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Effets métaboliques de la dénutrition chez les

carnivores domestiques
C. BESSON1, P. VERWAERDE2, L. BRET-BENNIS3 et N. PRIYMENKO4*

1 Docteur vétérinaire, 14 voie Romaine, Apt 114, 89000 Auxerre.


2 UP d’anesthésie-réanimation, ENVT, 23 chemin des capelles, 31076 Toulouse cedex
3 UP de biochimie, ENVT, 23 chemin des capelles, 31076 Toulouse cedex
4 UP d’alimentation et de botanique appliquée, ENVT, 23 chemin des capelles, 31076 Toulouse cedex

* Auteur chargé de la correspondance : n.priymenko@envt.fr

RÉSUMÉ SUMMARY

La maladie, le stress de l’hospitalisation ou les mises à jeun diagnos- Metabolic effects of denutrition in dog and cat. By C. Besson, P.
tiques ou thérapeutiques entraînent un état de dénutrition chez les carni- Verwaerde, L. Bret-Bennis and N. Priymenko.
vores domestiques hospitalisés. Chez l’animal sain mis à jeun, les adapta-
tions du métabolisme permettent une économie protéique visant à augmen- Illness, stress of hospitalisation or fasting for diagnostic or therapeutic
ter la tolérance au jeûne. Les tissus privilégient l’utilisation des corps céto- reasons, often make the hospitalised dogs and cats underfeeding. In the case
niques, obtenus via la lipolyse, diminuant ainsi la demande en acides ami- of the healthy animal, metabolic adaptations contribute to spare proteins and
nés glucoformateurs issus du catabolisme protéique qui peuvent alimenter to withstand fasting for a long period. Most tissues use ketones (products by
la néoglucogenèse. Chez l’animal malade ou traumatisé, on assiste à la mise lipolysis), then save amino acids (and then proteins) necessary for gluco-
en place d’un hypercatabolisme dont l’intensité est proportionnelle à la gra- neogenesis. However, in some cases of ill or injured animals, hypercatabo-
vité de la pathologie. Cet état se caractérise principalement par un catabo- lism is correlated with the severity of the illness. This is mainly characteri-
lisme protéique important, bénéfique à court-terme, qui permet de fournir zed by a high level of nitrogen loss, short-term beneficial, which preserves
suffisamment de glucose pour préserver l’intégrité du système nerveux cen- the integrity of the brain, stimulates the immunitary cells and the fibroblasts
tral, stimuler la cicatrisation et le système immunitaire. Cependant, si l’hy- for cicatrisation. At more, long term hypercatabolism leads to severe mal-
percatabolisme perdure, un état de dénutrition grave peut se développer très nutrition. Therefore, it is required to know the pathophysiology of the mal-
rapidement. Il est donc indispensable de connaître la physiopathologie de la nutrition in order to prevent and treat it.
dénutrition pour pouvoir la prévenir et la limiter chez l’animal malade.
Keywords : underfeeding - metabolism - nutrition - dogs
Mots-clés : dénutrition - métabolisme - alimentation - - cats.
chiens - chats.

Introduction de séjour hospitalier, de la durée de convalescence et de la


mortalité [29].
La dénutrition est un état engendré par un déficit, dans des Chez l’animal malade, l’anorexie est la première cause de
proportions variables, en protéines et/ou en énergie résultant
sous-alimentation et de perte de poids. On la définit comme
d’une sous-alimentation, d’une alimentation déséquilibrée
un dégoût de la nourriture dont l’origine est plurifactorielle.
ou d’une malassimilation. Dans les pays en voie de dévelop-
L’anorexie peut notamment être engendrée par le stress de
pement, le kwashiorkor et le marasme, qui représentent les
l’hospitalisation, des douleurs aiguës, une aversion alimen-
cas extrêmes de dénutrition protéique et énergétique tou-
taire acquise ou une altération de l’odorat et du goût. Cette
chent 1 à 3% des enfants, et environ un tiers du reste de la
altération est physiologique chez l’animal vieillissant mais
population enfantine mondiale souffre de malnutrition mar-
peut être aggravée par la maladie ou les traitements en cours
ginale. Bien que les adultes soient en général insuffisamment
[8, 27, 28, 33]. Les affections de la sphère oropharyngée ren-
affectés pour que l’on puisse employer les termes de kwa-
dent la préhension des aliments douloureuse et diminuent les
shiorkor et de marasme (leurs besoins énergétique et pro-
quantités ingérées. De plus, chez l’animal malade, les capa-
téique rapportés au poids sont inférieurs à ceux des enfants
[20]), les formes subcliniques de malnutrition (ou malnutri- cités de digestion ou d’assimilation sont parfois limitées
tion marginale) sont fréquemment rencontrées dans les pays (diarrhées virales, infiltrations digestives, insuffisance pan-
développés chez les adultes hospitalisés, les populations les créatique exocrine...) ou les besoins augmentés (état hyper-
plus pauvres et les personnes âgées [21]. Chez les adultes métabolique ou cachexie cancéreuse), contribuant au déve-
hospitalisés, la prévalence de la malnutrition protidocalo- loppement de la dénutrition [26, 34, 45].
rique est estimée selon les études entre 30 et 50% [7, 32, 41]. Peu de travaux sur la dénutrition sont disponibles chez le
On sait depuis 70 ans, grâce aux travaux de STUDLEY [42], chien et le chat, et ces deux espèces ont des spécificités ali-
qu’il existe un lien entre la dénutrition et les complications mentaires et métaboliques qui rendent difficile l’extrapola-
post-opératoires. Il est aujourd’hui admis que la dénutrition tion des résultats obtenus chez l’homme. A l’heure actuelle,
est à l’origine d’une augmentation de la morbidité (sepsis, on connaît mal la prévalence de la dénutrition chez les carni-
retard de cicatrisation et diverses complications), de la durée vores domestiques hospitalisés et on ne dispose pas de cri-

