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L'Edito

Par Alex Anfruns

L'Éducation et la Santé au Honduras : la voie de la privatisation


Par Christine Gilliard

La Colombie résiste au "fracking" : implications de la décision


adoptée par la commission d’experts
Par Rodrigo Bernardo Ortega

Réforme du système brésilien des retraites et droits associés :


qu’attendre du gouvernement Bolsonaro?
Comité Libérez Lula

Cuba : Sur le mantra fourre-tout américain qu’est la « liberté


d’expression » : demandez à Julian Assange
Par Arnold August

Le Venezuela comme vous ne le verrez nulle part ailleurs


Venezuela : Amnesty International au service de l’Empire
Par Roger D. Harris

Craignez la moustache : pourquoi Bolton rend nerveux


même Donald Trump
Par Vijay Prashad

40e anniversaire de la révolution populaire à Grenade :


Maurice Bishop, soldat de la révolution
Par Cris González
L'Amérique rebelle en pleine ébullition

Les manifestations au Brésil, en Colombie et au Honduras ces dernières semaines le


prouvent : le fatalisme n'a pas gagné les esprits, ces sociétés jeunes et dynamiques ne sont pas
prêtes à accepter le sort qu'on leur impose du côté nord de l'hémisphère. Une ingérence
étasunienne de plus en plus flagrante, comme cela a été observé sans le moindre froncement
des sourcils par ce qu'on appelle la "communauté internationale" lors de la crise
vénézuélienne.
Et pourtant, dans la patrie de Bolivar, le plan n'a pas fonctionné comme prévu. C'est
que le peuple vénézuélien a depuis longtemps compris – depuis la révolte du « Caracazo »,
réprimée dans le sang –- que les desseins du FMI ne feront pas son bonheur, et que les
politiques qui appellent à une intervention militaire pour les imposer non plus. Il s'est
également passé une année après l'échec d'un coup d’État au Nicaragua qui n'a pas été appelé
par son nom. Il a fallu du temps pour que les enquêtes présentent sous un jour nouveau la
réalité des faits et exposent le vrai visage des criminels agissant avec la complicité des
manipulateurs. Mais c'est sans doute Cuba le pays qui a la plus longue expérience en dans la
matière, en ce qui concerne les attaques et sabotages multiformes qu'il a subis depuis 60 ans.
Le renforcement du blocus par l'administration Trump n'a d'autre objectif que de faire plier
son peuple, en guise de châtiment pour avoir osé de continuer la révolution, par l'asphyxie
brutale de son économie.
Peu importe qu'une armée de nouveaux bourreaux médiatiques, véritables spécialistes
de com' et de marketing pour l'empire, aient réussi à stigmatiser des processus historiques en
ciblant leurs dirigeants et les mouvements populaires qui les ont conduits. Les peuples latino-
américains savent ce qu'ils ne veulent plus : cette privatisation qui les condamne à envoyer
leurs enfants dans des écoles sans pupitre, à ne pas pouvoir se soigner dans des hôpitaux par
manque d'argent, à vivre éternellement dans des maisons aux toits en carton. C'est grâce aux
pays rassemblés dans l'ALBA –- Cuba, Bolivie, Nicaragua, Venezuela...–- que cette page a pu
être tournée.
Mais les États-Unis reviennent à la charge. Et voici que les mots du vice-président, Mike
Pence, devant l'Académie militaire de West Point, s'adressant à des futurs soldats des sales
guerres, annoncent la couleur : « L'Amérique (Les États-Unis, sic) a toujours cherché la paix.
Mais la paix n'est possible qu'à travers la force. Et vous êtes cette force-là. C'est une certitude
virtuelle que vous combattrez sur un champ de bataille pour l'Amérique (idem) à un moment
de votre vie. Vous conduirez des soldats au combat. Cela va arriver (...) Certains d'entre vous
peuvent même être appelés à servir dans cet hémisphère. Et ce jour-là, je sais que vous
entendrez le son des fusils et que vous ferez votre devoir, vous vous battrez et vous gagnerez ».
Soyez-en sûrs, les nouvelles pages de lutte pour la dignité des millions de Latino-américains,
s'écrivent en ce moment même. Quoi qu'il arrive, elles annoncent un destin commun, celui de
la résistance des peuples de « Notre Amérique ».
ALEX ANFRUNS
L'Éducation et la Santé au Honduras :
la voie de la privatisation

Depuis le 26 avril 2019, le Honduras connaît un mouvement de grèves et de protestations des


enseignants, étudiants et lycéens ainsi que des travailleurs de la Santé. Les fonctionnaires et
plus largement les usagers des services publics, demandent l'abrogation des décrets PCM 026-
2018 et PCM 027-2018 mettant en place une Commission spéciale pour la Transformation des
Ministères de la Santé et de l'Éducation, dans le cadre de l'application de la Loi de
Restructuration et Transformation du Système National de l'Éducation et de la Santé. La
mobilisation est très importante dans tout le pays car il s'agit de l'avenir de deux secteurs clés
de la société mis en cause par le choix ultra libéral du Gouvernement de Juan Orlando
Hernández.

Christine GILLARD

Dix années d'ultra libéralisme

Depuis les années 1990, le Honduras est soumis à une réorganisation administrative consistant en
un désengagement de l'État concernant les services publics. Tout d'abord l'État a procédé à une
décentralisation, qui aurait pu permettre une prise en charge du développement social par les
Territoires au plus près des besoins des usagers. Mais la situation politique en a décidé autrement.
La crise institutionnelle sous la présidence de gauche de Zelaya a abouti à un coup d'état en 2009.
Le Président auto-proclamé Juan Orlando Hernández, soutenu par les États-Unis d'Amérique,
reconnu par la communauté internationale est un ultra libéral. Des élections frauduleuses lui ont
permis d'être réélu en novembre 2017.

Le Honduras s'enfonce dans une crise sociétale profonde. C'est un des pays les plus violents de la
région. Toute opposition est réprimée par une police nationale violente. Le phénomène des maras
s'est développé, en relation avec le narcotrafic. Ces délinquants forment des gangs ultra violents, qui
recrutent parmi les jeunes sans formation et sans avenir. Le taux d'homicides atteint des sommets :
93,11 /100.000 en 2011; 63,8/100.000 en 2015. Pris entre extrême pauvreté et extrême violence,
sans aucune perspective de changement politique, économique et social, les Honduriens partent de
manière isolée depuis une décennie mais le nombre des départs croît de manière considérable à
partir de 2014, atteignant son paroxysme fin 20181.

L'État hondurien est un état faible et corrompu. Les investissements dans l'Éducation et la Santé
sont parmi les plus bas des pays de l'Amérique centrale. Concernant l'enseignement, l'État consacre
à peine mille dollars par an par enfant, quand les pays de l'OCDE en consacrent dix mille. Les
dépenses publiques en matière d'éducation ne représentent que 6% du PIB. Aujourd'hui encore on
recense 4.500 écoles qui ne comportent qu'une seul classe, avec un seul maître pour les six niveaux
que comprend l'enseignement primaire obligatoire. Plus encore, les conditions matérielles sont
déplorables : 75% des écoles sont en très mauvais état, voire détruite en partie, n'assurant pas le
couvert, sans eau et sans latrines. Cette situation est particulièrement fréquente dans les zones
rurales. J'ai visité des écoles dans le Olancho, dans un rayon d'une dizaine de kilomètres de La
Union, petite ville de cinq mille habitants. Une école desservait plusieurs hameaux dont elle était à
égale distance, en pleine campagne.Une classe unique, une jeune maîtresse. Pour tout mobilier un
petit tableau et deux bancs pour les élèves. Les bancs étaient de chaque côté le long du mur pour
éviter la pluie qui tombait par le toit crevé. Le champ pour tout sanitaire. Une autre école, dans un
village, en meilleur état mais fermée par manque d'enseignant.
Si le second degré semble moins démuni, c'est que les collèges se trouvent en zone urbaine. Mais
très peu d'élèves y accèdent, environ 29%, par manque de transport et parce que la gratuité n'y est
pas assurée : uniforme, fournitures, cantine.

La situation des hôpitaux publics est tout aussi préoccupante. Non seulement le nombre
d'établissements est très insuffisant mais les conditions matérielles y sont des plus précaires. On
note même des établissements où l'eau et l'électricité font défaut, même dans les salles d'opération.
Depuis longtemps déjà des cliniques privées proposent leurs services aux patients les plus aisés.
Des fondations, américaines la plupart du temps, financent des cliniques dans les zones rurales et
péri-urbaines, avec des coûts accessibles à la classe moyenne. Par exemple, dans la ville de La
Union, déjà citée, il existe une clinique américaine située en périphérie, proposant des soins
courants dans des conditions techniques et d'hygiène normales, pour une clientèle de salariés
moyens. Dans la ville même il existe un dispensaire public : deux grandes pièces ayant en tout et
pour tout qu'une armoire (vide), un fauteuil, un lavabo, et pas de personnel !

Une réforme éducative inexistante

Une Loi fondamentale a été votée en 2014. L'application de cette Loi suscite des débats dans la
communauté éducative :
– l'obligation de scolarisation en dernière année de maternelle alors que cette obligation
scolaire ne peut pas être respectée par manque de moyens : selon l'UNICEF 78.000 enfants
d'âge pré-scolaire ne sont pas scolarisés. Dans le même temps,2,5 millions d'enfants d'âge
scolaire ne sont pas scolarisés.
– La gratuité depuis la dernière année de maternelle jusqu'à la fin de l'école élémentaire
contenue dans la loi n'a pas de réalité dans les faits, puisque les écoles participant à
l'opération gratuité n'ont pas reçu les fonds nécessaires du ministère, lequel a alors suspendu
l'opération !
– La décentralisation de la gestion des personnels au niveau départemental, ne garantit plus le
paiement des salaires, ni leur niveau, lorsque l'État « oublie » de transférer les fonds
nécessaires.
– Les bourses, pourtant prévues dans la loi, ont été suspendues sans préavis ni avis.
1 Christine Gillard « Migration de masse au Honduras » Journal Notre Amérique décembre 2018.
– La suppression d'un niveau d'enseignement dans l'école élémentaire. En fait, de cette
manière, il y a toujours 9 années, en comptant l'année pré-scolaire.
– Le baccalauréat est réformé. Disparaissent le Bac Lettres et le Bac Sciences regroupés en
Sciences et Humanité, ainsi que les bacs de spécialités professionnelles, en particulier celui
préparé par les futurs étudiants des Ecoles Normales d'Instituteurs, lesquelles sont
supprimées.

De fait, le secteur éducatif public ne s'est pas donné les moyens d'assurer la scolarisation de tous les
enfants d'obligation scolaire entre 5 et 14 ans, ni l'accès au secondaire pour les enfants de 15 à 17
ans. Le décalage est flagrant entre les intentions contenues dans la Loi et la réalité de son
application par le Ministère.

Une réponse libérale

La seule réponse de l'État à ces critiques et aux manifestations qui commencent le 26 avril est la
promulgation le 30 avril 2019 de deux décrets : PCM 026-2018 et PCM 027-2018. C'est une
procédure d'urgence qui évite le débat au Congrès puisque les décrets émanent directement de la
Présidence du Conseil des Ministres. C'est une procédure prévue en cas de guerre, d'épidémie
ou....de troubles. Les décrets d'urgence ont une durée d'application de deux ans, prolongeables
indéfiniment, pendant lesquels les personnels fonctionnaires peuvent être licenciés et les services
transférés au privé.
Les décrets en question prévoient la création d'une Commission Spéciale pour la Transformation du
Système National de l'Éducation et une Commission Spéciale pour la Transformation du Système
National de la Santé. Les objectifs sont de transformer totalement ces deux secteurs, c'est-à-dire de
réorganiser l'administration de la Santé et de l'Éducation, d'élaborer un nouveau modèle de
prestation de services, d'établir des mécanismes d'articulation et de collaboration avec la
coopération nationale et internationale, selon les termes officiels.

L'État se désengageant il permet aussi à d'autres acteurs de prendre la responsabilité de former la


jeunesse hondurienne : les Départements n'en ayant pas les moyens, c'est le secteur privé qui
s'engouffre dans la brèche.
Par exemple l'État n'a construit aucune classe supplémentaire pour appliquer la scolarisation
obligatoire à 5 ans. Le privé en a profité pour s'implanter dans le secteur pré-scolaire, par
l'intermédiaire d'une fondation, la FICOSHA qui agit en partenariat avec d'autres grands groupes
nord-américains.
L'école privée entre en compétition avec l'école publique quant à la gratuité. D'abord parce que le
Public ne respecte pas cette gratuité et ensuite parce que le Privé implante des écoles à coûts très
accessibles dans les quartiers populaires des grandes villes comme Tegucigalpa et San Pedro Sula.
La fracture entre privé et public va s'accentuer au niveau de l'école élémentaire mais aussi dans
l'enseignement secondaire. Le secteur privé construit des établissements secondaires dans les zones
rurales déficitaires et dans les zones urbaines défavorisées, privilégiant l'enseignement manuel et
technique et par là même l'inégalité des chances et la reproduction sociale.

