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Analyse fonctionnelle.

Master M1. Année 2010/2011.

Richard Zekri

3 novembre 2010
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Table des matières

1 Espaces métriques complets. 5


1.1 Rappels sur les distances et les suites de Cauchy . . . . . . . . . . . . . . 5
1.2 Espaces fonctionnels. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6

2 Les théorèmes de Hahn-Banach. 13


2.1 Ensembles inductifs et lemme de Zorn. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
2.2 Théorème de Hahn-Banach du type prolongement. . . . . . . . . . . . . . 14
2.3 Théorème de Hahn-Banach du type séparation. . . . . . . . . . . . . . . 16

3 Espaces de Banach. 21
3.1 Définition et exemples standards. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
3.2 Applications linéaires continues entre espaces de Banach. . . . . . . . . . 21
3.3 Le théorème de Baire et ses applications aux espaces de Banach. . . . . . 22

4 Espaces duals et topologies faibles. 27


4.1 Topologie définie par une famille de semi-normes. . . . . . . . . . . . . . 27
4.2 Topologie faible des espaces de Banach. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28

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Chapitre 1

Espaces métriques complets.

1.1 Rappels sur les distances et les suites de Cauchy


Définition 1.1.1 Soit E un ensemble. Une distance sur E est une application d :
E × E → R+ , telle que :
1. ∀x ∈ E, y ∈ E, d(x, y) = 0 ⇐⇒ x = y. (d sépare les points de E.)
2. ∀x ∈ E, y ∈ E, z ∈ E, d(x, z) ≤ d(x, y) + d(y, z). (Inégalité triangulaire.)

Une distance d, sur un ensemble E, définit une topologie, dont les ouverts sont les
réunions des boules ouvertes B(x, ) = {y ∈ E/d(x, y) < }, centrées en un point x ∈ E
quelconque, de rayon  > 0 quelconque. Muni de cette topologie, E est appelé un espace
métrique. On utilise les notations (E, d) ou E pour le désigner.

Définition 1.1.2 Soit (E, d) un espace métrique. Une suite de Cauchy dans E est
une suite de points (xn )n∈N , contenue dans E, et satisfaisant le critère de Cauchy :

∀ > 0, ∃N ∈ N/∀p, q > N, d(xp , xq ) < .

Définition 1.1.3 Soit (E, d) un espace métrique. On dit qu’une suite (xn )n∈N , de points
de E, converge vers un point x ∈ E, si d(xn , x) → 0, n tendant vers l’infini. C’est à
dire :
∀ > 0, ∃N ∈ N/∀n > N, d(xn , x) < .

L’inégalité triangulaire montre que toute suite convergente est une suite de Cauchy. La
réciproque n’est pas toujours vraie. Il faut pour cela que l’espace E possède la propriété
d’être un espace complet.

Exemple 1.1.4 Soit E = Cc (N), l’espace des fonctions à support fini sur N. On munit
E de la distance : d(f, g) = M ax{|f (p) − g(p)|, p ∈ N}, ∀f, g ∈ E. On définit, pour
chaque entier naturel n, la fonction fn ∈ E, par :
1. fn (0) = 0.
2. fn (p) = 1/p si p ≤ n.

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3. fn (p) = 0 si p > n.
La suite (fn )n∈N est une suite de Cauchy dans E, qui, cependant, ne converge pas dans
E.

Définition 1.1.5 Un espace métrique E est dit complet si toute suite de Cauchy dans
E converge dans E.

1.2 Espaces fonctionnels.

1.2.1 Espaces de fonctions continues.


Dans ce paragraphe, on considèrera un espace topologique X, et E sera un espace de
fonctions possédant, suivant le cas, diverses propriétés (continues, à support compact,
tendant vers 0 à l’infini, etc...). Eventuellement, X sera un espace métrique. Dans ce
cas, on notera dX la distance sur X, afin de la distinguer de la distance d, sur E qui sera
introduite plus loin.

Définition 1.2.1 Soit X un espace topologique localement compact. On utilisera les


notations suivantes :
1. C(X) pour l’espace des fonctions continues sur X.
2. Cb (X) pour l’espace des fonctions continues bornées sur X.
3. C0 (X) pour l’espace des fonctions continues sur X, tendant vers 0 à l’infini (si X
n’est pas compact.)
4. Cc (X) pour l’espace des fonctions continues sur X, à support compact.

De façon équivalente :
1. C(X) est l’espace des applications f : X → C, continues en chaque point x ∈ X.
2. Cb (X) = {f ∈ C(X)/∃r ∈ R : |f (x)| < r, ∀x ∈ X}.
3. C0 (X) = {f ∈ C(X)/∀ > 0, ∃K, compact contenu dans X, tel que : |f (x)| <
, ∀x ∈/ K}
4. Cc (X) = {f ∈ C(X)/∃K, compact contenu dans X, tel que : f (x) = 0, ∀x ∈ / K}
On a les inclusions : Cc (X) ⊂ C0 (X) ⊂ Cb (X) ⊂ C(X). Si X est compact, on a
C(X) = Cc (X), et donc l’égalité de ces quatre espaces.

Définition 1.2.2 Sur Cb (X), on définit une distance d, par :


∀f, g ∈ Cb (X), d(f, g) = Sup{|f (x) − g(x)|, x ∈ X}.
Noter que si X est compact, le Sup est atteint (c’est en fait un M ax.)

La topologie associée à cette distance est appelée la topologie de la convergence uni-


forme. Une suite convergeant pour cette distance est dite uniformément conver-
gente. Le critère de Cauchy pour cette distance est parfois appelé le critére de Cau-
chy uniforme. Nous verrons par la suite que cette distance dérive d’une norme, et que
les espaces Cb (X) et C0 (X) sont des espaces de Banach, objet principal de ce cours. De
façon équivalente :

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Définition 1.2.3 Une suite (fn )n∈N converge uniformément vers une fonction f si :

∀ > 0, ∃N ∈ N/∀n > N, ∀x ∈ X, |fn (x) − f (x)| < .

Rappelons qu’une limite uniforme de fonctions continues est également une fonction
continue.

1.2.2 Parties équicontinues de C(X).


Définition 1.2.4 Soit (X, dX ) un espace métrique. Soit P une partie de C(X). Soit x
un point de X. On dit que P est une famille équicontinue en x si :

∀ > 0, ∃α > 0/∀y ∈ X, d(x, y) < α =⇒ |f (x) − f (y)| < , ∀f ∈ P.

Définition 1.2.5 Soit (X, dX ) un espace métrique. Soit P une partie de C(X). On dit
que P est équicontinue sur X si P est équicontinue en chaque point x, de X.

Il existe une variante uniforme de la notion d’équicontinuité (qui correspond à celle de


continuité uniforme.)

Définition 1.2.6 Soit (X, dX ) un espace métrique. Soit P une partie de C(X). On dit
que P est uniformément équicontinue sur X si :

∀ > 0, ∃α > 0/∀x, y ∈ X, d(x, y) < α =⇒ |f (x) − f (y)| < , ∀f ∈ P.

On sait qu’une fonction continue sur un espace compact X est uniformément continue.
La démonstration de ce fait se généralise sans difficulté aux suites équicontinues. On a :

Lemme 1.2.7 Soit X un espace métrique compact. Soit P une partie équicontinue de
C(X). Alors P est uniformément équicontinue sur X.

Démonstration. Soit α > 0, donné. Pour chaque x ∈ X, notons x un réel strictement


positif, tel que :

∀y ∈ X, d(x, y) < 2x =⇒ |f (x) − f (y)| < α, ∀f ∈ P.

Soit R un recouvrement fini de X, constitué de boules ouvertes centrées en les points


x1 , x2 , . . . , xn , de rayons respectifs x1 , x2 , . . . , xn . Soit  = M in{x1 , x2 , . . . , xn }. Considérons
maintenant deux points, x, y, de X. Supposons que d(x, y) < . Soit k, tels que x ∈
B(xk , xk ). L’inégalité triangulaire montre alors que y ∈ B(xk , 2xk ). On a donc : ∀f ∈
P, |f (x) − f (y)| ≤ |f (x) − f (xk )| + |f (xk ) − f (y)| < 2α. •

Définition 1.2.8 Soit (X, dX ) un espace métrique. Soit P une partie de C(X). On dit
que la suite P est bornée s’il existe un réel positif r, tel que :

∀x ∈ X, f ∈ P, |f (x)| < r.

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1.2.3 Théorème d’Ascoli.
Les deux lemmes suivants seront utiles pour la démonstration du théorème d’Ascoli.

Lemme 1.2.9 Soit X un espace métrique compact. Alors X contient une suite dense.

Démonstration. Pour chaque entier n > 0, on considère le recouvrement ouvert de


X, Rn = {B(x, 1/n), x ∈ X}. Comme X est compact, on peut extraire de Rn un sous-
recouvrement fini Fn . Pour chaque n ∈ N, notons x(n, 1), x(n, 2), . . . , x(n, pn ) les centres
des boules ouvertes appartenant à Fn . On vérifie que {x(n, j), n ∈ N, 1 ≤ j ≤ pn } est
une suite dense dans X. •

Lemme 1.2.10 Soit (X, d) un espace métrique compact. Soit (gn )n∈N une suite équicontinue
dans C(X). On suppose que la suite (gn )n∈N converge simplement vers une fonction g
(non supposée continue) sur X. Alors la suite (gn )n∈N converge uniformément vers g.
(En conséquence, g est continue.)

Démonstration. Soit α > 0. Par équicontinuité uniforme de la suite (gn )n∈N , on peut
trouver  > 0, tel que :

∀n ∈ N, ∀x, y ∈ X, d(x, y) <  =⇒ |gn (x) − gn (y)| < α.

