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LES ORMVA, LES AUEA ET LA GESTION PARTICIPATIVE

DE L’IRRIGATION
A. Herzenni*
1. INTRODUCTION couverture des besoins alimentaires du
2. LES DEFIS DE LA POLITIQUE pays est en progression sensible (cas
Les ORMVA, outils principaux de la DE L’IRRIGATION notamment du maraîchage, du sucre,
politique de l’irrigation à l’échelle des produits laitiers, des viandes). Les
régionale, sont appelés depuis un 2-1 Caractéristiques générales de la périmètres de grande irrigation ont
vingtaine d’années à de gros efforts de politique de l’irrigation enregistré une augmentation et une
mise à niveau. Comment alléger, voire stabilisation sensibles des revenus et du
supprimer, les subventions publiques Le Maroc compte un potentiel de
surface irrigable de 1.353.000 ha en eau nombre d’emplois. Ils apportent une
grâce à la promotion d’un nouveau forte contribution à la valeur ajoutée
management de l’irrigation fondé sur la pérenne et de 300.000 ha en eaux
agricole (45%) et aux recettes
participation effective des irrigants et occasionnelles et de crue (18% de la
d’exportation agricole (plus de 75%).
sur la rationalisation de la gestion des surface cultivable du pays). Etant donné
Les effets d’entraînement de la
ORMVA? Jusqu’à quel point des la vulnérabilité de l’agriculture pluviale production irriguée sont tangibles, qu’il
établissements publics tels que les face à l’aléa climatique et aux s’agisse du développement des secteurs
ORMVA, conçus au départ essentiel- sécheresses fréquentes, l’irrigation des travaux publics, de l’industrie et des
lement comme des outils de constitue un facteur essentiel de services à l’amont ou des unités de
déconcentration, peuvent-ils aussi développement agricole malgré les transformation (sucreries, laiteries), de
devenir pour ainsi dire outils de limitations en surface et en ressources conditionnement, de conserverie et
“privatisation” de la gestion des eaux? en eau Son poids est d’autant plus autres à l’aval. L’amélioration des
Comment parviendront-ils, étant donné important que le Maroc fonde pour une conditions de vie des agriculteurs n’est
le poids des dépenses de fonction- large part son développement pas en reste, qu’il s’agisse du
nement (600 à plus de 1000 employés économique sur l’agriculture. désenclavement des zones rurales, de
par ORMVA) à assurer un service l’amélioration de l’habitat, de
La politique agricole a constamment
convenable à un moindre coût et à des l’électrification, des adductions en eau
visé, depuis l’indépendance du pays, des potable et autres actions de
niveaux de redevances d’eau
objectifs tels que la couverture des développement rural etc… Autre apport
d’irrigation acceptables par les
agriculteurs? Dans quelle mesure la besoins alimentaires (ou la “sécurité” essentiel de la politique de l’irrigation,
participation de ces derniers alimentaire) d’une population qui bien que peu évoqué d’ordinaire, la
contribuera-t-elle à un meilleur coût- double tous les 25 ans, l’atténuation de contribution à l’aménagement du
efficacité ? l’exode rural grâce à l’augmentation des territoire, notamment à l’essor de villes
revenus et à la création d’emplois, une moyennes et petites jouant à leur tour un
Telles sont les questions qui continuent intégration poussée de l’agriculture rôle de développement régional et local.
de se poser dans un contexte où la dans l’économie nationale et mondiale
déconcentration, la décentralisation et la 2-2 Problèmes et solutions envisagées
grâce aux effets d’entraînement de
participation sont considérées l’hydraulique agricole : industries et L’effort déployé pour le développement
aujourd’hui encore plus qu’il y a vingt services à l’amont et à l’aval de la de l’hydraulique agricole a été supporté
ans, comme des outils essentiels de production agricole, exportations… etc. par des investissements publics
bonne gouvernance. considérables, plus des 2/3 du total des
La politique des grands barrages, lancée investissements agricoles publics dont
Après un aperçu rapide sur les dès les années 60, consolidée par des
caractéristiques générales de la une partie substantielle consacrée au
mesures juridiques et institutionnelles fonctionnement. Les structures
politique de l’irrigation (ch.1), sur les d’importance1 , et appliquée aux grands
principes de mise en oeuvre de la d’intervention sont constituées de 9
périmètres d’irrigation est renforcée à ORMVA (Offices régionaux de mise en
stratégie d’appui à la grande irrigation
grande échelle par l’aménagement des valeur agricole)2 , créés à partir de 1966
(Ch.3), on examinera les résultats
périmètres de PMH (petite et moyenne dans un but de déconcentration, après la
obtenus jusqu’à présent (ch.4). Une
hydraulique) à partir du début des dissolution de l’ONI (Office national de
analyse de la situation actuelle sera
années 80. l’irrigation). Ces organismes publics
esquissée (ch.5), suivie d’éléments de
sont chargés de l’application de
réflexion sur les perspectives futures Les résultats et effets de la politique
l’ensemble de la politique agricole dans
(ch.6). poursuivie sont encourageants. La

*. Professeur de Sociologie à IAV


1. Le CIA en particulier, code des investissements agricoles (juillet 1969 et textes ultérieurs de modification ou d’amendements).
2. Les ORMVA s’occupent de la grande irrigation et de la PMH (petite et moyenne hydraulique) dans leurs périmètres d’intevention : Loukkos,
Moulouya Gharb, Doukkala, Haouz, Tadla, Souss-Massa, Ouarzazate, Errachidia.

