Vous êtes sur la page 1sur 10

LA DISPUTE DES ARBRES DANS

LE TARGOUM II D'ESTHER Vll,10

La situation genérale des Targoum d'Esther est connue. Il


existe un Targoum bref, a peu pres littéral, attesté par· la seule
Bíble Polyglotte d'Anvers sur la base d'un Ms. inconnu: on en
retrouve le texte dans la Polyglotte de París { = Tg III). A mon
avis 1, ce Targoum a serví de base au Targoum "classíque" qui I'a
amplifié avec des matériaux divers en respectant fondamentalement
la Iittéralité de son texte { = Tg I). D'une racon tout a fait indé-
pendante, le Targoum dit "Yerushalmi" a développé une paraphrase
tres ample du texte hébreu en y insérant un certain nombre de
morceaux particuliers, notamment des Piyyutim alphabétíques
( = Tg II). Mais oette sítuatíon théorique a été rendue tres comple-
xe par la transmission manuscrite qui a operé des échanges entre
le Tg I et le Tg II, si bien que certains poernes alphabétiques ont
été transférés du Tg II au Tg I.
Laissant de cóté oette question genérale, j'examinerai seulement
un cas particulier: celui des amplifications rattachées a Est. vii, 10.
Si l'on s'en tient au Tg I, tel qu'on le trouve, par exemple, dans
les Bibles rabbiniques ou dans l'édition de P. de Lagarde 2, les
vv. 9-10 du texte biblique ne reeoívent que des gloses minimes, alors
que le Tg II ínsere en cet endroit deux Piyyutim: d'abord une Ion-
gue supplique de Hamán a Mardochée, dont on discerne encare
en plusieurs endroits le caractere primitivement alphabétíque, puis
un discours adressé aux arbres qui disputent entre eux lequel ser-
vira de potence pour Hamán. C'est ce second développement qui
retiendra mon attention. On le retrouve effectivement en cet endroit
dans les rééditions du Tg II faites aux xrx- siécle 3, comme celles de
P. Cassel ,(1,885·), qui suit l'édition d'Amsterdam (1698), et celle de
M. David (1898), qui reproduít le Ms. de Kissingen et indique les
1 "Observations sur les Targoums I et III d'Esther", Bíblica 55
(1975), pp. 53-73.
2 P. de Lagarde, Hagiographa chaldaice (1873; rééd. Osnabrück
1967), p. 217. Le texte reprend celui du Tg II, moyennant deux additions,
dont une citation d'Esd. vi,ll qu'on retrouvera plus loin.
3 Outre la reproductíon du texte dans P. de Lagarde, op. cit.,
pp. 263s., dont l'apparat critique ne signale aucune variante, voir
J. Cassel, Zweites Targum zum Buche Esther (Leípzig-Berlín 1885),
pp. 66-68; M. Moritz, Das Targum Sheni, nach Handschrtften herausgege-
ben und mit einer Einleitung versehen, Berlín 1898.
400 P. GRELOT

variantes de deux autres Codices (Hambourg et Breslau) . Mais des


qu'on pousse la recherche un peu plus loin, on a des surprises.
Par exemple, le Ms. de Londres BM Or 2375, que reproduít A. Sper-
ber 4 donne un texte mixte qui, pour Est. vii, 9-10, suit intégralement
le Tg II dont Il constitue ainsi un nouveau témoin. Un phénomene
semblable se produít dans Ie Ms. du Vatican Urb. 1, dont E. Levine
a publíé en 1977 une bonne photographíe pour les cínq MegiUóth 5:
i1 suffit de consulter les fol. 46,2r (col. 1-3) et 462v {col. 1-2). Les
variantes s'ajouteraient aisément a celles des troís Codices consul-
tés par M. David.
Arrétons-nous un instant sur cette "dispute des arbres". Elle
n'est pas isolée dans la tradition rabbinique. L. Ginzberg en a re-
levé depuís longtemps les sources paralleles dans ses Legends of ·
the Jews 6• Mais i1 signale que la dispute des arbres existe sous
deux formes opposées. Celle qu'il reproduit lui-méme provient du
Midrash Rabba sur Esther v, 14, moyennant des abréviations évi-
dentes 7• Le contexte est celui du conseíl donné a Hamán par Za-
resh, sa femme: les arbres s'offrent taus pour servir de potence.
mais finalement c'est le buisson épíneux qui est choisi, comme dans
Jg. ix,8-15. Ginzberg signale qu'il existe une autre présentation de
la dispute, ou taus les arbres se récusent les uns apres les autres
jusqu'a ce que le cédre s'offre: n'est-il pas seul capable de four-
nir un Hit de 50 coudées de hauteur? Tel est le theme attesté dans
2 Panim Anerim 77 et Aggadat Esther 51-5.8. Il comcíde fondamen-
talement avec le développement du Tg II. E~ cet endroit, l'alpha-
bétisme primitif du Piyyút a laissé suffisamment de traces pour
qu'on soit sur de son existence. Quant a le reconstruíre intégrale-
ment, c'est une autre question,
Il y a sürement des additions qui amplifient certaínes strophes
ou s'íntercalent entre elles. Le début de la strophe Beth est masqué
par un d-. La strophe Daleth a disparu et la strophe He fait pro-
bleme, en raison de l'arbre 'uuisr« que personne n'a identifié [us-
qu'ici 8• La strophe Waw est facile a restaurer par l'addition d'un

