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Les origines de l'idée européenne

VIIIème siècle avant notre ère : le poète Hésiode évoque pour la première fois le mythe
d’Europe
Selon la légende, Europe était une princesse phénicienne qui aurait séduit Zeus, roi de l’Olympe.
Le dieu, métamorphosé en taureau, l’aurait enlevée pour la conduire en Crète où elle aurait donné
naissance au légendaire roi Minos.
On s’interroge encore sur l’origine du nom Europe. Peut-être s’agit-il d’une contraction des mots grecs
Eurus (large, ample) et Ops (regard, visage). A moins qu’il ne vienne du phénicien Ereb (sombre),
terme employé pour désigner les pays du couchant. Ce terme s’imposera peu { peu aux Grecs pour
désigner l’ensemble des terres au nord du bassin méditerranéen.

IIème siècle de notre ère : apogée de l’Empire romain


Au sommet de sa puissance, l’Empire romain couvre l’ensemble du bassin méditerranéen,
s’étendant jusqu’en Asie Mineure. Sous la Pax Romana (Paix romaine) se développe une culture,
inspirée par l’humanisme grec et la religion chrétienne, qui constitue le socle de la "civilisation
européenne".

800 : Charlemagne est sacré Empereur d’Occident


Le jour de Noël de l’an 800, Charles, roi des Francs, est sacré Empereur par le Pape { Rome. Trois
siècles après la chute de l’Empire romain d’Occident, cet évènement marque la réunification de
l’Europe occidentale sous une seule couronne. De son vivant, Charlemagne se fait même appeler Pater
Europae ( Père de l’Europe). Mais cette période d’unité européenne est de courte durée : quelques
années après la mort de Charlemagne, l’espace carolingien est divisé en royaumes, qui deviennent
rapidement rivaux.

1556 : l’abdication de Charles Quint met fin à son rêve d’unification de la Chrétienté
Tout au long du Moyen Age, le Saint Empire Romain germanique, héritier de la couronne
impériale de Charlemagne, cherche en vain { restaurer son autorité perdue. L’Empire s’épuise dans
une longue querelle avec la Papauté, qui vise { l’unification de la Chrétienté sous l’autorité spirituelle
de Rome.
Pendant ce temps, les grands royaumes européens, notamment la France, établissent leur
pouvoir. Malgré cet éclatement politique, l’Europe connaît une certaine unité économique, culturelle
et surtout religieuse.
En 1519, Charles de Habsbourg est élu Empereur germanique sous le nom de Charles Quint. Persuadé
qu’il a reçu la mission divine de réunir la Chrétienté sous l’autorité impériale, Charles s’attache {
étendre ses possessions par une politique d’alliances et de guerres. Mais son rêve d’un Empire
universel se heurte aux ambitions rivales du Royaume de France, { l’essor des Ottomans et surtout { la
Réforme religieuse initiée par Luther, qui ébranle la Chrétienté. Constant l’échec de son projet, Charles
finit par renoncer { la couronne impériale.

1603 : Johannes Althusius, premier penseur du fédéralisme


Les théoriciens de l’unification européenne ont toujours recherché le juste équilibre entre l’unité
de l’Europe et la diversité de ses composantes.
Parmi ces penseurs, le juriste allemand Johannes Althusius (1557-1638) est le théoricien de la

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"subsidiarité", un principe fondamental du fonctionnement actuel de l’Union européenne.

Selon ce principe, chaque problème politique doit être réglé { l’échelon pertinent, l’autorité
supérieure n’intervenant que si elle se révèle plus efficace. La subsidiarité est { la base du lien fédéral.
Les réflexions d’Althusius sur l’articulation des niveaux de pouvoirs seront poursuivies par
Montesquieu et Proudhon.

1807 : apogée de l’Empire napoléonien


Pour les uns, Napoléon Bonaparte a répandu en Europe les idées nouvelles introduites par la
Révolution française: l’abolition des privilèges, le Code civil, les libertés individuelles… Pour les
autres, il n’a fait qu’asseoir la domination de la France sur les autres nations.
En tout cas, la volonté d’unifier l’Europe n’est pas étrangère au dessein de Napoléon. Au moment de
son sacre par le Pape en 1804 le nouvel Empereur déclare : "Je n’ai pas succédé { Louis XVI mais {
Charlemagne". Son règne durera dix ans.
Dès 1815, le Congrès de Vienne annonce la forme de coopération développée jusqu’en 1914 : le
"concert des Nations", qui voit les Etats européens se réunir régulièrement pour traiter notamment de
la guerre et du commerce.