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tères pertinents pour évaluer et suivre l’état nutritionnel dans en moyenne en un jour chez l’homme [31] et en deux à trois
ces espèces. Lutter contre la dénutrition chez le chien et le jours, chez le chien [16].
chat malade est pourtant indispensable, tant d’un point de Après cette première phase de jeûne, la néoglucogénèse
vue médical que d’un point de vue éthique. prend le relais de la glycogénolyse et devient la principale
Nous allons présenter ici les éléments connus sur la phy- source de glucose de l’organisme. Les principaux précur-
siopathologie de la dénutrition chez l’animal malade. Nous seurs de la néoglucogénèse sont le lactate (produit par la gly-
envisagerons successivement les mécanismes d’adaptation colyse anaérobie), le glycérol (issu de la lipolyse des trigly-
au jeûne mis en place chez l’individu sain, puis les particula- cérides du tissu adipeux) ainsi que les acides aminés gluco-
rités du chien et du chat, et enfin les altérations de ces méca- formateurs (dont l’alanine et la glutamine issus de la protéo-
nismes chez l’individu malade. Ces éléments constituent un lyse musculaire). Dans un premier temps, la néoglucogénèse
préambule nécessaire à la compréhension de la nécessité de se déroule uniquement dans le foie puis, après quelques jours
la mise en place d’un suivi nutritionnel et de la lutte contre la de jeûne, les reins participent à cette voie métabolique en
dénutrition en milieu hospitalier vétérinaire. augmentant progressivement leur production de glucose
libre [3, 44]. L’utilisation d’acides aminés endogènes comme
L’ADAPTATION À UN JEÛNE SIMPLE substrats de la néoglucogénèse signifie que le catabolisme
protéique augmente (figure 1). La néoglucogénèse reste
Lors d’une restriction ou d’une privation alimentaire chez indispensable, même si, après quelques jours, le système
l’individu sain, l’organisme met en place de nombreux nerveux central et le coeur s’adaptent à l’utilisation d’acyls-
mécanismes visant à mobiliser et à économiser les substrats CoA et d’acétyls-CoA [29].
endogènes de manière à permettre la vie, mais aussi à pro-
La lipomobilisation, qui s’opère principalement dans le
longer la durée de survie si le jeûne perdure. Cela se traduit
tissu adipeux, libère du glycérol (utilisé dans le foie pour la
par une adaptation des voies métaboliques, et à une réponse
néoglucogénèse) et des acides gras (transportés dans la cir-
neuro-endocrinienne.
culation générale essentiellement par l’albumine). Ces der-
La réponse métabolique niers représentent une source directe d’énergie par le biais
La réponse métabolique est une des composantes princi-
pales de la réponse systémique qui permet l’adaptation
rapide du métabolisme à une privation alimentaire, à la mala-
die ou au stress. Lors d’un jeûne, l’organisme puise dans ses
réserves pour fournir aux différents tissus et organes les sub-
strats énergétiques dont ils ont besoin. Certains tissus étant
dépendants totalement ou partiellement du glucose (les cel-
lules nerveuses centrales et périphériques, les cellules san-
guines des lignées blanches et rouges, les fibroblastes lors de
cicatrisation, les cellules de la medulla rénale), la glycémie
doit être maintenue. Outre le glucose, les tissus utilisent les
acides gras et les corps cétoniques comme substrats énergé-
tiques. Après une présentation générale des différentes voies
métaboliques mises en jeu pour fournir ces substrats lors de
jeûne ou de restriction alimentaire, les particularités propres
à l’espèce féline seront abordées.
Au travers de la glycogénolyse, le glycogène hépatique
constitue la première source de glucose mobilisée dans les
premières heures de jeûne. Le glycogène est hydrolysé grâce
à une phosphorylase, selon la réaction suivante :
(glucose)n + Pi (glucose)n-1 + glucose-1-P
Le glucose-1-P est ensuite converti en glucose-6-P puis
hydrolysé en glucose libre grâce à une glucose-6-phospha-
tase qui est exprimée principalement dans le foie et plus fai-
blement dans les reins. Le glucose libre est transporté hors
des hépatocytes, et rejoint la circulation sanguine où il
contribue au maintien de la glycémie. Bien que les réserves
glycogéniques musculaires soient abondantes, la glycogéno-
lyse musculaire ne produit pas de glucose libre puisque les
fibres musculaires n’expriment pas la glucose-6-phospha-
tase. Néanmoins, le glucose-6-P obtenu peut rejoindre loca-
lement les métabolismes intermédiaires et énergétiques, ce FIGURE 1. — Les modifications du métabolisme énergétique et protéique
qui contribue à épargner les molécules de glucose d’origine lors de jeûne et lors de la réalimentation chez l’homme d’après [29] (Ce
schéma, valable chez l’homme, est transposable avec des unités de temps
sanguine. Les réserves en glycogène hépatique sont épuisées différentes chez le chien).