Soit R un recouvrement fini de X, constitué de boules ouvertes centrées en les points


x1 , x2 , . . . , xp , de rayon /2. Il existe N ∈ N, tel que |gn (xj ) − g(xj )| < α, pour tout
j ∈ {1, 2, . . . , p}. Soit y ∈ X. Supposons que y soit dans la boule centrée en xk , du
recouvrement R. On a |g(y) − g(xk )| = limq |gq (y) − gq (xk )|, ce qui montre que |g(y) −
g(xk )| ≤ α. Enfin, |g(y)−gn (y)| ≤ |g(y)−g(xk )|+|g(xk )−gn (xk )|+|gn (xk )−gn (y)| ≤ 3α,
pour tout entier n > N . •

Théorème 1.2.11 (Théorème d’Ascoli.) Soit X un espace métrique compact. Toute


suite (fn )n∈N , dans C(X), qui est équicontinue et bornée contient une sous-suite uni-
formément convergente. (Voir plus haut pour la définition de la convergence uniforme.)

Démonstration. En utilisant le lemme précédent, il suffit de trouver une sous-suite


convergeant simplement sur X. La construction de cette sous-suite utilise un procédé
diagonal. On procédera en deux étapes :
1- Soit (xn )n∈N une suite dense dans X. La suite (fn (x0 ))n∈N étant bornée, contient une
sous-suite convergente. Notons (gn (x0 ))n∈N cette sous-suite. Les fonctions gn sont des
fonctions (bien choisies) dans la suite (fn )n∈N . On a procédé ensuite à une réindexation
de la sous-suite. On extrait de même une sous suite (hn )n∈N de la suite (gn )n∈N , telle
que (hn (x0 ))n∈N et (hn (x1 ))n∈N convergent. Par induction, on sait donc construire, pour
(k) (k) (k)
chaque entier naturel k, une suite S (k) = (S0 , S1 , . . . , Sn , . . .), extraite de la suite
(fn )n∈N , telle que :
(k) (k)
∀0 ≤ j ≤ k, la suite (S0 (xj ), S1 (xj ), . . . , Sn(k) (xj ), . . .) est convergente.
(0) (1) (n)
On vérifie alors que la suite diagonale (S0 , S1 , . . . , Sn , . . .) est une suite de fonctions
convergeant simplement en chacun des points {xn , n ∈ N}.

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(n)
2- Pour alléger les notations, notons simplement Sn les fonctions Sn déterminées
au 1. La suite (Sn )n∈N est donc une suite des fonctions, extraite de la suite (fn )n∈N ,
convergeant simplement en chacun des points du sous-ensemble dense E = {xn , n ∈ N},
de X. On va montrer que la suite (Sn )n∈N converge simplement en chaque point de X.
Soit y ∈ X. Soit α > 0. Par équicontinuité en y, il existe  > 0, tel que pour tout entier
q, et pour tout point x, de X, avec d(x, y) < , on ait : |Sq (x) − Sq (y)| < α. On peut, en
particulier, supposer que x est un point xp ∈ E, bien choisi (car E est dense dans X).
Par convergence simple en xp , on a, pour tous k, l > M , avec M suffisamment grand,
on a : |Sk (xp ) − Sl (xp )| < α. On a alors, pour ces mêmes k et l : |Sk (y) − Sl (y)| ≤
|Sk (y) − Sk (xp )| + |Sk (xp ) − Sl (xp )| + |Sl (xp ) − Sl (y)| ≤ 3α. •
La proposition suivante est une réciproque partielle du théorème d’Ascoli. La démonstration,
qui repose sur l’utilisation de l’inégalité triangulaire, est laissée au lecteur, à titre d’exer-
cice.

Proposition 1.2.12 Soit X un espace métrique. Soit (fn )n∈N une suite de fonctions
dans C(X). On suppose que la suite (fn )n∈N converge uniformément vers une fonction
f . (Qui est alors automatiquement continue.) Alors, la suite (fn )n∈N est équicontinue.

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Exercices du chapitre 1.

Exercice 1 Soit X = [−1, 1], muni de la métrique habituelle. On définit les fonctions
(fn )n∈N par :

 fn (t) = 0, ∀t ∈ [−1, −1/n]
fn : fn (t) = 1, ∀t ∈ [1/n, 1]
fn (t) = (1 + nt)/2, ∀t ∈ [−1/n, 1/n]

1. Dessiner le graphe de fn
2. La suite (fn )n∈N est-elle équicontinue ?
3. Donner la limite de la suite (fn )n∈N . Préciser s’il s’agit d’une limite simple ou
uniforme.

Mêmes questions avec la suite :



 fn (t) = n(t + 1), ∀t ∈ [−1, −1 + 1/n]
fn : fn (t) = n(1 − t), ∀t ∈ [1 − 1/n, 1]
fn (t) = 1, ∀t ∈ [−1 + 1/n, 1 − 1/n]

Exercice 2 Sur X = [0, 1], on définit, pour n > 0, fn (x) = xn . En quels points de X la
suite (fn )n∈N est-elle équicontinue ?

Exercice 3 Sur R+ , on définit la suite (fn )n>0 par :



fn (0) = 1
fn :
fn (t) = M in(1, n/t), ∀t > 0

1. Dessiner le graphe de fn
2. La suite (fn )n∈N est-elle équicontinue ? Est-elle bornée ?
3. Donner la limite de la suite (fn )n∈N . Préciser s’il s’agit d’une limite simple ou
uniforme.
4. Dire pourquoi le théorème d’Ascoli ne s’applique pas ici.

Exercice 4 1. Soient X un espaces métrique, et (fn )n∈N une suite dans C(X). Mon-
trer que si (fn )n∈N est équicontinue en x ∈ X, alors, pour toute suite (xn )n∈N
convergeant vers x dans X, fn (x) − fn (xn ) tend vers 0, quand n tend vers l’infini.
2. Soit fn (x) = sin(nx). En déduire que la suite (fn )n∈N n’est équicontinue en aucun
π
point de R (considérer xn = x + 2n ).

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Exercice 5 Soit X un espace métrique compact. Soit (fn )n∈N une suite équicontinue
dans C(X). On définit E comme l’ensemble des points x ∈ X, tels que {fn (x), n ∈ N}
soit borné. Montrer que E est à la fois ouvert et fermé dans X.

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Chapitre 2

Les théorèmes de Hahn-Banach.

Il existe deux types de théorèmes de Hanh-Banach. La forme analytique concerne le pro-


longements des formes linéaires sur un espace vectoriel. La forme géométrique concerne la
séparation des parties convexes d’un espace vectoriel par un hyperplan. La démonstration
de ces théorèmes utilise le lemme de Zorn, que l’on commence par rappeler.

2.1 Ensembles inductifs et lemme de Zorn.


Définition 2.1.1 Soit E un ensemble. Une relation d’ordre partiel sur E est une
relation  sur E, satisfaisant les trois conditions ci-dessous :

1.  est réflexive : ∀a ∈ E, a  a.
2.  est anti-symétrique : ∀a, b ∈ E, (a  b et b  a) ⇐⇒ a = b.
3.  est transitive : ∀a, b, c ∈ E, (a  b et b  c) =⇒ a  c.

Un ensemble E, muni d’une relation d’ordre, est dit (partiellement) ordonné.

Définition 2.1.2 Soit E un ensemble muni d’une relation d’ordre . Une partie P , de
E, est dite totalement ordonnée si ∀a, b ∈ P , on a : a  b, ou b  a. (On dit
également que l’ordre  est total sur P , ou que P est totalement ordonné.

Définition 2.1.3 Soit P une partie d’un ensemble ordonné E. Un élement b ∈ E est
appelé un majorant de P si, pour tout a ∈ P , on a : a  b.

Définition 2.1.4 Soit E un ensemble ordonné. On dit qu’un élément M ∈ E est un


élément maximal de E si : ∀a ∈ E, M  a =⇒ M = a.

Définition 2.1.5 Soit (E, ) un ensemble ordonné. On dit que E est un ensemble
inductif (ou que la relation  est inductive) si toute partie totalement ordonnée de E
admet un majorant (dans E).

On peut maintenant énoncer le lemme de Zorn :

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Lemme 2.1.6 (Lemme de Zorn.) Soit E un ensemble ordonné. Si E est inductif et
non vide, alors E contient un élément maximal.

Ce lemme repose sur l’axiome du choix. Il n’est pas nécessaire d’en donner ici une
démonstration. Il va cependant jouer un rle crucial dans la démonstration du théorème
de Hahn-Banach.

2.2 Théorème de Hahn-Banach du type prolonge-


ment.
On s’intéresse dans ce paragraphe à la forme analytique du théorème de Hahn-Banach

2.2.1 Enoncé et démonstration du théorème de prolongement.


Théorème 2.2.1 (Théorème de prolongement de Hahn-Banach.) Soient E un es-
pace vectoriel réel, et p : E → R une application, vérifiant les propriétés suivantes :
1. ∀x ∈ E, ∀λ > 0, p(λx) = λp(x). (On dit que p est positivement homogéne.)
2. ∀x, y ∈ E, p(x + y) ≤ p(x) + p(y). (On dit que p est sous-additive.)
Soit Y ⊂ X un sous-espace vectoriel de E. Soit ρ : Y → R une forme linéaire sur Y . On
suppose que ∀y ∈ Y, ρ(y) ≤ p(y). (On dit que ρ est majorée par p.) Alors ρ se prolonge
en une forme linéaire ϕ : E → R, définie sur E, telle que ∀x ∈ E, ϕ(x) ≤ p(x).