1814 : Saint-Simon propose la création d’un Parlement européen


Au début de la Révolution industrielle, le philosophe français Henri de Saint-Simon (précurseur
de la sociologie) a l’intuition que les techniques nouvelles vont bouleverser les rapports entre les
nations.
A la veille du Congrès de Vienne, il publie un texte intitulé : "De la réorganisation de la société
européenne ou de la nécessité et des moyens de rassembler les peuples de l’Europe en un seul corps
politique en conservant { chacun son indépendance nationale".
Au sommet de son édifice, il place un Parlement de 240 membres : "L’Europe aurait la meilleure
organisation possible si toutes les nations qu’elle renferme, étant gouvernées chacune par un
parlement, reconnaissaient la suprématie d’un parlement général placé au-dessus de tous les
gouvernements nationaux et investi du pouvoir de juger leurs différends".

21 août 1849 : le réveil des nations inspire à Victor Hugo son discours sur les Etats-Unis
d’Europe
En 1848, une vague de révolutions se diffuse dans toute l’Europe : en Italie, en Autriche, en
Allemagne, en France, en Hongrie… les peuples se soulèvent pour réclamer davantage de liberté. Au
sein de l’Empire autrichien, ces soulèvements s’accompagnent de revendications nationalistes.
L’écrivain et député Victor Hugo voit dans le réveil des nations la promesse d’une unification
européenne. Lors du Congrès de la Paix, qui se tient { Paris en 1849, il déclare : "Un jour viendra où
vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du
continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez
étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne".
Le souvenir de Napoléon et le "Printemps des peuples" ont mis { mal le mythe d’un "Empire
européen", laissant la place aux projets d’organisation de type fédéral. Mais les rêves de paix entre les
nations européennes vont bientôt laisser la place aux nationalismes belliqueux, qui conduiront aux
deux grands conflits du XXème siècle.

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1918-1944 : l'idée européenne au début du 20eme siècle

1918 : Louise Weiss et le mouvement pacifiste


Avant même la fin { la Première Guerre mondiale, un vaste mouvement pacifiste prend forme.
Profondément marqué par les combats particulièrement meurtriers, le mouvement pacifiste entend
rapprocher les Etats européens afin d'assurer la paix sur le continent. Figure marquante de ce
mouvement, Louise Weiss, une intellectuelle française, publie { partir de janvier 1918 un
hebdomadaire intitulé l'Europe nouvelle qui prône la paix et l'entente entre les Etats européens.

Novembre 1922 : création du mouvement Paneurope


En novembre 1922, l'autrichien Richard Coudenhove-Kalergi publie la proclamation Paneuropa,
ein Vorschlag dans laquelle il soutient l'idée d'une union paneuropéenne qui rendrait sa place
mondiale au vieux continent. Il poursuit dans cette lignée et publie en 1923 un livre-manifeste intitulé
Pan-Europa (qui donnera son nom { une revue mensuelle).
Coudenhove-Kalergi, certain que la réconciliation franco-allemande est nécessaire au maintien de la
paix, suggère de réunir le charbon allemand et le minerai français dans le but de créer une industrie
sidérurgique paneuropéenne. Développant cette idée, Coudenhove-Kalergi envisage, { terme, une
union douanière qui rendrait possible la constitution des Etats-Unis d'Europe, sorte de confédération
européenne respectant la souveraineté des Etats mais dotée d'institutions et d'une citoyenneté
communes, d'une monnaie européenne et d'une alliance militaire.