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des mécanismes d’oxydation mitochondriale (β-oxydation, de la glycémie au travers de la néoglucogénèse) et cétogènes


cycle de Krebs et phosphorylation oxydative). Les réactions (qui sont dégradés en acétyls-CoA et interviennent donc
de scissions oxydatives mitochondriales des acyls-CoA dans la cétogénèse et dans le métabolisme énergétique)
conduisent à la formation et à l’accumulation de résidus acé- (figures 1 et 2). L’organisme utilise en priorité des protéines
tyls-CoA qui, à l’issue des réactions de condensation, génè- dites “ labiles ” (les protéines plasmatiques, les protéines
rent les corps cétoniques. Ceux-ci deviennent les principales musculaires et viscérales) dont les concentrations sont
molécules énergétiques de l’organisme lors d’un état de variables en fonction des activités de synthèse ou de catabo-
jeûne prolongé, permettant ainsi une économie protéique lisme, plutôt que des protéines constitutives, stables et plus
vitale. En effet, les corps cétoniques sont des formes de difficilement mobilisables (protéines des os, ligaments, car-
transport hydrosolubles des résidus acétyls. Ils sont recon- tilages et tendons) [27]. Un chien mis à jeun pendant douze
vertis au travers de la cétolyse, dans les tissus périphériques, jours consécutifs utilise en moyenne 1g de protéines par kg
en acétyls-CoA directement utilisables dans le métabolisme de poids corporel et par jour [18]. Lorsqu’on le prive de pro-
énergétique. Une forte proportion des acides gras est captu- téines alimentaires pendant 80 jours, il perd 20% de son
rée par le foie au lieu d’être directement utilisée par les tissus poids dont 70% d’albumine (cette perte d’albumine est ini-
périphériques lors de jeûne. Ils sont alors soit oxydés, soit tialement très rapide puis diminue car elle est compensée
utilisés dans la formation des corps cétoniques, soit ré-esteri- partiellement par des synthèses) et 30% environ de protéines
fiés en triglycérides puis sécrétés sous forme de lipopro- constitutives. De plus, les synthèses protéiques s’orientent
téines de très faible densité (VLDL) [10, 31]. La capacité de différemment : les synthèses des protéines viscérales, dont
transport plasmatique des acides gras libres est limitée, à l’albumine, augmentent progressivement au dépend des syn-
l’inverse de celle des VLDL et des corps cétoniques [10]. thèses des protéines constitutives [20].
Dans l’espèce humaine, les corps cétoniques couvrent 7% du Néanmoins, l’augmentation progressive de la cétogénèse
besoin énergétique après une journée de jeûne ; après 10 et l’adaptation en parallèle du système nerveux central et du
jours ils couvrent 13% du besoin énergétique [13]. Chez le coeur à l’utilisation des corps cétoniques, permettent une
chien sain non nourri, la mobilisation des lipides se réalise économie protéique (puisque la demande en acides aminés
plus progressivement que chez l’homme, la cétose qui en glucoformateurs est ainsi diminuée) et, par conséquent,
résulte est ainsi plus modérée, mais l’utilisation des corps ralentissent la perte des fonctions vitales et augmentent la
cétoniques est plus efficace. La résistance au jeûne est donc durée de vie lors de privation alimentaire. Chez l’homme, si
probablement supérieure chez le chien, comparativement à la vitesse initiale d’utilisation des protéines se maintenait,
l’homme [12, 15]. 50% de la masse cellulaire serait perdue en 69 jours ; en réa-
Comme le glucose doit être constamment produit pour lité, il faut 232 jours [36]. A terme, ce catabolisme protéique
maintenir la glycémie à peu près constante, l’animal à jeun affecte le foie et le plasma (pertes de protéines et diminution
mobilise des tissus à forte teneur en protides pour fournir des des synthèses), le tractus gastro-intestinal (diminution de la
acides aminés glucoformateurs (qui participent au maintien masse et atrophie des villosités, altération de la motricité …),

