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LA DECOLONISATION ET

L’EMERGENCE DE NOUVEAUX
ETATS : L’INDE, L’ALGERIE.
I. INTRODUCTION
Le XXème siècle est marqué par le réveil des nationalismes. La décolonisation en est une
manifestation et un aboutissement. La Seconde Guerre mondiale a transformé les rapports de
force colonisateurs /colonisés. Réaffirmé par la Charte des Nations Unies en 1945 « le droit des
peuples à disposer d’eux-mêmes » devient une revendication de plus en plus claire et forte des
peuples colonisés. Parmi ces nations sous domination européenne, l’Inde et l’Algérie vont
s’engager dans une lutte pour l’autodétermination.

L’Inde comme l’Algérie partage ainsi une histoire commune, celle de la décolonisation et de
l’indépendance. Mais leurs parcours pour atteindre l’affranchissement sont différents : l’Inde
emprunte une voie pacifiste, l’Algérie s’engage dans un conflit meurtrier. Après l’indépendance,
leurs orientations divergent à nouveau, sur le plan politique et économique, mais ces deux
nouveaux Etats se reconnaissent tous deux dans le non-alignement.

II. L’INDE, UNE DÉCOLONISATION NÉGOCIÉE.


En 1858, la Grande Bretagne régit la majeure partie de l’Inde. Présente depuis le XVIIème,
elle possède sur le territoire indien de grands intérêts commerciaux.

Pragmatique, la couronne britannique accorde peu à peu davantage d’autonomie aux


provinces indiennes sans toutefois se désengager entièrement. Peu à peu, les idées nationalistes
s’étendent et après la Seconde Guerre mondiale avec le déclin des puissances européennes
l’indépendance devient une demande évidente. Le statut colonial étant par ailleurs contradictoire
avec les buts poursuivis à l’ONU dont certains des pays fondateurs sont des colonisateurs.

Les initiateurs de l’indépendance indienne sont pour beaucoup des intellectuels formés en
Angleterre. Les revendications naissent de la volonté de se libérer de la tutelle britannique qui
impose aux Indiens un statut asymétrique. A la fin du XIXème siècle les mouvements nationalistes
s’organisent : parmi eux deux partis se distinguent le Parti du Congrès dont Gandhi et Nehru sont
membres et la Ligue Musulmane, d’Ali Jinnah.

La couronne britannique finit par céder et entame des négociations avec les principaux
représentants des mouvements indépendantistes. C’est Lord Mountbatten, vice-roi des Indes qui
représentera les intérêts britanniques. C’est en août 1947 que l’Inde est déclarée indépendante.
Mais des conflits très violents entre musulmans et hindous provoquent la partition de l’Inde entre
l’Union indienne et le Pakistan.

III. GANDHI ET LA NON-VIOLENCE


Mohandas Gandhi surnommé Mahatma (la Grande Ame) est né en 1869 dans l’Etat du
Gujarat. Gandhi est issu d’une caste de marchands, il est hindou et a effectué ses études de droit
en Angleterre. Il réside un temps en Afrique du Sud où il exerce la profession d’avocat. Il affine
dans ce pays sa volonté de lutter contre toute forme de colonisation. Les principes de vie de
Gandhi : la tolérance, la vérité, la pauvreté, le végétarisme…vont imprégner son combat pour
l’émancipation de l’Inde. La non-violence (ahimsa) est un de ces principes fondamentaux. Il prône
donc non pas la lutte armée mais la désobéissance civile par le rejet des taxes et des
discriminations imposées aux Indiens. Il est membre du Parti du Congrès crée en 1885.

L’action pacifiste de Gandhi se traduit par des opérations massives et médiatiques comme
le boycott des produits anglais lancé en 1921. C’est une façon à la fois d’affaiblir le pouvoir
économique anglais mais aussi de se démarquer des colonisateurs. Il rejette par ailleurs le modèle
économique occidental. De janvier à avril 1930, la marche du sel est un long cortège de 390
kilomètres de l’état du Gujarat jusqu’à l’état de Mumbai. C’est une nouvelle manifestation contre
la tutelle anglaise qui impose alors un impôt spécial sur le sel, et une nouvelle occasion de
rappeler la légitimité du combat pour la souveraineté nationale.

Quand la seconde Guerre mondiale éclate, Gandhi refuse l’implication de l’Inde dans un
combat hypocrite pour la défense de la démocratie, alors que les Indiens en sont privés par les
Britanniques. A la suite de la résolution Quit India proposé par le Parti du Congrès, il est arrêté en
1942, ce qui conduit à de vastes manifestations et une lourde répression. C’est le point d’orgue de
la lutte pour l’indépendance.

Nehru et Gandhi Gandhi vêtu du traditionnel dhoti indien

Il est considéré comme le guide spirituel de l’indépendance indienne et comme le père de


la Nation indienne, il joue un rôle primordial dans la conquête de la liberté. En 1948, il est
assassiné par un extrémiste hindou.

IV. L’ALGÉRIE, L’ACCÈS À L’INDÉPENDANCE PAR LA


GUERRE.
La France s’installe durablement en Algérie autour de 1830. Malgré la participation de
contingent Nord-Africain durant la Seconde Guerre mondiale et la publication du Manifeste du
Peuple Algérien en 1943, la France reste sourde aux appels de la population algérienne. En mai
1945, les insurrections de Sétif et Guelma sont accompagnées d’une très forte répression de la
part de la métropole et coûtent la vie à près de 30 000 Musulmans.

