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RHNT(}RI{}T]E

OU DE LA

flOI,IPOSITIOI{ ORÀT0NB ET IITTIRAIM,

PAB

A. DAAON.

DEUxrÈMp Éormolr.

?
BRUTELLES,
ttBRÀrRIE polyrncuNrQun t'eua. DËce,
RtE DE'! utontrrns, 9.

It63
P[TilFACH.

La première édition de ee livre n'avait ni préface, ni


avant-propos. II me semblait que mon intention, en le
composant, s'expliquait assez d'elle-même, et je voulais
que le public et ceux surtout auxquels l'ouvrage est plus
spécialement destiné pussent se prononcer sur sa valeur
sans apologie ni cqmneentaire préatrable.
L'édition a été rapidemcnt épuisée; un jury cornposé
des hommes Ies plus compétents lui a décerné le prix
quinquennal de littérature française, et le conseil de per-
fectionnementde l'enseignemént moyen I'a adopté comme
livre elassique,
I)'autre part, quelques personnes ont paru n'en avoir
pas bien compris le dessein, et lui ont adressé des r€pro.
ches plus ou moins fondés.
Pour répondre à l'honneur que m'ont fait et mes juges
et mes oitiques, je crois devoir faire précéder cette édi-
tion nouvcllc de quelques lignes d'explieation.
{
2 PnÉFAcE.

lrente ,ns de ma vie se sont écoulés dans les fonctions


cle professeur cle rhétorique. Cette longue expérience m'a
permis, au moins je le pense, de bien connaltre la nature
et les besoins intellectuels des jeunes gens qui suivent ce
cours.
Une remarque m'a frappé, et j'en appelle ici aux sou-
venirs de tous ceux qui ont passé par les écoles publiques,
c'est que I'immense majorité de ces jeunes gens éprouve
une invincible répugnance pour les Mtr,nuels, Traités,
Coars, et en général pouf tous les écrits élémentaires sur
l'art qu'ils apprennent.
:
Cette répugnance a deux causes presque tous ees
ouvrages affectent une forme sèche et exclusivement
didactiquer.qui rebute l'élève. On dirait qu'auxyeux de
leurs auteurs dépouiller un instant la robe doctorale et se
faire quelque peu de leur temps pour Ia formé ou pour
le fond soit une sorte de sacrilége.
En second lieu, rôproduisant des préceptes déjà con-
nus, la plupart négligent d'en faire ressortir le vrai sens,
l'application réelle et présente. Assurément un traité de
géométrie n?est pas une lecture plus récréative qu'un traité
de rhétorique, mais l'élève comprend toujours Ia néces-
sité du premier, rarement il voit aussi nettement celle de
I'autre.
Ainsi, ennuyeux et inutile : voilà les deux griefs qu'ar-
ticulent contre les traités de rhétorique ceux même aux-
quels ils sont destinés.
. Et notez qu'il ne s'agit pas ici d'espiègles écoliers que

tout livre didaetique ennuie par lui-même et quelle qtt'en


PnÉFÂCr:. 5
soit la formel mais de jeunes gens qui comparent, dis-
tinguent, choisissent, s'intéressent à ce qui es[ vraiment
intéressant. Combien de fois n'en ai-je pas eu la preuve?
Combien de fois n'ai-je pas retrouvé, danb la vie, d'an-
ciens élèves, devenushommes, {ui se rappelaient etme
rappelaien[ ayec dôlices non pas les récréations et les
plaisirs, mais les leçons et les travaux de la rhétorique?
Avant tout donc ce livre, dans mon idée, devait êre
composé de façon que Ia lecture en firt, sinon amusante,
du moins intéressante. Non pas que je sois de l'avis de
M. Cousin, lorsqu'il disait, en sa qualité de ministre e[
dans une eirculaire officielle : u La rhétorique actuelle doit
être un cours de littérature générale. u Je ne confonds
point avec la théorie d'un art l'histoire universelle de cet
art. Ce que j'aime en un traité de ce genre, coest une
méthode régulière, mais se détournant à dessein en quel-
ques digressions rapides, et s'écartant, sans s'égarer, des
limites rigoureuses; c'est l'exposition des préceptes eonsa-
crés, mais en les expliquant, en Ies modernant, cornme
disent les architectes, en donnant toujours le cad bono
actuel, en présentant une causerie avec des lecteurs,
plutôt qu'une dictée à des élèvesl c'esr un style didacri-
lluer saûic doute, mais animé quand le sujet le comporte,
fleuri avec réserve, et qui garde cette couleur indivi-
duelle, seul moyen de donner du relief et de la vie aux
produits de I'art.
Voilà ce que j'ai voulu; à d'autres de dire si je l,ai fait.
$flaisje I'ai voulu d'autant mieux que, dans ma pensée,
ce livre n'est pas exclusivement destiné aux rhétoriciens,
PNEFACE.

et que je ne vois pas pgurquoi les étudian[s des univer-


sités, les jeunes avocats, les homrnes du rnonde n'y pour-
raient pas trouver plaisir et profit.
Comnre cependanf l'ouvrage est redigé, avant tout, pour
la jeunesse des écoles, j'ai voulu aussi avant tout qu'il fùt
moral et féeond en bonnes e[ saines inspirations; je n'au-
rais pu le vouloir autre. Mais entendons-nous bien, et
que personne ne s'y trompe. Je cornprends par rnoralité
cetrle du citoyenr- de l'hornrne d'ltonneur, de l'homme
actif et pnaûique destiné à vivre et à comrnuniquer avec
les auFes hornmes, celle qui nous donne une idée saine
de nos droits comme de nos devoirs, qui inspire l'amour
de la vérité, de la justice, de l'humanité, et cet[e dignité
de bon goût qui repousse également la pruderie hypoerite
et les sophisrnes de I'impudeur. .Ie n'ai point reculé
devant certaines idées, certains faits et certains hommes.
On trouvera dans ce livre, à côté des noms de Flaton, de
Cicéron, de Fascal, de Eossuet, de Massillon, de Fléchiert
ceux d'Arisûophane, deCatulle, deMolière, de Voltaire,
tle Jean Jacques, de Béranger et de bien d'autnes; parce
que, selon moi, il est ric{icule pour un homme bien élevé
d'ignorer et de blârner ce que ces derniers ont de bien t
comrne il lui serait, honteux de.rechercher et de:louer ce
qu'ils ont de mal; parce qu'il vaut mieux que l'élèvevoie
de telles choses avec le professeur qui saisira I'occasion
de lui apprenclne ce qui est à fuir et ce qui es[ à suivre,
que c{e les voir seull parce qu'un systèrne absolu de réti-
cence, de dissimulation et de mensonge est, dans l'écluca-
tion publique, le plus pernicieux, à mon gré, de totis les
PIIT'FACE.

systèmes. Car ce que vous croyez cacher à vol,re élève


de
clixJruit ans, il le sait déjà, àu le saura demain; mais,
comme vous ne serez plus là, il s,en fera juge, et là est le
danger. Que le professeur montre à l,élèvÀ lé md comme
le bien, mais qu'il se réserve ctapprécier et de lui faire
apprécier tr'un et I'autre, et l,élève s'en rapportera à lui,
si le professcur est ce qu'il doit être, dest-a-àire honnête,
franc et habile..
.Après cela, je n'ignore pas que cette franchise mêrne
_
demande de la discrétion et cle la mes*re; mais, cette
mesure, I'ai-je gardée? En dé{initive, Ie je*ne honnme
sortira-t-il de cette lecturc avec de meilleurs sentirnents
et un plus vif désir d'être homme cle bien? .tre m'en rap-
porte là-dessus avec pleine conliance auxjuges impartiaux
gt de bonne foi, les seuls que j,accepte, ies seuls qui ont
droit de prononeer.
Qu'il rne soit permis maintenant d,ajouter à ce peu de
rnots quelques réflexions qui terminaient la premiêre
n
édition, et auxguelles je n'ai rien à changer ,
Je sais bien qu'il manque encore beaucoup à ce livre,
t1u'il répond pal au travail que j? ,i dépense, qu'en un
motr comme bien d'autres ehoses hurnaines, institutions,
révolutions et plaisirs, il ne vaut pas ce quII a eoùté, .Ie
rn'en console en disant avec euintilien qu'il sulTit à
I'honnête hornme d'avoir eherehé à apprendr. ,u* autres
ce gu'il savait z id, uiro bono sntis est, d,ocuisse quod,
sciret.'
ll y a ici peu de propositions réellement neuves, mais
où trouver du neuf aujourcl'hui? $lotre âge innove beau-
4.
6 PRÉFac&.

coup dans les faits, I'ignorance seule s'imaginerait qu'il


innove dans les idées. Pour moi, en exposant ce que je
savais, je n'ai point, je l'avoue, cherché à innover, et cela
pour trois motifs. D'abord, je ne prétendais pas écrire
poor ceux qui saYent, mais avant tout pour ceux qui
apprennent : mos instî'tuti,onem professi non solurn scien'
ti,bus ï,sta, sed, etiam discentibus tradimas. Ensuite, que
bien des choses aient été clites, si je les ai pensées égale-
ment, si surtout elles sont utiles et oubliées, pourquoi ne
pas les redire? Rappelons-nous le mot de la Bruyère :
* Horace ou Despréaux l'a dit avant vous. Je le crois
-
sur votre parole, mais je l'ai dit cornme mien. Ne puis'je
pas penser aprês eux tlne chose vraie, et que d'au[res
encorc penseront après moi? ,, Enfin, il est cles sujets
il
fort anciens de leur nature, dans lesquels n'est pas
seulement pès-dilficile, mais très-hasardeux d'être neuf.
Dans celui qui m'occupe, après avoir lu bien des an-
ciens et des modernes, je me suis aperçu que ceux-ci
suivaient presque toujours eeux-là, et que, lorsqu'ils s'en
écartaient, le plus souvent ils faisaient fausse route. [Jn
critique a loué Montesquieu en disant : il fut assez pro-
fond pour n'être pas novateur. En certaines matières, si
I'on ne veut pas s'égarer, I'innovation ne doit consister
que dans une disposition différente, et dans les additions
que réclament les besoins cle l'époque. u Il y a des gens,
dit Fascal, {ui voudraient qu'un auteur ne parlât jamais
des choses dont les autres ont parlé, autrement on I'ac-
cuse de ne rien dire de nouYeau' Mais si les matières
qu'il traite ne sonl, pas nouvelles, la disposition en est,
t

pnÉFacp. 7

nouvelle. J'airnerais autant qu'on I'aecusât de se servir


des mots anciens : comme si les mêmes pensées ne for-
maient pas un autre corps de discours par une disposition
différcnte, aussi bien que les mêr,nes mo[s forment d'au-
tres pensées par les différentes dispositions'. ,'
Mais si je n'aspire pas au renom d'inventeur, j'ai voulu,
el d'une volonté ardente et profonde, rappeler des cloc-
ffines que je crois vraies et saines à tous ceux qui s'occu-
. pent des travaux de l'intelligence et sur[out aux jeunes
gens, et appuyer tous mes pr'éceptes sur la nécessité de
for[es et solides etudes.
La malaclie clominante de notre âge, et dont les funestes
symptômes se reproduisent partout, c'est loimpatient désir
cle triompher avant de combattre et, de cueillir les fruits
qu'on n'a pas semés. Tout contrihue, sous @e rappoft, à
gâter la jeunesse, e[ c'es[ par là que dépérit entre ses
mains ce trésor littéraire dont elle n'a hérité que pour le
conserver et I'agrandir.
La farnille gâte la jeunesse, en l'initiant trop tôt au
spectacle énervant et enivrant du monde; les pères se
laissent aller à I'entrainement général, et oublienide quel
immense a\rantage ont été pour eux-rnêures les habitudes
de travail sérieux et retirér
[-,'école gâte la jeunesse, en faisant la part encore trop
large à I'imagination er à Ia facilirô superficielle; elle
aussi suppose trop souvent qu'on peut tout apprenttrne et
bien apprendre en apprenant vite, et donne des primes au
charlatanisme intéressé qui, pour fla[ter ses goùts, lui
présente chaque jour de menteuses recettes.

I
I :. DfidFACE.

X,ejtpblic gàte la jeunesse. Epouvanté, et on le serait


à rnoinsl de Ia pénurie tor.rjours croissante de prerniers
sujets clans tous Iès genres, il jette à pleines mains bou-
quets et couronncs à tout débutant qui laisse percer la
rnoindre'lueur de talentl il décerne au plus rnince succès
de collége I'ovation e[ le vin ctr'ironneurl les fuméex de
cetfe gloire précoce montent au cerveau des lauréats et
les étourdissent à tout jamais. Examinez ceux qui se sont
acquis depuis un quart de siècle un norn dans les lettres
et môme dans les arts, et vous rernarquerez que Ie plus
souvent leur premier succès a été le sfgnal d'une rléca-
dence graduclle, Ils entraient bravement en lice, leur
premier assaut était hardi et vigoureux; mais le cirqrre a
applaudi trop fort et trop longternps, et la tète leur a'
tourné; ils ont voulu redoubler, et comme leur corps
n'était pas assez endurci, ni leur pied assez affermi par
l'exercice, nous les avons vus bientôtrplier et défaillir.
C'était le contraire aux deux siècles précédents.
Enfin, surtout et avant tout, les événements aetuels
gàtent la jeunesse. D'abord elle sent ce lresoin de hâtiveté,
pour ainsi dire, dont je viens de parler, et qui est un des
caractères universels et dominants du siècle. Car l'âge
présent, il faut bien le recontlaitre, n'est pas celui des
méditations prolongées et des travaux pleinement mùrisl
le temps n'est plus où I'écrivain consumait des dix et vingt
années sur un livre, bien sùr d'arriver toujours à propos.
Au milieu des événements qui se poussent l'un l'autre et
tles étourdissantes volte-face qui nous secouent sans cesse,
à peine a-t-on le temps dc voir, où lrouver celui cl'ap-
il

PNEFACE.

prendre? à peine le temps d'agir, où trouver celui cle


penser? Les mor[s vont vite, disait la ballade allemantlel
maintenant ce sont les vivants qui vont vite. La dernière
feuille encore humide de la presse, on se hàte de la jeter
au public; Ie public de demain sera-t-il celui d'aujour.
d'hui? Ainsi s'en vont les études sérieuses, et les arts, qui
ne peuvent fleurir qu'avec elles, périssent en germe dans
l'atmosptrrère glacée dont les enveloppent l'apathie géné-
rale et les préoccupations exclusives de la politique.
D'autre part, Ia jeunesse voit la fortune des révolutions
de toute nature élever parfois d'un tour ele roue des héros
imberbes, qui ne semblaient, ni par le génie, ni par le
travail, mériter mieux que tant d'autres ses faveurs; cha-
cun dès lors réclame aussi pour soi les bénéfices de cet
heureux hasard, chacun se croit aussi le droit d,être porté
au faite sans peine et sans effort, et de ceux qui ne peu-
vent dès les premiers pas gravir la rnontée ou percer Ia
foule, les uns se découragent et s'asseyent nonchalamment
aux borcls de la route, Ies autres maudissent l'humanité
et jettent dans Ie désespoirr' les derniers enfin, médio-
se
crités vaniteuses, se consolent en appelant leur siècle
ingrat et leur génie ineompris.
Un tcl état de choses vâut la peine d'y songer sérieu-
sement.
Assurément je ne moinseris pas en fâux contre Ia doc-
ûrine du progrès humanitaire, mais je pense que la voie
en est longue, embarrassée, sinueuse, se dérobant parfois
à notre vue bornéei je pense qu'à chaque époque l,huma-
nité avance, recule, snarrête avant de reprendre sa course,
-l
{0 PnÉFacE'

d'après une loi générale, que j'ai désignée ailleurs (') ptt
les noms d'action, de réaction et de transaction.
Si eette opinion est fondée, l'examen attentif des idées
et des faits présents peut faire croire que la jeunesse
actuelle, après tant de folies et d'inconséquenees, est des-
tinée à assister à une période que j'appellerais Ia réaction
de la raison.
En dépit donc des séduetions et des sophismes qui
l'attirent, qu'elle se prépare à cet avenir par cles études
graves et substantielles; qu'elle soit bien convaincue que,
à I'exception de'quelques natures éminemment privilé-
giées, et l'on sait combien elles sont rares, le [ravail est
indispensable à tousi Quer à l'exception de quelques ,

natures complétement déshéritées, et le nombre en est


peut-être moindre encore, le travail est facile et fructueux
pour tous, sous deux conditions, la volonté et la méthode.
Par la volonté, on fait beaucoup; par la méthode, on fait
bien.
Jeunes gens, vous surtout à qui s'adresse spécialement
ee livre, vous quoattendent les carrières de l'intelligence,
écrivains et orateurs de I'avenir, croyez au travail, à sa
n$cessité, à sa puissance, aux prodiges qu'il a opérés dans
tous les siècles, et qu'il doit opérer encore. Il en est
de la. rhétorique comme de la mprale, le premier pas
vers la pratique du bien, c'est la foi au bien, breais' est
ùnstittr,tio aitæ honestæ beatæque, si credas, Cette foi au
travail vous rendra avares de ce trésor de votre âge' que

(t, [Itstodre ile l,u, l,ïttératu'ro frangaise.


PRÉFÂcE, l'l
vous croyez inépuisable et qui s'épuise si vite, le temps.
Elle soutiendra votre courage, elle ranimera vos défail-
lances, elle vous montrera un but que vous ne perdrez plus
de vue dès que vous serez convaincus qu'on peut I'attein-
dre; qui croit, espèrel habend,a fid,es est uel in hoc u,t,
qui credid,erit, et sgteret. Et quand enfin, éclairés par la
théorie et fortifiés par Ia pratique, vous arriverez à Ia vie
active et militante, ne faites pas alors de vos études métier
et marchandise r gu€ la plume et la parole ne soient
jamais pour vous un instrument d'échange et de com-
merce, ou une arme d'ambition, de cupidité et d'égoïsme.
Faites-vous une plus haute idée de la mission de l'écri-
vain et de l'ora[eur. Je ne vous dis pas assurément de
dédaigner les avantages matériels et positifs du talent; Ia
fortune et les honneurs qu'atteignent si souvgnt I'intrigue,
Ie savoir-faire, la médiocrité étroite et tenace, doivent à
plus forte raison être le prix de l'intelligence loyale et
laborieuse. Mais acceptez-les, ne les cherchez pasi ne
courez pas à eux, ils viendront à vous; qu'ils soient dans
votre vie un accident, prévu, naturel, mais un accident,
jamais Ie but. N'écrivez, ne parlez que par amour de
lnart, par amour du vrai, par amour de vos semblables.
Sans doute, les préceptes formulés dans ce livre et les
exercices qu'il reeommande sont indispensables à l'écri-
vain, mais comme préparation; une fois à I'æuvre, c'est
à ee triple amour qu'il doit demander ïinspiration, c'est
de lui seul que viennent les grandes pensées et les dignes
paroles, c'est lui seul qui donne la solide gloire et les
palmes toujoursvivantes. Foi au travail, espoir du succes,
RT.æ wæt
OU DE I,À

C(IHPtlSITI(lH tlRAT(!IRE ET LITTÉBAINE"

__ærg"f

CHAPTTRE PREMItsR.

DD LA SSÉTOBIQÛA Er GÉ!rÉnÂ'&.

Une tles branches les plus iruportantes de I'ddueatiott


intellectuclle est l'art de cômmtrniquer et de faire partager
aux autres nos iddes et nos sentirneutsr à I'aide de Ia parole
ou de I'écriture.
' Cet ar[ se nornme Rhëtori'que.
Commcnt parvenir à persuader, à Ïnstruire, à attendrir, ù
récréer, seloi les divers sujets, e[-toujours-à intéresser I'au-
diteur ôu Ie lesteur : voilà le problèrne. qu'il se propose.
Mais le problème a-t-it une solution? Cette solution n'est-
elle pas aniérieure à la rhétorique? En d'autres termesr qu!
ooui donne les idées et leur efpression, la nature ou I'art?
La guestion n'est pas d'hier. C'est Iq même qtre posait
llorace à propos de la poésie z
-a -/cn<ni o"-S* "L fu {' o*h; e "*/-"L
Natura fferet laudabilc earmen, an artc
Quæsitum est..'

Et aujourtl'hui, comtne alors, l'unique réponse ptlremp-


U* DE LA nnÉrouguu.

toire est celle d'Horace_, quand il exige la collaboration, pour


ainsi dite, de I'art et de Ia nature :'

... cgo ncc studium sine divite vena,


Nec rrrde qriid possit video ingcniuml alterius sic
Altcra poscit opem res...
Jz''* 4'-?*- cG çt--- rJ-- u-r q4À 'ùL F-
JW?e- alul .vta Ltaâ.tl'tu .ti !
on dit-âe
)lÆ-
ré."ifiil
ôo ie rt*ffiuo{ffiffii -'--l_u-!r---
Qui
charme, qui intéresse, qu'il a du génie ou de I'esprit. Màis
en guoi consistent réellement I'esprit et le génie?
Si l'on y réfléchit bien, on verra que ce n'es[ rien autre
chose que la faculté de saisir, de combiner et d'exprimer des
rapports inaperçus par le grand nombre, et quc ce qu'on
nomme communément pensée, styh, n'est en général qu'une
perception et une combinaison dg rapports (,).
Il est d'heureuses natures qui, de bonne heure, seutent,
imaginent et formulentvivement: c'est le très-peti[ nombre.
Il est, au contraire, des natures ingrates qui semblent radi-
calement inhabiles à sentir, à imaginer et à exprimer: coest
encore Ie très-petit nombre. L'immense majorité de I'espèce
humaine soéchelonne entre ces tleux extrêmes. C'est pour
elle qu'est faite la rhétorique.
En outre, quelle que soit noLre nature, il arrive, par inter-
valles, que l'action de nos facultés est spontanémen[ proyo-
quée, soit par un sentiment, un intérêt, un souvenir, soit
par la présènce d'un objet extérieur dcstiné à mettre en jeu
ces fàcultés. Ce phénomène intellectuel se nommelapassion,
Rare dans le plùs grand nombre des individus et dei circon-
stances, quanrl il survient, il illumine aussi vivement panfois
que I'oigânisation la plus heureuse. L'éclat est Ie même,
seulement il est pasiager; car Ia passion, c'est la"uature
aecidentellement surexcitée. u La nature, dit Yoltaire, rend
Ies hommes éloquents dans les grands intdrêts et d,ans les

(r) D'où rienl, il eertaioes dpoques où lc véritable esprit ne manque pourtaDt


pai.' la vosue inexplicable du calembour ? < L'esprit, dit Arldison, étanl lc talent
à" trouruil"s ressônrblances etrlre tes choscs, on a étd jusqu'â trouver <lo I'esplit
dens les ressemblonces entre les mots. n
cHÀP. t. |5

grandes pds,siorus. Quiconque est viverncnt druu vo.it les


choses d'un autre æil que les autres hommes. ,
Or, pourtluoi la faculté de saisir et de formuler les rap-
ports, eom:rune à divers degrés, organiquement ou acciden-
tellement, à tous les hommes, ne pourrait-elle pas, comme
les au[res, se développer par I'exercice? L'æil s'exerce à
connaitre l'étendue et lâ distance dans les corps, l'alliance
et les contrastes dans les couleurs I l'oreille, à distinguer le
plus ou moins d'éloignement, d'intensité, d'harmonie ou de
discordanee des sons; le gorit et Ie tact, à apprécier la nature
et les degrés de la saveur, l'aspérité ou le moelleux des sur-
facesl tout le monde convieut qu'il faut longtemps regarder
' pour voir, et écouter pour entendre. Eh bien, In loi du sens
physique est celle du- sens intellectuel. Lui aussi s'habitue
iar I'irsage à saisir des rapports inappréciables pour les
rrasses, à- les combiner, à ler exprimer ; il s'exerce réelle-
ment à,I'esprit ct nu génie. De là I'axiome si souvent citr!: le
gdnie n'est que la patience. L'histoire des grands écrivains
ne confirme-t-elle pas cctte vérité?-Il est bien rare qu'aucun
d'eux ait débuté pàr son chef-d'æuwe. Et quand la chose
arrive, trous soumes presque portés à les blâmer. Il nous
semble, quelque heurèusement doués qu'ils fussent, et si
loin qu'ils aient é1,é, qu'ils auraient pu gagner encore par lc
temps, la pratique et Ia ré{lexion.
Unc méthodequi aide à Ia perception et à la manifestation
dcs rapports, ou, en d'autres termes, à Ia découverte et à
l'expression des idées, bst donc presque toujours applicable.
Aiguillon' des organisations paresseuses, frein salutaire poun
les csprits mieux partagés, elle est le guide de tou[ Ie reste.
Elle empôche les uns dè ddsespérer d'eux-mêmes, les au[res,
de soégarer e[ de se perdre; ôlle trace la carrière, pose les
limites, rarnène dans la voie; saisissant dans leur vol, pour
les soumettre à l'analyse, les inspirations les plus heureuses
de la na[urc e[ de la passion, parfois elle leur arrache leur
secret, et parvient à reproduire, à force de patience, les
'ruervellles de la spontanéité.
Les orateurs et les poëtes ont prdcéclé, il est, vrai, les poé-
{6 DE LÀ nnÉTonteuE.
tiques.et les rhétoriquesl mais ce fait ne prouve pas contre
I'utilité deces dernières. Si des génies exceptionnéls les ont
devinées, ce n'est pas un nrotif , pour ceux qui viennent
e_nsui[e, d9 og pas les étudier, de ne pas rncttre à profit ,
dans leur intdrêt, les mdrites et méme les défauts dé leurs
prddécesseurs. Les pères de la pensée et du stytre sont des
gdarrts, sans doute, et nous, rhé[eurs, des cnfantC. Mais, bien
qu'on ait abusé de la comparaison, il n'en est pas moins
vr-ai gue, quand le géant a pris l'enfant sur seb épaules,
celui-ci, malgré son imbécillité, voit plus loin que l'"Hercule
gui !e porte, et peut indiquer à eeux qui suivent et le but, et
les détours, et les écueils du chemin. r, Ce n'est point aux
traités de rhétorique, dit Quintilien, qu'on doit lïnvention
dos arguments; ils ont tous étd conndsavant les règles: la
rhétorique n'est qu'un recueil d'observations faites sur co
qui existait déjà; et Ia preuve, c'est que les rhé[eurs ne se
servent que d'exernples plus vieux que ler.lrs traités, et em-
;iruntds aux ora[eurs, sans rien dire do nouveau eb qui n'ait
é[é pratiqué avant eux. tr es véri[ables auteurs de l'ârt sont
donc les orateurs I mais nous devons pourtarit quelque recon-
naissance à ceux qui ont aplani Ies dilficultds I car toutes les
vérités que, grâce à leur génie, les orateurs ont découvertes
une { une, les rhéteurs nous ont épargné la peinc de les
chercher et les ont rassembldes sous nos yeux. rr
_ Tous ceux qui écrivent reconnaissent"d'ailleurs qu'il est
dans leur art, cornrne dans tous les autres, cer[ains pi.ocddés
de composition , cerlains seerets de métier, une sorte de
mdcanisme littéraire, que l'on ne devine point, que l'on
-et
,n'apprend qu'à l'user, après bien des essais dcs tâtonne-
ments. u C'est un mdtier dc faire un livre, comme de faire
une pendule, disait la llruyôr'e; il faut plus que de I'esprit
pour être auteur ('). ,' La rhd[orique n'efiû-elle d'autre résultat

(t) Ug rbél.eur contemporain aioute rlans le même sens ! q Rien ne s'impr.o-


vise en litlérature ; car I'idée, quelque lucide qu'elle soit. n'cst lras euvru liilé-
Dès qu'on Ia.vcut.forgerr rlès gu'on la- coule duns uno'cerlaiuo frrrnre,
If3ile.
olreralloD est Soutnrse a (l€s lots rrgouteuses. ,
CEÀP. I. IT
que d'aplanir les di{T}cultés tle cct, apprentissflser ceux qui
-La à devenir proticiens ne devraicnt pas la -négliger.
alpireàt
rbétorique est donc utile, parce gne, I'intelligence
humaine étanû perfectible , I'art, ô'est-à-ilire les rnéthodes
rationnelles de perfectionnement, petlt e{fieacernent venir en
aide à la natui"e, c'est-à-dire anx dispositions-innées. La
nature, premier" ét indispensable éldment,. inégalemen[ dis-
tribué entre les tlivers individtrs I I'art, éldment seeondaire,
rnais d'une utilité doautant moins contcstable, qu'il peut se
morlifier d'apr'ès les natures diffdr"entes.
La rhdtoriqtre est ul,ilc , parce quc, trc- sens intt'llectuel ,
auquel cllc s'adresse, ayant pour objct lcs idées et lculr expres'
sioir, cocst-à-dire la pércepiion et"l'apprdciation.de ccrtains
rapports, de la ruênù manière que lc sens physique. perçoit
etïpprééie des rapports d'ttn autre ordre, il.est évirlent que
si l-'ôbservation èt l'excrcice contribucnt à perfectionner
celui-ci, ils contribueront égalernent à perfec[ionner celuilà.
Iïtraintenant, en quoi conliste Ia nhétôrique? et a-t-elle été
conrplise Ae rilôme en tou[ temps et par tous lcs rhdteurs?
Cônsidérée dans son étyrnololie, tà rhét'olique .n'est que
l'urt tle par[er; rnais la silnifiaa[ion de ce rnot, cornrne ctdle
de beauôoup ti'au!.res, s'eit rnocli{iée et dtendue en passant
de I'anûiquité aux âges modernes.
Jusqu'âprôs la gutrre du Fdloponèse, la- Grèce ne connut
et n'eôplôya guèri que la parole pour produire et répandre
-de
au tlehoirs Ïes-produôtions l'intèlligeirce. L0 scène, la.tri-
bune, lc barreau étaielt déjà ce qtr'iË sont encolc, des licux
où ld poëte et l'oratdur cbnrmtiniquaic=t oralernen[ leurs
idées dt le"rs irnpressions à leurs-concil,oyens assemblds.
Sfais l'usage dc la voiN, conrrnc manifestal,iôn dc la pens.Ce
Iirtéraire,-ne s'arrôtaiI pas là. La poésic épiquerl'élégie, l'ode,
l'histoire'clle-nnême sô chantaierrt et se récitaient, par les
ruesr sur les places, aux jeux d'Olyrnpie et de Némée.. -[l n'est
-du clui ne présentât ses doetrines
pas jusqu'à Ia philosophie sous
ia formô drarnàtique tlÏaloguè; le lieu de Ia scène était
un portique, une fnomcnade, ù jardin, la prison de Soct'ttte
ou le promontoirc dc Sltniurn.
2.
18 DB LA nnÉroRtous.
Les premiers rhéteurs grecs, Ies sophistes, purent tlonc,
sans mcntir à l'étym.ologià, renfermeri dnns i,art de parler
toules.les règ'les d-e I'a'id'écrire. Et quoique la philosôphie,
In poésie et l'histoire so fussent succtssii,emenû retiréôs dd
domaine de la littérature orale, ceux qui vinrent plus tard
ne changèrent rien au rnodc consacré. I{ous les voyons, jus-
que sous. les empere.urs, donner, dans le_urs nhAmitfiues
élémentuires., des préc_epies et des exemples sur touj lcs
genresr'sur l'apologue, la narra_tion, les ssniences, les éloges,
Ies licnx communs, ctc. Il suffit de parcourir les Enerci,ce's
d'Aphthoniug. La folie des sophistesi ce fut dc toucher au
fond, quand ils deynient se-borner à Ia forme, et, si j,ose
employer cette expression, de couiposer la rccett-e, quan"d on
' ne lcur demandai[ que la manière-de s'en servir.'ctest ainsi
que les Gorgias, lci Prodicus, Ics Hippias se vantaient dc
pouvoir traiter, comme les ergoteurs dri hroyen âge, do onutt
re scibil.i, et qu'un Phorrnioi osait discoui.ir de-lârt de la
gucrre devant Annibal.
Les Romains s'aperçurent bien vite de ce ridicule: moins
arlisl,es qrle leq Grècs, ils méprisèrent. daus l,enseiguement
tout ce qui ne leur paraissait que jcux ri'imagination-et anru-
senrents de vainc.us; plus pratiques sur[outlt plus positifs,
ils ne vouluren[ s'ogcupe-r. riue dê.la par_tie ae la rhétôrique à
laquelle
ts institutions démocratiquês donnaient une iuipor-
tance réelle darrs la vie ac[ive ct publique. lls revinrent donc
à I'étymologie, foudirent I'ar[ de bien dcrire dans l,art, de bien
dircr_et considérèrent comme code unique e[ universel du
sty-lc les préceptos de I'dloquence.
Pour se faire une idéc de-la puissance de la parole à Rorne,
qu-ol lise c-e que disen[ Aper ôt ]Iaternus dais cet excelleni
nigplu.g des oraterys, _c[ef-d'æurre de raison et de style,
qu'il soit de Tacite, de Quintilien, ou de tout autre, préiircé
natulelle de tout ouvrage_où il est question d'éloqriehce, et
dont plusieurs pages semblent écritet d'hier, tant'il y a'dc
rapprochements entre notre état social et politique actuel et
celui dc Rome aux derniers temps cle la ildpublique et aux
pretniers tlc I'Ërnpirc. Ce rnagniliquc tablead du frour;orr ct
cuÀP. t. l9
des av-an[ages de I'art oraûoire explique parfaitcmen[ corl-
ment il est arrivé que, clrez les- rhéterirs romains, chez
Cicéron surtout et Quintilien, cet art, par sa souverainc im-
portance, ait absorbé cn lui seul toute la rhétorique.
lllais les choses sc sont modifiées dans les âges modernes ;
ct.même en obéissant à I'idée romaine, au prlncipe d'utili[é
positive et pratique, il est nécessaire de revènir. ùjourd'hui
à cetre universalité de précep[es applicables à tous l-es genres
littérairesr dont les Grècs avaient d?rnnd l'exemple, etlue la
plupart des rhéteurs ont eu tort d'abandonner poirr sé bor-
ner, à I'exemple des Romains, aux règles de l'éloquence.
. Sans doute, la tribune et le barreau on0 conservdbeaucoup
dc leurs anciennes préroga[ives; l'éloquence de l'avoca[ en
tout pays, e[ celle du représentant, dans les gouvcrnements
consticutionr.rels, sont encore une des voies lés plus rapides
et les plus srires pour arriver à Io fo.r[une.r. aux h]au[es,digni-
trls, àia considérïtion nationale, à la célé'brité europeenne I
enfin Ia socid[é rnoderne a vu naitre c[ fleurir une tioisièmé
branche d'dloquence inconnue à I'antiquité, celle de la
clraire.
Mais la supérioritéd'intelligence manifes[ée par des écrits,
quels qu'ils soicnt, conclui[.sôuvenl au même'but que l'élo-
quence proprement dite, et, sous bien des rappor[s, le pou-
yot 4e la presse a succédé à celui de la parôle. Destinée
jadis à se tiansmettre, comme par traditioii, d'une oreille à
I'autre, ou consignee seulement- dans quelqûes manuscrits,
dont lehaut priiinterdisaiI l'acguisitiori à la grande majorité
du public, ld pensée dc I'dcriyaiir vole maintànan[ d'un-bout
à l'autre de I'univers avec les livres, les pamphle[s, les joo*.
naux. Le plaidoyer même et le discouis qu-e I'avocat ôu lc
représentant scmble n'adresser qu'aux juges ou à ses collè-
gues, saisis par la sténographie, ônt bientôt franchi les murs
de la chambrc ou de la sallê d'audience, pour péndtrer clans
lcs provinces les plus rcculées.
La prcsse ! voilà donc I'instrument qu'il importe le plus. de
savoir manicr pour celuiJà même à qui le nom d'orateùr som-
blerait mieus convenir quc le nom ï'derivain. Aujourd'hui.
20 DE LA ntrÉTORTQUE.

en effet, il a pour ;'uge Ie tribunal, demain il anra peut-ôtre i

la nationl aujourd'huisa parole n'est entendue que de gucl- I

gues cen[aines d'individus, demain elle sera lue par l'Europe


entière.
Cetra ne signifie pas qu'il doive entièrernent oublicr ses
auditeurs pour ne songer qu'à ses lecteurs. Itr ne perdr"a f)as
de vue qrre la barue et la tribune sont, en définitive, Ie pre-
mier tXréritre de ses cornbats et de ses victoires, le point de
départ dc sa parolel il soexercera à acquérir la spontanéité
d'iddes et doexpnessions néeessaire aux luttes journalières où
il est engagé;. il travailtrena son organe, itr ne négligera ni
I'dnergie, ni la gr,âee de I'aetion. lllais, attendu .la diversité
des ternps et des rnæursr il n'attaehera pas àl'improvisation,
au ddbit el au geste, la hautc importance quoy me0tait l'anti-
guiténomaine. Et c'es[ pour cela, et aussi parce que ces trois
obje[s, pour ôtrb traités à fond, demanderaient un autre livre
tout entier, qu'itr n'en est pas qrrestion tlans celui-ci, et que
cct ouvrage est plutô[ l'ar[ d'écrire que l'art de parler.
Il suit de ce qua je viens de dire, que Ia rhdtoriquc em-
brasse aujourrl'hui.trn plus vaste objet qu'autrefois; orr ne Iui
demande plus senlernenû les règles ndcessaires pour discuter
Ies qrrest.ions poli[iquesn administratives ct jutliciaires, noais
lcs précep[es de l'ar[ d'dcrire appliquris à tous les suje[s. Le
stql,e, quelque nratière que l'on tnaite d'tillcurs, Ie[tres, récits,
cliaNogues , desclipLl"lt., disserlations, rdsumds , clrarnes ,
.
nlæur:s, llassions, poldrnique, est dc son ressor0; elle ne doit
pas craindre même d'aborder tra poésie, du rnoins en ne la
considérant que sous les faces qui lui sont communes avec Ia
flrose, e[ sanq empiétcr sur le domainc de la XtoëtiEuc pl'o-'
u'-Ëirti1$ilrï,r"-
dtabïies, avant rt'entner dans les déraits,
ne perdons pas de vue les obscrvations suivautes :
{o La rhd[orique n'étant point une science, mais un art,
ellc exiga avant Lout et surtout la pratique. Mdthode, préceptes,
théories, queique savantes qu'elles soient, touIesûsubor.lonné
à I'cxercice d.c la cornposition. Fit fabricando faber, voilà Ie
premier axiome de Ia rlrdtoriquc, èornme dc la poéuique, dc
Irr nrusique, du clcssin, cle [ous les arls. r, La nature est, richc, I

'i
l
I

. crrap..r. I'I
tlit, Vico dans ses Institzl,ttons arataî,resu lnart pauvre, I'exer-
cice et le tlavail invincibles... Aussi, a.joute-t-il, les peintres
qui veulent clevenir excellents ne s'arrêtent pas aux longues
et subtiles discussions sur leur arl, mais ils passent des années
entières à copier les tableaux des grands maîtres. u La meil-
leure leçon pour l'écrivain est I'étude approfondie des bons
modèles, et les travaux qui ont potrr but de reprodtrire les
formes de leur style. Sans le travail, et un travail obstiné,
point d'dcrivain. "On sait combien llorace appuie sur cette
idée dans somArtpoéttqu,e. [Jn vieux critique français, J. du
Bellayr l'a énergiquemeirt reproduite dans sa Défense etillus-
tratton de Ia lanque françoise, a Qu'on ne m'allègue point,
e'dcrie-t-ilr eue tés pôetes naissen[. Certainement, ce seroiû
chose trop facile, se faire éternel par renommée, si la féli-
cité.denature étoit suffisante pour faire ehose digne de l'im-
mortalité. Qui veut votrer pur les rnaiqs e[ Ies Lrouahes des
hommes, doit longuement demeurer en sa ehambre; et qui
désine viwe en la mémoirc de la postérité tloit, comme morB
en soi-même, suer et trembler nraintes fois, et eudurer Ia
faim, la soif et de longues veilles. Ce sont les ailes dont les
écritl des hon"rnres vôlent au ciel. rr Btr pour passer du
xvru siècle au xrxo, car j'aime à montrer les préceptes rdr:l[e-
ment utiles et solicles maintenus à travers les âges, en dépis
des changenenls d'idées et des capriees de la rnode: u Je
voudrais, dit, le lrdros cl'un nornan moderne, rn'exprimer do
prime hbond, sansfatigue, sans effor[, connrnc I'eau rnurmure
et comme le rossignol chante. l Bt le raisonneur du livre
lui répond avcc un grand sens : ,, Le rnurtrrure de I'eau esÉ
produit par un travail, et Ie ehant du rossignol cst un art.
N'avez-vous jamais enl,endu les jeunes oiscaux gazouiller
d'une voix incertaine et soessayer cli{Iicilement à lcurs pre-
miers airs ? Toute expression dtidéas, de scntimcnts e[ mbmo
d'instincts cxige unc- éducation. ,r
La pral,ique esù d'autant plus ndeessaire, que tra théoric,
quelque profonde et varide qu'on la suppose, nc peut ern-
brasser toutei les applications et prdvoir toutcs les hypothèses.
Le n aitre n'enseignera jamais tout ee que l'art peuI protluire .
22 DE LA nudTonteuo.

L'aualogie fai[ le res[e. u Quel est le peintre, dit Quintilien,


qui ai[ appris à représenter tout ce qui existe dans la nature ?
Il y parvien[ cependant par l'exercice. Il y a des choses qui
s'apprennent , quoiqu'elles ne s'enseignent pfls. r N'oublicz
pasrd'autre part, que si la ver[u des préceptes est singulière-
ment puissante pour rectifier les erreurs, améliorer les.qua-
Iités naturelles, et tracer des limites à leurs développements,
elle I'est beaucoup moins pour trous donner les mérites qui
nous manquent. Le précep[e corrige plutôt qu'il ne produit ;
la pratique crée en même temps qu'elle améliore.
2' [,es préceptes n'ont pas tous le même degrd tl'intérêt.
Les uns sont essezatiels et gënërauæ; ils ticnnent à la nature
mêrue de I'art, viennent à propos en toute matière, et se
re[rouvent dans tous les siècles et sous toutes les lati[udes :

Arant donc oue doécrirc. apurenez à penscr...


lout ce qu'ori dit de trop'es't'fade et rëbutant... etc.

Les autres sont spëcï,auû ou locaan, ne s'appliquen[ qu'à


certains genrss, ou nc sont vrais que chez certains pcupleil'=
e[ à certaiues conditions préalables :

Eovez richc et DomDeux dans vos descriotions...


Gaidez qrr'urre'voyèlle, à courir trop hâide,
Ne soitd'uncvoyclle cn son cbemin heurtée... etc.

La plupart des règles de l'harmonie, I'usage des euphémis-


mes, des litotes, de l'hyperbole, du pléonasme, dcs expres-
sions métaphoriques et proverbiales se rattachent à eettc
classe.
Quelques-uns enfin pourraient se nonrmer h.i,storiques,
D'une vérité contestable ou d'une médiocre portée, si l'on en
fait mention, Cest qu'ils ont été admis antérieurement, et
qu'à défaut de la roison, ils ont pour eux I'au[orité. Daus
cette classe doiven[ sc rûnger plusieurs des définitions et des
subdivisions adoptées pm les rhétcurs ; on peut les exposer,
mais non sans les discuter et les cstimer à leur valeu.r. C'est
au mnitre à observer ces difrdrenccs, à les faire ressortir, et à
CHAP. t. 23

mesurer l'attention- de l'élève à I'irnportance du précepte.


3o C'est encore au maître à lui apprendre comment il falt,
clans I'occasion, savoir soécarter des règles, et -obdir, err dépit
d'elles, aux inspirations. du goût, Cest-à-dire de cel,l,e faculté,
moi[ié'd'instinôt, moitié'de éulture, -qui nous fait discerner ct
sentir le beau, eri tlehorç même des,lois générales et des pré-
visions de I'art. . Quoique les règles, dit parfaitemen[ bien
Condillac, soient le huit de l'expérience et de Ia réflexion,
quelques écrivains les ont combatlues, comme si elles n'étaien3
{ue.ie vieux préjugés. Ils ont cru établir des. opinions nou-
relles, en renôuvelànt les erreurs des premiers artistes, et
en rabpelant les arts à leur première grossièreté. C-e n'est
pas rehïre un service aux génies que de les dégager de l'as-
iujettissement à la méthodé; clle est poPr.cux ce que les lois
soht poor I'homme libre. u Seulement j'ajouteral avee Mon-
tesguieu : n Comme les lois sont toujours justes dans leur
ê[16 Eénéral, mais presgue toujours injustes dans l'appli-
eation'', de méme les règlés, toujôurs vraies dans la thsoriet
peuvetrt devenir fausses- dahs lthypothèse. Quoique chaque
ôffet dépende d'une cause générale, il s'y mêle tant d'autres
causes iarticulières, gue chaque effet a, en quelque façon,
une carise à part. Einii l'art ilonne les règles, et Ie goût Ies
exeeptions; ie gorit nous découYre en qye-llgs occasions I'art
-et
doit Ëoumeltre, en quellerq, occasions il doit être soumis. u
Le maitre peut donc trâiter-dc Ia nature du gofrt, mais ne lui
en demanâez pas Ies règles I ce serait le plus souvent lui
demander les règles de lnexce_ption.
Concluons de ée qui precède que trois éléments concouren[
h Ia formation de i'éciivain : ia nature, l'art et I'exereice.
C'est la doctrine d'Aristote et de Cicéron (').

(r) Aristote demande qiou. èllttttpia,t, r'eAtîtls trois m.ots sacramentels quo
je i;trouve dans la belle f érioâe qui'commenôele Discottt's pour .irchias .' s Si
quiil est in me ingenii, ?[to, quod sentio quam sit exiguum ; aut si laa eterci-
iatiodicenili.itttttpiav, in qua me non inficior mediocriter esse versatuml atrt
si qua lrujusce tei iatio'aliqia qb optimarum artium studlis ac disciplina pro'
ilecla, tlyr14q a qua ego nuilum .onÎleor ætatis meæ tempus ablôrruisse...1 etc'u
CHAPITRE II.

DtVIStOEt DE ÈÂ RtÉTonteEE. * DE

L'homme mental est doud de trois grandes puissances, Ie


sentirnent, la volonté, I'ietelligen€e, d-ont la rdunion forme
l'identité mystérieuse qu'on appelle l,âme. Ces trois puis-
sances, dont le coûcours est indispensable pour que I'hornme
communique elficaeement avec l'homme, sont perfectibles
par l'éducation; maiS c'est surtout l,in[elligence- que nous
employons pour transmettre aux autres nos Éensdes" et cest
elle a'ussi que I'dducation peut Ie mieux dévelbpper air moyen
de Ia science et de I'art.
L'in[elligence, à son tour, a trois facultés capitales, Ia mé-
moire, le jugemcntr llmagination; et bien qu,èlle soii en jeu
tout enlière dans la communication des idées, il est facile de
constater que chacune de res fr.uités ;t-æ;A;;;é, ;;
quelque sor[e, un rôle spécial. C'est principalemcnt la iré-
moire_qui conserve .et retrouve les idées I I'hornme invente
peu, il se rappelle; Ie jugement est plus utilo pour les eom-
pârer, les choisir, les coordonner;-l'imaginaiiono pour les
manifester, les embelliro les vivifier (,).
De là trois parties de la rhétoriqûe, éternellement les

Remarq'ez que je nc considère point ici la nature et I'origine rleo idéesrio


,les(')constate comme existan[, et ie tlis gue, quelque opinion quol'oa se forme'de
leur origine eE de leur lature, ii o'en elst pa-s mo-ins viai qu'uie fois que I'intelli.
gpnce pense auæ idées (notez I'erpressioo, et distinguez-ja de celle-c'i. pense sel
tdées), elle ne peut que-se Ies rappeler, lesjuger. lËs comhioer, et qu!, sous c€
rapport, les résultats de I'activité intellectuelle sont touiours des faitr de
mémpirer tles faits de jugerneut, ou des faits il'inragination,
. CEÂP. IT. 25
mômes dcpuis Aristote jusqu'à nous, parce qu'elles sont fon-
dées sur I'essence subjective et objecl,ive tle l'intelh'gence :
l'i,naentùtn, la ilisposition, l'élocution. Par I'invention, Ia
-le
onémotre re[rouve ;
fonil des idées par Ia disposi[ion, le
.iugement établit L'ord,re dans les idées ; par l'élocutiorr ,l'ùna-
gi,natiott donne la forme aux idées.
" Cela posd, on cônçoit que si l'écrivain veut parvenir à
commrlniquer et à faire partager ses opinionq et ses senti-
ments, il rloit acquérir certaines connaissances et suivre une
mdthode raisonnée de travaux pratigues, qui puissent exerccr
simultanémcnt, et, autarrt que possil;le, au mêrne degnd, la
mémoire, le jugement et I'imagination.
I)e tous les exercices propres à agrandir et à fortifier les
facultés intellectuelles, le plus efficace cst cet enscmble
d'études dont la base est celle des langues anciennes, et au-
queX nos pèrcs ont donné par excellence le norn d'humattitës.
f,es humÀnités ! croit-on que ce titre si emphatique, cette dé-
nomination si ambibieuse ait été adoptée à la légère, et que
I'étymologie ne soit ici qu'une lettre morte ? Nos pères, en
consacranl celte expression, avaient compris et témoigné que
de toutes les dtudes qui peuvent occuper Ia ieunesse, de
toutes les qqntnastiques intellectuelles, celle-ci est Ia plus
puissante foir développer en même temps et ir un dgul dôgré
Ies trois facultés essentielles de l'esprit humain.
Cet ensembtre d'études cornmenee per celle de Ia langue
nationale. La langue nationale es[ l'instrument ir l'aide tluquel
l'derivain cornmunique avec ses lecteurs" AvanI dc s'cssayer
à composer sur cet instrunrent, il faut nécessairement Ie con-
naître, le posséder, en avoir compris toutes les ressources.
Toute langue est un fait aetuel qui continue un fait anté-
rieur. Blle doit donc ôtre étudiée sous deux points de vue :
rnéthodiquement, comme disaîent les anciensrrou dans le pré-
sent I historiquement, ou dans le passé.
'D'abord, l'étude du présent, c'est-à-dire de Ia langue
usuelle eb courantel cette dtude est plus facile, mieuxdéfinie,
tl'une utilité plus immddiate. Elle considère les mots actuels
selon Ic vocabulaire et selon Ia grammaire 1 d'un côté les
26 rlr la nuÉronrqur.
éléments matériels, de l'nutre, les principes et les lois cl'affi-
nité d'après lesquels ils se lient et se cbmbinent I elle fixe
leur valeur précise, leur signification propre ou métnpho-
riqqgr leurs- accideh-ts, Ieur- synonymie, ies règles qui let
modifient e[ les coordonnent.
Ensuite, l'étude du- passé, non-deulement historique, dans
-l'ordinaire acception du mo[, mais philosophique, c'èst-à-dire
partantdel'étymologie des vocables et les suivânt dans toutes
leurs phases ét_-leurs transformations, ne se contentant pas
de constater et dnenregistrer les faits aceomplis, mais les exirti.
qu_ant, dislinguant l'imrnuable du muable, et pouvant aidèr,
s'i[ en est besoin, à conclure l'avenir même de la langue.
L'étude de Ia langue na_tionale commence au berceaù I aussi
l'appelle-t-on également lanque maternel/e. Rien n'est, à né-
g_llgg1 ici, et les plus grands maîtres n'ont détlaigné aucun
détâil. Les minuties appnrentes qui se rencontren-t dans ce
travail ne nuisento comme le remarque Quintilien, qu'à ceux
qui s'y arrêtent, e1 non à ceux qui ies tiaversent pôur aller
plus loin. II faut se former, et dts le princi;'e, à lâ pronon-
ciation, à loaccentuation, à la ponctuation, à llorthographe,
à lg grarnmaire.
_ L'étude de la grammaire doit réunir les avantages del'ana-
Iyse à ceux cle la synthèse. On comrnencera parla méthode
annJytiqu.e. Dans un sy_stème de_lectures habilement gra-
duées, l'élève étudiera les vocables individuellement r- eu
quclque sorte I il en observera ln nature, les ressemblances
et les diffdrencer (,); iI cherchera à apprécier non-seulcment
tres lois, mais les habitudes qui déterminent leurs relations
rdciprogues. En un mot, il sc fera à lui-même sa grammaire.
Non pas qu'il doive s'arrêter Ià, et que je Èannisse les

(t) J'avoue quo je tiens bnaucoup à l'étuile tlu vocabutaire; r.ien no contribue
plus tarù à la facilité eù à Ia varieté dans Ie stylc comnre rl'avoir beaucou,p de
mots à s.a rlisposil.io.n. cette science des mots-a fait une grande parrie rÈ la
renommée de (leux do nos conten:porains , MM. Nôdler et sainle.Beuve. Lisez
et relisez le rlictionuaire. On peuf ri'e de ce pr'éceple; eh bien! essavez de le
nrctlre eo praliqrro, e[ vous sei'ez. dtonné r]e la facitité qu'il vous donn'era pour
lrouver non-seulemenl, les nrols, mais les itldes.
cI{aP. tt. 27

Srâmmaires généralernent adoptdes; je veux seulernenl que


ces ouvrages synthétiques no viennent que lorsque l'dtude
analytigue en aura trien fait comprendre .la signification
réelle. I)ans les sciences de faits, on n'apprend bien que par
I'analyse, on ne retient bien que par la synthèse. Lcs for-
rnules de la synthèse dégagent les groupes d'idées, Ies déter-
minent et les fixent. Quand l'élève a bien remarqué dans
vingt circonstances que le mot qui exprime la qrialitC se met
au même genre et au même nombre que les noms qu'il qua-
lifie, quand il a parfaitement compris tous les éléments de ce
fait grammatical-, quhlors la règle r l'adjectif s'accorde aaec
le substantif'en genre et en, nstnbre, oa les deux mots, Deus
sanctus, vi-ennent résumer ces observations multipliées, et
leur donncr un corps; quc l'élève apprenne cette règle litté-
ralement, comme une.formule algébric1ue, comme le textc
d'un article de loi I alors seulement il ne l'oubliera plus.
Dans Ies lec[ures graduées que je recommande, j'insiste
sur. lc prdcepte de Quintilien, qui demande qu'on s'adresse,
dès Ie principe, aux auteurs de premier ordre, et qu'on relise
souvcnt les mêmes livres, si I'on veut fornrer pour la suite sa
pensée et son style. PIus tard, quand le jugement est bien
nssis, on peut sans doute aborder des écrivains douteux et
inférieurs, mais avec prdcaution et sous Ia direction d'uu
maître habile. Ces lectures se ferout, au[ant que possible, à
haute voix, pour habituer à une pronouciation correcte.
Quant au genre de commentaires qu'clles comportent, on en
trouvera il'execllents modèles dans le Traité des Etudes cile
Rollin, et.dans la Chrestomathie française 4t.$..Viget, le
meilleur livre que je connaisse cn ce genre. A l'imitation cle
ces habiles prol'esseurs, Ie maitre l'era saisir les applications
des règles précédemment formulées, et les détails philologi-
ques qui scront, à leur tour, les éléments de nouvelles syn-
thèses I il s'arrêtera sur les honronymes, sur les homographes,
sur toutes les dilficultds de l'orthogr"aphe usu-elle etraisonnde,
sur toutes les variétés de Ia proposition grammaticale et dc la
proposition logique, faisant toujours précéder la théorie dc la
pratiqtrc, proscrivan t |es caeog ralthies, ddtestable nré[hode,
98 DE L.{ nlrÉToRrQUE. ;

qui apprend à la jeunesse des fautes dont elle ne se doutait


pas. Il _s'occupera dcs expressions figurécs, des synonymes,
des rnultisenses, gte.; enfin, et comrne complémeut obligé
cles travaux précédents, de l'étude historiquè de la langue.
Qui apprend Ie grec ne se borne Bas nux époques de Pdri. .r
olès et d'Alexandre; il rennonte à t-I-omère, pôun redeseendre il
ensu_ite jusqu'aux derniers pères de I'Eglise; il suit I'idiorne
pendant se_s quinze siècles de vie. Pourquoi n'en serait-il pas i

de même du français? Pourquoi l'étude de la langue natio-


nale n'embrasserait-elle pas tôut I'espace qui séparË Viilehar-
douin de M. Thiers ; le rôi de Navarrè, de Oéranger ? En effet,
où cornmence le f'rançais? oti s'arrête le gaùlois? Qnellé
soIut,iondecontirruitdasseztranchéepourdire:I,àes[Ia
bolner_e[l'oq .rr* va las plus loin ?Ferez-vous? par exernple,
partirdc1TtrolièreIalanguedelap|aisarrteric?hIaisMolièro
donne Ia rnain à [tegnier, Qui touche à. Maro[, qui imite ,

Villon, qui se rattache à Rutcbeuf.


On a justemenû remarqué que la philotrogie satisfait mieux
aux premiers besoins de l'intelligence et à la première cul-
ture de l'homme. Que notre élève s'appligue donc d'abord à
la, .philologie ; rnais comme il n'est point de- philologie- r

sdrieuse et approfondie sans ln connaissflnce des langùes 'i


anciennes, qu'il s'attachc surtou[ à cette partie essentielle des,i
-Nnlle
humanités, autre étude ne pcu[ la remplacer I et de
tous les e_xerciees, cclui-ci est le rnieux fait pour développer
Lu plus hau[ degré la rnduloire, le jugemcnt cl, l'imagiila-
tlon.
Quant aux méthodes d'enseignement de ces langues, il
-On
exis[e une foule de bons livres spéciaux sur Ia matiére.
peut les consulter. $eulennent, gu'on ne perde pas de vue Ie
but cle cette étude. Elle est des[inde surtout à exercer les
diverses facultés. Onconçoi0 que, pour la dir"igcr en ce sens,
il s'agit dg chercher à bicn eomprendrc c[ à bicn rendre leé
dcrivains anciens, plutôt que de prdte.ndre Iutter.,âvec eux,
en composant dans leur idiorne, soit en prose, soi[ en vers.
Âinsi beaucoup de gramrnaire, de lcctures , de traductions
en languematcrnelle, pou de traductions ou decompositions
:

II.
CEAP.

cn grec ou en latin, et, si l'on s'en occupe, qu'on lc,ir- donne


ize
pour principe I'inritation et presque la reproduction li0tér'ale
des formes de l'antiquitd. ]

tr'élucle approfondie de la langue maternelle, cplle tles


langue,s anciennes, voilà donc les travaux prdparatoircs à la
rhétorique I mais bien qu'ils soienb les premiers et d'indis-
pensable nécessité, ils ne sont assurément pas les setrls.
- L'inuenti,onn'étanl autre chose que l'acquisition dqs iclées,
ou du moins la rccherche d'un procéclé qui en facilite l'ac-
quisition, que l'élève, tout en s'appliquan[ à l'é[u{e de Ia
lângue maternclle et des langues anciennes, s'exerce à saisir
les iapports des choses à lui et des choses cntre cllesl qu'il
's'obser-
apprcnile, à me.sure quc ses fhcultds s'étendronl, à
vêi lui-même, à obseiver la naûure et les hornmes {ui l'en-
tourent I qu'il s'interrogc souvent sur sespropres ilnprpssionsl
qu'il s'habitue à soen rcndre compte, à cherchcr en Itout les
causels et les cffets, à nc pointvoir d'un espl_i_c distraitlet avec
indiflérence les objets même les plus indifférents ef appu-
rence; car tout cti gui peut occuper l'hornnre app{rtient à
l'écrivain, ct lui est, à l'occasion, Eujet' de compositiotf i

QuidQuid agunt homincs, yotum, timon, ira, voluptasj


Guudiu, rliscnrsu.sr nostri es[ furrago libelli.
i

On sera surpris des rdsultats que produira, proporpionnel-


lerircnt âr l'âge de l'élève, cette méthode suivic avec $crsévé-
rance et discernement. Ainsi : I

Fremier moyen de parvenir à l'invention : obscruQtion at-


tentivc, assidue, et, autan[ clue possiblel intelligente] de soi,
des hommes et des cXroses. Ï

Second moyen : la saience, c'est-à-dire I'oÛserual'ipn dans


le passé, l'étuclc de ce qui nous a précédés, ajoutée à lcelle de
cc qui nous entoure. I

Condorcet diû avec raison : rr Sur qlrelque genre due l'on


s'exercc, celui qui a dans un autrc des lumières éteridues et

ietrlenrant .n uugoi.n[aut lc uourbrie cles iddes que t*È étuilcs


3.1

I
f0 DE LÂ RHÉTonlçuE.
étraugères, sont utiles, elles perfectionnént I'espr.it mênre,
fiarc^e Qg'elles en exercent d'une rnanière plus égale les diver-
ses facultés. r,
Chaque science éclaire l'esprit sur l'obje[ tlont elle s'oc-
cupe, et I'esprit dclairé 6ur un point aperçoit mieux tous les
au[res. CéIes[es sæurs, les nil.uses se dônnent la main quand
clles descendent sur Ia terre, et leur chæur'harmonieux ue
. tarde pas à pénétrer tou[ entier daus I'nsile ouver[ à l'une
d'clles.
Ensnite, chaque science es[ une collection d'idées labo-
ricusement accumulécs et coordonnées par les générations
successives. PIus on aura acquis de sciences diverses, plus
on aura ouvert de sources à llnvention. ,r Connaître, a dit
'madame dc StaëI, sert..beaueoup pour inven[er.
Et Buffon :
',
-,.L'eslrrit hunrain ne produit qu'après avoir dté fécondé par
l'expdrience et la méditation; ses ôonnaissances sont les ger-
mes de ses productions. r' Une nouvelle science acquisc est une
somme de pen_sées ajoutdes à celles que I'on possédait déjà.
- On peuten dire autant deslangues étrnngères ; des lectures
dc toute espèce, si I'on se bornle, avare iie sori temps, aux
ouvra_gcs instructitc ou oniginaux en'leur genre; dcs vôyages,
qr.raud I'oecasion s'en prdsente, si I'on sait les utiliser, vôir,
$cou[er, étudicr la nature et ses merveilles, I'homme, ses
mæurs e[ ses ouvrages. Tout cela fournit des faits, des ob-
servations, des images à combiner, e[ l'invention n'es[ rien
autqe chose; plus riche est la mine, plus l'exploitation est
tu.ilq et productive. Ne craignez point que plus tard l'indivi-
dualité de vos idées perdo quelqùe choôe àtcfte dtude. Une
telle crainte u'est qu'une cxcuse de Ia pflr"esse. L'éruditiou
dirigde avec intelligence n'a jamais nui à l'originali[é. Sans
parler des écrivains anglais, italiens, allemands surtout, dont
un si grand nombre peut se placer parmi les véritables sa-
vants, je citerai en France Rabelais et Montaignc, Bossuet et
Pascal, età une époque plus voisine, Cuvier, Côurierr'Nodier,
Thierry. Bn conrptez-vous beaucoup qui aient un carac[èrc
rlieux-qarqué d'originalil,d? cn compl,ez-vous beaucoup de
plus rdellement érudits
,
cuaP. ll" 3l
Je
-sais
quellc objection on peut r .'lc fairer et Rousseau I'a
for[ bien formulée. u Je pense, dit-il, que quand ou a une
fois I'entendement ouvert par I'habicude de réfléchir, il vaut
toujours micux tnouver de soi-mêrne les ehoses qu'on trouve-
raif dans les livresl c'est Ie vrai sesret de les bien mouler à sa
tête et de se les approprier I au lieu qu'en les recevant telles
qu'on nous les donne, c'est presque toujours sotls une forme
qui n'est pas la nôtre. "
- Jean Jacques a raison, mais nous n'aYon-s pas [ort. En ap-
puyaut sur-la nécessité de l'érudition, je deniande que Yous
mettiez asscz de choix et d'ordre dans vos matériaux pour que
votrc intelligencene soitpas perdue dans sespropres richesses
,et é'crasée sous le faix I qu'au contraire, elle Ie porte avec
aisauce, et maintienne son caractère.individuel au milieu de
toutes ces acquisitions étrangères. bdnelon .appuic tou[ ce
que je vicns de dire. a trI n'cst pas teqrps de se préparer,
rlit-il, trois mois avant que de faire un discours public : ces
préparations particulières, quelque pénillles qu'elles soient,
Àont nécessairemenl [rès-imparfaites, ct un habile homme en
reinarguc bientôt le faible; il faut avoir.passé plusieurs an-
nées à- se faire un fond abpndant. Après cette préparation
générale, les pr'éparations particulières coûtent peu I au lieu
[ue, quand on ne s'applique qu'à des actions détachées, on
'I en est rdduit à payer dé phrases et d'anti[hèses; on ne traite
que des lieux communs; on ne dit rien qu_e de Yague; on
1 couil des lambeaux. qui qe ggnt point faits les uns pour les
i autres ; on ne montre point les vrais principes des choses I
I on se borne à des raisons superficielles e[ souYent fausses I
on n'est pas capable de montrer l'étendue des véritds, Irarce
que toutds les iéritds générales on[ un enchaîncment-n?ces-
saire, c[ qu'il faut les connaitre Presque toutes pour en traiter
solidement une en Particulier. u
Mais de l,outes lôs études préliminaires de l'éuivain, la
plus import,ante est celle de la philosophie et- surtout de la
logiquc, qui enseigne la nature, les lois et les formes du rni-
sonnemcnt. Àussi voudrais-jer au rcbours de ce qui se thit
clans nos écoles, qtt'uttc année tlc logique et de philosopllie
62 Du LÀ nnÉronrQun.
élémentaire_ précédât la rhdtorique. Je ne sais pourquoi ccux
qui npplaudissent âu yers d'llorâce,
Scribendi rectc sapere est et principium et fons;

et à tra traducl,ion de Boileau:


Avant donc qrre d'écrire, apprenez à penscr I

ne rétrlisent.pas dans la pratigue ce qu'ils approuvent dans


la théorie (,).
Le mo[ de Buffon : u La mdditation féconde l'esprit hu-
main I rr et celui de liousseau : u L'habitude de rdftdcliir ouvre
I'entendement, rr nous condnisenI au l,roisième iléruent de
'I'invention, la mérlitatiora,
Four inventer, apprenez à méditer. [,a mdditation soap-
prcnd comme tou[ Ie reste. ftrabituez-vous d'atrorcl à vous
fhire une idée vive et précise du sujet que vous aller traiter..
Puis, quand vous I'rvèz dégagri de toui co qui n'es[ pas lui,
attachez-vous, obstinez-vous I sa sonl.enrpliticln , dô {'açorr
que rien ns vous en puisse tlistrair.e, qu'i[ absorbe toutes l'os
{hcultds, qu'il devienno une de ces pensrles dominantes, pro-
duites parfois en nous, soit par une passion, soit par uri évé-
1erye.nt qui met en jcu notre exisl,ence ou nos plus chers
intéréts : 'on ne sait pas assez co clue peu[ cette tràbitude dc
s'identifier avec un sujet. Quand I'esprit se l'est ainsi assirnilé,
potrr ainsi dile, qu'il en a fait comrne unc partie de sa sub-
,.stance, alors il s'éprend pour lui d'un amour presque fana-
'tigue et ee qu'on âppelle vaguemenb
I l'inspiratiôn, ri'est.rien
qlre cet âmour, t,t cet arnour, seconclé par les cil.constances,
crée des_ prodiges. Combien ne cite-t-on pas d'écrivains qui
sc sont élcvés dans ccrtaiussujets, et, quelquefoisdu prernier
bond, à une hau[eur qu'il ne leur a dté donué d'atteindre

(r) Fénelon me venait eu aide tout à I'beure ; mnintsnant, c'est Cicéron et


d'Àguc-sseau. < C'est en vain, dit Ie dernier, que I'oral.eur so llatto d'avoir le
taleut de persuatlerlcs bonrmes, s'il u'a acguis cilui de les connall,rc... Il a fallu
ttu Platon pour formcr rrn Dénrostl-rène, afin que le plus grand des orateurs lTt
hommage de toute sa rrlputation au plus grand des philosophes, r
crraP. rr. .33

qu'une fois ? On crie alors à I'inspiration. lllais que l'on en soit


6ien convaincu, Ie secret de ce[te heureuse chance a étéle plus
souvent la méditation, instinctive peut-être, mais dominante
e[ obstinée; par clle I'imagination a été dmue, le cæur
dchauffé, l'âmè exaltée jusqrià l'état de passion I un travail
inlime, mystérieux, puissant, a fécondé le sujet. Qrland vient
alors ce qu'on appetle l'inspiration, elle q'e9t qug le cotrp de
bache sur le frônt de Jupiier. Elle signale le point précis de
maturité de Ia pensée. Lè coup dehrche fait sans doute jaillir
Minerve, grande, adulte, arnrée de toutes pièces I nrais avant
ce coup dëcisif, coest la méditation qui avait congu-, nourri,
équipé, en quelque sorte, ce mythé puissant de Ia pensée
dans Ia tôte enclolorie du Dieu.
T'andis que l'élève s'habituera de lui-même à cette science
de la mddit-ation, que le professeur rnette entre ses mains les
livres, les discouis, les-traités le-s plus remarquablesi-tluIt
lui fasie observer et comprendre les divers méri[es et l'arti-
Iice de la courposition, rion-se-ulentent sous lc rappor0 de la
pensée, mais sôus celui de l'ordre e[ du style ; que souven[ il
ie ramêoe sur ses pas, soit pour se rendre qu comptc plqs"
exact des intentioni de l'écrivain, soit pour mieux rcteuir'
l'ensemble e[ les détails; que, dans les discnssions. politi--
ques, judiciaires, philosophlques, il lui présente, au.tant qltq
fo.sinÏe, le pour èt le contré, surtout-si-la ques[ion a étd
iraitée pot .i.u* rivaux diglês I'un de l'autre. L'est aprè.s
avoin lu Bschine contre Ctésiphon, qu'on suit avec plus d'in-
térêt et de fruit Ia défeàse dc Dérnosthènc; Fox gagnc ati
voisinage dc Pitt, comme de nos jours RI. Guizot à selui dc
Thiers, et réciproquement.
1II.
Que l'éiève, ddsod côté, s'exerec à analyser, Cest'à-dire
à ràssaisir, pa'r la décompo-sition, les sen[ences.capitales, les
idées mèrôs', et"à les dégàger sussessivemen[ de tout ce qui
ne scrt qu'à ies développ-eiet à les- embellF.-ç. premier tra-
vail fait avec conscienèe et, intelligence, il fermcril le livre
origiDal pour le refaire à son tour I i[ s'efforcera de recon-
smùire ai-nsi l'édifice, dont il n'utra plus rien sous les ycuxt
si ce n'est les ftrntlements qu'ilrient dc ddcouvnir.
I

5& DE r nuÉronrgur.
Encorc. quclques avis st'* ces trtvaux prépara[oires qui
servent d'cxercice- au je_unc écrivain et rempïissent ce que
I'on nomme dans les côiléges Ïa,nnée cre rhëioriqr".
oou^na
l'élève a beaueoup Iu et fralysé, qu,il-s'essryr-É-ôàrporr"
I*i-mêrne, II conrmencera pai cé {ue j'appel"lerai àiercices
d'imiration, on rui prdsent'e Ia dcôcrifruoi au
par exemple, et il calquc sur ce tableari celui d'une inondal
iniendie,
t'ion I d'rm lever de soleil il fait un coucher de soleil; ou
encore d'après u.q
.porlrait de la colère, prenant le contre-
pied de cheque idde, de chaque période, il trace celui de la
douceur. Et ainsi pour Ia nairation o ra 'dissertation. le dis-
cours. Far Ià il se- familiarise avec la for.me, et apôrend à
couler ses idées dans un moule donné. II a soin, uo àôm*.o-
cernent surtout, de se renfermer strictement dâns les limitcs
dtt modèle. si celui-ci, en effet, est bien choisi, r'élève com-
prendra par ,cette étude en qubi consiste la piénit'de d,un
9_"o_:lgqpument,
et commell, Ia borne une fois atteiute, tout
cj g.ul la dépasse est hors-d'æuvre e[ Iuxe inutile. Il passera
tà dcs. cornpositions originales, tantôt en n'ayant que Ie
9.9 ,u
titrc du sujet à traiter, plus sduvent en s'aidant d'une mâtièrc
o u algu m ent qui.in d iqrf e I es idées principales et trace la marche
û survre. ues thèmes de composition seront variés on pré-
vient ainsi l'enuui d'un travail mono[oue, e[ l,on dourniï en
;
rnême tenrps l'occasiou de modifier Ia pehsée et Ie styre, selon
le caractère des genres divers. Narrations historiqués 6u {ic-
tlves, mêléesparfois d'allocutions et de discours, dôscriptions,
portraits, parallèles, Iettres, dialogues, ddveloppc*.rri d,uné
penséemorale ou d'u-u mot profond, disse,rtafiônsphilosophi-
gues ou litÉdraires, dloges, clitiquesj celles-ci plus'raremènt,
d iscu ssio's parlementqlr! ou ui iciiires d'uneluesdôn
; rcellé
ou supposée, etc.-: voilà les cxeraiccs quc recoinmandent les
q1,o.t1yurs, l.cs q.{us gxperimentd_s. iltrais de tous ces genres
d'et,ude, celui
.qu'ils afrectiolnent le plus, et avec raison-, c'est
l'éloquence historique. Elle développe-l'imagination, sans
p,t,ltg"r, comme la
,{}tion, au-romandsQue et à iexcentiiquc;
clle prés_ente tra méthode la plus erficacé pourconnaitre a i'onci
les annales cles 1'euples anciêns et rnoderfies, ù leurs
flus bril-
il. cEÀP. 55
Iantes époques; en s'appuyant sur des faits, des caractères,
dcs mæurs, des passions rCelles, clle éloignc du vague et du
licu commun, et Ie jeune homme accoutume son âme à com-
prendre le grancl, et à penser lui-même comme les illustres
personnages qu'il fait parler.
Aureste, quand l'élève est arrivé à ce point, il peut so déve-
Ioppcr plus librement et lâcher les rênes à sa fantaisie I nous
ne nous plaintlrons pas si cette jeune séve déborde et pousse
de droite et de gauche des branches parasites. .Les rhéteurs
romainsaimaient clans l'ad.olescence ce luxe de végétation qui
trahit les natures riches et vigoureuses. IIs redoutaient les
maturités précoccs, et préféraiànt avoir d'abord à émonder et
à sarcler (').
Mais comprenez-les bien. S'abandonner à une exubéranee
parfois même téméraire ne signifie pas faire vite et négli-
gemment. Avant tout, songez à bien faire, e[ non pas rapi-
dement et beaucoup I

Scribendi rccteo nam ut multum, nil moror...

Soyez bien convaincu que Ia facilité de bon aloi ne s'ac-


guieft queparun travail sévère et obstiné. u Enécrivantvite,
dit Quintilien, on n'apprend pas à bie,n dmire ; en écrivant
bicn, on appretrd à écrire vite. rr Ainsi, après Ie premier
élan, revenez sur votre travail. polissez et repolissezrcomigez
bcaucoup,

Ajoulez quelquefois et souvent effacez (2).

(r) e Je ne me plaindrai jamais dela surabonrlance chez les eof4nts... Permet-


tons à cet âge d'ose-r be_aucoupo d'inventer et de se complaire- dans ce qu'its
inventeul, quond même leurs productions ne seraient ni assez chdtiécs, ni àssez
sévères. On rcmédie aisdnrent à la féconclité; la stérilité esl uu rnal incrirable.
Je n'attendrai rien de la nature d'un eofaot en qui lejugement devance I'espr it...
. Ils ne chercheot qu'à dviter les défauts, et toinben[ p-ar là même dans Iô pire
des défauts, celui ile n'avoir aucune qualité. r Qulwrir,., Lnstitnt, orat, II',4.
(e) Remarquez le mot soueent, <Le côté àa sqrle (lecrayon des anciens) qui
seit'à effacer est. plusgrantl que celui qui sert à-écr.ile, ntâior stvli nars oilB
d.elet quam qaæ icribit, r ditiaint Jérô-me. Can la vraie rhétoriqu"e o.[ lu n,hn,u
dans lesrléselts rle la Thdbaïde et aux bortls de ln Seine ou tltr Tibr.e.
36 't
DE ra nûÉTontoûc.
i. - - . : -_.), ".:,-1:,.{-,'j I

,Pourvu toulpfg.is qqç,youq sachicz eq ffnfp,cirr ln ,g,QTTgc::i


tion intermipable est aussi .un vice,. Parfois.lg,pryçrniçri,jet:
était, le_rnejlleurn et à force d'aiguiser la lnmê, ôu1l.q gé4qit,
à rieu. Boileau vous a clit: .r! _riir if-r 1."$ ,,,.rj :Dr'
' :' ,i',"r!;Û
Yiugtfoissur Iemétier remettez votre ouvtàgq;,ll';j- "'l:il
r,r riTii;,;

j'y qqlsens.l mais ne t'y remettez pas cent irij, aii'j]"jËËfr:


en définitive, quel est le pire, de trouver bon toui ge q,rlop
écrit, ou de le trouver rnauvais. Il est des hommes qui pour-
raicnt produire d'excellentes choses, et qui, dans la crainte
de mal faire, finissent par ne rien faire.du tout. Ceux-là
assurément n'ont pas besoiu de nos préceptes.
J'accorde également qu'on doive laisser dormir guelque
ternps son ouvrage. .[,'esprit y revient plus frais, il voic bien
des choses sous un jour nouveau, et rencontre des idées
dchappées à un premier travail. &lais je ne suis pas pour Ie
nanutn prematur i,n annu,nt, et ne partage en aucune façon.
I'avis dc Malherbe qui avait besoin de noircir une main de
papier pour men€r un€ ode à bonne tn, et soutenai[ qu'après
avoir dcrit un poëme de cent vers ou un discours de trois
fquilles, il fallait se reposer dix ans. II y a toujours un milieu
entrb I'excès et le défaut.
Quatrième moyen d'invention; Étude anal,El,ique et sq.n-
théiique des ouviages bien pensés et bien éciits'; erercites
de contposition graduellement distribués,
PIus tard viendra en aide tout ce que fournissent d'idées
I'expérience personDelle du monde, la participation active à
Ia vie civile et sociale, et toujours les retours sur soi-même
et les méditations solitaires. Tant d'éléments sont nécessaires,
clans notre dtat actuel de société, à la formation d.'un penseur,
d'un dsrivain i,naent'i,f (,). Schlégel voulait voir réunis, danÉ

(r) IIn homme de beaucoup il'espril et prcmier minislre en ÀnElelerre, John


Sbelfietd, duc de Buckinghim, règorilaii con)me te chcf.rl'euvrà de la nature,
non le graud gdnéral, ni le grand diplomate, ni le grauil articte, mais le grantl
ecflvatE :
. Nalure'r chief master pieee is writing vcll.
CHAP. II. 37

le littér.ateur, I'drudi[ion du savaut, le coup d'æil prompt et


la décision sfire de I'homme aetif, l'en[housiasme sérieux de
I'artiste solitairc, ct cet échange facile et rapide des imprcs-
sions intellectuelles, cette indéfinissable finesse d'esprit qu'on
ne trouve e[ qu'on n'apprend h trouver que dans la société.
Sans espérer que uotre élève sera un de ces phénix_qui
su{fi[ à la-gloire d'un demi-siècle, nous croyons que, bien
dirigé dans la voie tracée plus haut, il aura singulièrement
ajouté à la somme de génie inventif que lui a départie la
nature. [e voilà en état de trailer un sujet.
CHAPITRE III. 't r.l ':lt-l,ljl'l'i
I .r"siIit ert$i'
,. :'r.,',ii'. Tr lii r;"t.-'
DO GEOIX, Dr' 8I'JEÎ. -' i ;i'rir i.rtÉa'.iti
' [,,,.".' ,!,,,
'';-i;',n iil " ,"xi
-'4,1':'t;:f i
. . ,i, , 1', r;i,,
, 1,

-'i'1j"i:iil'-lr
. Le sujet par les circonstances, ou i,éorivain le
est donnd
tirc de son.propre fond. ,i ,, - ,

.. Dnns le premicr câs, c'es[ une nécessité qu'il faut subirl


il ne reste plus qu'à Ie traiter dignement.
f)ans le seeondr.vous êtes li6re, et alors Ie choix est-il r

indifférent? Assurérnent, répondent quelques auteurs de I

notre siècle. Nous nc reconnàissons paià ra criliqrre, disent-


u
,

ils ('), Ie droit de questionner l'écriiain sur sa fïntaisie. et i

dc lui tlemanrler porirquoi il a choisi tel sujet, b*y,t, téilc I

eouleur, cueilli à tel arbreo puisé à telle soirrée. L,ôuvraee


est-il bon ou est-il mauvais? Voilà totrt Ie domaine de ïa
critique. Du reste, ni louanges, ni reproches pour les cou-
leurs employées, seulèment pour la façon dont, elles
sont employée.s. A^mais
voir les choses d'un peu hÀut, il n'y a ni
bons ni mnuvais sujets, mais de bons etde mauvaii écriîains.
D'ailleurs, tout est sujet, tout relève dc l,art. Ne nous en- ,

rludrons donc pas d.u motif qui vous a


{a!t prendre ee sujet
triste ou gaj, horrible. ou gracieux, delatân[ ou sombie,
étrange ou sinrple, ptutôt quelet autre. Exnminons comment ;

vous avez travnillé, no_n sur quoi et pourqtroi. n ,

Nous ne saurions admel,tre cet,tc thiorie I nous ne songe-

(') Vreron Huco, Prc{nee dc's Orientales.


clraP. ltr. 59
rions pas rnême à Ia réfuter, si rious ne pensions que, souto-
nue par I'au[orité de quelques hornmes d'un rndrite rdel, elle
peut égarer les jeunes gens dont elle flaûte les caprices ct
I'irréflexion.
Non, la question du choix du sujet n'est pas interdite à la
eli[ique. Lorsque le génie peut élever et épurer nos âmes,
nous faire aimer ln vertu, la gloire, la patrie, la liberté, il
serait défeudu de lui demander pourquoi il se gaspille lui-
rnême dans des sujets insignifiants, ou se prostitue à des su-
jets ignobles ! Le talent n'est-il pas le bloe dc marbre entre
les mains du statuaire ? Depuis quand u'a-t-on plus le droit
d'interroger Ie statuaire sur la fantaisie qui lui.fait tirer de
ce marbre si blanc et si pur un vase, pnr excmple, quclque
admirable qu'en soit le tiavail, plutôt que la tête de Jupiter ?
Avan[ quc l'écrivain me[te la main à l'æuvre, ne 6e rappelle-
t-il pas le monologue du sculp[eur :
,] ;

Quoen fcra, dit-il, motr eiscau ?


,.-4;,.) '
t Sera-t-il Dieu. table ou cuvette?
i r.r.,'j,l r i'

Il sera Dicu ! méme je veux


Qu'il ait, dans sa main le tonnerre... ?

Supposez le pinceau de Teniet's égal à celui de Rapliaël :


nrottrez-vous sur la mêmeligne lesmaqots rle I'un etla Trqns-
lùguration, dc I'autre? Qui I'inventétin de tr'iliarte invente
aussi la Batrachomyomachie, je Ie veux bien ; rnais si, devant
se prononcer entre les rJeux sujets, il etrt ehoisi Ie second à
I'exclusion du premier, le lui aurait-on pnrdonné? L'dloge
cle la folie ou de Ia paresse, la diatribe contre la goutte ou la
peste, tant d'autres sujets favoris des savants et des rnoines
I*0 DE LÂ nEÉlOnrQUE.