1924 : la SDN, une tribune pour l'Europe


Créée en 1919, la Société des Nations est une réponse institutionnelle { l'idéal pacifiste de
réconciliation. Cependant, la SDN, installée { Genève, fait figure de club des vainqueurs européens : ni
les Etats-Unis, ni l'Allemagne n'y participent. La SDN se concentre alors essentiellement sur des
problèmes européens. Lieu de confrontations et tribune d'idées, elle participe { l'édification de l'idée
européenne et plébiscite la détente, le désarmement et l'organisation d'une sécurité collective.
Lors de la 5ème Assemblée générale de la SDN en 1924, Aristide Briand, ministre français des Affaires
étrangères, soutient la ratification par la France d'un Protocole sur l'arbitrage, la sécurité et le
désarmement. A cette occasion, Louise Weiss qui est présente { Genève, lui attribue le surnom de "
Pèlerin de la Paix ". Néanmoins, en raison de sa faiblesse, la SDN décevra les partisans de la paix et de
la coopération européenne.

16 octobre 1925 : le Traité de Locarno, première étape du rapprochement franco-allemand


Le 16 octobre 1925, Briand signe avec Gustav Stresemann le Traité de Locarno qui garantit les
frontières entre la France, l'Allemagne et la Belgique et établit un pacte d'assistance mutuelle. Ce traité
permet de rompre l'isolement de l'Allemagne sur le plan international et de l'intégrer { la SDN en
1926. La même année, les efforts des deux hommes sont couronnés par le décernement du prix Nobel
de la paix.
En 1929, Briand, soutenu par Stresemann, propose { l'assemblée de la SDN le premier projet officiel
d'Union européenne, qui porterait en priorité sur le domaine économique et préserverait la
souveraineté étatique. Il prévoit la création d'un marché commun, objectif qui sera repris par le Traité
de Rome en 1957. Mais l'évocation d'un " lien fédéral " n'enthousiasme pas les Etats européens,
notamment Winston Churchill, alors Chancelier de l'échiquier britannique. Le projet est enterré après
la mort de Briand en 1932.

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1930 : l'Ordre nouveau, pour une Europe humaine
La crise financière de 1929 marque les consciences européennes. L'Ordre nouveau, un
mouvement créé par l'intellectuel français Alexandre Marc en 1930, rejette l'anarchie engendrée par
cette crise.
Ce mouvement s'appuie sur le concept du personnalisme qui se démarque de l'individualisme par le
fait que la personne est considérée en tant que partie intégrante d'une communauté. Le
personnalisme conduit { une conception fédérale de l'organisation politique dans laquelle les
communautés (collectivités, régions..), tout en étant liées entre elles, sont pleinement autonomes.
Sur la base de cette idéologie, Marc espère rapprocher les populations européennes entre elles afin de
donner une dimension humaine { l'Europe. L'intellectuel suisse Denis de Rougemont appartient
également { l'Ordre nouveau. Il collabore { la revue du même nom et { la revue Esprit d'Emmanuel
Mounier { partir de 1931.

1941 : le mouvement européen dans la Résistance


L'idée européenne est très présente au sein de la Résistance, qui met l'accent sur le caractère
démocratique de la future Europe unie. Deux documents marquent cette renaissance de l'idée
européenne. Le Manifeste de Ventotene, intitulé Pour une Europe libre et unie, est écrit en 1941, pour
l'essentiel par le résistant italien Altiero Spinelli secondé par son compagnon Ernesto Rossi.
Le second texte, A l'échelle humaine, du socialiste français Léon Blum circule dans la clandestinité {
partir de 1941 et ne sera publié qu'{ la fin de la guerre. Ces auteurs sont convaincus qu'une fédération
européenne garantirait la paix sur le vieux continent, notamment par la création d'une force militaire
commune.
Les forces européennes non communistes se rencontrent { Genève en 1944 et élaborent un projet de
déclaration des résistances européennes. Ce texte, inscrit dans la lignée des œuvres de Spinelli et de
Blum, évoque la nécessité de dépasser la souveraineté étatique et de créer une union fédérale afin de
préserver la paix.