4 A. Sperber, The Bible in Aramaic, !Va. The Hagiographa: Tran-


sition from Translation to Midrash, pp. 199s.
s E. Levine, The Targum to the Five Megillot (Codex Vatican Ur-
binati I) (Jérusalem 1977). Ce lívre donne la traductíon des Tg pour
quatre Megillóth, sauf pour le Tg d'Esther. La courte Introduction au
Targoum Sheni (pp. 117-121) ne se rapporte pas au texte que donne
le Codex du Vatican. La bibliographie qui le suít (p. 121) a un carac-
tere général.
6 L. Ginzberg, The Legends of the Jews (Phíladelphie) vol. IV
(1947), pp. 443s., avec notes dans le vol. VI, p. 479, notes 184 et 185.
7 La traductíon anglaíse est aisément accessible dans M. Simon,
Midrash Rabbah, vol, IX. Esther, Song of Songs (Londres 1939) 110-112.
8 Il serait tres facile de faire ici une suppléance, en introduisant
au début de la strophe la particule déictique: tui, "Voící que" (cf. la
LA DISPU TE DES ARBR ES DANS LE TARGOUM II D'ESTH ER 401

w- en début de phrase, et le début de Ia strophe 'Azn est aussi mas-


qué par un d-. La strophe Taw fait probléme, mais on la retrouve
peut-étre gráce au texte biblique du v. 10 ou l'hébreu commence
par le verbe wayyitlil: il suffit de supposer que la paraphrase ara-
méenne reprenait en cet endroit le verbe tela, que l'araméen n'igno-
re pas, au lieu de z•qaf ou $elib qui figurent dans les diverses re-
censions du texte actuel.
On aboutit ainsi au poeme que voici. Les omissions sont si-
gnalées par des crochets. Les additions probables sont mises en
italiques et entre parentheses. Mais on s'en tient pour l'instant a
ces propositions mineures: il faudrait consulter la totalíté des
attestations manuscrites pour voír si certaines permettent d'aller
plus loin. ·

Et lorsque Hamán vit que ses paroles ri'étaíent pas entendues, il


éleva des plaintes et des pleurs sur lui-rnéme au mílíeu du jardin (var.:
des arbres) du palais. 11 prit la parole et dit:
Aleph ÉOoutez-moi, arbres et toutes les plantatíons
que j'ai plan tés depuis les [ours de I'Origine (b•resit) !
Beth (Car) le fils de Hammídatá demande
a étre hissé au poteau (?) du ñls de Pandérá,
Ils s'assemblerent tous et tinrent conseil: celui qui aurait une
hauteur de cinquante coudées, Hamán serait pendu á son faite.
Gimel La VIGNE dit: "Je suis [trop] courte pour étre apte
a ce qu'íl soít pendu a mon faite,
attendu que c'est de moi qu'on prend le vin des libations".
Daleth (?) .
Hé Le 'idd•rá dit: "Qu'il soít pendu a mon f.aite?
Non, je ne suís pas apte a ce qu'íl soít pendu a mon faite:
je suís J:¿yl' [ ........• ]".
Waw [Et] le FIGUIER dit: "Qu'il soít pendu a mon faite?
Non, je ne suís pas apte á ce qu'íl soít pendu a mon faite,
car c'est de moi qu'on prend les prémíces
(et c'est de moi que furent oétus Adam et Eve)".
Za'in L'OLIVIER disait: "Qu'il soit pendu a mon faite?
Non, je ne suis pas apte a ce qu'íl soít pendu á mon faite,
car c'est de moí qu'on prend I'huíle pour le Oandélabre.