,À+$f_
.r.
.-n ,l a t

')tl,i.i g.

- '1 4i\-r '; !X\lr '';'i I l


f
Scimus; ot bang venicm petimusque damusque ticissirq. ,-:,; ;
qZ."- *t+ox ul */-{t *zzr^at+-,-Â ,n-.'* ,L ./h;.èw
tt^--- *r-t-rg -11 a-A-r!l^
ITlais que ee soit une faveurruentanrr.et non pas un droi3.
Yous appelez loart unereligion ; soit, Maisle fanatisme ne vaut
pas mieux dans celle-Ià que dans totrte autre. Des autels, des
fleurs, de loencens pour l'art, mais gu'on n'aillepasle caglrpr
par delà les nuages, au-dessus de tout contrôlo humain, en
dehors de toute société humaine. .l'adopte bien la formulè de
ftI. Cousin , l'art pour I'art, mais pourvu que I'ar[ lui-nnême
s.oit bien comprisl pourvu que l'on saehe bieu que, sous peine I

de mentir à sa na[ure, il doit offrir, comme conséquence de


ses æuwes, la vdpité, la moralité, la beauté.
En vain nous crie-i-on {uo * l'-on ne sait.pas en quoi pont
faites les limites de l'art; que de géographieprécise du moqde i

in0ellectuel,,on n'err conhâit pasf qù'on- n'a las encole vu lps,


ffi ilÀi*ilËi;îË-r'',ïil;à'i;"rï;"dai;ËiioËiiti;erde
. GIAF; llt. I*4

l'impo-ssible tracées en rouge et ep blcu; qu'enfin on a fait


cC-fa,paree.qu'on afait eela. u
":Sophismes ! I'ar[ a ses limites. Les maitres les lui ont tra-
cées, et-leur voix ne fut.que l'dcho de la raison et de lajustice
i' i
dtbrtëile.
, L'hornmc digne d'être écouté, dit Fénelon, es[ celui qui
"
,n"e;.s9.'Seqt de Ia parolb que pour la pensée, e[ de la pensde
qïib triour Id vérité et la vertu. l Ê

, tç.,qujgt doit donq ëfte moral, ou du moins n'arloir rien de


.bont4qire à Ia moralité. Nous pouvons dire du sujet ce que la
Bruyëre dit de l'ouvrage : ,, Quand une lecture vous dlève
I'e$prit et, qu'elle vous inspire des sentirnents nobles et cou-
rageux, ne cherchez pas une autre règle pour juger de I'ou-
vrage : il est bon et fait de main d'ouvrier. rr Le mot de tra
Bruyère explique ce que j'entends par moralitd. Le suje0
d'unc fable, d'un romau, d'un drame, dune comédie, peut
avoir ce mérite tle moralité. Quelle moralité plus haute que
ceffp drp Prométhée, d,e l'Oûd,ipe ù Col,oner, du Çid, d' Athalie,
d'Alzh'e? plus touchante que telle du Vicaire de Wahef,eld,
de Jeannot et Colin, de Paul et Yirginie, de Picciola? Je
"
rhe souviens, dit quelquo part lllontesquieu, qu'en. sortant
cl'une pièce inti tulée E sope' a la caurl ie Tue'si pdndffé d u désir
d'être plus honnête homme que je ne sache pas avoir {brmé
une ré_solution plus f,orte. rr llonn-eur à Boursault qui sut
,chôisir un sujet issez moral pour inspiier un'si beau'désir à
unc si belle âme !
Untt grave erreur de plusieurs dcrivains actuels, mais dont,
pour I'honneur du sièele, j'aime mieux accuser lcur esprit
que leirr cæur, c'est de s'imaginer que le crirue est un élé-
mcnt nécessaire cl'intérêt pour tout drarne et toul,e liction ;
qu'il n'est point d'admiration possible pour lc héros, ou d'at-
tendrissemen[ potrr la victime, si on nc Ies entourc, en façon
de repoussoir, d'une bande de scdlérats, ct quels.seélérats !
quelqu e chose de nnonslrueux, d'cx cen trique, d'inima ginabl e,
à faire rcculer les plus intrépides d'horreur et de dégofrt.
C]es[ une grandc faute I môme httdrairement parlant, je crcris
ln vcrtu plus inl,éressante que le crirne. Les drames ct lcs
&2 DE LA nlIÉTÔnrQUE"
romans ânÛiens e[ rnodenles, que j'ai eités plus haul,, rnc
seruhlent plus aLtachants, je ne dis pas supérieurs ,cornrrie
æuvrds d'artr'celnvR de soi, je dis plus attaehartts, que,toirtes
lcs procluctions byroniques et sataniquestles tiente dcrnières
ânnees' r iJ :'r ('

Cependant lcs aberratiotrs nrême de ces dcrivaius prôuvent


qu'ils ne regardcnt pas le choix du sujet comme indiffdredt.
Ils pensent, comme nous, que le sujet doit intéresser par lrri-
nrême et indépendamment de la manière dont il est.tr-aité.
Qu'ils se trompent qur Ies sources de cet intérêt, c'es[ re que
je viens dc reconnaltre, mais ils adrnettent avcc raison:le
principe. Bt, en effet, Ie sujet ne doit pas seulement ôtre
moral, il doit être intëressq.rut. Un auteur n'écrit,que- poûr
être Iu; par là même il contracte une dette envcrs celui,qui
prend la peine de le lire, et il n'aqu'unmoyen de s'acquitten,
c'est de lui ofrrir un strjet qui pttisse I'amuser, I'inslruir.o ou
le toucherr'qui parle à son imagina[ion, à son intelligence
ou à son cæur. Quelques hommes, ceux-là sont les maltres!
sont parvenus à en crrler qui réunissent ces trois éléments.
Mais s'il s'agit <le choisin enore eux, nc eroyez pas queje lcs
mette toqs trois sur la même ligne. Les vrais artietes deûtân.
dent au moins,lë"seceintl, à défaut du dernier; le plus dner'-
giqùe de toug; Quant au'premier, c'est èr lui ûue i'sttnohcnt
prineipalemen[ le vulgaire e[ les oisifs I ce noes[ donc'qulnu
vulgoire et aux oisifs qu'ont paru vouloir plaire certains dcri-
vains de notre siècle, les romanciers surtout, qUi en fofment
nralbeureusement Ia grandc majorité. La plupart d:entre eux
n'ont songé qu'à réveiller I'intérêt d'imagination, ou plutôt
I'intdrêt de curiosité. Ils croyaient avoir a[teint le but, lors-
que la complication de l'intrigue, la nouveauté, l'étrângcté
même des ineidents tenaient le lecteur en haleine jusgu'à
Ia trin. Le plus bel éloge à leur gorit, c'était que, une fois la
lecturc commencée, on ne prit Ia guitter qu'ù In dcrnière
page. Dis[ribuaient-ils leuf récit- cn feuilletons, une des
modcs, pqr parcnthèse, les plus fatales à Ia saine littérature,
ils n'oubliaient jamais de suspenffre la naruation au moment,
où Ia curiositd-é0ait le plus i,ivennent piquéc, le plus nvide-
t-
I

' ItI'
cttAPr l*i
mcnt inquière. C'est un nrdritgrli l'on veut, mais t1n næçite
, d'un-ordre infdricur dans ltâppréciation,critique,. Aussi
i qularriva-t-il ? C-est g!'eu cffet on lutces ouYrag€s :d'un bou[
; ii I'aut,rc avec qne ârdeur fiévreuser en passant toutcfois
' pres,luc tou.iours par-dessus tout ce qui ne satisfaisait pas
ilir*oi**ent-la curiosité; mais le livrc fini, nul ne s'avisai[
dîy revénir. r0n- relit, Don Quiclwtte, Gtl BIus, Iuanlne, le
Vicairg, de Wakefi'eld', Lotrt ec qui parle à l'esprit ct au cæut;
mais àr quel homine ingénieuxèst;il venu en têtc de relire urr
Toman-ô'Anne Radcliffe, par exemple? j'aime ntieux ne
narler gue des nrorts. Bt poûrtaut ce mêrne homme efit nrau-
àit Ae grand cæur quiconque, à la première lecture, lui cûr
ôtd le,iitre des maiis avani ki ûn dû quatrième tome. L'in-
.n6'êt:de-ces ouYrages est cclui d'une énigmcl qui songe
ericore à une énigme dont il a le mo[ ? Comment finira lout
cela:?,par qucls moyens s'en tirerolt-ils? Qtrestions secon-
d sired'cl ans'lt* æ,,o*ès de l' i ntelli geqee i pa uvrB, rndrite qua nd
ilestseul. '-i i.i r'1,,,:
,,.'Eudor'e un avis d'une'utilité non moins dirgqtetri'(trUe le
s{rjet soit fëeonil- Quel fruit tirer d'u'n Èol artde?'.Oq y.Pfrd
soncapitcf , son temps el, ses su0tlTÊr ,-.' ,,r, r,!,ir! ,'
"r,'ri''1
nnrietayânt une aûecdote, eu dialoguant un'prgpadq4g {lroit
et subtil. io,ts'croyez arriver à un dramer, à une eomédie, à
unroman; à peine aviez-vous la matière,tl'un' feuillct'on ou
|,d'rù,vaudéviûe. Et, d'autrepart,i'ailu.tel artieledejournal,
où'l'auteuro resseiré dans-les mesquines proportious dcs
i trois colonnês quotidiennesn é[ranglait une pcnsée qui eût
mérité les dévdloppements de l'in'8'. Car dans le choix du
suiet cst compris ôelui de la forme, qui appelle égalemcnt
toute I'attentiôn de l'écrivain. Parfois un llon sujet de drame,
délavé dans un roman, a perdu tout son intérêtr et souvent
un*idée féconde a échotié darrs un drame, qui efrt réussi
dnns le eadre plus vaste du roman.
, Bnfin le sujet doit être en ra%ort aue-r,!! talent ile l"écrt-
drHoraeq:
uain. Tou[ Ie-rhonde connqi.t la ifiaxime 6<c t
. LlVr-'rù.r.L. *Lï +t*LÛ-tt-. v1?' &a-,
Surnite mat'erittu vcslris, qui"scribitis? æquom
ï ilrbus...
44 DE LÀ nudtonreue.

; Ç.9
pf..gçpte.est surlou-t dâns I'intérêt du jeune auteur;,,!fl
vieille. allÉgorie d,'lcare nc trouve que trob dtapplieslions.
Sans parler de notre siècler-où les Ailes cl'fcare hesont,pas
seulement un-'roman, mais l'histoirc de chaque jourl,Boi,leâu,
oubliant ses propres préceptes, ne.rnë,conn'atsiaùl-il pos soii
fu n e s' igit ontit-il 7t as lùi-ni ême, qu a n d il compos i it,l1 Oùe
g ë ni
sur
.ls,
prtsu 4! !Yg*y, ; Molière, qûanA il se faisâir le pani-
gyriste .du Va-l de Grâee; Ia Fontaine, quand il ahaniait:/e
gut3qufta ou Ia capttuitë le Satnt-Malc-; Corneille,.auand
il luttait con[re Racine, dans ?ife et Béiénice, ou cbntro.ûe
mystique anon]'me du moyen âgeo dans la traduction en ver3
de l'Irni,Iqtion ihe Jésus-Christ{
' :\,, .,,
- 4i?ri, moralr-intdressant, fécond, proportionné
de I'dcrivain ct à Ia forme adoptr?er-{ua[itis
aux,forces
souveraineb du
,sujej:
auxquclFs on pourrait eu ajoufer d'autres. Sans etrlesl
le plus beau talent fclouera souvènt contre Ia matiere.,ir!:1ii'{
f,'auteur des Rernarques sur le sfule et la compssition,.lit'
tërairer_Nl Francis ryuy, a coos_aeré-plus dc soiiante paseg
de son liyre aux précepies sur le chiix du sujet, ctrcelnËst
pas tropi"s,i,I'o-niadmetroet axiome quc je regarde sqnrrrf s ,fr!n'
dq4eatal ea rhétOrique : Autant^ vaut ie sujet, arrtant yauù_,[ê
stylc.- Yoyr prétendez que la critiquc ne-doit juger q'uo de
I'emplor des matériaux et non des matériaux eux-mêûes.
Mflis,il ,esû d6s matériaux tout à fait rebelles à la forme,
permottez:rn@lS i au :moins de dire qu'i[ ne faut jamais loi
employer. | ,
Parmi ces_ sujets incompatibles avec Ia grâce.ou Ia,puis-
sance du.style, je signalerai avec ltl. Wey, et en rdsumant ce
n"ïliiJ:.iit*'r;ll:;lïËliï".,",.,a,,bienrranchd.un
p_oërne épique, ule tragédie, un drane, un roman qui appar'-
tielnent à une époque ou à uu. pays que l'auteur connaît
rnal ou ne pegt, oonnaitre, dont Ie but n'eit pas franc et bien
déterminé, orÏ les oppositions ne sont point senties et man-
quent de relief, amènent infailliblement- uu style vague, inco-
lore, nraigre, saos originalité ou sans variéué.
9" Les sujets qui impliquen[ la confusion dcs gcnrcs. Soit
I
r-
i

crfaP. lll. &ï


queile $ujet admette par sa nature même deux genresopposds,
cornrhc, tc tragiqu'e et Ie comique, le roman et l'histoirc; la
prose"et la poésier' la dissertation et la norration, soit qu'il y
ait ilisparate entre le genre d'espriû de l:auûeur eil le geûre
du sujet, Ie risultat pour Ie style est un défaut d'unitd, de
nâtrlt'el, de solidité"
-',r,8ç'Lbs sujets qdi ireposent sur une donnée fausse ou pué-
dkir tla tlonnée est-elle fausse, paradoxale mêmc, Ie langage
'sera'pénihle , cmbarrassé, e[ le néologisme, obligé pour
rendre des idées excentriques, augmentera I'obscurité de
l'ensembler Bst-elle puérile, Ia puérilité du fond rendra Ia
forme plate et niaise, ou pédantesque et alanrbiqude.
,' :,# Les suje[s qui ne présentent pas un intérêt ass€z géndral.
iIIn homme, un palsr un fait son[ inconnus de tous, excepté
doi,f"auteur et de sa coterie; ou encore I'auteur se prend lui-
mêmc pour sujet, dans des éldgics, des podsles intimcs, des
autobiographies, des mémoires signés ôû ânonyrne$5 orenfin
son liwe n'éveille qu'un sentirnen[ de curiosité, saris attacher
pair-,Iimportance dès choses et des personnes: $i lestyle est
on,rapport avec le sujet, il est sec et'mesquin; ambitiertx et
botrrsoufld, s'il veu[ se mqtl,re trop eu rçlÈef ;'û,ûoûoùobe,dans
-
tbus'.lgs cûsr , ,' ',,11ii)1',,'i ",1.;'-;'f r'l
.,'rMais, répondra-t-on, to"ut le monde est d'acco*d; Seule-
nrentr}'volrs voulez qu'on dise : sujctrimmoralllsu sté.rile, ou
inbonciliable, soit avec le talent de lléerivain, soit avec l'éld-
gance ou l'énergil Io style I et nous, nous d.isons : ouvrage
pernicierrx, manièr'e sèche, rléveloppemenf défec[ueux, style
pâlc et {Iasque.
Ceci devient une logomachie, et de toute façon la raison
es-t encore de mon côté. La critique en efret ne doit pas seu.
lement formuler sa sentencc, elle doit la motiverr. trl ne s'agit
pas de dire à un auteur : votre ouyragc est rnauvais ; il faut
njouter Ie pourquoi; et le choix du sujet est un des plus puis-
sants éléments de ce pourquoi. Vous qui savez, dira Ia criti-
gue, combien la moralité, outre sa valeur intrinsèqu@e côtr-
tribue puissamment à l'efret d'urr dcrit5.pourquolvo,us êtro
privé de se[ énergique éldmcnt dc succù's? ou bien : Vous
FT-:''----;;=IFFeryryFl
- I

4,6 DE LA nHÉTonrQUE.
avez de I'irnaginotion, muis quelle imagination, si brillante
qu'on la suppose, pourrait tircrquelque clrose d'un argument
si sec et si nraigrc ? guelles sont les qualités de style athnis-
siblcs en un pareil sujet? ou encore : Vous ne manquez pas
de talent, mais vons n'êtes pas à la hauteur de la quesl,ion
que vous avez traitée. Un sujet moins dlpvé eriq,{q{ pf u.s..à1
votre portée.
Assurémen[ un tel langage nc peut nous être in[erdit.
ri (,1 '-! a!

rr.rlr,i;.,,1 lt .(:l i,
)in,rl t"l ', .i
1-'ii ,r: l-1".-'
-1
1{f i'^-,!' i

Dt8 roprQuts ou trrEgl. LrErtS ÀppltcaBLGg a LeJcilsaMSrlg


-
, DU 8UtEr.

Le su.iet une fois choisi ou imposé par les cireonstances,


commc il arrive presque toujours à la tribune? au llnrreau,
dans I'histoireo dans Ia polérnigue, l'écrivain n'a cneonc gue
I'i,lée pô1e, le premier germe de sa composition" Il lui reste
àr le développer.
On conçoit d'abord que tousles préliminaires indiqués pour
l'invenlion du sujet, observation, connaissances, mdclitntiono
prdparent dgalement à celle des développements. Mais I'art
peu[ y ajouter cncorc.
Lorsqu'il ne s'agit, que d'exposer un fait, de tracer un
tableau rapide, de s'abandonner â un sentinrent, dans cer-
taines questions même politiques ou judiciaires, il arrive
quelquefois que les développements se présenten[ à l'inragi-
nution en nrême temps que I'idée prcmière, ct nnarchent de
front avee elle, ou.en découlent tout naturellenrent. Le seul
l,ravnil
'ilIais alors est Ia disposition et l'expression des pensécs.
quand Ie strjet es[ vaste, corirpliqud, drun ensemble
malaisé à saisir au premier coup d'æil, ou bien qunnd il faut
l'abordcrr e[ le poursuivre dans ses détails, nvant de l'avoir
assez longtemps e[ assez complétement étudié, il nc sera peut.
être pas inutile dcfecourir à.une méthode qui aplanisseles
diflicirltés et aide à la découl'erte des dévelop'pemànts.
C'es[ fà Io but d. gg que les ancicns appèiaient topiques,
c'es[-à-tf ire I'ieun ou lieu,n cornnuns.
D'nprès lc point de vue sous lequel ils consitlclrnïent la
&8

rhétorique , les lïeun shez eux ne e?eppriquaient-sirêrè uu'à


I'art oratoire.
I'arr orar,oire. co sont aàs s'or.es;[i"'dùïi',;fui8-lt*-t*ri
sont:des.so-urces où ll-bn peut prri's'cr*'deiiiar. ,i
guments poup eonyaincre, plutôt que'des mtivdiii,da*hr*trher! |

*,T::H:'-:'jiT-iT::llf:^.':1t-:?ï.1t",trT{çF'-"ê,:."'r;::'i;l
cicdron appelait la topiquo, ays topica; I'art deltruavËË,iilèbi
""u,iiii:?,i*wffi
u crvNal[ #H;rHi#H;gffii:iwr4ffi^Â:,#
trcuæ en uûernes
Les ou [tttërieurg;'wiii.l[d115,[6i
sujet mêmc et ressortan[ uniquement de l'exanieh de I'lil'éeil
et-entrinsèques
et entri,nsèqueI o\t
ou enternes, qui, saps
sans être
êtrc é[rangëtg,âtItS*'ri6t,.
Étrangeruhtiistribt,
n'en proviennent point d'une mauière aussi diræte;rtb'â,is:lui;
arrivent en quelque sorte du dehors. II désignriitiahs$kub't
derniers sous Ie nom.de tënto_ignages. Les térËoignages dont'
divins ou bumaius : les oracleis, lés augures, IeslivFris tilo-
phétiques ou sdcerdotaux, voilà-la preùière .hsre:,lebrifiis.
les tiûrcs, Ies contrats, Ies dépositiôns, les aveu.r; Iâs,btCim
publics, voilàr la seconde. Quânt aax iieun iile;.ùëb. ils, ré.
pondaionû,à peu,pnèb agx catégories de la phirosopliifi,doAtis-
tots; Le rhétsur alassait toutes les manièrês tt,étre posÈiblèsi
tous les ipluëitotnÈwæ' de'l?iddel I'essence, r'exprdssion:,Ies
partiesr' les..cdnlraires;,rles ssmblables; ics alicessoires,,le
gefrrei l:ospèoe1'çtoiI et qluand iI'avait ap'pris à rapprridhètiurt
sdj e[,, d e,toue i rteb. apti el eF tle- cettÉ' uomèn ela t ur,e, Ë êi,ppnlquëF j
toutes-,leslfeeesld"ûhe'iclée à ce t.tpe communi h uiehnïoitr+ei
que chacun de côs uniuersauæ poumait fournir, il crojnaii, ci,
avec- raisoni ee oee.scrnblog "avoir facilité llnvcntion --' ;7i i :I u

Ajoutoz {ue'tres sncieos demandaien[ aussi à l'orafærlde-


nreubler sa rnérnoile d'un recueil de pensees, de rdfrexiàns;
do sentences, qu'il prTt applique* à proios aux sujets àltraiteri
pour les embellir et leur donner de Iâ force; dé se faire, en
quelque s.ffitur.'uno. provision d'exordcs et âe péroraisons;
d'avoir même des disèours entiers faits rl'avancË et préparéi
pour I'occasion, sauf à laisser en blanco pour ainsi ii"è" kr
noms et les circonstanoes. Les æuvres cimprètes de DéÉrost
thèno contienuonû un certain nombre d'exofdes aetaehgs qtii
n'étaient probablement que cles exercices de ce[te,espècb..'., r
Telle €st,nn deux'rnots la "doch.ine des anciens'rstin,iles
topiques.i r'rirr:,,,r.i!" rr:i,- ';'r,jr ).',-'
t

. 'CIIAP. lY. ' l+g

. rdcrid,contre'coÊts mdthode; on a fait


,0,,4+i,eStr,"bcflllÇaTI.rL

!u,tinu,,cçtn!]?!ut.!n obje0 de blâme.et do,nisée ; on a dit que


lq tOp-tqUc;éki0lp art qui apprencl à discotrrir sans jugernent
{es ehoseÊ qu'on ne sait pas; que sans doute elle ttinne à
I'eryprig, quplque fdcondité, maii que cette fdcondité est cle
mauvais aloi,r.qu'epffn la seule topique admissibrc e-c[ la con-
Wtple+ce,qdricuse et approfondiri dï strjet spdcial qu'on rloit
tfgtf,çtrl rul_, ,1,;r,. - ,

pourtant les choses sans prévention hostile ni


"l4iqqminons
fuuor+blc;,,rous arriverons, me pnraît-ij. à apprécier la mé-
th0dg,,$iArislote et de Cicéror à sa juite i-âleor, et, sans
Ilç,tal[-e.apar dclà ses mérites, à en reeoirnaitre ]'urilitd rddle.
,,Bp quoi consiste-t-elle en définitive? En trois noints :
,.'E$rldps générales ponr préparcr aux spécialites j
zjrkrF$4-ÇXtetrngs ;
"r,{.,ipmx.intqlneç. : .,.i.., _,., , !.l
,Et jarnais
diabord, qu.and a-t-on defendu5 jc oç di5 pns aux
.
dçs$fnfltgurs,novices, aux apprentis Feinlres,'' mais, rlrêrnc ir
liartiçtp. Imssg mailre, dc s exerccr,,S, reprucliriro. des têtes,
dçs j4rqhes, de1 mains, deo- pnttes;, deeaiicsjirtes Srbncs;, deÉ
b1gLches, dçs tours, deç toits, Éans desseiar,prém;dité de lcs,
appligucr à tel pnysase clonnd"; àltel:b_qiet, ù[ieAoire ou ilc
gen{ç ! Quand a-t-on bldmd I'artiste_dormfuti[tier, 'èn.u,n mot,
seF É[.qdçç e[ ses cartons?):,., r , rr,;*l.J1r,r!,,,i0,. ,,(, 1rrr1r,.r, , ,,
Ëh bienr-le littdrateur ne 1:eut-il pnsi,ravoi,r, luiaussir,eles
eartonere[ des dtudes ? ne peut-il pai traiter i'ci de In iuitice
ou:de la liberté de Ia presse, là dun lever ou d.,un côueher
de soleil, plus loin dlrn_" émeute populaire, ete, I dlalrorer
po.ur ,un roman ou un discours iuraginaire un,gxordd, une
péro_rqison, un rdcit, une description-, torrs, les',détails ônfin
g{e Ic- h.asard, sa fantaisie_ou_uri plad ,suivi, détudes génd-
rales-lui auront suggérés?_ll y aïrait, sons donte, in"habi-
letd et maladresse ilprétendre irtiliser^far Ia suit' tôuks ccs
esquisses, et les fairô entrcr de gré ou ds forae dans dcs ta-
bleaux rdels. llais cela n'empêclic pas ces travaur nrélimi-
naires d'aider l'écrivain, comme le peintre; à,invenier dans
I'oecasion, et dussent-ils n'avoir. aueuhe application rigoureu.
ri0 DE LA nnÈlORtQUE.

exemf1le, .i|, giÈsubt, ie-plus original assurdqeni de tolir]lçt


qra[eurs la chaire et lc plus riche de son propre fond !
Avec quel 'de
art e[ quelle puissance il s'empare dss idées,dcs
Chrysostôme, des Augustin, des Tertullien! Comme illes; fond
dans ses pfgpries conceptions, si bien qu'on ne saurait plus
Ies en détapher, gt qu,e le bien des autres semble lui'ap,Bap^
tenir à aussi lion droit qu'à ceux môme qu'il a ddpouillds'!
Quelque,slrjet donc qoe vous traitiez, historique, oratgirq;
didactique, lisez et lisez attentivement et eomplétement, si
faire se peut, tout ce que d2autres ont écrit sur la même rnn-
flÈçç,, Ç_e.t!S';Étq$o;"YqÈ"q çp"râ drgn grand seboqr$ il{ns,,liint
F '" ),
câÀp.'ry. 5I

?rffltfl03
52

f,iqq$,plrifpsophiglles, ou dens Ia critiqtre'liùbdi:Fiif;; ruldiç#


vous ccnt fois ruison , mais de vous-mêrne, sans afpuil,pe{l
dans I'arène, squveni n o[re a rno ur-prgprc,rcgi*bÉridgn yqu t
n'êtes en définitive qu'un des nôtres t Ttnts e fnultfqMais
mettez la vCrité sous Ie patronage d'un'gran{,pojÈ, "diune
autorité irnposante, elle nc sera pas plusnpiei sanq dotrie,
rnais elle sera plus vraisemlrlable, et, n'âura pas {.,,vfliqr
cre, avec I'err-eur, la vanitd et, I'envie.- IpSe,f,,iæt1,,esg-pa,nflprp
un argument bien fort, sur[out si cet elase esl p.n mon[,eu,qn
dtrangcr. Uu
étranger. ai-je lu que le cardinal
Où al-Je dé tlqtz,
cardrnal de voulant entrai-
Retz, Vaglgpp,,epfrialî |

npr l-e parlement,- et royant .tgol" so.n éloquepce prèiS",d,$*-


çhoqbp :
u Bl! Messieqrs, s'éæia-t-il tout à qqup i ,ti,-,qçp
i

paqoles ne suffisent pll poy-vous convaipcrçr


i

rdud!g|;ti,pç i

rdeuserez-yous pns eelles de I'oratenr romain, dans irnp ci4- ,

c_onst_ancg pareille r' ? Bt sur. ce, lc voilà improvisant dgq pëfi,q: :

des de pigdrq,rl,, qui,so4t couvertes tl'applandis,seq,ç,q[$.rfi[


epporten[ le'1o,tq, De retour'ehcz eux, les savants conspif|l!,qÈ 'i
çheryl1e_qc da.ns !oy[ Cicéron le merveilleux passage qqi.lglri i

avni[ {chappf,;jlsle qheffhèrent filrtlongtemps.,,.,.., ,.,r, ,li :i

Ainsi 4gn,q, rgns avouglg,cr,ddulité donq le,s p4gçpripiipns i

des rbéleurs,anciensl:0n pQut admettrè les lieux exûerpgs, ç[.j


rccornqaqdgr dans cc but l'étude altentive et çomflètç,{g i

, {'r-'i{j i.q,lii ir ir-r1,,,'1 r;11 ,, .r;1irg11rg;r il


d'ltlustre's poËt'cC,Ja'd'exclusr [ab rnême Iés proverbes jI car'iFe ,fe SoUt,pirc siiL
car'iIs rfu,Sopù*pls-sbL I

utililé. Cec
utilitÉ. Cec- opinious, sont.
sont., en quêlque
quclque soltd.des publrcs'd'aulent
pubtrcs'â'aulent
rignages pubhcs'
sor'lo.des lémoignages
témoignages d'aulent iI

plus Purssalrtst qu
Prus puissents, us uo'ont
qu'ils on[ ele
é1é orcle6 niper
dictés nt la haiue,
per ta faïeur.
faïeur, irr'aiir
oer la Iaveur,
nii per
natDe, nr par nrars gu
irraiS guIIs
cdïIsrrs I

oot pour fondement la vertu vertrr et la.vdrité. Si, par exenrple, ie je veux parlor.des.l
misères rle la vio, vie, ne
ne.forai-je inrpressiou sur Ies
.forai-ie pas inrpressiou-sur les Ëspnil.-s alléguant.la
en, aliéguant
ssDnils en. ta,l,l
'ies
ique de
pretique de, ces nstions qui plàurent
nqtions quf sur ccuÉ gui uaissËnt,
plèurent-sur.ceuÉ uaissènt, et mête-ot
mêleoi la la.iôic;l
ioie ;l
sux l'unérailles? Si je veux alleudrlr les juges. Lors oe
scra-!-rl Àors
JUges r scra-r-u de prôpos:"ilo
ProPos (r€ '

dire qu'Àthènes, cettê ville si sage, regartlait rit la prlié non-seulenreut cou)mc uo
rentitreot tle l'ilrne, mais conrme diviniti Bù ces maximcs des srpt Sugés,
comme une divinité?
de Socrale, de Caton el tki tarrt d'autres! Àussi voyuus-oous non-'sËutemlot
que les orelButs sènrcot' leurs diseours des sentimeirts des poêtes, ,nrais'que
Philosophes même, eur,qui
l-es ,philosppfres eux qni nréprisent
nrdprisenl si fort tout ce qui est eit dtrangcc àà,Ieurs
lçurs
éludes, tlaiguent em;rluntel quelluel'ols l'aulorité tl'un vers clté ir propos. u
Instit. orat., \, t t. Bien entcndu gu'il f'aut éviter rlans l'emploi des anl.oritds,
corume.-frartout ailleurs, I'excès eile conlre-tempsi et ne pÀs ciler Lucain el i

Calon,-i 1'ropos
Calonri Danrlin. C'est Ie
['ropos dn D,anrlirr. défaut nroltel de
le défaul de presque tous les,éclivains
l.ous les écr:ivains
de la tn tlu ierzièrne
,

sièeli: et du
serzièrnç sièelà c,rnrmçnccmenl du dix-sèptièmb,
flu conrmenccmenl dix-sërrtième. rles avocats
avocats j

u,.,]lo^lt el, des prédicatcurs. lls poussèrent si loiu I'abus <lo lu citation, quiili en :

{dgoritôrcnt pour longtomps tous les esprrls raisouuablos.


eHÂP. lV" Dô
le .'s'r - 'i'
tous les objets extérieurs qui ont rapport au sujet, et la lec-
les livFs_ qui peuvent en dclaircir I'ensemblc ou
TËn1ifrifi::s
Nbttg voici trraintehhnt'au troisièrre rrolnt; atrx
"ju /rcrl*'ittter-
nesî sui lescluelÉ porfe strrtout la discussion. ,
'"'rsi la dôctrinc des lieuæ internes est uno chirnère il faut,
' r

,
aVdu.ér qii'elle a iru puissant, attrait pour I'intelligcricc, rt qu'on
ttè'l{,oit po$ s'étonnér si, depuis Aristote jusquoà Raymond
#$lF".T:Jl f19 foule d'esprits ingénietx se sont des
-occupds
ci4egotiesl Bnrrnagasiner, pour ainsi dire, toutes les idécs que
pelrt tnfanter' I'e'spril, hurnain , les classer regulièrement , en
sltHchâtità dhaque compartiment son étiquette, en sortc que,
U,!'ë {qis lb! icssohrces et la distribution de I'entrepôt llien .

c"Q,gîiUils"j I'dcrivain puissc les rdtrouvcr sclon lcs eiigerrces


:d!f"gdjet,
et s'approvisionner au fur et à mesure des bËsoins,
E:ègï1* évidemrnent une utopie décevante , une eonception
sin$tiïiëilement beurcuse, si elle était rétlisabtd:'Mais si l'in-
flûfÈïdhiété des idées, selbu les moilifiîaf[ons:rleslsujctsj des
tëfipS'; dos licux , .des personnes, sbppose â 'ce qu'on'puisse
Ies discipliner et les classer rigouretlsemcn[,'si mdnre ll serait
àr'Ïêgieiter qubn pnrvînt'jimais' à les eniegisti'er,'comnne
on.{çilÊ'des urots dans' un'lexique,'Clles'ônt eependant : un
certÊiiil nombro de'caractère$ coriiihuns qui ,'piÉ$err[s à la
mdmoire et saisis à propos, contribucnt assurément à leur
dévdoppemcnt rationnel: par exemplo r,.-ellçs ont [qutes un
sg.d_sr donc on pcut les définir; elles ont toutes une exprcs-
sion, .donc on peut en discuter le signe : presque toutes pn
renfern?ent plusieurs autnes, donc on peut les analyser I et
ainSi de sui[e. Eh .bien, coes[ Ioensemble de tous cescarqctères
quj'appelle, avec Cicéron, Iteuæ internes,'
Cicdron en effet met au premier rang de ces lieux, comrue
applicables à fenscmble du sujet : !" la dëfirzilion ; 2" ce qu'il
appelle notatio, et que l'on petl[ lraduire par' étymologia;

(') Yoy"" La Cla,,i:rtlc ou la Science de Raymond Lultc , avec loutes les


lfglrqs dc rhitoriqnc, lrar le sicul Jlcoa. Dalis, 1655. C'est uu ;retlt livre assez
tui'ieux.
o'
'.',
DE LÀ'n[ÉTûhtQUB"
$6 r,E La nsdtonteug. . ,,

$ggo!,en èffetd ovez:you s ûên drs alo's ? hlo' pI us &, prdsqtpr


l'idd"o.dans sa néalité complète et sous toutes ses,faorisl,mals
il
réunir et à mettre dans lôur jour t*r trnit"rr*rÀr*,ri;lË1,i.
1 isq i qu€- vous,sout elez r_ en- laissant dans l?ombd,.,,ts sôt'és
r

. gpposés eûmêrnevoisins. Les orateurs, Ies p"et.srrc$lffiurl"E


de_ toutc espèce fourniron[ cre nom[rr*u*]àt
cctl,e sorte de
.yors
ddfinition. .. !! -,i _rirlr
-pi;;-i;
iu,i"r ,_o.i
l'léchier veut le mérite d'un général par,lps diffi*
r_elever
cultés à vainsre dans lc comruanclemfr[. il;fiF;"rrten,e'sru
développgqult. au licu ilëfînition. il clélinii lffee,-Arnæet
slqis il choisir lcs élément's de sa tléfinition d" ;-"-JiË;q;ê
s.oir une
de.s prdruisscs a;oo-rirîogisine
:li?q^- l1glo_riri",n
qur ait pour conclusion : donc il cst di{ficile de commindoc
utle artnée. r ,r .lr l_r ,.ix,f
, , ,r_.r
I
- .:, Qg'gst-ce qu'une arnde ? C,cst_un corps animé,d:unb
in fini té depassiôns diffcren tes q u'tr n hornme ^habil ?îu,rnro
o*
voir pour Ia défeuse de la.pariô I c'cst une troupe" d'hr;À;;
armés qui,suiv_'ent arrengléruont les ordres d'un-chef ctonjriùq
pas les
l"_r,1l_1j viles et I c'est une muhitude d'âme; p*;
intentibnr
mencenairos, qui, sans soDger à leurpr.opre
ll-pl1tly! travaillent à ce[é
rdputation, âes rois et cl"cs ruoo**.otr.
aseeqb$g-e confqg, de liberr,ins qu'il faur as'srljerfir {
f,Îft,u"
I'obéissanger-de'lâches qu'il faut mcner air combat, Jr"témd*
raires quTI faut;rçtênir, dTrnpatieuts qu'il faut aceôutuluer,,à
la conlianc€;rr: r,,i,1_..:: ^, r.i ,r...,i,irr
. .lo-ug;presssntez la eonclusiou, gt vous vo)'ez commen't la
dd{initioir dc l'idde qrmëe sert clc dévcloppe"i*tï*ue proj
posrtion r: le cornrnandcment .est chose diitfcile. vous
i::ï::i que, "ô.!o.-
tou0 en aidanr beâucoup au ddveloppenienil, Ia
dctinition est en pêTe temps une iource d'argïmentarion
dans les'sujets qui exigent le rais,nnemeul. Et cette
ol.rser-
vfltronr comme vous pouvez Ie prévoir, s'applique à tous los
topiques qui suivroni.
r LL
, Cinua, dans-Cop'eillor,p.oÏ ddterminer Auguste ù garden
Ie pouvoir atrsolu, ddfiniti'êtat populai*. co-p"o*." à ,L ,no"-
ccnu celui où:vollairer-dans Bî.uîus, traite to irrêmï,rues,tion
par Ia bouchc du;rrour[isan arurrs. Éien dc ptu. uiii. quu
æ,
: ' 6BAF. lV. . 5V

rflppnoohçmen ts. On voit ^cornmen[ .'le curaotèrer:{a uposition


ei .ie bu t rd iverc: d og, intenlocu te'Ilro'mod ificnt "Ieur'fagonr idel
u

çûilSidéreÈ Ot {e ddinif leS ChOSeS. ', .,',.'1, , i'r 1,,'i!1r {' i'; rrrii:I } !
,i,On pdurrd remarquep, dans ces-deux d'erniers' c:rem.plest
que'ld:définltion, s?esi ngrandie-et développdor' lous'voici au
u,bisièrnclliearl'énttmëiatiott, des parttes ' - ' 'i'' '

Ce topiquc se confond souvent n"ut;s;prdcédentr.et, en


e.ffotb h$anien rexactement, qu'est-ce_quela définition ? L'énu-
rnéritiohi dans un ordre'régulier, dô tous les éldmelts dont
s,o'compose;ltobjet défini. On n'a point eu tort, cepenflant, de
dislingùbr ces deux lieux I car on emploie le second ddns les
cas'nrénre où le sens et Ie signe de I'idée également connus
noudemandent ni définition, ni étynrologie'. On l'emploie,
parce que de totrs les mqdes de dév_elopPlme1t, celui-ci est
'tleù,qpheation
la plus fréquente et de la plus njhe fécondi[ét
"'
ou{p[iri,ôt parcc qu-il les réiume tous en lui oeul. 'i
l,r[rïnmmëretion n?est autre chose qrte Ôette a'lr'aly$e philoso-
phirfus" ce travail cle décomposition'et.de r,eeomposition des
ÏdÉt's r*i,,hautement oppréci ê, si fréquemuaelt rËcommandé
parCôndillac, partie iirittaqua5lo de sa doctrineilet, qlui ia sur-
-feStg. :1. .-,i ,,1i r
?édnrh"_tOUt le ,c îit'r[lir.fri].i ,igrt!rt:iu.,r"...
r Lo rhdtoriqne, comme lailogique; pe-uti9ofu,l5.Emq' lu193iet
ou,ù'idée à tràidr à cette ,;campà$ne- dqlfitri.ipablstondil,liic,
gue,,llon, onnbrasse,il est vraii dluo èoupr rdlæilg'ffi l$ rque''fon
rie peut ni bien connaitre soi-même, ni expliquer uux'au'tres,
Êfriiepfolsble à des hommcs en extase, oncontinue fle'voir à
lu' fqis.oette multitu de d'o Lrj ets d ifféronts, sâDs lëtudien _chaq ue
parûie llune après l'âul,r'e. On sent, cornrne le philoiophô1que
'poul
avoir un-e connaissanee de cette campagnc, il,lhut arrêter
les regards successivemcnt d'u n objet oul :un auÛFer-obsenvsnt.
d?aboril ceux qui appellent plrrs partieuliôrenrerrÛ IatLention,
qui sont plus frapirânts, qui dominent, autour: desqdels et
four lesqirels les âùmes beilblent s'arrangot grensuito' qu.antl
ôn a la situation respective des premiersi,passa_nt'Successive-
rnent à tous ceux qui remplisscnt les intbrva[lo$r; ,enlin, ne
ddcom p osan l, ainsi (u e poui'-recorn Pos-eri afin rqu?une "foiÊ I es
connaissances aequ iicd, :lcs ehoses, "âu I ieu 4iêt're' s-u eeèssivos,
bs IIE r,A nEETOnTQUE.

Analy^ser' n'est donc autre ehose q u'eîposer d4ns un,.oÈdrê,


_parties dont se composè une. idetci et.letfr nendnrjl
successif les
elsuite I'ordre sinrultanÇ,dans iequel slles cbexiçfçn[. dans
l'çsp1it. , , ,,ii
i'annlyse étanïunaes principaux moyens de nous'instr##
réellement nouqmôqcs, il doi[ ôtre aussi I'nn des plus pulsq
sants pout cornmupicyuer âux auti"es nos_ iddes.
.gg *ui"l.tSo;
daus I'anal{r rg-11" j'afp-eilerai.littérnire, Ie proeédé recorn;
lyandé par Condillac_po w llapqlyse philoso ptriqne ; seuleineÉl_
rl y aura, entre ces deux sortes d'analise, Ia dilÏdrenôà. dëil,
olrservde à propos de la ilétinicion. Géndralement" fdirtn#-_
ration littérairc, au lieu dlêtre conrplète, starrê[e'hii* mem-
brel d'idge qui,se r.apporten[le mieu'x'àr l'ôbje rgue t,onirairôi
au flessern qll'on a en vue.
_ Il,ya
par
pfusfgurs nlouières de procddèr au développeg4pn'b
enumerfltton:
" {o On commcnce par une synl,hèse, c'est-à-dire ôo
**pntg
d'abord I'idde.solnmiirc, lu pénsée dans son ensemblà, purs
l'énurnération ou analyse. Le commeo.emehi de
-o.!-pa.ssc.à
l'Ëruile dqrRousseau flppartient à cette forrne : r
.i
To.u,lçpt bien, so"iint des ryairy ar tlrùruu",a.r .bËr*fl,i
= dé_génQr.g enlre les mains dc I'homrle. ,, Voilà tu ryrrl
tout
thèse. Voici l'qnaly-sg qtli :sgit immddiateruent : * l[ 16r.r ûo"
terre à nourrrir les'Hlocluclions dlune aùtre. un arbre à .oorter
les fruits dirri aùtrô;'il urêic'et co'fohtl lés e[rnats, iËa'dié.
60 DE LA nHdlORtQUE.
[,e. rapprochemenI est cunieux en[re ces àeux deseriptions tftl
même pays à deux époques différentes.
I

5' Fbru souvcnl, enfib, l'analyse, renfermCe enl,re deux I

synthèses, développe la première ô[ se résurne dans la seconde.


tsn voici un cxemple tiré de I'Orua,ron funèbre de Turenne,
pal Fklchier:
_ " Syntltèse .. Que de soupirs alors, que de plaintes, que de
louanges reûentissent dans les villes, dans lês camfa$nes !
-bénit i

--.Ang.lys9 r L'un, voynnt croître ses moissons, la


ménroire cle celui à qui il;doit l'espérance de sa récoltei
l'au[re, qui jouit_encore en- rcpos dc I'héritage qu'il fl r€Çu ,

de scs pères, souhaite irne éterhellc paix à cetui qui I'a sauvé
des désordres et des cruautés do la gucrre. Ici on ofrre Io
sacrifice atlorable de Jésus-Christ pour l'âme de celui qui a
saerifid sa vie e[ son.sang pour Iè bien public; lh ori lui
rlresse unc ponrpe funèbre où on s'at[endai[ à lui dresser un i

triomphe. Chacun choisit I'endroit qui lui paraît le plus écla-


Lan[ dans unc si belle vie: tous cntreprenÀent son êloge, et
chacun, s'interrompaut lui-môme par ses soupirs ct par ses
Iarmes, admire lc passé, regret,te le préscnt et tremble pour
I'avenir. .. Âinsi (out le royàume pleure Ia mort
- Eynthèse
de son défenseur, et laperte d'un'seul homme est une cala-
rtri[é publiÇue.
'
I,a première mdthode est préférable, Iorsque, dans un
snjet vaste et conrpliqué, il s'agil,de communiquer une science
Iâite, ou de présenter dès I'abortl, pour le bien faire saisir,
le dessein géndral, I'idée première d'un ouvrage. Mais on
cour["risque, pour peu que cette idée soit paradoxale, ou ,

seulement originale, d'inclisposer ou d'effaroucher le lecteur.


Le passagecité de Rousscau vient à I'appui de cette remarque.
rr Tout dégénère entre les mains de l'hômme : ,,
-présentée
I

avec utr caractère d'universalité si tranchant, une [eile pro-


posi[ion révolte l'esprit, qui pouvait être amené doucenrent
à la même conclusion par une analyse préalable.
La seeonde méthode est celle qui plaisait tant à Socrate I
e'est un plus puissan[ moyen d'obtenir I'assentiment, mais i

souvent elle peut traîner en longueur e[ fatiguer la patienee


;,,i cuÈp., lY. 6{

'-r1à
'r Lrot{
1'ILtIfl,
-ciIst

..
' ' ';
""' 'Reconnaissez, Abnero à ces traits é-clatants
[In Dieu tel duiourdthui qu'il fut dans tous les temps;
tl sait. quand il lui nlaît. faire dclater sa gloire'
Et son feuple est toijouîs présent à sa tùémoire. o
: r,,r 1'r I

Quoi qu'il en soit de ces diverses form.e-s;ie'+e puis assez


ineister sur l'énumération, I'analyse, Ia'dé'cotnposition et la
rscomposition des idées. Que 19 profesdeuf 'lÉ reedmmande
snns aôsso à ses élèves ; que l'élève s'y applique contintrelle-
6
{i2 DE r,A nrÉronreuo.

nrent. Dans lescompositions,q,ui lui servent dbxercice, qu'il


songe moins à ajouter des idées à la matiène donnée, pour
peu ce_tte matière soi[ bien faite, {u'à ddvelopper pflr
-que
I'analyse celles qui y sont contenues i guer sans tombCr dans la
prolixité et la redondance, il poursuive chacune d'elles dans
ses derniers résultats, et ne l'abandonne qu'après l'avoir forcée
de rendre, pour ainsi dire, tout ce qu'elle contien't.I;tfmpor-
tanee de ce précepte est universelle. De l'dnumération relève
tout l'ârtifice des deseriptions, des tableaux, des portraits, des
parallèles, unegrande partie dela narration, de la confirma-
tion et de la réfutation oratoires, j'ai presque dit toute I'inven-
tio! de détail. Quintilien, au VIIl"livre, explitlueles avantagcs
de l'analyse par un exemple où il met toute l'éloquence qui
fait si souvent de ce rhdtcur un orateur remarguablc. ,i Sans
doul,e, dit-il, celui qui se borne à dire qu'ane aîile a été prtte
crnbrasse dans ce scul mot toutes les horreurs què eoin'flôrqe-
un pareil sort I mais il ne rcmue pas les entrail-les;r 6tr - lr- '
d'annoncer purem€nt etsimplement une nouvelle : mài'd tléve:
loppez tou[ ce qui est renfermé dans ce mot, alors ort tema
les flammosqui dévorent les nraisons e[ Ies tenrples; alorSloii.
cntendra le fracas des toits qui s'ablment, et uite'imtt'eifSè
clameur formdo de rnille cldmeurs; ôn'vôrra lesi,uhsrfril'Éh
I'ayen[ure, les autrès dtreindre leurs parcnts danÉ un-ddrtiier
cmbrassement I d'un'côtd, des femmes et des enfrhtsl'giii
gérnissent, e[ de I'auFe, des vieillards qui maudissenû le sôr[
qui a prolongé leur vie jusqu'à ce jour I puis, le pillage cles
ehoses profanes et sacrdes, Ies soldats couran[ en tout sens
pour empofter ou p{rur ehercher leur. proie, chacdn dep
voleurs poussant devalt[ soi des troupcaux de pr"isonniers
chargds de chaînes, des mères soefforgant tle retenir Ieurs
enfants, enfin les vainqueurs eux-mêmes se battant entre eux
à la moindre apparence d'un plus riche butin. Tout cela,
commc je l'ai di[, est renfermé dans I'idée d'trueville prise
d'assaut, rn$s on dit moins en disan[ l0 tout en gros qT gn
dnurnérant les parties.
'r
1. I ii,
[ôl6.rll
rr"r' -i'rr-ir l 'i
;i.i.-1ii' ,"
.lCl(.t-r ',1 1
1

CHAPITRE V. ",'] , ,

ou tlEUN. LItlIrX, ÂPDLICÂDLEB Âtf PônTIt,F


-
DU SgtET.

ïr.irf,']idÉg que vous exploitez peut se rattacherà une idde plus


gdnep+le, clle peut r€nfernqr cn soi uft plus CIu noins gxand
pggbre d'idées spdcialeg et individuelfesç dtirdiez-lrtlonc
sous;'le rapport du gewer 6ous lc rapport del'espèce. .
,. Ro.venons, par exemple, à fidée république, f,'idée nepu-
bfiquc csl conrprise dans I'idée gouuérnenænt, ëtut, soctétë.
tr.e developpernent de celle-ci aidera puissamment, à traiter
c-çlle;lÈr,rPuis viendront les diverses aspèces tle républiques I
nrist-oçratique, ddmoeratique, oligarcliique, fddéi"ative, une
et inflivisible ; républiclue de Sparte, d'Athènes, rle Rome, de
Venise, de Suisse, des Btats-Unis; rdpublique de l'autiquité
ayec les esclaves, du moyen âgcaveo la fdodalitdrde 95 avec
la terreur, et bien d'autres encore.
,;Ce n'est pas tout. Cornment une républiqUe peut"elle naitre
et sulpister, oÏ dégénérer-et,périr?-Quels sont, quels p*o-
vent.être les résultats des diverses,phases de son éxisteirce?
Voilà les causes, les effets,les antëcéd,ents, les aarùsëqaents,
les circonstances.
Si nous ne saisissons pas bien ce.que peut être unc rdpu-
I

6& DE LA.RHÉTonteuE. _

blique, nous le compreldrons mieux en yoyant ce qu'elle


n'est- pas.
- Ce n'est, diront ses partisans, idle despôtisme
c_apricieux d-'un seul, ni,la tyrannie plus câpricicuse encore
d].u_ne aveugle multitude, ni,.. etc. Elle obéit à la loi, iuvi-
sible eû toute-puissante, cornme le vaisseau à la force irrésis-
tible de la vapeur qu'il cache dans ses flancs, cornme l,univers
au pouvoir occulte et suprême qui le dirige dans sa marche,
corntne,.. etc. Les adversairejde Ia rép"ublique trouveront
d'autres æi et -d'au[res comme ; et ie.i nous enirons dans les
simtli,tudes, Ies d,i,fférene.e s, les- contp ar aiso ns, les contraù.es.
. Voycz-vousconimer-à l'aide cles-lieun, un-sujet qui peut-
être vous semblai[ aride et borné au premier coùp â'æit,
s'agrandit, se féconde, se développe à l'idûni ? '
Ici, je_ nc puis m'empêcher dô-revenir sur les otrjcctions.
Science dangereuse, a-t-on dit, serublable à celle dej anciens
sophistes, qui apprend à soutenir indilféremment le pour et
lè contre. N'est-ce pàl l_à, el effet, comme agissent Aiistote,
par exer.nple, quand il dit, à propos des cotttiàires : ,r si l,on
vou_s allègue les lois, appelea-en à la nature, et si I'on fait
parler la nature, rangez-vous du côté des lois; u et euinti-
Iien, .quand il. dévelgppe la théorie e[les règles clu urensonge
oratoire, qu'il appelle, par euphémisme, ui-e couleur, colô-
rem?
- Sans doute; mais remarguez d'abord qu'Arisùote et
Quin_tilien cnsciguent à argumentèr dans une dause, et nou
sir-nplemen[ à développer une idée, ce qui n'est pai tout à
fait la même chose:-e-t puis, nous-l'avoirons, la ihétor.ique
n'est pas l'art tle se fairè des opinions justes sur les choies
et les honrmes, c'est l'ar[ {e fali_e parta$er aux autres l,opi-
nion quelconque que l'on s'esl, faite-. Notis ne cesserons d'ôx-
horter à la bonne foi et à Ia vertu, nous la regardons cornrne
une des conditions sdrie qud, non, ùi vrai talenl; nous sorhmes
persuadé.que, avant totit, il faut quc chacun'pense ce qu,il
dit, que les avocats des deux partils ont I'un ôt l,autre fin-
time r:onviction que la raison eit cle leur cô[é, sue le fauteur.
de la répu-blique cs[ aussi sincère dans son crrcto politiquc
quecelui de Ia monarchie; mais, encore uncfois,'notreïl'-
fhire n'est pas de leur inspir"er des sentimentr, r*is uuique-
CHAP. Y. 65

ment de leur apprendre à communiquer aux autres Geux


qu'ils ont. La rhétorique est cette langne d'Esope, la meil-
leure ou la pire des choses, selon I'ernploi qu'on en fait; mais
toujours à l'abri elle-même de [oute responsabilité, quel que
soit ou I'usage ou I'abus. Ne nous demandez pas plus que
nous ne promettons. Ceci ne contredit pas, au reste, ce que
nous avons dit plus haut à propos de la moralité du sujet.
On peut être de bonne foi en défendant une opinion erronée,
oD ne l'est jamais en soutenant une cause immorale.
L'objection qlle se fait le docteur Blair est plus spdcieuse I
je l'ai déjà touchée au ehapitre précédent. u N'a-t-on d'autre
but, dit-ilr gue d'étaler une faconde insupportable, que l'on
ait recours aux lieur, que l'on s'empare de tous les ruoyens
qu'ils présentent, et l'on pourrai avee.la connaissance la plus
superficielle de Ia matière, discourir à perte de vue sur tous
Iep sujets ! Mais de telles compositions auron[ toujours quel-
que chose de faible et de conomun. Pour ê[re réellement
énergique et persuasif, iI fau[ étudier long[emps son sujet et
le méditer profondément. Ceuæ qwi i,nil,iquent aun jeanes
gens tl'autr'es sources d,'tnaentionî,es abusôù, et en viulant
donner trop de perfection à la rlrétoritlue, ils, en font, en
réalité, une étude insignifiante et puérile. rn
' Nous avouons avec Blair, et nous I'avons posé en pr*incipe,
que Ia méthode d'invention la plus féconde est l'examen
a;rprofondi du sujet; qu'il y aurait puérilité à multiplier les
lieun, à les faire entrer tous, de grd ou de force, dans chaque
matière. Nous sommes convaincu que la médiuation fait jaillir
des sources imprévues et qui seraient restées rrebelles à toutes
les bague[tes divinatoires de la r.hétorique. Quintilien l'a di[
lui-urêne : u N'allez pas croire qu'il faille, sur chaque sujet,
sur chaque pensée, intenoger tous les lieuæ cotnutwns, les
uns après les autres, et frapper, pour ainsi dire, à leur por[e,
pour voirs'ils ne rdpondraienû pas aux besoins de la question;
..e qe
:.Tit prouver ni expérienoe ni facilité. u A I'exenrple
de Quintilien, Vico compar"e ingénieusement les li,eur à l'al-
plrabet. u Ce sontr dit-ilr.k:s éléments, les lettres de I'argu-
ntcnta[ion. Qui veut s'en servir, eû ne connalt pas à fond son
6.
( 6 DE r, ttuÉTortetrr.
sujet 1' Ou fig'possède paS une druditio/t vaste'etr Variée r'hst
semblable à cclui qui sait lds lettres, mais ne sait pas 'le$ bdunir
en inots. E[ dertrême, qui prétend les utilisertous dâfls-châquè
argumen[ fÊiit I'e{fet de celui qui voudrait'faire entfer torrfÉs
les lettres dans chaque mot. !r ' '' ),i) ;i'1"

lllais il n'en es[ pas moins vrai que I'emploi des lieu,r;iinûis.
pensable quand les circonstances ne permettent pas decrbusB$
profondérnent une matière, ouwe, dans tous les easr,u'ne iss0û
car.rière à I'esprit. Les écrivains môme les plus indépenda.uts
et les plus méditatifs y ont reconrs. Sans doute, ils ne,s.êidieeqt
pas, avant de eomposer : Je vais appeler Gn aide d'à'bord'-les
sfurilttudes, puis les contrarires, ensuite le cause etlteffetiles
antëcédentsr' etc., mais ils le fbnt d'habitude et à ledi,iusp,
eomne ils obéissent aux règles de Ia logique, de la grammrilfe,
de la poétigue, sflns se les remCmorer toutes, avant de,prqûd*b
la plume, et sans s'être formulé une résolution préalable de
' suivre chacune d'elles. Ouvrez quelque Iivre que ce soit;:69
yous verrez que le dévelôppement de cbaque idée renGre rtlan5
un des lie:ur indiquéspar lcs anciens. Aussi, tout en dispea--
sant d'y avoir reeours plus tard, croyons-nous utile d'habituer
à ce genre dc tfavafl les jeunes gens qui commencenti derlbs
accoutumer à Haiter tel sujet par les cî,rcon"stances, tèl aulrê
par lc genfë et,t',espèce, et ainsi de suite. a Loesprit, tlit asee
raison lI. Leclerô, exercé par ces méthodes artificiellesi,sahra
en profiter rlarib I'oecasion, même à son iùsu, e[ les mettFe Cri
pratique sans y soilSer. n - i,r'.'l ''''ru
Outre les trois topiques dont j'ai parlé dans Ie chapitre
précddent, Cicdron et Quintilien en comptent treize,uutres
que l'on peut réduire aux suivalts :
Le genre etloespèce; ! ,'t''
Les antdcédents et les conséquentsl
La cause e[ I'efrct ;
Les circonstanees ou accessoires I
Les semblables et les contraires :

_ Ou verra que, en adoptant ces expressions, nous n'f atth.


chons pus tout à fait la même idde que les rhéteurs anqièns,
Le genre ettr'espè,èa: Vous voulcz exhorterà unc verùu spd.l
cuÀP. V. 67

oi'ele,,tgcotnlllalr dez lg vertu en général, r, vous ddvelopperez


par la liew gcnre. u Si toute verl,u mérite notre admiration e[
iros dlogqsjpourquoi rnépriser e[ blâmercetgi qui oublie une
iqiùre i'ec,iË t ceite chaiitd, dans son.excès mdno, nlest'elle
pasunevertu?rr -:, .

-.'liidee: lss soldats français sont brave$r -r serYira à Ia


-
fqjç de cldveloppement et de preuvc à celle'ci : tous les Fran-
çeiq, sqnt lnaoàs. ,, Spar[er irodèle de frugalité, de teqpé-
iqnpe,el des plus hautes vertus, a disparu, et nous espérons
gBe.Iros empires seront dternels ! Ce sera le lieru espèce.
i rliassillot pente que la première ' tentation à laquelle les
g,rapd+ soienl exposés est le plaisir. Les grands sont une
Tspècerelativemeât a.t genre himain; il éÈbli[ d'abond que
leplais.ir est Ie premier fiége tendu par Ie démon aux hommes
Çdr,rgdnriral.
{,,L,1e;ptemier écueil de notre innocence, c'est Ie plaisir.
,-,ç-.

I,sçtâ,u-l,res.passions plus tardiyes ne se développent et ne


,uhûFisspnt, pour ainsi dire, qu'avec la raison; cel!ç"ci la pré-
v,'içnt er et nous nous trouvons corrompusr' aya4t presque
d'avoir pu connaitre ce que nous sofum€s. Ce penchant infor'
tgnri;' q:ui,qouille tout le-cours de J* vie des hommes n prend
tqujquts sa source dans les prernières mæuris r c?est le p-re-
ruipr Fait pmpoisonné qui 6leæe llârne,; c'eBt lui, gui efrace
Êa,ptemière beauté, e[ e'est de lui que coulent ensuite tous
h ',autres vices. Mais ce premier dcueil de la vie humainetr
devient eomme l'écueil privilégié tle Ia vie des grands...2 €f,c.
r Op,roit que ce lieu reltre, sousplusieurs rapports, dans
l"lntunëratlon. C'est une observation que vous aurez occasion
tle répéter à l'égard de quelques auxres. Ils se touchent sou-
vent de si près qu'on peut les confondre aisément. Cette con'
fusion d'ailleurs ne présente pas le moindre inconvénient.
Peu importe le mot, pourvu que vous compreniez bien la
chose.
Les antëcéd,ents et les conséquenfs. $aint-Réal, dans son
Hùstoire de la conjuration, des lispagngls çon.tre,.Yeni,ser-sup-
prgcrtrn discours âe Renault aux pri'iieipaux conjurds. Il veut
letrr prouver que le ciel protége, ordonne nrômc cet{,e entre-
t8 DE La Rudtonreus. i

lrise, et qu'ainsi Ia erainte des maux passagers qu'elle occa-


sionnera ne doit'pas les en détuurner.i. pi*mièi.c partie de
la proposition est développée et démontrée par lei antécé-
d'ents-r_Ia seconde par les cbnséquents. Tout ttdifice de l,ad-
mirable allocution-d'au guste à tiiuna, dans cornrittu, aep.oo
de I'emploi des mêmes-ropiques. oe$uis ies pdi;'; vers:

ïu vois le jour,Ciuna, nrais ceux dont tu le lierrs


!'urent lcs ennemis de urou père et les miens...

jusgu'à ce mot si énergigue de situation,

Cinna, l,u t'en Bouvicus, et, vcux moassassincr !

11 roaæ a procddé,uniquement par les antécéclents. c'es[ par


les conséquents, depuis :

Quel était ton dessein et que prdtcndais-tu... ? etc.

il,i11dà
la fin, qu'il développe l,absurdité des projers de
UInna.
La cause. on conçoiû quelle-abondante variété de dévelop- '
pemerrts découle de l'examen des causes prernières ou
secotr-
des, essentielles ou. accidentelles, intinies ou extdricures,
brutes ou inr,ellige_Tlesz de tout ce qui peut être I'ob.i.i de Ia
pensee numarne. uecrirez-vous Ies merveilles de la nature,
l'ordre éternellement nouveau de l'univers, r"or *h.r.her à
remonter aux causes contingenks et âr la câuse prernière de
ces prodiges si régulicrg ? Pârlerez-vous des rév'olutions des
emprres, sans tenl,er dc les faire comprendre par I'exposé rles
motifs qui les ont amenées? accuserez-vous un coupablàr"
exalterez-vous iln grand homrne, sans expliguer t.r
qui ont_déterminé les crimes de i'un, res ieitus de "iiro",t
lhume
Bourdaloue a raconté les hauts faits ei les victoir.i,to prioæ
C_*$g; il en trouve Ia cause dans les émineniàs
4:
oe son neros :
liafirds
cHAp. V. 69
u J'appellele principe de ces grands exploits, cette ardeur
martiale, qui, sans témérité ni emportérnent, lui faisait tout
oser et tout entreprendrel ce feu qui, dans l'exéeution, lui
rendait tout possible et tout facile I cette fermeté d'âme que
jamais nul obstacle n'arrôta, que jarnais nuÏ pdril noépouvanta,
que janrais nulle résistance ne lassa ni ne rebuta; cel,te vigi-
lanee quc rien ue surprenait I cette prévoyance à laquelle rien
n'échappait; cette étendue de pénétration avec laquelle...l
cette promptitude à prendre son parti ([ue...; cette science
qu'il pral,iquait si bien et qui le rendaitsi habile à...; ce[te
activité..;1 ce sang-froid...l cette tranquillité...; cette ruodd-
ration et cette douçeur pour les siens...1 cetinflexible oubli
de sa personne qui...i etc. Car tout cela est le vif portrail,
que clacun de vous se fait du prince queDousavons perdu,
6t aoildt ce qui fait les luëros. ,,'
L'effet. f,ieu merveilleusement utile ouand vous vorrlez à
la foiË développer et démontrer un" iérité. Bernardin de
Saint-Pierrc, ïaus les Etuiles ile Ia nature, cherche-t-il à.
prouver que le sentirncnt de la Divinité est nécessaire à
l'hornme? u Avec le sentiment de Ia Divinité, s'écrie-t-il,
tout est grand, noble, invincible dans la vie la plus étroite;
sans lui, tout est faible, déplaisan[ et amer au-se-in même'de
Ia-grandcur... )r Et il continue à faire comprendre ainsi la
nécessité de cette opinion sonsolatrice, par ses efrets dans
l'une et l'autre hypothèse.
' Youlez-vous ampliûer cette pensée: u Les hommes doivent
croire en un Dieu rémunérateur et vengeur r ? Exposez quels
seraient les effets de leur inwédulitd sui un point si essenticll
ce[ autre : u Ttiut ne meurt pas avec nous r, ? Dites-nous les
conséquences de cette opinion; ou encone, en réunissant deux
topiques , celles de l'opinion contraire. Ainsi fait Yoltaire;
ainsi Massillon, dans son sermotu sur la uëri,té d,'u,n uuenir.
t Otez aux hommes, dit Yohaire, l'opinion d'un Dieu rému-
nérateur et vengeur, Sylla et Marius se baignent alors avec
déliæs dans Ie Iang-deieurs concitoyens I A"uguste, Antoine
et tdpjde surpasseni les fureurs de Sylla iilOrôn ordonnc de
sang-froid le meurtre tlc sa mère. Il est certain. que la doc-
70 DE LA nUÉTORIQUE.

lling {'un, Dieu ye[Seur dtait alors éteinte clrez les Rqurnine.i
o fo_u rb9 r in giat, calomnia teur, brigand r, san guinair.eo
L'a thrie I

raisonne et agit consdq-uernrnent, s,il ôst sàr de'l,imfunité do


la part lgs hgrymes. Car s'il n,y a pas de Dieu, ce-monstre
est son Dieu à lui-mjme; il s'immoie tout ce qutil ddsirer,ou
tou.t,ce qui lui fait obstacle; Ies prières les plirs tendred;,ileg
meilleurs raisonnements ne peuvônt pas plud sur luigue,su-b
rtn lotrp affamri. r
- i.rr,., !,i1 ,

a Si tout meurt avec nous, dit Massillon les iannaloe


,r
domcstiques et la suite do nos ancêtres ne soht rlôrre,prirb
quoune suite de chimères, puisque nous n,avons point d'afeuf
et que notrs nlaurons point cle-neveux. Les soins,dunonf.et
de.la posté-ritd sont donc frivoles ; I'honneur qu,on relùd ,h Ia,
mém-Oj1e des hommes illustres, une erfeur puériler, puisqu,Tit
est ridicule d'honorer ce qui n'est plus; Ia religion des tom-
beaux, une illusion vulgaire; les eendr'es de nËs pères etde
nos amis, une vile poussière
_qu'i!.faut jeter auïent,,etlqui,
n'appartient à personne; les dôrnières iïtentions des mou.,
rants, si sacrées palmi les peuples les plus ba,rbares, le,detr-
nier son d'une màchine qui se-dissqut;... etc. n , . ,., ., i
_ Ce lieu se rapproche du conséqueni corn*e le lieu c&u,se
de l'antécë,dent. La_ditérence est qu'il sere plutôt à prouver, ,

et_le.conséquent à développer; eohii-ci est piutôtle post hoci


celuilà le firo4tter hoc. i.
Les circonstances ea a,cce&soires, Ce lieu est encore plus
vastc que tous les autres.; son principal, domainc est llélo-.
quence judiciaire. C'est là surtout qu,ii s;agit d,examincr Ia
pcrsonne, Ia chose, le lieu, lesïacilités, lesrÀotifsr la manière, ,

Ie tempe, en un mot, tous les éléments d,anaiyse que leé'


anciens rhéteurs avaient renfermés dans le fameui vers i

,-'n"';::,,n",o,ubi,quibusauxiIiis,*o,,noo,nodo,quando.

Le diseours de Cicéron- pour llfilon est I'exemple le plus


_complet_ peuhêtre et le plùs remarquable que nôus orfient ,

les unnales du ,bsrrcau de l'cmpftii clô ce lieu. Mnis là,,no,se


' CEAP. Y. 7I
borne passon influence sur I'invention. Après I'érlumération
des'pnrties même du sujet, c'est sur collo des circons[ances
quorroulent presque tout entiers les tabloauxn les descnip-
tions, les rdcits, quc le fond en soit.réel ou ficrif, les por-
traits des hommes fameux en quelque genre que'ce soit, etc.
Quel intérê[ n'acquierû pas une narration des circonstances
du.lieq et du temps où lâ scène se passe ! Cornbien ces ac-
cessoires ne servent-ils pas à l'éclaircir en rnême temps qu'à.
la'ddvclopper ! Pour fairc connaitre le chameau, Buffon
dri'orirs;l'Àr'abie; il peinclra le priuterups.pour y placer la
fauvette.
r' Nos"romanciers motlernes ont en général porté ce moven
dtintérêt si loin que chez eux I'accessoire, en mairlte oc('rû-
Siorlt étoulfe'le principal. Quoi qu'il en soit, ils l'emploient
eontlnuéllement, comme ils font du reste do beaucoup d-'au-
ûres secrets de rhétorique, qu'ils ont usés, pour ainsi dire,
jusqu'à la corde, tout én paraissant en faire fi. Les exemples
?1urôn pourrai[ iirer de l'eurs éerits son[ innombrablesl et
ftusierirs; il faut l'avouer aqsslr sont dignes du parallèle avec
les meilleurs des siècles précédents.
'N',res sém,blq,blee et tes eôntrut'res. Iie nom de ces lieux sullit
pounles définir. Ltrx sen$lables se rattacheut les comparai-
ions, les simili[udes, du plns au m-oins, du moin-s au-plus,
du môme au mêmer-les apologues, les puraboles, les allégo-
rie-bl etc.,Carsi ces divers poinls appartienneat plus spéciale-
mcnb, par leur forme, au titre d'e L'ëlocutauta, nous devons
consÉfer dès à présenti leur importance poun iTeveation, par
Ics développemèùts d'idées qu'ils suggèreut.
Les coitiaalres comprennent tout ce que les anciens Bppc'
Iricnt re'pugnantia, eontraria, opposita, d{ssim'alia. Rieu de
plus frérfueht dans-les orateurs ê[ Ies poëtes que l'usage des
contrairés et des semblables,
Bburdaloue s'adresse aux semblables pour développer.
I'inconséquence de celui qui nie la Providence dans le gou-
l. vernemeit Ae I'univers: * Il croit'qu'un Etat ne peut être
i bien gouverné'que par la sagesse jt le conseil d?un prince; il
croitlu'gnc màison ne pcirt subsister sans la vigilalcc e[
72 DE LA nf,ÉTonroûr.
loéconomie d'un père de fanrille; il croit gu'un vaisseair ne
peut être bien conduit sans I'attention et fhabiletd d,un ni-
lote; ct quand il voit ce vaissean voguer en pleine mer. ce't[e
famille bien réglde, royaume dani lbrdrô e[ dans ia,'nri*,
.ce
il conclutr.sans hésiter, qu'il y.a un esprit, une inielligenpg
qui y. présidc; mqis it pidtend rour arirrerîenr a feg-qi$idu
monde entier, et.il veut gue, sans p_rovidencer'srilç p*rr-
dence, sans intelligence, par un effet_du hasardr'cetgrftqd et
vu ste u nivers,se ma intienne d ans l'ordre mervcil ieriir%,{È,nl,ps
le voyons. h
' Racine fait de même pour démontrer qu'en remettanï ioas
à Athalie, on concourt peul.-être à I'accornprissement des jc-
crets desseins de Dieu sur cet enfant : , r, j,l.,,r
Pour obéir aux iois d'rrn tyran inflexible. ' 'ir-i' '
Illoise pâr
" sa mère au abandonué.
Nii ,' i r'l; '
S.e vit,
.prcsque en naissant, à périr coidamné;
.: j
Mars uleu, te conservant contre toute espérande.
- -'---'
Fit pnr le tyran même dlcver son enfance:
Qui sait ce qu'il rdserve à votre Eliacin?..;'i' 1 :'
,', ;rl', '':i - - " ('' ,,r

Fléchier veut êxprimer I'active capacité de M. le Tellier:


il'dira ce qulil n'étaii pâs,.pour mieux'expriquer ce q-"tid;itl
et cette ombfe,fera en même temps ressôrtir les joiirs de so;
tableau. u'ilI. le Tellier ne r*sseûbre pas t.* ffi; àirio*
qui n'apportelt d'autre préparation à lèurs charges que celle
de les avoir tlésirées ; qui mettent leur groire à"les acquérir
et non-pas à les exercer'; qui s'y jettent ùns discernemen[ et
s'y mainti.ennent sans mérite, et gui n'achètent ces titres vains
d'occupations et de dignités, què pour satisfaire leur orgrreii
et pour honorer leur paresse-: il-se fit connaitre ntb[,
par l'applicatio,n à .gq devoirs, la connaissance des"oaffaires,
l'éloignement de tout intérêt. ri
A ces exemples connus lalittérature contemporaine pour-
rait en ajouter beaqcoup d'au[res. Les semblabies et IeË con-
traires sont aussi des lieux favoris des écrivains de notre
époque. Ogvrgz Ljmartin,e, ouvrez Victor Hugo, les IIar_
rnonies surtout et les Feuillesd,'autornne.
CHAP. 75
Mais, dit-on, ni I'un ni l'autre n'ont songé, en composant
leurs, vers, aux classifications de la rhétorifuô. I,a chôse est
possible, e[ même fort.probable; mais il nten est pas moins
vrai qu'ils ont employé les lieux communs, et qu-e I'ernploi
de ces lieux a contribué au développemenù de leur pensée.
Il n'en est pas moins vrai, comme je I'ai dit plus harit, que,
si vous citez un passage quelconque d'un écrit ancien ou
m949r!9, pour peu quril ait quelque étendue, iI rentrera
infailliblémtnt dàns u-n ou plusieurËdes lieux Oiinnis par les
rhéteurs.
J'ai cherché à bien m'expliquer au commencement du
chapitr"e précédent : les lieux âssurément ne sont pas les
idées, et je ne les présenfe pas comme tels I mais, s,i'i m,est
permis derevenir, à cause dè son exactltude, sur une compa.
raison tirée_d'objets purement matériels, je dirai : Les com-
par[iments d'un-e boutique ne sont pas nôÀ plus les marchan-
djsps, e[ cependant si lè ruarchand est priîé de ce secours,
si les matériaux de son commerce gisent confusément en-
tassés autour,de lui, il perdra un témps précieux avant de
mettre la main sur la denrée demandée-. Souven[ même,
quoique présente, la cherchera-t-il vainement
. - f,a
rh_qtoriq_uer'qu'on ne l'oublie pas, ne donne point les
idées; elle indique où eû eomment on peut les décoùvrirr les
disposer, les mettre en æuyre, les retrouver au besoin.'Les
Iieux-sont, en quelque sorte, les cases étiquetdes où dorment
les iddes acquises. Vienne l'habitude, ltcrivaiu y recourra
instinctivement et sans peine, commé le marchand expéri-
menté retrouve, Ies yeux ferués, Ies divers objets dê son
commercer, selon les diversités de la demande.
"t Ii5.rr
CBAP. Vl. 75

presque tout le sec_o-nd livre de sa Rhétoriquo; mais nous


aurions tort aujourd'hui de plaeer dans l'eraôention les pas-
sions ct les mæurs, sl nous les prenions dans I'acception
76 DE LÀ ngÉronreug.
).1,,.1 \tt),, :lt_,,
celui des
ryæ:lrq mais dans trn ûutre sens que l'anriquitd;.et
' , -,.,':, :i,.-''r,,.,,.,,
.en tant çroelles contribuent à l'invention.
Nons avons dit gue I'invention dépend surloùt dè,l'olJ-
servation et de Ia méditatiog q_ui la fdô9-n{e,.
-On, doux sujets
immenses par leur étendue 6tieur variété s'offrint sansûesse
à l'écrivain, l'homme et la nature, l'un e[ I'autre éternelle-
mept les rnêmes eonsiddrés sous une de leurs faces. éterner-
lement inconstants solls l'autre, séparés en mille ré_nôonrrès
et se touchant par mille.points. Cc sont eux dont il.faut
observer et mediter les mæùrs, Iespassions, la couleur iocah.
' Si vous étudiez la nature, vous remarqu'erez partotit deut
caractères essentielsr-doublé élérnent de lâ beaudé : I'un, ctest
la variété dans I'unitd, I'autre, la eonvenanee des moyensâvbc
la fin et cljs parties enire elles. Ce sont Ià, si je lbsd dire, les
,rnæurs, de la nature. Le résultat de vos obÈervations â tet
égayl sera un vif désir de connaître et un profond sentimciit
d.'14mirati9!r- {ui ne peuvent manquer d'a$randir et de rnutr-
tiplier vos-idées. Fui6, par intervalies, surgiront des phéniË
mènes_jrréguliens, au nioins en apparéncerlui vous pênétre-
ront d'amour ou d'effroi : ici des vallées de Tempé su'de
des iles Bomomdes, des oasis au milieu dôs sables i
l|9ar_npan,
de^s volcans, des
_a-r,alanchês , des cataractes, les tempê0ei
des flots et lestremblements de'la terre. r\f 'est-il permisà'ap-
peler_tout cela les'passtons de Ia nature? Enfin, à ces derix
grands caractère.s"-généraux, dthique et pathétique, encore
trne. fois 911'on nre passe-ces motsr_ viendra se
;oiridrd Ia pro-
digieuse diversité tles clinrats et des produits""qui donneia à
chaque coin de terre, à chaque subdivisioti ,ies eaux, aux
animaux, aux plantes, selon -les
lieux et les saisons Oife-
rentes-, aux mé[aux même et aux rninéraux façonnés par la
main de Ia nature ou de I'homme, une plysionomie swi gene-
r'æ, u,ne couleur locale, féconde-en idéei neuvespour"eelui
qui.observe longtemps avant de prcndre la plume,
Il en est'ainsl de ihomme. &trâis, pour inienter, quand il
t--ugit des.rr.ræurs ou des passions bumaines, l'écrivâin doit
d'abord s'observer lui-même et bien examinôr cc qu?il a été
et ce qu'il a fait', qir'il pourrait être oulairc J.nË-tott* ou
""
cHÂp. vI.. 77
telle-hypothèse donnée, u C'est moi que j'étudie, disait Fon-
t-e&ell,€rr,guandje veux connai[re les autres. Car c'est en l
nous surtout qu'il nous est pleinement loisible d?apprécier et
dle suirre Ia naËure i e\ez les autres, elle s'e[veloppè souvent
dltn.voile que leur volonté jotte autour d'elle; et-donr il ne
nous estpas toujours donné de la dégager.
-,rtepqndanl, , bien que ehaque individu ait en lui quelque
=ahotu de typique, et soit, comme on l'a dit, un micr-ôcosme,
i{-nigst:pas seul au 1ronde, et, tout en s'étirdiant soi-même,
il,r$g,çloit point pordre de vue les autres, dans les diverses
niodificatiotrs que peuvent leur faire subir le climat, l'âge, le
rs8{er,le, tempérament, le pays, le,siècle, la religion, les-insti
:tutions ltolitiques et sociales, Ies relations de fâmille, I'ddu-
rcfltipn.i Jes, occupations enfin, et lcs habi[udes journalières.
id QuelquÊs renarques donc _su_r les divers élémcnts que je
.r,lpûb d?énumérer comme modifiant, Ie earactère gCnéiat
de
'f,,"buuqanité. Les doux plus puissants sontl'dqe et lé sere.
.*j,,,Aùittoûe1 ùIorace, Scaliger; Vida; Ia'Er_eSnaic'Vauquêlinr
-Rognûer, Boileau, tou[es les poétiques etl les rrhéûoriqùes]ota
.p{ésbnté',uûe image plus lou rnoins lidèle des",modlËsati{rns
5lqcpqssiqe$ quel'âge apportre à nos.mæurg ir' : rLj,",..r,
r,, !r,'

_1 .!

Ire temps, qui change tout, change aussi nos humeurs,


Uhaque âge a ses nlaisirs. son esprit e[ ses mæurs.
," Uri jeuie homm'e, toujours boûillant dans ses caprices,
Est primpt à recevdir I'iinpression des vrscs :,
Est iain ilans ses discours, vologe e.n.sgs déÉirs,
Itétif à la ceusure, et fou dans les plaisirs.
L'âge viril plus' mûr inspire un'air plus saggo
ùG pousse aupres oes granûs, s'rnûrgue, se mcnage i
,.. Uonl,re les coups du sort songe.à se mainÎenir;
Et loin dans ki prdsent regaitle I'avenir. . ,(ir i : .

La vieillesse c-hagrine iniessamment amasse.