Par ailleurs le secteur public ne garantissant plus le statut de fonctionnaire des personnels en
embauchant des personnels avec des contrats de droit privé, cela permet ainsi une flexibilité et un
moindre coût concernant les salaires et les retraites.
Les parents, comme les patients, se transforment en clients, pouvant évaluer le personnel, par
exemple au moyen d'applications sur les smartphones.

La privatisation rampante est devenue un projet de société, commandité par les Organisations
Internationales (FMI) et le gouvernement des États-Unis d'Amérique dont est totalement redevable
l'actuel Président du Honduras.

La mobilisation

En 2016 un syndicat voit le jour pour veiller à l'application de la Loi fondamentale Éducative. Ses
principaux objectifs sont de défendre l'école publique, laïque et de qualité, participer à la recherche
de solutions, coopérer avec l'État pour améliorer et démocratiser l'éducation nationale. Il s'agit du
Colegio Profesional Superación Magisterial Hondureño.
En 2017 il tire la sonnette d'alarme lors d'une conférence de presse, dénonçant les manquements de
l'État quant à l'application de la Loi éducative, rappelant le manque de classes, d'écoles et
d'enseignants et leur absence de formation en particulier en informatique et en anglais pour le
secondaire. Il dénonce également le non respect des garanties contenues dans la Loi concernant le
statut des enseignants.

En avril 2019 trois experts en Éducation publient un rapport, commandité par l'Internationale de
l'Éducation, intitulé « La Educación en Honduras, entre la privatización y la globalización »
(L'Éducation au Honduras, entre privatisation et globalisation). Il s'agit d'un rapport de 98 pages qui
analyse en profondeur les stratégies du gouvernement hondurien, dictées par les acteurs non
gouvernementaux, dans un contexte d'indigence de cet État (à télécharger sur le site
https://issuu.com/educationinternational/docs/2019_ei-research_privatisation_hond).

Le 26 avril commencent les premières manifestations d'enseignants, étudiants et personnels de


santé. Après la promulgation des décrets, les personnels descendent dans la rue pour demander leur
abrogation, puis ils font grève le 20 mai. Á partir du 23 mai commence une grève générale, avec des
manifestations dans les rues de la capitale et des grandes villes de province. La répression se met en
place.

Un projet global
Ce qui se passe au Honduras est très représentatif du mouvement libéral globalisé qui affecte tous
les continents. En Europe les recommandations de l'OCDE en matière de services publics vont dans
le sens d'une ouverture au secteur privé, avec les valeurs de rentabilité propres à ce secteur. Les
États sont sommés de faire des réformes structurelles, en particulier dans les secteurs de la santé et
de l'Éducation, dont les budgets sont élevés, par l'importance de la masse salariale. Des outils sont
mis en place pour favoriser la privatisation qui, de rampante, se généralise: suppression des
concours de recrutement de la Fonction publique, fermeture des Grandes Écoles Nationales,
contractualisation des personnels...
Finalement le concept de « service public » est remplacé peu à peu par celui de « services au
public ».

Sources
https:/www.wsws.org/fr/articles/2019/05/06/hond-m06.html
https://www.wsws.org/fr/articles/2019/06/01/hond-j01.html
https://issuu.com/educationinternational/docs/2019_ei-research_privatisation_hond
La Colombie résiste au « fracking » :
implications de la décision adoptée par la
commission d’experts

Le gouvernement colombien -fidèle à sa pratique habituelle de suivre les ordres donnés par la
Maison Blanche-, cherche à créer une aura de « neutralité et de responsabilité » autour
du “fracking” qui est loin de la réalité. Le risque pour la santé lié à la pollution des eaux
souterraines est élevé, mais la commission a voulu l’ignorer. Au-delà des études techniques et
de considérer les habitants comme “ignorants” et sans capacité de décision, les universitaires
devraient limiter davantage l’utilisation de cette méthode afin de protéger les espèces
animales et végétales dans un monde déjà trop en marche vers l’autodestruction. Le
“fracking” c’est finir avec l’eau pour obtenir un peu de feu. La résistance à la fracturation
hydraulique est par conséquent d’une importance vitale.
Par Rodrigo Bernardo Ortega
La prétendue commission d’experts « indépendants », convoquée par le gouvernement de Colombie
afin d’analyser les conséquences du “fracking” dans le pays, a produit un rapport contestable basé
sur l’arrogance d’une classe d’individus, qui de façon ostentatoire exhibe « connaissance » et
pouvoir. Cette commission est composée de onze académiciens nationaux et deux étrangers. Elle a
ouvert la porte aux essais pilotes d’exploitation d’hydrocarbures non-conventionnelle qui vont avoir
lieu dans le Nord du pays. Selon ce rapport, le “fracking” ne représente pas une menace
environnementale à condition de suivre de stricts protocoles. D’une part, existe une série de
conditions préalables aux tests pilotes, comme le respect de la loi de transparence, la formation de
personnel, la prise en compte de risques de santé et la mise en place de mécanismes de participation
citoyenne. D’autre part, les conclusions de la commission ont été concentrées sur les
recommandations concernant la mise en œuvre des pilotes en vue d’assurer la participation
communautaire et de clarifier comment transférer aux communautés les bénéfices qui adviendront
de cette activité. Tel on peut le lire entre les lignes, les experts ont autorisé le gouvernement à
débuter l’exploitation et la pollution des ressources au détriment de populations entières.

En effet, les essais vont avoir lieu au Nord du pays, sur une superficie de 33 915 km². Les
départements les plus impactés par cette initiative seront Santader -dont la surface à exploiter par
fracturation hydraulique représente 56 % du total-, suivi par Cesar avec 28 %, Bolívar avec 8 % et
finalement Antioquia avec 7 % [1]. Selon la commission « indépendante », le refus du “fracking”
dans les communes de San Martín (Cesar), Puerto Wilches et Barrancabermeja (Santander), est régi
par l’absence d’information des habitants ; il est également dû à la méfiance à l’égard de
l’extraction des richesses dans les territoires et la connaissance de génération de pauvreté qui en
résulte. Les rapporteurs tentent de démontrer que le rejet sans appel des communautés est dû à
« l’ignorance et à la méconnaissance », aux mythes et rumeurs sur la fracturation plutôt qu’à des
preuves empiriques. Cette manière d’invalider les discours des populations paysannes est un
exemple de la façon par laquelle le gouvernement cherche à tout prix l’exploitation des ressources
en se protégeant derrière un masque de technicisme. En résumant, quiconque contrevient aux soi-
disant preuves et études est un « ignorant qui veut arrêter le progrès de l’économie orange ». C’est
de la mesquinerie !

Conformément aux recommandations des « experts », au moins cinq étapes doivent être suivies
pour l’exploitation non-conventionnelle d’hydrocarbures. D’abord une ligne de base
environnementale -décrit le domaine d’influence du projet ou de l’activité, afin d’évaluer
ultérieurement les impacts qui peuvent être générés ou présentés sur l’environnement [NdT]-, puis
des études hydrologiques -pour analyser les conséquences de la pollution des aquifères- ; ensuite, la
levée de la ligne de base de sismicité -pour tenter de répertorier le réseau de failles et de fractures
naturelles [NdT]-, le forage du puits et enfin l’analyse des eaux de retour -rejets. Voici le protocole
qu’appliquera Ecopetrol -l’entreprise pétrolière d’État-, pour utiliser cette technique controversée
qui a de fervents partisans, dont Julio Cesar Vera, ex-président de l’Association Colombienne
d’Ingénieurs Pétroliers. Selon Vera, le fait que le “fracking” produise des séismes est
« techniquement un mensonge », parce que la profondeur atteinte est de 3 à 5 kilomètres de sorte
que toute fracturation va générer un effet de 200 mètres et une sismicité associée équivalente à
l’impact d’une bouteille d’eau jetée dans le sol [2]. Toute cette collection d’arguments en faveur de
la fracturation hydraulique démontre l’empressement du gouvernement à prouver « l’innocence » de
cette technique. Il faudra rappeler à Vera et à tous les fonctionnaires qu’en 2014 la compagnie
Aruba Petroleum Inc. a dû payer une amende de 2,9 millions de dollars à une famille au Texas pour
des dommages causés à leur santé [3]. Pourquoi la parole d’experts pèse-t-elle dans certains cas
mais pas dans d’autres ? La réponse est simple : pour l’argent et le pouvoir.

Bien que les recommandations formulées par la commission d’experts indépendants présentent
quelques limites dans la mise en œuvre des essais pilotes, la réalité est que le gouvernement et en
particulier la ministre des mines, María Fernanda Suárez, garderont uniquement ce qui leur convient
: l’approbation du début de l’exploration d’hydrocarbures [4]. Pour cette raison, il est nécessaire
d’établir des motifs pour lesquels les secteurs écologiques et alternatifs en Colombie doivent
résister à l’escalade promue par le gouvernement colombien.

En premier lieu, d’après l’activiste contre le “fracking” de « Alianza Colombia Libre » Óscar
Sampayo, les populations n’accèdent qu’à très peu d’information. L’État cherche ainsi à dissimuler
les véritables conséquences de la fracture hydraulique afin de la réduire à une question technique. Il
n’y a ni clarté ni transparence dans la procédure et quoique les partisans de la fracturation aient
affirmé « plus il y a des connaissances, moins il y a de risques », la vérité est que plus cette
technique sera connue, plus les secteurs s’y opposant seront nombreux. C’est pourquoi celui qui a la
connaissance a le pouvoir de décision.

Deuxièmement, il existe ce que nous pouvons appeler « méconnaissance programmée », c’est-à-dire


qu’il n’y a pas actuellement d’inventaire des ressources en eau, plantes, animaux ni autres espèces,
de même que le potentiel des eaux souterraines est inconnu (et il n’est pas important de le
connaître). En d’autres termes, aucune évaluation des conséquences possibles de la fracturation
hydraulique n’est considérée. La commission d’experts aurait effectué un certain nombre de travaux
sur le terrain pour analyser d’éventuelles répercussions, mais aucun résultat n’a été présenté. Le
rapport a simplement été approuvé sans tenir compte des biens et des ressources qui pourraient être
affectés. Cette méconnaissance programmée a pour but de sous-estimer les dangers, voire même de
les ignorer en simplement les qualifiant de « réclamations d’écologistes ». Toutefois, le problème
fondamental est que le gouvernement et ses institutions créent une dissimulation stratégique pour
éviter une mobilisation plus imposante contre le “fracking”.

La troisième raison de s’opposer et de résister est la mythomanie à propos d’un “fracking


responsable”, car il ne peut y avoir de telles absurdités. Comme l’Alliance Colombie Libre contre la
fracturation l’a constamment affirmé, il n’existe pas dans le monde une technologie capable de forer
et de produire des puits sans extraire de matières radioactives et toxiques [5]. Si tel était le cas, des
pays qui se considèrent à l’avant-garde de l’industrialisation comme l’Allemagne ou la France
n’interdiraient pas cette technique. Le gouvernement colombien -fidèle à sa pratique habituelle de
suivre les ordres donnés par la Maison Blanche-, cherche à créer une aura de « neutralité et de
responsabilité » autour du “fracking” qui est loin de la réalité. Au contraire, l’approbation de la
commission d’experts a porté un coup sévère aux secteurs indépendants et souverains qui
comprennent les dangers qui en découlent. L’illusion créée par le gouvernement d’Iván Duque est
que la production supplémentaire de pétrole est un succès de son plan gouvernemental, tandis qu’il
cherche à masquer les terribles conséquences environnementales provoquées par la fracturation des
roches.

Enfin, il convient de se demander qui prend en considération les demandes démocratiques des
populations ? L’administration actuelle a clairement tendance à nier les opinions et les objections
des opposants à de tels projets. La commission a résolu cette affaire en accusant ces communautés
d’ignorer les procédures. Au-delà de cette manifestation de mépris et d’élitisme, la Colombie n’est-
elle pas en train de prouver qu’elle n’est qu’une prétendue démocratie ? Les exemples de Jericó
(Antioquia), Fusagasugá (Cundinamarca), Curumam (Meta), Plata (Huila) et Cajamarca (Tolima),
montrent clairement que la participation est la clef de voûte de tout processus démocratique, raison
pour laquelle les essais pilotes doivent également passer par le tamis d’un mécanisme participatif,
au risque de voir la souveraineté des populations bafouée [6]. Nul n’ignore que le gouvernement
Duque est autoritaire, antidémocratique et violent envers les plus démunis.