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toutes ses composantes dans leurs efficience des réseaux, des défaillances - de créer les conditions d’un partenariat
périmètres d’intervention respectifs3 . en matière de service de l’eau et fructueux entre les ORMVA et les
Pour faire face à ces responsabilités, ils d’entretien des équipements, des efforts AUEA, ainsi qu’avec d’autres
comptent des effectifs importants, une à déployer pour l’amélioration de la partenaires, non seulement en matière
dizaine de milliers d’employés, au productivité des cultures et de la faible d’irrigation mais aussi dans d’autres
niveau de leurs sièges et à l’échelle participation des agriculteurs à la secteurs d’intervention de l’ORMVA
locale (subdivisions, CMV – centres de gestion des eaux d’irrigation. En fait, tels que l’aménagement des terres et la
mise en valeur …etc.). Bien que dotés l’intérêt porté aux aspects financiers, et mise en valeur agricole.
de l’autonomie financière et que la loi notamment à l’autonomie financière des
ait prévu une contrepartie sous forme de ORMVA autorise une approche de L’application des programmes évoqués
redevances d’eau à toutes les dépenses management qui recouvre l’ensemble s’inscrit dans une optique de gestion
d’exploitation et d’entretien des réseaux des problèmes évoqués et les repose en privée, alors que les ORMVA sont
d’irrigation ainsi qu’à une partie de termes d’efficience économique. C’est appelés à maintenir leur mission de
l’amortissement des équipements, ces cette approche qui a été introduite service public, non seulement dans les
dernières continuent d’être supportées, depuis une vingtaine d’années, comme autres secteurs d’intervention
pour plus de la moitié, par le Trésor le montrent les objectifs du PASA (aménagements hydro - agricoles,
public. (programme d’ajustement structurel aménagements fonciers, production
agricole à partir de 1983), ceux du PAGI agricole et animale, formation … etc..),
Déjà au lendemain de la crise des mais aussi dans celui de la gestion de
I (programme d’appui à la grande
finances publiques des années 70, une l’irrigation proprement dite. En effet, le
irrigation, à partir de 1986), du PAGI II
commission nationale est chargée service public devrait continuer de
(1993, en cours d’exécution), ainsi que
d’examiner les moyens de rééquilibrer
ceux du PNI (plan national de s’imposer dans ce secteur, si l’on en
le budget de divers établissements
l’irrigation, 1993)5. juge par sa complexité, qu’il s’agisse de
publics maintenus à flot grâce aux
l’aléa interannuel et saisonnier des
subventions de l’Etat4. Des De même, les principes de GPI (gestion
reconversions de statut, y compris des fournitures d’eau en fonction des
participative de l’irrigation), consacrés
privatisations, sont envisagées. Le statut par le colloque national de novembre niveaux de retenue des barrages, des
d’établissement public des ORMVA est 1995, s’inscrivent pleinement dans ce relations de coordination avec les
maintenu, mais à charge pour ces cadre. Ils visent la concrétisation du usagers non agricoles (industries,
organismes de couvrir leurs dépenses de transfert de prérogatives de gestion du énergie électrique, et consommation
fonctionnement, en particulier celles service de l’eau des ORMVA aux d’eau potable), de la veille nécessaire à
relatives au service de l’eau d’irrigation agriculteurs appelés à se constituer en une bonne efficience de l’irrigation à
(exploitation et maintenance des AUEA (associations d’usagers des eaux divers niveaux : transport, distribution,
ouvrages d’irrigation), grâce aux d’irrigation). Un tel transfert devrait application de l’eau à la parcelle, effets
redevances d’eau dues par les permettre : environnementaux, ou des conditions
agriculteurs. juridiques et administratives d’une
- d’assurer un meilleur service de l’eau bonne gestion (acquittement des
L’on peut se demander si les et la durabilité des ouvrages grâce à la redevances d’eau par les usagers,
préoccupations financières, celles participation des AUEA à la gestion ; conditions de fonctionnement des
relatives en particulier au déficit des AUEA, police des eaux, formation des
ORMVA, constituent l’essentiel des - de réduire en conséquence le coût de
l’eau ; irriguants …).
problèmes de l’irrigation. En effet, les
autres problèmes fréquemment évoqués - d’assurer l’autonomie financière des Tels sont les défis que les ORMVA sont
relèvent de registres à première vue ORMVA, et en conséquence une plus appelés à relever. On examinera le degré
différents, qu’il s’agisse du décalage grande liberté de manœuvre, y de pertinence de la stratégie arrêtée, les
entre les surfaces équipées et les compris celle de contracter difficultés rencontrées et les
surfaces mises en valeur, de la faible directement des prêts, perspectives d’amélioration possibles.

3. Gestion des eaux d’irrigation, aménagements hydro-agricoles, mais aussi planification, restru cturation foncière, mise en valeur agricole,
production animale, vulgarisation, gestion administrative et formation professionnelle.
4. Un ministre délégué auprès du premier ministre est désigné en 1978 pour évaluer les activités et la gestion des entreprises publiques. Cette
mission est à l’origine de la création d’un commission ministérielle chargée d’étudier la révision de certaines dispositions du CIA (code des
investissements agricoles, juillet 1969) en 1979.
5. Les PAGI sont financés sur prêts important s (BM et autres bailleurs). Objectifs du PAGI I : tirer le meilleur parti des ressources en eau,
favoriser le développement de la production agricole, améliorer le management des ORMVA, transférer certaines responsabilités des
ORMVA aux agriculteurs. Objectifs du PAGI II : améliorer l’entretien et la maintenance des réseaux, améliorer le réseau d’irrigation et les
services de vulgarisation, améliorer les revenus, améliorer l’efficacité des ORMVA et leur autonomie financière. Objectifs du PNI : étendre
l’aménagement hydro -agricole, promouvoir l’économie de l’eau (réhabilitation des équipements, renforcement des capacités des ORMVA,
organisation des agriculteurs en AUEA, réduction des pertes d’eau, mise en place d’un système de tarification rationnel), améliorer la
productivité, améliorer l’efficacité opérationnelle des ORMVA.

