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D'EX 22,4 A IS 6,13

PAR LES TARGUMS

Des 1958 la découverte par A. Díez Macho de Neofiti 1, témoin


du Targum palestinien, permettait a G. Schelbert 1 de reprendre
sur une base nouvelle l'étude de J. L. Teicher 2 d'un autre témoín,
le ms Cambridge T.S. 20:135. La publication de l'Exode du Neofiti 1
par le méme A. Díez Macho 3 va nous permettre de traiter d'Ex 22,4,
non plus quant aux rapports entre Neofiti, Targum de Jonathan et
tradition rabbinique, mais quant au sens de la racine hébraíque
b'r. Avant de donner des soucis aux modernes 4, il apparait qu'elle
en a donné aux Targumistes.
Le TM a 3 fois la racine dans ce verset et le Neofiti traduit 3
fois par la racine yqd. Le piel hébreu bi'er est rendu par un aphel
que l'on retrouve en 22,5 sous la forme mwqd. Le substantif be'yrah
ou l'on voit d'habitude un "animal" du gros bétail, est rendu par
yeqydt'. Enfin le premier cas, un hiphil en hébreu, est rendu par
yyqd 5• II s'agít toujours de feu.
Mais un premier correcteur {M Iº) a remplacé ce yyqd par un
ypqr qui parait bien correspondre au ybqr du manuscrit de Cam-
bridge; b et p alternent facilement pour le méme verbe 6• Malheu-

1 G. Schelbert, Exodus xxii, 4 im Palastinischeri Targum. VT 8,


1958, p. 253-2:63.
2 J. L. Teicher, A sixth Century Fragment of the Palestinan Tar-
gum; VT I (1951) 12'5-9. Voir aussi J. S. Weinberg, Talmud Studien I
(Mehqarot. Talmud) (Berlín 1937 /8) 64 et P. Kahle, Massoreten des
Westens, II (Stuttgart 1930) 1-13; M. Black: TLZ 82 (1957) col. 662-3;
J. Heinemann : "Tarbiz" 38 (1969) 294-6.
3 Ms. Neophyti 1, II, Exodo (Madrid-Barcelone 1970) in loco, pp.
140/1.
4 H. Ringgren, art. b'r dans Theol. Wórterb. A. T. fase. 6/7, I,
727-731 (Stuttgart 1977); H. Cazelles, Le sens du verbe b'r en héoreu,
Sem. xxiii (París 1973) 5-10; W. Baumgartner, Hebr. und Aram. Lexikcti
zum A.T. I (Leyden 1967) 139s; H. Cazelles Jesaias kallelse och kun-
garritualet: SE:A 39 (1974) La oocation et les rites royaux. Homenaje
a Juan Prado (Madrid 1975) 89-108, sp. 103/4; J. B. Emerton, dans ed.
J. B. Emerton & St. C. Reif, Interpreting the Hebrew Bible, Essays in
Honour ot E.I.J. Rosenituü (Cambridge 1982) The Translation and In-
terpretation of Isaiah vi, 13, pp. 85-118, sp p. 105.
5 Sur cette Iecture, confirmée par l'édition du Neofiti, voir G. Schel-
bert, op. cit., p. 2,57_
6 Cf. E. I. Kutscher, Studies in Galilaean Aramaic: "Tarbiz" xxí-xxíí,
a lire maintenant dans Bar flan Studies in Near Eastern Languages
and Culture, p. 17, 1976; Schelbert, op, cit. p. 258. La Vg faít problema
avec son laeserii,
330 H. CAZELLES