1942 : Winston Churchill rédige un mémorandum sur les Etats-Unis d’Europe


Partisan de la coopération entre Etats, Winston Churchill, devenu Premier Ministre britannique,
soutient la Déclaration d'union franco-britannique de 1940 qui prévoit des organes de coopération
dans les domaines de la défense, de la politique étrangère, des finances et de l'économie, et ce afin
d'éviter { la France de signer l'armistice.
Suite au refus français, Churchill rédige, en 1942, un mémorandum sur les Etats-Unis d'Europe.
Constatant que l'Europe a été au cœur de deux conflits mondiaux, il propose de remédier { cette
violence interétatique par une union entre les peuples européens. En septembre 1946, Churchill
reprend cette idée dans le discours prononcé { l'université de Zurich, dans lequel il reconnaît {
l'Europe un héritage commun qui pourrait servir de base { la création d' "une famille européenne en
une construction régionale appelée Etats-Unis d'Europe ".

945-1956 : les débuts de la construction européenne

7-10 mai 1948 : congrès de La Haye


Animés par la volonté de promouvoir l’unification du continent, différents mouvements d’opinion
proeuropéens se réunissent { La Haye en présence de personnalités politiques et sous la présidence

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d’honneur de Winston Churchill (en 1946, l’ancien Premier ministre britannique avait prononcé un
vibrant plaidoyer en faveur des Etats-Unis d’Europe). De ce congrès naîtra, le 25 octobre { Bruxelles,
le Mouvement Européen, un courant d’opinion qui fournira { l’idée européenne de nombreux
serviteurs.

16 avril 1948 : création de l’OECE


Trois ans après la fin de la guerre en Europe, les Etats-Unis décident d’accorder aux pays qui le
souhaitent une aide massive destinée { financer leur reconstruction : c’est le Plan Marshall.
L’Organisation européenne de coopération économique, qui siège { Paris, prend en charge la
distribution de l’aide américaine. En 1961, elle prend le nom d’Organisation de coopération et de
développement économique (OCDE). Elargie { l’échelle du monde développé, l’OCDE compte
aujourd’hui 30 membres.

4 avril 1949 : naissance de l’OTAN


Par le traité de Bruxelles signé en mars 1948, les Etats-Unis se portaient garants de la sécurité de
la France, de la Belgique, du Luxembourg, des Pays-Bas et du Royaume-Uni. Un an plus tard, cinq
autres pays européens rejoignent les "Cinq" de Bruxelles pour former l’Organisation du traité de
l’Atlantique Nord, une alliance militaire contre la menace soviétique. La RFA y adhèrera en 1955, suite
{ l’échec de la CED. L’OTAN compte aujourd’hui 26 membres répartis entre l’Europe et l’Amérique du
Nord.

5 mai 1949 : création du Conseil de l’Europe


Dans la foulée du Congrès de La Haye, les gouvernements européens créent le Conseil de l’Europe,
{ l’origine, un an plus tard, de la Convention européenne des droits de l’homme et de la Cour du même
nom. Basé { Strasbourg, le Conseil de l’Europe est responsable d’une œuvre juridique considérable,
notamment sur le plan des droits de l’homme. Mais il joue un rôle modeste dans l’unification du
continent : le Conseil trouve ses limites dans son mode de fonctionnement, la nécessité d’un accord
entre tous ses membres étant source de blocages.

9 mai 1950 : déclaration Schuman


Le 9 mai 1950, le ministre des Affaires étrangères français, Robert Schuman, rend publique, dans
le discours du Salon de l'horloge au Quai d'Orsay, l'idée de Jean Monnet d'unifier les productions de
charbon et d'acier sous une Haute Autorité supranationale. En mutualisant les ressources nécessaires
{ l’armement, le plan Schuman vise { empêcher une nouvelle guerre entre la France et l’Allemagne.
C’est un moyen pour l'Allemagne de l'Ouest dirigée par Konrad Adenauer de s'ancrer dans le camp
occidental.

18 avril 1951 : signature du Traité de Paris instituant la CECA


Née de la déclaration Schuman, la Communauté européenne du charbon et de l’acier réunit
l’Allemagne, l’Italie, la France, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. En mettant en commun leur
production de charbon et d’acier, la France et l’Allemagne substituent la solidarité d’intérêts { la
rivalité et { la rancœur, cinq ans seulement après la fin de la guerre. Autre innovation de la CECA :
cette organisation opte pour un mode de gestion supranational, qui rompt avec les expériences
intergouvernementales menées jusqu’alors.

