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Autobronzants et bronzants artificiels


M.-C. Martini

Les autobronzants actuellement sur le marché sont pratiquement tous à base de dihydroxyacétone (DHA)
associée ou non à l’érythrulose, à des dérivés de tyrosine, parfois à une naphtoquinone. La coloration
obtenue, voisine du bronzage naturel, est due à la combinaison chimique de la DHA avec les acides
aminés de la peau selon la réaction de Maillard. Il y a formation de mélanoïdines, pigments polymé-
riques, fixés dans le stratum corneum qui y demeurent jusqu’à desquamation des cornéocytes. Cette
coloration est donc semi-permanente, bien tolérée par la peau. La formulation des produits est délicate
et leur conservation difficile mais aucune autre substance ne fournit de résultats plus satisfaisants et plus
durables.
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Mots-clés : Autobronzants ; Dihydroxyacétone ; DHA ; Érythrulose ; Troxérutine ; Tyrosine ; Mélanotan ;


Mélanoïdines

Plan été de −5,4 % en France, −0,9 % en Europe de l’ouest. Le marché


mondial était aussi en régression de −0,4 %, atteignant cependant
■ Introduction 1 1340 tonnes en 2012 [2] .
■ Substances actives et coloration 1
■ Formulation galénique 3  Substances actives et coloration
■ Toxicité 3
■ Législation 4 En dehors de la pigmentation naturelle, plusieurs moyens sont
disponibles pour colorer la peau. Il s’agit toujours d’une coloration
■ Utilisation cosmétique 4 superficielle qui n’intéresse que l’épiderme mais qui peut être plus
■ Utilisation dermatologique 4 ou moins permanente [3, 4] .
■ Cas du Melanotan 4 Les colorants directs sont les plus anciennement employés. La

kératine de l’épiderme est réceptive à un grand nombre de sub-
Conclusion 4
stances colorantes, bien souvent d’origine végétale, telles que les
naphtoquinones a (juglone du noyer), les tannins et l’acide gal-
lique du marron d’inde et du ratanhia b , les colorants du thé noir.
Elles sont contenues dans des extraits alcooliques ou des infusions
diverses. On trouve sur le marché des mélanges tels que Quicksun
 Introduction Mat® à base d’extrait de chicorée et de Gymnema c sous forme
de solution aqueuse qui procure un bronzage mat et modulable
Avant tout développement, il est important de signaler que en fonction du nombre d’applications. Il s’agit, dans tous les cas,
le terme d’autobronzant est applicable à l’induction d’une colo- d’une véritable peinture qui ne concerne que la toute première
ration cutanée qui ressemble au bronzage mais qui n’en est couche de cellules desquamantes. La fixation demeure précaire
pas un. Celui de bronzant artificiel souvent employé à tort en malgré les prodiges des formulateurs qui associent à ces colo-
alternance au précédent n’est pas adéquat puisque, dans ce cas, rants des polymères cationiques chargés positivement auxquels ils
la formation de pigmentation mélanique peut être induite ou
accélérée.
Le marché des autobronzants, après une expansion considéra- a
La lawsone, composant du henné, interdite à l’utilisation cosmétique sous sa forme
ble dans les années 2005 et 2006 avec une progression de 35,9 % [1] libre n’était pas ou peu employée, sa coloration orange étant peu satisfaisante pour
semble avoir atteint une vitesse de croisière. La mise en garde des cet usage.
dermatologues vis-à-vis de l’exposition solaire, largement diffu- b
Le ratanhia ou Krameria triandra est un arbuste poussant en Bolivie et au Pérou faisant
sée par les médias a été entendue, rendant obsolète le bronzage partie des plantes médicinales astringentes et antidiarrhéiques. On utilise sa racine
intensif. Parallèlement, la technologie des produits autobron- contenant 10 à 20 % d’un tanin catéchique le « rouge de ratanhia ».
c
Le Gymnema sylvestris est une plante grimpante ligneuse originaire des forêts tro-
zants a considérablement évolué, enfin, le concept « bonne mine »
picales de l’Inde. Les feuilles fournissent un extrait à 24 % d’acide gymnémique,
pour homme comme pour femme ou adolescent s’est largement glucoside triterpénique, utilisé comme régulateur de la glycémie dans la médecine
répandu. Néanmoins, l’évolution du marché entre 2011 et 2012 a traditionnelle hindoue.

