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Les verbes et leurs signifiés (lexicaux : traits purement sémantiques, non-grammaticalisés) :

confuncts et perfuncts (neurolinguistique)

Il existe, en-deçà des verbes (lexèmes de langues naturelles, tel le français), des conceptualisations
d’un type particulier, qui résultent en première instance soit d’abstractions opérant directement sur des
programmes pré-moteurs et/ou moteurs (quels qu’ils soient), en fonction (activation en cours :
illustration procédurale), et/ou sur des réseaux experts (spécialisés pour un certain mouvement ou pour
une action complexe donnée : préhension, morsure, mastication, déglutition ; action complexe de
manger une pomme ou un fruit ou légume de taille/volume et de densité similaires), y compris, dans
ce dernier cas, en-deçà de leur seuil de performance (quand ils sont « hors fonction »).

Les programmes moteurs et pré-moteurs fonctionnent en mode séquentiel, de sorte que le déroulement
dans le temps en est une caractéristique distinctive, par rapport à la perception d’objets bi- ou
tridimensionnels : ces perceptions résultent de l’opération, en parallèle, de programmes experts
spécialisés pour la couleur, les lignes, les marges, les angles, les surfaces, les volumes etc.).

Valable pour les catégories très abstraites telles que +dynamique, +changement d’état, phase/ activité,
tension/détension, … catégories d’illustration procédurale sans option d’illustration notionnelle ou de
définition par synthèse de propriétés analysables !

Bien que participant pour l’essentiel d’un même mécanisme de représentation mentale que les
notions qui ont été abstraites de perceptions d’objets physiques, à savoir la capture de
l’essence même d’événements neuronaux fuyants, toute conceptualisation ou « capture
ensemble de » changements ayant lieu dans le temps (changement d’état d’un seul et même
réseau expert ou bien passage d’un sous-programme au sous-programme suivant, dans le cadre
de programmes complexes qui fonctionnent en mode séquentiel) aura ceci de particulier
qu’elle portera en première instance sur la façon dont ces réseaux experts fonctionnent, plutôt
que sur ce qu’ils font, donc, plutôt sur l’exécution du programme que sur son résultat.

En neurolinguistique connexionniste, on les appelle confuncts (de functus, participe parfait du verbe
latin déponent fungor, fungi, functus sum, « executer, performer ») – voir Lamb 1999.

La distinction est parfois faite entre percepts et concepts, les premiers étant définis comme étant uni-
modaux (procédant d’une seule modalité sensorielle : par exemple, la notion de <jaune> est un percept
visuel, de même que les notions de< ligne droite>, de <courbe>, d’<angle>, de <surface concave>,
<convexe> ou <plane>), et les seconds, plurimodaux (par exemple, le concept de <banane> est à la
fois gustatif, olfactif et visuel, et, en tant que représentation visuelle d’un objet tridimensionnel, il va
comporter des propriétés de couleur et de forme elles aussi fort complexes 1).
Cette distinction se laisse extrapoler aux conceptualisations relatives (aussi voire surtout) à la
quatrième dimension qu’est le temps, mais ce sera dans des termes légèrement différents : les
confuncts sont plus abstraits que les perfuncts, qui seuls ont des instances susceptibles de faire l’objet
de perceptions immédiates. Car les derniers correspondent à un scénario spécifique, tandis que les
premiers peuvent par hypothèse correspondre à plusieurs scénarios.
En adaptant (assez librement) au français, les exemples de Lamb 1999, nous noterons que la
représentation mentale désignée par obtenir une pomme est plus abstraite que celles respectivement
désignées par saisir la pomme, prendre la pomme ou l’empoigner.

Qu’est-ce qui suit souvent les soirées « flemme » ? Les journées « va-vite »… Dans le cas présent, ça veut dire :
(…) Empoigner une pomme et un yaourt à boire vanille et sirop d’érable. (Internet 2)

