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Table des matières

CHAPITRE 1 ............................................................................................................. 4
REVUE DE LITTERATURE ....................................................................................................... 4
Section 1 : Pluralité de l’économie informelle et ses diverses manifestations ......... 6
1-L’invention et Origine du concept de « secteur informel ». ……………………6
2-Les activités informelles selon les systèmes socio-économiques ................. 6
A- L’économie informelle dans les pays développés ....................................... 7
B- L’économie informelle dans les pays en développement ............................ 13
B.1- Typologie des activités informelles ..................................................... 14
B.2- Contexte d’émergence des activités informelles .................................. 16
1. Les diverses définitions du secteur informel ................................................... 18
A- Les définitions multicritères ....................................................................... 18
A.1 Définition du BIT .................................................................................. 18
A.2- Définition de Santos ........................................................................... 19
A.3- Définition de Sethuraman ................................................................... 20
B- Les définitions fonctionnelles .................................................................... 21
C- Les définitions du BIT ............................................................................... 22
D- Les définitions approximatives .................................................................. 23
Section 2 : Le débat autour des activités informelles.............................................. 28
1. Les différentes approches de l’économie informelle ....................................... 28
A-Secteur marginal ou de subsistance........................................................... 28
B- Secteur dynamique ................................................................................... 30
C-Réponse à la crise ..................................................................................... 32
D- Secteur soumis au système capitaliste ...................................................... 34
E- Réponse à la réglementation publique excessive....................................... 36
2. Les activités informelles dans les modèles du marché du travail...................... 37
A. Le modèle néoclassique ............................................................................ 37
A.1- Le marché du travail : un marché comme les autres ............................. 37
A.2- L’analyse du chômage........................................................................ 38
B. Le modèle marxiste ................................................................................... 39
C. Les modèles dualistes ............................................................................... 42
Le modèle de Lewis ................................................................................... 42
C.2- Le modèle de Harris-Todaro ............................................................... 43
D. Les modèles tenant compte de l’emploi informel ........................................ 44

2
D.1- Le modèle de Fields ........................................................................... 44
D.2- Le modèle de Lopez ........................................................................... 46

3
CHAPITRE 1:

REVUE DE LITTERATURE

4
Introduction

Depuis son apparition dans les années soixante dix, le phénomène des activités
dites « informelles » est devenu l’une des préoccupations majeures de l’économie du
développement dont le champ d’analyse était dominé principalement par des thèmes
relatifs à l’économie formelle tels que l’industrialisation du tiers monde, les rapports
ville-compagne, l’endettement extérieur, le commerce mondial, etc.

La prise de conscience du caractère hétérogène et contradictoire des structures


du marché du travail a mobilisé les chercheurs tout au long des années quatre vingt, ce
qui a permis d’avoir une littérature abondante sur le sujet. Une profusion d’études
s’accorde sur le rôle considérable que joue cette économie informelle dans la création
d’emploi, la lutte contre la pauvreté et la distribution des revenus. Cependant, la
complexité du phénomène et l’ambigüité qui règne quant à son origine et ses diverses
qualifications et quant aux fonctions qu’il assure, ont acculé à des interprétations
divergentes, d’où la pluralité des approches, définitions et méthodes d’évaluation.

Pour caractériser cette autre économie, les termes ne manquent pas (économie
souterraine, non officielle, parallèle, illégale, noir, occulte, invisible, etc.), autant de
formulations pour désigner toute une panoplie de réalités et de situations, ce qui
révèle la difficulté de nommer, d’appréhender et d’évaluer ce type d’activité dont les
manifestations et l’importance varient selon les systèmes économiques et le degré de
développement des pays concernés.

Bien que, les premiers modèles du marché du travail, ne prenaient pas en


compte l’existence et la dynamique du secteur informel, le rôle que joue ce dernier
surtout dans les pays du Sud, où il est massivement présent, a amené les chercheurs à
reconsidérer l’utilité du secteur informel dans les fonctionnements du marché du
travail. Ainsi, les thèses de la segmentation qui considèrent que le marché du travail
est composé d’un secteur protégé et d’un secteur informel et les analyses du secteur
informel urbain de Lopez et de Fields ont permis d’enrichir le débat sur les structures
du marché du travail dans les pays en développement.

Dès lors, l’objet de ce chapitre est de dresser une revue de littérature sur le
secteur informel afin de rendre compte de la variété de ses manifestations selon les
systèmes socio-économiques et de l’évolution du statut du secteur informel dans les

5
différents modèles du marché du travail. Ceci est d’autant nécessaire pour identifier
et clarifier les enjeux que pose la question de l’économie informelle.

Section 1 : Pluralité de l’économie informelle et ses diverses


manifestations
Depuis la publication du fameux rapport du BIT sur l’emploi au Kenya1, les
études se succédèrent. Diverses enquêtes ont été effectuées sur le secteur informel,
soit par le BIT, soit par des organismes de recherche nationaux et internationaux ou
par des universitaires. Ces études ont essayé de mettre l’accent sur le développement
de l’informalité dans les pays du Sud, mais aussi dans les pays du Nord. Plusieurs
approches ont essayé d’expliquer l’existence du secteur informel, et plusieurs
définitions ont été formulées.

Ainsi, nous commencerons par présenter les origines du concept du secteur


Informel puis les diverses manifestations de l’économie informelle selon les pays.
Ensuite ; nous examinerons les différentes approches anciennes et nouvelles du
secteur informel, pour présenter ensuite les principales définitions énoncées par les
auteurs afin de décrire ce type activités qui ne fait partie ni du secteur traditionnel ni
du secteur moderne.

A -L’invention et Origine du concept de « secteur informel ».

Les concepts et définitions statistiques se font et se stabilisent généralement


après que des débats théoriques aient ouvert la voie à des changements suites à des
phénomènes socio-économiques. Depuis 1923, c’est la Conférence Internationale des
Statisticiens du Travail qui tous les 5 ans et sous les auspices de l’Organisation
Internationale du Travail1 est en charge de la définition des concepts de population active
et de leur révision. Tout comme l’Organisation Internationale du Travail, la Conférence
Internationale des Statisticiens du Travail présente la caractéristique originale d’être
tripartite et de rassembler des représentants des Etats, des organisations représentatives
des travailleurs et des organisations représentatives des employeurs, ce qui permet, à
travers les positions respectives de chacun de ces trois acteurs, de comprendre les enjeux
qui se cachent derrière les concepts adoptés, amendés ou rejetés .

1
Jacques Charmes 1990 Les origines du concept de secteur informel et la récente définition de l’emploi informel.
6
L’expansion du salariat a caractérisé la révolution industrielle, bien que pendant
longtemps encore, les employeurs aient continué à utiliser cette forme dépassée que
constituait le travail à domicile. L’ « invention » du chômage, date de cette période où les
travailleurs salariés permanents perdaient leur emploi, connaissant de longues périodes de
non emploi en alternance avec des périodes d’emploi, en raison des crises cycliques. Ces
situations de chômage furent progressivement reconnues et étendues aux travailleurs à
domicile. Après la seconde guerre mondiale, les systèmes de protection sociale acquirent
un caractère universel et polyvalent (santé, famille, retraite, chômage) dans la plupart des
pays européens et des pays industrialisés, et peu à peu, ces avantages furent étendus aux
travailleurs à domicile ,une évolution des lois du travail qui peut permettre de comprendre
que l’utilisation d’une telle forme de travail soit devenue moins profitable pour les
employeurs et qu’elle se soit progressivement éteinte.

L’irrésistible accroissement des taux de chômage (jusqu’à plus de 10% de la


population active) du milieu des années 1970 jusqu'à nos jours a provoqué la remise en
question du modèle européen de protection sociale universelle. Quel que soit l’avenir, les
deux décennies passées ont vu stagner et même diminuer la part du salariat dans la
population active, parallèlement à des taux de chômage de plus en plus élevés. Un
nouvel intérêt s’est alors manifesté en faveur de l’emploi indépendant et de l’auto-
emploi, comme moyen de prévenir les taux de chômage d’atteindre des sommets encore
plus élevés2.

Ce nouvel intérêt pour l’auto-emploi dans les pays industrialisés constituait une
sorte d’écho à l’accroissement rapide de l’emploi dans le secteur informel dans les pays
en développement.

Le modèle fondateur de l’économie du développement, «le développement


économique avec offre illimitée de main d’œuvre» de Lewis ancra dans la théorie
économique l’idée que le salariat était destiné à s’étendre et se généraliser avec
l’industrialisation et la modernisation, parce que les migrations rurales-urbaines qui
interviennent à large échelle en raison de la faible productivité de l’agriculture dans les
campagnes fournissent une main d’œuvre à bon marché pour le démarrage de
l’industrialisation.

2 2 J. Charmes, « Une revue critique des concepts, définitions et recherches sur le secteur informel »,dans Une nouvelle approche du

secteur informel, OCDE.


7
Cependant, avant le premier choc pétrolier, il était devenu clair que le modèle de
Lewis ne fonctionnait pas comme prévu et il devait revenir à Todaro , puis plus tard à
Fields , de le remettre en cause. Dès la fin des années 1960 et le début des années 1970,
le Programme Mondial de l’Emploi était lancé par le Bureau International du Travail : la
confiance dans le modèle de Lewis avait disparu et la crainte de taux de chômage et de
sous emploi toujours plus forts était désormais présente, principalement due aux taux de
croissance démographique élevés et à l’importance de l’exode rural. Etudes et enquêtes
furent lancées dans diverses régions du monde dans le cadre du Programme Mondial de
l’Emploi. Il devenait revenir au fameux rapport du BIT sur le Kenya, le premier d’une
longue série, d’expliquer pourquoi et comment l’absence de création d’emploi dans le
secteur moderne n’avait pas provoqué une augmentation insoutenable du chômage, et
d’inventer ou plutôt d’enraciner le concept de secteur informel en tant que catégorie
majeure pour l’analyse des marchés du travail dans les pays en développement.

Définissant le secteur informel à partir des critères bien connus, parmi lesquels la
facilité d’entrée était au premier rang (avec des marchés de concurrence non
réglementés, la propriété familiale des entreprises, la petite échelle des opérations,
l'utilisation de ressources locales, des technologies adaptées et à forte intensité de travail,
des formations acquises en dehors du système scolaire), le rapport sur le Kenya marque
une étape en ce sens qu’il lança et entretînt les débats parmi les chercheurs sur le concept
lui-même et surtout la qualification d’un secteur dont la notion semblait reconnaître un
dualisme structurel des économies en développement. Mais ce modèle collait de moins
en moins bien avec une réalité où les deux types d’activités sont étroitement imbriquées
et inter-reliées.

8
Le premier objectif de la 15ème Conférence Internationale des Statisticiens du
Travail (CIST) de 1993 fût de désenchâsser le concept de secteur informel de son image
d’illégalité et de secteur souterrain à travers laquelle il s’était frayé un chemin (pour une
distinction claire entre illégal, souterrain et informel, Il peut être utile de rappeler ici les
discussions préliminaires intervenues dès la 14ème Conférence en 1987, lorsque le
représentant du Kenya, pays où était né le concept, demanda la parole pour expliquer que
dans son pays ces activités auxquelles on se référait ne pouvaient être qualifiées
d’activités souterraines : le terme « moonlighting » signifiant « au clair de lune » que les
pays industrialisés avaient discuté jusque là de façon unilatérale et univoque lui semblait
inapproprié puisque dans son pays, ces activités étaient menées « en plein soleil » et non
« au clair de lune » : le terme Swahili « Jua Kali » servant à désigner ces activités se
traduit d’ailleurs par « sous le soleil brûlant » : une façon de dire que les activités du
secteur informel, loin de se cacher, s’exercent en plein jour et qu’il n’y a pas, de la part
de ces opérateurs, une volonté délibérée d’éviter de se soumettre aux obligations légales
et au paiement des taxes. Il s’agit bien plutôt d’une certaine incapacité ou d’un manque
de volonté de la part de l’Etat, à faire appliquer ses propres réglementations, peut-être
parce que, dans bien des cas, celles-ci se révèlent inadaptées et inapplicables3.

Une seconde préoccupation de la Conférence fût, non pas d’exclure l’agriculture


et les activités primaires du champ du secteur informel (beaucoup de pays étant attachés
à l’inclusion de ces activités dans le champ du concept), mais de traiter ces activités
séparément et de produire des statistiques du secteur informel hors agriculture. La raison
en est que ces deux composantes (agricole et non agricole) évoluent généralement en
sens opposé de telle sorte que la tendance générale est difficile à interpréter ou peut être
trompeuse en raison de la taille du secteur agricole dans lequel le secteur informel serait
ainsi noyé4.

