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COMPRENDRE LA CRISE POLITIQUE

AU BENIN
1. Après trois (3) ans d’une gestion controversée et craignant la sanction de son peuple, le
Président TALON a organisé et planifié un coup d’état institutionnel lui permettant d’éliminer
toute opposition de la prochaine législature de l’Assemblée nationale.

2. En effet, de 2016 à 2019, Patrice TALON, élu par un peuple épris de liberté et très attaché
à sa démocratie, a instauré, sous le paravent de la rigueur et de supposées réformes, une
gouvernance antidémocratique et brutale.

3. Au plan politique, il a progressivement mis en place un régime répressif réfractaire à


toute contradiction, remis en cause libertés et droits fondamentaux et jeté sur les routes
de l’exil et en prison plusieurs de ses compatriotes soit pour des délits d’opinion, soit pour
régler de vieux comptes personnels. De nombreuses personnalités politiques béninoises -
certaines non des moindres- en font les frais: Sébastien AJAVON, Lehady SOGLO, Valentin
DJENONTIN, Simplice CODJO, Théophile YAROU, Komi KOUTCHE, Ataou HINNOUHO,
Fatoumata Amadou DJIBRIL, Laurent METONGNON, Léandre HOUNGBADJI, etc.

4. Au plan économique, le Président TALON, pour le compte de ses sociétés, de ses enfants,
de ses proches et de ses partenaires d’affaires, a pris le contrôle de tous les secteurs
vitaux de l’économie nationale. Cette politique de prédation systématique des ressources
économiques du Bénin s’illustre tantôt par la destruction totale de ses rivaux et la réduction
en cendres de leurs entreprises, tantôt par des situations de monopole et de conflits d’intérêts
entre Patrice TALON, Président de la République et Patrice TALON Homme d’affaires et

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cheval de Troie d’un clan d’affairistes.

5. Au plan social, la gouvernance du Président TALON est sans pitié pour les couches les
plus défavorisées. En trois ans, le tout profit a conduit à une casse sociale sans précédent.
Destruction de petits commerces, arrêt de toutes les politiques de soutien à la grande
pauvreté, remise en cause des Micro crédits aux plus pauvres et des politiques de gratuité,
suppression des emplois dans la fonction publique, intensification des licenciements dans
le secteur privé en raison de l’adoption de la Loi sur l’embauche, réduction drastique des
bourses aux étudiants etc. alors même que de nombreuses taxes ont vu le jour au cours de
son mandat.

6. En trois (3) ans, le Président TALON a dirigé le pays sans cœur, sans compassion et
sans aucune pitié pour la veuve et l’orphelin. Toutes les couches socio-économiques ont
été humiliées, les corps socio-professionnels agressés. Et l’homme qui doit son salut et son
élection à la démocratie et au vaillant peuple du Bénin s’est révélé être un homme cruel,
méprisant à l’égard de son peuple, arrogant et n’ayant aucun égard pour le génie des
Béninois.

7. Les élections législatives du 28 avril 2019 étaient considérées par les Béninois comme le
seul moyen d’envoyer à leur Chef d’Etat un signal fort sur son état d’âme et profiter pour lui
rendre la monnaie de sa pièce. Face à la colère de son peuple, le Président TALON a donc
décidé de commettre l’irréparable. Il a sciemment faussé les règles du jeu démocratique,
détruit tous ses adversaires, écarté ses concurrents, pour échapper à la colère de son
peuple. Voilà la principale explication de la crise électorale au Bénin. Il reste à en présenter
les causes, la responsabilité de chacun, les initiatives de sortie de crise que le Président
TALON a fait échouer et les solutions qui peuvent être encore explorées.

QUELLES SONT LES CAUSES DE LA CRISE ?


8. La crise électorale actuelle au Bénin a commencé en février 2019. Elle prend sa source
dans la volonté du Président TALON d’écarter des élections législatives du 28 avril 2019,
tous les Partis d’opposition et ceux qui ont refusé d’accepter son injonction de rejoindre les
deux Partis politiques qu’il a fait créer respectivement le Samedi 30 novembre 2019 pour
l’Union Progressiste et le Samedi 8 décembre 2019 pour le Bloc Républicain.

9. Dès lors que Patrice TALON, Président de la République, a décidé d’effacer de la vie
politique ses adversaires et d’installer dans le nouveau Parlement ses amis, les membres
de sa famille, ses anciens salariés, ses fournisseurs, ses clients et ses partenaires d’affaires,
il a pris une série de décisions pour concrétiser son forfait.

