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UN PEU D'HISTOIRE...

Le mot pétrole signifie littéralement "huile de pierre" mais au cours de l'histoire il fut
désigné par différents noms tels que: huile minérale, essence, bitume, asphalte, poisson
de Trinidad, etc... Sa découverte ne date pas d'aujourd'hui et son usage remonte aux
origines de l'homme. Dans l'Antiquité, les hommes adorairent le feu qui surgissait du
sol et se maintenait de façon permanente, entretenu par le gaz naturel qui provenait des
gisements profonds de pétrole. Ils utilisèrent les affleurements naturels de pétrole afin
de maintenir le feu sacré des temples antiques et les roches asphaltiques furent utilisées
pour la construction des habitations. Les habitants de la région du Tigre et de l'Euphrate
perfectionnèrent les multiples utilisations du pétrole en l'utilisant comme combustible,
pour le traitement de diverses maladies et pour la peinture et la décoration des temples;
leurs ingénieurs et architectes l'utilisèrent également dans la réalisation des voies
publiques ainsi que pour construire les fondations et les murs soutenant les jardins
suspendus de Babylone. Les égyptiens l'utilisèrent pour embaumer les momies et les
chinois parvinrent à creuser des puits qui atteignaient des profondeurs de 3500 pieds, à
partir desquels ils extrayaient et menaient, dans des tuyauteries de bambou, le gaz
utilisé comme combustible vers les habitations des mandarins. A cette époque, ils
avaient donc déjà découvert que le pétrole brut pouvait être utilisé dans des lampes
fermées. Les perses et les arabes progressèrent dans le perfectionnement des
technologies qui permettaient de distiller le pétrole en ses différentes fractions plus
légères afin de l'employer à des fins belliqueuses. Les peuples indigènes américains
l'utilisèrent aussi de différentes façons et entre autres comme combustible d'éclairage
domestique, pour calfater leurs pirogues, renforcer leur vaisselle et à diverses fins
médicinales.Quant à l'homme occidental du XIXème siècle, le besoin d'obtenir une
source d'énergie lumineuse l'amena à développer les possibilités du pétrole dans ce
secteur.

Vers la moitié du XIXème siècle, George Bisell, un avocat de New York possédant une
ample vision du futur, se demanda si la substance connue sous le nom d'huile minérale
et provenant des collines de Oil Creek, en Pennsylvanie, ne pourrait pas être exploitée
en grandes quantités et servir de combustible pour les lampes. La question était de
savoir si elle pourrait être compétitive face aux huiles de carbone, végétales et
animales, utilisées à cette époque comme source de combustible. Après avoir
enthousiasmé un banquier nommé James Towsand, ils chargèrent le professeur de
chimie Benjamin Silliman de faire l'analyse des propriétés de l'huile minérale. Ce
dernier rendit ses résultats en 1855 et confirma la grande valeur des produits obtenus à
partir de l'huile minérale. Bien qu'à cette époque la technique d'obtention du kérosène
(Keros , cire et Elaion, huile), à partir du raffinement de l'asphalte et de substances
similaires comme l'huile de charbon, fut déjà connue et représenta d'ailleurs un bon
négoce durant la décennie des années 1850, la préoccupation de Bisell et des autres
investisseurs intéressés était de trouver suffisamment d'huile minérale afin de réduire
les coûts et de pouvoir ainsi concurrencer l'huile de charbon. Bisell découvrit dans la
méthode de forage destinée à l'obtention du sel la possibilité d'exploiter industriellement
les puits de pétrole et décida dès lors de l'appliquer à ce produit. Il signa alors un contrat
avec Edwin L. Drake, connu postérieurement comme "le colonel Drake", qui réalisa les
travaux d'extraction à Titusville (Pennsylvanie). Avec beaucoup d'obstination, le
colonel Drake débuta les activités de forage, appliquant de nouvelles techniques
produits de son génie innovateur et deux ans plus tard, il parvint à extraire du pétrole
d'un puits, devenant ainsi le premier et le plus célèbre foreur de l'histoire de l'industrie
pétrolière. En avril 1861, les foreuses rencontrèrent le premier puits jaillissant qui
expulsait le pétrole à un rythme étonnant de 3000 barils par jour. Les préoccupations
relatives au niveau de production furent ainsi dissipées. La production de Pennsylvanie
passa de 45.000 barils en 1860 à 3 millions en 1862.

Tout ceci engendra une frénétique vague de prospérité qui, dans le cadre de la
commercialisation, vit monter et descendre les prix à un rythme vertigineux. C'est ainsi
que débuta ce qui fut nommé " la course au pétrole", se caractérisant par la recherche de
puits, l'exploitation immédiate et la production accélérée qui provoquèrent un
épuisement prématuré de la production. Furent parmi les causes d'un tel tarissement le
manque de connaissances géologiques, l'obtention de bénéfices élevés et rapides, la
nature des conditions de location de la terre qui forçait à exploiter à un rythme accéléré
et la terrible concurrence entre producteurs voisins qui, protégés par la "loi
d'appropriation", pouvaient exploiter les richesses du sous-sol sans se préoccuper de
savoir à quel terrain appartenait majoritairement le gisement.

Ce fut donc une époque de grande expansion économique et de rapide développement,


caractérisée par une spéculation énorme et une féroce compétition. A la fin de la guerre
civile (1865), surgirent des entreprises à grande échelle parallèlement aux avances
technologiques réalisées dans des secteurs aussi divers que l'acier, l'emballage des
aliments et les communications. La forte imigration et la colonisation de l'Ouest
favorisèrent la croissance rapide de nouveaux marchés. En fait, durant les 35 dernières
années du siècle passé, comme jamais dans l'histoire nord-américaine, les entreprises
des USA furent de bonnes affaires et les énergies, ambitions et pensées des hommes
jeunes furent irrésistiblement attirées par cet aimant. Ils étaient attrapés par ce que le
grand magnat du pétrole, John L. Rockefeller dénomina "le grand jeu", la lutte pour
arriver à construire et la course à l'argent. Le jeu, qui se jouait à l'aide de nouvelles
inventions et techniques d'organisation, convertit une république agricole en la première
puissance industrielle du monde. Et c'est cet esprit de lutte, aggressif et déshumanisé,
qui fut utilisé dans ses relations avec les autres pays durant le XXème siècle.

John L. Rockefeller, commerçant prospère du secteur des raffineries, fut l'initiateur de


l'ère moderne du pétrole. En 1870, avec son associé Henry Flager et trois autres
investisseurs, ils constituèrent la société la plus puissante et aussi la plus controversée
de la fin du siècle passé et début du XXème, la Standard Oil Company. L'idée de
Rockefeller était d'arriver à ce que le secteur pétrolier se stabilise afin que le commerce
du pétrole devienne sûr et rentable et qu'il soit entièrement contrôlé par son entreprise.
Sa compagnie fonctionna donc selon les méthodes impitoyables de la cupidité
déchaînée du capitalisme de la fin du XIXème siècle. A la fin de la décennie des années
70, la Standard contrôlait tous les oléoducs et raffineries tant à l'intérieur qu'à l'extérieur
des régions pétrolifères et acquit la suprématie totale du commerce pétrolier mondial,
écrasant tout type de concurrence sur son passage et absorbant toute entreprise
susceptible de mettre ses intérêts en danger.

Néanmoins, à la fin du XIXème siècle, un nouvel et puissant esprit de réforme, "le


progressivisme", était en gestation en Amérique du Nord. Ses principaux objectifs
étaient la réforme politique, la protection du consommateur, la justice sociale, de
meilleures conditions de travail ainsi que le contrôle et la régulation des grandes
entreprises. Parmi celles-ci se trouvait, bien entendu, la Standard Oil Co, qui était
accusée de monopoliser la production pétrolière. L'unique façon de les contrôler était
par le biais du système politique et des tribunaux. Mais la Standard se défendit en ayant
recours à la figure des "trusts", c'est-à-dire dans ce cas, la fausse union de diverses
entreprises qui travaillent ensemble en étant soi-disant associées; de cette façon, elle ne
pouvait donc plus être accusée d'être une seule entreprise dont le monopole était un fait
établi. L'économie américaine se transforma ainsi d'une économie décentralisée et
compétitive, composée de nombreuses petites entreprises industrielles, en une économie
dominée politiquement et économiquement par de grandes associations commerciales
appelées "trusts", plusieurs d'entre eux se partageant les mêmes investisseurs et
directeurs. Les principaux représentants du progressivisme, dont ceux remarqués par les
moyens de communication, attaquèrent fortement la Standard et firent appel au
gouvernement afin qu'il réinstaure la concurrence, contrôle les abus et réintègre le
pouvoir économique et politique des trusts. La problématique fut dès lors portée devant
les tribunaux et en 1909, le Tribunal fédéral dicta sa sentence en faveur du
gouvernement et ordonna la dissolution de la Standard Oil Co. Celle-ci fit appel devant
le Tribunal suprême qui, en 1911, confirma la décision du Tribunal fédéral.

La Standard se divisa en plusieurs entités indépendantes, dont la principale était


l'ancienne société-mère, la Standard Oil of New Jersey, avec près de la moitié du
patrimoine net total. Avec le temps, elle viendrait à s'appeller EXXON mais ne perdrait
jamais sa position de leader. Les autres compagnies résultant de cette division furent: la
Standard de New York qui deviendrait ensuite MOBIL, celle de Californie qui prendrait
ensuite le nom de CHEVRON; des autres filiales surgirent la SHOIO (qui deviendrait la
filière américaine de BP), l'AMOCO, la CONOCO, l'ARCO et la SUN. Néanmoins,
bien qu'elles furent séparées et ne se partagèrent pas leurs conseils d'administration,
elles respectèrent généralement leur marché respectif et maintenèrent leurs anciennes
relations commerciales d'une façon telle que la concurrence entre elles ne se développa
qu'avec une extrême lenteur.

En général, le développement de l'activité pétrolière dans le monde se caractérisa par


une forte concurrence entre compagnies et en particulier en ce qui concerne leur
domination sur les territoires pétrolifères ainsi que sur le marché mondial, fait dû entre
autres aux anciennes politiques impitoyables de la Standard Oil Co.

Tel qu'il fut déjà dit, en 1870 le commerce mondial n'était pas seulement dominé par un
seul état, les USA, sinon par une seule entreprise, la Standard. Celle-ci empêchait toute
concurrence étant donné que nulle part ailleurs dans le monde, une telle source de
pétrole bon marché et importante, n'avait encore été découverte. Cependant, on savait
depuis des siècles qu'il existait des infiltrations de pétrole dans la péninsule d'Asferon à
proximité de Bacu, un duché indépendant annexé à l'empire russe durant les premières
années du XIXème siècle.Un chimiste suèdois nommé Robert Nobel émigra à Bacu
vers les années 1870 à la recherche de bois pour l'industrie de fusils gérée par son frère
Ludwig en Russie (un autre frère, Alfred, était à l'origine de l'empire mondial de la
dynamite suite à ses études sur la nitroglycérine). Robert, sans consulter son frère et pris
par la fièvre du pétrole, investit l'argent du bois dans l'achat d'une petite raffinerie. Ce
serait le début des frères Nobel dans l'industrie du pétrole. Son entreprise domina
rapidement le commerce pétrolier russe et ils furent les premiers à utiliser des bateaux-
citernes.

En 1886, une famille française d'ascendance juive, les Rothschild, forma la compagnie
pétrolière de la Mer Caspienne et de la Mer Noire, connue par ses initiales en russe,
BNITO, et devint le deuxième groupe pétrolier russe après les frères Nobel. Ces deux
compagnies devinrent les principaux concurrents de la Standard, auxquels elle essaya
de s'opposer avec aggressivité sans jamais pouvoir réellement éviter leur croissance.
Les deux compagnies russes abrirent des marchés en Europe continentale, en Grande
Bretagne et en Russie.

En 1890, Marcus Samuel, le fils d'un juif de nationalité anglaise vendeur de


coquillages, pris contact avec les Rothschild. Le résultat en fut, non seulement son lien
avec le secteur pétrolier mais aussi la mise en place d'un plan audacieux qui, en plus de
solutionner le problème du marché russe, serait un véritable coup porté à la presse de
fer de la Standard Oil Co. et mondialiserait le commerce du Kérosène. Samuel pris
contact avec des entreprises japonaises et d'extrême orient et réalisa une étude des
opportunités et besoins de ces marchés afin de lancer la campagne dans le monde entier.
Après avoir signé un contrat avec les Rotschild, lui accordant les droits exclusifs pour la
vente du kérosène de Bnito à l'Est du canal de Suez, il mit son plan en marche
extrêmement rapidement et dans le plus grand des secrets: il dessina des bateaux-
citernes selon un modèle de bouteille flottante ressemblant à ceux que nous connaissons
aujourd'hui ainsi que des véhicules et des wagons-citernes pour le transport terrestre; il
obtint l'autorisation de transporter le pétrole par la route du canal de Suez et domina
ainsi le problème des coûts de transport; il construit de grands dépôts dans tous les ports
importants d'Asie et des magasins où le pétrole se vendait aux grossistes et aux
particuliers. Lorsque la Standard essaya d'évaluer la portée de la stratégie de Samuel, le
kérosène de celui-ci se vendait déjà partout. Samuel ne transforma pas seulement la
manière d'emballer et de distribuer le pétrole mais il créa aussi une autre des plus
grandes compagnies pétrolières, la SHELL (signifie coquillage en anglais, en honneur à
son père).

La rapide augmentation de la production russe, la position de leader de la Standard Oil


et la lutte pour les marchés nouveaux et déjà établis sont quelques uns des facteurs qui
favoriseraient ce qui serait connu sous le nom de "guerres de pétrole". Cependant, ces
compagnies ne seraient pas les seules à participer à cette bataille.

Aux Etats-Unis, la Standard Oil vit sa position minée par les nouvelles découvertes de
pétrole provenant des gisements de la côte du golphe et de la région continentale du
Texas. Ces nouvelles sources, combinées à l'extrême rapidité à laquelle naissaient les
marchés de l'huile combustible et de l'essence, ouvrirent la porte à une légion de
nouveaux concurrents parmi lesquels comptaient la Gulf Oil Company de William
Mellon et la Texas Oil Company de Joseph Cullinan qui, en 1906, enregistra sa
compagnie sous le nom de TEXACO. Bien que le niveau des ventes de la Standard ait
augmenté, son pourcentage de participation ainsi que son contrôle sur la production du
pétrole brut diminuèrent.

Un autre concurrent important de la Standard Oil et des autres compagnies pétrolières


fut la fameuse firme hollandaise Royal Dutch, constituée en 1890 sous la protection du
propre roi des Pays-Bas, Guillaume III. En 1880, Aeilko Jans Zijlker, un des directeurs
de la compagnie du tabac, découvrit les possibilités offertes par les émanations de
pétrole de la côte de Sumatra, dans les Indes orientales hollandaises. Bien qu'il parvint à
terminer l'exploitation des puits après dix ans de grands efforts, il mourut sans avoir vu
réalisés ses rêves mais ayant cependant fondé la Royal Dutch. Lui succéda un leader
tenace, August Kessler, qui organisa l'entreprise en évitant que les grandes compagnies
pétrolières ne l'absorbent, se convertissant ainsi en un dangereux concurrent. Mais ce
serait Henry Deterding, le succésseur de Kessler, qui mènerait la Royal Dutch à son
poste de leader devançant les autres entreprises européennes, en obtenant un accord
d'association entre la Royal Dutch, la Shell et la Bnito de Rotschild, bien entendu sous
sa direction. Plus tard, il démontrerait ses capacités patronales en obtenant la fusion de
la Shell avec la Royal Dutch, Marcus Samuel perdant ainsi le contrôle de cette dernière.