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Volume 10 > n◦ 1 > octobre 2015
http://dx.doi.org/10.1016/S2211-0380(15)68943-8
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confient le soin d’entraîner avec eux le colorant lors de leur liai-


son avec la kératine chargée négativement. La première douche OH-CH2 − CO − CH2OH ↔ OHCH2 − CHOH − CHO
est donc fatale à ce bronzage fragile. Dihydroxyacétone Glycéraldéhyde
Les précurseurs de mélanine tels que le 5,6-indole-quinone R − CHO + R1 − NH2 ↔ R − CH = N − R1 + H2O
sont théoriquement capables de colorer la kératine de l’épiderme Aldéhydes + Acides aminés Bases de Schiff
comme ils colorent la kératine des cheveux où ils fournissent des


colorations semipermanentes à développement progressif. Leur Réarrangement d'Amadori
efficacité est cependant limitée par les toilettes quotidiennes qui Aldosamines ou cétosamines
éliminent chaque jour les applications effectuées la veille.
Les mélanines artificielles obtenues à partir de l’aloïne ou de ↓ Dégradation
dérivés du tournesol, bien qu’incolores à l’origine et ne dévelop-
Composés odorants (dont hétérocycles)
pant leur coloration que progressivement par formation lente du
polymère, ne sont aussi que des colorants plus ou moins superfi- ↓ Polymérisation
ciels.
Les compléments alimentaires appelés autrefois « pilules à bron- Mélanoïdines
zer » sont à base de ␤-carotène et autres caroténoïdes de type Figure 1. Formation des mélanoïdines.
cantaxanthine d [5] . Ce sont des colorants jaune-orange ou rouges,
liposolubles, qui s’accumulent dans les graisses sous-cutanées en Tableau 1.
fournissant une teinte ambrée modifiant la couleur naturelle de Pourcentage des acides aminés présents dans le stratum corneum.
la peau et génératrice d’un effet « bonne mine » analogue au teint
coloré des bébés nourris de purée de carottes. Ces gélules ou cap- Sérine 25 %
sules ont l’avantage de véhiculer d’autres effets qu’une coloration. Citrulline 15 %
Leurs actifs sont des antioxydants puissants considérés comme Valine 3%
Phénylalanine 3%
antiradicalaires (␤-carotène, lycopène) mais aussi comme anti-
Leucine 3%
irritants. Pour exemple, Doriance® autobronzant est à base de
Proline 2%
phytopigments extraits de microalgues et d’extrait de paprika,
Tyrosine 4%
les gélules Éclat Soleil (Riviera Tan® ) contiennent vitamines A, C, Alanine 7%
E, lycopène, caroténoïdes, gluconate de cuivre, huiles riches en Thréonine 6%
acides gras ␻3 et ␻6. Glycine 8%
En conséquence, les deux actifs les plus performants sont tou- Ornithine 2%
jours actuellement la DHA et l’érythrulose [4] . Histidine 3%
Lysine 5%
Arginine 5%
“ Point fort Acide aspartique
Acide glutamique
6%
3%

