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Article · December 2018

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Phytoma, No. 716 septembre/octobre 2018, pp. 32-40

Gestion intégrée de la protection des stocks de céréales contre les insectes sans traitement insecticide rémanent

Practical integrated approach of prevention and control of stored grain insects without use of residual insecticides

Francis Fleurat-Lessard

Consultant-formateur - Insecto-Net IAA, 33170 GRADIGNAN, France

Résumé

Contexte : La protection des stocks de céréales contre les attaques d’insectes peut être réalisée sans recours aux traitements avec des pesticides en adoptant les stratégies de « protection antiparasitaire intégrée (PAI) ». Principe : La PAI s’appuie sur la prévention des risques d’infestation, associée à la surveillance d’indicateurs de prédiction des signes avant-coureurs de la présence d’insectes. Les interventions curatives sont déclenchées seulement lorsque le seuil de densité maximale tolérable est proche et en privilégiant les procédés physiques ou la fumigation. Etat de l’art : La pratique de la PAI des stocks de céréales consiste à la mise en place d’un plan d’actions coordonnées à cinq composantes : i/ lexclusion des colonies d’insectes installées dans les organismes stockeurs (OS) de céréales avant la nouvelle récolte ; ii/ lévaluation immédiate de laptitude au stockage prolongé des lots de grain livrés à l’OS et pour optimiser l’itinéraire technique de stockage ; iii/ la mise en œuvre des méthodes physiques de prévention de la multiplication des insectes ou pour réprimer des infestations de densité proche du seuil de perte économique (SPE) ; iv/ la surveillance continue des insectes circulants ou cachés dans le grain pour évaluer la densité d’insectes présents et l’écart avec le SPE ; v/ le déclenchement d’une intervention curative par gazage en cas de risque de dépasser le SPE. Les étapes du processus de gestion des risques d’infestation des céréales en suivant le plan d’action de la PAI sont détaillées, ainsi que la boite à outils permettant de s’affranchir de l’usage d’insecticides rémanents. Mots-clés : Protection antiparasitaire intégrée, sanitation locaux vides, manipulation condition stockage, outil de détection, procédés physiques, fumigation, aide à décision.

Abstract

Background: The protection of stored cereal grain against insects can be successfully achieved without the use of residual insecticides thanks to the implementation of an integrated pest management (IPM) strategy. Principle: The IPM strategy relies on the prevention of infestation risks, combined with the monitoring of early signs of insect presence in grain bulks. The corrective measures, without residual insecticide treatments, are triggered only when the insect population density is close to the density tolerable limit (DTL), giving priority to physical and mechanical means or to phosphine fumigation. State-of-the-art: The practical application of IPM to stored grain infestation prevention and control consists in five components: i/ the exclusion as complete as possible of insect populations permanently installed in grain handling systems and storage structures at storage silos; ii/ the rapid assessment of the storability of each grain delivery at the storage site to optimize its storage route; iii/ The implementation of physical methods, equipment and materials aiming at the prevention of insect

multiplication during storage time or at the control of population density increase; iv/ setting up sensors for permanent monitoring grain temperature and moisture and permanent evaluation of population density of insects and the location of their population outbreaks; v/ the implementation of a corrective measure (physical method) or a fumigation with phosphine when the risk of exceeding the DTL is high. The steps of the IPM programme covering an entire year of storage without any use of residual insecticides are presented in a synthetic diagram including the different materials and equipment which allow breaking away from the use of residual insecticides. Key-words: Integrated Pest Management, empty structure sanitation, grain condition changing, insect detection tool, physical method, fumigation, decision support.

Avant-propos (foreword)

« Doit-on continuer à traiter les céréales pendant la période de conservation avec des insecticides qui laissent des résidus pour les protéger contre les attaques d’insectes ravageurs des stocks ? Cette question est d’actualité parce que les industries des céréales et les consommateurs, relayés par les législateurs européens, souhaitent pouvoir un jour se passer des insecticides en protection post-récolte ». Ce préambule constitue l’avant-propos du chapitre 5 de l’ouvrage « La lutte physique en Phytoprotection » paru en janvier 2000 (Fleurat-Lessard F, Le Torc'h J-M (2000). Contrôle des insectes en post-récolte : hautes températures et atmosphères inertes. In : Vincent C, Panneton B, Fleurat-Lessard F (Eds.) La lutte physique en phytoprotection, INRA Editions, Paris, pp. 71-94). Dix-huit ans plus tard, la situation s’est un peu améliorée mais les craintes d’alors sont loin d’être apaisées. Pourtant la solution à ce changement de stratégie de la lutte chimique contre les insectes granivores existe, mais elle n’a pas été développée à grande échelle en France, alors que cette approche nouvelle est déjà effective dans beaucoup de pays concurrents de la France sur le marché international des céréales (Australie, Etats-Unis, Canada, Allemagne et Royaume Uni).

Introduction

En France, les entreprises de collecte-stockage (ECS) jouent un rôle stratégique dans les filières des grains et graines à conservation prolongée avant leur utilisation pour la transformation. Une de leurs principales activités est d’assurer tout au long de l’année l’approvisionnement des industries de transformation et des circuits d’exportation en lots de qualité homogène répondant aux exigences des cahiers des charges des différents utilisateurs industriels et satisfaisant aux règlements et normes en vigueur au niveau du commerce international. L’ECS est au centre de la chaîne qui va de la production par l’agriculteur à la commercialisation avec les industries de transformation ou un exportateur, en assurant de multiples activités techniques et commerciales (figure 1) et en particulier la sécurité sanitaire des produits stockés. Parmi les principaux dangers biologiques qui menacent la qualité sanitaire des grains après la récolte, l’infestation des stocks par les insectes est de plus en plus préoccupante pour les stockages de longue durée.