Une autre compagnie influante, l'Anglo-Perse, débuta l'exploitation pétrolière du


Moyen-Orient grâce à la concession obtenue de son fondateur William Knox d'Arcy en
Perse en 1901 et à l'appui du gouvernement anglais, qui se montra préoccupé à l'idée
que d'autres firmes étrangères puissent obtenir le contrôle de l'exploitation du pétrole
dans la région, ce qui aurait eu des effets, tant commerciaux que politiques, contraires
aux intérêts de la Grande-Bretagne en Perse. L'Anglo-Perse acheta ensuite une
entreprise anglaise de commercialisation de pétrole s'appellant British Petroleum, suite
à quoi elle devint mondialement connue.

La préoccupation des grandes puissances quant aux questions stratégiques et politiques


ainsi que l'importance de la position relative de leur secteur pétrolier face à celui des
autres puissances, s'amplifia sous la menace de la guerre. Le pétrole cessa d'être
uniquement une riche ressource énergétique et en particulier pour le gouvernement
anglais qui décida de changer ses bateaux à propulsion au charbon par des navires
utilisant le pétrole comme combustible.

Durant la guerre, tant la production que la distribution du pétrole furent des éléments
vitaux qui générèrent de nouvelles alliances entre pays impliqués et leur contrôle devint
d'importance stratégique. Les compagnies pétrolières qui auparavant étaient critiquées
par les gouvernements à cause des trusts qu'elles avaient formés, devinrent d'importants
associés de leurs politiques économiques et de guerre. Ainsi, par exemple, la Standard
Oil de New Jersey qui était détestée avant la guerre, avec à sa tête son directeur Alfred
Bedford forma avec d'autres firmes le "Comité national de service du pétrole en période
de guerre", chargé d'organiser l'approvisionnement en pétrole de l'Europe.

Le rôle du pétrole durant la guerre fut déterminant et les allemands perdirent en grande
partie à cause de leur manque de combustible, nécessaire pour leurs avions et véhicules
de terre. Les britanniques et leurs alliés se chargèrent en outre de couper leurs
possibilités d'approvisionnement.

Après la guerre, le nouveau rôle du pétrole étant reconnu quant à l'intérêt qu'il
représentait pour les puissances, une forte lutte pour les nouveaux gisements débuta,
non plus comme source de richesse sinon de pouvoir. Dans le futur, la concurrence pour
les nouveaux terrains pétrolifères ne se limiterait plus à une bataille entre entrepreneurs
et hommes d'affaires. La grande guerre aura démontré clairement que le pétrole était
devenu un élément essentiel de la stratégie des nations et les politiciens et bureaucates
se situaient désormais au coeur de la bataille, attirés à la concurrence par une idée
commune, celle que le monde de l'après-guerre allait encore avoir besoin de quantités
supérieures de pétrole afin d'assurer la prospérité économique et le pouvoir des nations.

En 1920, le gouvernement nord-américain avait complètement changé son attitude face


aux grandes compagnies pétrolières, les convertissant en son meilleur allié et
promoteur. C'était évidemment dû aux intérêts politiques et au rôle du pétrole dans le
monde de l'après-guerre mais aussi au fait que le progressivisme nord-américain avait
épuisé ses forces. De nouveau, l'homme d'affaires était vu comme un héros et le
gouvernement serait cette fois son soutient et non plus son adversaire.

Durant la période de l'après-guerre, les alliés entrèrent en lutte franche pour la


répartition des possibles centres producteurs de pétrole. Ainsi, par exemple, les français
et les britanniques signèrent un accord (l'accord de San Remo) concernant des
concessions mutuelles relatives à l'exploitation des ressources pétrolières en
Mésopotamie. Bien sûr, les intérêts pétroliers des USA se virent menacés par ce type
de contrat qui les laissait hors négoce. Bien qu'initialement il y ait eu beaucoup de
tension dans les relations entre britanniques et nord-américains, subitement les anglais
adoptèrent une attitude très conciliante et se montrèrent ouverts à leur participation en
Mésopotamie. Les motifs de ce changement provenaient des intérêts économiques et
stratégiques de s'unir aux USA et de la préoccupation relative au sentiment anti-
britannique qui était apparu alors. La répartition de la planète en termes pétroliers
débutait.

L'histoire des pays latino-américains suivrait le même sort que les autres nations
pétrolières: ils se convertiraient en centre d'intérêt des puissances et aussi en coeur de la
bataille. En 1901, Weetman Person arriva au Mexique afin de réaliser une révision des
possibles gisements de pétrole. Il forma la Mexican Eagle et obtint ses premières
productions en 1910, en commençant par le fabuleux gisement "le pâturage de la plaine
4", qui produisait à un rythme de 110.000 barils par jour et qui fut considéré comme le
principal puits de pétrole du monde. Le Mexique se convertit rapidement en un des
principaux producteurs de la planète, atteignant un second poste en 1921. Mais
l'environnement social et politique du pays polarisa les intérêts des parties impliquées
en laissant d'un côté les nationalistes et les révolutionnaires et de l'autre, les compagnies
pétrolières. Le problème de la souveraineté et de la propriété était un thème brûlant: à
qui appartenaient les bénéfices du pétrole? Jusqu'en 1884, les ressources du sous-sol
avaient appartenu premièrement à la couronne et ensuite à la nation. Le régime de
Porfirio Diaz avait altéré la tradition légale en octroyant sa propriété aux propriétaires
des terres superficielles qui, à leur tour, acceptèrent, enchantés, le capital étranger qui
arriva à contrôler 90% des propriétés pétrolifères du pays. Finalement, la révolution
parvint à ce que dans la constitution de 1917, le principe de propriété nationale soit
rétabli, ce thème en étant devenu le centre des débats. Le Mexique avait reconquis le
pétrole mais ne pouvait ni l'extraire ni le commercialiser sans capital étranger, tandis
que les investisseurs ne voulaient pas courir de risques sans contrats sûrs et la
possibillité d'obtenir des bénéfices. Pendant ce temps, les banquiers nord-américains
étaient intéressés par le paiement de la dette externe du Mexique, ce pour quoi ils
appuyèrent ses efforts afin d'obtenir un bénéfice supérieur du pétrole, allant à l'encontre
des compagnies pétrolières des Etats-Unis, qui en arrivèrent à demander au
gouvernement de leur pays d'appliquer des sanctions et d'intervenir militairement afin
de protéger les réserves pétrolifères "vitales", propriétés des nord-américains au
Mexique.

Quand Whashington regardait vers le Sud, il voyait de l'instabilité, de l'insécurité, du


banditisme, de l'anarchie, la non exécution des contrats et la dangereuse menace du
trafic d'une ressource stratégique. Mais quand le Mexique regardait vers le Nord, il
voyait l'exploitation étrangère, l'humiliation, la violation de sa souveraineté et l'énorme
poids, puissance et pression de l'impérialisme "yanquee". La ferveur nationaliste
détermina en grande partie les événements qui succédèrent ultérieurement. En 1934
parvint au pouvoir le général Lázaro Cárdenas, homme penché à gauche qui fomenta les
réformes agraire et de l'éducation ainsi qu'un coûteux programme d'oeuvres publiques.
Etant un fervent nationaliste et un politicien radical, la présence des compagnies
étrangères au Mexique le dérangeait, ainsi que leur attitude arrogante et leur façon de
traiter le pays comme "une terre conquise". Les compagnies pétrolières avaient appris à
négocier avec le Mexique d'avant Cardenas, dans un monde de chantage, de corruption
et d'hommes achetés, mais elles étaient mal préparées aux nouvelles réalités. Le
président créa une comission afin de réviser les livres et les comptes des compagnies.
Le membre clef de cette comission, le professeur Jesús Silva Herzog, déclara que les
compagnies pétrolières avaient obtenu des bénéfices substanciels tandis qu'elles avaient
appauvri l'économie mexicaine et n'avaient contribué en rien au développement
économique général du pays. Finalement, et suite à de nombreuses confrontations, le 18
mars 1938 Cardenas nationalisa le pétrole mexicain. Au cours de leurs luttes ultérieures,
les mexicains démontrèrent au monde que les compagnies pétrolières n'étaient pas aussi
omnipotentes qu'elles se vantaient de l'être, que les pays pouvaient défier avec succès
leur pouvoir financier et économique et que les entreprises étatiques étaint capables de
gérer efficacement ls opérations pétrolières ainsi que le fit la Compañía Nacional
Mexicana de Petróleos, PEMEX, chargée des gisements et raffineries nationalisés.

Le cas du Venezuela fut un peu différent. Les hauts bénéfices qui semblaient pouvoir
être obtenus, la peur du manque et le nouveau rôle du pétrole quant à son influence sur
la puissance des nations, provoquèrent ce que la Royal Dutch/Shell appela "la lutte pour
la nouvelle production" dans son rapport annuel de 1920. "Nous ne pouvons pas nous
permettre de nous laisser dépouiller dans cette lutte pour l'obtention de nouveaux
territoires...nos géologues se trouvent à tout endroit où il y ait la moindre possibilité de
réussite". Et le Venezuela se trouvait à la tête de cette liste. Sous la dictature corrompue
du général Juan Vicente Gómez, qui gouverna le Vénézuela durant 27 ans, les
compagnies pétrolières trouvèrent un environnement favorable aux investissements
réalisés dans le secteur de l'exploration. La première fut la Royal Dutch/Shell qui en
1922, après neuf ans de présence dans le pays et malgré les mauvais pronostiques
donnés par les géologues nord-américains quant à la production du pays, commençait
l'exploitation du pétrole dans le lac Maracaibo. La découverte du puits "Barroso", d'une
production de près de 100.000 barils par jour, lança la grande fièvre du pétrole. Plus de
100 groupes, principalement nord-américains et quelques britanniques, furent
rapidement actifs dans le pays. En 1929, le Venezuela produisait 137 millions de barils
et occupait la seconde place après les Etats-Unis quant à la production totale. Jusque
dans les années 30, le pétrole domina 90% de l'économie du Vénézuela, rendant
nécessaire, après la chute de Gómez, une régulation du secteur et une révision des
accords contractés entre la nation et les compagnies qui produisaient son pétrole. Ceci
entraîna des affrontements entre les parties. Le gouvernement nord-américain intervint
directement afin d'éviter un autre Mexique et de sauvegarder ce qui, en pleine guerre,
avait un prix stratégique. Durant le gouvernement de Romulo Betancourt (1945-47) et
avec Juan Pablo Perez Alfonso comme Ministre du développement, le Vénézuela, avec
un esprit fortement nationaliste mais aussi avec un sens pratique des affaires, parvint à
un accord raisonnable de partage des bénéfices à parts égales. Le gouvernement du
Vénézuela recevait ainsi 7% de plus de ce que recevait le Mexique nationalisé tandis
que sa production était six fois supérieure.
Un des exemples les plus clairs de ce qu'étaient capables de faire les compagnies
pétrolières au pouvoir, particulièrement face aux faibles et aux gouvernements
corrompus, put être observé lors du développement pétrolier de la Colombie. Les deux
principales concessions du pays, octroyées avant 1905, furent celle de Mares, située
dans le département de Santander entre les rivières Carare, Sogamoso et Magdalena et
la cordillère orientale et celle de Barco, près de Cúcuta. Toutes deux furent acquises
habilement durant la décennie de 1910, respectivement par les compagnies nord-
américaines Exxon et Gulf Oil Company. La première exploita amplement les
gisements, ayant l'exportation comme objectif principal et ne se préoccupant pas des
besoins internes en combustible et la seconde n'initia même pas l'exploitation des
gisements et préféra les maintenir comme réserves. La Colombie ne perçut ainsi qu'une
faible rente de 10% sur ses riches gisements qui affleuraient naturellement, et ceci sous
contrats d'une durée de trente ans. Malgré la lutte de quelques dirigeants, tel que le
ministre des mines Jose Antonio Montalvo durant les années 20, afin d'obtenir une
misérable augmentation de 5% de la rente, les compagnies pétrolières se montrèrent
inflexibles et l'élite colombienne fut incapable de les affronter étant donné leur position
en faveur des Etats-Unis. Cette attitude serait encore plus marquée durant la décennie
des années 30, sous Enrique Olaya Herrera, pour qui les rentes n'étaient qu'un thème
secondaire. Il croyait que la clef du succès de la Colombie était de la construire à
l'image des Etats-Unis, d'attirer l'investissement de ses compagnies et d'obtenir les prêts
nécessaires de la banque nord-américaine. Et ce fut cette dernière, conjointement avec
le gouvernement des USA, qui détermina les conditions de la politique pétrolière en
conditionnant les emprunts à l'approbation de projets de loi favorables aux compagnies
pétrolières. En 1931, Oyala Herrera obtint l'approbation de la Loi 37, laquelle couvrait
les compagnies pétrolières de privilèges et de bénéfices et excluyait les clauses
nationalistes qui apparaissaient dans les projets de loi présentés antérieurement par
Montalvo. Les rentes sur de nouvelles découvertes baissèrent encore, les impôts furent
réduits, les conditions requises furent éliminées et les compagnies ne furent plus
obligées de présenter des rapports réguliers au gouvernement ni d'employer des
colombiens comme cadres. Même dans ces conditions, quelques compagnies nord-
américaines se déclarèrent insatisfaites et créèrent un climat d'hostilité qui empêcha la
réalisation des emprunts tant attendus. En outre, la réduction des exportations vers les
Etats-Unis obligea Exxon à réduire les salaires et à licencier du personnel, cette
compagnie jouissant d'un monopole sur la production, le raffinage et la distribution
colombiennes. Etaient ainsi niées toutes les promesses de prospérité que la nouvelle
législation de Colombie était sensée apporter au pays.

L'accord sur la concession Barco serait encore plus dramatique! Bien que Oyala Herrera
eût pu recourir à ces riches gisements afin de tirer la Colombie de cette dépression, il
centra toutes ses préoccupations autour de l'amélioration de sa réputation aux Etats-
Unis, où il avait été ambassadeur durant huit ans. La pression exercée sur lui par le
gouvernement américain, les compagnies pétrolières et l'opinion de Wall Street,
l'obligèrent à reconnaître les titres de possession de la Gulf sur la concession de Barco.
Cette dernière se chargea également de terroriser le gouvernement en l'avertissant des
risques de création de la République indépendante de Zulia, à la frontière avec le
Vénézuela là où se situait la concession de Barco. L'abus de pouvoir exercé par les
compagnies, la banque et le département d'Etat des USA fut tel que le Comité des
finances du Parlement nord-américain fut obligé d'enquêter sur la question. Néanmoins,
le gouvernement des Etats-Unis opta pour un plan de dissimulation qui protègea les
impliqués.
Durant les années 40, il devint nécessaire de créer une entreprise étatique qui se
chargerait de la concession de Mares, dont le contrat arriverait bientôt à expiration. Ceci
ne répondait pas à un besoin des compagnies nord-américaines ni de l'élite colombienne
mais plutôt des ouvriers du secteur pétrolier, dégoutés par les abus et les vols éhontés
d'une ressource d'une telle richesse. En 1951, la Empresa Colombiana de Petróleos
ECOPETROL fut enfin créée et chargée de réguler la production pétrolière du pays
sans néanmoins se séparer complètement de l'influence des compagnies étrangères et du
gouvernement nord-américain.