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3. PRINCIPES STRATEGIQUES publics, dont l’Etat. Des projets et des qui fondent au stade actuel la démarche
sous-projet doivent être établis, évalués GPI dans les périmètres de GH (grande
Ces principes arrêtés dans les et facturés sur la base de négociations hydraulique).
programmes cités d’amélioration de conclues par des contrats-programmes
La GPI s’est traduite jusqu’à présent
l’irrigation reposent sur quatre axes avec les partenaires. Ces derniers
essentiellement par la constitution
concomitants : l’amélioration et la jugeront au résultat.
d’AUEA (associations d’usagers des
gestion des ORMVA, la gestion
La facturation interne devra permettre, eaux d’irrigation) dans les périmètres
participative de l’irrigation, grâce à un système d’imputation de d’irrigation. Le processus est en cours et
l’amélioration du service de l’eau et temps, d’évaluer les charges exactes de connaît un certain essor, consacré par le
l’établissement d’un coût de l’eau personnel par projet et sous-projet. séminaire national de novembre 1995.
objectif et équitable. Les recommandations élaborées dans ce
Munis de ces outils, et grâce à la qualité
3-1 L’amélioration de la gestion des cadre ont retenu le principe d’un
du travail des cellules de comptabilité,
ORMVA transfert progressif de prérogatives des
de contrôle de gestion et d’audit, grâce
ORMVA aux AUEA, sur la base de
La pièce maîtresse des transformations également à la collaboration de tous les
contrats de partenariat. Des plans
visées concerne l’amélioration de la concernés, les ORMVA devraient être
d’action par ORMVA arrêteront les
gestion des ORMVA, outils principaux en mesure de se conduire en véritables
conditions et les modalités de mise en
des politiques régionales de l’irrigation. entreprises. Bien que l’on soit au début
oeuvre de ce transfert et les premières
Il suffirait, sans bouleversement du processus, il faut noter qu’on est loin
opérations seront lancées dans des
juridique, d’accorder pleinement à ces de la période où seule la comptabilité de
secteurs-pilotes. Il en sera tiré les
établissements le caractère commercial caisse et de trésorerie était utilisée dans
enseignements utiles à une extension
autorisé par leur statut, à l’instar ces établissements.
appropriée à l’ensemble des AUEA.
d’organismes tels que l’ONE ou l’OCP. L’amélioration de la gestion des ORMVA
C’est à ce prix qu’ils parviendraient à Depuis les assises de novembre 1995, le
devrait se traduire par la diminution de
gagner leur autonomie financière et processus de création d’AUEA se
leur déficit d’exploitation, la réduction
managériale. poursuit, des secteurs-pilotes ont été
des subventions de l’Etat et la
créés da ns les ORMVA, et les plans
Des modèles de protocoles d’accord rentabilisation des lourds investissements
d’action sont en cours de préparation en
sont établis. Ce sont des contrats- hydrauliques. Aussi sont-ils invités à
vue d’une nouvelle rencontre nationale
programmes appelés à régir les relations assurer leur équilibre budgétaire en
sur la GPI.
entre les ORMVA et leur ministère de procédant à la récupération des arriérés de
tutelle. Appliqués à deux Offices à titre redevances d’eau, à l’actualisation des L’évaluation de l’expérience des
d’expérience, ils visent essentiellement tarifs de l’eau et à l’amélioration de la dernières années a conduit à quelques
l’octroi d’une plus grande autonomie facturation et du recouvrement des recommandations relatives à l’approche
aux ORMVA grâce à l’utilisation de redevances. GPI et aux conditions institutionnelles et
budgets pluri-annuels. Mais cette administratives de sa mise en oeuvre. Si le
3-2 La GPI (gestion participative de
tentative fait long feu. Le même objectif processus de création d’AUEA est positif,
l’irrigation)
est poursuivi, avec un plus grand soin il ne constitue pas un objectif en soi, mais
apporté aux procédures et aux moyens L’amélioration de la gestion des un moyen - et un moyen nécessaire - pour
et mesures, grâce à l’instauration d’un ORMVA, c’est aussi et surtout une atteindre une meilleure efficience de
SIG (système d’information de gestion). gestion plus efficiente de l’irrigation l’irrigation, au sens à la fois technique,
Le but poursuivi est l’établisseme nt grâce à l’amélioration de l’exploitation économique, financier et social du terme.
d’états financiers de type " Entreprise ", et de la maintenance. C’est même cette Occulter ou négliger l’objectif
moyen incontournable pour la recherche volonté d’amélioration qui devrait d’efficience, c’est créer des institutions
du meilleur rapport coût -efficacié, et constituer le facteur principal de progrès peu efficaces parce que leurs membres
partant, de la viabilité des Offices. dans la gestion des Offices. Or, il n’auront pas été sensibilisés au préalable
semble acquis aujourd’hui que de telles pour se l’approprier eux-mêmes. La
La mise en place de la comptabilité avancées, comme le prouvent diverses nuance est donc d’importance. Une telle
générale, de la comptabilité analytique, expériences, ne peuvent être obtenues recommandation résulte en fait d’un
de la planification informatisée, sans une association étroite des constat de déficit en matière “d’animation
constitue une base indispensable à agriculteurs irriguants et des autres participative”. Les gestionnaires sont
l’approche " Entreprise ". Les activités partenaires concernés. D’où le concept à invités à développer une méthode
de contrôle de gestion et l’audit sont l’ordre du jour de GPI, la gestion participative adéquate, susceptible de
instaurés. Désormais, il est possible de participative de l’irrigation. mener à un partenariat authentique les
procéder aux facturations externe et deux protagonistes principaux, les
Des efforts dans ce sens ont été d’ores et
interne. ORMVA et les agriculteurs.
déjà accomplis dés les années 80 et se
La facturation externe s’applique aux poursuivent dans les secteurs de PMH Une telle méthodologie requiert une
prestations réalisées au profit (petite et moyenne hydraulique). Ce organisation adéquate. Les structures
d’opérateurs extérieurs, privés et sont du reste les mêmes textes législatifs opérationnelles à divers niveaux de