SITUATION NORMALE SITUATION DE JEUNE

Apports Apports Apports


alimentaires alimentaires endogènes
1. Glycogénolyse
- hépatique
- musculaire

2. Néoglucogenèse
acides aminés Catabolisme
glucoformateurs protidique
Glycémie
constante
Lipolyse

Utilisation énergétique Diminution de l’utilisation énergétique


Mise en place d’autres métabolismes Cétogenèse / Cétolyse

acides aminés Catabolisme


cétogènes protidique

FIGURE 2. — Schéma récapitulatif montrant l’adaptation métabolique à une situation de jeûne simple permettant le maintien de la glycémie.

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le système immunitaire (diminution de la synthèse des titude [6]. Quoique il en soit, cette maladie correspond à une
immunoglobulines, perte par les muqueuses et la peau de anomalie métabolique à l’origine de l’accumulation hépato-
leurs fonctions de barrière …), le système pulmonaire, le cellulaire de triglycérides qui peut résulter :
coeur et les muscles squelettiques [14, 27]. - d’une augmentation de la quantité d’acides gras libres
Chez l’homme, lors d’une restriction énergétique aiguë amenés au foie à l’issue de la phase de lipomobilisation dans
(thérapeutique ou expérimentale), le besoin énergétique de les tissus adipeux, associée à une augmentation locale de la
base (BEB) augmente les deux premiers jours, du fait du synthèse de novo d’acides gras [1, 5].
coût énergétique de la néoglucogénèse, de la cétogénèse et - d’un défaut d’oxydation hépatique des acides gras lié à
de la ré-esterification d’une partie des acides gras [31]. un déficit relatif en carnitine (acide aminé nécessaire au
Ensuite, ce besoin énergétique diminue pour se stabiliser à transfert des acides gras dans la matrice mitochondriale) [5,
un niveau inférieur au besoin de l’individu normalement 17] ou à des anomalies des peroxysomes (diminution du
nourri. Le même phénomène se produit lors de malnutrition nombre des peroxysomes hépatiques et formation de peroxy-
chronique mais de manière plus lente et atténuée. Le BEB somes anormaux) [4, 17].
serait diminué en deux phases successives : on observerait - d’un défaut d’exportation des triglycérides sous forme de
d’abord une diminution du BEB par unité de tissu métaboli- VLDL dû à deux types de causes. La diminution des syn-
quement actif grâce à l’augmentation de l’efficacité métabo- thèses protéiques ne permettrait pas de fournir suffisamment
lique puis, au-delà de deux à trois semaines, la diminution du d’apolipoprotéines constitutives des VLDL [17]. De plus, les
besoin énergétique serait essentiellement due à la réduction acides gras libres massivement importés dans le foie seraient
de la masse métabolique liée à la perte de poids [40]. Cette préférentiellement dégradés en acétyls-CoA, ultérieurement
hypothèse n’est pas validée chez l’animal à ce jour. utilisés dans la cétogénèse au lieu d’être utilisés dans la for-
En résumé, la glycogénolyse est la première source de glu- mation des VLDL [37].
cose libre chez l’animal mis à jeun, mais les réserves en gly- Le risque de lipidose hépatique est d’autant plus élevé que
cogène sont rapidement épuisées. La glycémie est ensuite le chat est, ou a été, obèse [4]. Lorsque l’anorexie persiste, le
maintenue constante en grande partie grâce à la néoglucogé- chat atteint est abattu, parfois ictérique, présente des vomis-
nèse qui utilise comme principaux substrats les acides ami- sements, une perte de poids, une amyotrophie sévère, une
nés glucoformateurs issus du catabolisme protéique. hépatomégalie et parfois une encéphalopathie hépatique qui
