Vous êtes sur la page 1sur 41

Histoire de l'art

2015-2016

La Renaissance - 15ème et 16ème siècles (mais commence parfois plus tôt, notamment en Italie : 14ème siècle ; et
termine à la fin du 16ème en Angleterre mais parfois déjà au début du 16ème siècle, par exemple en France) 3

Première Renaissance - Florence 3

La cathédrale de Florence 3

Giotto (1266-1337) 5

Masolino da Panicale (1383-1447) 5

Masaccio (1401-1428) 5

Fra Filippo Lipi (1406-1469) 6

Andrea Mantegna (1431-1506) 6

Ghirlandaio (1449-1494) 6

Sandro Botticceli (1445-1510) 6

Seconde Renaissance (Renaissance de la maturité) - Rome puis Venise 7

Raphaël (1483-1520) 7

Léonard De Vinci (1452-1519) 8

Albrecht Dürer (1471-1528) 11

Matthias Grünewald (1470-1528) 13

Hans Baldung Grien (1480-1545) 13

Hans Holbein le jeune (1497-1543) 14

Lucas Cranach (1472-1553) 15

Le Maniérisme - au 16ème siècle (1527-1545) 16

Essai de définition et chronologie 16

Contexte artistico-historique 16

La Réforme 16

La « disparition » des modèles 16

Le sac de Rome (1527) 18

Développement et caractéristiques 18

Développement 18

Caractéristiques : d’abord le fond, ensuite la forme 19

!1
Artistes et œuvres 20

Jules Romain (1499-1546) 20

Cellini (1500-1571) 20

Jean de Bologne (1529-1608) 20

Andrea del Sarto (1486-1530) 21

Pontormo (1494-1556) 21

Rosso Fiorentino (1494-1540) 22

Le Corrège (1498-1534) 22

Parmiggiano (1503-1540) 22

Bronzino (1503-1572) 23

Vasari (1511-1574) 23

Allori (1535-1607) 23

Jean Cousin (1490-1560) 24

Giuseppe Arcimboldo (1527-1593) 24

Le Greco (1541-1614) 25

De la Renaissance (polyphonie) au Baroque en musique 26

Claudio Monteverdi (1567-1643) 26

Le Baroque - 1553 jusqu'au début du 17ème siècle 27

Le Caravage (1571-1610) 27

Georges de la Tour (1593-1652) 32

Le Bernin (1598-1680) 34

Pierre Puget (1620-1694) 38

Lubin Baugin (1612-1663) 38

Evaristo Baschenis (1617-1677) 38

Sanchez Cotan (1560-1627) 38

Francisco Zurbaran (1598-1664) 38

Le Classicisme - deuxième moitié du 17ème siècle 39

La tragédie classique 40

Corneille (1606-1684) 40

Molière (1622-1673) 40

Racine (1639-1699) 40

En musique 40

L’opéra séria 40

La tragédie en musique 40

L'oratorio 40

!2
La Renaissance
Première Renaissance - Florence
La cathédrale de Florence
La cathédrale, nommée Santa Maria del Fiore,
fut construite à la fin du 13ème siècle (fin du
Moyen-âge) mais sa construction va se
prolonger au 14ème et va se finir concrètement
au 15ème siècle. Elle montre l’évolution de
l’architecture entre le Moyen-âge et le
Baroque.
À l’époque, Florence s'est enrichie et fait
connaître par le commerce de la laine et de la
Soie. Elle est probablement la plus grande ville d’Italie à l’époque (en compétition avec Pise et
Milan). Florence, qui entend bien étendre sa domination à une grande partie de la Toscane,
connaît donc une période de rayonnement artistique et intellectuel propice à l’accueil des
innovations.
Arnolfo di Cambio est le maitre d'œuvre (il dirigeait le chantier, c’était plus ou moins l’architecte
à l’époque), chargé de la construction et création de la cathédrale. Elle est construite avec du
Marbre de Carrare : blanc, vert, noir et par endroits rouge… La cathédrale suit les proportions et
techniques d'architecture "normales" pour les cathédrales de l'époque et la conception est assez
médiévale : en forme de croix romaine. C’est un immense édifice.
Vers la fin du 14ème siècle, la cathédrale est presque finie mais n'est pas recouverte encore car ni
Cambio ni aucun de ses successeurs n'avait pas eu le temps de faire des plans pour construire la
très grande coupole (large de 45m qui doit se poser sur des murs haut de 55m), qui est un
véritable défi technique de construction à l’époque et personne n'ose se lancer à la tache…
On cherche alors quelqu'un pour s'en charger.
• Giotto di Bandone (peintre) avait déjà été chargé de réaliser les plans architecturaux du
campanile (là où se trouvent les cloches).
• Ghiberti s’était chargé du baptistère. Un baptistère est un édifice architectural dédié aux
baptêmes. À cette époque les baptêmes se faisaient non par infusion mais par immersion…
Il y avait donc des baptêmes (adultes) collectifs avec des sortes de « piscines ».
Les florentins décident alors de lancer un concours pour trouver un maitre de chantier qui
propose des plans et s’occupe de la construction de cette coupole (1418). Ils proposent une
somme très conséquente : 200 Florins en or. 
Philippo Brunesleschi (1377-1446) va s'intéresser à ce problème. À la base, il a une formation
d’orfèvre, d’une précision et méticulosité incroyable. Mais il a aussi fait un voyage à Rome et a
visité tous les sites anciens et les monuments antiques, dont il a fait énormément de dessins et
croquis car il cherchait à comprend les trucs et astuces qu'ont utilisé les anciens pour résoudre les
problèmes techniques (il a tout codé car il avait peur que quelqu'un lui vole son carnet de croquis
et vole toutes ses trouvailles). Il a notamment beaucoup étudié la coupole du Panthéon à Rome.
Au retour de son voyage, il décide de se consacrer uniquement à l’architecture : il rompt avec la
tradition gothique pour retourner aux sources de l’architecture antique, où il puise la vigueur
créatrice d’une œuvre qu’il réalise en totalité dans sa ville natale.
!3
Bruneleschi propose une coupole de forme octogonale (pas ronde, ce qui écraserait la
cathédrale). Il fait sa proposition en tant qu'architecte autodidacte mais avec beaucoup de
méfiance (comme pour ses carnets, il a peur quelqu'un ne lui vole ses idées et plans). Les
florentins sont très intéressés par sa proposition mais se méfient de lui car il n'a pas dévoilé tous
ses projets de réalisation. Ils lui imposent donc un maitre de chantier adjoint : Lorenzo Ghiberti
que lui ne supporte pas car il était déjà rival avec lui lors d'un autre concours. Brunelleschi et
Ghiberti rivalisent durant tout le projet, mais Brunelleschi surpasse Ghiberti. (anecdotes : par
exemple dans l'installation de pièces en bois, Brunelleschi se déclare malade un moment…
Ghiberti, ravi, se dit que le projet est à lui et il va continuer lui-même la cathédrale mais n'est pas
un bon maître de chantier, il ne gère pas bien les équipes et travaille très lentement. Brunelleschi
revient, "guéri", et déclare que tout ce que Ghiberti a fait s’écroulera. Il démonte et reconstruit
tout lui-même ; comme il gère bien mieux ses équipes, il le fait en bien moins de temps).
La construction de la coupole va durer 16 ans. Brunelleschi va se consacrer corps et âme à ce
projet et au chantier, mais il fera face à de nombreux problèmes, notamment par rapport à
l'approvisionnement de bois, pierres… mais surtout de grèves d'ouvriers (Brunelleschi va donc en
Lombardie (ennemis jurés de Florence) proposer aux ouvriers de venir travailler en Toscane pour
ne pas ralentir les projets). Cette coupole, dont la mise en œuvre s’achève en 1436, donne la
pleine mesure de la virtuosité et de l’audace technique de Brunelleschi. Santa Maria del Fiore,
regardée jusque là comme le symbole de la cité florentine, va représenter la naissance d’une
nouvelle ère, que l’on appellera Renaissance.
Pour la première fois, une coupole est construite sans que soit employé le moindre échafaudage
s’appuyant sur le sol : ce sont des échafaudages volants qui ont permis d’élever, épaisseur après
épaisseur, son exceptionnel profil, à la fois tendu et « gonflé comme une voile ». C’est un exploit.
Jamais, auparavant, l’architecte n’avait été le créateur à la fois du projet de construction et de la
technique d’exécution. Brunelleschi veut que sa coupole soit solide donc il décide de construire
sa base en pierre (non en pierre volcanique plus légère comme il voulait). Puis il utilise des briques
plus légères en utilisant des cerclages provisoires pour faire tenir les matériaux. Il utilise un
système d'engrenage et de poulie (une sorte de grue) et une corde longue de 180m de longueur
qui pesait 450kg. Il s'adresse à des cordonniers de Pise (ennemis jurés de Florence) pour la
réaliser. Il créé un système où des bœufs peuvent tourner et ainsi et faire tourner les cordes (avec
un système d'embrayage qui fait que les bœufs ne devaient pas changer de sens pour faire
descendre les matériaux). Il invente le système d'arcature (qui fait que la coupole est octogonale)
et monte progressivement en montant des briques pour faire une double coupole. Il parvient à
faire une coupole beaucoup plus haute que partout ailleurs mais qui reste solide (le peintre
maniériste Vasari en peint l’intérieur). Brunelleschi détruit tous ses plans et carnets après la fin des
travaux car aura une peur bleue que quelqu'un lui vole ses idées.
Quand les travaux sont finis, l’inauguration de la cathédrale est lancée à une date emblématique :
le 25 mars 1436 (pape Eugène IV). L’église est d'une modernité incroyable haute de 90 mètres
sans aucun contrefort ni arque-boutant, colorée… L'inauguration est grandiose. On fait appel à
Dufay (compositeur franco-flamand) qui est au service du pape (un des maitres de la polyphonie)
pour réaliser un motet : Nuper Rosarum flores qui sera écrit et créé lors de l'inauguration.
Motet : écrit à la gloire de Dieu qui "monte" au ciel : idée de la construction de la cathédrale qui
s'élève vers Dieu.
Dans les années 1970, on va beaucoup s'intéresser à ce motet et l'analyser et le comparer avec
les proportions de la cathédrale : ils vont trouver que le nombre de croches dans le motet
correspondent exactement à des dimensions de la coupole… Théorie qui sera remise en question
et laissée de côté par la suite.
!4
Giotto (1266-1337)
Dès 1300, Giotto (Italie - Padoue) redécouvre la perspective (illusion de profondeur) qui existait
déjà à l'antiquité mais qu'on a laissé tomber pendant le Moyen-âge (car l'art était essentiellement
religieux et qu'on n'éprouvait pas le besoin de montrer qu'on savait reproduire les corps, la
profondeur... mais plutôt de délivrer un message symbolique, ou avec une charge émotionnelle
pour permettre une identification).
Au Moyen-âge, les personnages divins étaient toujours représentés sur un fond doré (par exemple
les Maesta - vierge sur fond or de Cimabue). Giotto introduit le fond bleu avec des petits
morceaux de paysage.
On redécouvre cette beauté qui vient de l'antiquité à la Renaissance pour plusieurs raisons :
- Premières fouilles archéologiques : on redécouvre la beauté de l'Antiquité (images, sculptures,
textes...)
- Changement de mentalités : on passe de la vision verticale Dieu-hommes du Moyen-âge à la
vision horizontale inter-hommes (Humanisme). L'anatomie humaine est donc de nouveau
étudiée pour la reproduire exactement.
- Grandes découvertes : la vision du monde s'élargit, on veut donc reproduire l'univers de façon
précise.

Masolino da Panicale (1383-1447)


Fresque d'Adam et Eve dans l'Eglise Santa Maria de Carmine à
Florence au 15ème siècle (encore un peu moyenâgeux) dont une
annexe est la Chapelle Brancacci décorée intégralement de fresques
racontant l'histoire de Saint Pierre, commandé par la famille Brancacci
qui avait cette chapelle personnelle pour que leur prêtre personnel
puisse faire au moins une messe par jour pour les défunts de la famille
(Stendhal - auteur romantique - a développé le complexe de Stendhal :
c'est tellement de beau que c'est insupportable). Le serpent a une tête
féminine (idée médiévale de la femme tentatrice). Le corps d'Eve n'est
pas très féminin, et elle est un train de pousser Adam à consommer le
fruit interdit. Il n'y a pas vraiment de perspective, ni même de sol, c'est
juste un fond pas du tout réaliste. L'artiste insiste vraiment sur les deux
personnages et sur le serpent : on va à l'essentiel,
conformément à l'esprit médiéval. C'est Masolino
qui devait faire toute la chapelle, mais il a transmis
le travail à son élève.