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30 août 1954 : la France rejette la CED
L’Assemblée nationale française refuse la ratification du traité sur la Communauté européenne de
défense, signé le 27 mai 1952 { l’initiative de René Pleven et du gouvernement français. La CED ne
verra jamais le jour. Bâtie sur le modèle de la CECA, cette organisation visait au réarmement de
l’Europe, Allemagne comprise, sous commandement commun. L’atténuation momentanée de la
Guerre froide et la sensibilité de l’opinion au réarmement allemand éclairent ce refus, qui explique
pourquoi l’Europe militaire s’est surtout construite sous l’égide de l’OTAN.

Juin 1955 : conférence de Messine


Tirant la leçon de l’échec de la CED, les gouvernements des six pays membres de la CECA décident
de poursuivre l’intégration européenne dans le domaine économique. Ils confient { un comité présidé
par Paul-Henri Spaak le soin d’étudier la possibilité de créer un marché commun européen. La relance
de la construction européenne décidée { Messine (Italie) aboutira deux ans plus tard { la signature
des traités de Rome.

1957-1973: de l'Europe des six à l'Europe des neuf

25 mars 1957 : signature des traités de Rome


A la suite de la pénurie énergétique provoquée en 1956 par la crise de Suez, Jean Monnet estime
que les Européens doivent s’unir au sien d’une communauté atomique qui les conduira vers
l’autosuffisance énergétique. De leur côté, les partenaires de la France sont plutôt favorables { la
création d’un marché commun, un projet qui n’a pas la faveur des milieux économiques français
traditionnellement protectionnistes. Afin de concilier tous les intérêts, deux traités distincts sont
signés { Rome, l’un portant sur la Communauté européenne de l’énergie atomique (Euratom), l’autre
instituant la Communauté économique européenne (CEE).

11 janvier 1960 : création du Fonds social européen


Les signataires du traité de Rome n’ont pas voulu limiter l’intégration européenne { la mise en
place d’un marché commun. Dès l’origine, la Communauté met en oeuvre des actions { dimension
sociale pour accompagner l’ouverture des économies européennes. Première mesure de ce type, la
création du Fonds social européen (FSE) a pour but de soutenir la formation et la reconversion
professionnelle des travailleurs. Régulièrement reconduit, le FSE dispose de 60 milliards d’euros pour
la période 2000-2006.

30 juillet 1962 : lancement de la PAC


A la suite de la conférence de Stresa de 1958, et { la demande de la France, le Néerlandais Sicco
Mansholt est chargé de réfléchir { la mise en place d’une politique agricole commune basée sur trois
principes : unicité des marchés, préférence communautaire et solidarité financière. Au bout de quatre
ans de négociations, le vice-président de la Commission vient { bout des réticences nationales et
dégage les grandes lignes de la PAC, qui entraînera une modernisation rapide de l’agriculture
européenne. Mais la question agricole continuera de provoquer des remous au sein de la
Communauté, notamment par son poids croissant dans le budget.

8 avril 1965 : signature du traité de fusion des exécutifs communautaires

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Pour améliorer l’efficacité de l’exécutif communautaire, les Six décident de fusionner en une seule
institution la Haute Autorité de la CECA, la Commission de la CEE et la Commission Euratom. La
Commission des Communautés européennes jouit de pouvoirs étendus qui lui permettent de mener
une action transversale. Une vive querelle idéologique oppose alors le général de Gaulle { Walter
Hallstein, qui voit dans cette nouvelle Commission l’embryon d’un gouvernement fédéral européen.
Hallstein finit par démissionner. Le Belge Jean Rey lui succède en juillet 1967 { la tête de la première
Commission issue du traité de fusion.

Juillet 1965 : début de la "crise de la chaise vide"


En 1965, la Commission européenne propose une réforme du financement de la politique agricole
commune, laquelle devait par ailleurs être arrêtée { la majorité qualifiée { partir du 1er janvier 1966.
Redoutant d’être mise en minorité sur le dossier agricole, auquel elle est très attachée, la France
condamne fermement cette orientation et boycotte les institutions communautaires pendant sept
mois. Cette crise prend fin avec le "compromis de Luxembourg" du 29 janvier 1966, qui permet {
chaque pays membre de s'opposer { une décision communautaire prise { la majorité s'il estime que
ses intérêts nationaux sont gravement menacés.