Figure 1 Activités et services assurés par les entreprises de collecte-stockage-transport- commercialisation des grains

Figure 1 Activités et services assurés par les entreprises de collecte-stockage-transport- commercialisation des grains et graines alimentaires

La conservation des céréales en silo n’est jamais à l’abri des attaques d’insectes en conditions de climat tempéré (figure 2). Les colonies d’insectes granivores sont installées à demeure dans les circuits de manutention des organismes stockeurs (OS) (ou à la ferme pour les agriculteurs-stockeurs) et l’infestation initiale des récoltes se produit dès la manutention des lots de céréales sur les sites de stockage. La méthode de lutte « corrective » la plus utilisée en France pour combattre cette infestation est l’application d’insecticides neurotoxiques qui laissent des résidus à longue persistance.

qui laissent des résidus à longue persistance. Figure 2 Diagramme des limites de température et

Figure 2 Diagramme des limites de température et d’humidité du grain des causes de bio- détérioration des céréales conservées à long terme (ne s’applique pas aux oléagineux)

Les enquêtes nationales réalisées en France en 2010 et 2011 dans les silos de stockage de blé tendre ont montré que près de 50% des échantillons prélevés contenaient des résidus d’insecticides autorisés pour le traitement des céréales après-récolte (Leblanc et al, 2014). Même si les teneurs des différentes substances actives qui ont été retrouvées dans ces échantillons étaient toujours inférieures à la limite maximale règlementée (LMR), une part importante de ces résidus persiste dans les produits transformés et dans les aliments à base de céréales (Fleurat-Lessard, 2015). Pourtant, la protection contre les attaques d’insectes granivores peut être réalisée sans insecticide rémanent en s’appuyant sur une approche raisonnée connue sous le vocable de « protection antiparasitaire intégrée (PAI) » (Fleurat- Lessard, 2013a). La PAI des stocks de céréales repose sur la combinaison des deux approches, préventive et curative, cette dernière n’étant envisagée que lorsque les indicateurs de risque évoluent vers le seuil critique. La mise en pratique de la PAI pour la prévention des risques d’infestation par les insectes des stocks de céréales consiste à combiner de manière cohérente les cinq composantes d’un plan de prévention classique : i/ L’exclusion des colonies d’insectes installées dans les organismes stockeurs (OS) de céréales avant la nouvelle récolte ; ii/ L’intervention directe sur les lots de grain livrés à l’OS et le choix de l’itinéraire technique de stockage le plus sécurisé possible ; iii/ La mise en œuvre des méthodes physiques de prévention de la multiplication des insectes ou pour réprimer des infestations de densité proche du seuil de perte économique 1 (SPE) ; iv/ La surveillance continue des insectes circulants ou cachés dans le grain pour évaluer la densité d’insectes présents et l’écart avec le SPE ; v/ Le déclenchement d’une intervention curative en cas de risque de dépasser le SPE. Chacune des composantes et des outils et mesures d’accompagnement sont développées dans ce qui suit pour « démystifier » la PAI des stocks de céréales et favoriser l’abandon de la lutte chimique classique contre les insectes granivores au profit de plans de protection intégrée, sans pesticide rémanent et orientés pour la satisfaction des cahiers des charges des utilisateurs (artisans ou industries de la 1 ère transformation, en France ou à l’export).

1. Insectes nuisibles des stocks de céréales et origine des infestations

(Cereal grain insect pests and origin of infestations at grain storage silos)

Les nombreuses espèces d’insectes qui infestent les grains stockés ont des caractéristiques physiologiques et morphologiques qui leur permettent de vivre, se déplacer et se reproduire dans la masse des grains. Les espèces les plus nuisibles, celles qui sont capables d’attaquer les grains sains et dont les stades larvaires vivent cachés à l’intérieur des grains, sont considérées comme des « ravageurs primaires ». Les masses de grains stockés sont souvent colonisées par un 2 ème groupe d’espèces qualifiées de « ravageurs secondaires ». On y trouve plusieurs espèces de coléoptères à tous les stades de développement et quelques chenilles de lépidoptères (figure 3).

1 Seuil de perte économique SPE : Niveau de densité de population qui devient détectable dans un échantillon de grain représentatif du lot dont il est prélevé (en général fixé à un insecte « libre » pour 2 kg de grain)

Figure 3 : principales espèces d’insectes nuisibles des stocks de céréales (répartis en deux groupes

Figure 3 : principales espèces d’insectes nuisibles des stocks de céréales (répartis en deux

groupes de nuisibilité différente)