Masaccio (1401-1428)
Elève de Panicale, il fait basculer l'art vers la Renaissance. Dans la Chapelle
Brancacci, il fait l'autre coté de la fresque d'Adam et Eve. C'est le moment
où ils ont pris conscience de leur nudité et que Dieu les chasse hors du jardin
d'Eden. L'Archange rouge s'assure qu'ils ne reviendront pas. Ils arrivent dans
un désert, une terre aride. Ils sont désespérés car Eve devra enfanter dans la
douleur et être attachée à son homme, et Adam devra gagner son pain à la
sueur de son front. Adam pleure, le visage dans ses mains, et Eve cache sa
nudité et a un visage épouvantable. Ils ont les deux pieds sur le sol :
Masaccio met les personnages dans la vie réelle et les représente de façon
beaucoup plus réaliste qu'au Moyen-âge. On retrouve dans le corps d'Eve le
!5
fait qu'elle pourrait avoir des enfants. Les attributs sexuels d'Adam ne sont pas parfaitement
centrés : ils sont légèrement vers la gauche pour qu'ils soient plus visibles, et leurs proportions
sont plus généreuses que ce qu'on a l'habitude de voir à cette époque (plus grands que ceux du
David de Michel Ange par exemple) pour qu'on le voie quand même d'en bas dans l'église. Ils
ont donc tous deux des caractéristiques vraiment humaines : c'est le passage vers la Renaissance.
Leurs visages sont simplifiés et expressifs (// avant-gardes du 20ème siècle).

▶︎ Raphaël représente aussi Adam et Eve en s'inspirant de Masaccio, mais Eve a


une tête d'idiote, abrutie qui n'a pas encore compris ce qu'il lui arrive.

Michel Ange a aussi représenté Adam et Eve, où on voit ◀


les deux tableaux en un seul, et où Eve a une expression
revancharde.

▶︎ Rodin cite aussi cet Adam dans la sculpture "L'Homme qui marche".

Picasso le cite aussi dans "l'étreinte" où Eve est enceinte. ◀

Fra Filippo Lipi (1406-1469)


Madones à l’enfant.

Andrea Mantegna (1431-1506)


Cortèges mythologiques fleuris (influence les commanditaires de Monteverdi pour l'Orfeo dans
lequel intervient un univers pastoral).

Ghirlandaio (1449-1494)
Fresques (peinture murale).

Sandro Botticceli (1445-1510)


Les grandes familles (par exemple les Medici) se faisaient construire des grandes villas à l'extérieur
de la ville. Dès le printemps, elles quittent la ville pour leur "maison de campagne". Les jardins à
l'arrière de ces villas sont très bien aménagés autour de l'arbre (ombre) et de l'eau (fontaines - jet
surprise). On aménage aussi des grottes artificielles pour avoir de la fraîcheur. Les familles
transportent avec elles philosophes, peintres, compositeurs... ils passent leurs soirées à lire les
sonnets de Pétrarque, la Divine Comédie de Dante etc. Ils parlent de littérature, des auteurs latins
et grecs qu'on vient de redécouvrir (chute de Constantinople : les savants turcs arrivent en Europe
de l'Ouest avec tous ces textes).

!6
Botticceli a fait beaucoup de tableaux religieux et allégories mythologiques, par exemple la
Prima Vera (le Printemps). Les personnages
sont dans un verger d'orangers : on retrouve
Hermès (casque et sandales ailés), les trois
figures de la grâce qui font une danse, une
déesse au centre (probablement Vénus), la
déesse Flore qui disperse des fleurs, et le vent
Zéphyr qui rafle une jeune femme, Simonetta
Vespucci, qui est morte très jeune (elle a une
rose sectionnée en bouche), et cupidon qui tire
une flèche avec les yeux bandés. C'est une
sorte d'évocation de dieux dans un jardin fleuri
qui fait penser aux tapis de fleurs de la
tapisserie médiévale. Ce tableau faisait peut-être partie d'une pièce de mobilier, par exemple un
coffre (on en offrait aux mariages).

Il a aussi peint La naissance de Vénus. On y


voit le bois d'orangers qui continue à droite
(on pourrait donc penser que ces deux
tableaux sont le pendant l'un de l'autre). Deux
vents (dont Zéphyr) soufflent Vénus vers la
terre. Le dieu Chronos a eu les parties
génitales sectionnées, elles sont tombées dans
l'eau ce qui a fécondé la mer et donné
naissance à Vénus. Une camériste est sur la
terre qui arrive avec un manteau pour couvrir
Vénus.
Boticceli doit cacher son homosexualité. Il y a des troubles à Florence (Savonarolle, prêtre qui
domine la ville) et il doit déposer ses tableaux sur le bûcher pour expier les pêchers.

Seconde Renaissance (Renaissance de la maturité)


- Rome puis Venise
Raphaël (1483-1520)
Né près de Florence, il maitrise l'harmonie et la grâce dans ses compositions. Il utilise la forme
pyramidale, qui représente la stabilité. C'est tellement doux et gracieux qu'on est presque à la
limite de la mièvrerie. On l'appelle à la capitale chez le pape et il est très apprécié des romaines.
Il meurt à 37 ans (trop tôt, comme Mozart et Watteau).

Ces artistes puisent dans le Moyen-âge, mais surtout dans l'Antiquité : ils vont jusqu'à copier
certaines oeuvres.
Les papes Jules II et Léon X vont apporter des oeuvres antiques dans la cour du Belvédère, qui
devient le premier musée.

!7
Laocoon (prononcer "Lao-con") : groupe
sculpté qui date du 2ème siècle (héllitstique).
Ça raconte l'histoire du prêtre Laocoon qui doit
faire des sacrifices animaux pour les divinités.
Il fait plusieurs erreurs : il prend position contre
les grecs au cours d’une dispute à Troie, il a
des relations charnelles avec sa femme devant
une statue de dieu et finalement il décide de
faire le sacrifice d’un taureau pour Zeus, mais
ne le fait pas bien.
Apollon veut alors se venger et envoie un
serpent marin chez Laocoon le jour du sacrifice
du taureau, qui tue ses deux fils. Avant ça, il
avait deviné que le cheval de Troie était un
piège, mais les Troyens on pensé en le voyant
mourir qu'il avait eu tord de penser ça, et
laissent entrer le cheval.
Trois sculpteurs (Athenodoros, Polidoros et Agésandros) vont observer des
suppliciés pour copier les traits déformés par la douleur (dépression de
l'arcade sourcilière). Ce groupe sculpté (grandeur nature) a été retrouvé dans
un champ, avec un bras cassé, ce qui engendre des réflexion pour connaître
sa position de départ : on a demandé son avis à Michel Ange, qui dit qu'il
doit être replié vers l’arrière. Il s’en est ensuite inspiré de la morsure du ◀
serpent, notamment pour la chapelle Sixtine. Le Laocoon a eu une grande
influence sur les artistes de la Renaissance et de la période baroque. Le
personnage a la bouche ouverte, et Lessing (18ème siècle) a une théorie qui
se demande si c'est vraiment réaliste de le représenter comme ça.

À partir de la Renaissance, commencent les modes de restaurations (parfois abusives) et de


reproductions d'œuvres (souvent en plâtre, grâce à un moule fait sur la sculpture originale).

Léonard De Vinci (1452-1519)


Il est né et a grandi dans la première Renaissance, mais il va transcender et dépasser tout ce que
les artistes de cette période ont fait. Il est né à Vinci (petit village de Toscane) et il est mort en
France où il avait été invité par François Ier. De Vinci était à Florence dans sa jeunesse, et il avait
donc accès à beaucoup d'œuvres de cette époque. Il intègre l'atelier de Verocchio où il apprend
le métier de peintre (mais aussi un peu de sculpture).
L’Annonciation : l'archange Gabriel vient annoncer à Marie qu'elle a été choisie par Dieu pour le
mettre au monde (incarnation). C'est un
thème extrêmement courant à la
Renaissance et à la période baroque. Ce
tableau a été fait par Verrocchio (le
maître) mais il a été aidé par De Vinci
(l'élève) qui a probablement peint
l'ange. Léonard devait avoir 17 ans et il
était déjà très doué.

!8
Léonard quitte l'atelier de Verocchio et cherche du travail à Florence, mais le marché y est un peu
bouché car il y a trop d'artiste. Léonard part alors à Milan, dont le duc est Ludovic Sforza, guerrier
et mécène. Il lui écrit une lettre où il se jette des fleurs, et il est appelé à Milan où il reste pendant
20 ans (il ne s'en va qu'au moment de la déchéance du duc). Léonard a le projet de faire une
statue équestre (guerrier à cheval grandeur nature). La statue devait faire 10 mètres de haut car le
cheval se cabre (le calcul pour que la statue tienne sur 2 pattes était très compliqué). Il a utilisé la
technique de la fonte à la cire perdue : il fait d'abord des études de modèles, puis il fait des
esquisses réduites en argiles et en plâtre (ça dure plusieurs années), puis une esquisse en argile à
grandeur nature, qu'il recouvre de cire, puis il recouvre la cire de nouveau d'argile (une couche de
cire est entre deux couches d'argile). Il met tout ça dans une fosse qu'il fait chauffer, et la cire fond
et s'en va. Pour finir, il fait couler du bronze (beaucoup de cuivre et un peu d'étain) à la place de la
cire. Il enlève alors l'argile, et fait un grand travail de polissage. Mais Léonard n'a jamais réalisé
cette œuvre (il a passé 10 ans de sa vie là-dessus mais il ne l'a pas finie). Léonard a fait plein de
choses mais il n'y a que 12 tableaux achevés (il était très perfectionniste, jamais satisfait). Il faisait
beaucoup de travaux éphémères de décoration, de vêtements etc. Léonard dessinait les chemins
de table, les costumes de la cour pour les banquets, des automates qui avancent et s'ouvrent
pour offrir des fleurs, et il s'y connaissait en botanique, hydraulique...
A Milan, Léonard fait ses premiers portraits ("La dame à
l'hermine", "La belle ferronnière"). Il se débarrasse des motifs
décoratifs à l'arrière : il fait des fonds noirs. Les visages sont
très harmonieux, circulaires. La mode de l'époque était le
portrait en médaille (de profil), mais Léonard opte pour le
portrait de trois quarts, qui est moins figé et plus avantageux
(le buste et le visage ne sont pas tout à fait alignés, ce qui
donne un mouvement, l'impression que c'est pris par surprise).
Léonard utilise aussi la technique du clair-obscur : la lumière et utilisée pour choisir ce qu'on veut
mettre en évidence.
"Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant" : elles sont toutes les
trois au bord d'un précipice (évocation de la future mort du
Christ, de l'évolution perpétuelle du monde). On retrouve la
perspective chromatique : à l'avant, les couleurs sont plus
nettes, et à l'arrière, elles sont plus claires. Ce tableau a été
analysé par Freud (dans "Souvenir d'enfance de Léonard de
Vinci", inspiré des carnets de Léonard). Il y a une grosse
erreur au début de ce livre car il y a une erreur de traduction
: Léonard raconte qu'il y avait un oiseau qui s'est penché au-
dessus de son berceau, et Freud l'a traduit par vautour alors
que c'est un milan. Freud voit dans la robe de la vierge du
tableau un vautour mort. Dans le reste du livre par contre,
Freud a bien saisi le caractère de Léonard : il est très vif
d'esprit et il fait toujours plein de choses en même temps.
Léonard de Vinci écrivait à l'envers, donc il faut lire ses
carnets (il en a écrit des centaines) dans un miroir. Léonard a
fait beaucoup de représentations anatomique (système de
reproduction, fœtus...).

!9
▶︎ "La Vierge au rocher" : La vierge regarde Jean-Baptiste qui tient une
croix et qui regarde Jésus qui est en train de le bénir, et il y a aussi un
ange. Le paysage est incroyable : on ne trouve
nulle part des rochers comme ça en Italie.
"Jean-Baptiste" : il est androgyne, car à la ◀
Renaissance on se dit que l'être parfait doit
combiner masculin et féminin. Léonard cultivait
l'androgynie chez lui aussi : il portait les cheveux
longs, un grand manteau rose, et il était très
gracieux. Jean-Baptiste montre le ciel, et les
contours sont une peu flous (fumato). On retrouve
aussi le clair-obscur.
▶︎ "L'homme de Vitruve" : le corps humain entre dans le cercle et le carré, ce qui
montre qu'il a des proportions parfait.