Selon les termes de Daniel Yergin, l'histoire du pétrole se caractérisa toujours par "une
lutte vorace pour l'argent et le pouvoir", où les faibles n'eurent jamais que la mauvaise
part. Les pressions économiques, politiques et même militaires ainsi que
l'inaccomplissement des contrats, le développement de politiques pétrolières aux
bénéfices unilatéraux et la corruption de la classe dirigeante, additionnés de l'impact sur
l'environnement, la culture et la stabilité sociale des "petits" pays producteurs, laissèrent
des traces profondes dans des pays qui, comme la Colombie, cherchèrent sans relâche
une solution à leurs problèmes économiques dans la production pétrolière.

II. ORIGINE DU PETROLE

Il fut tenté d'expliquer l'origine du pétrole à partir de deux théories: l'inorganique et


l'organique. La première propose différents types d'explications selon lesquelles le
charbon, l'hydrogène et d'autres composés purent, dans des conditions diverses et
extrêmes (hautes pressions et températures), entrer en réaction sous la superficie de la
terre et former les hydrocarbures spécifiques du pétrole.

La théorie organique, plus récente et mieux acceptée, propose que les pétroles et gaz se
soient formés suite à la décomposition d'immenses quantités de microorganismes
d'origine animale et végétale très primitifs et aussi à partir d'un certain type d'algues et
de microorganismes marins, causée par une fermentation provoquée par des
microorganismes anaérobies (qui n'ont pas besoin de la présence d'oxygène pour leur
développement).

III. FORMATION DES GISEMENTS

Beaucoup d'entre nous avons eu la possibilité d'observer les changements qui, au cours
des ans, se produisent dans la physionomie des paysages: certaines élévations
deviennent plus planes ou bien augmentent de volume, les sols changent de couleur et
de grandes quantités de matériaux sont arrachées par les eaux laissant de profondes
crevasses et lessivant les sols. La croûte terrestre est un système biophysique et
chimique en perpétuelle mutation, au sein duquel les roches se transforment
constamment par action du vent, de l'eau, des glaciers, des mouvements telluriques, des
éruptions volcaniques, des agents biologiques et chimiques ainsi que des températures
et pressions extrêmes qui les dégradent ou permettent leur formation.

Les pluies arrachent non seulement du sable, des argiles et limons mais aussi de la
matière organique provenant de végétaux, animaux, algues et autres formes de vie
microscopiques, qui sont transportés par les rivières jusqu'à la mer ou vers des masses
d'eau continentales (lacs, par exemple). Là, ils se mélangent avec d'autres matières, tant
inorganiques qu'organiques et terminent par se sédimenter dans le fond, c'est-à-dire
qu'ils se déposent en grandes quantités, formant une couche sédimentaire.
L'accumulation de nouvelles strates de sédiments sur les premières les soumettent à une
forte pression et à des changements de température qui, conjointement avec la
décomposition de la matière organique due à l'action des microorganismes, permettent
la formation de pétrole et de gaz. Bien entendu, dans ces conditions les sédiments
inorganiques souffrent également des changements étalés sur de longues périodes et
terminent par se compacter en formant ce que les géologues appellent des roches
sédimentaires. Quand ces roches accompagnent la formation de pétrole, elles prennent
le nom de roches mères.

Le pétrole se trouve initialement contenu dans les porosités de la roche mère mais
comme tous les liquides qui se trouvent en présence de gaz, il cherche à atteindre des
zones où les pressions sont inférieures, c'est-à-dire dans ce cas les strates superficielles.
Les roches poreuses au travers desquelles migre le pétrole sont appelées roches
conductrices et le mouvement qu'il subit porte le nom de migration primaire.
Finalement les hydrocarbures atteignent des roches très poreuses où la pression est
inférieure et que l'on désigne sous le nom de roches-réservoirs ou roches magasins et
les mouvements qui se produisent en leur sein s'appellent la migration secondaire. Ces
roches se comportent comme des éponges imbibées de pétrole, de gaz et dans certains
cas d'eau accompagnant les dépôts d'hydrocarbures. La porosité de ces roches est de
grande importance pour l'ingénierie des hydrocarbures étant donné qu'elle détermine la
capacité d'accumulation et de mobilité des fluides. Les grès et les roches carbonées font
partie de celles-ci.

Il peut arriver que le gaz et le pétrole atteignent la superficie, soit au travers de roches
poreuses, soit par le biais de fissures ou de failles. Comme cela a déjà été expliqué, ces
affleurements naturels furent exploités à diverses fins et dans les cas où le gaz
s'enflammait, ils furent à l'origine des feux sacrés de l'Antiquité.

Néanmoins, dans la majorité des cas, les hydrocarbures restent confinés dans la roche-
réservoir car elle est entourée de roches imperméables appeléesroches de couverture:
(argiles, sel, etc...) qui empêchent le passage des fluides, servant ainsi de limite à leur
migration ou déplacement. L'existence d'une accumulation de pétrole, suffisante pour
constituer à l'intérieur d'une roche-réservoir un gisement, recquiert l'existence de
conditions géologiques, structurelles ou stratigraphiques particulières. On donne à ces
conditions le nom générique de pièges à pétrole et on les classifie selon l'origine de la
roche.

Pour mieux comprendre l'origine des pièges, nous devons retourner à la formation des
filons de sédimentation. Les couches de sédiments se disposent en strates horizontales
ou inclinées, parallèles ou non. Cependant, ces strates sont soumises à de fortes
pressions dues à la force propre de la croûte terrestre qui arrivent à plier, fracturer ou
incliner ces couches. Les conséquences les plus apparentes de ces mouvements sont les
élévations de terrain qui, après une longue période, forment les montagnes. Si le
matériel des filons manque de rigidité, il se formera des plis ou des ondulations; dans le
cas contraire, les strates se fractureront en créant des failles. Certains matériaux tendres
ont aussi tendance à se déplacer au travers des fractures des plus rigides. Cette action
peut être produite expérimentalement en superposant plusieurs couches d'argile humide
sur une superficie. On exerce ensuite une pression depuis les extrémités des couches
vers le centre et on note un plissement des strates. Si on laisse sècher le matériel et que
l'on renouvelle l'expérience en appliquant la même pression, les couches auront
tendance à se fracturer en se déplaçant les unes sur les autres.

Selon la forme finale du plissement ou de la faille, ils prendront le nom suivant:

Plis anticlinal Plis synclinal Plis déversé


Plis couché Faille verticale

Lors de la formation de ces plissements et fractures, les roches-réservoirs contenant du


pétrole et du gaz restent limitées par des couches ou du matériel peu perméables ou par
des roches de couverture. Différents types de pièges à pétrole peuvent dès lors se
présenter:

1. Piège formé par un plis


2. Piège formé par un dôme salin
3. Piège formé par une faille

Bien entendu, ces schémas sont idéaux tandis que dans la réalité, les formes des
gisements d'hydrocarbures peuvent être très variées. De même, le comportement des
gisements diffère selon la composition de ses composants. Les dépôts de pétrole
peuvent être accompagnés de gaz, d'eau ou des deux à la fois. Les différences de
pression et d'énergie à l'intérieur du gisement dépendent de la présence et de la quantité
de l'un et de l'autre. Ceci est très important pour l'exploitation du pétrole étant donné
que la pression et l'énergie contenues dans le gisement facilitent l'extraction du pétrole.
Le gaz peut être dissous dans le pétrole ou bien il peut occuper la partie supérieure du
bassin, sa densité étant plus faible. Au fur et à mesure que la pression à l'intérieur du
gisement diminue, le gaz s'épand en poussant l'huile au travers des pores de la roche-
réservoir, ce qui génère un courant vers le puits d'extraction. De cette façon, entre 40 et
75% du total du pétrole contenu au départ peut être extrait. Dans de nombreux cas,
d'importantes masses d'eau accompagnent les dépôts fournissant une énergie
additionnelle qui facilite l'extraction du pétrole et du gaz. L'eau se déplace vers les
zones de moindre pression, ce qui provoque un déplacement de l'huile et du gaz de la
partie inférieure du gisement, qui crée à son tour une force capable de maintenir la
pression à l'intérieur du gisement. Le rendement d'exploitation dans ce cas peut
atteindre 85%.
IV. EXPLORATION

Une des fonctions du géologue pétrolier est de localiser les plissements de terrain, leur
type et la nature des strates qui le constituent, afin de découvrir les structures du sol
favorables qui pourraient avoir emprisonné du pétrole. Pour cela, il doit faire appel à
différentes techniques parmi lesquelles nous en décriront quelques unes.

La recherche du pétrole peut se faire par des méthodes géologiques de superficie ou


souterraines.

1. Méthodes géologiques de superficie

L'observation directe permet d'établir la présence d'infiltrations de gaz, de pétrole,


d'asphalte et de cires (odeur et couleur des roches, sifflements de gaz, feu, apparition de
bulles). L'analyse chimique du sol avec des sondages à différentes profondeurs peut
aussi indiquer la présence d'hydrocarbures et les études microbiologiques permettent de
déterminer s'il y a présence de microorganismes consommateurs d'hydrocarbures dans
le sol. Les infiltrations donnent des indications qualitatives mais non quantitatives et ne
permettent pas non plus d'assurer que le réservoir se trouve en-dessous d'elles.

En plus des analyses et des enregistrements décrits ci-dessus, la reconnaissance du


terrain permet de découvrir les roches et les sols exposés ainsi que leur distribution.
Ces données peuvent être registrés sur ce qu'on appelle une carte géologique. Par
ailleurs, la mesure des directions et inclinaisons des strates donne une idée des
structures présentes dans la région.

Une autre partie essentielle de la géologie de superficie est la photogéologie. Cette


interprétation de la géologie par le biais de photos aériennes indique le type de
végétation, le nombre et la distribution des cours d'eau, l'analyse des expressions
photographiques des roches, l'inclinaison et la direction des couches, etc...
Actuellement, les photographies ou images peuvent être obtenues par avion, satellite ou
radar et permettent d'élaborer des cartes géologiques très précises. Le radar, par
exemple, peut pénétrer une couche dense de feuillage et produire ainsi des images de la
superficie de la terre. Une autre technique aérienne utilise un senseur à distance qui,
monté sur un avion ou un satellite, détecte les rayons infrarouges et révèle les masses
d'eau, les intrusions d'eau salée, les dépôts minéraux, les failles, etc...

2. Méthodes géologiques souterraines

Parmi ces méthodes, on remarquera celles relatives à l'exploration géophysique, c'est-à-


dire à l'application de la physique à la recherche de gisements. Il existe des méthodes
magnétiques, gravimétriques, sismiques et de radioactivité.

Le magnétomètre peut détecter la présence de minéraux magnétiques comme la


magnétite, laquelle peut se trouver dans des roches magmatiques (provenant d'éruptions
volcaniques) mais aussi en très faible quantité dans les roches sédimentaires. Les
différences de lecture permettent de déterminer la profondeur et l'épaisseur des couches.
Le gravimètre enregistre les variations de la gravité terrestre produites par des masses
de différentes densités (la densité est la relation qui existe entre l'espace qu'occupe un
corps et sa quantité de matière; on dit d'un corps qu'il est très dense quand sa masse
occupe un très petit espace). Par exemple, les grains des roches magmatiques sont
densément organisés à la différence de ceux des roches sédimentaires qui sont plus
séparés les uns des autres. Un gravimètre permet donc de différencier les types de
roches existant dans le sous-sol.

Les méthodes radioactives utilisent des appareils sensibles à la radioactivité pour


détecter directement la présence d'huile.

Une méthode très utilisée mais dont l'impact environnemental est lourd, est celle de la
prospection sismique. Elle consiste à créer des secousses artificielles par l'activation
de charges explosives à des profondeurs variant entre 10 et 30 pieds ou par la décharge
d'un poids important sur la superficie du sol ou encore, par l'utilisation d'un vibrateur.
L'explosion, la décharge ou la vibration produisent des ondes sismiques analogues à
celles des tremblements de terre et qui se propagent en cognant les différentes strates de
roche du sous-sol. Les chocs produits par ces ondes sont réfléchis vers la surface avec
une vitesse et une intensité variant selon le type de roche rencontré. A leur retour en
superficie, les ondes produisent une vibration perçue par des récepteurs de haute
sensibilité nommés géophones , qui les enregistrent sous forme de courant électrique
qui sera transmis par un cable au camion enregistreur. Cet enregistrement permet
d'établir le temps employé par chaque onde sismique pour arriver aux strates
rocheuses, être réfléchie et remonter vers la surface. De cette manière, on peut
déterminer le type de roche et la distance à laquelle elle se trouve, informations
permettant de dresser une carte de la structure du sol.

Le travail de terrain des études de sismique réflexion comporte plusieurs phases:


- La topogaphie et coupe de lignes. Consiste à situer et à ouvrir des piquets écologiques
(tranchées ou lignes d'exploration sismique). Ce travail est réalisé par un groupe de
topographes qui se chargent, au moyen de la topographie traditionnelle (théodolites et
jalons) ou d'équipements électroniques marquant les coordonnées en se référant à des
satellites (GPS), d'orienter et de niveler la ligne et de signaler (par des piquets en bois
ou des plaques de zinc) l'emplacement des lieux de tir et des stations réceptrices, en
fonction d'un programme préétabli. La topographie et la coupe de lignes requièrent
plusieurs travailleurs, leur nombre dépendant du terrain exploré et de la technique
employée, qui s'établissent près de la ligne sismique et construisent des campement
mobiles dits volants.

- Le forage de puitss sismiques. C'est l'ouverture de trous d'approximativement 10 cm


de diamètre et de profondeur variable, dénominés puits. Ils sont creusés à l'aide d'outils
manuels, mécaniques ou pneumatiques, selon les caractéristiques de la zone.Une fois le
puits ouvert, il est nécessaire de le maintenir ainsi afin de contrer sa tendance à
l'écroulement due à la pression du sous-sol. Pour cela, des tuyaux en PVC sont utilisés
comme revêtement et un bouchon avec soudure du même matériel est placé à leur
extrémité afin d'éviter que le puits ne se remplisse.

- Détonation et enregistrement.. Une charge explosive est placée dans chaque puits et
un réseau de détonation est ainsi réalisé. Conjointement, un système de géophones
(instrument qui transforme l'énergie mécanique du mouvement sismique en impulsions
électriques) permet d'enregistrer les ondes sismiques générées par la détonation des
charges explosives. Les impulsions électriques produites par les géophones sont
transmises aux instruments d'enregistrement et de reproduction qui captent les
informations et les enregistrent sur des bandes magnétiques ou du papier (enregistreur
graphique à papier).

Lorsque l'opération de détonation est terminée, un groupe de ramasseurs récupère le


cable, les géophones et le bouchon de la ligne. Les opérations suivantes sont ensuite
réalisées, en alternance: activités de transport de matériel, d'équipements, d'explosifs et
de personnel, installation des campements volants, entreposage, etc...

