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Vous pouvez sortir de là (<permission> : prédicat modal déontique)

Sort(ir) de là = verbe inaccusatif ; il exprime un changement de place, et assigne deux rôles


thématiques/ sélectionne deux arguments : un <Thème> (participant non agissant au procès) et un
<Lieu = limite initiale> (appelé aussi : <Souce>).

Source vs cible = limite initiale vs limite finale

Voix P

[voix sort-V
+voix]
VP

PRO D (= DP) V’
<participant non
agissant>
sort-V PP

deP làAdv (= AP)

<Source>

V note ici la racine sort-, c’est-à-dire les seules propriétés purement sémantiques du verbe (sens
purement lexical vs grammatical), à l’exclusion de ses propriétés grammaticales éventuelles : temps-
mode-aspect ou mode et aspect seulement, au gré de ses occurrences : elle sortira-[futur de l’indicatif]
de l’armoire/ sortir-[infinitif] de l’armoire ; traits d’accord – nombre et personne ou bien genre et
nombre, selon le cas : elle-3sg sortait-3sg de l’amphi/ elle-fem sg est sortie-fém sg de l’amphi).

La catégorie fonctionnelle <voix> (Vox comme Genus verbi, le ‘genre du verbe’) exprime une
catégorisation très générale des situations désignées par les verbes, en lien non pas avec le déroulement
dans le temps (ce dont on rend compte en termes d’aspect lexical), mais avec le type d’arguments qu’ils
sélectionnent : les voix active (il ouvre la porte), passive (la porte est ouverte lentement), pronominale
(elle se lave), moyenne (la porte ouvre mal) de la grammaire traditionnelle rendent compte précisément
de ce type de catégorisations :

- <état> (Elle n’a pas été très intelligente, mais elle a été très jolie. Il m’a semblé qu’elle avait
tort)
- <changement d’état> (Elle a rajeuni, vieilli, grossi, maigri, Ses cheveux ont blanchi)
- <position> (Les ouvriers sont restés là, Ils sont demeurés à leur poste)
- <changement de place> (je suis sortie dans la rue/ tu sors de la classe)
- <action = causation d’un changement d’état ou de position> (Ils prennent des notes, Ils
apprennent la conjugaison de la copule par cœur, Ils lisent des romans)
- <causation d’une action> (Je leur fais apprendre la poésie par cœur)
- <action sans causateur> (La porte fut vite ouverte)
- <état résultatif> (La porte est déjà ouverte)1.

1
La nomenclature linguistique est traditionnellement plus brève et moins intuitive : que l’on choisisse de baptiser ces
catégories « statif », « inchoatif », « situatif » et autres –ifs, cela ne change en rien l’essence même des catégories concernées.
La racine (notée ici V pour indiquer que sa signification lexicale est de l’ordre des états, procès ou
événements) doit s’adjoindre aux morphèmes flexionnels, à commencer par la tête de voix, qui
fonctionne comme une espèce d’indicateur de paradigme flexionnel, contraignant les autres propriétés
grammaticales de la racine V.

Si par exemple, au lieu d’être fusionnée à une tête de voix (genre du verbe), une racine dont la signification lexicale
est de type état/procès/événement va être fusionnée à une tête fonctionnelle de genre (genre nominal), elle va par la
suite se combiner avec des propriétés grammaticales nominales plutôt que verbales. Au lieu d’être actualisée par le
temps, l’aspect et le mode, elle le sera par le nombre et par un article, qui en déterminera la référence spécifique ou
générique, définie ou indéfinie (je marche vite/ une marche rapide).

Une racine intégrée à une tête de voix (= genre du verbe) va se combiner ensuite avec des catégories
TAM pertinentes à la fois à l’interface syntaxe-sémantique (référence verbale : actualisation) et pour la
génération du mot-forme, traité dans le composant phonologique de la grammaire.

PRO = un pronom sans corps phonétique (sujet de verbes à un mode non personnel seulement).

Le noyau prédicatif représenté à la figure ci-avant sera « actualisé » selon le mode infinitif :

CP <Thème>

C Infinitif

PRODP Infinitif’
[Cas
Nul]

[[voix sort-V +voix] Voix P


+Infinitif]

[voix sort-V
+voix]
VP

PRO D (= DP) V’
<participant non
agissant>
sort-V PP

deP làAdv (= AP)

<Source>

L’infinitif est le mode de la pure virtualité (image-temps pas encore formée, non pourvue de vision
sécante non plus : procès envisagé du dehors, sans représentation de tension/détension aucune, sans
parcours de ses phases internes – à la différence des formes en -ant).
Infinitif = {[+virtuel], [-sécant]}/ participe dit présent = {[-virtuel], [+sécant]}.

Tout comme le Cas Nominatif assigné par T à son spécificateur nominal est analysé comme étant en fait
un trait de temps sans valeur spécifiée sur la tête du syntagme nominal concerné, le Cas Nul assigné par
certains infinitifs peut être envisagé comme un trait d’aspect sans valeur spécifiée, sur un DP (sur la tête
D° de ce syntagme).

