour leur permettre
d’exprimer leurs points de vue, de
partager les bonnes pratiques et
d’anticiper les solutions aux pro-
blèmes qui surgissent. Rencontre
avec son Président, Yves Delafon.

Pouvez-vous nous présenter le rôle et les mis- L’entrepreneur tient une place importante
sions du GEPA ? pour vous. Pourquoi ?

Le GEPA a près de 50 ans. C’est une association L’entrepreneur est le « sel de la Terre ». De l’entre-
d’entrepreneurs et non pas d’entreprises. Notre vo- preneur dépend l’entreprise, l’emploi et le déve-
cation, aujourd’hui, est de promouvoir et défendre loppement de richesses . Sans entreprise, il n’y a
l’Entrepreneur ainsi que les valeurs qu’il repré- pas d’emploi. Sans entrepreneur, il n’y a ni entre-
sente : courage, travail, persévérance, résilience, es- prise, ni création de richesses.
prit d’équipe… C’est en quelque sorte toutes les Voilà ce qui me tient particulièrement à cœur.
valeurs humaines qui caractérisent ou doivent ca- C’est, dit autrement, la prise en compte de
ractériser l’entrepreneuriat. Pour nous, qu’un en- l’Homme, de la dimension humaine dans l’entre-
trepreneur ait 2000 collaborateurs ou qu’il soit tout prise, donc dans la société.
seul, il représente les mêmes valeurs. On ne se li-
mite pas au secteur marchand ou industriel. Je Quelle est la vocation du GEPA par rapport à
prends un exemple, un sportif de haut niveau a des cela ?
qualités d’entrepreneur. Il a un projet, il travaille,
il a un esprit d’équipe. Un responsable de la cul-
ture , un artiste, ... ont un esprit entrepreneurial. Le GEPA a deux vocations principales. Première-
ment l’animation du territoire au travers de l’or-
Ce n’est donc pas seulement les entreprises ? ganisation de manifestations, de réunions
d’information et de formation. Notre agenda vous
C’est surtout des personnes qui représentent des en montre la richesse, avec au moins un événement
entreprises. Entreprendre n’est pas seulement par semaine. Et cela va d’une conférence sur l’au-
avoir un bureau, des outils, du matériel informa- tisme, en passant par la nouvelle loi de finances,
tique, des collaborateurs. C’est avant tout un état un club œnologique, la cyber-criminalité, ou en-
d’esprit ; notre société en a un besoin vital. Une so- core le financement des PME. L’économie, l’entre-
ciété, sans entrepreneur, c’est une société qui prise, sont indissociables de la culture, de l’art du
meurt. Le système soviétique qui a tenu 50 ans sport ou de la… politique.
mais qui a explosé un beau jour car, en l’absence Au GEPA, nous pensons globalement mais nous
de libre entreprise et de reconnaissance de l’entre- agissons localement. C’est aussi une des convic-
preneur, le système s’est stérilisé en est un exem- tions que nous partageons. Le monde ne changera
ple. La notion de liberté est essentielle. qu’à la condition que chacun agisse à son niveau.
Ce sentiment est parfaitement illustré par la fable
du colibri que raconte Pierre Rabhi : « un sanglier
est couché au bord d’un étang. Sur l’autre rive en face,

