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Théologie de la résistance contre théologie de la résignation

Par Andrew Sandlin

À Jeffery J. Ventrella, théologien de la résistance

Un jour, un ver qui avait creusé le front d'une Mère Supérieure au Moyen Âge tomba alors qu’elle se
penchait. Croyant que toute souffrance humaine est la volonté de Dieu, elle réintroduisit le ver dans
son front [1]. Elle avait adopté la théologie prégnante, masochiste et diabolique de la résignation plutôt
que celle de la résistance : les chrétiens devraient se résigner au triomphe du mal, car il convient aux
desseins secrets, impénétrables, mais bons de Dieu.

En opposition radicale à cette théologie de la résignation, en soutenant une théologie de la résistance,


le chrétien sait que Dieu ne gouverne pas le monde de manière arbitraire, maintenant un plan secret
en conflit avec son plan révélé dans la Bible. Le mal, qui a commencé avec l'insurrection cosmique de
Satan et a envahi la terre dans le jardin d'Éden, constitue une guerre contre les desseins de Dieu. Alors
que Dieu est si puissant qu'Il peut utiliser même le mal pour accomplir ces desseins (Psaumes 76:10),
Il abhorre le mal ; et Il a envoyé son Fils pour mourir sur la Croix et ressusciter des morts pour écraser
le mal (1 Jean 3:8). L'Évangile, en fait, est le programme de Dieu destiné à écraser le mal [2]. L'existence
du mal où qu’il se trouve est un affront à un Dieu saint, et, bien qu'Il soit patient, Il ne le supportera
pas éternellement.

Théologie de la résignation

Une arme malfaisante dans l'arsenal de Satan est de convaincre le peuple de Dieu que la victoire du
mal fait partie, en quelque sorte, de Ses desseins secrets. La logique est généralement la suivante :
Dieu seul sait ce qui est le mieux, et parfois la victoire du mal est la meilleure chose, alors Il décrète
secrètement sa victoire, et nous n'osons pas lui résister. La Bible ne dit jamais réellement cela, bien
entendu, et ne l'enseigne même pas ; mais ce raisonnement sert souvent de prétexte à ceux qui
désirent une justification de leur passivité ou de leur lassitude (ou, de façon moins excusable, de leur
paresse ou de leur lâcheté) face au mal universel. Cette logique est transformée en théologie : la
théologie de la résignation. Les théologiens de la résignation invoquent des épisodes exceptionnels de
la Bible, comme celui où Dieu révèle à Jérémie qu’il doit avertir les Juifs apostats de ne pas s'opposer
à l'invasion imminente de Babylone, car la captivité était la juste punition divine pour leurs péchés
(Jérémie 27:28). Il est vital de se rappeler, cependant, que cet acte de résignation a été ordonné par
Dieu par révélation ; ce n'était pas une spéculation (si courante chez les chrétiens d’aujourd'hui) sur
les prétendues intentions secrètes de Dieu. Dans presque tous les cas, le dessein révélé de Dieu (qui
n’est jamais différent de Son dessein secret) est que Son peuple résiste au mal. La piété superficielle
de la théologie de la résignation plaît aux chrétiens sincères mais naïfs : « Plus que tout, je veux me
soumettre à la volonté de Dieu, même si cela signifie que le mal triomphera. » Mais le triomphe du
mal n'est jamais la volonté de Dieu. Même le mal sous forme de punition sur les méchants ou sur le
peuple de Dieu (comme Babylone avec Israël) est une étape intermédiaire menant au jugement du mal
lui-même : Dieu a promis à Israël qu'après avoir utilisé Babylone pour accomplir Son dessein de
jugement, Il rejetterait Babylone brutalement et restaurerait Son peuple (Jérémie 24:12-14). En dehors
d’une révélation divine verbale déclarant le contraire, la volonté de Dieu sera toujours de résister au
mal. Puisque cette révélation s'est terminée avec la fixation du canon biblique, la volonté de Dieu pour
aujourd'hui pour son peuple confronté au mal est : toujours résister, tout le temps.
Résistance biblique au mal

La Bible regorge d'exemples de sainte résistance, et non de résignation, au mal. Bien que nous ne
puissions pas résister aux ordonnances de Dieu comme le gouvernement civil (Romains 13:2), nous
rencontrons à plusieurs reprises des exemples de sainte opposition et de sainte résistance au mal, et
de victoire sur ce dernier. Noé a résisté à ses contemporains impies antédiluviens. Abraham a
poursuivi, vaincu et dépouillé les ravisseurs de Lot. Moïse, Josué et les juges ont résisté aux ennemis
cananéens des Juifs. David a résisté à Goliath, le blasphémateur. Élie a résisté au roi apostat Achab et
à sa maudite femme Jézabel. Les prophètes de l'Ancienne Alliance ont résisté à la fois à Israël qui errait
loin des voies de Dieu et aux nations dépravées qui l'entouraient. Jésus est venu résister aux œuvres
sataniques qui se manifestaient par des possessions démoniaques et des maladies ainsi qu'aux faux
enseignements des pharisiens et des sadducéens. Les apôtres ont résisté au judaïsme qui niait le Christ
et à une Rome autoritaire. Paul a résisté aux judaïsants. Aucun livre de la Bible ne reflète mieux la
théologie de la résistance que l'Apocalypse : résistance contre le judaïsme incroyant et contre la Rome
impériale, que Dieu a promis d'écraser tous les deux – et qu’Il a, en fait, bien écrasés (Apocalypse
11:15-19 ; 18:1-19:21) [3].