Après Milan, Léonard de Vinci rentre à Florence où il est très bien


accueilli et on lui commande une fresque d'un côté d'une pièce de
12m, et à Michel Ange de l'autre côté (ils ne se supportent pas du
tout). Ils doivent chacun représenter une bataille (ils choisissent
chacun un fait d'arme dont Florence est sortie gagnante). Léonard
connait très bien l'anatomie du cheval, donc ils part un peu gagnant.
Ils ont tous les deux fait des projets, mais finalement ils se sont tellement disputés que ça n'a pas
abouti. Léonard devait représenter une bataille entre deux ennemis jurés :
les Florentins et les Pisans (Bataille d’Anghiari). Léonard avait du mal avec
la fresque (il n'arrivait pas à faire dans la journée exactement ce qu'il avait
décidé le matin). Il décide alors d'utiliser la technique de la peinture à
l'huile sur le mur, ce qui ne fonctionne pas parce que ça s'effrite tout de
suite.
"La dernière cène" : c'est une fresque dans le couvent Santa Maria de Grazie, dans le réfectoire
des qui a été transformé ensuite en écurie, puis le toit s'est effondré et il a plu à l’intérieur. Donc

!10
c'est incroyable qu'elle soit encore en relativement bon état. Traditionnellement, les disciples
étaient disposés tout autour de la table, mais Léonard les met tous du même côté pour ouvrir
l'espace. Il a aussi étudié la lumière de la pièce pour représenter la même dans son tableau, ce
qui donnait l'impression que c'était une extension du réfectoire. La perspective a été calculée
pour que l'espace se prolonge exactement. Tous les disciples sont dans une pose particulière, qui
donne beaucoup d'animation (original pour l'époque). On ne sait pas exactement quel épisode
de la dernière cène est représenté : ça pourrait être l'institution de l'eucharistie (Jésus montre le
pain et le vin), mais en même temps tous les apôtres son en train de se demander qui est celui
qui va trahir le Christ. Léonard a donc condensé tout le texte des quatre évangiles en un tableau.
Les personnages sont à taille réelle, et toutes les lignes de fuite se dirigent vers la tête du Christ
(qui est le point de fuite de l'œuvre) et qui donne une ouverture sur un autre monde avec la
fenêtre derrière lui.
La Joconde : Léonard essaye d'arriver à la perfection,
et avec ce tableau il s'en rapproche de très près. Ce
tableau est une commande, peut-être un portrait de
fiançailles, qu'on envoie au futur époux (mais elle est
un peu âgée), ou un portrait de mariage, qu'on fait
après quelques années de vie commune, ou un
portrait de naissance qu'on fait après une première
grossesse... mais les vêtements sont sombres, ce qui
fait penser à un deuil. Une autre possibilité (proposée
par Vasari, artiste et historien de l'art qui a fait les
premières biographies) est que De Vinci voulait
représenter un sourire mais que les séances de pose
étant longues c'était dur à tenir, alors il a invité des
artistes du spectacle pour la distraire pendant qu'il
peint. Le visage est féminin, mais il a quand même
quelques traits masculins (androgynie). Le fond est un
paysage, alors que Léonard avait l'habitude des
fonds noirs, et le paysage ne se complète pas
derrière la tête de la Joconde. Ce portrait n'a jamais
été livré, et Léonard l'a emporté toute sa vie avec lui,
le retravaillant jusqu'à la fin de ses jours (pendant une
quinzaine d'année). On peut se dire que Léonard a
voulu immortaliser une vision complète du monde : le côté féminin et masculin, le microcosme et
le macrocosme, l'humain et le paysage, la campagne, la montagne, le fleuve etc. C'est une
grande réussite et une vision de sa vie et du monde. En 1911 la Joconde a été volée au Louvre et
a été gardée sous un lit dans une chambre de bonne, puis retrouvée.

Albrecht Dürer (1471-1528)


Il est né en Allemagne à Durembert et a étudié l'orfèvrerie avec son père. Il a été élevé dans la
tradition gothique moyenâgeuse. Il a fait un voyage de 4 ans (très rare à l'époque). Il a commencé
par étudier aux Pays-Bas (actuelle Belgique : Tournai, Gent, Bruxelles, Brugge) chez les primitifs
flamands (Van Eyck et Van Der Weiden). Les Van Eyck étaient réputés comme étant très précis : ils
utilisaient le pinceau à 1 poil. Van Der Weiden a ajouté les sentiments. Il va ensuite à Colmar pour
voir Schonghauer mais il est déjà mort. Alors il va jusque Bâle où il rencontre des personnalités
intellectuelles. Il fini par aller en Italie, et il est charmé par Venise où il rencontre Carpaccio et

!11
Bellini et découvre la perspective et les proportions corporelles. Il est aussi initié
à la gravure sur bois et sur cuivre (avec un poinçon on fait des sillons dans une
plaque de cuivre, puis on met de l'encre dans les sillons et on met la plaque
sous une presse) qui étaient à la mode car c'était reproductible et pouvait donc
être diffusé. Quand il rentre chez lui à 24 ans, il ose faire un autoportrait.
▶︎ "Autoportrait au chardon" : le chardon est un symbole de fidélité (il est
juste fiancé).
C'est le premier grand artiste à faire des autoportraits (il en a fait beaucoup) et il va inspirer
d'autres artistes comme Rembrandt. Il s'est même peint lui-même en Christ. Il fait aussi des
portraits (comme De Vinci, il fait un fond noir) et des peintures biologiques (lapin, touffe d'herbe,
aile pour un ange…).

Gravures sur cuivre

▶︎"Saint Jérôme" : traducteur de la Bible du grec vers le latin. Il y a un lion chez lui
car selon la légende il lui aurait enlevé une épine de la patte et depuis c'est devenu
son animal domestique.

"Le chevalier, le paysan et la mort" : œuvre moralisatrice car elle ◀


rappelle que la mort touche tout le monde, le paysan comme le chevalier.

▶︎ “La mélancolie“
Il a fait des illustrations de livres en gravures, notamment de l'Apocalypse.

Dürer a fait passer l'art allemand du Moyen-âge à la Renaissance, mais il trouve qu'il ne gère pas
assez bien la couleur, alors il retourne à Venise et il apprend à bien appareiller les couleurs. Après
la mort de Maximilien (son protecteur) et la Réforme en 1517, Dürer ne peint plus beaucoup
parce qu'il ne sait plus où se positionner. La fin de sa carrière se fait comme théoricien.

La Réforme : Martin Luther (moine augustin) s'est rendu au Vatican pour parler au
pape et il est subjugué mais aussi dégoûté et écœuré par le luxe, alors il décide de
faire 95 propositions de modifications à l'Eglise. A cette époque, l'Eglise a eu le pape
Jules II et Léon X qui ont pensé seulement à la guerre et à l'argent, et qui ont mis en
place le système des indulgences : si on paye, on a un papier qui fait réduire le temps
dans le purgatoire. Le discours de Martin Luther ne plaît pas, et il se fait excommunier
(il ne peut plus participer ni à la communion ni à la messe ; c'est comme se faire
rejeter de la société), mais la Réforme est en marche. Il y a eu beaucoup de violence
avec cette crise (ce qui attriste Luther), certaines personnes allant jusqu'à dire qu'il ne
faut plus aucune décoration religieuse.

!12
Matthias Grünewald (1470-1528)
Le retable d’Issenheim : l’Eglise lui commande retable (peinture au-dessus de l'autel). Depuis
1965 (Vatican II), le prêtre donne la messe face aux fidèles (avant il était de dos). Grünewald fait
un retable en triptyque (en 3 parties) avec aussi une partie en-dessous (prédelle). Il est
habituellement fermé, sauf quand il y a de grandes cérémonies, mais la particularité de celui-ci
c'est que le Christ reste visible même quand il est fermé.

Ce retable est commandé par la confrérie des Antonin (ordre qui s'occupe des malades du mal
des ardents : pourriture du seigle qu'on utilise pour le pain et qui donne des douleurs et des
hallucinations). Le but est que les fidèles puissent s'identifier aux personnages religieux (grande
caractéristique du 15ème siècle), en montrant la vierge effondrée et le corps torturé du Christ : ça
donne aux malades une raison à leur souffrance, pour accéder à la vie éternelle. On n'est plus
dans la grâce de la Renaissance, mais dans l'horreur et la douleur. A gauche, on voit Saint
Sébastien, premier martyr chrétien qui a été tué par des flèches (qui fait penser à la croyance
selon laquelle les maladies comme la peste sont des flèches divines : Saint Sébastien devient le
patron des malades). A droite, il y a Saint Antoine, patron de l'ordre des Antonin. Au milieu il y a
la Vierge, Marie-Madeleine et Jean Baptiste. Il fait noir comme si c'était la nuit alors que c'est
l'après-midi, comme dit dans le texte biblique. Le Christ n'a pas une position centrale car on peut
ouvrir le retable (sans couper le Christ en deux), et derrière il y a encore des
peintures et des sculptures. Aux pieds du Christ il y a l'agneau de Dieu, qui est
un animal innocent qu'on sacrifie, comme Jésus.

Hans Baldung Grien (1480-1545)


La jeune fille et la mort : C'est une œuvre moralisatrice qui dit que qui qu'on
soit, on va mourir (il y en a beaucoup dans l'Allemagne de cette époque). La
mort tient la jeune femme par les cheveux, il y a une grande opposition
chromatique entre les deux personnages. A cette époque on représente aussi
souvent des danses macabres, où des squelette emmènent tout le monde
(prêtres, rois, paysans...) dans une sorte de farandole.
!13
Hans Holbein le jeune (1497-1543)
Il a fait son apprentissage dans les ateliers de l'Allemagne du nord, et il fait partie d'une dynastie
d'artistes (peintres de père en fils). Il est en contact avec un humaniste de l'époque : Thomas
Moore, conseiller du roi d'Angleterre Henri VIII. Comme le marché de l'art est assez bouché en
Allemagne, Holbein décide d'aller en Angleterre où Moore l'aiderait à faire carrière. Mais à cette
époque l'Angleterre est assez troublée.
La Réforme anglicane : Henri VIII est marié à Catherine d'Aragon, princesse
d'Espagne. C'est un mariage de raison mais ils s'entendent bien, et ils ont eu des
enfants, mais seulement des filles. Henri VIII veut vraiment un héritier mâle (même si
une fille peut légalement lui succéder). Autour de lui, la cour intrigue, notamment la
famille des Boleyn. L'oncle de deux demoiselles Boleyn essaye de les placer dans le lit
du roi pour qu'il les prenne à la place de sa femme (voir film "Deux sœurs pour un
roi"). Mais le mariage est religieux et le divorce impossible sauf si le mariage n'est pas
consommé, si un des deux est stérile ou si l'un des deux devient fou après le mariage.
Henri VIII essaye d'annuler le mariage en passant par le pape mais ça ne fonctionne
pas. Il décide alors de se sortir de l'église catholique et de créer l'anglicanisme, dont il
est le chef (et il prend pour bras droit l'archevêque de Canterbury).
Thomas Moore est un humaniste qui a écrit un livre qui s'appelle Utopia, où il imagine un monde
parfait. Il conseillait le roi mais il était très croyant, et il lui a conseillé de ne pas se séparer de
l'Eglise. Mais Henri VIII n'était pas d'accord, alors il lui a coupé la tête (il a aussi eu beaucoup
d'autres femmes, dont plusieurs qu'il a fait tuer). Quand Holbein arrive en Angleterre, il n'a pas la
protection qu'il espérait, et il essaye donc de courtiser les nobles.
Les ambassadeurs : Il représente des ambassadeurs français en
visite en Angleterre. On y retrouve une des premières
anamorphoses : c'est un crâne déformé qu'on doit voir depuis
un certain angle ou à travers le pied d'un verre pour pouvoir
l'identifier. Le tableau était destiné à être au-dessus d'une
cheminée dans une salle de réception française, pour que les
convives éméchés qui regardent à travers leur verre voient le
crâne, qui donne le message que tout le monde finit par mourir.
Tous les objets de la partie supérieure ont un symbole du savoir
dans plein de disciplines différentes, qui caractérise le courant
humaniste (voir Rabelais et Montaigne).
Il fait aussi des portraits psychologiques (on fait sortir le caractère
de la personne), dont celui de Thomas Moore et de Didier Erasme
de Rotterdam. Erasme a un écritoire (à l'époque on écrivait
debout) ; il a écrit des tas d'ouvrages, dont "L'éloge de la folie". Il
a aussi fait le portrait d'Henri
VIII, qui à la fin de la vie était
devenu vraiment énorme.
Il a aussi fait une prédelle où il suit la loi du
cadre : plier le sujet à l'espace qui est imparti.
Comme une prédelle est longue mais pas
large, il a décidé de représenter le Christ mort
(il s'est inspiré d'un cadavre d'un marchand).

!14
Lucas Cranach (1472-1553)

▶︎ Portrait de Martin Luther : c'est un portrait


psychologique, on voit toute la détermination dans
son visage.

La mélancolie : on voit une dame en train d'affûter un bâton (voir ◀


théorie des humeurs de Galien).