Gande, non pas poùr soi, les trésols qu'elle entasse I
il 't"
I

I
7s DE LA SHÉT0B|QUE.

besoin natureldrapprivoiser un être,sauvage, fier e[.fort, p3r


Iequel on est dorniné : 'la mbdestie, la candeur, la oiptrrlp Bt
timide innocenco, ou, à leun placer la dissimulatioqrl'q{puççpp,
l'arti{ice, la souplessc, Ia complaisance, tous les ralfinemegrts
de l'art cle séduir.e et d'intéresscr; eufin, ce qui ddrive dlun
dtat de dépendance et de contrainte, quanù la passion se
révolte €t rômpl les liens qui l'euchaïnent : la vi,olènper llcm-
portement , et I'audace du ddsespoir: voilà le fond dcs nrralfl.s
du côté clu sexe Ie plus faible, e[ par là le plus suscep[ible"de
mouvements passionnés.
u Du côté cie t'trommei un fond de rudesse, dlâprefér de
ferycitc même n vices uaturels de la force I plus de courage,
habituel, plus d'égalité, de constance; les premicrs rnogve-r
mên[s de la franchise et de Ia droiture, parce que,ss.sen-'
taut plus libre; il ,est. moius craintif et inoins dissiniuldti 1rni
t.'-"tllAE,; TIr. i 79

or gu e pl us altier ; :plu s i mpérie 1 1, plï:,o:t l"lif T:ljrd^i


i I f:;
mais un amour-propre môins âttentil;et-T9t:' adrort
'orque,
à ménager ær *ninilgdi i ï,n plus grnnd qprùry-$p gassions,
et chacirne moins violen[e, parce Q11ee;,ilro$lÊ eap.tlv,C]c[ molns
contrehirle, elle nta point; comme-dans los,'femutes, Ie-ressort
nuà Oonnr la contriinte âux passions qu'elle retient : voilàr
k:
{ohd'.lts m@urs du sexe le ptus fort' rr ' ""
r

t;-"-iU ifouar[ de ces remûrques sont d?une vérité évidente.


miirusiiti*àro.t ces [héoriei gdnéralessur les mæurs d'après
, ie;Sei";,iori vr"rn que les plul grands écrivains eûxîtnêmes
ù;tôttent donnéi'ex.epfion p6ur la règle. Pour nq'pTlet.
'u"ôIu* femmes , voyez ces femmes toutes viriles de Cor-
iUfi6. que tsalzaé appelait d'ad,orables furtes, et dans Racine,
ces la'Vàllière dgaréés à ln cour du roi de Font et des empe-
,iJIilô'Ar nôme ;ftnr.ourez ensuite les femmes itléales et vapo'
:làoS* du tlramô allemantl ou anglais ; pa^s*3 auK romanciers,
,Aloiifs ili*hrrd.on, peintre si sbuveni {idèle o et qu'en dépit
,de'la,',,fastidieuse miïude de scs détails d'intérieurr-on_ a eu
à un eonrp}ot otrbli I jUsqu'quf belles et
{d*elUel-.ondanrner'Walter
t,[n'Asf"ongures tle Scoft, jusqu?aur portraits si chau-
,:ttbmont eÏ si spirituellement'faux de la 'plupart des roman-
, ùiAngf*nçais cic notre âgc. Danscette inndmbrable multitude
, rde t\ùes Ëracieux , terrfules I rlelironte , 'résignés 5 .célestes et
tirrtuiiiaux". quel éerivain noui monûre lâ,ferniT le tout éntière,
,,'AO*me Hônière, par exemple, a montrd l'honrme tout en1ier,
'iOirn'e',luins Achilte, mûr dâns'Ulysse, vieux dans Nestor, fils
if,*, Télémaqu", pèr" clans Friaù ? flomère lui'ntôme n'a pas
,'ooolo aborder lâ femmer. Andromaguo et- Pén-élope ne sont
qoé Fepôrse. Les hnciens ne pouvaient guère aller plus loin.
Les môdernes ont micux réussi, assurément; !e cnrls[la-
lnisrire, qui assigne à la femrne son-véritable. rang, les a mieux
dclairés'sur saîa[ureo e[ c'es[chez cux qu'on lt retrouverait
iooi cnUiOr-e, si I'on recueitlait _çh et là les traits les plus
+xquis et lés plus élergiques de lours écrits, de ceux surtout
ioùie peintrc'et le modllè appartiennen[ au mêge sexe'
":'-siioor voulez agir sur unÏomme par Ia qarolg ou le repré-
'o scnier aux au[resl it ne sera pasnon plus inutile tle joindre
80 DE LÂ NE

aux donnéos précédentes celle


fia wmpéra,nxerùit, de Ia consti.
lit:ï, tplsu,e, A re"oo.-n[u'
.
d l;i T i;-oâ;nit.jJËri. LbÊ
physiologisteddistin€u ent qu ale *È.*
rË*ftrilàuo ur,
rarement alisolues_et exclusivell'une de l,autre darisle mêrné
_mais s'allian[ r" génl*riîairàr, aqdil;,anrès
individu,
eertaines lois: le tempérarÀenf l;,nnphatique, ie *"S"f;ijià
bilieux et Ie n erveux..' Le pre{ri, *i .r-t"A' prrl;' ilbiJr;;
et Iq lenreur de Ia eircuritiorf tes ror,.iionJÇit.r-r"îili
moins o'anlmafion,
d'animation,.orsaû
ou du moils leur animation es[,rnôrreit.
'trorns
:?:ji l: "T1I:,11,
gipu.-à cette
e,marfi fes te a r i;i"i'lii
habitû'aelenerar{ a u syrù*r *ï'io,i*iJs nurr,
g;;;;i-
intellectuels s'exéeuteit sous
suppose
fr nrêmc ;nnæorà. ielecorrg
,au eontraire r,l,activfé.de Ia circulation; fe, pei,
qui en sont doJrées sonlvives et ardentes, lâ àerveau
-s'oT:.*
doir parfager ceus qrdeur et cfi,te ï. rrjlà,ii,î
"itr.itd.-pai,J
le.ne,rveui, to.tes les fonctiod s'exdeut*ot oor. uo, gi*"ni,
rer p-Ius caprieieuse ei. plus, i{ifable, Ià plus rude
-et et plus
obstinée, Jes I'onetio^ns deJ,intelligrnrà ;;;;;;rl;un e[
tg:F"
exercer _sut
visu.euj qT;piïrri{illlbfi ,o,p;.;d
fi;;
poo,
un indi'idu l'iufltft_nce de la parol", ou'Ie mettre

;iïiff lllilieix;'f ,"#,i,slrrmf HËï*"."i$îi*jfii


de.,yuç du tempérarnenr. Et leci esr rou[ à la fois :ùo_ des
mrlle_arsumeots en thvcur
favcur del'utilité
del'u[ilité litteraire des
r]es science.c-
sciences,
P.l:,,o"S!rqeots
qui.panaissenf le plus étrangères à l,arr dd
11,t9ltr,'aême
sl,yle propremeni dit'; ,l ^

ddterrnina1{r grr rempéranlrlr e, gdndral,


..,^^O.rl-u {ï1i1rrcr
c'estfe climat, -u euel est-_cet,fi au vous;dËrft M, L-àfiri" *o*
aqdi-tg1r1s de son Gou,rs d,'histoire t\e la'philoroentr,
g-e{ui dg vous qui qense
ild
est
res tieux,
pense que tes rieux , Ia
ia remd qu;itïanite.
terd quII habite,
f,:i:,_9_il9::_gui
I'atr qu'il_respire, les montagnes ou Iés fleuves ïui l,avoisil
Ie chaud, le I'r'oid, to_utes les iurprèssions qui
T1! l_r,.rtrTat,
en resuttent, en un mot, que le monde extérieuf lui est indir-
'

terent et n'exerce sur Iui aucune iufluenee ?... pensez-vous,


g.uelu.u'un a't-il jamais pensé
etpursse3roir les mêmes habitudes-, -q*e I'homme des toontrgoe, ,ii
le mêrne caractére, Ies
mênres idées, quel'honme de la plaine, que le,iourrirr'quà
- CEÂP. YI. BI
Iiinsulnire? Croyez-votls, par exemplo, quc I'homrue que odn'
,gqpçnt:.les feux-de ila zone torride ait l,os mêrnes passionsr'les
même€ moeurs, et par cortséquent le même langage que celui
gui habite les ddsèr[s glacés de la Sibdrie? n-h bienr
-ce
qul
est vrui des deux extrémités, de tra zone glacée et de la tor-
ride, .doit lttre également des lieux intermddiaires e[ de
toutep,les latitudeslJusqu'ici la raison a l'avantage de s'accor-
der avec le préjugé, et c'est beaucoup pour elle. Oui, mes-
sieurso.donnez-mbi la carte d'un pays, sa configuration, son
climatr ses €auxr ses vents, et toute sa géographie physique i
donRes.drqoi, ses productions naturelles r sa flore, sa zoolo-
giooclc,*et je rde charge de vous dire o prùorù quel serâ
I'horuUe de ee paysr non pas aceidentellement, mais néces-
sairement, non pas à telle époque, mais dans toutes. rl
:., lgutpn apprôuvant les idées de Dtr. Cousin, j'y aurais désiré
cçpBldanû qÏelgues modifiea[ions. 3n efret, quand vous étu-
diqez.les rnæurs de I'hontme sous le rapporr[.du clirnatr'vous
rgmflrquerez que son influenceopêr'eplus sur I'hoinme ineulte
que sui I'homme civilisé, sur lihomme'physique: que sup
fhomme moral, sur Ie vieillard que sur le jeunE'hommo.
illuqs,lgntel d ifférencie aussi avec assez do bonheur.lbs" rdCslr'
tats du dimat surles mæurs'humainesj Ge gu'il,dlttÈi'cebujet
est géuéralement vr ai, eucelttï,s euci.pienùf,s, biem, edtentlu r. et
plutôt auæi , me semble-t-il, dans le passé que' dens [e pré-
ient. La multiplicité des eommunicationsr lafacilité des môdes
d'échange matdriels et intellectuels altèrent par une action
fente, mais continuer les effets du climat. Chaque jour la civi-
lisation étend ses conquêtes sur la nature. Les chemius de
fer sontdestinds à opérerplus d'une révolu[ion dans la rhéto-
' rique, comme dans tout le reste.
, Quoi qu'il en soit, l'étude de I'hornnrer codsidérë géogra-
phiquement, en quelque sorte, sous le rapport du climat, des
' râces, des localités, contribue à llnvention (,). Voyez quel

. ir; * Un homme, dit encone M. Cousin, qui joiguait a l'espi'it le plus positif
cgs' grandes vues où le vulgaire des pcuseurs ne .voit qu'uue inraginaÈion at'tlente,
, el qrri ne sont pas moins que le regard rapide ct per'çanlrlu.génietfo vainqueur
il'f,icole et de itl.arengo, rendast comptc à ld p,,stérilé ds ses rlesseins vt'ais ou
Dts LA nuÉToBrQUE.

gue

Des siècles, des pays dtudicz les mæurs. ": i' '
Les climats font iorivent lcs diverses humeurs. ''
'r ' : l'l'iririitlo:
L'action dela relàgion et de Ia cozsritutioù poliliqùti|fihnf1't!
évirfemment dnns [e titre PaEs et stècle,' Én r,rilirot'arlT
influenees dcs temps et des lieul, elle les modifie sinEutiôîej
ment. Le Français, par exempler.que vous voulez pdrsuâdéi
ou représenter, conserve bien tou.iours quelque criosé"de ed
caractère français qui a traversé tdus les-âges derruis lluëu-edi
Capet ju squ'à' Lotr ù-Na potéo; ; *; i; lt- -.i-tt-i ;;ja.;ru i

mëme temps qu'il obéit à d'au[r.cs in{luences. calviÀ Ie piénrdl


prngue, et Ie duc a, nirhefiUu'U,
ryssggble pluS à Jérôme de
Buckingham,' qu'un lruguenot-far-ouche et républicaili' d'u
xvru siècle au grgnd seigneur esprit for[ eb libertin de la côur
de Louis Xv. - - ;::' -ri 'r ;;
II fnut teriir'compte, sous ce rapport, des moindres aceij
9u" t-r ; e t i ci I es artidu'd ess i n *'i ê^" r, ;r;;;ïilil:i;rroUî,
la p]lysiologie, e-n aide à la"irhétorique. Quelles théories,
quelle côllection de faits et d'observafidns poriruaierit êtrë.'plus
utiles à I'écrivain que les réflexions soli^taires de queltiuês
heures passées, je sùppose, dans le musée de versailirsrTur .

pensécs que fait naicre cette infinie varidté de physionomies.


de cosl,urncs, de poses, nesont-elles pas plus fertilei en instrucj
tion réelle quc tous les livres et toutei les leeonsinossibles?
Voici, par exemple, une série de porl,raits, tôus drançnfu,
il,
rlmulés surcetto.Italie-qu,i devait luiétre chère â plus tl,un titr",'"o**ul"o*o
<lu,terrirïire italien, dont il tire toire I'hlsloire o".ie" à;l;rtiri;
u-ne desc-ription
.1t-".1"o-t plon raisonnable qui ait
iinrais été tracé pour s" g".oT"u" et-sÀ;pros.
perfre. .re sars neu de bagcs hislori<1ues plur belles rlue colles_lrl , n Cp.tuis,dÇ
phibs<'phie, .
contemplation intelligente de ces portraits présentera toute
une étude de mæurs; elle aura, pour le.s siècles passés, Ie
inËrite des voyages quand il s'agit des contemporains, et sera
sdlVent plus féconde en révélations et en idées que toutes les
l,c,gpl4pÈç, Une seule visite aux salles des Antiques clu Louvre
fpit-.inieux connai[re les mæu_rs grecques et romaines gue le
dé$ouillement de vingt in-folio.
,.,Ce ng sont pfls, en effet, les liwes sur les variété.s caractd-
fÏstiquijr des s1ièeies et rlcs'nations qui nous uranquent,l mais
paqfoiql'osprit de flatterie, celui de dénigremen[,'[es pr{iugés
èB"un sens quelconque ont guidé les auteurs, ou lpien ils ont,
tracé des poitraits de fantaisie. Je doute qu'un Carthaginois
of tin Germain, peint dhprès Tite-Live ou Tacite,,fiit ressem-
blant. .Dans tous les cas, il est rare que les écrivains suffisen0
lfpr néndjrer bien avant dans fInfiruild; en qpelque sorte,
rfun peuple.
- ihËËËir,âAo préférable, à mon gré, seririt d'étudier, pour
chagqe. bation, non pas seulement les écrivains qui ont pré-
tendù la peindre eæ professo, mais aussi celui qui, instinc[i-
vementr, a Ie mieux personnifié en lui ses concitoyens, et dont
les ôùvies, comme un miroir, Ies reflèt9lt Ig plus complé-
tementl de chercher, par exemple, parmiles écrivains grecs,
1om,afurs, français,
anglais-celui qui est le plus. réellement et
le plus complétement anglais, français, roriiain ou grec. En
se pénétrant bien de l'esprit de ce type national, on corn- )
?
Prendra et on expliquera mieux ses compatriotes' 1..
t'-
Uo.u*u-ple seirleirent pour montre.r qïe d'iddes e[ qrielle J

vaniété d'idées et par Ià même d'expressions fait naitre I'ob- /-


servation.epprofondie du caractère d'un peuple, modifid par

,rr///// r'
8& DE La nnÉrohrgua
I'opinion_ dominante, religieuse ou po_litique, de l,époque.
a la veille dlune ùarailel lîarrborough càm;à mp'otein,
i$apoldon comme souvarow, n'on[ qu'ilne p.nrgr à
à leurs soldats : a Combattez en f*âo.r; ;ri;;;ù;"-'ri "]primr*
oou*
pouve.z.i ruourez, s'il le faut. r, Voilà le progranrme solennel,
la matière uniforme des trois ordres dï jôur. ftIais les trois
gl_tl_1".tîf par.là p.p.r q.ulils éraienr de"grands capiraines,
etarenf de profonds rhétorieiens; le génie,luquel ilshevaieni
Ic secret du commandement et de Ia viétoirè, leur donnait
aussi celui du langage qui convient et qui persuade. Et c'est
de leur nation se rés-umâit en eux, élevé,
fl1._" gl..I'esprit
à sa plus hqute. puissance, que l,un dévelop_
ryI.,1tl-rl{io,r,
par[ Ie.syl.et donné par les intérêts matériels et Ie
souvenir
de la vrellle Angleterre, I'autre par l'amour-propre et l,hon-
leqrr le cternier par Ia religion et l,invocatioô à siint Nicolas.
,,ul1l$,1$u_, pour-le pêTu qo.rif, était ici prdcis er patpable;
flt
m, ene{gr{ue-e_t animé; plus loin, trivial e[ piworergo..
dil gilHffe-" peinr, dans l,ociyr.eà-àiiiu*a.,
,^ {?j
re perc, rc tils, l'épouse."o3ir.
L'étude des divers ei relations natu-
rel'tes .oa soci.al,es contribue puissamment.à I'invention.
au
xvnrusiècle, tre théâtre s'essaya'à représeni;";i.ri;
passions,.les.rapports
_de firnilre iu de sociéré. 'ii,îriro aæ
iieir-ai
f:yr!!:, l,g Ftls naturel d,e Diderot, beaucoup
d'autres drames
oe c€[[e ep.oque,
JppartienneDt à cet ordre â,idées quiln'était
Deuosjour-s ol a voulu y renrrer, àans ptu-
!,T-1_1r.li1qo:".
sreurs preces, par exemple, du théâtre deVictor Hugo.
mdis it
)'a presque. tolriours e.nrre nous et nos prédéeur.rorËààite dif-
à..ggtre avLntage: c,est, qu,ils ne s,occu_
le^tt^l:r_qlip_estpa,s
paren[ que des généralités, tandis qùe nous a-vons
le [ort de
oe pemdTe d'orcrmaire que les excep[ions, exceptiorrs le plus
souvent monstrueusesr. sans ùut moral, sans' utilité pour
l$:n{-': j1'}:_!'9.n1' qory Ia littéraiui". îËttË'r.ilr"quu
s âpprrque egaremenl à plusieurs
des paragraphes de ce cË*-
plEe. .

01 cgmqrend que r'éclucationo re milieu dans lesuer on se


Tg_u-rr te, tro'ua'ux _et les habitu.des.iou,rnalières soït autant
dtléments qtri modifient à t'infiniids mæurs, ierprorars,
ru,
tÉap. vr, 8S

expressions de chaque individu I gu'ainsi I'orateur; qtii s'.-


dresboraux hommcs, atrssi bien que-l'historien, le roinàncier,
le dmmatiste, qui les mettent en scène, doivent iltudier con-
scieneieus€ment ces modifications qui leur viendront en aide
pour l:invention, et ne jamais les perdre de vuë, s'ils ve'ulent
conserver à leur penséè et à Ieui style deux mérites dmi-
nents;ilavérité c[ la variété.
.,,'-Ajoutez à l'observation de lohomme et de ses impressions
physi{ues et morales celle de Ia nature qui l'environne, du
ciel, du sol, des plan[es, des édifices, des costurnes, des
medbles, des ustensiles, des idiotismes et formes dc langage-.
usités à telle époque et dans telle condition, transportcz les:
résultats de ces observations dans vos écrits et dans vos pa-
rolesi et vous obtiendrez ee qu'on appelle la couleur locale.
Ce mdrite, négligé pendant plusiçurs périodes littéraires, ne
doit plus I'être une fois les connaissances assez généralement
répauduespour que tous le comprennent et I'exigent.Ilacine,
qui a si admirablement, j'ai presque dit si audecieusemen0,
conservé Ia couleur locale dans I'ltlaalie, par exemplc, pqrce
que la pensde et le lci.ngage, bibliqters ritaipntr_fqq-iliqrs àr

lui.
""ffi;;?;ireils
cotnnne
sont d'ailleurs à éviter dans Ia coùlcurloeale.
L'un est de donner par olle au style cette forme plastique,
sculpturale, tout extérieure, qu'on peut reprocher à Walter
Scott lui-même, souvent plus peintre que poëte. N'oublions
pas que la partie intime de l'homme doit tourours"avoir le
pas, dans la pensée des écrivains, sur son revétemeut exté-
rieur I l'âme et l'esprit doivent les occuper plus que le ëorpç.
Le iecond défau't est de supposer qùe t^out eit ait qu*a
on a fixé I'at[ention sur certaines spéiialités extérieuies de
I'individu. Flusieurs de nos dcriwins ont porté cettë manière
à I'abus le lilus intolérable. Ils se sont imi'siné oire ùuand un
horhmea pârld rle son pourpoint tnillaclé et ie sa'boline'dague
86 DE rÀ ntrÉTOntQUE.
de Tolède, le xvr" siècle est épuisé; que llenri lV ou louis Xl
sont connus à fond, quand I'un a jtrré aentre-saùtt-gris, el
que I'autre a baisé les saints en plomb de son chapeau. De
même que l'on a dit de certaines gens qu'ils sont plus cntho-
ligues que Ie papc e[ plus royalistcs que le roi, il y a tles écri-
vains qui, entrainés par ce clésir outré de courir après des
particularités presque toujours matérielles, se montrentplus
Espagnols ou plus Romains que les Romains et les Espagnols
eux-mêmes.
Evitons ees excès ridisules, N'oublions pas, comme je I'ai I

dit ailleurs ('), qu'au fond de toutes leq spJcia-lités locales ou j

temporaires repose toujours I'humanité identique et univer- |

selle; qu'avant tl'être l'homme de telle période et de-.tello


- uv.J.lr.-v
I

latitude, on est l'homme; qu'exprimer ces caractères gdnéri- |

ques,.ces,passions, ces mæurs, aussi vieilles q:lc le monde, i

ces vérités non moins anciennes, qui forment le fond corn- j

rnun de l'humanité, est la condil,ion essentielle de tout, écri0 |

digne d'être lu I que plus un écrivain conserve de points de I

contact avecl'humanitéen général, plus il obéit à sa nature I I

que plus il pénètre avec profôndeur et sagacité dans le dornaina


de tous, plus il est, fidèlc à sa mission.
I

Remar(uez enfin qtie I'orateur ou I'dcrivain ne doit pas j

seulement apprécier lesmæurs dans leurs rapports avec l'arr- j

diteur ou le lecteurr'mais s'appliquer à lui-même la plupart I

des considdrations que.nous avons fait valoir. Sans parler,


en effet, de l'expression, il est bien des idées qui n'auron[
rien de déplacé dans la bouche ou sous la plume d'un homme,
d'un qrradragdnaire, d'un soldat, d'un boutgeois, et dont une
femme, un jeune homme, un magistrat, un prêtrer devront
s'abstenir. Ce parfait accord de l'âge, du sexe, de Ia position
de I'auteur avec le sujet qu'il traite, les circonstances où il se
trouve, I'arrditoire ou la classe de lecteurs à qui il s'adresse,
constitue le quiil ùeceat des anciens, ce que nous appelons
les biensëaniles, et se rattache évidcmment au chapitre des
ntæ'urs, Je ne puis qu'el[eurerce qu'i[ y aurait à dire à ce

(t)Histoîre ile la littératutifrane,aise juqa'aa xvrrri s/àcle, 1. [rr, p. v.


CEAP. TI. 87
sujet, rnais j'insiste d'autant plus vivement sur lbbservation
des bienséances qu'au milieu du bouleversement universel
dont nous avons été témoins, le sentiment paraît s'en ê[re
perdu parmi nous. On'a ri de la stupéf:rction de ce maître
des cerémonies de la cour de Frauce, Iorsqu'il vit, au eom-
mencement de la révolution, un ministre entrer ehez Ie Roi
avec des souliers à cordonsl c'est que cet oubli des conve-
narces était pour lui lc présage de la dissolution de Ia monar-
chie; rie qui voudra, ruais l'oubli des bienséances littéraires
est pour moi le présage de la dissolution de la littérature.
Le passé n'est pas si loin de nous pour que je ne puisse répé-
ter'ce que je disais il y a quelqucs années: puissent les
jeunes écrivains de l'un et l'autre sexe bien comprendre que
I'outrecuidance des prétentions, le ton rogue e[ magislral
s'excusent à peine par l'autorité d'une virilité puissante ou
d'une tête blanchie; que les rdformateurs au rnaillo[ ou en
cornette fbnt sourire les personnes sensées; que le laisser
aller du feuilleton ou l'échevclé, I'excentrique, le décousu
des romans à la mode, il y a peu de temps encore, eontrastent
péniblenrent avcc Ia diguité de certains strjets; qu'il est des
choses que cerl,aines personnes doivent f'eindrc d'ignorer,
d'ignobles et hideux spectacles qu'elles ne doivent jamais se
flatter d'avoir vus; en un mot, que, si les bienséanc€s ne
sont pas la vertu, elles font supposer qu'on y croit encore,
et quc, si I'on a la folie de mdpriser les autres, il faut au moins
parail,re se respecter soi-mêrne.
L'invention, nous venons de I'établir, trouvera donc de
grandes_.ressources dans l'observation dôs mæurso c'est-à-
tlire de I'individu considéré dans son état normai;iïrlitu*i;
elle n'en trouvera pas moins dans celle des -passiàns.
"'esuàl
coirsidérée dans les accidenri iaàoiiiu., qoi
,{:rn9".].rspgce
l'alt-ecfent, en se modifiant d'après les circonstances'indiii-
duelles.
Ne l'oublions pasr en effet, traiter des passions, ce n'est
pas seuleme,nt, comme dans la rhétorique- des ancien.,
seigner combien iI- est importanû d'émouioir celles d;],âudi- "o-
comment parrient,
1_.-T*r,r0 J.n I
voir des sources d'idées,
mais encore et surtout y
des auxiliaires pour l,invention",
Peindre Ia passion ou chei.cherà l'inspirer: i'oilà eïiabLment
de discours les plus féconds er les ptus
:Lq:: ,l9p-1!:.r.à u.n
varres i. t'aJouter suje[,quelconque, passùonner l.e sri;et,
qgu*,ainsi di'er.voilà un des plus pui's'sants moyen. du lu
ûcveropper eb d'en exprimer togt ce qu'il contieht. or ici,
comme tout à I'heure à plopo-s. des ûæurs, pour reussrr,
par dtudier profondéme_n[ Ies pur.iôos, eD vous_
:glnmengez
pême, si vous les éprouvezl dans les autres, si v'o.s ne res
eprouvez pas.
Mais à ce dernier mot, presque tous les rhdteurs m'arrê-
tcnt et sq rdcrient. prétenïre èxprimer des passions quton
cMp. Yll.

... Si vis me flere, dolendum est


Prilnum iPsi tibi ...

vérité si. incontestable aux yeux de Boileau, gu'il se sontentc


de Ia traduire :

Pour me tirer des pleurso il faut que Yous pleuriez I

et ou'ailleurs, après avoir accordé à l'amour- une place-domi-


ili; d-;;-É Ëcrits, comme dans les sentiments et les ac-
tions des hommes, il ajoute :
Iltais pour bien exprimer ces caprices heureuxt
. C'est leu d'être poêtc, il faut être amoureux'

Je réponrls âvec un ancien : Sfsâ onÙne.,s! e,go::!'i1L:l,l


ll
parti je pârtage si peu l'avis de Boileaur qÛer si l'osans' Je
dirais, en retournant son Yers :
. O'est tout d'être poëte of rien d'être amoureux'

Ouoi!ilfautguelepoëterleromancierr.Iorateuréprou- ooil'
v*rit oo aient épr'ouvé tôutes ies passions qu'ils ".,11.11 des
muniquer ou ,*pri*tt ! Corneïle, le plus paciûque
'Ë#;i;;" aî ,àrfu"ti- la haine monstruêuse_dc Cléopâtre ;
nfofiOt..ie plus généreux, les transes ridicules de l'avare-deI
iîi;il.^il"p1;r:;;piiqoâ, le relisieux enrhousiasme
Lusienan; SËnkespeare enfin, toutes les- passtons, car
en
â:iiTË .il-l.t'-it e*tppe t Le. cæur. jaloux de llxolière
i"i r me dit-or; lascbne dejalousie da ll[isanthrope'
"Atefé,bito.-M"it'dit.s-moi, { votre tour, n'a't'il pas
i, itï.o*
;;.;i et soutiendrez-vous {trle
Ëi.o réurui dans le Turtufe?.
,trt a]. même .ourar qu'il a pi,is6l'abominable langage de
I'hypocrisie ?
a
00 DE LÀ nEÉTOnrQUE.
sans doute la naturo individuelle a d'admirables révdla-
tions, de,s inspir.ations sublimes; mais pour étre srir-de
saisir et de cônsefver cette sublimité-, il'faut, en quelque
sorte_r- I'ariêter au passage par Ia ré{lexion, ia génêratiïer
par_l'abstraction, s'élancàr âu delà des borhès ëtroites de
I'individu, contempler un modèle plus srand et plus haut
pla.cér pressen-tir en{n d'imagination et ie génie ia nature
u-niv_erselle, et la rendre par la"combrnaison dil'entbousiasrne
idéal et du sang-froidpersonnel.
On cite le Dé Oratôre dc Cicéron. u Il est impossible, dit
antoine à crassus, que.l'auditeur se livre à Ia rioureurr'à la
h.aine, à l'indignatio-n, la crainte, à Ia pitié, si tous ces setr.
!
timents ne son[ profondément imiriméÀ dans l'âme de I'ora-
teur. Pour moi,
.ajoule-t-il, je ie proteste, je n,ai jamais
essayé_ de les inspirer auxjuges, que je n'aie peisonnellemcnf
ressenLr les émotions que je v voulais faire passer.dans leur
âme ('). :r ^

Malgré les-protestàtions d'antoine, ie doute de sa véracitdl


.
et ces ilrotesla_tions méme.prouvent-que crassus en douraii
comme moi. llais songe:z dônc, ô Arrtbine, que vous donnez
des prdceptes pour sollever tôutes les pasiions, bonnes ou
rqauvaises., jusqu'jl,l'envie, la plus avifissante, ia plus hi_
deuse de toul,es. Eh bien-, nous protesterez-vous qrie toutes
ces passions vous aient agité, que- votre noble cæur ait aussi
connu l'euvie, I'envie del'autoiité et de la fortune, Dotestatia
gtque forl,unæ, méritdes même par des services'réels et
hrrnorables, turn st erunt honesttoi.a merita atque srautora !
je
-. lllais vais plus loin. L'avocat plaide, dans'la Éênre n o.
tinéer_.deux causcs diverses;. le.iroëte, et remarquez que
c'est là le ressort continuel de l'ictiou scéuique, introdïit
deux interlocuôeurs oppogd_g de sentiment comfoe â'intérêts;
1 passions@ L3r9e-!-seég€le-ener'
ou[ieudr.ez-vous que l'écrivain
afrections contrair'es ? qu'rl soit
(r) n-Noor me Eercute,.ungu-ar apud. iudices aut d.olorem, aut misoricordianr,
aut odium excitare diceuilo v-oluir,qirin ipse, in commovrurli's juilicibus, iis i1,sis
scnsibus ad qrros illos adducere velfem , Cri, iË Orài-'-'
"o'mmoverer.
cnap. vtt. s{
ù la frris misanthrope etphilan[irope, Burrhus et Néron ? Et
eeoendanl,de deufehosés l'une : ou l'ous ctoyez qu'il éprouve
à Ïa fois des passions exclusives loune de l'autre, p.uisqu'il
les exprime é$alement bien, et aJ.91s vous admettoz I'impos-
sible i ou vou-s ne croyez pas qu'il les éprouve, qrroiqu'il les
exprimc également biên, et al-ors votre précepte est obscur
ou virle. "

Je me rappelle avoir assisté un jour à une séance dc le


charnbre dei'représentants. L'opposition avait poursuivi un
nrinistre dcs plùs graves reproches r- d-t! injures même les
Dlus sanglantàs. Ehporté par une indignation véritable et
ientie, cdiui-ci s'élanèe à la tribune. Il était rigoureusement
alors dans les conditions exigées par Antoine : ses- yeul
étaient injectés, ses joires empourprées;. il veut parler, il
balbutie, fl pouôse deé cris corf_u_sr- sa colère réelle le suffo-
oue r il iou'choit au ridicule. lllais en même temps, il ne
riranquait ni de talent, ni- d'énergique volonté; il sentit qu'il
s'égaiait, il eornntanda à sa passion, I'homme fit place à
I'oiateur, ct I'assemblée émue lui prouva g-u-e, p-oïl' commu-
niquer aûxautrcs son indignation, il faut d'abord la dominer
soi-même.
Non pas que je nie que, en certaÏnes-circonstances, la.pas'
sion neisonneltê puisse inspirer une idée, un mouvement
oratoire. un cri, uï geste entraînalt et irrésistible. Je viens
de le tlire, et jé I'ai ieconnu dès le premier c}apitre de cet
ouvrûqer éttr d parfois de soudaines-illuminations, et révèle
des ripports inâperçus dans l'é[at nôrmal.. J-e souticns seule-
ment ôù'e[e u'eit pâs l'auxiliaire indispensable, la condition
sine qùa non de l'éxprcssion I q-u'il ne fautpas, dc néccgri!ét
êcre âmoureux poui peindre l'amour, ni pleurer réelle-
ment pour arracfuer dés larmes aux autres. Bt grâces soient
renduês à I'auteur de la nature qui I'a permis ainsi I car on
conçoit que, s'il en était autrement, -lâ vie de l'éerivain et
de i'oraÉ'eui serait la plus intolérable existence qu'on pùt
imaginer.
Là vérité, à mon avis, c'est que l'écrivainqui vcut commu'
niquer ou cxplimer la passion doit, non pas la ressentir, mais
g2 DA t,A nsdloRlQUE.
la com.prendre; ee qui est bîcn différent. sa devise ser.n
vers de Térence :

Hopo sum, humani nihil a me alienum puto.

Il étudiera do'c Ie c(Eur" humain, non-seulenrent en lui


i:itj^rT les autresl il cherchera à é'explique", à Jassimit
1î:l :g^g"',J.F run.ontrera, ruême 4ç bluu extenrr\ue, d
p.l.",r q*ipathique à sl propre nature (,).'ni eeti;;h.
sitd d'observadion, d,iinpdrtialitd, dà'dirt"n.iio"-J, uoi, ro
supposan[ une grande sensibitité
sensibilité théoriqu-e
théorique et
e-[ générale, pou
:yl*i,ry_ dCtruir roure idée de sensibitité prariqfue
:lT,:1,,1i"r,
ac0uelle.

[,a passion comprise, l'écrivain saura Ia feinfue


lui-mêrne
go.lu prêter aux autres.. Et bien cer.tainement, ce[te idée de
{iction est au fond du précepte dcs anciens. Dans l, dri;;ir;rl
est d'Horaceo
,;-
_
ï_-*_",
111-{'{orace,
jg
ie
J:.uv ne vôis
yvrù- p-rrr[r0
.n9 vôis. nolint u.q
p.o-ipr larmes. uruts
de l.|l-tlrr'È,
larmes,
et ce langage tris[e gui doiven[ nous en amdcher à"";.;l;i
plu;dilffii
nlrrÂr ce[ alri
mais pru[(,[
nous i

spectateurs, nrrrlifarr* f oaf a,'-o


SDeefgf.crrns- auditeursr.lccteurs, aaant^^ d,e
troupe .I^ pleureur+
^l^^.^^^--^ , - ,- |

Ies appelle Diderot, qu'il_chasse de la'scènd pour lesi.eleguer ".r**;


v
I

au parterre. Remarquez les mots suivants ::


t

.l

... male si mandata.loqueris.


Aut dormitsbo, aut ridèbo...'

C'est un mand,at qu'ont_accepté_!'acteur et le poetc c,est


I
une passion decomntand,e dont ils doiventprendrb le masque
et leg'parolesr-mais un masque d'une irréprochable fidériié,
des,paroles d'une rigoûreuse convenance. N'est-ce pas
11ais
urceron lui-même, ee grand champion de la passiou réelle,
g.ui * dit quelque.bartr-el rapporta-nt l,opiniorr des péripatél
ticiens : * Four allumer la côlère dans i'âme de l'Ëudiieur,
qua.nd m,ême oh, ne la ressentirai,t pas., il faut lu
fetndre di
morus par ses paroles et son action. ,, Relisez aussi le ehapi.

* (') l" recomoande le mctprofonrl d'un des plus habiles artisles du Ttréitre-
Français: ( Pour savoir bieoiire, il faut savoir'preur.";
il fuui savoir. rire. ,r "t 1,o,ir-r""oî"il"or.",
CEAP. Vll. 93

tre II du Yl" livre de Quintilien, où il traite des passions;


quoi qu'il sàml{g, gge nous ne sommes pasloi'
"ooiu.tttzr
dr oour .otâridre. îout se rédûit à ce précepte : si I'ous n'avez
pài"iio pu..ioo, tlonnez-uou,s-la, à l'âitle d-e cette faculté qge
i* CrràË appellânt {antaiste, et nous imaginatï,om. Ai-je dit
autre chose?
Au reste, vous conccvez bien que- cette intelliggnce de la
.passion portéc jusqu'à l'illusioùr est le comble de l'art; vous
concevez qu*, po,rr peindre avec-une certaine perfectionr, Ou
pour soulever et calriler à son gré ces fièvres de_I'âme, il faut
I it.*i"rin des dtudes aussi o-bstinées, aussi diverses qu'au
meae.in pourreconnaitre et.guérir les maladies du corps. Je
r**ru iofioi si je voulais préftnter_ ici cctte pathologie intel-
ià.tu.tt", décriie successivement les signes, les phase-s, les
.g.tr aà irutes les passions, indiquer pour Ia reprod uclioo de
.hn.no. d'ellcs leirègles et les foodèles à suivre. Jc nc l'es*
saierai mêrne pas. C'eit atr jeune dcrivain à"en rechercherles
ir*ptO"r.* *t l"r diagnostics dans les maitres I qtr'il étudie
oi."'roin Ia manière iont quelques grands copistes dc la na-
ture les ont.préseutées et, nlranôéesrîont ils les orrt fait res-
.àrii" pri- t*i contrasted et les repoussoirs. Ddmosthène,
Cicéroô, Ilossuet, Mas-sillon, BotrrdÀloue, Mirabeau, les tra-
qisues ânciens e[ modern.s, nos grands poëtes, rros g1a1ds
ioilanciers four.niraient milie moifèles de la passion décnitet
--Mais,ou calmée.
excitée
ainsi quc lc praticien soinstruit principalement dans
ler hôpitau* ei au lif des malades, c'est surtout dans les as-
;Alriê;r politiques ou religieus.s, -daos- Ifl pla.99.9t.la voie
nublique, àg paite"re des thlâtres, dans la socicrté intime où
i;, gfrte i" truioru ou le hasard, que l'écrivain étudiera les
r
passions:

Seenius irritaut animos tlcmissa per auremr.


O,iu. quæ su'ut oculis sutrjecta fiilelibus"'

Un lhit donton adté témoin, un mot, un signecaractéristiqle'


J"nopper a instinet à la passion, que i'obsewation les recue[lle,
9& Dg LA nEdTOntQUB.
gue la mé_ditation les mririsse, et ce travail sera
rrlrrs utile
que^tous _les'corumenr,aires de la philosophiu,-qoâ-iou,

modèles de Ia poésie et de l'éloquenïe.
J'ai dit gu'oq f*g.odç un sujét en Ie passionnan t. passton-
,::\u *i9t, c'est l'animer_e.n s,y attachant, ct.i.o faire sa
cnoser c'est soutenir une thèse avec autani d,ardeur
que si
nos pluschers intérêts se trouvaient compromis par
Ie triom-
plt d-. I'opinion contraire. E:qsayez {'agi:r ainsi, même avec
i:tr,.#:p.gu! _1\à premier- abord r
.vou! paraisienr les ptus
TlyeTentsr,peu peu_eette animation fictive, sous certains
TTlpo,rh: échaulfe réellement I on s'enthousiasme pour son
roeer Ia trctron devi-ent une vérité; et cela sans contradiction
j."^gy:-précède, car..ceue pâssion volontaire nô p*end
:i:: au
plus cæur et aux eu0r,ailles, elle réside toute dans I'ihragi-
nation.
Les natures imp*essionnabres sont exceilentes ici. parcourez
,
oe cepolnt.de-vu_e certaincs pâges de la Fontnine,
de madame
oo ù.evrgne? dc J. J. Rousseau et tle son école. ies écrivains
passionnent toute choser. et l'intérêt toui-[erc*"d q.u'ils
semblcnt prendre aux nroindres événements gu'irs raconrent,
principcs quïts drablissenr, tâu;-à;nne aeÉ
i:I T_"ildres
ressourees inlinies pour les.développei en j, intéressan[ aussi
Ie lecteur. ce dernier poini est chlital. Iû;*il"y.r-'qo, r,
ryaison, vos suditeurs ou vos tectôurs pourront approuver
votre opinion; mais a*ivez à exciter la
fassiàn, its iôuaront
g.lg_"9:.opinior.r..soit waie r_et ce quton oroi, on le croit
arsement. ues qu'irs entrent dans nos passions, eolère.ou
toveurr haine ou pitié r- notre affaire -devient
. ia leur; Ie
torrent les emporte et ils se laissent aller.
, Un exemple de ce gue j'appelle passioruter un, suiet Rien
à.ta poésie que I'cmploi de Ia mytihotogie:
3:,p_tu.::Ia1_tfsgux
youa une optnion, juste ou erronée, peu
imporle poui le
pol"r*! lu'ont pql-e.noe, enrre autrei,-six poëies de'rcnom,
ttousseau, Delille, Boileau, corneille, volmire et lvl. dé
*.-1.
ronmnes. t es six morceaux sont réunib dans les Leçons.tla
littérature de Noël et de Ia prace. comparez ces compositions
I'une à l'autre, c'est u. exercice qo"llà.;..,il;;f; tfail-
cuAp. vn. 9S

leurs aux jeunes gens, yous remùrquercz'que cette matière,


purcment didactique pour les deux premiers, es[ animde par
I'attendrissement clans lll. de Fontsnes, par I'enthousiasme
dans Voltairc, par l'indignationcon[re I'opinion contraire dans
Boileau, et plus vivement encore dans Corneille. Eh bien,
voye4je ne dis pas précisément gue d'idées neuves, mais quel
ant de iajeunir de vieilles idées ces quatre poëtes doivent à
l'introduction de Ia passion dans leurs vers; et eomment,
d'une autre par[, si vons n'êtes pas convaincu, vous regrettez
au moins de ne pas l'être.
II serait dilficile d'indiquer des sujels où il soit interdit àr
l'éuivain d'introduire la passion. C'est à peine si j'excepterais
les plus sérieuses abstractions des sciences physiques et phi-
losophiques. 'fout dépcnd de la manière d'user e[ du soin de
ne pas abuser. Les rhéteurs signalent iei quelques écueils,
sur'tout dans les parages de l'éloquence.
D'abord toute matière oratoire rc compor[e pas la passion.
L'Intimé des Plaideurs, dépensant autan[ de mouvements
porrr son chien accusé du mèur[re cl'un chapon, que Cicéron
ôontre Ca[ilina, n'est plus qu'un personnage de comédiq.
C'es[ le dévot demandan[ à Jupiter 6on tonnerre pour fou-
droyer un insecte I c'ept l'enfant, rlit Quintilien, qui veut
chausser le co[hurne et prendre le masque d'Ifercule. Que "

l'orateur soi[ circonspect dans l'usage de la passion I c'est ici


sultout que du eublime au ridicule il n'y a quoun pas.
Autre-observation. Dans un livre, yous pouvez préparer
le lec[eur, I'amener peu à peu à prendre vos irnpressiohs,
l'échauffer insensiblement sur les sujets même les plus indiffé-
rents au premier coup d'æil. Et puis, queyous n'y parveniez
pas, il vous quitte sans se plaindre I la faute n'en est pas à
vous, mais à lui qui, il'humeur triste, a pris un livre gai, ou
d'humeur gaie, un livre triste. Il n'en va pas ainsi de lbra-
teur. L'orateul es0l'esclave de son auditoire; il doit en étu-
dier les dispositionsr les flatl,err les caresser d'aborql, s'il veut
ensuite les gouverner à son gré. Qu'il n'aille pas se jeter
brusquement evec ses passions vraies ou feintes à la traverse
dcs esprits. Cicéron le comparerait à I'homme ivre qui tombe
96 DD LA nHÉlOnlQUE.

inopinémelt au rnilieu d'uue assemblde à jeun,


inter soôrabs.
PlIÏ1, pour maintenir son pouvoir, qu'il noen abuse pas I
qu'il n'insiste pas trop sur lè. pathétique, surtout s,il siagii
des poignantes douleurs, des déchirements de la pitié, âe
toutes les passions tendree et énervantes. s Rien, dit Cicéron,
g.u'il faut toujouls citer au chapitre des passions, rien né
sèche plus-vite itil lacrymà
:grh.q plus vite que les larmes, ùiI lacramà cttius ârascit.,u
ctttus ârasei.t.
ll rdpète deux fois cette sentenee, dansie livre à llerenni,as
et dans le De Inuentione. L'émoiion prolongée devien[ une
fatigue. L'économie et la variété, cei deux -vcr[us toujours
opportunes du style, sont surtout nécessaires ici. Et"e'est
encore une objeetion contre la passion réelle. que son égoîsme
exclusif. rend presque toujor,.r.s
'e[
ti _Ioquace si nroriôtone,
quand I'art nc vient pas cn aide à Ia nature. , .;:
:
CHAPITRE VIil.

rl8 Lâ, Dt8Potrrlto$. E!uÎÉ, DE8 IDÉTS,


-

Les Grecs n'avaient gu un seul ruot, pour signifrer le


x6opos,

ryoy,ile et l,'ord,re, c'est-à-dire la création et


I'organisalion. Les
rhéteurs ne devraient peut-être en avoir qù'un seul pour
exprimqr I'invention et la disposition. Sans la disposi,tion,
rIIi dtablit dans les idées I'enchàînement nécessaire flour que
ehacune soit à sa place et produise son efretr l'invention n'est
rien; ce n'est plusle monde, c'est Ie chaos, I)ieu n'a pas créé
11 chaos, il a créé le monde, quoun ancicn définissait: I'ordre
dans la grandeur.
Si donc Ia disposition forme Ia seconde partie de la rhéto-
-
rigue, ce n'est, pour ainsi parler, qu'au point de vue chro-
-et
;
nologique sous Ie rapport de la vàleur de I'utilité, elle
est assurément sur la même ligne que la première. C'esi elle
qui- coordonne les pensdes tiouvdes par l'invention; qui
révèle leur dépendaice, leur dédue.tionl-ses leur génération suc-
cessive; qui descend d'un principe à dàrnières consé,
quences ; qui prdpare, appuie, côntinue les idées l'une par
l'autre du eommencement à la fin de I'ouvrage, quelgue long,
quelque compliqué qu'il soit. Et tout eela, d'tinâ irçoti si natù-
relle et si soutenue, que, se laissant aller à cette magie de Ia
disposition, chaque lecteur se dise, ,, je ferais de même, u
jusqu'à ce qu'il s_e mette à l'æuvre, et-qu'après de lolgs et
inutiles efrorts, il reeonnaisse la vanitéïe ies prétentlons.
_ u L'ordre, dit Fénelon, est ce qu'il y a de plus rare dans
tres opdratioris de I'esprit.'Et, en ehetril faut âvoir tout vu,

I
p8 DE L+ nHÉTOntQUE.

tgut pdnétqÉ, tgu! embraçpé, pour savoir !a. plgqgupfdçlss,Ée


ehaque,4Q[. u -,,' ,,,r ,r .,ii',., r, [!i-ï] {!ijr
Les plus profonds rhéteurs du xvrno siè'ôle seurbleni,r,eg.
fermer toutc la rhétorique dans la disposition ét l'dJocution,
!q:tyl" n'est, selon Condillac, que Ia liaison de*iadeB;ueelgq
Byffon, que I'ordre et le mouvement qu'on met dans
tgs pçnr
sdes. On n'a rien écrit à ce sujet qur surpasse le diÊcourç
pryn-oncé par ee dernier à I'oceasion de sa réception È,li{1cu-
ddmie. Je ne puis_que le rappeler. Fourquoi vouloir, ôn efrçq,
guand on pense tle même, dire autrement ce que biçn dvi"n
demment on ne dira pas mieux ? Reperto quoilàst otttï,tnutn,
qui, quæri,t qliwQ, pejus ault. :: ,t.
r Avant de chercher, dit Buffon, I'ordre dans lequpl on
prelsentera ses pensée.-s, il faut s'en être fait un autri,ço,pl$F
général et plus fixe, où ne doivent entrer que les pre,fii.,ènpç
vues et Ies principales idées I doest en mar(uant leum .place
sur ce premiepplan qu'un sujet sera cireonscrifr gt gqn lie{il
cn con.nai,tra liétendue 1. c'es[ en se rappelant sans. ceçfiç,1ÇgF
premiers linéaments, guoon déterminera les justes intervalles
qui séparent les idées principales, et qu'i[ nai[ra des idées
accessoires et moyennes qui serviro[l à les remplir. Par la
foree du génie, on se représentera toutcs les idées généralcs
e[ particulières sous leur véritable point de vuo; l)ar une
grandè finesse de discernement, on distinguera les pensées
stériles_deq iddqs fdcondes I par la sagaci té que {onne la-gpqn de
habitude d'écrire, on sentira d'avance quel sera le prodpi[ de
toutes ees opérations de I'espri[.,r i, ,i r;î
a Ce plan n'estpas encorc le style, mais il en est Ia.trase;
il le soutient, il le dirigc, il règle son mouvement et le sou-
met à des lois. Sans cela, Io rneilleur écrivain s'égare, sa
plume marche sans guide, et jette à I'avenbure dds traits
irréguliers et des ûgures discordantes. Quelquc brillange's
que soient les couleurs qu'il emploie, quetques beautéç quiil
ième dans les détails, conrme l'ensembie rËoqre"o'oq ne,Ê"
fera pas assez sentir, I'ouvrage ne sere point constfuit.;.
C'est par cette raison que ceuy qtri écrivent comme ils pqB-
-quoiqu'ils
lent, parleât bicn, éôrivent rual I qoe .eu*',goi
cHAp. Yllt. 99
s'âliantlonnenl au premier feu de leur imagination prennent
un ton qn'ils ne peùvent soutenir; que ceux qui craigrtent
dd perdre des pensées isolées, fugitives, dt riul dcrivent en
diflérents temps't{es môrceaux détachés, ne les' réunissent
fâhr+is Sans trânsitions forcées1 qu'en un mot il y a tant dbu-
vfâ$es'faits de pièces de rapport, et si peu qui soient fondus
iloun seul jct. u
- É llesi Int-erruptions, les repos, les sections peuvent être utiles
afi'rlëcteurj elles'le délassent, et lui indiquen[ Ies temps d'ar-
a!1,ÎIëcteur;
rê,t; rn+is il ne doit pas y en avoir tlans I'esprit de ltaùteur.
,rtrSon dessein ne peut se faire sentir que par la continuité
du lil, par la ddpendance harmonigue des i{ées, pâr un
tletv0loppeûent successif, une gradation soutenue, un mou-
ùËTiieriir trhiforme r gue toute interruption détruif ou fait
lâR.!uin.'ù
e:t$5 ilidcouls de Bufron est, ce me scmble, un admirable
Srrrinmentaire des gu*ranl,e+iirq premiers Vè,4s'sI vrais et si
{ëêotrd's de la Foétique d'Horaee. Je prie;le lecfeur de corn-
'pâfêr les deux dcriti, et surtout de rridtlitef ccs paroles':
P.t,',l,ti ;- I I i'. lIl"';r:,t' - ,l r,1

7'r11;i1,,t-1 ., .1, r | - -,'r , ,rr ,".-"l,t,il ,,i''ir.,


";
r' ;i1,Spqr'bien écrire, dit Bufron,' i[ faut possëdor
r
1 ]teinement
sbn's{rjet; eui,lecta potentererûîes, u eoà$ H le foint€ssen-
tiel. u Il faut y réfléehir assez pour Voir:elairement lbrdre
de:ses pensées, et eh former une $uite, une chaine continue
dont ehaque point représente une idée I et lorsqubn aura
iiris lrt plume, il faudra la conduire successivement sur ce
premier trait, sans lui permettrc de s'en écafter, sans'l'ap-
.puyep trop inégalernent, sans lui clonnér d'autre mouve-
inont clue celui qui sera détermind parïespaee qu'elle doit
tpafdourir.rr " !'!1 ' '' -'r' :!'-'''
i T"outè. les vertus du style, toud 5es'c'ha'ttne,s'ntiissen'[ donc
--de'idêt :[t'la v€rtu
rcfrpiêrub., - qui eu est lui.même
oidle, Is'Ëtiarrde
L-"1. '' r',,
,.
D'oq vien! q-ue l'ordre sera la source de la chalem , facun-
4?o, ?t dq la lumière, luciilus? Buffon va voirs Ie dfte, et,
d'apr-èq ce gui prdcède, vous Ie comprend*r, ,irj..ni.
. r Rien nede_ss'oppose
tre partout
p!_qs à la chaieur que le désir de mbt_
traits saillants I rien n,esi plus contraire à la
I'umière,
,qui,doit faire ul
corps et se répanïre uniformément .

go:J-"_érrit, Que ces étincelles qu'on he tire que par force,


etr choquant les mots Ies uns contre les autres" 'et qui né
nous éblouissent.guelques_instants, quc p""* tio"i ï.ffi;
ensuite dans les ténèbrès. Rien u'est eicorà pto. oppolÈ-" ià
rëritable- élocluence, fucunilta, que I'emproi'de ..ir.*eà,
tines et Ia recherche de ees iddes légères', déliées, suis *on-
sista.nc_e, et qui, comme la feuille au hetar b,;ô.,TË
otennuot
de l'éclat qu'en. perdant de la solidité : aussi plus oh mettra
de eet esprit, mince ct brillant dans un écrit,'moins il aura
de ner[ de lumdère et de chaleur. rr :;

thsr singulière gue cette identité de langase entre Horace


et tsufi'on_1. d'u1e part le poëte Ie plus brillint"et Ie rrlus sra-
cleux de I'auti-quité,.de l'autre.le plus intraitable partisai de
la prose qu'qlr produit le siècre prosateur par èxceilencc.
C'est que Buffon, sans avoir jamais écrit un ïçrs, fut, dans
son lmmeuse ouwage, un poëte sublime et virié; c,est
qu'Horacer en se laiss-ant empïrhr au vol de pindarà.'fut en
même,temps Ie gdnie le plus sênsé de l,antiquitd; c'est gu'enfin
tous deux se rencontraient ici sur leur tèrrain commun, Ia
vérité et Ia raisou. ;- -------'
,Iettre
_Ouirqu.elque sujet qu'on traite, firt-ce le dithyrambe ou Ia
familière, les càprices de-la fantqisie ou le délire de
la passion, I'art exige une certaine unité, un certain enchai-
nementr-une certarne harmonie, des proportions régulières,
un_e gradation continue; tout côla, sï vôus vouleziplus ou
morns apparent, plus ou moins rigoureux, plus iâ-che ou
ptus serré; mais, sans ces élément-s, l,art n,êxiste plus, Ia
nature même n'est plus représentée, sinon une natirrc ma-
-
Iade, les rêves d'un fiévreti, ael.at æâri, somnfu (;i

{t)c'est ce que rlrt fort bien andrr! chérier qui, à l'eremple rre B*lfon, nc
THAP. VIIT. t0l
Or qomment arriverà la disposition ? Comnte on es[ arrivé
à l'invention. Pour dispôsertes idées, eomrue pour les,trouvgrt
Ie rnôyen le plus puisÀant et le plus e{ficace, c'cst d'en faire
l'objeid'une inéaiia$ion co-ustalte e[ profonde. La méditation,
en révélant les rapports des choses èt des êtres entre eux, a
Erandement con
grandeme_nt invention des idées; en révélant les
contrifué à I'invention
iapports des idées,entreelles, eIIe contribue égalementà leur
disposition , .
le sujet soit vaste ou compliquér je reviens
u Pour peu que
toujours à Buffôn,-ouil eit bien rare qu'on puisse I'embrasser
d'u-n coup d'æil, le pénétrer eu entier d'un seul et pry-
mier effort de génie; et- il est rare encore qu'après bicn des
rdflexionso on ei saisisse tous les rapports. On ne peut donc
trop s'en occuper I o'es[ même le seul moyen d'affermir,
d'é'tendre et d'élever ses pensées; plus on leur donnera de
sribstan.e
'ensuite
et de force pai la méditation, plus il sera facile
de les réaliser par l'expression. r'
Le premier poino ar meAitef dans la disposition d'un ou-
orage, c'est l'rinitd. Voilà le précepte qu'Horace a miÈ en tête
d,el'Art poétùque :
Denique sit quorlvis simpler duntaxat e[ unum.

Oo a distingué plusieurs espèces d'unités: l'unité d'action,


,
distineue point l'invention de la.disposition, tl semblo avoir prévu daus les Jels
suivarits't'ouùes les folles iuaginations tle ootresiècle. ( fnventer, dit-il,
-
, Ce n'cst pag eDlassor sans dessein et eans fornre,
Des mertr'bres enoemis en nn colosso dnorme...
Délires insensés I fantômes monstrueux!
Ces transporls déréglésn vagabonde manier-
Sont I'o,:cès de la Eèire' et non pas du gdaie;
I)'Ormuzrl et d'Ariman ce sont leg noirs combttst
' Où Dartout sonfondus, la vio et lo Îrépas,
Lesienèbree. le iour' la forme et la matière
Luttert sans'êtrè unis; mais I'esprit {e lumiêre
Fait naitre en ce chaos'la concor-de et le iourt
D?éléments divieds il reconnait l'amouro
Les rappelle. et Dartout, on dobsureux intervallest
Seporc'e't mei en'paix leô semonces rivales. u

On oo pouvait erprimer dans uo langage plus poétique les avanLagss de Ia


dispositiein.
g.
t02' DË LÀ RUÉTOE|QUE.
RuÉronterrg.

l'unité d?ihtéiét, ltunité de mæurs, spdcialement recornrnâni


'dranre,
dées toutes ttois daas l'épopée, dané le dans lc romdn i
l'unité d9 do1, partout néôessâire, qui rend I'e sty'lu so"ù;i
analogue semblable à lui-môme d,un bôut'à'l'uutref
_1u'quje.to
g3ais. guJ tiCnt plutôt à I'dlocution qu'à Ia dlsposir,l$a'; enfiÉ
l'unitë d,e-desseùt, Ia plus important-e r Qui consiste à,8ta'blin
dans un écrit un poinl fixe auquel toût se rapporte" unubûu
uniq-ue vers lequel tout se diri$e. Arrêtons-nôùs à cÉtte sou-
veraine uiri[é. - , .' j ,:i,^ r, ii-l
. De qêT. que I'on ent_end aujourd'hui par les mots, uttitê
humanitaire, unité soctalerla loj communè quirégit res incrii
vidualités renfermées sous les noms colleôtifs ,-humanî$é.g,
et l'objet où elles tendent toutes pr" dæ cheminS
so'ciété,
divers, ainsi, dans un livre, I'unité de deisein indique,lii
pensée commune qui régitr l'idée finale où tenden[" soûs rtes
fo1rlJes et-p.ar des voies difrér.entes, toutes les penfus parti-
culières. Elle fair.apcrcevoir, entre des faitsïisparates au
premier co_up d'oeil, le caractère général qui perhet de les
rapporter I'un à I'autre entre dés personna$cs divers 9 Ie
;
point _de contaet qui les groupe, cômme am-is on somrhe
ennemis, audour d'une même idée. ce trait bien ddEaEé'.,critte
idde énergiquerirent conçue devient, en quelfue roitui,l'aséve
qui circule jusclue dans la moindre-feuiile, i'âme qrii vioifie
tout lc corps:de,lfouvrage" mens aqitutmolem. ir . ,,,,u
. L'dcriv-ain, idit Fénàlon, rloi[ re"rnonter d'nbord à un pre-
mier priueipu... De ce prinéipe, comme du centre, se rdian-
dra Ia lumière sur.tout-cs les-parties de l'ouwage, Ue m'ême
gll'un plintre plaee dans son tableau le jourrln sorûe quê
d'uu seul endroit il distribue à chaque pir[ie-son tlegré'de
lumière. Toug discours es[ gl, it se rédïit à une seulb piu;
position mise au plus grand jour par des tours variés. ie0té
uni.të il,e tlessein falt guion voil d'ud seul coup d'æil I'ouwage
entier, comme on voit de la place publique âoune villc toutÉs
les rues et' toutes les por[ei, quând lés rues sont dr.oitesl
égales ct en sypdtrlel L-e discours est la proposition ddvolopi
pée ; la proposition est Ie diseours en abrégê. n . i,,;,'i i Ir ..i
llais là. eÈt la dilficulté 'afssi bien qud le mérite;.Eaire
I
F
I
t
!

oEÂP",,VIII,. r, {0F

.iqr$in d'cu rt pujç[ cetts penséo u niq uç tl u i 1on, Qst rf ârng' n]qpPèr:
iiçni,quiUri g+î ie- féçorid e par I a niédi tation I E tl'non'.geu I ement
ptù At*riofins v parvienient, mais il n'es[ pas même -dgoo{
â,tàutllceteur de iaisir , là où elle se trouve.r cette. unité.qui
qiootB,fu't''uvrage, quei qu'il soit-, dramatiquer'u oratoire,
Ëismriqne ou pti'ikis,iphiqire, une haute valeur et un puissaut.
intérêt. . ,; ,,
,; j

" Je miexPlique.
ià i"rg6Âià, d'Athalce présente autour du personnSse Prinr
eioal les,iaractères variéi de Mathan, de Joad, d'Abner, de
Jo'sabeth, de Joas. Ntais plus on en pénètr_e I'esprit, rnieux on
compten,l qu'il y règue en outre, I'uo F.oo! à l'autret une
.to-it'é qur Id poëie a ëxcellemmeni formulée dans les dernicrs
fB[$:: .'1 i

'-f'ri-] ::r
AoDrenez, roi iles Juifs, et nnoubliez jamais
-t I'i:i , Oirà les rois dans le ciel ont un juge sévère 1
:
Et' !". i]linnoeence un Yengeur, e[ l"orphelin un pàre'
' i

egi ,:[' ,, ,: 'i, l] ,--entre


', ,', ' ,. -.'
6ilr,la terre. la lutte entre le bien et Ie malo Jsad et
Àthalie: voilà Ia varidté d'incidents i. a1r ciel, I'eil dqlq Prp-
Vi*ànCe5 inqessamment ouvertr.el, dlotÏ pentqntr corppe aulqgt
àÈ--oy,ior glorieux, ses éteri'els ddciets .: voilà'l?unilé.dç
des5gin.
'Iiôssuel
'-' ,,,,:."i- .:"
"
l'a mise dans I'histoi"e, comm-gBqcino surlethéâtre'
.Dominant:du point de vue d'un'père de l'Eglise tout l'ensem-
ble des faim hïmains, et les enChainan[ I'un à I'autre avec
unu *e"vrilleuse puisiance de génie, i! leur assigna pour loi
Unique et dterncile leur concours à l'accomplissement cles
desE'einsde Dieu sur son Eglise. Si cette explication rlous
parait contestable ou incomflète, si Yico, Herder et notre
;iè.t; cherchent ailleurs la'clé des événdments, l'idée de
Bossuetr. parfaitement en harmonie d'aillegrs aYec. l'Olini-o1t
de son êpoque, était en nrême temps éminemment propre à
donner à'soir liïre l'unité littéraire. De là vient que-r.malgré
llimmensité si variée de la matière, le Di,scours su,r I'histoire
, tenriaeiie,lle semble avoir étd fondri d'uu seul je[, tant toutes
: lff,;Partics sont étroiteurent lidæ.'Ftohp,nvoziqlne' cettei'lu-
t0&
sion savarte n'ôte à aucune des trois grandos divisious do
lbuwaç son carâctère propre et spéciaï; elles n'on0 de eoù.r
mun, outre I'éclat et la majesté d'tine ex'pression qui rénonàr
toujours à Ïélévation de Ia pensée, que citte précieoroùoitéi
.dedessein. ' ' ,,,, 1

_ Daus l'éloquence rappelez-vousle Discours de cicdron,pou,r


Milon; dans Ia philosophie, l'Essui de Locke sar l'entànd,e-l
ment ftrurnain- Ici, tout se réduit à l'origine de nos idées;;lgrl
à_ cette propositioi t r, Le meurtre & Clodius fut un aate,
-
Iicite. i' Nous avons blâmd Ia forme brusque ei tra'chante desr
prè_m.iers mots de l'Emtle.. t Tout est biin sor[ant des mainsi
de l'Auteur des choses, tout dégénère entre l"r *ui"s âË;
I'hom_me.
' IlÏais, d'autre part, d"e ce princip, uo. fois bien
po_sédecoule l'idde unique qui circulejuiqu'à ie fin duvolume;
u L'éducation consislr-4goi à se rap[roôher le plus possible
de l'état de nature, à s'éloigner le plus possillld ds l',état'cle
société..'l Q-ge cette. prgposi[ion soit' ou n'on un paradoxe, ce
n'est iei le lieu ni dè la justrfier, ni de la comËattil;
pftqdr_éûablir qu'uq.e. éhose, ctest qu'elle communique au
F;;
Iivre de.l-..rr. Jacques l'intérêt et Ia rairidité, en lui donnant,
comme à l'éducation méme, l,unité dé desséin :.
L'unité de dessein bien déterminée, il s'agit de dis[ribuer
Ies grolpes.d'iddes, de les mettre chac-un en ia place, d'après
leur génération et leur dépendance, d'enchainer l'unî I'airtre
tous les annsaux, à mesure qu'on les reconnaîto sinon de Ia
nq." forme, au moins du même métal. Interrogez chaque
idée qui se prdsente, examinez si elle se rattache a"u sujet, au
but que-vous yous proposez en le traitant, et si elle y mâou
par le plus court chemin.
- Les idées principales sont celles qui ddmontrent et déve-
l,oppent le mieux la pensée-mère, la-proposition-résumé d'un
ecrr[. ues que vous les aurez nettement aperçues et dégagées,
vous pouvez vous mettre à l'æuvre. Moins sévère quu É.rhon,
je ne demando pas en efret que l,auteur, avant de'prendrelÉ
plume, .ait disposé son livre tout en[ier'dans son c'erveau. Il
:"qt qu'il puisse jeter sur-le papier les iddes premières; une
foule de détails viennent dani fexécution.
tuaF., ,vlrl. 105

Je ulexige pes non pltrs que, dans le lravail spécial des


divorses pirtiès, il s'asîujettisseà suivre ù Ia rigueur I'ordre
qu'it s'otri iracé irimitiveinent. Une fois.Ie :plan ,bien arrêté,
ii n'v a Drs d,inôonvénient à traiter tandt Unerpartie, tantôt
loaufre, ielon la fantaisie et l'attrait du moment.
* Il,, y a dans cette conduite, dit Condilluc, une, mirnière
libre qui ressemble au désordre,'objetssans en être un. Elle délasse
iË.ïrït" .ti-loi présentant des toujours différentsr'et
elte lui laisse ln iiberté de se livrer àr toute sa vivaeité. cepen'
àant ln subordination des parties fixe des points de vue qui
nréviennent ou corrigent les dcarts, et qui ramènent sans
à*ss. h l?objet principàI. On doit mettre soh adresse à régler
l,esprit. sais liri ôter sa liberté. Quelque ordre que les gens à
talent mettent dans leurs ouvrages, il est rare qu'ils s'y assu-
iettissent. Iorsqu'ils travaillent. u
nlÀir, âe quôtqoe façon qu'ils soy prennent, le résultat doit
,&rô iei que cha!1ue iàée èngendie en quelque sorte l'idée
suivqnte;'que celie-ci, en amànaFt.à son'tour une autre idée,
,uroe un riê*u temfs à la précédente d:explication ou de
ddveloppemeût. Ne perdez fas de+u9,'el efret, q,ue toute
propo.ition suppose trois quôstions à résoudre,: Ia chose est-
àll.l oo"tqudi'est-elle ? cômment est-elle? Il faut établirn
expliquer, âévelopper. Cet ordre s'applique à tout. Un exem-
nlè mettra mieux cette doctrine en tout son jour.
' Je choisis la prenière partie d'un des sermons de Massil-
lon" dans le Peti,t Carêrne, celui sur les Tents,tî,ons d'es'
orinils, ct je le choisis précisément parce que_l'enchaîne-
"ment .iet idé.t, en s'y ïéveloppant-presqu-e d'u-n- bout à
loautre avec l,eiactitud-e et l'aisânce oidinaires à Massillon,
n'v est cependant pas absolument irréprochable (').
îe textàesttiré'de l'évangile du jour t Jésus--fat.conduit
par I'esprtt ilans le désert Ttdur y êire tenté-par lè di,able'
' Dès liexorde, vous saisi'ssez s-ans peln-e lâ -pensée princi-
pale l rr Les grânds sont les premiers objets de la fureur du

(r) Voici le texte dc Massillon que j'a-i rlivisti pa|. paragraphes pour r1u'on pûÙ
lciippoltcl plus focilement à rtrorr anulyse.
{06 DE bA lrnÉTotrtQUË.
ddrnon; ils doiven0 done plus que tous rutFes,se.teni+en
-
gnrdecontro la tentation et ia eorirbottre. r,'Mais ce second
mémbrs. d-e phrqqe-r
-ce con-séquent reste sous-entenduS it
sera aisé de le déduire de l'enserntrle du'diseriurs; Ilr fauU
avan[ to-ut s'occuper de Ie preuve et du dévelopliement''ds
l'antéeédent. ; .,,,,,.-,1.,,i,*!, 1'

D'où loorateur conclut-il que tes grands sont lesipreniiéris


olijets de la fureur du clémôn ? Dc'ia eonduite au itsoin n,
l'dgard dc Jdsus, type éternel et universel des vcritésmoiare.sj
dans chacun des actes de sa vie terrestre. L'espriL èn'ëffet,j
ne cherche à tenter Jdsus que_ parge qu'il préioi6:sa grnnl
deur'p_Brce qug !a naissance de Jésusl ses- droitsià le-,ryou.u
Tgnne.' les prophéties qui l'annonçaient ne lul permetruslrprr$
d'en douter. Tout croyant adnretlra cette preuve saùs diffr.l
ctltd. Puisgue Jésus-Cbrist a étd tenté, lei grandé pe[vÈÈit,
donc l'être e[ Ie sont plus que d'autres. (Voyiz SS I et g.),
. lllaintenant, pourqiroi les grauds sont-iis lds prË"mier. oÉ;ots
de Ia fureur du démon? j lo parce quo teïr position'llufi
permet de les attaquer plus facilement ôt plus sûiement.qtib
les autresij9o parce que leur chute lui rêpond .de cbllu;ittg
tous eeux presque qui dépen_dent d'eux. Il semble, au
prq4ieq gppeçl, quç ce sgcopd motif, beaucoup - plus puisiant
quo -l'autrer. etit dû.être présenté dlabord ; mriis cdmmê,te
eç ï9r'gte9r,.déterminli pgr
illqs'ndredser'dtait de prdveirir les chutes des grands, d'esd
la nar_ure de i'auditqi*ç aUgupT
sur' Ia faeilité de ces chutes et le danger des séduetions â reur
dgard qu'il appuie principalement ($ 3). '
, ,,' '
'-'.'.
,
o r,'sire, les signes éclatants qul avaient aceompagné ta nalssance et les com-
mence'rents de la vie dc-Jdsus-chrjst ae pern-rettui"-nt par au démon d'ignorer
que lc Très-Éaut nc le destinât à de grand'es cboses.
a a. PIus il entrevoit les premièreJ tueurs de sa grandeun future, plus -À'i. il se
hite de tui dresser.des prégei.sa descendauce des dc .ruda. .À" àr"ii
"drs qrre, dan$ les derniers
courortne de ses ancétres, les prophéries qui anuonçaieot
l-emps, nieu-susciterait de la i"ce deDaviï le prineË de l"'pair et, le libé."ieui
de son peuple, tout ce.qul annonca le giandeur de Jésus-chriit arme Ia mlllce ilu
lenlateur co-ntre sôn iùnoconco. .' 'r | ,.
a 3. Les_ 6randÀ. sire, sonl les piemiers objels de sa fur.eur. prus erpàsés
-lcs'aulres hommes à ses séductions et â ses lirdges, il commence de"bo'nnô liôiio
àuo
prcparer,.er. comme leur chute tui .Epon,t ,i" p_iarl"{iJ'.g,ê.i'gii.;il#
l',teir,en d'eur, il'rassemble
del,cndent toùs ses treits pour les 1,erdi-e.
,107
cgÀp. vlll.

, ,Eûûn, çgpment le dérnon tente't i! -les gr.ands? Cornms


\ par
it, a.ænié 1Jésus-Christ, d'abord pqr le,.Plaioinl ' puis
tlàriûlet]qao ep dernier lieu parl'ambition; Cpltp ltiplç tenta'
tlqfl fqrmeia le plan natupel du discoUrs'ett.Ie',subdivisera en
hoisrbarl,ies [$$ Z et 5). Ne nonsoccupons que de la première.
'
Éitlit cerùîn que'le démon ait vu juster- e-t gue le pre-
mier dcueil de la vie des grands soit le plaisir ? sans doute,
can il est Ie premier écuell dc tous les hbmmes : emploi du
lwn,sanrç.. igmment cela? C'es[ que les autres-passions ne
éô,il6oetoppen[ qu'avec la raison; celle'ci la prévient.J$ 9)t
Mais,_le plaisir esi-il ln tentation en quelgue sorte privilégiée
dee enaÂds ? Sans doute, car, dans les autres homrnes, ce_tte
oassion. traversée par les obstacles, retenùe par la crain[e des
iiiEcnooÉ publics, pârtagée par l'amour de la fortune, noexerce
ou:ildemi
"''- son empire (S 7).
4.olÈUe est trav'ersriè-pai les obstacles. Développement par
hs.çotutra:ires. Au lieu d'expliquer commen[ les obs[acles tra-
ypf i.eqt I es, p I aisi rs des a u t ries hornmes, Ilofa te.ur,:s3,'ao ntentg
*OtiUtl" gue ceux des grantls n'éprouvenË point d'o.bsDac,les,
nà,iiilil aeieloppe par liénumération des partias., ary,qnaly se
1r,i'.i..r.i)". i'rr
'
!fl

.:'i 4. Choogoz; ces pierres en painsr'd.lt--ll â Jésus:CËtlst: i[fe.ltaqÛà'il'abord


pa, lJ pi"isirier c'est'le pr".f"ifi;!. qu'il dresseà lour ipuoceÈce;Pùisqùeoous
'Ates tà frts d.e I)ieu. aidute-t-il,' ilboierra sês anges pQ.af aglf,garder. Ileon-
diùue.ËCr f adnlation, ât c'est un trait, encdre pluÈ dangere-ui dôùt, il ëmpoisonne
Iaii Âàre. Enfinr7'e anus donnerai les rolaumcs du-monde él toutequ'il l?uPgÂofie:
iL.eoit pq" .l'u,r,bïtloo, et c'esL ta deroièrl et la plus,'srire ressource, omploie
rrii"i' *iôrirnher tle leur faiblesse.
'-;-5:-Àt;:il" ot"til" commeoce à leur corrompre le ceur; laâulation l'affefmit
rlans l'écaremen't. et lui ferme toutes les voies dô la vérité; I'ambitiun Goosomms
i."u,igË-""t et echève de creuser le précipico. Erposons ces véri3és imporkintes
aoiôs avoir imploré. etc.
lt::à:;;Ë iîË,î;i:""::'cilde notre iuooco.ce, c'est lo plaisir'.L,es autrer pa1-
rions plus i"rdi"es ne se dévetoppent et ne mrïrissent, poUr ainsi dire'r1u'avec
la
iaison': celte-ci la prévicnl, et nous nous lrouvons cor-rotrPus aeant P.resque
d'avoir pu connaltù c€ que nous sommeE. Co penchant inlorluné qui.souille -tout,
le courS de la vie des lrommes, prend touiourc ca Sourco dans les Premaèrss mæurst
lu nremier traiternDoisoiné qrri lilesse l'âme: c'est lui qui eltàce sa Pr€-
"'u.t
niière bËauté, eù ô'est de'lui que co-ulent ensuite tous les,a.utres vic-es. _: - -
. . o Z. tttais ce premier écucil de ta vie humainq
ilovignq compe. l'écueit priyl-
lËÈid des qrands. I)ans les autres hommos, cel'ta Pasiio,n dePlorsol€
ïd la vie
tt'Ë;à.-t son empire : tes obstaôles fa traveisen!;.la cruinte.des
e'i"-"ir qu'àîenri
àiiicôui's publics'la retieul; l'amo1r rle la fortune la pa.rtage' . .
Qqtre dour ($ 8),;et par leq iamblnhlægù?ôxomple

, riPouri la' Fqrfni to. rymd,trie d u dis_esur,{;1,i1 erif",i'fallu.loFmis


doute r quq ;llopposition' entre la con ili tiori'dôsregands, efu eans
.
d es a utres h oru me s erï t été n ett emen t dessi n ée dIæ- deux uwnts :
mais on pent dire, pou r j u stifi er I'écrivain ;,0;af orâ' qdnmËË
deeonclure l'une de I'autre, et qu'en laissantLeeip-tnbt?aùr
diteu{r l'ora [eur a aeq u is J e mdri te de la p r ë ciûoar. cuuul tequo
Ilan tithès e prêtant â d es développe-m enl-s pl u s, Iiniiladg mJ pil{is
gomplets d*ns les deux artiçles qui suivent, il poûvaili,l*e"dis-
pgnseq dela formuler ici, ei quel en Ia supppirianft.eiûsiltl'dr
côtt' pour"la conserver de I'autre, il a obtêÀu,;laluatôiûé{ e.rrn
r,. 9o'I"a'licence du eommun des hommos est lrôten$ç.rgan.rh,
-çrainte de.s discoqrs publics. Le développement sû'poitnsuit
nlr l'analy,se.ll[ais ici elle s'offre soue lesï_eux fecesï{dqias-
sion arrétég {]unç.pa1t- et
-modérée en dépit d,ells:mêm,p
(S t0) ; et de l'autreir.s'aba1d-o-nnant à tous sei capricesi::saûs
frein çom4q Saas crsinto ($ld). ,,r",,,i . .r[ i.,{rrri.
. :..-, ;'n' -. -,." ,t .

, n 8r, Dars lp
princer et dgoq les grands, elle no trofrve point rllqbstqctes..ou
-obstacles éujr-rûëriès, facilepent dcartés, I'enflammeni eù I'irriteni. ugiait
Ies'
quels bbstlcfu3ie jariials tr6uvés lÀ-dessris la volontd do ceux qui tiendén:b pn ieilfs
main-s, fa- fgqtqng . puliliguq ? Les oceasious prévienqent pr:esqup,leuiq.ddslrrl
Iour-s'regardsr si i'osg parlèi" âinsi, trouyert partout des crimes ôqi les attenâent :
'I'intléceuce'drr'.siêtle:et I'avilissenreot des côurs honoreut ciêmè d'éiosèS nriblicc
lûs à.l.trsils qûi r,éussisseot à les sédulre: on rend iles hommagef "iq*'ga"S:$
I'effrb-nierie li plus hboieuse : uu bonheur si honteur-est resa,:déîvçd envie.-au
lieu de l'étre avec er,écration ; et_l'adulafion publiqud couv rË I'irifainië'd drrdiii,ib
public. Nou, sire, les princes, dàs qu'its se iivreni au vice, ne connaissent plus
leurs passions ue trouvonr'.,P"'
l;Ï:i"Ïi'*lroi.tu"o'J.I"on-té;.et l.]T"t.d..,"itlî:
<r
9. veut,jouir desoo crime l l'elite de son ar,mée est lilentôt'sacriûée,
rt parlàPavirl
périr,lo seul térnoin incomnrode,à son incontinenèe. Rienige cirrlte ei
rier ne s'opposo aur passions des grands : aussi la fscilité des passions en devient
un nouvel altrait'5.devant cu! toutes les voios du crime s'apËnisseol €t tout ca
qui plaiL est bicntôt possible.
., (ro. La_cra-iutedp puhlic est uD aulre freiu pour la lieence du commun'des
bom-mes. Quelgue corrourpxes quo soioDt nos bæurs, le vice n'a pas êncol,e
perduaarÉi nols toure ba' bobte. Il r"oste encore uDe sorte de pudeui publique
Baus- force à'ld cssherà e,t le mobie- lui.rnême, gui sonrble a'in faire.Ëonueury
-guir
lui attechs pourtano'encore une.èipèce de flétrissule et d'opprobre. rl favorisÉ
los passioao, et itriimposa pourtau[ des lienséances qui les'[ênent: il feit des
leçons.publiquoe du-yice etde la volupté, et il erigdpourtait le secrel:èt.uns
sorte de monagemoEL de.ce[x qui.s'y.livrent. . 1... : .
.c rt. Maie rles ptluces etler grauds ont secoué ce ioug: ils ne font per etsër
LH.ÀP.. Vul. {09
Âmétons-nous au $ 12. Jusqu'à préscnt, vous le voyez,
Ies idées ont été succéssivemenî aminées ltune par I'auire j
la première a toujours contenu la seeonde, cell'e.ci la troil
sième, et ainsi de suite. Mais relisez lei deux derniers
pfl.ragrâph9sr 9t_ vous vogs apercevrez que le douzième ne
-prÉsente plus à leur égard cetle rigueur ile conséguence gue
vous_remar_quiez prdcedernrncnt, Il renferme, sans dorite,
ulre''hsute ïeçon de moralité pour les grands-; le prêtre a
faif :sasement de Ia saisir et ile I'expriùer; mais liorateur
gryitdù lq préparer autrement. La pensee 6e rattache bien
à la dernière phrase du S ,l,l : u Piesque touiours
-grandsdeve-
nus les-seuls objets dc la eensure publique, les sont
les seuls qui lïgnorent; r mais ell-e se rataache ulniquemcnt
à qette phrase, et non pas à I'ensemble du paragrap[e. Nous
sarisissons rnal la liaison entre cette idée : u lls-ne'craignent
pâsultn public qui les.craint et qui les respecte, et, à Ia [onte
dn siècle, ils. se flattent auec raisora qu'oi a poui leurs pas-
sions les mêmes égards Qrlg poun leurs pelrsonnesr ,i et
celle-ci : u Atrisir,._.-_ceux-q_ui leur sont soumis se ven$entde
la servitude par-la liberté -rles discours I les grands seËroient
tout permis, et-lton ne pardonne rien àux grands. n Encore
une fois, Massillon a parfaitement raison, il dnonce une vé-
ritd, et une vérité.bonne à dire; mals assurément ses pré-
mioses, au Iieu d'amener cette ôonsdguenee, semblaient en
pronettre une toute contraire.

de cas des.hommes pour red.our,er leurs censures. Les hommages publics qu'on
leuË read les rassuront sur le mrlp-ris secret qu'on a pgu_r eori Iti ue crai$nert
public .qui les_craint et gûi les respec-tc; et, â la houto dn siècto,'ils sa
B"l-"1 avec
ilattent rajson qu'oa a pour leurs passions les mémes éAards que pour leur
pcrsonue. _La distanco qu'il y a d'eus au peuple le leur màntre riansiua ooint
de^yue si éloigné,.qulils le regardent comme s'il n'était pas: ils ménriseni dec
ttaits par,l,is desj loin et gui ne sauraient-v-enir iusqu'à eui; et, piesqire toujours
dev€trus les sculs objets dela censure publigue,ilJsont lei seuis qu'i I'igooient.
I,t,r. aill.i:.plus on e,st grand, plus on est rodevable an.publicl L'dltvation,
délà I orBueil de eenx qui nons sont soumis,les renl dos ceaseurs plui
-sI_rIlTr:et plus..éclairés de nos-vices : ll s-embl.e qu'ils voulent regagnen p"i te"
::l:I* qu'ils perdent par_t: soumission; ils se vengent de le-sËrvitud.e par
fT:,ï-.":,",u
ra ltserté dos discours. Non-, sire , les grauds se croienf tout permis, et o_a1ne
q.aldonng rien,aur graqds; ils vivent coËme s'ils n'avaieni poiâia" .plirar.ad.s,
el cep€adarr0 ils sont tout seuls comme,le spectacle éteruel'du;reste âela terro.

t0
,l l0 DE LA RHÉTONIQUE.

