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GRAND ANGULAIRE

Le statut avancé entre l'UE et le Maroc :


un nouveau mode de partenariat ?
Avec cette proposition, le pays cherche à tendre vers
une convergence réelle et institutionnelle avec l'UE.
Larbi Jaidi

es relations euro-marocaines entrent dans une nou- tion marocaine part de la volonté politique de consolider

L velle phase. Depuis la date à laquelle l'Union euro-


péenne (UE) a défini sa politique de voisinage (PEV),
le contexte dans lequel s'inscrit ces relations a considéra-
les acquis, d'ouvrir des perspectives. Elle réaffirme le dou-
ble ancrage du Maroc dans la politique de voisinage ren-
forcée et dans la politique euroméditerranéenne revitali-
blement évolué. Le Maroc a exprimé à maintes reprises sée par le plan quinquennal de Barcelone II. Les deux
sa volonté de conclure à moyen terme un nouveau cadre dynamiques se renforcent dans une plus grande synergie
juridique et institutionnel qui aille au-delà de l'associa- d'action. Son référentiel, ce sont les expériences les mieux
tion actuelle. Le statut avancé auquel il aspire signifiait « réussies de l'espace économique européen et des phases
un appel à l'approfondissement permanent de cette re- de la pré-adhésion des pays candidats. Ses principes fon-
lation vers des obligations réciproques et mutuellement dateurs : tendre vers une convergence réelle, institution-
avantageuses, l'objectif étant d'atteindre un véritable par- nelle avec l'UE ; agir dans la coresponsabilité et la codé-
tenariat bénéfique pour le Maroc ». Partant du principe cision pour un partenariat multidimensionnel. Le statut
que dans la région méditerranéenne, le Maroc est le pays avancé est donc une approche dynamique, mais qui fixe
le plus avancé dans la mise en œuvre du plan d'action, des repères dans la progressivité des relations entre les
qu'il est le seul à avoir avec l'UE une structure permanente deux partenaires. Il n'a pas comme point de départ ni com-
de dialogue politique renforcé, il estimait qu'il pouvait me promesse une demande d'adhésion, mais il n'exclut
donc aller aussi loin et aussi vite que possible dans la cons- pas non plus une adhésion éventuelle à long terme. En-
truction d'une nouvelle relation et concevoir un nouve- tre un non actuel et un oui d'un futur encore assez éloig-
au cadre juridique et institutionnel. né, il reste un vaste spectre d'action permettant de créer
Par le passé, quand l'UE négociait des tournants dans une dynamique vertueuse, un scénario dans lequel cha-
sa politique de partenariat, le Maroc agissait toujours com- cun des partenaires serait gagnant.
me force de proposition. Sur le long itinéraire des relations Que peuvent y gagner les deux partenaires ? La ré-
euro-marocaines, on était plus habitué à une diplomatie ponse est simple : stabilité, sécurité et prospérité parta-
réactive que pro-active. Aujourd'hui, c'est le Maroc qui in- gée. La région est devenue un foyer de crises. L'Europe
terpelle l'Europe, sur ses choix, ses perspectives, ses enga- ne peut résoudre seule les sources de déstabilisation :
gements. Voisins ? Nous le sommes depuis que la géogra- immigration clandestine, trafic de drogue, blanchiment
phie a configuré physiquement cet espace qui nous ancre d'argent, terrorisme. La pierre angulaire de cette pers-
l'un à l'autre. Amis ? Nous le sommes par notre histoire, pective est l'ancrage d'une alliance stratégique, condi-
notre patrimoine commun. Réaffirmer ces deux socles des tion de succès des deux autres volets. Le Maroc réaffir-
relations ne dispense pas de s'interroger sur l'avenir. Un me sa position d'acteur des relations euro-
avenir brouillé par le tropisme du regard est-européen, méditerranéennes et de médiateur dans les relations de
l'asymétrie des relations financières, la frilosité dans la mi- voisinage élargi avec l'Afrique subsaharienne. S'il est d'a-
se en œuvre des quatre grandes libertés annoncées. bord l'expression d'une volonté politique, le statut avan-
cé est aussi une dimension économique financière d'é-
Des relations singulières à consolider gale ambition. Ce qui signifie faciliter l'accès des biens
et services au marché européen, négocier au mieux le
es relations du Maroc avec l'UE ont toujours été sin- transfert de l'acquis communautaire, harmoniser les po-

L gulières. Comment les consolider? Le Maroc a adop-


té et mis en œuvre un plan d'action. Pourquoi plai-
der donc en faveur d'un statut avancé ? C'est que le cadre
litiques communes (concurrence, fiscalité, monnaie),
intégrer le Maroc dans les programmes, réseaux et agen-
ces communautaires. Enfin la dimension culturelle, so-
actuel ne suffit plus à l'ambition du Maroc. La proposi- ciale et humaine est aussi fortement réaffirmée pour fai-

Larbi Jaidi, professeur d’Economie, Université Mohamed V à Rabat


et président de la Fondation Abderrahim Bouabid. Maroc.

