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Le Répertoire

du Violoneux
____
Clogs, Danses,
Gigues, Valses
____
tels que joués par

J. A. Boucher
Nouvelle édition 2018 par Jean Duval
à partir de l’édition originale de 1933
Duval, Jean. 2018. Le Répertoire du Violoneux; Clogs, Danses, Gigues, Valses, tels que joués par J.A.
Boucher. Nouvelle édition 2018 par Jean Duval à partir de l’édition originale de 1933. ISMN 979-0-
9001539-1-3.

Édition, retranscription et rédaction :


Jean Duval, ethnomusicologue, Ph.D.
Courriel : jeanrduval@gmail.com

Couverture :
La page couverture est une reprise presque intégrale de la couverture du document original de 1933.

© Jean Duval 2018

ii
Table des matières

Préface iv

Index alphabétique des titres de pièces v

Les 114 pièces 1

Commentaires sur les pièces 56

Qui était J.A. Boucher? 67

Analyse du contenu de la collection 70

Lien avec Fortunat Malouin 71

Notes éditoriales 73

Bibliographie 74

iii
Préface
Les pièces de cette collection proviennent toutes de l’édition originale du recueil intitulé Le
Repertoire du Violonneux [sic], publié en décembre 1933. Ce recueil, largement ignoré jusqu’à nos
jours et probablement en son temps aussi, constitue la seule source connue de musique écrite
nous donnant un aperçu du répertoire d’un violoneux québécois de la première moitié du XXe
siècle. À ce titre, il s’agit d’un ouvrage important pour quiconque s’intéresse au répertoire
traditionnel instrumental québécois et à son histoire. Toutefois, il n’existe que deux copies de
l’édition originale, l’une aux archives de folklore de l’Université Laval et l’autre à Bibliothèque et
Archives Canada; de plus, les transcriptions de l’édition originale sont difficiles à lire et laissent
souvent à désirer du côté de la rigueur de la notation musicale. Ainsi, le but de cette nouvelle
édition est de rendre disponible à un plus large public la musique de cette collection tout en la
présentant de meilleure façon. Le lecteur y trouvera aussi plusieurs ajouts, dont un index
alphabétique des titres et des remarques sur chacune des pièces. Suivent un travail d’enquête sur
J.A. Boucher, une analyse du contenu de la collection et, enfin, des notes éditoriales.

Des érudits et passionnés de la musique traditionnelle du Québec m’ont apporté une aide
précieuse pour cette publication. Je remercie d’abord Francine Brunel-Reeves qui m’a fourni une
copie de cette collection en 2008 et qui avait déjà commencé à faire des recherches sur son
contenu. Je remercie aussi Jean-Pierre Joyal, Éric Favreau et Mario Côté pour la révision des
textes et de la musique.

Que vous soyez un musicien accompli ou un débutant, vous trouverez amplement matière à de
belles découvertes dans cette collection très spéciale de musique traditionnelle québécoise.

Jean Duval
Janvier 2018

iv
Index alphabétique des titres de pièces avec les formes et les
tonalités
Titre Numéro Page Forme Tonalité
65e Régiment (Le) 30 19 Marche Sol/Do
Acrobate (L') 38 23 Reel simple Sol
Amours (Mes) 99 49 Reel simple Ré/Fa
Armandine (L') 45 27 Valse Do
Baie des Sables 100 49 Reel Si b
Barbiers (Valse des) 46 28 Valse Fa
Beaux yeux (Reel des) 97 48 Reel simple Sol
Belle Canadienne (La) 18 12 Reel simple Fa/Si b
Bergers (Marche des) 64 35 6/8 Ré
Bois-Francs (Les) 106 51 Reel simple Sol
Boulangers (Reel des) 15 9 Reel simple Sol
Brandy 87 45 Reel à trois temps Sol
Canada (Reel du) 65 36 Reel simple Sol
Charlotte (Reel) 50 30 Reel simple Ré
Chasseurs (Les) 107 51 Reel Sol
Chemin de Cork (Le) 19 12 6/8 Ré
Chômage (Reel du) 55 31 Reel Sol
Clochettes (Les) 86 44 Reel à trois temps Ré
Clog en Do 71 38 Clog Do
Clog en Fa 7 5 Clog Fa
Clog en Fa 13 8 Clog Fa
Clog en La 67 36 Clog La
Clog en Si bémol 8 5 Clog Si b
Commères (Reel des) 52 31 Reel simple Fa
Confitures (Les) 75 40 Reel simple Sol/Ré
Contretemps valse 56 32 Valse Fa
Cotillon 111 53 Reel simple Ré
Couturiers (Reel des) 49 30 Reel simple Sol
Crème de menthe 23 14 Reel Si b
Cuisinier (Le) 70 38 Reel simple Sol
Desbiens (Reel) 59 33 Reel simple Fa/Si b/Do
Discussion (La) 2 2 Reel simple Ré
Double gigue 103 103 Reel Sol
Élie le jeune 31 20 Reel simple Fa/Si b
Federesse (Reel) 53 31 Reel simple Ré
Fermière (Reel La) 12 7 Reel simple Sol
Fleurs (Valse des) 43 25 Valse Ré
Fling 42 24 Clog Do/Fa
Forgerons (Les) 102 50 Reel simple Sol
Galopade 101 49 Reel Sol

v
Titre Numéro Page Forme Tonalité
Gigue double 113 53 Reel La myxo
Gigue simple 10 6 Reel à trois temps Ré
Grison (Reel du) 60 34 Reel simple Sol/Ré
Hirondelles (Reel des) 74 39 Reel simple Sol
Isle de Melba 89 45 Reel simple Ré
Italienne (L') 73 39 Reel La
Journaliers (Les) 37 23 Reel simple La
Kinlock 36 22 Reel simple Ré
Kitty valse 48 29 Valse La
Lancier d'Émilie (Le) 28 18 Reel La
Lièvres (Reel des) 27 17 Reel Ré
MacLeod (Reel) 76 40 Reel Sol
Marcel (Reel) 77 41 Reel simple Sol
Marche, En avant 25 16 6/8 Ré
Matelot (Reel) 39 23 Reel La
Medley de clogs 5 3 Clog Ré/Si mineur
Medley de clogs en Si bémol 17 10 Clog Si b
Ménétriers (Reel des) 40 23 Reel Ré
Merle (Le) 20 13 6/8 Fa/Si b
Midinettes (Les) 24 15 Reel La
Mille-Isles (Reel des) 68 37 Reel Ré
Mineurs (Reel des) 54 31 Reel simple Ré
Money Musk 34 21 Reel La
Moustache noire (La) 69 37 Reel simple Ré
Nid de linots (Le) 3 2 Reel Sol
Nord (Reel du) 80 42 Reel à trois temps La
Nuit (Reel de la) 58 33 Reel Ré
Paix (Reel de la) 91 46 Reel simple Ré
Papillons (Les) 85 44 Reel simple Do/Sol
Parapluies (Marche des) 11 7 Marche Sol
Paspébiac (Reel) 104 50 Reel Ré
Patte du mouton (La) 109 52 Reel La
Père Allard (Le) 47 29 Reel Si b
Petite cocarde 98 48 Reel simple Sol/Ré
Petite valse 32 20 Valse Ré
Petits moutons (Les) 81 42 Reel Ré
Pilotes (Reel des) 83 43 Reel simple Si b/Fa
Pointe-au-Pic 108 52 Reel Do
Président (Reel) 6 4 Reel Ré
Presto 112 53 Reel La
Quand mon père était cordonnier 61 34 Reel simple Ré
Quatre coins (Les) 90 46 Reel simple Ré
Quatre saisons (Reel Les) 14 9 Reel Sol
Rêve (Reel du) 16 9 Reel simple Sol myxo
Rêve du diable 114 54 Reel La

vi
Titre Numéro Page Forme Tonalité
Réveil de Lili (Le) 44 26 Reel Ré/La/Ré m
Réveil des oiseaux (Le) 26 17 Reel simple La/Do
Réveillon (Le) 93 47 6/8 Si b
Rickett's 63 35 Reel Ré
Rigolo (Reel) 66 36 Reel Ré
Rimouski (Le) 88 45 Reel Fa
Rire moqueur (Le) 4 3 Reel La/Ré
Rivière-du-Loup (Reel) 57 32 Reel Ré
Robert (Reel) 9 6 Reel Do
Ronde des voyageurs (La) 35 22 Reel simple La/La mineur
Russe (Polka) 82 43 Reel simple Do
Salut des dames 110 52 Reel simple Sol/Ré
Souvenir (Reel du) 79 42 Reel simple La
St-Étienne (Marche) 33 33 Marche Ré/Sol
Témiscouata (Reel du) 62 34 Reel simple La
Vagues (Reel des) 96 48 Reel simple Ré
Valse en Sol 51 30 Valse Sol/Do
Valse en Sol 78 41 Valse Sol
Valse en Sol 105 51 Valse Sol
Variations sur un air canadien 1 1 Reel simple La
Victoire (La) 21 13 Marche Si b
Victorin (Reel) 84 44 Reel Sol
Vieille essence (Reel) 41 24 Reel Fa
Vieux champion (Le) 29 18 Reel Sol/Do/Fa
Vieux râteau (Le) 22 14 Reel simple La/Ré
Wynda (Reel) 95 47 Reel simple Sol
Yamaska (Reel) 94 47 Reel Sol
Yeux verts (Les) 92 46 6/8 La/Sol
Zwyska 72 38 Reel Do