10. Pour comprendre l’exclusion planifiée de l’opposition des élections législatives au Bénin
et les violences qui ont éclaté partout sur le territoire national, il faut mettre en cohérence
les trois (3) décisions prises d’abord, par la Cour constitutionnelle, ensuite par le Ministre
de l’intérieur aidé par le Président Talon et enfin, par la Commission électorale nationale
autonome (CENA). C’est par ses trois décisions que le Président TALON a échappé à la
colère de son peuple et s’est adjugé à lui tout seul, les 83 Députés de l’Assemblée nationale
du Bénin.

LA DÉCISION ILLÉGALE DE LA COUR CONSTITUTIONNELLE


11. La première décision est l’introduction irrégulière dans le processus électoral, du

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Certificat de conformité. C’est par cette Décision EL 19-001 du 1er février 2019 que la Cour
constitutionnelle a introduit, trois (3) mois avant l’échéance, le Certificat de conformité dans
la procédure de présentation des candidatures aux Législatives. Pour information, détail
très important, la Cour Constitutionnelle, est dirigée par Me Joseph DJOGBENOU, Avocat
personnel du Président Talon et Ministre de la justice de son premier Gouvernement.

12. Ce Certificat de conformité inventé de toutes pièces par le Président TALON et son ancien
Ministre de la Justice, est censé attester que les Partis créés depuis la Conférence nationale
et avant l’entrée en vigueur de la nouvelle Charte des Partis politiques (le 17 septembre
2018) se sont conformés aux nouvelles conditions de création des partis en République du
Bénin. Il s’agit de façon pratique de s’assurer que les membres fondateurs de ses Partis
politiques autrefois fixés à dix (10) par Département (Il y en a 12 au Bénin) sont désormais
effectivement passés à quinze (15) par commune (il y en a 77 au Bénin).

13. C’est par ce Certificat de Conformité que le Gouvernement de Patrice TALON a éliminé
des élections législatives les trois (3) Partis de l’opposition, les Forces Cauris pour un Bénin
Emergent (FCBE) de Boni YAYI, l’Union Sociale Libérale (USL) de Sébastien AJAVON,
Restaurer l’Espoir (RE) de Candide AZANAÏ) d’un coté et de l’autre, deux (2) autres Partis
(Dynamique Unitaire pour la Démocratie et le Développement (DUD) de Valentin A. HOUDE,
Questeur de la législature sortante et Union Démocratique pour un Bénin Nouveau (UDBN)
de Claudine A. PRUDENCIO, Président d’une Commission parlementaire sortante). Ces deux
(2) formations politiques, sont d’anciens soutiens de Sébastien AJAVON en 2016, ralliés au
Président TALON au Parlement tout en refusant de rejoindre les deux Partis présidentiels,
ce qui explique sans doute de telles représailles à leur encontre.

14. Il est opportun de rappeler que ce certificat de conformité inventé de toutes pièces par la
Cour constitutionnelle n’est prévu ni dans le code électoral ni même dans la fameuse charte
des partis politique votée par la majorité parlementaire de Talon.

LA DÉCISION ARBITRAIRE DU MINISTRE DE L’INTÉRIEUR


15. La délivrance du fameux Certificat de conformité qui devait être une simple formalité
administrative, est hélas devenue un piège pour l’opposition et le moyen rêvé par le Président
Talon pour décider arbitrairement de qui aura qualité de Parti politique et qui sera candidat
aux élections législatives du 28 avril 2019.

16. Par la décision de la Cour constitutionnelle, M. Sacca LAFIA, Ministre de l’Intérieur aux
ordres du Président TALON a été réintroduit comme un acteur clé du jeu électoral alors que
le Ministère de l’Intérieur en était déjà sorti depuis la Loi 94-014 du 27 janvier 1995.

17. De même, par cette même décision de la Cour, constitutionnelle, c’est le Ministre de
l’Intérieur, lui-même candidat pour le compte d’un des deux Partis jumeaux promus par
Patrice TALON, qui donne ou qui refuse à qui il veut, suivant le bon vouloir du Président
TALON, le fameux Certificat de conformité.

18. Et comme on pouvait s’y attendre, le 20 Février 2019, Monsieur Sacca LAFIA, Ministre de
l’Intérieur a délivré le Certificat de conformité à l’Union Progressiste et au Bloc Républicain,
les deux Partis promus et financés par le Président TALON.

19. Et contre toute attente, en violation de la Constitution de 1990 et des lois de la République
contrairement à la longue tradition de pluralisme et de paix qui caractérise notre parcours
politique depuis l’historique Conférence des forces vives de la Nation, le Ministre de l’Intérieur

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a refusé de délivrer le fameux Certificat de conformité aux trois (3) partis d’opposition.