En témoigne le discours « développementiste » de l’économie orange qui cherche à masquer les


graves dangers environnementaux auxquels seront soumis des milliers de personnes.
Pour la ministre des mines et de l’énergie, les recommandations de la commission sont “intégrales
parce qu’elles comprennent une variable sociale et pas seulement technique”. Tellement
d’hypocrisie pour valider quelque chose qu’on ne respectera pas. En effet, le gouvernement est le
premier à critiquer les consultations populaires ; ce mécanisme de souveraineté empêche le
développement de projets miniers et énergétiques considérés comme essentiels au développement
du pays. Les implications négatives -effets sanitaires, climatiques et environnementaux- de la
fracturation hydraulique, le “fracking”, ne sont pas la préoccupation du président ni de la ministre
concernée, sinon cette technique serait interdite immédiatement.
Derrière la notion de développement se présente une question non moins grave :
l’approfondissement de l’impérialisme économique. Les mêmes sociétés qui exploitent
historiquement le pétrole dans le pays ont déjà manifesté leur intérêt pour les puits non
conventionnels. Et ce n’est pas une surprise si ces compagnies sont d’origine nord-américaine.
L’Exxon Mobile et la Conoco Phillips veulent prendre le contrôle des ressources trouvées dans le
Magdalena Medio [7]. À cet égard, les accords commerciaux avec le magnat-président Donald
Trump prévoient la remise de la souveraineté nationale à l’impérialisme transnational. Cela signifie
que la fracturation hydraulique n’a pas seulement des effets socio-environnementaux, mais aussi
économiques, d’où les nombreux motifs de la résistance.

À titre d’exemple, on peut dire que le “fracking” entraîne des dommages irréversibles pour
l’environnement, dont les habitants de la zone concernée sont tributaires. C’est la raison pour
laquelle l’annonce de la commission d’experts s’est avérée être un moment fort décevant car
annihilant les espoirs des communautés qui résistent à l’exploitation de leurs territoires. Le risque
pour la santé lié à la pollution des eaux souterraines est élevé, mais la commission a voulu l’ignorer.
Au-delà des études techniques et de considérer les habitants comme “ignorants” et sans capacité de
décision, les universitaires devraient limiter davantage l’utilisation de cette méthode afin de
protéger les espèces animales et végétales dans un monde déjà trop en marche vers
l’autodestruction. La résistance à la fracturation hydraulique est donc d’une importance vitale.

Notes :
[1]-https://www.eltiempo.com/colombia/otras-ciudades/asi-es-como-ecopetrol-planea-hacer-
fracking-en-colombia-327390
[2]-https://www.eltiempo.com/economia/sectores/recomendaciones-de-expertos-para-hacer-
fracking-en-colombia-327126
[3]-https://sostenibilidad.semana.com/medio-ambiente/articulo/tribunal-favorece-familia-afectada-
fracking/31177
[4]-https://www.semana.com/nacion/articulo/fracking-en-colombia-comision-de-expertos-dijo-que-
si/601668
[5]-http://www.uniminutoradio.com.co/es-conveniente-o-no-el-fracking-en-colombia/
[6]-https://www.eltiempo.com/colombia/otras-ciudades/municipios-en-colombia-que-le-han-dicho-
no-al-fracking-298502
[7]-http://caracol.com.co/radio/2019/02/15/economia/1550250155_611304.html
Réforme du système brésilien des retraites et
droits associés : qu’attendre du gouvernement
Bolsonaro?

« Ai-je dit que je comprenais quelque chose à l’économie ? », a répondu le président


Bolsonaro à une question sur la baisse du produit intérieur brut (PIB) dans son pays au cours
de ce premier trimestre 2019. Et il a rajouté : « Je fais 100 % confiance à l’économie de Paulo
Guedes » (ministre de l’économie, NDLR). Sa solution miracle ? S’attaquer au système de la
sécurité sociale, afin de saigner les retraités brésiliens, après que ceux-ci aient passé leur vie à
s’épuiser au travail !

Prétendre ne rien comprendre à l’économie, c’est l’habile prétexte d’une extrême droite qui
confie les rênes au plus consciencieux des représentants du capitalisme néolibéral, qui plus est
à un authentique « Chicago Boy ». Révélant ce qui se cache derrière les mystifications et
déclarations chocs du prestidigitateur Bolsonaro et ses émules, cette analyse du projet de
réforme des retraites brésiliennes montre quelles sont les véritables conséquences pour les
gens de cette politique aux allures de cataclysme pour le service public.

Par Alex Anfruns / Libérez Lula


I – Des temps difficiles s’annoncent pour la Sécurité Sociale brésilienne

Le 20 février 2019, le gouvernement Bolsonaro a envoyé au Congrès National sa proposition de


Réforme du système brésilien de retraites (PEC n°6 -2019). L’intention du gouvernement est de la
faire approuver dès le premier semestre 2019. Dans ce but, il pense user d’artifices réglementaires
pour accélérer le processus législatif dans les deux chambres du Congrès National.
Selon le dictionnaire « Aurélio », réformer veut dire « donner une meilleure forme, améliorer,
renforcer ». Pourtant la PEC 6-2019 démontre clairement que l’intention du gouvernement
Bolsonaro n’est pas de renforcer le système brésilien de retraites mais de faire sauter le système de
protection sociale établi par la Constitution Fédérale de 1988 (CF).
Après la promulgation de la CF de 1988, le Brésil a remplacé un système de « Prévoyance »
[sociale ] (Note du traduteur 1: voir note liminaire) par un début de construction d’un véritable
Système de Sécurité Sociale, au moyen duquel l’Etat assure la protection des citoyens de la
naissance à la mort.
Le régime des retraites est l’un des trois piliers de la Sécurité Sociale, avec la Santé et l’Assistance
Sociale. La Santé est un droit assuré à tous, et de ce fait, d’accès universel (CF/88, art. 196).
L’Assistance Sociale est destinée à ceux qui en ont besoin (CF, art. 203). En revanche, le régime des
retraites est organisé selon un principe essentiellement contributif et par affiliation obligatoire (CF,
art. 201 et 202 c/c art.40).
Cette nouvelle PEC est une des expressions de l’ultralibéralisme économique qui domine dans le
gouvernement fédéral depuis le coup d’Etat [« Golpe »] de 2016 (2: destitution de Dilma Roussef) .
Cette proposition est cohérente avec l’Amendement Constitutionnel 95, qui impose le gel des
dépenses publiques jusqu’en 2036, et avec la réforme du droit du travail, deux réformes dues au
gouvernement Temer. D’ailleurs sur le plan économique les deux gouvernements Temer et
Bolsonaro sont sur la même ligne, ce sont les deux faces de la même monnaie.
Le résultat en est tragique : déséquilibre du rapport entre capital et travail en faveur des patrons,
diminution significative des investissements publics ainsi que des politiques sociales, spécialement
en matière d’éducation et de santé. Le chômage et l’emploi informel restent extrêmement élevés, les
revenus du travail ont diminué et l’économie s’en trouve ainsi paralysée, ce qui aggrave la crise
sociale. Tout cela tend à démontrer que les pauvres, les travailleurs, leurs représentations politiques
et syndicales sont les cibles majeures du gouvernement Bolsonaro.
Dans ce contexte, la défense du système de protection sociale prévu par la Constitution de 1988
apparaît comme un élément central de la lutte pour la démocratie et pour les droits des classes
laborieuses.
II – La réforme système de retraites par le gouvernement Bolsonaro provoque l’éclatement
du système de Sécurité Sociale
La PEC n°6 -2019, qui traduit la prétendue « réforme » du régime des retraites du gouvernement
Bolsonaro, entraînera des changements structurels dans le Système de Sécurité Sociale, qui léseront
des millions de brésiliens et de brésiliennes. Après sa présentation le 20 février 2019, la PEC sera
complétée par d’autre projets de loi et de mesures provisoires, ainsi est en discussion au Congrès la
MPV 871/2019, qui traite des allocations d’invalidité.
Le gouvernement prévoit une économie de financement de 189 milliards de R$ (3: R$= convention
pour « reais ») en 4 ans, et de 1 164,7 milliards R$ en 10 ans.
Nous recensons ci-après plusieurs aspects fondamentaux selon nous de cette PEC n°6-2019.
1. Rupture de l’unité du Système de Sécurité sociale
La Constitution de 1988 établit que « la sécurité sociale comprend un ensemble intégré d’actions à
l’initiative des Pouvoirs Publics et de la société, destinées à assurer les droits à la santé, à la retraite
et à l’assistance sociale » (art 194).
Cette unité de la Sécurité Sociale s’exprime y compris par le fait que la Constitution prévoit un
budget propre pour la Sécurité Sociale, dans le but de ne pas mélanger les recettes et les dépenses
de Sécurité Sociale avec celles relevant d’autres domaines du gouvernement. Ce n’est pas pour une
raison différente que le Budget de l’Union [l’Etat Fédéral] se répartit en Budget Fiscal, Budget
d’Investissements et Budget de Sécurité Sociale.
La PEC n°6-2019, en conformité avec le discours néolibéral, prétend fragmenter la Sécurité
Sociale, en rupture avec l’idée d’un Système régi par des critères tels que l’universalité,
l’équivalence des pensions et la distributivité. Cette proposition de loi modifie l’article 194 de la CF
en écrivant que la Sécurité Sociale sera organisée, entre autres, selon le principe d’une « base de
financement diversifiée, avec séparation comptable des budgets de santé, retraite et assistance
sociale, tout en maintenant le caractère contributif pour la Retraite ».
La PEC vise à financer un système des retraites dépourvu de critère de solidarité, basé uniquement
sur les capacités contributives individuelles. Notre système de protection sociale antérieurement à la
Constitution de1988 était déjà organisée exclusivement ou de façon prédominante sur une logique
contributive : le résultat en fut le renforcement des inégalités sociales, dès lors que les politiques
correspondantes ne touchaient que les travailleurs du secteur formel en excluant tous les autres (les
travailleurs du secteur informel, les employés de maison, les travailleurs ruraux), fréquemment
affectés par la pauvreté. En 1970, 55% de la population brésilienne disposait d’un revenu au salaire
minimum de l’époque. Rompre avec l’idée de la Sécurité Sociale nous ferait retrouver ce scénario,
ce qui constituerait un énorme recul.
2. Régime financier par capitalisation
La PEC n°6-2019 introduit une modification structurelle dans le système des retraites en autorisant
l’adoption d’un régime financier de capitalisation individuelle, aussi bien pour les fonctionnaires
que pour les travailleurs du secteur privé. La capitalisation avec des comptes individuels, pourra
être adoptée aux termes d’une Loi Complémentaire, moyennant certaines dispositions [générales]
déjà fixées. Ce système de capitalisation vaudra pour les nouveaux entrants dans le système de
retraite.
Sur le sujet de la capitalisation, le texte de la PEC apparaît contradictoire. Dans la partie socle de la
Constitution les articles 40, §6 et 201, §12 de la CF disposent que la capitalisation est obligatoire et
ne présentent aucune garantie de connexion avec le salaire minimum. Pourtant le nouvel article 115
ADCT (acte des dispositions constitutionnelles transitoires) de la PEC écrit que la capitalisation
sera instaurée alternativement aux régimes général et spécial et que le salaire minimum constituera
la référence pour la valorisation des allocations.
Le régime des retraites a toujours été organisé selon le principe de la répartition, et non celui de la
capitalisation. La caractéristique fondamentale de la répartition est la solidarité entre assurés, de
sorte que les actifs assurent le paiement des allocations dues aux assurés en inactivité. Il n’y a pas
de comptes individualisés, mais des transferts intergénérationnels. Pour faire simple : c’est le
revenu des plus jeunes d’aujourd’hui qui est taxé pour financer la retraite des plus âgés.
Dans le régime par capitalisation, l’assuré contribue en vue sa future pension personnelle ; pour cela
il faut établir un rapport entre la valeur de la contribution et le montant de la retraite de chacun. La
caractéristique centrale est individuelle. Il s’agit d’une épargne individuelle, selon laquelle l’assuré
reçoit une pension en rapport avec sa capacité contributive et le rendement du placement de ses
contributions auprès de banques privées.
L’expérience internationale montre que la capitalisation a provoqué un phénomène d’exclusion de
la Prévoyance et une diminution des retraites. Cet échec peut être observé dans des pays comme le
Chili, la Colombie, le Mexique et le Pérou. (4: Au Chili, le premier pays au monde qui ait privatisé
le système de retraites, le régime de capitalisation a été introduit au début des années 1980, sous le
gouvernement du dictateur Augusto Pinochet. Chaque travailleur a dû constituer sa propre
épargne, déposée sur un compte individuel et administré par des entreprises privées, qui peuvent
l’investir sur le marché financier. Pourtant, trente-cinq ans plus tard ce pays connaît une situation
insoutenable, du fait de la faible valeur de ce que reçoivent les retraités. Selon la Fondation Sol, en
2015 90,9% d’entre eux recevaient moins de 149 435 pesos (près de R$ 694,08). Le salaire
minimum au Chili était à 264 000 pesos (près de R$ 1 226,2). La Fondation Sol, une organisation
chilienne indépendante, qui s’occupe d’analyses économiques et du travail, appuie ses calculs sur
la base des informations de la Superintendance des Retraites du gouvernement [chilien].)
La PEC établit que le système de capitalisation remplacera le système actuel et garantira un niveau
équivalent au le salaire minimum, au moyen d’un fonds de solidarité. Cette prévision révèle que
l’intention centrale du gouvernement Bolsonaro est de faire un cadeau aux banques privées,
pressenties pour administrer les ressources. La PEC prévoit que le travailleur pourrait choisir
l’entité ou les modalités de gestion des réserves, avec droit de portabilité.
3. Déconstitutionnalisation des normes du régime des retraites.
La PEC retire de la Constitution différentes règles qui régissent les retraites des régimes particulier
et général. Il y aura une Loi Complémentaire relative à l’organisation et au fonctionnement des
différents régimes, qui concernera entre autres, le montant des retraites et les conditions
d’attribution, le mode de financement, la collecte des cotisations, l’application et l’utilisation des
ressources, la fiscalisation (cf. , art.40 §1 et art.201 §1).
La déconstitutionnalisation permettra des modifications plus rapide du régime des retraites,
puisqu’une loi complémentaire est approuvée à la majorité absolue (50% +1 des membres de
chacune des deux Chambres) , alors que la PEC requiert l’approbation des 3/5 dans chaque
Chambre.
4. La règle permanente s’appliquant aux travailleurs du secteur privé.
La PEC requiert d’une façon générale un âge minimum de 62 ans pour le départ en retraite des
femmes et de 65 ans pour les hommes, ainsi qu’une cotisation obligatoire durant 20 ans au
minimum. Cette règle s’appliquera aux nouveaux travailleurs du secteur privé. En ce qui concerne
ceux qui contribuent déjà pour la retraite, la proposition [PEC] prévoit des dispositions transitoires.
Cependant, l’âge minimum requis augmentera avec celle de l’espérance de vie (CF, art.201, §7).
En pratique, la PEC met fin au droit à la retraite en fonction du temps de cotisation (qui
n’interviendra que dans les dispositions transitoires). Pour prendre sa retraite, le travailleur devra
avoir l’âge minimum requis et avoir cotisé la durée minimale. Ce sont les femmes qui en pâtiront le
plus, puisque l’âge minimum passe de 60 à 62 ans. L’âge minimum pour les hommes ne change pas.
Le tableau ci-dessous illustre la proposition en ce qui concerne les travailleurs du secteur privé
En faisant passer de 15 à 20 ans la durée de contribution obligatoire minimale donnant droit à la
retraite, la PEC aggravera les inégalités sociales. Cela parce que cette durée minimum de 20 ans va
exclure du système des retraites de nombreux travailleurs, particulièrement les moins bien payés,
ceux qui souffrent le plus du marché du travail « informel » et de son instabilité, aggravés par la
récente réforme du droit du travail.
Il y a actuellement peu de travailleurs qui peuvent présenter la durée de contribution actuellement
demandée, quand ils atteignent l’âge minimum légal de départ en retraite. En 2014, plus de 60% des
travailleurs urbains qui partaient en retraite avec l’âge légal n’auraient pas eu droit à pension s’il
leur avait été demandé d’avoir cotisé 20 ans. (5: Informations déduites des données élémentaires de
l’INSS/RGPS de 2014, présentées dans le Boletim Legislativo 65 de juin 2017 de la Commission
Consultative du Sénat Fédéral. Auteurs : Joana Mostafa et Mario Theodoro)
4.1. Règle permanente pour les enseignants
Actuellement il n’y a pas d’âge minimal requis pour la retraite des instituteurs. Il suffit qu’ils aient
travaillé 25 ans pour les femmes, et 30 ans pour les hommes.
La PEC va exiger un âge minimum de 60 ans et 30 années de cotisation, tant pour les hommes que
pour les femmes, en ignorant la double journée de travail effectuée par les femmes.
4.2 Règle permanente pour les travailleurs ruraux
La PEC fait passer de 55 à 60 ans l’âge minimal requis pour la retraite des femmes et maintient
celui de 60 ans pour les hommes, ignorant la double journée de travail effectuée par la travailleuse
rurale.
De plus, l’exigence du minimum de 20 années de cotisations obligatoires représentera un obstacle
difficile à surmonter pour les ruraux car ceux-ci travaillent en général sans contrat de travail ou
comme saisonniers.