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viii
Commentaires sur les pièces
1. Variations sur un air canadien : Cette pièce a été popularisée et peut-être même composée par
Fortunat Malouin qui l’a enregistrée en 1928 sous le titre Les joyeuses Québécoises (Columbia 34144-F).
Les trois premières sections de Boucher sont assez semblables à celles du disque de Malouin. Par
contre, les deux dernières, qui sont respectivement des variations de la seconde et de la troisième
section, sont inusitées et demandent de monter plus haut sur le manche du violon. La pièce, telle que
jouée par Malouin, a été enregistrée de nouveau en 1938 par Jos Bouchard (Bluebird B-1143-A).

2. La discussion : Cette pièce d’origine inconnue pourrait bien être une polka élégante comme il
s’en est composé tant au XIXe siècle. La troisième section, qui rappelle la section A de La ronfleuse
Gobeil, ajoute un caractère très québécois en passant à la forme reel.

3. Le nid de linots : Ce reel, qui alterne mesures binaires et ternaires, se prêterait bien à
l’accompagnement de la gigue. La seconde section a une certaine couleur américaine avec le shuffle
(hémiole) de la fin qui rappelle la musique de ragtime.

4. Le rire moqueur : Il s’agit d’une version du reel irlando-américain Greenfields of America,


habituellement joué en sol majeur, mais dont il existe aussi des versions en la majeur (p. ex. voir
Brody 1983, p.126).

5. Medley de clogs : Cette suite est constituée de deux hornpipes très connus, le Belfast Hornpipe et
Rights of Man. Si le premier est dans la tonalité habituelle de ré majeur, le deuxième est par contre écrit
en si mineur plutôt qu’en mi mineur, ce qui exige du violoneux d’aller jusqu’au ré4. Au Québec, les
accordéonistes jouent souvent cette dernière pièce en si mineur.

6. Reel président : On reconnait ici le Reel Lindbergh enregistré par Fortunat Malouin en 1928
(Columbia 34130-F). Selon Gabriel Labbé (1977 et 1995), Malouin l’aurait composé en 1917 et
l’aurait appelé Reel de la Rivière-Blanche jusqu’à ce qu’il l’enregistre à New York, pour alors le
renommer en l’honneur de Charles Lindbergh qui venait en 1926 d’effectuer la première traversée de
l’Atlantique solitaire par avion. Fait à noter, les deux premières mesures de cette pièce sont identiques
à celles du très célèbre Chicken Reel (or Performer’s Buck) composé par l’irlando-américain Joseph M.
Daly en 1910. La pièce n’a aucun rapport avec le Reel du président enregistré par Isidore Soucy en
1941.

7. Clog en fa : Il est intéressant de retrouver cette pièce dans la collection car elle est maintenant
fortement associée à la tradition québécoise sous le titre de Set américain, telle qu’enregistrée par
l’accordéoniste Théodore Duguay en 1945, avec une première section en ré majeur et une seconde en
si mineur. Tout indique que la pièce fut d’abord connue dans les tonalités de fa majeur et ré mineur,
comme dans la version présentée ici par Boucher. En 1927, Isidore Soucy avait enregistré une
version de la pièce sous le titre de La Sautillante (Starr 15338a) avec une section en fa majeur et l’autre
en ré mineur. Même si elle compte une asymétrie dans la première section, la version proposée par
Boucher est assez proche de celle publiée par Kerr (1890) dans son volume 3 (no. 357) sous le titre
de Virginia Hornpipe. Quelques versions en reel ou en hornpipe, toutes en fa majeur/ré mineur, sont
connues dans le nord de l’Irlande sous le titre de Sterling Tom.

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8. Clog en si bémol : La section B de cette pièce asymétrique est semblable à la section B du Silver
Star Hornpipe (Collection Ryan, 1879, p.136) bien que dans une tonalité différente, soit sol majeur.

9. Reel Robert : Il s’agit d’une version de la très célèbre mélodie de chanson américaine Buffalo Gals,
aussi appelée Old Johnnie Walker.

10. Gigue simple : Le titre le plus usuel de nos jours pour cette pièce iconique du répertoire
québécois est Grande gigue simple. Il est étonnant que Boucher ne l’ait pas transcrite en métrique
ternaire (ex. : 3/2) et l’ait même laissé sans indication de métrique. La version proposée diffère
d’autres versions par des sections B et C très longues relativement à la section A. Pour une étude
approfondie de cette pièce, voir Gibbons (1981) qui a comparé des versions québécoises entre elles
et des versions métis (Red River Jig).

11. Marche des parapluies : Voici une marche d’origine inconnue avec un certain caractère
militaire. La section A n’a que sept mesures dans sa première demie.

12. Reel la fermière : Ce reel assez connu n’a habituellement que deux sections, soit les deux
premières transcrites ici par Boucher. Isidore Soucy a enregistré cette pièce en 1927 dans la tonalité
de la majeur sous le titre de Quadrille Laurier, 1ère partie (Starr 15319a) et en 1940 sous celui de Reel du
bombardier. Jean Carignan l’appelait Reel de Paul Charlebois et elle parait sous ce nom dans la collection
que Bégin (1985) a consacré ce musicien. La pièce est aussi connue en Angleterre comme polka sous
les titres Babes in the wood (voir Carlin 1984) et Girl with the Blue Dress, alors utilisée pour une Morris
Dance.

13. Clog en fa : Il s’agit d’une version de Fred Wilson’s Hornpipe (voir Collection Ryan, 1879, p. 135).
Les sections B et B’ sont de beaux exemples de l’art de la variation asymétrique par répétition de
motifs qu’affectionnaient certains violoneux québécois du passé.

14. Reel les quatre saisons : Dans cette pièce de type reel gigué, la section A est écourtée d’une
mesure dans sa deuxième moitié. La section B est semblable à la section A du Reel des sports qu’Isidore
Soucy a enregistré en 1927 (Starr 15367a).

15. Reel des boulangers : La section A de ce reel simple est identique à la section B du Quadrille de
Québec, 2e partie enregistré par Isidore Soucy en 1926 (Starr 15288b). La section B quant à elle
correspond à la section B d’un air bien connu qui porte aussi des paroles : Déshabille-toi. Ce dernier air
est appelé Cotillon de Baie-des-Rochers dans la collection Hart et Sandell (2001).

16. Reel du rêve : Pièce à consonance celtique par son mode myxolydien mais avec une structure
asymétrique. En effet, les deux sections sont constituées de deux phrases, l’une de 10 temps et l’autre
de 7 temps.

17. Medley de clogs en si bémol : Ce long medley enchaine plusieurs hornpipes en si bémol majeur
qu’on retrouve dans la collection Ryan (1879) : Jimmy Linn’s, Champion, Locker’s, Acrobat’s, Centennial et
Autograph. Cependant, Boucher ne les a pas apprises de la collection Ryan, mais plutôt d’un 78 tours
enregistré en 1920 par le violoniste Percy Scott où ce dernier enchaine dans le même ordre les pièces
de ce medley. Il s’agit sans doute du premier cas connu d’une transcription musicale faite à partir
d’un enregistrement commercial de musique traditionnelle au Québec!

57
18. La Belle Canadienne : On retrouve une pièce avec la même section A dans le répertoire de
Philippe Bruneau (no. 25 Galope dans Bégin, 1983). La pièce est aussi apparentée au Reel de Ti-Zoune
enregistré par la famille Soucy en 1954 (Bluebird 55-5541) avec sa modulation de fa à si bémol d’une
section à l’autre.