La plupart des espèces qui infestent les stocks de céréales en France sont d’origine tropicale et ont une température optimale de développement comprise entre 25 et 34°C (Fleurat-Lessard, 1991 ; Cruz et al, 2016). La reproduction de l’ensemble de ces espèces différentes est inhibée lorsque la température de la masse des grains chute au-dessous de 10°C ou est très perturbée quand elle s’élève au-dessus de 40°C (Fields, 1992). Bien que la plupart des insectes granivores aient une distribution cosmopolite, ils restent confinés sur les lieux d’entreposage des céréales dans les pays à climat tempéré “frais” (e.g. Europe du nord et du centre-ouest et Canada). Ainsi, dans ces pays, les insectes les plus nuisibles ont colonisé la plupart des sites de stockage des grains et en particulier, les systèmes et circuits de manutention des OS, dans lesquels ils restent cachés toute l’année. En conséquence, chaque nouvelle récolte de grain livrée à l’OS court le risque d’être immédiatement infestée au moment où elle est manutentionnée pour le chargement des cellules de n’importe quel centre de stockage des grains. Le principal danger des insectes granivores est lié au niveau de la population d’insectes initiale dans les circuits et structures de stockage en début de collecte et à leur potentiel de multiplication pendant le stockage de longue durée. Comme les céréales doivent être conservées la durée nécessaire à l’approvisionnement des entreprises de transformation jusqu’à la récolte de l’année suivante, une partie des stocks doit pouvoir se conserver sans changement de qualité initiale pendant au moins un an. Au cours de ce stockage de longue durée, une population de charançons, par exemple, a le temps de se multiplier par 1000, dans un stockage non refroidi par ventilation (figure 4).

Figure 4 Evolution quantitative d’une population de charançons au cours d’une année de conservation d’un

Figure 4 Evolution quantitative d’une population de charançons au cours d’une année de

conservation d’un stock de blé (facteur de multiplication de 1 à 1000)

Le facteur de multiplication dépend en premier lieu de la température, ce qui fait de la manipulation de la température du grain le principal levier de réduction du potentiel de multiplication des ravageurs primaires des céréales stockées. Mais, le taux de reproduction des insectes dépend aussi de la teneur en eau des grains : le taux d’accroissement par génération du charançon du riz (Sitophilus oryzae) peut ainsi être maximal dans un blé à 15% de teneur en eau (x 25 à chaque génération) et être fortement réduit dans un blé à 12 % de teneur en eau (x 12 à chaque génération) (Driscoll, 2000). Mais, comme le marché du blé fait référence à la masse brute et non à la masse de matière sèche, ce second levier potentiel d’action sur la dynamique de multiplication des insectes n’est pas utilisé en raison de la perte de masse qu’il entraîne et du manque à gagner qui en découle.

2. Remise en question du traitement des grains par des insecticides rémanents

(Calling in question the use of residual insecticides as major grain insect control practice)

Une réduction drastique des usages des insecticides rémanents en protection des cultures a été lancée en France depuis le Grenelle de l’environnement en 2008 et elle a même été renforcée en 2016 (plan écophyto 2 : 2018 2025 ; instauration du CEPP 2 ), avec des mesures d’accompagnement permettant de limiter les risques d’intoxication des utilisateurs de produits concentrés (formation certiphyto pour la protection des applicateurs de pesticides), ainsi que des incitations au développement d’approches alternatives à la lutte chimique (conversion à l’AB 3 , gestion intégrée et bio-contrôle des ravageurs des cultures). Mais, la protection des stocks de céréales contre les ravageurs échappe à cette initiative de réduction ou d’abandon de la lutte contre les ravageurs nuisibles. Les traitements directs des grains stockés après récolte

2 CEPP : certificat d’économie de produits phytosanitaires (plan écophyto 2 ; 2016)

3 AB : Agriculture biologique

avec des pesticides à longue persistance des résidus sont toujours régulièrement pratiqués par les OS de céréales (Leblanc et al, 2013). Les résidus laissés par ces traitements vont contaminer les produits de 1 ère ou de 2 nde transformation (farine, semoule, pain, pâtes alimentaires, biscuits, céréales de petit déjeuner, etc.) (Fleurat-Lessard, 2015). Malgré le durcissement de la règlementation européenne concernant lautorisation et les conditions d’emploi des substances actives autorisées pour la protection insecticide des céréales après récolte, ainsi que la pression exercée par les entreprises de transformation ou de distribution des aliments à base de céréales et par les associations de consommateurs pour disposer d’aliments à base de céréales sans résidus de pesticides, il n’y pas eu au cours des 10 années passées, de mesures règlementaires incitant clairement à abandonner le traitement direct des grains avec ces pesticides rémanents au profit des méthodes alternatives sans contamination résiduelle. Pourtant, la demande de produits agricoles de grandes cultures sans résidus de pesticides est en progression constante en France et bien supérieure à l’offre des producteurs français, ce qui oblige les entreprises de transformation des céréales à avoir recours à des importations massives. Ainsi, 30 % des céréales ‘bio’ consommées en France sont importées. Certaines filières de produits transformés pour des marchés de gamme ou de niche garantis sans résidus de pesticides, sont en demande toujours croissante (Fleurat-Lessard, 2013b). Des produits sous référentiel ou charte de qualité certifiés « sans pesticide » , de la production agricole à l’aliment transformé (e.g. : « le blé de nos campagnes » du GIE ‘CRC’ 4 ), prennent de nouvelles parts du marché des céréales destinées aux entreprises de transformation pour l’alimentation humaine diététique (en particulier, les filières baby-food, alimentation des jeunes enfants/adolescents ou des personnes à faible défenses immunitaires et panification diététique) ou animale (en particulier filières pet-food, et élevages d’animaux de chair à label ou bio). La pression médiatique liée aux pesticides s’est nettement renforcée depuis 4 ou 5 ans et les enquêtes auprès des consommateurs montrent que 80 % d’entre eux sont intéressés par plus de « naturalité » dans les aliments issus de grandes cultures ; leur 1 ère exigence étant l’absence de résidus de pesticides) (Tavoularis, 2017).