Le principe de la démonstration est le suivant : on suppose que Y est strictement contenu


dans E, le cas Y = E étant trivial. On choisit x0 ∈ E, n’appartenant pas à Y . On montre
que ρ se prolonge, avec les propriétés demandées, au sous-espace Y +Rx0 , de E, engendré
par Y et x0 . On utilise ensuite le lemme de Zorn sur la famille F des sous espaces de
E, contenant Y , sur lesquels on peut prolonger la forme linéaire ρ avec les propriétés
demandées. On montre que F est inductive et non vide. On montre enfin que l’élément
maximal de F ne peut être que l’espace E lui-même. Voici la démonstration en détail :
Démonstration. i) [Prolongement partiel de ρ.] Soient E, Y, ρ comme dans l’énoncé.
Soit x0 ∈ E, x0 ∈
/ Y . Soit y+tx0 ∈ Y +Rx0 , avec t ∈ R. On définit ϕ(y+tx0 ) = ρ(y)+tα.
Ici,α est une constante bien choisie.
Choix de la constante α : On remarque d’abord que ∀x, y ∈ Y, ρ(x) + ρ(y) = ρ(x + y) ≤
p(x + y) ≤ p(x + x0 ) + p(y − x0 ). Ceci montre que : ρ(y) − p(y − x0 ) ≤ p(x + x0 ) − ρ(x).
On peut donc choisir α ∈ R, tel que :

Sup{ρ(y) − p(y − x0 ), y ∈ Y } ≤ α ≤ Inf {p(x + x0 ) − ρ(x), x ∈ Y }.

Un tel α satisfait les inégalités :



ρ(x) + α ≤ p(x + x0 ), ∀x ∈ Y.
ρ(y) − α ≤ p(y − x0 ), ∀y ∈ Y.

Rappelons que ϕ(y + tx0 ) = ρ(y) + tα ; ϕ est bien une forme linéaire sur Y + Rx0 ,
qui prolonge ρ. Les inégalités précedentes montrent que : pour t > 0, ϕ(y + tx0 ) =

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ρ(y) + tα = t(ρ(y/t) + α) ≤ tp(y/t + x0 ) = p(y + tx0 ). Pour t < 0 : ϕ(y + tx0 ) =
ρ(y) + tα = |t|(ρ(−y/t) − α)) ≤ |t|p(−y/t − x0 ) = p(y + tx0 ). La forme linéaire ϕ, définie
sur Y + R0 , est donc bien majorée par p.

ii) [Utilisation du lemme de Zorn.] On considère la famille E, des sous espaces vectoriels
Z, de E, qui contiennent Y , et sur lesquels il existe une forme linéaire ϕZ , qui prolonge
ρ, et qui est majorée par p. On munit E de l’ordre partiel : Z1  Z2 ⇐⇒ Z1 ⊂
Z2 , et ϕZ2 (z) = ϕZ1 (z), ∀z ∈ Z1 . Alors E est non vide, car Y ∈ E.SDe plus E est
inductif : Si P est une partie totalement ordonnée de E, la réunion X = Z∈P Z est bien
un sous-espace vectoriel de E. On définit, sur X, la forme linéaire ϕX par ϕX (z) = ϕZ (x),
avec Z ∈ P , tel que z ∈ Z. Par le lemme de Zorn, il existe donc un élément maximal
M , de E. Si M 6= E, on applique de nouveau (i), en remplaçant Y par M , pour obtenir
un élément M + Rx0 , de E, qui majore strictement M , ce qui est une contradiction. •

2.2.2 Applications à l’étude des formes linéaires continues.

On va montrer, dans ce paragraphe, une application du théorème de Hahn-Banach ana-


lytique à la construction de formes linéaires continues sur un espace normé. Ce thème
sera repris en détail lors des chapitres suivants, notamment lors de l’étude des propriétés
de dualité des les espace de Banach. On commence par donner quelques définitions et
propriétés, qui seront démontrées, dans un cadre plus général, dans un chapitre ultérieur.

Théorème 2.2.2 Soit E un espace vectoriel normé, sur K (K = R ou C). Soit ϕ :


E → K une forme linéaire sur K. Les propriétés suivantes sont équivalentes :

1. ϕ est continue sur E.


2. ϕ est continue en 0 ∈ E.
3. Il existe une constante C > 0, telle que ∀x ∈ E, |ϕ(x)| ≤ Ckxk. (On dit que ϕ est
bornée.)

Définition 2.2.3 On note E ∗ l’espace vectoriel des formes linéaires continues sur l’
espace vectoriel normé E. On appelle E ∗ le dual topologique de E (par opposition au
dual algébrique, dans lequel les formes linéaires ne sont pas supposées être obligatoire-
ment continues). Soit ϕ ∈ E ∗ . On définit kϕk = Inf {M > 0/∀x ∈ E, |ϕ(x)| ≤ M kxk}.

On vérifie sans difficulté que ϕ → kϕk, ainsi définie, est bien une norme sur E ∗ . On peut
maintenant énoncer une forme analytique du théorème de Hahn-Banach :

Théorème 2.2.4 (Forme analytique du théorème de Hahn-Banach.) Soit E un


K-espace vectoriel normé, avec K = R ou C. Soit Y un sous-espace vectoriel de E. Soit
ρ une forme linéaire sur Y , telle que pour tout y ∈ Y , |ρ(y)| ≤ kyk. Il existe une forme
linéaire ϕ ∈ E ∗ , prolongeant ρ, telle que kϕk ≤ 1.

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Démonstration. Si K = R, il suffit d’appliquer le théorème de prolongement de Hahn-
Banach, avec p(x) = kxk, pour tout x ∈ E. Supposons que K = C. Soit ψ, définie par
ψ(y) = Re[(ρ)(y)] la partie réelle de ρ. On vérifie sans peine que ψ est R-linéaire, et que
ρ(y) = ψ(y) − iψ(iy), ∀y ∈ Y . On applique le théorème de prolongement à ψ, considérée
comme une forme R-linéaire, et l’on prolonge ψ en ψ̃, forme R-linéaire sur E. On pose
ϕ(x) = ψ̃(x) − iψ̃(ix), ∀x ∈ E. Alors, ϕ est une forme C-linéaire sur E, prolongeant ρ.
Il reste à vérifier que kϕk ≤ 1. Pour cela, x ∈ E étant donné, on remarque que l’on peut
trouver θ, tel que |ϕ(x)| = eiθ ϕ(x) = Re(eiθ ϕ(x)) = Re(ϕ(eiθ x)) = ψ̃(eiθ x) ≤ keiθ xk =
kxk.

Corollaire 2.2.5 Soit E un espace vectoriel normé sur K. Soit y0 ∈ E un vecteur non
nul de E. Il existe ϕ ∈ E ∗ , telle que ϕ(y0 ) = ky0 k, et kϕk = 1.

Démonstration. On applique le théorème de Hahn-Banach analytique, avec Y = Ky0 ,


et ρ(λy0 ) = λky0 k. •

2.3 Théorème de Hahn-Banach du type séparation.

2.3.1 Parties convexes d’un espace vectoriel normé.


Définition 2.3.1 Soit E un espace vectoriel sur K(= R ou C). Soit C ⊂ E un sous-
ensemble quelconque de E. On dit que C est une partie convexe de E, si pour tout
réel t, avec 0 ≤ t ≤ 1, et pour tous x, y, éléments de C, tx + (1 − t)y ∈ C.

Il est facile de vérifier que cette définition est équivalente à : ∀n > 0, ∀0 ≤ t1 , t2 , . . . , tn ≤


1, avec t1 + t2 + . . . + tn = 1, et ∀x1 , x2 , . . . , xn ∈ C, la somme t1 x1 + t2 x2 + . . . + tn xn est
élément de C. Une telle somme est appelée une combinaison convexe de x1 , x2 , . . . , xn .

Définition 2.3.2 Soit C une partie convexe d’un K−espace vectoriel E. On suppose
que C est ouvert dans E, et contient l’origine 0 ∈ E. On définit alors la jauge de C
comme l’application pC :

E −→ R+
pC :
x −→ Inf {α > 0/α−1 x ∈ C}

Si aucune confusion n’est à craindre, on pourra utiliser la notation allégée, p, pour


désigner l’application pC .

Exemple 2.3.3 Si E est un espace normé, et C est la boule unité ouverte de E, l’ap-
plication pC est la norme de E.

On va maintenant établir quelques propriétés de ces jauges, qui vont nous permettre
d’utiliser les théorèmes de Hahn-Banach du type séparation, vus précédemment.

Proposition 2.3.4 Soient C un voisinage convexe ouvert, de l’origine, dans un K−espace


vectoriel normé E. On note p la jauge de C. On a les propriétés suivantes :

16
1. ∀x ∈ E, ∀λ > 0, p(λx) = λp(x).
2. ∀x, y ∈ E, p(x + y) ≤ p(x) + p(y).
3. C = {x ∈ E/p(x) < 1}.
4. Il existe une constante M > 0, telle que, ∀x ∈ E, p(x) ≤ M kxk.

Démonstration. 1) Soient x ∈ E, et λ > 0. Soit α > 0. L’égalité α−1 x = (αλ)−1 (λx)


montre que α−1 x ∈ C ⇐⇒ (αλ)−1 (λx) ∈ C. Le résultat suit.
2) Soient x, y ∈ E. Si α, β sont deux réels strictement positifs, tels que α−1 x ∈ C, et
β
β −1 y ∈ C, alors (α+β)−1 (x+y) ∈ C. En effet, (α+β)−1 (x+y) = α+β α
(α−1 x)+ α+β (β −1 y),
est bien une combinaison convexe de α−1 x, et de β −1 y. Il en résulte que p(x+y) ≤ α +β.
D’où : p(x + y) ≤ Inf {α + β/α > 0, β > 0, α−1 x ∈ C, β −1 y ∈ C} = p(x) + p(y). (L’inf
de la somme est la somme des Inf, car les coefficients α et β sont tous deux supposés
positifs.)
3) Soit x ∈ E. Supposons p(x) < 1. On peut alors trouver 0 < α < 1, tel que α−1 x ∈ C.
On a : x = α(α−1 x) + (1 − α)0 ∈ C. Inversement, supposons x ∈ C. Comme C est
ouvert, il existe une boules ouverte, centrée en x, de rayon 2 > 0, contenue dans C. En
particulier, (1 + )x ∈ C. Il en résulte que p(x) ≤ (1 + )−1 < 1.
4) Comme C est ouvert, il existe une boule ouverte B , centrée en 0, de rayon  > 0,
x
contenue dans C. Soit x ∈ C. Il est clair que  2kxk ∈ B2 . D’où : p(x) ≤ 2−1 kxk. •
La propriété 4 ci-dessus montre que p est une application continue, de E, dans R+ .