1er juillet 1968 : entrée en vigueur de l'union douanière


Grand succès pour le marché commun : les droits de douane qui continuaient { être perçus lors
des échanges entre les Six sont éliminés 18 mois avant la date prévue par le traité de Rome. Un tarif
douanier commun est introduit en remplacement des droits de douane nationaux pour les échanges
avec le reste du monde.

24 avril 1972 : entrée en vigueur du serpent monétaire européen


A la fin des années 60, les pays membres des Communautés sont frappés par des désordres
monétaires qui nuisent au fonctionnement du marché commun. Pour éviter les divergences
provoquées par des réponses politiques nationales, les Six conviennent d’un plan par étapes en vue de
la création d'une union économique et monétaire européenne ; sur la base d’une proposition de
Raymond Barre (alors Vice-président de la Commission), le luxembourgeois Pierre Werner présente
en 1970 un rapport sur ce thème.
Trois ans plus tard, l’allemand Karl Schiller élabore un système destiné { réduire les fluctuations
monétaires entre les Six : le serpent monétaire est né, lointain ancêtre de l’euro.

1er janvier 1973 : premier élargissement des Communautés


Au cours des années 50, le Royaume-Uni s’était tenu { l’écart de toutes les tentatives d’intégration
européenne susceptibles de remettre en cause sa souveraineté, ses rapports avec son ancien Empire
et sa relation privilégiée avec les Etats-Unis. Mais durant les années 60, les Britanniques réorientent
leur politique étrangère vers une Europe continentale de plus en plus prospère.
En 1971, après deux refus de la France, qui redoute un affaiblissement des Communautés, le
Royaume-Uni voit enfin s’ouvrir les portes du marché commun. Il y est officiellement admis le 1er
janvier 1973, en compagnie de l’Irlande et du Danemark.

1974-1984 : surmonter les crises

9 et 10 décembre 1974 : Sommet de Paris

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Sur fond de crise énergétique, les chefs d’Etat ou de gouvernement des Neuf se réunissent { Paris
{ l’invitation de Valéry Giscard d'Estaing, récemment élu président de la République. Sur proposition
française, le sommet de Paris institue, en marge des traités communautaires, le Conseil européen :
désormais, les dirigeants européens se rencontreront au moins trois fois par an pour déterminer
ensemble les grandes orientations politiques. Le principe de l’élection du Parlement européen au
suffrage universel est également adopté. Soucieux d’améliorer leur coopération, les Neuf confient au
belge Léo Tindemans la mission de réfléchir { la création d’une Union européenne qui dépasserait le
stade de l’intégration économique.

28 février 1975 : premiers Accords de Lomé


Dans les années 60, les Conventions de Yaoundé avaient permis d’associer les anciennes colonies
françaises d’Afrique au développement économique européen. L’adhésion du Royaume-Uni entraîne
dans le giron européen les vingt Etats indépendants du Commonwealth. C’est un tournant pour la
politique européenne de coopération.
La convention de Lomé assure le libre accès au marché communautaire { la quasi-totalité des
marchandises produites dans 46 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Des aides
financières au développement sont également octroyées, notamment en vue d’assurer un soutien { la
production agricole. La préférence commerciale accordée aux pays ACP sera pendant longtemps le
pilier de la politique européenne d’aide au développement.

7 juillet 1978 : création du Système Monétaire Européen


Au cours des années 70, le serpent monétaire européen éclate { plusieurs reprises, victime des
trop grandes tensions entre les monnaies européennes. En 1978 il est pratiquement au point mort.
Persuadé qu’il faut absolument limiter les fluctuations entre les monnaies pour relancer l’économie
européenne, le couple franco-allemand décide de créer un nouveau système monétaire, assez proche
du "serpent" dans son fonctionnement, ouvert { tous les Etats de la Communauté. Le système
monétaire européen (SME) rencontrera un plus grand succès que le serpent monétaire : en 1983,
tenté par une politique de rupture, François Mitterrand prendra la décision cruciale de maintenir la
France au sein du SME, marquant ainsi son ancrage européen.