62 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com


STRATÉGIE ET MANAGEMENT

il y a un énorme incendie. Le sanglier lui regarde cela


d’un œil peu concerné. En même temps, il y a un colibri
qui fait des allers- retours continus entre l’incendie et
le point d’eau. Il y prend des minuscules petites gouttes
d’eau et les lâche dans les flammes de l’incendie. Au
bout d’un certain temps, le sanglier lui dit d’arrêter car
jamais il ne réussira à éteindre l’incendie avec si peu
d’eau. Et le colibri lui répond : Oui je sais, mais je fais
ma part ». Nous aussi au GEPA, nous faisons notre
part et occupons le terrain sur les 33 communes de
notre territoire. Vous disposez personnellement d’une forte
expérience à l’international, comment traitez-
Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la vous une question d’un entrepreneur sur ce
plus importante manifestation du GEPA : « Les sujet ?
Talents du Pays d’Aix » ?
Le GEPA n’est pas spécialisé à l’international.
Cette manifestation est annuelle. Nous fêterons D’autres organismes s’en chargent, et c’est vers
notre dixième édition cette année, le 28 mai. Le eux que le GEPA enverra l’intéressé. Toutefois,
thème 2015 est « Libérons l’Entrepreneur ». Cet évé- ceci est un bon exemple de l’échange d’expérience
nement réunit 600 personnes et nous y remettrons entre nos membres. C’est en tant qu’adhérent que
six prix : quatre « Talents » qui sont associés à des je mettrais mon expérience à la disposition d’un
valeurs de l’Entrepreneur, un à l’entrepreneur de de nos entrepreneurs concerné.
l’année sur le territoire, et un au jeune créateur
d’entreprise. Ces six prix sont remis au cours d’un
diner qui sera précédé d’une intervention de Dans votre édito de mars, vous abordez tout
Bruno Le Maire, avec un débat animé par Olivier spécialement la question de l’environnement
Mazerolle. et du développement durable en lien avec l’en-
Par exemple, le prix de la résilience sera attribué à trepreneur. En quoi est-ce pour vous, je vous
un chef d’entreprise qui a connu, ou faillit connaî- cite, « un impératif majeur et un constat évi-
tre l’échec, mais qui s’est accroché avec mérite. dent de dynamique économique » ?
Nous croyons qu’un entrepreneur qui échoue est
toujours un entrepreneur méritant. En France, Merci d’aborder ce sujet, il s’agit d’un point im-
quelqu’un qui dépose le bilan est souvent consi- portant. En effet, aujourd’hui on oppose écologie
déré comme un paria. Nous ne sommes pas d’ac- et entreprise. Ce n’est pas systématique, mais dans
cord car, échouer c’est déjà avoir essayé. La l’inconscient collectif l’entreprise et l’écologie sont
personne aura d’autant plus de chance de réussite inconciliables. En caricaturant un peu, l’entreprise
ensuite. C’est d’ailleurs une vision largement par- profite, pollue et consomme. Et de l’autre côté, il
tagée aux Etats-Unis. y a l’écologie qui, pour préserver la planète, s’op-
pose à la croissance et au profit. En fait, nos inté-
Le GEPA aide-t-il les chefs d’entreprise dans rêts sont parfaitement complémentaires. Outre
les différents problèmes qu’ils rencontrent ? qu’aucune démarche sociétale ne peut réussir si
elle n’est pas soutenue par une logique écono-
En effet, et ce ne sont pas forcément de gros pro- mique, la préoccupation écologique et l’économie
blèmes. En tant que Président du GEPA, j’ai natu- durable sont porteuses de gisements considérables
rellement une meilleure écoute de mes de croissance, de développement, d’emplois « non
interlocuteurs. Quand un entrepreneur me de- délocalisables » et de profits « sains ».
mande de l’aider face à un souci ou sur une ques- L’idéologie de chacun reste hélas un obstacle ma-
tion précise, j’engage une réflexion qui est de jeur à cette rencontre pourtant indispensable.
nature à résoudre le problème. Nous pouvons
aussi nous trouver en appui face à des actions en- info@gepa-aix.com
gagées par d’autres associations ou institutionnels. www.gepa-aix.com

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 63


SÉLECTION DU MOIS

LIVRES
De la grande Guerre à la crise permanente.

