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COLLECTIF DROITS DES FEMMES 21

Maison des associations, boîte PP10

2 rue des Corroyeurs, Dijon

collectifddf@yahoo.fr

À Monsieur Adrien Taquet, secrétaire d’état à la protection de l’enfance

À Madame Nicolle Belloubet, Garde des Seaux

À Madame Marlène Schiappa, secrétaire à l’Égalité entre les femmes et les hommes

À Monsieur Jacques Toubon, défenseur des Droits

À Monsieur Éric Mathais, procureur de la République

À Monsieur Bruno Laplane, président du Tribunal de grande instance de Dijon…

(voir en annexe tous les destinataires)

« Les viols sont donc, avec les actes de torture et de barbarie,


les évènements les plus traumatisants qu’une personne peut subir »

« Les violences sexuelles ne doivent pas rester impunies


et les préjudices qu’elles ont entraînés doivent être réparés,
il en va de la solidarité et de la sauvegarde de la cohésion sociale,
du respect de la solidarité et de l’égalité des droits.
Dans une démocratie tout citoyen a le droit fondamental
de vivre en sécurité, d’être soigné et de demander justice. »

Dr Muriel Salmona : « Le livre noir des violences sexuelles »


Nous, Collectif Droits Des Femmes 21, souhaitons par le présent courrier vous
faire part de notre profonde incompréhension et indignation face aux informations que
nous avons pu recueillir par la presse, concernant le viol d’une fillette, âgée de 4 ans au
moment des faits, le 14 novembre 2016 à Genlis (21). Car le devoir de tout adulte res-
ponsable est de ne pas rester insensible à la souffrance d’un enfant victime de viol.

Nonobstant les différents rebondissements dont tout un chacun a pu découvrir au


fil des mois, deux ans et demi aujourd’hui, le caractère proprement ahurissant, nous vou-
lons une nouvelle fois alerter les différentes institutions concernées, ainsi que le public,
du fait que les résultats des expertises (l’examen médical de l’enfant par un pédiatre,
les expertises génétiques du laboratoire d'hématologie médico-légale de Bordeaux, l’ex-
pertise de deux médecins légistes, tous judiciairement désignés, et l’analyse technique et
scientifique par un médecin gynécologue mandaté par Me Claude Llorente, avocat de
Monsieur Peclet - le professeur des écoles suspecté et placé en détention provisoire,
avant d’être libéré et d’obtenir le statut de témoin assisté) confirment le viol de l’enfant
et révèlent la présence de sperme mêlé à une tache de sang consécutive du viol, à
l’intérieur de sa culotte.
Il apparaît dans le rapport médical et technique du docteur Thevenot, exerçant à la
clinique Paré de Toulouse en tant que gynécologue obstétricien et ancien expert judi-
ciaire, ex-chef de clinique, dont des extraits ont été révélé par le Bien Public le 06 octobre
2018, les éléments suivants :

« Les circonstances, la description des taches et l’examen de l’enfant amènent à l’hypo-


thèse la plus évidente que les taches de sang proviennent des plaies vulvaires et hymé-
néales constatées et que la tache de sperme correspond à un écoulement provenant du
périnée de l’enfant, dans la même zone. Cette tache de sperme est donc la conséquence
d’une éjaculation masculine sur le périnée de la fillette. Nous n’avons pas, au vu du dos-
sier, d’autre hypothèse sérieuse et vraisemblable. »
« La thèse d’une pollution accidentelle de sperme dans la tache de sang, soit dans un bac
à linge sale, soit par éjaculation directe, soit lors de toute autre manipulation, paraît ana-
tomiquement extrêmement peu probable et non plausible ».
Une hypothèse, défendue par la famille de la victime, qualifiée d’« irréaliste » par ce mé-
decin.