reusernent on hésite sur le sens du verbe {Kahle, "besuchen", Tei-


cher, "die Rechte einés anderen missachten"; Jastrow, "brach las-
sen"; Dalman, "freigeben", Schelbert, "Sauberung durch Feuer").
Ceci n'a pas plu a un second correcteur (M 2°) qui propase cette
fois-ci lpy qu'on peut lire lby avec le sens de lhb 1• On revient done
au sens de "brüler",
Le Pseudo-Jonathan 8 est d'accord pour les yqd de 22,5. 11 ne
l'est point pour 22,4 oü il a le ypqr du Ier correcteur pour le Ier
cas, be'yrah comme l'hébreu pour le substantif et wyykwl pour
son bi'er. 11 semble comprendre qu'íl s'agít pour l'animal de "brou-
ter". C'est en ce sens qu'il est suivi (ou précédé) par la Septante,
la Peshitta, la Míshna, la Tosephta, les deux Talmuds, par de
nombreux exégetes contemporaíns 9 et la plupart des traductions
modernes {BJ, TOB, La Sagrada Escritura, la Biblia Comentada,
la RSV ... ). C'est le kataboskJesai(e) de la LXX. 11 se retroüve chez
Symmaque (kataboskésin) 10 en Is ,6,:J,3 et Ps 79.(8'0), 14, appelé
peut-étre par les contacts entre le v. 13 qui precede et Is 5,5. En
Is 6,13 la LXX a pronomén. Quel sens donner a ce terme? J. B.
Emerton 11 a pensé a un sens propasé par Lidell-Scott: "foraging,
~rovision of fodder". Mais ce sens de "fourrager, provision de
nourriture" est un sens dérivé et tres exceptionnel. En s'appuyant
sur Is 4,4 et 5,5 R. R. Ottley avait traduit "consuming" 12• Tous les
emplois que nous trouvons dans la LXX favorisent méme plutót

7 Ou lbh, voir G. Dalman, Aramaiecn-neuneoraucne Worterbuch


214b (Frankfurt a.M. 1922); M. Jastrow, Dictionary of Talmud Babli,
Yerushalmi ... Targumim (New-York 1950) 688b. Oette racine comme
traduisant Lév 6, 5 dans le Pseudo J-onathan; elle ri'est pas retenue
par Ginsburger (p. 181).
8 Cf. l'édition de M. Ginsburger (Berlin 1903). Onqelos (cf. Sper-
ber) a eomme luí be'yrah, maís (w)yykwl pour les 2 verbes.
9 H. Ringgren TWAT I, col. 730/1; Sh. Paul, Studies on the Book
of Covenant in the Light of Cuneiform and Biblical Law (Leyden 1970)
88 et la note 4 (il s'appuíe sur le code hittite); B. Childs, The Book of
Exodus (Westminster 1974) 444 et 475. M. Noth hésite; de méme main-
tenant H. Cazelles: Sem xxiii, p. 7. Baentsch et Hoffmann traduisent
"brüler".
10 F. Field, Origenis Hexaplorum quae supersunt fragmenta... (Ox-
ford 1875) II, 441, il · ajoute et Al, alloi. Le terme n'apparait pas dans
Aquila, cf. J. Reider/N. Turner, An Index to Aquila, SVT 12 (Leyden
1966); E. Tov, Some Corrections to Reider-Turner's Index to Aquila,
Textus 8 (1973) 164-174.
11 Op. cit. p. 88. Sur la Septante d'Jsaíe, I. L. Seeligman, The Sep-
tuagint Version of Isaiah. A Discussion of its Problems (Leyden 1948);
H. Cazelles, Texte massorétique et Septante en Is 2,1-5, Mélanges Bar-
thélemy (Fribourg (S) 1981) 51-9; Quelques questions de critique tex-
tueue, historique et littéraire en Is 4,2-6: "Eretz Israel" 16 (Orlinski
Vol.) (Jérusalem 1982), p. 17'-25'. · · ·
12 The Book oi Isaiah according to the Septuagint (Codex Alexan-
drinus), I (Cambridge 1904) 84; II, ibid (1906) 36.
D'EX 22,4 A IS 6,13 PAR LES TARGUMS 331