L’augmentation de l’activité de la cétogénèse, concomitante peut évoluer vers la mort de l’animal [5, 17].
à l’activation de la lipolyse, permet de fournir un substrat La réponse neuroendocrinienne à une restriction éner-
énergétique aux organes et aux cellules capables d’utiliser gétique aiguë
les corps cétoniques, plutôt que le glucose. En limitant l’in-
Les changements métaboliques induits lors d’un jeûne
tensité de la néoglucogénèse, la cétogénèse permet d’écono-
brutal sont contrôlés hormonalement. Plusieurs systèmes
miser les protéines endogènes (figure 2).
sont particulièrement impliqués : les hormones pancréa-
Dans l’espèce féline, il existe d’importantes particularités tiques (insuline et glucagon), les hormones thyroïdiennes et
physiologiques qui conduisent à une adaptation métabolique les catécholamines.
à une situation de jeûne limitée et moins efficace. En effet,
La diminution de l’insulinémie semble être un des pre-
l’activité des enzymes hépatiques intervenant dans le catabo-
miers signaux traduisant le passage d’un état normalement
lisme des acides aminés est adaptée à un régime carnivore
alimenté à un état de privation (< 12h). Elle résulte d’une
strict et demeure peu régulable (très faible capacité d’adapta- diminution de la sécrétion de l’insuline par les cellules β des
tion). Rapidement, les protéines alimentaires sont complète- îlots de Langerhans qui ne sont plus stimulées lors d’une
ment métabolisées. Deux jours après l’instauration d’un diminution de la glycémie. La baisse de l’insulinémie évite
régime sans protéines, l’excrétion urinaire azotée (utilisée d’aggraver l’hypoglycémie en diminuant l’utilisation péri-
comme marqueur du catabolisme protéique) se stabilise à un phérique du glucose, et en augmentant la lipolyse [31].
niveau correspondant à l’excrétion des catabolites provenant Parallèlement, la libération de glucagon est stimulée : on
des protéines endogènes, alors que chez le chien ou obtient globalement une augmentation du rapport gluca-
l’homme, cette stabilisation demande au moins six jours gon/insuline (figure 3). Progressivement, lorsque le jeûne se
[22]. De plus, elle atteint 243 mg/kg 0,75/j [22] et, chez le prolonge, la sécrétion de glucagon revient à son niveau anté-
chien, elle est de 116 mg/kg0,75/j [24]. Ainsi, lors de jeûne rieur, chez l’homme [40].
chez le chat, la dégradation des protéines endogènes se main-
Lors de jeûne ou de restriction énergétique, la concentra-
tient de manière constante à un niveau élevé, et entraîne de tion en thyroxine (T4) circulante n’est pas modifiée, alors
graves troubles cliniques (amaigrissement important, fonte que celle de la 3,5,3’-tri-iodo-thyronine (T3) diminue en 24h
musculaire, sensibilité aux infections …) lors d’une période et se trouve réduite de moitié après trois à quatre jours, chez
trop longue de privation alimentaire. l’homme. La conversion périphérique de T4 en T3 est
En outre, le jeûne dans l’espèce féline est un facteur de réduite au profit de la formation de rT3 (3’,5’,3-tri-iodo-thy-
risque pour le développement d’une lipidose hépatique. ronine), biologiquement inactive (figure 3), chez l’homme
Cette maladie d’origine multifactorielle est souvent qualifiée [40] et chez le chien [19, 25]. Comme la T3 est l’hormone
d’idiopathique, car les mécanismes physiopathologiques à thyroïdienne iodée biologiquement la plus active dans l’in-
l’origine de son développement ne sont pas connus avec cer- duction des enzymes impliquées dans le métabolisme basal,