2.3.2 Les théorèmes de séparation.


On commence par la proposition suivante :

Proposition 2.3.5 Soit E un espace vectoriel normé réel. Soient C un ouvert convexe
non vide de E, et x0 ∈ / C. Il existe une forme linéaire continue, ϕ ∈ E ∗ , telle que
ϕ(x) < ϕ(x0 ), pour tout x ∈ C.

Démonstration. Supposons d’abord que 0 ∈ C. Notons p la jauge de C. Sur le sous-


espace vectoriel Y = Rx0 de E, considérons la forme linéaire ρ, définie par ρ(tx0 ) =
t, ∀t ∈ R. Comme p(x0 ) > 1, on a ρ(y) ≤ p(y), ∀y ∈ Y . (Ecrire y = tx0 , et distinguer
les cas t > 0 et t ≤ 0.) On peut alors le théorème de prolongement de Hahn-Banach,
pour obtenir une forme linéaire ϕ, définie sur E, qui prolonge ρ, et telle que ϕ(x) ≤
p(x), ∀x ∈ E. Il résulte de la propriété 4 de la jauge p, que ϕ est continue. Enfin, pour
tout x élément de C, on a : ϕ(x) ≤ p(x) < 1 = ρ(x0 ) = ϕ(x0 ). Dans le cas général (où
l’on ne suppose pas obligatoirement que C contient l’origine), on choisit arbitrairement
z ∈ C, on construit, comme ci-dessus, une forme linéaire continue ϕ, sur E, qui sépare
C − z, et x − z. On a : ϕ(x − z) ≤ ϕ(x0 − z), ∀x ∈ C. Le résultat suit, par linéarité de
ϕ. •

Théorème 2.3.6 (Théorème de séparation de Hahn-Banach.) Soient A et B deux


convexes non vides disjoints, d’un espace vectoriel normé réel E. On suppose que A est
ouvert. Il existe une forme linéaire continue ϕ ∈ E ∗ , telle que ϕ(a) < ϕ(b), ∀a ∈ A, b ∈
B.

17
Démonstration. Posons C = A − B = {a − b/a ∈ A, b ∈ B}. Remarquons que C est
un ouvert convexe de E, ne contenant pas l’origine. La proposition 2.3.5, appliquée avec
x0 = 0 donne une forme linéaire ϕ ∈ E ∗ , telle que ∀x ∈ C, ϕ(x) < ϕ(0) = 0. Il en résulte
que, si a ∈ A, b ∈ B, ϕ(a) − ϕ(b) = ϕ(a − b) < 0. •

Corollaire 2.3.7 Soient A et B deux convexes disjoints non vides d’un espace vectoriel
réel E. On suppose que A est compact, et B est fermé. Il existe une forme linéaire
continue ϕ ∈ E ∗ , et deux réels α, et , tels que ϕ(a) ≤ α− < α+ ≤ ϕ(b), ∀a ∈ A, b ∈ B.
(On dit alors que l’hyperplan ϕ(x) = α sépare strictement A et B.)

La démonstration de ce corollaire utilise le lemme suivant, qui permet de se ramener au


théorème 2.3.6 :

Lemme 2.3.8 Soient K une partie compacte d’un espace métrique X. Soit F une partie
fermée de X. Si K∩F = φ, il existe un réel  > 0, tel que (K+B(0, ))∩(F +B(0, )) = φ.

Démonstration. On raisonne par l’absurde. Soient k, F comme ci-dessus. Soit (n )n∈N
une suite de réels strictement positifs, tendant vers 0. Pour chaque entier n, supposons
donné xn ∈ (A + B(0, n )) ∩ (F + B(0, n )). En écrivant xn = kn + yn = fn + zn , avec
kn ∈ K, fn ∈ f , et kyn k, kzn k < , on voit que kkn − fn k < 2n . Comme K est compact,
on peut (éventuellement en passant à une sous-suite) supposer que la suite (kn )n∈N
converge. Appelons l la limite de cette suite. Evidemment, l ∈ K. La suite (fn )n∈N , est
équivalente à la suite (kn )n∈N , et converge donc également vers l. Comme F est fermé,
l ∈ F . Il en résulte que K ∩ F 6= φ. •
On peut maintenant donner la démonstration du corollaire 2.3.7 :

Démonstration. [Corollaire 2.3.7.] Soient A et B comme dans 2.3.7. Soit η > 0, tel que
(A + B(0, η)) ∩ (B + B(0, η)) = φ. Notons Aη = A + B(0, η), et Bη = B + B(0, η).
Alors Aη , et Bη sont deux convexes, ouverts, non vides et disjonts de E. On ap-
plique le théorème 2.3.6, pour obtenir une forme linéaire continue, ϕ ∈ E ∗ , telle que
ϕ(a) < ϕ(b), ∀a ∈ Aη , b ∈ Bη . Choisissons un réel α, tel que :

Sup{ϕ(a), a ∈ Aη } ≤ α ≤ Inf {ϕ(b), b ∈ Bη }.

Soit z ∈ E, tel que kzk < 1, et ϕ(z) ≥ kϕk/2. On a alors : ∀a ∈ A, b ∈ B : ϕ(a + ηz) ≤
α ≤ ϕ(b − ηz). D’où : ϕ(a) ≤ α − ηkϕk/2, et : α + ηkϕk/2 ≤ ϕ(b). •

Remarque 2.3.9 Les ensembles A et B peuvent être intervertis dans le corollaire 2.3.7.
(On peut supposer que A est fermé et B est compact.) Il suffit pour cela de changer ϕ
en −ϕ, et α en −α. On peut également remarquer que dans la démonstration ci-dessus,
Aη et Bη ont les mêmes propriétés.

18
Exercices du chapitre 2.

Exercice 6 Soit E un espace vectoriel normé réel. Soit Y un sous-espace vectoriel de


E. Soit ρ une forme linéaire continue sur Y . Montrer qu’il existe une forme linéaire
continue, ϕ ∈ E ∗ , qui prolonge ρ, et telle que kϕk = kρk.

Exercice 7 Soit E un espace vectoriel normé réel ou complexe. Soit x ∈ E, un vecteur


non nul. Montrer qu’il existe ϕ ∈ E ∗ , telle que ϕ(x) = kxk, et kϕk = 1. En déduire que
pour tout x ∈ E, kxk = Sup{|ϕ(x)|/kϕk = 1} = M ax{|ϕ(x)|/kϕk = 1}.

Exercice 8 On note l∞ l’espace des suites bornées à valeurs réelles, muni de la norme
k(xn )n∈N k∞ = Sup{|x
Pn |, n ∈ N}. On notera d la distance associée à cette norme. Soit
F = {x ∈ l∞ /Supn | nk=0 xk | < ∞}. On note e la suite (en )n∈N de l∞ , telle que en = 1,
∀n ∈ N.
1. Montrer que d(e, F ) = 1. En déduire l’existence d’une forme linéaire L ∈ (l∞ )∗ ,
telle que kLk = 1, L(x) = 0, ∀x ∈ F, et L(e) = 1. Une telle forme linéaire sera
appelée une limite généralisée, ou limite de Banach.
2. Montrer que toute suite x = (xn )n∈N , tendant vers 0 est dans l’adhérence F de
F . En déduire plus généralement, que si la suite x = (xn )n∈N converge, alors
L(x) = limn→∞ xn .
3. On suppose que x = (xn )n∈N est une suite de réels positifs. On pose y = x − kxk2 ∞ e.
Montrer que |L(y)| ≤ kxk2 ∞ . Déduire de la question précédente que L(x) est positif.
4. En utilisant la question précédente, montrer que pour toute suite x = (xn )n∈N ∈
l∞ , on a lim infn xn ≤ L(x) ≤ lim supn xn .
Rappel : d(e, F ) = Inf {d(e, x), x ∈ F }.

Exercice 9 On note l∞ l’espace des suites réelles bornées, et l1 l’espace des suites réelles
sommables. Soit a = (an )n∈N une suite dans l1 . On définit la forme linéaire < a, . >,
sur l∞ , par :

l∞

−→ RP
< a, . >:
x = (xn )n∈N −→ < a, x >= n an xn

1. Montrer que < a, . > est une forme linéaire continue sur l∞ , et calculer sa norme.
2. Montrer que si a ∈ l1 est non nulle, il existe x ∈ l1 , telle que < a, x >6= 0.
3. En utilisant les résultats de l’exercice 8, en déduire qu’il existe des formes linéaires
continues sur l∞ , qui ne sont pas du type < a, . >.

19
Exercice 10 Soient E un espace vectoriel normé réel. Soit F un sous-espace vectorieL
de E. Montrer l’équivalence des propositions suivantes :
1. F est dense dans E
2. Toute forme linéaire ϕ ∈ E ∗ , telle que ϕ(x) = 0, ∀x ∈ F , est identiquement nulle
sur E.

20
Chapitre 3

Espaces de Banach.

3.1 Définition et exemples standards.


Définition 3.1.1 Un espace de Banach B est un K−espace vectoriel normé, complet.
(K = R ou C.)