le sens de "dévastation" que de "brüler" traduisant les termes


hébreux bzz, su ou ssh ( 45 exemples du verbe, 45 du substantír) ,
Faut-il traduire p,ar un transitif · comme le fait Ottley? Dans
son article, tres remarquable du point de vue de l'histoire de l'exé-
gese, J. B. Emerton .ne le pense pas. n croit pouvoir-s'appuyer sur le
Targum pour donner á leba'er un sens passíf, "be burnt". Il me
semble qu'un examen philologique et historíque plus poussé ne le
permet pas. Certes il est regrettable que A. Diez Macho ne nous
ait pas donné un Targum des Prophetes Postérieurs, corrime il
nous en a donné un des Prophetes Antérieurs 13, mais íl est peu
¡probable qu'une nouvelle publication change beaucoup l'état de
la critique textuelle d'Is 6,13.
Les éditions de Stenning et de· Sperber 14 ont toutes deux pour
équívalent de leba'er l'araméen saraba', sans proposer aucune va-
riante textuelle. O'est une forme d'infinitif pa'el dont G. Dalman
cite plusieurs exemples 15 {en particulier Gen 1'8,29 dans Onqelos
et le Yerushalmi). Dans le Targum méme d'Isaíe Stenning nous en
offre immédiatement deux exemples en 7,2 (le'ágal:i,,á', to make war
agaínst cf. 21,W) et en 7,15 {weleqárábá', Iitt bring near). Le sens
transitif est certaín pour ?araba': l'actíon porte sur quelqu'un ou
quelque chose, non sur soi-méme.
Quant au sens du verbe, nous retrouvons íci les incertitudes
des Targumistes. Quand il s'agit de traduire le qal de b'r 16 (ce sont
les cas retenus par J. B. Emerton), on peut á la rigueur admettre
une certaine uniformité: 2 fois b'r {34,9 cf. Ex 3,2; ·62,1), 2 cas de
nqp {au híphíl 10,17; 30,27), 1 cas su {? 42,25), et enfin 3 fois dlq
(1,31; 9,17; 30,33).
Mais quand il s'agít du piel, ba'er, le(s) Targumiste(s) du livre
d'Isaíe sont beaucoup plus hésitants. Pour le Deutéro-Isaíe on re-

13 Targum to the Former Prophets, Codex N. Y. 229 from the Li-


brary of the Jewish Theological Seminary of America (Jérusalem 1974).
Je ne crois pas qu'íl ait eu l'occasion d'étudier ce passage d'Isai:e cf.
A New Fragment of Isaiah with babylonian Pointing; Textus I, 1960,
p. 132-143; Un nuevo Targum a los Profetas, Es Bi 1956, pp. 287-295; voir
aussí p. 198 les premíers versets d'Isaíe. Le b'r de TM Job 1,16 n'est
pas dans l'important Targum de Job de la tradition sefardie. Voír
A. Díez Macho dans ed. M. Carrez/J. Doré/P. Grelot, De la Torah au
Messie, Mélanges :Cazelles (Paris 1981) 545-556. .
14 J. F. Stenning, The Targum of Isaiah (Oxford 1949) 23; A. Sper-
ber, The Bible in Aramaic III. The Latter Prophets according to .Tar-
gum Jonathan (Leyden 196'2) 13.
15 G. Dalman, Grammatik des . jüdisch-paLiistinischen Aramiiisch,
2eme ed. (Leipzig 1905) 332. Consulté, P. Grelot me confirme le sens
transítíf de ?árabá', infinitif pa'il.
· 16 Il n'y a de cette racíne en Isaíe ni pual (1 cas en Jér 36,22),
ni hiphil (6 cas dans la Bib1e dont Ex 22,4). Le niphal est employé pour
"faire la béte, étre abruti" en fonction de be'yr (Is 19,11, 3 fois dans
Jér.). Le hithpael est inusité quel que soit le sens de la racine.
332 H. CAZELLES