Les deux actifs autobronzants les plus performants en


application locale sont toujours actuellement la dihydroxy-
acétone et l’érythrulose. “ Point fort
La dihydroxyacétone (DHA) (OH-CH2 – CO – CH2 OH) ou pro- Ne pas confondre mélanines et mélanoïdines. Les
panediolone a d’abord été utilisée comme médicament dans les premières sont des pigments polymériques naturels épi-
années 1930 pour le traitement du diabète. L’apparition d’une dermiques résultant de la transformation de la tyrosine
coloration jaune foncé des gencives et de la plaque dentaire au au cours de la mélanogenèse. Les secondes sont des pig-
cours de ces traitements donna l’idée de l’utiliser pour colorer la ments polymériques artificiels qui intéressent seulement
peau. La première lotion autobronzante fut mise sur le marché en
la couche cornée et qui résultent de la combinaison de
1945 en Californie.
Le mode d’action de la DHA est tout à fait particulier [3, 4, 6] . La composés cétoniques ou aldéhydiques avec les acides ami-
coloration obtenue n’a rien de commun avec la pigmentation nés de la peau.
naturelle due à la mélanine mais résulte d’une réaction chimique
dite « réaction de Maillard », entre la cétone et les acides aminés
présents dans la couche cornée. Cette réaction donne naissance à Plus les cellules cornées sont nombreuses, plus la coloration
des polymères colorés : les mélanoïdines à partir de la cétone ou est intense, d’où l’apparition de zones plus foncées au niveau des
de son isomère le glycéraldéhyde (Fig. 1) parties cornées : les genoux, les coudes, les talons. C’est pourquoi
Les bases de Schiff subissent une transformation dite il est recommandé d’effectuer un gommage convenable avant
« réarrangement » d’Amadori (aldéhydes) ou de Heyns (cétones) l’application.
qui conduit à des aldosamines ou des cétosamines. Leur La coloration se développe normalement en environ six heures.
dégradation, par un ensemble de réactions d’oxydation et Elle est évidemment superficielle mais relativement permanente.
de déshydratation, fournit ensuite un mélange complexe de Ce n’est pas une teinture comme celles obtenues avec des extraits
composés volatils et odorants qui, après polymérisation, donne de thé ou de noyer. Elle ne disparaît que progressivement en
naissance aux mélanoïdines. fonction du renouvellement des cellules cornées. Les lavages, à
Les acides aminés du stratum corneum sont représentés de condition qu’ils ne soient pas accompagnés de gommage ou de
façon inégale et se répartissent dans le stratum disjonctum frictions intensives, ne l’attaquent pas.
(Tableau 1). L’intensité de la coloration augmente proportionnellement à la
Des études déjà anciennes ont montré in vitro que les acides concentration en DHA, à la température, au pH de la peau et du
aminés qui réagissent le mieux avec la DHA sont glycine, lysine, produit (un milieu alcalin favorise la réaction) [4, 8] . Malheureu-
arginine, valine, leucine [3] ou glycine, lysine, histidine [7] ou seule- sement, la DHA n’est stable qu’en milieu acide et incompatible
ment glycine et histidine [8] . avec un grand nombre d’ingrédients, ce qui a toujours compli-
qué la formulation. De plus, la réaction développe une odeur
désagréable, surtout à la chaleur. Le parfumage est souvent par-
d
fait lorsque le produit est dans son conditionnement, il n’est pas
La cantaxanthine, tout en demeurant colorant alimentaire (E 161g) a une dose jour-
nalière admissible (DJA) très faible de 0,03 mg. En effet, elle est responsable à haute toujours adéquat lors de l’application lorsque la réaction se déve-
dose de dépôts cristallins dans la rétine et peut détériorer la vision nocturne. loppe.