3
Lautier, B., 1994 « L’économie informelle dans le Tiers-monde », la Découverte.
4
Lautier, B., 1991 « les travailleurs n’ont pas la forme » dans l’État et l’informel, l’harmattan, Paris
9
1. Les activités informelles selon les systèmes socio-économiques
L’économie informelle n’est pas le privilège de certains systèmes socio-
économique, c’est une réalité universelle (Castells et Portes, 1989; Huang et al.,
2004). Les estimations du BIT2 dévoilent qu’elle emploie 66 % de la population
active en Afrique subsaharienne, 51% en Amérique latine, 45% au Moyen orient et en
Afrique du Nord, 65% en Asie de l’Est et du Sud Est (sans la chine3) et 82% en Asie

1
BIT (1974), Emploi, revenu et égalité : stratégie pour accroître l’emploi productif au Kenya. OIT,
Genève.
2
BIT (2013), Mesurer l’informalité : manuel statistique sur le secteur informel et l’emploi informel. OIT,
Genève.
3
Les statistiques des six villes de la Chine urbaine montrent que 36% de l’emploi non agricole est
informel. Voir BIT et WIEGO (2012), Women and men in the informal economy. A statistical picture
(Genève).

1
0
du Sud. D’autres études estiment que l’emploi informel représente 5 à 10% en
Europe occidentale et en Amérique du Nord4.

D’où l’intérêt de s’interroger sur les diverses manifestations de l’économie


informelle dans les pays développés et dans les pays en développement.

A- L’économie informelle dans les pays développés

La prolifération des activités informelles dans les pays développés a conduit les
auteurs à développer une série d’interprétations. Certains considèrent que l’économie
non officielle est un amortisseur de la crise 5
, ou une alternative à l’économie
marchande6, d’autres expliquent son développement par la crise de l’Etat-providence7.

Dès lors, plusieurs questions doivent être soulevées : comment peut-on


expliquer l’émergence de ces activités dans les pays développés ? Quelles formes
prennent-elles ? Qu’en pensent les auteurs ?

Certains auteurs considèrent que l’économie non officielle comprend une série
d’activités qui se déroulent en marge des normes dominantes de la division du travail,
du salaire, et de la protection sociale qui lui est associée8. Adair de son coté, distingue
trois manifestations essentielles des activités informelles dans les pays développés. Il
s’agit du travail au noir, l’économie domestique, et l’entraide9. Alors que d’autres
auteurs parlent plutôt d’économie seconde ou d’activités parallèles dans les pays de
l’Est.

Figure 1: Manifestations des activités informelles dans les pays développés

4
Lautier B. (2006), « Economie informelle », in J-L Laville, A.D. Cattani, Dictionnaire de l’autre
économie, Folio actuel, Gallimard, Paris, p.210-219.
5
Rosanvallon P. (1980), « Le développement de l’économie souterraine et l’avenir des sociétés
industrielles », le Débat, Gallimard, n°2.
6
Gortz A. (1988), Métamorphose du travail. Quête du sens. Critique de la raison économique. Paris,
édition Galilé.
7
Archambault E., Greffe X. (1985), Les économies non officielles. Paris, la découverte.
8
Greffe X. (1982), l’économie non officielle, Problèmes Economiques, N° 1771, p.3.
9
Adair P. (1985), L’économie informelle (figures et discours). Paris, Anthropos.

1
1
Activités
informelles

Travail au Economie Economie


L'entraide
Noir domestique parallèle

Source : Etabli par l’auteur

A.1- Le travail au noir :

Le travail au noir existe dans tous les pays développés et touche plusieurs
secteurs d’activités. Grazia le définit comme étant une activité professionnelle, unique
ou secondaire, exercée en marge ou en dehors des obligations légales, réglementaires
10
ou conventionnelles, à titre lucratif et de manière non occasionnelle. Klatzmann
différencie trois formes de travail au noir : l’emploi non déclaré de salariés, la fraude
fiscale et le travail indépendant non déclaré.11 L’économie au noir est évaluée en
France à plus de 4% du PIB12 et à 6.4 % en Italie13 et « se nourrit perpétuellement
des interdictions, des coûts étatiques, du chômage croissant, de la pauvreté, et de la
dégradation des services publics 14».

Selon l’analyse de Jean-François Laé, l’introduction dans le noir résulte presque


toujours de l’endettement et sera plus facile pour celui qui a pu capitaliser des
contacts et des compétences d’un travail salarié antérieur, ainsi le travail au noir
s’inscrit dans un réseau de relations qui le féconde, tout comme il le protège15.

Laé poursuit son analyse en distinguant trois niveaux d’engagement dans le


noir. Le premier niveau (le plus précaire) englobe des formes de travail au noir
dispersées, relativement peu organisées, ce sont les petits trafics dans les cités où le
territoire est limité et tous les acteurs se connaissent. Le deuxième niveau est réservé à
l’artisanat, à l’ouvrier industriel ou à la petite entreprise à faible profit et accumulation
réduite de capitaux, c’est le monde de la sous-traitance, souvent univoque et

10
De Grazzia R. (1980), « Le travail au noir : un problème d’actualité ». Revue internationale du travail,
vol 119, N° 5, p.595.
11
Klatzmann R. (1982), Le travail noir, Que sais-je ?, N° 2013, PUF.
12
Willard J.C (1989), « L’économie souterraine dans les comptes nationaux », Economie et
statistiques, N° 226, p.37.
13
Wagner C. (1995), « La prise en compte de l’économie au noir : l’exemple de la méthode italienne »,
Economie et statistique, N° 285-286, p.83.
14
De Poncins M. (1990), Chômage : fils du socialisme (les vérités, les remèdes). Editions Les Tacreniers,
p.67.
15
Laé J.F (1993), Le grand célibataire, Rapport Plan Urbain, p.41.

1
2
temporaire. Le dernier niveau est celui de la criminalité et de la grande distribution,
où le travail au noir est érigé en système de marché, créateur de richesses et d’emplois
clandestins16. Les deux derniers niveaux sont nichés au cœur même du système légal
avec lequel ils entretiennent des relations variées et variables17.

A.2- L’économie domestique :

Le travail domestique concerne l’ensemble des activités économiques


développées hors marché au sein de la sphère domestique, celle de la famille, des
ménages. Réalisé le plus souvent par des femmes et envisagé pendant longtemps par
les économistes comme créateur de simples valeurs d’usages destinées spécialement
à l’auto-consommation. M.Baulant (1972) met l’accent sur la place centrale occupée
par la production domestique dans le système général de la production en prenant
comme exemple qu’un homme perdant sa femme se trouve « empêché de produire » :
« non seulement la femme faisait la cuisine, le ménage, raccommodait, élevait ses
enfants mais encore elle filait, et s’occupait des bêtes. Pas de femme, pas de vache,
donc pas de lait, pas de fromage, ni poules, ni œufs18. »

La thématique du travail domestique apparaît aux Etats-Unis dès le milieu des


années 1960 et renvoie à une pratique séculaire des femmes. Parce qu’il n’est pas pris
en compte dans la comptabilité nationale à cause de son caractère non marchand, le
travail domestique est socialement non reconnu, reproduisant ainsi l’oppression des
femmes qu’il suppose19. L’informalité dans ce cas, n’est pas perçue comme un choix
volontaire, par contre dans d’autres activités masculines comme le jardinage et les
travaux de réparation à domicile, l’informalité n’est pas considérée comme une
entrave à la liberté mais plutôt une autre manière d’être à son compte afin de pouvoir
gérer librement son temps, son mode de vie et ses ressources.

A.3- L’entraide :

L’entraide appartient encore moins que les précédentes formes au domaine de


l’économique 20 , mais plus à celui du social. Cela consiste à la production et la
distribution des biens et services généralement non monétaires mais qui se fondent sur

16
Laé J.F (1993), op.cit p.185.
17
Mozère L. (1999), Travail au noir, informalité : liberté ou sujétion ?. Éditions l’Harmattan, p. 42.
18
Baulant M. (1972), « La famille en miettes », Annales ESC, N° 4-5, p. 960-961.
19
Dupont C. (1970), « L’ennemi principal », Partisans, N° 54-55.
20
Adair P. (1985),op.cit.

1
3
l’existence d’institutions et de réseaux de formes sociales distinctes selon les réalités
socio-économiques tels que les associations. C’est le lien social qui est privilégié au-
delà de la nature de la prestation échangée, la redistribution également repose sur la
recherche des valeurs collectives, de solidarité et d’une société plus humaine.

A.4-Economie parallèle

L’économie parallèle est considérée comme étant l’ensemble des utilisations de


la capacité de travail hors secteur socialisé au même titre que les flux de redistribution
au sein de la population en dehors des circuits de distribution socialement organisés21.
Les activités parallèles se manifestent au niveau de la production et de la distribution.

Au niveau de la production, elle concerne les détournements des facteurs de


production vers le secteur privé. Il s’agit des infractions aux règles dues à la rigidité
du système économique qui consistent à tourner le règlement afin de s’assurer un gain
individuel22.

Au niveau de la distribution, lorsque la demande est excédentaire pour certains


biens (viande, logement, voiture …), toute personne qui se trouve en position de
décider de la distribution de ces biens peut profiter de son pouvoir et réaliser des
bénéfices en augmentant les prix des biens et services.

L’économie informelle sous toutes ses formes ne cesse de prendre de


l’importance dans les pays développés, comment peut-on expliquer l’émergence de
ces activités ?

A.5-Contexte d’émergence des activités informelles

Un bref aperçu sur la littérature économique révèle qu’il y a plusieurs


explications de la coexistence de différentes formes de production dans ces pays.

La crise économique et sociale de mai 1968, a conduit dix millions de grévistes


à déclencher une révolution du présent pleinement assumé (hiérarchie, productivité,
monopole du savoir, etc.). Dès lors, des activités « hors travail » qui peuvent balancer

21
Gabor I.R. (1981), « La seconde économie dans une économie socialiste : un point de vue
hongrois », Problèmes économiques, N° 1720, p.3-9.
22
Il s’agit aussi bien des vols organisés à grande échelle que de petits vols individuels qui sont
caractérisés par le grand public comme normaux et légitimes. Voir Grosfeld I., Smolar A. (1981),
« L’économie parallèle en Pologne », Problèmes économiques, N° 1720, p.16-21.

10
entre le retour à la terre et l’autoproduction en dehors du marché prennent forme, en
passant par les engagements associatifs, ce qui a poussé les économistes à parler
d’informalité23.

Dans ce contexte, l’économie informelle est pensée comme une voie alternative
qui s’échappe à la contrainte du marché et de l’Etat.

La crise pétrolière aux Etats-Unis d’abord, puis en France a remis en cause


l’Etat providence considérée comme trop onéreuse et improductive du fait que la
multiplication des services offerts ne contribuerait pas à satisfaire de manière
adéquate les besoins des individus, envisagés uniquement comme des
consommateurs24.

La hausse des prélèvements obligatoires déboucherait sur des pratiques de


contournement de l’impôt et des charges sociales, ce qui inciterait les contribuables à
l’inactivité (travail domestique) ou à la non déclaration du travail qu’ils accomplissent
(travail au noir). Dans ces conditions, se pose la question de la capacité de
redistribution de l’Etat-Providence.

Par ailleurs, l’accroissement du Chômage indemnisé, impulserait le chômage


volontaire puisque les individus auront tendance à préférer l’inactivité ou chercheront
des compléments de revenu dans le travail au noir faussant de la sorte la concurrence
sur le marché du travail en affaiblissement l’offre.25

Pour Xavier Greffe, l’économie informelle n’est que la traduction de


déséquilibres que l’Etat providence ne peut corriger et le travail domestique ou le
travail au noir résultent d’une inactivité forcée et d’une paupérisation accrue26. Les
micro-économistes, quant à eux, considèrent que l’économie informelle traduit
l’adaptation des comportements individuels en réaction à des modifications de
règlement et de prix.

23
Hervieu B., Leger D. (1979), Le retour à la nature, Le seuil.
24
Rosanvallon P., Viveret P. (1992), Pour une nouvelles culture politique, Le seuil, p.9.
25
Cette explication qui révèle du modèle néo-classique stipule que le marché du travail est régit par
la concurrence pure et parfaite, ainsi que l’existence sur ce même marché d’individus rationnels et
souverains.
26
Greffe X. (1984), « L’économie cachée en France : état du débat et bilan des travaux », Revue
Economique, N°4 , p.688.

11
D’autres écrits considèrent que l’économie informelle est soit l’autre pôle du
capitalisme, soit l’expression d’un nouvel équilibre de la société occidentale. Le
processus d’accumulation capitaliste crée, lui-même, son pôle formel et informel,
ainsi le secteur informel ne peut être décrit et définit qu’à partir de sa relation avec le
secteur formel et c’est le produit d’une division capitaliste du travail.27

Michel de Poncins le voit autrement, il considère que les principes socialistes


détruisent le marché de l’emploi et donne trois aspects à ces principes. D’abord, la
terreur fiscale où l’impôt tire sur tout ce qui bouge dans le pays. Ensuite, la création et
le développement permanent des monstres bureaucratiques qu’il qualifie
d’incompétents et nuisibles non pas par hasard mais par leur nature. Enfin, la
dévastation des marchés avec suppression de leur rôle irremplaçable de véhicule
d’information et d’ajustement.28 Dans cette optique, le socialisme apparaît comme la
cause principale, selon l’auteur, du chômage, comme il est l’origine du travail au noir
à travers l’ouverture du marché des activités parallèles qui confèrent une meilleure
rentabilité aux individus. Si tant de personnes ne crient pas leur misère d’une façon
intolérable, c’est qu’en fait elles arrivent à subvenir à leurs besoins grâce aux activités
parallèles29.