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responsabilité devraient être dotées de Le développement de la GPI est plus ou moins aisés à maîtriser, mais qui
personnel qualifié en matière considéré comme essentiel en matière se complètent pour concourir effica-
d’animation et de communication. Ces de service de l’eau. Les associations cement à l’amélioration du service de
structures devraient être de véritables d’irriguants existantes ou à créer l’eau.
outils de promotion de la GPI, grâce à devraient concourir à une plus grande
3-4 L’établissement d’un coût de l’eau
des actions telles que le suivi des efficacité de la programmation des
d’irrigation objectif et équitable
négociations avec les agriculteurs et la irrigations, de la distribution des eaux,
formation à la démarche participative. de leur facturation, et même de la Cette composante est essentielle : ce
Elles devraient également contribuer à perception des redevances, grâce à leur sont les déficits financiers permanents
l’affinement de la stratégie GPI et à la implication étroite dans ces opérations. des Offices qui ont conduit pour une
réflexion sur le cadre législatif et En attendant qu’elles soient pleinement bonne part aux options de l’ajustement
institutionnel de sa mise en oeuvre. opérationnelles, des “contrats d’eau” structurel agricole. Au début des années
sont établis entre les ORMVA et leurs 90, malgré les efforts déployés, le
Autre domaine à privilégier, celui de la “clients”. Ils définissent les droits et déficit moyen annuel représente environ
formation. Les grandes lignes en ont été obligations des partenaires, et 55% des dépenses de fonctionnement de
tracées lors du séminaire de novembre comportent ainsi une dimension ces organismes.
95 sur la GPI. Il reste à préciser les pédagogique non négligeable.
besoins spécifiques des irriguants et des Les subventions publiques contribuent à
préposés des ORMVA à la gestion de Le même souci d’efficacité a conduit à l’éponger, mais elles sont en baisse
l’eau, à établir les plans de formation, à des études d’amélioration des systèmes constante en raison des restrictions
organiser la formation et à l’évaluer. d’exploitation et de drainage dans budgétaires. Cette situation a des effets
l’ensemble des Offices. Elles devraient négatifs sur l’état des ouvrages et du
Les mutations requises au niveau des aboutir à des recommandations dans des matériel, les dépenses d’entretien et de
Offices et des irriguants doivent domaines prioritaires tels que les modes maintenance étant nettement insuf-
s’étendre également au secteur privé. Ce de relations à établir entre les ORMVA fisantes par rapport au niveau requis.
dernier participe essentiellement aux et les irriguants, l’amélioration du Aussi l’objectif de recouvrement total
études et partiellement à la comptage des volumes d’eau livrés, des coûts d’exploitation et de
maintenance. Il est suggéré de procéder l’optimisation managériale des maintenance, grâce aux redevances
à des comparaisons de coûts opérations. d’eau d’irrigation est-il primordial. Il
d’intervention de ce secteur et de la
Il est préconisé d’accorder la priorité à constitue l’une des conditionnalités
régie des ORMVA, afin d’en tirer des
la maintenance préventive, alors que les majeures du PAGI II6. Malgré les efforts
enseignements à l’avenir, ces derniers de redressement concentrés sur la
étant dans tous les cas de figure appelés interventions courantes portent plutôt
sur la maintenance curative, ce qui est réactualisation des coûts7 et sur la
à assurer le suivi des interventions du récupération des arriérés des
privé et le contrôle de qualité. un indice de gestion défaillante. En
outre, une comptabilisation stricte redevances, le déficit demeure.
3-3 L’amélioration du service de l’eau devrait intégrer exclusivement ce qui a Des études d’une ampleur considérable
Les objectifs poursuivis devraient trait à la maintenance, afin d’éviter de sont menées sur la tarification. Elles
concourir à une minimisation des coûts surcharger ou de sous-estimer ce poste, devraient conduire à des options
d’ exploitation et de maintenance et à selon les cas. tarifaires par ORMVA, à des
une meilleure valorisation de l’eau Autre chantier capital, l’économie de imputations intersectorielles des coûts,
d’irrigation. Des résultats optimaux ne l’eau à la parcelle. Au-delà des essais et et à des propositions de cadre
pourraient être atteints sans des relations des démonstrations de techniques, il est institutionnel de mise en oeuvre des
de confiance entre l’ORMVA et prévu de mettre l’accent sur les options choisies. Les résultats de ces
l’irrigant, considéré comme “usager- possibilités et les modalités d’adoption études devraient offrir une base sérieuse
client”. massive de ces dernières, grâce à des de discussion ou de négociation sur les
investigations sur les coûts des clés de répartition des coûts à appliquer
Des études de réhabilitation à long terme aux divers partenaires concernés, au
sont prévues. Elles devraient définir les équipements, des études des filières
(fabrication, approvisionnement et premier rang desquels il faut ranger les
besoins futurs en réhabilitation, en irriguants et les ORMVA. Il est inutile
réparations), et aux possibilités de crédit
entretien et en maintenance, et leurs d’insister dans cette optique sur l’apport
et de bonification pour l’acquisition du
coûts. Elles enrichiraient de ce fait les du SIG (système d’information de
matériel.
études de tarification et leur gestion) notamment les données de base
apporteraient une base de simulation et L’ensemble des opérations préconisées qui seront fournies grâce à la facturation
de prospective. relèvent ainsi de registres différents, des prestations de l’Office par projet et

6. C’est d’ailleurs ce qui est prescrit par le CIA (art. 16 du dahir n°1-69-25 : la redevance pour usage d’eau d’irrigation est annuelle et
permanente. Elle comprend l’amortissement et les dépenses d’exploitation et d’entretien du réseau externe d’irrigation.
7. Voir décret n°2-96-297 du 30 juin 1986 relatif à la distribution et à l’utilisation des eaux d’irrigation.