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Il a été démontré in vivo par utilisation de patchs occlusifs posés Il semble que ces problèmes aient été résolus par la présentation
sur l’avant-bras de volontaires humains que le développement de sous forme de mousses, de laits fluides, d’émulsions sprayables. Par
la réaction était en relation avec le degré d’humidité ambiante. ailleurs, l’association de masquants et de parfums bien choisis a
En effet, à 0 ou 100 % d’humidité relative (HR), la coloration donné de bons résultats. Le détail du parfumage n’étant pas obli-
n’apparaît pas et cette inhibition n’est pas la conséquence d’un gatoire dans le listing des ingrédients (à l’exclusion des substances
manque d’oxygène mais présente une corrélation positive avec le allergisantes inscrites à l’annexe III du réglement cosmétique), le
pourcentage d’eau jusqu’à 75 % [9] . Sur la peau de souris hairless, fabricant qui a réussi son mélange détient en quelque sorte un
il semblerait que la valeur d’HR optimale se situe aux alentours secret de formulation qui représente un avantage par rapport aux
de 84 % et l’on obtient la même réponse biphasique sur des films concurrents.
d’alcool polyvinylique imprégnés de lysine. Enfin, il a été démontré, après application sur des lambeaux
Tous ces inconvénients ont créé une grande réticence des de peau humaine ou de peau de porc, que la DHA se fixait dans
consommateurs à l’utilisation des autobronzants. C’est néan- les couches supérieures du stratum corneum et que cette fixa-
moins actuellement la molécule la plus employée associée ou non tion était dépendante du type de formulation. Les microémulsions
à l’érythrulose. lipophile-hydrophile (L/H), par exemple, favorisent la fixation par
L’érythrulose [3, 4] (HOCH2 – CO – CHOH – CH2 OH) est un céto- rapport aux émulsions de même sens [12] .
sucre qui, comme la DHA, peut se combiner aux acides aminés La conservation des produits à base de DHA a toujours été un
de la peau. Formulée seule, elle ne fournit pas la même intensité point faible. Elle est améliorée considérablement par l’emploi de
de coloration. Mais, associée à la DHA, elle permet d’obtenir un DHA microencapsulée ou liposomée. L’obligation d’un étiquetage
bronzage plus homogène et de plus longue durée par suite d’une d’une durée minimale (si < 30 mois) ou d’une période d’utilisation
meilleure dispersion dans le stratum corneum. Elle est plus stable possible après ouverture (PAO) a d’ailleurs contraint les fabricants
que la DHA, en particulier à la température, mais nécessite aussi à plus de transparence à ce sujet. On ne devrait plus trouver sur
un pH acide égal ou inférieur à 5. Elle est totalement dépourvue les rayons pendant une ou deux années des produits dont la durée
de toxicité (exemple : Nuxe® autobronzant). de vie n’était que de deux ou trois mois.
La troxérutine [3] est une molécule de synthèse dérivée de Actuellement, après plusieurs dizaines d’années d’essais, les for-
la rutine utilisée en thérapeutique pour le traitement de mulateurs semblent avoir résolu tous les problèmes. Ils proposent
l’insuffisance veineuse. En application locale, elle ne développe des produits à coloration rapide (deux heures ou moins), à odeur
pas de coloration lorsqu’elle est utilisée seule. Mais associée à la agréable permanente, utilisant des textures faciles à étendre uni-
DHA, elle fournit rapidement une teinte soutenue et durable. La formément (émulsions sprayables, mousses).
troxérutine, à une concentration de 3 %, apporte aussi d’autres On sait depuis longtemps que les mélanoïdines n’ont pas
propriétés telles qu’un effet anti-inflammatoire et antioxydant. les mêmes propriétés de protection que la mélanine vis-à-vis
D’où l’obtention d’une peau douce et d’un teint uniforme. des radiations solaires. Plusieurs études récentes l’ont encore
Exemple : Caudalie® autobronzant. confirmé. Des préparations contenant 3 % de DHA ne fourniraient
Les dérivés de tyrosine [4] sont des accélérateurs du développe- qu’un facteur de protection solaire (FPS) de 3 [4, 13] . Par ailleurs,
ment de la pigmentation mélanique par apport de l’acide aminé à une formulation contenant 20 % de DHA appliquée deux fois sur
la base de la mélanogenèse. Cependant, ils sont insuffisants à eux trois zones de l’avant-bras a également fourni un FPS de 3 à j1,
seuls pour apporter une teinte convenable. En revanche, ils sont j2, j5 s’abaissant à 1,7 à j7 [14] , ce qui prouve que la concentration
associés parfois à la DHA dont ils prolongent l’action. en DHA n’intervient pas dans la photoprotection. Ces résultats
Très récemment, on a proposé comme accélérateur de pigmen- bien connus ont été confirmés récemment [15] . Il est donc impé-
tation un extrait d’Isochrysis galbana, une microalgue dont les ratif d’adjoindre à la DHA des filtres solaires dans les produits
composants seraient capables de provoquer un bronzage sans revendiquant un bronzage et donc utilisés pendant des périodes
soleil et d’accélérer le développement du bronzage sous ultravio- de fort ensoleillement. Il y a lieu dans ce cas d’éviter les molécules
lets (UV). Cet extrait contient, en plus d’un cocktail de sucres, des contenant des fonctions amines ou susceptibles d’en générer. Il
phéophorbides, produits de dégradation de la chlorophylle [10] qui faut souligner également que les oxydes métalliques (oxydes de
sont des photosensibilisants. titane, de zinc, de fer) sont à exclure car ils dégradent rapidement
la DHA [16] .