Dans une étude consacrée à New York, Saskia Sassen explique l’émergence des
activités informelles par un certain nombre de facteurs. D’abord, l’économie
informelle résulte de la demande de biens et de services émanant de l’économie dans
son ensemble (entreprises et consommateurs). Ensuite, la pression qui s’exerce en
particulier dans certains secteurs où les entrepreneurs cherchent toujours à réduire les
coûts, du fait de la concurrence qu’exercent les très faibles rémunérations versées
dans les pays du Tiers-monde. Encore, l’offre inadaptée de biens et services que
produit le secteur formel (prix trop élevés, localisations inappropriées, absence de
l’offre dans certains cas) contribue au développement d’activités informelles. De ce
point de vue, l’informalité apparaît comme un processus d’adaptabilité à une situation
spécifique et unique. Cependant, l’économie informelle qui s’est développée à New

27
Meunier CH. (1978), « Le secteur informel, contradictions dans l’analyse ou dans la réalité »,
communication au colloque de l’I.E.D.E.S sur la petite production marchande à l’institut d’urbanisme
de Paris.p.7.
28
De Poncins M. (1990), op.cit. p. 87.
29
Ibid. p.20.

12
York a permis d’abaisser considérablement les coûts de production pour les
entreprises et d’accroître la flexibilisation du travail.30

Enfin, l’entrée dans l’informel, comme le souligne Laé, est également liée, pour
celui qui s’y détermine, à un fantasme, celui d’une vie plus libre, d’une vie qui
renvoie à une forme de dénégation ou de refus de type libertaire de la réalité des
contraintes sociales. C’est d’une certaine manière, pouvoir gérer son propre compte31.

B- L’économie informelle dans les pays en développement

Le terme informel a été adopté par Hart en 1971 à la suite d’une étude sur le
Ghana32 pour distinguer au sein de l’économie africaine, des activités économiques
formelles, impliquant l’emploi salarié et des activités non structurées caractérisant
l’auto-emploi.

Le même terme a été repris par le BIT en 1972 dans le cadre du Programme
Mondiale de l’Emploi en Afrique pour caractériser l’emploi au Kenya. Selon le
rapport du BIT, le secteur informel regroupe des membres qui exercent un certain
nombre de métiers et d’emplois modernes divers, tout comme le secteur moderne
mais sans être protégés de la concurrence et sans avoir accès préférentiellement aux
crédits et aux techniques avancées33.

Dans les pays en développement, les manifestations des activités informelles


sont multiples (artisanat, réparation, services, bâtiment, habillement, etc.) et les causes
de leurs développements diffèrent (urbanisation accélérée, croissance démographique,
chômage urbain, etc.). Le secteur moderne n’a pas connu une évolution telle qu’il
soit capable de résorber une main d’œuvre provenant de la campagne 34
, d’où le
développement des analyses sur le secteur informel.

30
Sassen S. (1989), « New york’s informal economy », In Castells, Portes, Benton, The informal
economy. Studies in Advanced and Less Developped Countries. The John Hopkins University Press.
31
Laé J.F (1993), op.cit.
32
Hart K. (1973), « Informal income opportunities and urban employment in Ghana». Journal of
modern African studies (Londres). Une version antérieure de cette étude a été présentée à une
conférence qui s’est tenue en septembre 1971 à l’institut des études sur le développement de
l’université de SUSSEX.
33
BIT (1974), op.cit. p. 61.
34
Salahdine M. (1985), « Vous avez dit secteur informel ? ». Lamalif, N° 163.

13
Le secteur informel comprend un ensemble d’activités très hétérogènes et très
variés. C’est pourquoi, certains auteurs ont proposé une typologie des petites activités
urbaines. Nous retiendrons, les typologies présentés par J.Charmes et Ph.Hugon.

B.1- Typologie des activités informelles

Une typologie est un découpage du réel, à partir d’une combinaison de plusieurs


critères permettant d’en étudier les traits caractéristiques et de construire des types.35

Figure 2: Manifestations des activités informelles dans les pays en


développement

Activités
informelles

Selon Selon
Charmes Hugon

Petits
Secteur non Secteur non Prestations de Petite
structuré structuré non production commerçants
service et
localisé localisé marchande
transporteurs
Source : Etabli par l’auteur

A partir de l’enquête menée par l’institut national de la statistique en Tunisie en


collaboration avec l’office de recherche scientifique et technique outre-mer, Charmes
distingue deux grandes catégories distinctes d’activités que recouvre le secteur
informel36. Il s’agit du secteur non structuré localisé et du secteur non structuré non
localisé.

Le secteur non structuré localisé comprend trois catégories. D’abord, les petites
entreprises industrielles ou commerciales qui se distinguent des entreprises
capitalistes par le nombre d’effectifs employés. Ensuite, les artisanats et commerce
traditionnels, qui sont des activités de petite dimension ayant pignon sur rue et dont la

35
Hugon PH. (1982), « secteur souterrain ou réseaux apparents », », In Deble et Hugon, Vivre et
survivre dans les villes africaines, IEDES, PUF.
36
Charmes J. (1982), « Méthodologie des enquêtes sur le secteur non structuré », In Deble et Hugon,
Vivre et survivre dans les villes africaines, IEDES, PUF.

14
structure diffère de la première catégorie. Enfin, les petits métiers clandestins appelés
par les membres de la catégorie précédente comme des intrus, amateurs ou casseurs.

Quant au secteur non structuré non localisé, il comprend les catégories


suivantes37 :

- Les tâcherons et travailleurs à façons, sur chantiers (BTP), à domicile (sous-


traitance) ou dans les ateliers.
- Les travailleurs itinérants sans localisation fixe (transport).
- Les marchands ambulants.
- Le travail noir à domicile (activités clandestines de production ou de
service).
- Le travail à domicile traditionnel (tissage des tapis).
- Les travailleurs non déclarés par les employeurs du secteur non structuré
localisé.

Prenant en considération la très grande hétérogénéité des formes de production,


Hugon propose de décomposer les petites activités urbaines hétérogènes en sous-
ensembles homogènes selon deux critères fondamentaux38. D’abord, les conditions de
production qui sont définies par le caractère plus ou moins capitalistique des activités
et l’importance du capital avancé. Ensuite, les conditions du marché qui sont définies
par le pouvoir d’achat des groupes sociaux utilisateurs déterminant l’échelle de
l’activité et le niveau de rémunération.

Selon ce double critère, Hugon opère une distinction entre trois catégories
d’activités, il s’agit des prestations de services, la petite production de marchandises
et les petits commerçants et transporteurs de marchandises39.

Les prestations de services comprennent d’un côté les services personnels


(employés de maison, concierges, gardiens, cireurs, guides, coiffeurs, etc.) qui sont
très liées au sous-développement, selon l’auteur, et leur disparition dépend de la
réduction de l’inégalité de revenus entre les différentes couches sociales et d’un autre
coté, les services matériels d’entretien, de réparation ou de maintenance (cordonniers,
37
Charmes J. (1982), op.cit.
38
Hugon PH. (1982), op.cit.
39
Les développements qui suivent se rapportent à l’article de Hugon PH. (1980), « Les petites
activités marchandes dans les espaces urbains africains (essai de typologie), In RTM, tome XXI N°28
p.405-426.

15
réparateurs de radio, plombiers, électriciens etc.) dont l’émergence est considéré
comme induite par le développement économique et sont liés à la modernisation des
branches d’activités économiques et à l’augmentation des stocks de biens durables
(voitures, réfrigérateurs, télévisions, etc.)

La petite production de marchandises inclue trois formes d’organisation


différentes. Premièrement, les producteurs de produits à partir des déchets du secteur
moderne (vêtements, chaussures,…). Deuxièmement, les artisans indépendants
disposant d’un local fixe, d’un minimum de capital et d’une qualification
professionnelle. Enfin, les producteurs indépendants sous-traitants.

Les petits commerçants et transporteurs de marchandises connaissent une


grande prolifération dans les espaces urbains (porteurs, taxis, triporteurs, etc.) et dont
les prix sont inférieurs à ceux des transports mécanisés.

Cependant, la typologie de Hugon présente certaines insuffisances que lui-


même reconnaît. D’abord, par rapport à la multiplicité des activités exercées par un
seul individu puisque la même personne peut rendre des services, avoir des activités
de fabrication, transport et vente des marchandises. Ensuite, dans ce type d’activités,
la distinction n’est pertinente que s’il existe une relation entre la nature des activités et
les formes d’organisation sociale.

B.2- Contexte d’émergence des activités informelles

L’étude du phénomène qui touche à tous les secteurs de la vie active urbaine a
concerné d’abord les pays africains, l’Amérique Latine et par la suite le Maghreb. Ces
petites activités urbaines considérées comme des stratégies de survie connaissent une
expansion de plus en plus importante surtout dans les pays en développement et
diverses sont les études qui ont tenté de mettre en évidence leur persistance et leur
prolifération hors du cadre officiel.

Le facteur qui a poussé les économistes, les sociologues, les organismes


internationaux et les responsables politiques à s’intéresser de plus en plus au problème
de l’emploi dans les pays du tiers Monde est, sans doute, l’urbanisation accélérée.
Alors que la population totale a progressé au rythme de 3% en moyenne par an, celle

16
des villes a augmenté de 6% et celle des bidonvilles de 12 % 40 . La croissance
démographique et le rythme soutenu de l’exode rural étaient trop importants pour
empêcher la génération du chômage, de la pauvreté et de la délinquance.

Une faible salarisation de la population active due aux effets négatifs des modes
de développement sur l’emploi salarié comme le souligne Alavares C. « le
développement tel qu’il se concrétise dans le Tiers-Monde n’est en fait qu’un abus de
confiance destiné à aggraver la pauvreté et la détresse sous prétexte de les faire
disparaître »41. Amin S. ajoute que le développement est en panne, sa théorie est en
crise et son idéologie est un objet de doute42.

Les stratégies de développement au secteur moderne n’ont procuré que des


emplois limités et les performances de l’économie formelle étaient tellement faibles
que sous l’ère des politiques d’ajustement, les pays en développement ont connu de
graves incidences sociales.

Le prix social des plans de redressement préconisés par le Fond Monétaire


International a été lourd à supporter par une population qui se trouve déjà ruinées par
l’endettement. Dans tous les pays concernés, les conditions de vie sont devenues
excessifs spécialement pour les couches populaires au point d’être à l’origine de
situations sociales explosives.

De nombreux travaux ont mis le point sur la baisse de l’emploi salarié en


pourcentage de la population active même dans les pays où le taux de croissance
économique est relativement rapide. « L’absorption des travailleurs par le
développement du secteur moderne paraît illusoire pour des pays connaissant un taux
de croissance démographique supérieur à 2.5%. Pour que les nouveaux arrivants sur le
marché du travail soient insérés dans le secteur moderne, il faudrait que les emplois
salariés représentent la moitié de la population active alors que dans beaucoup de pays
en développement le pourcentage est de l’ordre de 10 à 20 % 43».

40
Hugon PH. (1991), « les politiques d’appui au secteur informel », In Salahdine M.,L’emploi invisible
au Maghreb, édition S.M.E.R. p.170.
41
Alvares C. (1983), Développement mortel, édition D.P.I/Université des Nations Unis, Genève.
42
Amin S. (1989), La faillite du développement en Afrique et dans le Tiers-Monde, une analyse
politique. Edition l’Harmattan, Paris.
43
Hugon PH. (1991),op.cit. p.170.

17
Toutefois, malgré que le secteur moderne fût incapable d’absorber le flux de la
main d’œuvre excédentaire provenant de la campagne, le chômage visible n’a pas
augmenté parallèlement à l’évolution de l’exode rural qui était et qui reste importante.
Les auteurs se sont alors demandés, comment ces arrivants de la campagne arrivent-t-
ils à subsister en ville ?

De toute évidence, certaines activités permettent à ces arrivants en ville de vivre


et de subvenir à leurs besoins vitaux. Ceux qui n’ont pas trouvé un emploi salarié dans
le secteur moderne, doivent chercher au-delà d’autres moyens pour avoir un petit
revenu. Encore, la quasi-inexistence des allocations de chômage dans les pays en
développement acculent les chômeurs à trouver d’autres solutions hors du circuit
officiel sans avoir une préférence pour le chômage volontaire, comme c’est le cas
dans les pays développés.

Pour toutes ces raisons, se développèrent dans les villes du Tiers-Monde, des
activités qualifiées d’informelle, non structuré ou de petite production marchande.

2. Les diverses définitions du secteur informel


Les auteurs ont suivi des voies différentes pour définir les activités informelles,
en raison du caractère complexe et hétérogène de ces activités. Appréhender le secteur
informel est une tâche assez délicate pour les chercheurs qui s’y intéressent, voire
même un sujet de débat. Le rapport du BIT est le premier à avoir essayé de définir le
secteur informel. Dès lors, plusieurs définitions ont été formulées par les auteurs.

A- Les définitions multicritères

Inspirées de la théorie classique et néoclassique44, les définitions multicritères


essayent d’identifier le secteur informel en se référant à plusieurs critères, tout comme
la définition du BIT, de Sethuraman et de Santos.