Il représente beaucoup de corps féminins très blancs avec un voile transparent. Ce sont des
représentations de déesses (alibi pour peindre un nu). Il exploite aussi les fonds sombres pour
mettre le personnage en évidence.
Il a aussi fait beaucoup de thèmes mythologiques :
Le jugement de Paris : ce sont les noces de Thétis et Pélée.
Tous les dieux sont invités sauf Eris, déesse de la discorde.
Eris est fâchée, alors elle vient au mariage et lance une
pomme d'or en criant "à la plus belle" et elle s'en va.
Aphrodite (Vénus, déesse de la beauté, de la féminité et de la
sexualité), Athéna (Minerve, déesse de la guerre, de la
sagesse, de la beauté sage) et Héra (Junon, déesse mère,
épouse de Zeus) veulent toutes les trois la pomme. Aucun
dieu n'ose trancher, et ils décident de prendre un homme
pour choisir laquelle est la plus belle : ils choisissent Paris, le
prince de Troie. Chacune essaye de convaincre Paris : Héra/
Junon lui promet une épouse parfaite, Athéna/Minerve lui
promet des armes extraordinaires pour faire la guerre et
Aphrodite/Vénus lui promet la plus belle femme du monde :
Hélène de Sparte (l'épouse du roi de Sparte, ennemi juré de
Troie). Paris donne la pomme à Vénus, ce qui déclenche la
guerre entre Sparte et Troie. Cranach aime beaucoup ce
thème : il l'a représenté 8 fois. Paris a l'air complètement avachi, par
contre le cheval a un œil malicieux. Le décor et les vêtements sont
typiquement germanique.
Lucrèce : dame issue de l'histoire romaine. C'est un modèle de vertu :
elle est très fidèle à son mari. Un jour, un homme vient lui demander
l'hospitalité, et il en profite pour violer Lucrèce. Il la menace en lui disant
que si elle ne se soumet pas à ses désirs sexuels, il ira raconter à son
mari qu'elle a commis l'adultère. Elle se trouve dans un dilemme
cornélien (aucune des deux solutions n'est bonne) et décide alors de se
donner la mort. Cet œuvre illustre la théorie de Lessing, selon laquelle il
ne faut jamais représenter la fin de l'histoire dans une peinture : il faut
laisser au spectateur la possibilité de faire fonctionner son imagination
(voir "Le serment des horaces" de Jean-Louis David).
!15
Le maniérisme
Essai de définition et chronologie
Courant artistique à part entière pour certains, tendance esthétique finissant la Renaissance et/ou
annonçant le baroque pour d’autres, le maniérisme est délicat à définir. Retenons de lui qu’il est
un intermède intéressant entre une Renaissance parfaite aboutie et un baroque puissant et
triomphant durant la seconde moitié du 16e siècle.
Le mot vient du terme italien maniera qui selon l’historien de l’art et l’artiste Giorgio Vasari
(contemporain et représentant de cette expression artistique) sert à désigner le tour de main, la
façon et, de manière générale, le style d’un artiste.
Le mot n’apparaît qu’au 18e siècle (1792), sous la plume de l’historien de l’Art Luigi Lanzi, son
suffixe indiquant la systématisation dans le mot qui le précède. Il désigne alors un style cultivé
pour lui-même par certains artistes qui les mènera parfois à la virtuosité pure, à de l’Art pour l’Art.
Deux chronologies sont possibles : une brève et une longue. La première limite le maniérisme à
un petit demi-siècle : du sac de Rome (1527) à la fin du concile de Trente (1563), et la seconde
l’étend à près d’un siècle : du début des années 1520 à la première décennie du 17e siècle (la
longue est la meilleure). Le style conquiert tous les domaines artistiques mais surtout la peinture.
Né à Rome, il s’épanouit dans toute l’Italie avant de se répandre en Europe.

Contexte artistico-historique
La réforme
Placardées en 1517 à Wittenberg dès son retour de Rome, les 95 thèses ou propositions
formulées par le moine augustin Martin Luther vont faire grand bruit dans l’Europe de ce début
de siècle. Au-delà de la virulente critique de la papauté et du système des indulgences, c’est
l’Eglise toute entière qui est amenée à se remettre en question par les différents réformateurs
(Jean Calvin). L’autorité toute puissante de l’institution religieuse vacille sur ses fondements et des
hommes du peuple aux grands de ce monde, les consciences choisissent leur camp. Ébranlée par
cette crise, l’Europe se divise entre tradition catholique, et nouvelles églises protestantes
(luthéranisme, calvinisme), sans parler de la situation religieuse en Angleterre.

La « disparition » des modèles


Une triade glorieuse de la seconde Renaissance (fin 16ème - début 17ème
siècle), Léonard, Michel-Ange et Raphaël, a atteint une telle perfection que
leurs œuvres constituent des références incontestables et incontournables
pour la nouvelle génération d’artistes (celle qui voit le jour à ce même
moment). Les peintres italiens vénèrent la maniera moderna (Giorgio
Vasari, Le vite (Les vies)) de ces grands maîtres. Ils copient les œuvres des
trois précurseurs du Maniérisme :
Léonard de Vinci
▶︎ Léda et le cygne (1513). On retrouve le corps blanc du maniérisme.
Voir les métamorphoses d’Ovide : Zeus s’est transformé en cygne pour
séduire Leda, qui pond des œufs (Castor et Pollux).

!16
Michel-Ange
▶︎ Le plafond de la Chapelle Sixtine
(1508-1512) puis le Jugement dernier (mur du
fond ; 1536-1541). On retrouve l’atmosphère
de peur, d’étrangeté du maniérisme. On peut
voir Saint Barthélémy représenté avec un
couteau et sa peau (il a été écorché), et la peau
a le visage de Michel Ange. Un autre détail
montre les pécheurs envoyés en Enfer et
renversés d’une barque et emmenés par des
serpents dans une atmosphère de flammes. On
est déjà dans la crise du maniérisme.

Le carton de la Bataille de Cascina (1504) : on retrouve les ◀


corps hypertrophiés de Michel Ange ; c’est une scène de bataille
qui est une grande mêlée humaine (typique du maniérisme).

▶︎ Tondo Doni : on voit la sainte famille ; c’est un peu dangereux la façon


dont Joseph passe Jésus à Marie. A l’arrière il y a plein de corps nus, qui
sont très étranges, faisant appel au maniérisme.

Raphaël
Les Chambres de la signature (chambres d’Héliodore) ◀
(1511-1514) : décoration des appartements du pape (où il signait les
bulles pontificales). Raphaël représente Saint Pierre dans sa cellule
avec un ange lumineux qui vient le
réconforter. Les couleurs excessives montrent
l’arrivée du maniérisme.

▶︎ La belle jardinière : c’est Marie dans un jardin avec le Christ et Jean-


Baptiste (vêtu d’une peau de bête).

La madone au charbonnerai : de nouveau, Marie, Jean Baptiste et ◀


Jésus. Composition pyramidale.

!17
▶︎ L’incendie du Borgo : ce village est en train
de brûler, le pape arrive et par miracle éteint
l’incendie. L’atmosphère est tragique, on a des
corps roses, verts…

La «  disparition  » de leurs modèles (Léonard


meurt en 1519 au manoir du Clos Lucé près
d’Ambroise sur les bords de la Loire après avoir enfin accepté l’invitation de François Ier en 1517,
Raphaël meurt subitement dans la fleur de l’âge à Rome en 1520 et Michel-Ange s’éclipse de
l’avant-scène artistique vers 1530) laisse cette nouvelle génération dans une sorte d’impasse. En
effet, comment concevoir l’Art puisqu’il vient tout juste d’atteindre une indubitable perfection ?
Deux options s’offrent alors aux artistes : l’imitation ou l’innovation. La première fait date et
autorité. En effet, il est recommandé aux jeunes artistes de ne pas se contenter de la pratique où
les porte leur inclinaison naturelle, mais d’imiter avec soin le style des maîtres qui possèdent les
qualités qui leur font défaut. Le principe d’imitation est un vieux principe, pratiqué depuis
longtemps puisque les apprentis fréquentent les ateliers pour y copier les maîtres. Mais sans
maître qui copier ? Et quand ces derniers sont considérés inégalables et imbattables, que faire ?
La situation les écrase roulement et l’imitation devient frustration. C’est pourquoi certains optent
pour la seconde option. Ils décident d’inventer un style nouveau : un style où l’on ne fait pas
mieux mais où l’on fait autrement, par exemple en exacerbant l’imagination et en se tournant vers
la virtuosité technique. Prenant leurs distances par rapport aux sources d’inspiration originelles,
les artistes s’écartent de la nature et génèrent des expressions étranges et artificielles annoncées
pourtant déjà dans le Tondo Doni du Buonarroti.

Le sac de Rome (1527)


Le 5 mai 1527, les troupes à la solde de Charles Quint se paient en mettant à sac la ville éternelle.
Cet évènement dramatique marque profondément et durablement les esprits. Qui aurait pu
imaginer que Rome, siège de la foi catholique et capitale des arts serait détruite physiquement et
moralement par une armée impériale mais constituée essentiellement de lansquenets luthériens
haineux des catholiques et tellement satisfaits d’abattre ce qu’ils considéraient comme la
Babylone biblique, c’est-à-dire un lieu de luxure et d’excès.

Développement et caractéristiques
Développement
Issu des attaques de Martin Luther contre la papauté, du déclin économique qui s’amorce en
Italie et du sac de Rome par les troupes de Charles Quint en 1527, le maniérisme présente un
caractère tantôt mystique tantôt inquiet qui s’écarte de l’équilibre classique de la Renaissance
sans être pour autant déjà baroque. S’adressant à des amateurs lettrés dans une société
épicurienne et précieuse, il éclôt d’abord à Rome et à Florence avant de s’étendre dans toute la
péninsule et de se propager dans des cours européennes raffinées telles celles de François Ier et
de Rodolphe II à Prague, les 17ème et 18ème lui donneront une connotation négative et réfuteront
son originalité. Le 20ème siècle lui reconnaîtra tardivement une valeur stylistique propre.

!18
Caractéristiques : d’abord le fond, ensuite la forme
Le fond : prédominance de sujets profanes. Les métamorphoses d’ovidé et les grands poèmes
contemporains, comme Le Roland furieux de l’Aristote et La Jérusalem délivrée du Tasse,
fournissent des thèmes ; réalisation de programmes allégoriques compliqués et d’emblèmes.
La forme
- Les ensembles : multiplication des ensembles décoratifs à fresque ornés de stucs sur les
voûtes et les plafonds des palais.
- Les supports : utilisation fréquente du bois mais également grande variété dans ce domaine :
marbre, agate, ardoise, lapis-lazuli…
- Les compositions : désordonnées et encombrées.
- Les plans : superposés et présentant de savants effets d’illusionniste dans les fresques
décoratives.
- Le dessin : conservation de son rôle essentiel mais éloignement de la traduction du réel.
- Le portrait : genre très apprécié dans lequel les personnages sont souvent présentés dans une
attitude de retenue et limités à la taille mais en laissant les mains visibles.
- La lumière : froide et parfois fantastique, elle exalte des accords colorés grinçants (le parme y
côtoie par exemple l’orangé et le vert d’eau).
- Les couleurs : rarement pures mais toujours subtilement travaillées, elles délaissent l’harmonie
au profit d’un chromatisme qui jure. Laissées sans prolongations, les tonalités nous surprennent,
c’est pourquoi, tout comme en musique, on parle de dissonances chromatiques. Côtoiement
constant du “sucré“ et de l’“amer“ parfois jusqu’à l’écœurement.
- Les lignes : tout au moins sinueuses, elles peuvent devenir serpentines et frémissantes
(annonçant ainsi déjà les courbes et les contre-courbes du Baroque), et il convient de ne pas
oublier qu’elles s’associent toujours à l’idée de volume créant un enroulement hélicoïdal
ascensionnel tantôt entier tantôt fragmentaire. Cette sinuosité anime la position des corps en
exagérant le contapposto classique au profit d’une torsion du bassin. Ce déhanchement du
corps et des épaules suppose la virtuosité inventive et implique des effets de surprise et de
vertige.
- Les attitudes : répertoire hérité de la Renaissance mais réduit à l’état de formules par le
perfectionnement appliqué. Interruption volontaire du dynamisme.
- Les corps : élongation, étirement, enchevêtrement, accumulation, dégringolade des figures
désormais animées d’une douceur languide (morbidezza) ; déformation corporelles
supplémentaires et particulières :
➡ les personnages féminins sont dotés de petites têtes aux visages réguliers et froids ;
➡ les corps, nus ou vêtus de costumes collants qui en révèlent les formes, prennent l’aspect
de la porcelaine ;
➡ l’humanité désincarnée mime la pensée et l’exagère souvent par l’expression grimaçante
et la tension musculaire.
- Les surfaces : un lissage entier leur fait atteindre ainsi une perfection émaillée.
- Les détails : application du pinceau à leur stylisation précieuse (tresses et boucles de cheveux
semblent ciselées), leur galanterie mièvre, leur minauderie entendue ; démonstration de
fantaisie et de virtuosité pour les ornements, les accessoires orfévrés, les belles matières et le
cadre architectural compliqué.

!19
Artistes et œuvres
En Italie
Architecture
Jules Romain (1499-1546)
Architecte maniériste, élève de Raphaël au Vatican, il travaille à Mantoue pour la famille des
Gonzague.
Palais du Te : à l’intérieur du palais, il y a la salle des
géants, décorée par des peintres. On y retrouve la
destruction du temple par les géants, des êtres
fantastiques et extravagants.

Sculpture
Cellini (1500-1571)
Sculpteur florentin actif en France au service de François Ier.
▶︎ Salière de François Ier : raffinement des
matériaux (or et argent), on voit un couple de
divinités (Neptune), et on retrouve aussi
l’étrangeté maniériste avec le cheval aux
pattes palmées.
Allégorie de l’astronomie : on y voit le contraposto : ◀
déhanchement du corps humain exagéré qui donne un S à
travers le corps.