 Formulation galénique
 Toxicité
Les problèmes technologiques posés par la formulation de la
DHA ont été peu à peu surmontés. On sait depuis longtemps qu’il Les études de toxicité évaluées par le Scientific Commitee on
est nécessaire d’écarter de toute formule la présence d’ingrédients Consumer Safety (SCCS) [17] au cours de ces dernières années
capables de se combiner à la DHA, à savoir : acides aminés, pro- ont montré que la DHA était dénuée de toxicité tant dermato-
téines, peptides, sels ammoniacaux, triéthanolamine, sous peine logique que systémique. La dose létale médiane (DL50 ) par voie
d’un développement de la coloration dans les tubes et non sur la orale est de 16 g/kg. Et la toxicité systémique après ingestion de
peau. doses (1000 mg/kg par jour) répétées pendant 90 jours chez le
Les tampons phosphate sont également contre indiqués. rat n’entraîne aucun dommage. La concentration létale médiane
Le pH des préparations doit être maintenu aux environs de (LC50 ) par inhalation chez le rat est de 5 mg/quart d’heures. Il
5 sans toutefois que cette acidité puisse engendrer des phéno- n’a pas été décelé d’irritation notable sur l’œil ni sur la peau
mènes d’irritation. Pour ce faire, des hydroxyacides bien dosés même lésée (test de Draize). Le test de sensibilisation (Local
ont été employés mais aussi des perfluoropolyether phosphates Lymph Node Assay [LLNA]) prouve la non-sensibilisation in vivo.
qui seraient capables de diminuer les risques d’irritation [11] . Cependant, la DHA serait connue comme étant un allergène pour
La DHA étant thermolabile, elle doit être introduite dans les l’homme [17] .
émulsions à température inférieure à 40 ◦ C. Les émulsionnants La pénétration de la DHA dans la peau (peau humaine
doivent être de type non ionique, les gélifiants les plus adéquats et peau de rat) a été mesurée in vitro sur cellules de diffu-
sont : hydroxy-éthyl-cellulose, méthylcellulose et silice [7] . sion et in vivo sur volontaires humains. In vitro, en cellule
Il est relativement facile de pallier ces contraintes. Il restait deux de diffusion, pour une concentration de 10 % dans un véhi-
points plus délicats : cule huile dans l’eau (H/E), 37,2 % de la dose appliquée
• concevoir des textures qui permettent une application uni- sont absorbés mais la plus grande partie se retrouve dans
forme sans traînées, quelle que soit la concentration en matière l’épiderme. Le pourcentage d’absorption est d’ailleurs lié à la
active ; concentration initiale. Ce pourcentage représente une capacité
• supprimer, limiter ou masquer le développement de l’odeur de pénétration relativement importante capable éventuelle-
générée par la réaction chimique de combinaison de la DHA ment de perturber le métabolisme des cellules épidermiques et
avec les acides aminés de la peau. dermiques.