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re en sorte que la frontière ne fasse pas obstacle aux


échanges culturels et humains. Principales réformes au Maroc

Les principales réformes menées à bien au cours des dix dernières


Un appui aux réformes politiques années peuvent être divisées en six grands domaines :
n Modernisation du secteur financier :
e projet de statut avancé apparaît dans un premier

L
– Nouveau cadre légal pour les organismes de crédit : Loi bancaire,
temps comme un appui aux réformes politiques Statut Banque Al-Maghrib
– Assainissement des institutions financières publiques
réalisées par le Maroc ces dernières années pour – Mise en marche de nouveaux instruments de financement (FOMAN,
faire progresser la démocratisation et la modernisation ISTIMRAR, Moukawalati)
de la société en se bénéficiant de l'appui de l'UE, no- n Renforcement des politiques sectorielles : tourisme, industrie,
tamment le programme de modernisation du système technologies de l'information, etc.
– Amélioration du gouvernement des entreprises publiques :
judiciaire en vue d'instaurer davantage d'indépendance – Contractualisation des rapports État- Entreprise publique
et d'impartialité. Le programme de modernisation de –- Externalisation des caisses d'épargne
l'administration a été lancé afin de renforcer sa capacité n Amélioration de l'environnement pour l'investissement : transport,
et de la rendre plus transparente et plus accessible pour gestion portuaire, procédures douanières et administratives (CRI, etc.)
les citoyens, la décentralisation et la dévolution accrue n Mise en marche d'une nouvelle politique sociale
– Création de l'Initiative nationale de développement humain (INDH)
de pouvoirs aux collectivités locales. Le Maroc joue un – Renforcement du système de couverture médicale : AMO, RAMED
rôle de pointe à cet égard. Des progrès importants ont été – Soutien aux Associations de micro-crédit
accomplis grâce à la mise en place d'un mécanisme lé- – Nouvelle politique relative aux logements sociaux
gislatif de protection et de promotion des droits de l'- n Grands projets d'infrastructures :
– 1 500 km de routes rurales construites en 2005
homme. Les réserves relatives à un certain nombre de – 160 km d'autoroutes construites en 2006
conventions sur les droits de l'homme ont été levées. Des – Programme national d'Électrification rurale globale (PERG):
progrès ont été réalisés dans le domaine de la liberté de électrification totale du pays pour 2010
– Construction du Complexe portuaire Tanger-Med
la presse. La réforme du Code de famille en 2004 a per- – Réalisation de projets visant à favoriser le potentiel urbanistique et
mis de grandes avancées concernant l'élaboration d'un touristique : Projet Bouregreg, Réforme du fronton maritime de Rabat.
cadre juridique garantissant l'égalité entre les hommes – Construction d'infrastructures ferroviaires et portuaires.
et les femmes. Le Maroc a aussi renforcé sa politique so-
ciale à travers les objectifs poursuivis par l'Initiative na-
tionale pour le développement humain. intégration approfondie de son économie dans le marché
Par ailleurs, la coopération sur les questions régio- unifié européen. Dans cette perspective, l'intégration de
nales et internationales ainsi que les menaces commu- l'agriculture marocaine doit faire l'objet d'une attention
nes est un axe majeur des relations entre les deux par- particulière en raison de son importance économique et
tenaires. Il en est ainsi du conflit du Sahara occidental sociale et de son rôle dans la croissance économique. Le
qui demeure un obstacle majeur sur la voie d'une plus chapitre agricole représente une part importante du com-
grande stabilité régionale, de la coopération et de la pros- merce total entre l'UE et le Maroc. Les importations agri-
périté. Il en est de même de la gestion commune de la coles communautaires en 2005 se sont élevées à plus de
pression migratoire sur les frontières méridionales de 13 % du commerce bilatéral et les exportations agricoles
l'Europe en convenant que l'immigration clandestine de l'UE vers le Maroc ont représenté 5 % du total. Depuis
doit être traitée dans le contexte plus large d'un dialo- l'entrée en vigueur de l'accord d'association en 2000, les
gue et la coopération transfrontalière avec tous les pays échanges agricoles sont soutenus et font preuve d'un dyna-
d'Afrique du Nord. Car l'immigration clandestine est misme constant. Cette tendance devrait connaître un saut
une question qui relève d'une responsabilité commu- quantitatif et qualitatif, à l'issue des nouvelles négociations
ne et nécessite une approche régionale. Les contacts en- entamées en 2006 sur la base de la feuille de route agrico-
tre l'UE et le Maroc ont été approfondis sur les ques- le élaborée à la suite de la rencontre des ministres euro-
tions de lutte contre le terrorisme et le Maroc s'est engagé med des Affaires étrangères qui s’est tenue à Luxembourg
à renforcer la coopération dans la lutte en cours dans ce (31 mai 2005). Dans la perspective d'une libéralisation des
domaine. Le plan d'action renforce la coopération par échanges agricoles, le Maroc propose une approche par
des dispositions antiterroristes approuvées dans le con- produit et l'aménagement de périodes de transition. La li-
texte de la PEV et qui dessinent le cadre d'un dialogue béralisation ne peut être que modulée, progressive et as-
structuré et stratégique sur la lutte contre le terrorisme. ymétrique. Durant la période de transition, des aides so-
ciales ou structurelles pourraient en outre favoriser la
Une voie d'intégration approfondie modernisation des exploitations et l'emploi, dans le cadre
de programmes de développement agricole et rural. Un
u point de vue du Maroc, l'évolution vers le statut autre volet serait l'appui au développement rural fondé sur