19. Le chemin de Cork : Boucher nous donne ici une version de la gigue irlandaise Top of Cork Road
auquel il ajoute deux autres sections en provenance d’un autre 6/8 non-identifié.

20. Le merle : Ce 6/8 à trois sections était probablement utilisé pour une partie de quadrille.

21. La victoire : Il s’agit d’une marche dont le titre fait peut-être référence à la fin de la première
guerre mondiale.

22. Le vieux râteau : Le titre est une traduction erronée ou peut-être narquoise du titre anglais de la
pièce irlandaise The Rakes of Mallow (les libertins de Mallow) qui date de la première moitié du XVIIIe
siècle. La modulation de Boucher entre les deux sections est des plus inhabituelles, les deux sections
de Rakes of Mallow étant habituellement dans la même tonalité.

23. Crème de menthe : Il s’agit en fait d’une version du hornpipe Democratic Rage. Elle diffère de
celle de Joseph Allard qui l’avait enregistrée en 1928 sous le titre Reel du pêcheur (Victor 263514). Voir
l’article de Joyal (1980) pour une étude de cette pièce dans la tradition québécoise. La pièce est sans
rapport avec la straight jig irlandaise connue sous le titre Crame de Minthy dans la collection Harding
(1905).

24. Les midinettes : Une midinette est une jeune fille à la sentimentalité naïve. La section B rappelle
un reel joué par le groupe Les diables noirs d’Adrien Avon. La section C évoque la section A de Ha
Les femmes. La section D, quant à elle, est semblable à la section A du Reel St-Antoine enregistré par Jos
Bouchard.

25. Marche, en avant : Il existe quelques marches intitulées En Avant : En Avant, Marche, composée
par François Constantz, un Français, vers 1902; En Avant composée par l’australienne Esther Kahn
en 1918 et finalement En Avant du compositeur autrichien Josef Gungl vers 1859. Aucune ne
correspond à la mélodie que nous propose ici Boucher.

26. Le réveil des oiseaux : Il s’agit précisément de la pièce enregistrée sous ce titre par Fortunat
Malouin en 1928. De nombreuses pièces du XIXe siècle porte le titre de Réveil des oiseaux, mais il
pourrait s’agir d’une composition de Malouin. Pour une raison inconnue, ce titre sert aussi chez les
musiciens traditionnels à désigner la pièce que Boucher appelle Le Réveil de Lili (voir no. 44).

27. Le reel des lièvres : On reconnait dans cette pièce composite la section A du Londonderry Hornipe
et la section B du Champion Hornpipe. Elle n’a toutefois aucun rapport avec le populaire Reel du lièvre
du violoneux Aimé Gagnon de Lotbinière (1921-1997), popularisé par le groupe Le rêve du diable.

28. Le lancier d’Émilie : Cette pièce, par son titre, est clairement associée à une partie du quadrille
des lanciers. La pièce a une vague ressemblance avec le reel irlandais Farrell O’Gara’s Favorite/Last
Night’s Fun /Macroom Lasses (O’Neill, 1907, no. 496). Les trois premiers temps de la section A sont
identiques à ceux de la section B de Macroom Lasses et le début de la section C est le même que celui
de la section A.

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29. Le vieux champion : On reconnait ici la pièce appelée Le Rimouski enregistrée en 1928 par
Fortunat Malouin, maintenant communément appelée Reel de Rimouski. Selon Labbé (1995), Fortunat
Malouin avait remporté le premier prix du concours provincial des violoneux en 1926. Il n’est donc
pas impossible que Boucher ait rebaptisé la pièce en référence à Malouin qui avait plus de 60 ans en
1933, étant ainsi un « vieux » champion. La section A de cette pièce ressemble à la section A du
Galway Hornpipe.

30. Le 65e régiment : C’est l’autre nom sous lequel on connait les Fusiliers Mont-Royal. Ceux-ci
donnaient souvent des concerts près de leur manège militaire au pied du Mont-Royal avant la 2e
guerre mondiale. Il s’agit peut-être d’une de leurs marches.

31. Élie le jeune : C’est le nom d’un saint chrétien. Les deux sections de ce reel simple sont assez
semblables mais dans deux tonalités différentes.

32. Petite valse : Valse d’origine inconnue.

33. Marche St-Étienne : Assurément, il s’agit de musique de fanfare. Le titre fait peut-être référence
à St-Étienne-de-Lauzon près de la ville de Québec, bien qu’il existe aussi un village du nom de St-
Étienne-de-Beauharnois dans le Sud-Ouest du Québec.

34. Money Musk : Pièce fameuse composée par le guitariste et violoniste écossais Daniel Dow
(mort en 1783) en l’honneur de Sir Archibald Grant, propriétaire des terres de Monymusk dans
l’Aberdeenshire. Boucher nous propose ici ses propres variations de cette pièce, comme le veut la
tradition au Québec.

35. La ronde des voyageurs : Cette pièce a été enregistrée par Fortunat Malouin en 1928, aussi en la
mineur/la majeur. Le titre fait peut-être référence aux allées et venues des voyageurs de la fourrure
du passé qui allaient dans l’Ouest canadien. Comme Fortunat Malouin était voyageur de commerce, il
se pourrait aussi que ce soit une référence au voyagement constant des gens pratiquant son métier.
La version de Boucher est assez près de celle de Malouin, contrairement à la version enregistrée par
le groupe Éritage en 1987.

36. Kinlock : Il s’agit d’une version en 2/4 de Captain Jinks of the Horse Marine, une chanson
humoristique du XIXe siècle en 6/8, aussi connue sous d’autres titres. Cette mélodie servait au
Québec à la danse appelée Le Capitaine Trompeur ou Le Capitaine Voleur. C’est d’ailleurs sous ce
dernier titre qu’Isidore Soucy a enregistré la pièce en 1927, aussi dans une version en 2/4 (Starr
15349a). Joseph Allard l’avait enregistré en 6/8 sous le titre Reel du violoneux en 1929. Bayard (1982)
dans sa recherche sur le répertoire des violoneux de la Pennsylvanie rapporte quelques versions en
2/4. L’extension (section C) que propose Boucher est inusitée.

37. Les journaliers : La première section de cette pièce peut se découper en (3+3+2+3)+(3+2+2).
Le groupe Entourloupe a enregistré une autre version de la même pièce sur l’album La St-Berdondaine,
basée sur une version collectée en Gaspésie.

38. L’acrobate : Jean-Marie Verret, violoneux du Lac St-Charles, a enregistré une version de cette
pièce dans son Quadrille à Ti-Jules (partie 6) enregistré en 1983 pour Folkways Records. Si la section A de

59
Verret est identique à celle de Boucher, la section B est différente. La pièce de Boucher n’a pas
rapport avec d’autres pièces qui ont le mot acrobate dans leur titre.

39. Reel matelot : On peut reconnaître ici la pièce mieux connue sous le nom de La sauvagesse,
popularisée par Jules Verret, violoneux du Lac St-Charles près de Québec, et reprise par de
nombreux groupes et artistes depuis. La même pièce avait été enregistrée en reel sous le titre La Belle
Catherine par Isidore Soucy en 1930 dans la tonalité de sol (Starr 15738b). Il n’existe aucun antécédent
connu à cette pièce dans les traditions apparentées. Elle fut donc probablement composée au
Québec au XIXe siècle car elle est suffisamment ancienne pour exister dans des rythmes et tonalités
différentes.

40. Reel des ménétriers : Un reel plutôt anodin qui ressemble à tant d’autres, par exemple au reel
Les cinq jumelles. Il est toutefois intéressant que le mot ménétrier soit utilisé.

41. Reel vieille essence : Derrière ce reel se cache une version d’une pièce écossaise assez connue :
Lord Moira’s. La section A de Lord Moira, la plus caractéristique, est toutefois absente. On reconnait
par contre assez clairement la section B, qui devient la section A de Vieille Essence et la section C, qui
devient la section B de Vieille Essence. La tonalité originale de fa est respectée. Le titre Veille Essence
n’a sans doute aucun rapport avec son calque anglais Old Essence. On trouve quelques pièces qui
portent ce titre dans les collections américaines. Il s’agit aussi d’un type de danse de pas propre à la
Virginie, le style Old Essence ou Virginia Essence, une danse qui a été popularisée à l’époque des
Minstrels Shows (vers 1850), entre autres par Kersands.

42. Fling : Le fling est une danse étourdissante qui vient d’Écosse, mais aussi populaire dans le
Nord-ouest de l’Irlande. Malgré son titre, la pièce proposée sonne plutôt comme un hornpipe.