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sous-projet. Ces éléments nouveaux “participation directe” revenaient au l’eau, notamment la recherche d’une
sont également essentiels au regard de la Trésor et non aux ORMVA. meilleure efficience de l’exploitation et
GPI: on disposera enfin d’outils de de la maintenance, est à l’origine du
En tout état de cause, les subventions
mesure et d’évaluation fiables de la lancement d’études volumineuses, axées
publiques continuent de baisser. La
participation actuelle des irriguants et de au demeurant plutôt sur l’exploitation et
priorité est forcément accordée au budget
leurs associations en matière de fonctionnement (les ORMVA le drainage. Les résultats de ces études
d’exploitation et de maintenance, ainsi comptent une dizaine de milliers ne seraient pas à la hauteur des attentes.
que des hypothèses de participation d’employés) et le niveau de la Leur apport technique est certes
future. Il sera plus aisé, sur la base de maintenance ne peut qu’en pâtir. Or une appréciable, en termes de diagnostic et
données de ce type, d’envisager des dégradation plus rapide des ouvrages de solutions relevant de ce registre. Il en
formules de partenariat fondées sur requiert des interventions plus est ainsi du potentiel et des contraintes en
l’objectivité du calcul et sur l’équité8 . coûteuses9. matière de ressources en eau, des
4. ASPECTS DE LA SITUATION 4-2 La tarification mesures d’amélioration de la distribution
ACTUELLE : QUELS et du comptage volumétrique, ou de
Les études de tarification n’ont pas l’avertissement à l’irrigation. Mais en
RESULTATS OBTENUS ? encore abouti. Des relèvements de tarifs revanche, elles ne formulent pas (à une
4-1 La gestion des ORMVA ont pourtant lieu, bien que les calculs de ou deux exceptions près) de
base n’intègrent pas toutes les données recommandations opérationnelles sur
La mise en oeuvre du SIG connaît des nécessaires. Il semble a priori difficile l’organisation de l’irrigation au niveau
progrès variables selon les Offices, mais de mener ces études à leur terme si de l’Office et des irriguants, ni sur les
on peut considérer que, de manière quelques conditions ne sont pas réunies: relations qui devraient s’établir entre ces
générale, les ORMVA n’en sont pas
- la disponibilité des données deux partenaires.
encore au stade d’un travail
systématique de contrôle de gestion, de spécifiques à chaque Office (et à ses Une autre préoccupation majeure
planification informatisée et d’audit. secteurs spécifiques d’irrigation) en concerne l’économie de l’eau à la
Les efforts de constitution de “projets” matière de facturation externe et parcelle, domaine qui relève pour une
et de “sous-projets”, la facturation interne; des imputations équitables de bonne part du savoir-faire et du degré
externe ou interne par prestation, coût sur chaque tâche ; une saine d’initiative de l’irriguant. Des essais et
l’imputation des frais généraux à chaque distinction entre les coûts propres au des démonstrations sont menés par des
prestation constituent des tâches service de l’eau et les autres coûts services spécialisés, en particulier dans
essentielles qui n’ont pas encore abouti. (coûts de service public, de les domaines de l’aspersion et de
vulgarisation, de recherche-
l’irrigation localisée. Mais il n’existe
Elles sont indispensables dans une développement etc…) ;
pas de conception d’une méthodologie
optique d’autonomie financière et
- une volonté réelle de concertation d’extension des nouvelles techniques :
managériale. Elles le sont également
entre les agents des Offices à divers quelles conditions financières
dans l’optique de la GPI car elles
niveaux pour la fixation de normes d’acquisition ? quelle organisation de la
constituent la base incontournable de
tangibles d’évaluation de leurs filière technique, de la fabrication au
négociations conséquentes pour un prestations et une normalisation contrôle de qualité ? quelles conditions
partage équitable des tâches et des coûts nécessaire entre les Offices ; institutionnelles de développement de la
entre les irrigua nts et les ORMVA.
- la prise en compte, grâce à des filière ?
Les ORMVA ont connu ces dernières hypothèses de tarification, de l’impact En fait, les études n’ont pas été réalisées
années une campagne intense de de cette dernière sur les diverses dans une optique de GPI. Elle aurait
récupération d’arriérés de redevances, catégories d’exploitation, en pourtant permis d’examiner la
susceptibles de contribuer au particulier les plus vulnérables dans le faisabilité réelle, économique,
rééquilibrage de leur budget et donc à contexte actuel de libéralisation et de financière et sociale de divers scénari
une ponction moindre sur le budget de globalisation, techniques possibles, susceptibles
l’Etat. Le déficit, bien que sensiblement
- la nécessité d’arbitrages en haut lieu en d’aider le décideur à retenir les plus
réduit, demeure néanmoins important:
raison du caractère stratégique de la appropriés, en fonction des aptitudes
55% environ du budget global des
tarification. locales de participation et d’adaptation
ORMVA . Il serait encore plus important
progressive des irriguants et des
sans le relèvement du “taux d’équilibre”, 4-3 L’amélioration du service de l’eau préposés des ORMVA à la gestion des
et si les recouvrements de la
Le souci de l’amélioration du service de réseaux.

8. Une clause du CIA prévoit une ristourne sur la redevance d’eau lorsque des groupements d’irrigants participent à l’entretien du réseau.
Depuis 30 ans, la concrétisation de cette clause constitue un casse-tête pour les décideurs. Il faut espérer que les études de tarification ont
résolu la question
9. 1Les interventions principales des PAGI I et II concernent des réhabilitations. C’est précisément pour éviter de nouvelles réhabilitations à
très court terme, au coût rédhibitoire, que ces programmes insistent dans leurs recommandations sur une gestion saine, en partenariat avec
les irriguants, susceptible d’assurer une exploitation et une maintenance plus rationnelles et à moindre coût.