Les applications :

B × B −→ B
+:
(x, y) −→ x + y

et :

K × B −→ B
.:
(λ, x) −→ λ.x

sont continues sur B × B, et K × B, respectivement.

Exemples 3.1.2 1. Soit (X, µ) un espace mesuré. On définit, pour tout réel p ≥ 1,
p
l’espace L (X, µ) comme
R l’espace des (classes de )fonctions mesurables f , sur X,
telles que kf kp = ( X |f |dµ)1/p est finie. Muni de la norme p → kf kp , l’espace
Lp (X, µ) est un espace de Banach.
2. Soit X un espace topologique localement compact. Les espaces Cb (X), et C0 (X),
définis au chapitre 1, munis de la norme f → Sup{|f (x)|/ ∈ X} = kf k∞ sont des
espaces de Banach.

3.2 Applications linéaires continues entre espaces de


Banach.
Définition 3.2.1 Soient B1 et B2 deux espaces de Banach sur K. On note L(B1 , B2 )
l’espace vectoriel des applications linéaires continues, de B1 dans B2 . Dans le cas parti-
culier B2 = C, on note B1∗ l’espace L(B1 , K). On appelle B1∗ le dual topologique de B1 .
Enfin, si B1 = B2 = B, on utilise la notation abrégée L(B) = L(B, B).

21
On va maintenant donner une caractérisation des applications linéaires continues entre
deux espaces de Banach :

Théorème 3.2.2 Soient B1 et B2 deux espaces de Banach. Soit T : B1 → B2 une


application linéaire de B1 dans B2 . ¡les conditions suivantes sont équivalentes :
1. T est continue sur B1 .
2. T est contine en 0 ∈ B1 .
3. T est uniformément continue sur B1 .
4. Il existe une constante C > 0, telle que ∀x ∈ B1 , kT (x)k ≤ Ckxk. (On dit que T
est bornée.)

Démonstration. 1 ⇒ 2 est évident.


Montrons 2 ⇒ 3 : Soit  > 0. Comme T est continue à l’origine, il existe α > 0, tel que
∀y ∈ B1 , kyk < α ⇒ kT (x)k < . Soient x, z ∈ B1 , quelconques, tels que kx − zk < α.
On a : kT (x) − T (z)k = kT (x − z)k < , ce qui montre que T est uniformément continue
sur B1 .
Montrons 3 ⇒ 4 : Sous l’hypothése 3, il existe α > 0, tel que ∀y ∈ B1 , tel que kyk ≤ α,
on a : kT (y)k < 1. Soit x ∈ B1 , quelconque. On a kT (x)k = kxk
α
x
kT (α kxk )k < α−1 kxk.
Montrons 4 ⇒ 1 : Soit  > 0, soit x ∈ B1 quelconque. Soit y ∈ B1 , tel que kx−yk < C −1 .
On a : |kT (x)k − kT (y)k| ≤ kT (x − y)k < . •
Un élément T ∈ L(B1 , B2 ) sera également appelé un opérateur linéaire (borné) de
B1 dans B2 .

Définition 3.2.3 Soient B1 est B2 deux espaces de Banach. On définit la norme d’opérateurs
sur L(B1 , B2 ), par :

∀T ∈ L(B1 , B2 ), kT k = Sup{kT (x)k/x ∈ B1 , kxk ≤ 1}.

On vérifie facilement que l’on a également :

kT k = Inf {C > 0/∀x ∈ B1 , kT (x)k ≤ Ckxk}.

3.3 Le théorème de Baire et ses applications aux


espaces de Banach.
Nous commençons par énoncer et démontrer (une version partielle mais suffisante) du
théorème de Baire. On montrera dans les paragraphes suivants des applications de ce
théorème à l’étude des opérateurs bornés sur les espaces de Banach.

3.3.1 Enoncé et démonstration du théorème de Baire.


Théorème 3.3.1 (Théorème de Baire.) Soit X un espace métrique S complet. Soit
{Fn , n ∈ N } une famille dénombrable de fermés de X. Posons U = n∈N Fn . Si chacun
des {Fn , n ∈ N} est d’intérieur vide, alors U est d’intérieur vide.

22
Démonstration. Pour démontrer que U est d’intérieur vide, on va montrer que son
complémentaire P = E r U est une partie dense de X. Pour chaque entier n, appelons
On leTcomplémentaire de Fn . Chacun des (On )n∈N est un ouvert dense de X. On a
P = n∈N On . Soit O un ouvert non vide de E. Comme O0 dense, il existe un point x0 , et
donc une boule ouverte centrée en x0 , contenue dans O ∩ O0 . Choisissons r0 de telle sorte
que B(x0 , r0 ) ⊂ O ∩ O0 . Choisissons de la même maniére un point x1 ∈ B(x0 , r0 ) ∩ O1 ,
et un réel r1 < r0 /2, tels que B(x1 , r1 ) ⊂ B(x0 , r0 ) ∩ O1 . On a donc :

B(x1 , r1 ) ⊂ B(x0 , r0 ) ∩ O1 ⊂ O ∩ O0 ∩ O1 .

On construit ainsi par récurrence une suite de points (xn )n∈N , et de réels (rn )n∈N , tels
que, pour tout entier n : B(xn , rn ) ⊂ O ∩ O0 ∩ O1 ∩ . . . ∩ On , et 0 < rn < 2−n r0 . La
suite (xn )n∈N étant une suite de Cauchy, elle converge vers un point x ∈ X. Le point x
appartient à chacune des {B(xn , rn ), n ∈ N}, et donc à O ∩ P . •

3.3.2 Le théorème de Banach-Steinhaus.


Ce théorème, également appelé théorème de la borne uniforme, concerne l’équicontinuité
d’un famille quelconque (non nécessairement dénombrable) d’opérateurs bornés entre
deux espaces de Banach.

Théorème 3.3.2 Soient B1 , et B2 deux espaces de Banach. On suppose donnée une


famille (Ti )i∈I d’opérateurs linéaires continus de B1 dans B2 , telle que : Pour tout x ∈ B1 ,
{kTi (x)k, i ∈ I} est borné. Alors la famille (Ti )i∈I est bornée, c’est à dire :

∃C > 0/∀i ∈ I, kTi k < C.

Démonstration. Pour chaque n ∈ N, définissons Fn = {x ∈ B1 /∀i ∈ I, kTi (x)k ≤


n}. Chacun
S des Fn est une intersection de fermés, donc un fermé de B1 . De plus
B1 = n∈N Fn . Le théorème de Baire montre que l’un au moins, Fn0 des (Fn )n∈N
est d’intérieur non vide. Soient x0 ∈ B1 et r0 > 0, tels que B(x0 , r0 ) ⊂ Fn0 . Posons
C0 = Sup{kTi (x0 )k/i ∈ I}. Si x ∈ B(0, r0 ), on a : ∀i ∈ I, kTi (x)k ≤ kTi (x + x0 )k +
kTi (x0 )k ≤ n0 + C0 . Il en résulte que pour tout i ∈ I, kTi k ≤ (n0 + C0 )/r0 . •

3.3.3 Le théorème de l’application ouverte.


Théorème 3.3.3 Soient B1 et B2 deux espaces de Banach. Soit T ∈ L(B1 , B2 ) un
opérateur linéaire borné. Si T est surjectif, alors T est une application ouverte.

Démonstration. La démonstration se fait en deux étapes :


(1) On montre qu’il existe un réel  > 0, tel que :

B(0, 2) ⊂ T (B(0, 1)).

Définissons,
S pour chaque entier n, le fermé Fn = nT (B(0, 1)). Comme T est surjectif,
B2 = n∈N Fn . Le théoréme de Baire montre qu’il existe n0 ∈ N, tel que Fn0 soit

23
d’intérieur non vide. Comme Fn0 = n0 F1 , F1 est également d’intérieur non vide. On
peut donc trouver y0 ∈ B2 , et  > 0, tels que : B(y0 , 4) ⊂ T (B(0, 1)). Soit y ∈ B2 ,
tel que kyk < 4. On a y = (y − y0 ) + y0 , et y − y0 ∈ B(y0 , 4). Ceci montre que
y ∈ T (B(0, 1)) + T (B(0, 1)) = 2T (B(0, 1)), et que B(0, 4) ⊂ 2T (B(0, 1)). De manière
équivalente : B(0, 2) ⊂ T (B(0, 1))
(2) On montre qu’alors :
B(0, ) ⊂ T (B(0, 1)).
Soit y ∈ B2 , y ∈ B(0, ). D’aprés (1), il existe x1 ∈ B1 , x1 ∈ B(0, 1/2), tel que ky −
T (x1 )k < /2. On a alors : T (x1 ) − y ∈ B(0, /2), et (1) montre à nouveau qu’il existe
x2 ∈ B1 , avec kx2 k < 1/4, et ky − (T (x1 ) + T (x2 ))k < /4. On construit ainsi, par
−n
Pn une suite (xnn )n>0 , dansPB∞1 , telle que pour tout n > 0, kxn k < 2 , et :
récurrence,
ky − T ( k=1 xk )k < /2 . La série n=1 xn converge vers x ∈ B1 , avec kxk < 1, tel que
T (x) = y.
Conclusion : Soient O un ouvert de B1 , y ∈ T (O), et x ∈ B1 , tel que T (x) = y. Alors
O − x = {z − x/z ∈ O} contient une boule B(0, α) ⊂ B1 , centrée en l’origine, de rayon
α > 0. Donc, T (O) = T (O−x)+T (x) = T (O−x)+y contient la boule B(0, α)+y ⊂ B2 .
Ceci montre que T (O) est un ouvert de B2 . •

Corollaire 3.3.4 Soient B1 , et B2 deux espaces de Banach. Soit T ∈ L(B1 , B2 ) un


opérateur linéaire bijectif et borné. L’application réciproque T −1 est un opérateur linéaire
borné, de B2 dans B1 .