20. Ce faisant le Gouvernement TALON a pris la lourde responsabilité de refuser à


l’ensemble des Partis d’opposition, leur existence juridique et a entériné leur exclusion des
élections législatives du 28 avril 2019. C’est donc le Ministre de l’Intérieur et le Président de
la République et non la Commission électorale, qui ont exclu l’opposition, toute l’opposition
des élections législatives du 28 avril 2019.

21. Il faut aussi souligner par ailleurs que, en dehors du Certificat de conformité le
Gouvernement TALON a utilisé le Quitus fiscal pour recaler certains potentiels candidats
de l’opposition. En effet, plusieurs potentiels candidats de l’opposition n’ont pu obtenir leur
quitus fiscal, bien qu’ils aient intégralement payé le montant des impôts mis à leur charge.

LA DÉCISION DE LA COMMISSION ÉLECTORALE


22. À la suite de la Cour constitutionnelle et du Ministre de l’Intérieur qui ont bien coordonné
leurs décisions, vient le tour de la Commission électorale. La troisième décision parachève le
plan de confiscation du Parlement. Ce plan antidémocratique est délibérément et froidement
mis en œuvre par le Président TALON.

23. Cette dernière décision a été prise par la Commission électorale le 5 mars 2019. Elle a
permis à Patrice TALON de régler de vieux comptes politiques avec Adrien HOUNGBEDJI,
grand soutien de Lionel ZINSOU lors de la présidentielle de 2016. En l’espèce, la décision de
la CENA a aidé à éliminer des législatives le Parti du Renouveau Démocratique (PRD) de
Maître Adrien HOUNGBEDJI, Président de l’Assemblée Nationale, qui dans l’opinion paie
aussi cash au président Talon son refus de fusionner son parti à l’un des deux partis créés
par le Président Talon.

24. La raison évoquée par la Commission électorale est la présence sur la liste de candidature
du PRD d’une personne qui est en même temps candidate sur la liste du MOELLE, un Parti
fantoche créé par la galaxie au pouvoir pour piéger le PRD.

25. Ainsi, par cette décision de la Commission électorale, le Président TALON finit de se
débarrasser de toute l’opposition composée des Forces Cauris pour un Bénin Emergent
(FCBE) du Président Boni YAYI, de l’Union Sociale Libérale (USL) de Sébastien AJAVON en
exil à Paris et du Parti Restaurer l’Espoir (RE) de Candide AZANNAÏ, son ancien Ministre de
La Défense démissionnaire.

26. Il faut signaler qu’auparavant, le Président TALON avait réussi à déstabiliser plusieurs
formations politiques de l’opposition dont le Parti de la Renaissance du Bénin de Léhady V.
SOGLO. Fondée par Rosine VIEYRA SOGLO le 24 mars 1992, la Renaissance du Bénin (RB)
a été récupérée par certains dissidents, tous proches du Président TALON. Le 19 mai 2017,
son Président, Léhady V. SOGLO, a été destitué de la tête du Parti et le 28 juillet 2017, il a
été suspendu de ses fonctions de Maire de Cotonou par le Gouvernement. Le même jour, le
28 juillet 2017, quelques heures plus tard, il échappe à une tentative d’arrestation par le
Gouvernement et est contraint à l’exil à Paris. Pour finir d’affaiblir la Renaissance du Bénin
et priver le Président Nicéphore SOGLO et l’Honorable Rosine VIEYRA SOGLO d’un levier
politique, le 06 mars 2019, le Parti de la Renaissance du Bénin a été offert par les Tribunaux
aux dissidents proches du Président TALON et dissout le 30 novembre 2019, dans l’Union
Progressiste créée par Patrice TALON.

27. Toujours par la décision de la CENA, Patrice TALON, se débarrasse aussi de certains
de ses alliés au Parlement qui ont commis, à ses yeux, deux (2) péchés originels : le premier

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d’avoir soutenu Sébastien AJAVON ou Lionel ZINSOU lors des présidentielles de 2016 et le
second d’avoir refusé de faire disparaître leurs Partis respectifs au profit des deux Partis
qu’il a promus, financés et crées en 2018.

28. Ces deux évènements majeurs ayant eu pour conséquence l’exclusion des Partis de
l’opposition aux élections législatives constituent le point de départ de la crise politique et la
principale explication des violences post-électorales au Bénin.

QUELLES SONT LES INITIATIVES ?