Restauration de la théologie de la résistance

Notre époque est une période d'apostasie rampante, tant dans l'Église que dans la culture, et ce mal
encourage la résignation chez de nombreux chrétiens. Ils lèvent les mains de désespoir : « À quoi sert
la résistance ? Qui sait ? Peut-être tout ce mal est-il la volonté de Dieu. » Une telle réaction est fatale
– et signale un manque de foi. Le mal n'est jamais la volonté de Dieu. David Wells écrit :

Accepter le statu quo ou « la vie telle qu'elle est » (c'est-à-dire accepter l'inévitabilité de la
manière dont les choses sont dans la vie), c’est d'abandonner une vision biblique de Dieu. Cette
résignation à ce qui est anormal renferme la supposition cachée et inconsciente selon laquelle
la puissance de Dieu de changer le monde, de vaincre le Mal par le Bien, ne se concrétisera pas
[4].

Le fait que Dieu ait choisi de « prendre son temps » pour accomplir Ses desseins en rapport avec le
monde [5] et donc pour écraser le mal ne doit jamais nous amener à penser qu'Il tolère le mal et que
nous pouvons, par conséquent, nous y résigner. Notre tâche est de nous séparer du mal, de le
dénoncer et de nous y opposer. « Résistez au diable et il s'enfuira loin de vous » (Jacques 4:7). « Ceux
qui abandonnent la loi, écrit Salomon, louent les méchants, mais ceux qui observent la loi les
combattent » (Proverbes 28:4). « Et ne prenez pas part aux œuvres infructueuses des ténèbres, mais
plutôt condamnez-les » (Éphésiens 5:11). J'attire votre attention sur le fait frappant qu'il nous est
demandé non seulement d'éviter le mal, mais aussi de le condamner. Nous avons l'ordre de combattre
l’iniquité qui nous entoure. Résistance, et non résignation.

Conclusion

L'objectif de Dieu dans l'œuvre rédemptrice de Son Fils est d'écraser la tête du serpent, d'abord en
sauvant les pécheurs, les humains créés à Son image, et, ensuite, en sauvant le monde des
conséquences toxiques du péché de l'humanité. Mais ce salut exige la confrontation, et la
confrontation exige la résistance.

Roe v. Wade [6], Obergefell v. Hodges [7], le marxisme culturel, la pornographie, la fierté gaie, le
multiculturalisme, le sexe hors mariage, la convoitise, le darwinisme, l'absence de prière, le féminisme
idéologique, l’incrédulité et une foule d'autres péchés culturels affligent nos familles, nos églises et la
société. Nous n'osons pas nous y résigner. Tant que Dieu ne se résigne pas au péché, nous ne le
pouvons pas non plus. La théologie de la résistance pleine d’audace est l'appel de cette heure.

Notes :

[1] Ralph D. Winter, « The Mission of the Kingdom”, dans Perspectives on the World Christian
Movement, Ralph D. Winter et Steven C. Hawthorne, sous la direction de (Pasadena, Californie :
William CareyLibrary, 2009, 4e édition), 573.

[2] P. Andrew Sandlin, Crush the Evil, God's Promises Heal Man's Pessimism (Coulterville, Californie :
Center for Cultural Leadership, 2016).

[3] David Scott Clark, The Message from Patmos (Londres, Forgotten Books, 2018, n.d.).

[4] David Wells, “Prayer: Rebelling Against the Status Quo”, dans Perspectives on the World Christian
Movement, 160.

[5] Colin E. Gunton, The Triune Creator (Grand Rapids : Eerdmans, 1998), 16.

[6] N.d.t. : “Roe v. Wade, 410 U.S. 113 est un arrêt historique rendu par la Cour suprême des États-
Unis en 1973 sur la question de la constitutionnalité des lois qui criminalisent ou restreignent l'accès à
l'avortement. La Cour a statué, par sept voix contre deux, que le droit à la vie privée en vertu de la Due
Process Clause du quatorzième amendement de la Constitution des États-Unis s'étendait à la décision
d'une femme de se faire avorter, mais que ce droit doit être mis en balance avec les intérêts de l'État
dans la réglementation de l'avortement : protéger la santé des femmes et protéger le potentiel de la
vie humaine.

L'arrêt Roe v. Wade a marqué le débat américain sur l'avortement et sa légalisation, mais aussi le rôle
de la Cour suprême américaine, ainsi que des opinions sur la place de la religion dans la sphère
politique. » (Wikipedia.)

[7] N.d.t. : “Obergefell v. Hodges est un arrêt rendu le 26 juin 2015 dans l'affaire James Obergefell et
al., Petitioners, v. Richard Hodges, Director, Ohio Department of Health, et al. (ou Obergefell v. Hodges,
576 U.S.) par la Cour suprême des États-Unis est un arrêt de principe, fondamental, dans lequel ladite
Cour suprême considère le mariage homosexuel comme un droit constitutionnel en vertu du 14e
amendement de la Constitution des États-Unis. Cet arrêt a pour principal effet de rendre le mariage
homosexuel légal dans l'ensemble des États-Unis et notamment dans les quatorze États fédérés et les
territoires américains ne l'ayant pas encore autorisé. » (Wikipedia.)