D avancé avec l'Europe serait l'occasion d'appro-


fondir son accès au marché communautaire et de
franchir un « jalon » additionnel dans la perspective d'une
la multifonctionnalité. Un appui qui tendrait à maintenir
une agriculture dans les zones en difficulté, par le déve-
loppement des infrastructures et services de base, la pro-

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motion d'une agriculture diversifiée et porteuses de valeur qu’il conserve une politique de change flexible, qui ne soit
ajoutée et le développement d'activités alternatives com- pas défavorable à ses exportations, sans alourdir pour au-
me l'artisanat et le tourisme. tant la charge de sa dette extérieure. Par ailleurs, la politi-
La libéralisation des services est un autre enjeu de l'ac- que de la concurrence ne devrait pas être fortement af-
cès au marché. Les services représentent ainsi 39 % du PIB fectée par l'intégration approfondie, compte tenu du fait
du Maroc et 23 % des ses recettes en compte courant. Une que le rapprochement des législations du Maroc progresse
ouverture plus grande des activités de services permettrait et que des autorités ont été instituées pour assurer leur
des gains sensibles en PIB et pourrait revigorer le parte- application. Néanmoins des ajustements sont encore né-
nariat. Dans le cadre de l'accord d'association, il n'existe cessaires.
pas de liste séparée pour la libéralisation du commerce des
services au-delà de celles mentionnées par l'AGCS lui-mê- Les programmes communautaires
me. Les deux partenaires estiment que la libéralisation des
services doit être adaptée à la situation particulière de cha- e Maroc a accueilli favorablement le lancement
que sous-secteur, afin de ménager les transitions néces-
saires. Si elle doit être compatible avec les règles fixées par
l'Organisation mondiale du commerce, elle doit aussi être
L d'un premier programme régional dans le domai-
ne des transports qui identifiera les besoins prio-
ritaires en ce qui concerne les infrastructures de la ré-
envisagée dans une perspective de co-développement en- gion et les nécessaires connexions entre elles et avec le
tre le Maroc et l'UE, en privilégiant les activités de service réseau transeuropéen de transport ; il souhaite d'accé-
les plus créatrices d'emploi du Maroc caractérisées par un lérer les préparatifs pour élaborer un plan d'action sur
nombre élevé de jeunes chômeurs, diplômés. la réforme du secteur des transports intégrant les aspects
environnementaux et les aspects de sécurité ; le Maroc
L'acquis communautaire s'est aussi engagé dans la coopération avec l'UE dans le
domaine de la navigation par satellite (GALILEO). Une
'effet positif du démantèlement tarifaire a été frei- coopération importante eu égard à ses applications con-