4.3 Fin de la retraite pour les travailleurs ruraux – (retraite spéciale)


La PEC met fin à la retraite pour les travailleurs ruraux, puisqu’elle exige la preuve formelle de
contribution pour établir le droit à la retraite des travailleurs de l’agriculture familiale ( et des
artisans-pêcheurs et des travailleurs qui travaillent dans la collecte de produits,) selon un détail que
définira une loi complémentaire (cf. art. 195 §§ 8 et 8.A, et art.201, §7). Actuellement, il suffit que
l’assuré social fasse la preuve de sa condition d’assuré « spécial » pour avoir doit à sa pension.
La cotisation sera basée sur « la commercialisation de la production rurale, compte tenu de la valeur
minimale que fixera la loi » et concernera tout le groupe familial. S’il n’y a pas de
commercialisation, chaque assuré devra contribuer directement la valeur de la cotisation de retraite,
sous peine de perdre son statut d’assuré.

La PEC fixe à R$ 600 000 la contribution du groupe familial tant que ne sera pas promulguée la loi
définissant la valeur minimale de cotisation de l’assuré « spécial ».
Outre cette exigence de prouver la contribution à la retraite, la PEC porte la durée de cotisation
minimale de 15 à 20 ans, ce qui constituera certainement un motif d’exclusion du système.
Le tableau est encore plus grave si l’on considère la MPV n°871 de 2019, qui autorise la cessation
du versement des pensions sans droit de recours par le bénéficiaire.
5. La règle permanente pour les fonctionnaires.
La PEC fixe une règle générale d’un âge minimal pour le départ en retraite des fonctionnaires de
l’Union (fédéraux), des Etats, du District Fédéral [Brasilia] et des Communes à 62 ans pour les
femmes et 65 ans pour les hommes., avec des cotisations obligatoires durant un minimum de 25
ans. Cette règle s’appliquera aux nouveaux fonctionnaires. Pour ceux qui cotisent déjà pour la
retraite, la proposition de loi prévoit des règles de transition. Cependant, l’âge minimal requis
augmentera à mesure de l’augmentation de l’espérance de vie (cf. art. 40 §1, et art. 201 §7.
En pratique, l’âge minimum requis augmente de 7 années pour les femmes et de 5 pour les
hommes, La preuve du temps d’activité est remplacée par les 25 années de cotisations.
5.1 Règle permanente pour les instituteurs du secteur public
Pour les instituteurs, la PEC augmente l’âge minimal de 50 à 60 ans pour les femmes (augmentation
de 10 ans), et de 55 à 60 ans pour les hommes. La durée de cotisation passe en outre à 30 ans pour
les deux sexes, ce qui une fois de plus porte tort aux institutrices.
5.2 Exclusion des Forces Armées, de la police militaire et des pompiers militaires.
Les militaires de l’Union, des Etats, du DF et des Communes ont été exclus de la PEC n°6 -2019.
Les policiers et pompiers militaires obéiront aux mêmes règles que les Forces Armées et seront
également exclus de la PEC. De plus, la possibilité est octroyée aux militaires « versés au cadre de
réserve » de travailler dans le secteur civil.
L’exclusion des militaires de la PEC est la preuve du mensonge du gouvernement Bolsonaro en ce
qui concerne la lutte contre les privilèges.
6. Réduction des montants des retraites pour les fonctionnaires et les travailleurs du secteur
privé
La PEC prévoit une réduction drastique du montant des pensions de retraite, tant du régime général
que des régimes particuliers.
Le montant sera égal à 60% de la moyenne des salaires sur lesquels sont basées les cotisations,
augmenté de 2% supplémentaires pour chaque année supplémentaire cotisée au-delà des 20
premières. Pour prendre sa retraite avec 100% du salaire [moyen ! note du T], les travailleurs et les
fonctionnaires auront dû cotiser pendant 40 ans.

La valeur de la pension de retraite ne pourra descendre en dessous du salaire minimum (R£ 988,00),
ni dépasser le Plafond de l’INSS (R$ 5 839, 45).
(N.du T.: La PEC prévoit des règles de transitions pour les travailleurs du secteur privé et pour les
fonctionnaires, ces détails sont décrits sous les paragraphes 7 et 8 du texte en portugais. Il s’agit de
règles techniques de « raccordements » plus ou moins linéaires; on se reportera au texte original et
surtout aux petits tableaux pour vérifications éventuelles.)
7. Règles de transition pour les travailleurs du secteur privé
8. Règles de transition pour les Fonctionnaires
(…)
9. Pension de retraite d’invalidité
Actuellement le montant de la retraite pour les travailleurs ou fonctionnaires souffrant d’invalidité
permanente est de 100% de la moyenne des salaires pris en compte pour les cotisations. Selon la
PEC, ce montant est baissé à 60%, augmenté de 2% para année de cotisation excédant les 20
premières années. Ainsi, pour prendre une retraite d’invalide à 100%, le travailleur aura dû cotiser
pendant 40 ans.
La règle ci-dessus ne s’appliquera pas en cas d’accident du travail, de maladie professionnelle ou
contractée au travail [doença de trabalho]. Dans ces cas, le montant de la retraite sera 100% de la
moyenne des salaires, comme actuellement.
10. Pension de réversion
Actuellement, le montant de la pension de réversion, en cas de mort d’un conjoint [pensão por
morte] est de :
1. Pour le régime général (travailleurs du secteur privé) : 100% de la retraite de l’assuré
décédé, limités par le plafond de la RGPS.
2. Pour le régime particulier des fonctionnaires : 100% de la retraite de l’assuré décédé écrêtée
par le plafond du RGPS ; plus 70% du montant dépassant le plafond RGPS.
La PEC abaisse le montant de la pension de réversion, à 60% du montant perçu par l’assuré décédé,
augmenté de 10% par personne rattachée supplémentaire [dependente adicional] :
La règle ci-dessus ne s’appliquera pas en cas d’accident du travail, de maladie professionnelle ou
contractée au travail [doença de trabalho]. Dans ces cas, le montant de la pension restera 100% de la
retraite de la personne décédée.
Les pensions de réversion actuellement versées seront maintenues telles que.
11. La fin du minimum Vieillesse ( allocation de solidarité aux personnes âgées pauvres)
La proposition de loi raye de la Constitution la référence à la retraite en allocation continuée. A la
place, seraient instaurées deux modalités de pension minimale en faveur des personnes en situation
d’extrême pauvreté :
1. Une personne d’âge compris entre 60 et 69 ans bénéficierait d’une allocation mensuelle de
R$ 400.
2. Une personne âgée ayant plus de 70 ans bénéficierait d’une allocation égale au salaire
minimum
3. Une personne en situation de handicap bénéficierait également d’une allocation égale au
salaire minimum
Les règles d’éligibilité à ces allocations ont été durcies. Outre la preuve de l’extrême pauvreté, la
PEC exige celle d’un patrimoine familial inférieur à R$ 98 000.
La déconnexion par rapport au salaire minimum doit être appréciée à la lumière d’une autre
proposition : l’augmentation de la durée de cotisation obligatoire à 20 ans, ce qui entraînera des
exclusions massives du droit à la retraite.
Les données de l’INSS (Institut National de Sécurité Sociale) montrent que parmi les personnes qui
prennent leur retraite avec l’âge minimal requis, il n’y en a que 30% qui le font selon l’âge minimal
actuel (60 ans pour les femmes, 65 ans pour les hommes). Cela signifie qu’au vu de l’énorme
précarité et instabilité du marché du travail, les gens (surtout les plus pauvres) n’arrivent pas à
présenter 15 années de cotisations, même en ayant atteint un âge conséquent.
Dit autrement, l’augmentation de la durée de cotisation requise à 20 ans entraînera une forte
exclusion des droits à la retraite. Cela est d’autant plus grave au regard de la situation du marché du
travail au Brésil, sur lequel 50% des travailleurs n’ont pas de statut [travailleurs du secteur
informel), alors qu’il y a 12 millions de chômeurs déclarés et 4,7 millions non déclarés (chômeurs
découragés). De plus la réforme du droit du travail promeut des contrats précaires, rendant difficile
la perception de cotisations sociales (auto-entrepreneuriat, travail intermittent ou à temps partiel, par
exemple).
En regard de ce déni devenu massif du droit à la retraite, la loi ouvre un programme d’assistance
déconnecté du salaire minimum pour les personnes âgées de plus de 60 ans en situation d’extrême
pauvreté. Leur nombre va s’accroitre en fonction aussi de ces dénis de droits à la retraite. Il n’y a
qu’à partir de 70 ans que ces personnes âgées recevraient l’équivalent du salaire minimum.
12. Cumul de retraites
Le cumul des pensions découle de la possibilité pour un citoyen qui dispose déjà d’une retraite au
titre de son activité passée, de postuler à un autre type de prestation.
La PEC modifie la règle actuelle qui autorise ce type de cumul, en disposant que le citoyen pourrait
choisir la prestation la plus élevée (retraite ou non), augmentée d’un pourcentage des autres
prestations.