Définition du BIT

Le rapport sur le Kenya, élaboré par l’équipe du BIT45 en 1972 dans le cadre du
programme de recherche sur l’emploi en Afrique, retient sept critères pour
caractériser le secteur informel :

44
Jacques CHARMES 1990 « Une revue critique des concepts définitions et recherche sur le
secteur Informel » Page 14.
45
BIT (1974), op.cit.
18
- Facilité d’accès à l’activité ;
- Utilisation des ressources locales ;
- Propriété familiale des entreprises ;
- Taille réduite des activités ;
- Utilisation de techniques à forte intensité de main d’œuvre ;
- Qualification acquises en dehors des systèmes scolaires et de formations
officielles ;
- Marchés concurrentiels et sans réglementation.

Cette définition a été critiquée par les auteurs, vu son caractère trop globale et
peu fonctionnel lorsqu’il s’agit de repérer statistiquement les micro-unités et procéder
à une classification et un découpage du réel.

A.2- Définition de Santos

Milton Santos 46
distingue au sein de l’économie urbaine des pays en
développement entre deux sous-systèmes, le secteur supérieur ou moderne et le
circuit inférieur qui représente le secteur informel.

Pour définir le secteur inférieur, Santos retient seize critères opposés au circuit
supérieur47 :

- Utilisation d’une technologie labour-intensive ;


- Organisation primitive ;
- Emploi volumineux, capitaux réduits et salariat non obligatoire ;
- Stocks en petite quantité et qualité inférieur des produits ;
- Prix variables et soumis à discussion entre vendeurs et acheteurs ;
- Crédit non institutionnel ;
- Coûts fixes négligeables, publicité nulle et marges bénéficiaires élevées
à l’unité mais réduites par rapport au volume des affaires ;
- Contacts directs avec la clientèle ;
- Aide gouvernementale faible et dépendance très réduite ou nulles vis-à-
vis de l’extérieur.

46
Santos M. (1975), L’espace partagé: les deux circuits de l’économie urbaine des PSD. Editions M.TH.
GENIN. Paris, p.17.
47
Ibid. p. 38.

19
A.3- Définition de Sethuraman

Sethuraman48 distingue cinq branches d’activités et retient des critères pour


chaque branche afin d’identifier les entreprises du secteur non structuré.

En industrie de transformation, l’entreprise doit remplir une ou plusieurs des


conditions suivantes pour appartenir au secteur non structuré :

1. Si elle emploi au plus 10 personnes ;


2. Si elle n’est pas en règle avec les dispositions légales et administratives ;
3. Si des membres du ménage du chef d’entreprise y travaillent ;
4. Si elle n’a pas un horaire ou des jours fixes de travail ;
5. Si elle occupe des locaux semi-temporaires ou provisoires ou est de
caractère ambulant ;
6. Si elle n’utilise pas l’énergie électrique ou mécanique ;
7. Si les crédits ne proviennent pas des institutions financières officielles ;
8. Si sa production est dédiée au consommateur final ;
9. Si les travailleurs n’ont pas dépassé six ans de formation à l’école.

En construction, l’entreprise doit remplir l’un des trois premiers critères, ou le


neuvième et si elle ne possède pas de machine ni de matériel de construction et
n’occupe que de locaux semi-permanent ou occasionnels, pour appartenir au secteur
non structuré.

En commerce et services, l’un des cinq premiers critères son retenus et si


l’entreprise commercialise des articles d’occasion ou des produits alimentaires.

En transport, pour appartenir au secteur non structuré, l’entreprise doit répondre


au moins à l’un des cinq premiers critères et ne doit pas faire usage d’énergie
mécanique.

Ces définitions multicritères ont été critiquées par les auteurs pour deux raisons
principales. Premièrement, ces définitions sont de caractère dualiste, dans la mesure
où le secteur informel est défini par opposition au secteur moderne et ne prenant pas

48
Sethuraman S.V. (1977), « Le secteur urbain non structuré, concept, mesure et action ». Revue
internationale du travail, p.91-92.

20
en considération les relations existantes entre les deux secteurs49. Deuxièmement, les
critères retenus sont hétérogènes, voire contradictoires. Certains critères sont
généraux alors que d’autres plutôt spécifiques à des activités précises50.

Compte tenu de ces limites, certains auteurs proposent de prendre en compte


dans les définitions du secteur informel les caractéristiques économiques et sociales
qui animent ses acteurs.51

B- Les définitions fonctionnelles

Les tenants de l’approche fonctionnelle, définissent le secteur informel à partir


de ses fonctions au sein de l’économie. Ils remettent en cause la thèse dualiste, tout en
mettant l’accent sur les liens existant entre les deux secteurs et qui sont indispensables
à la compréhension de la logique du fonctionnement du secteur informel.

Ces définitions sont issues de la thèse de soumission au capital. Selon cette


approche, le secteur informel est identifié en tant que petite production marchande qui
permet la reproduction du système capitaliste par l’extraction du surplus économique.
Cette PPM constitue d’une part un réservoir de main d’œuvre bon marché d’où le
secteur moderne se procure la force de travail dont il a besoin, et d’autre part, un lieu
de reproduction aux coûts les plus faibles, ce qui exerce une pression à la baisse des
salaires du secteur moderne.

La petite production marchande est alors considérée comme l’ensemble des


activités créatrices de valeurs d’échange et donc de marchandises destinées au marché
mais qui sont organisées selon un procès de production non capitaliste.52

Sethuraman propose aussi une seconde définition mais cette fois-ci de caractère
fonctionnel en soulignant que « le secteur informel est composé de petites unités
s’occupant de produire et de distribuer des biens et des services et ayant pour finalité
essentielle de créer des emplois au profit des participants à l’entreprise et de leur

49
Charmes J. (1990), « Une revue critique des concepts, définitions et recherches sur le secteur
informel ». In Turnham D., Salomé B et Schwarz A., Nouvelles approches du secteur informel, OCDE.
50
Bounoua C. (1992), « Une lecture critique du secteur informel dans les pays du tiers monde ».
cahiers du CREAD, N° 30, Alger, p.91-107.
51
Lautier B. (1994), L’économie informelle dans le tiers monde. La découverte, Paris.
52
Hugon PH. (1977), op.cit.

21
assurer un revenu, bien que ces unités soient limitées sur le plan du capital, matériel et
humain, et sur celui du savoir-faire »53.

Plusieurs critiques ont été soulevées par les auteurs à l’encontre de cette
approche. D’abord, la notion de petite production marchande ne présente qu’une
partie des activités informelles et ne peut en aucun cas être assimilé à l’ensemble du
secteur informel54. Ensuite, à égalité de conditions, les revenus ne sont pas forcément
plus faibles dans le secteur informel comme certains auteurs supposent55. Enfin, le
secteur informel ne peut être considéré en tant que réservoir de main d’œuvre dans la
mesure où les chefs d’ateliers ne sont pas disposés à les quitter pour travailler dans le
secteur monder.

C- Les définitions du BIT

Compte tenu des critiques soulevées autour de la définition élaborée par le BIT
en 1972, ce dernier a formulé deux nouvelles définitions à la conférence
internationale des statisticiens de travail en 1993 et en 2002.

La définition du BIT de 1993 identifie le secteur informel comme « un


ensemble d’unités produisant des biens et services en vue principalement de créer des
emplois et des revenus pour les personnes concernées. Ces unités ayant un faible
niveau d’organisation, opèrent à petite échelle et de manière spécifique, avec peu ou
pas de division entre le travail et le capital en tant que facteurs de production. Les
relations de travail, lorsqu’elles existent, sont surtout personnelles et sociales plutôt
que sur des accords contractuels comportant des garanties en bonne et due forme »56.

Cette définition du secteur informel incluse d’une part les entreprises


informelles de travailleurs à compte propre employant des travailleurs familiaux non
rémunéré et des salariés occasionnels et d’autre part, les entreprises d’employeurs
informels employant des salariés permanent. Charmes souligne à ce propos que « La
définition de 1993 a donné un grand élan à la mesure d’un phénomène qui,

53
Sethuraman S.V. (1981), « The urban informal sector in developing countries: employment, poverty
and environment ». BIT, Genève.
54
Nihan G. (1980), « Le secteur non structuré. Signification, aire d’extension du concept et application
expérimentale ». Revue Tiers Monde, N° 82, p.261-284.
55
Lopez C.N., Henao M.L. et Sierra O. (1984), « L’emploi dans le secteur informel : le cas de la
Colombie ». In Archambault E. et Greffe X. (eds), p.219-243.
56
BIT (1993), Rapport de la 15ème Conférence Internationale des Statisticiens du Travail, BIT, Genève.

22
loin de disparaître, s’est au contraire développé et a touché des catégories de
population toujours plus nombreuses : même les jeunes diplômés et les sortants du
système éducatif sont désormais concernés, ne pouvant plus trouver d’emploi dans
le secteur moderne après que les restrictions budgétaires et les déflations
d’effectifs dans le secteur public et l’administration aient été rendues inévitables dans
le cadre de programmes d’ajustement structurel »57.

Cependant, cette définition ne semble pas appropriée par identifier les


nouvelles formes d’emplois informels induites par la concurrence mondiale,
notamment les salariés informels dans les entreprises formelles, les travailleurs
domestiques, les travailleurs indépendants ciblant les ménages et les travailleurs
familiaux non rémunérés dans les entreprises formelles.

En 2002, le BIT substitue la notion de secteur informel par celle de l’économie


informelle afin de remédier aux limites de la précédente définition et intégrer tous les
segments des travailleurs informels, à travers une classification des travailleurs
formels et informels par leur situation d’emploi (travailleurs indépendants,
employeurs, salariés, membres de coopératives de producteurs et travailleurs
familiaux non rémunérés.

D- Les définitions approximatives

Ces définitions ont été adoptées par les auteurs à partir des enquêtes menées sur
le terrain et consistent à définir le secteur informel comme l’ensemble des activités
non agricoles, non appréhendés par les statistiques régulières classiques.
Principalement deux critères sont retenus pour repérer le secteur informel, il s’agit du
critère de la taille et du non-respect de la loi.

De nombreux travaux considèrent comme informelles, les unités dont l’effectif


est au plus 10 personnes, critère qui a été largement discuté par les chercheurs.
Barthélemy58 estime que ce critère est très pratique du point de vue statistique, comme
il implique d’autres critères tels que l’absence d’enregistrement et la forte technicité.

57
Charmes J.(2003),«Les origines du concept de secteur informel et la récente définition de l'emploi
Informel. » http://info.worldbank.org/etools/docs/library/218175/IIES%20Secteur%20Informel.pdf

58
Barthélémy PH. (1998), « Le secteur informel urbain dans les pays en développement : une revue
de littérature ». Région et Développement, N° 7, Edition l’Harmattan, p.193-234

23
Lautier59 reconnaît également cet avantage par rapport aux statistiques, mais ajoute
que son évident défaut est « celui de mélanger des activités et des personnes aux
caractéristiques sociales et économiques totalement hétérogènes60 ».

Le critère du non-respect de la loi 61


distingue entre deux types d’activités.
D’abord les activités illicites assez difficiles à repérer et à mesurer dont la nature est
délictueuse ou criminelle (trafic de drogue, travail des enfants, activités domestiques,
etc.). Ensuite, les activités licites menées hors du cadre réglementaire de l’activité
économique. Ce non-respect de la loi se manifeste par la volonté de s’échapper au fisc
et à la sécurité sociale, soit en partie ou en totalité.

D’autres auteurs considèrent que le secteur informel ne peut être cerné à partir
d’un seul ou plusieurs critères quel que soit leur pertinence, en raison de l’extrême
hétérogénéité de ce dernier au niveau des activités et des motivations des auteurs62.

De notre part, nous considérons que toutes les activités qui échappent à la
réglementation sont considérées comme relevant du secteur informel, quel que soit
leurs motivations, leurs tailles ou leurs branches d’activité.

3. Méthodes de mesure de l’économie informelle


Evaluer le poids de l’économie informelle au sein d’un pays est d’une grande
importance dans la mesure où cela permet de faire les redressements nécessaires des
indicateurs économiques et sociaux en l’intégrant dans comptes nationaux (PIB,
chômage, etc.).

Les méthodes d’évaluation de l’économie informelle sont aussi diversifiées que


les définitions. Le choix d’une méthode dépend de la nature du champ d’investigation,
des objectifs déterminés, de la localisation géographique des activités, des moyens
matériels et immatériels dont dispose le chercheur ou l’organisme d’étude et aussi de
sa pertinence.

Deux types d’approches sont adoptés pour appréhender le secteur informel.


D’un côté les approches directes qui reposent essentiellement sur les enquêtes de

59
Lautier B. (1994), op.cit. p.14.
60
Certaines activités comme les professions libérales emploient moins de dix personnes, mais ce sont
des activités formelles, modernes et déclarées.
61
Lautier B. (1994), op.cit. p.15.
62
Barthélémy PH. (1998), op.cit.