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Restriction énergétique glycémie. Ainsi, bien que le système neuroendocrinien soit


Réduction de la prise alimentaire l’acteur principal de la régulation de la glycémie, la régula-
tion strictement hépatique joue un rôle complémentaire non
négligeable [35, 44].
Catécholamines
En résumé, on peut retenir que l’adaptation du métabo-
augmentées lisme lors d’un jeûne ou d’une restriction alimentaire chez
l’individu non malade (chez l’homme et probablement aussi
chez le chien), facilite l’utilisation des réserves lipidiques et
permet d’épargner le stock protéique. Cependant, chez le
Insuline Glucagon T3 diminuée
chien ou le chat hospitalisé, la réponse métabolique est alté-
diminuée augmenté rT3 augmentée
rée et les mécanismes d’économie protéique sont parfois
absents, car, à la privation alimentaire, se surajoutent des
situations de stress d’hospitalisation et des manifestations
pathologiques (hypoxie, fièvre, douleur, …).
Diminution Augmentation Augmentation : Diminution du
de l’utilisation de la Glycogénogenèse métabolisme basal RÉPONSE MÉTABOLIQUE À UN JEÛNE COMPLIQUÉ
périphérique lipolyse Néoglucogenèse
du glucose
PAR UN “STRESS”
A la suite d’un stress et quelle qu’en soit sa nature (agres-
FIGURE 3. — Régulations neuroendocriniennes lors d’une restriction énergé-
tique aiguë. sion physique, réaction à un traumatisme sévère, à un choc, à
un sepsis, à des brûlures étendues, à un cancer ou à une chi-
rurgie majeure), il se met en place un hypermétabolisme qui
la diminution de sa formation permet à l’organisme de est une réponse initialement protectrice mais qui devient
réduire le métabolisme énergétique. En revanche, chez le nocive si elle n’est pas enrayée. L’hypermétabolisme est un
chien, les concentrations plasmatiques en T3 et en T4 ne sont des motifs les plus fréquents d’admission en soins intensifs,
pas modifiés après un jeûne de 36h [39]. Cependant, ce tra- chez l’homme. Cela représentait 85% des décès dans les uni-
vail n’avait pas permis de déterminer les concentrations tés de soins intensifs chirurgicaux, il y a une quinzaine d’an-
sériques des formes libres, seules biologiquement actives, et née [11]. Initialement, les premières descriptions faisaient
qui reflètent le statut hormonal réel du sujet. état de deux périodes mais les études nombreuses qui ont
Chez l’homme, l’étude de ZAUNER [48] a montré que suivi, ont permis de subdiviser la réponse physiopatholo-
l’augmentation du besoin énergétique de base (BEB) durant gique au stress en au moins quatre phases différentes : hypo-
les quatre premiers jours de jeûne est corrélée à l’augmenta- métabolisme, hypermétabolisme, réponse inflamatoire sys-
tion des concentrations sériques en noradrénaline, sans qu’il témique et enfin, phase anabolique.
y ait obligatoirement de diminution significative de l’insuli-
némie. Le signal déclenchant la modification des concentra- Première phase : hypométabolisme (24 à 48 premières
tions sériques en noradrénaline serait la diminution de la gly- heures)
cémie. Néanmoins, selon la durée de jeûne, on note soit une La première phase est marquée par une diminution de la
augmentation du BEB et des concentrations en catéchola- fréquence cardiaque, une hypotension, une hypothermie, une
mines lors d’un jeûne court (moins de 4 j), soit une diminu- diminution de la consommation d’oxygène et un déséqui-
tion et une stabilisation du BEB et des concentrations en libre hémodynamique avec oligurie. Dans la majorité des
catécholamines, en cas de jeûne long (plus de 4 j) [48]. Les cas, une hypovolémie et une hypoperfusion exacerbent
catécholamines activent la glycogénolyse et la néoglucogé- l’anoxie ; le métabolisme est alors essentiellement anaérobie
nèse hépatique (consommatrice d’énergie), ce qui contribue- et conduit à une acidose lactique [2]. L’urgence dans ce cas
rait à l’augmentation du BEB, observé dans un premier est le maintien des grandes fonctions et de la volémie. Si le
temps. Elles favorisent la lipomobilisation, directement par soutien cardiorespiratoire est efficace, l’animal passe de
leurs effets hormonaux, et indirectement via l’innervation cette phase hypométabolique brève à la phase d’hyperméta-
sympathique du tissu adipeux. Elles facilitent également la bolisme proprement dite [29].
stabilisation de la glycémie en augmentant la sécrétion de Deuxième phase : hypermétabolisme
glucagon et en inhibant celle de l’insuline [13, 47].
Dans un second temps, une phase d’hypermétabolisme se
Cependant, la production de glucose n’est pas uniquement
met en place, ce qui permet de préserver l’intégrité du sys-
contrôlée par des facteurs neuroendocriniens. Une autorégu-
tème nerveux (en apportant suffisamment de glucose), de sti-
lation hépatique existe, qui correspond à la mise en place de
muler la cicatrisation et le fonctionnement du système
régulations allostériques locales orientant le métabolisme
immunitaire. Cette phase est donc bénéfique à court terme.
hépatique soit vers les voies d’utilisation du glucose (méta-
Elle se caractérise par un catabolisme marqué, une forte
bolisme énergétique, glycogenèse) lors d’hyperglycémie, ou
mobilisation des ressources corporelles, une hyperthermie
soit, vers les voies d’obtention du glucose (néoglucogenèse,
avec augmentation de la fréquence cardiaque et des pertes
glycogénolyse) lors d’hypoglycémie. Ces mécanismes de
urinaires accrues en phosphates, magnésium et créatinine [2,
contrôle locaux permettent de subvenir à la moitié des
46]. On passe ainsi d’une phase caractérisée par une réten-
besoins en glucose du système nerveux central lors d’hypo-
tion hydrosodée à une phase polyurique. Lors de cette phase,

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des acides gras libres (stimulation de la lipomobilisation),