43. Valse des fleurs : Le début de la section A de cette valse ressemble beaucoup à la célèbre valse
Peek-a-boo, aussi appelé Svensk Annas.

44. Le réveil de Lili : Cette pièce, dont le début rappelle le Belfast hornpipe, est une pièce de virtuose.
On retrouve une transcription semblable sous le titre Reel des oiseaux dans la collection de Bégin
(1985) consacré au répertoire du violoneux de la vallée de l’Outaouais Dawson Girwood en page 73.
Certains musiciens l’appellent aussi Le réveil des oiseaux, ce qui porte à confusion puisqu’il s’agit d’une
autre pièce tant pour Boucher que pour Malouin (voir no. 26).

45. L’Armandine : C’est sous le même titre que Fortunat Malouin a enregistré cette valse en 1928.
La version de Boucher est d’ailleurs très proche de celle de Malouin. Cette valse a aussi été
enregistrée un peu plus tard, soit en 1939 par Les Trois Copains (avec Arthur Pigeon à l’accordéon),
sous le titre de Valse Claire (Starr 16239), et en 1941 sous le titre de Valse florissante par Isidore Soucy
(Starr 16454). Avec sa structure en trio (section C), il n’est pas impossible qu’elle ait été à l’origine
une musique de salon. Armandine était le prénom de la fille de Fortunat Malouin.

46. Valse des barbiers : Pièce d’origine inconnue. Boucher a une pièce pour tous les métiers!

47. Le père Allard : Voici la pièce très connue sous le nom de Reel du cultivateur, titre que Joseph
Allard lui avait donné sur son enregistrement de 1929. On retrouve la même pièce en do majeur
sous le titre de Constitution hornpipe et en ré majeur sous le titre de Jinrikisha dans la collection Ryan
(1879). Allard l’avait enregistré en do majeur mais Boucher nous la présente ici en si bémol majeur.

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On peut supposer que le titre réfère à Joseph Allard et peut-être même que J.A. Boucher et lui se
connaissaient, d’où la familiarité dans le titre. Il aurait aussi pu l’apprendre de l’enregistrement
d’Allard un ton plus bas, si le gramophone tournait moins vite.

48. Kitty valse : Kitty Waltz est une chanson de la célèbre famille Carter aux États-Unis qui l’avait
enregistré en 1929. Cependant, la mélodie ici proposée par Boucher n’a pas de parenté mélodique
avec cette chanson. Sa source est inconnue.

49. Reel des couturiers : La section A de ce reel simple semble une variante de la contredanse
écossaise Bonny Breast Knots, une danse associé à la célébration des mariages.

50. Reel Charlotte : Voici une version assez différente de la pièce enregistrée par Isidore Soucy en
1930 sous le titre de Quadrille des Laurentides, partie 4. C’est d’ailleurs une pièce fortement associée à
Soucy puisqu’il l’a enregistré trois autres fois au cours de sa carrière. La version de Boucher
comporte des phrases plus courtes et des accents mélodiques différents de celle de Soucy.

51. Valse en Sol : Valse d’origine inconnue.

52. Reel des commères : Cette pièce du genre barn dance est connue dans plusieurs pays d’Europe.
L’accordéoniste irlandais Jacky Daly l’a remise à la mode dans les années 1980 mais il n’est pas
certain qu’elle soit irlandaise. Une source danoise est possible.

53. Reel Federesse : Le titre est-il mal épelé? Serait-ce plutôt Reel forteresse? Le mot Federesse
pourrait être un prénom, une francisation de Federice. La seconde section de cette pièce est identique
à celle du breakdown que l’on retrouve sous le titre The Crooked Stovepipe dans la collection du groupe
canadien-anglais Cornhuskers publiée en 1938, mais dans la tonalité de ré plutôt que sol.

54. Reel des mineurs : Il s’agit d’une pièce très connue du répertoire québécois, enregistrée par
plusieurs des violoneux des années 1920 : Willie Ringuette en 1927 sous le titre La Ronfleuse Gobeil; J.-
O. La Madeleine en 1928 sous le titre Quadrille de Matane, 2e partie; Isidore Soucy en 1929 sous le titre
Gigue des vieux souliers. Les versions de Ringuette et de Soucy comportaient une troisième section qui
est maintenant devenue standard. Jos Bouchard a aussi enregistré cette pièce en 1941 sous le titre Reel
St-Siméon.

55. Reel du chômage : Thème populaire pendant la crise économique des années 1930 que celui du
chômage. Isidore Soucy avait enregistré une version de cette pièce sous le titre de Quadrille canadien, 5e
partie en 1926. Il l’a également reprise en 1930 avec l’accordéoniste Donat Lafleur sous le titre
Quadrille du peuple, 5e partie en y ajoutant une troisième section. La pièce est mieux connue de nos
jours sous le titre Reel de Ste-Blandine.

56. Contretemps valse : La première section de cette valse est semblable à la section B de la Valse
des nations enregistré par Alfred Montmarquette en 1931 (Starr 15802).

57. Reel Rivière-du-Loup : La version enregistrée par Fortunat Malouin en 1928, dont la
transcription se trouve dans Joyal (1994), ne comporte que deux sections, soit les sections A et C de
la version de Boucher.

58. Reel de la nuit : Reel d’origine inconnue.

61
59. Reel Desbiens : Un reel simple des plus inusités avec ses modulations entre les sections : fa-si
bémol-do.

60. Reel du grison : Le titre de l’édition originale était Reel Griston. Comme il s’agit d’une variante du
reel américain bien connu Flop-eared mule, il y a peut-être eu une erreur d’impression du titre qui
devrait se lire Reel du grison, un grison étant un synonyme pour un âne ou un mulet. Plusieurs
violoneux québécois ont enregistré des variantes de Flop-eared mule sur 78 tours dont Isidore Soucy
sous le titre Quadrille Champion, 4e partie en 1927.

61. Quand mon père était cordonnier : C’est le titre d’une chanson traditionnelle répertoriée par
Conrad Laforte.

62. Reel du Témiscouata : Reel d’origine inconnue.

63. Rickett’s : Il s’agit d’une variante du Rickett’s hornpipe, une pièce très connu en Amérique du
Nord depuis le début du XIXe siècle. Un patron de cirque, John Bill Rickett, l’a popularisé en
l’utilisant comme accompagnement pendant qu’il dansait le hornpipe sur un cheval en mouvement.
La pièce serait plus ancienne, existant en Grande-Bretagne où elle était associée au maître à danser
irlandais Robert Aldridge.

64. Marche des Bergers : Voici un 6/8 dont les sections ressemblent à bien d’autres sans toutefois
provenir d’une même source. La section B est similaire à la section A de la slide irlandaise Kiely’s. La
section C est comme la section B de Mrs. John Stirling Jig, un air de la collection Aird (1788).

65. Reel du Canada : Un reel des plus inusités. J’ai essayé d’en faire une réorganisation des barres de
mesure la plus logique possible mais il n’y a pas de solution parfaite.

66. Reel Rigolo : Cette pièce toute simple est très semblable au Reel comique enregistré par Alfred
Montmarquette et Mary « La Bolduc » Travers en 1930 (Starr 15702). Elle rappelle aussi une pièce
connue sous différents titres : L’espandy (ou Le Spandy), Le reel de la belle fermière, Les gens de la Bastille.

67. Clog en la : Cette pièce pourrait être une adaptation en clog de Gillan’s Reel, une pièce composée
par le violoneux écossais Peter Milne (1824-1908) au XIXe siècle. Une pièce avec une section A
semblable a été collectée par Marius Barbeau auprès du violoneux Arsène Jarry à la fin des années
1910.

68. Le reel des Mille-Isles : Ce titre fait-il référence à la rivière des Mille-Isles de la région
montréalaise ou plutôt à la région des Mille-Isles près de Kingston en Ontario? Le shuffle (hémiole)
abondant dans la section B donne une couleur très américaine à la pièce.

69. La moustache noire : Pièce d’origine inconnue.

70. Le Cuisinier : La première section de ce reel donne l’impression d’un 6/8 transformé en 2/4.
Isidore Soucy a enregistré une variante de la même pièce en 1936 sous le titre Reel du Berluchon.

71. Clog en Do : Le début de cette clog rappelle plusieurs clogs enregistrées par Alfred
Montmarquette mais ne correspond à aucune précisément.