Les marchés financiers et les grandes banques ont atteint une taille, une complexité et un degré d’opacité
particulièrement inquiétants, qui leur permet d’accroître encore plus leur pouvoir. Au niveau international,
les dirigeants élus, qu’ils soient de gauche ou de droite, n’appliquent le plus souvent qu’une seule et
même politique économique, celle qui répond aux intérêts de l’aristocratie financière, et qui ne fait qu’ac-
centuer la crise et assombrir les perspectives d’avenir : il est paradoxal qu’une petite minorité de la po-
pulation mondiale soit en situation d’imposer sa volonté à l’ensemble de la société. Aujourd’hui, c’est au
nom de la satisfaction de marchés financiers, qui par nature demeurent insatisfaits, que les générations
actuelles souffrent. En 1914, au nom de la nation, la jeunesse européenne fut sacrifiée dans les charniers
d’une longue et cruelle guerre. Hier comme aujourd’hui, la démocratie est mise en échec, puisque les
politiques suivies ne correspondent ni aux intérêts ni aux aspirations du plus grand nombre. Résoudre
cette crise, soigner ce cancer qui ronge la société requiert essentiellement le respect de principes de
base, plutôt que l’utilisation de recettes au goût amer : d’une part, il faut réanimer la démocratie, la sortir
de son coma, d’autre part, il s’agit de remettre la sphère financière à sa place, c’est-à-dire au service de
l’économie et de la société. C’est ce à quoi s’intéresse Marc Chesney dans cet essai implacable, dans lequel il montre comment
les lobbies du secteur financier s’activent pour bloquer tout type
d’avancées dans ce domaine.

Marc Chesney, - Presses Polytechniques et universitaires romandes Le financement de l'innovation.


– www.ppur.org
120 pages – 17,60 euros. L'ouvrage "Le financement de
l'innovation" réunit des contribu-
tions de différents chercheurs
La criminalité financière. spécialistes reconnus du do-
maine de la finance entrepre-
Prévention, gouvernance et influences neuriale.
culturelles. Il couvre un large spectre de
thèmes qui constituent ce
Cet ouvrage entend développer un lien champ : le financement et ses
étroit entre détection et prévention, tout diverses formes (venture capital,
en prenant en compte les différentes va- business angels, crowdfunding),
riables culturelles qui peuvent intervenir l’évaluation des projets et l’im-
dans la perception même des crimes fi- pact des aspects psycholo-
nanciers. giques dans cette évaluation, les
différents acteurs et leurs modes d’action (gouver-
Loin de tomber dans le relativisme nance, contractualisation, syndication, rôle des insti-
éthique, l'analyse menée permet d'évoquer les questions que tutions), le cadre institutionnel, législatif et financier,
suscite la variété de traitement de certains crimes financiers le lien entre innovation et responsabilité sociale.
dans différents systèmes juridiques et cultures sociétales. Il offre, en outre, une synthèse des développements
Comment mieux détecter et surtout prévenir la criminalité fi- récents dans ces différents domaines et en présente
nancière, compte tenu des cultures et systèmes juridiques les implications pratiques pour les entrepreneurs et
en place ? Les disciplines impliquées adressent toutes diffé- l’industrie du financement de l’innovation.
remment la question, qu'il s'agisse de la définition même des
crimes « de cols blancs », de la distinction entre manipulation Etablissant un pont entre les résultats et réflexions is-
comptable et fraude, de la complicité passive en matière de sues de la recherche et les pratiques dans un do-
fraude, de la classification des crimes financiers en vertu de maine en évolution permanente, l'ouvrage s’adresse
divers critères, des liens qui unissent éthique, politique et principalement aux professionnels du secteur, aux
crime financier dans des cultures sociétales spécifiques. étudiants des filières Management, finance et inno-
Les lieux d'insertion sont également divers, selon que ce qui vation, mais aussi à un public plus large, car les
est concerné est l'un des multiples modes de corruption et thèmes traités sont abordés de manière non tech-
de blanchiment d'argent, la cyber-criminalité, une manifesta- nique et privilégient la compréhension du phénomène
tion du caractère foncièrement transnational des crimes fi- dans toutes ses dimensions.
nanciers, la dimension des risques telle qu'elle est présente
dans la gestion de portefeuilles, ou les divers produits de la
criminalité et le blanchiment d'argent.