strophe Waw, oü il suffit de restaurer un w- Inítíal) , Mais cela ne


résoud pas le problema que pose le nom de l'arbre (discuté dans les
dictionnaires de Buxtorf-Fischer, Lewy, Jastrow); en outre, la finale
de la strophe est incompréhensible. Elle est omise dans la traduction
anglaise de A. Bernstein, faite d'apres I'édítíon de P. Cassel et repro-
duite par B. Grossfeld, The Targum to the Five Megilloth (New York
1973), pp. 87-170 (voir la p. 336, avec Ja note 1). Dans ~e texte de base un
saut d'oeil a fait omettre la fin de la strophe Hé et le début de la
strophe Waw, si bien que l'arbre 'idderá est fautivement identifié au
"ñguíer".
26
402 P. GRELOT

Heth. "L'expert en mystsres m'a créé


pour rétribuer la fonction de [ses serviteurs les prophstesj ".
(litt.: du prophéte 'Obadyah).
Teih. "Mieux vaut un autre pour qu'íl soit pendu á son faite",
dit le PALMIER devant son Gardien:
Yod "Ils savent, tous les fils de la chair (var.: d'homme),
que Hamán I'ímpie est le petit-fils d'Agag l'Amalécite.
Kaph. "Tous les rois conresseront devant toi
que tu es Dieu et qu'íl n'y en a pas hormis toi.
Lamed "C'est a toi qu'íl convient de délivrer les fils
de méme que tu délivras leurs (var.: les) psres".
Mem Il répondit et luí dit, le Saint -Béni soit-il!-:
"Tout ce que tu as dit est un argument solide,
Niln en hésitant pour qu'íl soít pendu ia ton faite,
car tu vas de paír avec l'assemblée de Sion".
Samek "J'·ai pensé, dLt le CÉDFMTIER, qu'íl seraít pendu a mon faite,
et je ne suís pas apte a ce qu'il soit pendu a mon f'áite:
'Ain (car) vers moí viennent tous les gens
pour prendre de mes fruits afin de se réjouir devant toi".
Pé Le MYRTE ouvrit la bouche et dit: "Qu'il soít pendu a mon faite?
Non, je ne suís pas apte á ce qu'íl soit pendu a mon faite, ·
car c'est sur moi qu'on dit: Joie et allégresse!
(et en outre je suis associé au cédrat)".
Stuié Le CHENE s'exclama et dit: "Qu'il soit pendu a mon faite?
Non, je ne suís pas apte a ce qu'il soít pendu a mon faite,
car Déborah, la nourríce de Rébecca, fut enterrée sous moí".
Qof Le TÉRÉBINTHE cría et dit: "Q'il soít pendu a mon faite?
Non, je ne suis pas apte á ce qu'íl soít pendu a mon faite,
car Absalom, fils de David, fut suspendu a
mon faite".
Resh Le GRENAiD IER dit: "Q'il soít pendu a mon faite?
Non, je ne suís pas apte á ce qu'il soít pendu a mon faite,
car les justes sont comparés a moi.
Shin "Écoutez-moi, dit le CEDRE: Pendez Hamán et ses díx fils
a la potence qu'íl a préparée pour luí-rnéme ! "
Car c'est ainsi que J.'Écriture explique ret dít t:
Taw(?) Ils pendirent [alors] Hamán et ses dix fils
a la potence qu'íl avait préparée pour Mardochée.
Et la col-ere du roi, qui avait monté au plus haut point,
s'apaísa. Et sur Mardochée s'accomplít ce qui est écrít dans
des livres saints: "Le juste est sauvé de l'angoisse, et elle passe
sur l'impie" (Tg Prov. 11,8).
La restauration de la strophe finale est conjecturale. Elle repo-
se sur une partícularité relevée dans l'édition de Cassel: avant "íls
pendirent" (zqypw), on a l'incipit du verset hébraíque wytlw, qui
a pu suggérer l'emploi du verbe tlw, peut-étre suiví de l'adverbe
kdwn. Le poeme alphabétique serait ainsi complet, sauf la strophe
Daleth, qui est irrécupérable, et la strophe Hé, oü le nom de l'arbre
est corrumpu et dont la finale a chuté.
,,
LA DISPUTE DES ARBRES DANS LE TARGOUM II D'ESTHER 403