10 juin 1979 : première élection du Parlement européen au suffrage universel direct


Comme convenu lors du Sommet de Paris de 1974, la nouvelle législature du Parlement européen
est élue au suffrage universel direct. Mais la participation dans l’ensemble des pays membres dépasse
{ peine les 40% et, comme cela sera souvent le cas par la suite, le scrutin est largement déterminé par
des enjeux nationaux. La française Simone Veil est portée { la tête d’une institution encore peu
structurée, qui ne dispose pas de beaucoup de pouvoir.
Mais sa nouvelle légitimité démocratique va permettre au Parlement européen d’accroître rapidement
ses compétences. Aujourd’hui, il est devenu législateur { part entière de l’Union, aux côtés du Conseil
de l’UE.

1er janvier 1981 : la Grèce devient membre des Communautés européennes


Associée aux Communautés depuis 1961, la Grèce s’était retrouvée isolée diplomatiquement { la
suite du coup d’Etat militaire de 1967. En 1974, la chute du régime des colonels et le retour { la
démocratie rapprochent la République hellénique de l’Europe occidentale. La Grèce dépose sa

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candidature en 1975, mais elle doit rattraper son retard économique avant de devenir, en 1981, le
dixième membre des Communautés européennes.

25 et 26 juin 1984 : le Conseil européen de Fontainebleau met fin à la crise budgétaire


Depuis des mois, les Dix se disputent sur le futur budget communautaire. Les Britanniques
estiment qu’ils contribuent trop { un budget dominé par la PAC. Inflexible, Margaret Thatcher ne cesse
de réclamer pour son pays un "juste retour" financier (en lançant le fameux : "I want my money back
!").
Grâce { la complicité naissante entre François Mitterrand et Helmut Kohl, un compromis est
finalement trouvé { Fontainebleau : les ressources financières des Communautés sont augmentées, le
financement de la PAC est réduit et le Royaume-Uni voit une partie de sa contribution remboursée par
ses partenaires. Depuis cette date, les Britanniques bénéficient d’un rabais dans leur participation au
budget communautaire (le fameux "chèque" britannique).

1985-1991: la relance européenne

14 juin 1985 : signature de l’accord de Schengen


Le marché commun européen a progressivement mis fin aux contrôles des marchandises aux
frontières des pays membres. Mais pour les personnes, les contrôles douaniers demeurent. Au début
des années 80, les pays du Bénélux, où les déplacements sont déj{ libres, proposent { la France et {
l’Allemagne de mettre en place graduellement un espace de libre circulation des personnes. L’accord
entre les cinq pays est conclu le 14 juin 1985 dans la petite ville luxembourgeoise de Schengen. Il sera
par la suite intégré aux traités communautaires et étendu aux autres Etats membres.

14 juin 1985 : présentation du Livre blanc de Jacques Delors


Tout juste nommé président de la Commission européenne, Jacques Delors présente aux
dirigeants des Etats membres 310 mesures destinées { achever le marché unique. En effet, malgré
l’ouverture des frontières, de nombreux obstacles administratifs et réglementaires empêchent encore
une totale liberté de circulation des marchandises. Delors est convaincu que la disparition des
dernières barrières aux échanges relancera la croissance économique en Europe. Il se fixe jusqu’au 31
décembre 1992 pour y parvenir. La Communauté vivra désormais au rythme de "l’objectif 92".

1er janvier 1986 : élargissement des Communautés à l’Espagne et au Portugal


Leur régime dictatorial avait tenu l’Espagne et le Portugal éloignés de la construction européenne.
Après la mort de Franco et la chute de Salazar, ces deux pays en voie de démocratisation peuvent
désormais prétendre { faire partie de la famille européenne. A la suite de longues négociations, dues
aux craintes économiques suscitées par cette adhésion, l’Espagne et le Portugal rejoignent les
Communautés européennes le 1er janvier 1986, portant { douze le nombre de leurs membres.

17 février 1986 : signature de l’Acte unique européen


Pour la première fois depuis l’entrée en vigueur du Traité de Rome établissant la Communauté
économique européenne, les Douze décident de le réviser. Le fonctionnement des institutions est
modifié : le vote { la majorité qualifiée au Conseil de l’UE est généralisé pour toutes les questions
touchant au marché intérieur. Le Parlement européen voit son rôle renforcé. Ces modifications sont
en partie destinées { achever le marché unique, conformément au programme présenté par Jacques

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Delors.
L’Acte unique porte ce nom parce qu’il réunit dans un même texte les modifications apportées aux
traités communautaires et la formalisation de la coopération européenne en matière de politique
étrangère.