L né par l'augmentation des obstacles non-tarifai-


res mis en place sur le marché intérieur européen.
Ce mouvement est un processus continu qui vise la pro-
crètes dans le secteur des transports et dans celui de l'é-
nergie ; il veille aussi à ce que le sixième programme-ca-
dre de recherche tienne compte des priorités dans le
tection du consommateur et de l'environnement. Comp- domaine des transports pour ce qui est de la recherche
te tenu de l'importance du marché européen pour les et du développement technologique ; dans le domaine
exportations nationales, la question de la transposition de l'énergie, le Maroc bénéficie de l'apport de la Banque
des normes européennes est donc un sujet prioritaire. européenne d’investissements (BEI) en vue de dévelop-
La reprise de l'acquis communautaire à laquelle est sub- per les interconnexions des partenaires méditerranéens
ordonnée le Maroc est un processus long et coûteux. Elle entre eux, ainsi que la liaison avec les réseaux énergéti-
implique des investissements notamment dans le do- ques transeuropéens. Il a présenté des propositions vi-
maine de l'environnement, de la santé et de la sécurité sant à renforcer la coopération dans le domaine de la sé-
au travail, de la sûreté nucléaire et de la santé publique. curité et de la sûreté des infrastructures énergétiques.
Elle suppose une modernisation dans nombre de sec-
teurs. L'ampleur de la tâche sur le plan législatif, admi- Une gestion coresponsabilisée des crises
nistratif ou financier, et les obstacles d'ordre politique
expliquent les demandes de coopérations techniques et a sécurité et les migrations constituent un thème
de périodes transitoires formulées par le Maroc.
Alors que le caractère unitaire de l'acquis communau-
taire est un des principes clés de l'intégration approfon-
L sensible en raison notamment de la criminalité or-
ganisée. L'UE va devoir faire face à l'impossibilité
d'établir une « frontière dure » avec l'extérieur pour des
die, le renforcement du partenariat pourrait également raisons humanitaires, tout en garantissant la sûreté de
affecter d'autres politiques communes, en particulier la cette frontière pour des raisons économiques. Le renfor-
politique économique et monétaire ou la politique de la cement du partenariat implique que l'UE soit en mesu-
concurrence. Il est clair que l'intégration à un grand mar- re de permettre la libre circulation des personnes, sans y
ché euroméditerranéen ne peut se concevoir sans jeter opposer d'autres limites que celles résultant de règles fi-
les bases d'une coopération monétaire entre la zone eu- xées par la législation communautaire, tout en assurant
ro et les autorités monétaires marocaines. Les liens fi- un contrôle efficace des frontières extérieures.
nanciers entre l'UE et le Maroc sont très étroits, plus de Le Maroc met l'accent sur les nécessités de complé-
60% de son commerce extérieur se fait avec l'UE, qui par ter la politique engagée en matière d'asile et de migra-
ailleurs est avec les Etats-Unis, un de ses principaux bai- tion, en distinguant soigneusement ces deux concepts.
lleurs de fonds au titre de la dette extérieure. Le Maroc a Dans l'esprit des conclusions du Sommet de Tampere,
choisi de lier la valeur de sa monnaie nationale à un pa- le Maroc avance des propositions nouvelles sur les ga-
nier de monnaies externes, au sein duquel l'euro occupe ranties d'accès à la procédure d'asile et les garanties en
une place importante, à côté du dollar. Il est souhaitable matière de droits et de protection matérielle ; sur l'in-

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tégration des résidents étrangers de longue durée et sur existence et à la coopération. Un partenariat animé par le
l'application du droit au regroupement familial ainsi souci de la coresponsabilité et de la convergence.
que sur l'harmonisation des titres de séjour de longue Cette demande incite les deux partenaires à partager
durée. Il met l'accent sur la lutte contre les filières d'im- une vision stratégique de leur avenir commun, en coo-
migration clandestine, notamment en renforçant les pérant plus étroitement à la définition de cet avenir. Mieux
sanctions à l'encontre des organisateurs, des passeurs cette vision stratégique sera définie, mieux la coopération
et des exploiteurs de travailleurs clandestins ; sur une fonctionnera, meilleure sera la situation des partenaires
politique d'aide au développement susceptible d'agir en termes de stabilité, de sécurité et de prospérité. Une
sur une des causes principales des migrations. vision stratégique est par essence multidimensionnelle.
Par ailleurs, le dialogue s'étend à un nouveau domai- Le Maroc ne voit pas dans l'Europe un simple marché où
ne, celui de la PESD. En effet, le Maroc et le Comité poli- sa part doit être préservée sinon améliorée. Il prend en
tique et de sécurité (COPS) doivent engager un dialogue compte également d'autres aspects dans la vision de l'a-
tant au niveau politique qu'au niveau des experts, ce qui venir partagé. Si les deux partenaires ont des objectifs com-
devrait familiariser le Maroc avec la PESD et l'associer muns, ils doivent aussi être prêts à répondre aux mena-
éventuellement à certains domaines les concernant. ces communes que sont la criminalité, le terrorisme, les
L'objectif de ce dialogue est de trouver un langage migrations clandestines et les défis environnementaux.
commun sur les questions de défense et de sécurité. Il Ils doivent être prêts à agir ensemble afin de mettre un ter-
est essentiel de surmonter les préjugés et les malenten- me aux conflits régionaux. Ils doivent faire en sorte que
dus conceptuels et terminologiques. Une base commu- les frontières ne fassent pas obstacle aux échanges cultu-
ne de départ pourrait être trouvée dans les conventions rels ou à la coopération régionale pendant la période au
internationales ratifiées par les pays du nord et du sud cours de laquelle la circulation des personnes et des tra-
de la Méditerranée. Le dialogue vise aussi à développer vailleurs ne pourra pas être complètement libre.
des mécanismes de diplomatie préventive. La région mé- Cette vision dynamique est fondée sur un processus de
diterranéenne a besoin d'une coopération bilatérale et renforcement des acquis. Il faudrait donc pour cela s'ap-
multilatérale en matière de prévention des conflits qui puyer sur une démarche structurée et progressive. Un par-
mette en particulier l'accent sur la gestion des crises. tenariat efficient ne peut se contenter de gérer l'existant,
de reproduire à l'identique l'état d'une coopération aussi
Le Maroc, trait d'union avec l'Afrique avancée et bénéfique soit-elle. Le voudrait-il qu'il serait
bousculé par les pressions de l'environnement, les atten-
'ensemble des pays subsahariens va connaître des tes des acteurs. Un partenariat renforcé ne peut faire l'é-