▶︎ Persée tenant la tête de Méduse

Jean de Bologne (1529-1608)


Il a commencé sa carrière en France (à Douai) puis a été s’installer en
Italie et était actif à Florence.
Enlèvement d’une Sabine : les Romains vont chercher des ◀
Sabines pour pratiquer l’exogamie. On a les trois corps tordus et
sinueux, avec une courbe ascensionnelle et en spirale (ligne
serpentine maniériste).

!20
Allégorie de la chaine de montagnes les Apennins : c’est une
sculpture de 10 mètres de haut dans le jardin du Bosco Sacro (bois
sacré) à Bomarzo, à près de Rome (dans les plaines du Latium). Ce jardin
est rempli de sculptures toutes plus incroyables les unes que les autres
(personnages mi-humains mi-dragons, bouche ouverte dans laquelle on
peut rentrer, maison de travers…)

Peinture
Andrea del Sarto (1486-1530)
Florentin, premier grand peintre maniériste, initiateur du Maniérisme.
Madone aux harpies : première touche de particularité maniériste en ◀
représentant des harpies sur le socle sur lequel se trouve la Vierge.

Pontormo (1494-1556)
Issu d’un tout petit village (Pontormo, il n’aimait d’ailleurs pas qu’on l’appelle comme ça), il fait
carrière à Florence. Il avait loué un appartement où on ne pouvait accéder que par une échelle
qu’il enlevait le soir en rentrant. Il vivait dans une peur paranoïaque d’être volé, épié, copié… il
vivait donc reclus dans une sorte de crasse et de misère. Sa jeunesse s’est passée dans la torture
du sac de Rome et de la Réforme. Son œuvre est empreinte de la force dramatique
michelangelesque, avec des éclairage froids qui délavent les tons de ses œuvres.

▶︎ La déposition du Christ : retable dans l’église Santa Felicita. C’est


une déposition de croix : on vient de déposer Jésus au bas de la
croix. Normalement on a une croix à l’arrière, mais ici il n’y en a pas,
ce qui retire la structure. C’est un enchevêtrement de 10 personnages
en équilibre instable (et irréaliste). Tout est en train de tomber : Marie
si laisse aller à tomber en arrière et le Christ est soutenu par un
personnage sur la pointe des pieds. Tout est fait pour montrer
l’instabilité. Le message est que le Christ par sa mort représente le
plus grand moment d’instabilité pour les Chrétiens. Dans la seule
partie un peu vide du tableau (en haut à gauche) il y a un nuage
annonciateur de pluie. Dissonance chromatique, typique du
maniérisme.

La Visitation : rencontre de Marie (jeune) et de sa cousine ◀


Elizabeth (vieille). Pourtant dans ce tableau il n’y a pas 2 mais 4
femmes. On a la rencontre frontale de l’une avec l’autre et la
rencontre faciale des deux femmes reproduites à l’arrière-plan
nous regardant. Sur un même tableau, on les voit de profil et de
face et elle prennent vraiment toute la place du tableau.
!21
▶︎ Disciples d’Emaüs : deux apôtre sont dans la rue, tristes de la
mort du Christ, et un troisième personnage les rejoint en leur disant
qu’il faut considérer cette mort comme un espoir. Ils mangent
ensemble et lorsque l’étranger rompt le pain, les apôtres se rendent
compte que c’est le Christ. Les corps sont fins, étirés, trop grands
avec une tête trop petite. Au dessus, on a un détail bien maniériste :
un triangle avec un œil dedans.

Joseph devant Pharaon : l’escalier fait une spirale autour de la ◀


tour du bâtiment.

Rosso Fiorentino (1494-1540)


Peintre florentin également actif en France au service de François Ier dès
1530.

▶︎ Déposition de croix : même thème que Pontormo mais très organisé


et structuré avec une grande croix et trois échelles.

Le Corrège (1498-1534)
L’Antiope : l’Antiope est en train de dormir dans un sous-bois et un satyre ◀
pervers vient la regarder (cfr. Les Fleurs du Mal de Baudelaire).

Le portrait
Parmiggiano (1503-1540)

▶︎ Autoportrait dans un miroir circulaire convexe

La madone au long cou : son corps est irréaliste, avec sa tête plus ◀
haute que tout le monde, son très long cou et son bassin très très large
qui se rétrécit vers le haut. Le corps du Christ sur ses genoux a l’air
d’être un cadavre, également étiré, qui donne une ambiance glauque.
!22
Bronzino (1503-1572)
Maniériste florentin de la seconde école, il peint de
nombreux portraits de cour d’une abstraction glacée avec
un souci du beau détail ciselé.

Portrait de Dona Lucretia : le portrait maniériste est froid


et distant, à mi-corps, avec une grande importance aux
mains.

Vasari (1511-1574)
Architecte, peintre et biographe de ses devanciers et de ses contemporains dans ses Vite (Vies
d’artistes).

▶︎ Autoportrait : corps disproportionné

Percée et Andromède : Percée est en train de délivrer ◀


Andromède, et ce qui est très spécial c’est tous les
personnages à l’arrière-plan.

Allori (1535-1607)
Peintre florentin élève et fils adoptif du Bronzino.

Les pêcheurs de perles : œuvre décorative pleine de


détails.

!23
En France
Une première école résulte de l’invitation d’artistes italiens par le roi
François Ier (Fiorentino, Le Primatie, Dell’Abate). Ils réalisent et
dirigent les grands décors allégoriques et ornementaux à fresque,
enrichis de stucs, du château de Fontainebleau. Une seconde école
dit de Fontainebleau se développe à la fin du 16ème siècle sois
l’influence d’artistes flamands.
On construit des demeures royales et princières sur les bords de la Loire (châteaux de la Loire). Il y
a un escalier à deux volées conçu par De Vinci, dans lequel on ne se croise jamais, qui forme une
spirale autour d’un axe central.
On construit aussi le château de Fontainebleau, construit par des architectes français et décoré
par des italiens (toits en pente, contrairement à
l’Italie où on fait des toits plats parce qu’en France
il neige). La première école maniériste française
c’est donc les italiens qui arrivent en France, et la
deuxième c’est les français qui se mettent aussi au
maniérisme. On a des corps très blancs dans des
scènes d’intérieur.
Gabrielle D’Estrée et sa soeur la duchesse de
Vilar dans leur bain : ce sont des maîtresses
d’Henri IV (Gabrielle D’Estrée devait se marier
avec lui mais elle s’est fait empoisonner pour qu’il
épouse une autre).
Enfin, le maniérisme bellifontain, érudit et original, influence des artistes français tels Jean Cousin
le Vieux.

Jean Cousin (1490-1560)


▶︎ Portrait de Sabina
Poppæa :
dame réputée pour être
une garce.

Eva prima pandora ◀

En Bohème
Giuseppe Arcimboldo (1527-1593)
Peintre d’origine milanaise appelé à la cour de Prague par Rodolphe II.
Les 4 saisons, Les 4 éléments, Le bibliothécaire, le portrait de Rodolphe
II… : il constitue des visages à partir de fruits et d’éléments inattendus : des
combinaisons d’objets et de végétaux sous forme de «  têtes composées  »
allégoriques très imaginatives.

!24
En Espagne
Le Greco (1541-1614)
Crétois d'origine (seconde moitié du 16ème), il est initié à l'art de l'icône (figurines religieuses sur
fond or). Il n'est pas satisfait et voyage jusque Venise où il arrive pendant la Renaissance finissante
et le début du maniérisme, dans les ateliers de Il Tintoretto et Le Titien. C'est un très bon copiste,
mais le marché est bouché. Alors il décide d'aller s'installer en Espagne (décision très étonnante
pour l'époque) où le roi Philippe II (un peu fou) a créé un palais incroyable à l'Esturiale en forme
de grill pour rendre hommage à St Laurent (martyr). Philippe II n'est pas du tout convaincu par
l'œuvre du Greco (il préfère les ambiances démoniaques), alors il devra aller faire sa carrière à
Tolède. Il a fait beaucoup d'œuvres religieuses, mais il a aussi fait une peinture où il reprend le
Laocoon avec des personnages très blancs et un ciel perturbé. En tant que maniériste, Le Greco
déforme, allonge les corps. Il utilise aussi des couleurs étonnantes (dissonance chromatique).
Enterrement du comte d’Orgaz : le Greco travaille à Tolède et
la confrérie de l’église Saint Thomas lui demande de faire un
tableau de très grandes dimensions. Le Greco veut représenter
un miracle : le comte d’Orgaz (mécène des églises de Tolède
au moyen-âge) est mort, et Saint Etienne (premier martyr
chrétien, mort par lapidation) et Saint Augustin (Père de
l’Eglise, évêque d’Ipone au Nord de l’Afrique, représenté avec
une mitre) descendent du ciel pour l’enterrer. Tous les gens
autour sont habillés en noir (c’était la mode car le roi Philippe II
s’habillait en noir). Au premier plan, un petit garçon, le fils du
Greco, nous regarde. En haut, on a l’impression que les cieux
s’écartent pour montrer tous les personnages célestes : le
Christ, la Vierge, Saint Jean Baptiste, les saints et un petit
personnage qui monte et qui représente l’âme du compte.
Le Greco avait une très grande foi : il aimait étirer les silhouettes pour montrer qu’elles se
rapprochent de Dieu. Les visages sont pleins de lumière interne divine. Il reprend les
caractéristiques maniéristes pour les appliquer à la foi religieuse.
Le Greco a de moins en moins de succès lorsque le maniérisme se démode (alors qu’avant ça il
avait énormément de succès. Il a donc fini dans la misère, et pendant 300 ans personne ne s’est
plus intéressé à lui («  purgatoire  »). Au XXème siècle il est redécouvert par Maurice Barres, qui
visitait Tolède et regardait ses tableaux à la bougie. Il écrit des livres sur le Greco et il est
redécouvert en 1930, qui n’est pas du tout apprécié en Europe mais bien en Amérique où ils ont
acheté plein de ses œuvres. Le Greco n’est vraiment remis à l’honneur qu’en 1960.

Luis de Gongora, poète du début du baroque, écrit un sonnet, «  le tombeau de Domenico


Greco », juste après sa mort. Le tombeau est un genre
littéraire et musical. On écrit «  à la manière de  » : on De forme élégante, ô Passant, Cette lumineuse pierre
de porphyre dur Prive le monde du pinceau le plus
rend hommage en copiant le style ou en décrivant les doux, Qui ait donné l’esprit au bois et vie au tableau.
qualités de la personne. En musique (le tombeau de Son nom est digne d’un souffle plus puissant Que
Couperin de Ravel, le tombeau de Debussy), on rend celui des trompettes de la Renommée Ce champ de
marbre l’amplifie. Vénère-le et passe ton chemin. Ci-
hommage à un musicien, soit qui vient de mourir, soit gît le Grec. Il hérita de la Nature L'Art. Il étudia L’Art.
bien plus tard, en composant à sa manière. Dans le D'Iris les couleurs. De Phoebus les lumières et de
Morphée les ombres. Que cette urne, malgré sa
tombeau du Greco, Gongora utilise plein de figures dureté, Boive les larmes, et en exsude les parfums.
stylistiques (enjambements, inversions…). Funèbre Écorce de l’arbre de Saba.

!25
De la Renaissance au Baroque en musique
Le premier « opéra » de l’histoire, Euridice, a été écrit en 1600 par Peri et Cacini à l’occasion du
mariage de Catherine de Médicis. Le problème de la musique à cette époque c’est que la
polyphonie est arrivée à un tel niveau de perfection et de complexité que le texte n’est plus
compréhensible. Au même moment, on assiste à une volonté de redécouvrir l’Antiquité,
notamment l’art du spectacle et de la tragédie grecque. On redécouvre les masques porte-voix
que portaient les comédiens, ainsi que le système du chœur dans les tragédies qui avait pour rôle
d’enseigner, de répéter les évènements et de les commenter pour les faire évoluer. On
redécouvre aussi le rôle du coryphée : il faut avancer le récit (un peu comme un narrateur). Les
trois grands maîtres de la tragédie sont redécouverts : Eschyle, Sophocle et Euripide.
Le passage entre la polyphonie et l’opéra ne se fait pas en une fois. Le madrigal est le genre
pivot qui fait le lien : en réaction à la polyphonie, le madrigal privilégie le texte (il reprend des
chants populaires qu’on fait passer dans les cénacles de l’époque). Le but est de rendre le texte
plus audible et plus facile à retenir : les paroles ne sont donc plus en latin mais en langage
vernaculaire (par exemple William Byrd a écrit de nombreux madrigaux). Les madrigaux ont eu un
succès phénoménal car tout le monde voulait chanter les madrigaux ensemble.