62
72. Zwyska : Derrière ce titre intriguant à consonance polonaise se cache probablement une version
très particulière d’un reel écossais ancien, le Fife Hunt, composé par William Gow (1751-1791). La
montée jusqu’au do3 se fait plutôt en fin de la section B dans la version publiée par Ryan (1879, p.
74) tandis qu’ici elle se fait au milieu de la même section. Une version s’en rapprochant a été
enregistrée par Jules Verret en 1974. La deuxième section rappelle aussi la seconde section du Reel des
voyageurs (Miss Horgan’s/Miss Forbes) enregistré par Joseph Allard. Il y avait un homme du nom de
Zvizca, fourreur de son métier, vivant à Québec dans les années 1930.

73. L’Italienne : Il s’agit d’une version d’un hornpipe connu en Grande-Bretagne et en Irlande sous
le titre de Bristol Hornpipe ou Blacksmith Hornpipe.

74. Reel des hirondelles : Dans cette transcription, on peut reconnaitre le contour de la pièce
Farewell to Whisky composé par l’écossais Niel Gow (1727-1807) (Carlin, 1986). La version de
Boucher comporte toutefois plusieurs élisions qui la rendent asymétrique.

75. Les confitures : C’est l’appellation habituellement donnée à une dernière partie de quadrille. La
pièce, qui a une métrique ternaire imparfaite, possède une résonance de chanson française.

76. Reel MacLeod : Le reel Miss McLeod se passe de présentation; c’est l’une des pièces les plus
connues d’entre tous les reels écossais. Son titre original est Miss McLeod of Raasay. Raasay est une île
minuscule située dans une anse de l’île de Skye dans les Hébrides. Notons que la pièce est souvent
jouée en sol en Irlande et en la en Écosse.

77. Reel Marcel : Voici une pièce très surprenante avec sa deuxième section en métrique ternaire,
mais l’une des plus belles pièces de la collection selon moi.

78. Valse en sol : Le contour mélodique de la section A de cette valse rappelle la Polka Ste-Rose
enregistrée par Alfred Montmarquette en 1930 (Starr 15769).

79. Reel du souvenir : Reel d’origine inconnue.

80. Reel du nord : Cette pièce n’a rien à voir avec le reel du même nom enregistré par Alfred
Montmarquette. Il s’agit probablement d’une pièce pour faire giguer.

81. Les petits moutons : Voici une version différente de la célèbre Galope de la Malbaie de Jos
Bouchard. Semblable à la pièce Mackilmoyle des provinces maritimes, la pièce est aussi très proche
parente de la pièce américaine Republican Spirit que l’on retrouve dans la collection Virginia Reels no.1
de G.P. Knauff publiée à Baltimore en 1839.

82. Polka russe : Cette pièce s’est retrouvée plus tard dans le répertoire de Jean Carignan.

83. Reel des pilotes : Tout comme la précédente, la pièce a été reprise par Jean Carignan.

84. Reel Victorin : Reel d’origine inconnue.

85. Les papillons : Si la section A de cette pièce évoque la section B du Reel de Sherbrooke, mais dans
la tonalité de do plutôt que ré, la section B est très proche de la première section du Reel marathon

63
enregistrée par Soucy et Lafleur en 1936 (Bluebird B-4880), mieux connu maintenant sous le titre de
L’oiseau bleu ou Mes amis pensez-y donc, ce dernier titre évoquant les paroles qu’Oscar Thiffaut a mis sur
la mélodie dans les années 1950.

86. Les clochettes : Les Clochettes est une version en métrique ternaire de la célèbre chanson Jingle
Bells (Vive le vent). La section A est très près de la section B de la pièce enregistrée par Isidore Soucy
en 1926 sous le titre de Quadrille canadien, 3e partie, et de celle enregistrée par Luc Michaud en 1928
sous le titre Quadrille de Rimouski, 3e partie.

87. Le brandy : Voici une version du Brandy assez courante dans la tonalité de sol majeur. Toutefois,
Boucher ne l’avait pas transcrite en 3/2.

88. Le Rimouski : La pièce n’a rien à voir avec Le Rimouski de Fortunat Malouin. Il s’agit ici d’une
variante du reel écossais The Bob of Fettercairn. La pièce est plus souvent jouée en sol sous le titre de
Madame Renault que lui avait donné Joseph Allard dans son enregistrement de 1928 (Victor 263531),
mais Isidore Soucy en a également enregistré une version en fa sous le titre de Reel de Prosper en 1936
(Bluebird B-4868).

89. Isle de Melba : Une autre version de cette pièce a été enregistrée en 1990 par Jean-Marie Verret
sous le titre Bistringue des ménétriers sur la cassette Jean-Marie Verret rend hommage à Pit Jornoch 1863-1937.

90. Les quatre coins : Bien qu’il existe une section de quadrille appelée Les Quatre Coins, il s’agit ici
plutôt d’un air où le violoneux tape les quatre coins du corps de son violon avec le bouton de son
archet en temps avec les silences de la section B. Il existe une tradition d’airs sur le même principe,
communément appelés Four poster beds, et ce, en Grande-Bretagne, en Irlande et aux États-Unis. Au
Québec, la version la plus connue est celle des Quatre coins de St-Malo, dont la première section
correspond au refrain de la chanson À St-Malo beau port de mer, et d’abord enregistrée par Isidore
Soucy en 1929. Notons qu’il existe d’autres versions sans le refrain de la chanson comme, par
exemple, celle de J.-O. La Madeleine intitulée Rabidibidou (1929), qui s’approche de celle de Boucher,
la section B étant presque identique.

91. Reel de la paix : Reel d’origine inconnue.

92. Les yeux verts : On reconnait dans la section A de cette pièce, le première section de St.Lawrence
Jig, une pièce populaire dans le répertoire du Nord-Est de l’Amérique du Nord. Joseph Allard en a
enregistré deux versions dans des tonalités différentes et en a enseigné une troisième à Jean
Carignan (voir no. 81 dans Bégin, 1981). Isidore Soucy et Donat Lafleur en ont aussi enregistré une
version sous le titre Clog canadienne en 1930 (Starr 15752b). La section B de Boucher est des plus
inusités avec sa modulation en sol.

93. Le réveillon : Un autre 6/8 de quadrille à n’en pas douter.

94. Reel Yamaska : On reconnait ici une mélodie que Jos Bouchard a enregistrée dans la tonalité de
do majeur comme 4e partie de son Quadrille Bouchard, pièce aussi parfois appelée La Belle Catherine.
Voir les transcriptions dans Carlin (1984) et Joyal (1994).

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95. Reel Wynda : Aussi connue sous le nom de Reel Héléna, cette pièce a été enregistrée par le
violoneux Eugène Demers en 1932 sur étiquette Starr (15758-a). Le groupe de Québec Les
montagnards laurentiens l’a popularisé par la suite.

96. Reel des vagues : Il s’agit d’une version asymétrique d’une marche militaire révolutionnaire
américaine connue sous le titre de Road to Boston et que Don Messer a popularisé vers 1945.

97. Reel des beaux yeux : La section B de ce reel qui sonne davantage comme une polka ou une
schottische rappelle la pièce instrumentale Le triomphe jouée dans la région du Saguenay. Voir la
version du violoneux Louis Boudreault dans Ornstein (1985).

98. Petite cocarde : Cette pièce alterne une métrique binaire et une métrique ternaire. La première
section utilise un motif assez commun qu’on retrouve dans de nombreuses sections d’autres pièces :
la section B du Quadrille français enregistré par Joseph Allard en 1929; la section A du Quadrille fève aux
lards (ou Reel Boule de neige) enregistré par Joseph Allard en 1932, également joué par Don Messer sous
le titre Pork and Beans; la section B du Quadrille canadien, partie 1, enregistré par Isidore Soucy en 1926;
la section A du Bridesmaid Schottische que l’on trouve dans la collection Kerr’s (1887), vol. 4, page 46.

99. Mes amours : Pièce d’origine inconnue.

100. Baie des sables : Il s’agit d’une version asymétrique de la pièce Winter Night Schottische de
Charles Coote (1808-1880). Coote composait ou adaptait des airs d’opéra pour en faire des airs à
danser. Voir la collection Kerr’s (1876), volume 2, no. 439 pour une autre transcription de la pièce.
Baie des sables est une petite municipalité de la Gaspésie.

101. Galopade : Il s’agit du seul doublon de toute la collection (voir no. 84 Reel Victorin)

102. Les forgerons : Isidore Soucy a enregistré en 1926 une variante de ce reel simple sous le titre de
Quadrille de Québec, 1ère partie.