Définition 3.3.5 Soient B1 et B2 deux espaces de Banach. Soit L une application


linéaire (non nécessairement continue), de B1 dans B2 . On définit le graphe de L,
G(L), par :
G(L) = {(x, L(x))/x ∈ B1 } ⊂ B1 ⊕ B2 }.
On munit G(L) de la norme : k(x, L(x))k = kxk + kL(x)k.

Corollaire 3.3.6 (Théorème du graphe fermé.) Soient B1 et B2 deux espaces de


Banach. Soit L : B1 → B2 une application linéaire. Alors L est continue si et seulement
si G(L) est fermé dans B1 ⊕ B2 .

Démonstration. Supposons d’abord L continue. Une suite (xn , L(xn ))n∈N converge
vers (x, y), dans B1 ⊕ B2 si et seulement si (xn )n∈N converge vers x, et (L(xn ))n∈N
converge vers y. Comme L est continue, y = L(x), donc (x, y) ∈ G(L). Ceci montre que
le graphe de L est fermé.
Inversement, supposons que G(L) soit fermé. Alors G(L) est un sous-espace vectoriel
fermé d’un espace de Banach, G(L) est donc un espace de Banach. Soient π1 et π2 les
projections de G(L) dans B1 , et B2 respectivement. Ces projections sont continues (de
norme inférieure ou égale à 1). De plus, π1 est bijective. Le corollaire précédent montre
que π1−1 : x → (x, L(x)) est continue. Comme L = π2 ◦ π1−1 , L est continue. •

24
Exercices du chapitre 3.

Exercice 11 Soient B1 et B2 deux espaces de Banach. Soit (Tn )n∈N une suite dans
L(B1 , B2 ), telle que ∀x ∈ B1 , la suite (Tn (x))n∈N converge vers une limite notée T (x).
1. Montrer que l’application x → T (x) est une application linéaire, de B1 dans B2 .
2. Montrer que T est un opérateur borné, de B1 dans B2 .
3. En déduire que L(B1 , B2 ), muni de la norme d’opérateurs, est un espace de Banach.

Exercice 12 Soient B1 , B2 et B trois espaces de Banach. On munit le produit B1 × B2


de la topologie produit. Soit L : B1 × B2 → B une application bilinéaire. Si x ∈ B1 , on
note Lx , l’application partielle définie par Lx (y) = L(x, y), ∀y ∈ B2 . On définit de même,
pour y ∈ B2 , l’application partielle Ly : (x ∈ B1 ) → (L(x, y) ∈ B).

1. Montrer que si pour tout x ∈ B1 , et pour tout y ∈ B2 , les applications Lx et Ly


sont bornées, alors : {kLx k, kLy k/x ∈ B1 , kxk ≤ 1, y ∈ B2 , kyk ≤ 1} est borné.
2. En déduire que si L est séparément continue, alors L est continue sur B1 × B2 .
(Utiliser l’inégalité triangulaire pour majorer kL(x, y) − L(x0 , y 0 )k.)

Exercice 13 Soit X un espace topologique compact. On munit C(X) de la norme uni-


forme. Soit (sn )n∈N une suite dans L(C(X), C(X)). Soit x0 ∈ X un point fixé. On
note ϕn la forme linéaire sur C(X) : f → ϕn (f ) = (sn (f ))(0) Montrer que si, pour
toute fonction f ∈ C(X), sn (f )converge vers f, (n → ∞), l’ensemble {kϕn k/n ∈ N} est
borné.

Exercice 14 On note C(S 1 ) l’espace des fonctions continues sur le cercle unité S 1 . On
munit C(S 1 ) de la norme kf k∞ = PM ax{|f (t)|/t ∈ S 1 }. Pour n ∈ N, on définit le noyau
de Dirichlet d’ordre n, Dn (t) = nk=−n eiktR. La somme partielle d’ordre n de la série de
Fourier de f est la fonction : (sn (f ))(t) = S 1 f (s)Dn (t − s)ds, ∀t ∈ S 1 . Soit ϕn la forme
linéaire sur C(S 1 ), définie par ϕn (f ) = (sn (f ))(0).
1. Montrer que pour tout n ∈ N, kϕn k ≤ kDn k1 .
2. Soit χ la fonction définie sur R, par : χ(x) = 1, ∀x ≥ 0, et χ(x) = −1, ∀x < 0.
Soit (χn )n∈N une suite de fonctions continues sur R, avec −1 ≤ χn (x) ≤ 1, ∀x ∈
R, ∀n ∈ N, convergeant simplement vers χ. On suppose fixé k0 . Montrer que la
suite (χn ◦ Dk0 )n∈N converge simplement vers la fonction fk0 , définie sur S 1 , telle
que :
∀s ∈ S 1 , fk0 (s)Dk0 (−s) = |Dk0 (−s)|.

3. En déduire que pour tout n ∈ N, kϕn k = kDn k1 .

25
4. On suppose montrée l’inégalité kDn k1 > nk=1 1/k pour tout n ∈ N. Déduire de
P
la question précédente, à l’aide du théorème de Banach-Steinhaus, qu’il existe une
fonction f ∈ C(S 1 ), telle que les sommes partielles (sn (f ))n∈N ne convergent pas
vers f .

26
Chapitre 4

Espaces duals et topologies faibles.

4.1 Topologie définie par une famille de semi-normes.


Définition 4.1.1 Soit E en espace vectoriel sur un corps K = R ou C. Une semi-norme
sur E est une application p : E → R+ , telle que :
1. ∀x ∈ E, ∀λ ∈ K, p(λ x) = |λ|p(x).
2. ∀ x ∈ E, ∀ y ∈ E, p(x + y) ≤ p(x) + p(y)

Définition 4.1.2 Soient E un K−espace vectoriel, et p une semi norme sur E. Pour
tous x ∈ E, et  > 0, on notera B(x, ; p) l’ensemble :
B(x, ; p) = {y ∈ E/p(x − y) < }.
De même, si 1 , 2 , . . . n sont des réels strictement positifs, et i1 , i2 , . . . in sont des éléments
de l’ensemble d’indices I, on notera :
B(x, 1 , 2 , . . . n ; pi1 , pi2 , . . . , pin ) = {y ∈ E/pi1 (x−y) < 1 , pi2 (x−y) < 2 , . . . pin (x−y) < n }.
Si 1 = 2 = . . . n =  > 0, on utilisera la notation abrégée :
B(x, 1 , 2 , . . . n ; pi1 , pi2 , . . . , pin ) = B(x, ; pi1 , pi2 , . . . , pin ).

Définition 4.1.3 Une famille de semi-normes {pi , i ∈ I} sur un K−espace vectoriel E


est dite séparante si :
∀x ∈ E, x 6= 0, ∃i ∈ I, /pi (x) 6= 0.

Définition 4.1.4 Soit E, muni d’une famille de semi-normes {pi , i ∈ I}. On appelle to-
pologie définie par la famille {pi , i ∈ I} la topologie de E engendrée par les ensembles
{B(x, ; pi }/x ∈ E, i ∈ I,  > 0}. On notera cette topologie σ(E, (pi )i∈I ).

Proposition 4.1.5 Soit E un K−espace vectoriel, muni de la topologie définie par une
famille de semi-normes {pi , i ∈ I}. Soit x ∈ E. La famille {B(x, 1 , 2 , . . . n ; pi1 , pi2 , . . . , pin ), n ∈
N, 1 > 0, 2 > 0, . . . , n > 0, i1 ∈ I, i2 ∈ I, . . . , in ∈ I} constitue une base de voisinages
ouverts de x. La famille {B(x, ; pi1 , pi2 , . . . , pin ), n ∈ N,  > 0, i1 ∈ I, i2 ∈ I, . . . , in ∈ I}
constitue une base de voisinages ouverts de x.

27
Démonstration. La premiére assertion est évidente. Pour la seconde assertion, re-
marquer que B(x, 1 , 2 , . . . n ; pi1 , pi2 , . . . , pin ) contient B(x, ; pi1 , pi2 , . . . , pin ), avec  =
M in{1 , 2 , . . . n }. •

Proposition 4.1.6 Soit E un K−espace vectoriel, muni de la topologie définie par une
famille de semi-normes {pi , i ∈ I}. Alors E est un espace séparé (au sens de Hausdorff )
si et seulement si la famille {pi , i ∈ I} est séparante.

Démonstration. Supposons que la famille {pi , i ∈ I} soit séparante. Si x, y sont deux


éléments distincts de E, il existe i ∈ I, tel que pi (x − y) > 0. Alors B(x, pi (x)/2; pi ) et
B(y, pi (x)/2; pi ) sont deux voisinages ouverts disjoints, de x et y, respectivement.
Supposons la famille {pi , i ∈ I} non séparante. Il existe x ∈ E, non nul, tel que pi (x) = 0,
pour tout i ∈ I. Il en résulte que tout voisinage ouvert de 0 contient x. •

Exemples 4.1.7 (i) Soient E un K−espace vectoriel, et ϕ une forme linéaire sur E.
L’application pϕ : E → K, définie par pϕ (x) = |ϕ(x)|, ∀x ∈ E, est une semi-norme sur
E.
(ii) La jauge d’une partie convexe C, contenant l’origine dans E, est une semi-norme
sur si et seulement si C est équilibrée (i.e : ∀x ∈ C, λ ∈ K/|λ| = 1, λx ∈ C).
(iii) Notons S(R) = {f ∈ C ∞ (R)/∀n ∈ N, m ∈ N, kxn ( dx d m
) f k∞ < ∞}. Les applica-
n d m
tions {pn,m : f → kx ( dx ) f k∞ } sont des semi-normes sur l’espace S(R). Cette famille
de semi-normes est séparante. La topologie définie par ces semi-normes est metrisable.
−(n+m)
P
On peut par exemple pour ce faire, choisir la distance d(f, g) = {n,m} 2 pn,m (f −
g). L’espace S(R) est complet pour cette distance. On dit que S(R) est un espace de
Fréchet.

