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Le symbolisme apparaît comme le prolongement du romantisme (Nerval).

La poésie reprend du
Romantisme le penchant pour les abîmes intérieurs et la liberté du créateur, tout en rejetant le
caractère rhétorique et superficiel, du Parnasse l’évasion du réel et le culte du beau, tout en
renonçant à l’impassibilité.

L’esthétique symboliste
Contrairement à l’idéal parnassien d’une poésie sculpturale, éprise de formes et de couleurs, les
symbolistes veulent découvrir, sous les apparences du monde sensible, un autre monde dissimulé
qui est essentiel. Pour les symbolistes la nature est une sémiotique, un système de symboles. La
mission du poète est d’en saisir le sens. Le rôle du poète est non de représenter les choses telles
qu’elles sont mais d’exprimer une réalité supérieure, d’illuminer les choses avec son esprit et
d’en projeter le reflet sur les autres esprits.
Les trois poèts symbolistes sur lesquels je voudrais parler sont: Verlaine, Rimbaud et Mallarmé.

PAUL VERLAINE

Considéré d’abord parnassien, le poète renonce à cette attitude et revient à la poésie


personnelle. A côté des vers libertins, Verlaine écrit des poésies mystiques. Profane ou
religieuse, son inspiration est d’une ingénuité esquisse, d’une simplicité émouvante. Par son Art
poétique (1874) il se relève un précurseur du symbolisme. L’art poétique c’est Verlaine
protestataire. Le vers doit être de la musique. Les couleurs trop fortes ne sont pas capables
d’assurer au vers sa valeur de suggestion. La rime est une musique insuffisante. On pourra
recourir à l’assonance. L’essentiel est de suggérer. Il peut être considéré symboliste mais
Verlaine n’a pas toujours appliqué dans son oeuvre les innovations dont il parle. Vers la fin de sa
vie Verlaine désavoue les symbolistes. Bien qu’ il ait nié ses conceptions antérieures, les
symbolistes le revendiquent pour la musicalité de ses vers, pour leur pouvoir de suggestion et
pour le grand nombre de transformations rythmiques. Sa sensibilité corrompue et blasée est
secrètement liée à la nostalgie de la candeur perdue. Traduisant ses sentiments en termes
d’impressions et de sensations Verlaine s’engage dans la poésie symboliste-les suggestions
s’ajoutent aux sensations éprouvées. Son harmonie et son pouvoir de suggestion s’exercent par la
musique. Tenté au début par la perfection de la forme, il rejettera la rime riche pratiquant
l’assonance, sans accéder au vers libre du symbolisme. Si Mon rêve familier (Poèmes
saturniens) exprime l’idéal de la femme aimée sous la forme d’un sonnet où le mystère s’allie
aux allusions, Soleils couchants illustre parfaitement en vers impairs son Art poétique. La
syntaxe mélodique épouse la cadence berceuse de la rêverie et excite la mélancolie et la
sensibilité des lecteurs.

ARTHUR RIMBAUD

Rimbaud est un révolté qui ne parle rien et qui se dresse contre la religion, la politique, l’amour.
Cette révolte se veut créatrice et c’est un effort vers la connaissance de l’inconnu car il se fait
voyant. A 17 ans, dégoûté de la littérature, il veut tenter quelque chose de nouveau. Il conçoit
donc une nouvelle manière de voir et de sentir la réalité et la possibilité de créer une langue
nouvelle pour la traduction de ses visions et ses sensations. La voyance de Rimbaud et le langage
représentent le dérèglement de tous les sens destinés à produire des phénomènes de langage qui
annonceront la voyance. C’est alors qu’il écrit le Bateau ivre qui ouvre les portes à une nouvelle
image poétique. Dans ce long poème Rimbaud raconte le voyage d'un bateau auquel il s'identifie.
En effet la navigation du bateau a un caractère symbolique et peut être lu comme le récit
autobiographique de l'aventure existentielle et poétique de Rimbaud: c'est son voyage de
formation, son apprentissage de la liberté après l'abandon de l'enfance; mais c'est aussi le voyage
dans la voyance, dans l'hallucination et les délires ( d'où l'adjectif ivre), l'aventure poétique de
Rimbaud qui découvre l'inconnu à travers le dérèglement de tous les sens, quitte les modèles
poétiques de la tradition et explore tous les pouvoirs de la parole poétique.

MALLARMÉ

L’oeuvre de Mallarmé se présente comme un véritable lit de Procuste, se rétrécissant ou se


dilatant sans cesse selon le biais sous lequel on la considère. Brise marine est une œuvre
symboliste car sa lecture ouvre à un déchiffrement. Proclamant le pouvoir de l’esprit sur les sens,
de l’art sur la vie, de la subjectivité sur l’objectivité, de l’imaginaire sur le réel, cette poésie du
refus proclame la quête de l'idéal grâce au pouvoir transfigurateur des mots. Pour Mallarmé, chef
de file des symbolistes, le travail poétique est la recherche d'un langage nouveau, celui qui,
métaphorisant l'être et son être au monde, pourra restituer la recherche de l’absolu. Le voyage
non réalisé devient alors une nouvelle source d'inspiration poétique: tel est le sens majeur qu'il
convient d'attribuer à Brise marine. Le poème est en réalité une métaphore du voyage poétique,
tant il est vrai que pour Mallarmé la poésie a pour mission première de révéler à l’homme une
vérité spirituelle, abstraite, et non pas une vérité matérielle, concrète, forcément illusoire: le
voyage vers un ailleurs infini et rêvé, même s’il s'apparente à une quête douloureuse de l'idéalité,
est toujours un cheminement vers le lieu du voyageur...