Jusqu'ici tout paraít simple, car le matériel utilisé est connu


depuís longtemps. Mais il faudrait consulter taus les Mss. du Tg II
pour voir si la dispute des arbres y est présentée de la méme racon.
Or, deux Mss. s'accordent substantiellement (sauf variantes mini-
mes) pour donner un texte tout différent. Il s'agít en premier Iieu
du Ms. de la Biblioteca Angelica Or. 72 (A-1-2), oú le texte hébraí-
que d'Esther {fol. 230v-236r) est accompagné dans sa marge exté-
ríeure par le Tg I du livre. Le Tg II figure dans les fol. 286v-292v.
Dans ce dernier texte, l'Incipit de chaque début de verset est indi-
qué en hébreu carré de format plus grand . .Pour la dispute des
arbres {fol. 291v), les noms des arbres sont indiqués de la méme-
racon, comme pour marquer autant de "strophes", Un second Ms ...
porte le mérne texte: c'est le Ms. de Paris BM hébr. 11-0. La, le texte-
hébreu du livre. n'est pas reproduit. Mais l'Incipit des versets permet:
d'en retrouver la trace. Le Tg I du Iivre occupe les fol. 112r-120v. On a.
ensuite le Tg II, en écriture cursive progressívement plus serrée,
sur les fol. 121r-139v. La príere de Hamán et la dispute des arbres:
sont formellement rattachées a l'Incipit d'Est vii,1'0 {fol. 136v),
mais celuí-cí est repris en conclusion du développement {fol. 137v).
Entre temps, taus les noms des arbres figurent en alphabet carré
plus gros, comme dans le Ms. précédent. Bien que la recension du
texte soit la méme des deux cótés, pour la dispute des arbres qui
se distingue ící de la recension n.0 1, on observe un certain nombre
de variantes mineures et surtout l'omission de tout le passage rela-
tif au figuier dans le Ms. de ,l'Angelica. Comme je n'aí vu reproduire
nulle part ce texte dans les éditíons du Tg II, je erais utile de le
donner d'abord en araméen avant de le traduire.
On remarquera que toutes les citations bibliques sont données
d'apres le TM, sauf en finale ou Is. vi,13 est cité d'apres le Tg de
Jonathan (avec une variante dialectale qui substitue la conjonction
'rwm a 'ry) et ou Prov. xi,8 est également cité d'apres le Tg du
livre. Voici le texte araméen qui nous intéresse íci. Je ne sígnale
pas les variantes purement graphiques (Matres lectionis). J'omets.
de méme les mots incomplets qui ne sont la que pour terminer les.
Iignes. II aurait été utile que mon apparat critique indique, ma-
nuscrit par manuscrit, la source exacte de toutes les autres varian-
tes. Pour simplifier l'opération, je me contente d'indiquer par un
demi-crochet les mots absents de I'un des deux témoins et de-
mettre entre corchets les leeons différ-entes qui feraient un doublet.
Je suis, en príncipe. le Ms 110 qui semble meilleur. Il ne s'agít en
tout cas que d'une publication provisoire qui a pour seul but de
porter a la connaissance de tous un texte apparemment inédit.
sry hmn swh wbky wl' mrkn mrdky lyh yt 'wdnyh . wkd hmn
hm' dl' mstm'yn mylwy ntl 'yly' wbkyt' 'l nps¡yh bmsy'wt gynt
bytn' [var.: 'yln gnt'J . mtyb w'mr : 'l\,ytw Iy rkll 'ylnyy' wkl stylyy'·
404 P. GRELOT