mais la cétogénèse hépatique se révèle moins intense que
durant un jeûne non compliqué (à cause de la diminution par-
tielle de la dégradation oxydative des acides gras et de l’uti-
lisation partielle du glucose à des fins énergétiques grâce aux
actions de l’insuline résiduelle). On observe le développe-
ment d’une hyperglycémie [29, 43, 46]. La réponse métabo-
lique à l’agression est caractérisée par un catabolisme pro-
téique important et une balance azotée négative.
Quantitativement, le muscle représente le stock le plus
important de protéines endogènes. La vitesse de catabolisme
de ces protéines augmente (jusqu’à cinq fois le catabolisme
présent lors d’un jeûne non compliqué), ce qui se traduit par
l’augmentation de l’excrétion azotée urinaire [13]. Lors
d’hypermétabolisme, l’activation du système nerveux sym-
pathique accélère, entre autres, la lipolyse mais aussi la néo-
glucogénèse qui consomme des acides aminés. Le cortisol,
certaines cytokines (IL-1, IL-2, IL-6) et le TNFα sont aussi
des médiateurs responsables de l’augmentation du catabo-
lisme protéique chez l’homme [38, 43]. Ainsi, HUMBERT
et coll. [23] ont réussi à créer un modèle d’état hypercatabo-
lique chez le chien, en combinant une restriction protéique à
l’administration de dexaméthasone. Les acides aminés libé-
rés par le catabolisme protéique sont en partie utilisés pour la
synthèse hépatique des protéines de la phase aiguë (hapto-
globine, α1-antitrypsine, glycoprotéine acide, céruloplas-
FIGURE 4. — Elévation du métabolisme et des pertes azotées urinaires lors mine, protéine C-réactive …) [38]. Cependant, l’augmenta-
de diverses maladies chez l’homme d’après [30]. (Les patients étudiés, tion des pertes azotées n’est pas proportionnelle à l’augmen-
exceptés les patients septiques, recevaient un apport azoté (N) nul ou très tation du BEB (figure 4). Chez l’homme, on constate que
faible. Les pertes azotées reflètent la réponse catabolique. En revanche,
pour les patients septiques, les pertes correspondent autant à l’azote lors d’un traumatisme ou d’un sepsis, les changements méta-
ingéré qu’au stress de la maladie. Le facteur k est un facteur multiplicatif boliques observés conduisent à une surhydratation globale,
du besoin énergétique de base (BEB) dans le calcul du besoin énergétique composée d’une rétention d’eau extracellulaire, d’une perte
du malade (BEM = k x BEB)).
d’eau intracellulaire et d’une perte de potassium extracellu-
laire [38].
L’hypermétabolisme est une cause de malnutrition
le soutien nutritionnel est primordial pour orienter l’animal
majeure mais n’est pas la situation la plus fréquemment ren-
vers une phase d’anabolisme et non vers une défaillance
contrée en milieu hospitalier vétérinaire. Il faut savoir la
organique multiple.
reconnaître, car la mise en place d’un soutien nutritionnel
La dépense énergétique est augmentée proportionnelle- est, après la réanimation, un acte indispensable pour stabili-
ment à la sévérité de la maladie (figure 4). Ainsi, lors de brû- ser l’individu et enrayer le catabolisme protéique, le but
lures étendues chez l’homme, le besoin énergétique peut être n’étant pas, dans l’immédiat, de restaurer les pertes. En
augmenté de 80%, même si la dépense liée à l’activité phy- matière de suivi clinique du statut nutritionnel, les para-
sique est réduite [43]. De plus, lors d’hyperthermie, le méta- mètres importants à retenir sont : une fonte musculaire
bolisme est augmenté de 13% par degré Celsius, chez majeure et rapide, une excrétion azotée urinaire accrue, une
l’homme [27]. Outre les tissus dépendants du glucose, les tis- hyperglycémie-hyperinsulinémie et une forte baisse des
sus de cicatrisation (fibroblastes) et les tissus inflammatoires concentrations plasmatiques des protéines fonctionnelles
obtiennent une grande part de leur énergie de la glycolyse. (albumine, préalbumine..). Cette situation métabolique se
Ainsi, d’une part, le lactate est produit en plus grande quan- distingue de l’adaptation métabolique à une situation de
tité et gagne le foie pour participer à la néoglucogénèse jeûne dans laquelle le besoin énergétique est réduit, le cata-
(cycle de Cori) et, d’autre part, le foie doit faire face au bolisme maintenu constant et l’accumulation des corps céto-
besoin accru de l’organisme en glucose. niques soudaine et intense (tableau I).
L’hypermétabolisme se caractérise par une hyperinsuliné- La phase d’hypermétabolisme atteint son maximum en
mie due à l’augmentation du glucose sanguin associée à une moyenne trois jours après l’événement déclenchant et, dans
insulinorésistance des tissus périphériques. Cette dernière le cas optimal, diminue progressivement après quelques
diminue l’utilisation du glucose notamment par les muscles jours. Elle est caractérisée par un catabolisme important et
squelettiques et le tissu adipeux, et augmente l’intensité de la peut évoluer soit vers une phase de récupération et d’anabo-
néoglucogénèse hépatique. L’association hyperinsulinémie- lisme, soit vers un hypermétabolisme persistant et vers la
insulinorésistance conduit à une augmentation plasmatique mort.

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EFFETS MÉTABOLIQUES DE LA DÉNUTRITION CHEZ LES CARNIVORES DOMESTIQUES 291

TABLEAU I. — Comparaison d’une situation de jeûne simple et de jeûne compliqué chez l’homme d’après [11].