5q L'ambltionlet I'am-our de Ia fortune dans les adtres


hommes partagent I'amour du plaisir. D.éveloppelnent se[t'
blable au'précËdent ; opposition-entre la situation du commun
a*. no*fies (( {5)'et ielle des grands (S {A), traitée des
dc ux cô tds pnii' énumération rl,es.p artî,es. ilfais_ n'ou bliant,pfl !
ou,il s'adreise spécialement ici aux hautes classes de la so-:
;ffi;il;:-;ta;uttà des autres hommes, ce n'estquerdtrns
i;;ilrd;rri.oireit pour faire ressortir la position d.gl srqgds'
itïri* s'arrête plus longtcmps sur ce_s derniers; r| exptiquc
quel résultat produit chez eux, dans le domarnc de ta- pâs-
;1b;, ;;Fitiieg. de la naissanôe qui, -leur avan! d,onn$ !o.ut
ir ru:rto, iror pËr*et de sooccuper-exôlusivement_du .plaisir;
sans en'être distraits par les soins de la fortune. Cetépibode;
,1b, esi plus naturel et plus logiquc.que celui
ffi-.*"pr1e $
Ë"i rr-"ietaaË. t'toossi', qui le comnùnce, e1t-m;eux'place
due I'aihsrl de tout à I'heurre; car il est la conséquensr'ns
Et
Ëtu, O'oor seule phruse, mai6 du paragraphe tout entier.'
i';61r1ttr de Salbmon,'qui courolnne-ce[te première partie i' ,t_ '

a 13. Enûn. l,ambition et l'amour de la fortune dans les autres hommgt FÎ.,'
t"À"ii'i*Jtii à;-oi;i;it. i;".oiot qu'elle exiSe sont autant de mômeuts déhbhÉ8
i"il"""riiriiijf,Ë" il;;;"-."r, J;rûilàf, ,moins dos passious qui d.e tosr
sages et m-esurés
;#"r;;to;; ,gtg loîrt*iu't oo-ou t"o.àit allier lçs -guvoments
;"Ï'itï#; ;T."i;îiJ" i"i"".t"' "i
presque toujours 19 fÉ1lng9P.ent et'les
exrnavàEances du vice; ," ï" .àt ta'débiuchi a tofjo-urs dté.I'écuiil.iné-vitablg
àii aieyt"riËi Jiïrqit'ili i.r pt"i.it. oqt arrêtébien- des espérances de fortune
- I'ont'rarenieut, avancée. grands,-qul n'ont plus rien à ilésirer ilu côÉ da la
et
; t4, lf"ii fur p.io"u.-iiIu.
forlune. n',v trouvent qul g'ên"e leurs piaisirs. La naissance leur a tout
aî'ilËi'rË iË;; ;il; "i"o i;t "o.rT
iô"r"i .p{" aiusi tlùe, d'eur'm-êmes ; leurs ancêr'res
ont travaillé ooo, piuiri" a'.ui"ot, pour ainsi ilire, I'uniquo soin qui les
"or;'Ë
;""ù;; ii;;"'r.poruoi.leieur élévation ùr leurs titre'; tout le roste est Pour
-*.trË.-i;i;i
les passioqs.
les enfants des hommes lllurtreg sont d'ordinaire les s-uscesseurs
au.Joeâi.les hoooer* -d-";iio J;i;;;;ères1 et ue lo sont pas de leur-gloire.et ilq
iliiffi ;.- ttË;"tt;; i uiirio"" les met -en'posses-s i oo lis empêche
;;;r; ;i;.i" t'"" ru"il* ilignes : héritiers d'un graud d'une -nô'm,
il leur Saraît inutilq
.ù;;l;ir; à eux-mêmËs; ils gorïteul les fiuits gloire.dont ils n'ont
"o
oas eolïré I'amertume; t" i""i"t lei travaur de leurs ancêtres deviennent le tit'rd
à"i"t"ïîJU"J;;r e;i;;; ois"iveté; la nature a tou-t fait Pour eux' ello. ne lalssd
;i;.-;;";-;-i;ito l'époque glorieu-so de .l'élévation d'und
""'-Aii-ù;-"i'.""i.rr
i;;; â;;i;,, ;; ;;;;;;rèi, elle'même,''oi's uË In'tisne béritier' I,o sisnlr d!
sa décadencoet de son opprôbre; los exemples là-dessussont de l,oule' les trallop!
;;;;;;;i;-iiè"1u.. " '"""'n
CEAP. YIII. ,,tl
(Sl6).avec une_harmonieuse majesté de dictionn confirme
une vdritd morale nonmoins impôrtante, et plus savamment
anrenée que celle du $ 12.

I'essai serait singulièrement utile porir habituer nôs jerrnes


ge-ns { bien disposer à leur tour ierirs propres idées, ri à ht
faire dériver l?une de l'autre. Il faudrÀit ri,abord leur mettre
Çnlre les maing des passages de peu d'dtendue, extrai[s des
autsu'rs lg plqs -irréilroch-ables sôus le rapport de la dispoçi-
tjoa d-e Bourdaloue, par exemple, de wtasiillon, de Buhon,
de Rasjrc surtout, si allmirable ilar le tissu de soir style. pui[
ils attaqueraient peq à peu des ùorceaux plus considérables,
des diseours, des dissertations, de longs-ehapitres tout en-
tiers, appartendnt toujours nux élassiqueiles plûs scrupuleux.
Ds là ils passeraient à des écrivains é-galementrernar{uables,
muis cbez_qui la liaison des idées est Àoins manifesteipascal,
S"ossuetr Montesquieu. Là ils cherçheraien[ à sqiÊir ou à rat-
tacher-lefil parfôis briséou mêlé, du moins€n apDarence.
Enfi n, lorsque leur- jugement, fortifié par loexercicti ôt l,expé-
rien-ce, auraitacqu-is la rectitude et la Àohdité convenablesl le
professeurleur présenterai[ des compositions d'un gorït rnoins
sévère, d'un trava_il qoins exguis; ili y verraient àux-mêmes
comment, pa1.le. défaut de mêdimtion'ou pap lF re,cherèhe .te
ces pensees déliées et fugitivesr oue Buîfon comnarait aui
fèuilles du métal battu, il àrrive ftuà les parties d,uri,écrit, sont
gaûchement jointes etrire elles, tês chainons mal âgencés I'un
à I'autre, et la trame du discoûrs souvent interroËpue.
Pour bien comprendre cet artifice de la dispoiition, il
suffirait de comparer un discours d'Isocrate, p*i u***fk,
à un discours dè Ddmos[hène, même dans ûne traduction.
Démosthène porte au plus hauï degré le mérite,de I'enchaî-

, <r t6. é"lomoa avait porté la gloire de son nom iusqgiqux e*lrirçitér ile la
terre;-l'éclat et la magniffceoce rlo son règne avaienf suipassé d" tous les
"uo* et voit dir
rois d'orient; un fls insensé devient Ie iouet de ses nroËres-suiets.
tnibus ee choisir un nouveau maltre. LËs enfants de'Ia'groireËt aL ta magni-
ûcence sont rarement Ies eufanls de ta sagesse et de la æ ii or"ro.,u
on .u"cè,Ie,"it
plus ra-re de souteuir la gloiro et los hooieu.t .orguui, "Ërto, qoà a.'tut
acqndrlr sol même. u
{ls DE_[A nf,dTOnrQUD.

ùement dcs idéosrtet jo doute qu'aucun.écnivai,ii,l'Cgalc sous


ce ryapport..On poumàit encore analyser cil ce s€nsluelqucs
morceaux $,g,,p-pdgie, réputés classiques, panee que les,déiails
en sont réellement admjrablesr
-mais qui ne resisten_t pas à
I'examen de quieonque s'attachri à la liaison des iddes, et vettt
voir un ensemble, une suite, une certaine logique, même
dnns les transports les plus cairricieux de I'imaginâfion; , ,.

Un seul cxemple. lTl.-de Ia Harpe cite l?ode dle J.-8. nous+


seau c?, comte d,u Luc comme le vrai modèlc,de.lu,ffiarahg
de I'ode; pour I'ensemble et Ie style il ne connaît, rien de
supéricur dans notrq langue. En partagean[ I'adrniration du
professeur du Lycée pour l'exprèssion-et lobarmonie.de ce
morceflu, nous sommes Ioin d'en regaÏder Ia disposition
Gomme irreprehensible. Cette ode se ednpose de l,reite.tfois
strophes, dont voicil'analysel que I'Clève véuille bieq llsuivre
sur le texle qu'il trouvera partbut. :- :,i
Comme Protée ré_siste au_x prières des nortels, strophoill
et le prêtre de Delphes au-Dièu qui I'agite, stropire 2i ainsii
-veut
guand_ I'enthousiaôme podtique Ë'eniparei" de rnoi+ jé
luttc lon$lc_mps-pour échapper è sa puissânce, strophe Ë,
mais une tbis vainqu€ur, il m'onlève jusqu'au sublime | ".r,,.,,.
_g
l'ilb
', '! --
Ce n'cst plus un mortel, c'est.Apollon lui-mêmc
' 'i:,'ii')'';
uut parte par ma vorx. .
.r-' i'1l,li'
Str.4.
,t,t, i-: r,"!
Âssurément ees quatre prenrières strophes sont.sd$ireL
bleÈ, mais je rctrancherais la cinquième, toùte gracieusoqu'eh
est la forme et I'expression : rrr
.l , .rf
Jc n'ai point I'heursux don de ees esnrits faciles.
Pour qiri l-es doctes sæu_rs, caressantès, dociles, '
, _..!

- Ouvrent tous lerirs trésors, '


, ,.7

S-1gui, dans la douceur d'un trauquille ddlire,


Nndprouvere^nt jamaisr- en maniani, la lyle, ,',É
Ni fureurs, ni transpol'ts. *''lj
,( i -1'-l
Cette stryp4e n'ajoute rien à I'idée, et loin d'nme,nor !a
suivaatre, elle la,contredit pâr ovanqe. iEcoutez !,i,... r,{L- r, r..4
0EÂp. vln., ûLU
jrl{-}b, lDqgyéillçerrdl.cs tmyûttx rrrn faiblodenrslétonnCIu f,-!lr ,ri;,.r,,i, r

r.irrrri'Apprenotgfyle^llit
.!.. I.I *-:l:^{t: j_e__ta!o-nqr : ! . j rr.,,{,'!
rron[Doussutvonslacour.
.

'.llj;j-,].Nertous";;li;ïil;ïilËi#iia*vlvcflaiir'mÉ.,.-.ll",-.
" 'lr'tl Dt cecailes de feu qui ravissent
une âmc . ' .' ; ,r.r-'.'i it'i''
.iu*ç Jlr ,.:,".','.i,; *u cdlcsts séjour. ':,, , îri'r i1[' !::.Ji! - ' .-'
t:r[fi:J!"1, ..r.rf Ii rr, i r [1;r,r'-i-"- 1=,

Commentrqp.fait-itr que les doctes sæurs ouvrent toucleurs


êndsor.s ôfrertains esprits faci,les, qu i n'éprouvèrent ja mæis de
tryogspgrtb, puisque, d'ude autre part, Apollon ne vénd ù ceu s
Quisuùuamt sa cou,rr- g'est-à-dire au poëte guel gu'il soitr les
ûmiæ rdollement su'blimes qu'au prix'des veilles et des tra-
sau&,? Les trraits d'Apollon-sont ïonc au[re ehose guo le$
,trdsors-des doctes sæurs?
- Mais, froid
gulunerréponse ironique à I'dcrivain
dites-vous, ce.n:'est là
et indolent qui se
?,t'oirâit poëte pour avoir rimé quelques vers faciles. Je Ie
veul bien, mais il fallait Ie faire mieux sentir, et de toutc
,$ruiQrg il'reste quelque chose de louclre et d'inoomplet
,duns ldpensée. Poursuivons. ;i',,
-'i Il'. faut donc nécessairement cles veilles et des trayaux.
Gest'par là qu'un proptrète fidèle allait chez les llieux inter.
roger lo sort, strophe_7. Quel est ce prophète? Isaïe? mois
alors pourquoi chez les Dieuæ ? et plus bas, profanunt la
retraite d,es Dteur? Prométhée ; Tiiésias. 'ouî tout autrc ?
alors pourquoi f,ilèle? allusion obicure, à uion avis.
C'est par là qu'Orphée retrouva Burydice, strophe E. De
-tstrp,,.mirqples ne se renouvellpn t pl us;, s tnophg I nô,h I .si j lqyais
Ie même pouvoir, strophe {0; je n'imiterais ni ce prophèto,
ni Orphée, strophe { | I j'irais dire aux Parques que vous êtes
le plus juste et le plus généreux des hommes, et qu'elles
doivent vous rendro la santd, mêmo au prix de ma vie, stro-
phes l2-18. Je réussirais, s[rophe {9. Dès lors vous jouiricz
d'une santé toujours florissante, strophe 20. ITIais, hdlas ! il
n'en est pas aînsi I et les Dieux qui donnent à bhacun une
part égale de biens et dc maux, en t:ous douant de talents
et de vertus, vous ont refusé Ia santé, strophcs zl-z&.Qu'im-
,porûq,Éu reste? ce qui yous donsolei biest quolvotf,e Dom
seru imnrorlel, l?avenir connaitfar fos,ilmdritosiet vriu hauts
40.
ûf,e DE LA nÉÉlORtQUE.

faitsl s[rophes 25-28, Mais qui poûmâ les rasonter tous -rl

dignemen[? strophe 29. i

Jusgu'ici, cortrme vous voyez, à l'exeeption de lastrophe 5 i


et peut-ê0re de la strophe 7, la marche de l'otle se poururit
à Ia fois régulièrernent et poétiquement, et eommelertains
développements sout magnifiques d'imagination et d'expres=.,
sion, le poëte a su coneilier Ia logique ayec ce beau iluarilre !',,

qui doit étre un efret de l'art. lTlais comment cxpliquer Ia


fin ? Il a demandé qui saurait louer dignement,le comte du 1

Luc. Ce n'est -pas lui, Rousseau, strophe 50. Il est peu propre '
aux efforts d'une longue carrière; je comprendi ce sonti. '
ment de modestie; mais il ajoute qu'il est poëte inconstant
et rêveur1,

Sans cessgen divers lieux errant à loaventure,


Des spectacles nouveaux que m'ofrre la nature.
- llles veux sont riiavés :
Ed tantbt danslles bois, tairôt dius les prairies,
Je promène toujours mes douees rêvenes
- Loin des chemius frayés.

[Jn instânt; je n'y suis plus. Et gu'est donc devenu le


Pindare de tout à lTheure, Ie poëte c1ui, prenant sa mission
au sérienx, luttait contre le Dieu, et né cédait enfin que
pgur laisser Apollon lui-même parler pâr sa voix ? On le
dirait maintenant au nombre de ces espiits faciles. dont il a
avoué ne pâs avoir l'heureux don. Ei puis' que Éigtrite ta
strophe suivante ?

Çelui qui, se.livrant à des guides vulgaires,


Ne détôurne jamais des rout-es populaires
ùes pas lnlructueux,
llarche plus ôûrement dans riue humble camoosne
Queceui-qui, plu.s hardis, percent de la moritf,gne
Les.sentiers torl,ueux.

Vous voulez dire probablement que celui qui nc peutfaire


un pas sans suivre un guide, et un guide vulgairè, réussit
mietrx en marchunt clans la campragDe, c'est-àldire en trai-
CHAP. YIII. {I5
-tant des sujets unis et faciles, qu'en,perçantles sentiers ile lo
montagne,i'est-à:dire en s'aitdquutti à des sujets plus éler'és,
h l'éloge du comte du Luc, par exemple. Mais à quoi revient
ce[te réflexion, puisquevous n'êtes vous-mêrno ni clans l'unc
ni dans l'autre de ces Catégories ? Vous n'êtes pas de ceux
qui suivent des guides vulgaires et ne détournent jamais
leurs pas des rou[es populaires, puisque vous vous égarez
toujours loi,n ilas chemtns fiaués, D'autre parû, vous no
percez pas les sentiers tortueux de Ia montagne, puisque
vous ne faites qae promener aos rhterî,es il,ans les prairtes et
les bods.
Quant à Ia dernière strophe, si pompeuse de forme, elle
ne fait, comme pensde, que ramener asscz guuchement l'idéc
de l'exorde. Le dirai-je? On croir'ait presque quc ce morceau
a été fait, à plusieurs reprises I le poëte aurait d'abortl écri[ le
comrnencement à part, mais n'ayant pas trouvd lratière h
toute une ode dani cette scntence pourtant si {éconde, /e
génie ne s'acqui,ert qu'd, force de tràaqil, il l'aurait ensirite
ienouée à l'éËge de'son'protecteur. qua'nt à ce dernicr, jc
ne yeux pas chicaner le poëte à son endroit. ll est bien cer-
l,ain qu'aux yeux de la postérité, la santé du comte du Luc
ne ruérite pas un tel enthousiasme, qui Ïre ,senrblerait con-
venir qu'à propos d'une maladie de Louis XIV ou do Napo-
léon. Mais en accordant que Rousseau erit eles rnotifs légitirues
pour placer l'ambassadeur en Suisse au rans des donrinateurs
ou des bienfaiteurs de l'humanité, son ode n'etrt rieq perdu,
ce me semble, de son éblouissante et harmonieuse poésie,
et efit gagné comme logique, si son plan eût été à peu près
celui-ci :
Il est des génies privilégiés qui, une fois domiilés par l'en-
thousiasme poétique, font des miracles, Orphée en est un
exemple. Si j'étais un de ceux-là, je demanderais au destin
la santé du comte du Luc, ou du moins je lransmettrais sa
gloirb à la postérité. Malheureusement m-on courage e[ mon
talent ne vont pas si loin, et c'est ce que je regret[e et comme
poëte et comme ami tlévoué de mon hdros.
Au reste, si l'on veu[ voir I'idée de I'inspira[ion poétique
il(; DE La nrÉTonlgur.
traitde pâr un écrivain aussi irreprrchablo dans la nensdo
quhdmirablo dans la forme. qu'on-Iise I'ode de f,anartine a
PEnthousiavne; c'est la l16 ùéditation, r,
.*. . .1

, x.[ iiil[:T-.i'-É,ÀÏt;t I

{ e'&0.tpeffi5i}'g.ii, ,1Èâôtt?,:ii(':rtirt'! --- .14&I'rIûOfAXU e,f ElC {.


â*{4,agtn
-ù...r1:.[.+é,crfr , e.-:lr rt-,"f'I
i

âud 'rrrcq onoïJraTmlig"to sr,lùrT nqi'rrli"lrX "rirori lfuo aei'g6r as.f i

-iiril c ueilr;raolcolfl ,i'hrtl:,:,i[.,,lui rmi,.';r]r{i:nrr xfu u.ritrn'iaitea'n[;


"t$roq s\'riuia înaaÏ. nr.,e rb sfu-llfiurslûfpai,fi
,rilf.ri'! ilitôq eJtec ebi
llliriibJ.ioqrtnl-IUtn(I"rsfi@r.u.,igrl;ippr.l3$rcJuoTj
".ru$ls r scnim al.r Ju $oilis1r.frri,5 :t[r lrttrlfir rrJon ccvnl
.fr::r rr,duJr;u
tiË'rrlrsiln auoa rnoiriltxo 5lirrurn o[ arrollà auon iâl
"ar.nl:rrl
*mrin'rnrô srlonie$iA .egrlun ùncift"ll,eu,ig;..r'r +i'{t Ac ,Jnsrnurluo j

r:Jc Ë* o a[[e'np ss sb lislrvruaasr ra ri,.;ritv fi Jo arlîennor S


$o u'rbroalrb ct in.riov rils'np e:r no"rlu;r.rigi,nf'I "inq alrbuor s5

g61frt3f! ec{B$r ,e.;[lslr1''. .rl#ii.izl,-r.,lrT er.loV '.


".ii,r.ri" ].+x[1j1r7
qi
i

-Èx'r{i ss[x iiuo auiJ'tcqq'-"


aoisre a+ii;r 3"jt:i-;i,,i i]i.t fu -*:.:i'r$i.:Ji', g "i,f
-t,rotnn:r*j.]ib
;rirr.i3
ï r,i;liil,
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CTIAPITRE IX.

DE LÂ Drapostrrloly, pRopoRrlo8ls, EIGR,ESAIOEIS,


-
T&ÂNsrTf,Orvs n venrÉxÉ, -

Les règles ont pour prineipe notre orEa'isation, po* but


la satisfaëtionde hos besoins inrelteciu;Ë. a faiÊ M;;Ë;ïi;;
de eette vérité l'idée fondamentale de son rssoi sïr Ie qoû,t,
Toute règle qui ne peut se justifier par un rapporr diil;i
avcc notre nature est chosc de conventibn et de miàce valeur,
si nous étions autrcs, le monde extérieur nous nffect,erait
autrement, eG les règles seraient autres. ainsinotre ârneaimc
à eonnaître et à voir, à se ressouyenir de ce qu'eile a vu etil
en conclure paT I'imagination cc qu'elle verrai le désordre eg
Ia contusion laissent en elle un sentiment de fatieue et d,ina-
nité, et cest d'après eette constitution de notre Ïntelligence
q_ue Dous veDons de demander l'unité de I'ensemble et"l'en-
chainement ra[ionnel des id,ées. Le même principe nous gui-
dera dans lcs autres ddtails de la disposition'.
4 --- -
Yous voulez sayoirr. par exemplè, quelles
legles peuvent
déterminer l'étenihce d'un ou'rage e't des parties"quiie com-
posent. La Tature vous lcs indiquera.
.. tr p1.,roière, c'cst que l'espiee- à parcourir soit propor-
uonne a ta mesure dc notre attention. Trop vaste, il fatigue
I'esprit et lui échappe ; trop resserré, il Ie ïatisfaii mal. T,es
épopées mythologiques des Indiensr-Ies qystères du moyen
âge avec leurs soixante et quatre-vidgt milie vers, prusieïrs
{{8 DE LA nEÉlOnIQUË.

rotrians du xvttusiècle et du nôtre pèchent contre.cette loi.


ô*t"ior .lrégér, mauuels, résumés, compenili,urtt,, la violen t
-'ilîrôo6e
également en sens opposé ('). r,
règlei 'coest'que les parties d'un écrit
-diver_ses
aient entre elles iné juste giroportion Il esldes auteurs.qu.'ir'
àÀoo"tés Dar une pr"emière fbugue, ou s'abandonnant par'
iotâr".if rr' atrr éea'rts de leur rËagination r-laissent prendre
soit aux idées qui s'offrent doabord, soit à celles qul leur sou:
rient davantagô, un développement auquel le,reste ne cor-
respond pas. bi dirait de-ces caricatures ou le dessinateur
jambes de
ier;i;,i* têt. gigantesque par un-corirs 3t drylesquelles
nain. ou encore d"" r* plantËs exotiques dans la
;;ili.": or*issant oubliei ses lois, fait sortir d'un tronc g-rêle
-
ftrËit'6 der b"anches interminables et des appendicgs
"|
monstrueux.
--Ï;à*o"a* 'i'
d'un discours, loexposition d'un récit -ou dlun'
drame doivent être dans'un jirste rapport d'étendue avee
l,arsumentation et le corps de-l'ouwage. Souve-nt- le lecteur
il,ï;t*g ri prr conséiuent fastidiàux ce qui dans le fait
n'est que disproPortionné ("). - '

Il nc faut pas oublier oriti plus ies dimensions proportion-


,,.l1,f-dù iàr aior*res for-mes employées.dans un écrit.
Vous.droporr", par exemple, un roman. La forme naturelle
ln nar'ratioi i mais po,ir ,lonner plus d'animation à volre
"ri
tivle. Dour v ieier de ia vrriété, poïr mieux faire saisir les
intentions et lé caractère de vos héros, vous aYez recours au
Ai;i;g";;vous cédez la parole à vos p:lsonnlges' Rappelez-
vous"alors que eette nouïeile forme-introduite subsidiaire.-
;."t aoii ,{t"r en proportion avec les dimensions du réft.
(r) J'al vu les annales drr monde etl'encyclopédie de t-outes le-s.sciences ren-
f"r[e"..'.i-JîpËtîi't"r"à"-il;8. b'"utiu pït,-.11 n'1 Pap fallu moins de
;;î;;ir;r fui-hono"able bennuyer pour éôrire ltistoire de la seule et uni-
;;: ;;Ëa; r"*iii;ï.,lq"o ioriÉ sièàte; it allan enramer ceue époque er le,
ioSu to-u, quand la Ëort- s'impatlenta et I'arrêta'
fe) c Les lonsueurs. illtM. dey, sont des parties tlisproportionnées acec I'eul
r.àûr.f," oi";T;;;T;;;se, ou'm"l ttistribirées dansioriionnan-cedudrame'."-
il;;ilÀ'l";*;;r;;;;;io-ildfaut rlo proporrion ou un -vice ite posirio.n: les
;il;;;b;r prri.-âl.t"siôns convenabiesi ou elles sont hors de leur place o
ctraP. lx. {{9
C'estuno règfe qgbyblient pl-usieurs des romanciers actuels,
ceu_x.surtout- qui écrivent d'ordinaire pour le théâtre; il6
multiplient singulièremen[ Ie dialoguel l'habirude dê Ia
scène les emportc à chaque page. C'est une faute, à mon avis.
On a remarqué, que les rnai[res ne donnent en général au
dialogue que le quart ou Ie cinquièrne de leur cadîe.
Point de sévérité outrée cependant pour tout ce qui tient
-parties. 'Défendre
aux proportions des diverses à ltcrivain
eette libertC d'allure, ces écarts d'imagination qui vont si bien
à ,oebtaines natures d'élite, c'est aftchér un rigôrisme nuisible
au talenû. Loin de m'opposer aux développements donnds à
certaines idées favorites, benjamius de lafantaisie, j'applau-
dis, surtout dans le-poëme didactique et le roman, aux exeur-
sions môme hors des limites du sujet, aax éptsodes, aux
d,igressions, qui divertissènt l'attentiôn irop lodgtemps sou*
tenue et suspendent llntdrêt sans Ie détruire. Qucl éharme
Ie rdcit des malherys d'Qrp!ée nlajoute-t,il pas à Ia descnip-
tion des travaux des abeilles ! Une digression également
in'dprochablg 4" tous p-oints c'egt,co mignifique &oge des
lettres que Cicéron a jeté dans Ia défense du po-ëte Arcf,ias et
que tous lcs siècles ont répété.
. La digres_sion n'est donô pgint condamnable en soi; placie
à propos et bien ménagée, elle prévient la monotonie et sou.
tient l'attention. Observez seulement qu'elle soit rare et ra-
pide, {S'elle ne_vienne point diver[ir ûrop souvent le lec[eur,
ni, en luttant d'importance avec fidée principale, divisei.
l'intérêt qui_doit è\re ûn, c-'est la règle ïuprêire.'Arrière,
saus.doute, Ie compagnon de voyagé-qui ne nre laisse pas
rcspirer un moment, et marche à son but avec une roidéur
toujours inflexible ! mais en lui permettant les délassements
_et
la curiosité, je n'admets pas _qu'il s'écarte à tout propos de
la route, qu'il s'arrête pour étudier ici une fleur, là une ruine,
au point d'oublier le terme et de se laisser surprendre à là
nuit. q l)ans le discours, dit Pascal, il ne fautpoin[ détourner
I'espnj d'u-ne chose à-une autre, si ce n'est pôur Ie délasser,
mais dans Ie temps où cela-est à propos et non autrement i
ear qui veut délasser hors tle propos, lasse. u
{2t} DE LA llrrÉTontqur.
-
Que vôs ; digidssiûns sortent naturellemsntu du' foncl' mê,me
'de l'éeit et sdmblent lui étre nécessaires;liuc jat'nais'ellbs,ne
tassent naitre dans l'esprit une série d'ia€Ésietthngèræ;,ù plu_s
forte raison. d idées côntrnires au suiet: enfin qtÏleilælsoion-t
placëes au iieu qui leur convient le" mieux, gùi les,appolte
en guelque sortcl qu'elles se rattachent,à ceiqui précètleoet
ranrènent ce qui doit suiu€ par des transitions.'facilss'dt
naturelles. t i '',rir''-/ill'1 ;ir 5'12;v-1

Muis là, Gomme ailleursn y a.t-il réelloment:www*xpdbs


transitions? doute, idpondent plusierirs',cl.itiquæi;
- Sans ne
lcs iddes principales peuvenl pas être toujouts.,si;é{r:ôitê-
ment liées, gu'il ne reste jamais entre elles de laeunbs àoooni-
bler', si' complétement fondues easemble, qu'elltlb,:ffaûenl
souven[ besoin de soudures, en quelque sortê; nrya-toi]rpâs
alors un mérite réel Èr trouver.et à disposer des iddes sqi]on,-
daires e.trclatlvesr,pour passer d'une idëe principale âil'aiitrd,
eom_me fgnt lo-s ponts sur les rives d'un fleuvo? {e}lq cqû,
semhle-t-il, la do'ctrine de Boileau et de lTI. de Ie Harpe;'qtmnd
ee dernier tr;'x [rpropos de laBruyère et, de Ia Rocheïouoàul$:
u En dcrivanû par petits articlos détaehés, e[ faisant ainsi,un
Iivre d'un recueil de pensées isolées, ils s'épargnèreritr,sq'mmc
l'observait Foileaurl ie travaïl des transi[ions"; qwi' iist ûw:Ant
pguilles bons écrivains-jr et un éeueil pour lè5 autfos,:n':.le
n?n: disconviens pasi mais cet ar[, et c'est là phécisérirent
ce qui'Ie rend rii âi{ficite, ne me pâratt autre chose que.la
fusibn même des penséei diversei. te seul moyen,,d'| pâ:r-
venir est do dispoier si bien sa matière, d'en" ordonner si
naturellement les parties, qu'elles se suivent lTune l'autro,
sals se rat[aeher pûr aucun lien artificiel. u Les pier.res bien
t_aillées, dit Cicérôn, s'unissent d'elles-mêmes snns le secours
du ciment. r Bt il dir vrai I seulement, elles ne s'uilissent
ainsi-que dans les construetiôns ronnaineÉ, c'est-à-dire dans
ces écrrIs, profondément et énergiquement médités, où lc
sujet se dévetroppe franchenneut, oliies idées s'attirent'ct;se
balancent comme.les eorps'dans I'univers de Ncwton. Quaqd
I'autcur de cessortes d?oùvrages a épuisé une pensde, ilipasse
à I'autreavee simplicitd et botne fof; e[ cela râub bidn rËieux
gfe4fesr,ttauçitions subtiles prcs{ue toujoure uniquement
foaddæzptm i{ojs, qîpBorts p.ntre les mots1 quf1,Une liaison ap-
,Artqon_.$@n1-rs le dernierdu paragraphe quiflgit et Iepremièr
idelooç.;riqui cornmence. Si vous éprouvez le besoin des tran.
dttiq4sr,,gi vous cvez Ia consciencle dtune lmune à combler
ien:ho,.d,Gqx,idees, prenez garde ; c'est qutalors votre médita-
.,tton,tn dté.ip,qomplQ-te, c'est que vous n'avez pns saisi avec
assez puissance l'ensemble de vo[re sujet eî lpq,r.plqtions
-de
a.dbs dlvgpesrpqrliesr-ou
.bien encore que vous vous occupez
:ftuXqdtd illirgdnlçsxr du piquant de la dlelion et doe,sententes
d,éta-ohém.:_frot1[,ouv_ragc qui n'est qu'une collection de sen-
-longes *t,:de,trnits d'esprit a toujours quelgue chose de dé-
:rrgustrri iliisemble -comfosé non ïe môrotrres joints I'un à
lFquErq Taig de-pièces ct rle morceaux, e singu,[is non lnern-
.Sffidp ,t{.,fryttlt collata, dit Quintilien. Et il ajoute : ,r Les
,trgiig dlesprit isolés sont comme ces corps de ftgure ronde
q-u i rre. peuvent jamais, quelqu e elfort qu'ôn fasser-'. s'emboi ter
lpnrfqiqement ct cadrer avec précision, illa ratuida et unili-
'8gr,a,',aùraumcisa insi,stere inaicern nequeunt. t'Je suis noin
,'tssùrdm,ern$.<lo proscrire _lep
peusdes déiaeldeqr'lgs maæimes,
s.o*-gug,les Greeg appelaient apopltthegmesr' enthgry,èmesi
j,.àtins sententiæ.^Eilgs frappeni Ïesprii
', apiphonètnes,
.et les
rrlu leqteur, elles le font penser et se fi;ent dani,Ia.mernorre
"par: leun brièvete même. Elles éclairent souvent un grand
ÊsBaQe';et, quand elles réunissen[ Ia profondeurà Ia ludière,
$lqs ,gUpposent dans I'dcrivain de l:expdrien0e, une mddita-
tionpui$sante o_g beaucoup de lccture.-Voyez surtout Sénèquc
etrMontaigne. Mais je veux qu'en gdnéralles sentences réôu-
rnbirtourcbneluent ce qui p1é-cède, ou encoreamènentce qui
suit et Ie rattaehent aux-idées antdcédentes, de façon que-
loin d'avoir besoin de transition pour se tiér au reste ïu
,diseouns, elles servent elles-mêmes de transition.
! qq s-ellle circonstance où l'onpuisse cmployer latrantsï,tton
p,rtift,ciellc, c'est lorsquc deux ir!éeq, ou tôut à fait opposécs,
ou nu contraire absolumen[ iemblables, doivent ôtre r'appro-
ehées, dirn côtd, sâns monotonie, de-l'autre, sans rôp dc
disparate ct d'imprdvu. Orcste veût félioiter Éyrrhus dô ses
ttl
â22
exploits et en ruême temps re blâmer de lkppui qu'il
& Astyanax :
-r..-- -1- " donne
l
"

$vagt gue tous los Grecs vous parleft Dar ma voix,


$9utr1gz que j'ose ici me flatter Te leur'choixo
$[ guâ vos veul, seigneuro ie montre quelquô joie
De ioir te fiis d'Âchiïtà et id de Troie. t

9*girg ses exp.toirs- nouJaailiôil;";;;î'pr.


""i"oo.o" -: .i
flector tomba sous lui, Troie expira sous yous, ..: j
{t vous avez ',!o_qrré Érr-uo;-Ëà,i;il;;;à;; \ ''
Q_u9le ûts seut d'Achille po rÀàïli.d;i;;-.
"
.ûIais, ce.qu,il n'efit pas faitr'la Grèôe avecTôotuur ' i,
vous voltdu sang troyen relever le malheuro elc. . , ,i.-,

,.
Lbrateur a pleinement décrit la bataille de Rocroy, il;;T;
drre un mot de lavictoire de Lens. u
euele prince dïcondd,
s'écrie-hil, erït volontiers sauvé, ta 'iie *o'Irrro. ôÀrc Au
Fontaines ! mais il se trouva par terre, p**i
rôr *iuil*r au
dol[ l'Espa"gne.sent en'core ta péite. nU" nr r.vnïipæ
T,t^"ll
que le prince qui lui lit perdre tant tle ses vieux résimenÈ
à
la Journee de Rocroy en devait achever Ie reste- dans les
etc. r,
Pl1t1e9.{e Le_ns,-ces ,1,r,,r.,,f.,.,
L'artifice de transitions consiste daus I'emploi d,unÀ
idde intermddiaire,-qui lie deux idées eontraires; d *ê,o;
semblablesr.lnais- dis^tqntes, eh quelque sorte. Éacine veut
une idée qu! justifie à la foïs les coÉpliments et les rÊp.o-
ches adressés à Pyrrhus; il trouve l,ôxemple d'Âchille:,
Oui, comm,e ses eæploits,,. Mais, ce qu'il'n'etat pas fuit... -
Bossuetr en veut uné qui
llppnocÉe hbahille ae hocioy de
celle de Lens;-_il trouïe I'E-s'|agne vaineue à Lens comrâe à
Rocroy : Elle ne sau-ait pà_s-... Il aurait pu prendre éga-
lement Ia-France victorieusê dans les deux jbui^nées, etc.
L'antithèse est la forme la plus ordinaiie de ced bansi-
tions I continuez de feuilleter l'ôraison funèbre de Condé :
Pendant gue le prince se soutenait si hautement avec Ïar-
ghiduc' il rendait au roi d'angleterre tous les honneurs qui
Iui étaient dus... Nous avons-parlé des qualitds de l,âde,
venotrs maintenant aux qualités de l,esprii... Si les autreÀ
conqndrants ont reçu unô récornpense airssi vaine que.leurs
cHlP. lx. r25
ddsirs; il noen 6erû pas ainsi de notre graûd prince, en ef-
fetr... qtc. C'est en étudiant les auteurs quj onl, ainsi
- transitions, Racine surtout et Dfassillon, que
travaillé leurs
vous trouverez les modèles de ces mille artifices, et que
vous voushabituerezà les employer yous-même à l'oceasion.
Bn généralo Ia transition par l'antithèse, dont il ne faut
pas abuser d'ailleurs parce qu'elle est trop facile, est un
excellent moyen d'amener les contrastes, ce point si impor-
tant à observer dans la disposition, En effet, si le sentiment
del'unité, de I'ordre, dela symétrie, des proportions exactesr'
est dans notre nature, elle eomporte également et à un aussi
haut degré celui de la variétd, des contiastes, de la surprise.
,s Similitudo sa.cietatùs est rnater, dit Cicérou. Ce que I'on a
[râduit pâr ce vers-si connu :
lrll r;lll._,'
'rIr Loennui naquit un jour do I'uniformité 0).
1. '

, tr)isposez donc votre ouvrâge ile manière à y fairo con-


[sâstor]]es idées et les formes. L'âme, oomme le corps, ne
s_upporte ni une longue inertier, ni une longue- tension de
forcé;_ I'une et.l'autre en usentileg ressorls; qu'au repos
eusbÈde le mouvement, ou encore à un mouvement énergi{ue
un mouvcment plus doux, pouryu toutefois que torts -deux
appartiennent au même ordre d'idées et se développént sur
le méme terrain. Ne croyez pas, en effet, qu'il s;agisse de
pa'sser brusquement de la folié à la raison, dè provo[uer les
l_arm-esi puis un instant après le rire, pour revenir-bientôt
durire aux larmes; loin de là : les romans, Ies drames, Ies
vaudevillesr {ui affectent ces oppositions heurtées, ces rap-

(r) ( UDe tongue uaiformité, dit Moutesquieu, rend tout insupportabte r Ie


mème ordre- de périodes longtemps continué accable dens une liirangue, les
mêues nombres et les mêmes chutes mettent de I'eonui dans nn lonc rroënre.
S'il est vrai que t'on ait fait cette fameuse allée de Moscou â pétersbôrirg, le
vgi'ageur doit périr -d'enoui, renfermé entre les deux iangs de cette alt?e....
L?6me aime la varidté.,.. C'est ainsi que les h-islorieas nous plàlsent par la yaridtd
des,récits, les romans per la variété des prodiges, les nièces dc tf,éâtre par la
variété .l-es passioo-s, e[ gue ceux qui sovenl iistiuire'moiliffent le plus r1u'itr
pèùvent'le tôn uniforme de l'instruciion. n Eisai sur le goût.
lE4 DE LA RUÉTOnIQUE.

-, , ','if, i! ll[l;Ï*
Imitez les artistes. En conservant à sa statueldesrllrf,s"sF
des jambes de dimensions pareilles et également propon I
tioniés au resto du cnrps, le sculpteur a soin de: donteriilr
chacun de ees membres-uirc attituïe dilférente eû dlarrivtir,'
aiqsi au coutraste sans blesser la synétrie. Le pelnÛrelre*o
-du dcs o+*T ïigoureuses;-mais':C.'esta
pouqse, sa lumièrt par
âu même soleil ou même flambeau que proviennon0lixiii
ombres et les lumièrcs; pour les unir, il cherche à im,i$er
c_ette t_ransition d'une tdints à I'autre que l'air am}iant;'-prôr*.,
duit duns la nature, et,si ses couleurs erient', si sos iourq'
napillotent.:olêst quï a violé ou ignoré les principos de Ëorir
Ëri. tegé;ie do Èeethoven e[ le-talent'ae féticien 'David',r
feront sicedder au calme embaumé dtr matin lesrmugissel.
men[s et les dclats de l'orage, puis ramènerout bientôt apr.ds.'
Ia-sdrénifdi:mgis ees mille bruits ss fsniront toujoursçrLioil-'
dans Ia,grande:voix du ddser[, là, dans l'harrnonieuirivbr-'
sellc del-a naturQ pastorale. ii"r' it i'ii
ii 1-|

Voulez+'ous du public mériter les amours ? , ,:' !!ii,


Sans cesse en dcr'ivsnt variez vos discours... r,i.
't
,ll'rL
' fleurcux qui, dans sos vers, sait d'une vtix légèr'c,
. rjr:.,.,,
Passcr du grave uu doux, du plaisan[ au sévèro.

Ou plu[ôt hçureux qui sait être à Ia fois égal et varid;,dgal'


parle tissu, varié par le dessin e[ la couleur. ! -

' Choru aisez étiange! L'école appelée romantique, {gi


nourtant ne paetisait guère avec Bolleau et tenait ses pré-"
ôeptes en médiocre esiiruo, s'avisa de prendre celui-ci Èr la;
letire, et, gubçtituant la confusion à la variiété, pouçsa jus"u
qu'aux dernières limites de I'hyperbole le pflssage du grqr'-c
du doux et du plaisant au sévôic. ITI. Yictof Hugo s'dtaib,fait
I _ cËaP. trx. 125
le,ehampihn'de 'sette doctrine. Peu corrtent de laissef lo'gei
e[,ùo stitriôrr, Ie tragiquo et le comiquc,so.Illottvoirchacun
dans sn sphèren il prétendit les mêler, gt les ctroiser sans
cesse. Paitant du principe que le sublime sur le subÏime
produit malaisément un eontraste, e0 qu?on_a,beeol'n de se
ieposer de tout, rnê.me du beau, il voulut {q'oh soèn- reposât
daus le grotesque et dans le Inid. Selon lui, le beau n'a
tl,u'un,tyÉi Ic ldid ena mille I selon lui, le monde réel'conrms
li+uprr{è idda!, le christianisme comme Ia créationi allient
iltolrtroouprDieu ct Satan, llomère et Rabclais, la belle etlâ
lÉteri.rsdlou,lui,eufin, comme tout ce qui est dans Ia nature
ecg-daos,ltartr'et que le subhme et le groteqque.se croisen[
snnSrce$sedans la vie,
stnsrcæse,dans us la
vie. ils doivent se croiser de même-dans llr I

l[tlËonture(').
u@uol quhh dise M. Victor Hugo, et de que\ua poids qud
:." ry.lir,ryll,
*"i4 quo ùYart nnes[ Eï:Ia llÏ1':,:t-xi-"^p^-.-:ll*:i:
TTpoint reprodueti6n'.fidèleæt.illirnitée
du,'h, hàture tout entière, mais-la,rcpréscntàtiiln snvanlc ct
sfiÉ'n6e,r,à, certaines lois d?une neture'ehoisie gique',si'les
ehoeôpr,existent ainsi confondues. danb la çie.déeltre;' ghand-
el[psus'offrent à Togsr nous les separons instinctlvgragnt;,
comùe,nous banniliorut un nain ou un mendiant riui vien-
drnient étaler leurs plaies e.t leurs diffonmités":dans la salle
du festin etau miUeï des chæurs dg'dànso.'!'it-l1ri! r;i -'i-' ';i
On nous dit que Dantc, Shakspeare e[ Milton ont fait
'point.
ainsi, et que noït ot les'blâmonË Nôn 1'ptirce que
leur siècleles compor[ait tels, e[ que, malgre leur imtnensc
supériorité, ils étaient e[ devaicnt être cle leur siècle. Nous
ne- Ies blâmons point, parce que nous les comprenolg !à o-u
-conoprêndrions
sont. ltlais nous ne
r-ls point aujourd'hui Ia
scène des fossoyeurs de llâmlet; mais nous ne pourrions
s-upporter le hiâeux accouplemeit de Ia mori ct du péclrri
daiii ivtitton I mais lc damné-de Dante qui essuie avec les chc-
yeux de son ennemi ses lèvres dégouttantcsides resles de
sou,;surglan[ repas nous soulcverait le,cæu.r, Dn un motrr
t26 DE LA nHdIORTQUEô

nou$ ne lilâmons point l'homme, mais dous


chose.
Telles étaientlcs mgu.rs du moyen_$ge, goit; tel futmêmo!
si I'on veut-, à une certaine époqtie, l'eîpiit dd chrfstianismé
mal corupris I mais vouloir réinstaller de telles mæurs et un
tel esprit dans loart contemporain es[ un anachronisme aussi.
repoussant que si l'on demandait aux souvcrains de rétablir
les Triboulet et les LangeJy_à tit^re d,office nux dvêqucs, du
;
fairesuivre les sermons dé Lacordaire des îrépien"rierrt*de,
Ia fête des Fous ou du braiment de celle de I'âriei aux orchi.,r'
teetes, de rlérouler des processions de goules, dé dogues, de
snomes, de démons de toute forme autàur de nos friJôs ..1'de
nos corniches. Ne donnons point sans doute nos mæursaux
vieux âges, mais, s'il fallait ehoisir, je l,aimerais mieux unro"e
-croisernent
qtu. dr.prendrc les leurs. Tou[ ce du grotesque
et du beau n'esb rien çl'un retour à la barbariei Si vbus
l'aimea , si vous Ie réelamez dans I'art, soyez clu moins coni
séquents, et renrcnez-le dans la vie réeire i s'il vous faut tou-
jour.s Qttasiry_q,do pour faire ressor[ir Esmeralda, rétablisseË
In cour des Miraeles-au cæur de paris, et donnez à vos of[-
ciers dcs gardes des hauts-de-chausse mi-parlis rouEe e[ bleu.
Il ne s -agit ici ni d'A'istote, ni de la ilarpe , miis du bon
du ùon gorit. Les disparates nc sont pas ies contrastes,
,sens€t
Ie pêle-mêle n'est pas Ia variété. sans prôs*ire les plaisiré
le la y{priser'qui compr,e aussi parmi ies jouissuo..^s inter-
Iectuelles, sans
-nier ce besoin du nouvear, du piquant, de
l'imprdvn, qui dgjt nous réveiller par interîallei, iu,en'gé-
néral lepassage d'un sentiment à un arrtre, d'un orâr'e d'idëes
à un ordre opposé, soit habilement ménagé et les grands effets
amenés par une préparation et une gradation sav-antes. ainsi
farsant, nous restons encore dans la nature. NilùI est in
"
natura rerun?, omnium, dit Cicéron, quoil se uniuersum ,

pro- '

funilat et quoil totum, repente euolei. ,


Tout écrivain a des p.feuves à énurnérer, des morifs à faire
valoir, des sertiments à exprimer ou à insbirero des passions
à allumer, à éteindre , à reprdscnter. cei étérirenti de sou
su,;ct n'ont point tous ln même force ou ln même importance,
c[ÀF. lx. 127

plus vive-
lls s'dchelonnenl, à divers degtés. Ce qui lc fraqp.e
mentrlui,depuislongtempsfamilieraYecsamatteretnepro-
;ffi;ffit;t'r; pas une impression pareille sur les auditeurs
les. disposer-' le':
qoiy tont étttnge"s' I{.fagt
ou les lecteurs
qmener'lesentraînerpeuàpeu:voilàlesnécessitésdela
âîod,iti,â" et de laprëparat-i'on oratoi're'
"',ïr"jiïA;ii*, qrii rêpond av c.rescendo si familier aux mu'
sioiens, est presqià t,iujours d,e mise., et surtout
lorsqu'il
les pas*ons. Dang
;Ëiîffi;Jil*Ïrr-*rp*itr, preu'ves, les idées, Ies expres-
ou de peindre
Ie Ërremisr câsr oo dispose les
ptus'
sirins. de facoi gu'elles aillent toujours-augmentant de
;;;;ui tt'étittgib, Dans l'autre, onqriiprésent'e une successron
anaduée d'images âf de sentimerits enchérissent toujours
Ï;,,,* sur lei autres. On peintetavcc artleurs GorIr*€DC€-
mouts, leurs progrès, leur force leur étendue'
- l",rtine Ma,iry,irni soo .gssoi sur l'éloquence de Ig, chaire,
fait assez Uien reslriit t" diversité d'dction produite sur
ffidïill ,it o-àâie p"r rlnLrait brusque er inarten*^g:i
lîrurpr*oé et la frappe, et de I'autre, par.ln .t"Yq ryl morns pro'
décisii'. mais rrréparé de longue main, qui lui larsse.unc
#ffiilïrrifr'i*pr"ssion". Il cite p-oùr ereuple-de ce der-
xr.'r,;w:,t'nn!;';::"r,!,:tîyfi i""lt'11*l'ij;; I'

:1r1 o;e m'arrête, dit ltassilton, à vouso mes frères, qul êtes.ici assemblés' Je
hommôs. Je vous regaril" cômme si vous étiez seuls
""Ë;i;;ilr-d;;;rt;-,L; donc
surla terre; "t,o,",'tïl"lre"'l"i -'o-""u-pu-uïm'épouvante.Jesuppose iont s'ou
o.ue c,es!.ici a.roia|u"I;;-rË; l; no ai t'uoi"",i; quu les cieur ,le
"ot." q;;';T*i-ët,r.i."" p"."it," rl-aos ia.'gtoiro au nrilieu ce
i;; il;;; ,êî;;;
temnle, et qne ?ous tïfi;t"";;ïràt {tu po"t I'attendie comme des criminels
de grâce-ou-ln-arrêt de mort
il#îil;;tl;ïtilL";" Prononcer uoe sentence
.éternetle; car vous ;;; il;;;us flatter t vous mùr"ez tels que vous êtes
vorrs omrrse[t' vous amuserout
auiourd.hui. too. d" cltangemont.qui
".r'àJriN I'erpérÏence de tous les siècles. Tout ce qûe vouc
jitii:J, riia"ï-;;;;;tsr
uo comPt"
trouverez en vous alors de oouù"o,.sera ,peut-itre et sur ce que""-.t:T^ll:'
rendre; vous seriez'
;;;;d q;; ""t,ri quu nà". "utiu" "ojo"id'b.ui
ËromenLt vous Pouvez presguidéciiler
de ce
si I'on venaitYous Juger danr ce -à-

cui air Jortir do la vie' séporanl


r" dem_ande fi'appé de tefreur, ne
"ï "oo""ttivera
bïl;;;;;;;,1" "ii'""r. dâis la môme disposiliou où
pas en-ce Point mon sort ituïôtre, el' nre mettant
denrqnde donc : si Jésus-Ghrist paraissait
le soubaite que tous;;t'k"; t;;;;"usre-lrlde, la ponr
rlans ce lemple, ,u .iii.u à" line ;,lus augustc dc I'univers'
t28 DE LÀ nrrÉTOnIQUE.

atteffiionr v.sue seutf[réz que si lc point oulininant dq m-oûoeaû


esû on, efiçtt il?erclamation temible z P araôsssz'nùninûenan'{ty I
1

.iu1tes ! où 'êteis-uous? tout l'elfet tlc cette'explasion ,d''doxr,


que-nae rerait manqu é sans I'admirable pr ëpærationr aùatlri,r6,
qqi llamèng. Remarquez en efret. L'orateur commethco'rpnrt-'
isoler,scs auditeurs du reste du monde, et quand, dploutraur,
milieu d?eux; il a ainsi condensé sur leur tête 'l'répofuvadee
générale que dès le premiqr mot de l'exorderson d:iscourCIar
dfi répandre et gu'il partagc lui-même r il les-trarlspdrtet'tâti)
jour du jugement, au jour de colère et de vengeance. +Ë*$
suppose-que c'cst ici votre dernière heurc et la fin doliufi-
yei,6'... j Pois, à sa voix prophétiquc, la vofite dui tatrFfts-i
-déchire,
se les cieux s'enir'ouvrent , Jésus-Christlappry$th
dans,toute sa gloire, Ies sept trourpettes retentisseutq'æLll-a
sçntence do grâç orr de môrt éternelle plane aurdeçoo déo
-troupe-
cette petite qui se serre-d'effroi-sur lcs'ddb4is:deb
llunivôns ecrpulé, Écôurcz ! Voici que commenee ls:tôrriblsù
triegd;des brebfs et dcsiboucs, de la paille et du,'frq{rrsntrli)
voioi que fe prôtre reclame parmi les pécheurs et ceux;-eiirc0J
ceux-l-à, ,lu ,rnajoril,û; 'ct plus que la majgrité 5 à gmfchop àT
'et
gauche, E0i to.tre soic poussds tour à' tour dans -l?un oh r-ltdutreil;

dsces quatre enelos ôù les a parqués son impitoyalle,|6gi'Y


que. Restera-t-il seu.lemcnt dir justes, vainencnt-cirerchdet

vous juger, pour faire le terrible discernemeut des bou-cs et rles brebis, croJrez-
vous i1uà le ftus grand nombre de tout ce que ûous sommes ici fût placé à la
droitei croy'er-vdus gue los chosos du moiu's fussent égales? croyez-iou-s qu'il
s'v trouvât ieulemenidir iustcs. que le Seigueur ne put trouvCr autrefois en
ciuq villes tout entières? .li voui Iï demand*e. Yous i'ignorez, et ie I'ignore
moi-méme. Vous seul, ô mon ltieul coansissez ceux qui vous appartieuuent'
Maig si nous tre connaissons pas ccux qul lui appartienneotn nous savons du
moins que les pécheur's ne lui âppartienuènt pas. dq qui sont les tdèles ici assem-
blés? Les tilres eù les digoités ne doivent étre comgrLes pour rien: tous en serez
dépouitlés devaat Jésus--Ghrist. Qui sont-ils? bèaucôup de pécheurs Qui nc
veilcnt pas se convertir; encore pùs qui le vourlrsient, àais riui diffôreot leur
convelsiôn; plusieurs autrcs qui ne seiouverl.issent jamais quo pour retomLer;
enlin un ct"L.l nonrbte qui cioient n'avoir pai besoïn rle cônversion : voilâ le
narti des idprouvés. Retrânchea ccs quatre soites de pécbeurs de cette asscnrbldo
Ëainte,car lis en sontretranchdsaugr'ond jour : p"r"fsse" maintenantrjuslestoù
étes-vous? Rcstes d'Israë|, passez à la droite; froment tle Jésus-Christ , dérnélez-
vous de cette poille dcstinile au feu. ODieu, où sont vos étus? et rlue roste-t-il
pour gotr€ partag€ I D
ûEAP. lX," t2$
autrefoisipar'le $eigueur dans cinq villcs entièrcs? Tous
Iiiqnonent+.tuinAmà I'ignore.'Et dans 'cel,te nuit, profonde ,
-a
seul miit de lumière jarui : V oi,Id, le partid'es reprouuës
uri" I
c'edt après cette prdpnratiôn bratoirc,
G?est;ulors seulcmcnto'encore
ænwe"de génio plus q-ue d'art, qu'éclate tout'l'effet
dgrcAt appôl auqûel doi[ reponâre unsilence de moFt:Parais-
seemaii'tBnantl justes, où ôtes-vous ! et que le prêtre-, se
rotrsulinûnt vers'D'ieu le désespoir au cæur, peut;s'écrier :
0,Disu[qpùisont ros "élus, et que reste-t-il pour Totr€ pa$-
ta$e{ j ;u'
--hout tie que nous a ons dit jusqu'à-présent de-Ia disposi*
titlnryeut s?âppliquer à I'ensemble de I'ouvragei II est temps
eiffinqrl danl lc ddtail des_ diverses parties.
,: [læuire oomsrenee t ilëbut, e uo'ide, eæpa s;tion, prologue -;
eilTo se Doupsuit z narration, confrtutatinn,réfwtatian, næwd',
dnn elsthement clle se termi ne i épilo oue, cgùe1usiory
: dinoû'
metzt,"6éraraisbn.l)onnee à ces diverses parties , suivan[ los
diveÉ genresr le noo' que vous voudroz, touiouns eshil quo
tôut.oulnage aura un cômmenccment un nrilieq et un_e lio
" dans chadune de ccs'
cû que le eiractère etja place des idddd
Ànoiù*u aivisions seront idterminés d'après certaines obser-
iations et sotrmis à certaines règles.'Qé sout-clles. qui vont
CHAPITRE X. -' I i ltl,

. | ..rlli
l
DU i: '.'i i rll
i,,1, l,,r;irtl
,Ii

,lF;

r'i'it

un voyageur est debout, au centred'un carrefour où vien,r'


nent a_boutir qlusieurs chemins. Il.ignore lequcl prendro-,
il va de I'un à l'au[re, craignaut rle" choisir,'ro- firauu A"
s'egaTg{. D'où lui vient cettehésitation? De c'e quli ;to;;
une
-iddo précise du terme de sa route. Il ne'saura dt"ù
partir qu'il ne sache préalablemen[ où arriver, et, qu'il niail
comparé, dans son èsprit, les voies plus ou inoiris faciles,
plus ou moins rapides qui le mèneront au but. c'est du tlcri
nle.r pas sellelent gu'il peut conclure Ie premien. . | ,i
La position de _ce voyâgeur est souvent eelle de lbroteur
qui nronte à la tribunei Aé l'écrivain gui prend Ia plumo.
a C'es[ fautc de plair. dit Bufron, ï'esi poor ,rà"oir
pas
rssez réfldchi sur son objet, qu'un hômme d'esprit se trouve
embarrassé et ne sait par oû-'commcncerà écriie. lirp.tCoii
à Ia fois- un grand norhbre d'idées, et comme il ne I'es d ni
comparées ni subordonnées, rien ne le détermine à prélërer
les unes aux autres, et il demeure dans la perplexiiéi ,,
ll est bien évident, au contraire, que, lôrs{u'il aura pro-
fondément médité sur Ie dessein ôotit â .onôo.-rur le but
auquel il tend, lorsqu'il aura rassemblé et mis ôn'ordre toutes
les pensées essentielles à son
_sujet, lorsque, eD un mot, il
se sera fait rrn plan, cette perplexité'cesseia;'car Ia plaee du
premrer mot se trouvcra déterminée sur ce
flan comme cellc
des autres, et par celie rles autres; re débùt *"" lr .onèà-
CEAP. x. l5l
uuence de l,ensemble et de l'idée donrinante. Aussi Antoine
tioo. tpptend, dans le ile Oratorer -qt e lorsqu'il compose uR
discouid, la première partie est toujours la deruière qui ['oc-
cupe. Ei l'ôn voit que, en le citant, Cicéron partage son
roii ('). Quintilien ruerhe, quoiqu'il n'approuve pas qg'oî
i6t ùi'exôrde.quand le disloirrs est termirié, vent-cependant
que l?orateur nô s'en occupe qu'après avoir dtudié soigneu-
siement toutes les parties de la cause, ni,si, totis causæ pqt-
tibus diliq enl,er insPectis,
Bien iavoir où i'on va, voir nettement ce que I'on veut :
voilà Aoot le principe. SôÏregs, qualités, règlès du début :
c'est de là que tout âépend. L'eiorde repose, pour emplo-Ver
le mot de Cicérono dans les entrailles de la cause. C'est à la
. meAitation à I'en'faire jaillir. Voyons quelles cgnséquonces
déeou-lent de ce PrinciPe.
;iiiàfo"a, le dé'but dè mut ouvrage dsit être confolme il la
onio"t de l'ouvrags. u enéore Cicéron, g.uc1t débuc
Il faut, di[
soit en rapport ivec Ia maiière, comme le vestibule ou Ie
*ïl"it "oËô.f6aince ou le templô. 'r Sa leforqe même se ré-
'" 'ni*"
ror celle du reste de l'æuvre, ear meilleur style de
ie[ut es[ celui qui est le plus en harmonie avec la couleur
de l'écrit tout entier
llDrn, un livre didactiquc, procédan! pt* synthèso, où votts
imposez votre savoir ri, téôteur qui ie shdresserait aas,à
ï"'iir. r:it *avait foi à la science etàu professeur' il sulfit de
l'àxpôsition simple, clairer-précise de lâ matière; une bonne
Orinïition ser" ioui l'exorîô; u La géométrie e-st une science
aui a nour obiet la mesure de l'étenduc. - La grammaire
."J fr icience"des signes de Ia parole et des règles à suivre
;;il Ies emplov.t tioo.oablerient. - L'histoire naturelle,elle
[*ire Arns tdute son étendue, est une histoire immense I

soleo coEîtaret Quo uldr


ç1 < fd. quod, primum est dicend'umt Postrent"'n
-lôJi"iï-""rsl
BIO7A|O. D
I'avis de Pascal. c La ilern-ière chose ùrouve, dit'll' en
faisant uu ouyrâge, à"1""o1i-celle qn il fau! mettro -qu'on
Ia première.- "*{-:i::T:
i;i, ".t j"
quulq,i"irirl .l i'uvais expliqué co-mment il faut com-
""""ï.ft"iË"1
prbridie c€tle assertion.
{52 DE LA RBTITOnIQUE.

enlbrasse tous les rrbiets. que nous- ppéçcntc,, n


Bufron n'a pas commgncé autrenrent. ' .,r ,i
J]t1pivdrs...... I

ilI.ir .n fisant qu'il faut savoir où I'on va, j?ai ajoutd qu'ili
faut bieu voir ce que I'on veut. Si l'on parlcl'c'esû'quPon veuti
se faire écouter I si loon écrit, coes[ qu'on veut se fairc.lire.
Il suit tle là que, sans perdre dc vue l'indiaation du'giijet,
on rloit comprendre dans les éléments de loexorde læ Ufspq-
sitions à indpirer aux auditeurs ou anx lecteurdil-'DËrnslilisr
questions variées, difficiles, que I'on ne pcu[ résdudi'ti étfnsr
une analyse parfois savante et compliquée I dans leg dtudes,
sur les hommes ou les choses I dans les longs ltioitd, vrais
ou fictifs I dans l'éloquence qui conseille ou dissuacle, loue qu
blâme, accuse ou défend, il fnut songer à eux auhn$,'ç'au
sujet. Il ne sufii[ pas de bien fixer le poinù à érablir; il.faùt
sc-.demandor aussi eomment on parviendra, dès Ier;pridL
cipc, à se faire lire ou dcouter. À cet effet, trois qualïA!* stint
re uises par Cicdron dans .l'anditcur ou Ie lecteur' . il,doit
êtr"e bienveillant, attentif, doeile, beneuolus, e,ttentui,s;tilo'ètlt!.:
Bienveillant : par dgard, soit pour I'autcur, soit poui Ia
matière, pour la moralitd, les talents, la position de l'unr'la
grandeur, I'intérôt, Ia nouveauté dc l'autre, i[ aufa, avânt
tout, Ie ddsir et la volonté de lire ou d'écouter, te 'rnot sacrti-
mcntel, Amï, lecteur, qui commence toutes les préfaces de
nos vieux écr,iviins, est I'expression naive de ce besoin. ' 'i'
Attentif : il écoutera ou Iira avec suite ct intdrêt, sans hoûl
chalance, sans distraction'
Docile': il cornprdndra, il entrera sans effort, sans fatigue;
dans I'esprit du sujet ou de Ia caùse. Docilis, en effet, signifio
ici e's qui doceri potest. Dt Cicéron I'intcrprète ainsi, quand
il dil âilleurs ; Esordia sumantur trirum rerurn uqrati,a, ul
ami,ce, u.t attente, aN intelligenter audinm,u,s.
Ces trois mots expliquent Ie pourquoj de toutes les règlct
du ddbut; de sesvcrtus, comme de ses ddfauts.
Ilorace cb Boileau parlent du poëme épique :

Qrre lc tldbut .soit simplc et nnait ricn d'alfectd.


rYallez pas, dès d'abord, sur Pdgase monld,
I'q -ÇHÀE!,.X. 133
-Cricr,à,qos.Jççl"epf"s'dlu,De,voix de toçfriçprcrl -'Ii,r'r "' :"'sri" f i
' ' ' '"Sd'rih'iiitb lc'vainqucrrr deb vairtqueups plg I,q,!çttç.rrr,. i, r .,. ,

. Ob ! quq j'aimc bien micux cet autiur iilein d'adrôssco


:dtt' I ' ;i ' '
Xi'up *l06irrshnÈ"f*iretllahoril d-e;si haute prbmessdf
,turz nnshr{ipr,{'un ton aiséi douxo ôimpla;-'lurmqnieuflrc etc. ri
r'']'{r/!.r 'i i - ' :i '''':
"t,li[t.ttril-lr;
";;;Y,otr,s,co,tnprenez
cel,te douce et har-
gue cette modestie,
t*iæf.lfçp,uimplicité disposent notie esprit en faYeur deJ'ny-
a!çiifrlç,trid9,çg$rasllYre i nous tlcvenons les amzt's de l'écrivnin
qç.[f;eçtàpag'tout on feu en arrriYantt
'rgBÈ
atfrll.!h a'll +rlt,Ii
;iil;' leaucoup ne nous promet que iieu.
: $d1"pfËi,4p,qqur
.' ''
ilû lllrll .'Li-'r I ,
,ût,SOUç,Hinfluence de cette première impressionr nous lc sui-
r,vqir\ldqpc,,un plns vif intérêt, nous l'àdmirons davantage,
Je3ifiq,rir" ilevaôt le ton à mesure qu'il avance, il finit par
rplodiguel' Ies miracles.
l,,,i$-vôc çÊtt€.modestie qui concilieIt faveurr supposez, dans
poëte, {a conviction _de ld grandonr.i do son_ syjst ;
.liûi-r1,sr"du
I'

,gil"l$aJq sçn[iment dc la magnificonce dos fpits à dolui de X'im-


.îtriisuhca du:narrateur" et vous aurez la source de l'ùtaoea-
plufart
des poëmes épiq'ueei se' corn-bino
-[ve,c l1eæposition. II
'itiiitt'qtB"'d#t'la sémble què, se détant'dclsæ forcesr le
,p,ôëæ" n'ôse nborder sa nratière; Il alemande à quelque divi-
-nitd-dm,r*Çonter
elle-mêrne do ;si grandes choses I,t( Ddessot
,,çlæp[q'.1+,i.çglèr:c d'Àchille...'' Muse, rdis**riloir'lcs êiofcurs
rt'Ulysse... u Un témoignage d'en haut doit confirmcr ces
me.qtr{gi[cux rdcits d'une vdrité si inwaisemblable :
"*iliiili, ' l' i: ,r ' {

l.;lr,.r-i .i;,,Vencz à moi, tlc I'Olympe habitantes,


llluseso volts stvcz tout, votts, tlécssesl et nuuso :i, ..1'
'' Dlortels, nc saçons rien qui ne vienne de Yoqs. ,. ,.
. ,_i ,:1X , ,

L'exposition et I'invocation, puisées d,ans [naatupcl dsvien-


nenf donc, à I'aidc de l'ar[, des moyens d]ris$uror u'ne hicn-'
veillancc attenlive au poëte si ruod,este, au sujct si intéressant.
N'est-cc pas cncore potrr-dveillerl'at[entionr autanb-quc
pour gognei la bieuvaillurce, cn prévenan[ Ia eraintc d'une
t2
â5&

i1fini.e, gu'Horace conseille au poëte de ne pointi


lTTtion
laûe remonter la.ËueTr.e de Troie au dou-ble æuf de iéda,
ni le retour de Di-omède à la mort de Méléagreo mais de se
iet9l. dès l'abord ar cæur même de Ïae_tion r ôue ro*d'nyuon
préfère commeneer, comrne il dit, par Ie ro*il*n*à*.oi r,t.
-qu'à
sa spirituelle critique nc soadressé ceux gui abusent'd'd
précepte. {t, de fait, on en a prodigieusemenfabust" commc
de toutes les bonnes choses. Aujolrd'hui surtout âue I'on
nous donne en mille romans la "monnaie du vieux' poemc
en mille lirhographies e[ en rnille starùerks,
:4,!1e.
celle ,r_oTT",
de la.peinture.et
_d.e
la sculpture, le plus mince fabricanô
oe nouyelles crolrart .4éroger en débutant tout bonnement
comme les contes de fées :-r Il était une fois un roi... ou un
brïcheron.,, Ouwel premier roman'yenu, Ctdrt1. d,;
J9
trouver, après un titre "*r quelouâ
plus ou moins prétântieux.
chose comme ceci : u \rers la fin du mois-droctobre de'rnierriir
jeg_ne
\om.me_entra dans Ie Palais-Royal... ,, ou, pou*îarie*,
a vers Ia fin du mois de septembre r-900, un éti.ànser
arriira
p.alais des Tuileriôs... u ou bieni ,,.tsiericaroriuel
9:ylîtt"
voici la nuit ; remettons à demain vos réflexions sur eettelec!,
ture... D ou encore : ( Yoyez ce brick !il glisse bien timide-
T-r.l!.::r
rtf; []). u Pourquôi user à satiéré d-e pareils moyens?
simplicité,Tog.,r.ru, première qualiré de I'eforde,
891t.
s'fl ecommode mal de telles
la.
_a{féteries, surtdut qua nd ellcs n'oni
pas méme lc mérite
.4e l'originalité. Banalirés pou, bana-
préfèr.e denx cléburg Ule je permetrai d,l"di["àr
litïfje
a nos romancrers , en souhaitant, J_oe bien sinsèrement à lêurs
ouvragès le.mérite et le succès de ceux dont j,extrais ces pas-
fl_g_._*.
:
Yoici I'un * Dans une bourgade
-de ia frIanche, àont
Je ne veux pas rne rappeler le nom r-vit ait , il n,y a pas'Iong-
teurps , un tidalgo.., ,r I €t voici i,autre u BËs dltl Santil_ i
lane r mon père r après hvoir longtemps porté les armes, se

(')
ff;s't
en':o
po,eïofJiipoîli,ilfîf .*'
rhat is rhe ueual morhod, oo, o#*,u#to"'
Uy vay is ro begin rvirh t'he beginning.'
(".) Gomme.-cemen^asderom-ansfort répandus, i[y1 quetques
..
il n'esl pas même nécessaire de citer tes-titres, ' anndes, et dont
c[aP. x. l3Û
retira daûs la ville où il avait pris naissance. ll y épousa une
petite bourgeoise, et je vins au monde dix mois après neur
mariage.,. n II est vrni que ccs romans ne se nomment ni
flIed[,inoclte , ni le Chemin de trauerse, ni Coucarateha, ni
les Mës,ndres, ni,Sozs les tilleuls, ni Au jourle jour, el,c., ettr.
Gomparez à tout cela les admirables expositions de ecrtains
romdos de Walter Scott, et entre autrels eelle d'Iuanhae, le
meilleur do tous. II n'a pas toujours été aussi lteureux;
cells do Wauerl,eq, parexemplc, est longue etpénible.
- D'où vient Ia iiifférence entre le début du drame et celui
du poëme épique? C'es[ que, dans Ie drame, le poë[e ne pq{'
lan[ pas en soÀ nom, maii faisant parler des persoluages liés
à unô action, ne peut songer au speetateur, sansblesser tou[e
vraiscmblance. Si , d'un ôôté, les prologues et les parabases
do l?apçienue comédie rentraient dànslei exigences da ilëbut,
de I'autre, ils étaient contraires à la nature de Ia poésie dra-
matiqua Pour elle le seul but de l'exorde, gu'elle appelle
enpasi,tion, est de faire comprendre le sujet ou_-de s'eTpargP
yivèment de l'imagination. Les sympathies e( Ïattention du
public sont, acquiÀes à qui lui prouY€ immédiatement que
ll3irn divertissement il ne va pas lui faire une fatigue :

Que dès les premiers vers I'action prdpareo


Sans peine du suiet aulanisse I'entrée. .
te sujet nl.st jarËais àsscz tôt expliqué...
Oda rre signifie pas, bienentendurqu'il soit permis de venir,
à la façon des prologues d'Euripitle et de plusieurs. de uos
modernes dramaturges, décliner tout bonnemen[ son nom au
parterre, et lpi raconter gauchement son histoire, sous forme
àe monoiogu8. Ia savanie nettetd de Racine dans Baiar,et et
dans Inhiq1nie,le erandiose d'Eschyle dans Ie Prornéthée eï'
les Eûryëitid,es', o c_de Voltaire dané Brutus, le saisissant de
Shakspeare dans Hamlet et, Macbethn de Molière rlans ?ar-
Iufe el le Lllisanthrope : voilà les sommités de l'exposition
dramatique (').

(r) Un rhéteur modorne, M. Francis '!fl'oy, o ilit de bontes choses en dévelop-


DE LÂ IIHËIOnIQUE.
RHDIOnIQUE.
' trI en ssl,'do rnônro,
Te sennblerrnais pounun autrc rmotifiri
ge
dans I'dloqucnce sacrée. Le ministrô dc Uieu, paraiss.rnt dané
la chaire de Viritd pour distribuer la rnanirô célc.ste à des
-.roi*u-l" cerfdes .o"""i*r; n,u
fidèles altdrés de sa parole,
pas b-esoi? ile réelamer une faveur drrn[ il ess assuré ,l'.yo*ru,
car c'cst à des frèrcs qurl.9'gd1e-ssÇ r ni de u" ronriiiuu i.É
esp:its par la_modcste sïrnplicité- du lengage, .au.bsf ùo prùË,
puissant que lui qui commànde I'a[tentiin]T'out plein du nieui
q'i parle par i? bouche, il pcut, dès I'abord ] entonncr Ie
cnan[ Ou prophè[e : .j riri,it
'"'l1r .';t-t;ll
Cienx, dcoulez ma voixl terrc, préte.l'oreillc. 'I tl,ltfl

La chaire française se dis[ingue par Ia nragnificence ds


quclqu.es exordes. ceux dc Ïoiva',rôn,
fimèbrt' ,ti io rsù&e
,i'urcnne,
q:!Xg!!tt{re, de Y0raison funlbrg de du ScmnoTt
oe .bourdrtlolle poru le jour tlc Friques, Bu,fferi,t, non est
nec, sonr.d'admmablcs. m11{$es.
euand ftIassillon est appelé
àfaire.l'dloge do Louis SIV, soriesprit rrrppe J" rïrnisere
cte toutes les'grandgrls humaines, cbnnparé-e-s & Ia erandeur
de D.Jclr
!ro.u3q.oe ddbut rdellement sublime cn facË du cer.
cueil de r*Bwig le Grundr*Dieu seul est grancr, *ôr r"orurirt
r I -'
psnt ces p.lceptes : n D'ordinaire le début est uno initiation, ll ne rloit pas abusor
1"_p:lllr il oL, doit pur t" iÈ;oy"". ru"r;;-;; crrercrrcra votre dessËiu,
nroins
on
ra[;[en.1ll.ta
rumière, plus oa s'iatércssera vite à vos iuventiors. Il cst, donc
nrar4(rrortr.d etrt.mer un recit par-un point qui reode ndcessairs granrl
uu nombro
.,exp.rcarorsr_de conhden-ces, d.'expositio's, car Ie lecteur lgnorint eucoro
ce
que I'on.fera de ôes marériaux épar's clue riô ;; À;;A;;;il"o;;Ë;
Ë.
"oo*t-
3"ïi.ï,Il'ff ïî."iii,"-Ë,1."u'T"",t;*i:-n'"nl;*t.;ilii:,r::lliiii*;i*
your de l'écrivain., Ies auditcurs I qui liniriaii""
pour s'intérecser à des crroses vu6uËs et générares-""q"-l-jo-#"olon nrotir
à;lill";pir";t]iTtr.," u.t
inconuue...
*:.P:P.:j"i-qï_lrrdparerlon8uemenrereumulr,iplianrlesexplicarionsTeddnori-'
TTt"Llj.l_ti1.1g:]:: Iecrcurs .rro soupçouneir pas encoie, c'esr les reburor,
reur mcmoire' c'est,risquer enûn d'dtglJIir eurre ces préambules
s-ut.
re fu,,,quo"
ronû ei
qu:,uJer un^edisprop.o.rtion qui lui soit défavoraLle et lË rende moins
rmporùatrt. uuaquetotsq.n€,ô'éparguantces prdparations, ces
intzr'ôr' I'on pùr tout à'abori .À'tr." a"".i"'"ira"l''*ti;;,ï;; conûdeuces sans
br"n <lq re
faire, rluitre fi ptarluer gE."r U Jos fr;;;;;;. d,er,posirion, à l,heure où ils
..evreuo.oot, Deccssùi..esr_et traus un morue'r, où le lcctôur
r)ortera .léià un ibtrirêt
assea vifBu suje t qui so ddroulo pour.tldsircr tou, tor?,.roi.[;;;;;i:';ftiblebr,r
cltap. x. i37
lll,û|ilùsunduserlrcn[ il ue se sbutient pas'à ee[l,e'lrauteur'. ll en
est'de,son diseours corntne des dbux pièces de corneill,c,
A'tttla et O{,hott, qui s'ouvrent pa-r des'éxpositions magni{i-
gues auxquelles la suite nc répond pas.
.inn:pn'iont ainsi rlc l'exordé aani l'éloqueneg d,e Ia ch.aire,
jo,supirosc, bicn en[endu, quo I'orateur sâcré s'adresse ir 4cs
Ërovârirc. Éoor le cas conhoÏre, je lui recommanderai,.conrme
qud,ia,dtrcqr' tous les nrtifices o-nntoires, Saint Paul lui-mênne
Càrr"*r,fexemple. Il arrivait à Âthènes. Ltu. sophistes du
teunle rhéteur par excellencc le conduisent devant ltaréo'
"ft
sa doctrine' t' Athd-
il;à, pouo gu'if erït à s'expliquer sur plusrcligieyx
iriËoJ,iit saint Faul, je voii en vous lc de tous
Ies peîples. En efret'rén pa*ourant vo[ic ville, j'ai rencontré
un.audt portant poîr inscription : Au Dteu i'nconnu" E6
hien, Cu ôi." qui vous adortz sans le connaîtrer,c'est lui
$ucje vous ann-oncc...? etc.r'Voits comprenez toute l'adresse
ii* rËt exorde. .Aux yeux de l'apôtre, lÀ sciencê humaine est
àtrssi,l,æuvre de Didu, iI ne ddâaign-c pas dO'dy confôrmer'1
i,}.sti fhit. à son insu,-le disciple ile cicdron. voyez'comme
ir ru"A l'âuditeur bieriveillanti par l'éloge qu'il-lui donne dès
-lu
lhbord I attenûif, par Ia nour:eâuté 'de folme, Prise dans
leb,.lieu erternés) et dans une cfi'constttcqfOrUuiæ qui olfre
Ie piquant de I'anecdote; docile enfi! et intelligent, par le
paiti'qu'il tire de cette forme nouve[e,PouT nnlpûer avec
ëIarté'àt dignité l'cxposition de sa doctrine. !

' Mais la u:rajorité dès prédicateurs ne se co-mposeli d'apô-


tges, ni de irissionnaiie.s, et pour, elle la bienveillance et,
thttônfion sont aequises d;avance. Il ne s'agi[ done plus que
de faire naî[re \a d,ocilité de I'autliteur, en preuant totrjours
ce ruot dans le scns latin, c'cst-à-dire de lui donner l'intel-
ligence cle la rnatièrc. F_ug* y parvenir, la plupart des ser-
ilionnaircs n'ont guère fait iousister I'exord€ que dans la'
In'onosd,titna et Ia ll'iui.sion, qui souvcnt en effet en sont la
'suiic ct lc développement. îoutcs dcux, négligcant l'audi-
tcur;.n'ontrapport-qu'au sujet ou à l'idéc mèrc du diseours.
Ccn[ irléc esiiclle s-impter-la propositiog I'expgsc. Est"elle
connflcxc, ou renfcrnle--hôllc, quôic1uo simplc, dcs preuves
42,
-..-- -:

{38 DE LA nSÉTORIqUE.

ou argunenis d'espèce diverse, la division la partage en


pl,usicurs poi_1ts, Quel est, par eieynple, I'exord* ào r.r.on
déjir cité de lïlassillon sur ies Tentaiioits des urar?ds? une
proposition : g Le dérnon tente surtout les Er.aids: rr et une
division : u Il les tente de trois manières : pin te plâisir1 par
I'adulationr pflr l'ambition. u ces tleux foimes ôu rottipie:,
ments d'exorde se rencontrent chez presque [ous nos poboi-
caceurs. Bourdaloue et Massillon h'y -manquent jâmais.
Ilossuet en uso beaucoup plus rareme"nt. on dirait goe son
puis-sant, ggnie-se sent nnal à l'aise dans ces liens; iI prrifèro
conduire l'auditeur au but par I'enchaînement'seu'I et.la
progression des idées et fondrè tout son discours d,un mêrno
jct. Fénelon va plus loin; il blâme toute espèce de division.
Tout en avounnt avec lui que, sans la division, loorateur a
quelque ehose dc- plus spontané, de plus tibre en son allure,
jc reconnais aussi les avantages-de c'erte fbrme. BIIe soutieni
l'attention, soulage Ia mcmoire de l'auditeur, réeularise la
nrarcbe du discours, e[ oppose à ses éearts une iontrainte
-d'éviter
salutaire. ll ne s'agit que les défauts. eue la àivl-
sion soit complèter-c'esù-à-dire qu,il n,y manque- aueun des
rnembres qui font récllement paitie di l,idée,'et d'un autre
côtér.que ceux-ci ne-soient pas nrultipliés au point de dissi-
per l'attention au lieu de là fixcr, où ne reirtrent pas l,un
dans I'autro de fuçon à subs[ituôr une svnonymid à u,,u
anafyse 1 gu'elle soit, naturelle, c,est-à-dii.e que lcs meû-
brcs se prdsentent avec aisance à l'esprit, et, ne'soient jamais
rapprochés forcément par les exi$euces d'une vrine ct
pudrile. syTdtric; enfiu, qu'elle sin bien graduée, c,ost-
à-.clire que.le secoud memlrtr cnchérisse, a"utant qûc pos-
sible, .sur_ le premier, le troisiènre sur Ic second, ït *insi
de suite (,).