dy ívar.: d'y] stlyt [var.: 'stlw] mn ywmy br'sYt rct1br hmdt' b'y
r11myswq l'ksndry' dbr pndyr' . 'ytkrusw klhwn W'$W 'sh mn drwmyh
}:1111:syn 'myn ystlb hmn 'l rysyh .
GWPN' 'mrt [. .. J qswr' 'n' wl' ykylri' dy.\>tlb brysy , dknyst' dysr'l
'ymtlt by , dhkyn kty' : "gpn mmsrym tsy'" ; wtwb dmyny nsbyn
hmr' lnswkyn wlbrkt' , wlyt 'ypsr dms'ybn' 'n' bnbyltyh.
T'YNT' 'mrt : l' ykylri' dystlb brysy , dkriyst' dysr'l 'ymtylt by ,
dhkyn kty' : "kbkwrh bt'nh br'swt" , wmyny nsbyn Ibykwry' wmtlbys
'dm whwh ,
RYMWN' 'mrt [ ... J l' ykyln' dystlb brysy, rcty1 knyst' dysr'l
'ymtlt by , dhkyn kty' : "kplh hrmwn rqtk" , wbdmwt' dpryy 'bdyn zg'
wrwmn' bspyly m'yl' dkhn' rb'_, wlyt 'ypsr dms'ybn ' [var.: ds'ybn' 'n']
bnbyltyh .
ZYT' 'mrt [. .. J : l' ykyln ' dystlb brysyh ( ! ) , dysr'l 'ymtyl' by ,
dhkyn kty' : "zyt r'nn yph pry t'r qr' YYY smk" , wmyny nsbyn ms.lJ.'
lmnrt' bbyt mqds' ; hkym rzy' br' yty lmpr' 'wbdy nby' wlrb'h mlkyy'
wkhnyy' . , wlyt 'ypsr dms'ybn' bnbyltyh .
'TRWG' 'mr [ ... ] : l' ykyln' dystlb -brysy , dby 'mtyl 'brhm spyr
bsybw , wdmyny nsbyn bnwy lmhdy qdm mry 'lm' , dhkyn kty' :
"wlqhtm 1km bywm hr'swn pyry '$ hdr" , wlyt 'ypsr ms'ybn' 'n'
bnbyltyh .
DYQL' 'mr : l' ykylri' dystlb brysy , dyshq sdyq' 'ymtyl by [var.: by
'mtyl l , dhkyn kty' : "sdyq ktmr yprh rk'rz blbnwn ysgyl" , wtwp
d'n' swtp l'trwg' , wlyt 'psr dms'bn' 'n' bnbyltyh .
'S' 'mr : l' ykyln' dystlb brys¡y , dsdyqy' 'mtylw by , dhkyn kty' :
"whw' 'md byn hhdsym bmslh" , wkty' : "wyhy 'mn 't hdsh" , wmny
nsbyn lsswn wlsmhh b'bdlt' wbhlwlh wbmtwlt' , w'n' swtp' l'trwg'
wlwlb' bhdwt hg' , wlyt 'ypsr dms'bn' 'n' bnbyltyh°' .
'MGWZ' 'mr : l' ykylrr' dY-\>tlb_ brysy , dglwt' dysr'l 'mtylt by ,
dhkyn kty' : "'l gnt 'gwz yrdty [lr'wt b'by hrihl l " , w'wp hkymy'
dysr'I 'mtylw by , wlyt 'pi.§r dms'ybn' r'n'l bnbylth . ·
HYZWR' 'mr : l' ykyln' dystlb brysy , dmry rbtlm' mtqls by , dhkyn
ktyb : "ktpwh b'sy hy'r kn dwdy byn hbnym" , wtwr' dsyny 'tqry 'l
smy, dhkdyn kty' : "tht htpwh 'wrrtyk" , wlyt 'ypsr dms'brr' bnbyltyh.
BWTM' wBLWTM' 'mrw trwyhwn : lyt 'n' [var.: 'nn] yklyn dystlb
brysn' , dthwtn' 'tqbrt dbwrh twrbynt' drbqh , wbn' 'mtylw ,;;dyqy' ,
dhkyn kty' : "wyst'rwn bh hd mn 'sr' wytwbwn wyhwn lsrb' kbwtm'
wkblwt' rd1mytr ,trpwhy dmn rpybysyn w'd k'n hynwn rtybyn lqyym'
mnhwn zr" , kn glwt' dysr'I ytwbwn l'r'hwn 'rwm zr" dqwds'
nsbthwn" , wlyt 'yp5r dns'b bnbyltyh .
'RZ' 'mr : 'n' mlk' lkl rvar.: dkll 'ylny' wrb 'l íkll kwlhwn ;
bb'w mnk · , ntwryh dysr'l hkym rzy' , Y-\>tlb hmn rsy" br bryh d'gg
'mlq'h d'tqyn $1Yb' mynyrh t mn mrys' dnsb prsndt' bryh mtbwt'
dnwh wnsh [var.: wbnyyhJ bbytyh , whmn rsy" nsbyh bhydwh
wstryh lbytyh lmslb 'lwy mrdky sdyq' , wsm t'm lmhwy t>t,yl 'bydt
byt 'lh' rb' dbyrwslm , kdyn ytqyym 'lwy mh dkty" bspr' d'zr' : "wmny
sym t'm dy kl 'ns dy yhsn' ptgm' dn' ytnsh ' ' mn bytyh wzkyp
ytmhy 'lwhy [var.: 'lwyJ wbytyh nwly ystwy 'l dnh" . wmn yd swh
'rz' w'rym [var.: r'ymj qlyh w'mr : sm'w myny kl 'ylny' , 'n' msr
npsy dystlb brysy hmn nsy" w'srty [var.: w'srtJ bnwy 'l slyb' d'tqyn .
LA DISPUTE DES ARBRES DANS LE TAR GOU M II D'ESTH ER 405

wtb w'mr : 'lh' dkl mlkwwt' ywdwn qwmk d't hw' 'lh' wlyt br mynk ,
lk y'h Imprq yt 'mk mn yd' dhmn dy r'ym k'rz' [v,ar.: kmh drz')
hykmh dprqt 'bhthwn mn yd' dsnhryb mlk' d'twr dy r'ym lybyh k'rz' ,
w'wp myny nsbyn khny' ,qys' d'rz' wrmn lhwn bgw yqydt twrt' ldk'h
ms'bh ; y'h ly lm'bd pwr'nwt' rct'mkl mn hmn rsy" .