Véronique Bessière, Eric Stéphany – Editions De


Michel Dion - Editions De Boeck - www.deboeck.com Boeck - www.deboeck.com
280 pages – 34 euros. 192 pages – 32 euros.

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SÉLECTION DU MOIS

Vers l'innovation responsable.

Pour une vraie responsabilité sociétale.

Les entreprises les plus performantes seront-elles celles qui, mieux que les autres, auront été
capables de développer avec succès des « innovations responsables » ?
Cet ouvrage offre des pistes de réflexion et apporte des éléments de réponse à cette question.
Il propose au lecteur des schémas et des méthodes d’analyse orientés vers la prise de décision
en matière d’innovations responsables.
A côté d'ouvrages sur le thème de la Responsabilité Sociétale de l’Entreprise et du « management
vert », l'auteur traite ici plus particulièrement des «innovations responsables » et plus spécifi-
quement encore du management stratégique de ces innovations. Or, un nombre croissant d‘ac-
teurs publics et privés - dont bien sûr les entreprises - s’accordent à reconnaître le rôle essentiel
de ces innovations dans la réalisation des objectifs et performances économiques, environne-
mentales et sociales.
L’originalité de l'ouvrage tient aussi au fait qu’il présente une « synthèse » de la littérature aca-
démique sur ce thème, permettant d’intégrer les travaux dans une perspective de management stratégique. Enfin, il faut
souligner l'originalité de la perspective adoptée : équilibre entre réflexions basées sur la littérature « académique » la plus
récente et la présentation de méthodes permettant de développer et mettre en œuvre de véritables stratégies d’innovations
responsables. De nombreux exemples et des « mini cas » complètent l'ensemble.

Marc Ingham, Editions De Boeck - www.deboeck.com


250 pages – 33,50 euros.
Sociologie des élites
délinquantes.

De la criminalité en col blanc


à la corruption politique.

La dénonciation régulière des


« affaires » et des « scan-
dales » laisse croire que les
élites économiques et poli-
tiques ne sont pas à l’abri des
mises en cause et des pro-
La gestion des risques. cès.
Ces événements masquent pourtant une toute
Principes et pratiques. autre réalité. Les déviances et délinquances des
élites ne sont pas perçues comme ayant la même
Cette nouvelle édition largement revue gravité que celles portant atteinte aux personnes et
et augmentée met tout d’abord à jour les aux biens. Elles ne suscitent pas non plus la même
concepts de base inhérents à la gestion réaction sociale.
des risques. Puis, suivant l’ordre logique
de création d’un système, les dé- Une des originalités de ce sujet est de poser des
marches de gestion des risques de pro- questions qui ne sont jamais soulevées quand il
jet, de la maîtrise des risques industriels s’agit d’atteintes traditionnelles aux biens et aux
et de la gestion financière des consé- personnes. Où placet- on le curseur entre les dé-
quences des risques sont expliquées et viances acceptables et celles qu’il faut réprouver
illustrées. Un accent particulier est mis pour assurer la stabilité d’une organisation sociale ?
sur la gestion des risques liés aux systèmes informatiques, car Suffit-il d’une norme pénale pour identifier un acte
étant le cœur de tous les systèmes, ils sont de plus en plus transgressif ? S’il y a bien eu des abus, leurs au-
contributeurs aux risques à maîtriser. Enfin, un véritable retour teurs sont-ils vraiment mal intentionnés ? Ne sont-
d’expérience et des exemples d’applications concrètes dans les ils pas plutôt victimes d’organisations laxistes et de
secteurs spatiaux et offshore sont présentés, afin de consolider pratiques tolérées ? Quelle est enfin la sanction
les concepts méthodologiques.�Ce livre s’adresse avant tout adéquate à ces débordements ? Ces enjeux sont
aux directeurs de la stratégie, aux directeurs techniques, aux autant intellectuels que politiques et éthiques.
directeurs financiers, aux directeurs de bureaux d’étude et chefs
de services techniques, aux responsables produits, aux chefs Afin de pouvoir construire des positions réfléchies
de projet, aux risk managers, aux responsables sécurité et, sur le sujet, la maîtrise des connaissances scienti-
d’une manière générale, à tous les membres d’une entreprise fiques existantes est un préalable indispensable. Tel
concernés de près ou de loin par le management des risques. est l’apport de cet ouvrage.