3. Protection raisonnée des grains stockés : principes généraux et BAO de la PAI (Reasoning the protection of stored cereals against infestation: major principles and toolbox)

La réduction des usages de pesticides après récolte est une nécessité pour mieux satisfaire les demandes des opérateurs de l’aval des filières céréales. Il existe déjà une stratégie éprouvée de protection des stocks de céréales contre les insectes sans insecticide persistant : la protection antiparasitaire intégrée (PAI), traduction plus ou moins fidèle de l’integrated pest management (IPM) appliqué dans les pays anglo-saxons depuis plus d’une décennie à la protection des stocks de céréales. La définition de la PAI des grains stockés est la suivante (adaptée de la Directive européenne CE 2009-128) :

Approche systémique (globale) visant à prévenir les infestations grâce à la combinaison de moyens d’intervention diversifiés permettant de contenir les niveaux de population de parasites au-dessous d’un seuil acceptable dans le contexte de la production locale (à la ferme), et faisant appel à des techniques de gestion de risque préventives avant de recourir à des traitements correctifs.

4 GIE CRC : Groupement d’intérêt économique de producteurs de céréales en « culture raisonnée contrôlée »

Cette approche systémique (organisée en interne en OS, avec un minimum de prestataires externes) est structurée autour des cinq étapes suivantes qui vont s’échelonner tout au long de la campagne de stockage :

1. La réduction de l’infestation endémique sur le site de stockage (la population initiale)

2. Le dépistage précoce des insectes dans les livraisons et la surveillance continue des espèces se développant dans les cellules de stockage

3. La prévention continue des infestations par la modification de l’état physique du grain

4. La gestion des symptômes d’infestation latente et de la prise de décision pour une intervention corrective (en privilégiant les procédés alternatifs aux pesticides persistants)

5. La mise en œuvre d’un plan de PAI orienté « utilisateur final »

Ce type de gestion ‘globale’, basée sur la prévention et l’anticipation des risques d’infestation et les méthodes physiques de prévention ou de répression d’une infestation « probable ou déjà déclarée », sans usage de pesticides, est pratiquée depuis longtemps en France par certaines groupements de producteurs de céréales (AB, CRC et certains labels rouges) qui approvisionnent les entreprises agro-alimentaires avec des blés à forte valeur ajoutée et qui sont capables de certifier leur mode de production (à la source) et la traçabilité des interventions en cours de stockage, jusqu’à la transformation en aliment. Cette nouvelle approche n’est donc pas une révolution des pratiques, mais simplement un changement de logique ou de paradigme en abandonnant l’idée que les insectes, on peut les combattre sans qu’on les voie (traitement d’assurance ou de « précaution ») ou seulement quand l’infestation est visible à l’œil nu (généralement par une application d’insecticide « à action de choc »). La protection intégrée des stocks de grains contre les insectes nuisibles s’appuie sur la capacité à prévoir le risque d’infestation suffisamment à l’avance pour n’utiliser de traitements correctifs que lorsque les niveaux d’infestation, surveillés tout au long de la conservation, sont proches du seuil de perte économique (SPE correspondant au refus de la marchandise par le client ou à une réfaction sur le prix de marché). La construction de programmes opérationnels de PAI des stocks de céréales en cinq étapes successives est détaillée dans ce qui suit.

3.1 Réduction de l’infestation endémique sur le site de stockage (Reduction of the initial endemic infestation at the storage site)

La préparation des locaux vides est primordiale pour limiter la population initiale d’insectes cachée à l’intérieur des structures de stockage (Bareil, 2017). Au moins une fois par an, en fin de campagne de stockage (fin avril à mi-juin), les cellules contenant des lots conservés depuis la récolte de l’année précédente doivent être complètement vidangées pour être nettoyées, dépoussiérées et assainies par un traitement des parois et des matériels annexes (gaines et caniveaux de ventilation, répartiteurs des grains, bascules, nettoyeurs séparateurs, transporteurs horizontaux et à vis, séchoirs, bennes de transport, etc.). Les déchets collectés sont à éliminer rapidement des sites de stockage car susceptibles de contenir des colonies d’insectes qui pourraient venir ré-infester les stocks de report ou les livraisons de la récolte proche. L’assainissement des cellules vides et des bâtiments de stockage à plat peut être réalisé efficacement par application de terre de diatomées, poudre minérale d’oxyde de silice amorphe, non toxique, autorisée pour le traitement des locaux vides ou des grains, y compris les productions de l’AB (Bareil, 2016a ; Boucher, 2017). L’applicateur de terre de diatomées

en poudre (Silocosec™) peut être confronté à un risque par inhalation et doit impérativement porter un équipement de protection individuel EPI aux conditions conseillées par le fabriquant (Il est précisé dans l’autorisation de mise sur le marché du « Silicosec ™ » que « pour protéger l'opérateur et le travailleur s'il doit intervenir dans le local d'application, porter des gants, une combinaison de travail et une protection respiratoire (masque de type FFP2 conforme à la norme EN 149) et oculaire » (Bareil, 2016a). Autre possibilité : la désinsectisation les cellules vides par la chaleur sèche (par générateurs externes), qui est déjà utilisée aux Etats-Unis et en Italie et peut aussi être pratiquée en France avec une méthode et des appareils de chauffage dérivés de ceux utilisés pour désinsectiser les usines de transformation des céréales (Opit et al, 2011 ; Vacquer et al, 2012).