La suite du texte reprend le Tg de vii, 9-10. Avant de faire


quelques remarques sur ce texte, il faut 1e traduire. Ses partícula-
rités ne commencent qu'avec la dispute des arbres:
Et lorsque Hamán vit thrn' au lieu de l},z') que ses paroles (mlwy =
milló(h)í, forme dialectale) n'étaient pas entendues, il éleva des plaíntes et
des pleurs sur luí-rnéme au milieu du jardín du palais (var.: des arbres du
jardin). Il prit la parole et dit:
"Écoutez-moi, rtous" les arbres et toutes les plantations
que j'ai plantés (var.: qui ont été plantes) depuis les jours de !'Origine!
roart le flls de Hammidata demande
¿, étre hissé au poteau (?) du fils de Pandérá.".
Ils s'assemblerent tous et tinrent conseil: celuí qui aurait une hauteur
de cinquante coudées, Hamán seraít pendu :a son faite.
La VIGNE dit: "Je suis [trop] courte et je ne suis pas apte a ce qu'il soít
pendu a mon faite, car l'assemblée d'Israel est comparée a moi, car il est
ainsi écrit: (hébr.) 'Tu as déplanté d'Égypte une vígne' (Ps. lxxx, 9), et en
outre, c'est de moi qu'on prend le vin pour des libations et pour les bénédic-
tíons, et il n'est pas possible que je sois souillée par son cadavre".
[Ms. 110 seul. l Le FIGUIER dit: "Je ne suis pas apte a ce qu'il soit pendu
a mon faite, car l'assemblée d'Israél est comparée :a moí, car il est aínsí
écrit: 'Comme une primeur sur un figuier dans la belle saison ... '. (Os. ix,10),
et c'est de moi qu'on prend pour les prémices et [par moi] que furent vétus
Adam et Eve".
Le GRENADIER dit: "Je ne suis pas apte a ce qu'íl soit pendu a mon faite,
rcar t I'assemblée d'Israél est comparée ·a moí, car il est ainsi écrit: 'Comme
une moítíé de grenade sont tes [oues' (Ct. iv,3), et c'est a la ressemblance de
mes fruits qu'on fait la clochette et la grenade sur les bords ínréríeurs du
manteau du grand prétre ,(cf. Ex. xxvii,33s.), et il n'est pas possible que je
sois souillé par son cadavre".
L'OLIVIER dit: "Je ne suis pas apte a ce qu'íl soít pendu á mon faite, car
Israel est comparé a moi, car il est ainsi écrit: 'Olivier verdoyant orné de
fruits superbes: [ainsi] YYY avaít appelé ton nom' (Jer. xi,6), et c'est de
moi qu'on prend I'huíle pour le candélabre dans la Maison du sanctuaire
(cf. Lev. xxiv,2); l'expert en mystéres m'a créé pour rétribuer les travaux
des prophetes et pour investir les rois et les prétres, et il n'est pas possíble
que je sois souillé par son cadavre".
Le CÉDRATIER dit: "Je ne suis pas apte a ce qu'íl soít pendu a mon faite,
car c'est a moi qu'est comparé Abraham a la belle vieillesse (litt.: beau en
vieillesse), et parce que c'est de moi qu'on prend pour se réjouir devant le
Seigneur du monde, car il est aínsí écrit: 'Et vous prendrez pour vous, le
premier jour, des fruits de I'arbre d'honneur .. .' (Lev. xxiii,40), et il ri'est pas
possíble que je sois souillé par son cadavre".
Le PALMIER dit: "Je ne suis pas apte a ce qu'il soit pendu a mon faite,
car Isaac le juste est comparé a moí, car il est ainsi écrit: 'Le juste pous-
sera comme le palmier, [comme le cédre sur le Liban il croitra]' (Ps. 92,13),
et en outre parce que je suis assocíé au cédrat ,(cf. Lev. xxiii,40), et il n'est
pas possíble que je sois souillé par son cadavre".
406 P. GRELOT