Sans valeur spécifiée, c’est-à-dire : à valeurs activées alternativement, ce que l’interface interprétative
sémantique ne pourra de toute évidence pas « lire » – par exemple : ?[+passé/-passé] (Nominatif),
ou ?[+ sécant/-sécant] (Cas Nul).

Le nominal devra donc se déplacer à une position au-dessus de la tête Inf°, à partir de laquelle
il puisse identifier et activer le trait correspondant, pleinement spécifié, de l’infinitif, pour
obtenir, par accord, une valeur précise pour son propre trait d’aspect (ou bien [+sécant], ou bien
[–sécant]). Évidemment, un trait d’aspect n’a rien à voir sur un nominal référentiel (il ne sera
pas interprété en SEMANTIQUE conjointement au genre et au nombre du nom), mais il aura
un rôle à jouer à l’interface syntaxe/ morphologie (il permettra alors l’insertion de l’affixe zéro
de Cas Nul).

Un tel trait d’aspect à valeur non-spécifiée peut recevoir une valeur arrêtée ou bien d’un infinitif
à trait d’aspect négatif [-sécant], ou bien d’un participe présent (analysé comme : [-virtuel],
[+sécant]). N’importe laquelle de ces deux valeurs sera visible en morphologie comme
environnement d’insertion lexicale de l’affixe casuel, et assurera l’appariement son/sens2.

La tête de voix (voix°) comporte, outre son trait intrinsèque (ici : <changement de position>), des traits
sans valeurs spécifiées de mode et d’aspect (dans ce cas particulier, il n’y a pas de trait de temps) :

[(+/-) virtuel], [(+/-) sécant]

Elle va monter auprès de la tête d’infinitif (incorporation) pour faire assigner à ces traits, des valeurs
tranchées, par accord avec les traits, pleinement spécifiés, de Infinitif°.

Comme l’argument PRO du verbe a déjà reçu, à l’intérieur du syntagme infinitif, un Cas structural, il
ne faut pas que le verbe régissant la proposition infinitive puisse lui assigner d’autre Cas syntaxique,
aussi le syntagme Infinitif (InfP) sera-t-il « protégé » de toute intrusion du dehors par un complémenteur
(noté C car il n’a pas de corps phonétique : on sait qu’il doit être là, mais on ne l’entend pas). Ce
complémenteur non-épelé a pour alternatives épelées à+infinitf (il s’attache à résoudre le problème) ou
de+infinitif (elle essaie de résoudre le problème).

Parallèlement, on aura généré en syntaxe l’objet syntaxique correspondant au syntagme verbal modal
(noyau matrice) :

2
Cette analyse vaut croyons-nous aussi des constructions participiales à participe dit passé : PRO sortie de la classe, la prof
oubliera ton impolitesse, elle n’est pas rancunière => [PRO étant sortie de la classe]. Comparer aux verbes inergatifs et transitifs
actifs, qui obligent l’auxiliaire sécant AYANT à refaire surface : Ayant fini l’exercice, les étudiants voulaient partir. Ayant
très mal dormi, elle ne pouvait pas se concentrer.
voixP

[[voix pouv-V]+voix] VP’

VousD V’
(=DP)
<Cible>

pouv-V <Thème = Dictum>

Pouv- note ici le radical du verbe modal, un verbe qui sélectionne un argument propositionnel pour
<Thème> (son dictum), et un argument nominal <Cible> (ou : bénéficiaire) de la permission.
Nous présumerons que les verbes modaux pouvoir/devoir sont de voix stative (type sémantique <état>).
Les phrases du type de Vous le pouvez, Vous le devez ne sont pas des arguments pour une analyse
transitive des modaux :

- -d’une part, ces verbes sont les plus proches d’un vrai auxiliaire, puisqu’ils ne sont employés
qu’avec l’infinitif ou avec un substitut pro-phrase neutre (le, tout, que pour pouvoir signifiant
la capacité, le seulement pour pouvoir de permission et pour devoir d’obligation ou de nécessité
aléthique) :

Vous devez/pouvez partir pour Paris.


*Vous pouvez que vous partiez pour Paris.
Vous savez/ croyez être autoritaire.
Vous savez/croyez que vous êtes autoritaire.

Vous le devez/pouvez.
Que puis-je pour vous ?
Il peut tout pour son frère.

Vous pouvez/devez faire cela.


Que pouvez/devez-vous faire ?
Vous pouvez/devez tout faire pour vos proches.