Etant donné que la prospection sismique requiert l'ouverture de lignes sismiques


possédant environ 1 Km de long sur 3-10 m de large, lors d'une campagne on estime
que jusqu'à 1000 km de tranchées peuvent ainsi être établies. Afin de répondre aux
besoins d'une telle campagne, des héliports d'un demi hectare chacun sont construits en
nombre variant entre 1000 et 1200 pour un contrat typique, ce qui nous donne une idée
de l'ampleur de la déforestation que cela implique. Bien entendu, toute activité de
déforestation entraîne une perte de biodiversité. En outre, en plus des espaces
entièrement déboisés, un effet de bordure provoque une nette augmentation de la
superficie dégradée. Ceci a un impact sérieux sur la faune de la forêt. Par ailleurs,
durant la phase de prospection sismique, des bruits de grande magnitude sont causés par
les détonations de dynamite qui sont réalisées tous les 6 mètres ainsi que par les
hélicoptères qui fournissent les aliments et le matériel nécessaire aux travaux. Ce bruit
fait fuir les animaux ou entraîne des modifications de leur comportement.

Toute l'information obtenue au cours de l'exploration est interprétée dans les centres
géologiques et géophysiques des compagnies pétrolières. C'est là qu'il sera établi si les
surfaces étudiées peuvent contenir des couches de dépôts d'hydrocarbures, quel serait
leur contenu potentiel et où il faudrait réaliser les sondages susceptibles de confirmer
ces données. Et c'est ici que débute ce que l'on appelle laprospection pétrolière.

V. LE FORAGE

Depuis l'Antiquité, l'homme s'est toujours trouvé face à la nécessité de creuser et de


forer le sol afin d'accéder aux richesses du sous-sol parmi lesquelles on compte l'eau, le
sel et le pétrole. On ne sait pas avec exactitude qui furent les premiers hommes à utiliser
des outils pour percer le sol mais on sait que 600 a.C. les chinois usèrent d'instruments à
percussion pour creuser des puits de sel. Leurs tours étaient entièrement construites en
bambou et un cable soutenait une lance de métal à l'extrémité du forage. Par des
mouvements ascendants et descendants, la pointe cognait la terre et la roche et perçait le
sol. Ce principe de percussion fut utilisé avec succès durant des siècles, avec quelques
variations dans le modèle de la tour et quant aux outils utilisés. Ultérieurement, on
combina le coup d'une vrille avec un mouvement rotatoire afin que la vitesse de forage
soit plus efficace.
Actuellement, la méthode de forage utilisée est celle du rotary, qui permet de réaliser
l'opération à un rythme accéléré. Elle consiste à creuser au moyen d'un trépan qui
tourne en perçant le sol au fur et à mesure qu'il le pénètre.

Le premier puits creusé dans une région où l'on suspecte la présence d'un gisement, se
dénomine "puits exploratoire", ou puits de reconnaissance. En fonction de la
profondeur estimée du puits, des formations à traverser et des conditions du sous-sol, on
sélectionne l'équipement de forage le plus adéquat. La durée moyenne du sondage est
estimée entre 2 et 6 mois. Le forage se réalise par étapes de telle façon que la taille du
puits dans la partie supérieure soit plus large et qu'il aille en se rétrécissant au fur et à
mesure que la profondeur augmente.

Le premier pas à suivre pour initier une forage est la préparation du terrain afin
d'accomoder la tour et son équipement. La superficie est nettoyée, nivelée et des voies
d'accès sont construites. Les besoins en eau rendent nécessaire le forage d'un puits ou
l'installation de pompes et de tuyauteries permettant de récupérer l'eau d'une rivière,
d'un torrent ou d'un lac. Un énorme tank est construit (ou du moins devrait l'être) pour
entreposer les déchets et est recouvert d'un isolant plastique (géomembrane) qui évitera
que les matériaux contaminant ne s'échappent vers les zones adjacentes. On prépare
également la superficie de forage.

Lorsque la surface est préparée, une tour de forage portable peut être utilisée pour
commencer à creuser. La première partie du trou est de grand diamètre mais de
profondeur réduite et est recouverte d'un large tuyau appelé tube conducteur. Suite à
cela, on amène la tour et l'équipement sur le lieu de forage.

L'équipement de forage est constitué d'une série d'éléments qui fonctionnent de façon
synchrone dans le but de réaliser trois opérations principales:
a) maintenir la vrille et les tiges de forage en rotation au fond du trou, b) descendre le
trépan au fur et à mesure qu'il coupe les couches souterraines, c) retirer les particules de
roche dégagées par le trépan. Les parties les plus importantes sont le système d'énergie,
la tour, le fuseau, les tiges de forage, les vrilles, le système de circulation et le système
de cimentation.

Les moteurs à combustion interne (généralement Diesel) sont chargés de l'apport


d'énergie nécessaire à la mise en action de tout l'équipement de forage. Cette énergie est
transmise de façon mécanique ou électrique selon le type de tour.

La tour, ou derrick, est une structure métallique montée sur la surface de forage; elle
constitue l'axe opératif du puits. Elle est assemblée sur la plateforme de forage qui, à
son tour, est montée sur une structure de base également métallique. La tour est un des
éléments du système d'élévation qui, comme son nom l'indique, permet de monter et
descendre d'autres pièces comme les tiges de forage, les sections de la tuyauterie,
l'union rotatoire, etc... Les autres parties de ce système sont le fuseau, le bloc-couronne,
le bloc du palan et le cable d'acier.

L'élément principal de contrôle du forage est constitué par le frein du fuseau qui lâche
ou reprend le cable d'acier, d'un diamètre pouvant atteindre 3,8 cm, qui sert à tirer ou
descendre la tige de forage. Le cable s'enroule dans le tambour du fuseau, d'où il monte
vers un jeu de poulies fixes qui se trouvent dans la partie supérieure de la tour de forage
puis descend vers le bloc de poulies mobiles, remonte à nouveau vers les poulies fixes
et ainsi successivement jusqu'à ce qu'il complète un palan de 4 à 6 poulies, très solide et
capable de supporter la tige de forage qui peut peser plus de 100 tonnes.

La force des moteurs de l'équipement de forage est transmise à la table de rotation


installée sur le sol de la plateforme de forage, qui la transmet à son tour à la tige de
forage et par conséquent au trépan. L'équipement rotatoire comprend, de haut en bas:
a) la tête d'injection, qui est chargée de soutenir le poids de la tige de forage et de
permettre sa rotation; en outre, elle fournit un passage pour que la colonne montante
puisse injecter la boue à l'intérieur de la tige de forage.
b) une pièce de métal hexagonale ou carrée, dénommée "tige carrée" transfère le
mouvement giratoire de la table de rotation à la tige de forage.
c) la table de rotation
d) la tige de forage est composée des tubes de forage et d'une tuyauterie spéciale aux
parois épaisses et de poids élevé, dont les éléments connus sous le nom de portes-outils
se connectent d'abord au trépan et ensuite entre eux. La boue circule au travers des
portes-outils ainsi que dans la tuyauterie de forage et est utilisée dans la partie la plus
profonde afin de donner plus de poids au trépan, augmentant ainsi la pression qu'il
exerce pour le forage.
e) le trépan et les mèches: chargés de perforer la roche, ils présentent des dessins
multiples et élaborés résultant d'années de recherche. Les dessins et les matériaux dont
ils sont fabriqués dépendent de la dureté des roches qu'ils devront traverser. Afin de
percer les formations les plus dures, certains sont munis d'une couronne de diamants
industriels. Le type le plus courant, utilisé à la fois pour les roches dures et les roches
tendres, est constitué de pièces coniques munies de dents pointues qui convergent vers
l'axe du trépan et qui sont montées sur de petits coussinets assurant que chaque cône
gire au fur et à mesure qu'il perfore. Toutes ces vrilles sont percées d'un trou qui permet
la circulation du fluide de forage.

Le système de circulation est constitué de bassins à boue, de pompes à boue, du tube


fixe ou colonne montante, du tuyau d'injection, du conduit de décharge, du tamis
vibrant, de machines servant à séparer l'argile, le sable et le gaz ainsi que de bassins à
déchets.

La pompe à boue récupère la boue des bassins et l'envoie au travers de la ligne de


décharge vers la colonne montante. Ce tube est connecté au tuyau d'injection, la boue
entre dans la tête d'injection, descend vers la tige carrée, arrive aux tubes de forage puis
aux bouteilles et sort par le trépan. Là, elle récupère les particules de roche et refroidit
le trépan et la tuyauterie. En arrivant au fond du trou, elle vire et remonte vers la surface
en passant par l'espace annulaire compris entre le tubage et la tige de forage. La boue
ressort par le conduit de décharge et tombe sur un tamis vibrant. Les graviers (particules
de roche et de sédiments) sont déposés dans une des fosses de réserve. Le reste du
lavage de la boue a lieu dans des machines la débarrassant de l'argile, du sable et du
gaz. Finalement, elle retourne à nouveau vers les bassins à boue afin de recommencer le
cycle.

La boue, en plus de ses fonctions de réfrigération et de lavage, sert aussi à maintenir la


pression des formations sous contrôle, étant donné qu'elle exerce une pression sur les
parois du puits égalisant ainsi la pression des formations. En recouvrant ainsi les parois
du trou, elle évite leur écroulement.
Le fluide de forage permet de prévenir une explosion, c'est-à-dire une érution ou un
jaillissement de gaz huileux ou d'eau salée. La boue, avec un poids et une densité
adéquats, empêche la perte de contrôle du puits. Lorsque des conditions anormales
apparaissent au niveau du fluide de circulation, elles sont prises comme un indice de
l'entrée de fluides provenant de la formation (situation connue sous le nom de tangage)
et des mesures sont alors prises en connectant les appareils servant à prévenir les
explosions. Ceux-ci sont installés à la tête du puits, sous le sol de la tour. Il s'agit de
valves géantes qui contiennent de la pression et peuvent être ouvertes ou fermées et
empêcher ainsi l'échappement de fluides. Une fois mises en fonctionnement, on fait
circuler le fluide afin d'arrêter le tangage et de le remplacer par un poids adéquat.

Durant le forage, des analyses d'échantillons de graviers et de blocs de roche extraits du


puits et nommés "carottes" sont constamment réalisées afin de déterminer s'il existe des
indices de la présence d'hydrocarbures et pour connaître les caractéristiques physiques
de la roche qui est traversée. Des enregistrements électriques sont également réalisés
afin d'aider à reconnaître les types de formation et les caractéristiques physiques de la
roche telles que la densité, la porosité, le contenu en eau, en pétrole et en gaz naturel.
En fin de comptes, le but de tous les outils utilisés, dont le forage lui-même, est de
déterminer la valeur commerciale du puits. Pour ce faire, toute les informations
relatives à la lithologie (séquence et formation des roches), à la porosité, à la
perméabilité et à la saturation sont de la plus grande importance.

Lithologie: la compréhension des caractéristiques élémentaires des roches est


fondamental pour l'évaluation d'une formation productrice. Tel qu'il fut déjà dit, bien
que des gisements soient occasionnellement découverts dans des roches magmatiques
ou métamorphiques, la majorité se trouve plutôt dans des roches d'origine sédimentaire
dont nous avons étudié la formation au chapitre précédent.

Les roches sédimentaires peuvent être divisées en deux grands groupes: les clastiques et
les carbonates. Les trois grands types de roches productives importantes pour l'industrie
sont le grès, le calcaire et la dolomie. Le tableau suivant illustre la relation qu'il existe
entre elles:

CLASTIQUES CARBONATES
Grès Calcaires
Lutites Dolomies

- Les clastiques: sont composées essentiellement de fragments ou de particules de


minéraux, de roches ou de coquillages. Les roches clastiques productives sont
constituées principalement de sable ou de silice à grain fin. La taille des particules varie
entre 1 mm et 1/16 mm. Il existe des roches clastiques productives tels que les
conglomérats, lesquels sont composés de particules de taille nettement supérieure. La
présence d'argile ou de lutite dans un gisement affecte à la fois les caractéristiques de la
formation et la réponse des instruments d'enregistrement.
- Les carbonates: sont des composés de calcaire ou de dolomie. Les roches calcaires
contiennent un minimum de 50% de carbonate de calcium. Elles sont tendres et les
acides les attaquent à froid (effervescence). Elles peuvent être divisées en 4 catégories:
les détritiques, formées par des détritus calcaires (substance en décomposition), les
organiques, produites par l'activité de certains organismes (le corail, par exemple) ou
par l'accumulation de squelettes calcaires d'êtres vivants et finalement les roches
calcaires d'origine chimique ou organochimique. Les roches dolomitiques sont
composées de bicarbonates de magnésium et de calcium. Elles sont plus dures que les
roches calcaires.

Porosité: en termes de gisement, c'est la capacité d'une roche à contenir des fluides.
Dans les calculs, la porosité peut être exprimée en pourcentage ou en fraction décimale.
Par définition, la porosité est le volume vide de la roche (rempli de fluides) divisé par
son volume total.

Porosité = Volume occupé par le vide


Volume total

Par rapport à la porosité, quelques aspects importants de l'industrie pétrolière peuvent


être énoncés:

- La porosité primaire est la conséquence des espaces libres existant entre les fragments
ou particules après leur accumulation en tant que sédiments.
- L'empaquetage se réfère à la configuration géométrique de la distribution des
particules, qui peut être cubique, rombique ou hexagonale.
- La sélection se réfère à la variation de taille et de forme des particules.
- Le ciment est la substance qui maintient ensemble les grains ou particules; il est
souvent constitué de quartz ou de calcite. Une roche bien cimentée aura une porosité
inférieure à celle d'une mal cimentée.
- L'aspect anguleux et la rondeur des grains ainsi que leur sélection et leur
empaquetage, affectent la porosité à cause de l'organisation des grains et du remplissage
des espaces vides.
- Le compactage est le degré d'altération de la taille et de la forme des particules dû à la
pression des roches situées au-dessus d'elles. Il est logique que la porosité diminue au
cours du temps à cause de la surcharge.
- La porosité secondaire est très importante et est la conséquence des agents
géologiques tels que la fracturation, la fissuration et la lixiviation (dissolution ou lavage
de la roche) agissant durant la formation de la roche.

La perméabilité: est la capacité de couler des fluides contenus dans une roche. Pour
qu'un gisement soit commercial, il est nécessaire non seulement que la roche contienne
du pétrole et/ou du gaz mais aussi que ces fluides puissent se déplacer à l'intérieur de
cette roche et sortir à la surface. Par conséquent, la roche n'est perméable que quand les
pores sont en contact les uns avec les autres.

En général, on peut dire que les roches les plus poreuses ayant un grain uniforme sont
aussi les plus perméables. Bien que la porosité puisse être élevée dans le cas de
certaines roches au grain fin, la réduction de la taille des pores entraîne une diminution
de la capacité d'écoulement au sein de cette roche, ce qui produit une réduction de la
perméabilité.
La saturation: en fluide de la roche est le rapport entre le volume de fluide dans les
pores et le volume total des pores. Ainsi, une saturation en eau (Sw) de 30% signifie
que 3/10 du volume des pores est rempli d'eau.