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4-4 La GPI facilitateurs pour la récupération des Cette situation explique le manque de
arriérés de redevances d’eau ou pour des détermination quant à l’organisation ou
4-4-1 Les réalisations
activités d’entretien courant. Selon les à la consolidation des structures de
Depuis novembre 1995, date du périmètres et selon les AUEA, des dialogue avec les irriguants tant au
séminaire national sur la GPI, des initiatives nouvelles sont envisagées, niveau du siège des Offices que sur le
efforts ont été déployés pour mettre en par exemple l’extension de leur champ terrain, une formation adaptée et
application les recommandations issues d’intervention à l’approvisionnement en systèmatique des préposés à ce dialogue
de ces assises. Le nombre d’AUEA créé intrants ou à l’écoulement des produits ainsi qu’à celle des membres des
dans les périmètres de GH est passé de agricoles. AUEA, et à une véritable
158 en 1995 à près de 250 courant 1998, professionnalisation de l’animation
4-4-2 Les insuffisances sociale de la GPI telle qu’elle est
le nombre d’irriguants et les surfaces
conc ernées ont doublé durant cette Ces exemples montrent qu’il y a des souhaitée dans le cadre du PAGI II.
période (de 40 000 à 80 000irrigants et acquis certains, en particulier dans les 5. ESSAI D’ANALYSE
de 84 000 à 166 000 hectares)10. Les secteurs de niveau technique
comités techniques et les conseils relativement simple, comme le 5-1 La stratégie du PAGI II et de la
d’administration des ORMVA ont été gravitaire partiellement modernisé ou GPI et son application
ouverts aux AUEA. Le CNCGPI réalimenté. Mais lorsqu’il s’agit de
(comité national de coordination de la participation à des niveaux supérieurs 5-1-1 Absence d’articulation entre les
GPI) a contribué à la formation des de gestion, les irriguants invoquent leur actions
cadres concernés par l’irrigation et par absence de maîtrise des techniques Le PAGI II et la GPI contiennent un
les relations avec les AUEA et à propres à l’irrigation moderne, le coût arsenal imposant de réformes qui se
l’engagement d’échanges interna- prohibitif des redevances d’eau, leur complètent mutuellement pour
tionaux. Des BRU (bureaux des hausse “exorbitante” ainsi que celle de constituer une stratégie cohérente.
relations avec les usagers de l’eau la “participation directe”, la hausse du L’objectif primordial recherché est le
d’irrigation) ont été créées au sein de prix des intrants, la fluctuation des prix renforcement progressif de l’autonomie
quelques services de gestion des des produits agricoles et leur corollaire, financière et managériale des ORMVA.
réseaux. Des coordinateurs de GPI ont celle des revenus, et donc l’incapacité Dès lors, plusieurs registres doivent être
été parfois désignés sur le terrain. de faire face à toutes les charges impérativement investis: technique,
induites par l’irrigation moderne. Ils financier, économique, institutionnel,
Un mouvement a donc été amorcé dans
invoquent également la non application avec la nécessité d’un partenariat
une perspective de GPI, mais il semble authentique avec les irriguants, le tout
des mesures incitatives promises par les
que la participation effective des sous-tendu par la volonté d’une
ORMVA, telles que les ristournes sur
irriguants n’a pas évolué par rapport à optimisation du rapport coût-efficacité.
redevances d’eau en cas de participation
ce qu’il en était il y a quelques années. Cette préoccupation s’impose d’elle-
des usagers à l’entretien des
Certes, en réseau gravitaire, les équipements11, l’éligibilité des AUEA même aujourd’hui dans le cadre de la
irriguants participent à l’entretien des au crédit agricole, les exonérations sur libéralisation en cours et de la
canaux Dans certains cas (exemple de la TVA, les rabais sur frais d’énergie. globalisation.
Tessaout-Amont), ils prennent en charge Cette stratégie, claire et cohérente dans
Malgré la bonne volonté des ORMVA,
l’entretien courant et la surveillance des ses principes, connaît des difficultés de
telle qu’elle se traduit par le processus
canaux et des drains secondaires et mise en oeuvre. Ses diverses
soutenu de création des AUEA,
tertiaires, ainsi que la distribution de composantes sont appliquées sans mise
l’application de plans d’action de GPI et
l’eau entre les tertiaires et quaternaires, en cohérence, sans hiérarchisation des
de protocoles de partenariat avec les
ou l’ensemble de la gestion du réseau actions et sans articulation entre elles.
associations et la mise en oeuvre
non équipé à l’aval du primaire (cas des Les missions et les tâches sont
effective de la GPI risquent de ne pas
périmètres du Tafilalet et du Drâa). morcelées, cloisonnées, alors qu’une
avoir lieu tant que les requêtes et
De même, en secteur aspersif, les réclamations des irriguants ne interaction dynamique devrait les
irriguants, organisé s ou non en AUEA, trouveront pas de réponses. Or il est animer. Il en résulte des actions
s’occupent du gardiennage du matériel évident que ces dernières ne sont pas à “sectorialisées”, conduites indépen-
mobile et de son entretien ainsi que de la la portée des ORMVA, elles dépendent damment les unes des autres. Cette
répartition de l’eau. Dans certains des instances supérieures et de juxtaposition occulte l’objectif de
secteurs, des membres des conseils l’environnement institutionnel a u départ. Quelques exemples peuvent
illustrer cette observation.
d’AUEA jouent un rôle précieux de niveau national.

10. La GPI vise un total de plus de 500 AUEA en 2002.


Il est vrai que dans le cas de la Tessaout -Amont, il s’agit plutôt d’un ancien périmètre intégralement modernisé. Des associations
d’usagers de fait ont été constituées rapidement, dès la mise en service du périmètre équipé (1970-1978). Dans le cas du Tafilalet et du
Draâ, les aménagements se sont limités au canal primaire dans des périmètres à fort e tradition communautaire.
11. V. CIA (25 juillet 1969).

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5-1-2 Le SIG et l’organisation progrès : un début de création au sein stratégie du PAGI II aux
administrative des ORMVA de cellules responsables responsables de la constitution des
des relations avec les irriguants, les AUEA sur le terrain,
Le processus d’instauration du SIG est BRU, l’extension de la constitution des
en cours, il se fonde sur une logique AUEA, la création d’une cellule GPI au • La taille des AUEA est choisie
d’entreprise, et semble vouloir niveau central, l’action de coordination d’emblée en fonction de contraintes
privilégier l’instauration de projets et de instaurée sous forme de rencontres techniques.
sous-projets, lesquels devraient imposer nationales, d’ateliers de concertation, Cette option est devenue monnaie
une coordination intersectorielle et donc d’échanges internationaux. Mais courante dans les périmètres aspersifs
la prédominance de rapports jusqu’à présent, ces efforts sont où il a été décidé de créer une AUEA par
horizontaux entre les diverses instances demeurés limités. L’organisation des station de pompage, soit de grandes
des Offices. structures de GPI ne concerne qu’un surfaces - au delà de 500 et de 1000
La réorganisation administrative de ces nombre très réduit de cadres, comparé hectares - et un grand nombre d’usagers
derniers a quant à elle privilégié les aux besoins. - au delà de 100 et de 200, sans prise en
rapports verticaux en alourdissant la En fait, et c’est le plus important, il compte des réalités sociales qui peuvent
hiérarchie d’un niveau supplémentaire. n’existe pas une véritable appropriation conditionner dans la plupart des cas le
Cet aspect a accaparé l’attention et de “l’esprit GPI” au niveau des devenir de ces associations. Il est
l’intérêt des employés des ORMVA bien décideurs, ni une prise de conscience de reconnu en effet que les ensembles de
plus que d’autres aspects plus sa place déterminante dans la stratégie grande taille sont peu favorables au
importants. La conciliation entre la adoptée12. Cette appropriation et cette processus d’association ou de
structure de projet et la structure prise de conscience devraient les inciter coopération.
verticale actuelle ne sera pas aisée. à engager de véritables professionnels - les textes régissant le fonctionnement
5-1-3 Quel contenu aux protocoles de l’animation sociale, appelés à jouer des AUEA ne sont pas toujours
d’accord ORMVA-AUEA ? un rôle de facilitateurs entre l’ORMVA intégralement appliqués. A titre
et les irriguants, de formateurs et d’exemple, la rotation des membres du
Il est prévu dans le cadre de la GPI d’accompagnateurs de la concertation conseil d’administration est rarement
l’établissement de protocoles d’accord entre les partenaires. C’est l’absence de organisée. Certains usagers se
entre les AUEA et les ORMVA. Cette ce type de profil13 qui est probablement maintiennent dans leur fonction moins
tâche est poursuivie indépendamment à l’origine de situations peu favorables à dans l’intérêt de leurs collègues que
des travaux sur la tarification, alors que la GPI, telles que celles dépeintes ci- dans le leur.
certains de leurs résultats devraient après :
constituer la référence essentielle des 5-3 Une responsabilisation excessive
accords escomptés (exemples du coût - le faible intérêt et l’absence des ORMVA :
des prestations : celles des irriguants, d’impulsion réelle pour inscrire la
GPI dans les faits à travers - Comme cela a déjà été évoqué, ces
des AUEA et des Offices). Elle est organismes ont la responsabilité de
l'organisation d'une concertation
conduite sans que les Offices soient en négociations avec les irriguants sans
constante avec les irriguants, conduite
mesure de donner satisfaction à avoir tous les moyens juridiques,
par des profils compétents dans ce
certaines réclamations des AUEA réglementaires, administratifs et
domaine et dotés des moyens
(ristourne en cas de participation à financiers de les faire aboutir (ex de
nécessaires. Une comparaison entre
l’entretien du réseau, accès au crédit, l’accès au crédit, des mesures incitatives
les moyens et l’attention réservés à la
exonération de TVA, rabais sur le prix ... etc.)
réalisation du SIG et ceux consacrés à
de l’énergie, appui de l’Office en
la GPI est éloquente à plus d’un titre.
logistique et autres mesures incitatives), - Ils ont à jouer vis-à-vis des irriguants
soit parce que leur objet ne dépend pas - le faible intérêt porté à la formation plusieurs rôles qui ne sont pas tous
de prérogatives des ORMVA, soit en dans le domaine de l’animation compatibles entre eux, à la fois de
raison des restrictions budgétaires. sociale, en faveur des membres des préposés à la distribution de l’eau, de
AUEA et de leurs animateurs14 . percepteurs des redevances d’eau,
5-2 Quelles structures d’animation conseils, vulgarisateurs, animateurs
sociale des irriguants et des AUEA ? - une conception de la démarche de
d’AUEA et parties d’office à voix
constitution des AUEA biaisée au
En dépit d’exhortations répétées, une délibérative dans leur conseil,
départ :
organisation adaptée aux objectifs de la pourvoyeurs de subventions et
GPI tarde à se mettre en place. On • Il n’y a pas d’effort soutenu responsables de la police des eaux. Ce
observe certes quelques indices de d’explication de l’ensemble de la cumul de rôles est à l’origine de