trouve dlq, "brüler" {40,16 aphel; 44,15 id.) et gry, "allumer" {5.0,11).
Mais dans les 4 cas de la Premíere partie d'Isaíe les traductions
sont chaque fois différentes: 'ns, faire violence en 3,14, gemyr',
décret (cf. Gen 1,8,21) en 4,4; mybz, piller en 5,5, et enfin notre
$draba' en 6,13, srb veut-íl dire "brüler"? C'est le seul exemple
donné par Dalman et Jastrow. La racine araméenne a le sens de
"lier, fortifier, (II Chr 34,10), réduction par la chaleur, tirer la
peau, cicatríser". Le Targumiste aurait-íl pensé a une guérison aprés
brülure? Il semble plutót qu'il ait pensé a la racine hébraíque srb
dont le substantif correspond a une cicatrice apres ulcere ou brü-
lure en Lév 13,23.28, a un feu "brülant" en Pr 16,27 et dont le
verbe signifie "brüler" en Ez 21,3 (níphal passif). Cette racine se
retrouve en babylonien et en sud-arabique 17• Nous devons toutefois
tenir compte d'une autre possibilité qui nous éloignerait du sens
de "brüler" ou de "détruire". Toutes ces langues, rnéme I'araméen 18
des Targums et l'ararnéen d'Empire, connaissent un $TP, qui veut
dire "purifier" et pas toujours par le feu. Nous avons vu plus haut
les hésitations de l'araméen entre b et p. Il peut y avoir eu ici con-
tamination. Comme dans le TM d'Isaie en 4,4 il est question d'une
purification des tilles de Sion par une ruah. de ba'er 19, nous retrou-
verions le sens proposé par Seierstad 20 de restauratíon d'une pá-
ture. Il repousse le sens de "brüler" pour ba'er; les objectíons
d'Emerton me paraissent fondées.
Serrons de pres le sens de ce piel ba'er et surtout leba'er. Nous
en avons 7 cas sur les 3,9 que l'on peut comptervde ce piel dans la
Bible hébraíque. Les plus intéressants pour notre sujet sont Néh
10,3,5 (le boís qu'on apporte a brüler sur l'autel) : II Chr 4,3<0; 13,11
(les lampes qui doivent "brüler", done "briller") dans le Temple;
mais plus encore ceux oü leba'er est précédé du verbe hayah:
Num 24,22; Is 44,15; 5,5 et 6,13. Emerton a été frappé par l' "ana-

11 Je dois cette observation ,a M. E. Puech, cf. J. G. Biella, A Die-


tionary of Old South Arabic (Harvard 19·82) 428. II s'agirait d'un sacrí-
fice d'encens. Mais srf coneerne aussí l'encens et I'argent puríñé (ibid.,
430). On a de méme en babylonien un $arbu au sens íncertaín (von
Soden AhW 108-5b) et un sarpu, puríñer, et souvent par le teu (id. 106 6a). J
18 C'est le sens de l'araméen dans le Targum d'IsaYe en 48, 10 et 53,
10, cf. J. B. van zin, A Concordance to the Targum of Isaiah (SBL Mis-
soula 1979) et J. Hoftijzer-C. Jean, DISO, p. 847. Y auraít-íl la aussi
l'alternance b/p?
19 Sur les éléments complexes de ce verset, cf. H. Gazelles, Quel-
ques questions de critiques textuelle, historique et littéraire en Is 4,2-6:
"Eretz Israel" 16. H. Orlinsky Volume (Jérusalem 1982) 22'-23', et ses
rapports avec la seconde édition du Mémorial (le Denkschrift étudié
en particulier par Wildberger dans son Kommentar et H. Barth, Die
Jesaja-Worte in der Josia Zeit (Neukirchen 1977).
20 P. Seierstad, Die Offenbarungserlebnisse der Propheten Amos,
Jesaja und Jeremia (Oslo 1946) 107s.
D'EX 22,4 A IS 6,13 PAR LES TARGUMS 333

logie 21 entre ces deux derniers textes comme je l'avais moi-méme


été 22•

Ici encore il faut bien voir les ressemblances et les différences.