En 1954, la guerre d’Algérie éclate. A cette époque environ un million de Français vivent en
Algérie, malgré le principe de citoyenneté commune, les Algériens ne sont guère représentés et
vivent sous la tutelle de l’administration française. A l’origine des violentes insurrections du 1 er
novembre se trouve le FLN (front de libération nationale). La France répond à ces événements par
l’envoi de contingent. Des manifestations ont également lieu en France, elles sont très durement
réprimées.

En 1958, le Général de Gaulle est rappelé au pouvoir, dès 1959, il reconnait aux Algériens le
principe d’autodétermination. L’OAS (Organisation Armée secrète) et les partisans de l’Algérie
française s’opposent farouchement à cette solution. C’est aussi la fin de la Quatrième République.

Le 19 mars 1962, les accords d’Evian annoncent la fin de la guerre. Le 3 juillet, l’Algérie
devient un pays indépendant et en termine avec son statut de département français. Elle rompt
ainsi le lien de subordination qui l’unissait à la France. Cependant l’Algérie ne connait pas
immédiatement la paix, des affrontements opposent toujours certains partisans de l’Algérie
française et le FLN. En France, une crise morale éclate suite à la guerre et à l’usage de la torture.
Ahmed Ben Bella, un des chefs du FLN, emprisonné pendant la guerre d’Algérie, prend la tête du
pays consécutivement à son indépendance.

La fin de la guerre d’Algérie s’accompagne de grands mouvements de population. En effet,


les Pieds Noirs (Français d'origine européenne installés en Afrique du Nord jusqu'à
l'indépendance) et les Harkis (Algériens musulmans qui se battent aux côtés des Français)
rejoignent la France fuyant les représailles, ce qui représente environ un million de personnes.

Situation : la Toussaint 1954

A l’inverse de l’Inde, une guerre d’indépendance éclate en Algérie. La Toussaint Rouge


provoquée par le FLN en 1954 est considérée comme le déclenchement du conflit armé. Le FLN
veut rallier tous les partis indépendantistes et agir rapidement. On appelle Toussaint Rouge ou
Toussaint 1954, la vague d’attentats et de sabotages qui a lieu dans différents lieux en Algérie à
l’initiative du FLN. Les motivations du FLN sont la lutte pour l’indépendance, le rejet du
colonialisme et des lourdes discriminations que subissent les Algériens.

V. DES CHOIX DIFFÉRENTS MAIS UNE VOLONTÉ


COMMUNE : L’ÉMERGENCE D’UNE « TROISIÈME
VOIE ».
Les deux superpuissances que sont l’URSS et les Etats-Unis sont opposées à la colonisation
et leur influence sur les puissances européennes est sans doute un facteur de la décolonisation.
Dans un monde séparé par la Guerre froide, les mouvements de décolonisation débutent dès 1945
et se poursuivent jusqu’en 1975. Ils donnent lieu à des guerres comme en Angola, au Kenya ou en
Algérie. L’Inde comme l’Algérie connaissent une période difficile immédiatement après leur
indépendance : la violence et les mouvements massifs de population sont communs à ces deux
pays.
L’Inde comme l’Algérie doivent également répondre à des urgences économiques et
politiques. Après avoir été dirigées par des puissances étrangères, ces deux nations optent pour
deux voies de développement très différentes. L’Inde choisit la démocratie, on la surnomme
d’ailleurs « la plus grande démocratie du monde », l’Algérie devient un régime à parti unique
dirigé par le FLN en 1963. Jusqu’aux réformes de 1989, le multipartisme est proscrit. D’un point de
vue économique, l’Union indienne opte pour le libéralisme, elle doit répondre à la croissance
démographique et entreprend d’importantes réformes agricoles, la « Révolution verte ». L’Algérie
riche en ressources pétrolières connait pourtant la crise dans les années 1980. Dans les années
1990, c’est une guerre civile qui éclate

En 1955, lors de la conférence de Bandung, les Etats nouvellement indépendants


expriment leur refus du colonialisme et revendique le non alignement. On assiste à la naissance du
Tiers Monde en référence à l’organisation bipolaire du monde. Mais cette volonté de rester
indépendant face à l’ordre mondial s’essouffle rapidement.

VI. EN RESUME
Un contexte favorable à la décolonisation L’Inde, une décolonisation longue et pacifiste
- Affaiblissement des puissances - Colonie britannique
colonisatrices conséquence des deux - Rôle primordial de Gandhi (parti du
guerres mondiales Congrès), qui prône la non-violence,
- Valeurs prônées par les démocraties la désobéissance civile.
occidentales (Charte des Nations - Actions fortes et symboliques :
Unies, 1945) marche du sel 1930, boycott des
- Soutien des Etats Unis et de l’URSS. produits anglais
- L’indépendance suivie d’une partition
violente : création de l’Union indienne
(hindoue) et des Pakistans
(musulman), déplacements massifs de
population.
L’Algérie, l’indépendance par la guerre. L’heure des choix, le non alignement
- Département rattaché à la France. - Conférence de Bandung, 1955
- 1945, la France refuse tout dialogue, - Non alignement, volonté
terrible répression des émeutes de d’indépendance face au monde
Sétif et Guelma. bipolaire.
- La Toussaint Rouge, déclenchement - Echec de cette position
de la guerre.
- Des négociations soldées par les
accords d’Evian (1962), fin de la
guerre.
- Massacres, tortures, un lourd bilan
humain et moral.
- De grands mouvements de
population, rapatriement massifs.

L’Inde et l’Algérie sont deux exemples des mouvements de décolonisation opérés au


XXème siècle. Ces anciennes colonies s’émancipent et doivent faire face à de nouveaux enjeux.