12. Les crédits alloués à la GPI et aux mesures incitatives en faveur des AUEA auraient été réduits récemment, ce qui pourrait confirmer cette
assertion.
13. Voir l’exemple des " community organizers ", entre autres, dans l’expérience des Philippines.
14. Un effort appréciable a été déployé dans le cas des PMH, avec une grande attention portée à l’analyse des besoins de formation, au plan
d’action de formation et au suivi. Une action pilote de 3 ans est financée par la KFW.

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rapports complexes entre les ORMVA et 6. QUELLES PERSPECTIVES ? le contenu de ces derniers, les relations
les irriguants peu favorables à entre ORMVA et AUEA, entre ces
l’engagement du partenariat escompté. 6-1 La GPI comme concept fédérateur dernières et leurs membres et avec les
autres acteurs du secteur privé, seront en
L’option a été prise de maintenir le En termes de gouvernance et de
effet redevables de l’objectivité
statut d’établissement public des management stratégique, la GPI devrait apportée par le SIG (facturation externe
ORMVA, mais avec une volonté devenir le concept fédérateur, et interne, organisation en projets et
déterminée de leur imprimer une unificateur, des réformes entreprises. sous-projets) et par les études de
puissante dimension commerciale. Comme l’indique le schéma ci-dessous, tarification dans l’établissement des clés
L’expérience montre qu’il n’est pas aisé le concept implique une interaction des de répartition des coûts. C’est là une
de se délester des pesanteurs de l’Etat – diverses activités, une concomitance qui base de référence essentielle pour
providence. Mais, il ne s’agit pas les inscrit dans une même dynamique. Il l’ensemble des acteurs concernés, afin
seulement de force d’inertie, volontaire y a certainement à tel ou tel moment, au que des question essentielles ne
ou non. A supposer que les Offices gré de la conjoncture, des aspects demeurent plus en suspens. A titre
atteignent leur autonomie financière, la prioritaires à traiter, mais toutes les d’exemple :
nature même de l’enjeu, à savoir l’eau, actions s’inscrivent dans le même
- Faut-il inclure l’ensemble des services
et l’aléa de la production agricole et de mouvement d’ensemble.
de l’ORMVA dans les charges
sa valeur marchande, devraient imposer La préparation des contrats- d’exploitation et de maintenance du
en tout en état de cause le maintien d’un programmes ORMVA-Etat et des réseau ou seulement les services
service public. Le tout est qu’il sera protocoles d’accord ORMVA-irriguants affectés à ces fonctions ? Dans ce
certainement différent de l’actuel. Les (AUEA) devrait tirer profit de la mise dernier cas, selon quels critères
ORMVA sauront-ils assurer la en oeuvre du SIG et des études sur la affecter les frais généraux ? Comment
transition? tarification. La négociation des contrats, affecter les activités d’équipement et
Interactions dans le cadre de la GPI

Formation Promotion AUEA

Suivi valuation Promotion du secteur priv

Coordination inter - Suivi des cat gories d exploitations


ORMVA agricoles
PARTENARIAT ORMVA-AUEA -
ENVIRONNEMENT ECONOMIQUE ET
INSTITUTIONNEL

SIG Veille conomique (fili res, prix)