Ainsi, si une femme dispose de la réversion de son mari décédé d’un montant de 2 Salaires
minimums et désire prendre sa retraite d’un montant d’un salaire minimum, elle devrait choisir de
recevoir la réversion, augmentée de 80% de sa propre retraite [perte= 7% dans ce cas]. (6: a
l’examen du tableau, on voit que c’est exactement l’une des « pistes » de la réforme Delevoye en
France !)
1. Retraite des politiciens
La PEC met fin au régime de retraite particulier pour les nouveaux élus. Ils resteront rattachés au
régime Général. Les régimes particuliers seront abolis, sous réserve que l’assuré au titre du régime
particulier en bénéficierait encore s’il venait à être réélu.
Les titulaires de mandats électoraux pourront rester rattachés au régime particulier institué
spécifiquement pour les élus des Chambres sous réserve d’avoir cotisé pour une durée
supplémentaire (c’est le « péage » de 30%) pour avoir droit à la retraite , et avoir dépassé 62 ans,
pour les femmes ; 65 ans, pour les hommes. Actuellement, l’âge minimum est de 60 ans pour les
deux sexes et la retraite est de 1/35ème du traitement de parlementaire, multiplié par le nombre
d’années de cotisation au titre d’élu.
1. Cotisations définies dans la proposition de réforme de retraite
La PEC unifie le taux de cotisation du Régime Général (travailleurs du secteur privé) et du Régime
des fonctionnaires.
Le taux de cotisation effectif (calculé sur le salaire global) varie 7,5% à 11,68% pour les
fonctionnaires et les travailleurs du privé qui gagnent entre le montant su salaire minimum et le
plafond de l’INSS. Pour les fonctionnaires dont les gains dépassent le plafond, le taux effectif
pourra pourrait atteindre 16,79% (c’est-à-dire pour ceux qui gagnent plus de R$ 39 000).
Les taux du régime Général seraient déterminés selon le tableau
Cependant que les régimes particuliers relatifs aux fonctionnaires fédéraux, des Etats, du District
Fédéral [Brasilia] et des Communes auront des taux de cotisation tels que décrits ci-dessous

En pratique, il s’agit de la réduction du taux de cotisation applicable au montant d’une pension


inférieur ou égal à 1 salaire minimum, passant de 8 à 7,5%. Les fonctionnaires dont le salaire
excède le plafond de l’INSS et qui n’ont pas opté pour le Funpresp* éprouveront une hausse
sensible de leur taux de cotisation, qui pourrait grimper des 11% actuels à plus de 16,79%.
Le gouvernement estime que la modification des taux de cotisation du régime Général entraînera
une perte financière de R$ 27,6 milliards (une grande partie des travailleurs ont un revenu inférieur
au salaire minimum, et ils verront leur taux de cotisation diminuer). Ce montant serait compensé par
la modification intervenues dans le Régime spécial des fonctionnaires, pour lequel on estime une
augmentation de recette de R$ 29,3 milliards, compte tenu de la forte augmentation des taux
applicables aux revenus supérieurs au plafond.
15. Augmentation des cotisations des fonctionnaires des Etats et des Communes
La PEC prévoit une augmentation de la cotisation ordinaire des fonctionnaires à leur régime spécial
jusqu’à 14% en attendant l’entrée en vigueur de la loi modifiant le calcul des coûts du régime
spécial [de retraite des fonctionnaires] de l’Union. Elle établit cependant une progressivité des taux
appliqués, qui s’échelonneront de 7,5% à 22% .
Les états, le District Fédéral [Brasilia] et les communes devront au moins appliquer le taux de 14%
à leurs fonctionnaires respectifs.
Ces entités auront 180 jours de délais pour adapter leurs taux de cotisation de leurs fonctionnaires
respectifs au régime spécial de retraite; elles pourront adopter l’échelonnement et la progressivité
de stabilisation des taux (entre 7,5 et 22%).
* FUNPRESP – Fondation de prévoyance complémentaire des fonctionnaires

III – Une réforme de la Prévoyance dirigée contre les pauvres


Le gouvernement envisage une réforme des retraites qui est dans une grande mesure focalisée sur
la réduction du montant et du nombre des pensions et, conséquemment, sur la réduction des
dépenses. Dans ce but, il modifie substantiellement les règles d’éligibilité à la retraite, en portant
préjudice en particulier aux plus pauvres. Des mesures telles que porter de la durée minimale exigée
de cotisations à vingt ans, la modification des conditions d’accès à la retraite pour les ruraux
(obligation de présenter 240 cotisations) et la déconnexion de la Retraite pour Allocation Continuée
(Minimum Vieillesse) du salaire minimum en ce qui concerne les personnes âgées pauvres
illustrent la logique d’une réforme pénalisant les plus pauvres en vue d’économies.
Dans le même temps, le projet de PEC ne comporte pas de mesures concrètes visant à garantir les
recettes de sécurité sociale et de retraite face au comportement des grands fraudeurs échappant au
fisc, de ceux qui obtiennent des réductions, des échelonnements de cotisations et des
exonérations fiscales .
Il convient de donner quelques chiffres qui montrent que l’équilibre des comptes de retraites ne
peut être abordé uniquement du point de vue des dépenses, mais qu’il est également affecté par des
défauts de recettes.
Certaines estimations ( http://www.quantocustaobrasil.com.br/ ) indiquent que la fraude occasionne
la perte de R$ 500 milliards pour le trésor public, plus de deux fois du montant estimé pour les
pertes dues à la corruption. La législation actuelle (inchangée) autorise l’amnistie du fraudeur (qui
est donc quelqu’un qui détourne par malfaisance des ressources que l’Etat pourrait utiliser pour
financer des politiques bénéficiant à toute la société) si celui-ci s’acquitte de ce qu’il doit n’importe
quand. En outre, les fraudeurs parties prenantes d’un programme d’échelonnement de contributions
fiscales (Refis) bénéficient d’une suspension des éventuelles poursuites fiscales par l’Etat.
C’est ainsi que le Refis de Temer a perdu R$ 47 milliards de rentrées fiscales, alors même qu’il
coupait dans les dépenses sociales et les investissements; cela en conformité avec l’EC 95/2016
(plafonnement des dépenses).
La proposition de loi ne comporte pas non plus de prévision quelconque en ce qui concerne le
durcissement des règles pour l’octroi de concessions d’exonération fiscale , lesquelles devraient
dépasser les R$ 300 milliards, selon le ministère de Finances (Receita Federal), ce qui représente
plus de 4% du PIB ou 20% du recouvrement des impôts et taxes .
Pour illustrer comment les exonérations fiscales consenties à certains secteurs économiques
impactent les comptes publics, on peut prendre l’exemple du secteur du pétrole et du gaz. En 2017,
il a été attribué des exonérations aux compagnies pétrolières, consistant en la déduction de la base
de calcul des IR et CSLL (Impôt sur le Revenu et Contribution sociale sur le Bénéfice Net) de tous
les frais applicables à leurs activités. Une telle déduction affecte directement les comptes de la
Sécurité sociale. Ne serait -ce que la déduction des royalties du « pré-sal » [programme d’
extraction du pétrole ] de la base d’imposition (en admettant une production de 100 milliards de
barils) devrait générer une perte pendant quelques décennies de R$ 1000 milliards en défaveur de
l’Union, des Etats et des communes.
Le montant total des dégrèvements pour 2019 est supérieur à celui que le gouvernement annonce
comme déficit du système des retraites, en agrégeant les régimes général, spécial et des forces
armées.
La PEC présentée par le gouvernement procède d’un choix politique évident : d’un côté, elle
pénalise les plus pauvres, avec l’augmentation de la durée minimale de cotisation, la réduction des
montants de l’allocation de solidarité aux personnes âgées pauvres, et les restrictions apportées à
l’éligibilité des ruraux à la retraite. D’un autre côté, elle ne présente aucune mesure réelle en ce qui
concerne les fraudeurs, les dégrèvements fiscaux qui affectent la solidité du régime des retraites et
la « générosité » des Refis. De telles mesures du côté des recettes pourraient avoir un impact positif
sur les comptes des retraites et contribuer à conformer un système de protection plus juste.
Mais le gouvernement a pris une direction opposée.
En résumé, le gouvernement Bolsonaro cherche à réformer pour exclure.
Sur le mantra fourre-tout américain qu’est la
« liberté d’expression » : demandez à Julian
Assange

La « liberté d’expression » et les pièges du marché tels qu’il se jouent à Cuba ces jours, nous
fournissent quelques précieuses leçons. Le Décret 349 de Cuba sur la culture est officiellement
entré en vigueur le 7 décembre 2018. Sa mise en œuvre se fait toutefois graduellement tandis
que le ministère de la Culture consulte les artistes de tout le pays sur la façon dont la loi sera
appliquée au moyen de règles complémentaires. Cette consultation est toujours en cours au
moment de la rédaction de cet article.

Par Arnold August

Il remplace un précédent décret sur la culture qui ne pouvait pas prendre en compte de nouvelles
formes d’influence étrangère. Il porte sur la diffusion de la banalité, de la vulgarité, de la violence,
de la grossièreté, des discriminations envers les femmes, du sexisme et du racisme. (Venant du
Canada et en particulier du Québec, où nous avons une forte tradition culturelle populaire,
cependant de plus en plus submergée à Montréal par les stars américaines et leur banalité, ma
première réaction instinctive a été : « Nous avons besoin de ce type de loi au Canada ! ») Le
ministère cubain de la Culture affirme que cette tendance est en train d’éroder la politique culturelle
de la Révolution. On peut observer ces phénomènes dans les espaces étatiques, privés et publics,
dont certains n’ont même pas d’autorisation légale. Avec l’expansion des affaires privées, certains
intérêts tirent profit de la nouvelle situation pour promouvoir un groupe d’artistes qui défient les
normes de la culture cubains ainsi que les lois du pays.
Les lois complémentaires ne visent pas à être draconiennes par principe. Les inspecteurs
gouvernementaux créés par le décret ne pourront mettre fin à des événements culturels que dans des
cas extrêmes tels que l’obscénité publique, un contenu raciste ou sexiste. Toutes les autres décisions
seront prises par un groupe d’inspecteurs. En outre, les inspecteurs ne peuvent pas inspecter un
studio ou une maison qui n’est pas ouvert au public.
Le vice-ministre de la Culture Fernando Rojas a dit que la nouvelle loi visait à répondre aux
plaintes du public concernant l’utilisation à mauvais escient de symboles patriotiques et la vulgarité
dans la culture populaire. Le président cubain Miguel Díaz-Canel a déclaré que :
« La création artistique n’est pas visée… Je peux vous assurer que ce décret n’a qu’un but : protéger
la culture nationale des faux artistes, de la pratique professionnelle non qualifiée, de la pseudo-
culture génératrice d’antivaleurs, problèmes dénoncés dans de multiples espaces par nos créateurs,
nos écrivains et nos artistes.
Le Décret 349 sur la culture et l’élaboration de règles pour son application future fait l’objet d’un
large débat à Cuba. La controverse est également vive sur la scène internationale, en particulier en
Amérique du Nord, en Europe et en Amérique latine. À Cuba, il y a ceux qui sont favorables au
nouveau code. D’autres sont critiques et en effet, certains d’entre eux sont très critiques, mais ils
participent à la consultation menée par le ministère de la Culture pour rédiger les règlementations
adéquates. D’autres sont totalement opposés à la nouvelle législation et à ses réglementations,
même si les consultations avec des représentants du champ culturel sont toujours en cours.
Cependant, certains des Cubains qui militent contre toute mise en œuvre du décret sont les
protagonistes d’une orientation activement promue par les États-Unis. La méthode utilisée est
l’habituelle campagne de désinformation. Elle espère capitaliser sur des notions préconçues comme
le leitmotiv américain fourre-tout de la « liberté d’expression » tel qu’il est appliqué aux systèmes
politiques de pays autres que les États-Unis. Ce n’est pas nouveau, mais cela prend une nouvelle
tournure. Elle s’applique maintenant aux initiatives artistiques. La campagne cible le secteur de la
société cubaine dédié à la culture, espérant l’emporter sur ceux qui apportent un soutien critique au
nouveau statut, dans le but de créer des divisions chez les individus impliqués dans la culture. Quoi
qu’il soit, cet article ne traite que des opposants extrémistes à la loi et à ses réglementations, tant à
Cuba que sur le plan international, notamment aux États-Unis.
La lecture attentive d’un large éventail représentatif d’articles d’opposition, de publications et de
commentaires sur les médias sociaux révèle un point de référence commun. L’ambassade
étasunienne à La Havane a tweeté en faveur de la « liberté artistique » avec un slogan très peu
diplomatique : « Non au Décret 349 ». Le secrétaire d’État adjoint aux Affaires de l’hémisphère
occidental a récemment déclaré que le « Gouv[ernement] de Cuba devrait célébrer et non
restreindre l’expression artistique des Cubains ». Parmi les nuances de l’opposition « de gauche »,
« centriste » et ouvertement d’extrême-droite, y compris quelques universitaires, un trait commun
se dessine.