Terminons par un critère de convergence, dont la démonstration est laissée au lecteur :

Proposition 4.1.8 Soient E un K−espace vectoriel, muni d’une famille de semi-normes


(pi )i∈I . Soit (xν )ν∈V un net dans E. Le net (xν )ν∈V converge vers x ∈ E, pour la topologie
σ(E, (pi )i∈I ), si et seulement si pout tout i ∈ I, le net (pi (xν − x))ν∈V converge vers 0.

4.2 Topologie faible des espaces de Banach.

4.2.1 Espace dual d’un espace de Banach.


Définition 4.2.1 Soit B un espace de Banach sur un corps K = R ou C. On appelle
dual topologique de B, l’espace B ∗ = L(B, K), des formes linéaires continues sur B.
L’espace B ∗ est muni de la norme d’opérateurs sur L(B, K) (c’est à dire, de la norme
habituelle des formes linéaires continues.)

Proposition 4.2.2 Soit B un espace de Banach. L’espace dual B ∗ est aussi un espace
de Banach.

28
Démonstration. Il suffit de montrer que B ∗ est complet. Soit (ϕn )n∈N une suite de
Cauchy dans B ∗ . Soit x ∈ B. La suite (ϕn (x))n∈N est convergente dans K. Notons ϕ(x)
la limite de cette suite. Il est facile de vérifier que l’application ϕ : x → ϕ(x) est une
forme linéaire sur B. Le théorème de Banach-Steinhaus montre que {kϕn k, n ∈ N} est
borné. Il en résulte que ϕ est continue. •
Dans la proposition précédente, la suite (ϕn )n∈N converge uniformément vers ϕ. En effet,
si  > 0 est donné, on peut, en passant à une sous-suite, supposer
−n
Pque kϕn+1 − ϕn k <
.2 , pour tout n ∈ N, n > N > 0. On P a alors : (ϕ − ϕN )(x) = n≥N (ϕn+1 − ϕn )(x),
pour tout x ∈ B, et donc : ϕ − ϕN = n≥N (ϕn+1 − ϕn ). L’inégalité triangulaire montre
alors kϕ − ϕN k ≤ .

Proposition 4.2.3 Soit B un espace de Banach. Soit x ∈ B. Il existe une forme linéaire
ϕ ∈ B ∗ , telle que ϕ(x) 6= 0.

Démonstration. Ceci est un corollaire de la forme analytique du théorème de Hahn-


Banach. •

Corollaire 4.2.4 Soit B un espace de Banach. Pour tout ϕ ∈ B ∗ , on définit pϕ (x) =


|ϕ(x)|, ∀x ∈ B La famille {pϕ , ϕ ∈ B ∗ } est un famille de semi-normes séparante sur B.

4.2.2 Topologie faible de B.


Définition 4.2.5 Soit B un espace de Banach. On appelle topologie faible de B la
topologie définie par la famille de semi-normes {pϕ , ϕ ∈ B ∗ }. On note σ(B, B ∗ ) cette
topologie.

Il résulte de ce qui précède que la topologie σ(B, B ∗ ) est séparée au sens de Hausdorff.
Cette topologie est la topologie la moins fine de B telle que les formes linéaires {ϕ ∈ B ∗ }
soient continues. On dit aussi que σ(B, B ∗ ) est la topologie initiale de {ϕ ∈ B ∗ }.
Si ϕ1 , ϕ2 , . . . , ϕn sont des formes linéaires continues sur B, et  > 0 est donné, l’ouvert
faible B(0, ; pϕ1 , pϕ2 , . . . , pϕn ) contient K = Kerϕ1 ∩ Kerϕ2 ∩ . . . ∩ Kerϕn . Si B est de
dimension infinie, le sous-espace K n’est pas réduit à {0}. Soit B(0, α) la boule ouverte
centrée en 0, de rayon α > 0. Ce qui précède montre que B(0, α) ne contient aucun
voisinage ouvert faible de l’origine. La topologie de la norme, quand B est de dimension
infinie est donc strictement plus fine que la topologie faible. Cependant les adhérences
normique et faible d’une partie convexe de B sont identiques :

Théorème 4.2.6 Soient B un espace de Banach, et C un convexe normiquement fermé


dans B. Alors C est faiblement fermé dans B.

Démonstration. Soient C comme dans l’énoncé, et x ∈ B, x ∈ / C. Le théorème de


séparation de Hahn-Banach montre qu’il existe une forme linéaire ϕ ∈ B ∗ , et deus réels
α et , tels que ϕ(y) ≤ α −  < α +  ≤ ϕ(x), pour tout y ∈ C. Donc B(x, ; ϕ) est
un voisinage ouvert fable de x, qui ne rencontre pas C. Le point x n’est pas faiblement
adhérent à C. •

29
4.2.3 Topologie ?-faible de B ∗ .
Définition 4.2.7 Soient B un espace de Banach. On appelle bidual de B, l’espace dual
(B ∗ )∗ , du dual B ∗ , de B. On notera simplement B ∗∗ le bidual de B.

Proposition 4.2.8 Soit B un espace de Banach sur K. Pour tout x élément de B, on


définit J(x) par :

B ∗ −→ K

J(x) :
ϕ −→ [J(x)](ϕ) = ϕ(x).

L’application x → J(x) est une isométrie de B dans son bidual B ∗∗ .

Démonstration. (i) Montrons que pour tout x ∈ B, J(x) est une forme linéaire continue
sur B ∗ . La linéarité de J(x) est évidente. Montrons la continuité. Soit (ϕn )n∈N une suite
dans B ∗ , convergeant vers ϕ. On a : limn ([J(x)](ϕn ) = limn ϕn (x) = ϕ(x). La forme
linéaire J(x) est donc continue sur B ∗ .
(ii) Montrons que l’application J est isométrique. Soit x ∈ B, on a, pour tout ϕ ∈ B ∗ ,
|ϕ(x)| ≤ kϕk.kxk. C’est à dire : |[J(x)](ϕ)| ≤ kϕk.kxk. Ceci montre que kJ(x)k ≤ kxk.
D’autre, le théorème analytique de Hahn-Banach montre qu’il existe une forme linéaire
ϕ ∈ B ∗ , avec kϕk = 1, et ϕ(x) = kxk, c’est à dire : [J(x)](ϕ) = kxk. On en conclut que
kJ(x)k = kxk.

Définition 4.2.9 Soit B un espace de Banach. Soit x ∈ B. On définit la semi-norme


px , sur B ∗ , par px (ϕ) = |ϕ(x)|. La topologie ?-faible (ou de dual faible) de B ∗ est la
topologie ?σ(B ∗ , B), associée à la famille de semi-normes {px , x ∈ B}.

En cohérence avec les définitions précédentes, la topologie ?σ(B ∗ , B) peut aussi être notée
σ(B ∗ , J(B)), ou encore σ(B ∗ , (px )x∈B∗ ). En général, l’inclusion J(B) ⊂ B ∗∗ est stricte. (Si
l’égalité a lieu, on dit que B est un espace de Banach réflexif.) La topologie ∗-faible de
B ∗ , ?σ(B ∗ , B), est moins fine que la topologie faible σ(B ∗ , B ∗∗ ), de l’espace de Banach
B ∗ . Ces deux topologies sont bien sûr moins fines que la topologie de la norme sur B ∗ .

Proposition 4.2.10 La topologie σ(B ∗ , J(B)) est séparée au sens de Hausdorff.

Démonstration. Soient ϕ et ψ deux formes linéaires continues sur B, distinctes. Il


existe x ∈ B, tel que α = |(ϕ − ψ)(x)| > 0. Alors B(ϕ, α/2; px ) et B(ψ, α/2; px ) sont
deux voisinages ?-faibles, ouverts, disjoints, de ϕ, et ψ, respectivement. •


Proposition 4.2.11 Soit ?B la boule unité fermée Q de B , muni de la topologie ?-faible.
Il existe une inclusion continue i : ?B ,→ X = x∈B/kxk≤1 Dx , avec Dx = D = {λ ∈
K/|λ| ≤ 1}, pour tout x élément de la boule unité fermée de B.

Démonstration. Chaque point q ∈ X est une application de la boule unité fermée de


B dans le disque unité D, du corps de base K. Si ϕ ∈ ?B, i(ϕ) est le point défini par
[i(ϕ)](x) = ϕ(x), ∀x ∈ B/kxk ≤ 1. Comme ϕ est de norme plus petite ou égale à 1, i(ϕ)

30
est bien un point de X. Il est clair que l’application i est injective.
Montrons que i est ?-faiblement continue :
Une base Q de la topologie de X est constituée des ouverts élémentaires Ox1 × Ox2 × . . . ×
Oxn × x∈B/kxk≤1,x∈{x / 1 ,x2 ,...,xn } Dx . Avec : Ox1 , Ox2 , . . . Oxn ouverts de D, x1 , x2 , . . . , xn
éléments de la boule unité fermée de B, et n entier positif. Soit O un tel ouvert. Alors
i−1 (O) = {ϕ ∈ ?B/ϕ(xi ) ∈ Oxi , ∀i = 1, 2, . . . n}.
Soit ϕ ∈ i−1 (O). Comme chacun des {Ox1 , Ox2 , . . . Oxn } est ouvert, il existe un  > 0,
vérifiant :

(C) : ∀ψ ∈ B ∗ /|(ϕ − ψ)(x1 )| < , |(ϕ − ψ)(x2 )| < , . . . , |(ϕ − ψ)(xn )| < ,

on a :

ψ(x1 ) ∈ Ox1 , ψ(x2 ) ∈ Ox2 , . . . ψ(xn ) ∈ Oxn .