L mutations à plus ou moins long terme. Ces chan-


gements sont liés au contrecoup de la guerre d'Irak,
à la volonté des américains de remodeler la région et au
conomie de s'offrir de nouvelles perspectives, investir de
nouveaux champs : les politiques de l'environnement, des
transports, de la recherche, de l'éducation et de la culture,
constat fait par les sociétés civiles des blocages qui nui- pour n'en citer que quelques-unes. Il contribuerait ainsi à
sent au développement. Le besoin d'Europe est exprimé la transformation profonde de la société et de l'économie.
dans toute la région, y compris au Proche-Orient où le tê- En somme, le statut avancé est une approche fondée
te-à-tête de certains pays avec les seuls USA, puissance sur trois principes : un partenariat fondé sur le codéve-
hégémonique, se fait pesant. A travers cette demande d'Eu- loppement, la coresponsabilité et la convergence des in-
rope, la demande marocaine est très forte car elle joue un térêts ; un partenariat stratégique parce que multidimen-
rôle de pont entre les deux rives de la Méditerranée. Le sionnel – politique, économique, social et de sécurité ; un
Maroc, de par sa position géographique intermédiaire et partenariat renforcé parce que il consolide les acquis, ou-
son histoire apparaît comme un trait d'union, un point vre de nouvelles perspectives et s'appui sur des mécanis-
d'équilibre entre les influences du Nord et du Sud. A ce ti- mes institutionnels rénovés. Il s'appuie sur un double an-
tre, il est écouté de part et d'autre, avec une influence par- crage (politique euroméditerranéenne et PEV) et sur les
ticulière et modératrice sur les pays subsahariens, sachant acquis de la coopération avec l'UE pour mieux ouvrir des
orienter leurs exigences vers des propositions plus réalis- perspectives sur l'avenir. Sa finalité est de proposer un par-
tes et acceptables pour ses partenaires européens. tenariat stratégique renforcé.
En conclusion, le concept de statut avancé propose da- Vaste programme qui appelle une implication plus
vantage qu'un voisinage, mais moins qu'une adhésion. A forte d'acteurs jusqu'ici insuffisamment intégrés dans
quoi ressemblerait donc cette perspective ? Elle est fon- la conception et la concertation sur le contour de ce pro-
dée sur la demande d'un partenariat effectif et la mise en jet : la société civile, les institutions parlementaires, le
place d'un cadre de codéveloppement ouvert et dynami- secteur privé et les collectivités territoriales. D'un con-
que, un cadre permettant d'avancer sur la base d'obliga- cept flou, le statut avancé acquiert un contenu pro-
tions mutuelles et de la capacité de chaque partenaire à grammatique. D'une perspective lointaine, il s'inscrit
respecter ses engagements. En affirmant le respect d'une dans une vision plus rapprochée. En somme, il prend
série de principes, de valeurs et de normes qui sont l'es- de la lisibilité et de la visibilité. Il reste à le transformer
sence même d'un partenariat ouvert au dialogue, à la co- en un plan d'action renforcé. n

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