Les États-Unis prennent la voie morale de la liberté d’expression artistique — pour Cuba

Que ce soit à Cuba ou aux États-Unis, l’opposition fondamentaliste au gouvernement cubain choisit
la voie morale de la « liberté d’expression artistique » pour Cuba. Cependant, ils voient Cuba avec
des œillères américaines. Ils tiennent pour acquis qu’aux États-Unis règne la liberté d’expression
artistique (parallèlement à d’autres types d’expression) dans le domaine culturel. La logique veut
qu’il n’y ait pas de restrictions culturelles aux États-Unis du genre de celles qui sont imposées à
Cuba. Ils soutiennent également qu’aux États-Unis il n’y a pas de restriction à la liberté de la presse.
Pourtant, lorsqu’il s’agit de politique internationale impériale, on s’attend à ce que toute la presse se
serre les coudes. C’est ce qu’ils font contre Julian Assange. La même logique est encouragée en
faveur du modèle étasunien de démocratie et de pluralisme. Pourtant l’incarnation même du
pluralisme sur la scène politique étasunienne aujourd’hui, Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-
Cortez, font tous deux silence sur Assange.
De plus, selon ces thèmes de discussion, il n’y a pas de ministère de la Culture aux États-Unis qui
contrôlerait et guiderait les expressions culturelles dans ce pays. La perspective étasuno-centrée
insinue, ouvertement ou tacitement, que chacun, aux États-Unis est libre d’exprimer ses talents
artistiques. Les États-Unis sont présentés comme le modèle culturel pour le monde, de la même
manière qu’ils se vantent d’autres caractéristiques de leur société, comme leur économie et leur
processus politique. Beaucoup de gens dans le monde, et aux États-Unis même, ne connaissent que
trop bien le complexe de supériorité étasunien. Cette psyché intériorisée trouve son origine dans la
notion de « peuple élu » issue de la naissance même des États-Unis à l’époque des Treize Colonies,
au XVIIe siècle.
Pour quelqu’un qui vient de l’hémisphère Nord et qui a une expérience directe de l’expression
artistique dominante américaine, comme la musique, il est évident que ce qui se vend est ce qui est
promu. Si les élites peuvent commercialiser avec succès la banalité, le sexe et la violence, qu’il en
soit ainsi. Le profit est le critère principal. Les très rares artistes qui, grâce à leur apparence
physique avant tout, veulent et peuvent rivaliser sur ce marché sont grassement récompensés. Ils
remboursent ensuite leurs financeurs en se démarquant explicitement ou implicitement lorsque les
expressions du Rêve américain deviennent vraies. En outre, l’individualisme extrême à l’américaine
est mis en avant comme une valeur à vénérer, à laquelle les préoccupations sociales et
internationales doivent être complètement sacrifiées. En somme, le récit féérique prétend que
n’importe qui sorti des bidonvilles d’Amérique veut le faire.
Ce processus est pourtant présenté comme spontané, sans intervention de l’État. C’est prétendument
la loi de l’offre et de la demande appliquée aux arts. La logique de la « main invisible » du
capitalisme détermine ce qui est approprié dans le domaine culturel.

La culture peut-elle être considérée comme n’importe quelle autre marchandise ?

Au cours de l’interaction avec des médias sociaux pendant l’émission de la télévision cubaine Mesa
Redonda du 8 décembre 2018, le vice-ministre de la Culture Fernando Rojas a retweeté et
commenté un de mes tweets. Il mentionnait la Convention de l’UNESCO sur la protection et la
promotion de la diversité des expressions culturelles et la position des États-Unis qui s’opposent à
cet accord au nom du marché libre.
À l’UNESCO, lors de la discussion de la Convention sur la diversité culturelle, les États-Unis ont
assimilé la liberté de création comme étant nécessairement dictée par le marché « libre » dans le
domaine de l’art. Le gouvernement étasunien a menacé le monde entier de diverses formes de
chantage s’ils ne votaient pas en faveur de la Convention de l’UNESCO. Si les États-Unis ont fait
ça avec l’UNESCO, que feraient-ils…
J’ai ensuite fait une enquête car je n’étais pas suffisamment familier de cette controverse. En 2000 à
Paris, l’UNESCO a adopté la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des
expressions culturelles. Elle stipule que la culture n’est pas une marchandise quelconque et
reconnaît le droit souverain des États de promouvoir et de protéger leur production culturelle
matérielle et immatérielle par les mesures qu’ils jugent appropriées. La convention permet aux États
de protéger leur création culturelle. Les États-Unis s’y sont opposés, prétendant promouvoir une
véritable diversité culturelle en travaillant pour les libertés individuelles afin que chacun jouisse et
la « liberté culturelle » et puisse jouir de ses propres expressions culturelles et non de celles
imposées par les gouvernements. Mais la convention a été adoptée par 148 voix pour et 2 contre.
Devinez quels pays s’y sont opposés ? Les États-Unis et Israël.

Chaque pays devrait-il avoir le droit de défendre sa propre culture ?


Si on regarde cela superficiellement, il peut sembler que le gouvernement étasunien n’importe
aucune norme en matière de culture. En effet, comme la « liberté d’expression artistique » n’est
assurée qu’aux États-Unis (et en Israël), selon ce récit, les États-Unis portent une fois de plus le
« fardeau » de jouer leur rôle de peuple élu chargé d’enseigner la culture à tous sur toute la terre,
comme ils le font pour la démocratie et les droits de l’homme. En fait, en s’inspirant de ce classique
de la littérature qu’est la Bible (reconnaissons ce qui le mérite), les États-Unis ont évolué en tant
que « cité sur la colline » par laquelle chacun dans le monde doit se laisser guider. Donc, c’est
logique, ce sont tous les pays du monde, à l’exception des États-Unis et d’Israël, qui violent la
liberté artistique.
Cependant, en s’opposant à la tentative de la Convention de sauver l’activité créatrice des artistes
des valeurs du marché en mettant l’accent sur le rôle du gouvernement en tant que protecteur de la
culture, la question se pose quant au rôle joué par le gouvernement étasunien dans ce domaine. Par
défaut, et de son propre aveu (comme mentionné ci-dessus), en plaidant pour la suprématie du
marché sous prétexte de « liberté individuelle » à Paris, on peut conclure que le modèle américain
impose le marché capitaliste comme la norme dominante pour les artistes.
Ainsi, le gouvernement étasunien non seulement protège l’économie de marché dans son propre
pays, mais en s’opposant au droit souverain d’autre pays de créer des boucliers pour défendre une
culture traditionnelle saine, la position de Washington constitue aussi une feuille de route pour que
les États-Unis puissent étendre leurs tentacules culturels dans d’autres pays. C’est quelque chose
dont nous, au Canada, sommes très conscients. La défense par l’UNESCO du droit souverain à
protéger et à promouvoir la production culturelle était probablement quelque chose qui a irrité
Washington à Paris en 2005.

Un peu d’histoire

Pour mieux comprendre le problème, un coup d’œil sur le contexte historique sous-jacent se
justifie. L’hégémonie culturelle, au même titre que l’expansion économique et la guerre militaire et
idéologique, fait partie de l’objectif impérialiste étasunien de domination du monde, quel que soit le
locataire de la Maison Blanche. Souvenons-nous de l’ouvrage fondamental de Frances Stonor
Saunders, Who Paid the Piper: The CIA and the Cultural Cold War, d’abord publié en anglais en
1999, puis en espagnol en 2001 sous le titre La CIA y la Guerra Fría cultural [ainsi qu’en français
en 2003 sous le titre Qui mène la danse ? La CIA et la Guerre froide culturelle, NdT]. Le livre
présente en détail les méthodes par lesquelles la CIA a influencé un large éventail d’intellectuels et
d’organisations culturelles pendant la Guerre froide.
Depuis lors, et à la suite de révélations semblables apparues avant et après le livre de Saunders, les
États-Unis ont dû adopter une manière plus subtile pour influencer les événements. Ils ont fait
passer leur soutien par des groupes paravents non ouvertement liés à la CIA. Par exemple, dans son
rapport de décembre 2018, Tracey Eaton, journaliste et spécialiste américaine de la promotion de la
démocratie, a écrit que « ces trois dernières décennies, le gouvernement des États-Unis a dépensé
plus de 1 milliard de dollars pour des émissions de radio à Cuba et pour des programmes en faveur
de la démocratie sur l’île ».
La promotion de la démocratie, la liberté d’expression et les droits individuels sont tellement
inclusifs qu’ils englobent la question culturelle, qui est même recensée comme l’un des buts de ce
financement. En outre, si on clique sur les liens renvoyant aux activités des groupes paravent,
comme celui au titre apparemment innocent « Observa Cuba », on trouve ceci : « Les artistes font
une grève de quatre jours à Culture contre 349 ».
Bon, cela ne veut pas dire que la totalité ou la plupart des opposants purs et durs au décret 349 sont
financièrement liés aux États-Unis. Ce serait une affirmation injuste. Cependant, vivant à peu près
dans le ventre de la bête, nous savons qu’on ne peut pas avoir d’illusions sur la politique étrangère
américaine. La situation est certes très complexe. Par exemple, un des plus célèbres critiques du
349, Silvio Rodríguez, a tracé une ligne de démarcation claire entre les critiques comme lui, qui
participent à la rédaction des règles d’application de la loi, et la position de l’ambassade étasunienne
et de ses acolytes.
Cette situation appelle une réflexion et une recherche sérieuses avant d’écrire, tout en voyant
simultanément l’urgence et le devoir de faire face à la campagne de désinformation menée par
l’Occident.
Par conséquent, recevoir le 16 décembre 2018 la « Carte postale de Cuba » diffusée par la
journaliste étasunienne Karen Wald, qui a une expérience de 50 ans avec Cuba, a été d’une grande
aide. Elle écrit de La Havane au sujet de son enquête initiale sur la controverse à propos du 349 :
« Je pense que ce qui se cache derrière cette [opposition au 349] est peut-être, en partie, le fait que
de nombreux pseudo-“artistes” de tout genre constituent une forte composante de ce que les États-
Unis appellent “dissidence” ici… La plupart de ces “artistes dissidents” dont parle la presse
américaine ne sont même pas connus ici… »
Il me semble que Cuba a non seulement le droit de défendre sa culture et le processus d’élaboration
de sa politique, mais également que si elle ne le fait pas, elle coulera. Selon Fidel Castro, la culture
et le bouclier de la nation, elle est donc la première chose qui doit être sauvée afin de garantir le
progrès du processus révolutionnaire.
La manière dont les États-Unis et les opposants purs et durs à Cuba, aux États-Unis, en Europe et en
Amérique latine sont axés sur le 349 et les responsables gouvernementaux qui s’y impliquent est
une indication que la culture est en effet un bouclier pour défendre la Révolution cubaine. C’est une
condition sine qua non pour que la Révolution poursuive sur la voie qu’elle a suivie depuis 60 ans.
Les États-Unis et leurs alliés savent très bien que l’arme préférée pour subvertir la Révolution est la
guerre culturelle au large sens du terme, y compris les aspects idéologiques, politiques et artistiques.
Nous pouvons donc voir la vacuité de la « main invisible du marché ». Souvenons-nous que dans le
cas de Julian Assange, les médias dominants comme The New York Times, The Guardian et The
Economist ont à l’origine « soutenu » Assange en diffusant ses documents. Pourquoi ? C’était un
moyen de faire de l’argent. Le marché était là pour être exploité. Aujourd’hui, ces mêmes médias
sont en première ligne pour dénoncer Assange, et aider à sa persécution. Pourquoi ? Le discours
actuel contre Assange, tenu par l’élite étasunienne, est si puissant et totalisant –– « populaire » ––
qu’il est devenu une source de profit pour les médias dominants étasuniens et d’autres médias
occidentaux. Une seconde raison est que la position par défaut des médias de masse est de faire
avancer la ligne politique de l’exceptionnalisme américain, comme ils l’ont fait en ouvrant la voie à
la guerre étasunienne en Irak et comme ils le font actuellement pour justifier les agressions de
Washington contre le Venezuela, le Yémen et l’Iran. Aujourd’hui, l’attaque de Washington conte le
journalisme d’investigation, qi expose ses méfaits ainsi que les considérations liées au marché
conduisent ces médias à tirer profit de cette cause « populaire » et à se joindre à la croisade contre
Assange.
Traduction: « Je ne crois pas qu’ils se soucient des artistes cubains. Ils se soucient cependant de se
baser sur nos possibles erreurs afin de semer la confusion. La guerre idéologique cherche à être de
moins en moins en noir et blanc. »
Ainsi, les Cubains ont tout à faire le droit de se méfier du marché quand il s’agit de culture ou d’une
activité proche, comme le journalisme. Néanmoins, laissons le dernier mot à Samir Amin, le célèbre
érudit franco-égyptien, récemment décédé. Il a produit une longue analyse sur comment l’État, dans
les pays capitalistes comme les États-Unis, loin de laisser le libre marché suivre son cours, a une
influence directe sur son fonctionnement. Nous l’avons vu avec la position étasunienne à propos de
la Convention sur la diversité culturelle et nous le voyons de nouveau alors que l’empire cherche à
percer le bouclier culturel de Cuba. Amin a écrit que lorsque c’est nécessaire, le « poing visible »
aide la « main invisible » du libre marché.
À contre-courant de la tendance internationale, la presse d’État cubaine soutient totalement
Assange. Si la presse était dans des mains privées, comme le demandent les mêmes opposants au
Décret 349, est-ce que cette situation prévaudrait ?