Les conditions pétrophysiques d'un puits sont les suivantes:


- La lithologie
- La délimitation des zones poreuses et perméables
- L'identification des fluides contenus dans les pores et leur saturation
- La localisation des fractures naturelles
- La détermination de la déviation du puits et de l'inclination de la formation
- La température du puits
- L'estimation de la pression dans les pores et du degré de fracturation

Afin de déterminer les conditions pétrophysiques essentielles d'un puits, il est


nécessaire d'effectuer des mesures qui permettent d'analyser une formation dans son
entièreté, à savoir:
- le potentiel spontané
- la radiation naturelle gamma
- la résistivité
- la vitesse acoustique
- la densité
- la radiation induite
- le calibrage (diamètre du puits)

Avant d'étudier ces mesures, il est nécessaire de savoir que lorsqu'on creuse un puits
avec un outil de rotation et en utilisant la boue de formation, il est habituel de maintenir
un poids de boue tel qu'il soit supérieur à la pression des fluides pouvant exister dans
les formations percées. Cela permet en effet d'éviter que les fluides de forage ne
pénètrent dans le puits en y produisant une explosion. Cette pratique présente le
désavantage d'altérer le contenu en fluide de forage à proximité du puits (matière
d'étude des mesures) étant donné que la pression de la boue de forage qui est injectée
(infiltration) dans la formation en déplace le fluide. Ce procédé s'appelle "l'invasion" .
Plusieurs facteurs déterminent l'invasion d'une formation: la perte de l'eau contenue
dans la boue, la différence de pression entre les colonnes de boue et le puits, le temps de
contact de la formation avec la boue de forage (plus le temps est long, plus l'invasion
est épaisse), la porosité et l'imperméabilité.

D'autre part, les registres de puits ne sont que des représentations graphiques des
réactions des différents instruments de mesure au cours de leur descente dans le puits.
Ces registres déterminent donc les caractéristiques (celles qui sont mesurées) en relation
avec la profondeur à laquelle elles sont mesurées. La correction de l'interprétation des
graphiques effectuée par le géologue ou l'ingénieur lors de l'analyse des registres est dès
lors essentielle.

- Le potentiel spontané ou courbe SP est une mesure des courants électriques qui se
produisent à l'intérieur du puits à cause du contact entre divers fluides ayant une salinité
différente. Par conséquent, cet enregistrement s'utilise généralement dans des puits dont
les fluides ont pour base de l'eau douce.
Les infiltrations de boue de forage envahissent les zones possédant une certaine
perméabilité et par conséquent, génèrent des courants. Si la boue de forage est plus
douce que l'eau de formation, la courbe du grahique se déplacera vers la gauche; dans le
cas contraire, elle s'inclinera vers la droite en rencontrant une zone perméable. Sil ne se
produit pas d'invasion, il n'y aura pas de génération de courant et le tracé de la courbe
sera donc relativement droit, ce qui indiquera la présence d'une zone imperméable.
Pareillement, lorsque la salinité de l'eau de formation et de la boue de forage sont
égales, aucune courbe SP ne sera produite.

- La courbe de rayons gamma: lorsque les conditions à l'intérieur du puits sont telles
qu'on ne puisse pas obtenir de courbe SP (par exemple lorsqu'on creuse avec des fluides
inertes ou avec de l'air) ou lorsque celle-ci ne fournit pas de résultats définitifs, on a
alors recours à la courbe de rayons gamma. Celle-ci peut aussi être obtenue dans un
puits entubé, ce qui n'est pas le cas de la courbe SP. La courbe de rayons gamma est une
mesure de la radiation naturelle de la formation et elle reflète généralement le contenu
en argile ou en lutite des roches sédimentaires puisque les éléments radioactifs ont
tendance à s'y concentrer. En d'autres mots, la courbe de rayons gamma permet de faire
la différence entre des lutites et d'éventuelles roches-réservoirs; elle peut donc être
utilisée afin de déterminer la lithologie.

- La résistivité: peut être définie comme la capacité d'une substance à résister ou à


empêcher le passage d'un courant électrique. Il s'agit d'une propriété physique de la
substance, indépendante de sa forme et de sa taille. Dans les roches des gisements, les
minéraux sédimentaires composant la matrice ne conduisent pas de courant électrique
(non conducteurs) et par conséquent, le passage du courant peut être associé avec l'eau
contenue dans les pores. Les mesures de la résistivité de l'eau jointent à celles de la
porosité sont utilisées dans le calcul de la saturation en eau et permettent donc de
connaître la saturation en hydrocarbures. Il existe 5 variables qui affectent la résistivité
de la formation: la concentration en sel de l'eau (la rend plus ou moins conductrice), la
température du gisement, la porosité, la lithologie et la saturation en eau.

Le registre électrique était le registre de base le plus souvent utilisé jusqu'à la moitié des
années 50 afin de mesurer la résistivité, dont la valeur était donnée par la chute de
voltage entre deux électrodes (l'une étant le courant et l'autre le récepteur) qui étaient
envoyées au fond du puits. Il existe différents types de registres électriques qui
permettent d'obtenir des informations relatives à la résistivité et qui sont utilisés en
fonction des conditions du puits.

- Le registre de vitesse acoustique: mesure la vitesse du son au sein de la formation et


permet ainsi de déterminer sa porosité. L'instrument acoustique est composé d'un
transmisseur et de deux récepteurs. Lorsque le transmisseur est activé, l'onde acoustique
est transmise par la colonne de boue et est ensuite enregistrée par les récepteurs. La
différence de vitesse entre l'émission et la réception du son est un indicatif du volume
contenu dans les pores.

- Le registre de densité compensée mesure la densité d'électrons présents dans la


formation au moyen d'une source chimique de rayons gamma et de deux récepteurs
scellés de ces rayons. Le nombre d'électrons pouvant être transmis de la source aux
récepteurs est proportionnel à la densité de la formation. Ainsi, une valeur de densité
élevée est obtenue pour une formation à faible porosité et vice-versa. Au fur et à
mesure que la densité augmente, de moins en moins de rayons atteignent le récepteur,
ce qui est un indicatif de la faible porosité.

- La radiation induite est obtenue en bombardant la formation de neutrons se mouvant à


grande vitesse. Les neutrons sont des particules électriquement neutres dont la masse
est proche de celle du noyau de l'atome d'hydrogène. En se cognant à un noyau
d'hydrogène présent dans le fluide de formation, il peut être capturé par n'importe quel
élément présent en émettant un rayon d'origine secondaire pouvant être enregistré. De
cette façon, le registre de neutrons mesure la quantité d'hydrogène présente dans la
formation. En général, il permet de déterminer la porosité en relation avec la densité
pour des zones lutiques (avec un haut contenu en eau) et des zones riches en gaz (bas
contenu en hydrogène).

Le principal objet des registres de puits est d'aider à la localisation de roches riches en
pétrole ou en gaz. Les registres servent en outre à obtenir des informations nécessaires à
la planification des opérations d'achèvement du puits et d'estimation des réserves.

La procédure à suivre par un ingénieur ou un géologue est la suivante:


- Etablir un registre de base (généralement de résistivité) en relation avec les registres
des puits voisins.
- Examiner avec précaution les courbes du registre qui indiquent la lithologie ou le type
de formation afin d'identifier les zones qui pourraient avoir la porosité et la perméabilité
nécessaires à un gisement commercial. Ultérieurement, on évalue les anomalies de la
résistivité dans ces zones afin de localiser de possibles accumulations de pétrole ou de
gaz.
- Lorsque les registres de lithologie, de résistivité et de porosité sont obtenus, l'analyste
se trouve en possession des informations nécessaires aux calculs de la porosité et de la
saturation. La combinaison de ces données avec l'information géologique fournit une
base pour la détermination de la valeur commerciale du puits.

VI. LA PRODUCTION

Lorsqu'est terminée l'étape de forage du puits et que l'existence d'accumulations


d'hydrocarbures a été prouvée, on procède à l'extraction des ressources. On commence
par aménager la tuyauterie qui servira à transporter le pétrole et/ou le gaz vers la
superficie. On installe ensuite le tubage de revêtement, lequel varie selon les
caractéristiques du gisement. Lorsque le puits est revêtu, parfois de plusieurs couches
de tubage, on procède à la cimentation, c'est-à-dire qu'on injecte un ciment spécial au
travers de ce même tubage, lequel se déplace par un mouvement ascendant dans
l'espace annulaire (compris entre la tubage et le trou) où il finit par se solidifier. Le
tubage total du puits garantit sa consistance et facilite l'extraction du pétrole.
Ultérieurement, on perfore le tubage de revêtement aux endroits où se trouve le
gisement afin de permettre aux hydrocarbures de passer en son centre. Cela se fait à
l'aide d'un outil appelé "canon" contenant une série de projectiles qui sont tirés
électriquement depuis la surface.
A l'intérieur du revêtement, on installe une autre tuyauterie de diamètre inférieur
appelée "tubing" ou tuyauterie de production et qui conduira en définitive les
hydrocarbures vers la surface. Cette tuyauterie est suspendue à la tête du puits par des
crochets spéciaux.

La délimitation d'un champ se fait au moyen de forages supplémentaires connus sous le


nom de puits de développement ou puits avancés. Ils permettent de délimiter l'extension
du gisement et de calculer le volume d'hydrocarbures qu'il contient ainsi que leur
qualité et les futurs besoins du traitement productif.

Sur base des analyses antérieures, on procède au dessin et à la construction des


installations de surface nécessaires à l'extraction du pétrole brut, c'est-à-dire relatives à
la production, au traitement, à l'entreposage et au transport. L'ensemble de ces
installations est appelé "station de collecte" et comprend les équipements suivants:

- les séparateurs: les fluides sont pompés depuis le ou les puits vers une batterie de
bassins où a lieu la récupération de leurs composants. Le processus de séparation peut
se faire de différentes façons: par des moyens chimiques, en administrant un produit qui
fractionne les fluides du composant initial et facilite leur séparation; d'une façon
mécanique, en isolant les composants du mélange par des changements de pression;
selon une méthode thermique, en séparant les gaz et l'eau du pétrole par évaporation; ou
enfin par l'électricité, en soumettant l'émulsion à un champ électrique de courant
alternatif ou continu de haute puissance.

La séparation terminée, chaque composant suivra un traitement spécial: les gaz obtenus
à partir du processus de séparation sont traités afin d'en retirer les substances qui les
accompagnent, comme le sulfure d'hydrogène et le dioxyde de carbone appelés "gaz
aigres". L'eau passe par les écrémeuses et par les séparateurs d'huile pour former les
eaux résiduelles de la production pétrolière. Le pétrole obtenu passe dans les tanks de
stockage.

L'eau de formation atteint des niveaux de salinité très importants et contient de fortes
quantités de métaux lourds; sa température est en outre très élevée. Dans les pays
tropicaux, la pratique traditionnelle est de déverser cette eau directement dans
l'environnement, ce qui affecte gravement les organismes d'eau douce.

- Les tanks de stockage sont des structures métalliques de capacité variable et dont le
nombre dépend de la production du champ pétrolifère. La tuyauterie de remplissage
entre dans le tank par sa partie supérieure et est pourvue d'une valve qui contrôle le
flux. Dans la partie supérieure, il est muni d'un dispositif permettant l'échappement des
gaz vers l'atmosphère lorsque la pression augmente à cause de la chaleur.

- Traitements thermiques: facilitent le processus de séparation de l'eau.

- Ligne de flux: qui connecte les puits avec la station.

Lorsque le champ pétrolifère est délimité, que les stations de surface sont construites,
que les tests de production sont réalisés et que la qualité du pétrole brut est déterminée,
le processus d'extraction peut alors débuter. En fonction de l'énergie du gisement, il sera
défini si la production du champ se fera par écoulement naturel ou à l'aide de
mécanismes artificiels.

Si le puits possède une énergie propre, générée par la pression souterraine, le pétrole en
sortira par lui-même. Dans ce cas, il suffira d'installer à la tête du puits ce qu'on appelle
"l'équipement de surface" qui comprend la tête du tubing, les mesureurs du flux et de la
pression et les valves régulant le passage des hydrocarbures, le tout formant un
ensemble nommé "tête d'éruption". Si au contraire la pression du gisement n'est pas
suffisante, on utilise le "balancier" qui de par un balancement continu, actionne une
pompe située au fond du puits qui aspire le pétrole et l'envoie vers la surface. Ce
processus d'extraction est appelé "récupération primaire". Dans les cas de puits sans
pression naturelle, on peut aussi utiliser la méthode de récupération secondaire qui
consiste à injecter du gaz, de l'eau ou de la vapeur au travers du même puits producteur
ou par l'intermédiaire de puits d'injection.

A partir du moment où un puits commence à extraire du pétrole, on réalise de façon


régulière, annuellement ou semestriellement, une remise en état des puits au cours de
laquelle les déchets sont versés dans des bassins. Des infiltrations de déchets et de
substances toxiques à partir de ces bassins et vers les masses d'eau naturelles peuvent se
produire, de façon accidentelle ou lors des lavages. L'environnement peut aussi être
contaminé lors de fuites de pétrole accidentelles, provoquées (terrorisme) ou à cause de
mauvaises pratiques routinières (écoulements goutte à goutte, par exemple).

VII. LE TRANSPORT

Lorsque les hydrocarbures ont été extraits, le pétrole est transporté vers une raffinerie
ou vers un port d'exportation tandis que le gaz est conduit vers une station de traitement
afin d'être utilisé dans le champ même ou d'être envoyé vers les centres de
consommation.

Dans le cas du pétrole, le moyen de transport le plus utilisé est l'oléoduc mais des
camions-citernes, les trains ou des péniches sont aussi utilisés. Le pipeline consiste en
une série de tubes d'acier unis le long d'un trajet déterminé et allant du champ
producteur jusqu'au point de raffinage ou d'embarquement. Sa capacité de transport
varie en fonction du diamètre des tubes. La tuyauterie peut être installée en surface ou
sous terre. Une station de pompage est toujours installée au début de l'oléoduc afin de
pousser le pétrole et dans certains cas d'autres stations peuvent être construites tout au
long du parcours. Des valves de contrôle sont disposées en différents points afin de
pouvoir faire face à d'éventuels cas d'urgence.

Le gaz naturel est transporté dans des conditions identiques mais la tuyauterie s'appelle
dans ce cas un gazoduc.

Toutes les phases de l'activité pétrolière recquièrent la construction d'infrastructures


telles que des plateformes de forage, des campements, des puits ainsi que l'ouverture de
routes d'accès, d'héliports, d'oléoducs, de gazoducs et de lignes secondaires. Tout ceci
est source de déforestation, tout d'abord afin de faire de l'espace pour ces installations et
ensuite afin de répondre au besoin en bois nécessité par leur construction.

L'activité pétrolière influence et présente des risques qui ne sont pas limités à la zone
immédiate de forage mais qui se diffusent avec le vent et l'eau en ampliant son spectre
d'action. L'impact de cette activité sur les masses d'eau (rivières, lacs, eaux
souterraines) va dans deux sens: soit il est dû à la pollution engendrée par les déchets de
ces opérations soit il résulte de l'interruption de leur cours. La pollution des masses
d'eau à grande échelle débute lors du forage exploratoire, lorsqu'une grande quantité de
polluants sont générés, dont des résidus. Ces déchets, qui sont parfois radioactifs ou
sont constitués d'autres substances polluantes, sont déversés dans des bassins. Là les
rejoignent les boues de forage auxquelles on a ajouté des produits chimiques polluants
tels que des biocides, des antioxydants, des anticorrosifs, des lubricants, etc.... Les
boues sont lavées avec des sulphates qui, à des niveaux élevés, sont toxiques. Certains
ont un haut contenu en chrome, en nickel et autres métaux lourds. Il existe des boues
appelées biodégradables mais qui ne sont néanmoins pas exemptes de toxicité. Un autre
polluant existant dans les bassins est le pétrole brut produit durant les essais réalisés au
cours du forage d'exploration.