3.2 Dépistage précoce dans les livraisons et surveillance des cellules de stockage

(Early diagnosis of insect presence in grain deliveries and in stored grain bulks)

Le dépistage de la présence d’insectes dans les livraisons qui arrivent à l’OS en période de récolte peut être réalisé de façon simple en appliquant la méthode d’échantillonnage simplifié de routine car si le lot provient directement du champ, la présence d’insectes nuisibles dans le grain récolté est très improbable. Toutefois, les livraisons à l’OS de chargements dont la provenance du champ récolté n’est pas totalement sûre (qui pourraient contenir des reports de stocks à la ferme, par ex.), présentent un risque élevé d’infestation et doivent être contrôlés pour la présence d’insectes avant le déchargement. Le passage au « tamis à charançons » d’un échantillon représentatif 5 de chaque lot permet d’évaluer son aptitude au stockage de longue durée (en cas d’absence totale d’insecte) ou de le diriger vers un autre point de déchargement réservé à la réception des lots « douteux » qui ne devront être conservés que sur une courte période ou qui devront subir un traitement insecticide approprié 6 . Le dépistage des « formes cachées » des insectes ravageurs primaires par des sondes acoustiques montées sur un support de préleveur automatique (figure 5) peut également être pratiqué, mais il est déconseillé en période de récolte pour ne pas retarder les opérations de contrôle à réception (en continu) à cette période.

de contrôle à réception (en continu) à cette période. 5 Normes d’échantillonnage pour la recherche
de contrôle à réception (en continu) à cette période. 5 Normes d’échantillonnage pour la recherche

5 Normes d’échantillonnage pour la recherche d’insectes (formes libres visibles) : NF V 03-742 et NF ISO 16002

6 Cette recommandation de ne pas décharger une livraison avant le résultat du contrôle à réception implique que les prélèvements « au cul du camion » en cours de vidange ne sont pas acceptables (non représentatifs)

Figure 5 : sonde acoustique haute résolution montée sur un préleveur automatique d’échantillons ; sonde acoustique portable (manuelle) au centre et semi-permanente à droite

Par contre, il peut être utile en cas de doute sur la livraison possible d’un mélange entre récolte nouvelle et un lot de report. Un second cas de figure se présente lorsque la livraison à l’OS est différée de la période de récolte, qu’elle soit en provenance d’un premier centre de stockage local ou d’une livraison de lots stockés chez le producteur à la ferme. Dans cette situation d’incertitude sur les conditions de conservation des lots après la récolte, il est recommandé de procéder à un dépistage classique des insectes libres (selon la méthode du « tamis à charançons ») et si l’équipement est disponible, d’évaluer le risque d’infestation du lot considéré suite à l’émergence d’insectes adultes issus des formes cachées de ravageurs primaires (charançons et capucins des grains) (Tomasini & Fleurat-Lessard, 2018). Le contrôle du niveau d’infestation par la sonde acoustique permet également de prévoir la durée maximale de stockage sans risque de dépasser la densité d’insectes et pour le responsable du stock, un meilleur ajustement de ses livraisons à l’utilisateur final 7 . Pour les céréales alimentaires, la limite de densité maximale d’insectes libres à ne pas dépasser en fin de stockage (pour rester indétectable dans un échantillon normalisé) est d’un insecte pour 2 kg de grain (Fleurat-Lessard, 2003). Après le chargement des cellules de stockage ou des cases des entrepôts de stockage à plat, la surveillance continue des indices de présence et de la densité d’insectes libres circulant près de la surface des masses de grains stockés est un élément essentiel de la gestion préventive des insectes nuisibles qui se développent pendant un stockage à long terme. Il est donc primordial d’installer des dispositifs de détection précoce dans toutes les cellules prévues pour un stockage de longue durée : i/ des pièges de type tube perforé ou cône (à faible profondeur à partir de la surface des tas) ; ii/ des sondes acoustiques à implanter dans le grain (figure 5 & Leblanc et al, 2009). Le dispositif de surveillance de l’arrivée d’insectes extérieurs au centre de stockage, notamment les mites alimentaires ou les teignes des grains qui vont être attirées au printemps par les stocks de grains en cellules ouvertes, repose sur l’installation de pièges de capture appâtés par des phéromones (pour les mites alimentaires) ou de pièges lumineux (pour les petits coléoptères volants en saison chaude (de mai à septembre). Les systèmes de thermométrie (fixes ou semi-fixes) qui accompagnent les équipements de manipulation de l’état physico-chimique du grain en cours de conservation (cf. infra) fournissent des données qui permettent de pondérer les indicateurs d’activité des insectes fournis par les sondes acoustiques à partir de modèles validés en conditions contrôlées (Fleurat-Lessard et al, 2006). La surveillance des « points chauds » (conséquence d’un échauffement de lots de grains humides) par silothermométrie fixe dans les grands magasins de stockage à plat ne suffit pas toujours pour localiser es zones chaudes où les insectes vont se multiplier rapidement. Des systèmes de thermographie infrarouge, comme les caméras thermiques connectables à une tablette, un smartphone ou à un ordinateur, ou les smartphones à caméra thermique intégrée,

7 L’absence de détection d’insectes dans un échantillon normalisé n’est pas une garantie de l’absence d’insectes dans le lot livré : ce n’est qu’une indication que le niveau de population d’insectes (sous forme libre) dans le lot ne dépasse pas la densité minimale détectable sur un échantillon (au risque d’erreur de 5%)

permettent de visualiser les différences de température à la surface des tas de grain et d’identifier précisément les points chauds à surveiller en priorité.