Arnold August est un journaliste et conférencier canadien, l’auteur de Democracy in Cuba and
the 1997–98 Elections, Cuba and Its Neighbours: Democracy in Motion et Cuba–U.S. Relations:
Obama and Beyond. En tant que journaliste, il collabore avec de nombreux sites web en Amérique
du Nord, en Amérique latine et au Moyen-Orient. Il est sur Twitter et Facebook. Son site
est www.arnoldaugust.com
Le Venezuela comme vous ne le verrez
nulle part ailleurs (reportage photo)
Photographe amateur, Jonas Boussifet a d'abord étudié la coopération internationale en
Belgique. Il a ensuite travaillé dans la Coordination Nationale d'Action pour la Paix et la
Démocratie (CNAPD) comme chargé de communication. C’est en 2017 qu'il a décidé de se
rendre au Venezuela pour la première fois en tant que citoyen, afin de se faire sa propre idée.
Il a été témoin du processus participatif de l'assemblée constituante, ce qui a transformé son
regard pour toujours. Car la solidarité entre les peuples est, dans un contexte d'agression
externe permanente, une nécessité impérative. Il s'y est rendu à nouveau en 2018 pour
travailler sur le mouvement paysan vénézuélien avec la chaîne de télévision en sur internet
“Terra TV”. Après cette expérience, Boussifet participe désormais à des tournées médicales et
de prévention sanitaire dans tout le pays. Son superbe reportage photo nous montre une
réalité cachée par les grands médias, à savoir l'impact des missions sociales créées par la
Révolution bolivarienne sur le peuple.
Venezuela : Amnesty International
au service de l’Empire

Oncle Sam a un problème dans son « arrière-cour » sud-américaine avec ces Vénézuéliens
prétentieux qui ont insisté pour élire démocratiquement Nicolás Maduro comme président au
lieu de passer par dessus le prpocessus électoral et d’installer l’atout non élu des Américains,
Juan Guaidó. Peu importe, Amnesty International est venue à la rescousse avec une défense
puissante de l’impérialisme américain.
Par Roger D. Harris

« Face aux graves violations des droits de l’homme, aux pénuries de médicaments et de nourriture
et à la violence généralisée au Venezuela, il y a un besoin urgent de justice. Les crimes contre
l’humanité probablement commis par les autorités ne doivent pas rester impunis. »

Erika Guevara-Rosas, directrice pour l’Amérique à Amnesty International

Amnesty International, ne parvient pas à faire valoir ses assertions contre le gouvernement Maduro
dans le cadre d’une campagne concertée en faveur d’un changement de régime, qui équivaut à une
guerre, par le tyran du Nord. Les États-Unis mènent une guerre illégale contre le Venezuela et les
attaques d’Amnesty International ne tiennent pas compte de ce fait gênant, omettant même
scandaleusement de mentionner les sanctions.

Comme l’a fait remarquer Chuck Kaufman, militant pour les droits humains dans l’Alliance for
Global Justice à propos d’Amnesty International (AI) : « Ils ne semblent même plus se soucier de
leur crédibilité. » Un récit plus crédible et plus honnête de ce qui se passe au Venezuela que le
boulot grossier présenté dans le bulletin AI du 14 mai, Venezuela: Crimes against humanity require
a vigorous response from the international justice system [Venezuela ; les crimes contre l’humanité
exigent une réponse vigoureuse de la justice internationale], aurait également relevé, parallèlement
aux prétendues transgressions du gouvernement Maduro :

• Graves violations des droits de l’homme. Les économistes Mark Weisbrot, du Center for
Economic and Policy Research, et Jeffrey Sachs, de l’université Columbia ont récemment
rapporté que les sanctions américaines sur le Venezuela sont responsables de dizaines de
milliers de morts. C’est le prix à payer pour le Venezuela, prédisant le pire à venir, pour le
changement de régime que promeut implicitement AI.
• Pénuries de médicaments et de nourriture. Depuis 2015, date à laquelle le président
Obama les a instituées pour la premières fois, les États-Unis imposent au Venezuela des
sanctions illégales encore plus écrasantes visant expressément à provoquer la misère de la
population, dans l’espoir qu’elle se retourne contre ceux qu’elle a démocratiquement élus.
Les sanctions sont spécifiquement conçues pour étouffer l’économie afin que le Venezuela
ne puisse résoudre ses problèmes. Le gouvernement étasunien se vante des effets des
sanctions. Jouant le bon flic par rapport au rôle du mauvais flic étasunien, AI déplore les
conditions mêmes qu’elle promeut tacitement en demandant des « punitions » toujours plus
sévères. De nouvelles sanctions américaines contre le Venezuela ont été imposées le 10 mai
dernier.
• Violence généralisée. Le gouvernement étasunien a menacé à plusieurs reprises et sans
vergogne d’intervenir militairement au Venezuela si le gouvernement élu n’abdique pas.
Sans attaquer militairement, les États-Unis ont mené une guerre contre le Venezuela par des
moyens économiques et diplomatiques, sans parler de la guerre de basse intensité comme les
cyberattaques. L’opposition d’extrême droite a appelé au renversement extralégal du
gouvernement et a évité tous les moyens électoraux pour opérer des changements politiques.
AI a raison de noter que depuis 2017, une nouvelle violence a été infligée au peuple
vénézuélien, mais ne relève pas le rôle de l’opposition dans la provocation de cette violence
avec ses guarimbas et autres actions. Pendant ce temps, Guaidó, dont le soutien populaire au
Venezuela touche le fond, enverrait son représentant rencontrer le Commendement du Sud
pour « coordonner ».
Comment est-il possible qu’une organisation prétendant défendre les droits de l’homme et la justice
mondiale puisse ignorer aussi joyeusement des faits qui n’entrent pas dans sa narration et répéter
comme un perroquet, avec tant d’obséquiosité, les arguments des Trump-Pompeo-Bolton-Abrams ?
Pourquoi AI irait-elle jusqu’à rencontrer l’autoproclamé Guaidó puis à publier en quelques jours un
rapport condamnant le gouvernement Maduro, sans enquêter aussi sur l’autre côté du conflit ?
Malheureusement, ce n’est pas la première fois qu’AI fait preuve d’un parti pris impérial, comme
elle l’a fait par rapport aux projets de changements de régime soutenus par les États-Unis en Irak, en
Libye, en Syrie, et au Nicaragua.
Il reste à déconstruire les nombreuses allégations (par exemple « plus de 8000 exécutions
extrajudiciaires par les forces de sécurité ») portées contre le Venezuela dans les attaques virulentes
d’AI et du rapport qui les accompagne. Malheureusement, l’Empire dispose de ressources pour
produire de la propagande qui dépassent largement la capacité des groupes authentiquement
humanitaires d’y faire face. AI seule a un budget annuel de plus de 300 millions de dollars. Selon
des sources citées par Wikipédia, AI reçoit des subventions du Département d’État américain, de la
Commission européenne et d’autres gouvernements, ainsi que de la Fondation Rockefeller.
En conclusion, AI appelle à la justice à peu près aussi souvent qu’elle appelle aux punitions, avec le
sous-entendu que la punition des victimes de l’Empire est de la justice. Si AI était vraiment
soucieuse de justice, plutôt que de justifier une nouvelle opération américaine de changement de
régime, elle se battrait pour ce qui suit :
• Mettre fin aux sanctions unilatérales des États-Unis contre le Venezuela, qui sont illégales
selon les Chartes des Nations unies et de l’Organisation des États américains.
• Soutenir le dialogue entre le gouvernement élu et l’opposition comme cela a été promu par
le Mexique, l’Uruguay, le pape François et, plus récemment, par la Norvège.
• Condamner les activités de changement de régime et d’ingérence dans les affaires intérieures
du Venezuela et rejeter activement la position agressive du gouvernement américain telle
qu’exprimée par le vice-président des États-Unis Pence: « Ce n’est pas le moment de
dialoguer. C’est le moment d’agir. »
• Respecter la souveraineté du Venezuela et restaurer des relations diplomatiques normales
entre les États-Unis et le Venezuela.
Craignez la moustache : pourquoi Bolton rend
nerveux même Donald Trump

L’agressivité normale de la force militaire étasunienne ne satisfait pas Bolton ; il veut que les
États-Unis la renforcent.
Par Vijay Prashad
Même le président américain Donald Trump, qui s’apprête à gracier des criminels de guerre, craint
John Bolton. Trump avait hésité à lui donner un siège dans son cabinet (initialement à cause du
dégoût de Trump pour sa moustache broussailleuse). Bolton et le général H.R. McMaster étaient sur
les rangs pour devenir conseiller à la Sécurité nationale (NSA dans son acronyme anglais).
Trump a choisi H.R. McMaster, qui a tenu un an. Bolton, que Trump surnomme « La Moustache »,
s’est faufilé à ce poste important. Le NSA est le principal conseiller du président des États-Unis en
matière de politique étrangère – souvent plus important que le secrétaire d’État. Bolton a l’oreille de
Trump. Trump, qui est instable dans sa politique, a donc les murmures de l’homme le plus
dangereux du monde.
Alors que son doigt se crispait sur la détente des fusils pointés sur l’Iran, Trump a dit de Bolton que
« si ça dépendait de John, nous serions dans quatre guerres aujourd’hui ». Bolton a déclaré
publiquement qu’il aimerait tourner l’immense force militaire américaine contre Cuba, l’Iran, la
Corée du Nord et le Venezuela. Ce sont probablement les « quatre guerres » que Trump
mentionnait. Ce serait des guerres supplémentaires car les États-Unis sont toujours activement en
guerre en Afghanistan ainsi qu’en Irak et en Syrie. Ils exploitent actuellement plus de 100 bases
militaires dans le monde, dont beaucoup sont actives sur le plan opérationnel. L’agressivité normale
de la force militaire étasunienne ne satisfait pas Bolton ; il veut que les États-Unis la renforcent.

Litigieux et excessif
Bolton ressemble beaucoup au faucon de guerre typique. Ces gens veulent envoyer les autres à la
guerre. Ils ne veulent pas aller à la guerre eux-mêmes. Bolton est entré intelligemment dans la
Garde nationale en 1970. Dans un livre d’anciens de Yale, il a écrit : « Je le confesse, je n’avais
aucune envie de mourir dans une rizière d’Asie du Sud-Est. Je considérais la guerre au Vietnam
comme déjà perdue. » Lorsque Bolton a pris cette décision personnelle, ses héros – Nixon et
Kissinger — commençaient leur bombardement illégal et barbare sur le Cambodge et le Laos. Entre
la décision de Bolton de ne pas aller au Vietnam et le retrait des États-Unis de Saigon, 3 304 soldats
américains sont morts ainsi que d’innombrables Vietnamiens, Cambodgiens et Laotiens.
Au gouvernement pendant la plus grande partie de sa vie, Bolton a travaillé énergiquement contre le
bon côté de l’histoire. Une partie essentielle de son travail a consisté à aider à camoufler le rôle de
l’administration Reagan dans le soutien aux Contras et dans l’affaire Iran-Contra. Après l’arrivée au
pouvoir des sandinistes au Nicaragua en 1979, l’administration Carter d’abord puis celle de Reagan
ont aidé l’armée et l’oligarchie à créer la contrarrevolución (la contre-révolution) ou les Contras.
Formés par les États-Unis, les Contras ont utilisé les méthodes les plus brutales contre la population
pour affaiblir le gouvernement sandiniste.
Lors que le Congrès américain – poussé par l’opinion publique – a cessé de financer ouvertement
les Contras, l’administration Reagan a vendu illégalement des armes à l’Iran, dont les bénéfices
allaient financer les Contras. C’était le scandale Iran-Contra. Bolton s’est battu pour bloquer les
tentatives du sénateur John Kerry d’enquêter sur le trafic de drogue et d’armes par les Contras au
Nicaragua. Il a refusé que des documents sur l’affaire Iran-Contra soient transmis au sénateur Peter
Rodino. Bolton a fait le gros du travail pour l’administration, qui a néanmoins trouvé que son
langage était souvent « litigieux et excessif » – comme l’a déclaré Marlin Fitzwater, le porte-parole
de la Maison Blanche en 1987.