- (') !-u Bruyère a sPiritnetlemeuL tourné en ridicule les ddfauts des rlivisions
dans la prédicaLion.de son- temps. u Les énumérateurs,- dit-il, ont loujourr,
d'nne nécegsité indisPe$ablc e1 géornétrique, trois suiets admirables ôc vos
attentiols; ils prouvent une telle cbose dans la première -partie de leur discours.
c ette autre dans la seconde partie, ct ce[le aulre encorc d'aus la troisième. Âiusi
vou! 56r€? conyaincu d'aborrl d'une certaine véritdn et c'esl, leur Premicrpoint;,
CEAP. X. ti;9
.Cependant l'cxorde par la proposition et,la division n'ap-
partiènt pas exclusïvement à la chaire. Vous Ia rencontrerez
à ta rrinirne et au barueau. Cicéron donne I'exemple de la
propositiou dans la Milonte'nne, oÎr il fixe bien nettennent
i'Otrit de Ia question. Il ne dédaigne pas la division_dans les
discours poûr ,{rcftdcs, pour Mîtrena, pour la loi XIan'ïi'iu.
u Je proùverai, dit-il dans ce dcrnier: {" q-ugla guerre est
néceslsire I 2"' qu'elle est dang_ereuse et difficill {" {.1"
Pompee seirl peut la terminer-beureusemen[. n Et dans le
Pro'Murvnq, r- rr ll me semble que toute l'accusation serdduit
à trois chefs: par le premier gn -attaquc Murena dans ses
mæûrs; par le sieeondr-dans sa candidature; par lc troisième,
on I'accuse de brigues ('). n
Au reste, touteJles fàinres de l'exorde rcntrent dans l'élo-
qtronce du baryeau et de la tribune I c'est là surtout qu'il est
t'

û'une autrs vdrité, et c'est leur second point; et puis-à'ooe troisième vérité, et
t.oisième point: de sorte que la premièrô réllerlor Tous instruira d'un
"'*ti"ur a"" ulus fo'ndamentaul de votreieligion, la secontle d'un autre prin-
"ri"ïo"
[il;;t"i o" tT"Jp"t moins, et la dernièrs réBexioo d'un troisième et dernier
;fi;"i;;.i; olos i.port"ot ilu tour, qui est renrls pourtanl, faute d-e loislr' à
'oo. frils; enfià r pour reprendre et abréger cette divisio_n et lbrmer un
;É..."titr. Encore. dites'-vous ; ét'quelles prélarations Pour un discours do troig
-
iî"iii a.rr""i;;;i t""; r;ri" a'r"i.Ë r pt,'. it. iherchent â te digriror et à I'dctaircir,
t]l"r itr m'emb'ronilloot. - Je voui clois snns peine, et c'esl l'eff-el, -Ie pluo
'naturel de tout cet nmas d'idées qui reviennent à la même dont ils cb-argeut
u a Quand on divise, ' dit Fénelon' il
r rr f"-nréuroire de leurs
"udiieurs.
"iUA simDlement, naturellement, il faut
faut âlviser que co solt une division qui se
iroo"" toute faite dans ie sujet méme; une division qui éclnircisse, qui range
tes matières, qui se retienne Àisément et qui aido à retenir, tout le resle; entin
;;" dili.i"; q'ui fasse voir la grandeur iiu suiet et ds ses parties._r lr_ofinparCon-
,llli";. I'uppui de toui ce qui précède : n Commàncer,_dit-il r dcs
di;t.t;".";;;t'à
;;"; oo-Èi" pour afficher beauc.oup de métb,ode, c'est s'égarer dans un
labvriothe obscur pouf agiver à Ia lunrière. La Eéthode no s-a;1nonce Japals
-oïot qo" lorsqutl y en a davantage. n
q
{r) Si ta rlivision n'esl. pas toujours nécessaire, ni même-util-e, il est cerl.ain
uoUnroio*'À à o.opor, ell'e contËiÙue beaucoup â la clartd et àl'agrémcnt dg
âi."-.rir.ïtf" oi" pir seulement pour effet de. réndro les choses,plus claires, en
les tiraot de la foule, et en les mettant e:t! J'réseDce du.JuBe; elle.oelasse cncore
son attention au moyen des limites qu'elle assigle à chaque partieo à Peu lrrés
comme ces plerres âui Servant à malqUer nOs lieues encouragoDt le voyageur
fatigud. Car'on éproïve do plaisir à n,esurer le chemin qu'on.a l'ait, el, rien
;;;;i-" oË, à ooô""uivre ce i,r'"o u commencé, quo de-oavolr ce qui reste à
frire : od ne lrouve jamais lo-ng ce dobt on ,aperçoil, Ie terme. u QUINTIL.
fnst. oralr, lYr 5,
i&t DE LA RHdTO&IQUE.

un poi't car, comme je l'ai dit, si le n*blic vicnt, on


capi[*1._
qr-re.lquc.sorte tlc lrri-môme âu-dcvani ac ttjàri"ain'ïi- àu
pret're, Ibr:ateur politique et l'avoca[ ne peuvcn[ donrincr.
leur.auditoire qujcn côrnmençant par se sournettr" i-ï"i.
Aussir. dans lcur bouche, plus qu,ailltur, .rr;;;;i;;;;;;
I'cxordc, son exjst en cc même, doivent e r're déùcrml"èi ru [*nt
par les disposir,ions de Ïautrifeur c.e.par tu naiio; Àir;;J;î;
,,1.*,ruir[ est-il insignifiart et ddrnince onr.iir; s'afiit-il de
dctrborer slrr un chcnrin vicinal ou de plaider pôuo in ,où"
mitoyen i ou, au contraire, la eause estl_ellà éviià;;;;;;i
de l'aveu de l,ous, jusic et honnête,
I'aurli[cur bien disposé -grande -et intéressanle,
c[ irnparient dË uoi* ouàuàËr ù qu*r-
Ign; dans I'un ct Ïauùre ôas, cicdron rupp"irÀ-riàxordc.
D'unc part, il serait aussi déptrâcé qu'un e#ùil drvant une
c.nflumlere dc l'nutre, il deviendrait un hor"s-d,ceuvre inu_
I
l,ile. Micux vaut. alors arr.iver immddiate;;"ù; iuiiron
Démosthène tlans la pluparr des Ftuilipiiq;;;.--' '*'-'' , .,,,
*,
II cn est de méme ôncbre lorscJu'unË'do'crgique s;,rnpnthic
électrise à la frris ie purrrie er l'oi.areu".
vaincu par la passio. c,mmu'e, se jetË
ô;;;Ëù-i-.i,ïr*nr.
*lr*, à;b;cmicr
DOnO, AU c@ur mênre clc l'actiorr, il y entraînera touîl,audi-
toire. A propicrucnt parler, cétte tspècu Ot*r,1., qu,rn
rj
ï^t*iT-_rare a!,T11lt,to, u'ast cnco.rq q.u'unp abscncc d:ôxôrde,
rorme d'arllcurs, ct qui doit ôtre anrenée par quclqué
circonstancc grave, iriatterùue, et plus .o,in*rriÀtd'ricure.
lr:.uj. Iorsque, cn ddpit tlc ra consc-iencc dc son crime ct de
l'i'dignation géndralô soulcvie conr,re son infauric" ca[ilina
dcsc prisentcr atr sdna[ ct d'y prcndrô sa plaee
:_.l.n,,T!r,loo.!.ur
que Cieéron futmine c.onrre lui ion ee aliiultto
îlil1ll1^.1
classrquc :
_-{tttousqu,e tttntient a,butere paticntto n ostra..'.
n'est, quc I'cxprcssion c{i.r scntimcut, éi-eiilé dans tous les
ll
gcrgl's par l'audaco du coupablc. Voyez, au contrair*, d*s
Âjax s'ernporter brurulementiAAs i.1,r.Ài., vels, c[
9:1"^,
€ontre uru.rt, ct contrc Ulysse I sa colèrc, saus dch^o dâns
,r9l
n'crneut pcrsonne, l,er abr,uytto cs[ tldplacr!. ]Iais
i11u.:Tor*c,
il c e [tc av c-u g' l c br us qu eri c opp o scz f ins i n tian r, rr r l,i { i c-c tl, [JIys s e,
et vons achuirerez, claus lirn ct l'ilutrc plaitloyer, te poëté
oIL{F. X. {,i.t
à scs hé'ros Ie lang'agc tlq lqur çar4çtr)qr! cb

Àftæ insignitian[es, tlnns lcç sujets corinuà


dans lËs vives sympathies de l'orateur
t d'cxorde proprcmcnt dit.
dc l'irnportancc de Ia cûuse,

avec
ou de

.(l) Y-oi"l I'cxoride d'Âias


:
, ' Utquc.erat impatiens iræ, Sigeia -i
tmvo
l,i tiora res uexit. elasscmtl uc n littorc, vultu,
i:. r j jjit ;
. .. lntendensq'uc manus: c Àginlusr'prob Juppiter! inquitl
A|rLu rùlcs caugrmr el mecum conleltur ulJsscg!
-!, I't :t . ' At nott lleclorois dlubiu:rvir ct'tlore florontii,
hqc a classe fugori"'
'..,r,rr;:rl.r. I ' , Qcas cgo sustinui''r1uas
Maintenantceluld'UlYsse: ' . ' .'
Adstitit, ntque oculospnul.utll tellule'mo.ratoÊ '
- t' '
'1iqi.,'': Sustulit adbrocerca. érsÈôctltoquo rcsolvit
',:tt!ir', , ô";iffi;"î;ffi;Ëilî;fi;iir.Ëiidàïi.iti''s''' ;r 'i
:
''.
,l
- r'i''' , ;Si;ea'cudveslrisvaluisscnti-otatPelapgi'"., .,1
,,.. i, .
Non forot ambicuus tunti certaminis hertlst
-ll'.'4i,.-[ : . Tuque tuisornùsr nos te potiromunAchlllc !:.'.'
.r;...,,i i,. eue'rn. quoniam ndn æqua-mihi vobisq.uo ]j$llul{ . , ,:. .. ,
J ' .. i-hra (n',unuflue simul ielutl lacrymubiin tbisit ' ,' : I

,. ..i. Lumihol, q,iismagnomeljuss-uctcdat.Aclrillir..- : j.1 ",.iii, .

l!,F1r,,i, rr r ,, i,i ;l' l'1 rr: I

".e+jqn q" partlonne d'essayer fa traductioh,:,,;, , , ,,,r,.t ,r,.r' .

. tl tournc vcrs Sigée un regrrd menaqqnt6 ' ,,


El lc bras étendùn de ragc frémissrni :
s Dicor Duissrnts. coest ici queic ploirlc ma cause t
Dcvant lir ûolte t et c'est Ulysss qù'on m'oppose !
Ui"iiu t mnis lo lùcha a fui les feùr rl'ûeciôio
Qrio moi j'oi bravds seul, seul cbassrls de cc bord !'... r,'

ïn tà"i" oo inrirni
' ' '
iturr holoor; i,oileé

Son regord sô kva eur tea princes du camp;
Pni-s, lo"rstlu'il les _roit tous a.tte.ntifs, il e ommencc,
Ët ta nnrole unit la grâce à I'dloquence :'
( Si rbs yæux €t lcs Éicns avaieni flécbi lcp Diçuxr
Dit-il. un tcl tlébatn'erit pointtroublé ccs lieur;
Aclrill-e ourniI eneor ses aimesy nousr'Àchille.
DIuis puisqu'ù nos ddsirs le dcstin ful.hoscilc'
iÈi'ai!"iÎn"n'noin iioutuv"f[see vcux''' : "'
ùo-mu m6uillésdcplcurs),{uisuccdilsla miquç ; ,r ' '., ,

Âur armes qu'ctr ntourani un gr8trd lrontnre voug lolqs@t


Que eclui qùi donno ce grlntl homme à la Grêcc?...
rl , '
nHÉrontQUE.
versaires, ou cles juges, ou.de I,a c-auqe, ou
circonstance extérie[re'gu'il rattachc à ir-àurï." -. '
enfin de quelque
parlanr de'lui-mêm, *-aà roo-oii.nt, se con_
^,,ï,i1p_,:r,
crhe Ia taveur et l'attention, tantôt par une modestie
véri-
table ou feinte : voir tes p'remicrs mots deloraisor?,nour
Archias, er ra earicarure aù
sào*;
cours dc réceprion à t,Acadé'mie; tanrôi
dnilro;-;;b;;fttir.:
unc-no're r-ermetét eomme dans re débuiù;itr;;;ance er
de ra deuxième
Philippique. de Cicéron., celte
[",
.l"o-Aorr ;pùlt;j,Ëàirirr,
y:,:nt:y_!jadng, fàmæ; rilirurs'ir*
oe sor'meme unie à?(ilrppt:
a,inonr"
confiance
-Ia cn sa cause: i'exorde du pro
corona tle Odmosthène en est oo à"urple enfin
l'rsque
; fo" l,*rploi
9:l'i:':1,::.*.1^'f quaT.dta positioo i_érffit àî"r;riril"r exise
ses anrécéctgnrs, ses principur, f,*s
i.:iJ,t:?_*igorlIes p.rÉjugés
l1*: t.Iqises, univer.sels ou natiohaux tont ou
en opposition avec ce qu'il sourient. Si l,on veu[
ry:l]1.-r"l
comprendre Ia nature de I'insinuâtion, qu'on
rcrise ra scènc
ent*e Narcisse et Nérono au quatrièmé ai:te de
Brdtanniea;,
et, en fait_d'exorde, cel'ui dù second dil;*;d;*ôiré*o
contre Rullus. L'haÉïeté infinie dà r;orateurr-Jnîùu
,"o-
pline, qui d,un Jeuîmài en r*it
:9lllr, .avait {rrpp-é le vieux
senrrr toute Ia valeur : Te dice.nfe, s,écric_t_ilr legem
agra,_
ri,am, hoc est alùngnta su", ob,aiàiiJ*ïiiiniÀ'."u"u"o
nans I'antiquité on s'emportait vivement eontre son
adver-
salrer au barreau comn,e à Ia tribune, et res invectives
com-
3::!iir."qdeparfois ayec l,exorde ; les Catilinaires cle Cicérou
le prouver. Lui_même, dans les liwes de Rhéto-
ï:nTnr
,cllue, conseltle d,at[irer sur Ia partie adverse,
politique ou
-::".tt:,,
j:-1":.f la haine., te mépiis, €n,exposanr rour ce gue
sa vlg peut.pfésenter d'odieux-et ci'infâmô. rr Et il ne suffit
pas oe te drre, ajqgt-e
euintilien, il faut savciir l,exaEérer. u
re crarns .Olen qu,ici l,un et l,autre n'exagère4t à leilr
tour.
d,eux à eux--émes. CiËéroi dit tbvocatl
l"*ltn:l]uj:j."*
oans Ie De Orq,tore r..u Sj vous poursuivez trop
vivement une
question, ayez l,air dlagir" à regret et par dôooi"; que
tout
annonce en vous une humeur faàile et gtuéreuse,
d* ra piéd,
de la douleuro de la reconuais*orr', j;r-t;-hil[rru, ,t
ctraP. x. q&g

d'ncharnemen[. ,r Et euintilien blâme l,orateur cassius Seve_


rus d'avoir commcncé son plaido.yer contre Asprenas. par
cette phrase odieuse : " Diiboni!-uivo, et guoii me alaere
j.uuet, addeol.., Grands D'ieux! je vis, et,
lppryngtemireu,m
j* tru réjouis de virr.e, puisque je vois Asprenas accfisd ! ,,
Je ne demanderai certei pas à l'accusateur de Verrès
d'émousser le tranchant de sa-parole, et ce n,est point avec
rrne colère digne et contenue gue Louvet écrasera Robcs-
pr.eye^. ll .Lt des temps, où_à [ràvers l'ouragan des passions
ddchalnées il noy a plus
tue Ie canon et Ie toànerre qiri puis-
sent se faire entendre. Mais en général, e[ surtout ïani les
gfraire-s civiles., je proserirâi ce[Ce éloquence canine, cornme
I'appelait, Appius, qui aboie et qui mord, je recommanderai
Ia modération dans l'exorde tird de la personne de l,adver-
saire, e[ce système, en dépit de quelqueË exemples modernes
que I'on p_ounait citer', est beaucoup plus dan-s notre civili-
sation et dans nos mæurs gue les emportements des avocats
de I'antiquité.
' Nlous n'avons pas nou plus à imiter les anciens dans leur
eonduite à l'égard des jugés. Nous ne sommes plus au temps
ori les couleurs de deuil, tra barbe longue et Ie désordre dàs
vêtements dtaient la tenue obligée- iles accusds. Invoquer
1ujou1d.'hui la .;ustice g-u I-r pitié d'es
juges, c'cst presqou ieu*
faire,injure" Je n'en dirai pas autanù du jury. Si l,on songe
aux éldments dont parfois il se compose, on-ne l,rouvera pas
inoppor[un en bien des occasions de rappeler auxiurés trèur
haute mission, de stimuler soiû leur seiréibilité, cir ils sont
hor-nm_es, _soit leur sévéri[é, car ils sont juges. Foint de flat-
terie d'aillggrs, si cB n'est fine et convena6le I recourez à la
crainte l'opinioq, appuy€z o_u qomlattez les préjugés, etc.
'le
Une des lumières du barreau de Paris, Mu Chaix-"d,Estinge,
défendait à Bruxelles un jeune hommê de Ia haute sociéiri,
accnsé d'homicide. Son exorde eut naturellement pour obiel
Sn position d'avoca[ étranger devan[ un jury dtraiger, e[ il
le traita avec une adresse si savante que n avanl d;avoir
abordé les faits, iI s'était ddjà coneilié lahvéur universclle,
t Enlin l'on conçoit que l'un des meilleurs exordcs cst celui
4 /+l* DE LA nHÉrOnIQUE.

qu'on Jruise dans la cause cltre-nnême, dans son équité , sonl


importance spéciale ou.g_énérale, sa nouveauté, etc.- Il reirtre,;
ainsi que I'exorde tiré des lieux extennes ou circonstanceé
en clehors de la cause, dans ceui dont nous avons déjà traitd.
. Dor^ gualités dg I'exorde vous conclurez ses défairts. Trop
dncrgique, trpp saisissant, ou encore trop brillant et troil
étudié, soit de pensée, soit de style, l'cxorde ddroute le lec-i
teur ou l'auditeur. Celui-ci sortant à peine de la vie rdellel
ne peutêtre, dès l'abord, affecté cornmô l'écrivain dont l'âme
s'est dchaulfde peu à peu au feu dc ses mdditations, Après un
tel exorde qui promet, gdnéralemcntplus que l'æuvrô iiedon-
nera, celle.ci devient froide et ddcevante. Tiendrait-on rnême
tout ce qu'gn a pr.omis, on court.risque d'éclipser d'avance
ce qui va suivre, et I'on pèche contre Ia loi de Ià progression.
Les- anciens appellent aulgadre l'exorde qui peut appar-
tenir à plusicurs sujets 1 comnrun ou cornmuaôlà, celui ilont
I'adversaire peu[ faire usage ou qu'il peut méme, à I'aide de
légers clrangements, rctourner contre nous 1 étnang en e!!t effr-,
prunl,ë ,
non-seulelnent cclui qui ne convient pas au suiet,, I

mais surtout celdi qui senrble arnener une conséquench iqull


opposde à ccilegu'oi a en vue : tel cet exorde dllJoerate,dbnt
Longin faif sijusternent Ia critique dans son ,Traitéd,qsublima)
Sans étre atrssi tléplacé, Ie ddbut ne serait-il que d,isparato,,i
il ecrai[ déjà blâmable, car il abuse le lecteur sur le'earq,ctèréi
gdnéral, sur l?atrlure réelle de I'écrit qu'il va lire.,Flus,ieursl
de nos romf,ncierg'rnoclernes son[ tombés dansicette faùte. i, .,

Sans perdre Ie tcnrps à lcs feuilleter: Quc lc professeur


relisc à ses dlèvcs lcs discours de Petit-Jcan et de lTntirné
dans,ce[te sharmantc parodie que Racine a intifuld e les plaù,
deurs. Tous .les viccs dcs mauvais exordes y sont exposCs
sous Ie jour h la fois lc plus comique et lc plus Vrai. r "
i',* ',t; !L

, "'l; lY'; I ! !
:'r.:i[,:1,'ilr,
'lrit''r! r'r' '

-11_ ,:

rli :.t,!
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',;.",,;,, 'ri r CHAPTTRE XT,
, .1,;i i j
;, ,11
r'iri ,'"'f,i,f, -,- r:
CO&PB Dt L'OUûRA.GE.
AE .,,,: NÀnRATtrOlt,
-f i',,, ! -

:Lldcrivaiu û exposé lo sujet, il a eherché à so,coricilier Ia


hie_queillancc, l'atten[ion, la docilité il entre en uratière.
I
Rappelons ici ce qui a dté dit précédemment. ,

Une fois la pensée mère, celle qui donne l'unité de dessein,


bien comprise et bien saisio, il s'agit, disions.nousride dis-
poser les principales idécs dans leurs justæ proportiotrs av,ec
cetto penséo première, et de grouper? ensuite, seloû,los mômes
rap,poxt$, Ies idées accessoires autoûr des idées principales,
en sor,[r que chacune d'elles amène Ia suivante, et gue ielle-
ci se ratlache étroitement à la précédente. C'æt cet enchaî-
ûorhontr,qui constitue Ie corps de I'ouvrage. Mais existe-t-il
uûordre normal pourdisposer Ies principaux groupes d'iddes
selon Iss divers genres d'dcrits ? et chaque groupe ainsi
disposé a-t-il un caractère spécial déterminé par des règles
Iixes ?
Répondre complétement à cette question, ce serait donner
la théorie de tous les genres. Chacun d'eux, en effet, chacune
mêmc de leurs subdivisions a en quelque sorte sa rhélorique
ou sa poétique particulière. Que de traités dû poëme épique!
quc de yolumes sur Ia tragédie et la comédie ! que d'Bssoab
,13
l4(t DE LA auÉrotQtlo.

sur,J€s,' él0gosrgisur,l'dlogucnee de Ia chairqt slrrl larrntanièrb


I'lristoire, surla critique ! Que de Liores de l'Arq,tewtri
cloécrire
depuis'Gieeron jusqu'ài Timon et Gorgias (rll IIly a'phls'Ë il
serait ippossible de bien saisir Ie côté théorique.dlun,'gemto
quelcohgue, sûns en prdsenter en même temps le, côtrfi his[er,il
querla théorie en efrôt a éte ct dqvait être modifiée,d'oaprôs,lds
idées littéreires qui on t successivemen;t d orn ind d ann les lsièolec
et lçs pays divers. Vous traiterez mal du poëmel'épiquplbi irme
observations n'embrassent ir la fois l'épopée indiennb,,e[ald
chansons d,e geste, épopée du moy€n âger,I?OdEsseeynls
Rolnnd et la Messiade; votre poétique do la comédie ssrd
ineourplôte, si je n'y puis'rattacher Aristophane'î.rtorrrnûd
Molière; Shakespeare et Calderon, comme Beaumdrçh*i$,,ol
M., Scribe. La rhétorique renfermerait dons, tou,te lihis.tri,ss
littéraire. J'ai déjà dit que la prdtention me pardit exagdrdûl
ot, poup.rn& parto jo ne vise pas.si haut. Je ne.,sotrtirA'i Bo6ût
de la composition,et
eénéralités de.la
dcs généralilés la,eomppittqq
composition et mêmo de la,eompositlon
se1lprose.,'dinslir à propos du rdoi$, par ex€nople,trpoi4rttrdri
traitd,sur
traiid lar.manisre d'éæire
nsur tar.rninisre l'histoire ou Ie',nomÂrri"rr-laig
d'écrire l'histioire_ Ie',ûomarù."illaiÉ
-quelques ptes sur la disposition etla forme,do,.lqcrannao
tion"eh oonetitue Ie liwe lui.mênnorinOr'rr !-rr'y
'e,!'ollq
Ilerûcnt., E t ainsi des au tres gonfosrL lY,o gons
; llengiroblo. de,, l'ouvrage, nou3 dssqondrorlsr eusurie

i'Dans'iles'$onits, qui n'ont d'autre objet que llexposÉioUrdg


cer,hiins r iifaits ;' rsssa1és, ou dialo gués, histoire rp rg rhane lépolr
pder."dname, ete., llordre chronologique ou la gradatiat,d'ç
I'intérêt semblent traser la marche à suivre r.d'une- Fqrb,,la
sérib des,faits, en rattachant'toujours les.effets qu6 çqueesri
et,cn groupani les éléments lrornogènesl de l?autrer gpr€$
I'exnoJition. le næud et le dénofrment.
I'exposition, dénofiment. iTlais dans lei
les livre.s
didactiqueso dans l'éloquence ddmonstrntivc, délibérativc'leû
.judiciaiie,tra dépendanee réciproque des iddes, comne on Rr
pu le conélurc dê toutce qui piécède, ne s'acconimodelgr,rèùq
, r.,[rlU'fltt!.
-ç'1i.e'trtrre à", oiot"orr, par TtMoN, lz" érlii.i Bruxeltes, r;lirf; i8ldl-
EîoEuence èt iwpr.avisatlon, ait da In parole oratoire, par Gonore's1 Faris,r rt46l:
ctaP. xr. t&7
d+unloruTuo rigoureuxi et varie au gré d'i"rne,foule,db, cirqm-
StAfrèOS$tt ,'r r.l ,o ,' ' " .' 'r, t ' '1 \^ ." r'ui,-,. 'ti'r ,r;' r 'i n

I r yre,el irl ae [lqu e prdscn te, a prëb l'exordg 5r,u ne,o y nt hè s e,


Tefu li
tl'ontrtou't rle r.qsle de lbu.vrage n'ôst que le. ddveloppemen;
a'rwDytifutrc, sauf à eonclure parfois en Taisunt, revenlp lo syn-
tI)èsû:primitivc : ainsi l'E'sprit des lois, l'Entile de Rous-
Ëoâuietæ; [Ih eul;Eo choisit, dansl'anahlserw détail qui lui
oorititlopuint, de départ, etide détait eridé[ail, arrive jùsquâ
tq[.f..nthQro: ainsi plusieurs des dialogues de Platon, dos
ûr'aidds ,da',Condillac, dcs ouvrages de Bcrnardin de Saint-
Fionreii'Nous avons touché ces tléux procédds en treaitant de
ïinventiorn' Llautcur a-t.il à exposer deux opinioùs con-
ûnaliedl,flsux ordres de faits opposés, qui am.ènento pour.s'y
aboorbcn, unc opinion dclectique ou un fait concilittcur, il
pn"ésenteral !'une après I'au[re, la thèserl'antithèse e[ la srin-
tltè,se;.rG'esû'_Ie lllan qu'onI ac]optd quelqucs philosopheJ ct
publiciates, de nol,re siecle.
?l i Cbit'€nida n t, parm i I es d iver"ses rndtlrodBs, i Il ;on;esf i,Ene i q$i
fiic{tûÊtltJr..ai99i qu'à Ia rnajorité dss I'lrétertrrsJlplûs gd' éralc.
nwn6roPFlieabler'et la voici li' i ;'1--. "'-rlr11.-,'-,'1;1 ;'',,;',$- ,t I

'1 Qu',inimddiatement après I'exorden soil 54.s. exondpr,ùidcri-


'vttini edpose'tro fa it ou les faits, dout i,l'veût,'nihir,unç,, laçon,
Ou"unt arg,urnent, Ies Cldments do la gcibnoô,{qru3itisd fropose
de trait er, l'ensembl e de véri ûés q u'il préten#, dtâtilii.i 4r,q,rre,de
f,fltri[ pa'bisi,t ux' preuves d e ces fai [br' aux d dvrlop'per,ûents, de
eesltlonriëtss' premières, à la ddnronstral,ion rde"sir doctrincl
q'trronftlu'l|'.s1a[[ache à combattre les nrgurnentcet len moyens
dô cbug quil sur les choses ou les personnes, les fe.its ou les
idd'es; adoptent et soutieanent une opinion csntr.airc à la
sienne, ôu tircn[ de la même opinion des conséquetrccs ditre-
rentes. C'est cc qu.e les rhéteur.s, uni,quement occupés de
l?arû oratoitc, appellent Ia narcation, la confirrnaûùoruet\a
Nt'ktatioru. Ce sont là presque toujours les lrois mcmhres
prineipaux de tout corps d'onvnage et l'ordr.e dan$ lequel ils
doivent se prdscnter.
Rjç+ dlqbsolq ccpen'dant, pas plus dan's cet ordrc qtte dans
aucu'n'autro; et les anciens lo reconnaiss€riont *ussi. Tantôl
i&B DE LA nUÉTCnrQUE.
ilarrive quiavant de- poser.n_o[rc.doctrine, il est urgcn[ dG
rélu,ter uno gpinion hostile à Ia nôtre, erronée, ruaii domi-
nante,, et-de,ddblgler en quelque sorie le terrain suf le_qdêl
nous voulotç ddifier;^en ce cas on €ommence par la.ràfu,tn+
lit)nr,, c9mme fait cicéron dans la xrilonienne.' T an'tôn, i',id,rio
ou Ie fait serait mal dtabli, si les preuyes prénlahrosruloq
prdparaient d'abord la vraisemblaneé, si nous'ne aonduisrons
insensiblement et d'une manièrc détoirruéc jusgu'ûr ra,v6r,iûd,;,
alors la c-onf,rmatioz prend Ie premier rang. Enfino il'esï
des cas ori lion peut supprimer I'une ou l'autrdde ces parties,
comme parfois on supprime I'exorde. ,, , ,
_ir

itlais.le plus souveqt, comme nous l'avons dit, crest par la


narrat'ton ou prlr la thèse Ele I'gn entre en matière. {,e'ppelle
thèse, d_ans les ouvrages didactiques, co qu,on nomme ??cr_
ration dans l'art oratoire. Dans là thèse, lterivain étqbllt trgç
principes de !a doctrine que la suite est destinée à ddvelôp+
pe1, comqg
dotlq Ia srarration I'orateur dtablit les faits dëlkà
cause.
_Qe
lâ I'extrême importance de cette partie; e'est d?ellç
que reJève-.t*I,t le reste : omnts orationi,s relïquæ
fons esb
narratio; dit Cicéron. Elle contient en germe tùs lés ddvgr
lgnnt**lg de.!ldoclrine, tous tres__moyens cle Ia conffrplp-
lioq et de la réfu,tâtion. Manque-t-elle d-e I'une ou de t'aËtrç
des.vertus que lui dcmandent les rhéteurs, clarté, précision,
vririsemblflrlce, intérêt, le défaut influe souvent suri'ouvragg
cnticr,
Narratio obscura, totam obcæcat oratianem,. C,est ,rr.o*
un axiorne de Cicéron , ;

La clarté dans la t{isposition du récit ou de la thèsq con'-


siste à présenter les faitsou les principes sans ambaqes. sans
_équivoque, sans épisode; ù formcr, irar la savantË distri-
bution des circonstances, des temps, des lieux, des personnes,
trn tablearr dont toutes les par[iei boient sâisissibles d'uri
coup d'æil et à première vuc-. La nettcté d,esprit et l,atten-
tion.sulïisent généralement pour- arrivcr là dâns le poëme,
le discours, Ie roruan, partout où l'écrivain prentl lui-mêrné
la parole. Mais dans_le drarne, par exemple, il fau[beaucoup
plus d'art,; ear ici l'auteur ne communiqrie avee le pu,bli'c
, gHÂp.
eHÂP. Xl'
xl, LIbg

que' par,l'interrnddiaire de deux personnases'dont lzun rloit


dvoir', intérêt à instruire, l'autrè à appientlre;-'La clahté
déperrd'alors de la conception du plan totlt:ehtier. Ettrdiez
ted grantls maîtrcs, Racine surtouf. Yoyea''bommb' il réduit
Ie$'faits les plus compliqués à leur expression Ia plus sim_ple,
aomme il y jette des traits de lumière, dès qu'il voit qq_elqtre
-éviter,
ombarras à quelque nuaËie à dissiper; co_mme il sus-
pcnd'la curiosité pour là satisfaire à propos, enfin comme il
Êsitlén-,rnême temps faire servir à I'ornement de Ia narration
tmiû cc-qu'il emploie pour l'éclaircir.
' -
I"a aràisemhlànce êtlaprëcisebn eont'ribuent à la clarté.
'.1
l. 't' i

jii;f lf vrai peut quelquefois noêtre pas vraisemblable,

dih Éoileau, et dès lors il cst inintelligible. Par le choix eB


Itopportunilé des accessoires dans les chosesr Pûr I'analyse
dbàl-carnctères dans les hommes, la uarration ou la thèse
p'révïent les objections, rdpond d;avanee à tou[es les- qucs-
'tTt
ns. rend. p*obtbl.t ies les plus mervcilleuseso
"eo*ontres
lës :ddsertioni les plus paradoxal es. Etiutn inwcdibile'solerti'a
effi,ctt sÊpe uedibile esse, elit Scaliger;'Leb rdcit$ les plus
dïrnng..'deviennent admissibles, tla"ns I'bistoite, rlès qt'on
te["les, fu oyens
dchéldnne eonvenablement les oir"cortstances
tllcxdcution I dans le poëme et Ie romanl ilës qtttbit y 'sërne
ces détails de la vie commune et positive qui leur donrrent
un'àïÈ de franchise, et les font descendre'des fégions dc la
lic[ion dans celles de la réalité.
'Iloileau a dit encore à propos du rdcit :

Soyez vifet plcssé dans vos narrations I

et florace â propos de la thèse :

.,'.,,, qui.quid præcipie,sr csto brcvisi.. .

ilifc,,ysvisndrai sur Ia précision, quand il sera question du


43.
{ s0, DE LÀ nuÉtonrquu.
stfld.' Un e:Sb te}êri obeervh tion ma i n ten ant rNe vo u s "fi gurnzr pr_r$..i :r
cilrt'fna eêltaffl'$,hâVantl s I ê tne préc i s, parcc que rvtouts proo{d,aau
par plra$bs -cëurtes et bacliées. r, J'arrif aÛlsrrûr ilo,rpo.r[i,rditl
Quiutitrie.rr , jtaperçus un navire , je demandai,[e prix du.pas:'l
sagel'je'Ii5'nrarché, je rnontai, on leva I'ancrei- onnrurbrËpler
voilê; flôus, partîmes, *- Chaque phrase osD,cour[grr l9rrrtfoiÊc
est'lo'ng: La prdcision consistait à dire tout simplor,uen$ arilÉfl
m'ernbarquai, n , ,rrr.,-rr r[ .!;rsi3
' Je
vais plus loin z l'tntërêt même est un des dftimonts,pellq,,
clàr'td: ill. Villemain dit Snement, à propos deI'Hfuroi;i:a.d,çi
+gitts_ XI par_ Duclos : u Malgré la rnéthode, les datiæ1,leel
détails, eel,te histoiro est obscurc. EIlc qs[ obser,rrer,TpaipÊ.i
qu'elle n'intdressc p&s. rr Sachez intdresser, prenefirtlotr_Êlelt,
cæur, ct votre rrlcit sera clair, prdcis, vraisemblable;,,gtrlhu&_
vouf passera tou0, digressions, tableaux, portrnits, réfle6ipggu
Jrai,ddjh dit conrntelit on arrive à lIn,térêt. Creusen,pÊtrip$ùT"r
ment $on isujbt'ji s'identifier. avec les hommeset,Jo,s fetln$r
ou les i,tlécs' dont on, s'ûceupe i nc dédaigncr aucrn laldta.ti,ti
s'ititét'esset'soiirnême,h l:attagonisme deË forces oouttoitçÉi
qUi' faiû-rle ilætrrl,"d,e ltoul' rttcitl en ordonner l?aetioruetrylq"
té stf nægiq ue d' u n gra n d gdqdr,Tql iætil
rds istarnoe, hr|'Eù ltl'h aliild
commc l'éerivnin,a 'ùet"avantag-e Àur le gdndral qu'il,dioùoqé,
à:la fois'deS-deux'pnrtis, ménilgcr les sùccès, faire penôfueX,
all,erinativernèhtrla balanco, de nlanièrp à tenir l;nnxrétÉ ùrU
Iedëur éveillÉe jusrlu'uu"dénotrmônt rvoilà c9 qtri idenr$,lE
vdhdmcnee,e[ Is pathdtique dàns les gnands suj,ets;,dFnq,lgq
petits, Ia grâce, la'flnesser ,la naiveté; partoutl le,Bhoix,,ilos
détails, Ia variété cles tgurs; e[ voilà ce qui nous,attflchçià
unc exposition quellc qu'elle soit. rr;, ,4 ri
Yous cornprenez elonc quc, pûr son importance, Ia,naqra-
tion ou thèse appelle nu plus hnut, dcgré l'attention de l'écni-
vain, et vous roycu qde son mdrite essen[iel est la.clerld,
N'oubliez ;lns maintenant que la clarté résulte surtou[ d.u pfa46
de la disposiûion, et que la loi souvcraine de ce plan lui.urêçqp,
cst, eomme pour l'ensemblc de tou[ ouvrage,la loi de llunildi,
r Or il mc scmble, e[ c'est là qne jo voulais arrivcrl ggTl
existe un moy@n platiqne, en quelque sorte, de parvcni4ià
u OItrÀP.' XI. . .r i i {$,t.,

cetbe; tqutes Ie$. vertus qui en dcri*


unitti;iefi pat' eonsfuuent h
;ilt; ;td; â* ni"n saisir ee qu j'appellerai le' paint cu'l'miizan;
e

dlijnôjnarration ou d?uné tlièse. Torr[ est là1,ist ce"préceptc'


biefrienhlpris, flispcnsc de tous les autres. Eneffetr dans fouh
,gryû*[* ni.oni*", da*s l,out ce quc vous Posczt vou6 devez
a+oirreu vne un btrtr'un objet' principal. Il y a donc lg1tloyrs,
*a'[Ë t",t+"ii oo Aoirs oor doôtrine,'laun fait ouune idée donÉ
toul, le rcste est la préparation ou eonséquence 1-c'est ce
;rÉù;'nomrnc le intit cwlmhrant Une fois ce point bien
Ë**e#:OaÀ* njotrr pônsée, ne permettez jamais. au lecteur de
Ë;ir;;Jil:le vorl ramenez-y jusqu'aux moindres détrails,
lieu, de ternps,
fait'esrv, eouverger toutcs les ôeicriptions tle
.1":*ii,unn.. eilels que soign[ vos développcments et quclque
&eiidrio que v:ous lèur donnicz, s'ils se rappor[enf tous au
îoiÂici;t]rrnattt, lls nc sero't jarnais trop longs' parce qu'ils
'"oseront iamaijdéplacds. iïtrais tout détuil qoilu s')' rapportc
s,il;* qïitiqi* briliant, quclquo rapitle q.u1il, olisse ê[ret
itr++iinËh.r-^le impitoyl'btenrent I c'es[ un hQrs:tliæuvrqr et
ffiù[;;ê.à,lfhuif à la clart.é, obstat qwod.non.adjuuot'
biruouie, sur ôe préecpte, par{:e qulil dorrnO Tnp reglctiune
t"dii;;'p"ur ainii dir^e materieilô, ot rdont"l?alplication: se
rlldhit'esfc à première vuc. Bn le suivAnt'Vqusru'nvgzrque
'tilîi'ùï",ùols
U vous faire',Tons les- détails'dc, [a'nnrration
Où;Oeilir,thèss so rapportcnt-ils au point'aulminant, ? Auoun
db aclwqui s'y rapdorLent n'a-t-il été omis? Si vous llorlvez
réirànâou'I'oiu ni"^nièrc satisfaisnnte à ces deux qucstionst
feibuÉ,'est attcinl1 vo[re narration no serâ peut-être.pT,"1
t,hbf-d'Guvrel mais Yous sere.z sur au ruoins d'e[re â l'anrl
de tout, rcproclte.
cicéron veut dire quc lTlilon partit pour Lanuçiqsl. rr ce
ir;ài;jf . illif* ,r i'cnrlit au iénat, it y resta jusqu'à la fin
'J;i; ;;il;t:Ïtsuitc it revinr chez tui; ii ychangea de vête-
ir-ent tf O" *l,o,,sture; il attenclit queigué temps,-comme il
nrrive d'ordinaireo qoé sa femmc fiit prête; enfin !l partit' 'r
ilo; ,1.Iilffiil i ,iit.r-oous; voilà l;homme de Quinl,ilien, ;
trù; il,îtrËir-it ; Je moemtrarquai ? Le réci[ de ,l'avocat dc
trjlril rriii,r".-ài p*eriuioo et il'intérôt,,; et quant à la clarté
{.s9 nuETontQuE.

et Itt,vnhisedblalce1 elles touclent ù la pudrilité.rNous sup-


th'

p.osgns $ie_nr_en *ft!,


sans gu'il soit besoin de {e tlire, que ia
ehaise 'de Milou nè stationnait pas, avec sa femnnol à,ia porte
du sénat; qir'il dut rentrer chêz lui, quitter son éosturie-de
sénatcur pour prendre la caligo et Ie manteau dc vo,vage; et
la petite -épigramrne contre fus dames qui se font âutËnôiu
nous semble assez mal séanto devant un iribunal où.sideeÈrit
Caton. Sans douter_et en thèse géndrale, vous raisonnezjùsteu
Ifais avant de coldamner Cieéron , demandez-vous rqrielrcoû
iel le point-culminant du récit. Est-ce Ie ddpart de Mitonuq
Nonr_assuréqen_t. L'idée capitale est celle-ci! ttgilon avai0r,sf
peulointention de rencontrer et d'attaquer Clodius, que; di
cloditrs l'eût vouluo il aurait pu êtrc deletour à Rorire ar+rr,r'n
Ie dépar[ de Milon. Dès lors, et puisque toutes les circoû;
stances tendent à prouver que Milôn ne songeait en aucung
façon à hâter son ddp_art, il-n'y a plus un mo-û de trop ; aheq
que mcnu détail se change en argirment; tout ce quf é,itaté
ddfaut en général devient vertu-dans l,espèce. Exâminez.db
e.e pofqt de vue toute Ia narratior de la lfilontennel e?ost,iuq
ehef-d'æuvre. Passez ensuite à d'autrcs récits, à d,autres
t_hèses, eû appliqlez-y ma règle I elle est infailliblô pour;'ugen
de leur mérite. Dncore une fois, saisir Ie point èuhjnint
d'une n{rn'âtion ou d'une thèse-es[ d'une-aussi puissdnto
irrfluence sur cette-bartie de I'ouvrage, que loest suf I'ensem-
blc Ia parfaiteintelligenee de l'unitd-de dessein. ,,12y)..t;,
Ai-je hesoin d'ajouter que, dans eertains dcrits, dans céux
suntout,qtri appartiennent-au genr_e démonstra[if, à la louangê
ou au-blâmer^dans Ia plupart des oraiso.ns funèbres, pa.t
exemple , le_s faits se présentent en si grand nombre rlqùu
pgg évilcr la monotonie, I'dcrivain, aulieu de les faire sue-r,
edder I'un ir l'autre , doit les entremêler avec les développe;
ments de Ia thèse ? II en est de même de l,eloquence jirdi-
ciaire. Tantôt il faut prémunir I'une ou l,autre'parûic ile ta
narration.par unc discussion préalable, ou l,nppriyer d,ar$u;
1n
ents spéciaux- ; tantô t repren drer en lé cornbâtiait, l,expôsé
-
de la partie adverse et idtalllir-à notre avanhgé lesfaits
qu'elle a prdsentds sous un jour défavorable pour-noos ;rent
CEAP. XT. t56
up,nlotr.'il fntut souvgnt fondre le rdcitl Sqlt,daqs lA confirt-
rnatiqnn,stiit dans la réfutation. , r r^,'rr.',* p1;' ,r.rrri ''irt:i' \{ri

,i,S,i Inontration est l'exposd des faitsl la desa,riptiora'est llgx-.


nô.é,dàt cheses. Or, comme le plus souYent,l'exposé des
àttorur n'est utile que parce qu'il contrihue à rendre lsç faits
pÏ,hs:vraisornblablei, pftrs intéressants, plus sensibles, Ia des-
ôniption, par sa natuie etpar son but', se rattache inl,imemenf
à- ta,naioation. La plnpârt des rhé[oriqu_es n'itrsistent.pas
aise,b'spr la description i c'est un tort. La dixcription revient
iirsrqui, inévitablement eq quel.que,ouvragc
que soit'J"al-
-q
e[ la plupart
iéeoriu, la conparoison, la mé[aphore même
de"s figures nc s'ont que des descriptions plus ou.moins pro-
to-*S,t-;t, r Qui ne saif décrire, ne sait écrire, '1 dit M' ryiy;
la-Bruyère, * to-ut exeellent écrivainest excellent
pÀ|utne. n Qu'il me ioit, donc permis de m'arrêkr sur ce
",trrloàton
pomD.
,,, c'est_de no.jamaiscl.écrirepour
[opr**ière loi à observer,
diieriie, mais pour ajouter lôi! à l'intdrêl du récit, soil à la
puissante dcs preuvés._ Ilbubliel pls-qoe;lo deswiption est
'ùn nrdyen et irgn un bnrt, un-ddtail dans I'ensemble, et non
rnng dei parties consti[utives d,e= I?ensemble" 'Lâ 'c0$,séque'r]c6
a* .* prineipc, c'est que Ies desc_riptions ne doivent pas être
multipjiées. ïu'elles dbivent être liées au strjet gtpppor[uuest
,;.td-Airr àérirées et convenables à Ia place qu'on leur
o.rignr. Unc descripùion d'objets inutiles à lraetion se fait lire
matiisément. Sans houte il ntst pas donpé à tous, comme à
Corneille. dans le fameux combat de Rodrigue contre les
ùo*es, de fondre si bien dans l'action tous les éléments des-
cr.iuf,ifi. quc le clrame et le tableau ne fas*en[ pltts qu'un.
C'e'st là i,idénl du genre. Mais encore faut-il que le tableau
visnne €n son lieu. îugez-votls une description nécessaire ou
setJàment agréable? rËettez-vous à la plaèe du lecteur,.et si
vous pouven crarndre que- celui-ci, encore mal éclaird sur
vo[Xc^dcssein, ou trop vivement prdoceupé cle l'action, ne
pu* l'utiliié de vo[re-tableau, ou'n'y itccorde
"oiiior*"o*
qUlrrn" quelque intdressalt, quelque bril-
médiocre attention,'ajouriez-le
f^;t ' quiil vous l)araisse , iusqtr?il ee que, plus
r54 DD rA ntrÉlont.guD.
Tî-tliçr ryi.l+ dispqt-r, Ie leeteur l'appetle [ui;frÉmpgVsçi
o,r.T3g[rq,gqe ygys. I,,a- desmiption à laquellc il,nç
*1trc+4, 'i,',''
pas^l'{fryyç;
-! cell.e qu'il nctlésire pa_$ t'impatiôn[Ë, , ,., ,,
" ; r,Ë d É --bffim'i ;ià;: ù, .il ffii ïd
;iË:ïl ih ÀïË; r;,
gT!, i j,i_rl_ lgi! a considérr!.cerre p*rié .*"gs,te $ôiapx.4s
vugJe plus pratiqrc, Ie plus util-e au jbune dffi.Iiqi
,,1,On se rappeJle les vers de B.oileau i ,.,,,,,,,,,,*, .rl jftrzeib
iir ,r,.,r
-
r,' ,r $rit,u.nctrntre un patais, il m'en rlé'peint Il furte;"r::ra-r;Jiiil-
,, .. ll ruo pnonrène altiès rle lerrassc eli tcrrasse;.-;r1 ,trri J{to}..,r!Ir-}A
ll conrpte dcs plafouds lcs rorrds et, le.s ovalcs'i ,i.,j. '-i'i r{iir
ce ,e qod-rosr.o,ii, ô;; ;;nr .ii;l#Ëihr; ..;'',"'-
Jc sautc virigt t" 't,.-;;
fcuittcti polr eu rr.orivcr lu ôii.
"onr ;.1ùiTil
Évitez ces longucurs. r,a routc qui'nrône.à to .iari?'i#i*
aussi à la précision. Pour I'une comme pour l'auûre, il faut
faire u,n chôiit dans I'ensèmble des objerc, déteniliiier tres
points les.plus saillants, les plus trtiles-; â moins quril n'y ait
qtrelque:circonstance dorninante eÊ qui appolle tout d"sb{rrdu
fes rcgnrflsr ld[çtrilruer le tout pa1 grgupei, tc eiell Ie torrriult
Ieg,çg1rx, pujs lç,fc.u,illagg gt }es faFriqûcs, otr o.néone,d'up*èio
les irnpreçqions dessens., Ies forrnes, [c.s couleuns, les n*l,tsl,
les. odoups ; si.'lc urje[est vaste, preférer cn général lilpposil,
tio* d.es, eoptrqÈtqs, . nFE : rnppnoitr,çnrqn ts dei harmonieË n",l oo,
ruqssos a,ç;,f,$t,pils, et lf, [Fêrqe où les ddtails sonÊ delmioeu,l
seTestreindns à"cBUx qui ont un.caractôre assez tranehd
ilouÉ.
frapper liespri[r i !, ,] .i\ .ri ;

_ Âvee la clarté eÉ Ia prdcision, ie demande Ia variété ef


lbriginalité. ., ?ans une dcscr.iptionr. dit RI. \M.y, les plans
comme les détails se prés_entent un ù un Êr Ia périsée, eÉ se,,
traduisent sous la. lbrrue la plus qgïv_e, sous un'e forrn'e ûou+r
jours Ia,même. Ce n?estdonc qu'à forced,adresse quu,frr^;
parviendra- à
1a-r.icr les phlasesr- à presenter sans eôsse les
objeç.ou les^id.ées fl'g"g rnanière-nouvelle ct piquante; .à,
erupêcheq eqfin I'intérêt de dricroiûrc e[ de s'amoitii. L,lorigi, ,

lalitd des,formcs y eon[ribuera. Comme l,inveutionidîsl


figurcs enp,areille rnal,ièrc, cst naturelle et facile, ra,serviliûd'
crtap. xl,' rbs
lld tttnr-l t $tëtr/' s' v' fa i t uardon ncr m ritai sg rirc'd t.'g i T Trn cl6ùiJi t
les-tlitnbr'gniisl ics tipittrètes eommtrncs sottt donutant'plus ii
redoutepqu'elles s'olfrent sans eesse : IeÈ vcrtes prairies, plrrs
dti'jnioihs-'émaillécs de'fleurs, les forêts'mystéi'ieuscs, Ies
'
nd[tJ+S']$oulclllbuseË'o' le tristal des fleuvesi lês
'cÏètri aeu'
rés, etc.,JrToutôs cès,jolies choses si souvent cxaltdcs affa-
diséent le caractère doune dcscription et font qu'clle ressernblc
à tout. n
Maissongez=y,bien. L,a fuite du communet du.banal.mèno
souvent soît a'ir recherché et à I'exeentrique, com'rno dans'
no[rê sièctre, soit à I'ampotrlé et à Ia périphrase acadénriqueo
comrne dans Ie xvttto, êi fécond en poëmcs descriptifs, et si
stérile en bonnes descriptions. Ce dernier défau[ cst lc plus
dangercux dc tous ;
*llii8tl '- i'1
rr,'l [; . .,
,r

,1,j" , flty.qt la pcur d'un mal nous


conduit dans un pire' :

JLi;'ï rr- :r l' :i i' I ii"': ,lli'4 tr tc 'r


'''1
Ua'vrtriêté ct l'orieinalité dépendent surtou'Û du'stylc,'eT je
rscornmanderni ici l'e proôddé dssiprcin'trcrs;'Quand,
pan,le mdlange des "i.otu
conleurs, ils parviennen't; en r éttidiant
icrttptrleuseuient h natujre, à'variôr les nuances' È''l'infi ni, Le
vor{loû'le bleu, ce revêbrndnt dd Id 'ûêrffelrôt dtllrgis}rlçgiùt6-
difibnt.' eoptin uellemen t su ivàrit' lesl cliinats;' Ies raHison$; rles
r

jotrkg'163bcures même du jour, sâns cessdr'pottr{ânt drétre


ïu'bieurc[ clu vert. Trouvez-sui' tôtre palotte-ces nriIIc cspè-
ces dô ver[ e[ de bleu que vous donne là nature ; trouvezJes
dnnsrùn style à la foiË net et flexibler_dans une profonde
conahissanôe et une Erande habitudc des ressoufc€s dc la
langue, dans un voc-abulaire d'une étendue considérable,
qui-pei'mette de rendre, tout en évitant'le néolo_gismcr'les
'lïfais pour
iuances les plus légères et les plus fugitives.
reproduirc ainsi les-diversités dè la natirre par celles de la
pa-rolc, il est indispensable d'avoir beaucoup r'û, cle s'ôtro
ôred par'l'étude des ôar[ons remplis dc toute sorte d'esquisses.,
de',joirldre entn à une organisâtlon lÏne et obser'vatrice et à
unËiraison assez vAste po-ur Contenir, SâhS dôrlftlsiôfi des la-
â5{ï DE LA RrrÉTOnrQUtr"

bleaux entiers l?acquisition do subtils at nombrcux prrocrldés


de style, il' ,l
'

Enfin Ia delnière qualité, la plus importanter ,es[ I'art rje


dramotiser, de pàssionner la description. Il correspond fr
I'intérêt de la narration. Pour y parvenir, l'écrivain ratta-
qli.rr la descript-ion tantô[ aux héros du pbërne, du dnameo
du roman, du discours, par l'harmonie-ou leÉ contrastos
qu'ilu e-[al,trt
qu établit cutr.e.
entre ru
la nature
tra[ure ex[erteure
extérieure e[
et Ies
les senttrnents qui
sentirnents qul
les animent; tantôt au lecteur lui-même, en mettant l?action
cn lui, en réveillant, pour les lui faire partnger ou du rnoins
comprendrc, Ies émotions humaines qui dor-men[ au sçin,de
la nature, en fa.isant pénétrer enfin dans les-objets ph"vsiques
un élément moral. Sans ce feu, ravi au ciel cômrn'e éelrri de
Prométhée., I'art se matérialise, et la podsie desæiptive,
quelque étincela_nte_qu'elle soitr_devient une tnuvre pure-
ment plastique. Walter Scott et Victor Hugoo ie l'ai r€tuitr-
qué déjà, ont penché vers ce défaut, où donnént pleinernent
quelques-uns de nos couteneporaius, qu'un seritiment de
1épulsion pour le Iggqe-e.t le lanal du xvnr" siècle jerte dans
I'excès contraire. L'épithète pittoresquc a remplacé partout
l'épithète abstraite : la colonne nm;iestueuse eit, devônue Ie
tÛ! iaspg p.t3aryne!ér le marbre gils.et rosel la main gro-
cieuse et dëIicate s'est changée ei doigts l,onqs et blanc{; cle
nrêmc quoau siècle précédent, Ies Giecs bién, bottës et bte,n
casq'uës d'[Iomère avaient disparu dans les querriers m.uqnq,-
mime,1. Ce n'est pgs que je blâ-me le pittoresque dans la Tes-
cription ; loin de Ià; je ne condamne que I'abùs ; mais je cruis
aussi qu'elle ne va rdellemen[ au cæur de l'hornruer*qu?au-
tant qu'on y introdui[ l'hornme c'es[ I'éternello rlévise de
I
Foussin : Et ùn Arcad.da .egoa La_na[ure seule cs[ pr.esque
toujours froide et inanimée. Pour lui donner Ia vie, rinêteâ te
sentiment à l'image, soit que vous rnettiez I'aspec[ des Iieux
en harmonie avec les émotions de l'ûme; sôit que vous
aviviez eelles-ci par l'oppositiou; soit que vous y rïttachicz
une espérance o-u un souvenir public ou privé.
.lordS-rry parler {eg poëtes of surto_ul des- contempor,ains, de
Byronn de Victor Hugo, de Lamartineo de Soumeti les
{57
qui ont lo rnieux su rattsohçn',lB seutimdnt Èr'Ia
pro,qe.toprs
iteseription sonb d'abord J. J. Rousseau r_ vdritable chef
,diécolo i6ous,' 0e râpporf,, puis tsornapdin,ide''$*inh?'icrret
,Cha'ûepu,briantl, \Valtâr Scolt, &lanzoni, -ot ; qublrlues-utts de
nôs.rrômanciersnnodernes. 'r" rr i

.:r,Unb deseniption se passionne naturellernent, gu-aud le nar'


'rtteunr'd,orniird Iui:même par Ia passion, ne voit, dans les
:divereôs,iinages quis'offrent à lui, qu'un seul étrer l'objet de
rgéD,,spour iou dé sa haine, auquel il"raruène tous les détailst
'gi,dontlil cornmutligue ainsi la vie à tout le reste. Dans la
;pompcu$o cdrérnoni-c de I'apot'héose de Vespasien, Btrénice
àoru-oit,qoe lf,ittrs I mais tous les traits épars de In descrip-
-,tlo'nrBe viennent se eoncentrer sur lui que pour en rayonner
,.elu{uite:'et,'illumincr tout ce gui loenvironne :
-.J,[lltl ;'r'1 ;'l_l '
-llllIl+'rpn hette nrrit, Phdnico, as-tu îu lo splendeur?
-
Suurirt',fie$'y0ux voux nc sont
,ilt:Jfti-li;'{.'es.youx
;lrt:-rtirl';!feé sont-ils
sonf,-usils pas [otrt pleins
paô tout
tou[ ]rlellrs us
de grandeur
sa grander
dè sil BrauuEu'r-:?
ril,
"ilr .i,rirr l0es,ûambeuuxr
:ffes,ûambeuuxr ce trùther, cettenuit eqflamméeo ,
cette nuit enflamqée' :.r
" 'Ces'aieles.
pgupleo cette armd
:

- , :'):rrddtte
,,.,,,i,'.,,Çgi
'il!l:rr
r"1!!r;Ir r/rr1re^fbtilc
faisceaux, ce lteupleo
cesfaisceauxo
q1fitqr,. ces felle 1|mjçr,,,,,,.
"
'
ce sérrat, . ','"
ïoulc de roiso ceb ces consulso
donsùlsr-ce.
131r''i'i "' ;$ui'tous de nron I'
.à1anJ _._tq;.1r-ll1i-.:rtleur.dclat
rl -r r; Ii'ûel,,te,pourplo'"eet
(:e['te Fourplor-eet ort or, que rôhaussait,sa gloirer
trimoils de.
triinoins sa tie[oire : ,
de sa-tietoiie:
,.,',,. St ceslauricrs eneor
' 't ,,ustceslauricrs
.,, ' yeux qu'on
f qlis ces veux
Toirs vovaitit vctrir de totttes pqrts
qtt'on 1'oya
"
parts . , .
'1. 1' . ConfondrË sur liri seul Ëurs avides regards.l.
,it,llfi ii1 , r[',,r,.1 i '
',
, ,ir ,,' ,_, '',t, I

,ùJJrlîl.lll; r','1 ,1""'r tt'|t' ,,


,,
",' ,fDnFqoler,sBÇ .de Troie, Andromaque ne \toit que Pyrrhuso
.leusuig.pgrtout des yeux, et à mesuve qu'elle le suitr,les
qbjols ,çe lèvent en quelque sorter mais Y€lgtles et confus,
,âulour. du mourtrier d'Ilector, dont les traits seufs sont
fçrmes et bien accusés i
,: .

Songeo songe, Ceiphise, à eette nrrit eruelle '


ir.r .. QuiTut pou-r lout-un peupleunc nuit éteruellcl
*étincelants,
..: .r !'. !ïiuure-tbi Pvrrhus. les vôux
"iiii palais brfilant!,
Ën"trant à la"lueur âe nris -se
Sur tous mes frères morts faisant uq passage, "'
rLr ,rr''Et,dg.sang tout couvert, échauffant lecriruag,é.' ";'',.1: -'.
.';i "
t.,,S.onga aux"cris des vainqircurs, €ongc aux.criédcs.rn'outântsr
tl lh
lS8 DE LÀ nr{dr0nrQt]E..
' Dans la llumrne dtouffds, sous lc fer c.rpirnrrts.
Pcins-toio dans ces horreurs, Andromaque éperdue .. i ,

Los rhdteurs, toujours disposés àr multiplicr les ,ufrairi-


sions, ont assigné à chaque espèce de description un nonn
gpéaial, en les rangeant mal à propos, ce me semhle, parni
les fignres de pensée. Ainsi la du lieu s'est afpeléc
-descrip[ion
top o g rap hæ, ccl le_d u temps, chr o nog r aph,ie, celledes perso n-
\e:, 'p.rosopogyaphig ('), _quand il né s'agit gue de I'cxtérieur,
ëtQopge, quand- on s'attache surtout au moral. "La descriptiorr
colorée, énergiquc, qui fait d'un tablcûu une soène vivànte,
comme, par exemple, la tiladc d'Andromaque que nous
veno.ns d_e citer, a pris le nom d'hgpotypose.-Exallé par la
passion, le poëte oul'ornteur ddcritliir nïn plus ce que nous,
voyons avec"lui, mais ce qu'il voit seul dans sa penséc;
reproduit-il, non la réalitd des choses, mais les fantômcs cle
I'irnagination I rlvoque-t-il pour les fainc mouvoir, agir, rd-
pondr.e, interrogerr les àbsents, lcs morts, les êtres inanimrls
et surnaturels; c'est la prosopoytde. Àinsi, quand la Phèdrs
de Racine, poursuivie par les icmords, fuit jusqu'au fond dcs
enfers, e[ y trouveson pèrequi tient l'urne futale cbirrge torrs
Ies pâles hunrains I ainsi quand Ie Fabricius de Jean Jaeques
cherehe vainement dans la Ilome de mar.bre ct d'or, esclave
et énervéer-ces_toits de chanme et ces foyers rustiqués qu'ha-
ll,itaient jadis la modération eû la vertu I ainsi quand tout à
I'heure illassillon nols montrait, en frissonnant Iui-mêmc, le
tableau terrible du jugement dernier.
Voqs vemez) quand il scra question dcs Iigures, pour-
-substitue
quoi de [outes ees formes la prosopopée qui dcs
é[res fantastiques aux êûres rdels est la seule qui me parai-
trait pouvoir se rattacher au st,vle figuré, en sô plaçant nu-
près de l'alldgorie. Ce que j'cn dis ici suftrit pour la fairc
eolnâilre. Quapt àr la classification dcs rhétcurs, jc pens{.:
qu'on peu[ réduire toutcs leurs espècesde description àr deux,

(,) Quetques rhdleuls ont lorl, à rnon avis, dtdcrire proxgrapltie, nu lieu de
prtropttgraphie.
ilër'
celle des quiqviedtô1{xrro'tp*fr do5"t
nes, gg-sïïppcrre"JsTpl84
nous nllons nous oûoupsrr
-ivibclup .esl rrilclillurtr r; 21lvgr,yaib atrloflno$ *a"rrslbrlt eoJ
'morr uu noitqiruasb sh o"t'i,in.'r lLll,$ril É bnpir4r'lno ianoia
innsq ,cldmea sm 33 ,eorir,-i1t l; Tirri'l^JnÊsglçi asf .ne .lci*bqa
sùlsqile Jae*e. scil-nb noilq?'i'ra'ri' r,l rrril ll- .3e?nlrl sb as'rrg[l asf
-noarisg' ae h ellcc,rîr\i1nr ç, n l irr' l i n "; i r.vi u [' -lrl,[s'i "-l'ï o\qwtpotltl
r o r

. ,rusirbJxc'l ch eup lipr'e 1168-lr i.r*,riri 1r * l-' : riiritqlr'tqocy!"i.qrtf reofi

troilqirceolr nJ'.lgrl,ott tr.,i;tlJr]1'rr1.'i ;r1i-!lillii:-: fl{j.[tffliup .tkqos\tt


. ,CùOtviv enela g$U llnlrislr.l ;tlr i'.iit,t irlfr -.'ruFilii1fi;-r .'.rl-rrn[OS
ëuoo ôrp ellpsmorlinJ,"L,',['r.',i] or,..r!llttirzri,lt{ ecrlltftdt
el req bilnxfl'.gatrtt*1"!nt1çt'1'Ii "rti,rt ]:i aitrg'r ;'rlli'r tl[t znurtl'?. .

et,od 6Ûp cr ell[q nron ,ii-'li'l'rlrlr lrl+-llrrtt'i ltu olSirrl 9l .noizr'.i,ri


;cbansq:na ensb'lgre
jltr l;"t]tr, .tt ;:inm ..irl :lcY$ efio?pv
eb acn{ôtsel asl aii;nl ,"ilsar*r$*-n*'Értiilnn rl rron ,li-lir.rho'rql'r.
-br ,rign 6:iovlronr r"rir,t z*.1 "iiiqtl ti-l-eupoYb lnoiJrini'gurni'l'
allrninnni as'{Jô ar[. I pJrtrnr a-l[,alnsedn aol nrsgttrrelni,c'rbnoq
ertrôd{I Àl brurrp (ianih "*\t1tu1uau"tt1 sl Jzr'r ; alsrulna:rua'fp
èub bnoT rs'upari. Jin'l ,alrroriroi arl 'rrg e i.riuzluoq rsn'i:rntr eb
noJ egu'1'!c. *[str'i Dfi .tû' I Jrmii J i ri p q'rôq rnra svrr]lJ Y,ls, atsl no'
'a

aeupcC[ Àrol ob auiri'rdil! c[ lrnnnp ianin I esirrrurl aclnu,ell


' evc-lcae
,"ro'I] J.e sr-dïcrn sb rnrgfl nl aflsb Jncrnsnisv crlstedc
-er{'rrp.zÀupilent a-'rcïr'l a$s te onttlct{s cI? aliot Jg'
"5s-rsôvreuU
. É lrioi lrnnllp iarric f ilJis\i'rilJ.l soiJerbhom el_aibn[ Jrreislid
sf, rornôm-iuI lnsonoaai'rt ne rJitttqr,uû euofi nolliaanlû sruul'l
"trin'-u[:r tnorn;rpu i uFr cldirtsi u scldç]
-Tûoq'ras'rpgil e*[r noilecIJF ïr'tt?. li nlnHllp -rs$'Ilgv sfl0ï-1;
esb gr*itadra iup îr:trltit6utu':.1 tr[ 4rrmtoï 'eur asJuoJ cb Ïulrp . '
-îsrsq sffi iffp elt,'rz i,l .tr'' al.'.,'r iin,lô z-rt; asupiJasJtel zyrlà .

_- -trB tÀn'.rrlq-rz
ric ,n:;rgll rl'ile irlitrr.rl:rntts't ca-riil;rrgoq iitlrt
.' crirl nl-rullq tïtlre i:i!: :,ili r:r'i ^-trlp.cS .oirc,glillo'l cb'eÔ'lq
$aneq +[ .-e'ruitid'r, arÏr ririi.isritria.etlc .r{ É '}rtsuS .urlÎrinno:r
.xogb.rÉ noitqin:"reob *lias*4qait d:trsl e$Jnol s'rirhàs Juer; no'up .

' uf, o"if us .s\dqn-rx,rzot.t *:rirrà't ,.,0. flot,l Ê rlr.\ei'lno -r".t,d]"iii{lfulPojl*'


, .j:,,.': i;i,! tiLl
'i.
i r r. ,,'i '-l lj.i,-!'
TEIAPITRE XII.
, ,,.1,l.,gtftlfj[J
,i'i'{".ll,[,i ;
DI' COI,P9 IDE È'OUYA,ACT.
. - POn,Ta,â'IT, DIÂLqçBert r:\i: ..i.il
ÂMFf,IFIC.ê,TXON. "',. i'.r't:]1 e[-
i,t -l tr! rlt'i;,
,;j_r.,;,t.!,tltl,c

Le portrait peut rel)résenter au


sous les deux aspects, un ôtre réel
un idéal, une fllifuorie, Alexandrc,
uR aqge, lg Temps. ,

À. quels gqnres littéraires convient cettq formç ?


ta poésifi, fAoqorgce, lihistoir", f* ro*uo
"Amcnent.ià,
portrait, soi_t d'un-individu, soit d'un type abstrait. Rare,ct'
prdirs dans l'épopée. plus encore dans Ëtragédie1 qui ne le"
:::f::.îi':tli::,tçï::"tg$.1.:lp-q:'lir(:ir1*,É,9",t,.i9,çp,
surtout tu
Ëufruul, pôrtrait FG-alr-e!t
esl mteux place et
mieux-placé
{9 lror[rnr[ moratq plirs a
e.t DIus l'alsq g,qns
à-l'aise d,qni
la comddie. Voyez le chef-d'æuvre de llolièr'e, le douLrle por,.,
trait si savammènt,tracé de I'espèce fauu clëaot et de l,iqdiiid[
Tarl,ufe;-voyez le_Misanthroyte quf, à défaut d'intrigue, est
une adrnirable galerie de por.tralts; étudiez la man-ièré du

, (!Voi"i uo morlôIe s! ce geDre; c'est le


tle Bajaaet, quo Boileau admirait tuol, :
portrait d'Ibralrim dans t'exPosil.ion

. L'inbécile lbrolrinr" seng eraindre sû naissnnee. :.

Traine, excr1pt do férile, une étcrnelle enfancé;


lodigne égaleincot ile vivre et de mourrr,
On i"abanlonne aur mains qui daigncnt ie nourrir,

on couçoit pourquoi le portrait, et ta descripllon doivent étre rares en géndrol


dads'le drame. IIs ne s'appliqueront jhmais qu-'à des lieur ou à des perso-rrna[cs
secondaires; pour les autresrle costu"me et la-décoration en tienneni lieu.
CHAP. 4(;r

ilcintre, ce n'es[ en génÉrcrl qu'ttnc simple esquisse, q-uelqucs


irnits énergiques , ineffaçables, deux ou trois touches qui
détermineà't ïne'physionomie. Au dix-septième siècle, au
dix-huitième surtôut, les Successeurs de rl[olière a]rusèrent
du portrait I tlans Destouches et Gressetr_ itr remplaça l'action.
Cetic faute Îu[ aussi celle des jeunes prddicateurs après Bour'
daloue. Un portrait rnoral bien tracé relève et varie Ie dog-nna'
l,ique d'un ôermon' Btlurdaloue l'avait^ senli, il excella dans
ce'genre I mais ses portraits ne sont poirlt des hors-d'oeu,vre,
"servent toujouri tle preuve ou dé conséqutlce-à quelquo
ils
vérité prrlalabl-eroent étâblie. Les débutants à la chaire ne lc
comprirent pas assez. Frappés du coloris cle ces tableanx de
m*ù"s, du l2iquant de ces ïdtails qui présentaicnt la vie des
homrnis au- nà[urel, ils voulurenC les reproduire , nnais au
lieu rte ra[tacher, comme l'avait fait Bourdaloue, leurs por-
trdits'à des principes, ils firent de l'accessoire le principalr et
d'urte. petitô partier-le tout. !e portrait en eflet doit ê[ret
coinme Ia description, le {étail et non loensembl.e; un moyen
et non un but.-Dans'Ies livres mênoe quio sous le norn de
ûaraetères, présentent la satire généraleïe.la s-ociété, je veux
que, comm ti chez la Bruyère, ilË entrent dans les pleuves'ou
drtrÉ 1.. développementsl et ne soicnt jamais le fond rnérne de
I'ouvrage. J'adm'ettrais bien une galeiie de portraits histori-
ques: à'u nnoins y apprend-on quelque cho,se de positif, -et
fintérêt d'unc étude rdelle fai[ pard-onner Ia monotonic du
seftre; rnais guant aux recueilso ôommè celqi de Théophrastc
ëu tte iU. ac lioudeauville, où les portraits géndraux ou indi-
viduels, étant.le livre même, se slrceèdent sans interrup[ion
et sans'lien comnrttn, je.n'en suis guèrc plus partisûn quc
d'un salon de peinturei qui ne renfermerait qu'une suitc de
portraits bourgeois ou de figures allégoriques.
- Pour qu'un _

portrai[ soit admissible cn qu-elque_-ouvrâge


que ce soÏt, il fàu[ d'abord quc le lec[eur lc ctésire et l'attende,
cc qui supposequcle personnage mdriteles honneurs clu.por-
trail par Ëdn carïctère, sa positi-on, son inf!.uence sur les thi[s.
Tracôz l'imagc d'trn Canning, d'uri Guizot, d'un Rob,ert Fecl,
je le conçois; rnais à quoi [on tn'arrê[er sur tous les conn-
t&.
102 nHETOIilQrrE.

::iifP#h it'rr,.par leur cnraetère plus privd, ptur,i,ilifiq1


fe com,portelt tuicux que l'histoire proprement ditç;r v,qj'ç
Saint-Simon,,ot:le canelinal de Retz (,).
. Yous remâr,guerez qtJo, tout en conservant Ia resseqll
-
blancel il faut-varier Iô dessin et lc coloris, non-seuienéni
des portr*rits des d,i{fdreqts personnages dans le même l-ivrg,(î}
,. i'.r'l l,

(') On a cilé Ie poltrait de Mms do Looguevlllo dans le cardinal daRetai


a Elle avait uoe laneueur dans ses manières qui touchail plus que te brillànt Te
ceiles mêmequi étaiËnt lbs plus bellei; elle eù'avait une tËé*eiunr l'esprltriui
avait ses chaimes, parce qrielle avait des révoils lumineur et surpreoaniç. Elfe
eût eu peq de délhuts, si Ë galaoterie ne lui eo erit donné beaucoirp. Comnre sa
passion I'obligea de ne meitrc sa politigue qu'en second dans sa conduite,
héroine d'un grand parti, elle en devint I'aventurière. > Le gland miritq de,çer
portraits est la précision originale de la forme unie rl Ia vériie du fond. Yoiùi lrn
porlrait litùéraire de llloe de Maintenor, gui, lous ce rappotl, esù erquis à nro4
gorût. f..l est, de M. Vrnet. <r lllmo de Maint?non, rualice'eï secret à Louii XtV,
en 1685, moios vive el, moins piquante quo Mmo de Sévigné, se distingue par
I'esprit d'observation, le nalurel et la prccision. On croit senlir ttaus ses lettrtis
la circonspection d'une position éguivôque, et la dignrté d'une haute destiude.:i
(3) Les portraits de M. de Lamartino dans ses ouyrages bistoriques, si brillants
rl'aillcurs, pècheot par la rnonotonie de la folme. Celte lbrne ccpendunt. est la
meilfcure;-c'cst le'poqtrai| nziætc, c'est-à-dire celui qui p.éseu'te ù ta.fois le
physique et le,urornl-de I'individu. rr Le portrail, plrvsiqïe rtul. dit qvec rarsup
Îtt. Goïniot (Nonrel c:rVosé de la compo'sition titiéiait:e, nnrralion it'ctesel;p,
i '' xt1.
cHÀP. xtl;
cgÀp. {6"
nicrls' Bbs frortrai tb'du môrne individb,' tietrod'qq:trls' $r]ht dds*
tinds uue histoire, à des lTlérnoires''ou"o
àr
rqûelqrte
ættire
flodlôquënce. Comparez le Catilina de Salltrstg'c[ celui dc
Cicérôir'; 'Condé ei Tttreone, dans Ie cardiriel'tle'Itetz, dans
Hobsuet ôt dans tr'['o de Sdvi$né. Bossuet met'dâns ses por'-
tr'riit*, eonrme ailleurs, une énergie et un çntraÏn qni ne sont
otùâ lui. Vous rappelez-vous ceui de Cromrvell et deGustave-
Âdolplie? Dmts dejui de Condé, pour mierrx faire saisirle
ëltflti€tère'tle .son béroso il le met en oppositionnvebTurenne
èt[lêS're]èvc âinsi tous dcux par Ie contraste.
ItrTêtte:tltrnièr'o forme prenri le nom dcpurallè/e. Plutarquo
est classique en ce genic. ITlais commd il s'était astreint'à
loÂrrplirruei à tous les grands hommes de l'antiquilé sansexcep-
ti'o'tr, it:emit di{Iicile [u'il n'cût poiut quelquc uniforrnité, ct
qttt palfois les rapprôchements ire fusscnt tbrcis I c'est ce qui
êSt-]ârfil,é.
La par allèle est ex cellent, par exenlpl e, pour fairc appr'écier
iCSn deiiactèrcs littéraires du- àrtistiqgesi I gu'on ! ne,, juge bicn
&tû'ë-rra'n,comparaison. illais cornrnô itr couslstertout entler en
.-i*ilitud.. ei .o contrastes, il entrdîne à'illa'b$s'desLaflti-
thèses, à la recherche du piquant et de'fingdnieux, plutôt
Uiie du na[urel et du vrai. Par lui on est encliii à'ex'agÉrerr à
cbritotrrner, à forcer cer[a in s rapprochementu Que'rle phnascis
creuse$ ou fausses débitées depuis qu'il y a des critiques eô
des'iuEements sur Esclryle et Corncilleo Sophocle et Ptacine,
nefiiôiinene ct, Cicdron, Raphaël ct S{ictict-Ànge !. sans plrlcr
tu;fl3ç10e Ia ruauvaisc fui gui dénature à plaisir (').
i'.i rv.; ;'

tio,.)'. est insuffisant; Ie nor.tlait moral esl trop abstrait; il fatigue s'il est vul-
Hairéi s'il est original, il est nral compris; s'jl est chargé tle trop de (létûils' il
ï"r."titl,tu À un tvrË. il est iucd inrpossib'le. Mais le portrait pbysique ol morrl à
ln foisien,blc réirioàuite ,tL Ëtr" r'éel, quaud rrrérne'il serait-tl'iuvinIion,.. y'4tir
li,i: Gladiareur dùs lord BrnoN, Childe'Harolcl's pilgrimage, cant. lVl st. tdo.
Idi. 'r
. (r) L'utrlenr àes Leeons cle Iittérature, cilanl un parallèle enlre Corneillcct
Rû'cïne. oir éttate une i,urtialité revollanle cn I'aveur du prenrier, s'cst cru r'rbligé'
p.our. la làire conrDrcnire, de siguer t'alticlo: Fotl,1g5rrlLq. neveu de Corneilte,
fi|. êbuniot *o i'uit scntir lesildfarrts. tl cile un excellent parallèle rl'Arrg-uste
e['d-e,L,oois XlV." exlrait de l'Âhrëgé' chrunologiqtte d.e l'-histo,ii'e dc ltl'ance
dù piéiideut HÉrtrulr.
1644 DD r,A nlrÉT0ntQûlJ.

Jlai pnoscrit de I'hist,oire le por[rait de fantaisie; il n1est, à


sa plaqe {Uc 4ans Ie roman; e_ncore.a-t-il ses lois. D'abord
pr-risque, par sa nature même, il ne peqt être vrai, c'est à-dire
reprdsenter un personnage réel, qutil soit du moins vraisern-
blahle. Nlallez pas exagérer le vicè ou la vcrtu, la bcauté ou
la laitlcur, au poinf que le.lecteur se récrie et cldclare vo[re
crdation.impossiblg; et_ d'une aul,re part cependant, que la
Iigure-soit assez originale ct les trai[s àssez bien accuÀds pour
quc I'ipagina_tio.n les aecepte à l'instant, et que la mdmoile
les retienne fidètrement. Ce sont Ià les deux rndrites dés.l
grands romanciers, des Cervantès, des Walter Scott, deq,,
Lesage, de deux ou trois de noscontemporains. tr,eur dassin"j
est si naturel, leur colorissi vrai, que vôus croycz avoir cldjà '

vu quclque par[ ce qui n'existe que dans leun pensée, que,l


vous rcconnaisscz lcur modèlei sans l'avoir jannais eonnurct.,
qu'une fois ad_mis dans votre irnagination, il u'en sprt lllqç.i ;
La tourbe des aonteurs peint dés monstres, ou des,ir4qgg$, I

vagues, confuses, dont il ne reste point de traces; elle'd-es= i


cend dans des ddtails puérils et minutieusemen[ aiTectés (l) I .,

elle tornbe encore clans un autre vice, c'est de multiplicr'sËé '


por[raits à I'infini. Yous avez lu cle ôes rornaûs où iauteurr,,
peu coTrten{ dlesquisle-r jusqu'au personnage le plus çufup1.- ;
tBrne, revient vingt fois surles acteursprincipaux, lcs repro- i
duit de face, dc pr6fl, de trois quarts, sôus toùs teiaspecti(.);

f9 p.ourrais cilcr-une foule d'exemples; je me contenterai d'oo p"rrugu'dd


--(,)
M. de Balzsc., si habile pourtant dans èertaiùs portraits, mais qui, -ceUe-fois,
ddpasse le ridicnle de l'Àstrée 91 ds l!t[e de Scuiléry. Il s'agit d'ûne dame dont
ou veut faire appr'écier le caracl.ère par sa manière ile prooùnc"r ,
. rr Lc soullle de son linre sc diployait, dans les replii tlcs syllabes, comme.ler
son se divise dans les ctefs tl'uneihiie; il expirait o,ràrrleu.emdnt ù l'oroille, d'oir
ll préclpitait I'acl.ion rlu sang. Sa façon de dile les termiraisons en i I'aisalt
croire à quelque chant d'oisèaui le-ch prononcé par eile élait comrûe uoe ,

caresse, et la manière dorrr elle attaquait lés t accusail le despotisme tlu cæur. n
Ici toute critigue est superllue, il sriffit de citer.
(r) Nos romsnciers feuilletonistes doooent s[rtout dans ce travers, et c'ela se
conçoit..Quand^uu auteur. avaut môme de s'ôtre tracé un plann el, n'ayaot parfois
idée.s.prcmières, s'esLengagé ùrem,plirclaquejou.r, dri r*' jauvier.
:l-Tu"go,ul,lu":
au ôI décenrbre, tlir colonnes d'uo roman-feuilleton, faut-il bieo encore <iue,
pour donncr â-choque numero la mcsur e erigée, il pro6te de tôul et ire laisse lJien'
echapper, suulr lo dernièrequinzaioe venue, à tronquer et à mutiler letlénotrrrrerit.
csAP. xrr. t6s
le héros ne poumâ ni nnarclter, ni s'asseoir, -nÏ se nnouvoir
en âucun sens, sans que son atcitude soit ldnguement'e8
minutieusement, déerite. i,

Fuyez dc ccs auteurs I'aboudancc stérile. ;

Ne vous semble-t-il pas d'ailleurs que c-es por[raits en-


profaaso où I'nuteur ai'r'ête le perconnage dans sa marehe
potir le faire poser, en quelguè sorte, ont presque -t-oujours
je ne sais quoi d'apprêtô et de déclanratoire, eÛ qu'il est un
moyen bien pltrs.nàturel de faire apprécier le héros, coest
I'actibn et le ilialoque?
Que vos perôofinages agissent ou parlent eux-mêmes, et
je les connaîtrai mieux Eue par tout ce que Yous n'-e-n p_ogl-
ie, dire. Ai-je besoin qutHofoère trace lè portrnit d'Achille
et'doAgann*oino", aprèË ce tlialogue si earactéristique oti, dès
I'ouveiture du poëme, I'un a déployé son dgoïsrne tout-royal,
I'riutre eettc indomptable eolèrc que l{inerve seul peut
'
'
Pliren? (').
Voud ôemanrlerez peut-ôtre quelquesrèglcs de disposition
-le
pour Ie dialogue, corime pour récit, li deseùiption et le
ilorFait. Ccs-règiesr vous ias savez d'avancel car elles décou-
ient du môme tùincipe. Vous presscntez, ptr exernplc, que
Ie dialogue narratif ôu dramafique doit, ainsi que le drame
et la na-rral,ion elle-nême, avoir un objet, tendre à un but,
aller au fait,
rr.Les :écarts du dialogu,e dans le drame, dit hlarrnontel,
viennentcornrnundmentilela stérilité du fond de la scèneet
d'uu vice de constitution dans le sujeb. Si Ia disposition cn
dtait telle qu'à chaque scène on partit d'un poln[ pour arriver
à un point détut*ibé, en sor'[e que Ie diato-gue ne dfit servir

(,) L'action ou !e ilialogue est en même temps une excellente méthode pour
évitâr les lonsueurs. a ch-aque tbis. dit Û1. Wei, qu'à I'aide d'un iucident rat-
taché au rrlan"sénéral. on niu[ dépeiodlc un pe-"soinagc, le caractériser. Ic faire
connuil.e'. il firt nrofire. lle ce tioveo uaturËl et nréférer I'actiou au récit des-
criptif. C"ttu fo.*à dramatiquc, uoiffut, est ta plùs cottcise, la plus saisissante
et.il pf,gs ogréable au lecterir,.à qui.clle donne la satisfaction d'apBrécior Pui-
méméo d'erôrccr son esplit et de dcviner son héros. > ,
c66 DE LÂ BrrÉTOnIQUE.

gu-lau' ptogrôs de I'action, chaque repliquc scrait à,larqçènfl


sçiql"rola scène_e.st à l'acte, c'e-st-à-dire on nQuyequ mçyqii
de nouerou do dénouer. lTlais_, dans la distribqtign priqiËTvp.i'
on laisse rdes intervalles vides d'action ; ce s,or;t,cqf;1:v,1ilô-q
gu?un veut remplir, et de là les excunsions et les lente+fe.jqlg
dialogue. _r' Mais où ces ddfauts sont plus imparrtOnU*bJçq,j
c'esD dane les péripéties importantes, dans les crlses dellaq$i{ti
ou d'intrigu€: . rr [Ja personnage qui, dans une situatiô4 in[é,1
ressante, s'arrê_tg à dire de belles choses qui ne,vgntunçjnf
au fait, ressenrble à une père-_ggir_cherchant sa fill$ dui!,,,lppr
compagnes, s'amuserait àcueillirdes fleurs. l jl r ,,,,ri,r iunfii,
Sans doute la repliqne directe n'est pas toujourq exigçpo,lê,
personnag€ en scène peut faire ddriver le dialugue, adpon$4e
à sa_pensée ou à celle de son interlocuteur, plutôt qulgg6,
parolos prononcdes, rnais au rnilieu de tous ces dqar[pfa,,flqi;1
teur ne_ doit pas perdre de vue le potnt athninant .Qç.:,qtt
mo pardonne de revenir toujours sur le nrême précepte; éiçp$
gte si.le-paradoxc est un Frotie aux-rnille fôrmeô, i[ni;;Ë;:
rien d'uni etrdb monofone cornme la vérité. . .-or,
Qug le diologrrc -ne soit.dnr. jamais épisodique, qu'il' 4]afu
,tnquejamais des généralités étrangères à l'action. SansrBpro,
duire le bourgeo-is de la conversition ordinaire,.qu'il diitp
tonpte fgrrne antipathique au langage commun, loute emphqls,ç,
touto fleur.de dictioni prine.ipatement tou[ ce qu1 peup qqrul
bler préparé , isottt.ou , uniquement destiné -il. rimenpry fa
repligue. Les drannatistes de tous les peuples n les,npeillqtlqs
même, tombent pnrfois dans ce défaut, Corneille et Bacine
aussi bien que Casimir Delavigne et Yictor Hugo. Ainsi, da,n$
Ies situations vives, le dialoguc tloit êtrc sans doutç rapidft
et heur[é, mnis n'y a-t-il pas quelque afrectation dans,,p,qf qi
qtri oppose lers à vers et distique à distiquc ? Au res,te r-:ne
loy-ons pas trop rigoristes. lh'en d'aussi difficile que de coupqf
le dialogue à propos, de ne pas faire at.tendrc la repliquc, {e
Ia laucer précisénrent ori elle doit produire le plus d'eftti
Certains.rnaitres seuls sout admirables sous ce rÀpporfir ,{i-n.trî
-
Ne quittons pos le rlialogue sans dirc un mot clgrdi*rlognp,,
didactique. C'es[ urre fornre qrre I'argunrenta[ion adoptc,q{çlr,
tbap;' xlr. t67
gtrefois' tlan$ les sujc Ls ph ikrsoptriqu es'ct li [t éraircs. Dllc nous
iilïiiio;ii"tiq,,itÏi, "i t toton e-n est rcsté I'dærnel nrodôlc.
Ëà elte se conçôit. t'antiquité vivait en plcin sili I €tux l,ayons
eiinC.ie*ts dti solell o ouïoms les frais ôinbrages dc-s jnnlins
o le Grec , à la fois ingdnieux
oublics et privés e[ Ioquace t
connnissait I et lj, daus
ilfirii to.i haut.'Tout le monde_ sequelque
ffi;;;;;orrô, so.totc rencontrait jeqng débnuché
i;fÈf*intore ou quelque âpprrcnti philosophc, il
,idoooée ,
tngttali bâton en' traveis du chèmirt, la--conversatiotl
"ron
S;i;$'Saril', dialogme se.renouait naturellement nu fil
le
des iaê'es du "t eotr:tmunicalif. Au rnoyc_n âgc et aujour-
ler méditations solitaires seflrblent nrieux, con-
àat iti:*Cru,'enseur
;bfiif a nottd climat e[ à nos m@urs. Nos dialogtres pliloso-
uli'i-ou.r. ceux de Ilems[erhuis, par cxenlple, ce Hollandais
fii'Ol Ûirrit né à Paris au xvttu siêcle,, semblent, sous lo rap-
-f,
f"*ru, un" imitation , plutôt, qu'unc @uvre oligi-
Ëùtifa,]Au reste, f,o.rirtit ou créntion, le ïialogue didactique
[aiô.
-J*"-ù
- i.egf.., ,o**r lc dialogue narratif ou-dramatiq5e"
îril;?d" if-nr f*ot I'ernplôyer que q*end I'obscurité et Ia
n,iilVénoie'des cloctrines, l vàriété et la force des:obiections
ïii-o.i,nO* leur être opposées exigent que l'on'évite'ainsi la
ùOùotonie de Ia dissertation. Laisscz alors Vos'adYersalres
il;;toit."x-mênres leur cause g'mais commo clesfivo_tf: qui
irgt"iîrs pr*t.r, n'allez pas trouquer l'attaque.i ni la défense
à-ffi;,d i** ddveloppements toute l?étendue qu:ils lcur prèter
aJfiirftéra;en[ eux-rnême-si gardez-Yous surlout de feur
àeStetfuÀrn[s évidemmdn-l, faux ou vides qui ne sembleraient
;l;ffiâ ou* poor facililer votre victoire; on 1,e voi[ que trop
àF;ÀË Ailàouuion* où I'intcrlosuteur joue Ie rôle de cornpère,
ctldonrle
-" eomplaisamment la replique à I'auteur'
i;îi;t;dË Oia*rique esr ufilc-aussi pour:dclairer quel-
qucs t ointJnt sco6 de'l'histoire I ainsi l'adminatrle diatogue
âi S,il" ti cl'Eucrate, dans R1ontcsquieu, où, quoi qu?en 4ise
fu*Éio,rt.l, le philosôphe-ne tlaite pas.le proscripl,cttt' âvcc
trop de reipeci, mais lui parle av-ec la convenance' d'un
hôÉime libic et.bien éIevé qui discute avscrun,tlranr sans
;[bli;" que ce tynan est un grand homrns. Iia dée]anlation
{68 DE LÀ nnÉtonrçuc.
RHÉToRreuE.