Le MYRTE dit: "Je ne suis pas apte á ce qu'íl soit pendu á mon faite
car les justes sont comparés á moi, car il est aínsí écrit: 'Et lui se tenait
debout entre les myrtes dans la profondeur .. .' (Zac. i.8); et il est écrit: 'Et
=
il élevaít Hadassáh .. .' (Est. ii,7: Hadassáh fém. de hadas, "myrte" en hébr.);
et c'est de moí qu'on prend pour la jote et I'allégresse dans la Hatxialáh. (= príe-
re pour la fin du Sabbat), dans la récitation du Halle! et durant la circón-
císíon, et je suis associé au cédrat et á la palme (lillab) dans la joie de la
fete (cf. Lev. xxiii,40), et il n'est pas possible que je sois souillé par son
cadavre".
Le NOYER dit: "Je ne suis pas apte á ce qu'íl soit pendu á mon faite, car
la communauté exílée (galút) d'Jsraél est comparée á moí, car il est ainsi
écrit: 'Au jardín des noyers je suís descendu(e), rpour voir les jeunes pousses
du ravínr' (Ct. vi,11), et aussi les justes d'Israél sont comparés á moí, et il
n'est pas possible que je sois souillé par son cadavre". ·
Le POMMIER dit: "Je ne suís pas apte á ce qu'il soít pendu á mon faite,
car le Seigneur du monde (var.: dans le monde) est complimenté gráce a
moí, car il est ainsí écrit: 'Comme le pommier parmí les arbres de la rorét,
ainsi mon Bíen-Aímé parmí les garcons' (Ct. ii,3), et la montagne. du Sinai:
est appelée par mon norn, car il est ainsi écrit: 'Sous le pommíer je t'ai
éveillée' (Ct. vii,9), et il n'est pas possíble que. je sois souíllé par son cadavre".
Le CHÉNE et le TÉRÉBINTHE dirent tous les deux: "Nous ne sommes pas
aptes á ce qu'il soít pendu á notre faite, car c'est sous nous que fut ensevelie
Déborah, la nourrice de Rébeca (cf. Gen. xxxv,8), et c'est á nous que sont
compares les justes, car il est ainsi écrít: 'TI en restera un díxíéme, et ils
seront de nouveau livrés a l'affinage, comme le chéne et le térébinthe dont
le reliquat de feuillage ressemble á des choses desséchées, et jusqu'á maintenant
ils sont humides pour qu'en subsiste la semence: ainsi la communauté exilée
(galút) d'Israél revíendra dans sa terre, car son plant est la semence saínte'
(Tg Is vi,13); et il n'est pas possíble que je sois souillé par son cadavre".
Le CEDRE dit: "Je suis le roi de tous les arbres et grand plus qu'eux tous.
Je t'en príe, Gardien d'Israél, expert en mysterest Qu'il' soít pendu, Hamán
l'impie, le petit-fils d'Agag l'Amalécite, car il avait préparé de moi la po-
tence, de la poutre que Parshandatá son fils avait prise a l'arche de Noé, · et
il l'avait apportée (var.: bátíe) dans sa maison, et Háman l'impie I'avaít príse
avec [oíe et cachée dans sa maison pour pendre sur elle Mardochée le juste;
et il avait donné ordre qu'on interrompe le travail de la grande Maison-Dieu
qui est a Jérusalem (cf. Esd. iv,24). Ainsi s'accomplíra sur lui ce qui est écrit
-dans le livre d'Esdras: 'Et un ordre a été donné par moi que tout homme qui
modíñeraít (= désobéirait á) cette parole, une poutre sera arrachée de sa
rnaíson et, suspendu, il sera supplicié sur elle, et sa maison sera transformée
,en cloaque á cause de cela' (Esd. vi,11) ".
Et aussitót le CEDRE clama et éleva la voíx et dit: "Écoutez-moi, tous les
arbres! Je me livre moí-rnéme pour que Hamán l'impie et ses dix fils soient
pendus á la potence qu'il avait préparée". Et il dit encore: "Ó Dieu, toí
devant qui tous les royaumes confesseront que tu es Dieu et qu'íl n'y en a
pas hormis toi! C'est á toí qu'íl convíent de délívrer ton peuple de la maín
de Harnán qui s'étaít élevé comme un cedre, de méme que tu as délivré leurs
peres de la main de Sennachérib, le roi d'Assur, qui avait élevé son coeur
comme un cédre (cf. Tg Is. xxxvii,23). Et c'est aussi de moi que les prétres
prennent la branche de cédre et les jettent au milieu du bücher de la vache
(Nb. xix,6), pour purifiier de la souillure. n me convient de faire la rétríbu-
tion [pour ton peuple] sur Hamán l'impie".