La LXX traduit leba'er par diarpagé, une notíon de pillage et de
butín, (cf. son parallele pronomén en 10,2, icí katapatéma). Ces
termes paraissent avoir tous deux un sens passif, le résultat de
l'action 23 de piller et de piétiner. Mais ce n'est pas la position du
Targum qui, avec mybz et deyas a des formes transitives. Le Tar-
gum écarte l'idée de brüler au profit de celle de piller. mybz se
retrouve en 8,1.3; 1'0,6 {héb sll), 33,1 aaa héb), 21,10; 32,14 (sans
correspondant en héb). C'ost une forme transitíve, infinitif ou par-
ticipe actif 24 comme deyas ,e Stenning: trampling) . Toutes deux
correspondent a des formes transitives en hébreu: faire du butin
(8,1.3;. 10;6; 33,1), action de piétiner 25 généralement métaphorique.
Le sujet wehayah n'est done pas la vigne, kerem. Il nous faut
prendre ce wehayah au sens impersonnel: "il y aura ... ". On sait
combien est fréquent dans le livre d'Isaie ce sens impersonnel
(2,2; 3,24; 4,3; 5,12; 7,1'8.21.22,23; 8,8.14 ... ) . La syntaxe d'Is 44,15
nous oblíge a une conclusion semblable puisque le sujet de l'action
ba'er, introduite par wehayah, a dü étre indiqué par un le'adam.
Le fait mérne que la sentence d'Is 5,5 comporte dans la prin-
cipal-e deux infinitifs nous conduit a comprendre ce verset comme
une sentence gnomique, un proverbe que cite le prophete et nous
traduirons:
Ecarter sa protectíon, il y aura du brüler (cu détruire)
Faire breche dans sa clóture, il y aura piétinement.
Cela convient · également a Num 24,22 que nous traduirions maín-
tenant en fonction de l'imperfectif:
Car s'il advient de détruire 26 Qa'in ... ".
Notons déjá que, dans cette péricope d'Is 5,1-7a, l'Israél menacé
est I'Israél du Nord puisque YHWH prend á témoin l'habitant de

21 Op. cit., pp. 104s.


22 Op. cit., Sem. xxii, 9.
23 Abel, Grammaire du Grec Biblique S 26b. katapaterna (en BS
pas A) est distinct du katapatssís de IV R 13, 7. Sur les équívalents en
hébreu, et. C. L. Dos Santos, An Expanded Hebrew Index far ihe Haicli-
Redpath Concordance to the Septuagint (Jérusalem, sans date) p. 29.
24 G. Dalman, Grammatik ... p. 283.
25 Par l'exceptionnel dagesh de siyyem (le piel de sym est inusité)
en 10,6, précédant mrms I'hébreu semble avoir voulu signaler cette
nuance: "piétinement" et non "chose píétínée".
26 On ne discutera pas ici ce verset difficile. On peut légitimement
penser au sens des impératifs deutéronomiques bi'arta (13,6 17,3 ... ,
cf. J. L'Hour, Une législation criminelle dans le Deutéronome, Bi, 44,
196'3, p. 1-28). C'est ce sens de "détruire" (sans allusion a du feu),
d' "élírniner" auquel se réf.ere le Targum. II convient bien au TM Is
5,5. Reste a savoir s'Il n'y a pas autre chose en 6,13.
334 H. CAZELLES

Jérusalem et l'homme de Juda du forfait d'Israél, Cette pérícope


appartient au "Mémorial" (Denkschrif't) 27 rédigé a la Iére person-
ne par Isaíe; il semble que ce soit avec 7b que commence l'édition
postérieure 28 011 Isaíe fustige également les fautes de Juda.
En 6,13, les données sont différentes, quoíque connexes. Au
lieu du wehayah ímpersonnel et stéréotypé nous avons un féminin,
wehayetah comme en 9,4; 11,10.16; 13,19; 17,1.9; 19,17; 28,4... 011
le sujet est toujours bien déterminé; · le vétement pour le feu, la
menutuüi de la racine de Jessé ... De plus ce uieñauetah. est précédé
d'un wesabah, également au féminin. Avec Emerton il faut admettre
que c'est un auxíliaíre. Maís quel est son sens? Comme dans ce J
méme Mémorial, en 6,liO (de méme en 21,12) Isaíe, pas plus que
les ,autres auteurs bibliques, n'utilisent cet auxiliaire pour une nou-
velle action, mais pour le retour a· un état précédent, bien rendu
en rrancaís par le "re" préñxe: redétruire, rebrüler.
La locution wesabah wehayetah Ieba'er est en effet précédée
ici d'une proposition nominale qui indique un état et non une ac-
tion. Nous n'avons pas le droit de traduire le 'ód de cette propo-
sition (we'ód bh 'asiriyyah) par "á son tour" ou par "though", ni
d'ajouter un "si". D'apres l'usage de ce 'ód en 2,4; 5,4; 10,20..2 5.32;
1