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En effet, la glycation impliquée dans la réaction de Maillard


peut s’appliquer à d’autres molécules que les acides aminés de
 Utilisation dermatologique
la peau, en particulier aux groupements aminés libres des acides La DHA aurait l’intéressante propriété d’agir sur les dermato-
nucléiques. C’est ce qu’a pu mettre en évidence (test des comètes) phytes et Candida spp, à raison de 1,6 à 50 mg/ml [21] , ce qui reste
une équipe danoise sur des lignées de kératinocytes HaCaT, à confirmer. En revanche, elle serait responsable, au même titre
en culture avec des doses de DHA allant de 5 à 50 mmol [18] . que le sulfure de sélénium, de xanthotrichia [22] .
Une préincubation avec des antioxydants éviterait la rupture On lui reproche aussi d’intervenir par sa capacité de coloration
des chaînes d’acide désoxyribonucléique (ADN). Sur la foi de de modifier le diagnostic du mélanome malin [23] .
cette publication, la DHA serait plus ou moins suspectée d’être Elle a souvent été sollicitée pour améliorer l’état des patients
génotoxique. atteints de vitiligo. La coloration des taches dépigmentées est un
Par ailleurs, il a été mis en évidence par spectroscopie de réso- travail d’artiste [24, 25] . Certains sujets y parviennent aisément et
nance d’électron (ESR) que la réaction de Maillard, au cours du l’on trouve sur le marché un certain nombre de produits satisfai-
réarrangement d’Amadori, peut générer des radicaux libres au sants dosés à 5 % ou plus en DHA (Soin teinté hydratant, Nivéa ;
cours d’une irradiation UV. Une peau ayant reçu de la DHA est le Bronz’express, Académie ; Dy-O-Derm, Permatan® ). La méladi-
siège d’une augmentation de 180 % des radicaux libres par rapport nine ou 8-méthoxypsoralène, appliquée en solution à 0,1 ou
à une peau non traitée [19, 20] . 0,75 % associée à une irradiation UVA est le médicament employé
Ces suppositions ne semblent pas s’être confirmées. En effet, pour activer les mélanocytes présents dans les follicules pileux et
les tests de reprotoxicité, de carcinogénicité, de mutagénicité et dans le pourtour des zones dépigmentées.
de génotoxicité se sont révélés négatifs [17] . La recoloration des cicatrices est plus problématique.
Chez l’homme, les concentrations plasmatiques, urinaires et Lorsqu’elles sont uniquement épithéliales, il y a restitution
fécales sont négligeables. totale de la couche cornée. En conséquence, la formation des
En conclusion, le SCCS considère que l’utilisation de la DHA mélanoïdines est possible. En revanche, dans les plaies profondes,
dans les produits cosmétiques jusqu’à une concentration de 10 % les tissus cicatriciels sont différents et la combinaison DHA-acides
n’est pas nuisible à la santé humaine. aminés ne peut s’effectuer si ceux-ci sont générés en quantité
insuffisante.