- on peut aussi supposer que dans tous les cas, l’accusatif serait assigné par un verbe FAIRE
abstrait sous-jacent (ou supposer une construction à faire élidé en surface) :

Vous le devez/pouvez 🡸 Vous le devez/pouvez faire3 🡸 Vous devez/pouvez le faire

- d’autre part, il est évident que l’accusatif est assigné au pronom neutre aussi bien par une tête
de voix [+causatif] (je lui ai dit de partir/ je le lui ai dit) que par une tête de voix [-causatif]
(verbes épistémiques et autres verbes d’état psychologique, à sujet <Expérimentateur> (<Siège>
de l’état psy portant sur le dictum <Thème>) : je le sais, je le crois, je le vois, je le regrette, je
le crains…). On peut donc assimiler les verbes modaux devoir et pouvoir aux verbes d’état
psychologique.

La question n’est pas tranchée dans la littérature, à ce jour. Nous suivons ici le courant dominant en
litératture générativiste des vingt dernières années : emplois aléthiques, déontiques (« radicaux ») de
pouvoir/devoir analysés comme des infinitifs à contrôle/ emploi épistémique analysé comme un infinitif
à montée.

3
Forme hypo-normeé en français contemporain, condamnée par les puristes, mais courante dans d’autres variétés de français
(synchroniques ou diachroniques).
Une fois la complétive infinitive fusionnée au prédicat pouvoir, nous obtiendrons :

voixP

[[voix pouv-V]+voix] VP’

VousD V’
(=DP)
<siège>

pouv-V CP <Thème>

C Infinitif

PRODP Infinitif’
[Cas
Nul]

[[voix sort-V +voix] Voix P


+Infinitif]

[voix sort-V
+voix]
VP

PRO D (= DP) V’
<participant non
agissant>
sort-V PP

deP làAdv (= AP)

<Source>

Après :
- fusion du syntagme de voix (de la phrase matrice), à la tête TAM (notée T),
- accord entre T° et le DP le plus proche (vous à Spec, pouv-),
- assignement du Cas Nominatif à ce même DP,
- et incorporation à T°, de la tête voix° (qui aura déjà incorporé, elle, la racine verbale pouv-),
afin de valoriser ses traits TAM contre les traits de T° ({[-virtuel], [-passé]}, [+sécant], [+L0-
vrai]}),

l’objet syntaxique complexe généré correspondra plus ou moins à l’indicateur syntagmatique (arbre) de
la figure suivante, où les flèches indiquent les déplacements requis soit pour unir radical et inflexions
verbales (création du mot-forme), soit pour valoriser des traits syntaxiques sans valeurs spécifiées.
Rappelons que le Cas Nominatif n’est qu’un trait de temps sans valeur spécifiée, sur la tête du syntagme
nominal qui va assigner, lui, sous accord, une valeur, aux traits personne et nombre de T°. Dans le
cas du français, [(+/-)passé] serait le candidat idéal.
Le Temps valorise le trait non valorisé du nominal, le nominal valorise les traits non valorisés de nombre
et de personne du Temps.
Mais, tandis que la tête T° peut « regarder » dans le faisceau de traits en quoi consiste D° dasn la position
de base du dernier, l’inverse n’est pas vrai, le DP devra se déplacer à une position au-dessus de T° (à,
Spec,T) pour pouvoir chercher et retrouver, parmi les traits de T°, le trait [-passé] (dans notre exemple).

Comme la phrase matrice est une phrase déclarative à verbe fini (+Temps), la catégorie C va être
porteuse de traits qui indiquent ces deux propriétés-là.
Les phrases racines ont leur modalité (d’énonciation) notée dans le complémenteur, qui n’est alors plus
un subordonnant – du moins si l’on n’adopte pas l’hypothèse des verbes performatifs implicites (selon
laquelle Vous pouvez sortir de là serait sous-tendue par J’AFFIRME QUE vous pouvez sortir de là).
CP

C TP

Vousi T’
[Cas Nomin]

[[[voix pouv-V]+voix]+T] voixP

[[voix pouv-V]+voix] VP’

VousI V’
<siège>

pouv-V CP <Thème>

C Infinitif

PROi Infinitif’
[Cas
Nul]

[[voix sort-V +voix] Voix P


+Infinitif]

[voix sort-V
+voix]
VP

PROi V’
<participant non
agissant>
sort-V PP

deP làAdv (= AP)

<Source>
Le sujet modal Vous est, ici, co-référentiel avec PRO, l’argument à Cas Nul de la complétive (sujet
dictal). On dira que le sujet modal « contrôle » l’interprétation référentielle du sujet dictal. On note la
coréférence par des indices identiques –ici, vousi…… PROi.

Sous cette analyse, le verbe modal pouvoir en emploi radical (déontique dans l’exemple donné) instancie
le même type de construction (infinitif dit à contrôle) que le verbe promettre (de + inf), à ceci près que
le contrôleur de la référence du pronom phonétiquement nul PRO est le sujet modal lui-même, et non le
complément d’objet indirect (remplissant le même rôle thématique que lui : <Cible> de la permission).
Comparer à :

Je vousi permets de PROi sortir de là.