<Obtenir une pomme> est une construction mentale assez vague ; certes, obtenir n’est pas recevoir, il
y a ici une idée de causation, mais cela peut correspondre à deux séries de scénarios assez différents
(s’en faire donner une pomme ou, alternativement, s’en procurer une soi-même) ; <saisir la pomme>,
1 S’y ajoutera sans doute aussi une représentation tactile, en prise directe sur les programmes moteurs de préhension.
2 http://itsinthebox.canalblog.com/archives/2008/12/03/11612602.html
c’est déjà plus concret : le scénario de l’attribution par autrui est ici décidément éliminé ; s’y ajoutent
des idées de mouvement ou : geste, mais aussi des idées de rapidité, de décision, de précision de ce
geste (composante de manière liée à l’agent) : on peut vous voir saisir la pomme, mais on ne peut pas
vous voir l’obtenant. <Prendre la pomme>, c’est encore plus concret, car impliquant outre la manière
(vivacité, précision du geste), l’usage d’un instrument (typiquement, mais pas nécessairement, la main,
comme dans le geste de préhension, geste réflexe : à la main, à pleines mains ; mais aussi : avec une
ampleur plus large du geste : dans ses bras ; ou, avec une ampleur réduite : entre les doigts, entre le
pouce et l’index, des deux doigts ; ou bien à l’aide d’un autre instrument faisant lui, l’objet d’une
préhension (sinon à activation automatisée) : avec des pincettes, avec un mouchoir – à nouveau : on
peut vous voir prendre la pomme, non pas l’obtenant) ;<empoigner la pomme> c’est encore mieux,
puisque l’instrument est alors non seulement activé comme virtuellement présent (choix ouverts), mais
précisé (le poing : le creux de la main et les doigts fléchis en position de préhension). Nous dirons
donc qu’obtenir qqch (par exemple : obtenir une pomme) est un confunct, tandis que saisir, prendre,
empoigner cette même chose sont des perfuncts ; les exemples envisagés montrent en outre que ces
catégories sont assez fluides et qu’il y a plutôt un continuum allant du plus concret (plus spécifié, plus
riche en informations, moins d’options ouvertes) au plus abstrait (plus vague, multiples options
ouvertes, plus schématique).

Le fait que le verbe français empoigner soit dérivé d’un nom (de partie du corps : poingN) et d’un
préfixe locatif (en-) moyennant une conversion (changement de classe de mots : du nom, en verbe) ne
préjuge en rien de l’inexistence d’un perfunct d’action, qui intègre des spécifications de manière et
d’instrument assez étoffées, tout en affichant des relations de sélection d’arguments typiques des
actions à agent (causations à causateur) : <prendre dans son poing (qqn, qqch)>.

La représentation mentale d’un tel perfunct, par synthèse de propriétés préalablement abstraites (vs par
illustration procédurale à partir d’instances du procès figées en mémoire épisodique ou à partir
d’activations diverses du programme moteur de préhension) comporte nécessairement des propriétés
de nature relationnelle expliquant ou correspondant directement à la sélection d’un argument subissant
instancié par un objet susceptible de rentrer dans le creux de la main, et d’un agent causateur
[+humain] non manchot (en tout cas, qui n’est pas privé des deux mains à la fois).

Plusieurs conceptualisations peuvent coexister pendant un certain temps du moins :

1) Une représentation non-analytique, par illustration procédurale, à partir des programmes


moteurs de préhension. Nœud jonction trivial, à seuil d’activation 1 (une ligne entrante) qui
hérite de l’essence évanescente du programme moteur en cours (geste de préhension).

2) Une représentation analytique partitive (phases/ action). Nœud jonction non-trivial, qui
représente ce que représentent chacun des nœuds qu’il domine :
1. Intention d’exécuter programme moteur (Y = siège de l’intention)
2. Programme moteur à exécuter/ exécuté :
2.1. fléchir doigts (activer muscles et tendons fléchisseurs des doigts) �/+ creuser main
2.2. fermer doigts autour de X (X= argument subissant)
= <préhension>
3. état final : location de X, dans le creux de la main de Y (Y= agent causateur de la préhension)

(X =objet physique tridimensionnel susceptible de tenir dans le creux de la main et /ou d’être à
portée des doigts de l’agent) & (Y= {[+humain] & [+main = possession inaliénable]})

Connexions explicites de concepts subsumés à la notion de <préhension-dans-la-main>, à des


descriptions (conceptualisations) d’objets !
- Objet tridimensionnel susceptible de tenir dans la main et/ou d’être à la portée des doigts
(instrument de la préhension)
- Possesseur de l’instrument de la préhension (main à doigts indemnes) &siège de
l’intentionnalité

Les verbes sont par essence relationnels parce que les notions qu’ils désignent (confuncts et perfuncts)
le sont.