 Législation
 Cas du Melanotan
En Europe, il est recommandé de limiter à 10 % la concentration
de la DHA dans les crèmes et laits autobronzants. Par ailleurs, elle Les Melanotan 1 et 2 sont des substances biomimétiques de la
est soumise à d’autres restrictions. Elle ne peut être ni inhalée, ni melanocyte stimulating hormone (MSH) qui stimulent la mélano-
ingérée, ni appliquée sur les muqueuses (lèvres, nez), ni dans et genèse et donc la pigmentation de la peau [26] . La pigmentation
au-dessus de l’œil, les risques éventuels étant mal connus [17] . peut dans ce cas se développer sans l’action excitatrice du soleil,
Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) a admis ce qui pourrait les classer dans la catégorie des bronzants arti-
la DHA comme colorant (21 CFR § 73.2150) pour l’usage externe ficiels. Actuellement, ce ne sont pas des produits cosmétiques
seulement dans les médicaments et les cosmétiques destinés à puisqu’ils sont administrés par voie parentérale ou par implants
fournir une coloration à la peau. Elle n’admet pas la concentration sous-cutanés mais plusieurs brevets ont été déposés pour une
de 14 % pour les sprays. administration par application cutanée du Melanotan 2 [27, 28] . Ces
L’érythrulose n’est pas adoptée par la FDA qui la considère produits sont vendus illégalement sur Internet sans contrôles et
comme clastogène. autorisation préalable [29, 30] , ce qui les rend d’autant plus dange-
Le Japon classe la DHA comme ingrédient cosmétique. reux. Melanotan 1 ou afamelanotide est un peptide très voisin
de la ␣-MSH. C’est un médicament qui possède une autorisation
de mise sur le marché (AMM) européenne pour le traitement de
la protoporphyrie érythropoïétique. Il conduit seulement à une
 Utilisation cosmétique augmentation de la pigmentation. Melanotan 2, peptide de type
cyclique provoque en plus une stimulation sexuelle parfois incon-
Le Comité de liaison pour la parfumerie (COLIPA) préconise trôlable. Melanotan 1 et 2 diffèrent par un agencement particulier
l’emploi de la DHA dans les crèmes pour le visage et les laits pour de leurs acides aminés. Leur dérivé, le bremelatonide est spécifique
le corps à une concentration pouvant atteindre 10 %, modulée en de la stimulation sexuelle. Ils sont à la disposition des particuliers,
fonction du type de peau, à savoir : 3 à 5 % pour les peaux claires sont très prisés par les sportifs et les adeptes des clubs de fitness.
(phototypes I à II), 5 à 10 % pour les peaux mates (phototypes Tous ces produits ne sont pas dénués de toxicité, en particulier
III à IV), 1 à 2 % dans les produits de soin. Toutefois, le Centre disfonctionnement rénal, rhabdomyolyse et symptômes sympa-
de toxicologie danois a signalé que certains sprays pour le corps thicomimétiques [31, 32] . Leur utilisation fréquente peut conduire
contenaient jusqu’à 14 % de DHA. Le rapport du SCCS détaille le au développement de mélanomes [33] .
mode d’utilisation des sprays en fonction du type d’appareillage
et de la concentration [17] .
En pratique, il est préférable d’appliquer un produit peu concen-  Conclusion
tré quotidiennement pendant plusieurs jours plutôt qu’une
formule très concentrée en une seule fois ; la coloration déve- Associée ou non à l’érythrulose, la dihydroxyacétone demeure
loppée est plus uniforme et demeure plus longtemps en se encore actuellement la seule option valable pour la formulation
renouvelant chaque jour. Une application unique n’est valable d’un bronzant artificiel. Ses performances, sa bonne tolérance,
que pour l’obtention d’une coloration presque immédiate (en sa très faible toxicité et l’absence de substances concurrentes
deux à six heures) pour une soirée par exemple. expliquent sa longévité dans le domaine cosmétique pourtant si
La DHA est utilisée en crème, mousse ou spray pour le visage, le friant de nouveauté.
décolleté, les jambes et les bras. Elle peut être appliquée sur le corps
entier dans les instituts d’esthétique. Elle est alors présentée sous
forme d’émulsions très fluides pulvérisées à l’aide d’un aérographe Déclaration d’intérêts : l’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en rela-
(ou airbrush) comme une peinture. tion avec cet article.
On trouve en dermopharmacie des produits à base exclusi-
vement de DHA, sans addition de filtres solaires protecteurs
(Avène autobronzant ; Autohelios, La Roche-Posay ; Capital soleil  Références
autobronzant, Vichy) [21] . La grande distribution propose des auto-
bronzants à base principalement de DHA avec ou sans filtres [1] Maiz D. Marché français : en progression en 2006. Parf Cosmet Actual
solaires. 2007;196:30–4.

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M.-C. Martini (rmc.martini@club-internet.fr).


109, route de Limonest, 69380 Lissieu, France.

Toute référence à cet article doit porter la mention : Martini MC. Autobronzants et bronzants artificiels. EMC - Cosmétologie et Dermatologie esthétique
2015;10(1):1-5 [Article 50-170-D-10].

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