24
terrain (recensement de la population, enquête sur l’emploi, enquête auprès des
entreprises) et d’un autre côté les approches indirectes qui reposent sur les analyses
comparatives des statistiques disponibles (emploi, informel) ou sur les monographies
sectorielles dont les résultats permettent d’avoir des estimations de la production du
secteur.

A- Les approches directes

Les approches directes consistent à réaliser des enquêtes auprès d’un


échantillon représentatif des acteurs concernés et permettent d’avoir des résultats plus
fiable sur les structures et les caractéristiques des entités enquêtées. Trois types
d’enquêtes peuvent être effectués: les enquêtes auprès des ménages, les enquêtes
auprès des entreprises et les enquêtes mixtes.

A.1- Les enquêtes auprès des ménages

Ces enquêtes se basent sur la collecte des informations directement auprès des
ménages afin d’identifier les acteurs impliqués dans des activités informelles. Elles
facilitent la collecte des informations sur le phénomène de la pluriactivité et sur
plusieurs types d’activités informelles notamment le travail à domicile qui est difficile
à appréhender.

A.2- Les enquêtes auprès des entreprises

Ce type d’enquête auprès des entreprises informelles localisées sert à recueillir


des renseignements plus approfondies sur le type d’activité, le niveau de revenu, le
nombre des employés, la source du capital, etc. Par contre, ces enquêtes ne permettent
pas de saisir les activités informelles non localisées telles que, le travail à domicile et
les prestations de service.

A.3- Les enquêtes mixtes

Il s’agit de la meilleure méthode permettant de mesurer l’économie informelle.


Ces enquêtes se déroulent en deux phases. La première, auprès des ménages, consiste
à identifier des travailleurs indépendants opérant dans le secteur informel. Ensuite, en
deuxième phase, une enquête est effectuée auprès de ces entreprises préalablement

25
sélectionnés. Ces enquêtes représentent l’avantage de procurer des données complètes
sur la production, la valeur ajoutée et les revenus générés par ces entreprises63.

Toutefois, les approches directes sont critiquées du fait qu’elles résultent de la


qualité des questions posées et de l’honnêteté des personnes interviewés puisque ces
derniers ont souvent tendance à se méfier des enquêteurs, de même qu’ils ne peuvent
donner une estimation de l’économie informelle dans la durée.

B- Les approches indirectes

Les approches indirectes reposent sur des indicateurs spéciaux pouvant mesurer
son ampleur. Il s’agit notamment de l’approche monétaire, l’approche des différences
entre le PIB et les dépenses nationales et l’approche par le taux d’activité.

B.1- L’approche monétaire

Plusieurs auteurs se sont penchés sur la question de l’évaluation de l’économie


informelle par une approche monétaire. Gutmann64 part de l’hypothèse qu’il n’y avait
pas d’économie informelle aux Etats-Unis entre 1937 et 1941, ainsi toute évolution du
rapport monnaie fiduciaire/ dépôts bancaire révèle l’existence d’une économie
informelle. Cette méthode lui a permis d’estimer l’économie informelle à moins de
10% du PNB aux Etats-Unis en 1976.

De son côté, Feige65 reprend la formule de Feisher : MV=PT Avec :

M = Masse monétaire
V = Vitesse de circulation de la monnaie
P = Niveau général des prix

T = volume des transactions


Considérant que le produit PT exprime le PNB total incluant les deux secteurs
(formel et informel), Feige fixe une année de base constitué, selon lui, d’économie
formelle uniquement et rapporte le PNB total au PNB visible afin d’obtenir le PNB
provenant de l’économie souterraine. Son approche est contestée à cause de la

63
Charmes J. (2002), « L’emploi informel : méthodes et mesures », Cahier du Gratice, N° 22, p.9-35.
64
Gutmann P.M. (1977), « The Subterranean Economy », Financial Analysts Journal, N°34.
65
Feige E.L. (1979), « How big is the irregular economy? », Challenge, Vol 22, N°1, p.5-13.

26
difficulté de déterminer le montant total des transactions surtout dans les pays du Sud
où le taux de bancarisation est insuffisant.

Enfin, l’approche par la demande de monnaie de Tanzi66 consiste à partir de


l’hypothèse d’une vitesse de circulation de la monnaie fixe pour déterminer la taille
de l’économie informelle en comparant les masses monétaires lorsque le taux de
pression fiscale est correct et lorsqu’il est élevé. Bien que, cette approche présente
l’inconvénient de la non stabilité de la vitesse de circulation de la monnaie.

B.2- L’approche des différences entre le PIB et les dépenses nationales

Dans cette approche, c’est la différence entre le PIB et les dépenses nationales
qui fait ressortir l’existence de l’économie informelle, puisqu’en situation normale
l’équilibre doit toujours être établi entre ces deux grandeurs. Toutefois, les erreurs de
mesure du revenu national risque de fausser les estimations faites de cette économie
cachée.

B.3- L’approche par le taux d’activité

L’emploi informel selon cette approche peut être mesuré grâce à la comparaison
du taux d’activité officiel avec le taux d’activité réel (obtenu à partir des enquêtes). La
production informelle est calculée par la multiplication de l’écart entre les deux taux
par le revenu moyen au sein du secteur moderne.

Les nombreux travaux dédiés à l’étude de l’économie informelle révèlent son


importance et la diversité de ses manifestations selon les systèmes socioéconomiques.
Elle remplit des fonctions aussi différentes selon les contextes. Les tentatives de
définitions élaborées par les auteurs lui font attribuées un ensemble de critères et ses
multiples appellations témoignent la difficulté de la nommer.

Compte tenu de sa contribution à la création d’emploi et à la lutte contre la


pauvreté, plusieurs méthodes de mesure ont été élaborées, notamment des méthodes
directes à travers des enquêtes de terrain et des méthodes indirectes se basant sur la
comparaison de divers indicateurs économiques et sociaux. Toutefois, l’hétérogénéité
de ces activités continue d’être un sujet de débat surtout dans les pays en
développement.
66
Tanzi V.,(1983) : « The Underground Economy in the United States » Annuel Estimates, IMF-Staff
Papers.

27
Section 2 : Le débat autour des activités informelles

1. Les différentes approches de l’économie informelle


Principal pourvoyeur d’opportunités d’emploi et de revenu dans les pays en
développement, le secteur informel est devenu l’une des préoccupations majeures des
économistes, sociologues, anthropologues et géographes. Les discussions évoquant ce
sujet, ne concernent pas seulement les raisons de sa persistance mais aussi sa
contribution à la croissance économique et à la lutte contre la pauvreté. Ces débats ont
pris une place centrale dans les réunions des organismes internationaux (Banque
mondiale, BIT, OCDE, FMI), d’où la multiplicité des approches se rapportant au
sujet.

A-Secteur marginal ou de subsistance

L’approche de la marginalité s’est développée à partir des travaux sur


l’Amérique Latine se rattachant au mode d’industrialisation et d’urbanisation de ces
pays. 67 En effet, l’incapacité du secteur moderne et spécialement de l’industrie à
absorber l’excédent de main-d’œuvre provenant des campagnes, entraîna une
propagation d’habitat précaire (bidonvilles68) et de quartiers pauvres, ce qui donna
lieu à un nouveau phénomène social qualifié de « marginalité ».

Certains auteurs définissent la marginalité comme étant un phénomène global


d’exclusion qui se situe simultanément sur les plans économiques, politiques,
culturels et sociaux. Ensuite, la définition devient plus restrictive car elle désigne
seulement une situation de non intégration au système économique69.

Les théoriciens de la marginalité estiment que cette dernière représente une


surpopulation par rapport à l’armée industrielle de réserve nécessaire au capital. Ces
individus ne joueraient pas un rôle positif dans la valorisation du capital puisqu’ils ne
sont pas temporairement exclus du secteur capitaliste mais de manière permanente
(exclusion des mécanismes de production modernes, exclusion géographique et

67
Quijano A. (1970), « Pôle marginal de l’économie et main d’œuvre marginalisé ». In Abdelmalek A.,
Sociologie de l’impérialisme, Anthopos, Paris
68
En Amérique Latine, le bidonville est considéré comme un lieu qui n’abrite que les marginaux et
constitue une étape transitoire pour le citadin pauvre et les travailleurs migrants les plus pauvres.
69
Ikonikoff M., Sigal S. (1980), « Armée de réserve, marginalité et secteur informel », RTM, tome XXI,
N° 82, p.428.

28
développement des activités de refuge)70. Pour subvenir à leurs besoins, ces migrants
ont recourt à des activités marginales dans l’attente d’être embauché dans le secteur
moderne.

La marginalité urbaine n’est pas un phénomène en voie de disparition avec


l’expansion des activités modernes, il existe bien un secteur intermédiaire qui ne fait
partie ni du secteur traditionnel agricole ni du secteur moderne, ce qui remet en cause
les modèles dualistes qui considèrent que la main d’œuvre provenant du secteur rural
est systématiquement prise en charge et absorbée par le secteur industriel71.

Les populations marginales jouent d’autres rôles que celui de l’armée de réserve
et une partie des habitants des bidonvilles est insérée dans l’appareil productif, bien
qu’en général de manière précaire 72
du fait que leurs revenus sont tellement faibles
qu’ils leur permettent seulement de survivre.

Les auteurs s’accordent pour définir les caractéristiques principales du


marginalisé : chômeur, sous employé, mal rémunéré, ouvrier saisonnier, non
contractuel, activités liées en général au secteur informel, revenus incertains, etc. La
marginalité renvoie à la dysfonction, à l’exclusion, à la faiblesse ou à l’irrégularité des
revenus.

En effet, la tendance générale vis-à-vis de l’économie informelle est celle de


l’éradication, malgré son rôle majeur dans la création d’emplois (l’emploi informel
représente 20 à 60% de l’emploi non agricole selon les pays) et le dynamisme des
petites activités (artisanat). Eventuellement, la frange supérieure de cette économie
peut être modernisée par des politiques de soutien à ces unités évolutives en lui
apportant les moyens financiers nécessaires à son développement, d’où plusieurs
auteurs encouragent cette économie à se légaliser et à respecter les conditions de
protection du travail73.

70
Nun J. (1969), « Surpopulation relative, armée industrielle de réserve et masse marginale ». Revue
Latino-américaine de sociologie, N° 2.
71
Lewis A.W. (1954), “Economic Development with Unlimited Supplies of Labor”, Manchester School
of Economic and Social Studies, N° 2, p.139-191.
72
Ikonikoff M., Sigal S. (1980), op.cit.
73
Hugon PH. (1980), « Dualisme sectoriel ou soumission des formes de production au capital. Peut-on
dépasser le débat ». In Secteur informel et petite production marchande dans les villes du Tiers-
Monde. Revue Tiers-Monde, N°82.

29
Pour les tenants de la thèse marginalise, l’économie informelle apparaît comme
un ensemble d’activités marginales (travail domestiques, gardiennage, petits
commerçants…) aux rémunérations les plus faibles réunissant une catégorie de main
d’œuvre qui n’arrive pas à atteindre l’économie formelle ou qui en est rejetée74. Ainsi,
l’économie informelle développe une économie de subsistance qui ne contribue pas
au processus d’accumulation globale75

Cette approche de marginalité représente des insuffisances. Selon plusieurs


travaux76, si ce concept est spécifique aux sociétés Latino-Américaines, il ne peut
correspondre à d’autres pays où les logiques sociétales, et les formes d’insertions
externes sont différentes. Comme on ne peut qualifier de marginal un secteur qui
absorbe près de 50% de l’emploi total non agricole. Les auteurs ont montré comment
les marginaux qui sont exclus en permanence de la sphère de production du capital,
appartiennent à la sphère de circulation en prenant en charge la reproduction de la
force de travail, d’où on ne peut parler de dysfonction et d’exclusion mais plutôt de
liens organiques.

B- Secteur dynamique :

Contrairement à l’approche précédente, considérant le secteur informel comme


un ensemble d’activités de subsistance, les organismes internationaux (BIT, Banque
Mondiale, FMI, …) estiment que le dit secteur n’abrite pas que des activités de
survie, mais contribue également à la croissance à travers le développement
d’activités productives. Il s’agit essentiellement des activités artisanales, de certains
services et du petit commerce, qualifiés de « petite production marchande » (PPM).
Dans cette perspective, le secteur informel n’est plus repéré comme un secteur
marginal, mais plutôt comme un secteur dynamique, source d’emplois et de richesse.

Les auteurs analysent la capacité d’accumulation du secteur informel.


Charmes77 distingue au sein du secteur informel, un secteur de subsistance et un
secteur de transition, reconnaissant des potentialités d’accumulation à cette dernière
catégorie qui peut connaître un développement graduel vers les entreprises capitalistes

74
Mezzara J. (1984), « Medicion del empleo urbano », Socialismo et participation, Lima.
75
Urmeneta R. (1988), Estratégias de subsistancia en el capitalismo autoritario : los nuevos
componentes del sector informel en Chile, thèse de doctorat, UCL, Santiago du Chili.
76
Meillassoux C. (1975), Femmes, greniers et capitaux, Maspéro. Paris.
77
Charmes J. (1987), « Débat actuel sur le secteur informel », Revue Tiers-Monde, N° 112.