$:un frqnnJ,jque rogue et pddant n'efit étd"bonne quo pourltl


bancsdel'école. ",i:r.- ,!'',:.,,,
' La setonde rè.qle des dcrits dc ce genre, c,est i[],àboutir ]

trn résultat positif. un dialoguc où cleui opinions srichoquent


sans quo Ie lecteur puisse en rien conclnieo rappelle cés uom
bats de thdâtre où deux spadassins se porten't perTdanû irt
gua.rt d'heureles pl-us furieuses boil,es, pôur se quitter ciraoui
également frais et dispos-. piaton;,si voui
Après la lectïre de
ne partagez. pas son opinion vo.us savcz "du moins àrquo
,
"
vous en tenir sur sa doc[rine; après celle de cicdron sur rar
oratoine, vous avcz de l'éloquence une idée prus préciso e
plus lunrineuse. chacun dci dialogues tle Féneloh pcut s(
résumer en un sflse préceqte ou en" une grave obserihfiorl
-reprocher
,hien qujrn pqisse-lui
B-onterrelle nrême, quclqrir
manière, surtout dans la Plut"alité, des moides, ne riianqur
-j
pourtant point à ce principe. i .,..i0 rrtili
une dernière règle enfin. si vous introduisez danlees.sof,r,cr
rle d ialogu cs des pËo.oottr g.r niit*iq u.u o u-nrriii-àÀ.ro.,
à chacun son cil'ocÉère riel ou vraisemblablc, ou du .moirlr
jetez dans _Ieur langage Ia varidté_ e.t les contÉastes, ce p*d-
cepte s'appJique.b la_forme épistolaire qunnd oo,€rl revbt,lc
rornan ou Ia thèse philosophique. Que d'd-crits de ce genrc,
-noms
où l'auteur parle tout seuf soui les des divers pË".rn.
nages auxquels il prête sa plume ! r.e[ranctrrez la dâte der
Iettres e t la suscl.ip[ion solennclle : mênte ù la, rnêine, ou
-d,w
de Ia rnênte aa mêm,e , erje vous défie de clevincr lo corres.
pondant.-J. J. Rousseau n'est pas à l'abri de co reproche.
Je me borne à cette observaiion sur la dispositiôn ipisto-
laire. Quadt au genre en lrri-rnême, les *oiifu é"o*ié, ,u
commencement du précédent chapitre rno dispensent de m'1
arrêter. c'est d'aillcurs un cle ceux dont on aie plus souvenl
donné la théorie, bien qu'il soit Ie plus indébendant clei
rôglcs, le plus variir-le lilus capricieux clans sôn allure, Ie
seul qui permetl,e à l'écrivain dô laisser courir sa plumé Ia
bride sur Ie cou, comme disaii madame de Sévignér Si voul
voulez donc réussir comnne ép istolographe, atrranionn ez.rvou s
à I'impulsion de vo[re natûre, de- r'ôs sânfimeirts, dé vps
CIIAP. XII. {û9
,opiniols, 4o votre esprit,
ru, en
vrl appliquarrt,
qyyrrYusrr seulemcnt à ce
gcnry lcs règles générales de I'art-d'dcrire.
donC, sans uous arrêter sur I'ipistolographie , ternri-
';Ainsi
n0n6 ce que nous avo-ns à dire de Ia nÀrration et- des forrnes
qqti q'y rattachent, par quelques remarques sur
s'y rattaclrent, sùr un mode de
,ddveloppement qui- peu[ s'appliquer nôn-sèulemen[ à cette

t1.en effet, dans une tnuwe didactique ou oratoire,


ilkii,ïiil;;iH',iXi,iffi;,lj:liili#,iif;iË::'.',i;
Iesfls on ne peut assez appuyer, cômme, dans un récit,
cer:tains faits qu'il faut agrindii, ôu au c:ontraire atténuer
parJa manière-dont on les préserite. Recourez alors it ce que
les Lnl,ins appelaient amplificatto.
:-; rr.Ir'amplification, dit, Ciôéron, est une énergique exposi-
tion dcs choses, qui, en remuant I'âme, détermlnè Ia persua-
sion. Et ailleurs: r, C'es[ une manière de dire vdhémente
"
{u,rr par la force des paroles et I'énumération des circon-
. e lances, ddmontre ou la dignité et la grandeur, ou I'indignité
et l'atrocité d'une action. rr Bt c'est en conséquence de iettc
double vertu qu'il distingue, avec Aristote, tleux espcccs
d'amplification, celle qui igra'nd it et dlève, et'celle qui a baisse
-aliqr.r,i,rl
et attinue, quod, ag,let, non so-htm ad, auqenilzutt et
tollendttnt' itttus dicendo, seil etiant ad, e"rtenuaniluni atque
abjtaiand;unt.
Pour comprendre cette distinction, relisez la fablc des
Ani,maun mulad,es de Ia peste.

Un mol qui rdpand la terueur,


lltal que'le ciei en sa fureur
lnventn pour funir les crimes de la terre,
La pestc, puisïu'i! fautl'appeler parson nom.
Capïhle tl'ônric'hir en un jàirr I'Achéron,
' Faisait nux arrimiuila guerre.

Voilà I'amplifieation qui agrandit I Ia coufession dc l'âne est


. cclle qui attdnue.
Ne croyons clonc pûs, avec lcjésuite Colonia, dans son
45
fl70 DD LÀ nuifr0nlpue.
nui{ïonreuc
$raité' ùa,a,r'Ie rhetoûca,, que I'anr plifica tion- soit rndces$aire;
Teol sophistiquc et déclarnatoire. Bst-il rien,cle plus naturci,
de plus naif mênre, dgn. leur exagdration apparôntcr,que ecÉ
deux amplifications ? Ici eneore, tôut clépentl'des ciri:ohstan-
ces, Une',agrégation d'iddes, une- mdtnihore, un conûfastqi
unc grad-ation, paral0ront exagdrds, ànrpoûlés mûmc,:eq
certains lioux, qui ne feront, en d'autrcs,' gue donnen aul
idées-leur grandeur réelle, ou les réduire à'leur juste.,v2l

ôiliftïsïft :i!iiiT,"'.'î:îï,1,i1--'ilT:rain,css1!l
In urodc. lantôtelle ira jus{u'à-la déclaùntiôn, sans e#"er,
ûaut,ôt elle se contentera dê discourir, sans sécheresse:,r,lBn
S{nér;at- I'arnplification est admissible, rnôrne en excéddqrftJa
véri té, orsque c'est I'enthoudiasme ou'la passion qui exa gbrae
.l
et quo I'oratcur ou I'derivain s'exprirnen[ commc'ils sentenâ,
Pour les juger me-ttez-vous à Icur place, sinon vo[ro,rfnôide
et rigoureuse analyse__glaoera troufe im'aginationo Étouffel.a
tou t S-ênt,imenû., L'ébullition violcnte peu t îeule vorrs.flrlnner
la vapeun dans
-toute.son énergie ; laisseu-la s'aceurhule$
quantl vous vouler-qu'elle e,ntrai.ne rapidement, et, rfourrrcE
vos soupap.es. q_ue,si vous craigûez qu.e la shaudiôre n,éclaûq.
Je nc sais ir I'oecasion dc quel décrct ftIirabeau avai[ eom-.
rnencé,url discirurs par cette frrdraphore assoz bismre'en effct l
.rAux prcmiers-mots grcféres- dans ect étrango ddbat,; j:oi
ressenti lcs bouitlons du patriotisnne jusqulau-plus rriôlônt
ernpdrlem€nt.,.. r a eetle phrase Iccôté droi[ de-l'asscrnbldc
se prit à rire. ,, M-essigurs, di.t ^'ira$eau, donncz-moi quel-
{lues. momenJs d'at[ention, et je_vous juré qu'avant quej'afe
ccssé dc parler, vous ne sercz-plus teriti.s dà rirc,. .l[ r.*
se trompai[ pas. Parlbis, lc gravité des circonstances"" Et
I'immi-
neuce des dangers, I'exaltal,ion dcs idées'conrrnuniôuées ;ou
admises sonL telles qu'elles nd'cessitent ou du moins jùsfi{ient
eequi,partoutailleurs,scnaitf,auxouridicule.
Puisque jlni
1rg-*qÉ frIirabeau, pcut-on trouver un plus
magniûque rnqdèle d'ampli{ication-que son drscoærs ,sui lo
banqueroufe? Pour I'apprécier dignenrcntn il faut $e,nlerûre
oren iùfl couran[,des circonstances qui I'amenèrent, Eongez
Xt!.
" CBAF. Xt!. ûv',l

Qrrû,.le,:lninlstee':Necher, pour remédier à I'cmbarras tles


flua,r, eosr,uDdenrandait rien moins que Ie quart de Ia fortune
de,elnqque eitoyen ; songez quellc opposition clcvait, soulevcr
otsnlrilevci réelletnent l'idde cl'un si forrnidablo irnpôt; songez
,.qrbo'I'arateur avait dCjùr parlé trois fois dans ln séancc, qu'il
.dtait r'plus de qualre hcufesn ce qni 'répond à six ou à sept
d,ans ''uos,habitudes actuelles, que I'attention de tous dtait
fati$nde;réppisée par Ia longueur et la violence clc la cliseus-
"sionr G'est alons que illirabeatr, détarnniné à ernporter Ie,vote,
,+[n,jou reF,oisivoir Condé en face des gros bataillons t\a'tr'ewffiôe
di"BspagùerJ'+"- prend la parole pour la quatrième fois, et,que,
,mtùnassànt'toutes ses forces, il prononce cette triompban-te
eknplificntiou, un tles plus beaux monuments de l'éIoquence
,uréienrre ebmoderne. Vous la trouverea parlout; remarEuons
doutrnrnent:cpre la pdrornison de ce ruorccau nous donne prr!-
qTstiruentrïeicmple d e I'anrpl ifi cat ion qui rcste amgtli fi,cation,
et:'dgcelle qui devient, d,éclantalian. , ',.. xl, ,, ) ,,
.lour,r,rDbl messieurs ! à propos d'une ridicule motiorn tluPalais-

. ..Ro$nlgrd'unc risible insurrection, qui ntut jamais diir'npor-


+."nsa quc d*ns les imaginations faiblesr'ou duns lcs desseins
"pÈrïers dc quelques hommes de nauvaise l'oi1 ,vous ,il$ez
+utcndu naguèrc ces mcts foroenés : Catilina,est aux poltes,
et dn d,élibere ! Et certdnbrneût il, n'y avait'nutoub d'e nous n"i
:Cqlilinà; ni 1Érils, ni I'actions, ni Romei..:r '' ,

ir' rPtir oonséquc'nt I'annplifieation dtait mauraise, puisque les


,riifirôsnstan'ee$'ne Ia justifiaient pns; tandis quc quand lllira-
Jrcau ajoute;, c Slais aujourd'hui la banqueroute, la hidcuse
'ùa4q,meroute esl, là; clle ulenace de consumer tout, vos pro-
.pn!étdi{, votrc honneur, e[ votrs' délibérez ! r' I'amplifica[ior'l
ost exeellenle, parce qu'elle est à sa place, conme eelle de
îite-Live qu'ellé rappélle si bien z t Ante portas est bellum;
sd inde non Xtellttur, janz tzttra mcenta erit, et arcern et Capi-
toliunt, scandet, el, in, tlomos oeslt'ct.$ u 0s persequelflel, ; la guerrre
'gt$û1ulrx portes I qu'on ne l'en chasse pas, etrlc sera,trieiltôt
.dausrnos ururs, cllc rnonter'a au Cupitole;;elle occupcra ln
"giûhdclle, elle vor,ls poursuivra jusqug dans vos maisons,. n. ''
*rrlroih donc de blâmer I'amplilication, quarld. au^lieu diôtre
172 [a nrÉToruQUE
DE.[a
DE' ullrilonrqua.
tun hors*rfl'æuvrei ellc se lie et se rattache parfuiternent à uu
sujet solidc e_t digne d'cllc, clisons, avcc cicèron,
flliJnrs clle
est le triomphe style, sanlmg laus eloqu,entt'ceàmptif,care
-du
rena arncc'indo. c'csÉ èIle qui, chez res Rdmains comhtj ohcur
!
gr yo,{*nes, distin gue l,lionime éloqu ent cle l,bonim;ddùï
qni donne ir la,prose la gràndeur, la hardiessel IÉ.
l'::!,gllq,
poesre o-expression,
_aerba pr}pe poetarant. r)ans DÉmos-
ll..nu, dans Bourdaloue, dhns pascal, dans le comto de
{aistre, dans Lamennaisr. elle fortifie i'argu^ent*iàn', etiâ
ll.oqte au_ raisonnement-âe l,ampleur et aË t,eo.rsi.. ,Dflns
cicdron" da_nsBossuet, dans ilIassillon, dans noussËnu, aorrt
Ilernardin cle saint-Pierue, dans chatea'utrriana, ritu ,tâo..r"o
plutôt au .lentirnenf ou à ltimagination. yryrrrîoo. Bossuci{
coume ellc fait relentir.jusqu'au fond du cæu, lcs coups
multipliés qui frapp_ôrent ftr-en_riette de France, et le tonnerre
$n1ey qui tua. Henriette d'Angleterre, voyez la manière
oont rtousseau clémoutrc, pan l,amplification, que le duel est
I'acte d'unc bête féroce, 'qïc le suicide *r ûti à"i*" .r-"Ëï
ll société et contre Dieri, Que I'homme ne doit pas selourrirt
--- r---
de la chair des aniruaux, eic.
snemploie pjs ieulement-dans l'éloquence et,la phi+
, _TL*,n"ie ; que d'amplifi ea tiorrs- p_oéoigues danï Hom ère, d'ans
[9-.1onf
O3n9 Rgqile, dans lord B_yron, daus_Lamartine, dans
,Ytrgtle,
f'auteur d.e Ia Diutnc Epopëe et de Jeanne tl,Arcl :t
Je sais gge bien des- pïetes ont dtrangement abusé de ce
To.Iql de développcrnent; quc certainàs amplifications de
Crébillo-n, p_ar exèmple, dê Corncille lui-mêde, ie ne verrx
pas parler de-s contemporains, sont de véritabtâË déclama-
tions. d'autre_part, je né voudrais pas, avec condillac
-lTlais,
lluuelques autres rhéteurs, montrer au'poÉrc une sévérité
{eplacée, et.le trai[c1 poigs_ en poëte Qu,en philosophe.
Plusieurs
_critiques, Fdnelon à leur t'ête, ont viveheni blâné
Ie récit de Thdramène dans plùilre..Thérarnène, disent-
ils, se plaît trop.à déerire les corraes menaçuntes, IeJ écailtes
xou'nissantes et la croupe qui, se reeourbe. Il devrai[ dire
simplement ct tl'une ïoii en[recoupde r flippolvte est
mor[, un monstre I'a fait pdrir; ie l,a1 vn. -_ Il'est iisé de
crIAI', Xtr. 171

rrlponclre à ces critiques, et Voltaire I'a fait avec beaucoup


dciustessc. Il n'oseo il est vraio défendro ni les cornes metra-
çan1es, ni les écailles jaunissantes I soit, et j'accorde que
itaciné airoublié, dans ec récit, sa sobriété habituellel mais,
d'uno autre part, se borner à I'asscrtion lacouiquede Fénelon,
c'eût dté, eh guelque sorte, désappointer le_lecteurr {-Et
commc thrlsée, demande des détails, c'est-à-dire l'amplifi-
co[ion, T]éramène dit précisérnen[ ce que Fénelon désire, et
ilile dit, on nroins de mots encore : ,r Hippolyte n'esû plus. u
Le père s'écrie ; Thérarnène ne reprentl ses sens que pour
dirô: u J'ai vu des morlels périr Ie plus aimable. , Et il
ajoule ce vers si nécessaire, si toucbant, si désespérant pour
Thésde:
: rl [!t ,

:-,'ii,-,r-rEt j'àsc dire encof? seigneur, le moins coupable.

i;'Ëi-n"tion est pleinement observrle, Ics nuatces se font


smûir- l?une après I'autrer Le père attentlri dennande ' a guel
Dieurlui a ravi son fils, quelle foudre soudaine?,.. r' E[ il n'd
pas le courage d'acheverl il reste muct',dans,grl, dotrlour;,ll
iUend'ce récit fatal; le public ,l?attmd de même..Théramène
doftfrépondrer On lrri deinande dos détaila ; it doit en donnetr.; r
Quêl est le specl,ateur qui voudraiû ne lcs,'pas entendre, !e
pas jouir du plaisir doulourèux d'éeouter les.sireons[ancee dc
,la mor[ drt{ippolyte? i

45
,!r.,'i I
; rll,it: J . .i(jli
.
' ;r f, r,: .r.ti ii!
CHAPITRN XIM" . ,_.r.:;r tl:,lll
I r;t,.-j.i:r[-r
:
, r rii, !i-tril1:lli
DII GO&DS DE L'OtVRJlGt. Â'RcttIl[ENtrÂEIOItt, coNFrsrffÂrrogt
- . rl t,.t[-!
aÉ!'ûTÂEtoN.
''j! l-----
i "flill[{r'l
' "
liritli',
' 'il, ti :lll.l,
,
,.' . ''.
! rlrtj
.'-È
_t

' i,.; 1 1 1,-r In

La narration et les genres que nous y avons rattach&,; élêS,J


cription, portrait, dialogue, eic., formént souvent I'errseniÏitfF
de f'ouvrage, souvent âussi ils n'en son[ eu tJublQudr
-mâjs
sorte que le fonrlement, ct alors l'édifice lui-même:êst tirUt,
entier rlans Ia confiruxatiotx: , ' ; .:, l.'rrp Jrr
La confirma[ioir renfermc les preurses ou arqxnttettts,t'Or
c'est dans I'argumentation que réside toute l'idres$é ,et'.lar
tolgr fe !?éloqrrcnce judiciairê, d'une grande partie dri'genfei
délibératil; d" l_" poléurique, de la pl-upart d-es dcrits p:hiloj:
sophiques et didaciicgues. ll est donc impïrmnt dc s'y afréter.l
Nous avons rlit què la science, l'expérïence et Ia rùéditatïort'
-et
donnent le_fo.nd-, la logiquc-la foi.me de I'argurnentation'.I
Pour cctte derlnière partidnôus pourrions clonc icnvoyer airx,.
traitds en prafesso sur Ia matière. On cornpreud ruaiirtcnaht
pourquoi.nous demandiotrs que cette étudc prdcède eellerdel
la _rhétorique. Quand les rh-éteurs, en effei, dissertent dtt',
syllogisme et des autres mauifestations du-raisonnernett,
ils_ne peuvent le fairc que d'nne manière superficicllc; ili
'[ar";
sc bornent forcclment à un rapide aperçu dc la logique
yyl.le, toujours incomplôte et tloitcuie, sans la logi{uè réblte ,i
Itraispuisque-, en dépif de tsoileau, on n'epprcnd paË à punser,i
aaant que d,'ricrire, farce nous e-st, tout e:n con{èssani ntifit5
insu{Iisanae, dtindiquer au moins sonlrnaircmcild,lbs prinhl-
CHÀP. XIIT. rr'û
pes d'argumentation, c[ Ies principaux termes a{fectrls aux
diverses espèces d'argnnncnts.
Avant tout, il faut bien savoir quelle nature d'argumenta-
tion est applicable aux iddes que l'on veut communiquer ct
faire admettre.
Ecarl,ons d'abord eertaines. vérités d'instinet, dlntuition,
de besoin, de sentiment, qui n'e se démontrent ni ne se con-
teg.[gn[' dont tou[ être régulièrernent organisé a laeonsciencc,
qtiÏ'nè' sont niées que par les monstres et les malades,
comrne Ia ltrrnière par I'aveugle. Ici point d'argumentation;
enlevez la cataraete ou taisez-yous. Bornons-nous aux véritds
qui sont du donnaine du raisonnement.
Pourquoi admettez-vous que elans tout triangle la somme
des trois angles est dgale à deux angles droits? Parce quc
' y4!tF dhdu,tsez cette vdrité d'une série de propositions succes-
qtrpment dvidentes d'où elle découle invineiblemcnt,. Yous
nxqrppjlqe4'vous trompeq, parqe
-qu'ici
lc principe étant en
Tpil{,gr"Jorlqs€n connaissez Ie résultat dans.sa raidon d'ôtre,
et qu'il ne peut vous par.aître autre gulil n'est. " r ;
rrPqurquoi admettez-vous qu'uno quantité donnde d?acide
nifqigu,e - d[ssout, une quantitd correspondante : diargenl, ?
P+[se, que vous inilaisez, ectte vdrité d'un aertain nomlirc
d-?cxpérÏenees gui vous ont toujours présenté le mênte résul-
tal..,Mouspourez vous tromper, ptrrce qu'ici le lhit dtant hors
de..y*qs, tlien qu'ac[trel et suscep[iblc de se vérifier, Yous ne
leuqonnaissgz pâs dans sa raison c['être, ct qu'il peu[ vous
papaitre autre qu'il n'est.
, ,Bsu4rluoi adrnel,tez-vous qu'Alexandre a vaineu les Perscs,

cltqug le castor vit en socidtd? Parco quc vous n'avez ûucun


motil' valable de révoquer cn dou[e I'autorité de eeux qui
vous ont transmis ces vdrités, et quoen conséquence vous
croyez'à,leur témoignage. Vous pouvez vous tromper, pârce
quiici Ic fait étant non-seulement hors do vous, mais tel que
le,temps ou la distance ne yous permet pas do Is vdrifier
pçqspnnellement, vous ne le conuaissez pas dans sn naison
d'Êfu,:ql çt quoon a pu vous Ie prrisenter.autrc qu'il n'est.
'II',f, a dpnc cles vdritds d'dvidence, (X,(to nous adruel,tôns
47t DE LA nUET0ntQUB.

immrldiltenrent, ou quc nous ddduisons par la déruonstral,ion


cl'autres vdrités'préôdrtemmen[ admisci; tels sont les axio- |

meà, lcs propositions mathématiques. On peut mêqe ranger. I

parmi elles les principes fondamentaux de Ia métaphysique I

et tle Ia morale. u Fourquoi Archela[is cst-il à plaindre?


Parcc que, dit Socrate dfns le Gorgias, il vaut niicux soqlfrir -, j

I'injnre que de In commettt'e.


n'{ pns dc bonheur sans vertur - Pourquoi ?
- Parce qu'ill
e-t Ugil.existe unê jus-,ticel
"
qui exige l'accord entre la verl,u et la félicité. u
' Il y i ,hr vérités d'expérience, que nous révèle Ie tdmoi-{
gnose de nos sens ct I'analyse, et que nous géndralisons,'
après un certaiil nombre de faits recueillis, pour en cklduire
e'ns;ritc tous les faits homogènes I telles soot i.s vérit'ég phy,1X
tulÏ"î
n dïvérités de rémoignage,,qui..rous olr é(;d#;
nrises par d'autres, et que nous n'admettous qu'après âvôtï,
pe,sé ei contrôlélei.autôrités sur lesquelles eilËs s'ippuienu yj
tclles sont les vérités }istoriques. . ,
, :r; . ir

. Voilà troïq ordres d'assentiment auxquels on peut irippô1--,


ter les propositions de toutc nature.
on rônirirquera que fàs trôis àrAres sb rencontrdiit àh u'Âr
point r poser dbs ûiiversaux e[ en déduire l'hypofhèsb à ëta;
btir; sôulement, dans les deux clerniers, ta"rÏéduôtïoh,rl est
prdcëclée d'une analyse, d'un examen, d'une induction'dont
le prcmier se pâsse; il n'a pas besoin d'arnener ses prémis-
énonccr,
ses; il lui su{fit, de les : '
On remarque aussi qu'il n'est point dc déduction possible,
tant qu'on n'cst pas arrivé à une idée universelle à laquelle
on puisse rattachcr I'hypothèse. J'énonce cette proposition:
Milon, meurtri,er d,e Cf,oiLïus, est i,rutocent. Si vous vous re-
fusez à I'admettr"e, c'est que Ie rappolt cntre le sujet e[ I'at1
tribut vous échappe, c'est-ir-dire que vous ne silvez comment
rângcr l'iddc individuclle z frtrî,ktn , meurtri,er d.e Clod,ius,
dans l'idée gornér"alc ùtnoc'e'nt. Pour ob[enir votre assenti-
mgptr je cherche une idée intermédiaire dont Ia relatiori
av-ec i'ùns et l'autre soit dvidcnte ou préalablernent dér,hoh;
tréô, p'èdp,i1i{iqq qp.i gpit manifestemeit eonprise tla ns W!fto.,.-
oûAp. xur- 1,77

cenî, el qiii, ir son tour, comprenne manifestemen[ trIilon,


nieiirtrîei ile Cloihfus. Je troirve, par exemple , quiconqtte
fruppe dans u,n, but de lëqitime défense. Apiès av-oir étudid
'cetic' idde, il moapparaît qù'eile est $ l'égard ile I'idée innocept
dans Ie même rappor[ que le contenu à l'dgard du contenant,
' eÏ'à l'égartl de'ltclée'fr'tilon'nrcurtrier â,e Clorlius dans le
même rropport que le contenant à l'égard du contenu; que la
catégorie tneurtriws d,ans le bwt de lëgttùne d'éfense doit être
dans eelle d'innocents, et qri'à solt t'our I'individu
"rng"ée
Ifilôn est au nombredes meu,rtrteri dans le but de l,egitime
défense, d'où je conclus qu'il est au nombre des innocents,
ce-qui était à clémontrer ; et je formule ma déduction par
I'àrltment suivant : u Quiconque frappe dans fe but de légi-
timé-ddfense est innocent; or Milon a tué Clodius dans le but
de tégitime défense; doné Milon, meurcrier de Clodius, est
inhoeent. l
L,a déelusiionainsi formulée sc nomme syllogï,sme.
I,'axiome suivant constitue donc la raison du syllogisme,
rôiiéiaere du moins dans sa forme ortlinairc: Tout ôe qùi peuû
êlre affirmé ou nié universellemen[ d'une idée peut être a{firmé
ou,nié de_ ehaque eppice particulière et de ôhaquc individu
cômpris dans cette idée.
Si maintenant nous analysons le syllogisme? nous y trou-
vons trois propositions, composécs chacune de deux termes
qui s'y'-serefrésàntent tléux fois. Lcs deux premières proposi*
tions nomment prémï,sses, parce qu'elles précèdent et
anrênent la dernière-. Celle-ci n'est autre que la proposition.
uië.e à ddurontrer, qui prend alors le nohr de caniéquence'
ou conclusion. Lapremière prémisse s'appelle ze ajearerp&rce
qu'elte énonce la proposition générale, ou, en considérant'
lès terrnes, parce que, avec l'idée intermédiaire, elle contient
Ia plus étendue des deux autres idées1 Ia.seconde s'appelle
m,ineu.re, parce qu'elle érionce Ia proposition particulièren
ou, suivan[ les termes, parce qu'elle eontient, outrc I'idée
intermédiairc, la moins étendue des deux auttes idéès. Dans
le Ëy[ogisme brdinaire, I'attribut de la prcmière prémisse
renicrnie donc en Iui les cleux autres termes, aussi Ié dirons-
{78 DB t nndTOnrQUE.

noxyqrsnd e:xtrême; Ie sujet de la seeoncle'est donc renfeirnd


dans'les dcux autres ternrei, aussi le clirôns-nou speiit errtr"ê:itrdi
eltfin Ie:sujqtr dc Ia prernière, dtant I'attribut'de,la seeorrde,,;
esl eontenu d'une pait et coniient, de l'autre, ausdi leldirbris.l
nous mo'tJen terlne. '' "; r1l,!;1-$

,I,e syllogisme.est catë gorîqtie, eon diti,onnel, ou d,tsjonei'if;


selon gue sû nlâteure est une proposition simple, cbnditiOn-
nelle ou disjonctivc. L'exempte ôité est un sj,ltogisine ëelér
g0nqÛC. ': ' r' r;l lLr
Si ilfilon a tué Clodius dans Ie but de légirinre ddfensèf{i-i
n'est pas eoupable; or il I'a tué, etc., donel iI n,cst pas edirt
pable I svlloglsnre conditionnel.-
dans lo but do ldgitim-e défense, - ouluilon a tué clôdius au
par tou[ aulre'motifi
dans le pre.pigr eàs, il n'est pns eoripable, il l:e$t ilànCif;i
second; or il l'a tué, ete., donô, etc. Syilogisme disjoùt{id
G.n voit que ces deux dernières'formes-peulent sêJrâmen{p
toujoprsàlapremiôre. ,,r,r:Irr"o'
souvcnt l'?une où I'autre des prémisses a besoin eilc"ur&iiE'
d'une démonstration, d'u n d éve)oppern ent. L,ex emple doiin d
ici en esl Ia preuve. car il faut dêinontrer qrr'eri ô{ret ii ust
pe.rmis
{o !u.er dans le cas de ldgitimc défense, et qu,cn elf6[
Milon. n'a fait que se ddfcndre e"ontre unc injuite agressiorr;
le syllogisme ainsi ddveloppé prend le nom d'épichérè,tna;-ti
si au contrnirc une primlssé est tellemcnt év'identcqu GItë
puisse être supprimde sans dinninuer Ia force cle l'arwimeii-
tation , r'etranchez-la . cet te proposition : Tou t être raisônnable
ct libre est responsable deies-actions, donc clodius est rësJ
porsable 4o !9r actionso- suppose que-l'on tient pour démrih:
-rii -rai.son,
tré.qu.e Clodius n'est lrivé 0e ni dô libertd, f,ii
syllogisnre ainsi resseiré se nommc entlryinèrne. ' 1 ,.'
une autnc méthode abrdgée de raisonieuent, syilogistf{rl.ti
est, cle néunir un assez graid nornbre de uroposftion"s telic-
nncrrI lides cnsenrble qul l'attribuI dc I'un'e tlôviennc' conti-
nuellcmcnt le sujet de.ôelle qui Ia suit., jusqu'à ce qu'on arrive
il une conelusr()n en réunissant Ie sujct de la première à I'àt.l
tribut rlc tâ dernière. Je veux p*nir"er quË Uieu,iq,rriq,ûÛ
tou[-puissani, nc peuI pas fÀire cdq*i inrpriilue."niioâiciiôiil
CHAP. XIII, t79
r; Dieu est tout-puissant
.|f,.d,i.ç,;,t
gg.lui
-uo étra tout-pui,ssant
qui peut faire tout cê qui cst possible
est
Ge qui est possi.
-
!le"pst ce qui n'implique pas contrndiction - donc Dieu pcut
tq[pg tout, ou ne peu0 faire que ee qui n'implique pas con-
tradietion. r' On appelle sorite- cette suite de syllogismes
ko4quds; , .,
Ia dcrnière espèce de syllogisme es[ le clilemnte,
--r.E".nfiq ll
siggit, dnn.s le dilemme, de pr.ouvei une assertion, en éta-
btrissant l'absurdité ou Ia fausseté de loasserûion contraire dans
gqutg,hypothèsc possible. Le majeure du dilemme so forme
diUnt proposition conditionnellc dont I'antécédenI est llasser.
fion qui doit ê[re niée, e[ le conséquent l'dnumération dc
hUtes tgq,hypothèses qui peuvent amener cet,te assertion ; Ia
Eippgre reje[te ensuite l,outes trcs suppositions contenues dans
Içieg,nséquent, et dès lors il ne reste plus dans la conclusion
g.gÀ,Iejeter l'antécédent lui-même, e'est-à-dire à poser la
vérité contrairc à cet antécédent,. Vous voulez prouvèr par le
dllpmrue que Dieu a créé Ie monde parfait en Ëon espèce r-
q,tl{qÀewrq.'Si Dieu n'a pas crdé Ie monds parfair, cela ne
p"eut;qeçir quc d'un défaut de volontd ou d'un rdéfaut de
prrissqnce ; Minewre r mais cela ne vient ni d'un défaut de
ygJontér_car-alops il serait niéchant, Ces[-à+dire il ne seraiù
pas pieu; ni d'ur! défaut de puissance, cm alors il'serait
iEpuissan[, c'est-à-dire encore il ne serait pas Dieu 1--Con-
c@flqry,: donc it a crdé le monde parfai[ cn ôon espèc'e. n
t,ile paqsg d'autres espèces d'argumen[s ;i co ]ivie n'est pas
uq JrAité de logique I rnais ce peu de rrro[s peut suffire; ce
nrc,semble, à établir le principc e[ les modes les plus ordi-
naires de Ia logique fornrelle.
Maintenant que restc-t-il à faire à l'dcrivain? Bien déter-
miner d'absrd à quel ordre de véritds appartient la proposi-
tion à démonf,rcr, et.celle-ci une fois classéerarrilrer'à I'idée
SÉnérale dont il déduira I'h.vpothèse avec nelteté et précision.
,,.-ËiÊtl çnpendu que quand je parle dc remopteraux généra-
litæ, il.ne s'agitpas de donner dans le lieu commun, mais de
dÉg+Sçf l'qspril, dc Ia question spécialerlonsqu'il,teûd rà b'y
rfr$,s,g5r,gfr:pour le laisser se ddployet à l'aiso "dans,Ie.vas[e
{80 " DE rA nrrÉlonrQuE.
glo*p"9:: univer$au1. ..
Qo! ne sait"traiter que tr'espèce, dj
llico, diffère au1ant d_e celui gui s'ereve J_usqu.au genre qul
l'homme qui voit les objets de huit et au hanibeau-rtifrère'di
celui gui les contemplaà la lumière du soleil. ,, eurnd ol
peu-lr dans une causè particulière, dans une discilssion
nr,
tuelle, rat,l,acher.son ar$um.entation-à quelque grand principe
à quelque vérité d'un-ordre érevé, ioit'"o ilorni"'r-soit er
politiquer on lui dglng une gravité, une autoritd, uie rlroq
9pr.% que les spécialitrls nè comportent pas. N6us ve*onr
bientôt qu-e, d^'après Buffon, la généralisatiàn des idées est lr
de la sublimitd du to.n. Ellc l,est éga
fl_u.-r ln,pl,u.l'réquente
Iement de la pujssan_ce de I'argumentation. tllevezragrnnd-is
sfz 11 tlu syilogisme. Tel a été, de nos jours, Ie secre,
TaJeure
.tu ._ty.lg des doctrinaires. Et, quelque ridicuie quâ I'on ai,
attaehé à ce nom, les discours dej Rover-Collard et'dàs Guizot
Ia su_périorité de leu.r9 $dnéIalisations, une ptacr
iygltr.ly ce partemen taire. Remarquez au ssi qur
i,I^i-,i
c?st Iàii1r,1
un des:r99:r9n
mérites de Bossuet.
Bnfin iI ne sulfit pas d'avoir trouvé ses preuves et dner
avoir reconnu Ia nature, sachcz encore les c'hoisir, làs dis.
poser, les traiter.
, cicér'on, au deuxième livre' de I'oruteur, donne sur Jt
choiæ d,es Ttreuues d'excelrents préceptes. Il iaut ;;i";
comp.
argu men t s, tiu m ei and_a
1*:. 3.yg _p.:,:i l": .minu s qu am p on-
cxeranda r._s'il est des oecasions ori l,on doive s,occïper âe
Ia
quantitd plus encore que de la guarité, c'estseutr*Ldilorrquo
Ies preuvegr faiblespàr elles_-m-êmes, ne peuvent, eomme
les
sarments du faisceau-de laTable, a.cfiudrir ae_roice que par
t^-g'll_i espère qde teirr eusembtà t"ir,irpnàr,
ou chacune:':.,tà part
_qlTd^on
erit été impuissante :
Et quæ non prosunt singula, multa juvant
I

c'est enfin guando ne pouvant renverser comme la foudre.


on,veut.du moins, compg la grêle, frapper à coups;à;-:
Dres, enanù s?, non ut
ful,mûte, tanten, ut grandinà. Mais en
tout état de cause, rejetez toirtes les preirves positivement
ÛEÂP. XIII. {81
fiivolesr-vulgaires, mêlées de bon et de mauvais, utiles d,,un
côté, nuisibles de l'autre, toutes celles qui pourraient donner
à vos paroles une âpparence de contradictiôn et de mensonge.
Aygz soin eneore dè-ne pas vous arrêter aux proposifions que
nul ne songe à contester, allez irnmédiatemenf a" næudde
Ia controverse ou de Ia cause. Toute discussion, eomme
toute narration, a son poïnt cwlmi,nant C'est là qub doivent
se coneentrer toutes-les forces de_ l'arguqrjntation. Quintilien,
au commeneement du septième Iivreo ddveloppe minutieuse.
ment cetteidée dansses rapponts avecl'éloqueïee du barreau.
_ L,es arguments choisis, commcnt les disposer et les traiter?
La disposition dépend presque toujours dei circonstances. La
seule TèSlg I p.o près un-iverselle, et que la nalure enseigne,
ay11rt les rhdteurs, c'est de garder les ârguments lcs pluJAe-
cisifs pour les- derni_crs, soit en employant simplefoent la
graclatton, soit en frappanû d'aborù uri grand cbup, et en
laissan_t passer ensuite les preuves médiocies, pour feiminer
avee plus de force'et da solidité guc I'on n'avÀit oommencé.
C'est, c.e qug Quintilien appelle-ingenieusemen| la tacttqwe
homérique. Le vieux Nestor, dans Homère, met au preniier
rang sa cavalerie et ses chars, au dernier. sa nombreuse et
vaillantc infauterie, au milieu ses plus faibles soldatse ;caxo,ig
Fèg pëoaov il'asoo.
Quant à Ia manière de traiter les preuves, je devancerai
par-une .seule observation les règles gd!érales de style appli-
cables à l'argumentation comrne à tout le reste, et atxqueiles
nous amivons bientôt. Que l'écrivain, Iogicien roujoursiévère
pguq le _fond, emploie rarement les forrnes rigôureuses dc
I'école. Feu de sujets en admet[ent la roideurr-peu de lec-
teurs en supportent Ia monotonie. Que son syllogisme dérive
le plus souvent à I'dpichérème de Cicéron ou à ltenthyurèrne
de Démosthène; que Ia majeure ne soit pas invariablemcn
suivie de la mineurer-et-de concert avec elle n'amène pas
invariablement la conclusion ; qu'il supprime certains rnern-
lres de l'argumentation faeiles à suppléer, ou que, cn les
{éveloppant, il en intervertisse l'ortlre normal. Lriuritaûion,
l'habitude, la passion exerecn[ une puissante influence sun
46
t82 DE r,A nSriTOnrQUE.

les hommes I qu'i! ait sonvent recours à l'induction et à


I'exemple, parfois mêrne à I'argument personnel, urgumen-
tum ad h,om,'inem, qui tourne les vices et les torts de nos ad-
versaires con[re ]eurs doclrines et lcurs prétentions I qu'il
préfère Ia gradation au sorite; qu€ I'amplification soit fré-
quente, Ie dilemme rare, peu de eirconstances perrnettent
de le produirc à coup sûr, En un mot, qu'il n'o'ublie pas que
les natures et les institutions humaines sont ehoses flexibles
et onfloyantes, ne comportant guère que les demi-vérités, et
s'acrommodant rarernent de la rigueur de l'expression lo-
gique. Celle-ci serait moins irrésisl,ibtre, si elle était toujours
et partout de mise.
-Au
reste, on conçoit qu'il faut se trier ici au coup d'æil de
l'écrivain, comme, dans les préceptes de la tactique, flu coup
d'æil du général. C'es[ une observation commune à tou[e la
rhétorique. Bien gue les plus grands orateur"s et les plus
grands capitaines n'aient pas dddaigné la théoric, ce n'cs[
fourtant pas prdeisément pour les Mirabeau qu'on[ éerit
Cicéron ctQuintilien, non plus que Yégèce et Folqrd pour
Ies Napoléon. Les règleq sont subordonnées à Ia matièrer a,ttx
circonstances, à I'occasion, à Ia néccssité. C'est à I'écrivain à
comparer, à peser les prcttves, à se déûerrniner dans leur or-
dre ét leur choix d'après son propre discernement, à sc Inou-
voir, en un mot, en sens divers selon les vicissittldes du sujet.
a La rhétorique, dic avec raison Quintilien, serait chosc par
trop facile, sion-pouvaitla renfermen tout entière dans qugl.
qoËr prg.. de règies... Ses prée.eptes nc sont p-as_des lois ei des
pténisciies dont on ne puisse s'écarter. C'est le besoin qui les
â faits ce qu'ils sont. .Ie ne nie pâs que le plus souvent ils ne
soient utilés I autrement jen'écrirais pas. Mais si ccttemême
utilité nous éonseille de nous en écarter, il faul la préférer à
loutes les règles. )t
Cette remarque s'applique ù la rëfittation, qrui consiste à
combattre les aigumenfs de l'adversaire, à détruire ses objec-
tions contre norprincipe$.r ses allégations contre no[re pgr-
sorlne. Que, selon les circonstances, la réfutation suive ou
préeècle Ia eonfirmation, souvent même l'accompngne et se
cH.tP. xltI. 485

confonde avec elle. Ccs deux par'lies, cn cfïe[, ont [ant de


rapports ensemble, que plusieurs rhéteurs ne les orlt point
diôtlnguées I'une de- l'autre. u Comme vous ne pouvez, dit
Cicérdn, réfuter les objections' de la partie adverser. sans
confirrnen vos argurnents, ni confirmer ceux-ci, sans réfuter
cellesJà, ces deux parties du discours s'unissent par leur
nature, Ieur but, et la ruanière dont on,les traite. r'
La réfutation est sérieuse ou ironique : sérieuse, elle re-
pousse les principes de I'adversaire ou les conséquenoes qu'il
ên a tiréesi elle lui démontre qu'il a manqué de raison ou de
logique I ironique, elle tourne en ridicule ses iddes ou sa per-
sonn-e. Quelquôfois elle réunira les deux caractères.
Nous venons d'établir les règles de I'argumentafion ; vous
qui les avez éludiées et appliquées, prouvez que votrc adver-
sïire a péehé eontre etlesf soit par sa propre faiblesse, soit,
et je le'préfère ainsi , par cellé de srcause; !l y a en cffet
adiesseet bon goût à iui accorder assez de talent et d'espri[
pour que sa ddhite .soit regardée comme une conséquence
irécessâire de l'opinion qu'il défend, et non dg l-u rnanière
dont il la défend. bi, pour donner plué d'énergie à des preuves
individuellement insu{fisantes, iI les a réunies et accumu-
Iées, isolez à votre tour chaoune d'elles et brisez-les I'une
aprës I'au[,re. Si, au contraire, vous avez contre I'ensemble
qïelque réponse- dcrasante , faites bon marché des détailst
dt t. ftnppôz qu'un coupr Éais foudrglan!.. Eturliez à fond la
câuse aciverse-; c'est eÀ apprenant à Ia défendre que vous
sâurez mieux lâ réfuter. IIIais une fois sur le [errain de la
diseussion, no prévenez l'objection que quand Yous serez
sÛf d'en triomplier I autreme4t, vous-courez risque d'olfi'ir
à l'ennemt de3 armes dont lui-même ne soupgonnait pas
I'existencc. Démontrez la vulgarité des argnments commllns,
l'insignifiance des faibles, Itabsurdité des contradictoires ,
I'dquivoque rles ambigus I tournez à -votre avantage ceux
-.leux
quê les ;larties p-euv-ent utiliser également; dédaignca
cicux qui sonf tro;l évidcmment frivclès ou dtrangers à i:r
Questiôn ; méfiez vous des similitudes, et apprtyez.
sur le
dommun'proverbe :, Cotnparatsnn n'est, pae ruisorar' ddvoilez
I
I

{B& DE LÀ nHÉTOR!qUE. .l

enfin toutes les espèces de sophismes et cle paralogismeç.


Lc paralogusme ,ïelon plusieïrs, tlilfère du^soplùime, e\
ce q-ue, de_ces deuxrafsonnements également fauf , tre second
est le résultat de la mauvaise foi eid'un parti pris, Ie pre-
nnier celui de l'erreur eû d'un défaut de ôciencb ou d'atten.
lon.-D'aul,res_logiciens nhdmettent point cette dis[inction.
Peu irnporte; Ie point essentiel est dô bien saisir l,dquivoque
qui est au fond de tout mauvais raisonnement et de la mettre
dans tout son jour.
Dans la réfutation de eertains sopbismes dont I'absurclité
saute aux yeux, e! en gdnéral touted les fois que l,adversaire
p_eut prêter au ridicule, Ia réfutalion ironique est souvent
plus puissante _quc les iaisonnements'(r). Cbst elle qu'em-
ployait Aristophane pour eoruhattre Iès sophismes cle son
siècle, parfois si sembl-ablesà ceux du nôtre. Socrate etCiceron
la prirent sous leur patronage I mais ee mode de réfutation
apparti_ent_surtout aux Français, et ressort, dès I'origine, du
-eontes
génie d_e la nation. Les vieux de nos trourërej, le
roman da Renard, les bibles, lcs nefsr les ô/asoms du moyen
âge n'dtaient
_nutre chose qûe des'afégories ironiqucs i").
Sa4s _parler tles satires prôprement diies, depuis- l'iauiËe
d'Archilo-que, jusqu'à cetui aê m. Barbier, la meilleure partie
de la genri IV
^Satare /;rci1tpéerqui donna plus d'aâhérents à
qu_e Ie gain d'une bataille, n'est qu'une réfiltation par Ie ridi-
culc. N'est-ce pas surlout à I'ernploi de I'ironie què les pro-
uinciates de Pâscal doivent Ie privilége si rare pôur un écrit
poldrnique de survivre jusquàujourd'hui aux ïirconstances
qni les inspirèrent ? Fasèal èst sriivi au xvnre sièele de Mon-
tesquieu, de,Beaumarchais, de Voltaire sur0out, Ie plus habile
gn cg gerlre ; au xrxe, de Paul-Louis Courier, dont Ia naïveté
firt si malicieuse, l'érudition si piquante, ei d'autres publi-
cistes dignes de marcher surles traôesde leursprédécesseurs;

(t) .... ridiculurr acri


Forrius ac meri ua masnas o,ïiîlïïïr:,

,-('). sur ces_divers genres de. sarire allégorique consuttez mon Eistoire de Ia
ttttëratr,reJi.anmise jasqu'aaNtrra sièclen t. [o c. B, p. 8o.
|]HAP; XIII" ,r8s

je ne parle pas des poëtes. Voilà les maîtres à suivre dans la


réftrtation par le ridicule.
La liberté de Ia tribune et de la presser consaerée par uos
Iois et nos mæurs, scmble donner toutc licence à cet égartl,
el, certains journaux de petit format, enfants perdus de la
politique, ont annplement profité de Ia pernlission. Mais c'cst
nar eela même gue l'orateur et l'écrivain doivent se mettre
àn gurde contre-l'abus, et ne jamais perdre de vue ces excel-
lentl préceptes de Cicéron, auxquels il est difficile de rien
ajouter : a Nous avertirons I'orateur, dit Cicé1on (')r de
n'employer la raillerie ni trop souvent, ear il deviendrait
un bôuffon I ni au préjudice dcs mæurs, il dégénérerait en
acteur de mimes I ni saus nresure, il paraî0rait méehant; ni
contre le malheur, il serait cruel l ni contre le crime, il s'ex-
poserait à exciter le rire au lieu de Ia haine I ni enfin sans
ôonsulter ce qu'il se doit à lui-même, ce qu'il doit aux juges,
ou ce que les circonstances demandent, il manquerait aux
convenances. ll évitera aussi ces bons mots prdparésr mé-
ditds longtemps, et gu'on apporte tout faits; laplupart sont
froids et insipidés. gu'il respecte surtouI I'amitié, la dignité;
quiil craigne de faire des blessures mor[elles ; que tous ses
tiaits soieut tournés contre loennemi I et encore ne doit-il pas
attaquer toutes sortes d'adversaires, ni toujours, ni par tous
Ies moyens. Qu'enfiu il ne rnanque jamais d'assaisonner se$
railleries de ce sel fin et délicat, qui est une des propriétés
de I'at0icisme. rt
On voit, par tout ee qui précède, que Ia co!firmation et
la réfutation forment Ie corps réel du discours dans presque
toutes les subdivisions de l'éloquence. Aussi me paraît-il que
c'est ici lelieu de mentionner du moins la classification adopuée
par les rhéteurs, bien que j'y attache réelleurent peu d'im-
por[ance.
-
Quelques-uns divisent loéloquenee en divers genres d'après
lcs lienx où eltre s'exerce, la tribune, le barreau, la chaire,
l'acatlérnie. On leur objecte que ce[te division esû toute maté-

(,) Au e6" chapitre de l'Oratetc.


{6.
18t DE LÂ nUdTOnIQUE.

rielle-; qu'clle se rat,l,nche à des signes extdrieurs, c[ non au


scns in[ime du discours; on loul demande d'où iis font rcs-
sorlir I'éloquencc des livres qui présente souvent les diffd-
Le.lt. gcnres..'Ils-pourraient rdpondr_e que, par lli mêrne,
l'dloquence des lir,'rcs ren{,re nàturelleràeni 'clans l,un ou
l'autrc cles genres intliqués, ct qu'en prenant le signc porr la
cltose signifide, par unc mdtonj'nrie qu'assurdment la rbéto-
riquc ne eondamner.â pas, Ieur divisiôn est aussi rationnelle
que toutc autre. .Et, el .{ut,,si nous ne l'admettons pas, c,est
-une
pa^r d'autr_es motifs qui nous font rejeter" égalernent clas-
sifica[ion beaucotrp plus répanduc.-
.. Aristote, et après.lui la plupart des traités de rhétorique,
diviscnt I'dloquence en trois gènreso leclélibëratif,le dëmons-
tra.til'.e1, le jutlicîaire. Les défenseurs de ccttc'division ap-
puient principalement sur les considérations suivantes. EiIe
se. fonde, disenl,-ils : {d sur les objets de Ia pensée : I,hon-
nête, l'utile e[ leurs contrairos son[ Ia matièrô clu genre ddli-
p$tjf; le vrai, Ie jus-te et.leurs-_contraires, celle" du gcnre
iudiciuire I le beau.et le laid, ccllc du _genr:e dérnonstiatif ;
2o sur Ia situation de celui qni dcoute : dàns Ie ddlibératif, ii
d_coute pour approuver ou reJeterl'avis proposf ou combqttir ;
rlans le judiciaire, 'pour absoudre ou conrlamner I'individri
accusé ou ddfendu I dans le dénnons[ratif, pour irnil,er ou
fuir les ex.emples louds ou-blârnds I 5o sur les di{férents poin[s
de la durée : Ia délibération porte toujours sur l,averiir, le
jugement sur Ie passé, l'éloge-ou lc btâùre ordinairernent sur
ie préscnt.
. Je réponds qu'il n'es[ pas rare qu'on délibère sur dos intd-
rêts actuels, e[ que, si lc jugernent por[e touiours sur lc
passé,il en es[ for[ souvent de même. dû l'éloge ou du blôme,
qui'ne son[ en définitive qu'une gu],ôg.g de jugcment, sau!'la
sanction pdnnlei,l'-où il suit aussi qu'il y apiesque torrjours
d.n dëmonstratit'', c'est-à-dire dc l'éloge-ou du blârne dàns Ie
jud-iciaire et.même dans le délibératif; que letlélibératif, en
traitant de l'honnête, peut par là même aborder le vrai et le
juste aussi bien ilue Ie judiciaire i que si le beau du dérnons-
tratif esI purement ar[istique, c'es[ !.esser.rer le genre clans
TItrAP. XIII. t87

dcs borues trop étroitcs I s'il est- moral , il renl,re. dans lo


vrai. le iuste ét l'honnête tles deux autres genres; -quet
tunair quË t.r deux p*erniers ont un double _é]éuocnt, d'unc
;;;i:1"'àestination ,irs ouot.s oratoires à telle ou tellc tri-
[oo;, A; liautrc la nature des idées, Ie démonst-ralif n'a-qu-e
divi-
,"à.i;ri*r, ce qui jegte une sorte-dé confusion dans la com-
;il;que'd,ailleuri si cette division pouvait paraitreà quel
iantiquitéo elle ne I'cst pas pour nous, car
^gil*
"faîJrri"t
rittacher l^'éloquence de la chaire, qui n'a assurément
iiuo â;ilJi.i"ir., qdi peut passer pour un rnélange du déli'
';ilfif ti d; aouiroh.t*otif,'sans êire absolument ni l'un ni
I'autre, et dont il serait pêut-être tnieux de faire un qua-
trième genre que l'on potirrait nornmer prolreptï,gue ot hor'
tatif'? qî'enfin-o et c'est là l'objection principalgjr mon grc,
ti;i;.fu--Ë carictère tle chacuh de ces-gonrgi,diffère de celui
des autres sous certains rappor[s, cette clifférence n"es[ pas
*.rJquée pour que les^môrn-ers préccptes ne s'appliquent
"r**r
uas ésaler;ent â tous les trois.. XI est évident, en efl-e[n que
i.. lfir de la narration ôA- .le la descriptiongouvernent ne sout pas
le
.àff.. de l,argumentation; qûe les règles-qui
cornûtencemen[ ne gouvernènt pas lf fln I lnais qu'on loue,
q"t- iieitodtr,qo'oi pr'opose, qu'on cxhorte, ou que,ondans
un sens opposer on ittatit*, bd accuse, on. réftrtq tlé-
tooro., teË'précôptes d'inveÉt'ion, de disposition, d'élocution
même, seront à feu Près semblables.
Si i;ai donc peisé ie pouvoir passer sous silencc une divi-
ri*{JariJo u[ euUi t ctbs. lc-priicipe, eb qu etan tjede rhd point teLrrs
à"i-tôgnodée comrne copitalô, d'u| autr'é côté, n'ai
ffi d;i;irr- dans un livrle did'actique, admel,trepurtie comme fon-
;;;;;J;'une division dont l'influence sur la didac-
tique me parait si lhible.
-''F;.,f,ttiË;;l;;."t une clivision ? ce dontje ne se.ns poiut,
sous
ie l'avoue, la nécessi[é, je préférerais-encore [a premleret
i;;;""r'iï; h ii"tu*e aËr genres tlivers, et des pr'éeeptes" ir
;;;lù'r;;" .t i" distinsueraÏs l'éloquence de la tribuqe, du
-de
baireau, âc la chairc, l'académie, e[ tle la pressc'
CHAPTTftE XX\i.

DE EA, FtN, 'l


j

En lisan[ certains prosateurs et surtout certains poëteJ


conl,emporains, on remarque quelques pièces terËinéer
brusquement, sans que lc sujet soit achevé, ni I'idée princi.
g-af comptétenoent, développe.e, sâns qu,on puisse irdàginer
9
même--quer motif les ddtermine à s'a*êtei,
-
on diraii des
murailles de Carthage dans Virgile:

... pendent opera interrupta...

Pourquoi-Ie_morceau finit-il précisément Ià ptutôt quoavanr


aprô.9?._Je-ne sais 1. pÇur-être l,ignorent-iis eux-hêmes.
911 -
$'I avait-il,.plus rien à dire ? Non i c'est uniquement quli
lgu" _" plu. d'éerire le mot Fin. Anaéréon et ltrôr,aee oftànt,
il est vrai, ,quelques exemples de ce procédé, et ie le croié
fort admissible dans les æuvres de peu d'importance, dans
les. badinage6, dans les caprices Oê la fantiisie, da;s ces
poésies que j'appellerais, pai un emprunt au laneâEe ascéti-
jaur,Iatoh"es. itflais nos aùteurs I'ont piriéjusqu,à
,gu.er no.gsi.qs
{ab_gsr ils l'ont étendu à des morceaux de pluslorigue hitcine;
de l'exception jls- ont fait la règle. À lôur dcriiôre lignei
vous êtes ten[d de. tourner la pigc pour chercher Ia .u"ite;
I'esprit est déroutd, ddsapp-oiftr- cômrne le serait l'oreillei
si un compositeur s'avisail de s'arréter sur un accord dissoi
xtv,
cEÀp. xlv. {8$
nant dont iI n'auraitpas fait entendre Ia résolution. Bn vér'itét
il est des précerrtes ôi simples qu'il semble qu'en les formu-
lanI on rrâô.r lËs bornes dô la na'iveté, et pour[ant faut-il bien
les énoneer; celui-ci est dr.l nombre, - qui resuTe toutes les
rèEles sur Ia maniène de terrniner un éorit I Parlez tant qu'il
v i quelq.,e ehose d'utile à dire; dès qu'il noy a plus rien à
âioti ne parlez plus.
Vôus ioyez par là que je ne demande pas non plus, eomme
en rnusiquô, dès fnale, des c-odarpour toute sorte rl'ouvTagg;
i'exiee sdotr*uot gu'on ne s'arrêtè que lorsqu'on a touehé le
iui."*luoliarui italtam!.,. je finis le traitë des fiefs où la
nlunart des auteurs I'on[ sommencé : r' voilà la seule con-
h,,.iir" de Montesquieu pour les trente et, un liwes de l'"Bs-
en effet, de briser là, sansplus
irit tles tozs. Et il-a raiôon,'originalc
âe facon; cctte brusquerie n'est {Apl*
'ullemcnt
que l:esirit du.leelteur.soit réellemen[ satisfait ;
il.oivu
qo'fl ôntoprenie queia rnatière est épuisée etque toute addi-
"eu,
tion serait suPerfluc.
Sr"r doutà Ia fin d'un ouvrage, quelqug. no.m qu'on,lui
donn e, épiloqu e, eonclu sion, catastr opt he, d'éna'Ûtnte n't, p e.ro-
raisott, ôst rine des par[ies les plus importantes, qui préoc-
cupe eL doit préoceuper dès l'abord et I'auteur et le lecteur-;
ell'c est le brit o et lôs autres ne sont que les rnoyens. Sfais
c'es[ Dar là même gue plusleurs I'ont regardée comme une
des pius faciles et qùi ex-ige le moins de.r.ègles'
Dins lc poônre épiquq dans la tragédie, dans Ie romanl
le dit ft'I. Wey, éÛant p-repare de longue maln
" ih,énottnrcnt, les situatiohi dont il ressort,, eomme I'effet
et to*t, irocé par
ressort de Ia ïause, l'auteur, s'il a disposé avec. art, Ies fils de
-"é n,a rien à chercher quanùil
,à" àirÀ., en a*ive là. L'hési-
-choix
ilii* Étu*tit l'atteindre, le des procédés ne I'em-
ù;;;r; plus, il n'a qu'à obéir au sujet, etâ.tirer des événe-
ments nnié*i*"r une consdquence prévue. trl a pris de haut
.àn iton. il nc lui reste qu'à ie laisser descert4rer sans dévier.
Àinsi Ie'dénofinrent dei ouvrages bien conduits est toujours
convonable ct lhcile : s'il se pr?sente mal, c'es[ que Ia char-
pente cs[ nlal montée. Il est aisé de prévoirn dès Ic mornen[
c90 DE LÀ RHÉTOR|QUE.

où l'action s'engage, comment etrle se délicra : si les fils sonl


embrouillds, si I'intrigue est char.gée de complications, li
ddnofrment sera forcé, ou, cornmelton dit vulgaireruent, lir{
par les cheveux : ce[te conséquence est obligde. !r ,

Je ne conteste rien de tout cela, et pourtant il suffit diavoir


un pgu Iu pour savoir combien il est malaise souvenf fl1
terminer convenablernent un ouvrage. rt Cnest chose dilfieilei
dit lllontaigne, de fermer un propos"; et n'est rieu où la forci
d'un cheval se connoisse plus qu'ir faire un arrêt rond et neû
Enlre les pertinents môme, j'en vois qui veulent et ne peuven
défaire de leur course. Cependant qtr'ils cherchent le poin
de clore Ie pas , ils s'en vont balivernant e[ traînanô, eommr
des homrnes qui ddfaillent de foiblesse.
'r
Quelqucs reorarques clonc sur Ie tlénofirnent. Il arrive par
fois que le dénoùment conclut pcrfaiternent loaction princi,
pale, mais ne clonne pas également le dernier mot des faih
accessoires. Britaunieus esû ntort. mais que devienclra Juuiel
trIorace a prouvd, par Ie meurtre cle sa siæurr {ue l'amour dl
la patrie triomphe des sentimen[s de la naturô, mais périra.
t-il lui-même? Rome entière le dCsavouera-t-elle en le con'
damnant ? Dans les dénoriments sernblables , Ie lccteul
demandc ce que les rhéteurs appelleû11'achèuenaelzt, c'est-à,
dire lcs suites de l'évdnemcnt qui tldnoue I'intrigue. Le suje
tlc l'Odyssée est le rdcit des erreurs e[ des soufrrancel
d'Ulysse sur terre et sur rner, jusqu'à son retour dans si
patrie. Âu treizième chant il revoil trt,haque, mais on conçoi,
gue le poëme n'est pas fini, tant que tous les pr.étendant]
n'ont point payé de leur tête leur insolente usuppation, tan,
qu'Eumée n'a pas reconnu son maîtrc, Tdlépaquc son père1
Pénélope son époux, Lnërte son filsr le peuple entier son roil
Le dénoûnnent et l'achèvernent de l'Odyssée occupent doncj
en réalitC, la moitié du poëme, et pourtanû il n'y a rien d1
trop; le récit n'ost et ne peut ôtre ooruplétcment ferminl
qu'à Ia _n" 4y vinghquatriôme ghaqt ('), II n'en cst pas 4!
rnêsre de l'iliade. tr,a fa[nle colère d'Achilie, qui causl tanl

(r) Arrstotc a traité cette qucsiion rlans lu Pot)tiq.ua, ;


t
I

"cuaP, xtv. {91


de maux aux Grccs, s'apaise au dix-neuvième chant, que les
vleux textes ont in[ituld cn conséqucnc@ tvliyrdcc ù,toif,ia4; ie
conçois' cependant que l'achèvement puisse nous cohduire à
'la fiir du vingrdeuiième I mais quani attx deux derniers, il
est évident qu'on peut les regardercomme supcrflus. Ngl plu
que je veuillè mutiler de pareilles conc-lusions, eelle de l'[liade
riroiirs que toute autre,levingt-quabrième chant est peut'être
ee qu'ltrbmèrc a fait de plus lreau; mais je prdfère le dénori-
ment qui d'un seul e[ mêmc coup tranche toutes les branches
-rlc l'action. Ainsi celui dc Rodogune, celui d''Andromaquet
un chef-d'æuvre ! Aiirsi celui tle ltEnéide. On a neproché à ce
dernier d'étre trop brusqua ; on a eu tort. La morb de Turntts
fixe ddffnitivement Ia situation de tous les pcrsonnages, ct
rcmplib toutes les promesses de l'exposition. L'auteur noatvait
-bien Virgile, avee le tact
rien-à ajouter. parfait qtri le-caractérise,
l'n for[ cornpris, et l'idée d'un treizièrue livrc est unc
honffonnerie digne du chanoine Mafco Vegio ou rtru rnail,rc
d'hôtcl Villanova qui I'ont réalisée.
J'excuse pourtant dans les narrations inffnies du xvtlu et
du xrxu siècies, quand de nouveaux personnages ont surgi à
ebaque chapitrc, quand rnille intrigues se sont croisécs et
com'rrliquées, guand la morâlité à r'ecueillir cle l'ouvrage
demànde un'réiumé final pour êtrc mise dans triuI sotr jour,
joexcuse, il le fant bien, f ëy.ilogrye_t.ou ce que nos écrivains
'burlesqùes
nommentlapasliace. Mais ce que je ne pardonne
pas, cô sont lcs supeliétations qrti, dnns cet'tains romans,
iiennent s'ajouter au strje[ pour en altdrer I'e-sprit et en
détruire I'unitd I ce sont les queues, commc on les a appg-
Iées, soudées plus ou moins mal adroitement au corps de
l'ouirage. Torit le monde connait le roman de llaniel de Foe,
l'immoitel Robinson Crusoe. Il est bien évident que tout ce
qu'il y a de hau[e et d'ingénieuse moralité dans cettefiction
ccsse au premlcr retour- de Robinson en Europe. Totrt le
reste, lu i'isite à I'ile, la colonisation de I'ile, les-combals
dontr'e les sauvageso les voyages en Chine et en TarÉarie,
coest-à-clire au mo-ins Ia lnoitié du livre, ne prdscnl,e plus ni
intérêt, ni originalité, ni rapport avec l'idée fondamentale I
â92 DE LÀ REÉTOn|QUE"

gt.qo3_nd- enfinl'auteur s'arrôto, on ne sai[ pas pounquoi il le


fait; il n'a aucun mo_tif pour ne pas contiÀuer, pour ne pas
ojouter _autant de volumes qu'en- peut admettre un voyûge
autour du rnoncle.
beaucoup discuté sur Ie ddnorirnent de la tragédie.
^ 9o.." être
Doib-il a{fligeant, peut-il être consolant? Aristote se
déclarc pour la premièro opinion. Selon lui, point de cldnorï-
ment sans catastrophe, soit d-qns Ies fables {u it appellesina-
pïes, où le [réros est conûinuellement rnalheirrcux, iuscfu'à ee
qu'un dernier-.cor-rp mette !e comble à son inforluné, soit
tlans celles gu'il nomme iruplenes, où lc sort des personnases
glange à l*.-no par une pëiipétie. Somate, au ôontruireiet
FJaton,. philosophes-plutôt_qu'artis[es en ce[ entlroit, pro-
clament Ia loi que plus tard nos mdlodranres tlu boulevard
ont religicusement suivie : réeompense pour Ia vertu, châ-
timent pour Ie crime, ut bono_bene, nrul6 ntal,e sit. Quôstion
oiseuse, ee m€ semble. Que Ie dénofiment soit heureux ou
malheureux, n'importe, pourvu qu'il attendrisse, épouvante
ou rnoraliselcspectateur. Le Cdd,ei Cinna n,en sonî pas rnoins
pathdtiqq.es, quoiqu'ils se terminent à Ia satisfaction géndrale
et sans elfusion de saug.
Ce qu'on a . droit, d'exiger
-tlans toute {iction, drarne on
roman, c'est.tl'abord que le dénoriment slri[ anteiû. c,es[-à-
dire, cornnoe Ie veut Aristote, que lcs évdnements nc vien-
-simplement les uns- après les au[res, rnais qu,ils
nent pas
naissent les uns des autres; c'gst e-nsui0c qu,autânt que pos-
sible il soitimpréuu; le prernier dlémenttde I'intérêt, ô,cst
pour ainsi_dire cc balancement de l'âme suspen'Jue en[r"o la
erainte et, I'espoir jus"qu'à ce que

Doun.secret tout à coup la véritd eounuc


Change tout, donne à t-out une face imprévue.

,. ftIais
I'imprdvu
lui-mêrne e
ses règles. Le ehancelier
d'Aguesseau les a parfaitemont établies (;). ,, tr,e poë[e, dlt-itr,

{a) Renarques sua' le discours gui tr poila. titre : De l'irnitation par rappoft
doit fnire en sonte que le conrnleneemant ct lc næud de la
tragédic sbrvent comme d'ombre et cle contras[e à l'événe-
nre-nt imprévu par lequel il doit achever de nous ehanner I
mais il n'oublie pts que si ttotts aimons la stlrpriser nous
rndprisons celle dont on veut nous frapper en violant toutes
Ies-règles de la vraisemblaneel il évite donc de mettre le
specl,ateur cn droit de lui dire :

Quodeumqrre ostendis mihi sic, iucredulus odi;

il ne change point Procné en hirondelle , ni Cadmus en ser-


pent, c'estlà-dire qu'il n'invente point un dénoriment fabu'
ieu*, et qui, suivânt l'expression de Plutarque-r franchissc
trop'audaéieusement les bornes du vraisernblable. Il sait
concilier Ic gorit que les hommes on[ pour l'apparence même
de la vdrité avec le plaisir que Ia surprise leur cause, etil
tempère avec tant d'art Ie mélange de ces deux sortcs de
sa{,isfaction, qu'en trornpant lerrr a[tente il ne révolte point
Ieur raison i Iâ révolution de la fortune de ses hCros n'est ni
lente ni précipitéer.et le passagc de I'une à l'autre situation
étant r,tip".o'tnt 6nns êt1re inéroyable, il fait sur.nous une
impressioir si vivc par. l'opposition de ces deux étatsr {ue
nous croyons prcsque éprouver dans nous-même une révo-
lution semblab=le à celle que le poëte nous présente. rr

Enfin le dénoûment dôit êtré rarement iris en dehors de


Inaction, et s'il en est ainsi, que l'intervention de I'agent
étranger et supérieur soit toujours justifiée par Ia ndce..sité :

Nec Deus intersit, nisi iligu'rs viudice noilus.

Molière, si admirable en toutes les parties deloart, n'excelle


point dand le ddnofiment. Il en a pourtant d'irréprochables,

À la tregédie, t. XVI, p. c{3 rle l'éilition in-8o. Ce que le pur et judlcieur écri-
vain rlit ici de Ia tragédie s'opplique parfaitement au romaDr au po€rne et à l,oute
espèee d'ouvrage,
i7
DE LA nnÉronrçur,
nr!ÉTORtQUE

et sclrlegel a
9u.
tor[ de blârirer entre autrcs cerui de Tartuf"e,
Le poëte à pcindre le monde tel qu,il est I or, dans'le
-avnit
monde, l'astuce, Iïmpudence triompirent pr"sque
-l'égoïsqe,
toujours de la bonne foi obstinée et maladioite. T.rùf.
devait donc triompher; mais, d'autre part, I,hypocrisie, dans
tout le développement e{9 luj donne Tarrufeiêst si odieuse,
{gre la rnoralité unirerselle, la conscience dû genre hurnairi
réclamait contre ce vice pracé entre
-une peine exemplaire".
-et
ces deux néccssités, la vérité rlu tableau les exiEences de
Ia morale, ne pouvânt ni faire succomber Tartufe sois Orgon
ou sous cléante, ni éviter de lui infliger Ie châ[iment qu'àxi-
geait_la vindicte ptr_blique, Dlolière f dri faire partir d'e plus
hautle coup--qui Ie frappe; là ou jamais, en effit, se rencon-
trait la eondition imposée par Hoince. Le norn dé louis XIV
était la seule arme àemployerpour trancher un næud contre
lequel toute autre se serait émoussée.
Mais si I'on peut admet',re le deus en machtnû, ee dieu,
en aucun cas, ne doit être le hasard. Aristote demande avec
raison qle, dans les erdations de I'art , le hasard lui-même
ne pa_raisse. qg-e- c.omm_e une providence, une volonté , un
{es5_ein-
préruddité. a- Lorsque-dans Argos, dit-il, la statuc
de.Dlytis.to*!g fortuitement sans douté srir celui qui avait
tué ce 1nêgre Mytis, et I'écrasa ûu moment qu'il la ôonsidd.
rait, cela fit une grande impression, parce que cela semblait
renfermer un "clessein, llne volonté.,' Schiller a mis sur Ia
scène Ia conjuration de Fiesque, Considérez le dénorïment
que lui donnait lohistoire. Tout le plan de I'entreprise est
définitivement arrêtér-tous les conjuiés à leur postei armes,
vaisseaux, r.nots de ralliement, esprits ct couiages, tout cst
qr.êt;.on n'attend pfus qu-e Ie si$nal, et Ic si$nal va être
donné au lcver du jour. Il est minuit; Fiesquà, le chef de
la conjuration, visite une dernière fois sa flotte 1'en passarrt
d'un navire à l'aul,rcr l_e pied lui manque, il t_onlbe e[ dispa.
rait à jamnis sous les flots; c'est-à-dire {ue Ie hasard inin-
telligent, brutal , vient anéantir en un instant, sans lut[e
possible, toutes les combinaisons des passions et des volontés
humaines. Ce dénoûment donné par-l'histoire, l,art Ic pros-
xlv.
cuÀP. xlv.
clraP. {95
crivait; salriller sentit qu'il n'y avait pas de drame- possible,
s'il ne Éubstituait au haiard la-volontéde Verrina (')'
Le hasard d'ailleurs peut donner l'imprévu, mais.il est'
bien rare qu'il donnc le^patbét1que ; eelui-ci, son nom-Ie clit
assez. n'acàompaene guèie que lâ passion. Or le mdrite essen-
tiel rlu dénorîmeit, é'est dtrnouvoir et d'entraîner. q, Tunc
e st csntmouendum il wa tr um', sclon Q u i ntilie'r,
quSun a en'hnn
est ad ipntm, illucl quo aeieres tragæiliæ elaudan'turr'n et
e;est porir cela qu'il'eompare au déïofiment dramatique la
udrofaison qui termine lei æuvres oratoires.
'. A lrttibui., tt, effe[, au barreau, h la-chai.rgrlS-përorai-
soÀ est, ro*ru le dénoriment au théâtrer le véritable temain
du patÉétisue. Sn portantcette loi, les aneiens n'or'tt été que
les interprôæs cle lâ nature. Aussi est-ce alors qu'ils permet-
tent d,orivrir toutes les sources de l'éloqueûce, et de.mettre
toutes voiles au vent t hic, si, u,sqt+u,m, totos eloquetût'æ ape-
rire fontes licet, tota p1sswntus pandete uela. Uomme lt s'agt[
à ce'monnent décisifTe frapper les derniers coups, eommc
l?auditeun s,est échautré à vôtre feu., idenûifré avec vos senti-
ments, tout alors vous est pcrmis_, iours animés, expressions
dnergiques, figures brillantes et hardiesr hypgtyPoses2 pro-
sopofidËs, invdeûtion de la nature entière, animée ou. inani'
m?ieieoun mot, tout ce que la,passion brrilant_e, ilnpétueuset
orut oour fournir pour ênfoncér Ie trait dans les âtnes, pour
?aire jouer les deui grands ressorts tragiques, la terreur cÉ
la pitié.

f r) r La calastrophe véritable de.ce comploù, où uo aeciâent malbeureux reo-


,";J";;. l;;.;"ât""o-tuvenaitd'atteùdre le but deses projets, a drî êùre
ehaosée. iu u"io." du drame ne comporte point I'action du hasard' out Pour
;;;t"i;";;u"i. i'ioi"i""otion imoËdiate àe la Providence. Je m'étonnerais
trouvais un
it;;;";;;;-pô'etu ttueique n'sit encore tralté ce suiet, si ie n'eo.élevés
ir.ifi"rmr""tT"o. "" liéiorôment antidramatique. i.es eslrits de I'ensemb&s savenL
airà.r fU. Ot. t". pto, JgliUr A'oo évéuement â travers la trime I'avenir
des choses, et les rïttacheol peut-être aux limites les plus-reculdes.de
a" Ë.fJ.ùoéo, t"odis qu"iu des hommes Ëe sait voir là gu'un faiÈ

i"ofA milieo du fifr." a" I'unive.s. Mais I'artiste travaitle poîr la vue
"o-,noo
"rr "lp"*
rari""iotr [es horrmes qu'ii veut lostruire, et non paslour_la touteluissanoe
clairirôiante qu'il chcrdhe à connaitre. I Scglr,r.un, l)ie (crscltworung sca
3\esco"su G"' â t, a ; f'orrede.
t96 DE LÀ nHÉTOATQUE.