3.3 Prévention des infestations par modification de l’état physique du grain

(Prevention of infestations by modifying the physico-chemical condition of grain)

La prévention de la multiplication des insectes en cours de stockage repose sur des moyens d’intervention qui vont permettre de modifier l’état physique de la masse des grains en cellule, comme la température du grain, ce qui a pour effet de pour limiter le potentiel de multiplication de toutes les espèces d’insectes présentes. Le nettoyage des grains préalable au remplissage des cellules de stockage permet également d’agir sur la population initiale d’insectes qui se retrouve dans les cellules en début de stockage, en réduisant significativement le potentiel de multiplication sur une année de stockage (voir figure 4). Certains OS se sont équipés en cellules « sécheuses » à basse température avec lesquelles un complément de séchage peut être réalisé sans être obligé de vidanger la cellule pour faire passer le grain dans un séchoir à haute température. Mais ces équipements sont de capacité modeste et conviennent plutôt à des OS collectant des productions de grains et graines à valeur ajoutée en faible volume (AB, référentiel CRC). Le refroidissement des grains pour abaisser progressivement après la collecte le potentiel de multiplication de la population d’insectes présente en début de campagne de stockage (en été) peut être pratiqué avec deux techniques différentes, bien étudiées, normalisées et diffusées par l’Institut technique des céréales Arvalis (Binet & Le Bras, 2011 ; Bareil, 2016b) : i/ la ventilation à l’air ambiant (en fonction de la localisation géographique en se référant aux cartes de l’offre climatique ; Barrier-Guillot et al, 2014) ; ii/ la ventilation à l’air réfrigéré par une machine frigorifique (pour les céréales à valeur ajoutée significative). La ventilation à l’air ambiant peut être réalisée par insufflation de l’air à la base des masses de grain dans des gaines, des galeries ou des caniveaux de ventilation ou, par aspiration de l’air ayant traversé la masse de grains de haut en bas. Chacune de ces techniques a des avantages et des inconvénients, mais la ventilation par insufflation est nettement préférée partout en France, bien qu’elle ne soit pas adaptée au refroidissement du grain des cellules de plus de 15 m de colonne de grain et en conditions de climat tempéré chaud (Lasseran, 1980). Une économie substantielle de consommation électrique peut être réalisée en installant un système automatique de pilotage du ventilateur en fonction des écarts de température entre le grain et l’air ambiant par thermostat différentiel (Bonnery, 2013 ; Warrick, 2014). Le nettoyage poussé des grains avant le chargement des cellules de stockage avec des nettoyeurs-séparateurs à haut rendement (figure 6) pour éliminer les grosses impuretés procure plusieurs avantages pour la maîtrise de bonnes conditions de stockage ultérieur : i/ une meilleure adéquation avec les spécifications des utilisateurs ; ii/ la réduction du taux de grains cassés, fusariés ou contaminés par des mycotoxines ; iii/ l’amélioration du rendement de la ventilation de refroidissement avec économie d’énergie ; iv/ l’homogénéisation de l’état physico-chimique du grain dans les cellules ventilées ; v/ une meilleure valorisation des lots nettoyés ; vi/ lélimination des insectes (formes libres) éventuellement présents dans les livraisons différées de récolte.

Figure 6 Exemples d’a ppareils de nettoyage des grains à haut rendement utilisés dans les

Figure 6 Exemples d’appareils de nettoyage des grains à haut rendement utilisés dans les OS des grandes cultures en AB pour la séparation de mélanges de graines d’espèces différentes

Un séchage complémentaire en cellule sécheuse (à basse température) permet également de réduire la teneur en eau du grain, ce qui a pour effet de réduire la dynamique de multiplication des insectes ravageurs primaires, notamment pour les charançons (Fleurat-Lessard, 2017). Mais cette technologie de « séchage en cellule » reste d’utilisation marginale en France comparativement à un usage courant dans toute l’Asie du sud-est (pour le riz), en Australie et au Canada (Szrednicki & Driscoll, 2008). Les technologies de stockage des grains en enceinte hermétique (big-bag étanche, containers à chemisage hermétique, structures souples autonomes à fermeture étanche, etc.), combinées à l’adjonction de gaz inertes (azote ou mélange air dioxyde de carbone), sont utilisées pour la protection des stocks de différents produits vivriers de régions chaudes, mais aussi pour la conservation à température ambiante des semences sans perte de faculté germinative (Navarro, 2012; De Bruin et al, 2015).

3.4 Gestion des symptômes d’infestation latente et décision dintervention

(Management of early signs of a latent infestation and decision-making)