29,17, il s'agit de ce qui continue a étre, Le suffixe de bh au fémi-


nin se réfere a 'azubah 29 l'état dévasté d'une terre "abandonnée"
et il y a encore en elle un "díxíerne" malgré l'abandon.
Cette 'asiriyyah convient fort bien a Juda (cf I Reg 11,31). A
l'époque du Mémorial Israel existe encore, separé de Juda et en
guerre contre lui. Samarie, alliée a Damas veut changer la dynas-
tie pour mettre le fils de Tabéel a la place d'Achaz {7,6). Le pro-
blerne d'Isaíe de 734 á 729, 3eme année d'Osée d'Israél et accession
d'Ezéchias sur le tróne, c'est celui de l'élection de la dynastie davi-
dique 30 d'oú les mentions de la mort d'Ozias en 6,1, de la naissan-
ce/avenement de l'enfant sur le tróne et la royauté de David ,(9,6),

27 Sur les problemes du Mémorial, cf. H. Cazelles, EPHE 5eme sec-


tíon 87 (1978/9) 209-215; 88 (1979/80) 225-230.
2s Elle peut dater soít des années qui ont suivi l'invasion de Sen-
nachéríb quand IsaYe s'est éloigné de la politique d'Ezéchias, soit de
l'époque de Josias (H. Barth), soit d'une rédaction exilíque (cornparer
IJ.e passage en prose Is 7,1-3 et Is 36,2 .cf. II Reg 18,17). Mais il peut
y avoir eu insertion d'oracles ísaiens avant l'insertion des passages en
prose.
29 Ce terme se réfere ,en effet a la dévastation d'une terre qu'aban- J
donnent ses habitants, Is 7,16; 10,14; 17,2.9.
30 Sur les problernes politiques de :t'époque, mettant en cause le
salut du peuple, voir H. Cazelles, Problémes de la ouerre syro-éphra'i-
mite; "Eretz Israel" 14, Ginsberg Vol. (Jérusalem 1978) 70'-78'; Le nom
de Shear-Yashub concerne-t-il tout Israel ou seulement le royaume du
Nord? Proceedings of the 8th Congress of Jewish Studies, A (Jérusa-
lem 1982) 47-50.
D'EX 22,4 A IS 6,13 PAR LES TARGUMS 335