Le marteau de Bolton

L’absence de modération est la manière de Bolton. En 1994, il a dit de l’immeuble du Secrétariat


des Nations unies à New York que s’il « perdait dix étages, cela ne ferait pas de différence ». Des
mots glaçants. Bolton les vivait. Il a passé des années à essayer de saper tout traité correct sur le
contrôle des armes dans le cadre des Nations unies et il a passé des années à tenter de protéger les
États-Unis de toute responsabilité internationale. En 2000, Bolton a tourné en ridicule « l’Église du
contrôle des armements », une expression qui indique clairement son attitude à l’égard de la paix,
une attitude qu’il partageait avec de larges couches de la classe dirigeante étasunienne.
C’est Bolton qui a poussé en 2001 l’administration de George W. Bush à se retirer du Traité anti-
missiles balistiques de 1972, un acte qui a envoyé des signaux bellicistes à Moscou. C’est encore
Bolton qui a poussé Bush en 2003 à rompre l’Accord-cadre de 1994 entre les États-Unis et la Corée
du Nord. Lorsque les services de renseignement américains – dont la crédibilité était mise à mal par
le matériel irakien – ont dit que la Corée du Nord avait commencé à enrichir de l’uranium, il ne
pouvait plus y avoir de dialogue. Bolton a écrit plus tard : « C’était le marteau que je cherchais pour
briser l’Accord-cadre. » C’est Bolton, une fois de plus, qui a pressé Trump de sortir de l’accord
nucléaire iranien et, plus effrayant encore, c’est Bolton qui a tué le Traité sur les forces nucléaires à
portée intermédiaire de 1988.
Le dossier de Bolton est clair. Ce sont ses mots, pas seulement ses discours, mais également son
livre, profondément instructif, Surrender Is Not An Option (La reddition n’est pas une option,
2008). Les contours de la vision de Bolton sont clairs tant dans ses actes que dans ses paroles. Le
fondement de sa pensée est celui-ci : la puissance des États-Unis doit être incontrôlée, et elle doit
être utilisée pour assurer la perpétuité de la domination américaine. Il n’y aura pas de reddition à
une multipolarité ou à une bipolarité (la Chine et les États-Unis). La domination étasunienne est
absolue et devrait être permanente. Peu d’élus américains ont le cran d’être en désaccord avec cette
vision du monde déplaisante. Ils saluent le drapeau et envoient les bombardiers en répandre les
étoiles et les rayures sur tout le globe.
Quels sont les freins à cette domination permanente et absolue des États-Unis ?
1. Les Nations unies et tout traité ou organe international ne devraient pas être autorisés à interférer
avec les actions des États-Unis. L’ONU doit être « réformée », dit le régime étasunien, ce qui
signifie qu’elle devrait être mise à la botte de la Maison Blanche.
2. L’Union européenne, qui prétend être supérieure aux États-Unis, ne doit pas être autorisée à
poursuivre son « processus interminable de mastication diplomatique », a écrit Bolton dans son
livre. Il faut la faire taire.
3. Les adversaires importants des États-Unis – la Russie et la Chine – doivent être abattus, leurs
vulnérabilités utilisées contre eux. Les sanctions sont un outil efficace ici, car entrer en guerre avec
eux serait suicidaire, même pour Bolton. Le renversement des principaux alliés de la Russie et de la
Chine – des endroits comme le Venezuela et l’Iran – affaiblirait davantage ces pays candidats.
4. Un changement de régime dans des pays comme le Venezuela et l’Iran, ainsi que Cuba et la
Corée du Nord, n’affaiblirait pas seulement la Russie et la Chine mais enverrait également le
message fort que personne ne devrait jamais défier les États-Unis.
Bolton a une vision du monde cohérente. Ses amis faucons, Républicains et Démocrates, n’ont pas
son cran. Ils soutiendront cette guerre de changement de régime (au Venezuela) ou cette autre (en
Iran). Ils le feront en faisant semblant d’être pragmatiques et de répondre aux « renseignements ».
Mais aucune de ces guerres d’agression – que ce soit contre l’Irak ou l’Iran, l’Afghanistan ou le
Venezuela – n’est motivée par le pragmatisme. Bolton étale le programme complet. Il est davantage
un intellectuel américain dominant que le courant dominant voudrait l’admettre. Le courant
américain dominant, c’est Bolton avec la manière. Leur normalité n’est que la philosophie de
Bolton découpée en petits morceaux.

Photo : John Bolton, le conseiller à la Sécurité nationale, s’entretient avec des journalistes devant
l’aile ouest de la Maison Blanche à Washington DC, le 30 avril 2019. Bolton a répondu à des
questions sur la sécurité et les troubles politiques au Venezuela et appelé à une transition pacifique
vers un gouvernement contrôlé par le président par intérim Juan Guaido. (Photo: Chip
Somodevilla/Getty Images)
40e anniversaire de la révolution populaire à
Grenade : Maurice Bishop, soldat de la
révolution

Le 13 mars 1979, des membres de l’Armée de libération nationale, la branche armée du


mouvement New Jewel (NJM en anglais), ont attaqué la caserne des Forces de défense de la
Grenade (GDF en anglais) à True Blue et ont déclenché la Révolution à Grenade.
Le Gouvernement révolutionnaire du peuple (PRG en anglais) est formé avec Maurice Bishop
comme Premier ministre. Bishop a déclaré dans son discours à la nation sur les ondes de
Radio Free Grenada le 13 mars que « cette révolution est pour le travail, pour la nourriture,
pour des logements et des services de santé décents, et pour un avenir radieux pour nos
enfants et nos arrière-petits-enfants. »
Découvrez ce témoignage en exclusivité de Carlton Briggs, compagnon d’armes du regretté
Maurice Bishop.
Par Cris Gonzalez

Je me suis engagé en politique au milieu des années 1970, lorsque j’étais un militant du mouvement
New Jewel dirigé par Maurice Bishop et j’ai pris part à la préparation des élections générales de
1976.
J’ai grandi en voyant les erreurs et les fautes commises par le gouvernement d’Eric Gairy, mais
avant cela, mes grands-parents et mes parents, en particulier ma mère, étaient des partisans du Parti
national grenadien, qui représentait la classe ouvrière et les paysans qui s’opposaient à Gairy, donc
j’ai grandi comme un opposant à Gairy. Pour ces raisons, lorsque le mouvement Jewel est apparu,
soudainement appelé New Jewel, je me suis identifié à sa politique et à son programme, et c’est
pourquoi j’ai dû rester avec eux.
J’ai commencé par aider à l’impression des informations et je suis devenu membre du groupe de
soutien dans la région où je vivais. Après cela, j’ai été membre de la Milice populaire pour défendre
la Révolution. En 1981, j’ai rejoint l’Armée révolutionnaire du peuple (RAP en anglais) en tant que
soldat régulier. Mais j’ai poursuivi mon travail politique là où je vivais.
Je connaissais Maurice depuis 1974; j’étais au lycée. Il est revenu d’Angleterre et a commencé à
mobiliser des étudiants et des ouvriers dans ses combats. Il les a entraînés dans des luttes pour de
meilleures conditions de travail et des hausses de salaire.
J’ai participé aux préparatifs pour les élections nationales, j’étais assis à côté de lui dans les
réunions, discutant de la façon de faire les choses et de comment avancer.
Le 13 mars 1979, nous sommes allés à la maison de la radio, prise à ce moment-là par les
révolutionnaires de Maurice, Unison Whiteman, Bernard Coard et d’autres qui étaient là-bas. On
m’appelait la ruche de la révolution. Nous étions armés et ils nous ont donné différentes tâches.
Quelque chose de bon se passait, nous continuons à accomplir au quotidien les tâches de la
Révolution dans l’Armée révolutionnaire. Plus tard, on me confia, à moi et à d’autres camarades, la
tâche d’organiser la Milice populaire.

Maurice est devenu un danger pour les États-Unis


parce qu’il parlait aux pauvres, aux Noirs, et qu’il le faisait en anglais »

Maurice était conscient des menaces auxquelles la Révolution devait faire face et nous devions être
prêts à la défendre. Ensuite, les principales idées, réflexions et responsabilités étaient : enseigner au
peuple ce qu’était la Révolution et lui faire savoir qu’elle peut affronter les menaces. Nous avons
fait beaucoup de choses nécessaires pour la Révolution. Lorsque l’invasion a eu lieu, les Nord-
Américains pensaient que ce serait facile de nous envahir parce qu’ils sont l’armée la plus puissante
au monde.
Malheureusement, ou pas, je n’étais pas là en octobre 1983 lorsque la Révolution a été détruite et
lorsque le pays a été envahi, mais étant soldat à ce moment-là, parce que j’étais entré dans l’armée
en 1981, j’ai compris pourquoi les envahisseurs ont pris le temps pour contrôler le pays et pourquoi
ils ont subi tant de pertes humaines. Les partisans de la Révolution, en particulier les membres de la
RAP, étaient assez capables et ils défendraient la Révolution aussi loin qu’ils le pourraient. Nous
n’espérions pas gagner ou l’emporter sur l’armée des États-Unis, mais nous savions que nous
pouvions résister et mener une bonne bataille.
J’ai été témoin de ce qui a été fait pendant quatre ans et demi dans le gouvernement, entre le 13
mars 1979 et octobre 1983. Tous les progrès que nous avons accomplis, l’aéroport, la construction
de nouvelles routes, d’écoles, de maisons, les améliorations dans l’agriculture, dans les méthodes de
culture. Je suis conscient de tout cela.

Nous savions ce qui allait se passer, ce qui s’est finalement produit, les améliorations. En tant que
Grenadiens, nous le souhaitions et donc nous devions le défendre. Nous avons confiance dans notre
combat, nous savions ce que nous défendions, la Révolution. Beaucoup de gens se rappellent ces
quatre années avec amour et personnellement, je ressens que la Révolution est toujours là, pas dans
la politique, mais qu’il en reste quelque chose.
Maurice est devenu un danger pour les États-Unis parce qu’il parlait aux pauvres et aux Noirs et
qu’il pouvait le faire en anglais. Il pouvait faire connaître tous les progrès de la Révolution
grenadienne aux pays anglophones. D’innombrables communautés ont suivi notre exemple, comme
le Nicaragua, le Cap Vert, la Guinée-Bissau et d’autres pays africains ; ils ont dit que si Grenade
pouvait faire ceci et cela, ils le pouvaient aussi. Je crois que c’est le peuple qui a subi les
conséquences principales de l’intervention militaire, elle a détruit la vie, les processus, et les
dommages psychologiques ont été terribles. On ressent une énorme impuissance parce qu’on ne
peut rien faire pour arrêter cette destruction massive.
Fin août 1983, nous sommes allés à Cuba pour nous préparer et là, nous avons été surpris par
l’arrestation et, pire encore, par la mort de notre dirigeant. Cela a été un moment dur pour nous.
Nous ne trouvions pas d’explication. Que s’était-il passé exactement ? Pourquoi, lorsque nous
avons quitté Grenade pour Cuba, je n’ai vu aucune difficulté et il était clair que la Révolution
prenait une longueur d’avance, elle promettait de financer l’aéroport pour la célébration du
cinquième anniversaire de la Révolution en mars 1984. Les événements d’octobre m’ont choqué
tout comme les autres camarades.
Ce matin, je me rappelle qu’en tant que soldats à l’entraînement, nous voulions retourner chez nous
et participer à la défense. Mais les Cubains nous ont expliqué que ce n’était pas possible, Grenade
avait été envahie et il y avait la guerre. Tout était dramatique ; nous espérions retourner pour
défendre la Révolution bien que nous sachions qu’elle avait été détruire le 19 octobre lorsque
Maurice et ses autres camarades avaient été assassinés.
N°44, Année V, Juin 2019

Rédacteur en chef : Alex ANFRUNS

Auteurs : Christine GILLARD, Arnold AUGUST, Vijay PRASHAD

Traductions et correction : Paulo CORREIA, Diane GILLIARD, Ch. DUPUY,


S. CIDREIRA , Rémi GROMELLE

Remerciements : Cris GONZALEZ, Giorgio TRUCCHI,


Common Dreams, Comité Libérez LULA, La Otra Opinion

Photos et graphisme : Giorgio TRUCCHI, Jonas BOUSSIFET, BAM