30
ou ce que Lachaud et Penouil (1987) qualifient de « évolution vers la société
technicienne » 78
, s’adaptant ainsi à l’économie moderne. Ces possibilités
d’accumulation sont dues au faible niveau de qualification de la main d’œuvre ou à
leur incompétence en termes de gestion.

D’autres travaux remettent en cause cette représentation du développement


graduel sous prétexte que le surplus dégagé de ces activités est insuffisant pour
pouvoir accumuler du capital. Charmes79, de son côté, considère que ces activités
s’auto-reproduisent, compte tenu d’une forte concurrence et d’une libre entrée sur le
marché. Dans une étude réalisée sur la PPM en Tunisie, l’auteur montre comment
face à la concurrence, les ateliers artisanaux réduisent leurs coûts, licencient des
apprentis qui à leur tour créent des unités clandestines et concurrencent ces ateliers.

De Miras dans ses différents travaux, confirme également l’impossibilité d’un


développement graduel et l’impossibilité d’accumuler. Pour lui, ce qui se multiplie, ce
sont les activités marginales soumises à un mouvement d’extension et d’éviction.
Même lorsque l’accumulation est possible, cette dernière ne peut résulter que d’une
action d’aide de l’Etat et non des potentialités internes. Hugon note à ce propos
« croire que les petites activités sont des pépinières de futurs entrepreneurs va à
l’encontre des observations des processus de modernisation qui ne se font pas
généralement selon un processus graduel mais résultent le plus souvent de politiques
d’aide de l’Etat à des agents… »80 . Dans d’autres situations, selon De Miras, le
surplus disponible ne fait l’objet ni d’un investissement ni d’une accumulation.
D’abord, parce que les acteurs, dans l’objectif de minimiser les risques, diversifient
leurs activités au lieu d’accumuler. Ensuite, dans un contexte de dégradation des
revenus, les salariés du secteur moderne, créent des activités informelles dans la
recherche d’un complément de revenu. Le surplus dégagé ne fait pas l’objet
d’accumulation mais d’une redistribution dans le cadre des logiques de solidarité et
d’obligations réciproques81.

78
Lachaud J.P, Penouil M. (1987), Le développement spontané. Les activités informelles en Afrique.
Centre d’économie du développement. Edition Pedone.
79
Charmes J. (1992), « Le secteur informel, nouvel enjeu des politiques de développement ? ».
L’homme et la société. Vers quel désordre mondial ?, N° 3-4.
80
Hugon PH. (1980), op.cit.
81
Morice A. (1987), « Ceux qui travaillent gratuitement : un salaire confisqué ». In Classes ouvrières
d’Afrique noire, Paris, Karthala, ORSTOM.

31
Dès lors, le dynamisme du secteur informel, a été confirmé par certains auteurs
et critiqué par d’autres. Dans tous les cas, qu’il soit capable de permettre
l’accumulation ou non, nul ne peut nier sa contribution à la création d’emploi et le fait
qu’il offre un revenu, même vital à des personnes qui n’ont pas d’autres sources
d’emploi et de revenu, d’où l’émergence de nouveaux style de vie qui renforceraient
la cohésion du tissu social en dehors des pressions du marché et de l’Etat.

C-Réponse à la crise

Dans un article analysant le discours sur la crise, les auteurs82 remarquent que le
débat sur la crise est entaché de certaines ambigüités provenant essentiellement de la
réalité complexe de cette dernière en tant que phénomène social, et de la déformation
quant à l’interprétation et l’explication de la crise par l’idéologie bourgeoise et les
sous-idéologies satellites. Toute pratique sociale s’accompagne de crise. Il est
impossible de concevoir une vie des hommes pris individuellement ou socialement
sans moments de crise.

83
Le concept de crise, selon les mêmes auteurs , est un signe de lutte, de
contradiction et de vie. Ce concept recouvre deux sphères de crise : la première
touchant les fondements de la formation sociale c.-à-d. son mode de production
dominant et la seconde regroupe les différentes crises propres à l’extension et à la
reproduction d’une formation sociale déterminée. L’histoire du capitalisme, prise
d’une manière générale, est constituée de phases d’expansion et de phases de crises
s’inscrivant à long terme dans le cadre de la crise structurelle. La crise des pays
périphériques est à la fois une crise de dépendance vis-à-vis du capitalisme centrale et
une crise sociale résultant de la lutte interne des classes. C’est autant une crise de
dépendance nationale que d’exploitation.

Les auteurs structuralistes considèrent que les pays sous-développés, ne


souffrent pas seulement de la faiblesse de leurs revenus et de la lenteur de leur
croissance, mais aussi du déséquilibre régional, de l’instabilité économiques, de
l’inégalité, du chômage, de la dépendance à l’égard des pays étrangers, de la

82
Araki D, Ayad M. et Sebbar H. (1983), « A propos du discours sur la crise ». In El Malki H., Le Tiers-
Monde dans la crise, quelles issues ?, Editions Maghrébines, p.17.
83
Araki D, Ayad M. et Sebbar H. (1983), op.cit. p. 18.

32
spécialisation dans la production de matières premières, et de la marginalité
économique, sociale, politique et culturelle.

La différence significative entre le niveau de vie rural et urbain a entraîné une


migration non contrôlée vers les villes dont l’industrialisation insuffisante n’a pas pu
absorber le flux important des migrants. Seul le recrutement étatique a permis pendant
les premières années qui suivirent l’indépendance de résorber une partie des
demandeurs d’emploi. Mais à moyen terme, cette politique a pesé lourdement sur le
budget de l’Etat au détriment des autres dépenses.84 L’Etat avec les retombées de la
crise est arrivé à un point d’essoufflement et d’inefficience, se moulant dans une
structure rigide où tout passe par sa tutelle.

Zaoual estime que l’échec des politiques de développement exprime l’impasse


des postulats et des méthodes des théories du développement. Cette crise est d’autant
plus manifeste que le système de domination qui les produit nécessite une forme
nouvelle de régulation.85L’aggravation de la crise économique et sociale dans les
années quatre vingt et les incidences sociales des programmes d’ajustement
structurelles à conduit à un regain d’intérêt vis-à-vis du secteur informel.

Dans ce contexte, le secteur informel est perçu comme une réponse est un
facteur d’adaptation à la crise. Les organisations internationales, lui attribue un rôle
typiquement social, qui permet de compenser le manque d’emploi dans le secteur
formel et d’avoir un complément de revenu pour les personnes ayant une
rémunération relativement faible.

86
Compte tenu de ses multiples fonctions , le secteur informel est présenté
comme une forme particulière de la dynamique sociale et une véritable société de
survie en assurant un revenu minimum à de nombreux individus et offrant des biens et
services adaptés au pouvoir d’achat des couches démunies. Il permet également
d’assurer une forme de transition entre les structures traditionnelles et modernes et de

84
Grellet G. (1983), « Structures économiques et stratégies de développement de l’Afrique noire ». In
El Malki H., Le Tiers-Monde dans la crise, quelles issues ?, Editions Maghrébines, p.239.
85
Zaoual H. (1983), « Sur les effets de domination de la théorie du développement ». In El Malki H.,
Le Tiers-Monde dans la crise, quelles issues ?, Editions Maghrébines, p.13.
86
Penouil M. (1992), « Secteur informel et crises africaines ». Afrique contemporaine, numéro
spéciale, 4 ème trimestre.

33
répondre aux besoins spécifiques de la société. Enfin, le secteur informel est un mode
de régulation des crises de l’emploi et des revenus.

D- Secteur soumis au système capitaliste

Prenant en considération le caractère fonctionnel que peut jouer la petite


production marchande à l’égard de la question de valorisation du capital, certains
auteurs d’inspiration marxiste ou structuraliste87 examinant le degré de dépendance de
ces micro-unités et s’accordent sur l’existence d’un mode de production rationnel et
simple de marchandises, articulé et dominé par les entreprises capitalistes. Dans cette
optique, le secteur informel est exploité par le secteur capitaliste.

Cette surexploitation des travailleurs informels (faible rémunération,


dépassement de la durée hebdomadaire légale de travail, aucune protection des droits
sociaux, etc.) induit un transfert de valeur de la petite production marchande qualifié
de « mode de production précapitaliste » vers « le monde de production
capitaliste »88. C’est le cas des sous-traitants, des travailleurs domestiques et des petits
apprentis.

La particularité des petites productions marchandes artisanales réside dans les


rapports sociaux de type familiaux où le but de la production est la satisfaction des
besoins des producteurs et de leurs familles au lieu de la réalisation d’un profit et les
revenus générés sont à la fois ceux du travail et du capital. Ces unités créées
essentiellement par des migrants ruraux ou des anciens apprentis, cèdent leurs
produits à un prix inférieur à sa réelle valeur, ce qui explique le faible niveau de
rémunération du travail et des profits. Or, malgré cette réalité, la PPM continue
toujours d’exister selon ses propres logiques.

Les relations qu’entretiennent les petits producteurs avec les grandes


entreprises, révèlent la grande dépendance des premiers à l’égard des secondes. Ces
relations se manifestent par l’approvisionnement en matières premières et biens
d’équipement, comme par les ventes et la sous-traitance89. Le capitalisme cherche à
subordonner les activités artisanales qui lui procurent des produits à un prix faible, ce

87
Gerry C. (1974), Petty producers and the urban economy, BIT, Genève.
Hugon PH. (1977), La petite production marchande et l’emploi dans le secteur informel. Le cas
Africain. Université Paris 1 IEDES.
88
Amin S. (1973), L’échange inégal et la loi de la valeur, la fin d’un débat. Anthropos, IDEP.
89
Gerry C. (1974), op.cit.

34
qui lui permet de minimiser ses coûts salariaux de production et de faire face à la
concurrence accrue au niveau national et international.

D’autres travaux90 expliquent, que ces petites unités de production sont de


nature capitaliste dans un secteur à faible productivité et où la composition organique
est faible et recevrait une rémunération inférieure. Dans ces circonstances, le
producteur serait son propre capitaliste, et son propre salarié. Il serait rémunéré selon
la valeur du capital initial investi et selon son propre travail.

Le secteur informel est ainsi présenté comme un ensemble de formes de


production totalement soumises au système capitaliste. Cependant, cette vision
présente quelques limites que les auteurs ont soulevées.

Hugon91 considère que si la thèse de soumission des activités informelles au


capital peut être valable pour certaines activités, elle ne peut se généraliser à toutes les
activités du secteur informel. Ces petites activités sont cocapitalistes, certaines
induites par le développement du capitalisme, d’autres sont des réponses à des
impossibilités d’accéder aux marchandises capitalistes et d’autres sont le signe d’un
élargissement des marchés. Expliquer leurs dynamiques et leurs logiques ne peut se
réduire au capital. Comme l’on ne peut réduire l’ensemble des réseaux de flux des
biens et services hiérarchisés et organisés selon des relations sociales très structurées à
la relation capital/travail. Les relations de dépendance, ajoute-t-il, vis-à-vis du capital
marchand et productif sont limitées dans les villes des pays en développement en
raison de la segmentation des marchés financiers et de la faible relation de sous-
traitance. Il suggère ainsi de rechercher des lois spécifiques de fonctionnement et de
reproduction sociale.

D’autres auteurs estiment qu’on ne peut parler de soumission au système


capitaliste mais plutôt d’une coexistence entre le secteur informel et le secteur
capitaliste. Cette coexistence est une composante structurelle des économies du Tiers-
Monde. Tandis que le transfert de valeur s’effectue également du secteur moderne
vers le secteur informel (capital humain et capital financier) puisque la majorité des

90
Le Brun, Gerry C. (1975), Perry producers and capitalism. In Review of African political economy,
Londres, mai- août.
91
Hugon PH. (1980), op.cit.p.254.

35
travailleurs informels, ont pu accumuler du capital d’un précédent emploi salarié pour
le réinvestir dans le secteur informel92.

E- Réponse à la réglementation publique excessive

Cette approche inspirée de la théorie néo-classique considère l’émergence du


secteur informel comme une réponse à la réglementation publique excessive et
inadaptée et aux entraves bureaucratiques (coûts exagérés, durée d’attente trop
longue).

Présenté par De Soto93 dans une étude abordant l’économie informelle au Pérou,
ce dernier souligne que le secteur informel urbain est le lieu de développement de la
concurrence pure et parfaite qui est empêchée de se déployer dans le secteur moderne
à cause des entraves créées par l’Etat (protectionnisme, bureaucratie abusive, rigidité
des salaires…). Ainsi, afin d’échapper à ces entraves, le secteur informel se déploie à
la marge des règles légales pour contourner les barrières à l’entrée.

D’après De Soto, la rationalité des individus les pousse à intégrer le secteur


informel. En comparant les coûts de la légalité (temps d’attente, frais administratifs,
etc.) avec ceux de l’informalité (corruption des agents d’autorité en cas de
vérification, expulsé du financement formel,…), les intéressés découvrent que ces
derniers sont inférieurs aux coûts de la légalité, ce qui explique le choix volontaire du
secteur informel résultant d’un calcul rationnel.