A partir d'ici, le texte rejoint l'autre reoension du Tg II, pour


Est. vii,9-10, avec en finale la citation du Tg de Prov. xi,8.
LA DISPUTE DES ARERES DANS LE TARGOUM II D'ESTHER 407

Il est hors de question de commenter ici tous les détails de


ce texte. Mais il est clair que, par rapport a l'autre recension du
Tg II, il est totalement recomposé. Le príncipe méme du Poeme
alphábétique, qui subissait quelques entorses dans la premíere re-
censión, est totalement abandonné. En conséquence, la liste des
arbres cités et l'ordre dans lequel ils figurent, commandés précéden-
ment pour une large part par les nécessités de la composition poé-
tique, sont modifiés sauf pour le début {la Vigne) et la fin (le
Cédre). On avait précédemment: la Vigne (suívíe de deux strophes
déñgurées) , le Figuier, l'Olivier, le Palmier, le Cédratier, le Myrte,
le Chéne, le Térébinthe, le Grenadier, le Cédre. On a maintenant: la
Vigne, le Figuier, le Grenadíer, l'Olívíer, le Cédratier, le Palmier,
le Myrte, le Noyer, le Pommier, le Chene et le Térébinthe groupés,
le Cédre. Une comparaíson avec le Midrash Rabba, qui rapportait
une "dispute de prévalenoe" (genre bien connu depuis une tres
haute antiquité), est assez instructive. On y trouve les arbres sui-
vants: le Figuier (avec renvoi a Os íx.lü), la Vigne (cf. Ps. lxxx,9),
le Grenadier (cf. Ct. iv.3), le Noyer (cf. Ct. vi,11), le Cédratier (cf.
Lev. xxiii,4·0), le Myrte (cf. Zac. i,8), l'Olivier (cf. Jer. xi,16), le Pom-
mier (cf. Ct. ii,3 et vii, 9), le Palmier ,(cf. Ct. vii,8), l'Acacia et le
Pin (renvoí tres général a la construction du Temple), le Cédre et
le Palmier (cf. Ps. xlii,13), le Saule {cf. Is. xliv,4), enñn le Buisson
d'épines (cf. Jg. ix,8-15, oü figurent: l'Olivier, le Figuier, la Vigne).
La méthode employée dans le Midrash et dans la seconde recen-
sion du Targoum ,est fondamentalement la méme: chaque arbre
justifie sa positíon en alléguant un texte d'Écriture, ou éventuelle-
ment plusieurs. Pour les textes du Cantique des cantíques, la méme
interprétation allégorique est supposée des deux cótés, Mais les
conclusions tirées du texte de l'.Écriture sont radicalement opposée:
dans le Midrash, c'est une cancl.idature pour servir de potence; dans
le Targoum, c'est un motif pour l'écarter.
Des deux recensions du Targoum, laquelle est la plus ancien-
ne? A mon avis, il y a toutes chances pour que le Piyyút alphabé-
tique ait précédé le développement plus long dont toutes les for-
mulations sont bátíes sur le mérne modele. Dans la prerníere recen-
sion, le Chéne et le Térébinthe figuraient coté a coté en fournis-
sant chacun une strophe, gráce a l'emploi de deux verbes distincts
($aWWa!J, et qera) en début de strophe et a la citation ímplícite de
deux textes d'Écriture. Dans la seconde recension, ils sont regrou-
pés. On remarque en outre dans cette reoensíon l'emploi de plu-
sieurs formules qui avaíent une raison d'étre précíse dans l'autre
("l'expert en secrets", la "confession de foi" des rois). Mais oette
question aurait besoin d'une étude plus approfondie. Quant a
évaluer l'antiquité des textes, c'est un probleme complexe qui ne
peut étre abordé ici. Mon seul but était de signaler l'existence
408 P. GRELOT

d'un texte qui ne me semble par avoir été pris en considération


jusqu'ící, Je note toutefois que L. Ginzberg a relevé, dans une par-
tie de la documentation consultée a propos du Tg II sur Est. vii,10,
une recensíon de la légende oü les arbres se récusaient "pour ne
pas étre souillés par le cadavre impur de Hamán" et une indica-
tíon analogue sur la poutre de cédre arrachée a l'arche de Noé par
Parshandatá, fils de Hamán 9• Mais connaissait-il Ie seconde recen-
sion du Targoum? Je ne fais que poser la question sans pouvoir y
répondre.
Aussi bien, mon seul but était de présenter un texte targoumi-
que extrait de deux manuscrits originaux, en hommage au P. A. Díez
Macho, qui a tant travaillé pour faire avancer les études targou-
miques: "In memoria aeterna erit justus".
PIERRE GRELOT

9 L. Ginzberg, op. cit., vol. VI, p. 479, note 184.