29. À la suite de ces mesures excluant l’opposition, de nombreux acteurs sont entrés en
scène pour condamner l’organisation d’élections non inclusives par le Gouvernement du
Président TALON. Ils ont tous proposé la prise de mesures d’urgence afin d’éviter le pire.

30. Au Bénin, le pays tout entier s’est mobilisé, ses filles et fils pour défendre la démocratie et
la réputation de leur pays. De même, les différentes forces vives ont déployé tous les moyens
pour dissuader le Président TALON de faire main basse sur le Parlement qui appartient
au peuple béninois et qui a le droit d’y envoyer comme représentants, les hommes et les
femmes de son choix.

31. Malgré la gravité de la situation et les risques de violence, le Président TALON est resté
sourd à l’appel des parlementaires, des Chefs de Partis politiques exclus, des anciens
Président de la République, du Clergé Catholique, des Chefs et dignitaires traditionnels, de
la plateforme des Organisations de la Société civile, des Universitaires, de plusieurs groupes
d’intellectuels, etc.

32. Le Président TALON, ne s’est pas non plus montré réceptif à l’appel de la Communauté
internationale dont les Nations Unies (ONU), l’Union Africaine (UA), la Communauté
Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Organisation Internationale
de la Francophone (OIF). Ces organisations ont toutes dépêché à Cotonou auprès du
Gouvernement béninois des délégations de haut niveau qui ont, l’une après l’autre, appelé
à l’organisation d’élections libres, ouvertes et inclusives. Hélas sans succès.

33. Face à l’enlisement, le Président TALON décide enfin de convoquer une réunion au Palais
de la Marina afin d’esquisser des solutions de sortie de crise. Le 6 mars 2019, à l’issue de
cette rencontre boycottée par l’opposition, Patrice TALON reconnaît qu’« il est malheureux
d’organiser des élections sans aucun parti d’opposition, cela n’honore pas le Bénin, je ne
suis pas à l’aise ».

34. À la demande du Président TALON, visiblement pris à son propre piège et gêné par le
résultat de son tour de magie électorale, l’Assemblée nationale s’est réunie le lundi 18 mars
2019 en session extraordinaire pour tenter de trouver une issue à la crise préélectorale.
Malheureusement, cette session n’a pas permis de trouver un consensus au niveau des
Députés, en dépit des quelques propositions faites aussi bien par les Partis de l’opposition
que par des universitaires, experts en droit constitutionnel et en science politique sollicités
par le Président de l’Assemblée nationale. Lors de cette session, les Députés de la majorité
présidentielle ont été les seuls à refuser de faire des propositions de sortie de crise. Ensuite,
les mêmes Députés, tous soutenant le Président TALON ont instrumentalisé la Commission
des Lois du Parlement qui, pour une première fois, s’est déclarée incompétente pour étudier
les avant-propositions de lois destinées à résoudre la crise électorale. Enfin, Ces Députés,
visiblement en mission pour faire échouer le consensus, ont joué à la politique de la chaise
vide, puis ont décrété unilatéralement l’échec du consensus et ont annoncé tout de go, à la

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stupéfaction de leurs collègues de l’opposition et de tout le peuple en attente d’une solution
inclusive, que l’élection est maintenue pour le 28 avril 2019.

35. Conclusion. Au regard de l’analyse, il est important d’affirmer clairement que la crise
électorale au Bénin est principalement de la responsabilité personnelle du Président Patrice
TALON. C’est lui et lui seul qui a décidé froidement et sans aucun état d’âme de priver les
Partis d’opposition de leur existence juridique et de les écarter des élections pour s’octroyer
sans combat ni gloire, les 83 sièges de Députés de l’Assemblée nationale.

36. Face à ce forfait qui ne peut honorer un gouvernement sérieux, la sentence du peuple a été
claire et sans appel. En effet, à l’appel de l’Opposition, la parodie d’élection qui s’est tenue le
28 avril 2019 a été boycottée par les Béninois qui ont déserté les urnes. Selon la Commission
électorale seulement 22% des électeurs ont voté, 27% Selon la Cour Constitutionnelle et
selon les observateurs près de 90% des électeurs ont boycotté « l’élection sans choix et sans
enjeux » entre les partisans de Patrice TALON.

QUELLES SOLUTIONS POSSIBLES ?


37. En mettant de côté les soupçons de mauvaise volonté politique de la part du
Gouvernement, existaient-ils des solutions légales à la crise électorale béninoise ? Et que
peut-on faire à présent pour éviter un cycle de violence au Bénin ?

QUE POUVAIT-ON FAIRE POUR ÉVITER L’IMPASSE ?