L’auteur recommande l’intervention de l’Etat dans un tel contexte à travers des


instruments législatifs facilitatifs pour simplifier les procédures et supprimer les
réglementations contraignantes pour les entreprises en les remplaçant par des lois
favorisant l’efficacité économique.

Pour Roubaud94, si cette vision du secteur informel est vérifiée pour certains
segments où les entreprises choisissent d’exercer leurs activités hors du cadre légale
pour éviter les différentes contraintes réglementaire, elle ne peut être vérifiée dans
d’autres segments où c’est la faiblesse de l’Etat providence qui constitue la cause de
développement des activités informelles.
92
Roubaud F. (1994), L’économie informelle au Mexique : de la sphère domestique à la dynamique
macroéconomique, Kartala-Orstom.
93
De Soto H. (1994), L’autre sentier, la révolution informelle dans le tiers monde. La Découverte, Paris.
94
Roubaud F. (1994), op.cit.

36
Ajoutant à cela, que l’étude de De Soto est réalisé au Pérou, donc ses résultats
ne peuvent être généralisés puisque le contexte géographique, économique, social et
politique varie d’un pays à l’autre.

2. Les activités informelles dans les modèles du marché du travail


Le poids considérable du chômage et l’extension des activités informelles
marquent les débats entre les économistes qui s’intéressent aux mutations du marché
du travail et de la population active urbaine. Les discussions évoquent la question de
l’équilibre ou du déséquilibre du marché du travail portant sur l’origine du chômage
afin de déboucher sur des politiques susceptibles de remédier à cette situation de sous-
emploi.

Les théories développées avant les années soixante-dix ne prenaient pas en


compte l’existence des activités informelles, c’est seulement à partir de cette date que
les modèles théoriques du marché du travail ont commencé à prendre en compte ce
type d’activité dans l’explication du fonctionnement du dit marché.

D’où l’intérêt de cette section est de revenir sur les différents modèles du
marché du travail afin de mettre l’accent sur l’évolution de la place du secteur
informel dans ces modèles.

A. Le modèle néoclassique

Le modèle néoclassique qualifie également de courants dominant ou orthodoxe


constitue un modèle de référence dans l’analyse du marché du travail. Les tenants du
modèles montrent que le marché, dans une logique de concurrence pure et parfaite, est
le seul régulateur possible et pour le travail et pour les autres biens marchands. Dans
cette optique, il n’est pas nécessaire de recourir à des politiques de l’emploi pour
établir l’équilibre entre l’offre et la demande de travail.

A.1- Le marché du travail : un marché comme les autres

Le marché du travail selon ce modèle est considéré comme les autres marchés,
c’est-à-dire appréhendé avec les mêmes concepts (offre, demande, prix, équilibre), les
mêmes outils d’analyse et les mêmes hypothèses de comportement rationnel.

37
L’offre de travail est issue des salariés, qui vendent leur travail et recherchent
un emploi. Ces derniers doivent faire un arbitrage entre travail et loisir, ils ne
renoncent aux loisirs qu’en fonction du prix proposé pour leur travail. Plus le prix du
travail s’élève, plus le travailleur est incité à proposer ses services en renonçant à ses
loisirs. Les gains couvrent ce qu’ils ont perdu en utilité en renonçant aux loisirs.
Cependant, il y a une contrainte de temps, puisque le salarié, quel que soit le prix du
travail, ne pourrait travailler plus de 24 heures par jour95.

Le salarié dans ce modèle, ne manifeste aucun attachement pour son entreprise,


il arbitre selon sa connaissance des opportunités du marché, offrant une quantité plus
au moins grande de travail en fonction de son prix.

La demande de travail provient des employeurs qui achètent du travail et offrent


un emploi. L’employeur embauche de plus en plus de salariés tant que le prix du
travail est inférieur à ce que cela lui apporte. Alfred Marshall note à ce propos que
« les producteurs choisissent toujours dans chaque cas les facteurs de production qui
conviennent le mieux à leurs but…. La demande de travail est donc conforme à la
demande de n’importe quel bien. La quantité demandé s’accroît lorsque le prix baisse,
elle diminue lorsque le prix s’élève »96.

Comme pour tous les marchés du modèle, lorsque son fonctionnement n’est en
rien entravé, on aboutit à un équilibre, l’équilibre de plein emploi. Le plein emploi
désigne une situation d’équilibre stable caractérisée par l’absence de chômage autre
que frictionnel, c’est-à-dire que tous ceux qui désirent travailler compte tenu des
salaires offerts peuvent trouver un emploi et les employeurs peuvent également
embaucher toute la main d’œuvre qu’ils souhaitent. A ce moment, le salaire auquel
s’effectue l’échange est un salaire d’équilibre et l’offre est égale à la demande97.

A.2- L’analyse du chômage

Le déséquilibre du marché du travail se traduit par l’apparition du chômage, qui


ne peut résulter que de la fixation d’un salaire trop élevé, supérieur au salaire
d’équilibre. Le chômage se définit comme l’établissement d’un niveau de travail

95
Stambouli M. (2000), L’économie du travail : des théories au politiques, Edition Nathan, Paris, p.13.
96
Marshall A. (1971), Principes d’économie politique, Librairie de droit et de jurisprudence, tome II,
p.260.
97
Stambouli M. (2000), op.cit.p.19.

38
offert supérieur au niveau du travail demandé. Lorsque l’offre est supérieure à la
demande, sur n’importe quel marché, le prix du bien offert en excès doit baisser pour
revenir au niveau d’équilibre.98 L’employeur cesse d’embaucher lorsque le coût du
salaire rattrape le montant de ce qui est produit et refuse de payer plus que ce que le
travail lui rapport. Si le salaire baisse, plus d’employeurs vont désirer embaucher.

Si le chômage persiste, c’est que le salaire ne baisse pas à cause d’une ou


plusieurs contraintes, telles que l’existence d’un salaire minimum, les charges fixes
pensant sur les salaires ou le regroupement en syndicats.

Les salaires sont fixés par le libre jeu du marché et c’est ainsi qu’ils conduisent
à l’équilibre. Il n’y a donc pas de véritable politique de l’emploi, il suffit de laisser les
salaires se fixer librement, de ne pas entraver le fonctionnement du marché pour
qu’un prix juste s’établisse99.

Ainsi, le chômage est appréhendé par le concept de chômage volontaire,


résultant d’une attitude volontaire de la part des offreurs de travail. Sur un marché
libre, le salaire de marché est tel que li plein emploi est obtenu automatiquement. Si à
ce nouveau prix le salarié refuse de vendre son travail, il ne doit pas être considéré
comme chômeur, mais plutôt comme un producteur qui serait éliminé du marché et à
qui il ne faudrait pas lui verser d’allocation chômage car cela risquerait de
l’encourager dans son attitude100.

Le modèle néoclassique n’envisage aucune politique de l’emploi autre que de


laisser faire le marché. En absence de toute contrainte, en situation de concurrence
pure et parfaite, le marché atteint spontanément l’équilibre ce qui permet d’atteindre
une situation de plein emploi.

B. Le modèle marxiste

Si le modèle néoclassique démontre qu’avec la concurrence pure et parfaite du


marché, l’on peut atteindre le meilleur état social possible, l’analyse marxiste conteste
l’objet d’échange lui-même, c’est-à-dire le travail.

98
Gislain J.J. (1986), La segmentation du système d’emploi au Québec. In Le travail au minimum,
Politique et Economie, N° 3, Montréal, GRETSE – ACFAS, p. 101-143.
99
Stambouli M. (2000), op.cit. p.23.
100
Tremblay D. (1990), Economie du travail : les réalités et les approches théoriques, Télé-Université,
Ed. St-Martin.

39
Marx introduit le concept d’exploitation en rejetant la notion de marché du
travail. Il annonce en effet que, si ce qui s’échange sur le marché du travail était
réellement du travail, il n’y aurait pas d’exploitation mais il n’y aurait pas de profit
non plus. Le salaire, selon Marx101, correspond au prix de la force de travail, c’est une
marchandise comme les autres qui possède une valeur déterminée par le temps de
travail nécessaire à sa production. Pour son entretien ou sa conservation le prolétaire a
besoin d’une certaine somme de moyens de subsistance.

Le marché du travail vu par Marx, est un marché particulier. Il ne s’agit pas


d’un marché du « travail » mais plutôt un marché de la force de travail, puisque le
travail lui-même ne peut être échangé. Sur le marché du travail, ce n’est pas le travail
que l’on échange mais la promesse d’un certain travail, la capacité qu’a la travailleur
à fournir du travail. C’est ce que Marx appelle la « force de travail ». Cette force de
travail a une valeur d’échange, payée par le capitaliste pour l’acquérir durant un laps
de temps donné. Elle s’exprime par le nombre d’heures de travail que peut fournir un
salarié dans une journée.

L’exploitation est née de l’échange lui-même. La productivité marginale du


capital de la théorie néoclassique, n’a pas de sens pour Marx car le capital n’est pas
productif en lui-même. Ce que le capitaliste récupère et partage avec les autres c’est la
plus-value, le surtravail. Ce surtravail découle de la différence entre la valeur que le
travailleur a ajoutée au produit et ce qu’il a touché pour ses heures passées au travail,
ce qui lui a été payé.

La conclusion logique de Marx demeure que le marché du travail est un marché


inégalitaire. Les rapports entre salariés et employeurs, sont durs voire conflictuels,
marqués du sceau de la lutte des classes. Ces rapports sont toujours inégalitaires car le
prolétaire n’a jamais la rémunération de la totalité du travail fourni. Il n’en touche
qu’une partie et ne pourrait en récupérer la totalité que si la propriété cessait d’être
privée pour devenir propriété collective. Ainsi, tout salaire est insuffisant dans cette
société, puisque l’ouvrier ne touche jamais le produit intégral de son travail.

Pour les néo-classiques, le travail est une marchandise comme les autres alors
que pour Marx, la force de travail est une marchandise particulière qui a la vertu de

101
Marx K. (1969), Le Capital, Livre I, Garnier-Flammarion, p. 133.

40
créer plus de valeur que n’en présente sa valeur marchande exprimée par son prix.
C’est ce qui fait que le processus de production est un processus d’exploitation, mais
aussi un processus de reproduction sociale. Au terme de l’échange, le prolétaire
demeure prolétaire c’est-à-dire dépourvu de tout moyen d’existence, et le capitaliste
retrouve son capital augmenté d’une plus-value. Il s’est donc reproduit en tant que
capitaliste, ayant encore plus d’argent à sa disposition, sur une base élargie, comme le
souligne Marx.

Il n’ya donc pas deux échangistes à égalité, il y a, avant comme après l’échange,
deux individus inégaux, l’un possédant le capital et l’autre ne possédant que lui-même
contraint de se vendre au premier pour subsister.

Le chômage est l’illustration de l’incapacité d’une société à domestiquer les


forces qu’elle a engendrées. Il fait partie du fonctionnement du système capitaliste qui
ne peut s’en passer. Il n’est qu’une conséquence des crises de surproduction
nécessaires à l’équilibre du système capitaliste. Le chômage est aussi un instrument
du rapport de force car la classe capitaliste trouve son intérêt à maintenir une partie de
la classe des salariés en dehors de la production de façon permanente, dans cette
armée industrielle de réserve dont l’existence pèse sur les salaires.

Le chômage est enfin le résultat du fonctionnement d’un système qui n’atteint


l’équilibre qu’au travers des bouleversements, crises périodiques et ajustements
violents de production aux besoins et aux normes économiques et sociales. Le
chômage est donc relié pour Marx à la théorie plus générale des crises.

Contrairement aux classiques, Marx ne relie pas l’évolution des besoins en


travail de l’industrie et les mouvements de salaire qui en résultent à des lois
démographiques. Ce sont des lois économiques qui sont à l’œuvre et qui pèsent sur les
salaires, de même que la hausse du prix du travail est toujours temporaire et relative.
« Il y a absorption d’une partie de l’armée industrielle de réserve, dont la pression
maintient les salaires relativement bas. La hausse des salaires est donc générale,
même dans les branches où les ouvriers trouvaient aisément de l’embauche. Et cela
dure jusqu’à ce que le krach inévitable libère de nouveau l’armée de réserve et
ramènes les salaires au minimum et même au-dessous. »102

102
Marx K. (1977), Le capital, Livre II, Editions sociales, p. 277.

41
La société pour Marx ne saurait donc connaître le chômage car planifiant la
production et économisant du temps de travail, elle doit libérer l’homme en
augmentant ses loisirs, en n’employant que le montant de travail humain nécessaire.

C. Les modèles dualistes

A l’encontre des modèles néo-classique et marxiste, les tenants du courant


dualiste montrent que le marché du travail est divisé, balkanisé et segmenté. Clark
Kerr fut le premier a parler de balkanisation du marché du travail dans un article paru
en 1950. Kerr distingue d’un côté des marchés organisés selon le métier, permettant
une mobilité horizontale de la main d’œuvre d’une entreprise à l’autre, à même niveau
de compétence et de rémunération et où l’employeur s’intéresse à la qualification du
salarié qui est transférable, au lieu de son identité. D’un autre côté, il y a des marchés
organisés selon la production, favorisant la mobilité hiérarchique verticale du salarié
grâce à l’ancienneté et tout changement d’entreprise implique de reprendre place en
bas d’échelle.