Les impacts typiques générés sur le sol comprennent: l'érosion due aux activités de
construction, la pollution pétrolière provenant des boues de forage et des effluents, la
déforestation, la perte de sols et la destruction de terres destinées à l'agriculture. La
pollution pétrolière du sol peut produire l'étouffement des racines réduisant la vigueur
de la plante et dans de nombreux cas, allant jusqu'à entraîner sa mort; elle provoque
aussi la disparition ou la réduction des populations de microfaune édaphique. Lorsque
les polluants atteignent des zones cultivées, on enregistre des pertes de récoltes étant
donné que beaucoup de plantes cultivées meurent au contact du pétrole brut. Dans
d'autres cas, la productivité de la culture baisse, ce qui entraîne de sérieuses
conséquences pour l'économie des propriétaires de cette terre.

L'air est aussi pollué, principalement par l'émission de fumée résultant de l'incendie des
gaz, par les mauvaises odeurs, l'émission de CO2 et les pluies acides provoquées par
l'évaporation des gaz et des huiles.

La pollution auditive est engendrée par le bruit des hélicoptères, des vedettes, du
matériel industriel et de construction, de l'ouverture des routes d'accès, des scies, des
explosions sismiques et des canons à air utilisés pour l'exploration ainsi que par
l'installation de groupes électrogènes. Tout ceci perturbe les oiseaux et la faune en
général.

Un autre impact environnemental dû direct et indirectement aux opérations pétrolières


est la chasse de la faune sauvage réalisée sans auncune discrimination par les
travailleurs du secteur pétrolier et par les colons attirés par les facilités commerciales et
laborales offertent par ce secteur.

VIII. LE RAFFINAGE
Le pétrole, qu'est-ce?

Les éléments qui constituent presque exclusivement le pétrole sont le carbone et


l'hydrogène. Un élément est une substance simple ne pouvant pas être décomposée en
produits plus simples encore. Ils sont constitués d'atomes tels que le carbone (C),
l'hydrogène (H), l'azote (N), le potassium (K), etc...
Chacun possède des propriétés chimiques propres, le différenciant des autres éléments.
Néanmoins, la combinaison de deux éléments ou plus forme un composé n'ayant ni le
comportement, ni les caractéristiques des éléments qui le constituent pris
individuellement. Le sel, par exemple, est un composé constitué par un atome de chlore
(Cl) et un de sodium (Na). Individuellement, le sodium est un métal et le chlore un gaz
toxique qui fut utilisé comme arme durant la première guerre mondiale mais combinés,
ils forment une substance utilisée de façon commune dans les foyers. Les éléments
peuvent être combinés selon des proportions différentes produisant ainsi une grande
variété de composés distincts.

Lorsque deux composés ou plus sont mélangés, une réaction chimique peut se produire
au cours de laquelle les composés se recombinent entre eux afin de former un ou
plusieurs nouveaux composés dont les propriétés diffèrent de celles de ses/leurs
précurseurs. Parfois, il peut y avoir absence de réaction et le résultat est alors appelé "un
mélange".

Le pétrole brut n'est pas un élément ni un composé sinon un mélange de composés


variant quant à leur classe et leurs proportions. Pour cette raison, il n'existe pas deux
pétroles bruts identiques. Certains contiennent peu de composés, d'autres peuvent en
contenir des milliers. Quelques composés présents dans le pétrole peuvent aussi
influencer ses caractériqtiques même s'ils ne s'y trouvent qu'en très faible quantité (les
hydrocarbures peuvent constituer jusqu'à 98% des composés du pétrole); se sont les
composés oxygénés, azotés, métalliques et ceux contenant du souffre.

Les composés peuvent être représentés par une formule chimique reprenant le symbole
et le nombre de ses constituants. Dans le cas de l'eau, par exemple, la formule chimique
est: H20. Cette formule indique que la molécule d'eau est composée de deux atomes
d'hydrogène et d'un d'oxygène. On peut aussi représenter un composé en indiquant la
forme selon laquelle ses atomes sont unis entre eux; on parle alors d'une formule de
structure.

Nous avons déjà dit que le pétrole est une substance essentiellement constituée par de
l'hydrogène et du carbone qui combinés, forment des composés que les chimistes
appellent hydrocarbures. Ces composés peuvent différer en fonction de la proportion de
chaque élément présent. Ainsi le pentène, un hydrocarbure contenant 5 atomes de
carbone et 12 d'hydrogène, C5H12, différera de l'octane, C8H18 et de l'hexacontane,
C60H122. Ce n'est pas seulement la proportion des éléments qui détermine les
propriétés d'un composé mais aussi sa structure, c'est-à-dire la forme selon laquelle les
atomes de la molécule sont unis et organisés entre eux. Par exemple, les atomes de
l'heptane, une molécule constituée de 7 atomes de carbone et de 15 d'hydrogène
peuvent s'organiser de 9 façons différentes et former donc neuf heptanes différents,
chacun avec des propriétés particulières.
Les atomes des hydrocarbures peuvent s'organiser de façon ouverte, telle une chaîne de
personnes qui, unies par les mains, peuvent prendre différentes positions dans l'espace
mais dont les extrémités ne s'unissent jamais. Nous parlerons dans ce cas d'une série
acyclique. Dans le cas d'une chaîne fermée formant un anneau, on dira qu'il s'agit d'une
série cyclique. Il peut aussi arriver que la file de personnes présente des ramifications
ou qu'elles soient attachées par les deux mains au lieu d'une seule. Dans le cas des
atomes, le nombre et les possibilités de liaisons varient entre 1 et 7 mais l'atome de
carbone n'a que 4 possibilités de se lier avec d'autres atomes (pensons à une personne
possédant 4 bras). Lorsque toutes ces unions sont réalisées par des liaisons uniques,
c'est-à-dire quand chaque liaison (bras) unit un atome à un seul autre atome, on dit du
composé qu'il est saturé et qu'il est stable. Si au contraire, une ou plusieurs de ces
liaisons n'est pas saturée, le composé sera dit insaturé et sera instable. Voyons quelques
exemples:

Méthane Ethane Ethylène Propylène

saturé saturé insaturé insaturé

Ainsi, les atomes des hydrocarbures que l'on trouve dans les pétroles peuvent
s'organiser selon des formes et des quantités différentes, ce qui leur donne à chacun des
propriétés particulières. On peut ainsi distinguer différentes séries ou familles
d'hydrocarbures:

Les paraffines Chaînes de carbone sans ramification


Les iso-paraffines Chaînes de carbone ramifiées
Les oléofines Chaînes de carbone avec doubles liaisons insaturées
Les naphténiques (paraffines cycliques) 5 ou 6 atomes de C formant un anneau
Les aromatiques 6 atomes de carbone en un anneau avec 3 doubles liaisons
conjuguées

Les hydrocarbures paraffineux sont aussi appelés saturés ou du méthane et les


naphténiques, cicloparaffines, cicloalcanes ou asphaltiques. Selon les quantités relatives
de cires paraffiniques ou asphaltiques contenues dans les pétroles, ils peuvent être
classifiés de la façon suivante:
- Pétroles à base paraffinique
- Pétroles à base mixte
- Pétroles à base asphaltique

Dans son état naturel, l'apparence du pétrole varie d'un liquide clair blanchâtre de
consistance très légère, en passant par une couleur brunâtre ou verdâtre, et pouvant aller
jusqu'à atteindre l'état de matériel asphaltique lourd, presque solide et de coloration
noire. La couleur et d'autres propriétés du pétrole brut varient en fonction du type
d'hydrocarbures le conformant et les hydrocarbures diffèrent entre eux en fonction du
nombre d'atomes de carbone et de la forme sous laquelle ceux-ci s'organisent. Au fur et
à mesure que le nombre d'atomes de carbone augmente, le composé devient de plus en
plus lourd et le point d'ébullition ainsi que le poids spécifique s'élèvent également. Les
composés hydrocarbonatés à plus de 17 atomes de carbone sont solides à température et
pression ambiantes. Le fait que presque tous les hydrocarbures possèdent un point
d'ébullition différent constitue un principe de la séparation physique du pétrole au
moyen de la distillation.

Le pétrole est un mélange de matériaux très complexe. L'huile brute peut contenir des
milliers de substances différentes. Le pétrole peut être traité afin d'obtenir divers
produits, tels que l'huile combustible et l'essence. Chaque substance formant le pétrole
réagit de manière distincte et peut former des produits différents. Pour cette raison, les
processus de séparation utilisés dans les raffineries sont très importants et la distillation
en est certainement le principal.

Lorsqu'un mélange de liquides possédant plusieurs points d'ébullition est chauffé et


bouilli, les composants possédant un point d'ébullition inférieur bouilliront d'abord et
passeront donc avant les autres à l'état gazeux. Ensuite, les liquides ayant une
température d'ébullition supérieure bouilliront consécutivement. Nous obtiendrons ainsi
différentes phases pouvant être séparées physiquement les unes des autres. Néanmoins,
si deux liquides différents possèdent un même point d'ébullition, la distillation ne
pourra pas être utilisée pour leur séparation.

La distillation des hydrocarbures a lieu dans les tours de distillation des raffineries. Le
processus de base est décrit ci-dessous.

Le pétrole brut, arrivé à la raffinerie par l'oléoduc ou tout autre moyen de transport, est
mené vers des réservoirs de stockage puis vers un réservoir de désalage où il est séparé
du sel qui l'accompagnait. Il passe ensuite dans un four où il est chauffé à des
températures pouvant atteindre 400°C et entre ensuite dans la tour de fractionnement ou
de distillation primaire ou atmosphérique sous forme de vapeur et de liquide. Dans cette
tour, qui opère sous une pression proche de l'atmosphérique, a lieu le premier
fractionnement de plusieurs des composants par des méthodes physiques. A l'intérieur,
la tour est divisée en plusieurs compartiments se trouvant chacun à une température
différente, la partie supérieure étant plus chaude que l'inférieure. Ces divisions
s'appellent des plateaux. Lorsque le pétrole brut entre sous forme de vapeur, il monte en
passant entre ces plateaux et se dépose sur l'un d'eux en fonction de sa température de
refroidissement. Les plus légers et votatils montent vers la partie supérieure sous forme
de gaz tantis que les plus lourds se déposent dans les premiers plateaux sous forme
liquide. Le pétrole brut réduit ne s'étant pas évaporé, tombe au fond de la tour.
L'ensemble de ce processus s'appelle la distillation primaire. Des conduits sont reliés à
chaque plateau de la tour, qui mènent immédiatement les produits vers d'autres
installations où ils passeront par d'autres processus visant à obtenir le plus grand
nombre de dérivés raffinés de qualité supérieure. Par exemple, les gaz sortant par la
partie supérieure de la tour primaire vont vers les récupérateurs de vapeurs, le naphta
est entraîné vers le centre de traitement des aromatiques et des mélanges, les gazoils
légers vont vers la rupture catalytique et le pétrole brut réduit va vers la distillation sous
vide.

Le résidu est soumis à la distillation sous vide afin de produire des lubrifiants et autres
produits lourds. En étant chauffé à haute température, le pétrole a tendance à se
désintégrer, ce qui abîme la qualité du produit requis. Afin d'éviter cela, on distille à
pression inférieure ou sous vide, ce qui permet d'effectuer l'opération à des températures
plus basses. Le résidu est chauffé dans un four et le mélange de liquide et de vapeur qui
est formé passe par une colonne de fractionnement sous vide. Le résidu récupéré au
fond de la colonne peut être utlisé comme asphalte. Une partie des fractions plus légères
sort sous forme de vapeur et passe au travers d'un condenseur. Là est obtenu le gazole
terminé et le gaz qui alimente les éjecteurs maintenant le vide à l'intérieur de la tour.

Afin d'augmenter le rendement de chaque dérivé du pétrole, on utilise la technique du


cracking, c'est-à-dire le fractionnement de molécules complexes afin d'en obtenir
d'autres
de poids moléculaire inférieur et par conséquent, plus simples. Au début, le cracking
était obtenu seulement par l'action de la chaleur (cracking thermique) mais
actuellement, un meilleur résultat est obtenu en ajoutant au pétrole que l'on désire
dissocier des substances spéciales appelées catalysateurs. Un catalysateur est un agent
accélérateur de réaction chimique ne prenant pas part à celle-ci. Les avantages du
procédé de désintégration catalytique par rapport au processus thermique sont un
rendement supérieur en essence et la meilleure qualité de celle-ci.

Les dérivés qui sont produits dans les raffineries ont, entre autres, les applications
suivantes:

Gaz propane: utilisé principalement comme combustible domestique


Essence moteur: consommée dans les véhicules automobiles à combustion interne
Essence avion: combustible des avions à moteur à combustion interne
Benzine industrielle utilisée comme matière première pour la fabrication de solvants
aliphatiques ou comme combustible domestique
Kérosène utilisé dans les poêles domestiques, les brûleurs de four et
les séchoirs industriels
Gazole combustible pour les moteurs Diesel
Fiouls ou fuel oil combustible pour fours et chaudières industrielles
Solvants aliphatiques servent à l'extraction des huiles, pintures, colles et adhésifs, pour
l'élaboration de dissolvants, la production de gaz pour brûleurs
industriels, pour la fabrication de teintures, la formulation
et l'élaboration de produits agricoles, de caoutchouc, de
cires, de bitumes et de produits de nettoyage en général.
Asphaltes utilisées pour la construction et la conservation des routes ainsi
que comme matériel de scellage dans l'industrie

Goudron aromatique utilisé comme matière première pour l'élaboration du noir de


fumée de l'industrie pneumatique et comme diluant.
Acide naphténique sert à préparer des sels métalliques tels que les naphténates de
calcium, de cuivre, de zinc, de plomb, de cobalt, etc...qui
sont utilisés dans l'industrie de la peinture, des résines, du
polyester, des détergeants, des tensioactifs et des fongicides
Benzène sert à la fabrication du cyclohexane
Toluène utilisé comme solvant dans la fabrication de peintures, résines,
adhésifs, colles et teintures ainsi que comme matière
première du benzène
Xylènes mélangés utilisés dans l'industrie de la peinture, des insecticides et des
dissolvants
Orthoxylène matière première de la production d'anhydride phtalique
Cyclohexane matière première de la production de nylon
Alquilbenzène utilisé dans l'industrie des détergeants en poudre, liquide et en
barre, pour l'élaboration de pesticides, dans l'industrie de la
tannerie et la fabrication d'acides sulfoniques
Bases lubrifiantes servent à la production d'huiles lubrifiantes pour les moteurs
automobiles et les machines industrielles
Cires de paraffine servent à produire des bougies, cire pour le sol, allumettes,
papier paraffiné, vaseline, etc...
Polyéthylènes sert à la production d'un grand nombre de sacs et produits de
de faible densité plastique
Souffre utilisé, entre autres, pour la vulcanisation du caoutchouc, la
fabrication de certains types d'acier et la préparation de l'acide
sulphurique
Gaz naturel est un combustible à usage domestique, industriel et servant à la
génération d'électricité
Turbo combustible utilisé comme combustible par les avions à propulsion
Jet-A

IX. LE FORAGE MARIN

Les objectifs et une grande partie des méthodes utilisées par le forage off-shore sont
identiques à ceux utilisés lors du forage de puits sur terre mais ils sont plus complexes,
le matériel et les frais sont plus chers et le besoin en personnel est plus grand.