38. Après la série de décisions mettant en œuvre l’exclusion des Partis d’opposition,
plusieurs mesures étaient envisageables. Si le Chef de l’Etat avait été de bonne foi et s’il
s’était comporté comme le garant des acquis démocratiques du Bénin, il aurait encouragé
ses partisans à aller dans deux directions :

39. La première direction aurait consisté en la révision de la loi électorale et de la charte des
Partis politiques pour en faciliter l’application et rendre possible l’organisation d’élections
inclusives. Or, si le Président TALON a fait semblant de pousser dans cette direction lors de
la réunion du 6 mars avec les Partis qui le soutiennent, il a, dans les faits, encouragé ses
députés à ruiner la réalisation de tout compromis politique permettant d’aller dans le bon
sens.

40. Ce consensus politique aurait pu conduire à un réajustement astucieux du calendrier


électoral.

41. La mise à contribution de la Cour constitutionnelle en tant qu’organe régulateur du


fonctionnement des institutions et de l’activité des pouvoirs publics. Par le passé, la Cour
a déjà joué ce rôle et particulièrement à l’occasion des scrutins présidentiels et législatifs.
Or, la vérité est que le Président TALON n’a pas voulu aider à la résolution du problème. Il
a donc tout naturellement dissuadé sa Cour constitutionnelle d’offrir au pays, la solution
juridictionnelle appropriée et à la hauteur de la gravité de la crise.

42. La dernière solution qui a été recommandée au Président TALON par tous les corps
constitués de notre pays est le recours à l’article 68 de la Constitution. L’usage des pouvoirs
de crise aurait permis au Chef de l’Etat de revêtir ses habits de père de la Nation, garant de
la stabilité du pays et de la paix. Mais là aussi, il s’est refusé à offrir une voie à son peuple,
à garantir l’organisation d’élections inclusives et à sauver la réputation démocratique du
Bénin.

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43. L’échec de toutes ces tentatives et la passivité manifeste du Président TALON durant
cette période critique révèlent bien, s’il en était encore besoin, son intérêt à exclure l’opposition
de la compétition pour faire gagner ses deux Partis politiques sans le moindre effort.

44. En dépit de toutes ces potentielles solutions, le constat est malheureux et triste d’une
part, que le consensus national entamé dès l’éclatement de la crise préélectorale n’ait pas
abouti à une issue favorable, c’est-à-dire permettre aux Partis de l’opposition de participer
aux législatives d’avril 2019 ; d’autre part, qu’à défaut du consensus politique, les différents
mécanismes juridiques existants n’aient pas été mis en œuvre.

45. Au demeurant, et au regard des récentes violences postélectorales des 1er et 2 mai
2019, la question reste posée de savoir, à qui incombe la responsabilité première de la crise
électorale au Bénin. Est-ce la faute des Partis politiques de l’opposition qui ont tout fait pour
participer aux élections législatives du 28 avril 2019 ? Ne devrait-on pas indexer clairement
la mauvaise foi du gouvernement et du Chef de l’Etat Patrice TALON qui ont décidé de
braquer les électeurs pour contrôler l’Assemblée nationale ? Il s’agit, comme on peut le voir,
d’un plan machiavélique savamment orchestré par le Président TALON qui l’a exécuté avec
le concours de la Cour constitutionnelle, de son Ministre de l’Intérieur et de la Commission
électorale.

QUE PEUT-ON FAIRE À PRÉSENT ?


46. Il s’agit d’une interrogation dont la réponse peut garantir la stabilité et la paix au Bénin.
Pour sortir de la crise et afin d’éviter que le Bénin ne sombre dans une psychose sécuritaire
et ne perdure dans la violence, il est important de proposer quelques solutions.

47. La première, c’est l’annulation pure et simple des élections législatives du 28 avril 2019.

48. La deuxième, c’est l’ouverture d’un dialogue politique appuyé par une médiation
régionale ou africaine permettant de redéfinir de manière consensuelle, les nouvelles règles
électorales et les conditions d’un scrutin libre, ouvert à tous et apaisé.

49. La troisième, c’est la remise, par le Ministre de l’Intérieur, du récépissé d’enregistrement,


aux Partis politiques qui ont fait les formalités conformément à la Charte des Partis politiques.

50. La quatrième, c’est l’organisation de nouvelles élections législatives libres, ouvertes et


inclusives.

51. La cinquième, c’est la libération de tous les prisonniers politiques et particulièrement,


des citoyens arbitrairement arrêtés dans le cadre des élections illégales et illégitimes du
28 avril 2019.

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