La réponse inflammatoire systémique La phase anabolique


Il arrive parfois que l’hypermétabolisme se maintienne La phase anabolique correspond à une période de conva-
sans diminuer d’intensité. Dans certains cas, une complica- lescence qui dure souvent plusieurs semaines, voire plu-
tion sous-jacente (septique par exemple) explique son main- sieurs mois, car la restauration des réserves corporelles pro-
tien, et la guérison est obtenue après traitement de cette com- téiques et adipeuses est beaucoup plus lente que leur utilisa-
plication. Dans d’autres cas, l’hypermétabolisme perdure et tion [2, 38]. Lorsque la phase d’hypermétabolisme a été
peut entraîner rapidement la mort après l’apparition d’insuf- longue chez l’homme, la convalescence peut même nécessi-
fisances organiques successives : encéphalopathie, insuffi- ter, pendant plusieurs semaines, une assistance respiratoire,
sances respiratoire, hépatique puis rénale en stade terminal jusqu’à ce que le fonctionnement musculaire et le fonction-
[11]. On s’oriente actuellement vers l’hypothèse d’une dua- nement nerveux périphérique soient restaurés [11].
lité entre le “syndrome de la réponse systémique inflamma-
toire” et le “syndrome de la réponse compensatrice anti-
inflammatoire”. Conclusion
Les causes les plus fréquentes qui déclenchent ces cas-
Chez l’animal sain, une situation de jeûne est bien tolérée.
cades de réactions chez le chien sont les phénomènes sep-
Des mécanismes d’adaptation permettent une économie pro-
tiques (les sepsis dus à des bactéries gram négatives d’ori-
téique via une activation plus intense de la lipolyse et de la
gine intestinale sont les plus fréquents), les pancréatites, les
cétogénèse que de la néoglucogénèse. L’espèce féline est
envenimations ophidiennes, et les traumas tissulaires sévères
cependant un cas particulier : le chat n’est pas capable de
(brûlures étendues, chirurgie majeure). L’organe le plus vul-
réaliser une épargne protéique efficace lors de privation ali-
nérable chez le chien est le tube digestif. Dans cette espèce,
mentaire et est, de plus, sujet à la lipidose hépatique.
une réponse inflammatoire systémique se manifeste clini-
L’animal malade et/ou hospitalisé est souvent sous-alimenté
quement par du melena (ulcères) et un ileus qui viennent
(anorexie, incapacité à s’alimenter) et présente parfois un
s’ajouter aux symptômes généraux du choc (tachycardie,
état d’hypercatabolisme dont l’intensité est proportionnelle à
tachypnée, congestion des muqueuses, hyperthermie). La
la gravité de la maladie ou du traumatisme tissulaire. Le
perte de l’intégrité intestinale facilite alors la translocation
jeûne est beaucoup moins bien toléré que chez un animal
bactérienne. Chez le chat en revanche, le poumon est l’or-
sain et la dénutrition peut donc apparaître rapidement et
gane le plus souvent atteint. On observera dans cette espèce,
avoir de graves conséquences via un catabolisme protéique
parmi les signes cliniques, des symptômes d’insuffisance
et lipidique accrus. Pour diagnostiquer ou prévenir un état de
respiratoire (oedème pulmonaire, épanchement pleural...).
dénutrition il est donc nécessaire de pouvoir effectuer un
De plus, dans les deux espèces, le développement de troubles
suivi alimentaire pour tout animal hospitalisé.
de la coagulation dont la coagulation intravasculaire dissé-
minée est fréquente. Les dépôts de fibrine et les micro- En milieu hospitalier humain, bien que l’équipe soignante
thrombi diminuent encore la perfusion tissulaire [9]. ait la possibilité, lorsqu’elle en éprouve le besoin, de deman-
Lors de maladie ou de traumatisme grave, la réponse est der l’avis d’un nutritionniste pour un patient particulier, éva-
donc à deux facettes et peut progresser vers une réponse luer la quantité réellement ingérée par les patients hospitali-
inflammatoire (augmentation des synthèses hépatiques des sés (hors nutrition artificielle) est une gageure. En effet, les
protéines de la phase aiguë tel que la protéine C-réactive, patients peuvent facilement tricher sur leur consommation
diminution des synthèses hépatiques des protéines constitu- réelle, et peser systématiquement les restes serait beaucoup
tives et augmentation des concentrations circulantes de cyto- trop lourd à gérer. En médecine vétérinaire, il est plus facile
kines inflammatoires comme le TNFα, l’IL-1 ou l’IL-6) ou de mesurer la quantité ingérée, car l’animal est en général
vers la prédominance d’une réponse anti-inflammatoire qui nourri avec un aliment unique proposé par l’équipe soi-
mène à la récupération. Une thérapie anti-inflammatoire doit gnante. Néanmoins, les quantités distribuées et refusées sont
ainsi être systématiquement mise en place chez les patients rarement notées.
en soins intensifs pour les aider à surmonter cette phase cata- Aussi, pour décider de la mise en place d’une assistance
bolique [38]. nutritionnelle il faut disposer de critères subjectifs ou objec-

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292 BESSON (C.) ET COLLABORATEURS

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