103. Double gigue : Tant par son titre que sa structure, cette pièce est toute désignée pour faire
giguer.

104. Reel Paspébiac : Paspébiac est une petite municipalité de la Gaspésie.

105. Valse en sol : Valse d’origine inconnue.

106. Les Bois-Francs : Isidore Soucy avait enregistré une pièce comprenant la même section haute
sous le titre Reel du Faubourg de Québec en 1931 (Starr 15767a). La section B de cette pièce est aussi
connue sous le titre de Marie, sauce ton pain. Le titre fait probablement référence à la région des Bois-
Francs dans le Centre-du-Québec.

107. Les chasseurs : Voici une version en reel de l’air de la chanson Home Sweet Home dont la
musique a été composée par Sir Henry Bishop (1786-1855). Bayard (1982) rapporte une seule version
en reel de cet air en Pennsylvanie mais plusieurs versions sous forme de valses. Au Québec, la
version en reel est très commune :
- Sous le titre Quadrille national, section 2 enregistré par Isidore Soucy en 1928;

65
- Sous le titre Quadrille de Chez Nous enregistré par Joseph Allard en 1928 (aussi plus tard sous
le titre Reel de Tadoussac);
En Nouvelle-Angleterre, une version plus simple a connu un très grand succès commercial sous le
titre Glise à Sherbrooke, enregistrée en 1952 au New Hampshire par l’orchestre de Ralph Page (voir
transcription dans le Portland Collection, volume 1, page 85 (Songer et Curley, 1997).

108. Pointe au Pic : La version présentée par Boucher est assez semblable à celle enregistrée par Jos
Bouchard, violoneux de Charlevoix, en 1938. Il est possible que Bouchard l’ait appris dans la
collection de Boucher par l’intermédiaire de son épouse qui lisait et enseignait la musique. Toutefois,
il s’agit d’une pièce qui a connue une grande popularité au début du XXe siècle. Composée pour le
piano par l’irlando-américain Lawrence B. O’Connor en 1907 sous le titre Four little blackberries, cette
pièce comporte quatre sections dans sa version originale jouée dans la séquence ABACDC. Très vite
après sa publication, la pièce a été adaptée pour le banjo et enregistrée par divers artistes. Il est
possible qu’elle soit devenue populaire au Québec par le disque autant que par l’imprimé.

109. La patte du mouton : Boucher nous offre ici une version toute simple en deux sections du
célèbre Reel du pendu. La patte du mouton (Sheep shank en anglais) correspond le plus souvent à un autre
air en la majeur dont la parenté avec l’air de Boucher est très ténue mais que l’on retrouve au no. 112
sous le titre Presto. Se pourrait-il que le Reel du pendu soit un lointain parent du Sheep shank? Les
versions en deux sections du Reel du pendu sont quand même courantes au Québec, mais elles ont
laissé leur place à des versions élaborées en plusieurs sections. Il est à noter que le violoneux Romeo
Hottot de Douglastown en Gaspésie, filmé par Glenn Patterson, appelle Sheep’s paw (patte de
mouton) une version du Reel du pendu, ce qui suggère que la pièce avait peut-être cet autre titre dans
certaines localités en Gaspésie et en Acadie.

110. Salut des dames : Le titre fait référence à une section de quadrille.

111. Cotillon : La section B a une métrique ternaire évidente tandis que la section compte deux blocs
de cinq temps. Le tout fait penser à une chanson ou à un air de danse de l’Ouest de la France. Le
groupe Entourloupe a enregistré une version de cette pièce sur leur album Les choux pis des melons.

112. Presto : Voici une version du reel écossais Sheep Shank, mieux connue au Québec sous le nom
de Reel des Éboulements, en raison de l’enregistrement qu’en a fait Jos Bouchard. À noter la section A
deux fois plus longues que la B. Se pourrait-il que les titres des nos. 112 et 109 aient été inversés,
puisque la mélodie du no. 112 correspond à La Patte du Mouton?

113. Gigue double : Cet air se prête bien à un accord en vielle au violon (la-mi-la-mi). La pièce a
aussi été collectée dans les années 1980 par Éric Favreau auprès de Rosaire Richard, violoneux de
Sherbrooke, qui avait alors 86 ans.

114. Le rêve du diable : La pièce est un classique qui se passe d’introduction. Boucher en propose
une version assez élaborée avec neuf sections, différentes des variations que l’on retrouve dans les
collections écossaises. Les sections F et I sont presque les mêmes que les sections A et B du fameux
Reel St-Antoine enregistré par Jos Bouchard en 1938 (Bluebird B-1163), ce qui pourrait expliquer
l’origine de ce dernier reel.

66
Qui était J.A. Boucher?
On sait très peu de choses sur le J.A. Boucher mentionné en page couverture de la collection. Outre
le fait que la collection qui arbore son nom a été publiée en 1933, à compte d’auteur, nous n’avons
aucune autre certitude. Selon feu Gabriel Labbé1, il jouait du violon vers 1926 et 1927 et aurait
participé aux Veillées du bon vieux temps organisées par Conrad Gauthier à Montréal ou aux Festivals
organisés à Québec par Marius Barbeau.

J.A. Boucher est un nom tout de même assez commun dans le Québec du début du XXe siècle. Une
dizaine d’hommes portent ce prénom raccourci (« J.A. » ou J.-A. ») dans les recensements et les
annuaires d’époque, tant à Montréal, qu’à Québec, qu’ailleurs en province et au Canada. Si on
considère que la plupart des hommes baptisés au Québec ont comme prénom Joseph avant un autre
prénom plus particulier, nous avons affaire à des dizaines, voire plus d’une centaine de possibilités de
J.A. Boucher qu’ils soient prénommé Adélard, Albert, Arthur, Amédée, Armand ou un quel qu’autre
prénom commençant pas la lettre A. De quel J.A. s’agit-il? Examinons les possibilités.

J.A. Boucher le musicien

Il existait bien un J.A. (Joseph Arthur) Boucher (1869-1927), musicien de profession, dans la ville de
Montréal, le seul par ailleurs à s’afficher ouvertement comme musicien de profession parmi tous les
J.A. Boucher de la province de l’époque. On retrouve ses traces dans les annuaires Lovell de
Montréal de 1892 à 1927, habitant presque toujours dans l’actuel quartier latin ou sur le plateau
Mont-Royal. C’était un musicien assez connu pour avoir droit à une description dans l’encyclopédie
de la musique au Canada2. Or, son parcours est plutôt celui d’un musicien de musique sérieuse :
contrebassiste, chef d’orchestre (créateur de la Symphonie de Montréal), maître de chapelle et organiste à
l’église St-Jean-Baptiste et directeur du Shamrock Club Orchestra. À première vue, il parait peu probable
qu’il soit l’auteur d’une collection qui met de l’avant un répertoire de violoneux jouant pour la danse
essentiellement.

Quelques faits permettent de dire qu’il est très improbable que ce premier J.A soit bien l’auteur du
Répertoire du violoneux. D’abord, il est mort en 1927 et la collection a été publiée en 1933, soit à six
années d’écart. Le « tels que joués par J.A. Boucher » apparaissant sur la couverture suggère qu’il
s’agit d’un musicien qui était encore vivant en 1933, sinon on aurait plutôt indiqué « tels que les
jouaient J.A. Boucher ». À moins que quelqu’un d’autre ait assumé les frais et le rôle de publier son
répertoire qui avait été préparé de son vivant, ou qu’il s’agit d’une collection de publication
posthume, il semble donc peu probable que ce J.A. musicien de profession soit le « bon » J.A.
Ensuite, les transcriptions de pièces laissent régulièrement à désirer. Il n’y a pas le souci des
structures qu’on attendrait d’un musicien évoluant dans la sphère de la musique sérieuse, habitué à
des partitions d’orchestre, d’orgue et de choeurs. Enfin, on retrouve plusieurs pièces dans la
collection qui ont été popularisées par les enregistrements sur 78 tours de Fortunat Malouin après
1927, donc après la mort de ce premier J.A.