«  En conclusion, l’examen des pièces communiquées évoque en premier lieu que les
deux taches de sang et de sperme constatées sur les sous-vêtements de l’enfant corres-
pondent respectivement au sang de l’enfant (blessures des lèvres et de l’hymen) et au
sperme d’un individu (identifié comme celui d’un proche, ndlr) ayant éjaculé au niveau de
la vulve et du périnée. »

Ne nous a pas échappé que le «  proche  » désigné par le Bien Public ne pourrait
être qu’un membre de la famille : l’ADN extrait du sperme (mélangé au sang de la
victime) appartiendrait à la lignée paternelle de la petite fille (information largement
relayée par les médias régionaux et nationaux). Or, les trois personnes masculines is-
sues de la ligné paternelle de la fillette, à savoir le père, l’oncle et le grand-père, placés en
garde à vue le 10 décembre 2018, n’ont fait l’objet d’aucune mise en examen.

Par ailleurs, Me Llorente, avocat de Monsieur Éric Peclet, contacté par téléphone,
nous indiquait :
« La chambre de l’instruction avait suggéré, en octobre 2017, que soit réalisée une mor-
pho-analyse des taches. Or, cet avis des magistrats de la cour d’appel, n’a donné lieu, à
ce jour, à aucune expertise. Pourtant, ces fluides constituent une preuve scientifique croi-
sée incontestable. J’ai cherché dans les archives de la justice française, à ma connais-
sance, ce serait la première fois que l’on remet en cause une preuve croisée aussi
accablante, avec ADN. C’est très exceptionnel qu’une telle preuve scientifique ne
débouche pas sur une mise en examen du propriétaire du sperme. »
Pour quelle raison la morpho-analyse des taches de sang et de sperme découverts
dans la culotte de l’enfant, suggérée par la chambre de l’instruction n’aurait pas été or-
donnée ?
Et encore, pour quelle raison, en lieu et place de cette morpho-analyse, un autre acte au-
rait été demandé afin de préciser la nature et/ou la qualité des sécrétions retrouvées su-
perposées ou mélangées au sang de la victime dans sa culotte, acte dont les conclusions
n’ont été que tardivement portées à la connaissance des parties, soit plus d’un an après
avoir été rendues, conclusions qui révèlent bien la présence de spermatozoïdes et non
de liquide séminale uniquement ?

Comment, après lecture de tels éléments, très troublants au regard de l’idée que nous
avons de la protection des victimes de viols, les enfants étant les plus fragiles de ces vic-
times, ne pas s’interroger :

Quelles conclusions aurait tiré la justice de ces nombreuses expertises qui vont
toutes dans le même sens ?

Est-ce que ces analyses et expertises seraient caduques ?


Est-ce que les analyses et expertises étudiées et corroborées par les médecins sus-cités
faisant état de la présence de sperme appartenant à un «  membre de la lignée
paternelle  » superposé au sang de la victime ne seraient pas des éléments graves ou
concordants permettant de mettre en examen un suspect ?

Pourquoi, bien qu’un administrateur ah hoc ait été désigné et que le viol subit par la petite
fille n’a jamais été contesté, cette dernière et sa sœur ne font toujours l’objet d’au-
cune protection alors même qu’elles seraient toujours en lien direct avec les personnes
masculines de la « lignée paternelle » correspondant à l’ADN extrait du sperme ?

Pourquoi, en conséquence, aucun juge pour enfant n’aurait été saisi, ni aucune me-
sure d’assistance éducative, à minima, prononcée ?

Deux ans et demi après les faits, alors que Me Grimaud, avocate de « Innocence en dan-
ger  » partie-civile, révélait dans une interview à France 3 Bourgogne-Franche-Comté
qu’en juin 2017, sept mois après le déclenchement de l’enquête, la fillette aurait de nou-
veau été examinée par deux médecins légistes révélant des hématomes et des griffures
sur tout le corps et des érythèmes au niveau des parties génitales : « Les spécialistes
à qui j’ai montré ces résultats ont tous la certitude que la petite est victime de maltrai-
tance physique et sexuelle, ce qui nous amène une nouvelle fois à la piste intra-fa-
miliale. »

Ces révélations seraient-elles inexactes, fausses ou mensongères ?