Tarification Communication, organisation

Organisation en projet et
Recouvrement des redevances
sous -projet

Contrat programme Office-


Economie d eau la parcelle
Etat

Protocole d accord
ORMVA-AUEA

Am lioration exploitation du r seau

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de soutien à la production au service contractuelle, formée de compétences intrants et des produits agricoles. Ainsi,
de l’eau ? professionnelles en communication et la contribution des tec hniques
en animation, ayant pour missions d’économie d’eau à un bon rapport
- Selon quels critères distinguer la coût-efficacité dépend des conditions
maintenance préventive, la maintenance (voir exemple des "community
organizers " aux Philippines)15 : d’acquisition des techniques améliorées,
curative et la réhabilitation ? des politiques adoptées par filière de
- Quelle part des réhabilitations imputer • Concevoir et suivre la démarche culture, et plus généralement, d’un
sur les irriguants et quelle part sur participative cadre macro-économique adéquat.
l’Etat ? (Faut-il appliquer les clauses • Veiller à une approche appropriée de
du CIA ou envisager d’autres
7. CONCLUSION
constitution des AUEA
formules ?) La cohérence de la stratégie développée
• Contribuer à la réorganisation des par le PAGI II et contenue dans les
- Quel statut des ouvrages et AUEA le cas échéant (exemple de la
équipements selon leur nature ? principes de la GPI a été mise à mal
taille trop grande en secteur aspersif, dans sa mise en oeuvre pour cinq
public ? privé ? Dans chaque cas,
du degré d’application des textes raisons essentielles :
quelle part du coût imputer au service
public, celle à imputer aux irriguants ? législatifs….)
- L’émiettement des activités, leur
- Comment calculer la contribution des • Former et suivre les animateurs de juxtaposition, leur cloisonnement, sans
irriguants aux travaux dans le cas où pilotage de la GPI, prise en compte des interactions
ils seraient rétribués dans le cadre nécessaires entre elles16,
• Former (et contribuer à la formation de
d’un partenariat avec l’Office ? formateurs) des membres d’AUEA, - L’action monolithique attendue des
- Comment calculer les "coûts cachés" en synergie dans l’immédiat avec la ORMVA, alors qu’ils ne disposent pas
(sous-performance, faible rendement) formation pilote réalisée au profit des de tous les moyens nécessaires, en
de l’ORMVA, ou de l’AUEA, afin AUEA des secteurs de PMH. particulier les moyens juridiques,
d’éviter ou d’atténuer leur institutionnels et financiers pour la faire
• Contribuer à la formulation de aboutir.
hypothèque sur le s niveaux de
propositions d’amendement et
redevances d’eau ? - L’insuffisance ou l’absence d’une
d’adaptation des textes législatifs et
- Comment réduire ces coûts cachés ? animation sociale professionnelle, seule
réglementaires sur les AUEA, sur
(meilleures rationalisation des tâches, susceptible de maîtriser avec l’efficacité
l’utilisation des eaux, à la lumière de nécessaire, dans les conditions
compression du personnel ? …), l’expérience et des spécificités actuelles, le processus de GPI.
Ce type de questions n’a pas qu’un locales.
- La faible prise en compte des
caractère technique. Elles requièrent • Contribuer à la préparation des spécificités régionales et locales, de la
certainement des négociations avec les négociations sur les protocoles diversité des types d’exploitation, des
irriguants, et des arbitrages d’ordre d’accord entre ORMVA et AUEA. besoins spécifiques propres à chacun
politique. d’eux et de leur capacité réelle de
6-3 L’économie de l’eau à la parcelle
6-2 La promotion des AUEA en tant participation financière, technique,
qu’organisations professionnelles Cet aspect est étroitement lié à la GPI managériale.
car la contribution à l’économie de l’eau
Les actions suivantes devraient être dépend pour beaucoup de l’usager, de - La focalisation de la démarche
entreprises en vue d’une réelle existence générale tant au niveau du PAGI que de
l’irriguant. Une baisse substantielle des
autonome et efficace des AUEA : la GPI sur l’offre plutôt que sur la
coûts en termes relatifs est entre ses
demande sur l’out il de gestion plus que
- Etoffer les structures d’intervention en mains. Mais, il lui faut aussi consentir
sur l’usager.
GPI au niveau du siège et du terrain des investissements importants, avoir la
des ORMVA, notamment en possibilité de recourir au crédit, compter Un accompagnement hors ORMVA de
compétences en communication et en sur quelques incitations publiques. Il la GPI, notamment en ce qui concerne
animation sociale, faudrait aussi et surtout que la valeur l’animation sociale, est nécessaire au
ajoutée obtenue grâce à l’économie de stade actuel. Une mise en oeuvre
- Créer une ou des structures de pilotage l’eau ne soit pas enrayée par la appropriée de la GPI, en tant que
de la GPI, de préférence sous forme fluctuation ou la hausse des prix des concept fédérateur de l’hydraulique

15. Il va de soi que les guides et manuels ne suffisent pas à eux seuls, si les animations ne sont pas entreprises par des professionnels qualifiés.
Sinon, ce seraient des recettes appliquées mécaniquement sans capacité d’analyse, de diagnostic, et donc sans capacité de propositions de
changement approprié et de maîtrise de ce changement.
16. Par exemple, le colloque national de novembre 1995 s’est focalisé sur la constitution des AUEA, sans se préoccuper des conditions
nécessaires à leur bon fonctionnement, (données objectives de tarification, données de SIG, restructuration des services, animation
professionnelle).
Le 2ème séminaire sur la GPI (1-2 décembre 1999) ne semble pas avoir emprunté une voie différente.

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agricole, requiert une approche de type " niveau des ORMVA et des AUEA, afin doivent participer les irrigants et aux
management stratégique " qui tienne d’adapter la GPI à la riche diversité mesures d'accompagnement nécessaires
compte à la fois des impératifs existante. Une telle intervention devrait (suivi-évaluation et formation continue
nationaux et des spécificités locales. aboutir, à ces trois échelles, à une en particulier).
Cette approche devrait être développée planification opérationnelle fondée sur
à l’échelle nationale mais aussi au la demande, et à laquelle bien entendu

ABREVIATIONS

- AUEA : Association des usagers des eaux d’irrigation


- BRU : Bureau des relations avec les usagers (des eaux d’irrigation)
- BM : Banque mondiale
- CIA : Code des investissements agricoles
- CMV : Centre de mise en valeur (une des antennes locales de l’ORMVA)
- GH : Grande hydraulique (ou grande irrigation)
- GPI : Gestion participative de l’irrigation
- ONI : Office national de l’irrigation
- ORMVA : Office régional de mise en valeur agricole
- PAGI (I ou II) : Programmes I ou II d’amélioration de la grande irrigation
- PASA : Plan d’ajustement structurel agricole
- PMH : Petite et moyenne hydraulique (ou irrigation)
- PNI : Plan national de l’irrigation
- SIG : Système d’information de gestion
- TVA : Taxe sur la valeur ajoutée.

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