- Ciedron, en_effet, distingue, dans l'éloquence du barrcau,


deux espèe.-"S de péroraisoni pathétiques :ia pdroraisorr véhd-
nrente, ùM,ignatùo, et la pdroraison suppliante, conquestio,
cotnmiseratio ; il développe les éléments de loune et del'autre,
ne donnant _pas moins detreize moyens poursoulever l'indi-
Slstr-on, et de huit pour exciter la pitié. Sans entren dans ces
détails, pour lesquels l'étude des nn-odèles et six mois de pra-
lique- valent mieux que vingt pages de préceptes, je diiai :
La pdroraison, c,omme l'exordeo peut se tirer paifoisdes objets
inanimés dont Ia vue frappera-souvent l'âme du spectatêur
plus vivement quo toutes-lès paroles: c'est Manlius montrant
le Capitole du haut duquel son bras précipita les Gaulois, ou
Mirabeau, Ia fenêtre dbù I'exécrable Challes IX {,ira sur ses
sujets I c'egt l'orateun grec levant Ie voile de Phryné, ou
Marc.Antoine eomptant les marques du poignard des con-
jurés. Illais la péror"aison, comrne l'exordefse tire le plus
souvent {e la personne du client, ou de loadversaire, ou des
juges et dc I'auditeur, ou enfin de I'orateur lui-rnêmé.
Sans quitter Cicdron, nous trouverons dans ses diseours
de notablcs exernples de ces divers genres de péroraison.
Je ne_citerai que lès Verûnes et la llïilônianne. Dans celle-ei,
c'es[_ la péroraison suppliante , cornrniseratio; il termine pâr
le tableau le plus pathétique des douleurs de son client, dàu-
tantplus habilcici, que, eonnaissantla fier.té du caractère de
llIilon, il prend pour lui-même ce rôle de suppliant que dé-
daignait l'accusé; et après lui avoir ainsi conciiié l'intérêt de
.ses juges, s'il le fait parler, les paroles qu'il lui prête ne sont
plus empreintes que dtrne dignité affectueuse et d'une tou-
chan[c fermel,é. Dans l'autre, c'est la péroraison véhémcnte,
indignatto. 4 ln- fin de I'admirable hârangu e De suppliciisi
l'ora teur fou droie Ver.rès, cn invoquant sueôessivemerif,contre
Iui tous les dieux et toutes les dée1ses, dont ce brieand avait
pillé les temples, et en appelant le ciel même à son aÏde contre
son sacrilége adversaire. Les séances de la Convention, ces
formidableË joutes de Ia paroles, où, à chaque partie, chacun
rnettai[ sa-tête pour enjeu, abondent en péroraisons I'dhd-
mcntes. C'est Vergniaud contre Robespierrc, c'est Louvet
cHÀP. XlV. I97
.con11.e
l'infâme Mara[. .dprès avoir lancd cogtre ce dernier Io
pendant laquelle il avait toujour.s
plus terrible philippiquc,'riaudit
i*n* réseric Iàïtim de son ennemi, comme s'il
cfit "o
craint de souiller ses lèvres en le prononcant, Louvet
termine ninsi: ,r J'insistc surtou[ pour qu'à l'insl'ant vous
prononciez sur un homme de sang, dont les crirnes sont prou'
id.. qo. si quelqu'un a le courage de le défendre, qu'il monte
'Pno*
à *.tË 1,.ibdne. moio je dàmande sur l'heure un désret
d'accusation contrc Marat... Dieu !je l'ai nonorné! r'
- U" bcau nrodèlede péroraison tirée de la personne du juge,
c,est celle clu Mémoirô tte Pélisson en faveur de Fouguet, le
seul morceau peut-être réellement éloquent qu'ait produiI Ie
9*o1'g judiciaire cn France au
xvllo siècle. L'appel au souvenir
io r*"io."t prononcé par le roi, lejour de son sacre' a.quelque
chose de poinpcux, de grandiose.èt d'émouvant tou[à la.foist
que l'on o. tto.ooire nîlle -part à ce[te époqûe. rt.En c,e. iour,
Sir., avan[ que Yo[re divine
Majésté reçfit cette onction t
oonn't qu'clle'efit revê[u cé manteau royal qui .ornait bien
_

i"oinr ùotlc iïlajesté qu'il n'dtait orné dc Votre SXajcsté même,


avant qu'elle eït ptÏs de l'autel, c'est-à-diro de l.a plopre
main dô Dieu, cettle couronne, ce- sceptre, ce[te. main d_e_jus'
tice, cet, annéau qui faisait ltindissoluble mariage de Vo[re
Maiesté c[ de .oo ioy*ume, cette épde nue et flamboyanle,
to,it" vic[orieuse sur les ennemis f toute-puissante sur les
roi.ir. nous vîmes, nops enlendimes Yotre Rlajesté , envi-
t"i*Oô des pairs et âes premiôrcs dignités de I'E[at, au milieu
àcs prières, entre les bénédictions ét tes cantiques, à la face
des âutels, devant Ie siel et la terre, lcs hommes et les angest
nroférer dô sa bouehe sacréc ces belles et magnifiques paroles,
àio"r. cl'être gravées sur le bronze, mais plus eûcore dans le
e! fairc
.*"u",f'"" si g"rand rci : ,Ie iu-re et promets d'e garilerq'fitu
qrae
oarcler l'ëquitë et m'iséricorde en' tous lugeme'utt,
'Dtr*, clëÂ,en't et m,tséricorcl,ieur, répand,e sur mo'i et s'ur aous
-sa nùséricorile. "
. fVfni* où I'oratcur rencontre sotlvent les accen[s les
plu-s
natlidtiaucs, e'est lorsqu'il sc nrc[ lui.grêrne en scènc, ct qu'il
il;ril,,ilqiô L-i'ourfiioirc ccrtc énergie de la personnali[é
47'
c98 DE LA nUdlORtQUE.

gqi m.et, nonplus lcsopinions etlessen0iments, mais l'hornmei


lui-môme en contact avec l'homme.
loye,z lord Chatham , à,
cette mdmorable sdance qui fut son clernier pas tout à ta fôis
dans la oarrière parlementaine et dans la oir. u voycz, dif
]u. villemain, vdndrable vieillard qui arrive pâle"comme
.cg
la mort, mais richeTe-nt vêtu, comme s'il efrt. affôcté quelquo
chose de solennel et de pompeux dans re dernier ioui. Il est
Sppuyé sur son fils, Wiliiam-Pitt, qui devait être un si grand
homme. aussitôt qu'il parait, ta chambre entière se lEve et
le lais,se respectueusemùt passer.-u Il dtait impossible qu'une
grande.partie de cet[e strpiôme allocution de-lord chaiham,
-ne
e_t la pdroraison surtout, fussent pas tirées de la personne
de I'orateur. Car, dans cette grandè circonstance, 'l,homme
excitait aussi_puissamment qué ra question même i'attention
et les
frmpathies de I'assemblc"e. Àussi après querques mots
sur sa,longue absence et ses infirmités : * ivtitol,ra., ait-itr
me. réjouis de ce que la tombe n'est pas encore férmde iur
lt
moi, dg .r- que je suis encore i"ivani pour élever ma voix
eontre le dénrembrement de cette anôienne et très-noble
monarchie. Courbé, comme je Ie suis, parla main de la dou-
leur, je suis peu capable d'asiistcr rnoir'pays dans certe pdril-
leuse conjoncture I mais r.milords, tant quo je gardei.ai Ie
sentiment et la mdmoire, je ne consentirai-jamaisî priver la
royalepostérité de la maisàn de Brunswickét res desôendants
de.Il princesse Sophie_de leur plus bel héritage. u
N'est-ee pns dans I'interveition personneTle dc l,orateur
que consiste en grande partie Ie triomphe de Bossuet, dans
fa péroraisgn dg l'Oraisonfunèbre de Aonilé, u Inrsqu,après
avoir mis condé au cereueil, comme parle chateaubrlianà, il
tp.p+l.r lcs peuples, le_s princes, les pi.élats, les.guerriers au
catafalqueriu héros I lorsqu'en s'availçant lrri-mêirne avec ses
cheveux blancs il fai0 entendre les acc'cnts du cygne, montre
Bossuet un^pied_dans la tombe, et le siècle cle l6uis, d'nt il
a I'air de faire les filndrailles, prêt à s,abîmer dani l,étcr-
nité? r'
L'éloquence de.la chairc, dans les pères de I'Eglise grecque
et_ dans les prdrlicatcurs français, 'abontre e^" pér,iaisôns
xtï.
ctraP. xll'. t09

conlme en exordes remnrquablcs. On cit'c .ccl.!.c,du d'i'scou'rs


de saz:nt
iiirttr-ùe
aiÀ'à.|,:iuî"oi- Coi,,stan'tinople et' -dc J'ëtog.e
des orûl-
Basi1e, par Grégôire deNazianzer celles de laplupart
ro* frinlAnres dËBossuet e[ des sérrnons d_c ]Iassillon, celle du
;il.;;;; pereâà neuvitte sur tt pltl1! yt'oyle,lt-l-a.péro-
persoune
raison si touôhanle de YiDcent de Paul, tirée de la
du client, lorsque, nnontrant aux dames,pieuses qul.compo-
snien[ son auditoir'r ler provrcs pel,its orplrelins dontil
s'était
fait le uèrc" près d'expiier devant elles, si elles ne Ieur vc-
naient en aide, il s'écriai[ 3 ,t Or sus, mcsdam-q9, la compas-
sion et la cfuanité vous' ont fait adopter ces petites créatufes
pour vos cnfants. \rous avez étd leurs mèreô selon la grâcc'
'O-pirtr q* i.otr rnèrcs selon la nature les on[ abandonnés.
iôy,, ulraintenant si vous voutez aussi les abantlonner" pour
toujours' Cessez à- présent d'être leurs mères pour devenir
i;;i.;'ffi.r il;"" vià et leur nort sont entre1csr vos mains. Je
;ili,;irË;Jr* i"r"oix er les suffrages. ne voulez remps.dc
plus
proooo... leur arrêto et de savoir" si v:ous
il;;;;;-*ltJti.àtJ.'pru* eux. Les voilà dcvantcharitable;vous ! lls
;il;;;; ;i;;; ;"ntiiou*, d'en avoir un soin tous morts
mais. iô vous le déclare devan[ Dieu, ils seront
demiiri, si vous les ddlaissez. u
a Cettc ïii m. Leclerc, lc modèle des_pér'orai-
*i te succès qu'éUe méritait : Ie môruc
"oortorion,
,onr îinCiil;;
il;. à;;Ë;Àit" tstitt, au même instant, l'hôpitul cles
i;irh;. i;rute., qoi ;isquâ-ta périssaient dans les rucs, tht Il
Ibndé à Faris et rÏotdtle'qoot,odte rnillc livres 6t rsa1s. "
.ri *o*r. sans doute, qut i'éloquence évangélique, si s'*rblimc
il.li; Joit, ofrti.noé à.r résuliars aussi positil's.. On nc pcut
Ë"Ërïrïï.o.fi.", sous cc rapport, de lf péroraison de sai'[
iio.."t^tie Faulo'que la scc-oirde partie du beau sernron' en' et les
iàii"i At ta tbnit'iion d;u* lrcs.tiàe pgx,!' Ies nuil'i,tai,res
l'abbé-dc B.is-
';rê;;;;i#;;; p;nongé au xr'rtt" iièctelapar c'harité. Telle lut
mont ctans uue *Ë-r.*nte. des dnrnes de
"il"rttti-"."
it ïu-- pt*ie du prédicate ut' tli"-lX, :T,:.':::l
suivit son sermoir rapporta ccub cinquante mrlle lwres en
souscrip[ions.
200 DE LA nudToRtQUE. . '

en soit,_il e_sr cerrain que nul genre ddloqueûce


_^Q:qiql'il que celte de Ia chaire au p_arh?rique
:î-qTtiqus de Ii péro-
ralson. Cette p_nofonde sympathie pour'les misères physoques
er morares ctc l;humanité, ee salutaire effroi des irirnênéira-
bles,jugements de Dieu, ceme invincibrà-ierÀÀj-ï[ntre tes
mécharrts, cet,te inépuisable
prédicateurr.lui permettent de -charité qui doivent anirner le
multipiier les ùlrirr; terri-
Illes'ou touchants, énergiques ou tendres, de répnndrel,onc-
tion Ia plus péndtrant.r-4?,fair"e un rpput rox s,irrtir.ntsres
plus flfi'ectueux. Tantôt il adresse à Dieu ses ferven[esprières
en faveur du pdeheur repentant ou obstind r uiori }tassiflon
dans.la magnifique péroraison da sermon sur le
rtetit nombre
d'ey er,?.ts; to-ntôc il développe quelqu'un de ces psaurues, .si
gracïeuses er 6riltânres: ainsi la'paraphrâse
1i:q9y imag.es
tl,g.frofitndts par Ie rnême orateur, à Ia fin âe s" beile
lu
narne(,2e su,r le LLzare.
C'est sans doute d,aprèp ce,s. motifs que l,abbé Maury ne
P_toT*.t
point de terminerles discou"s piononeés du haut de
la chaire pflr ces rdsumds, bes récapitulations plus convena_
bles en eft'et aux æuvres qui s'adresent à I'esprii et à la raison
qu'à c_elles qui cn même iemps parlen[ au cæur.
J'admets clans I'histoire rlp-dpilogue qui dégage des événe-
ments passés les leçols qu'ils ïonient ïu les"rEsultats quTls
promettent à l'avenir; dans Ies æuvres philosophiques ou
didactiques, dans certains discours p"onoire. *iïit*ro ou
a_r_a trroung, ul sontmairer-une récapitulatton,,
qui rappelle
._r."gie et variérd de forme totit ce qui a été dit, pour
,*l'::
lp graver plus avant dans la mémoire et ed faire mieui sïisir
r-ensemDle par la suppression dcs développements. C,est
rette règle d[ait.indispensable et universelle, que
l,:::r_.-i
nous pourrions corc.lure. le présent chapitre, Ie dcrniôr de
ceux q.ui [r'ai[en t de la
.d,isqtosition, par rcicsuinrg s,rroant,
, ll disposition consiste'à coordonner et à Iier entre eltres
1,9:,ldéTque.l'invention a fournies. pour.y 'parvenir, il faut
d'abord se tracer par_ Ia-mdditation un"plàn qui embrasse
I'ensemble et les détails de l'æuvre, et le ^suivrË fidèternent.
De l'ordre naissen[ la lumière et Ia ôhaleu" to i,*ia*, po"
f
XrY.
CHAP. XIY. 20'l
I'unitd du dcssein: {ui, bien connprise, rdpand sur toutes les
idées le môme jodrïvôc des teinles Yariécs, et_donne à clra-
cune sa valeur"; la chalourr par l'étroil enchaînement de
[outes les idées, qui, en les râpprochant, 'les fortifie et les
échaufre l'une pir'l'aûtre. La dilfosition enseigne les justes
proportions à observer entt'e toutes les.parties d'un ouvrage,
Î'ntiifi.u 4e la gradation, des transitions, des préparations
oratoires. Passait ensuits aux diverscs parties, elle'trace les
règles du clébut, montre connment il dépend.{e I'ensemble,
q,iâlles dispositions il doit faire nal[re dans I'esprït du lec-
t'eur ou de i,audi[er-lr ; elle en indique lcs différentes espècesn
les sources, les mér'ites et lcs délhuts. Elle procède de même
pourles auitet rnembres dont se compose Je.corpg de,i'écrit
ôu du discours : nagation ou thèse, description des chosès,
descrip[ion des honrmes, présentée 19Is l? forme duportrait,
du parallèlc o* du dirfoguc, amplification, -quand^elle es[
tleniandée par la grandcùr des-tableaux ou I'entrainement
des passioni, argtirnentation qui-eontient Ia conûrmation et
Ia réfutation, etlui fait passer dans Ia rhétorique toute la
rigueur de ia m3thode iytlogistique. Elle donne enûn les
Iois aui rèelent toute conclusiin e[- en déterminent la nature
d'apr'ôs celie de l'ouvragc entier. Le dév-elopp-cment de ces
nréïeotes ddmoutre que-la disposition ou I'art d'ordonner les
idées'n'est pas moiud essentielle à l'écrivain quel'iuvention
et l'éloeutioï, qui l'aiclen[ I'r.lne à les découvrir, loautre à les
formuler.
.Que l,dlùve s'habitue à résurner ainsi les ouvrages clidacti-
quei qu'il aura lus, il lui sera plus lhcile de suivre ensuite
pour ses propres écrits, si luilmêrne s'atlache au genre
Ëé*i*u", lcs rôgles 4e récapitulation, de conclusion, tracées
par la raison et lcs rhéteurs.
CITAPITRE XV"

lrt LrÉLOC!t1'tO8t.

voici une n'uvelle preuve de I'infirmitd de Ia pr,rold


hnmainer un nouvel exemple de ra nécessitd de divisei.dans
Ie-langage des choses indivisibles de leur nature. Je sdpare
ici, avec tous les rhéteurs, l'élocution de l'inaenlabæ et de ld
disposttion, comme j'ai séilaré celres-ei I'une de I'autre. EÊ
eepencla-nt ces trois_ parties sont si étroitement unies en réa=
Iité, qu'elles semblèraien[ ne devoir jamais étre dis[inctes;
mônre dans leurs applications les prus iariées. si I'on rd.*[i
entre elles une division fictive, ce n'est que pour y€Drr eol
aide à notre faiblesse, et nous faire mieui sais"ir tes a*licæ'
et les dé.fauts qui,rffectent plus spécialement chacune'd,elleg
quand l'une ou I'autre n'aflteint -pas le but connmun. L,unité,
i

est d'ailleurs l'indispensable condition d'existence de eette


trinitd oratoire. u.En effetr dit Cicdron, le discours se.o^-,
posant de Ia pensée et de l,expressionr'l'expression n,existe,
pas, s! vous retranchez la pensfe; la pônsce' ne se mnnifes[e'
pas, silous supprimez l'exprcssion. u-Ce qui revient à l,idde
de Buffon : t, Bien dcrire est tout à Ia fois'bien penser. bien
sentir et bien rendre I c'est avoir à Ia fois de'' l'esprit,
l'âme et du gorit (,). n
' - -r- de

(t) uu.rles gdnies les plus sagaces de l'Italie contenrporaine, lo comtc Giacorno
_
&eopaf.dir dans son dialo6ue lrrtitulr! : fl parinàtta- DeIa Gloire, û.dit. rlsrrs
cuÂp. xv.
xv. 203

blais par lir même Qq'o-n met à part le bï,en renilte,-otr cor-
eoit qu'ôn pulsser en rhétoriquer-abs[rai'e l'expression d'un
écrit, poui la cônsidérer indépendamment de toute autie
o*ooriété, comme, en géométriô, on abstrait l'él,endue de Ia
il;rfiii;. éu peintureo lË col'ris du tableau' on congort qu'il
;;;i;; pïtroi! qu'une idée vraie et digne soit mal rendue, et
qu;rror'iaee fau'sse et inconvenante plàise, jusqulàl un certain
Ërr"i, pt" sa formc I qu'un même s'eqg, dorymè l'a remarqué
'Pil;i.'thange selon ies paroles qui l'exprimenÛ, et que les
r"or rôçriveit dcs parolês leur ilignité, au lieu de la leur
clonner
--,; (').
il À.irfu diffdrence e'tre Pradon et moi, disait Racine,
e'estluà j'écris mieux que lui. f !e mot, vrai- ou faux-,
orouoà la" haute importa'nce que Racine attachait ou était
athchcr à l'exprcssion. Buffon était'du même avis :
-:*pp..e
',,'f.es ouvrages bleri écrits, dit:fl, seront les seuls qui
prrre-ot-à la"postdrité. La quantité des connaissances, la
5l"S.l.riig des faits, la nouvôduté même des découvertes,
ne
"sont pas de sûri garnnts de I'immortalité ('^). Si les ou-
vrages qti les contiennent sont écrits Sans gout, sans no-
bleise e[sans eénieo ils périront, parce que les connalssâncest
Ies faits et les"rlécouveites s'enlèvent aisément, se transpor-
tent, et gagnent rnème àr être mis en æuYr€ par,des mains
le ntôme sens ! a ora Ia lingua è tanta Pdrte iIeIIo stile, anzë ha tal congian'
itl"""rËii,"il)""iijinr"oti sî puô coisiderare I'una di q,^este due cose dis-

*:'t;:","#!:"!:;i-h--,';:';::#!l2k:,::,::î,:,i-:o:o::,i:f:,";!::;:;;'"'
'uî,;:
;iP;;;, e ti' iiii -iat c9II2 più'sottile e
milte pregt o -or"o 1forse ' d'elle due cose
nccurata ,7r""ruo"roni;;; P[8 !rcingi'ery e-as-seynare a--qualee l'altra' n
(tppartengano, p", quasÛ cominuni e tra l'una
"ulr" -indipise
ir) o Presquo touiours, dil, Yoltaire, les choses qu'on dlt frappentmemes
moins.
loeet
la irianlère âont on les dit; car les homm_es ont touE à peu pfes les
"que

6e ce oui est à la oo"i?Jhito"i f"--o"ae. L'er-pressibn,'le style fait


toute la
;ffér"i;;..T;"itii" ,""à-.iot"tia"".les choses tes ptus comounes, lbrtifie lds
;;iil'f;;Ëi;;. aÀ"i,i" t. g""ni"o" aux 1:tus simples.-Stns le style, il.est impos-
'sible'qu'it yait un seul 5on oPYl-aCe eD.auculgenre ou de l}oesre' tt
d'éloquence
Aussi Ouintitién comperait-il l'inventio" iJàTrioiitioi-t6pu.eo. de'l'élocu-
"
tion à ulne épée qui ne sortiralt iamais du l-ourreau'
(e) Leopardi. au même endroit, : u l)alle 'Ùirtit e dalla perfezione ilello stile
aùlrÏaà'iipiipiir;ia àaU opere cha cadono in qnalanque mod.o nel Senere
delle lettere amene. n
9}t+ DE LA nUÉTORTQUE.

plus habiles; ces clroses sont hors de l'homrne, le style cst


I'hommeméme.r -- ' .i
Cette dernière idde mérite explication.
Expression, dlocution, diction, style : voilà les terrnes
ordinainement ernployés pour clire la manifestation de Ia
' pensée par des signès. Mais il faut distinguer entr;
termes. ";;
Erpres,sioæ e.s.t.le nrot_gjndrique; le cri, les pleurs, Ie
qeste son[, aussi bier.r" Çue.l écriture ou Ia parolerl'-e*Ttressîon,
d'un sentiment ou d'une idée.
Elocut'ion s'appliq'e plus spécialement au discours écri[
gu parlé. Ce- mot représente, comtne en latin, ce que les
Grecs appelaient gpboq.
..Dïction s'emploie quqnd_ il s'agit des qualitds générales d*
discours, clarté, purcté, harmonie, ou de cettés du débit
oratoire ou thédtral.
Quant au rnot, style, sans m'ûrrêter à son étymologie, il
me semble prdsente-r un caractère en quelque s"orte ifrAivi-
duel. J'entends par style le procédé pioprê à chaque dcri-
vain pour exp-rimer ses idées. Le style dépend donc non pas
de la natureïu sqje!2 mais encond et sulrtout du tempéia-
gen!, du cæur, de I'esprit, du golit de I'dcrivain, le lout
forcément modifié par I'influence ilu siècle ct du pavs. yoilà
Ie sens du mot de Buffon : Le style est l'homme. ie"style est
ee.gue I'on'nomme, dans les ai[s, la manière, le fuire, ee
quidonne peintre et au-sculpteur 5qn gachet, ôe qui Io
-au
distingue. des autres et constitue son originalité. Célui qui nc
sait pas écrire n'a pas de style; celui qui sait écrire en a un
qui lui est propre, etn'en a qu'un, que l'on reconnaî[ partcut.
La premièrc ambition de l'écrivain doit être d'avoir àinsi un
style à soi (').

(t) M. I'rarcis'Wey a dnoucé et tléveloppé la même opinion quei'avais écrlro


e! professée lon_gtem_ls av-ant la publicatiôu de son ouvrïge. Ma'is eï partageant
les opioions-.Ie IIt. tYeyr je poose.qu'ilje trompe_ en se cràyant ici en ippostition
ayec les doclrines uuiversitaires de la France ei de notre pavs. on neui trouver
au moins le germe de ses idées et des miennes dans les rhéioiiques di tIM. Amar
et Leclerc, profcsseurs à I'université. M. Géruzez, égalemeot irof"sseut à I'uni.
versité, n'a pas moins bien compris Ie mot de Buffon. ityle est l,homme
"Le
cllAP' xv' zÛii

Il suit de là qu'on ne peut diviserle.style en catdgorics,


doaprès la naturîe des clivers sujets, mais seulement d'après
L*iit*tr dcrivains, et pan là même qu'il est inu[ile de-cher'
eher à établir des classifications de stylc. Chaque espèce en
àfàiou.ootienclraic guère qu'un indivldu, elles se multiplie-
*ri.ot ao". à l'infinil et l'aienir en eouYerait autant que le
a mal
;;;;e enlur"it faif éclore. trl suit encore- qrle--l'on quand
il.ffi"ËbËno. A'Urlicarnasse, Cicéron et, Quintilien
;;i;;i" éiâttit' a'nprès eux lbs distinction de style s ublime,
simple et tentpëré
('r
D,abord, pourqrlJi ces catdgories en_.rhétoriqu.e? .Les re-
*oonrit-ôn'dins l'a critique del arts? S'il en était ainsi, lcs
ù*.ô.r.r de Teniers aipartiendraient sans doute au sl,yl.e
|t et les grandes p"t*.t de au sub/ime' Ot il
-Rubens
"ett,
r"ff,J tir i.i.* ïur yeux-su-"r ces d_ernières pour voir qu'elles
;;;t;;"tilnt phis de Teniers lui-même g.T.e de Raphaël'
or" r*^u*ple. Ainsi encore le Ch,apeau d,e_pai'ller -la Descenl,e
'd, ;r;i;: le lllartyre ile saint .i,iëuin du 1oi desqu'avec
peinl,res
la
ffi;;di ottrr.t frlus d'analogie avec- sa tlaosse
iii^nq'"ration du h Fornaitna. C'_est que ccs diverses
toiles hé sont n-i du t-eqné1é l.les unes
ni du style sublime,
;;;; d;;iyt. at Rubens, llrs autres duityle deRapiaël'
II en eËt de même eir littérature. Le sublime de Pascal
mème signifre, ùit-il , que le style menifesto la nature P"9lte de
l'in-telligence
elle
oui le produit. f." penlJe ..t,Éou. ains.idire, gérrérale-etlnrpersonnelle,
h* l'humanité; le slyle relève de I'homme seul et I'exlrrme'
'ï;;b*i;""o,i.'a"
"Llè"" i.iuoltu ..t l: signe er Ia mesuro ile I'intelligence: la
r$eJà.i1" ""f*"ri" oi- noble, selon l"a vulgarité ou la noblesse,le l'e,sprit
-ir"î
qui la met en ouvre.-L'intelligence est, comme le moule de la PeDsee' Éue est
il.""t1a." qti*Uuot.. ou qui?éprécie la matière gu'elle a rcçue' D
(r) ouclaues rhéteurs oot éta -ioijusqu'à admettre, pour certains genres d'ou-
r:;""*ï .i;; ;;;-d;; ;i pôuvai t iamai s suf pose.r pour. q uali té d i sti nc-
";r"."ât;;;;i;;.il+;;; uo.rléfaut. on
;; c"i""té'e qui tâujo-u1_s ei partout estmodèle'
*ià"ii-it, une fois te style sec inveité, il anommé
fallu trouver un un tyPe
"noun celui-tà comme po*'|". autres. on a Àristote! Àristotc Deryeuf,
#;;t;Ë'Ët""iî-p,1, it"';;;i; sache, et qui' si parfoi'.en P.ou1 lu.i rep'oc5cr
la sécheresse. n'est pas plo, ù'i-it"t alols quË Ie plus méchrnt d.crivain' Le
style
;.";Ë;';,É.,i.ii,i""ï,ïfl" part. L'abbé dâ Co_u-rn_enil, qui publia en,r78t un
p;ê;;-â""St"le.r, p_oétioue asscz superficielle dc'certains gen'es' distingue
quàtre styleso te s*rpte,-Ie-lro"irur, là sublime, le sontbre. Vous voyez l'in-
ôertitude-de toutes ces doctrines.
4g
90S DE LA RrrÉroqrQgs. i

er'est point celui de Bossue[,'tragiq_ue


ni re sublime rje Bossuet celui
de Corneille . Co'neille.le est plus près, comme
*.tylgl dc Molièrc le.eomique qùe cte Racide.
eirc dites-vous
de l'énergique entrée en scènô d,Attila, -

-ne sont
t_ls pas venus nos deux rois ! qu,on leur die
Qu'ils sc font trop attendre, et qunAttlla s'ennuie... ?

f,a rangerer,:yo,ug sous le titrc style sublinæ à côté des pre*


miers vers d'trphigénie : -
Oui, c'est Agamemnono cfest ton roi flui t'dveillc.
Vicns, reconnais la voix qui frappc tori oreillc... '

ll ..,r.t eependant manifcstc que ces deux styles, dgalcrnent


sublimes, si vous voulez, ne se ressembrent ci'aiileurs en
aucune façon"
nans le Templede Gnide de Montesquieu,que vous devriez
pouvoirrapprocler, comme style fleuri, dei {nettres à Emîlie
s_ur l,a mytlto{.ogie,vous reconnaitrez Ie faire d,el,Ësprit des
lois; etla Fluralité dcsm,ondes de F'ontenelle ressembleplus
à, f)emoustier qu'à L3place.. Encone une fois Ie style'est
I'honnme, eû non pas la matière.
Toutceci nesignifie pas queles anciens aient eu tort d'éta-
blir ces rlistinctions; maisje crois_ que ceux qui les ont inter-
-cornpnisl
pretés les ont parfois mal
on afFrme, dans quelques rlrétonigues, que Denys d'tlali-
carnasse divise le s[yle en trois classes :-ll'àusftreite
et le mitoaen,, ll n'y a rien de tout eela dans Denys. Léfl"wràseul
passage ori il scmblc Ctablir des distinc[ions de ô'e senre se
trouve au commenceillent, de son traitd sur l'éloq?;ence d,e
Dëruosthène, .tralté,.qui nous est d'ailleurs parven u'aeëprtale,
comme on saib. Et là, que dit-il ? Non pas
rtu,il y ait uâ styte
ausl,ère, un fleuri e[ rù.mi[oyen ; mais biôn qtie la dictirin,
]'lirc rle,Thucydide, s'dloignô du langage orcrinaire et est
scmec d'ornements, tandis que celle dc Lysias est simple, et
celle d'Isoerate moyenne , pour ainsi diré, et compor"é, âr*
crrap. xv. 2t7
deux autres. Vous voyez qu'il rte s'agi[ ici que d'ulte criti-
que d'individus et nôn des généralitds de la rhétorique-"
D.oyr es[ si loin de prérendre donner par là der-préceptes-àr
suivi'e aux dcrivainsi que, tout en proélamant' Thucvdide la
limite et la règle 1"o1,06 ioi xar,,lo, de cette diction en dehors du
vulgaire, zlaù,ipîva'*oi *,1,*ràrit ajoute qu'il est le seul de son
espèce, et que personnè ne I'a jamaisr non-seulement sur-
passé, mais mêrne imi[é.
- Cicéron et Quintilien sont, il estvrai, beaueoup plus expli'
cites. Cicéron surtout, dans i' Oro teur, dé,v eloppe amplement
et toutes uotlesilehorsicomme il dit lui-mêmer -ce qu'i[ entend
par le sublime, le simple el,le tempéré.-lTfiais lespériphrases
i1u'il cmptoie (i) ne comportent pas en françajs, ee-mc sem-
Iile, t'idée qo'àti doit attïchcr au rnot sty-le. Quand Cicéron
et QuintiliËn emploient le mot styfels, Ïls entcldent par là
I'exàrcice de la cofoposition, le travail préparatoire qui forme
ce que nous nommbns en français.-le styl,e..C'est-en ee sens
qoe cicé*on appelle Ie style le meilleur-artisan, le rneilleur
ùaitre d'doqùônce. Yous Yoyez que c'est une tout- autre
signification iu,en français. ies m-ots _que I'on traduit dans
CiËéron par siule dewaiànt, ce me semb-le, se traduire plutôt
par toz.'A chique ligne, en eff-et, perce l'intention de traiter
foeleurent du fon piutOî que du siyle, et même du ton pro-
prement dit, c'estiâ-dire-du débit et de l'aecent. A touÉ
'moment, I ftiit atrlusibn aux exigences tle la voix et du geste,
préoccupation bien naturelle d'alilleurs à uu rhétcur qui avai[
bui I'art cle dire plus encore que l'art d'écrire.
Ilour Co**tnt parle-t-il du style sirnple? Apr-Qs I'avoircornparé
-grâces
à une beaud négligée qt i * des d'autant plus tou-
chantes qu'elle n'v songe pas; à un repas sans magnrncencet
"bon
mais où ïègoe le g"oûi av-ec l'éconbnrie i " on n'y" trouve'
dit-il, de ces hgur*s tle r!é[eur qui semblent dcs
l,endus pour séchii1s. r Les figures d1 répétiti,onr.qui
pidgei "u.,inu
ieriient uo" pr:ononci,ati,oet, forte et aùiméerne s'aceorderaicnt
pfl"s non plus'avec cc lon niodeste et sirnplel mais il n'cxclu.û

(t) îorma dicencli, Eents arationis, nolar;fot'mala orationr'tt etc'


.208 DB LA nHÉTonrQUB,

q1:-,1r,. rotres {ïgures de.mots, poilrvu que les phrases soienÉ


coupecs e[ touJours taciles, et les expressiomè conformcs
à
l^i.îgl-l9T: ]:r ryéraphor,es ne soien!.pr. rrop hardies, ni
rcs ilgures oe pensée tnop ambitieuses. L'orateur
ne fera nôint
parler Ia république, n'dvoquera poinI les morts, n,affe'àtera
pornr ces rrches énumérations qui se lient dans une
seulc
pé..io*::. Et pourquoi tout celat pour le même motif qui
tur a tait proscrire tout à l,heure lès figures de répdtitirin.
u {-es ornements supposcnt
cl_aæs la uoir tine aëhémeice qu,on
ne doit attenrlre ni-exiger de lui; il sera ;ffiffi;n'
débit commo dans son s rlle. .. Son'o àttàr, ir-iii;';i;;;gù -;
son
,:^r.!,!!!::!:1
pro0urra une _1,1:' .des festus ruod,érés et t;iti-d,i"ii^sase, ir
vive impression; e[ s''re,9 grïriotace, il fera"v'oir
naturellement dans quel sens ir faut l'c#tendrà,1.r-oto. )r
Il en est de même.i, propos,dcs
-à..a'ppliquer.autres genres rie slytre. Je
me crois clonc autorisé ees différent, pr,ir.ptl,
au.ton..Mais je vais prus loïn, èt cicéron n'ayant
iiÀs a.inni
Ie ro-nr;'adopte pour ce mot la délioition de Buffon'i ,Lë
ton
n'est que Ia convenance du style à la na[ure du sujet. II
naitra
naturcllemcnt du fond même dc ta chose, et aépËnâr" bruo-
do poin.t de généraliré auquel on aura porÉ ses pànsdes.
:ggp
Dr t'on s'es[ érevé aux idé.es res plus généf.ares,
et Ëi I'objet
en lui-même est grand, Ie ton poori" s'élevei I to meore
O8U[Ottf. tt
ceci me semble aussi juste qu'intelrigibre.^ La générarisa-
lit:_*:i{i:..9."e.r.d g. la grindeur du-sujer, er le ron, à
dérermi né. par et le., comme, loriqû,on parle, In
1îl 11 iil _.stprus ou.moins passionnée de
orsposr[ron l'esprit déirend'de
Ia srandeur des intérêts rnis en jcu, et déter.mine
à Ëon tour
le ton de Ia voix. on rootp.oh ui.émeni qoË-t-,Àïà p.ur
s'dlever à des vues très-générales dans un rir;rt .orÀun
et
ldger, et en mêrne que là où I'ou s'dl#;;;;;ou, gé-
lernpi
niralesr_on ne peu[ garcler un tou simple et vuteaire-
{3ue voltaire traite u.n sujet sérieux sur Ie ton-de la plai-
-:j:ij? :e,ci anwrtient à si manière d,cnvisage" tr, ;irffi;;
mars il est bicn évidcnt que s'il a pris le ton.sîmple ou
péré, rlui es[ cclui de Ia
t.m-
ftaisa'terïc, ctsrq;tiË,i;;r'!r, ,,,
c[ÀP. XV. 2ûS

I'intention de s'élever aux idées générnles, et s'il,lui arrive,


.nt*in faisant, d'agrandir sl peisée, son ton s'élèvera for-
cément dans la mênie proportion. Remflrquez d'ailleurs quet
àorr ioo. ces degrds ,iivei"r, le style restera toujours lc style
de Voltairc.
Mais, pcu impor[eo dira-t-on, que vous appeliez ton ce
que d,airti.es rppôlle" l' style ; les résu-ltats, les preceptes seront
iouiours les nidmes.-IÏ importe beaucoup, au contraire.
ô'aborcl, si Ia plus rigour.euse propridté d'expr,ession est
nér.6oi*r quelquË partr'c'est assuiément lorsqtte l'on traite
de I'art d'écrire.
--noruit.,
Ia distinction que je propose-une fois admiser,Ie
i.o* frooime, à qui I'on'recdmmande de sedu faire un_style,
ï;-à6;dtri pl,ïs lequel il doit pre-ndre, siurple,-du
*"fti*. ou du tômpéréi lequel des [rois constitue ce que I'on
neut a0Deler un b-on ou un mauvais style. Car remarquez
i"ô, t.i.i en s'individualisant, Po* ainsi dire-,.Ie style ne
ierdi nas ses caractères générarix. On peut fort bien dire que
à;ili; ààrt.ior écriviins est du maùvais s6yle, e[ celui de
ilIM. Villemain ou Guizot, du bor-r s[yle, e0 expliquq1 potÏ-
;ï;i. LË iron. hornme ne'demandera plûs pouryuoi avec I'on cite
ô*m* riblimr tout à la fois et le style de Pascal ses
;;; et sa pdriode né3ligéeiet le style de,Thornas
ihrases et sês expressions ambitieuses' Sacha{ q-u.e
""tgaires
avec ses
il;il;';J-q"t tt .oovettàoce du style au sujet, c[ qu'il dé- du
p.oâ tir"-seirlement de la nature dé-celui-ci, mais.aussi
iliri-a;;énéralité auquel on a por'té ses pensées, il ne s'ef-
'

i'rïrcm-oiuJ .l*r obieciions faitôs aux développements des


*nËiunr i'hétuu** sui cctte ma[ière, ni du vague. qu'entrainent
ces développements lnal comprrs. S;il a pu coÀfonrire le sublhne
; ;;. l. t;,Æ'i ob t ;rrrt,i t le tl is t in guera sai s peine du ton' sub li'me'
ll rlira {ue lc c1u'ii mo6rùt èst sublimé, mais n'appar[ien[
nas pluiau ton sublime qu'au ton simple, car cet admirablc
Ëri,Ï. dévouement à l'hoineur et à la patrie noa rien de com'
*i,o *".r la généralisation des idées I qu'au con[raire, il y tt
à la fois subli"me et ton sublime dans lès vers de Joad :
' Celui qui rncl, utr frcin à la fureur cles llots"' e'tc'
48.
2ICI DE LA RHÉTOn|QUE,
jeune é-cri1ajn, bien pdnétré dc tout cc qui vient'
,..Dnfin, le
d e[re dl[, flura 1*sis srùets er. vue dans I'étude de l-'expres-
sion: se former un sti'le, saisir Ie ton convenabl* *o r'uj*i,
îlf,r{il.quels gqe. soienr le. sryle er te. ron, acquérir pieol
Iabtement les qualités essentieles etaccidenteltred de l,éioeu_
{ion, ej apprenclreà y distribuer avec habileté lcs ornements
don[ elle rcst susceptible.
Po-urle pre*ier po.iut, il semblerait, d'aprèsm-a dd4ni[ion,
que toute théorie soit.superflue.; mais, qubl t'oubiir p*l
ici, comnne ailleurs,, il_y a toujôurs deûx dlérnents
"u en prdJ
sence, la nature e[ l'art, ne pouvant se supplder l,un loaitre
que jusqu'à un,gertain point, e[ n,arrivant rdellement au but
que par leur collaboral,ion. sur la part de la nature dans Ia
'rien
tor{lation. du style, le rhdteur n,a à dire; qo"nt à cefà
de I'artr. il appuiera principalement sur dcux dré-ceptes.
Premièremenr, : Ne perdez jamais de vue Ia relation intime
et essen[ielle de I'expression avec l,invention. fei, tous les.
rhéteurs n'ont qu'une voix. Denys d'Halicarn"r.ô,-'doo, .on
Jugement sur Is.ocrate : ,, L.a parole doi[ obéir à.la pensée,
et non la pensée à la parolef c'est une roi de Ia oitu"u. ,
Ipsæ res uerba raptantr- dit Ciôéron I et llorace :

Verbaque provisam ren non invitasequentur.

Chez les modernes, Montaig,ne .. .r Je veux gue les choses


surmontentr-c'est aux paroles à servir et à suivie n Fdnelon,
;
s'appuyant de saiut AùgJrstin.: u Le véritable oriteur p.nr*,
sent, e_t-la parole suit. il ne dépend point des mots, *ii, tui
d.e lui; ct r}I-. Viil-ermain : a il ne faut pas
que Ie style soit "une chose à part, qu,on puisse en
Tî.t:jqp"_"{ent
croire
quelque sor[e enlever ct reTettrer._ci qii i* tieine p., à
pcnsée..u D'où je eonclus qu,il ne faut ricn faire pour
lgi!:_lr
I'amour des mots, puisq-ue les mots ne son[ faits que pour
t.91 g\oses; quq la rneilleure méûhode-pour avoir. ùo ,iy,te,
c,':slde sotrger beaucoup
.plus à ce qu'ôn dira qu,à Ia faod
ttn Ie dira; Ia pcnsée, corumc parlaiu Zéion, tcinrlra
$9nt
I'expression, uerba senvLû tùteta esse oportet,
cltaP. xv. 2l,t
illais comprenez bien mes paroles, et quandjc ree-ommandc
de songer sul[out au fond, parce que le plus souv_ent il cntraîne
la forËe, n'allez point, fôur colî rnépriser l-a forme I n'imi-
tez pas lé supcrbe dédain qu'affec[ent poul le style cerl,ains
écrivains qui n'en ont pas, èt qui nous répètent qu'il ne fau[
iamais s'ocïuper que dô l'idée iqo* la recherche de I'expres-
iion est vainq ois?use, indign-e â'un esprit sér'ieux ct' inutile
aux autres. uÛn beau stylcl répond adrninablcment {uffo1t
n,est tel en effet que pai Ie nombre infini cles véritds qu'il
présente I toutes lels bôautés intellectuelles 8!i s'y trouvent,
ious les rapports dont il est composé sont autant dc uérités
aussi, utilei àt paut-être plus prëiieu,1es p1ur I'esprit lrum,ain'
* celles qui-peuvent lâire [e fond du sujet.
que n

SecondeÀeni. Proposez-vous certains modèles à imiter.


Je sais que le modèlï nc donne point ces.vertus premières
que l'onïe doit qu'à la nature et au travail personnel, I'es-
$rig, l'inventionria force, la facilité; T3is, en fait de.
stylet
i'i*itrtioo est d'une graide utilité; elle es[ le premier pas
dans la carrière I seulément-it y fau$ de la circo_nspection et
-est
du discernement. Quintilien iei un excellent guide.
D,abord il est maniféste gue l'imitation toute seule ne sulÏit
pas; s'attachcr aux traces â'un maitre, si l'on n'a pas l'ambi-
tioo Ar marcher bicntôt de pair avec lui, de le devanccr
même, s,il est posSible, c'est ie condamner à une dternelle
infériorité , neiesse est sempe.r sit_posterior qu,i,seqwitw'.
L'irnitation ne doit donc paS êlre absoluei sans eela, ce n'es[
plus rivalité, mais_ servilité, ô imttatorcs? serLiu"nL pecus!
' Vouu comprendrez ce qu'e-st l'inrita[ion, en comprenattt
bien cc qu'eile n'est pas. imiter n'est poin1 copicr les vices
du moclèle :

Ouand sur une Dersonne on prétend sc t'dgler,


û'est par les trcùx côtds qu'ii lui faut ressernbler'

Stralhcureuscment, il est in{inimen[ plus aisé d'imitcr lc nr*l


i' quc Ic bien. Intiter n'est pas se laisser allcr pa,r une pentc
ùr*nrible dc la qualité qir'on veu[ atteinclre dans Ie vice
DE LA nrrÉTOaIQUE.
voisin ,. tlo- I'abontlancc dans Ia diffusion, do Ia concision
dans la sdcheresse, dc I'audace dans Ia térndrité, de la. siml
plicité dans la-ndgligence. trmiter n'es[ pas s,arrêter a une
vaine ncssernblance rie rnots c[ de formès, prendre I,appal
rence pour la réalité, I'ornble pour Ie corÉs. L'antiquite'se
raille avcc raison .do ceux. qul :e croyaicnû des sirlluste,
quand ils avaient saupoudrc un chapitrà d'une rlincée d.'arj
chaisrues, ou des cicdron, quand iisàvaient dosïne rrériodo
par un nonflant esse atdeahur. I_,,imitation n'est ni un 'calque,
ni un pasticbc. L'imital,ion es[ une g.yrnnastiquc" une l'utté
avec un modèle, dans laquelle on èherche fr faire comme
Iui, pour arnver, quand on est srïr dc soi, à faire rnieux, s,il
se peu[, en faisan[ autrsment.
Enfin, le poin[ eapital, c,est le choix du motlèle. Etudiez
les prosateurs français qui ont le mieux conûu le génie dela
langue: ûq xyre siècle,.$p.yut,- lTlontaigne, du Eeilay; au
xvuer. Fascal, Bossuet, F'léchier, la Bruyàrer-madarne rie'Sé_
vigné; malgré. les reproches que la _ciitiqûe a pu arlresser
jo
aux [rois derniers, les recornrnande poùn l'cfcellence de
Leur
formel au xvr'e, les.quatre ruaitresivoltaire, Rousseau,
ytron et $lontesqujeu ; j'ajouterais volon[iers Ie dûc de saintl
f$imon Iu avec prudence.
v9ez que je
ne parle li des poëtes, ni des anciens,
_, Y9l.
d.9s contemporains.
1i Je ne dis rien- des poëtes; car'il'é
s'agit pas ici de poésie, ct.je n,adrnets pasie stylô podtique
Ialec[ure des poëtes'est cxccllente pour prdpaier
fn"tlr.oseI
a ecnre, pour rne[lre en train, en qucique sorte. J'ai tou-
Jours remarqué qu'un beau morceau de podsic, lu avant de
g9pp",Tu1, eI tout haut, s'il est possible, éveille ltirnagination,
eclra.utt-c lecæurr.transporte dans les régions de
J,idéal. C,csi
q.uc Ie sculpteur Bouchar'clon s'inspirait à la lcc[ure
lll,s,
(l'flonrerc. Prosateurs, usez cles poëtes comtrle llouchartlon
le rnôrue sen[irnen[ sous une exfrcssion toute ttifférente. Ja;I
ne recommande poinl, les anciens pour le mêrne motrl. Etu-
dfez sans doute nuit et. jour.les enemplairgs grecs et latins,
pour I'inveuûion e[ la. dispositiorr, rnais n'ailez" poinû forurer
votre sl,yle sur la pdriode liviennc ou cicéroniônnc, ou sur
CEÀP. XYr 2t6,
Ia concision de Taciter notre langue y répugne; autant vau-
drait prendre pour modèles de-dietion française Gæ[he ou'
Waltei, Scott. dnfin ie passe sous .6ilence les contemporains,
et voici pourguoi. J-e ire prétends pas établir un parallèIe
entre les ancièns et les modernes, e[ ne veux point dire que
Ie français des hons écrivains de notre temps soit inférieur,
com*e français,- à celui des âges précédents; ce n'es[ pas là
la question. ilÏais songez que, par ln pensée et jusqu'à un
certiain point par Ia foràre, t-out écrivain appartient toujours à
son siècie, et he peut se ddrober à I'influenee du rnilieu danp
lequel il vit. Orf si vous'joigne-l.à cette inévitable homogd-
néité avec ce qui vous entoure l'étude à peu près-exclusive
des contemporains, il ne vous restera plus-rien d'original;
car quel éléincnt eri vous ou hors de vous s'opposera alors à
Ia eômplète reproduction de vos modèlcs? Les idées de'
Lamartine, par exemple, ou de Victor.tlggor sont celles de'
plusieurs ésfrits distinguds do notre siècle-; en les vulgari--
-sant,
ils les ont fait_parÉager par un plusgrand nornbre €ocor€i ,

elles sont, en quelque sorté, dans l'air_que nous respirons.


Maintenant, lislez Àssidrïrnent Yictor flugo ou Lamartine;
vous aviez déjà leurs idées, vous.aurez eneore leurs formesr-
vous serez iiritateur en tiépi[ de vous. Au con[raire, étu-
diez obstindment lcs fornes d'un autre siècle-r. et vous ne
serez jarirais amené à une reproduction- complète, . tl'abord
par ceia même qu'elles sont d'un autre siècle, et puis, parce
qoc vous lcs antlliquerez aux idées du vô[re, et les fondrez
dans la teinte"générale de votre âge dont vous êtes- forcé-
ment imbu. BnÉn vous donnerez ainsi plus de souplesse et
de solidité à votre langue, en la retrempant aux sources
antiques, et par cettc aliiance des idées d'aujourd'hui et des
forrnes d'auti'efois, l'étude si utile du modèle compromel,tra
beaucoup moins votre originalité. Je répéterai donc le mot
d'André Chénier :
Sur des pensers nouveaux faisons des,vers antiques.

Encore une remarquo qni se rapporte à' celle-ci. Qui se


2r,4 DD LA nruÉronrpun.
Rrurironreug
rcsseneble s'assemble, dit un proverbe. vous, au rebourd
attachez-vous âux écrivains qui s'éloignent lc
ihls dcs vice
aqxquels vo_us vous sentez enlcliu. Vohe manidre esi_elle el
ggnéral rude et colgjse, apprenez Ia grâcà Jans fenelon, Il
pdriode dans }lassillon. -po"iJ'rl
Àil contrairi, êtes-vous
style ;rornbreux et traînant, cherchel Ie nerf *t i;uorrni,
dans Paseal et dansMontesquieu. Farlà r*eiio;e,î;?;l
style sans "oo,
-le dén-aturer. Eir effet, celte lutte ae t'iuritatior
contre I'individualitéestassez *a
pdni6le en-général pou, o, poi
entraîner au delà des bornes. ceux gui_ïa po*àrriËnt do1
loin, il faudrait ràppeler le mot du faËufist'e ,-- --- -

Ne forçons point nolre taleut,


Nous fe ferions rien avec grâce.

voilà-pour Ie style, voici pour le ton. Four saisirle tor


convenabler- considéreâ attentïvement I'objet de vo[re ou-
lï.8:;,appliquez-vous à en appréeier la nïrure, à enpres.
develo,ppennents, à saisir d'avance le poinr de
::lllt]:J"t
râtrsâtron $éné-
pourr_ez porter vos iddeÀ. * La pôésie,
lu,quel .vous
-t la philosophie,.dir tsu.flon, que jg ne puis rap_
I11:l"iig
assez, ont toutes Ie méme.objet, et un tr;ès-gra-nd objôt,
B:r_ui
l'homme et la nature. L,a Ia lieint et l,eËbellit, ôilé
-poé_sie
peint aqssi les hornmes;_elle_lcs agrindit, elle les ,"Jg*,
elle crde les héros et'res dieux."L'histoire or p*inf qué
I'homme, elle Ie peint, rel qu'il est: ainsi tre ton a. ï;Ài.mri.n
ne deviendra sublirue que quand il fera le portrait des
plus grands hornares, {uand il exposera les pius ôandes
actions, Ies plus grands-mouvementi, les pro.'g*"ni;s ré-
volutrons, et parto_ut ailleu_rs, il sulfina qu,il îoit majes-
tugg.x et grave. Le [on du philosophe pourra devénir
sublime toutes les.fois ql'il pailera dès loii de la nature,
de I'être en général,- dg-l-,espaôe, de la matière, du mouve_
ment et_du temps, de l'âme, de-l'esprit humain, des senti_
mentsrdes pas-sions ; le reste, il su{Iira qu'il soit noblc
-dnns
et élcvé. iT'Iais lc ton de I'oratcur et-du poëte, tiès que Ie suje[
est graud, doit toujours être sublimc, parée qu,il, sont ies
CHAP. XV, 215
maitrcs de joindre à la grandeur de leur sujet autant de
couleur, autant de mouvement, autant d'illusion qu'il leur
plaît, et que dcvant toujours peindre et toujours agrandir les
ôbjets, ils doivent aussi parûout ernployer toote la force et
débloyer toute l'étendue de leur génie. u
ïflaÏntenant, il nous res[e à étudier les quali[és essentielles
de l'élosution, c'est-à-dire celles Qui conviennent à tous les
tons; les qualitds accidentelles, coest-à-dire celles qui ne con-
viennent que dans tel ou tel ton I et enfin les ornements dont
I'élocution est susceptible, et que l'on comprend sous le nom
général defigures.
CÏIAPITRE XVT.

DES QUÂLITÉS ESSEN'fIELLE9 III' gTTT,I!, CLÀn,TÉ, PI,RSTÉ.


-

[a g]alité so_uve-raine du style, toujours et partout indis-


pensable, coest la clartë. u Summa uiitus oratioits ert orrr-
rr dit Quintilien, dès le premier livrà-dâ-;;,
gicr1i1t1,s.,
Institutionf r pour revenir sur cette ïé"ité r" Àoine.u i
1 ltob-is.prhna -sit airtus perspicuttas. u Le discours, selon
Iur, doit être_ clair comme la lumière du soleil, u occuîrat on
animum awilterytis oratio, sicut sol in ocalos.'u
Mais la clarté de l'expressiol
_s.uppose une conception
{tJtle des idées, e[ une mérhode habilô dans Ieur aisfosition.
II faut donc d'abord se rappeler ici ce que nous avôns clit à
propos de l'invention et dè I'ordre:

9e _que loon conçoit bien s'énonce clairement.


Et les nrots pour Ie dire arrivent aisément '
;
ou du poins finissent, a_vec Ia nrdditationr pâI, aruiver e[ se
ranger dans I'ordr_e voulu. eue les penséés'soient vagues et
p_t que leur arrangement- soit pdnible ou iirégu_
lrer, :o:çres,
vor"_s avez beau travailler l'expression, elle reste obscure
et mal dessinée. Je parlc non-se-ulement de la .on..ptiàn,
nrais de l'arrangemeht cleÈ idées. lle perdez pr, à. ,u
second point dont Boileau ne parle pâs, maiô qu'il suppo- "uu
sait sans doute. Il ne su{fit pai en f o* conievoir bien
"n
pour énoncer clâirem€trt. u Dans un cas, comme lc fait ob-
berver Condillac, toutes les idées se prdsentent à la fois à
I'espritl dans I'autre, elles doivent sc montrer'successive-
ment. Pour bien écrire, ce n'est donc pas assez de bien con-
cevoir: il faut encore apprendre I'ordre dans lequel vous
devez comrnuniquer I'une après l'autre des iddes que vous
apercevez ensemble, il faut savoir analyser votre pensée.
Accou[umez-vous de bonne trreure à concevoir avec netteté,
et familiarisoz-vous en mênre temps avee le principe de Ii
plus
- Ongrande liaison des idécs. n
a soutenu cepenclant gr.l'il est des matières où Ia clarté
n'est pas indispensable, et dans lesquelles nnême une certaine
obscurité ne messied pas.
Sans doute quelcluei ouvrages scieltifiques demandent au
-Iecteur, avec des connaissances préalables, une plus grande
attention que d'autres, e[ je ne prétends pas gue la Mécani-
que céleste de Laplace soit obscure, parce que le commun cles
ieeteurs ne la comprend pas. Mais dans tout ce quin'est poin[
sciénce pure et spéciale, dans tou[ ce qui s'adresse à l'huma-
nité en général r-danp toutes les ques[ions philosophiques,
politiques, littéraires, la clarté est innpérieusement exigCe ,
èt j'aj-oute que l'on peut toujoups'y parvenir par le travail.
L'obsôurité, comme Ia diffusion, nai$ le plus souvent de Ia
pr€cipitation ou de la paresse. N'est-ce point Pascal qui dcri'
vait à- un ami : u Excusez la longueur de cette lettre I je n'ai
pas eu le temps de la faire plus cour[e r'? tr a ptrupart de nos
âuteuns nébuleux pourraient dire également : Exc-usez l'ob-
sc-urité de cet ouvrage, je n'ai pas eu la patience d'ét're plus
ttïi;
dès Ie principe, l'auteur a soin, qu'and ses conceptions
sont'absolument neuves, de lixer et de bien définir sa termi-
nologie: quand elles ne le sont pas, de -se conformer au lan-
(} qire possible, le charlatanisme
D age reçu, et d'éviùer, autant
d cs tcrmes techniques e[ l'afrectation des formes étrangesr il
ser;a eompris de tous les hommes intelligents, et son ouYrage
gagnertt en mérite et enrenommée, même auprès des masses.
Ôn se trompe, en effet, si I'on croit que le bon peuple sc
Â9
BHEÎ0IilQUE.
DE LA nuÉlontqun. ,

laisse toujours dhlouir, et applaudit tout harangueur


uu,il
n'en[encl.point. Aux sriphismôs de ceux qui tui ,iùnt-, dt,l
Ie lreau ! le bon sens de la majori_té rdpond avec Dairclin
" : c'est
le laicl_; e[ l'écrivain obscur ire devieirt jamais pàpuiriro. r.u
vrai talent est de contenter à la fois la"foule *i iË, Èoro*rs
tl'élite, d-e se_fairg entendre des plus vulgaires, il; faisant
estimer des plus habiles.
sc trompe encore si-l'on croit que_l'oh.qsupilf ajoute à
l'éner$ie ou à l'élégance de la pensde.',, t, ;lo"t;lîit t*Or_
bien Vauvenargueq orne les peïsées p*ofonAàr. ,;' "
certains écrivains allemands ont ïne prédilection toute
particulièrg.pour les ténèbres du hngng.;-l.r int,riig.nàà;
les plus obstindes s'rrsent à vouloir t.s
flaieiren
de leurs adeptes fasse une ver[u de ce"viàe,
6;i;
vanité
t; Ë *"çoif; iÀ
renom de comprendre--seur ce qui est ininieriigilie au reste
ou monoe cnatou.rlle l'amour-propre. Mais les esprits sains
rlédaigneronr. roujours ce gotit ,ies aocrrinàs ariiei;qùiî,
comme parlaient les ancienls, qui
_fait des véritès ies'plus
essentiellcs à rous le privilége êxclusif de quelquà, i"iiiurl
et une lettre close poui màjorité de ceux'*orià-qui veuj
la.
Icnt les dtudicr. La véritd es[ nue , attrayante de sa' propre
beauté, tout à la fois fière et pudiqu'e
;.ce i,est qo. rn laïndta,
le mensonge ou-la fausse sciehce gïi é'eoo"t"pe'."tâ. tant
de
puisse dire en,faveur de, io'gogriphes phi_
*rl:.i:,9y:_, -qu'on
rosopnlques ou. sociaux., un écrivain obscur seia-toujourô, à
mes yeux, un dcrivain ineomplet. Je laisserais memri
au aéu
du.fihin, sans m'en âukement, cettemanie du mys-
9r.gyq-eT
ticisine et de I'inintelligiible," si elle ne prr*iilu?d;'ê;
accueillie pal qy_elqucs-uns de nos auteuis qui oublient lé
de Voltaire : u Ce qui n'esr pas iteir n,esr pas
i.:j^:il*i
lrûncars. ,t
Cé qui n'est pa_s clair n,est pas français, parce qu,il
semble
que crraque peupre de la providence-sa mission
lrant_reçu
sur rfl terre r-_celle de la f'rance soit de répandre toutes les
grandes-et utiles vérités que , pour maintenir dignement
cette noble pro.pagande, liliI faùt sâv:oir rendre ln oariiJ:rnooi
reste et aceessibre à tous. or c'est là un des carætères
du
XVI.
CEAP. XVI. ztt'g

sénie francais. Aillcurs, comme en France, on fai[ des décou-


iertes, on a des idéesr'on crée des _systèmes,
onétablit des
théoriés; en France seûlement on vul$arise tout cela. Ailleurs
on écrit âes volumes; cc n'est qu'en Fiance, cle I'aveu dc toust
que l'on sût faire u,n livre.
' Drn, uo oidte d'idées moins élevé, ce qui n'est pas clair
n'es[ pas français, non parce que la langue française est en
elle-même plus claire qu'une autrer.mais, au contrare, parce
au'elle prêË davanhgd à l'obscurité, parcc que la rigueur tle
J.r rooôtructions et lë peu d'élasticité-de sa phraséologie exi'
n.oi aut'ecrivain les dlus minutieuses précautions pour être
iouiours entendu, et ïu'il doit veiller sur Ia clart'é aYcc unc
aiiËntion d,autant pluË inquiè[e qu'elle est toujours près de
lui échapper.
Au reïte, il est rare que I'obscurité soitr-en France, commc
.n-Àllt-tghe, Ie résuliat d'u!-parti pris deJa p.ar[ de l'éffi-
orio. [e pius éouvent elle n'affectc qire les détails, et uait de
diverses causes.
Tantôt, Ces[ I'ignorance ou I'otrbli des règles de Ia. gra1:
maire. lei phraseË équivoques (Rl mal construites, l'emploi
de mois obôolètes ou iuconuus, l'impropriété absolue ou rela-
tive des termes.
Tantôt, Cest I'alfechtion de la brièvete :
J'évite d'êtro long etje deriens obscun;

ou bien, tout au coutrairé, la diffusionr les périodes intcrnri-


nables r'l'accumulation dds parenthèses, des épisgtles, tlcs
idéur"dcæsoires qui embarrassent le lecteur etlui font pcrdre
de vue I'idée principale
Dnfin, Cest le déôir excessif dc montrer de fesprit àr tout
prôpos ef hors de propos. u Quand on court aprèq I'esprit, rlit
ilIoitesquieu o on-attiape la sottise. " J'aioute qu'on att*ape
aussi I'dbscur et le Ealiiratias. Que d'écrivains auxquels s'ap'
Blique'le paraeraph"e de la Bruyère sur acis, le beau parleur !
i, q1.,€ dit'es-vôusf comment ? jo n'y suis pas : vous.plairait'il
délrceommencer ? J'y suis en-core-rnoins. Je tlevinc enfin.
22û DD LA nudronrgur
nudronrqur.
lrous vgu{e3,ê.j:,^t_. dire gu'il fait froict; guc ne disiez.
vors : ll fait froid ? vous vourez m'apprend*." qo'ii-pleut,
ou
qu'il neige; dites: il.prcur, it neiga.l..-nr;i.f ;éi;ftË;_yous,
cela est bien uni lj.g ciair, et"d,ailleu*'q"i';;ïourraii
pfls en dire autant.ul? eu'imprrie, Âeis ? est_ôe un sf grancl
rnal d'êtrc entendu quind on pa*ie, et oe parie* .ô*ilu
mur
Ie nnonde ? n
à ces rtiverses eau$es d'obscurftd, el
par
-.1:^g::]i1!lynporU-9s éldments dc ra crarté du styre .on[ la
99nyéquent.lcs
puretér Ia propridtdr la prdcision, re naturer. Exariinons
suc.
cessrvernent chacun de ces titres; et cl'abord la pureté.
. La pureté c'_nsisto à n'ernpf oye'r qu* res terrneiïiiu. .on-
structions conformes atrx rôis he ld raison ut E *url., cle la
langue. Le bon sens universer sanet;onne-tÀ
scicnee de la irà*iéror, r*
-grammaire gdnérare res fornrure. La sanction
oes autres est I'usage ctI'assentimcnt des écnivains
drninentsl
le_ur, code., Ies, grairmaires et lexiques ;u;i;;;;
.1rpîou"eé
;lar Ies autorités compétentes., e'eshà-dirc par les côrpïsavauts
et la partie éclairde âu public.
Il est naturel de eroire q.e rrs trangues ont cl,abord cté
fondées sur des analogies-avouécs--par"ra raison rru**io* j
nrais une foule de circ-onsranees l,ôrigine à;;;-il;,Ë
, , son
mélange plltr^ry moins du_rable, oi .nins'ô;Ëi;i avec
iru,
d'autres, I'in{Tnie varidté cie rclation, d."h;;;;;;;l;e
eux
:r1avec leschoses, les rapides et continuettes vieissiiuàes aes
roees e[ des lntérêts r- gue sais-jc ? beaucoup doaul,res
causes
ol p.pléeiabres on r rn octin J rr'"1 ËJ- Ë ;;gi;;
n
:*::,1,:::
p'mrtrves. La_ilnrobilité d'imagination et ra p_aresse cre ju"ge-
narurelles à"lhomme, onr fait passer, sou_
TTtlâ :,q:t_*ç"r
vent I'rnsu de sa voronté, res modifieations spônhnées ou
Ics altdrations successives du tanr{agc-À-i;;i;;
àlrirllrià*, .i
cette habitude, un_e fois enraeiuriË à'ans r"u ..p*iÇôrî
nue ce gu'orr annelle le génie d,e kr, ranguer.'ôrt+,1Ji*
a*ï.-
oet[e
eolleclidn d'iditriismes r-ees proeddés cfe lexiléeie
et de cr.rn-
struction q.i disr,insugirl une langue au, ouu"à3 *rilii*p"i"
rnent un cachet particulier. -
FIus souvcnt r1u,on ne pense, les phdnorrènes
du gdnie de
CHAF. XVl. 221
)

la langue sont cl'accord avce la raison unïverselle I mais quoils


*ô pliË'nt ou résis[ent à l'analyse, ne les -admcttez que quand
liri*gu ou l,autorité les jtrstifie.. $ont-ils eonsacrés par tles
écriviins dmincnts, ou iégitirnés par lcs corps littdraires ?
voilà l,autoritë. sont-ils, ei subissânt môme des altérations
et des corruptions nouveilqs, adop-tds par Ia majorité intelli-
g.nt* de la iation? voilh l'ttsaqcrl'asager le souverain domi-
iatcur cles languesl despo[e dtautant plus tyrannique qu'il
est parfois aveugle.
Etrire puremËnt, c'est donc observer les r.ègles cle la gram-
maire généralc, c'est-à-dire de la _raison universclle , et sur-
iouf .rit6 de la'gramrnaire spéciale-, c'est-à-dire du gdnie de
la langue fixé pàr I'usage où par I'autorité; je dis surtout,
car, qËand il yï lutte e*ntre les deux grammaires, c'es[ tou-
iours'la seconde qui doit triompher. -

Tout le monde connaît les vers dc Boileau :


Surtout quoen vos écrits la langue rér'drée
il;;;t'ptts grands excès voîs soit toujours.sacrée"'
lllon esurit nnorlmet point un pompeux Darbarlsme,
Nr d'uir vers ampoulé l'olgu-dilleux soldcisme:
Soui ta langueo eh un motr-loautcur lc.lrlus divin.
- Est toujours, quoi qull fasseo un méchatt[ écrtvatn'

Dans ces vers où Boileau distingue, comn'le on le-voit, celui


aui invcnte ct dispos e,I'au'teu'r, de celui qui exprime et for-
,iluf., l,ëertuain, it aidtingue au_ssi, d'après Cicéion, entrc les
cliveries fautes de langue.-Le solécisrne ct.lc barbarisme sont
J" Oo**i"e de la gtrarnr*alre ; mars à ces vices se rattachent
.t,àrrnoùu*e,le nëàiogism3 etieiargott, dontil peut être utile
- parlcr.
de
fi ,riologisme cst locrnploi cloun mot touveavll'archa1sme,
I'emploi d'fin mot vieilli. comrnençons par celui-ci, qui doi[
avoii Ic pas, ne ftrt-ce gue par droit de naissance'
.I'ai recornnranfld l'dtud"e de nos anciens autcurs, sous le
rannort du stvle' plus cnccre grle tle l'idéc' 'tre prise fortt je
i'.ibu., ..r i'i.illis formes ,I I'airlc.-clcsqu.elles Ia langue
rcrnontô ir ses origines, ct j'cstiurc qu'iI cst clouns sainc lil,té-
'19'
222 DE LA nnd'IoRrQUE"
rature de ramcner à leur sens natif les vocables quc Ie tcmps
cn a'détournds. Mais l_{,. comme ailleurs, je demânàrl;;;fi
et^la circonspection. s'il est d_es pertes à iegretter, tréph;*
même, autant que possible, il mô semble rîdicule'de gilva-
en quelque.sortoi des mots que la raison, le gdrit ou
l_rser,
lc sentiment de I'harmonie ont tuês dcpuis lorietefr,ps. Je
prends un seul exemple. Fourquoi *rploy.*,
nËii, it-tt,
au lieu,de
tio-it, dû:ih L'usage a crerendu avec ruison de
contondre dans une seule e[ mêrne signification deux mots
dont le sens rdel est tout à fait distinc[.
II go qui ne se contenten[ pas, commc sailuste et, Tacite
est,
" ancrens, de. ressusciter quelques mots surannés, e[
:rl.:,.r:: ttes.pertes dans le fumier d,Dnnius; ils vont plus
l:^.og,ryt]rr.
Ioinr ils écrivent des volumes lout entiers en viôux langage
ainsi voiture, Naudé, Fcllisson, au xvrru sièelet J-8. Rous-;
xynro I ill. de Balzacr-de nos jouls; j'e ne cite que
il_""_r_au
res mctilenrs. A rnon sens, ils ont, tort. D'abord, pourqiroi
quitter uû idiomc adulte pour revenir aux nrgisstïnents de
I'enfance ? pu'o-l se permeite, comme Ia BruyÀËer-uoe a"mi
gage de ce je11 d'esprit, je le véux bien ; maisin rivre àntier.!
-ut-purs, quelles que soient l'érudition et l,habitude de I'dcri.
vain, est-il possible de connaîtrc assez à fond les phases de Ia
ne pas prê.ter au xye sièclcr par eiemple, lcs
fiq::, Po,ur
lg:ylioy du,xrv", et réciproquement; ce qùi cst une grande
taute dans l'cspècc ? Enfin, ne court_on point risq:ue de
litlllrp. gauche et. empesé sous ce[ habir dtemprunt i qubn
rte revet cependant!tr$e poul se donner niïfct dêgîgé?
unair -;ï;;;
i-vair i";cnil dtq;; îc prus
__iyt te'bibliophile
eruployait dans son récif les lormes conternpo_
!^*,*_rlguu:^tt
nrêmc les plus aua,,c!es, ctdans son rlialoguc Ic styte
l1t1esr
qu'on nompe nragert. d,ge. Auttnt vauclrait, quaid la scdne
est eD anglcterre ou en,Aile*agne, faire pârie' res person-
nilges en anglais ou en allcmandl r

{e nc- connais guqTe qu'une cir.constance où ces pasticlrcs


prrrssenI s'excuser. c'est ecllc où se trouvait paul-.Lduis cou-
q_u.r"d il se,servait de la languc d,Arnyot pourcor"ige"
IiTcontre-sens
Ies d'Amyot, ou pouiajouter à- la [raductionîc
CEÀP. XYl. 225
-
Daphnis et Ch,Ioé celle de quelqllcs Pagqs rdee.rnmcnt tlécou
s'est laissé
îrriàr.îl-irîr*-ù" le dii,e? bourÏei lui-même

:fl H,ï3ïïif,î'#'.-"'"îïÏÏffi Ëf ,tJloi:",i'"ï.,-Ji:'ifi iJd'i


point, je le sais, celle dc Théopompe ou dg Démosthône'
n'-est
mais, tcllc ôu'elle eét, ellc appar[ient à unc civilisation trop
,"*ôer" ou'oi qu,il en dire, irôur être représentée_R.r le gu''
;;;;Ui;h;ivr'sièele, tom*'e I'appelle F-asquier' sil'on a pu
.à*o*t.r Hérodote à Froissart, ôê n'es[ poi't pour le styJc,
;brf,;;;-itr*rrit et la marche de l'æuvre' s-ongez -qu'on
o*if,ioooé à'ses livr.es le nom des A[uses. Or lcsllluscs
f;;;"it;parlent la langue dc F'énelon, e[ non celle de
-
Froissart.
ct
Quoi gu'il en soit, s'il fatlai[ opter en[re le néologisnte
ÏoËn*itâ..; t; fÀncttt*ti. encore.pour ce dernicr' on doit
àtre d'autaotïtoï sAvèr. pour le nëôIogisnee_qu'il cst.ttne dcs
de bu[e's. cellés qu'on!,iiiï:t
;i;i.; A;';;i";;pàqo., tôry*.*
rcligieuscs, politique-s ou litterntrcs'
he violentes commotions
chaque révolution, dn cffet, charrie en quelquc sorte avec
;ri ;i limon de mois nouveairx qu'elle déposc.ctaïl,la langue
en s'dcoulant. C,est ainsi qu'au xvto sièôlc, la. Réformgr la
R;rril-*ce et les guerres ôi'Ittlie faillirent engloutir le frau-
;ir ;rrt ;n déluse"de locutions bitrliques, greôques, latines,
i'taliennes. Or le ivlnu sièclc a plus d'un point de contac[ avco
lc xvl". u Comrne jamais société, dit Ri. Villemain, n'avnit
dté nlus violemmeit dissoute et rilêlée que la nô-tre, comme
ifï"ui à la fois des passions terribles ct des ehangemen[s
ailsi
i,oôfà"ài itoipoeinte'a dfi rester dans lcs cxpn:ssious tant
i"âanor'les mburs. u Joignez à cette caqs€ si puissance
àh;tr,"* qoi à.puis son[ vËnues. ajou[er à son action: l'E'r-
pire. les mæurs rusto-."ustitutioinellcs qui ltri ont succédé,
Ë;;iil*t, nàruro"op plus fréquents aveô les nar,ions é[ran-
g#;;;"-quelles-ql nlo pt emprun[er les choses sâns em-
iruot.r" les'mots, I'dtude frtus api,rofrrndic dc
lcur liUtérature,
Ë*î;gtË a.t t.itn*t"$cs d ivcrses, q ui, optèt, envalti
lY?lr lcs
lc lansase.o,o,r.urr, s'in"filtrcn[ dané la lin$ueLittérairer,
rloc t t.iîe"s tles saint-éi mon iens, ttcs fouridrisl,cs, tlcs tt tt I t [a tres t
I|uÉToRtQUE.
DE LA nuÉronrgue. i

des dgalitaires, de tous ccnx enfin à qui il


a failu des expres-
signs toutes neuves pour des coneeptiirnu ioouiàu,
d û nécessai'emenr
"rr"d;;ïi tàut eeta a
.désorganiser ti ilrrod oiro
une foule de locutioor qir ne pouvaiuit Ée*ol prévoir les
siècles passds.
Mais, nous dit'on, que faire à eera ? Les rdvorutio's
du lan-
gâge ne sont-elles
_pâs une fataritd quoil faut subir, comme
les révolulions poritiqyel? Bt Ia .on urorti.icâ qui
soobstine à lutter ne se brise-t-etrIe "oi.rro,
pas .vr. pàu de sùc-.
cès eontre les unes gue conlre les autres ? "o.ri
_
Assurdment. Ausii ne c3oyez pas gue je pnosenive aveu_
gldment tous les néorogismei, et'veuitte ét u' pru, .rrrriquu
qu'fforace lui-rnêrne..oi sait_ ce qu'il oli ouïeôrosisme
dâns
I,e\y pgA4u* Cette irnage des riots qui, comme"les feuiltres
jaunissent et se faneht, pour que cl'autres rever_
$i 1l].b1rf
plaee, esr aussi justé que ioétique. J,accepre
:1tj:1,_:^Jcur
oonc certaines innovatio_ns, et pense qu'uù dcriîain est exôu-
Tl-1g,,qu,rnd,
pour rendre' un'e i.ldr' rlettemiiit ncuve, et à
ja-guel le les mots
ront réelletnent défaat, r etenezces deui con-
ditions, il a rceours au néologisrne. illais si Ilorace met vir-
glle sur Ia rnême ligne que Flautc, dars Ia concession de son
privildge, y auraitlit ôis plus târd Staee on-juvenaf f
flrrrve un mornent orl une langue semble avoir atteint son
tf
apogé.9. sous Ie rapport du stylô, et otï t,o"
àou*t Àrand ris-
q.ue d_'innover sans amdriorer. rôltc est prJeisemàrïiro
situa-
1i-.on,.du
français. .En déffnirive, itr
adu'te, me semble-t-il, voire un peu iio.-n;-à'û;r. il esr
",*ri g:risonnant un asscz
grand no,mbre d'esprité ingdnietrx et prironas ibnlI travaillé
et remué en tous sens poîr qu'il priissc fourni", et mêrne
*oÎ.4r*.*ent,. à roures IËs idée's ac ôetui[ui 1,.;;ï.;remenr
etudre, et.qui Ie tonuait bien. Le temairi jadis ingrat pour
loyrr .ne l'es[ plus aujourd'hui que pour t*i rnaoËhts et les
lnrraDrles, et_néologisrne devient synonyme de paresse ou
o.Igno*ance. La prcul'e en est que les plus grancli dcrivains,
q"ui ont eu êIler te plus d,itiées nouves, usent r.ffreruent
1._*,I
de Ia laveur accordie par Horaccr. et peut_-être est_ce pour
celn même que les mois qu'irs crée'r Ër"i pïàiqirït*, Ë.utu
cBÀp. xYf, gg5

ct se donnent eux-nrômes Ie rlroit


qui s'irnposent, ir I'usnge,
ie citd.'Ceuxlà enrieÏrissent véritablernent la langue. Dix
piil"r cl,or sont un trésor plus grand que'eent pièees de
plornb.
En dclmettant donc la justifieation aeeidentelle du néolo-
sisme. ie vouch'ais Qu€ I'o"n apporlât rJans son emploi la plus
Ë.tqttlt." sc eircon sir cction ; si ies-transformation s su ccessives
du lnnease sont une néceisité cle sa nnture, que les borls
ôrpriiriitidraires sc fassent un devoir, comme lesbons esprits
p;itrtd;;dans les révolutions des.Diats, de chereher à régu-
iarisei le mouvernent, et, tout en lar,ssant au progrès la part
ô"il"i ôt dueo à-ramener la trangue à son caractèie primitif ;
qu*, **t"o Ie rirot ingdnieux de Quinl,ilien, ilspnéfèrent,dans
làs inots nouvcaux IËs ptus anciens, et dans les. anciens leg
piuu *"caux. tr e noviteur g[ile n-'âst pas eelui qui crdc le
'plus de mots, mais eelui qui, par d'hcureuses alliancesr eom-
-bine
les mots usuels.
- lc mieux
Joïoit plus loin, etj'ajotrteavecM. Norlier, si bon jugeen
**iièr. dô langue i ft ne su{Iit pas de s'abstenir d'inventen
"
se garder'eneore de les détourner dc leur
,tâ.i"otu, it fait
sens, car un terrne déplacé dcvien[ souyen[ un barharisme
;;; t" ph"op où il Je glisse. Il faut éviten àr la fois et les
ndologism-es et la néologie. u
--
iifurtogie nous mène atr Jq,rgon Jbuvre I'Encyclopddïe
du xvltlu siéele an mot ,trarqon, et je lis : -
u Jargon ge tlit : lo d'ui lios*g-t corrompu, tql ery'il 1e
parle cla;s nos provinccs I 2o- d'une langue factice d9_"-t
t:':
ques personne$ conviennent poun se parler en eompagnte,
ramâgc de
ians être entendues des autrcs I 5" d'un certain
société qui a quelquefois soû et sa ûnes{t et qur
-agrdment
uoppfe.i I'espi.it vêrihblc, au bôn sens et aux connaissancesl
'ont un grand
AJoi tut p.i.roo*. qui usâge. du monde'
Celui-ci co'nsiste dans des tours cle-phrases paificuliersrdSns
i**gu singulier des mots, dans i'art de ielever les.petites
ùào* fioides] pudriles, communesr par urie expression re-
""
cherchéc. u
Et le xvllt€ siècle, toujours un peu moralisant, aioutc:
DE LA nHÉT0R|QUE.
On peut, le pardonner aux femmes, il est indigne d,unr
,(
nomme. prus un peupre est futite e[ corrompu, plu"s it
a de
jargons. rr
a
I

ce coinpte, notre siècle xrxo es[ assurdment un


des prus,
conompus et des plus futiles qui
dans lei annales de i'humanité. .ià o.r
-aient
;*orri, prË iro$
pr*îu po, ,io Jargoû
provincial, du patois. De tout temps, il fitp;À'is L r',
{lle, au roman même, de reproduire ce lairgage corrompu,
.o*e.
sans do u te, m ais d m9i qs générarem"n t inir"tii'gintË.'
1. noro*,
les âges vraimenr Iittérairàs n'accordent p;iri;;l
fro.u*
sans eondition, Je ne sais si Horace pnraoioaii
À-ptrote tes
scènes en parois earrtrraginois de son pô
'disait, de l{Iolière: u
nïe ?ri;';;;;rJr, î",ij,.i-Ë
r"i;;;;qié"ô;îâtoiæ"rËyr"soo
et d'écrire purement; ,' gr 1Tlarmrntdt, jo.tinroîàliluo*
sur ce pointlvlolière, Dufresny, Danco'urt,it,
"ri dî.c*u trait"
nos vaudevillisres du jou{r ne' perruet-pôuriant lt;ù;
jargon villageois, mênic dâns tri coméd'iqï;[ ùi
d;;;'rondÈ
s'rr eontribug.ag go-miqge de situatiofr, ou s,il marsue
'rons:
une nuance de simplicité daniles mæurs, comme
a^rl;i:iîii
ar eiempl où it serr à àiJn;;i;; i;îirpr ici ré
!:!:fr:': :pGeor.gerte e.,
grossièr'e de
$'4sËQr. ut it i;ouià
de naïveté
avec raisor ! * L'ingénuité,-Iale naturer, Ii riroprilile Ëoorà
n'o1c rien qui se refu-se à la ôorree.tioo du lro!rË;. ;-
. Quantà la seconde catégorie de jargons, ceuî îont
vjert pour se parter- sans-êrre .oiroiu{';; ;"rô onque con-
ra
rhétorique ne les admelre nuile port.-[oé-;.-t*t";usrème
h uma
mais,
n iia ire
pou_r Dieu
ren fermr db;..u liffi
;;t.i àil rriJ, -,Ëi..i mr, ;
.!-qu. ces mcssieurs se lassent [radurre en
français.! Les meiilôures idées du monde;fr;Ëù;liorton-
tiane, de garantisryg,_ de simpli^ste
les, esprits."délicats. N,T a_t_u donc pas
it;iîdffinà;,"
rebu-
fi1ll moyen de
râ rangue d-ule science qu'on nofrme-sociale,"proba-
ITI_orr
lrlement parce qu'elle est ceile-de toute h;;ié;d,',To
pro
ceue de rachimic à; d; ;rdiïËs"d
fy?13glgl13:".
.,u rau[-' crorre' avec-ses ennemis, r
-gue la forme
'sv "n,est]bar-
vu
bare que p.f.rce çre le fona est ansuiAà r
Quoi qu'il en soit, I'argot de ces mcssieurs n?cst gue ridi.
cnaP. xvr. 227

cule I celui du vol e[ du meurtre cst odieux. .Ie ne vois dans


nomé ancienne littéra[ure que Villon qui s'en soit rendu
coupable: celui-là du moinls avait ses raisons. Condamné
deux foisî Ia potence, il parlait à ses camarades de la pince
eb du croc, sâ langue et leur langue. Mais que no_s roman-
ciers aien[ poussé-le fétichisme d]e la couleur locale jusqu'à
salir leurs récits de ee hideux jargon; qu'à Ia suitc d'un
homme d'imagination, la tourbc servile des imitateurs se
soit ruée dans-cette vôie , voilà ee qui était indigne et abo-
minable, ce qu'aucune théorie d'art ne peut justifierr e.e que
la rhétoriquel comme la morale, repousée av-ec dégoirt!
Auprèsïe'cet immonde argot, lds jargon-s de-la troisième
espècé, les ramagesde société, sont un parler- eharmant; ce
qdi oe nous em*pêche pas, sinon de leé ana[hématiserr- au
àoins de les reconduirè pôliment jusqu'à la frontièrc de la
langue, sauf àr en couronnier quelques-uns de fleurs, comme '

faisiit Élrtoo de son poëte. Ainsi l'èuphui,snte du temps d'Eli-


dont plusietùs scènes de Shâkesp-eare
sabeth,'ainsi nous donnent
-du
I'idée, lôs conversations musquées Pastor ftdg, des
-précieuses,
bergers du Lignon, des prèmières les précieuses
véri"tablesrcelÏes aû dictionnaire de-Somaise et des lettres dc
Voiture, âinsi les nouvelles sentimentales de quelques ro-
mancieÉ allemands, ne sont que des jargons, gracieu-x à leur
orisiDe" mais dont ia licence va bientôt si loin qu'il ne faut
riet môins que Ie holàr d'un illolière pour le-s arrêter- Tout
cola s'est eniolé avec la mode. Parlerai-je du jargon d'Al-
mack sue nous ont fait connailre BYron et les romans de la
haute ôie anqlaise, ou de celui des sàvants dont Sterne a dit:
,t De tous lei jargons jargonnés-9ans ce- monde jargonn-ant,
le plus assomËan-t, sa"ns éontredit, est le jargon du pédan-
tisme? r,
Depuis que notrelangue a été étudiée, chaque.a.-tr:iè.t.t
en Frincei a eu son jar[on. Au xvlu, les savants de la Renais'
sanee, et ies ra{finéi éclhappés aux guerres d'Italie I au xvrte,
les précieuses et les marquis- de Mascàrille I au xYlller les roués
et lès Pompadours ont criployéune langue à part et en dehors
du vulgairi. Pour nous, nous en avonl eu tiois ou quatre à
2?8 DE rA nuÉTOnIQUE.
!a'fois, et-si celui rl_e cettc jeunesse exccnt'ique, dont fes
paroles étaient aussi burlesqùcs que le costume'et ies àurru.r,
ne relevait que du feuilletun et clu vaudeville, le rhdteur ne
pouvait pagse-r sous silencgr il r a quelques rooé.s, les intem-
pdrances d.e
.langage de I'dngjominie ïristocratique et de la
rrrDune pornlque, car leurs aberrations nuraicnt lini par étro
plus thtales au français que toutes les folies des préciàuses et
des nnarquis.
Evitons toutes ces fautes, de quelque nature qu,elles soient.
En altérant.la puretd du stylc,'ellei nuisent à^la clartà de Ia
pcnsT: illars.que n9tr9 pout lg langue n'aiile point
"re,s.pect
p!Ton1!, c'es[-à-d ire jusqu'à l,observation exagdrée
ry_-_ql,i.l
des ptus_ minutieuses prescriptions de Ia grammaire ét de
l'usage. L'derivain pur obdit Il'esprit, Ie puiiste est lLscla'e
de la lettre. Non-se-ulemen[ le purisme glaee toute espèce
d'dlan, et donne au style une roid?ur pédafitesn,rrîoi, uo,r-
vent il s'oppo.se-au vfai sÉ.niq de Ia langue. qu'intilien disait
finement : Ali,wd,latine, àliu,il gra.rnwroiire toîù; pa,,lài fran..
çais e[ par]er va*gclas, ce sofr.t deux chos*.1 m.'virËmoio,
eomp-ar_aût les formes du xvru sièele à celles d.u xvrru, concluû
gle-de l'un à I'autre no[re langue esû devenue plus é.rrn*o-
tieale et nooins française. Et avant eux Lous, la'bonfe f.ro*u
d'A,thènes r
,1lui, entendant .pnrler Théoplwastlls,écrla :
:: Dlen I€ gr€C. u - Er d'où le voyez-vous ? _ il parte
v_olli yrl étranger !
trop
Âinsi,,point de purisrno, mais la puretd I et avec elle Ia
propne[é des [crmes, qui ne contribuè pas nioins à Ia clartd.
CITAPITTiE XVffi.