Et si tel n’est pas le cas, pourquoi ces éléments hautement suspects n’ont été suivis d’au-
cune action pour protéger les deux enfants ?
Une seule chose, pourtant, est parfaitement établie dans ce dossier : la petite fille a subi
(au moins) un viol.
L’auteur de ce viol existe bien et s’il appartient à la justice de poursuivre des investigations
et/ou au président du TGI de Dijon de nommer un nouveau juge d’instruction qui pourrait
éventuellement reprendre ce dossier pour y jeter un regard neuf, il nous parait propre-
ment incohérent que cette petite fille et sa sœur ne soient pas à ce jour protégées.

Nous ne pouvons nous satisfaire des raisons invoquées par le parquet sur la situation
« particulière », à Dijon, où il n’y aurait pas assez de juges d’instruction. Quelle société
laisserait une petite fille subir des viols en tout impunité par manque de moyens ?

Quel magistrat peut aujourd’hui être si peu sensibilisé à l’impact des violences sexuelles
commises sur des enfants pour ne pas avoir conscience que, même si ceux-ci
« semblent » aller bien, leur santé physique et mentale, leur sexualité, leur estime de soi,
leur rapport aux autres, et aux hommes en particulier, seront profondément altérés dans
leur vie future ?

En conclusion, s’il ne nous appartient pas de nous immiscer dans une enquête et une ins-
truction en cours, nous savons que par manque de moyens matériels et humains, le temps
judiciaire pour mener à bien des investigations est fort long. Cependant, un enfant victime
de viol constitue une urgence absolue, et nous demandons que des explications nous
soient apportées, des réponses à nos questions données et des mesures prises, ceci
dans les intérêts et pour la sécurité de la victime et de sa soeur.

Le Collectif Droits Des Femmes 21, collectif d'associations luttant pour le droit des
femmes et son application réelle en informant et sensibilisant le public.

ANNEXE/liste non exhaustive des destinataires

Monsieur Adrien Taquet, secrétaire d’état à la protection de l’enfance

Madame Nicolle Belloubet, Garde des Seaux

Madame Marlène Schiappa, secrétaire à l’Égalité entre les femmes et les hommes

Monsieur Jacques Toubon, défenseur des Droits

Monsieur Éric Mathais, procureur de la République

Monsieur Bruno Laplane, président du Tribunal de grande instance de Dijon

Madame Danielle Bousquet, Présidente du Haut Conseil à l’Égalité entre les Femmes et
les Hommes

Madame Brigitte Grésy, Haut Conseil à l’Égalité entre les Femmes et les Hommes, secré-
taire générale du conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les
hommes

Madame Annie Guilberteau, Haut Conseil à l’Égalité entre les Femmes et les Hommes,
directrice générale du Centre National d’information sur les Droits des Femmes et des
Familles (CNIDFF)

Madame Isabelle Galmiche, déléguée départementale aux droits des femmes et à l’égali-
té femmes-hommes

Madame Laurence Guillet, directrice régionale à l’Egalité Femmes Hommes

Monsieur le Préfet de Bourgogne Franche-Comté, Bernard Schmeltz

Monsieur François Sauvadet, président du Conseil départemental de la Côte d’or

Madame Marie Vindy, présidente de Solidarité Femmes 21

Fédération Nationale Solidarité Femmes

Presse

Le Bien Public

France Bleu Bourgogne

France 3 Bourgogne-Franche-Comté

Info Dijon

L’Express

Le Parisien

RTL

Copie à

Maître Claude Llorente

Monsieur Éric Peclet

Maître Marie Grimaud

Association Innocence en danger

Association La voix de l’enfant