Les bases réglementaires de la protection intégrée, fixées dans plusieurs Directives et Règlements européens (CE, 2002 ; 2004 ; 2009a&b), comportent une série de principes qui encadrent sa mise en pratique pour la protection des cultures contre les ravageurs avec un usage le plus réduit possible des traitements avec des pesticides. Dans l'annexe III de la Directive 2009/128/CE qui présente les principes généraux de la protection intégrée contre les ennemis des cultures, le principe 2 de surveillance continue est à la base de la décision d’intervention : "Les organismes nuisibles doivent être surveillés par des méthodes et instruments appropriés, lorsqu’ils sont disponibles. Ces méthodes doivent inclure des observations ‘sur le terrain’, ainsi que des systèmes d’alerte, de prévision et de diagnostic rapide, qui s’appuient sur des bases scientifiques solides, ainsi que des conseils émanant de conseillers professionnels qualifiés". Le 3 ème principe s’appuie sur la notion de seuil d’intervention qui doit être raisonné en fonction : i/ de la nuisibilité des espèces présentes

identifiées (une attaque de charançons est beaucoup plus grave que la prolifération d’une population de silvains, par ex.) ; ii/ du niveau de population estimé (le plus précisément possible) ; iii/ du choix du procédé de lutte compatible avec le respect des principes de la PAI ; iv/ de l’efficience et du coût de l’intervention corrective décidée quand le seuil acceptable est atteint ou dépassé. Cela implique que le praticien professionnel sache reconnaître et identifier les espèces nuisibles, pour pouvoir estimer quand mettre en œuvre une intervention corrective, en faisant référence au seuil de perte économique (SPE) qu’il se fixe en fonction de la destination finale du lot et de la satisfaction des spécifications des clients utilisateurs. Actuellement, il est possible d’estimer précisément le niveau des populations de ravageurs présents dans les masses à des seuils de détection bien inférieur au seuil de perte économique (SPE) (1 insecte pour 5 kg de grain, par ex.) avec les systèmes acoustiques à haute résolution. Les systèmes de détection acoustique de surveillance de la densité d’insectes dans les masses de grains stockés permettent d’anticiper de plus de 5 mois le moment où une infestation devient détectable dans un échantillon normalisé (Tomasini & Fleurat-Lessard, 2018). En l’absence de cet équipement, la prévision des durées de stockage à partir desquelles les populations d’insectes vont atteindre un seuil critique peut être estimée par des modèles de taux d’accroissement associés à des indices précurseurs la phase de multiplication exponentielle en sortie d’hiver, lorsque les températures de surface remontent au-dessus du seuil thermique de croissance des espèces les plus nuisibles. Les sondes-pièges qui permettent de capturer les insectes circulant dans le grain en tête de cellule, lorsque la température du grain est au moins de 15°C, permettent d’anticiper une infestation détectable au contrôle d’échantillon environ six à huit semaines plus tard. Dans le cas des insectes volant dans les entrepôts, les pièges à phéromone, par exemple, se sont révélés particulièrement utiles pour la détection des espèces peu ou pas attirées par les pièges à lumière UV, comme la mite alimentaire de l’espèce Plodia interpunctella, fréquemment retrouvée dans les stocks de maïs-semence ou de tournesol en saison chaude (Fleurat-Lessard, 1986). En respectant le principe 3 de la protection intégrée, les interventions correctives ne sont déclenchées que lorsque les indicateurs de surveillance sont en alerte et, en utilisant de préférence des moyens alternatifs à la lutte chimique avec des pesticides rémanents. Le moyen de désinsectisation le plus utilisé dans le monde est la fumigation (= gazage) à la phosphine (gaz insecticide produit à partir d’un générateur solide de phosphure d’aluminium ou de magnésium). La fumigation à la phosphine est un traitement curatif total (aussi efficace sur les adultes libres que sur les formes cachées à l’intérieur du grain), utilisé dans le monde entier, tant à titre préventif que curatif et qui ne laisse aucun résidu nocif après le dégazage. Il est relativement peu utilisé en France pour la désinsectisation des silos de collecte locaux ou régionaux, pour diverses raisons qui tiennent à la fois aux contraintes administratives, règlementaires et aux mesures de sécurité qui doivent être maintenues pendant le temps d’immobilisation du stock suffisant pour une efficacité insecticide totale (Ciesla et al, 2016). L’avantage de la fumigation, c’est qu’elle se réalise directement dans la cellule de stockage, après qu’elle ait été convenablement étanchée, sans recours à un transilage comme pour un traitement avec un insecticide liquide ou le poudrage avec la terre de diatomées de l’ensemble du lot de grain. Parmi les procédés physiques disponibles pour la désinsectisation, le transilage d’une cellule infestée en utilisant un système de manutention pneumatique peut réduire significativement les populations d’insectes présentes (y compris certains stades larvaires cachés dans le grain) par les chocs

mécaniques produits en cours de transfert du grain d’une cellule à une autre (Paliwal et al, 1999). Le traitement par la chaleur, en faisant transiter les grains dans un séchoir réglé à 60- 65°C pendant une heure est suffisant pour détruire les insectes sous forme cachées dans les céréales peu sensibles à la chaleur (blé dur, maïs, avoine, orge fourragère, triticale).

3.5 Mise en œuvre d’un plan de PAI orienté « utilisateur final »

(Implementation of an IPM plan grain user-oriented)

Confronté aux exigences de la mise en place et de la conduite d’un système propre de protection intégrée, le responsable d’un OS de céréales a régulièrement besoin de conseils sur les moyens d’évaluation des risques d’infestation à tous les niveaux de la chaine de réception conservation - expédition, ainsi que sur le choix des équipements les mieux adaptés pour apporter des solutions aux aléas de stockage les plus fréquemment rencontrés ou pour faciliter sa prise de décision. Un certain nombre d’outils d’aide à la décision (OAD), accessibles par simple connexion Internet, sont disponibles pour la gestion intégrée de la protection des cultures (Ecophytopic, 2015). L’application de la PAI des grains stockés pourrait elle aussi être accompagnée par des outils d’aide à la décision informatisés pour en faciliter l’appropriation par les OS (Fleurat-Lessard, 2015). Bien que ce type de « système expert » ait été prototypé dès le début des années 2000 en France, il n’a pas encore trouvé sa place pour le conseil, le transfert de connaissances et de compétences et la formation des responsables d’OS et il n’en existe pas en service en France (figure 7).