Claudio Monteverdi (1567-1643)


Monteverdi et était au service de la famille des Gonzague à Mantoue, pour qui il a écrit l’Orfeo en
1607. Il se spécialise dans le genre du madrigal et écrit 8 livres de madrigaux sur 51 ans.
Hor che'l ciel e la terra (https://www.youtube.com/watch?v=mPhWDKT2gSk) : c’est le premier
madrigal issu du livre 8, basé sur un sonnet (4 strophes de 2x4 et 2x3 vers) de Pétrarque. C’est
déjà une première évolution de se baser sur un poème pour faire de la musique. Pétrarque est
l’un des trois écrivains d’une triade : Bocaccio (Décaméron : jeunes florentins qui fuient la ville à
cause de la peste et se racontent une histoire), Dante (Divine Comédie) et Pétrarque (Canzoniere :
rassemble des poèmes entre 1336 et 1374 qui sont un hommage à la nature et à sa bien aimée,
Laure), considérés comme les fondateurs de la langue italienne (ce qu’est Shakespeare à l’anglais,
Rabelais au français et Luther à l’allemand). Pétrarque purge la langue et utilise un langage
«  moderne  » et plus épuré (contrairement à Dante qui utilise beaucoup de termes du dialecte
toscan). Il vit à l’époque de la crise pontificale et remplit des fonctions pontificales auprès de la
cour d’Avignon. Il y découvre les paysages français et sa bien-aimée Laure (qu'il ne pouvait pas
vraiment aimer car il était entré dans les ordres). Dans le deuxième paragraphe, les mots vegghio,
penso, ardo, piango… créent une ascension émotionnelle dans le texte : Monteverdi l’utilise et la
traduit dans ses compositions. Il fait preuve d’une inventivité et d’une modernité exceptionnelles
pour l’époque. Il met la musique au service du texte : il colle les deux ensemble. On retrouve chez
Monteverdi une grande volonté de respecter le texte : c’est pourquoi il a choisi un texte de
Pétrarque qui avait une volonté de clarté dans son langage.
Il ballo delle ingrate in genere representativo : c’est le dernier madrigal issu du livre 8 sur un
texte d'Ottavio Rinuncini (contemporain de Monteverdi). Il y a 10 strophes de 4 vers. Monteverdi
veut exprimer au plus les sentiments et isole la voix de la nymphe (en soliste) tout en utilisant les 3
autres voix pour faire les 3 bergers qui servent de chœur à l’antiquité (ils décrivent ce qu’ils voient
et ce que la nymphe ressent pendant les 3 premières strophes). Pour la 4ème strophe, la nymphe
intervient qui répète quatre fois le mot Amor, ce qui lance l’action. On a ici une des premières
formes d’opéra avec une soliste, un chœur et une « mise en scène » (crée par la description faite
par le chœur qui sert à appuyer et souligner les émotions et montrer qu'on se retrouve dans un
lamento). Le lamento se retrouve dans les opéras de Vivaldi, de Lully et de Purcell.

!26
Le Baroque
Le Caravage (1571-1610)
Artiste qui clôt la Renaissance et le Maniérisme et ouvre le Baroque. Il est né en Italie à
Caravaggio et il va s'installer à Rome où il a beaucoup de succès. Il sortait beaucoup, buvait et
fréquentait les prostituées et la jeunesse (concubinage…). Il finit par devenir un meurtrier (il tue
quelqu'un en rue au cours d'un duel à l'épée dont l'objet est un adolescent prostitué). Il doit
s'enfuir, va jusqu'à Naples où il se fait connaître : on lui commande des œuvres pour une
cathédrale. Il doit encore quitter Naples et il va en Sicile puis à Malte où il se fait chevalier de
l'ordre de Malte (ordre religieux) en faisait le portrait du chef. Mais il s'enfuit avec un petit page
blond et il se retrouve de nouveau en cavale. Il retourne en Italie mais il est retrouvé mort en
1610, on ne sait pas trop comment. Il a fait un tondo (peinture en rond) qui
représente la gorgone Méduse, avec la tête hérissée de serpents. Elle peut
pétrifier tous ceux qui se présentent à elle, et Percée l’a affrontée en utilisant
l'intérieur de son bouclier pour voir son reflet et pouvoir lui couper la tête (voir
théorie de Lessing qui disait que les bouches ouvertes n’étaient pas
convaincantes).
C’est un artiste qui marque un pivot dans l'histoire de l’art. Caravaggio a probablement fait sa
formation dans son village puis peut-être à Milan. Il a suivi sa formation dans l'atelier du cavalier
d'Anguin. Il a vite quitté cet atelier car il a un caractère de feu avec des gestes très ample et c’est
personnage bouillonnant... Il trouve que Milan est un trou donc décide de se rendre à Rome la
grande ville époustouflante (centre de la contre-reforme, lieu plein de luxure, ville sainte...). Il loge
chez une propriétaire immonde, avare, ignoble (il l’a représentée dans ses tableaux) et découvre
la Rome qui n'est pas la ville sainte et pieuse : il découvre plutôt la décadence, la déchéance, la
saleté de la ville de Rome. Il connait surtout à Rome le palais des cardinaux (il arrive là avec une
lettre de recommandation). Il a eu beaucoup de succès auprès des Papes et religieux mais avant
cela il a fait beaucoup de tableaux d’allégories. Il connait surtout aussi les bordels à Rome (il vivait
aussi en concubinage avec des jeunes hommes).
▶︎ Jeune homme à la corbeille de fruits : allégorie
qui montre un jeune homme un peu dénudé,
(grande charge érotique). Il a représenté le même
jeune homme en Bacchus. Il y a une grande ◀
attention portée à la carafe. Le panier de fruits
semble beau mais quand on s'approche on se rend
compte que les fruits sont pourris (symbole :
attention à la jeunesse dont vous jouissez).

Il y a des messages terribles dans les peintures du Caravage : il montre le


coté terrible de Rome: pièges, farces, vols…

▶︎ L'amour vainqueur : c’est le même modèle que le Bacchus, qui pose


avec une charge très érotique le dieu Eros (corps en déploiement complet).
C’est un ange très charmeur (comme chez le Bernin)

!27
Il a aussi fait beaucoup d'oeuvres religieuses.
Repos pendant la fuite en Egypte : c’est un thème horrible. Hérode annonce le massacre des
premiers nés (car il a entendu qu'un
roi des juifs le détrônerait), mais un
ange a averti Joseph en songe et
tous les trois ont fui momentanément
en Egypte pour attendre que la
colère d'Hérode se calme. Ce qu’il y
a de plus saisissant dans ce tableau
c’est le couple vierge et enfant, très
réaliste. On voit Marie fatiguée par le
voyage, et Joseph a l'air hébété en
train de tenir une partition. Il y a de
nouveau une grande charge érotique
dans l'ange représenté en train de
jouer la partition. Celle-ci est
extraordinaire : on sait exactement la
partition jouée par l'ange, ce qui
montre la véracité de l'artiste
(contrairement à Vermeer qui avait pleins de partitions mais où on ne pouvait pas les identifier).
Une chose tout à fait étonnante aussi est le comportement de l’ange, complètement joyeux et
allumé (comme dans jugement de Pâris de Cranach). C’est la dernière fois que le Caravage met
autant de paysages verts, très fleuris avec plein de végétaux dans ses tableaux.
Disciples à Emmaüs : le Christ est en
train de bénir le pain et le vin. Pour
montrer que la scène est en train de
se passer, on voit les personnages en
plein mouvement (tous surpris ébahis,
coquille de St-Jaques sur le disciple à
droite... donne l'idée que les disciples
ont beaucoup marché après une
longue journée).Le drap est très
blanc. Les modèles du Caravage sont
souvent des gens du peuple, des
gens de la rue. Le Caravage peint
instantanément ses tableaux (sans
faire de croquis ni dessins).

▶︎ La conversion de St-Paul : la lumière est reflétée sur le grand cheval,


et Paul est ébloui par l'apparition de l’ange. Ce tableau se trouve dans la
Santa Maria del Popolo (chapelle à gauche).
!28
▶︎ La crucifixion de St pierre : St Pierre n'a pas voulu être crucifié
comme le Christ (car ne s’en jugeait pas digne) : il a donc
demander à être crucifié à l’envers. En avant plan il y a un gros
derrière qu'on a dans la face... C’est un tableau véritable dans sa
saleté. Il nous montre l'immédiateté de la situation. Le Caravage
était probablement l'un des seuls à montrer l'immédiateté et la
véracité des événements religieux.

La flagellation du Christ : ce sont ◀


probablement des vrais bourreaux qui ont été
croqués dans une prison à Rome. On retrouve
la vérité du sentiment religieux (notamment
dans le regard du Christ qui regarde avec
inquiétude et peur en attendant le coup de
fouet)

▶︎ Le baiser de Judas : on voit le regard perdu


du Christ (que l'on retrouve dans les évangiles
de St-Matthieu, St-Luc…). Le tableau est très
fidèle à la description de cette scène dans
l'évangile de St Luc. Les personnages tout
autour montrent que c’est une scène d’action.

L'incrédulité du disciple St Thomas : Le ◀


Caravage nous surprend dans la représentation
de cette scène. Le Christ force Thomas à
mettre son doigt dans la blessure au flanc que
St Longin avait faite après la crucifixion de
Jésus. Le Caravage joue entre l'aspect fictif et
réel d'un tel récit.

!29
▶︎ Narcisse : c’est l’œuvre de l'orgueil par excellence, une œuvre un
peu plus légère du Caravage.

Jordi Savall s'est beaucoup penché sur les œuvres du Caravage : il a


écrit les Lachrimae Caravaggio (Jordi Savall se dit qu'il n'a pas
regardé les tableaux et écrit la musique sur ses oeuvres mais il a
pensé à créer la musique que l'on jouerait pendant ses moments là...
et donc à créer les ambiances des tableaux du Caravage).

Le sacrifice d’Isaac : c’est l’une des ◀


œuvres les plus célèbres du Caravage. Elle
est tirée du récit d’Abraham : Sarah et lui
avaient des difficultés pour avoir un enfant. Il
a un premier fils avec Agar sa servante :
Ismael. Dieu lui donne ensuite un fils, puis
pour le tester il lui demande de sacrifier son
fils. Ce qui est surprenant dans l’oeuvre c’est
le regard d'Isaac qui est en train de crier car
il sent la mort venir et le regard torturé
d’Abraham. La végétation est plongée dans
une masse sombre. L’œuvre est jugée
irrecevable car elle elle était trop intense et
trop chargée de réalisme, il a donc du faire
une deuxième version plus « light ».

▶︎ La Madone des pèlerins : c’est une madone à l'enfant très


belle (une des plus belles prostituées fréquentées par le
caravage...) et deux pèlerins se prosternent à ses pieds : Marie
semble être une vraie femme et pas un personnage éthéré, divin,
céleste. Les pèlerins sont pleins de réalisme (on voit la fatigue sur
les traits de la vieille femme couverte d'un turban, les pieds
crasseux, sales...) on voit aussi le réalisme de la foi de ce vieux
couple.

!30
▶︎ La mise au tombeau du Christ : le fond est noir et il y a juste une
plante en bas : le symbole est que oui il y a mort mais il y a aussi la
résurrection (il y a beaucoup de symbolisme dans l'œuvre du Caravage)

La décollation de St Jean-◀
Baptiste : Jean-Baptiste est celui
qui annonce la venue du Christ. Il
a une grande gueule et proclame
la vérité. Ça s’est très mal passé
pour lui : il dénonce Hérode qui
veut épouser la femme de son
général (Hérodia) et qui envoie
son général aux premiers rangs en bataille, en espérant qu'il ne revienne pas. Jean Baptiste
critique le comportement d'Hérode et Hérodia et il se
fait enfermer. Il réussit à épouser Hérodia et hérite de
sa fille. Un jour lors d'une réception, sa belle-fille
Salomé apparaît et fait une danse des 7 voiles.
tellement excité, Hérode convoque Salomé et lui dit
qu'il ferait tout ce qu'elle demanderait. Comme sa
mère n'a pas apprécié cette critique de St Jean-
Baptiste, elle dit à sa fille de demander la tête de St
Jean-Baptiste sur un plat.
▶︎ Salomé et la tête de St Jean-Baptiste
C’est un thème dont le Caravage régale... (il écrit son
nom dans la trainée de sang).

La dormition de la vierge : c’est une scène très sombre, ici le ◀


Caravage n'utilise pas de raccourcis et montre la tragédie de la mort
de la vierge. Il a utilisé comme modèle une prostituée enceinte qui
s'était jetée dans le Tibre pour se tuer. Le rideau à l'arrière montre la
théatralité de la mort.