Après l’article de Kerr, plusieurs visions dualistes ont été développées par les
auteurs afin de décrire le fonctionnement du marché du travail dont nous évoquerons
les modèles de Lewis, Harris-Todaro et celui de Doeringer et Piore.

Le modèle de Lewis

Lewis est le premier à avoir l’idée d’un fonctionnement dualiste des économies
sous-développées. L’analyse dualiste de Lewis103 est une conception qui distingue
entre deux secteurs juxtaposés. Le premier est un secteur traditionnel (secteur agricole
en milieu rural à faible productivité du travail) caractérisé par une offre illimité de
main d’œuvre inactive et un secteur capitaliste moderne où la productivité du travail
est plus élevée en milieu urbain industriel. La divergence des revenus entre les deux
secteurs est expliquée par la différence de productivité.

L’approche de Lewis soutient l’idée que le secteur agricole permet de


développer le secteur industriel à travers le transfert de la main d’œuvre surabondante
du milieu rural en alimentant la demande de travail du milieu urbain industriel. Ce
transfert de main d’œuvre vers le secteur moderne est expliqué par la manière dont
sont déterminés les salaires. Ce dernier est déterminé par la situation du secteur

103
Lewis A.W (1954), op.cit.

42
traditionnel. Comme celui-ci est caractérisé par une faible productivité, le salaire se
maintient donc au niveau de subsistance.

Dans ces conditions, le secteur moderne profiterait pleinement de cette main


d’œuvre excédentaire qui provient du secteur traditionnel. Ainsi, les revenus tirés de
l’accumulation du capital permettent de dégager une épargné favorable à
l’investissement et, par conséquent, à l’emploi.

La formulation de cette approche, a permis de soutenir que le secteur moderne


finit par absorber les autres formes de production. Le développement du secteur
moderne permet d’absorber progressivement la main d’œuvre provenant du secteur
traditionnel. De cette façon, la main d’œuvre sera régie par des rapports sociaux
salariaux de type capitaliste et le transfert continu de la force de travail vers le secteur
moderne amène les pays en développement vers le développement industriel et la
modernisation de l’économie.

Cependant, ce modèle présente plusieurs limites discutées par les auteurs. Un


départ massif de main d’œuvre rurale pourrait désorganiser cette économie
traditionnelle, où les agents exercent parfois des fonctions qui vont bien au-delà de
leur rôle strictement productif. Il s’agit aussi de s’interroger sur la capacité du secteur
d’accueil à absorber ce flux important de main d’œuvre immigrée sans phénomène
d’encombrement. Le niveau de salaire est également contesté, car s’il demeure au
niveau de subsistance, la question des débouchés pour la production urbaine se pose,
sauf en cas d’ouverture vers les marchés internationaux.104

A partir de 1960, l’urbanisation accélérée des pays en développement et la


montée du chômage ont remis en cause le modèle de Lewis, ce qui donna lieu à de
nouvelles approches expliquant le fonctionnement du marché du travail.

C.2- Le modèle de Harris-Todaro

Une nouvelle approche va traiter cette contradiction apparente entre migration


et chômage urbain. Il s’agit du modèle de Harris-Todaro qui essaya de démontrer la
rationalité de la migration campagne-ville malgré l’existence du chômage urbain.

104
Montalieu T. (2001), Economie du développement, éditions Bréal, p.60.

43
Le chômage urbain résulte de l’importance des flux migratoires, vu l’écart de
revenu considérable existant entre le secteur moderne et le secteur traditionnel
(revenus élevés en milieu urbain en comparaison avec le milieu rural).
L’augmentation de cet écart conduirait à une augmentation des flux migratoires, ce
qui entraînera un alourdissement du chômage urbain et puis un déséquilibre du
marché du travail.

Ainsi, le présent modèle met l’accent sur le comportement rationnel des


migrants, qui choisiraient volontairement le secteur moderne, malgré la situation de
sous-emploi qui le caractérise, sur la base d’une comparaison entre le salaire dans le
secteur traditionnel agricole et le salaire souhaité en milieu urbain qui est
généralement au dessus du salaire d’équilibre.

Finalement, les tenants de cette thèse dualiste refusent d’accorder un contenu


propre au secteur informel. Ils considèrent que l’existence de ce secteur reflète un
déséquilibre temporaire qui doit faire place avec le temps, à l’équilibre, à
l’homogénéité de l’ensemble du système puisque le secteur informel regroupe un
ensemble d’activités survivantes mais en voie de disparition. Ainsi, la prise en compte
de ce secteur permettra de déboucher sur de nouveaux modèles où le dit secteur
occupe une place centrale.

D. Les modèles tenant compte de l’emploi informel


Les principaux auteurs ayant élaboré des modèles du marché du travail en
introduisant le secteur informel, sont Fields (1975,1990) et Lopez Castano
(1970,1989).

D.1- Le modèle de Fields

La notion du secteur informel urbain a été introduite dans le modèle de Fields


(1975)105 comme alternative pour les chômeurs qui sont à la recherche d’un emploi
dans le secteur moderne notamment ceux provenant du milieu rural.

Ce modèle définit le secteur informel par les caractéristiques suivantes.


D’abord, une facilité d’accès au secteur pour tous les individus cherchant un travail.
Ensuite, une chance réduite des travailleurs informels de se voir embaucher dans le

105
Fields G.S. (1975), « Rural urban migration, urban unemployment and underemployment, and job
search activities in less developed countries», Journal of Development Economics, June.

44
secteur moderne vue que ces derniers ont moins de temps à consacrer à la recherche
d’emploi que les chômeurs. Enfin, les revenus provenant du secteur informel sont
inférieurs aux revenus dans le secteur traditionnel et également aux revenus dans le
secteur moderne.

Fields met l’accent également sur les stratégies de recherche d’emploi en


distinguant trois situations possibles du marché du travail à savoir :

- Etant dans l’impossibilité de trouver un emploi dans le secteur moderne,


il faut se contenter du revenu dans le secteur traditionnel et y rester.
- Etant au chômage, il faut chercher un emploi dans le secteur moderne, le
cas échéant, rester au chômage.
- Etant dans le secteur informel, il faut chercher un emploi dans le secteur
moderne, si l’opportunité se présente, s’employer dans le secteur
moderne, le cas échéant, rester dans secteur informel et se contenter du
revenu qu’il procure.

Ce modèle a été contesté par plusieurs auteurs considérant que certaines activités
informelles ne sont pas accessibles vue qu’elles nécessitent un savoir faire particulier
tels que les activités de réparation. En plus l’on ne peut considérer que les travailleurs
informels ont moins de chance d’accéder au secteur moderne puisque la sélection ne
se fait pas sur la base du temps que l’on a pu consacrer à la recherche d’un emploi
mais plutôt sur le niveau de qualification, d’expérience, savoir être, etc106. Enfin, l’on
ne peur présumer que les revenus relevant du secteur informels sont inférieurs au
secteur traditionnel et au secteur moderne puisque des études empiriques ont pu
démontrer que les revenus de certaines activités informelles sont supérieurs aux
revenus dans le secteur moderne107.

Ces insuffisances soulevées par les auteurs ont poussé Fields108 à améliorer son
modèle en introduisant une deuxième hypothèse selon laquelle le secteur informel est
lui-même segmenté en deux. D’un côté, il y a le secteur informel inférieur, caractérisé
par une facilité d’accès à l’activité et des revenus globalement insuffisant. D’un autre

106
Bodson P. et Roy P.M. (1993), Politiques d’appui au secteur informel dans les pays en
développement, édition économica.
107
Hugon P. (1980), op.cit.
108
Fields G.S (1990), « Labour market modeling and the urban informal sector: theory and evidence »,
in The informal Sector Revisited, Paris, OCDE.

45
côté, il y a le secteur informel supérieur caractérisé par un accès difficile à l’activité et
des revenus plus élevés.

Fields estime également l’existence de relation entre le secteur moderne, le


secteur traditionnel et le secteur informel. Les migrants provenant des compagnes à la
recherche d’un emploi dans le secteur moderne choisissent soit de rester en chômage
soit de s’insérer dans le secteur informel inférieur temporairement. Dès que
l’opportunité se présente, ils s’insèrent dans le secteur moderne pour accumuler le
capital nécessaire et reviennent encore une fois au secteur informel supérieur comme
des travailleurs indépendant.

D.2- Le modèle de Lopez

Lopez fut le premier à élaborer un modèle du marché du travail incluant le


secteur informel en 1970. Selon son analyse, toute personne n’ayant pas trouvé un
emploi dans le secteur moderne se dirigera directement vers le secteur informel109,
dans ce contexte il ne peut y avoir de chômage.

En 1976 Lopez et Mazumdar, reconnaissent l’existence du chômage et


considèrent que les chômeurs et les travailleurs informels ont la même chance de
trouver un emploi dans le secteur moderne. Ce modèle identifie également trois
possibilités pour les provenant du milieu rural, soit de trouver un emploi dans le
secteur moderne, soit de rester en chômage en ville, soit de travailler dans le secteur
informel.

Enfin, le modèle le plus connu est celui de Lopez et Castano de 1989, ce


110
modèle élabore une trajectoire triphasée entre le secteur moderne et informel.
D’abord, les jeunes entre 20 et 30 ans commencent leurs carrières professionnelles
dans le secteur informel comme des apprentis afin d’acquérir une certaine expérience
et un savoir faire. Quelques années plus tard, ces jeunes accèdent au secteur moderne
dès que l’occasion se présente pour bénéficier de la protection de leurs droits sociaux
et en quête d’un meilleur revenu. Enfin, dès l’âge 40 à 50 ans, après avoir accumulé

109
Lopez T-A. (1970),:« Migration and Urban Marginality in Underdeveloped Countries »,
Demographia y Economia, Juanaguato, Mexique.
110
Lopez Castano H.(1989): Le secteur informel, substitut d’un système d’assurances sociales en
Colombie, Problèmes d’Amérique latine, 92, 113-129, la Documentation française, Paris.

46
un petit capital, ces personnes reviennent au secteur informel pour travailleur à leur
propre compte.

Cependant, cette trajectoire triphasé ne peut convenir ni à toutes les activités ni


à tous les pays. Une étude sur le Mexique a démontré que très rares sont les personnes
à l’âge de retraite qui restent en activité et encore moins pour les femmes.111

Le débat sur l’économie informelle continue d’inspirer les chercheurs qui


essayent de comprendre ses fonctionnements d’où la pluralité des approches et des
explications exposés. Les modèles du marché du travail qui ont pendant longtemps
omis de leur champ d’analyse l’impact de telles activités sur l’offre et la demande de
travail se sont finalement penchés sur la question à travers l’élaboration de plusieurs
modèles.

Conclusion

Ce chapitre a été consacré au dressement d’une revue de littérature sur la


question de l’économie informelle. Nous avons constaté qu’elle est extrêmement
diversifiée et ses manifestations varient selon les systèmes socioéconomiques.

Dans les pays développés, l’économie informelle est perçue comme un mode de
régulation des économies de marché, dans un contexte de double crise (une crise
économique et sociale, et une crise de l’Etat providence).

111
Roubaud F. (1994), op.cit.

47
Dans les pays en développement, l’économie informelle est considérée comme
un mode de régulation des économies sous-développées et constitue une modalité de
vie et de survie des individus dans les villes urbaines. C’est une réponse au chômage
face à l’incapacité du secteur moderne à absorber le surplus de la force de travail
disponible sur le marché.

Il ya autant de définitions essayant de repérer cette autre économie. Les


définitions multicritères l’identifient à partir de plusieurs critères, les définitions
fonctionnelles l’identifient à partir des fonctions qu’elle assure au sein de l’économie
et les définitions empiriques la définissent à partir du critère de la taille et l’absence
d’enregistrement.

Les méthodes de mesure sont aussi d’une grande importance puisqu’elles


permettent de mesurer son ampleur et sa contribution à la croissance économiques.
D’où des méthodes directes et indirectes ont été élaborées. Toutefois, ces méthodes
restent insuffisantes pour mesurer avec précision l’ampleur du phénomène. D’un coté,
les enquêtes même si elles permettent de recueillir des informations très détaillés du
champ d’investigation choisi, elles représentent l’inconvénient de l’impossibilité de
les généraliser à l’ensemble d’un pays. D’un autre côté, les méthodes indirectes
arrivent à saisir la valeur ajoutée réalisé par le secteur mais ignore ses caractéristiques
et ses contours.

L’intérêt accordé à ces activités a acculé à des approches aussi diversifiés.


Certains appréhendent le secteur informel comme marginal ou de subsistance ou
même soumis au capitalisme, d’autres comme potentiellement dynamiques ou
comme réponse à la règlementation excessives et à la crise. La multiplicité des
explications dépend des contextes géographiques, culturels et socioéconomiques.

Nous avons essayé finalement de cerner la relation secteur informel –marché


du travail à travers l’exploration des différents débats théoriques autour des concepts
« emploi et chômage ». Cependant, les modèles élaborés présentent l’inconvénient de
ne pas correspondre à tous les contextes ni à toutes les activités.

48
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