&'Eg Qnar.nTés EscE$rrE&1,8g DIt crY!.E. pROFRXÉeIÛj t


peÉcrsrolr, wacunEr,. -

r Entre toutes les différentes cxpressions qui peuven[


rendre unc seulo de nos pensdes, dit la Bruyère, il n'y en a
qu'une qui soi[ Ia bonne: on ne la rencontre pas toujours
en parlant or en dcrivantl il'estvrai néanmoins qu'elle existe,
que tout ce qui ne l'est point est faible, et ne satisfait point
un homrne d'esprit qui veut se fairc entendrc. u
La propriéld consilte à rencontrer cette expression qui est
laboùnej c'est dire que la propriétô contribue singulièrement
à Ia clarté du style, en même tcmps qtr'à son énergie, car
toute expression vague est toujours faible et tout à Ia fois
obscurcii ln pensée."* Les termôs, dit I'Encyclopédie, sont lc
portrait des itlées: un terme propre rend l'idée tout en[ière I
un terme peu propre ne la rend qu'à demi I un terme im-
propre la rend moins qu'il ne la défigure. Dans le premier
ôas, ott saisit I'iclée; da'ns le second, ôn la cherche ;-dans Ie
troisième, on la méconnait. n
Or, poul aequérir la propriété des termes, pour en décou-
vrir la valeur prdcise, il ne sulfit pas d'en chencher une déIi-
nition tellc qïelle dans le preniier lexique venu ; il faut
recourir à leur étymologie, el les suivre d'époque en époq_ue
à travers les significations diverses qu'ont pu leur donner les
bons écrivains. Sous ce rapport, il manque encorc à notrc
90
950 DE LA nuÉTonteuc.
ISngu.e uu lron
{i-cti.opai_r9, où chague mot soit ainsi analysd
c'est-à-dire, saisi d'abord à son ori$ine, e[ déerit dans toirter
ses variations matérielles et moraiês, jusqu'à sa mor,t, s'i
disparaît.; julgu'à- nous, s'il survit; le-toui appuyé dle_xem.
ples significatifs tirés des meilleurs auteurs.-M."viliemain,
!-ans !a prélhce de Ia dernière édi[ion da Dictionnuire d,t
l'Acadérnie, I'svait presque pronris olficiellcment au nem d(
ce corps illustre. car on conçoit que l'existence de plusieurr
hommes suffirait
1-peine à un travail aussi gigantesque, qui
e-xigerait le dépouillement et Ia lecture de p-rulieurs miitierr
de volu,mes, depuis la fin du xrr" siècle juiqu,au xrxu. Sans
demander assuréruent ni aux maîtres ni àuxleunes gens de
s'occuper ainsi de chaque.qrolr n_ous vou.drionË uo *ofir, q*,
pour acqudrir la propriété de I'expression, ils étudiassenl
sérieusement, à ce point- de vue bi_ographique, en quelque
sorte, ious les mots dont Ie sens est flottant et Iasigni-fication
capricieuse, les multtscnses e[ les sunoru],mes si tîuteftris il
"
nous est possible d'admettre cette "dernière ispèce de voca-
bles.
Y a-t-il en effet des synonymes parfaits, c'est-à-dire des
mots difrérents'signifiant exactément ia mêmê chose? Le pas-
Tgp..$e -ta nlgfQle cité plus haut prouve que cer écriv'ain,
si délicat en fait d'expressions, ne le-croyait ias. ,, S,il y avaii
des sy_nonymes parfaits, dit Dumarsaisr-il yàurait derix lan-
g_ues dy.r9 une mêrne l-augge. Quand on-a trôuvé le signe exact
d'une idée, on n'en oherche pas un autre. u -
Mais ce n'est pas toujours précisément par leur significa-
-. que deux mots synonymes
tion difrèrent eÂtre eux, c'àst snu-
vent dans I'application seule, quelquefois nrême uiriquement
dans Ie ton et la couleur. Deui no[s qui, dans un caË donné,
doivelt être s_oigneusepgnt distingué-s, peuvent, en d'autres
cns, être emplo;'és indifrdremment; et au contraire uû mot
qui, à Sn certain pojnt de vue, est s,r nonyme d,un autre, ne
l'est plus du tout à un autre poidt de'vue ('). Coest au

(t) aussi, ie no sais rieu de plus propre À gtlter le goriù qu€ ces érlitions d'au-
tcurs latins, cornne les âd, uium Delphini-er le iiru,É"àt de Lernaire, où le
0HAP. XVll. 2"tl

professeur à faire ohserver ces nuances, ir rpultiplier les

":itil;';
exemples.
des synonimes ainsi conçue est du plus haut
iote**, comrpe une ôes conditions du bon
"o*r.,il..ent â"dore plus élevé' u apprendre à
Ï;Ë:"ilË'à;;il;
àiffid; ;t;;
Ët 'Ëo'rort bien M' Vinet, c'esLapprcndre
àit
;'àiti"*er- les ch'oses; Cest exerccr la sagacité de notre
de toutes les notibns I c'est tirer
ffiï. ;*i""tr- àl;;etfeté philologie'
in-iniioiophie du scin de la Tout'e l.t$,o" est une
;,t fi;rilffi;"i "o.
trogue iarfaità s.erait véritd même. 19 u

Enfin, poo, prr"à"ir"a, lâ clarté., il faut, âvons-nous di[r.


reu"i*{f,i pu*.d.i li" p"op"iétéiaprëci{ion, et tre nutotel
ou la aéri,té du style.
La erande At h précî'sï'on, ô'est de tlolner à I'idée
"tti'"
uoË-uir',Ë--4ià;*-; .o ôoop*nt de droite et de gauche lcs
*oi, q* .*friri"*oi r" rirarche et ne permetÙent pas à
I'espri[ de la suivre :

Est brevitate opus? ut currat sententia, neu 8e


rmpediar verbis rassas onerafiïl.iiiilli,,
,0. ù

Rienrencffetrd'insgplror.tablecommelels,rlqerlltritésdu
disôur's. Dllcs ôni l, l'âr'priu ce qu'une nourribure indigeste
où fiop abondante est au corps 3 \

Tout.ce su'on di[ de trop cst fade e[ rebutaut'


. Lnesprit iassasié le rcjetle à I'instant'

Mais sachons bien ce que I'on doit entendre par ptécision'


* Ln orécision, àit mi.tàte, ne cousiste pas | être-rapide et
à""rii-.îir l',ii*"ce qu'il 6u0, et ni plus ni moirl-s qu'il rre t\l'h' rÇ plrpius' tt
faut, oiti yUp 'evzuïLh Ao", ,i â rÇ ta24it, à rQ ouilôPl,i,ç'
"6

aulre tatin, aû'eclant


eommeutateur traduit le terte, d'unlouù à l'autreren un
. touiours d'dviter f"r" i"r-.i-âunt I'auleur s'est servi, c'est-à-dlle habituant
i'il6;; t une iopropriété coniinue d'cxpressions t
232 DE tA nudToRtQUE.
N'oubliez pa!
.uu.e
la pr_écision' cst un des ércrnents de In
clarté, et qu'ainsi c'cs[ aller contre sa nafure que de retranl
cher des nrots qui éclairciraient votre idée. En certaines cir-
constances le développement peut être plus rapide que
Ie
résumé. c'est surtout ôn rh4toi.ique que li risoei*oiË;;.;;
pas toujours Ie plus court chemin. uie route"riante et unic
p-arait- moins rongue,
l)arce rlu'elle fatigue moins, gu'un sen-
tier réellemcn[ plus c-ôurt, ruais rude it ruboterix'. I,a coÀ-
paraison est dc Qulntilien.
. trr prfqtsion, çomme. tan0 d'autres qualitis, dépend done
de Ia méditation première qui choisit, ilétc"*ine, ^àirconscrit
les. iddes.et par errnséqucnt les mots. a qui s,rdià.re l'écri-
vain, et d.a1s quelles circonstances : consitlération dôminante
sur la précision, comme sur bien d'autres qualités.
Examineu d'abord Ie car"accère et les dispôsitions de l,audi-
toire. u L'orateur romain, dit l,ancien rhéteur Severianus.
doit être plus.abondan[. qrle l'orateur a[tique, pro. preri.JuË
I'asiatique , Àu,ieo copiosior, Asiatico prelssiôi. n A' ,o juser
par ce- qui nous reste des orientaux, $everianus disait ;isie.
Dans leur, podsie lyrique, pâr exemple , chaque verset se
lorme de deux parlres, donc Ia seconde ne fait- le plus sou_
vent que reproduire cn cl'autres ternnes I'idée de Ia premièrà.
PT.o9r psaume quelconqucr_ vous me comprendrez à
,,.
r rns[an[. _gr.
yorcl Ie commencenten[ du second :
{. _Pourquoi les nations se sont-elles soulevées avec un
grandbruit? Etpourquoi lcs peuples ont-ils formé de
vains desseins -? -
2. Les rois dc Ia terre sc sont soulevds contre le seigneur.
- 3.Etjes princes ont conspiré ensembre cointre son crfist.
fiompons, disent-ils, leurs liens,
nous reurJoug. - Et rejetons loin de
-. *.
jgloi qui .demeure dans les cieux se rira d,eux, _
Et le Seigneur s'en tnoquera.
I_I.l.urparlera alôrs dans sa colèrer-- Et lesrernplira
,^T_:
de trouble dans sa fureur... Et ainsi de suite.
Que dites-vous de cette phrase de I'dvangile de saiot Jcan,
c. l, v,20? les Pharisiens demandent àîean-Baptiste s,ii
' est:le Chrlst; I'Evangile dit: ri E!-Jetn ovoua,el il ne nia pas,
et,ll-af,ôUa,Îu n. Sfiis point Ie Christ. , L'.Asiepouvait
' seule
admèttfe ces sortcs tle redondarrces. l

,ilU"e Intin cousiste tlans


S*r;tlepartie de l'artifice du vers reilotablenænts.
*.r les poétiques nomnoent,
!1ue
"epBtiiiàn.
Limina perrunrpit, Ttostesqrrc o carilïn'e tsellit
ni'rtiri itmqr,'" trïhc {irrnu cavavit
"iôisa
Itol,ntt.'."1 inienfctto lato ded,il ote fcnestlam" .
' Aonaret rf omtrs inttts, et Qlrio' Iongtt' Ttalescu'nr',
Ài,bàrrnt Priami et ieteruttt' pene'nalin re]u'nt""
Fiiïn- povidæ teclis ntatrcs infcnlibus crr'Ûrtt'
era'ptiixæque tcnent Postes? itque osculu figu'nt"' elc'
;'
R.emarquez capenclnnI qu'ici cbaque,redoublernent ajoute
'- lreaucoup'plus à' l'idéc prtrnièr-c que dâns ]es orientalismes
tit* ptuà haut. Sous cc rapport il y a ProgT.9T', Aussi lorsque
Ie-rerioublemont es[ si biin cornpiis dans l'idrle gu'il redou-
b!c, qu'il sarai[ impossibtrc de consevoir l'une sans I'autre., Ie
poë te
'fuur tà
latin, ro* -o'to"î;;i-;; est in excusabl e-de'lc-prdsenter.
ni-onde blâme avee raison le vers tl'Oviilq, dan's sa
d,eqoiption du déluge: -' 'u:,

Omuia pontus erant, d,eerant qwoqw littora pontq'

, Il egt biçn clair quc Ie dernien trrérnistlche noajorltc rien au


prernier.
': tr'idé. qu'on attaehe au mot prëcision, varic donc sclon le
gérrie. clc ltauditeur ct du lecteur ; elle varie aussi sclon lcs
circonstances.
. on a forl bien rerlarqué que sér'ère, rfan_s corneille_,
et
Esther, clans Racine, sont'd'unc précision égalc, en rendant
la même iddco I'un par un vers, loautre par six :
fonI dcs l-tnux potlr nous qui les 1:ersdcutons'
t'.l, ,lls
,-

dir Sévôre en pnrlant des chréticns. L'hornme d'EtûÛ exprirne


énergiquenl.n t rr n e réflex-ion qu'Esl,llcr sqppllanle drlvr:lop-
$ei'a"giur attcnt!rir A ssudrus' :
20.
28& bB [a nsdîoÀtQuË.
Adorant daus leurs fers le Dicu qui tres clrâiie,
Ta-ndis quc vutne main sur eux.afipesantie
A lcurs pcrsécuteurs les livrait siris seeours,
lIs conjuraient ce Dieu de veiller sur vos iorrrs.
De rornpre des méchants les tramcs criminsllej"
Lle mettre votre trône à I'abri de ses ailcs.

lxarmrntel dtablit qoe proline cst re contrairc depressé,


!,!,che
d,e
fe.rme, périoiiquà de concis, ,till;;
crre ees drvcrs lermes- comportent-ils un pcu eiùtr1
i;
peur-
plus d,élasti-
citd. Quoi qulil gryoir, le bourrairo de ra prdciision àsr nien
certainenrenI la diffuston et la l,troli'nité, r:elle-ci plutôt daus
ia pcnsCe, et cclle-lir dans les rnôh. On a'pu dire de8d.nè,I;;;
qu'il était r\ la f,is prolixe et concis,- c',cshà-dire prodffi
d'idées j*squ'ir la proi'usion, économc tle iusqùâ l'aîa-
rrcc. La concision dans le style laisse querque'rots ôhoie à devi-
ncr au.lectcurl la.pr'écision le satisfuii si-pleinement, qu,il
n'imagine ricn au. delà. Ellc es[lc rapport eiact de la p'eËsée
juste milirru enrrc ^là trrièveté affecrtàlui
..id?. Tg.h,, le
touche à l'obscuritd, et la diffusion
en jctant, selon l'expression .qui y rnènc égalemeu[.,
de Vol[aire, , ,

Un ddluge ie nots sur un désert d'iddes.

On conçoit gug
.s^i
la prdcision n'est qu'un parfai[ tempd-
rament cn[re Ie défaut et_l'e-xeès, y.etpi.,s.-elle est par là môme
_!e.ta tri:ià) aô ra jusËsse cle style,
inséparalr-le du naturel,
trois qualités qu'on a dis[inguées ct ctrui réellemont us sonû
qu'unc.
iTI. de la sochefoucauld cru[ f,aire lc'plus grand éloge de
madame de Ia Fayette- en créant pour elle r*fltu .*prcu.Too ,
c'est unc femme aru,ie, c'est adssi rnettre un crcrivain bien,
haut que de dire de son style : C,est un style arad.
Le- s[yle wai est cette iaçon de dire t"ellement d'accord
avec Ia nature de la.per_sonné qui parler ra positron où ellese
trouve, le_ milicu où elle
$it; Icô circbnstances qui I'affec-
tcnt, que le Iecteur ne se figure pas In possibilité ïe penser.
ou de s'exprimer autrementl que"rien d'i'clique la rôcher",
clrÀp. Nvil. 235
fortncr pto--
ehe. l'embat'ras' le parti pris d'adopter telle -1l9
ffi;;J;àillt?t'l-ô *ri sort, seloï l'cxpression de llivarol'
;;ft; *oi""i n-*h-d; ptrrâse.-f,'écriïain naturel et vrai
or oiriit pas seulem.oti" fôrteur, il s'en fait airnerl et Pascal
svmpaihie qui nous entraîne vers
"-nlî"iâ"i;;;iilt"erte
lui. u Quand ùnïiscours naturel,.dit-il, pgi1l,ui" !1t:191
qu'91
ou un t?.t, on trouve duns soi'mônre la vérité de ce
ïui v étaii-.tnt qu'ott le srlt, et on se sent porté à
"ottoa.
;Ë;;rÏ,rt dui-nour le fàit sentir,j car il ne nous fait ptrs
bienfait nous
**ir" O. rdo bien, mais du nôtre et ainsi ce d'intelligence
le rcnd ainra}le , out*e que cette communauté
que nolls ryons avec lui iucline nécessairement le cæur à
l1;i"r;. Àussi quand on voit'le style naturel, .on est tout
àtooné et ravir'car on s'attendait de voir un autcurr et on
Lrouve un homms. D Et Fénelon disait duns lc même sens
i
,, ià t"ui un homme qtri me fasse oublier qu'il -es[ auteur,
et
qui se mettc comme de plaiil- pied en conversatiou avec m01.
ffi;;td- qui a trÀp cl'ôspriti et qui en-veut toujours S'il a1;-oir'
en
Iasse et épuise le miett; jô n'dn veux point avoir tan-C.
;;;i*il;r;ior,-iftii" râisserait respirer et nre ferait plus de
plaisir; il me tien[ trop tendu, et sâ lecture me devient une
ËilJ;: îffiàù;I,,i*. rÀ'eltouiisent ; je cherche unc lumière
douce oui soulage rnes faihlcs yeux (')'
"ïi *i'*t"ùË-;il tô aerait de naturel part de aeux
,our*, la faiblessË, oo la vanité qui n'esl, elle-même qu'une
il'bl;;;ô. ib-;è;; ei quoi que cc- ioit, est un signe d'impuis'
il;;;; d'igno*uir.e aïr mri emploi dé la force, ,ce qui revient
à peuDrès au *ë.r. Croyez'ious.que-l'emphascr. le
faux
b-ilË"'t ta Aeticatesse.outr"ée, Iu prétention, ce,quc lesGrecs
nommaien1" cacozi,etiar'*r.ur*ot rine force l'éelle ? Pas,pltts
d;il;in6ur" n;"nnonce la santé. Lcnaturel qu'on dirait

(r) nOn Yeut lroPéblouir"et surpreurlre, dil encore Frlnelou; on veul avolr
son- adnriration;
f*iJ". Jf"lii faire sentlr, pour ontever
nlus d.esnril, que sou
i;i;""i;ii i;;iJt';*Ë;;;i.- i;;;t; f tu' qol'toi, eù rui en douocr oréme
p".T" la iimp.l.e
:;"i;Hffi ;ï;;;;". on ne se conretrrel"'po"ousion raison, dcs.grâces'
;""i;"ïTru"ii*;;i'i;;;,,it, q;l'o'* réâlle ; on va arr delà du
[il É;';t",11-p"upro. i Lrttr" à mu, de î'Àcadëmiefrançaise'
236
venir de prime abord e[ sans dtude denrande au con[raird
un jugement fortifid et un goût p3*i par le ternps et I'expd.
rience. rtemarqrezravee ll!. andrieuxl qu'il rn eit de I'eien
cice de la pensée comme des exercices du corps. Ouantl on
commence à apprendre I'escrime_, Ia danse, l,éqrritrition, ol
emploie presque
!ouj9t11s trop {e foree, on fait dc irop
grands mouvements, et I'on réussi[ noins en se donnant plui
de peine.
J'ai -observé que sous ce rapport tes nations ressemblen[
. aux individus. 0n nous a donnéla tratluction fidère, dit-on,
de certaines poésies indiennes, scandina-ves, améric*io.r, dé
certains livr.es sacrés et profanes de l,Orient et du Nd,rd,
oeuvres de perrples jgunes (ul s'e_qsoyent. plusieurs pflssages
portent sans_ doute I'empreinte d'une parfaite naïveié, m-ais
on est étonné d'y renconirer en mêmeieulps non-seurômen0
une profusio.n ino-uie d'hyperboles et de métiphores, mais un
earactère généralement-emphatique ei manidré qrri ne sem.
bleraic devoir ap_partenir quàgx éfroques les plus ôr*ompnres
de la décadence littéraire. L'alfectâtion est auï deux extrê'mes
de Ia vie des socidtcs, comme Ia faiblesse aux deux extrêmes
de celle des inclividus. La littérature grecsue est peu[-être
Ia seulc gui fasse exeeption, pourvu quàn l,oïvrepar ffomère
et qu'on la fcrme sur Théocrite, Ies-éternels moôèles du na-
[trrél e[ de tra vdrité.
Bn Frnnce, à la fin du xylu sièctre et au cornrnencennent
du xvlr', la littéra[ure fut en proie à une déplorable manie
d'emphase et d"afféterie. C'{tait une imitatio-n de l,ftalien et
lurtout clc l'espagnol, qnitotiche par tant de points à I'Orient.
En.vain l[trontaigne disait,à ses conter4porainb : u Si j,dtoisdu
nétier, je naluraliserôis I'art, autant comme ils artiâlisent, la
nature 1 u oD con[inua d'artial;ts.er1 le mauvais goirt fit chaque
jour-de nouveaux progrè-s; l'hôtei de Rambouïllet, dont jes
opinions étaient, des lois, y applaudit ct y contribua. Balzac
et Voiture, les écrivains les moins natureis que je connaisse,
sonto chacun dans lcur- genre, les types dè cËtte manièré
farsse.et chargdj qui dcvait froduiié, dans le sérieux, le
lhtras de flrébcuf ; dans lc plaisant, Ie hurlesque dc scarron.
i ctrap. xvll' 237

Boileau et les hommes de mérite, {lui se rangèrent sous la


["o*iArr ds Malherbe, réforrnèrent ôans doute tous ces_ abus,
nrrls leur rdforme ne ?ut ni complète, ni irréprochable. En
Brébeuf et Scamoni its exhaussèrent encore le
"*""*"*rt
niédestal de Yoiture et de Balzac. Leur manière châtiée, tI?-
iriffe., i."r respect superstitieux p-ou.r la noblesse et Ie dé-
,àru*io langa$e, Ieui recornryqd{io3 de polir et de repo-
tir r*r .**uiaË iire et de relire Cicéron poqt y prendre
I'anrpleur et Îe redondant de la phrase, tout_cela ne rappro-
chait pas non plus de la vérité ct du naturel. Le boursouflé
eii. iiurtesquà di.parurent; rttais il rcsta, sous le,nomtle
iiiie-souten\r, .i, ne sais quelle forrne guindée, ogisiglle'
r.ÉaOÀiqu.. ôti.ttursa lapériode, on,professa l'amour des
.ir*otr.irtions, le dédain du rnot proprlr la personnification
àonUnu"tte dei substantifs abstrâits, l'emploi de certaines
iffi;r conventionnelles qui revinrcnt sans cesse et ajoutè-
rent la monotonie à l'affectation.
Au xvrrtu sièclc, eette contagion infecta non-seulement Ia
traecdie et lc poëme descriptif, elle envabit encore toute la
p"oir. Voltairb et Montesquieu sont peut-ê.tre lgs seuls où
l,on n'en trouVe aucune traoe, ruais elle fait tache parfois
dans l1trassillon, dans Euffon, dans Rousseau-mêm-e-, et gâte
souvent les môineures page's de Thomas, de Ia Harpet de
Florian, de Barthelémy, de tous Ies autres.
Bient'ôt loexagératioir'du style soutenu, et d'autre part
I'cxtrême difficulté de la rime et le peu de ressout'ces que pré-
sente la prose aux parl,isans fanatiqu-es de l'harmonie, firent
imaginef la prose rhétriqUe ou scandëe, mélange prétentieux
tle v"ers blancs d'inéeald mesure et d'inversions poét'iques,
Eenre amphibie et bâ-tard, qui n'a ni les qualités -de la prose,
fii celles'de Ia poésie.'lltrarmontcl
-style,
et Bitaubé donnèrent
I'trxempler et ce à son tour, am-ena Ia prose lyriquet
dithyràm6ique, ossianique, tout ce qf i-l y3 dq plus opposé
à la"solidité naiurelle, â là justessef à la clarté, à la préci-
. siou de I'esprit français. Les poëm_es d'Ossian jetds_en France
à ln fin du'xvrttu siôcle, et ôui plaisaient tant h l\apoléorr,
exercèrcnf uue f:îcheus-c infiucnce sur la littérature. lTl. de
258 DE LA nuÉTonreuo.

Chateaubriand lui-même se laissa parfois entraîn'er à cettc


barbarie qui devait encore aller plus loin.
Assurément I'introduction du s[yle soutenu au xvu6 siècle
avait ses nécessités et ses avantageË. Les efforts tentés au xvt'
pour rapprocher le français de Ia ùajesté des langues anciennes
avaient été inftuctueux. On ne sôrtait de la-trivialité que
pour tomber dans l'emphase ; la noblesse et la dignité réélle
manquaient eucore-. M.ais, poqr y atteindre, il nè fallait pas
q{igqr une pompe_ toljours solennelle, une réserve toujours
dddaigneuse. Quels devaient ê[rc, en effet, les résultats de
cette doctrine? La glorification du vague et de la périphrase,
la froideur, la pesanteur, Ia monotonie-, la nécessit't! de se ren-
{e1ryer presque- toujours dans des géndralités eommunes,
d'éviter le détail.etr le spontaué, c'esù-à-dire les éléments leé
plus actifs de I'originalité et de la vérité. On est étonné de
'
_

voir tsuffon lui-môme soutenir quele style n'aura ni noblesse,


ni uérïté, ce qui est plus étrang?, si l'oir n'a soin de nommer
Ies choses que par les tcrmes les plus gdnéraux, si l'on ne se
défie de s_on premier mo-uvement, si lron se laisse ennporter
à son enthousiasrne, si I'on n'a pu.rtout plus de candeùr. que
de confiance, plus de raison queTe chaleùr. Sans doute l'éc'ole
qui s'es[ nommée romantique, avec son ridicule abus du dd-
ttil, de I'entrain et de In personnalité, a donné dans un autre
extrôme, et sa rudesse inconvenante nous a souvent thit
regret[er le vague et Ie guindé du xvlrr" siècle. Mais eutre ces
4rq* excèsr. l'y _a:hil pâs ce bon style des contemporains de
la Fronde, à Ia fois large et préeis, libre et cor"recto qtr"ùne-
sautier et pourl,antréfléchi, qui rdunitles bonscôtds dêsdeux
siècles, du xvru et du xyne, le style de Molière et de Ia Fon-
tain_e, dalr_s lcs-vcrsr- de Pascalr- de Bossuet, de Fénelon, dc
lnadarne de Sévigné., dans_ la prose? Etudîez ce langagc si
éminemment françaisr-sachez vous I'approprier, et qùand
vous en serez bien pénétré, lnissez-vous àllei à votre sp-on[a-
néité, et, guoi qu'en dise Buffon, ne craignez pas Ic piemier
mouvement I vous serez alors original, sans y tâcher, et prc.
cisément parce que vous serez nafurcl et vrai,
CfiAPTTRE XVIII.

DEg QrtÂtrlrts S'TYI.E. _ EÀRMONIÉ'

?
Une des qualités sur laquclle ont le -plus .viv-eycl! insist'é
guelques *hét.u*t, coest i'harmonie. Je suis loin d'en nier
liimpàrtance , mais'je ne Yeux pas qu'on I'exagère' Suns en
fairé , ,"", uî .ooï"otpo"ain (;), l-a- d.e1ni-ère- dcs qualités
acciilentellesdu diÀcouri, je uregurderai dela placerr cornme
Crévier. au oremier rang des qualites es&ntiel'l'es.
-le qu'il n'est
Jeia ôotoôtt seulemeËt parini celles-ci r parce
*uàu" g**à à'écrits *uq.tel ne soappliquè précepte de
,Boileau:

;" Ilest un heureux choix ile mots harmonieux I


Fuyez des mauvais sons le concours odieux'

précepte fondé en raison, car il rentre parfaitement dans le


-pfur;tn,
formulé plus hatit : Toute règle est l'expression d'un
besoin de notre nature.
, L,oreillc h ses besoins comme I'esprit. Personne ne con-
teste que les sons I'attirent ou la repoussent pa{ Ieur vertu
o"oorË. et indépendamrnent de toute ldée accessoire I qu'u-nq
ildt#, uo p"illude, un accord , caraetèreune vocalise peuvent lui
dror o'frrir à ltesprit aticuri positif, aucune
fitrir",
(r) La Rhétorique ile l'Encyclopédie itortative, Daris, i8z8'
2&O DE LA REÉToaIeuE. '

irnnge tldterminée. Mais dès que les sons prétcnden[ rcpré-i


senter une pensée, une image, un sentiràent, soit sou.s lcs
formes yasues et souples 4p Ir pulique, soit, tlans Ie langage
plus strict et mieux défini-de la littérature, l'oreills ne se
contente plus de sa première jouissance, elle n'est pleinc-
ment satisfaite gue par l'accord entre.les sons et I'itlée ou
I'dmotion à laqueile ili s'appliquent.
Il. y I donc deux sortes d'harmonie : celle que j'appellerai
-eux-niênres
gënërale, qui ne considère lcs sons quoen et
abstraction faite de I'idée qu'ils repr'ésentent, e[ I'harmonie
spéciale ou imitatiue , qui les considère dans'leurs rapports
-
avec les pensées et les sentiments qu'ils expriment.
L'harmonie générale dépend soit de la nature individuelle
des sons, c'est ce gu'on nomme euphonie, soit de leur alliance
et de leur succession, d'où nai0 le rhythms. L'harmonie irni-
tativc dépend de la représentation de la pensée ou pan Ie son
même des mo[s, ce qui cons[itue l'onom,atoltëe, ou par Ic
mouvement de la plrrase,
On s'es[ récrié de tout temps contre les caprices et Ia dédai-
gneuse dôlicatesse de I'oreille, superlti,ssiwrum, aurùtnt jatli-
aiurul et pourtant sessympathies et ses an[ipathies sont, plus
logiques qu'on ne Ie suppose d'ordinaire. AnalysczJes, et
vous verrez qu'elles dépendent presque toujours du plus ou
rnoins d'effor[s des organes vocaux dans l'dmission des sons.
u La dgr.eté , dit lïlarmontel (,) o consiste dans la difficultr!
qu'oppose l'articulation à l'organe qui l'exécute. Le sen[i-
menb réfldchi de la peine que doit ayoir celui qui parle nous
fatigue nous-mêmes. rr Tou[ est là. Boilcau vous di[: Fuycz
les mauvais sons I mais il ne vous dit pas ce que c'est qu'un
mauvais son. Le rhéteur vous répond poun lui: Un mauvais
son est celui qui blesse l'oreille, et tout son blesse l'oreille,
dès qu'il fatigue err quoi que ce soit l'organe appelé à l'émet.
tre. Voilà Ie principe tle toutes les lois de l'harmonie génr!-
rale en littérature. Et bien entendu que je pa.rle ici de la

,(r) Voyez Ies articles Ârticulation, Harmonie, Prosodie, Nomllre, dans les
Elëmenis de littérature. La nral,ière y est traitée à fonil et ingénieusemenl.
crxap. xYil!. 2t*l
littdraturc dcritc commc dcla lit[érature parléc. Car puisque
l'écriture peut e[ doit toujours en dernier rdsulta[ sc ramener
à Xa parole, dont elle n'est que l'imagevisible, Ie monument,
comrue I'appelle Quintilien, il est évident qug les règlcs d'har.
uronie du disc.ours écrit ne seront autres que celles du dis-
cours parlé.
Depuis la fameuse seène da Bourgeoi,s gentiltrtornme sur Ia
prononciation des lettres, il sembtre qu'aussitôt qu'on parle
voyelles ou consonnes, cn se trouve dans la position des augu-
res do Cicdron qui ne pouvaient seregarder sflns rire. trl n'en
esû pas moins vrai porrrtant que si Ie maître de philosophie
est un personnage burlesque, ce qu'il dit u'a rien dc ridi-
cule (').
D'ôù vient que Ie retour fuCqueut de l'a' et de I'æ est plus
disgraeieux à l'oreille que celui des autres voyelles ? C'cs[
quô'l.r lèvres ,. ,r.utrr.ït de l'o à,l'i, ets'allongent cle l'a à
l'er d'après l'échelle suivante

c, e, Q,, ot oli

qu'il y a, par consdquent, un peu plus d'effort dans I'tlmission


-voyelles
des d-eux èxtrêmes que dans celle des médiales. Si
ce principe eËt vrai, I'a serai3 ia plus euphonique, comrne elI.e
'es[
la plus sonore des voyelles I et, dans le fait, n'en est-il pas
ainsi ?
Cel,te même observation ne ssrt-clle pas à expliquer lcs
règles en apparence si capricieuses de l'htatus? Toute ren-
coitre de voyelles n'es[ pâs essentiellement dissonan[e; celle
des diverses médiales a même une certaine grâce : Danaë,

(r) Tout ce true dit le maître de n[ilosophie est textuellemenl. ertraiI d'un
ouui'ngo de Gatàoti, Inort en t!78, ci surloril du livre de Cortlemoy. rle l'Àca-
démie--fnaoçoise, inlitutri f)iscoiirs physique Ce la parole. Cc discours, d,'tlié
au roi, tut i,ublié en t668, et la premiêre i'eprésentaiion'du lloutgeois genttl'
hontme datô de 167o. Ce n'cst donc pas la lôçon en ellc-nrétue qui est -r'idicule,
c'est l'âgeet ta prriition de cclui qui li reçoit.'< Aht la bclle choù qtre dc savoir
quclque"choset'r s'écrie IIl. J,rurilain. ni it raison, itlais l\tolièrÀ lui répontl
" alrécédairc; on pcul. conlinuer
avec llloutaigne: <r La sotle chuse qrr'un vicillard
en lout te nrlis l'dtude, non pas l'dcôlagc. n F'oirle lllolicre d'À;rné lllartin,
2,4
2t*2 DE La nHÉronlqur.
Fh,aon, Méléugre_. On peu[ en dirc autant du rapprochemen[
des extrêrncs et tles ruédiales dans l'ordre indiqùé prus rraut,
il y cstr-'il y a, Lëon, etc., [andis que, au côntrnire, leui
rapprochement en ordre inverse nous est antipathique, e[
ne- s'admet guèrc que dans les onomatopées, h.aonsi lûra,
QaTr, etc. Fourquoi ? C'est que celui-ci exïge un mouvement
dc lèvres un peu plus péni6le. \'ous dites? y a, tandis eue
pour-ne point prononcer y-a-il, vous jetez éntre les diux
derniers sons un t insignifiant, et que l'cuphonie seule ex-
plique et justifie. La piésence-de I'e-muet <ievant une autre
voyelle, la r_épétition de la mêrne voyelleo a,-q,, e-o,, e-d, nous
choquent tellement que nous préférons ou anéantir Ia pre-
lQfelte par ÏÀpostrophé , l'd,me, l'ange, l'esprit, otr
mière
mcne raue un solectsme, e[ mettre au masculin ce qui est nu
féminin tnon, d,nte, m,on épée (.). Il suit de là que si lô rhéteur
vous dit : la phrase, il àl\o-à, Athènes, pècËe contre I'har-
monie I c'esr comme s'il disait ; la répétition de Ia même
émission de voix fatigue I'oreille qui écoute, parce qu,elle
fatigue l'orgape qui flrononce. Les-règles de ia ïersifiôation
perme[taien[ à Racine le vers suivant:-

Allez donc, et portez cette jode ô mon frère...

l_l.q eu tort de profiter de la permission, l'euphonie lc lui


défendait. Àu contraire, il a eï raison atbéir I l,euphonic
en dépit des lois de la grammaire, quand il a faitïire à
Agamemnon,

J'écrivis en Argos.,.

_ Vons comprenez pourquoi I'hiatus est absolument interdit


dans les vers (,). La prose, moins exigeante, ne doit pourtanl

(r) Le vi-ce ile-laoga$-e, qu'on appetle vutgairement trt cuir(ne vous récries
nas trop, l'Àcailémie i'est àvisée âà donner-ù ce mot le droit ùe bourseoisie) .
19 quir donc prouve en favour de la délicatesse tlo I'o.eille francaise. bi t'oo'"
défiol I'hypocrisie un hommage que le vice renil ù la vertu, on Ëeut ddffuir le
cuir un hommage que rend I'lgnorance au senl,iment de I'harmonio.
(e) Il me semble même que la règle est.trop rigoureuse. pourquoi a'admet-on
0EAP. XV||!. 2&r
p,asen abuser. On u justemcnt rcprochd à Fléchier : ull cora-
d,arnna à, u,n supplice rigoureux ét d, utt silenee-éternel i. .. tl
ct à Bossu€t : t Il ne dédaigna pas de juger ce qu'il a wëé, et
enCOfA.;. ,l -
Evitez aussi ce qu'on nomme le bdi,llement, c'est-à-tlire Ia
rencontre doune consonne finale avec une voyelle initiale sur
laquelle elle ne doit pas se faire sentir :

Je vous fermais le ehampoù vous voulez courir...


Pourquoi d'un cn entîer I'avons-nous différée... ?

An. entier est insuppor[able, et ne le cède qu'au vers de


LamotÉe :

Et Ie mien inccrtain encore...

Tout cn reconnaissaut guelque exagératiou dans Ia seu[ence


de Boileau :
'
Le vers Ismieuxremnli" la plus noble ne'nsée
r\e peut plaire à I'espi'iti quind I'oreillô est blessée,

il faut avouer du moins que l'oubli des lois de I'harmonie


uui[ aux meilleures choses (,).

pas €n yers cette forme si frangaise, iI y a, ilXr aurail.., puisgu'on trouvo elrrcl-
qus douceur daos le mot tlion :
llion, ton nom seul a des charmss pour moi t

(r) Pour comprendre toute la vertu do l'harmonie. opDosez l'un à l'autre deur
écrliirins qui aiànt traité la mênre pensée, l'uu dans ir'o tuog.ge harmonieur,
l'autre avec des formes rudes et silflantes. ie dis tout nrérite d%xoression À part.
Yoici. par exemple, I'Iphigéoie de Racine"et celle de Rotrou. j Si vous ét'iez À
ma place, dit Agamemnon à Ulysse, vous senliriez tout ce quo je sens.
r' -
Racine:
llais que si vous voyiez, ceint du bandoau morlel.
Votre 6ls Télemaqrio opprocher de l'autel.
Noug rous vcrrionË, toric'bO de cette rllreuie imace.
Cbangct bientôt en'Dlcurs ce suDerbs lansase. "
Eproùver la douleui que i'éprodvo auiourlthdi.
Di courir vous jeter ehrrô Cillehas et [ui.
2&& RITEIORtQUE.

Prencz donc gardc dgalement à la rencontre des cûnsonnes


rudes ou siffiantes, eomme les r, les dcntoles, les gutturules :
Quintilien proscrivai[ avec raison erercttus Xeræis, arn stu,-
d,iorum, etc. ; à la rdpétition ctes mêmes finalei dans les
nornbres voisins I'un de I'autre :

Du desJe'n des Lalizs expliqucnt les oracles... I

au retour trop multiplié des mômes articulations :


ApprendsJui qu'il noes[ roi, qu'il nnest né que pour eux...

clans /a trtrenrîatle de Voltaire, et dans Lemierre, au G)mmen-


cement du second acte de Guillaume Tell :
J

Qui,seign_euro c'es[ iei ; c'cst du moins rers ces lieux,


Non loin de co château, sous ccs rocs sourcilleux (,) ...;

fuyez enfin tout concours de rpauvais sons, toute cacophonie,,


Au reste, ces lois d'harnnonie ne sont pas plus univèrselles
qu_e les autres. Tout dépend ici, comme âilleurs, clu gdnie de
la langue. Si les mots, iI alla ù,Athènas, m'offenÀent l-orcille,

Rolrou : -
J'avsis, gÀns cq discours. agsez de connolssanco
De loadn'ese d'Ulysse e! tle son eloquence;
Dlais il éprouvcra'lt, en un nareil erinui, '
Qoe le sung cst eneôr plus àloqoent gue lui.
S'il Ie faut, ilif, IpLigénle â soo père, je suis prête à mourir rlignement.
-
Racine:
Je so_urai, slil lg fqul., victime obéissante,
Tendre Ru fcr de Calahas unc tdte innocènlc.
E_t rcspoctaut lc coup plr vous-mêmc ordonné,
Youe isndre tout lcïdng que vous m'avez donné.
Rol.rou : -
Lo sang qui sortira do ce scin innocent
Prouveia'malgré vous Êa sourco cn se yersûnt.
(r)Parmi.let poëtes_français, Chrpelain, Lamotle! Cré[illon. Lemierre, parais-
cent avoir étd comyrlil.ement étr.angbrs à lout sen[iment d'harmouie. Jo nè parle
pas de quelrlues-u'ns de nos coniemporains qui semblcnl, I'ôtro un peu plut
encore.
cuAP. xl'til. 2L5
iI est probnble que les Latins du siècle d'Augusl,e ne trou-
vaien[ rien depénible dans ces vers de Virgilé (') :

Arma amens capio...


Flumina amem s;-lvasque inglbrius...

Une voyelle brève suivie d'une longue et réciprogugment ne


ddplaisait, pas à Quintilien, il trouvàit même
-un
certain air
de grandeur à des phrases o,omme celle-ci : pwlctrwa oratione
acta omnhr,o jaetare. Rappelez-vous ici ce que nous avons diû
à-propos de Ia quretC du langage. La natuie des divcrs peu-
ples est modilide par une foule de circonstanccs. tr,idiome
contracte des habitudes, résultat de ces circonstances et cle
la nature, et l'ensemble de ces habitudes fornre cc qu,on
appelle le__génie _de Ia langue. T,es règles de l'harnrônic,
eonrme celles de Ia gramnraire spéciale, ne sont le plus son-
vcnt, que les formules du gé11ie dc la langue. Ce qrli fatigue
l'organe et p_qr consdqucnt blesse l'oreille au i$nidi nc pro-
duira pas au Nord le même efrct.
Nous avons distingué l'ouphonie et Ie rhythme, sonus et
nunæras, comrne dit CicCr^on. l)'après-tout ce qui-a é[é dit,
un moment d'attention su{Hra pour échelonner- en quelqué
sorte les langues sous ce dor.lblc rappor[.
trl est évident que plus un idiome abonde en voyelles eC
surtout en voyelles sonores, e, o, e,2 plus il multiplie led lubiales
et les liquides, plus il évite Ia frdquonce et la rencontre des
dentalès, des sifllantes et_ des gut0urales, plus il rapproche
Ies consonnes en raison de lcur nature et tle leur dèlaré de
force, plus cet idiome est cuphonique. tr,es langues aù nfiUi
le sont beaucoup plus que Ie. f'rançais et les langues du Nord.
En mêrne temps, elles ont un rh.ythme ct une prosodie,
c'est-à-dir"e des sons grayes ou aigtrs, longs ou brefs, déter-
minés par des règles {ix,es et un uÀage constant. Les iangues

(,).le dis les Latins du siècle d'Auguste, car plus vous rlescendcz. DIus çous
remarquez d'exagération dans la susceptibilitc di l'o'cille. ou lira 5o'o ver.s de
sùite dans claudien. sâns y renconlrei une élision. crrci anrène Ie plus granrl
ricc en lrarnronic, comme ilans tout le resrc, I'unilbrrni[é, mèr.c rle l'i'nnrri.

21.
2&6 DE LA RHÉTOnIQUE.

du Nord, semées de voyelles sourdes, hérissCed de eousormes


âpreg, ne peuvcnt guère mettrc l'harmonie que dans le
rhythme, et c'est pourquoi leur accentuation bi-en marquéc
et leur construction gdnéralernen[ souple leur permetten[ de
d_on1er à la phras€ une syrnétrie et- des tldveloppements
rhythmiques. Le fi'ançais tient Ie milieu cntre cês deux
familles d'idiomes. Moins riche en voyelles sonores, il com-
pe_gsg ce défaut par I'c muet, gui sôutient et pnolonge la
syllabe. Sa prosodie, plus flottante, n'est pourtant pas abso-
lument nulle, ct quelque fondées que soient les obiections
opposdes à I'abbé d'btivït, son Trqtûdes longues et rtrisbrèues
renferme bien des remarques d'une vérité et d'une justessc
incontestables. il{ais, so,ri le rapport tle la prosoclie, ïe I'ac-
cent, de la liberté'des constËuctions, ctri rhythÉe enfm,
conrme de I'euphonie, Ie latin et surtou[ Ie greô I'cmportenù
manifestement sur toutes les langues modernes.
Quelle fut en Grèee la conséqùence de cette bcureuse na-
ture de lahgage, à laquclle contribuaient d'aillcurs le climat,
l'éducation, le libre e{sor de la vic extérieure et l'instinct
gdnéral de I'art ? Par Ia continuelle habitudc de tr'harmonie,
I'oreille acquit un goût difiisile, une extrême délicatesse,
une irritabilité méme au moindrc froissement de syllabes,
semblable à celle du Sybârite au pli de ses feuilles de rose.
trIais, d'aufre part, nous pouvons à peine imaginer les ex-
quises jonissanees que Ia pegfcction, sous ce rapport , faisait
dprgu-ver aux auditcurs et aux lccteurs-. Ceux qui ont un peu
étudid la matière doivent, s'ils sonI de bonne foi, reconnaitre
notre incompétence absolue à apprécier Ia vertu de l'har-
monie greccJue. Denys d'Halicarnassc, qui s'cn est spfçisls-
rnent occupé, distingue dans I'harmonie oratoire, cohme
dans la musique, la mdlodie, Ic nombre, la variété o la con-
venance; il ealcule Ia portdc de la voix , les intervalles, lês
chutes, la mcsure composée d'un certain nornbre de pieds,
formés eux-mêmes d'un cer[ain nombre de syllabes longues
ou brèvcs, et prdsentan[ chacttn leur caractère spécial, si
lrien gue tout I'effe[ est manqué, rnéme en prose, si vous
metl,ez un dactyle nu licu d'un spondde, et rrn l,roehde au
cuap. xYlll. 2t*7

lieu d,un iarnbe , elc. Bnfin, sougeant aux rdsul[ats souvcnt


otoalot.u* de toutes ces coml,ina"isons, il arrivc-à cette con-
â"ri;i-i;.rovult*: lu bcauté du sr,ylê ne consiste ni dans
l'heureux c,hoix des expressions, ni dans la savante construc'
iion àt. phrases, rnais dans l'trrarmonie à laquelle le poëte et
I'ora ûeur-d oiv ent tout sacrifi er.
Youlez-vous saisir du premier coup d'æil la distance q.ui
séparc les Lnt,ins tles Grecs sous le rapport de -l narmonlet
ra'pnrochez Cicdron et Quintilien de Denys_d'Halicarnassc.
A;'r'fi;;r ies deux rhé-teurs latins ne négligenta ûPlfJ ivre l'6ar-
;fi . ;lii n, a nnt iî-'i'; ;i;ë A; l' or at em", l'a"u tic, IX
Ait n'ttçrriionr, disscrtent lorrgu_emeni aussi sur la valeur
Jr. oi.a.. ia poésic conrmô dnns la proso, sur l'arran-
tlans
ffiilt-àË" tytlob.'t, sun Ie pouvoir d'une longue ou d'une
Ërève mise ôn .* plor., *ui lc charme des Jarnbes, dcs
o*onr. dcs crétiquci, hnbilemcnt distribués. lllais compârcz
il;;ô".lo"i* â r*it" du rhôtcur grec : u Ne sacri{ions
jamais un mot à I'e-uphonie, dit Quintilien, qul".d- ::- T:!
-est
iusl,c e[ cxrrrcssif, car il n'en est pas cle st eplneux q-ur
;i;G; t* iiut*t'conYenablement' 'r Dt Cicérsp 3 'rpar La
coniinuelle du nombre e.tdel'harmonie.finit
;;i;;â, t;élnqu.nce, surtout à- celle du 5arreau, elle lui ôte
"c.Ërr.ù.
tout caractèrô de vérité et de bonnc foi. '
: rqo;r inilà, eolnme Yous voyez, bien loin, de D91{t
d'flalicarnasse, mais, à rnon sensr bicn plus près dc Ia ratson'
.Dt aujourd'hui que dirons-nousr à notre tour, au ";eune
écrivain français?
Votre langùe cst un instrument ingrat, gui pal lui-mênre
o oào-àr-roËorité ct n'en acquicrt que-sous la main de I'cxé-
à,it."tl1r*ooifiw done à lùi doniel get-tc qualité qui lui
il;q"ô. Mais, en même temps.,l: Sé*iq rle votredona.pas.
lonry:-*l
esseniiellement stlrieux e[ positif ; n'at[ribuez ,a
ni*t,mooi* uue valeur exagêrée, ne lui sacrifiez jamais ni la
iustesse, ni l'éncrgie de l'eÏprcssion. Evilez l'hiatusr.le
bâil-
iàpenlr'tn répétitïon des rnêmes sons, la rencontre des con-
rôoo.r'rudes^et silllantes, cn un mot toutes lcs variétds dc
;;."plr;riàr inAiqoées plus haut, mais évitcz-les ttaturellc-
g{.8 DE L.\ nrrÉronreug. i

men[r-sans-cffortr. song qnc ]e lecteur puisse s'apercevoir du


travail de I'dcrivain. aussi n'cst-co pas âu mrm.nt de la com-
posil,ion Qg'il faun s'occupcr tles soins minuticux de l.har-
nrouie, cc doit ôtre là une dtude prdtriminaire comme cellc de
la langue ellc-rnêrnc, Llne habituiie préalablement contracrdc
et devenue en quclque sorto instinctive. ,, tr,es recherches
sur cette partie mdcaniqnc du sû}'le, di[ Mnrmontel, ct les
l'on {'era lrjur.y exerecr ion oreiile er sa plume
î.^Tj1 gqg être, cornmc des études_cle peintrc, doslinées à i.re pas
_l9j-I.,lt
vorr le ioqr. Dès qu'on travaille -sirietrs-ement, c'est oe la
pensde qu'on doit s'occ_uper et des rnoyens de ta rcnclre
alec fg plus de force, di clarté, de prdcision c1u,il csr pos_
sible (' 1.-,'
Indispensablcs au poëte, ces exerciccs prdparatoires ne re
sont guère moins au- pr.osateur. .. Danç i"ote, les-larrgues,

(r) Jelis.tlons un journal nne anecdote qrri prouve


iusqu,â quel poinl
s,'atros ec,',vor,'s.sonr parvenus ,ï se don,i*" ir;:il;;jÏ'T:'1'ilT:lHi:::ï.Tï:
,l"uj:,ur rlc cer arricleo te libraire l-advocar con6a à M. piuar.rt,
rit|:'1,
un oc]1i9,_if.,
oos prus harrires t.vpogroprres, r'impressiou des o.Euvres de M. de
teaubriand,l'ortistc ft fonrlre un caractèrô tour. exprès crra-
Il lrit d.es Précaur.ions rr'èslarrierrrièrcs Pour i" r)our ce ""riu-ooo"ugu.
i,J"r""tlt"" à" ihil; rettrc, ra
d'et-lcs, rouctrani |" ,,o-i,..où ;il;;'e};toya" àÂ".
r$:ï-.:::îî^1.",.:1:i:,'.""
ec.onomte atpha,)étique. On sait qu'il faut tant de voyelles pour
teile consom_
malrotr de consonoes; â. quel clil[r.e. par cxenrple, de p ou drs
porte ordiuaire_
ment la Jivraisou de tclte àu tclle ,uià t.tt." ,lins uo ussortinrent rl'i'rprimcur;
tout avait été dans la fonre ponrriré ct ordonué
infaillrbles de I'erpdricoce. ";rr-; ii;diq"uoli'", "agr"J
se mirenr à l'ærrvreo el an bour rle peu d.e jours le ptus
"":.1:{^.:lt:::li"_ll.
::1,i1 ":,1:,1I._t_ul:ri*,::
rlcs ouçriers quirrasacas.s€ pour vènindécÏarerâu prore
qu'il. allajt rn-anq(rer d'a. Ceci nc porït explicable'tlans I'atelier-<r,i"
sous['raclron' rrarrduleuse, un vo-l qrri uurait été caplicieusemeDt
o"" unu
comparlim.enr spé_cial qui r.etient la pir.emière 4es voyelios. On ,e
iàit 'd"ns Ie
une survcrrrance. Le rcnrrenrain uD autre compositeirr, travaillanirr.o-iiâ'u"or"",
dilFérent du nrôme ouvra6e et rlans ..nu
sur un volrrnre
rle la maison, vint demander
des a, dont il u'a-vuit-ptui un seur. En6n "uir"tpîrtie
tioi',et ajouta de^plus- qu'il érait aussi lrès-voisin deZrË;;î;;ê;;;écranra-
un iroisième
ra disette d.z. il fallut
rcuechir sur cel.le siogulièr'c purticularilé qui rrrcttait en défaur tous les calculs
et tons les nsages. on en rlécouvlit le Àecr.er.. ce ful trn
M. Raym'ndr plaç[ à la téte de la rrraison. qui, eu lisunt curiJuse.rent ir:une humonisle,
et docte-
rrconnut que. l'illustre riciivaiq, évitant tlans sa plrraséologic
l)lus d,.c q\i eL,tle rlue possible. p'ocddait par le participe pr.ésent svec,ue
;T"...11-t:r^,"-pr_-r-."cs,
fe
lrrcrlttccllon lorL harntouicrrse.. ll I'lisail pat,conséqucrrt'nnà consontntation
c.xceptio_unelle rl'a et d'n., Àvis à qui vourlri vérificr ,io a",
<f u luir.c barlnonictrx tlc I'suLcur <l'rs
---- -'-'--- ur.rÀlurii.oticr.
-'*-"-- r-'
trIartrt,,c.,,
cHÂP. XVI|I. 2t*9
dit T^qrgot ('), la prose est suscoptible cl,une harmonie qui,
sans être aussi nrarquée,-aussi mdlbdieusg que celle des
"ôr*j
est cependanû_très-sensibtre po_ur toute oreillà un peu cldlicate.
Le choix ou l'arrangenrent des sons plus ou .ôior dou*, rc
rnélange rtes,svllabcÀ lo_ngues ou brèvïs, la position des ât-
cents, eelle des repos., Ia gradation ou une sôræ de symétrie
da's la longueurr-soil de-s mots, soit des membres-hont la
' pertode est c_ornpo_séc, son[ les moyens dont I'ora[eur se sert
pour flatter lbreille. r'
Vous voyez que, se.lon Turgoi, la composiûion.de la période
,dans.les g'!nres.qui I'admettont est undes points auxrluels
l'écrivain doit s'attacher^ tlavantage. Et en effet , I'Enc;ïcIo_
pédie drr xv*u siègle définit Ia péiiode une phrase conrfiosée
de plusieurs rnernbres lids entrô eux, non-seulement
far le
sens, mais parl'h.arrnonie. C'est ce que n,ont pas assez com-
pris guelques rbétcurs rnodernc.s. lrs appctleirt pértotle une
zuite de phrases qwi peament se détaehôi, n'ioei mar.chant
dans un même sens et vers un même but. La définition ne
me semtrle pas juste. Toutes les phrases au contnaire doivent'
être tellement enchaînées dans ia période, qu'oll ne plrisse
en détacher une seule sans détruirê l'ensemtjlu. La pôriodà
n'est donc ni une dnumdration par progression asccndante
ou descentlante, ni une analyse prdcl+aoî ou suivie de syn-
thèse. EIle est ûn cnchaînenjrent'de phrsierr"r *rÀrrres dc
p\Tq:r symétricluernen[. combinés pouT former un tou[ qui
satisfesse l'oreille- en même temps que l,esprit.
Dans Ia rhé[orique srecque eI laliner la pdriode ne pouvai[
avoir moins de deux mem6res, ni plurde quatre. on recon-
naissait pour ldgitimes la périotte à^rre", q-u"iroio, d* t"oi,
ou quatre membres bien distincts l,un de i,autre; la pdriode
ronde, rotantla, où les membres dtaient plus étroiicmen[
liés et enchâssés; la période croisée, decussàtu, où tres mem-
bres se corr.espondaient par antithèées symétriques.
ce fut au commencemènt du xyrru sièdle que Iï pdriode fut

(f) quncor' sur la versification arlemande, tom. tx, p, zz7 àe ses oùu,res
complètes.

L
250 DE LA nlrETOnrQUE.

introduite dans le français à I'irnitation du latin. Jusquâ


Balzac, on n'en trouve guère, mêrne dans les meilleurs éeri-
vainsr'qui ne soi[ boitduse ei déhanchée, en quelque_ sorte.
Balzac en abusa, mais il faut avouer qu'il en a d'excelleutes.
La période, au reste, ne convient pasà tous les genres. D'une
part le style épistolaire, la narration historique ou ro_manes-
(ueo la piaisanterie, la satire, de I'autre les livres techniques
Ct eû général tout ce qui es[ éminemment froid
didactïques,-tout-à
et positifr'ou fait piquant èt léger soen {rccommode
mai. Soniriomphe est dairs'I'éloqueneèdq la chaire, de Ia
tribune, du barreau, de I'académie, et j'ajouterai, en dépit
des diatribes contre Ia tirade, dans l'éloqnence du drame et
de Ia passion,
Pour plaire aux habiles, la période doit se déroulel' avec
aisancer-abondance et harmonie;-qu'elle_ ne se prolonge pas
indéfi niment comme ces phrases allemandes dont ori ne trouve
la fin qu'en sautant atr m-oins un fcuillet;_que Ies suçpensions
et les iepos y soient ménagds avec assez doart pour ilermetl,re
au lectetrr de respirer librement et à propos ('); qu'elle se
termine, autant que possible, par de_s- sons pleins et.soutenus,
qui, toui en évitânt je ridicule de J'esse uideatur (')r {npê-
chent Ia voix de tomber trop brusquement; que pour flat[er
I'or'eille et faciliter Ia prononciation, les mernbres en soient
savamment balancés du proportionnés. Cel,te disposition des
membres de la périodc, {ui iui donne la symétriel sans l'uni'
formi[é, est un-des points les plus ddlicats, qui demandc le
plus de métier e[ l'oieille la mieux excrcée. Les modèlcs sont

7r) a Remè& tràs-simple potur guërir de l'asthme.Lisez tous


lcs ouvrages.clu
révdr.end père lltaimbouigr-ci-devant iésuite, preoez gardo de ne Yous arrêter
qu'à la ûn de chaque période, e[ vôus senti]ez Ia faculté de respirer vous
r-evenir peu à peu, ùns riu'il soit besoin do réitérer le remèile. D MoNtssQurEUr
Lettres persanes, t 118.
(z) t Otiosi et supini, si quiil modo longius circumduæe.runt2inrant ita Cice'
roàôm locttturam'fnisse. If operam quosdan qui .se pulclire etpressisse genus
illud cælestis huiis in dicend.o airisibi oideientui, si in clausula posaissenl
csse videalur. -jOis"ux eù languissants, s'ils onl embarrassé une pensée darrl
une longue périphrase, ils assuient gue Gicér'on n'aurait pas-mieu-x dlt. J'en ai
connu q"ui cioVaient avoir parfailemerit reproduit la manièie de ce divin ot'aleur,
torsqu'i)s avaËnt pu clore'une pérlode par un esseoideatnr. u QutNtrl,, X, r
CIIAP. XYIII. 2rl
Fldchic4 Bo$ggt, Massillon , Buffon, Rousseau
o e[ de notre
temps MM. vittemain_, dans'ses Diico,uis àii,iaàq;es,
Laeordaire, dans ses ionférences. cr
Qu'enfin leieune écrivdin soit surtout bien convaineu que,
dans-la période, comme dans le style_coupA; r;bË;sentiet
tle l'harmo'ie e'st de faire acrorJË* re son avec
le sens
paroles ('). Nous voici à r'harmonie seaii"teàii*tànr. des
L'harmonie imitarive ne s'arrotr
i,r, a ,.,
de mors ou de phrases donr rouràr'to ir;d;;#nr "îàliitopdes des
exemples :

_L'essieu crie et se rompt...


Pour qui sont ces serpônts gui siflent sur ma têtel...
etc.

,-Sansdoute une heureuse renconlre en ce glnre


n'est pas à
-.ïiu,
dddaigner, mai! il ne faut ni eourir après "ette,
ni ,o
plgliq:r quand elre se présenre aiueirrs. ii-Ëo"àri'de ces
g,T.f1T:,11_T pgq.iu gr gn musique, comme des trompe_
c æ26 en pernture. -r,e v,ulgaire s'extasie
guand il a essayd de
détacher l'épingle ou d'airraper ra *ouônu-qui-jài.t,
qu,
sur.la toile;- les- habiles sont'moins émerveilrl*, ilr'.î"nais-
sent Ia receæe aui produir res mêmes ur"ir.-virgjj."iii arn,
Dnnius :
'

At tuba terribili sonitu taratantara dixit.

virgile aime autant gu'un autre I'harnronie imitative. mais


il la conçoir aurremeilt, et croir imire, ;i;il;ol^iilnt
plus loin a.

At tuba terribilem sonitum procul ære conoro


Increpuit...

Condillac dit à propos de I'harmonie française : u Nous imi-


t') j,i
I"u', ii1,'":îT::Hbil.. ï,HhT &yf ffi il;
Porr, .Ecsay on critîeisn, part. II.
252 DE LA nnÉronlqun.

tons aussi quelquefois des bruil,s I mais c'est un avantagc que


Rous avons sr rarement qu'il ne parait être quoun ha^qard.
o

Condillac est dans I'errzur. [,es- onomatopdes sont presque


freooentes et aussi faciles en français (u'ailtreurs, quarrd
",i$i
il;iloôtô l. Itbtur puéril de les chercher' Ronsard, du
B;*d. ôt bi.n d'autres'poëtes du xvru siècle en sont_pleins I
ôt à" xyruo, le chevalier de-Piis, Ccrivain assez médiocre, a
publié un poëme sur la matière, où elles sont tellemen[ pro'
àisoett qrie d.ans le chant troisiùme, par exemple, il n'y a
euêre de-vers gui n'en soit une.
" a, à.it" imitaiion toute matérielle préférons une harmonie
iot"ttisente, en quelque sorte, cèlle que produisent I'em-
"tui
;i;iË;o"*b".'r, la'marïhe du ihythmb, Iè parfois mouvement de
ï" onttt.. Les grands écrivains reàcontren[ -la -pre-
*i'e-r t À.is cclË-ci, ils I'ont travaillée longtemps et l'étudient
;;;;cËt*. Chose siâsulière ! deux écriviins qui assurdment
n'ont pas suivi la riême rou[e; Ia Fontaine e[ Bossuetr I
excellent. " 'P l

Lesère et courf vêltte, clle allait à grands past 'l


Av"ant mis ceiour-là, poul'être plusagrle,
" Cotillon simple et souliers plats : ,.1

Est-il rien qui fasse mieux comprend,re fa coquette assurancd


â"
de f"
la iaitièi,e
laitière Perrette que l'ailure
-iiupp"r.hez l'a lestB et-dCgagée de ceC
;;r;?
vers? touûide suite cette, phrase de Bo,ssuet ;l
,, Sàrfrl*bfr, drr,r ses sauts hardis et dans sa ldgère
légère démâr't
che. t ..s nâi*rux vigourcux et boldissants. , il ne s'avanco
s'avancg
il;pJ;ives et impé-tueuses saÏllies, et n'est arrêté ni pq
âooinst"sniparprêcipicbs.u
fuoniagnes ni par , , , ., I
dans le Coche et Iu Mowcfte lertrrythme
ôË;il;;"ti.orii"oirà
brisé, haletant, laborieux du début :

Dans uu chemin montanto-sablonneux, malaiséo


Bt de tous lcs côtds au solcil exposér -
Six forts chevaux tiraient un coche'
fe.Âei. -oineso vieillards, tout était desecndno
L'attclage suait, sou{llait, était rcndu"'
CEAP. XVIII. 2b3
Bossuet va tout à I'heure noûs offrir Ie pendan-t : et il
n,y a
guère.de fable dans I'un ou de discours d.or rtut"à qui"nà
fournisse des exemples de. ce[te harrnonie, ll ..utà qo'i ,j-
rite réellement ce nom d'écho dw sens, uyé p"p;.
1gi donni:
ptusieurs périodei âe nÈchiea qui'tb
lt:1ryry:t_ir.rly*
egatement portfg à un haut
{*gjé, cntre lutr_e-s le magnifique
exortle de l'oraison funèbre deïurenne. Etudiez,.r rËoaoËrl
cherchez à substituer aux tprr_nes employés p.r ià"rîuur des
synonymes qui n'aient, pat Ia. même niadeice, E àe"r"gr"
I'orrlre des mo[s, multiplier, à retrancher uu  aeprrcer les

reposr _et ee travail poun ainsi dire anatomique voui fera pé-
nétrer Ie se-cret, et vàus donnera le moyen ae pr"oduir;à-;.il*
tour des efrets semblables. vous y appiendr.?, .u*ioot l,artsi
ndcessaire et si diflicih,
.1:,
fait d,harôonie, commàdËpro.e"
c.td'expressionr-de conôilier la vérité et l'ÉniÉ, tluoitii arn.
l'harmonie gé-nérale, la vdrité dans I'har.monié.spéciale. Ici
ln .eTemple dira plus et mieux que tous les pré^ceptes. Je
cnorcrs encore dans Rossuet I'admirable rdeit de ta baiaille
de
Rocroi,
' " a Ia nurl .qu'il fallut passer en pré-sence des ennemisr,
c3mrr.te un vigilant.eapitaihe, le duô d'Enghien reposa
Ie
d.l,Ti.Tl mais jamaTs. il ne.Igposa plus pai-siblemen't. A la
veule g:,uo jour etdès Ia première batailleo il est
l, E?nd
tranquitle, tant il se trouve dans son naturel l l,on iait que
-et
marqude, il farrur ,Aiuiii*
[1-'t:"^lrgh
rond sommeil l]]nr"."q
cet autre alexandre. Le
a-'u*o pro_
voyez-vous comnie
vole ou à la victoire ou à la mo*t ? aussitôi qu'it eoi pôrÉ
il
cle
dout il érair animé, rin te vir presque
Iinq:11tql:o.deur
go T-rm".,temps pous_ser I'aile droite des-ennemis, iou[e-nir.
la nôtre ébranléer
-rallier le Français à demi vaincu, me[[re
:ï:,:: iï1qifli1
eronner de- 1ytg1ieu1,
porrer parrour
la
ses regards étinfelants eeux qui échappaient
rerreur, er
àîes
coups. Restait cette redoutable infanterie ile.l'armt!ô d,Espagne
dont les.gros bataillons serrés, semblabrer à ;utu;t d!'mu"r.
mais à des tours qui sauraien[ réparer leurs brèches, aor*ul
raient inébranlablès au milieu deiont le reste ro déioutr,
lançaient des feux tle toutes parts. Trois t'"is re
.t
;e,rÀ vain_
L)E
251. DB LA ngÉTonreuo. :l

gyeqT 1'efforça de.rompre ces intrépides combattants, troi(


fois il fut repous*.p*; Ie v-aleureux comte de Fontâinesj
qu'ol voyait porjé dans.sa.chaise, et malgré ses in{irruitésj
montrer qu'unejâme-ggeruièr_e est inaitressë du corps qu'ellq
anime. Mais enfin, il-faut eéder..., etc. u I

Meltons de côté pour un momerit la suite e[ la convenancq


du récitr_la couleur et l'énergie de l'expression I n,examinon(
{Ile Ie..rhythme e_t-le mouùement, eù nous verrons quellq
valeur I'harmonie bien comprise aj-oute au diseours. Shr d(
lui-même et du lendemain, Condé s,est enrlormi à Rocroi
comme il efrt fait à Chantilly, et Bossuet, pour le peindreJ
trouve des phrascs'aussi calrnes, aussi repolsées que le som-
meil du héros; Ia première qui é'éteint m-ollemeni avec I'aû-
yjrb.e- final, l'ggtre- qui se fond en quelque sorte dans les
li_quides dont elle abonde. Mais déjà a-lexairdre réveilré s'esl
dlancé dans.les plaines d'Arbelle, èt voilà que, brusquement,
sans transition, la forme interrogative nous airache-aussi ari
lit du duc d'Enghien, et nous jelte d'un seul bond à travers
la mêlée ori l'emporte la témérâire intrépidité de sa jeunessel
et llpç fois-làr_ ygygz les phrases coupées, Ie cliqïetis deÉ
antithèses, l'infinitif qui se multiplie ei coûrt de tôus côtds
comme le prince. Entrez dans les détails, eherchez,Dar exem-
ple", à remplacer lemot étincelant dansie nrembréïephrase
qrri couronne si
-bien
Ie tout ! Bt remarquez pourûau[, car
c'est Ià_ la grande loi ! tandis que vous le diriez excrusivemint
occupé de I'image et de I'harmonie, Bossuet ne leur sacrifie
rien du sens. L'dpithète que nous venons de louer, nous Ia
blâmerions, si ell-e n'était-en effet historique autant que pit-
toresque, si tous les Mémoires du temp.s n,a-ttestaientcdregard
d'aigle du grand Condé, et l'espèce dtblouissement qu'iliau-
sait à qui l'affrontait pour la première fois. ',
- CryT{rlt,ju milieu de tout ce tumulte, je vois surgir la
formidable infanterie de l'ar"mée d'Espagnéo-et la phrase va
cha-nger d'aspect, comme Ie fai[. Une hyfer6arc auôsi hardie
qu'heureuse présente dabord le verb-el à h suite duquel,
d'une marehe pesante, inébranlable et adtive à la fois, sdvan-
eent le sujet et ses compléments. La plaine est balayée par
CEAP. XVtIl. 2S5
cette rnasse qui vomit Ia mort de toutes parts; mais la furie
française est a_ussi infatigable quc Ie sang-ïroid'espagnol, et le
mouvement de la parolé de Bbssuet reËroduit éÀaïendnt Ia
triple attaque et la triple résistance. cir observËz la variété
de ces consl,ructions toujours harmonieusement imitatives.
Les premières phrases commençale_qt paT lq forme adverbiale,
l'apostrophe interrogative a succédd,
iuis le verbe, pour ainsi
drer eD vedette I maintenant vient la répétition du nom de
nombre,
iulgg'à.ce g.u'en{n ces tours vivantes, ébranlées par
une imésistible impétuosité, ne puissent prué réparer leirs
brèches, et que tout semble s'écroulr" rou', .*, oiot, ,ecs e[
brefs, gui portent le coup décisif : mais enfi,n il fau.t cëder.
Je pourrais poursuiwe cet[e analyse. Ouê les ôrofesseurs
et les hommes de gorÏt me pardonnent d'avoir essïyé de for-
muler ce_qurls sentent ausii bien que moi. eue les jeurres
gens surto_ut soient bien convaincus- d,une vérité, c'eit que
les génies les pl's e-[ les plus dlevés, .om-" les pïus
-vastes
spontands dt Ies pl'rs naïfs, n'ônt point estimd au-dessoue
d.*u1 les plus minutieuses prescriptlons de I'art I c,est qu,ils
4'on! pas cru que l'étude de toutes ies délicatesses du nofrbre
nuisit aux sublirnes inspirations de la pensée I c'est qu,enfin,
s_ans jamais sacrifier ni Ie sens, ni ltexpresôion, il's ont su
donner au discours les charmes d'e l,euphônie etdÉ rhphme,
et n'ont.êT.r {dgligé, dans I'occasion', aucun des embel[sl
sements variés de l'harmonie imitative.
CHAPTTRE XIX.

Dtc QuÂLrTÉS AGGDEIIEEL'ES Dlt s'frtt. - Noar.DgSE,


nrcEtssnr Érvencre, oûrr.rtnE,

Ainsi clarté, puretë, propriëtë, préekion, naturel, harrns-


æa'e,voilà les qu:atités dê style ndcessaires partout et toujours,
dans l'oraison-ftnèbre cotume dans le roman bourgeois, dans
les écarts du dithyrambe comme dans les naÏvetds de I'irlylle.
Mais voqs n'av'ez pas oublié ce qui a été dit plus haut sur
la convenanee du t-on. Cette eonvenance, loi suprêrne de
toute composition, exige que chaeun des gery-es extrêrnes;
en guelguô sorteo- et iles lntermédiaires qui les séparent,
aiouie à tes vertui uommées essentielles, parce qu'elles con-
viennent à tous, un caractère propre et des qualités spéciales,
-la magnificence,
Tel sujet veut la noblessg, l'én-ergieo la
vdhéménce; tel autre, l'dlégance, la fing.qse-, la<lélicltesse;
I'un rejette le ton plaiôant aâmis sans difficulté dans l'autre,
C'est iôi que la diiision des genre,s, en simple, sublime e1
tempéré" iïstement proscrite plus hau[, pour"rait trouver et
placï. Oir dira for[ bien en efret que, selon la nature-du sujet'
ia forme adoptée, la classe de lecteurs ou d'auditeurs aux'
quels on s'fôress'e, les mæurs? les circonstances, et€., It
ri.n". d'éerire sera plus nu ou-plus fleuri, plus négligé or
flus châtié, plus fainilier.ou plys noble.-.Il y a lnêmeceux'
de,
iujets qui sûpportent le mélangê tles tons divers. Mais
ctrÀP. xlx.
là sontrares et demandent une habileté qui nel'est pas moins.
Parfois ln lettre familière peu[ monterlusqu'à l'ëloquence,
et I'orateur chrétien deseeÀdre jusquoà ôoni'erser fariitièrel
ment avec son auditoire. Ne sc- reneontre-t-il pas des ocea-
sions où Ie sourire se glisse au milieu des laimes? Mais,
encore une fois, de la circonspection sur ce point, ct ne perdez
p*a.s de yye le.s précepte_s expôsés dans un iles chapit*er de l.
Dïspositioæ, à propos du vèrs de Boileau :

Passer du grave au dour, du plaisant au sévèra.

En général les liwes. gui traitent d,intdrêts série.x, qui


ont pour-objet rhumanitéo la patrie, les hautes doctrinôs ïe
Ia société, tous les ouvrages diïactiques, religieux, moraux,
politiques, historiques, eligent la graviié du"ton, ia digniÉ
du langage, uneréiervescrùpuleuse"dans re choix des termes.
II ne s'agit pas, bien entendu, d'être roide et collet montd;
je ne demande qu'une aisancé décente, une rdpugnance dé
gorit porr-le trivial ct Ie bouffon. u Le style
!_on [rave, dit
Voltaire, évi[e-les saillies, Ies plaisanteries : s,ii s,éiêve quel-
gy"foir au sublime, si dansl'oc'casion il est touchant, il rentre
,bientôt dans cette.sagesse, dans cette simpricité nobre qui
fait son eaTctère; il a de lâ{orce, mais peù^ de hardiesse. ïa
pf-ur S"3lde dilliculté est de n,étre point monotone. n De
Thog, I'tlospital, d'Aguesseau, M. Griizot, sont d'excellents
modèles de ce que j'appellela ttrautté. '
. Une observation. Ne metteZ pas la gravité dans les sujets
qui ne la,mdritent pas, ne craignez las de Ia mettre dins
ceux qui la compor[ent. L'un efl'autie défaut vient d'une
même source_r- I'1-our-propre. II est des écrivains qui sc
figurent que l'univers eritiei. s'occupe æ qui les occupe,
-4g
gui prennent un air rogue pour ddbiter d-es vétilles, ftui
f'lppesantissent sur de minutiôux détails historiquer ou'pËi-
lologiques, à peine dignes d'êtrc efleurés, gui inontent en
chaire.et prêchent, quantl il faudralt causdr. D'autnes, au
contrahe, redoutanl. par-dessus tout Ie reproche de pédan-
tisme, affectent le langage badin dans les llus graveô ques-
22,
258 DE LA nnÉrontçûr.
tions, croien[ de bon ton de traiter toutes cboses d'une façon
leste et ddgagée, ou sèment les fleurs et les pailrettes ro" td
poulpre et les robcs de deuil. présentez l'hiitoire des dieu!
p.iror et rl_eleurentourage sous la formede Lettres d, Emiliel
je Ie veux bien, le correspondant est à la hauteur tlu suieti
mais s'il s'agit de chimie ou d,astronomie, faites-moi g*4.É
de-votre prose légère et de vos bouque[s à chloris. Les uns
et les autres tombent naturellement ét de bonne foi dans ce
.burlesque que le xvru siècle présentait sous deux faces, l'une
parlant-plaisamment de choies sérieuses, I'au[re pomreuse-
ment dè choses communes ou insignifiantes. Éou"'eoiià*
toute ggpèce de burlesque, ayez soin que votre ton soit tou-
joqrs d'accord avec votie s-ujét.
. La gravité du style, à mesure que le sujet s,élève et
s'agrandil, peu[ arriver à Ia noblesse, à la riehôsse, à Ia ma.
gnificence : la noblesse, quj n'emploie-quc Ies termés les plus
généraux et les lournureé les plui poHès et les plus digies;
la rtchesse, gui I ajoute l'éctat des images, l,ab'ondande aeÉ
ornemenls, le nombre-cle la plrrase, ou qui eneore renferme
sous peu de mots dcs idées fecondes ; la magnï,ficence, gui est
la grandeur dans Ia richesse. II est liien évideirt que ioits tet
sujets et'tous les tons n'admettent pas ces quali[é's.
Quelques-uns cependant ont raigé la nloblesse parmi les
vertus générales du style. Ils s'aflpuient sur Ie' mot de
Boileau,

Le style le moins noble a pourtant sa noblesse,r

Illais rema.rquez quc Foileau dit sa noblesse et non point, /o


noblesse. Aussi quancl les rhéteurs en viennent à eipliquer
ce vers, tous _leurs préceptes et leurs exemples se bofneit à
nous apprendre qu'il faut, en cer[ains g-enres, éviter des
iddes, des images, des expressio-ns farnilièies et'presque tri-
viales, Qui pourraient cependant se supportèr ailleurs.
D'Aguesseau, selon Crévier, ayant à discufe] les droits des
prdtendants à la succession dun acteur de Ia Comédie ita-
lienne, ne se permit pas de le ddsigner par son nom de comé-
cuaP. xtx. 259
dien : Tiberio Fiorelli, dit-il, connu sous uo autre nom
u
dans le monde... n En marge, ajoute Crévier, est le nom de
Scaramouch,e, qrui a été jug? iniligne d'entrer dans le texte.
Or supposons-r.ce {Fe je ne crois pas d'ailleurs, que la dignité
du barreau défendit en effet à d'Aguesseau dbmployer ce
terme, il est évident qu'il noerit dté tullement déplacé, dans
un autre ouwage, par exemple" dans un livre de critique sur
la Comédie ital-ieine. Ainsii tandis que les cJualités qïe j'ai
désignées_comqle essentielle.s sont partout inâispensabtes, ta
noblessc d_r1_style dép_eqd de la nature du sujet-et du genre,
et se modifie 'à I'infini selon les circonstances. Ce qùe l'oi
peut dire seulement pour donner I'universalité au piécepte
de loileau, c'est que, s'il est des genres où Ia noblesse con-
trarie trop manifes[ement le nathrel pour pouvoir être ad-
mise, où-la bassesse et Ia trivialité a'bsoluès soient le seul
moye_n de rester dans Ie vrai, ces genre-s ne sont pas du res-
sort de la eritique, et les honnêtcs gens s'en abstiennent. Et
réellement qu'on[ à fairs avec la rhétorique et la littérature
tg, Pi,pe cassëe de Vadé, ou les ignobles fiarades qubn nous
donne si souvent sous Ie nom de roman et de vaudeville ?
Maiutenan_t quelle idée attaeher à ce mot noblesse, à pro-
pos du style? Itymologiquement, il ne peut signifier qùe Ie
langage $.eL ngbles_; mais quel est le langage des nobles, et
en_q_uoi diffère-t-il de celui du peuple? Quand il y avait ûne
noblesse en Franp,e, il y avait-en même temps un excellent
adage.: Noblessg oblrgg i c'es[-à-dire les prérôgatives que la
société at[ache à une haute naissance exi-gent ôe ceux-à qui
le hasard les a données un courage, une él-évation, une géné-
rosité, certaines_qualités enfin, ei tiuelque sorte hérédità'ires,
dans les_actes, dans. le_s sentiments, dans les habitudes, qui
doivent les distinguer du comtnun des citoyens et se refiéter
dan_s leur lang-agé. a Des âmes sans cesse nourries de gloire
et de vertus, dit Marmontel, doivent nécessairement avoir
une façon de s'exprimer analogue à l'élévation de leurs pen-
sdes. Les objets vils et populaiies ne leur sont pas assez fàmi-
liers pour que les termes qui les rcprésentent soient de ta
langtie qu'ili ont apprise. du ces objèts ne leur viennent pas
200 DE LA nuÉronreug. I

dans I'esprit, ou, quelque circonstan€e . reur en présente


.si.
I'idée etlès oblise
|_tlei!.iàer,,re Àor propre quire"disidà
est eensé leur êt"re-in1od,o,or gt ô'est parïn mot ie leur rangue
habituelle quoils y surrpléent. r
pius, de notilàss* en Francer- poJiriquemenr parlant
*ll
mais lf I décret,
aucun que je sache, n'à banni la noËlesse déI
I'art et de la scienee.- porir ceux q