Un courant pictural va être créé après le Caravage : le caravagisme


(dont faisait partie de La Tour)
!31
Georges de La Tour (1593-1652)
Artiste français de la première partie du 17ème siècle, successeur du Caravage. Il a été oublié
pendant très longtemps après sa mort, et on a attribué ses tableaux à d’autres artistes
(notamment Velasquez), comme pour le Greco. Il vient de Lorraine, où il a fait son apprentissage
(mais on ne sait pas vraiment où). Il n’a pas été en Italie (alors que tous les artistes de cette
époque faisaient ce voyage d’Italie). Il n’est pas issu d’un milieu artistique : son père était
boulanger (statut relativement intéressant parmi le peuple). Il a fait un très bon mariage : il a
épousé Diane le Nerf, issue de la petite aristocratie. Ce mariage lui a permis de se faire connaître
de l’aristocratie, qui lui faisaient des commandes et ont montré ses tableaux à Louis XIII, qui
l’apprécie beaucoup. Il reçoit donc des commandes du roi, et il est lancé. Il quitte sa Lorraine
natale pour s’installer à Paris, mais il finit par rentrer dans sa région d’origine. Il se crée une
véritable fortune, s’acquiert une belle propriété ainsi que des terres. Il chasse à courre et devient
imbuvable (il ravage les champs des paysans pour faire la chasse). Son fils aîné fait aussi de la
peinture mais il est beaucoup moins bon, et il essaye de vendre ses peintures avec celles de son
père pour se faire de l’argent. Georges de la Tour meurt brutalement, probablement d’une
épidémie. Il y a un musée qui lui est dédié à Vic-sur-Seille.
▶︎ Le tricheur à l’as de carreau : c’est le
thème des bohémiens, des voleurs etc. Le
jeune homme de droite, naïf et bien habillé, va
se faire plumer par l’homme d’en face qui sort
les cartes de sa ceintures, et par les dames qui
se lancent des regards. C’est inspiré du
Caravage, et le thème du jeu de carte était très
prisé en France à cette époque, où on jouait
beaucoup aux de jeux de cartes et de hasard.
C’est aussi une époque où on vole beaucoup,
car c’était une période d’instabilité. Il y a aussi
le tricheur à l’as de trèfle, qui est le même :
ses tableaux avaient tellement de succès qu’on en faisait beaucoup de copies.

Les mangeurs de pois : scène de genre (vie ◀


quotidienne), un vieux couple qui mange des pois,
debout avec leurs mains. À cette époque, on ne prenait
pas le temps de dîner. Georges de la Tour a fait partie du
groupe des peintres de la réalité (exposé à partir de 1930).

▶︎ La diseuse de bonne aventure : pendant que


la vieille femme lit les lignes de la main du jeune
homme, les trois autres jeunes femmes sont en
train de le voler. Georges de la Tour ironise donc
sur sa propre classe sociale. Les personnages
occupent vraiment l’espace (règle des 3 unités).

!32
▶︎ Le joueur de vielle : les musiciens (surtout
le musicien des rues, le musicien ambulant)
sont très représentés dans l’œuvre de Georges
de la Tour.
La rixe des musiciens : ce sont des ◀
saltimbanques qui sont en train de se disputer.

▶︎ La Madeleine à la chandelle : scène de genre intimiste, une


jeune femme avec un crâne de vanité (qui rappelle qu’on naît
poussière et qu’on redeviendra poussière) regarde une bougie
(Georges de la Tour connaît bien la flamme, vu que son père était
boulanger). C’est une forme de mystique dans l’intimité : une
femme qui réfléchit. C’est Marie-Madeleine qui doit choisir entre
sa vie dissolue et sa nouvelle vie.

Le nouveau-né de Renne : c’est la première fois ◀


qu’un bébé est peint avec autant de réalisme. Ça
pourrait être la Vierge avec le Christ et Ste Anne,
mais n’importe quelle femme peut se reconnaître (à
l’époque on emmaillotait les enfants très serré, et on
ne les changeait pas, ce qui augmentait fort la
mortalité infantile).

▶︎ Les larmes de Saint Pierre : mise en évidence de la lumière, grande


intimité. Toutes ces bougies font penser à l’Office des leçons de ténèbres :
offices célébrées la semaine qui précède Pâques, basées sur les
lamentations du prophète Jérémie. Les chanteurs font des vocalises sur les
voyelles du texte hébreux (cfr.
Couperin), accompagné par la
liturgie des ténèbres : ça commence
par des bougies allumées, et on les
éteint au fur et à mesure que la nuit
avance. L’objectif est de faire en sorte que quand toutes les
bougies sont éteintes, le soleil se lève pour le matin de
Pâques.

Saint Joseph charpentier : le Christ tient une bougie et ◀


on voit la lumière en transparence à travers ses doigts. Son
visage est rayonnant.


!33
Le Bernin (1598-1680)
Le Bernin était un sculpteur de Rome, qui a fait la transition architecturale entre Renaissance et
Baroque. Il fait du mythologique dans sa jeunesse et du religieux dans sa maturité. Il fait des
œuvres pour les cardinaux puis les papes (il en a servi 10), et il est sollicité dans sa jeunesse pour
faire des groupes sculptés.

Œuvres de jeunesse

Une de ses œuvres de jeunesse (20 ans) est le groupe d'Apollon et


Daphné. Le dieu de l'amour (Cupidon/Héros) a des flèches d'or
(amour) et des flèches de plomb (haine). Il voulait se venger d'Apollon,
alors il lui a envoyé une flèche d'or, et une flèche de plomb à la
nymphe Daphné. Apollon lui court après dans la forêt et finit par la
rattraper, alors elle implore son père de la métamorphoser en arbre
(laurier = Daphné en grec). La sculpture les montre en train de courir,
Apollon effleure Daphné qui est en train de se transformer en arbre.
Tout ce mouvement est vraiment une caractéristique du baroque. Tout
le groupe est sculpté depuis un seul bloc de marbre, mais quand le
Bernin arrive au nez, il tombe sur un gros point noir dans la marbre,
qu'il doit limer.
Jan Lorenzo Bernini va faire son apprentissage de sculpteur auprès de son
père, artisan-sculpteur qui est probablement l'auteur de la fontaine de la
barque en plein coeur de Rome sur la Piazza di Spagna (en bas de l'Eglise
de la trinité des monts). Cette barque est censée représenter les crues du
Tibre. Le Bernin est ainsi plongé directement dans la réalisation de
fontaines.

St Laurent sur son grill : Le Bernin étant un artiste de la ◀


Contre-Réforme, il veut montrer une
image toute-puissante de l’Église, et il
représente ce martyr avec un air inspiré. Il
n'entre pas dans le pathos pour décrire
cette scène : aucune déchéance physique,
psychique se voit sur les traits de St-
Laurent, mais il accepte son destin avec
humilité et détachement.
▶︎ L’enlèvement de Proserpine par
Pluton : Pluton (Hadès) enlève Proserpine,
et sa mère Cérès (Démeter), déesse de la
fécondité, ne fait plus rien pousser. Alors
Zeus fait un compromis : Proserpine va chez
sa mère 6 moins par an, ce qui explique les
saisons.

David : il est en mouvement, en train de lancer la fronde, en ◀


torsion. Il se mord légèrement la lèvre inférieure.

!34
Réalisations architecturales
Toutes les places de Rome sont disposées comme de véritables théâtres, ce qui montre que
Rome est une ville totalement théâtrale, et devient à cette époque le théâtre du monde, en plus
d'être une ville de pèlerinage. Tout cela étant dû au Concile de Trente, qui veut redorer le blason
de l'Eglise et la rendre toute puissante.
Le Bernin est finalement sculpteur et architecte, et a un énorme rival en architecture : Francesco
Borromini, qui fera toute une série de constructions qui ont marqué le temps,
comme l'Eglise Ste Agnès sur la Piazza Navona. Cette église
très peu profonde utilise le plan oval, ce qui est très rare
pour les constructions de cette époque (Il a du opter pour
cela car il n'avait pas le choix, car pas de profondeur). Il a
réussi à créer un élément de surprise pour la personne qui entre dans le
bâtiment. Cette volonté de surprendre est une des caractéristiques du baroque.
Il a aussi fait l’Eglise St Yves de la Sapientia (cour d’accès courbe, avec une
tour en coupole très développée et surchargée).
Borromini et le Bernin ne s'entendaient absolument pas, et se
critiquaient tout le temps (on peut y voir un parallèle avec la concurrence
entre Michelange et De Vinci et entre Brunelleschi et Ghiberti).
D'ailleurs, en face de l'église de Ste Agnès, le Bernin a réalisé une
fontaine représentant 4 personnes, dont une des personnes faisant face
à l'Eglise a un air d'effroi sur le visage et on croit à tort parfois que le
Bernin l'a scupltée en rapport à la façade de l'église réalisée par
Boromini. C’est la Fontaine des Quatre Fleuves (Gange pour l’Inde, Rio
de la Plata pour l’Amérique, le Nil pour l’Afrique, avec un visage voilé car
on n’en connaissait pas la source, et le Danube pour l’Europe) qui sont
personnifiés, conçue par le Bernin mais finie par ses élèves.
Église St Charles aux 4 fontaines
Façade complètement animée par une véritable ligne serpentine typique du
baroque (où on ne pense plus à la symétrie, la stabilité et l'harmonie mais on se
préoccupe de l'idée de mouvement). Le mot Baroque vient du mot Barocco, qui
désigne une perle un peu perturbée, pas parfaite. De fait, au niveau architectural, le
terme baroque est utilisé pour désigner cette surprise à l'intérieur de l'église, cette
animation au niveau des façades notamment.
Une commande faite au Bernin fut pour l'aménagement de la place St Pierre. Il y a une grande
symbolique derrière la conception de cet aménagement. D'abord, un grand portique à colonnes
qui donne un accès couvert, serpente autour de la
très grande place. Cette place se prolonge sur une
grande artère va jusqu'au château St Ange puis
traverse le pont pour arriver sur l'autre rive de la
ville. Cet immense portique courbé est construit
dans une volonté de ressembler à deux grands bras
ouverts qui accueillent la population. Il y a là un
message d'ouverture de l'Eglise (qui accueille
pèlerins et croyants mais aussi ceux qui ceux qui
ont tourné le dos à l'Eglise) dans le contexte de la
contre-réforme.

!35
Au Moyen-âge, l’art dans les Eglise a une fonction enseignement : le fidèle est entouré d'œuvres
qui servent de leçons. Dans la contre-réforme, le croyant est amené à être happé par le choeur et
avoir les yeux élevés au ciel : il est destiné à être piégé entre la musique, liturgie (par l'orgue à
l'arrière) et la liturgie de la parole (lecteur, et le choeur devant), par la représentation de la passion
du christ juste au dessus de l’autel.
À l’intérieur de la Basilique Saint Pierre, il y a plusieurs statues faite par le
Bernin, dont St Constantin qui a l’apparition de la croix, ce qui le fait
institutionnaliser la religion chrétienne.Il y a aussi le Dès et baldaquin réalisé
par le Bernin en bronze (technique de la cire perdue) pour la
tombe de St Pierre. Juste de derrière, il y a le trône de St
Pierre. Dans la croisée du transept (entre le transept et la nef) il
y a des sculptures de St Longin, Ste Hélène (mère de
Constantin qui est partie à la recherche de la vraie croix), Ste
Véronique (qui a épongé le visage du Christ) et St André (qui
a aussi été crucifié). Une des statues est du du Bernin et les
autres sont de Dukenois (frère du Dukenois qui a fait le
manneken pis dans nos régions). Ces quatre statues ont comme fonction
d'enfermer le regard du croyant sur l'autel et de concentrer son attention sur la
partie la plus importante de l'église.

Le Bernin est l’artiste qui a vraiment


été au service de la contre-réforme.

Œuvres de maturité : sculptures à sujet religieux


Au Moyen-âge, c’est le processus d’identification qui prime (par ex: avec le
thème de la pietà), tandis qu’à la Renaissance on retrouve une volonté
d'atteindre une certaine perfection, une idée d’harmonie. Au baroque, plutôt
que de susciter l'identification au personnage, on cherche à susciter
l'émerveillement... Le baroque doit être une exultation flamboyante de
l'Eglise catholique et de son pouvoir, on est amené à des sentiments de
grandeur, de splendeur.
Santa Bibiana : martyre qui tient la palme des martyrs mais son regard ◀
semble presque en extase, élevé au ciel... on ressent ce processus d'élévation.
▶︎ Habacuc et l'ange : cette sculpture se trouve dans l'église Santa
Maria del Popolo. Habacuc s'apprête à manger une soupe avec des mies
de pains. Mais alors qu'il s'apprête à manger, un ange apparait devant
lui et lui conseille de donner son panier de nourriture au prophète Daniel
à Babylone. L'ange le transporte jusque Babylone et Habacuc donne son
panier à Daniel qui s'apprête à être mis à mort en étant donné aux lions.
Bernin réalise un ange tellement jeune, enjôleur, souriant (androgyne
comme chez De Vinci) et Habacuc est complètement surpris... Il
représente l'ange en train de transporter Habacuc mais en le prenant
seulement par un cheveu.

!36
Extase de Sainte Thérèse d’Avila dans la chapelle ◀
Cornaxo : dans un froissement de draperie, la sainte,
étendue sur un nuage, s’évanouit à l’instant où l’ange
du Seigneur va transpercer son cœur de la flèche de
l’amour divin. Des rayons d’or descendent du plafond
et illuminent le groupe qui semble l’élever dans les
cieux, comme porté par un sentiment de ferveur
religieuse et une profonde émotion qui résument et
caractérisent l’art baroque.