et il n’en existe pas en service en France ( figure 7 ). Figure 7 Structure,

Figure 7 Structure, fonctionnalités et « sorties » d’un OAD pour la gestion des risques sanitaires des grains stockés (système Qualigrain© modifié ; Ndiaye, 2005)

Pourtant, de tels systèmes experts sont utilisés en tant qu’OAD aux Etats-Unis (Flinn et al, 2007) et en Australie (GRDC, 2014). Il en existe aussi sous une forme non informatisée de

guides du stockeur au Royaume Uni avec des modules de calcul de l’évolution des niveaux de population d’insectes avec la durée de stockage (HGCA-AHDB, 2014). Au plan pratique, un programme opérationnel de gestion intégrée des insectes des stocks de céréales va se dérouler en continu, sur une année de conservation, en progressant par étapes. Le plan stratégique de gestion intégrée des insectes des stocks de céréales peut être représenté schématiquement sur un diagramme chronologique (figure 8). Pour une application efficiente de la PAI des grains stockés, les méthodes et instruments de détection précoce et de suivi des populations d’insectes sont au cœur de la stratégie de gestion continue des insectes avec des interventions correctives réduites au minimum pendant les stockages de longue durée. Des outils accessoires comme les cartes d’offre climatique pour optimiser la ventilation de refroidissement après la récolte ou le logiciel d’autocontrôle des performances des matériels de ventilation peuvent utilement compléter la boite à outil de la PAI des stocks de céréales et en faciliter son application (Bareil, 2017). Le contrôle de l’absence d’insecte avant déstockage, qui fait partir de la validation de conformité du lot aux spécifications du client utilisateur, peut devenir une simple formalité lorsque les plans de PAI ont été appliqués de façon rigoureuse, même pour satisfaire l’exigence d’absence de traitement post-récolte avec des pesticides rémanents qui figure maintenant dans beaucoup de cahiers des charges des utilisateurs des céréales pour transformation en aliments de gamme diététique.

pour transformation en aliments de gamme diététique. Figure 8 Représentation schématique de l’as semblage

Figure 8 Représentation schématique de l’assemblage chronologique des composantes du programme de PAI de gestion du risque d’infestation par les insectes des stocks de céréales

Conclusion

En France, l’application de la démarche de PAI dans les entreprises de collecte-stockage des céréales est encore balbutiante, contrairement aux pays anglo-saxons où l’application de l’IPM pour combattre les infestations d’insectes indésirables ou nuisibles a été plus facile à adopter grâce au développement d’outils d’aide à la décision et aux liens avec des bases de connaissances accessibles sur le Web (e.g. l’identification rapide des espèces d’insectes retrouvées à l’inspection, l’aide au calcul de la période de stockage sans risque ou la prévision de la densité des populations dinsectes avec la durée de stockage). Les leviers à actionner pour faire progresser la conversion des responsables d’OS à l’approche PAI des stocks de céréales destinés aux entreprises de la transformation sont ceux de la formation, du transfert technologique et de la recherche appliquée pour l’innovation technologique. Parmi les initiatives les plus efficaces qui pourraient être impulsées par les ICT 8 et les RMT 9 du secteur des productions de grandes cultures, on peut citer :

i/ l’intégration des stratégies de la PAI dans un système informatisé (pour le conseil, la formation et l’aide à la décision) (réalisable sous la forme d’un programme de R&D en partenariat public/privé) ; ii/ la co-construction de nouveaux modules de formation des cadres et des techniciens en OS ciblés sur la démarche PAI de gestion prévisionnelle des problèmes d’infestation (à mettre en place dans les grands groupes agro-alimentaires intégrés, les Fédérations et les ICT spécialisés) ; iii/ l’externalisation de l’expertise pour l’aide au diagnostic des risques en OS et le conseil pour des préconisations de prévention ou de remédiation de l’infestation des stocks de grains par les insectes et autres nuisances (appel aux ingénieurs-conseils et aux experts en hygiène sanitaire après récolte) ; iv/ le développement de logiciels et d’application sur tablette tactile ou smartphone pour l’aide au diagnostic (ex. : reconnaissance des espèces présentes ; OAD pour un diagnostic des performances des installations de ventilation des grains) et le conseil pour le choix du meilleur itinéraire de stockage en relation avec les exigences des utilisateurs des métiers de la transformation (à engager par les industriels de l’agro-alimentaire ou des GIE de « filières vertueuses ») ; v/ l’élaboration et la diffusion d’une base de connaissances pratiques sur les principaux dangers de détérioration de l’état sanitaire des grains en stockage de longue durée et les mesures de remédiation appropriées (en continuité de l’analyse des risques selon la démarche HACCP développée dans les GBPH 10 collecte et stockage de céréales, d’oléagineux et de protéagineux, à remettre en chantier) qui peut prendre différentes formes et être diffusées par différents canaux (Internet, presse spécialisée, organismes de formation, tutoriels, etc.).

8 ICT : Instituts et centres techniques de recherche appliquée pour le développement

9 RMT : Réseau mixte technologique (ex. : RMT Quasaprove : qualité sanitaire des productions végétales GC) 10 HACCP : Hazard Analysis Critical Control Points : Analyse des dangers - points critiques pour leur maîtrise

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