1
Renseignements communiqués à Francine Brunel-Reeves en janvier 1994.
2 Voir http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/boucher-joseph-arthur/

67
Quelques éléments indiquent tout de même qu’il aurait pu être l’auteur de la collection, même si elle
avait été publiée de façon posthume, si c’est le cas. D’abord, il était contrebassiste, donc rien
n’empêche qu’il pouvait aussi jouer du violon en dilettante puisqu’il était familier avec le maniement
de l’archet. Selon l’article de l’encyclopédie canadienne, il n’aurait pas eu d’éducation musicale
formelle. Ce serait son père, Adélard J. Boucher, ayant commerce de pianos, d’instruments et de
partitions musicales sur la rue Notre-Dame, qui aurait fait son éducation musicale. Nous ne
connaissons pas le bagage musical de son père. Peut-être jouait-il aussi de la musique traditionnelle?
Ensuite, le fait de mettre le nom en assez grosses lettres sur la couverture suggère qu’il s’agissait de
quelqu’un de connu tout de même, ce qui correspond bien à ce premier J.A. Boucher de Montréal.
Comme les violoneux de l’époque ne lisaient majoritairement pas la musique, on peut supposer que
la collection était destinée plutôt à un public urbain éduqué, profitant d’une certaine mode pour le
folklore. Il fallait que ce soit quelqu’un qui puisse évoluer dans ces deux mondes, ce qui aurait pu être
le cas de notre premier J.A. Dans un article publié dans la revue musicale La Lyre en 1928 suite au
décès de J.A. Boucher, le musicien montréalais, on peut lire : « Il appartenait à cette école de
musiciens qui, tout en s’adaptant au genre moderne, conservent encore une attache à des traditions
musicales qu’il est bon de conserver, en vertu d’un éclectisme qui dénote une culture intelligente et le
discernement d’un goût averti. » Malgré l’obscurité du langage utilisé, nous pouvons comprendre de
cet extrait que J.A Boucher s’intéressait à divers genres musicaux plus « anciens ». Comme la musique
traditionnelle jouissait d’une certaine faveur chez les bien pensants à l’époque (années 1920 et 1930),
il n’est donc pas impossible qu’il se soit intéressé à ce genre. Le répertoire de musique de quadrille
abonde dans la collection. Or, cela faisait encore partie des attentes que l’on pouvait avoir à l’époque
qu’un musicien professionnel qu’il soit capable de jouer un tel répertoire. Les quadrille bands
montréalais du XIXe siècle comptaient des musiciens de formation plutôt que des violoneux jouant à
l’oreille. Les festivals de Québec auxquels auraient participé J.A. Boucher selon Labbé étaient
l’occasion de mettre en valeur le répertoire de chansons traditionnelles à la sauce classique, tel que
Marius Barbeau l’entendait, soit avec harmonisation. Il ne serait pas étonnant qu’un musicien
classique ait été invité à y participer plutôt qu’un violoneux, surtout s’il s’agissait d’accompagner des
chanteurs professionnels.

D’autre part, le « tels que joués par J.A. Boucher » de la couverture peut suggérer que J.A Boucher
n’était pas nécessairement lui-même l’auteur de la collection, mais que quelqu’un aurait transcrit le
répertoire pour lui ou en son honneur, ou à sa mémoire.

Les autres J.A. Boucher

Si on examine les autres possibilités que celles du musicien précédent, la première question est de
savoir si notre J.A. était de la région de Montréal ou de celle de Québec.

Un seul titre de la collection fait penser que J.A. était de Montréal; la marche intitulée Le 65e régiment.
En effet, il s’agit du nom du bataillon des fusiliers Mont-Royal, régiment basé à Montréal qui donnait
souvent des concerts de fanfare au pied du Mont-Royal. D’autres titres rapprochent aussi J.A. de la
région montréalaise : Les Mille-Isles; Reel Yamaska; le père Allard (en référence à Joseph Allard sans
doute). En 1933, année de la publication du Répertoire du violonneux, on ne trouve que deux autres
« J.A. Boucher » dans l’annuaire de Montréal : l’un est contremaitre dans une fabrique de chaussures,
l’autre est machiniste. Ce ne sont sans doute pas des candidats potentiels.

68
Un encore plus grand nombre de titres de la collection rattache J.A. à la région de Québec et à l’est
de la province. Ainsi, on trouve dix pièces du répertoire de Fortunat Malouin, plutôt actif dans la
région de Québec, de même que des pièces qui seront reprises par Jos Bouchard quelques années
après comme le reel de Pointe-au-pic. Enfin, on trouve dans les titres des références au bas du fleuve et
à la Gaspésie : Témiscouata, Paspébiac, Baie-des-Sables, etc.

En suivant davantage la piste de la ville de Québec, on ne trouve aucun J.A. Boucher, musicien, dans
les recensements de 1911 et 1921. Celui de 1931 n’est pas encore accessible. Les annuaires Marcotte
sont une bonne source de renseignements. On n’y trouve pas non plus de J.A Boucher, musicien,
entre 1913 et 1970. Cependant, il y a plusieurs J.A. ou J.-A. Boucher listé au cours de cette période.
Lequel pourrait correspondre à notre homme?

Comme la collection a été publié en 1933, et qu’elle contient un grand nombre de pièces, on peut
supposer que J.A. avait plus de 25 ans à cette date, probablement plus de 40 ans. De plus, de publier
à compte d’auteur pendant le pire de la crise économique demandait certaines ressources matérielles;
on peut supposer que J.A. n’était pas un ouvrier ordinaire, plutôt un commerçant ou un
professionnel, sans doute urbain, au moins au moment de publier.

Entre 1913 et 1928, les annuaires de la ville de Québec ne listent jamais plus d’un J.A. Boucher :

1913-1917 : J.A. Boucher, commis, habitant au 189 Lavigueur;


1918-1922 : aucun J.A. Boucher dans les annuaires;
1922-23 : J.A Boucher, employé au Château Frontenac, habitant au 28 St-Flavien;
1924-1928 : J.-A. Boucher, embaumeur chez Laberge et Marceau, au 296 St-Olivier, puis au 70 St-
Germain et au 226 Latourelle.

À partir de 1928, on retrouve plus d’un J.A. Boucher. L’un possède une maison de chambres au 6
Ste-Famille. Il est listé de 1928 à 1932, puis disparait des annuaires. Ce n’est probablement pas celui
que nous cherchons. Les deux autres sont des candidats potentiels.

L’un est pédicure (chiropodiste). Il est présent dans les annuaires de Québec de 1928 à 1947, mais
déménage quelques fois son bureau professionnel ou sa résidence : 359 St-Jean (1928-29); 58 Côte du
Palais (1929-33) avec résidence au 94 Lavigueur (1931-35); 47a St-Jean (1933-47) avec résidence au
94 Murray (1943-47). Sur la liste des électeurs de 1945, il apparait enfin sous son nom complet :
Antoine J.-A. Boucher. L’autre est mécanicien, soit à son compte ou pour d’autres. Il est présent de
1928 à 1964.

Ailleurs au Québec, il est un autre J.A. Boucher assez connu. Il s’agit de Joseph Adélard, né à Notre-
Dame-du-Portage en 1880. Il deviendra marchand général et photographe à Rivière-du-Loup. Il a
dirigé son commerce jusqu’en 1954. Bien que plus spécialisé, ce commerce existe toujours
aujourd’hui et porte encore son nom : librairie J.A. Boucher. Il n’y a pas de trace que ce J.A. était
aussi musicien, bien que ce ne soit pas impossible.

En conclusion, il n’est malheureusement toujours pas possible de dire qui était J.A. Boucher
précisément.

69
Analyse du contenu de la collection
Le répertoire présenté dans cette collection est sans doute typique de celui d’un violoneux doué ou
d’un violoniste s’intéressant au folklore, semi-professionnel des décennies 1920 et 1930 au Québec,
près ou dans une grande ville comme Québec et Montréal. Voyons plus en détails les formes
musicales et les tonalités des pièces que l’on retrouve dans la collection.

Tableau 1 – Répartition des formes dans les pièces de la collection


Forme Nombre Pourcentage Pourcentage dans le répertoire québécois 1920-1940 *
6/8 6 5% 9%
Clog 8 7% 4%
Marche 4 4% 4%
Reel 39 34% 45%
Reel simple 44 38% 25%
Reel à 3 temps 4 4% 2%
Valse 9 8% 11%
* Voir Duval (2012) pour la source de ces données

Les pièces dans les formes reel et reel simple dominent nettement le contenu de la collection, ce qui
est typique du répertoire traditionnel québécois encore de nos jours. Les clogs, une forme peu
courante aujourd’hui, étaient très populaires à l’époque. C’est aussi le cas pour les marches. Si l’on
compare les pourcentages de formes à ceux des enregistrements de l’époque 1920-1940 sur le
Gramophone virtuel 3, on retrouve dans la collection de Boucher davantage de pièces dans la forme reel
simple (polkas, galopes), mais autrement une proportion semblable des principales formes.