▶︎ Extase de la bienheureuse Ludovica Albertina

Portraits

Buste de Louis XIV : on retrouve cette idée de mouvement (drapé)


◀ dans ce portrait.

C'est grâce à ses qualités de sculpteur, portraitiste, architecte qu'il est embauché par le roi de
France pour un projet : on lui demande de rénover la façade arrière du Louvre (qui était encore
le palais royal à l'époque). Mais sa proposition de projet n'était pas bien acceptée par les français
dont le gout esthétique pour la symétrie et tout ce qui est rectiligne (ex : château de Versailles) se
distancie trop de l'art de Bernini qui choisit toujours des lignes sinueuses et courbées... Le projet
sera donc donné à Claude Perrault, le frère de Charles Perrault.

!37
Le Bernin fera le pont de Rome avec des sculptures d'ange où chaque ange tient une des
armachristies (armes qui ont servi pour mettre le christ à mort). Louis XIV lui fait aussi la
commande d'une statue équestre. Mais cette statue qui était trop
dans le mouvement au gout de Louis XIV n'a pas très bien été
reçue par Louis XIV. On a donc placé l'oeuvre dans un coin du
château qui n'était jamais visité pour la laisser entièrement de
coté... Aujourd'hui, cette statue équestre se trouve devant le musée
du Louvre. Le Bernin n'avait jamais vraiment été apprécié par les
français car eux n'étaient pas du tout dans la même esthétique.
Inspirations du Bernin
- Bramante (architecte baroque) a fait un bâtiment rond (tholos) : le tempiente, parfaitement rond
qui est inspiré de l’Antiquité.
- Façade de l’église du Jesu, réalisé par Vignole et de la Porta, rigoureusement symétrique. Les
nouveautés sont les volutes (courbes et spirales), typiques de l’architecture baroque, ainsi que
les niches en façade dans lesquels ont met des statues (personnages importants de l’Eglise, par
exemple l’apôtre Paul). La façade est organisée sur 3 niveaux.

Pierre Puget (1620-1694)


Sculpteur marseillais qui fait carrière à Paris. Au 17ème siècle en
France, le courant en vogue est le classicisme (façade de Versailles)
mais Puget est un artiste baroque. Il transpose le Laocoon à une
autre histoire de l'Antiquité : Milon de Crotonne. Milon de
Crotonne disait à tout le monde qu'il était très fort, tellement qu'il a
défié Apollon en lui disant qu'il savait fendre une souche à la main.
Mais sa main reste coincée dans la souche, et Apollon lui envoie un
lion pour se venger. Ce groupe a beaucoup de succès car il a un
message royal : si on défie Louis XIV le roi Soleil (Apollon est aussi
le dieu du soleil), voilà ce qui nous arrive. Il est fait pour décorer le
jardin de Versailles, qui est plein de sculptures à double sens (pour
dissuader la noblesse de se rebeller contre lui : "Trop occupée à
me plaire, la noblesse ne pense plus à se rebeller contre moi").
Dans l'art baroque, il y a une surcharge expressive et une tension.

Lubin Baugin (1612-1663)


Il fait beaucoup de natures mortes, avec une grande simplicité. Nature ◀
morte à l’échiquier : évocation des 5 sens, réflexion sur la vie.

Evaristo Baschenis (1617-1677)


Originaire de Bergamme (Italie), il a multiplié par dizaines les natures mortes
d’instruments de musique. Il avait dans sa clientèle beaucoup de musiciens,
qui lui commandaient des représentations de leurs propres instruments.

Sanchez Cotan (1560-1627)


Nature morte de fruits éventrés et pendus.

Francisco Zurbaran (1598-1664)


Agneau de sacrifice, Saint François dans une attitude implorante, Sainte
Marguerite avec un véritable aplomb à côté du monstre, natures mortes.

!38
Le Classicisme
La tragédie grecque : Elle trouve ses origines dans des fêtes religieuses consacrées au dieu
Dionysos (dieu de la fête et de la vigne). Pendant ces fêtes, on déclamait des textes, qui
deviennent des tragédies avec une forme fixée. Les acteurs sont accompagnés par un chœur qui
commente l’action et rafraîchit la mémoire du spectateur : il a une fonction de soutien. Il est
d’abord parlé ou psalmodié au début, puis chanté. Ce genre rencontre un grand succès et y a 3
représentants de cette tragédie : Eschile, Sophocle et Euripide. La tragédie commence son heure
de gloire au 5ème siècle ACN.
Sophocle : c’est un auteur qui va entrer dans le système des concours qui mettent en compétition
des grands tragédiens. Il fallait écrire une tragédie, elles étaient représentés lors des fêtes de
Dionysos et on décidait laquelle est la meilleure. Sophocle a gagné ce concours énormément de
fois. Il a écrit environ 120 tragédies et il nous en reste 7. L’homme était toujours représenté
comme la marionnette des dieux, mais Sophocle le montre toujours comme quelqu’un qui veut
prendre son destin en main.
Il y a 3 groupes de tragédies :
Les femmes : Electre (pièce féministe avant l’heure).
Les héros : Ajax (il est frappé de folie et confond les taureaux à manger avec des hommes et les
tue tous, puis quand il s’en rend compte il se suicide en se jetant sur un pieux dans le sol).
Œdipe : deux tragédies (Œdipe roi et Œdipe à Colonne). Mythe (récit légendaire avec un fond
vérité, dont les auteurs et anonyme, qui parle aux Hommes) d’Œdipe : à Thebes en Grèce il y a un
roi (Laïos) et une reine (Jocaste). Quand Jocaste tombe enceinte, ils vont consulter un oracle, la
Pithie de Delphe (aveugle et illettrée qui respire des fumigations dans une grotte). Elle lui
apprend que son fils va tuer son père et épouser sa mère. Les parents décident alors de se
débarrasser de l’enfant : ils le confient à un serviteur qui doit aller l’abandonner en forêt après
avoir percé ses chevilles. Un berger le trouve et l’appelle Œdipe (« pied gonflé ») et le confie au
roi et à la reine de Corynthe (Polibe et Erote) qui n’arrivaient pas à avoir d’enfant. Un jour, au
cours d’un banquet, un individu un peu trop imbibé fait comprendre à Œdipe qu’il n’est pas celui
qu’il croit. Œdipe apprend qu’on a dit qu’il allait tuer son père et épouser sa mère, alors il s’enfuit
de chez ceux qu’il croit être ses parents. Il arrive à un carrefour où il y a une altercation et il tue
ceux qui sont en face de lui : en réalité c’était son père. Il arrive à Thebes où la sphinge (corps de
félin, ailes et buste de femme) dévore les humains si ils ne savent pas répondre à ses énigmes.
Elle demande à Œdipe “Qui marche à quatre pattes le matin, à deux le midi et à trois le soir ?“. Il
répond “l’humain“ et la sphinge se suicide. Il se marie donc avec Jocaste avec qui il a quatre
enfants (Pilinis, Etheople ♂, Antigone et Ismène♀) et devient roi de Thebes. La peste s’abat sur la
ville, alors il va consulter l’oracle qui lui dit que la peste s’arrêtera si l’assassin du roi est découvert
et puni. Œdipe fait une enquête où toutes les preuves montrent que c’est lui, mais il ne veut pas
voir la vérité en face. Quand il s’en rend compte, Jocaste se pend et Œdipe prend les agrafes du
vêtement de Jocaste et se crève les yeux pour se punir. Créon, le frère de Jocaste, expulse Œdipe
et Antigone l’accompagne dans son exil (fin de Œdipe roi). Après avoir erré, il devient sage, il se
demande ce que c’est être un homme, et les dieux lui pardonnent et disent que la ville où il
mourra sera une ville sainte. Il termine donc sa vie à Colonne.
Sophocle vit très vieux et son fils en a marre de ne pas recevoir son héritage. Il l’accuse donc de
sénilité. Il y a un procès et Sophocle refuse de prendre un avocat, mais lit les textes des chœurs
de Œdipe à Colonne (qu’il a finit d’écrire juste avant de mourir). Il gagne le procès et récupère sa
dignité.
!39
La tragédie classique
Il faut attendre le 17ème siècle pour qu’on redécouvre Œdipe avec la tragédie classique qui a 3
représentants :

Corneille (1606-1684)
Le Cid : dilemme cornélien, choix entre deux situations catastrophe ; Les Horaces : deux camps
romains s’affrontent Horaces et Curiaces), et on choisit deux héros qui doivent s’affronter. On
choisit les trois frères de chaque camp et les 3 Curiaces tuent 2 des frères Horaces. Le messager
va annoncer au père que deux fils sont morts et le père demande ce qu’il en est du 3ème fils : il
s’est enfui. Le père entre alors dans une énorme colère, car il aurait dû mourir pour l’honneur.

Molière (1622-1673)
Il est plus connu pour ses comédies que pour ses tragédies.

Racine (1639-1699)
Il respectait à la lettre certains principes, comme la règle de bienséance (les crimes se passent
hors de la scène) et la règle des trois unités (temps : 24h max - lieu : tout se déroule dans un
même endroit - action : il y a une action principale).

En musique
Opéra séria Tragédie en musique
3 actes 5 actes

Sujet mythologique ou religieux Sujet mythologique ou légende du moyen-âge

Ouverture à l’italienne (vif-lent-vif) ouverture à la française (lent-vif-lent)

Importance de l’aria Importance du récitatif

Pas de chœurs Chœurs importants

L’oratorio
L’oratorio trouve son origine dans les Mystères et les Miracles, spectacles liturgiques jouées
devant le parvis des églises pour mettre en scène les épisodes religieux (souvent la passion du
Christ) pour divertir et instruire la population. C’est un genre vocal sans mise en scène, longtemps
lié à la religion et à la période entre Carnaval et Pâques où on ne pouvait pas présenter d’opéras
à cause du Carême, avec un chœur, des arias et des récitatifs, souvent un narrateur.
Au début, l’oratorio a les mêmes caractéristiques que la cantate (récitatif - air - ensemble - chœur).
Le but est de chanter une action. Mais l’oratorio commence à apporter une grande importance à
l’orchestre et à vouloir avoir une grande précision de l’argument (importance du récitatif). On
arrive à un bel équilibre entre le chœur et les solistes (avec Händel). Dans l’oratorio profane, on
commence à avoir des effets théâtraux, ce qui le rend difficile à distinguer de l’opéra.
18ème siècle
Après ça, l’oratorio naît véritablement en 1600 (en même temps que l’opéra avec Monteverdi). Le
premier compositeur est Cavalieri avec La representatione de l’anima e di corpo. Au 17ème
siècle, l’oratorio se développe avec le compositeur Carissimi qui rend l’oratorio réellement
spectaculaire, ce qui emporte l’adhésion du public. Un de ses disciples est Vivaldi (Judith

!40
triomphante). Rome, Bologne, Florence et Pise deviennent les centres de l’oratorio. C’est donc un
genre italien, qui connaît du côté français un équivalent qui est le grand motet. En Allemagne,
l’oratorio se développe sur base de la Bible et de la Réforme (textes de Martin Luther) par J.S.
Bach et Händel. Bach conçoit l’oratorio comme une suite de Cantates. BWV248, l’oratorio de
Noël (1734), est découpé en 6 cantates. Händel (Le Messie), marqué de son voyage en Italie,
ajoute à l’oratorio un souffle épique, un idéal dramatique (les personnages ont une charge
psychologique/émotionnelle) ainsi qu’une richesse mélodique et rythmique et compose les
premiers oratorios profanes, qui sont repris par Haydn (La Création - entre sacré et profane :
conception de la nature - et Les Saisons -1801)
19ème siècle
Beethoven (Le Christ au jardin des oliviers - 1803)
Berlioz (L’Enfance du Christ) et César Frank (Les Béatitudes) ont aussi composé des oratorios.
20ème siècle
Honegger (Le roi David) et Stravinsky : ils recherchent un genre ancien et le remettent au goût du
jour.
Stravinsky est né en Russie, passe une grande partie de sa vie en France et la termine aux Etats-
Unis. Il se pensait incapable de faire un opéra, et préférait composer des ballets. Il est attaché aux
contes russes (p.ex. Petrouchka).
Pour Œdipus Rex, Stravinsky fait traduire le texte de Sophocle en latin. Il n’y a pas d’action : c’est
le narrateur qui raconte l’histoire, et qui ne chante pas : il lit l’histoire dans la langue du pays où
c’est monté. La musique restitue l’implacabilité de l’histoire d’Œdipe. Stravinsky avait demandé
aux chanteurs de ne pas bouger du tout : il voulait se rapprocher de la tragédie grecque, où les
acteurs ne faisaient que dire le texte, de manière très statique (d’où l’utilité du chœur, qui permet
de comprendre ce qu’il se passe). C’est donc un opéra/oratorio qui se raccroche aux origines de
la tragédie.

!41

Vous aimerez peut-être aussi