Exploration
Les principes géophysiques utilisés pour la localisation de zones du fond marin où il est
probable de trouver du pétrole sont les mêmes que ceux utilisés sur terre. Néanmoins,
les méthodes d'application sont différentes. Par exemple, lors du travail sismique, les
bateaux sont utilisés afin de transporter le matériel d'enregistrement et les géophones ne
sont évidemment pas placés à la superficie de la terre mais sont remorqués ou mis en
flottaison; les charges de profondeur sont utilisées pour provoquer des ondes de choc
mais l'explosion est réalisée dans des sacs à explosion réduisant (n'éliminant pas)
l'impact produit sur l'environnement marin.

En fonction de la masse d'eau dans laquelle est effectué le travail, des conditions
climatiques de la région et des frais occasionnés, les options à suivre et le matériel à
utiliser seront établis.

Dans une faible profondeur d'eau, une tour montée sur un barque dépourvue
d'autopropulsion et devant être remorquée peut suffire. Leur design permet uniquement
de travailler en eaux peu profondes, baies ou estuaires, car elles ne résistent pas au
mouvements lorsque la profondeur augmente. Le matériel comprend une tour de forage,
des sources d'énergie et des équipements de contrôle et de mesure, en outre de
l'habitacle nécessaire à l'équipage. Les services complexes comme la cimentation
peuvent se faire à partir d'autres barques ou bateaux spécialement équipés à cette fin.
Pour les opérations en eaux profondes, un bateau de forage peut être utilisé. Ceux-ci
sont pourvus d'une tour de forage permanente située au centre de l'embarcation, endroit
où la coque présente une ouverture nommée "moonpool". De tels navires peuvent être
utilisés pour des forages à des profondeurs de 5000 à 20.000 pieds sous le niveau de la
mer.

Les plateformes permanentes sont des structures utilisées généralement dans des eaux
relativement peu profondes. Montées sur la terre ferme, elles sont transportées vers le
site de forage et ancrées sur le sol marin. Le niveau des plateformes se trouve au-dessus
de celui des vagues.

Les semi-submersibles sont des vaisseaux construits sur des pattes téléscopiques ou
structures qui rendent possible sa flottaison au-dessus d'un site de forage. Ils sont non
seulement construits afin de travailler à la profondeur requise (500 pieds et plus) mais
également pour résister aux conditions extrêmes imposées par des vagues supérieures à
60 pieds de hauteur et des vents de plus de 90 noeuds. Leur construction débute sur le
quai puis ils sont mis à l'eau afin d'y additionner les énormes tours qui les supportent.
Finalement, ils sont remorqués jusqu'au site de forage. Au total, ils peuvent peser près
d'un million de tonnes et dépasser les 700 pieds de hauteur.

L'exploitation pétrolière off-shore comporte des risques environnementaux élevés et les


dégâts causés en milieu marin sont très difficiles à contrôler et à quantifier. Les
exemples de désastres sont parlants (1): lors de l'explosion de 1979 dans la baie de
Campeche (golphe du Mexique), du pétrole s'écoula durant près d'une année sans qu'on
ne parvienne à l'encercler, entraînant une pollution désastreuse qui en vint à contaminer
jusqu'à la côte du Texas, située à 1000 kilomètres de distance; l'épanchement du
pétrolier Amoco Cádiz face à la France, en 1978, autre écoulement gigantesque évalué
à 1.700.000 barils, fut également combattu par tous les moyens technologiques
disponibles sans qu'on n'arrive à récupérer plus de 10% de la quantité répandue. Si les
fuites se produisent dans des masses d'eau fermées, avec peu de circulation ou dans des
milieux marécageux, telles que les mangroves, les effets sur la vie et l'environnement
sont encore plus meurtriers. Tel fut le cas de l'écoulement provenant du navire Exxon
Valdez, en 1989, qui resta confiné à la baie d'Anchorage, en Alaska, et qui bien que de
quantité inférieure à celles des désastres cités ci-dessus, pollua profondément 1600
kilomètres de côte, causant la destruction de toute la population marine dont des
milliers de baleines, de dauphins, de loutres et d'autres mammifères marins ainsi que la
disparition de quelques 500.000 oiseaux. Les dégâts causés à l'environnement
perdureront durant des siècles et ce bien que la facture de nettoyage ait atteint la somme
astronomique de 6 milliards de dollars.

La présence de pétrole sur les côtes, due à des fuites ou autres accidents, a un impact
profond sur la biodiversité. Les microorganismes, les algues, les invertébrés, les
animaux supérieurs et l'avifaune ainsi que leur milieu naturel en sont affectés et le
déséquilibre écologique qui en résulte peut tarder longtemps à récupérer. Dans le cas
des récifs coraliens, par exemple, l'altération de leur habitat affecte drastiquement leur
composition en espèces. Ces écosystèmes marins tropicaux résistent très bien à l'érosion
et aux tempêtes, ce pourquoi ils sont d'importants stabilisateurs des lignes côtières. Ces
zones sont très importantes pour la pêche étant donné la grande quantité et variété de
poissons qui les habitent y qui leur donnent une haute valeur culturelle et économique.
Une autre zone de grande importance sociale, économique et écologique et de grande
susceptibilité environnementale, est la mangrove. Il s'agit d'un des écosystèmes les plus
productifs de la terre et deux tiers des espèces de poissons de mer et d'eau douce en
dépendent. Dans le labyrinthe compliqué de ses racines, vivent et se reproduisent des
poissons, des crustacés, des coquillages, des oiseaux et des reptiles. Les activités
pétrolières réalisées dans les mangroves produisent toute une série d'impacts
environnementaux tels que l'interruption du flux d'eau douce et des marées, l'altération
des modes de drainage de la végétation, la dégradation du sol et l'instabilité générale de
la région.

Résumé des activités pétrolières (continentales et off-shores) affectant l'environnement


(2)
- Construction de voies d'accès et d'infrastructures
- Ouverture de lignes sismiques
- Fuites de pétrole au niveau de:
. batteries de séparation
. deshydrateurs
. centrales de stockage et de pompage
. puits non contrôlés
. débordement de bassins
. rupture des conduits
. accidents de pétroliers (ou d'autres moyens de transport)
- Brûlage du gaz au niveau des torches
- Déversage des déchets toxiques
- Déplacement de populations indigènes et paysannes
- Migration de colons, de commercants et d'aventuriers
- Chasse furtive

Résumé des dégâts produits par les activités pétrolières

- Déboisement, coupe et pollution des forêts et des mangroves


- Rétention d'eau
- Salinisation de terres, lacs et estuaires
- Fragmentation et perte de marécages
- Adoucissement des milieux côtiers
- Modification des systèmes hydriques
- Modification de la topographie par extraction de matériaux
- Impact sur les masses d'eau qui agissent comme voies de dispersion ou dépôts
terminaux de polluants
- Perte de biodiversité
- Libération d'oxyde d'azote, d'anhydride sulfurique, de monoxyde de carbone et
d'anhydride carbonique
- Chasse et pêche
- Modification des modèles économiques traditionnels des communautés
- Changements quant à l'appartenance de la terre
- Impacts sur la santé des indigènes et des colons
- Dispersion des communautés indigènes et destruction de leur culture.
Les activités de l'industrie pétrolière peuvent signifier pour les hommes une source de
richesse et des possibilités de développement ou bien la destruction de l'environnement,
l'exploitation des peuples et la perte d'identité nationale, entre autres. Par rapport à cela,
les positions assumées par les différents secteurs sont multiples et varient selon qu'il
s'agisse de la communauté internationale, du gouvernement de pays producteurs, des
grandes puissances, d'importants groupes économiques, des académiciens, de la
communauté en général ou des groupes minoritaires telles que les communautés
indigènes et les paysans. Il y a ceux qui ne voient aucun danger dans l'industrie
pétrolière et qui la défendent aveuglément, sûrs de sa convenance; il y a aussi ceux qui
reconnaissent en elle une puissance économique mais aussi une conduite politique,
sociale et environnementale dangereuse, généralisée et irresponsable; parmi ces
derniers, il y a ceux qui essaient de réduire les conditions adverses inhérentes aux
objectifs pétroliers et ceux qui ne se préoccupent pas fort des dégâts causés, pour peu
que les bénéfices et la puissance économique soient maintenus; finalement, il y a ceux
qui ne reconnaissnt en l'industrie pétrolière aucun bénéfice de caractère général pour les
pays et qui estiment qu'aucun chiffre n'arriverait à compenser les énormes dégâts causés
à la planète.

La liste des impacts générés par l'industrie pétrolière est longue quant aux secteurs
affectés et quant aux types d'affectations. Avec la montée de la tendance écologiste de
ces deux dernières décennies, une grande importance a été prêtée à la problématique
environnementale et en particulier aux dégâts causés aux différents écosystèmes
naturels de la planète ainsi qu'au cadre et à la qualité de vie des êtres humains. La
problématique sociale et culturelle n'est pas moins importante et est liée tant aux
besoins dépendant des produits pétroliers, qu'aux politique agressives et déshumanisées
des compagnies pétrolières. Celles-ci, assistées par les intérêts des grandes puissances
qu'elles représentent dans leur recherche de lucre et de pouvoir, promeuvent la
corruption des élites des pays producteurs, manipulent l'information, développent des
plans et programmes gouvernementaux en accord avec leurs propres politiques et qui ne
tiennent pas compte des nécessités internes des pays pétroliers en voie de
développement qu'elles dépouillent de leurs ressources naturelles et de leur identité
nationale sans qu'une juste rétribution ne leur soit attribuée.

Les excès des compagnies pétrolières donnèrent naissance à de nouvelles formes de


relation entre les diverses sphères sociales des pays producteurs. Elles provoquèrent des
tensions au sein de, et entre secteurs économiques et politiques, industriels,
commerçants, académiques, militaires, paysans et indigènes. En créant des intérêts
économiques particuliers, elles favorisèrent le pouvoir des uns au dépend des autres et
elles patronnèrent les excès de la classe dirigeante ou de dictateurs disposés, les uns et
les autres, à livrer leur pays au pillage de ses ressources naturelles en échange du
maintient de leur pouvoir face au reste de la population. Finalement, elles furent une
source d'instabilité interne qui se développa au détriment des intérêts des pays pauvres
afin d'obtenir les grands bénéfices que peut générer l'industrie pétrolière, pas seulement
pour le bien des entreprises du secteur mais aussi pour celui des pays qui contrôlent
l'exploitation de cette ressource dans le monde. Avec peu d'exceptions, les "pays du
sud" durent écrire leur histoire pétrolière avec la douleur d'une balance en rouge, pas
seulement pour les pertes économiques, sociales, environnementales et culturelles mais
aussi pour la perte de vies humaines qui, coincées au milieu du feu croisé des intérêts,
tombèrent victimes de la cupidité démesurée et sauvage des compagnies. Le cas de
Shell au Nigeria illustre cela parfaitement: "Quatre décennies d'opérations de Shell dans
le delta du Niger ont laissées l'environnement dans un état désastreux; un bon nombre
de ses habitants sont morts, ont été torturés et dépouillés de leur maison pour avoir
exigé le respect de leurs droits. Shell a obtenu ses bénéfices au prix de vies humaines et
de leur dignité... Actuellement, le bureau central de Shell est jugé aux Etats-Unis pour
les délits commis au Nigeria. Les accusations incluent des exécutions sommaires,
tortures, morts injustifiées et crimes de lèse-humanité". (3)

La problématique sociale que génère l'industrie pétrolière remonte à ses origines: les
pays producteurs de pétrole, dont les Etats-Unis, virent comment la fièvre du pétrole
transforma la vie de ces gens qui, avides de richesse facile ou d'oportunités de travail,
abandonnèrent leurs champs de cultures verdoyants pour s'enraciner dans des champs
pétrolifères à l'horizon obscur. "...devant venaient les hommes et derrière eux, les
femmes et leurs enfants. Les vieux restèrent seuls face aux récoltes, au pâturage, au
labour et aux ateliers d'artisanat et de petite industrie qu'ils avaient réussis, petit à petit,
à consolider. Les ceinturons de misère, les crimes, la prostitution et l'alcoolisme sont
quelques uns des maux sociaux qui accompagnèrent la mobilisation de ces paysans,
avec l'altération des cultures natives et le développement de la ségrégation raciale. La
balance du Venezuela, exprimée dans les termes d'Arturo Uslar Pietri, est assez réaliste
si on tient compte des richesses apparentes que généra le pétrole dans ce pays: "dans un
pays de dimensions économique et sociale modestes, principalement agricole et paysan,
en retard mais sain quant à l'essentiel de sa structure, fit irruption l'immense torrent de
la richesse pétrolière, altérant, confondant, déviant et déformant toutes les formes
normales de relation et toutes les possibilités de développement sain... En vérité, il n'y
a pas eu de développement du pays. Il n'y a pas eu d'amélioration de la qualité de vie et
de travail de sa population et on ne parvint pas à donner à la majorité des habitants la
possibilité réelle d'un destin économique et social digne."

L'utilisation des produits pétroliers, avec la création conséquente de besoins et de


formes de relation différentes de celles établies au sein de la population traditionnelle,
entraîna également la perte des coutumes qui définissaient son identité culturelle.
Mondialement, les hommes se sont uniformisés en relation avec les besoins de la vie
moderne, en oubliant les nécessités et les possibilités de leur propre culture. L'homme
du 20ème siècle se vit confronté au plastique, aux pesticides, aux huiles et lubrifiants, à
l'essence et aux moteurs à combustion ainsi qu'à beaucoup d'autres produits qui
établirent de nouvelles formes de vie et façons de se relationner avec le monde, dans la
majorité des cas en sacrifiant la qualité de l'environnement et de la santé en échange des
commodités apparentes qu'ils offraient. La culture du plastique, de l'essence, des
produits synthétiques, etc... déplaça et détruisit l'équilibre des saines formes de relation
homme-nature établies durant des siècles par certaines cultures. "Dans les pays
industrialisés, l'économie et le style de vie sont complètement dépendants du pétrole.
Cette matière première fournit ses bénéfices à l'industrie et les impôts à l'Etat. Le
transport et la consommation augmentent la pollution de l'environnement, de même que
l'exploration et l'exploitation dans des zones dont la grande valeur écologique se trouve
menacée."(6) L'étroite dépendance que maintiennent les sociétés modernes avec le
pétrole fut la meilleure alliée de leur indifférence envers les problèmes qui y sont liés.
Personne ne doute des coûts générés par l'utilisation du pétrole comme source d'énergie
et précurseur des produits cités ci-dessus mais l'humanité les accepte avec indolence et
seul un très faible pourcentage est disposé à opter pour des sources et des produits
alternatifs.
Le panorama est encore plus désolant lorsqu'on prend en compte que les bénéfices des
pays producteurs ne sont pas aussi réels qu'ils ne le paraissent. "Les coûts réels du
pétrole sont généralement cachés. Parmi ceux-ci se trouvent les coûts militaires afin de
surveiller les routes de navigation et les zones d'extraction ainsi que les subventions à
l'Etat et les privilèges octroyés aux compagnies pétrolières. A tout cela, on additionne
les coûts du déficit commercial et les dettes auxquelles doivent faire face les pays
dépendant du pétrole."(7) Egalement illusoires sont les gains monétaires provenant des
exportations de pétrole dans les pays qui basèrent leur développement presque
exclusivement sur cette ressource, en délaissant d'autres secteurs de l'économie comme
l'industrie et la production agricole. Finalement et de façon contradictoire, le pays doit
encore réinvestir dans l'importation de produits incluant des dérivés du pétrole (cas des
pays en voie de développement).