Tableau 2 – Répartition des tonalités dans les pièces de la collection


Pourcentage dans le répertoire québécois 1920-
Tonalité Nombre Pourcentage 1940 *
La majeur 20 17% 17%
Si bémol majeur 8 7% 3%
Do majeur 8 7% 7%
Ré majeur 33 29% 33%
Fa majeur 11 10% 5%
Sol majeur 32 28% 24%
Mode myxolydien et mineur 2 2% 10%
* Voir Duval (2012). Les chiffres ont été ajustés pour tenir compte des modulations dans une même pièce.

Dans l’ensemble, la répartition des pièces de la collection selon les tonalités est assez typique du
répertoire québécois sur enregistrement commercial de l’époque. On retrouve tout de même un peu
plus de pièces en fa majeur et en si bémol majeur, et moins de pièces en mode mineur et myxolydien.
On trouve aussi plusieurs morceaux qui exigent de pouvoir utiliser plus que la première position au
violon, soit 19 sur les 114 que compte la collection. Enfin, on trouve beaucoup de pièces à trois
sections.

3
http://amicus.collectionscanada.gc.ca/gramophone-bin/Main/AdvSearch?coll=24&l=1&v=1

70
Lien avec Fortunat Malouin

On peut affirmer que J.A. Boucher connaissait Fortunat Malouin ou, à tout le moins, qu’il
connaissait ses enregistrements sur étiquette Columbia datant de 1928 car toutes les dix pièces (sauf
une) enregistrées par Malouin se retrouvent dans la collection, en général sous des titres différents
cependant. En aucun cas le nom de Malouin n’est mentionné comme compositeur ou comme source
pour ces pièces. Le fait que les transcriptions de Boucher diffèrent un peu et même parfois beaucoup
des versions enregistrées par Malouin suggère différentes possibilités :
- Certaines de ces pièces sont faussement attribuées à Malouin. Elles le précèdent et faisaient
déjà partie de la tradition;
- Boucher s’était réapproprié les pièces de Malouin ou les avait apprises d’autres violoneux en
seconde main;
- Boucher et Malouin se connaissaient et étaient peut-être des compétiteurs dans un même
milieu, soit la ville de Québec et sa région. La collection aurait alors servi, entre autres, de
prétexte à un duel indirect entre les deux violoneux. Boucher aurait ainsi présenté ses propres
versions des pièces enregistrées par Malouin, avec ses propres titres.

Je retiens cette dernière hypothèse comme la plus probable. En voici les raisons déduites à partir des
titres de pièces de la collection en grande partie.

La première pièce de la collection est l’une des plus fameuses de Malouin : Les Joyeuses Québécoises
(Columbia 34144-F). Or, non seulement Boucher y appose un titre différent (Variations sur un air
canadien), mais il propose des variations assez acrobatiques, peut-être une façon détournée de montrer
sa supériorité sur Malouin. De plus, en faisant référence à un « air canadien », Boucher veut peut-être
remettre les pendules à l’heure en affirmant que Malouin s’est approprié un air qui est en fait
traditionnel.

Au no. 6 de la collection, le Reel du Président, on reconnait sans peine le Reel Lindbergh enregistré par
Malouin en 1928 (Columbia 34130-F). Selon l’histoire rapportée par Gabriel Labbé (1977 et 1995),
Malouin l’aurait composé en 1917 et l’aurait appelé Reel de la Rivière-Blanche ou un titre semblable
jusqu’à ce qu’il l’enregistre à New York, pour alors le renommer en l’honneur de Charles Lindbergh
qui venait en 1926 d’effectuer la première traversée de l’Atlantique en avion. Il n’est peut-être pas
surprenant que Boucher n’ait pas été au courant de ce nouveau titre au moment de publier la
collection. En effet, les disques de la série F de Columbia était d’abord destinés au marché des
franco-américains, et n’ont pas nécessairement fait leur chemin vers le Québec immédiatement après
leur sortie américaine. Quoiqu’il en soit, la pièce devait être en circulation dans la région de Québec
depuis plus d’une décennie avant que Boucher ne la transcrive. L’histoire révélée par la fille de
Malouin et citée par Labbé laisse tout de même supposer que la pièce n’avait pas un titre fixe avant
son enregistrement.

Le cas du no. 29 (Le Vieux Champion) est encore plus favorable à l’hypothèse de la compétition entre
les deux violoneux. Malouin l’a enregistré sous le titre Le Rimouski, et elle est connue de nos jours
sous celui de Reel de Rimouski. Or, selon Labbé (1995), Malouin avait remporté un concours
provincial de violoneux qui se tenait dans le quartier St-Sauveur de Québec en 1926, ce qui faisait de
lui à juste titre un champion. C’est d’ailleurs probablement ce succès qui lui a ouvert l’opportunité
d’aller enregistrer dix pièces à New York en 1928 pour Columbia. En 1933, au moment de la

71
publication du Répertoire du Violonneux, Malouin était rendu à l’âge respectable de 63 ans, ce qui faisait
évidemment de lui un « vieux champion ». Se pourrait-il que J.A., un peu plus jeune sans doute, ait
voulu décocher une flèche à son adversaire? Peut-être les deux hommes s’étaient-ils affrontés à ce
concours en 1926? En outre, Boucher propose une pièce différente mais au titre identique, Le
Rimouski, au no. 88, peut-être une manière de dire que Malouin n’avait pas le bon titre pour la pièce
qu’il avait enregistrée.

Pour la Ronde des voyageurs (no. 35), le titre de Malouin est préservé mais nous avons un peu le même
cas que pour Les Joyeuses Québécoises en ce que Boucher propose des variations que Malouin ne faisait
pas. Idem pour le Rêve du diable (no. 114 dans cette nouvelle édition) que Malouin a aussi enregistré.
Dans ce dernier cas cependant, la tradition voulait que tout bon violoneux s’applique à créer ses
propres variations de cette pièce iconique du répertoire.

Au no. 45, pour la valse L’Armandine, Boucher est fidèle au titre et à la mélodie enregistrée par
Malouin. Peut-être que Boucher connaissait et respectait la fille de Malouin, habile pianiste
prénommée Armandine, et qu’il ne voulait pas s’aliéner cette dernière. Au no. 57, le Reel Rivière du
Loup, Boucher utilise aussi le titre de la pièce que Malouin avait donné (La Rivière-du-Loup – reel) mais
propose une version légèrement différente de celle de Malouin.

Enfin, il ne reste qu’une pièce parmi les dix enregistrées par Fortunat Malouin qui ne se retrouve pas
dans la collection de Boucher : La Fortunat, une valse.

72
Notes éditoriales
Les pièces ont été réécrites en utilisant le logiciel Finale.

Il y avait deux nos. 94. J’ai mis le Rêve du diable au numéro 114 à la toute fin pour régler ce problème.
Les pièces des numéros 72 et 73 de l’édition originale ont été interverties pour faciliter la mise en
page.

Les barres de mesure de l’édition originale sont souvent aléatoires. Je n’ai eu aucune gêne à les réviser
selon la logique du phrasé ou des changements harmoniques.

Les silences de fin de phrase sont très difficiles à interpréter. J’ai aussi pris grande liberté à les
allonger ou les raccourcir pour la symétrie des sections, introduisant des boites de reprise où il n’y en
avait pas.

En général, quand les pièces étaient évidemment asymétriques, je les ai gardé ainsi. Voici une liste des
quelques corrections de notes et de longueurs des sections effectuées :
- No. 8 : remplacement du do aigu par un si bémol aux 3e et 7e mesures;
- No. 12 : remplacement du la par un si à la 3e ligne, 4e mesure;
- No. 22 : ajout de deux croches pour la symétrie de la dernière ligne;
- No. 25 : ajout d’un dièse au sol de la mesure 50;
- No. 29 : ajout d’un dièse au do de la mesure 13;
- No. 44 : ajout d’un bémol au si à la 5e mesure avant la fin;
- No. 45 : ajout d’une seconde boîte de reprise à la section A;
- No. 52 : changement du sol par un fa à la 5e mesure;
- No. 72 : remplacement du mi par un ré à la mesure 20;
- No. 74 : la fin a été reconstruite;
- No. 77 : ajout d’un dièse au do à la fin de la section A puisqu’elle se résout en ré. Aussi, ajout
de notes de transition entre les sections B et C;
- Nos. 80 et 87 : la répétition de la section B a été annulée;
- No. 93 : les finales ont été allongées dans les deux sections.

Les lecteurs intéressés à obtenir un facsimile de l’édition originale pour comparer les transcriptions
peuvent me contacter à jeanrduval@gmail.com.

73
Bibliographie

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