C’est à dire, ψ ∈ i−1 (O).


La condition (C) ci-dessus définit l’ouvert ?-faible B(ϕ, ; px1 , px2 , . . . , pxn ). L’application
i est donc bien continue. •
Q
Proposition 4.2.12 Soit i : ?B ,→ X = x∈B/kxk≤1 Dx l’application définie ci-dessus.
Soit O un ouvert ?-faible dans B ∗ . Notons U = O ∩ ?B. Alors i(U) est un ouvert de
i(?B).

Démonstration. Soit ϕ ∈ U. Il existe x1 , x2 , . . . , xn ∈ B et  > 0 tel que V =


B(ϕ, ; px1 , px2 , . . . , pxn ) ∩ ?B ⊂ U. On a : V = {ψ ∈ B ∗ /kψk ≤ 1, et |(ϕ − ψ)(xi )| <
Q∀i = 1, 2, . . . , n}. Il s’ensuit que i(V) ⊂ B(ϕ(x1 ), ) × B(ϕ(x2 ), ) × . . . × B(ϕ(xn ), ) ×
,
/ 1 ,x2 ,...xn } Dy , qui est un ouvert de X, et que i(V) = B(ϕ(x1 ), )×B(ϕ(x2 ), )×
y∈B/kyk≤1,y ∈{x
Q
. . . × B(ϕ(xn ), ) × y∈B/kyk≤1,y∈{x / 1 ,x2 ,...xn } Dy ∩ i(?B) est ouvert dans i(?B). Ceci montre
que i(O) est ouvert dans i(?B). •
L’application i est donc une bijection continue et ouverte, c’est à dire un homéomorphisme,
de ?B sur i(?B).

Proposition 4.2.13 i(?B) est un compact de X

Démonstration. Le théorème de Tychonov montre que X est compact. Il suffit donc


de montrer que i(?B) est fermé dans X. Soit (ϕν )ν∈V un net dans ?B, tel que (i(ϕν ))ν∈V
converge dans X. Soit l la limite de ce net. On a, pour tout x ∈ B, l(x) = limν [i(ϕν )](x) =
limν ϕν (x). Ceci montre que l est l’image par i de la forme linéaire ψ, sur B, telle que
ψ(x) = limν ϕν (x). Enfin, pour tout x élément de B, |ψ(x)| = limν |ϕν (x)| ≤ kxk, ce qui
montre que ψ est continue, de norme plus petite ou égale à 1. •
L’espace ?B est donc compact. On peut énoncer ce résultat de la façon suivante :

Théorème 4.2.14 (Banach-Alaoglu.) Soit B un espace de Banach. La boule unité


fermée de B ∗ est ?-faiblement compacte.

Corollaire 4.2.15 Soit B un espace de Banach. La boule unité fermée de B ∗ est ?-


faiblement fermée.

31
Démonstration. Car la topologie ?-faible est séparée au sens de Hausdorff. •

Corollaire 4.2.16 Soit B un espace de Banach. Toute partie bornée P , de B ∗ est rela-
tivement compacte pour la topologie ?-faible.

Démonstration. Si P est bornée, on peut trouver r > 0 tel que rP ⊂ ?B. L’adhérence

?-faible, rP , de rP , est une partie fermée du compact ?B, elle est donc compacte.
∗ ∗ ∗
Comme rP = rP , on en déduit que P est compact. •
Donnons maintenant un autre corollaire du théorème de Banach-Alaoglu, qui se rap-
proche des propriétés des parties compactes d’un espace de dimension finie. Pour cela,
on a besoin d’une défintion :

Définition 4.2.17 Soit B un espace de Banach sur K. Une partie A ⊂ B, de B est dite
faiblement bornée si pour tout ϕ ∈ B ∗ , ϕ(A) est une partie bornée de K. Une partie
P ⊂ B ∗ est dite ?-faiblement bornée si pour tout x ∈ B, [J(x)](P ) est une partie
bornée de K.

Proposition 4.2.18 Soit B un espace de Banach.


(i) Soit A ⊂ B. Alors A est faiblement bornée si et seulement si A est bornée. (ii) Une
partie P ⊂ B ∗ est ?-faiblement bornée si et seulement si P est bornée.

Démonstration. (i)-Il est clair que si A est bornée, A est faiblement bornée. Réciproquement,
si A est faiblement bornée, le théorème de Banach-Steinhaus montre que J(A) est une
partie équicontinue, donc bornée de B ∗∗ . Comme J est une isométrie, A est une partie
bornée de B.
(ii)-Si P est ?-faiblement bornée, alors, pour tout x ∈ B, l’ensemble {[J(x)](ϕ) =
ϕ(x), ϕ ∈ P } est borné. Le théorème de Banach-Steinhaus montre que P est bornée. La
réciproque est évidente. •
En appliquant ce résultat au dual, B ∗ , de B, on obtient :

Proposition 4.2.19 Soit B un espace de Banach. Soit P une partie de B ∗ . Les pro-
priétés suivantes sont équivalents :
1. P est ?- faiblement bornée.
2. P est bornée.
3. P est relativement ?- faiblement compacte.

Démonstration. (1) ⇒ (2) a déjà été montré.


(2) ⇒ (3) est le corollaire suivant le théorème de Banach-Alaoglu.
(3) ⇒ (1) L’adhérence ?-faible de P est ?-faiblement compacte, donc ?-faiblement
bornée. Ceci implique que P est également ?-faiblement bornée. •
Si B est un espace de Banach réflexif, on peut, à l’aide de ce résultat, caractériser les
parties relativement faiblement compactes de B :

Proposition 4.2.20 Soit B une espace de Banach réflexif. Une partie P , de B est
relativement faiblement compacte si et seulement si P est bornée.

32
Démonstration. On applique la proposition précédente, en remplaçant B par son dual
B ∗ , et P par J(P ). On obtient que J(P ) est bornée si et seulement si J(P ) est relati-
vement compacte pour la topologie σ(B ∗∗ , J(B ∗ )). Comme B est réflexif, B s’identifie à
B ∗∗ (par l’application J), et la topologie faible de B s’identifie à la topologie ?-faible de
B ∗∗ , vu comme dual de B ∗ . •

Corollaire 4.2.21 Soit B un espace de Banach réflexif. La boule unité fermée, B, de


B est faiblement compacte.

Démonstration. La proposition précédente montre que B est relativement faiblement


compacte. Comme B est convexe et fermée, elle est aussi faiblement fermée. On conclut
que B est faiblement compacte. •

33
Exercices du chapitre 4.

Exercice 15 Soit (xi )i∈I un net dans un espace de Banach B. Soit x ∈ B. Montrer que
les conditions suivantes sont équivalentes :
1. (xi )i∈I converge faiblement vers x
2. Pour toute forme linéaire ϕ ∈ B ∗ , le net (ϕ(xi ))i∈I converge vers ϕ(x).

Exercice 16 On note l1 l’espace des suites absolument sommables.


1. Pour tout n0 ∈ N, on note (δkn0 )k∈N ∈ l1 la suite telle que δkn0 = 0, ∀k 6= n0 , et,
δnn00 = 1. Soit ϕ ∈ (l1 )∗ . On définit la suite (ϕn )n∈N par : ϕn = ϕ(δ n ). Montrer que
la suite (ϕn )n∈N est bornée, et que k(ϕn )n∈N k∞ ≤ kϕk.
2. Inversement, montrer que toute suite bornée x = P (xn )n∈N définit définit une forme
linéaire continue < x, . >, sur l1 , par < x, f >= n∈N xn fn , et que k < x, . > k ≤
kxk∞ .
3. Montrer que les applications définies aux deux questions précédentes sont des bi-
jections isométriques entre (l1 )∗ et l∞ .

Exercice 17 Soit (ϕν )ν∈V un net dans B ∗ . Soit ϕ ∈ B ∗ . Montrer que les conditions
suivantes sont équivalentes :
1. (ϕν )ν∈V converge faiblement vers ϕ
2. Pour tout x ∈ B, le net (ϕν (x))ν∈V converge vers ϕ(x).

Exercice 18 Soit B un espace de Banach. Soit A une partie de B. Montrer que A est
bornée si et seulement si pour tout ϕ ∈ B ∗ , {ϕ(a), a ∈ A} est borné.

Exercice 19 Soit B un espace de Banach réflexif. Soit (Cn )n∈N une suite décroissante
de parties convexes, fermées, non vides de B. On pose C = ∩n∈N Cn . Soit a ∈ B un point
fixé arbitrairement.
1. Montrer que C est convexe et fermé.
2. Montrer que si C est non vide, Sup{d(a, Cn ), n ∈ N} < ∞.
3. Réciproquement, on suppose que r = Sup{d(a, Cn ), n ∈ N} < ∞. Pour tout n ∈
N, on pose Kn = B(a, r) ∩ Cn . Montrer que Kn est convexe, non vide et faiblement
compact.
4. Sous les hypothéses de la question 3, on pose K = ∩n∈N Kn . Montrer que K est
non vide. En déduire que C est non vide.

34
5. On suppose C non vide. Pour chaque n ∈ N, soit xn ∈ Cn , tel que ka − xn k =
d(a, Cn ). Montrer que si x est une valeur d’adhérence pour la topologie σ(B, B ∗ ),
de la suite (xn )n∈N , alors x ∈ C. Montrer que ka − xk = d(a, C) = r (avec r
comme dans la question 3).
6. On suppose C non vide. Montrer que la suite (xn )n∈N , construite à la question 4,
contient une sous-suite faiblement convergente.

35