en passant par les oracles sur le fils de Tabéel, les eaux de Siloé
oú Salomon avait été oint (8,6), les signes que sont pour la dynas-
tíe Isaíe et la naissance de ses fils (8,18), sans discuter ici le qrn
ben semen (cf. I Reg 1,39), I'Emmanuel et la Almah. Les círconstan-
ces politiques obligent Isaíe a opposer Israel a Juda (9,20) et. a
voir dans le nom de son premíer-né Shear. Yashub, le signe du
retour vers El Gibbor d'un reste d'Jsraél '(10,20-23) 31•
Certes ce n'est pas le dernier mot du prophete: son Mémorial
sera completé par d'autres oracles et des récits en prose comme
7,1-3, 8,1-4. Le chapitre I qui sert d'introduction a une édition de
J ses oracles n'a plus rien de dynastíque. Déjá dans le Mémorial,
tout en gardant foi dans l'élection dynastique, il se défie des dynas-
tes, comme d'ailleurs des habitants de J érusalem. La . maíson de
David (7,13) "fatigue" YHWH; la population se réjouit des pers-
pectíves d'un changement de dynastie {8,6) et va consulter des
nécromants au lieu de YHWH en Sion (8,18). De méme qu'Osée
reproche aux chefs de Juda de déplacer les bornes au détriment de
son frere (Os 5,10), Isaíe n'apprécíe pas ce qui en Juda veut brüler
ou détruire son voisin.
Je suis tout á fait d'accord avec Emerton que cet oracle pré-
sage un désastre. Mais il y a autre chose dans le "dixíeme". II y a
YHWH dans son sanctuaire de Sion ,(,8,14.18), pierre d'achoppement
pour les deux maisons d'Israél, un seul peuple de YHWH maís deux
maisons. Je ne vois pas comment on peut éviter d'interpréter Is 6,13
et son leba'er sans se référer á 10,17 ou la lumíere d'Israél devient
un feu, son Saint "une flamme qui brüle et consume ses ronces
et épines en un seul jour". II ne s'agít pas de passer "abruptly"
d'une image de feu a une image de tronc abattu. II y a la un en-
semble fort cohérent sur les symboles liturgiques de la perpétuité
dynastique 32 malgré les défaillances des rois.
a) II n'y a pas que II Sam 18,18 qui montre dans massebet
un symbole de descendance; on a le terme également en Gen 35,20
(naissance de Benjamin) et aussi 35,14 puisqu'apres le départ de
Bethel oú la descendance était promise (28,12-14), il y a eu la nais-
sanee de 11 fils (plus Dinah) avant le retour en ce méme Bethel.
b) La traduction "oú il y a massebet" en 6,13 convient par-
faitement (asr bm ou bh) 33 si I'on se représente le pilier (ou stele)
31 Pour tsare il y a deux maisons d'Israél pour un seul peuple de
YHWH qu'íl appelle parfois aussi Israel, Is 8,12-14.
32 Il me parait de plus en plus probable que le zéra' qódes (6, 13) ou
qódes répond en Incluso au qádós du v. 1 n'est pas 1-e peuple declaré
ímpur, tümé, et critique en 8,12.19 au v. 5 maís da dynastie davidíque,
L'expressíon a pu étre réinterprétée a l'exil, cf. Is 53,10.
33 Sur le probléme de lecture voir aussi J. Sawyer, The Qumran
Reading of lsaiah 6,13; ASTI 3 (1964) 111-3. J. B. Emerton, op. cit., p. 101
336 H. CAZELLES

sous la forme du pilier Djed du rituel dynastíque égyptien, c'est a


dire comme un tronc ébranché, C'est en "eux" {les deux arbres)
que se trouve ce tronc ébranché quand on en a abattu la fron-
daíson et la floraison. Le "oú" du trancais correspond au in et non
au at de l'anglais.
e) II ne convient pasen effet de traduire oesaüeket par "abattre"
comme j'avaís cru devoir le faire avec beaucoup d'autres. "Abattre"
un arbre en íaísant tomber le tronc se dit krt en Dt 19,5 et gd' en
Is 10,33b. Is 10,33a fait allusion a l'ébranchement de l'arbre et, en
Job 15,33, c'est précisément la racine slk: qui est employée pour
faire tomber les branches ou la frondaison {RSV: to cast off, avec
parallele: to shake off). Ce slk au hiphil, rare dans le livre d'Isaie
(14,19; 34,3; 38,17) est traduit en anglais par "to cast off" et non
par "to fell". Ici encore l'araméen du Targum est tres instructif:
dibemittar tryphwn, que Stenning traduit "to be dríed up when
their leaves fall" {p. 22). Je ne traduíraís done plus par "abattus"
mais par "ébranchés" et propose pour le verset: "comme le chéne
et le térébinthe ou il est une massebet quand ils sont ébranchés";
d'autant plus que l'autre traduction que j'avais suggérée, sans
pour autant la retenír {"qui ont une massebet"), pouvait faire croire
a un di:stingué scholar que je supposais un lahem absent du texte.
Je teri:ninerai en remerciant A. Diez Macho et J. B. Emerton
d'avoir été l'occasion de cette nouvelle étude. Puisse notre jubilaire
avoir enrichisse encore notre connaissance des Targums !
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HENRI CAZELLES