Peuvent être ajoutés à ces coûts la perte de la qualité de vie entendue en termes de
santé. La large gamme de maladies produites par l'utilisation non contrôlée des fruits du
pétrole rend encore plus irréelle la version de ceux qui soutiennent son exploitation, sa
commercialisation et son usage avec l'argument du bénéfice économique perçu par les
nations. Un rapport technique patronné par l'Organisation mondiale de la santé (OMS)
et le gouvernement suisse conlut dans ces termes: "La pollution de l'air causée par les
véhicules automobiles est le problème de pollution atmosphérique le plus étendu dans le
monde d'aujourd'hui... La circulation des véhicules automobiles et les gaz émits par
ceux-ci exercent de graves effets sur la santé des populations urbaines. L'ozone est la
cause d'irritations occulaires et pulmonaires, provoque des crises d'asthme chez les
individus susceptibles et occasionne des pneumopathies obstructives chroniques chez
les populations les plus exposées. Le plomb est un composant pernicieux du matériel en
suspension et entraîne de graves dangers pour le système nerveux, particulièrement
chez les enfants qui vivent à proximité de rues à forte densité de circulation. Les
particules en suspension causent des irritations pulmonaires et contribuent à provoquer
des affections respiratoires. Le monoxyde de carbone, qui provient presque
exclusivement du traffic de véhicules, affecte les personnes souffrant de lésions
cardiaques. Le bruit de ces véhicules automobiles perturbe constamment la vie
urbaine."(8) Comme conséquence, l'investissement visant l'attention à la population
affectée implique des chiffres astronomiques pour tous les pays.

Le pire de tout est que la demande en énergie pétrolière continue à croître, influencée
par l'augmentation de la population mondiale, particulièrement dans les pays en voie de
développement, mais aussi par l'augmentation irrationnelle de la demande en énergie
des pays industrialisés. "A mesure qu'augmente la population, augmente aussi la
demande en biens qui consomment de l'énergie et qui polluent. Néanmoins, ces biens
ont proliféré plus rapidement que la population. Durant ces dernières quarantes années,
le nombre de voitures a augmenté quatre fois plus vite que le nombre d'êtres humains...
Qu'importe comment on le prend, la majorité de l'énergie est consommée par les pays
industrialisés puisque la consommation par personne y est dix fois supérieure que dans
le Tiers-monde."(9)

La pollution de l'air, et le réchauffement de l'atmosphère qui lui est lié, est un des
principaux problèmes environnementaux auxquels la planète doit faire face aujourd'hui
et est due, entre autres mais pas uniquement, à la forte demande en produits pétroliers.
L'industrie pétrolière elle-même, au cours de ses différentes étapes d'exploration, de
forage, d'extraction, de transport, de raffinage, de distribution, etc... génère de sérieux
impacts de type environnemental, aggravés généralement par la négligence des
compagnies pétrolières qui ne sont pas disposées à investir suffisamment (lorsqu'elles
investissent..) pour la protection des écosystèmes touchés par leurs activités. Bien
entendu, la responsabilité de ces impacts est partagée par les gouvernements qui
exercent (s'ils exercent..) des mesures de contrôle inadéquates et insuffisantes et par la
communauté en général qui, de par son désintérêt marqué pour la problématique
pétrolière et l'absence d'exercice de la censure et d'utilisation des mécanismes de
pression (inscrits comme droits dans la plupart des constitutions du monde), se
transforme en protectrice des uns et des autres.

Un autre grave problème que nous nous devons d'évaluer est celui de l'impact de
l'industrie pétrolière sur les communautés autochtones en relation avec la division
qu'elle crée parmi celles-ci.

Partout dans le monde existent des cultures légendaires qui créèrent, au cours des
siècles, leur propre identité socioculturelle en relation avec la nature. Tout au long de
l'histoire, ces communautés souffrirent toutes sortes d'abus, liés à des processus de
domination, de pillage ou de dévastation et qui transformèrent ou détruirent leur
culture; ou bien, ils furent obligés à rester confinés dans les endroits les plus
inhospitaliers de la planète. Beaucoup de peuples autochtones furent intégrés à des
projets de colonisation de pays et de cultures possédant un fort pouvoir bélligérant, les
incorporant à des systèmes d'exploitation qui requirent la modification de leurs
coutumes, vêtements, langue et religion. Lorsqu'ils s'opposèrent, ils furent simplement
annihilés ou soumis par la force. Ils furent expropriés de leurs terres et perdirent leurs
richesses, ce qui les obligea à servir les seigneurs et à travailler dans les mines, cultures
et autres formes d'exploitation économique.

Au cours de ce siècle, les compagnies pétrolières ne changèrent certainement pas cette


attitude face aux communautés indigènes, bien qu'elles n'en soient parfois
qu'indirectement responsables, en travaillant avec des gouvernements faibles,
entièrement à leur service, promulguant des lois en faveur des compagnies et contre les
intérêts des communautés minoritaires et usant de tout le poids du pouvoir militaire. Au
contraire, leur terrible arrogance ainsi que leurs politiques aggressives ont enterré le
patrimoine culturel des peuples indigènes en violant leurs droits fondamentaux. Il existe
de nombreux exemples de ce type de faits mais nous n'en soulignerons que quelques
uns démontrant bien leur attitude.

Nous avons déjà mentionné le cas du peuple Ogoni au Nigéria. Il s'agit d'une petite
minorité de nigériens qui, en 1990, formèrent le Mouvement de survie du peuple Ogoni,
et rédigèrent la loi des droits des ogonis qu'ils présentèrent au gouvernement du
Nigeria. Ils exigeaient le droit d'être représentés, la liberté de religion et le droit à
protéger leur environnement. Leur cas fut porté devant la communauté internationale et
atteint les compagnies pétrolières qui approvisionnaient le régime criminel du Nigéria.
Depuis lors, les leaders du mouvement ont été sacrifiés ou obligés de se taire et la
communauté continue d'être victime de toutes sortes d'abus. Au cours des dernières 39
années, Shell a extrait un bénéfice estimé à 30 milliards de dollars du territoire Ogoni,
une région ne produisant que 3% du pétrole du Nigéria. Durant cette période, elle a
dévasté l'environnement du delta et n'a pas respecté les droits fondamentaux des ogonis.
Ses pratiques incluent des opérations au niveau de respect de l'environnement
particulièrement bas, des manipulations et division des communautés, l'octroi de
paiements et de soutient aux militaires, la manipulation de l'information, la subornation
de témoins, l'acquisition d'armes et la formation d'un corps de police aux ordres de
Shell, utilisé afin de surveiller les installations, de diviser les communautés et de
réprimer les protestations.(10)

Dans la forêt tropicale de la province de Riau, à Sumatra en Indonésie, il existe une


grande quantité d'installations pétrolières appartenant principalement à PT Caltex
Pacific Indonesia, un consortium entre Texaco et Chevron formé principalement pour
diriger les opérations en Asie. Dans l'aire d'influence du projet vivent six peuples
autochtones: les Laut, Talang Mamak, Bonai, Hutan, Akit et Sakai, qui souffrirent les
pires impacts de l'industrie pétrolière. Les opérations du consortium mirent en danger la
survie de ces peuples. La pollution de l'air, de l'eau et du sol eurent de graves
conséquences mais le processus d'appropriation du territoire est encore bien plus
sérieux. Avec l'appui et l'aide du gouvernement indonésien, les compagnies étrangères
soumirent les sakais à une politique de transmigration, forçant le peuple à quitter sa
terre afin de permettre son usage pour l'extraction de diverses ressources.
L'irresponsabilité environnementale des activités du consortium affecta encore plus le
peuple Sakai dont le style de vie dépendait traditionnellement des ressources de la forêt
et des rivières.(11)

Un autre cas typique illustrant la problématique des peuples indigènes est celui du
peuple U'wa, de Colombie. Ils habitent à la limite de Boyacá, au nord de Santander et
d'Arauca, en plein coeur du projet d'exploration sismique d'Occidental en Colombie.
Cette compagnie obtint la licence environnementale du Ministère de l'environnement au
milieu d'une intense polémique relative aux possibles effets de telles opérations sur ce
peuple autochtone de près de 6000 personnes et menacé de disparition à cause de divers
facteurs historiques et politiques. Les u'was, craignant que leur terre-mère soit affectée,
demandèrent de ne pas intervenir dans les zones sacrées de leur territoire et de pouvoir
étudier le projet conjointement avec le gouvernement. Ils dénoncèrent les dégâts causés
aux sites sacrés et aux écosystèmes de leur territoire qu'ils définissent comme le centre
du monde et avec lequel ils maintiennent un délicat équilibre vital: "la paix de la nature,
qui est la paix de nos esprits, est en train de se terminer..., l'étouffement de nos chants et
l'étouffement de notre histoire". Bien que des démarches légales aient été réalisées par
la communauté, la problématique à été différée et rebattue en discussions de caractère
environnemental, culturel, politique, etc... en attendant que la Cour constitutionnelle
détermine la validité des décisions du Tribunal Supérieur de la région qui reconnu les
droits du peuple U'wa et de la Cour suprême de justice qui les nia.

La constitution colombienne ordonne la consultation préalable des peuples autochtones


sur des sujets qui pourraient les affecter afin de garantir le respect de leur intégrité
ethnique et culturelle, de leur permettre une adéquate participation, de faire
correspondre ces projets aux exigences de l'interculturalité et de former l'état à sa tâche
de protection de la diversité ethnique de la nation. Néanmoins, dans le cas du peuple
U'wa, les aspects légaux et les accords ont été manipulés. En 1994, après trois ans de
discussions entre les représentants de l'Etat et Occidental et dans le dos des u'was, ces
derniers manifestèrent leur ignorance du projet et des implications qu'il aurait dans leurs
communautés. Moins de 15 jours après en avoir pris connaissance, en janvier 1995,
Occidental mis en route le processus de consultation ordonné par la loi, selon les
critères exposés par la Direction des affaires indigènes du Ministère de l'intérieur. La
consultation se réalisa selon l'interprétation des employés du secteur pétrolier et des
Ministères de l'environnement et des mines. Les u'was, de leur côté, manifestèrent qu'ils
ne pouvaient prendre de décision sans avoir préalablement consulté leur base. Mais le 7
février 1995, le Ministère de l'environnement expédia la licence environnementale du
projet Samore, sans répondre aux besoins de temps et aux termes de travail interculturel
accordés lors de la réunion avec le peuple U'wa. Une fois de plus dans leur condition
minoritaire, les peuples indigènes se virent lésés de leurs droits tandis que leur forme de
vie ainsi que leurs droits historiques et patrimoniaux furent ignorés.(12)

Les préoccupations du peuple U'wa et des peuples autochtones en général ne manquent


pas de fondement. En effet, en 1984, Shell débuta un programme d'exploration sismique
dans la région du bas Urubamba, au Pérou, afin d'évaluer les réserves de gaz naturel de
cette zone. Avant cela, les indigènes Nahua n'avaient eu aucun contact avec des
étrangers. Leurs premières rencontres avec la compagnie furent sporadiques et
violentes, causant de nombreuses blessures et entraînant la suspension des opérations
sismiques. Avec l'intention stratégique d'améliorer ses relations, la compagnie offrit des
outils, des aliments et d'autres cadeaux et invita les nahuas au champ pétrolifère de la
Shell. Ces actions de commerce culturel permirent la continuation du programme
d'exploration. Suite à l'entrée de Shell, les nahuas établirent des relations additionnelles
avec des exploitants de bois qui pénétrèrent également dans la région à l'aide de
cadeaux, cette fois en échange de bois. Les contacts successifs favorisèrent
l'introduction de maladies telles que la coqueluche et la grippe, contre lesquelles la
population manquait de défenses. La moitié de la population fut décimée. Quelques uns
des survivants migrèrent vers la ville de Sepahua où désintégrés social, culturel et
économiquement, ils errent actuellement en qualité de mendiants. (13)

Même après la répétition durant plusieurs siècles des mêmes erreurs, on continue à
considérer les autochtones comme des êtres "sans lois, Dieu ni religion", sans culture,
dont on ne reconnaît pas la condition humaine et que l'on considère inférieurs seulement
parce que leurs cultures ne correspondent pas à notre idéal occidental de civilisation
selon lequel "la culture a différents degrés d'évolution, dépendant du niveau
d'instruction et d'un ensemble de connaissances préliminairement déterminées. Selon
cette conception, avec des niveaux de développement social et culturel supérieurs et il
en existe d'autres, manifestement inférieurs." L'impitoyable conception selon laquelle il
faut civiliser l'indigène étant donné sa condition de sauvage incapable d'accéder à des
formes complexes d'organisation sociale, sans patrimoine historique, n'ayant que des
connaissances imparfaites et primitives et des formes de vie peu civilisées et étant plus
digne de notre compassion que de notre respect, se maintient comme une croyance entre
nous tous. C'est cet imaginaire qu'utilisent les grandes entreprises pour, avec le soutient
des gouvernements qui placent d'erronés intérêts économiques avant le bien-être des
populations minoritaires et le sain maintient des écosystèmes, mener à bien leurs grands
projets sans l'intervention de processus de contrôle provenant de la communauté en
général.

Il est clair que seul le rejet des activités destructrices des compagnies pétrolières et du
laxisme des agents de contrôle, à partir de la pleine connaissance de la problématique
pétrolière et par le biais d'une pression de censure décidée et compromise exercée par la
communauté en général ainsi que de l'acceptation et l'appropriation de nouvelles formes
de relation avec la nature, mobilisera toute la population pour la réparation des dégâts et
la recherche de nouveaux modèles de développement durable si nécessaires afin
d'assurer la qualité de la vie du monde futur.
Sources:
(1) Bracho Frank (1998) Petróleo y globalización. Salvación o perdición?Ed. Vadell
hermanos, Caracas.
(2) Joel Zavala Cruz "Regionalización natural de la zona petrolera de Tabasco",
CODEZPET. Op. cit. Tudela F. Op cit.
(3) Rapport annuel indépendant , Proyect Underground, avril 1997.
(4) Jesus Delgado, député du Vénézuela. In: Petróleo y globalización. Salvación o
perdición? Bracho Frank (1998) Ed. Vadell hermanos, Caracas.
(5) Bracho Frank (1998) Petróleo y globalización. Salvación o perdición?Ed. Vadell
hermanos, Caracas.
(6) "Balance de energía" Rev. Ecológica" N°21, juillet/décembre 1995, pg. 30.
(7) IBID pg. 31.
(8) Bracho Frank (1998) Petróleo y globalización. Salvación o perdición?Ed. Vadell
hermanos, Caracas.
(9) "Balance de energía" Rev. Ecológica" N°21, juillet/décembre 1995, pg. 30.
(10) Rapport annuel indépendant , Proyect Underground, avril 1997.
(11) Oilwatch (1997) "Voces de resistencia. Explotación petrolera en los trópicos".
Equateur.
(12) Mancera Emilio, "Hidrocarburos, pueblos indígenas y licencias ambientales",
ECOlogica N°21, juillet/décembre 1995, Bogota, Colombie.
(13) Oilwatch (1997) "Voces de resistencia. Explotación petrolera en los trópicos".
Equateur.
(14) Franco Juan "perspectiva antropologica y relacionamiento comunitario" rev. ECO
polémica N°1, août 1997