Alain Desroches, Alain Leroy, Frédérique Vallée - Editions La- Pierre Lascoumes, Carla Nagels - Editions Armand
voisier - www.lavoisier.fr Colin – www.armand-colin.com
312 pages – 65 euros. 304 pages – 29 euros.

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 65


TENDANCES

Le design universel : le nouvel enjeu de


l’urbanisme...

Un exemple pour faire bouger les seniors.


Future of cities.
Face au constat du vieillissement de la popula-
tion, de nombreuses entreprises se sont lan-
cées dans la Silver Economie pour répondre
aux besoins grandissants des personnes
âgées. Les collectivités sont aussi directement
concernées. Comment peuvent-elles œuvrer
pour que leurs administrés conservent leur ca-
pital santé et leur autonomie physique ? Com-
ment créer les structures pour encourager
l’exercice physique ?

Denovo, cabinet de design transeuropéen, a


fait de l’adaptation de l’environnement aux se-
Les différents projets relatifs à la ville de demain émer-
gent un peu partout dans le monde.
niors sa spécialité et œuvre avec les collectivi-
tés néerlandaises pour améliorer la qualité de
Celui intitulé FutureofCities, donne lieu à une exposition vie des habitants.
qui se déroule jusqu'au 10 mai à Londres.
L’urbanisation y est croissante, avec le développement
de villes gigantesques, mais de nombreux projets intè-
grent bien-être et qualité de vie, design et haute techno-
logie, préservation de la nature et des ressources
naturelles…

Fiber Futures.

Les explorateurs de la création textile au


Japon.

Aujourd’hui, l’art textile connaît un renouveau


spectaculaire au Japon.
Reflet de cette vitalité, cette exposition pré-
sente le travail de 30 créateurs japonais qui
transforment les fibres naturelles et artifi-
cielles en étonnantes étoffes, sculptures et
installations.
Une exposition surprenante qui dévoile les
dernières tendances au Japon en matière de
fiber art.

Maison de la culture du Japon à Paris


(101bis, quai Branly 75015), exposition du 6
mai au 11 juillet 2015.

Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com 66


N°260 • Avril 2015

QUALITIQUE PRINCIPAUX ORGANISMES CITÉS DANS CE NUMÉRO


9 bis, Bd Mendès France
Boite A - Immeuble Le Millenium
77600 BUSSY SAINT GEORGES
ACBM ........................12;28 CNIL ..............................31 IRT Jules Verne..............14
Redaction.presse@qualitique.com ACSE ........................17;28 Commission nationale Ixtoc..................................4
www.qualitique.com Aesatis ......................17;28 de l'informatique et Kapersky ........................21
Agence nationale de des libertés ....................31 Kiloutou ............................6
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : la sécurité des systèmes Conservatoire nationale l’Amoco Cadiz ..................4
Jean‐Luc Laffargue d'information ..................25 des arts et métiers..........29 Maison de la culture
Ahlambra ........................49 CRAM..........................8;20 du Japon ........................66
DIRECTEUR DE LA RÉDACTION : ANVREDET Alger ..........45 Danone ..........................37 Marseille innovation ......42
Jean‐Luc Laffargue
API Tunis ........................45 DCN ..............................58 Ministère de la défense ..39
Arnavant ........................48 Deloitte ..........................27 Ministère de l'intérieur ....39
Association de criminologie Denovo ..........................66 Ministère des affaires
COMITÉ DE RÉDACTION : du Bassin Editions Armand Colin ....65 étrangères ......................39
Marîne Bertelle Méditerranéen ..........12;28 Editions De Boeck ....64;65 Multi restauration............48
Daniel Bouvier Avenir Telecom ..............49 Editions Lavoisier ..........65 Net Angel........................43
Françoise de Bry AZF ..................................4 Eiffage ............................48 OMPI ..............................30
Alain Chatel Barreau de Paris ............29 Enron................................4 Organisation mondiale
Christophe Gourdon BERYTECH Beyrouth ....45 Entrepreneurs du Pays de la propriété
Frédéric Laffargue BSN ................................37 d'Aix................................62 intellectuelle ..................30
Gérard Lefebvre Business Innovation Entrepreneurs en zone Police nationale ................8
Bernard Legras Center ............................42 franche ..........................48 Presses Polytechniques
Dominique Luzena Caisse régionale d'assu- Erika ................................4 et universitaires
Gilles Pirio rance maladie..............8;20 ESAT Creuzier-le-Neuf ..14 romandes ......................64
Béatrice Quasnik Cap au Nord ETIC ..............................48 Profil ..............................46
Frédérique Samson Entreprendre ..................46 Future of Cities ..............66 Profil Energie..................46
CCIR PACA ....................34 Gemalto..........................53 Qualibat ..........................47
CDSE ........................16;19 Gendarmerie nationale ....8 Salix ..............................57
DIRECTION ARTISTIQUE :
CEEI ..............................42 GEPA..............................62 Scène Nationale du
Groupe Qualitique CEFRI ............................46 Gervais Danone ............37 Merlan ............................49
Centre européen Grand littoral ..................48 Sea Star ..........................4
CRÉDITS PHOTOS: d'entreprise et Grand Port Maritime SECEM ....................12;17
© Fotolia.com d'innovation ..................42 de Marseille ....................49 Sécurité économique
Centre marocain Groupe Danone ........37;50 et compétitivité des
TRADUCTION : d'études stratégiques ....13 Groupe Gemalto ............53 entreprises en
A. Greenland Centre National Groupe Kiloutou ..............6 Méditerranée ..................12
S. Uplawski Recherche Scientifique Groupement des Showa-Maru ....................4
et Technique entrepreneurs du Smart Factory ................14
ABONNEMENTS: Casablanca ....................45 Pays d'Aix ......................62 SNEF..............................48
Groupe Qualitique Chambre de commerce Guardia Civil ..................13 Total................................57
et d'industrie de région IEQT ..............................14 Transparency
ÉDITÉ PAR LE GROUPE QUALITIQUE PACA..............................34 IHEDN ............................34 International ...................17
SAS AU CAPITAL DE 2000 EUROS Cité des Arts de INHESJ ............................9 Trovolone ......................25
la Rue ............................49 INPI ................................29 TV5 Monde ....................25
9 bis, Bd Mendès France Clarte..............................14 Institut de recherche UIC ................................47
Boite A ‐ Immeuble Le Millénium Club des directeurs et développement ..........45 Université
77600 BUSSY SAINT GEORGES de sécurité des Institut national de la Mohammed V
N°commission paritaire entreprises ..............16;19 propriété industrielle ......29 Souissi Rabat - Maroc ....13
0311 T 87821 CMES ............................13 International SOS ..........39 Verspiren ........................48
N°ISSN 0767‐9432 CNAM ............................29 IRD ................................45 Worldcom ........................4
Dépôt légal : 2ème trimestre 2015

Photogravure: Groupe Qualitique


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sur le sujet traité. La direction se réserve le droit
de refuser toute insertion sans avoir à justifier sa
décision.

QUALITIQUE EST UNE MARQUE DÉPOSÉE

67 Qualitique n°260 - Avril 2015 - www.qualitique.com

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