15 juin 1987 : lancement du programme Erasmus


En 1987, la Commission européenne lance des mesures destinées { faciliter les échanges
d’étudiants entre les universités européennes. L’action est baptisée du nom d’un humaniste de la
Renaissance, célèbre pour ses voyages et son esprit d’ouverture : Erasme de Rotterdam. Depuis la
création d’Erasmus, 1,2 million d'étudiants ont accompli une période d'études { l'étranger grâce {
cette action. Véritable phénomène culturel, Erasmus est devenu l’étendard de l’esprit européen.

3 octobre 1990 : l’Allemagne réunifiée au sein des Communautés européennes


En 1989, la chute inattendue du Mur de Berlin a mis { mal l’ordre international issu de la Seconde
Guerre mondiale. Un an plus tard, l’Allemagne est réunifiée. Pour les Communautés européennes, il ne
s’agit pas d’un nouvel élargissement, mais d’une extension de la République fédérale allemande.
Aucune procédure d’adhésion n’est nécessaire, simplement quelques modifications institutionnelles
pour tenir compte du poids nouveau de l’Allemagne.
Parmi les pays européens, cette réunification suscite des craintes : l’Allemagne réunifiée ne risque-t-
elle pas de délaisser les Communautés au profit d’une politique solitaire de neutralité, voire de
puissance? Par la suite, Helmut Kohl donnera des gages de son engagement européen en acceptant
l’approfondissement de l’intégration politique concrétisée par le traité de Maastricht.

1992-2010 : la naissance de l'Europe politique

7 février 1992 : signature du Traité de Maastricht sur l’Union européenne


Au début des années 90, deux conférences intergouvernementales (CIG) sont menées en parallèle
: l’une porte sur un projet d’union politique, l’autre sur une union économique et monétaire, qui a
pour objet l’adoption { terme d’une monnaie commune. Ces deux processus finissent par se rejoindre
et aboutissent { la signature du traité de Maastricht sur l’Union européenne.
Etape essentielle dans l’établissement d’une "union sans cesse plus étroite entre les peuples de
l’Europe", ce traité institue une citoyenneté européenne ainsi qu’une politique extérieure et de
sécurité commune (PESC). Il pose les étapes du calendrier qui doit aboutir { la création d’une monnaie
unique pour la plupart des Etats membres.
En France, la ratification de ce traité donne lieu { un référendum, organisé le 20 septembre 1992, qui
se solde par une victoire de justesse du "oui" { 51,04 %. Le traité de Maastricht entre en vigueur le 1er
novembre 1993.

1er janvier 1995 : élargissement de l’Union européenne à l’Autriche, la Finlande et la Suède


En raison de leur neutralité militaire, une partie des pays européens était restée { l’écart de la
construction communautaire, préférant adhérer { l’AELE (Association européenne de libre-échange).
En 1991, la création de l’EEE (Espace économique européen) étendait les règles du marché commun
aux pays de l’AELE.
Entre temps, la disparition de l’Union soviétique a rendu pratiquement caduc le statut de pays neutre.
Dès lors qu’il s’agissait d’appliquer les règles européennes, les pays de l’AELE avaient tout intérêt {

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intégrer les Communautés.
C’est ainsi que l’Autriche, la Suède, la Finlande, la Suisse et la Norvège (qui l'avait déj{ fait au début
des années 70) déposent tour { tour leur candidature { l’adhésion. Seuls les trois premiers pays
rejoignent finalement ce qui est devenu l’Union européenne, portant { quinze le nombre de ses
membres.

2 octobre 1997 : signature du Traité d’Amsterdam


Le Traité de Maastricht prévoyait que ses signataires se retrouvent pour apporter des
améliorations éventuelles au fonctionnement de l’UE. Durant la CIG inaugurée en 1996, les Etats
membres apparaissent plus divisés qu’au cours des négociations précédentes. De ce fait, le traité
d’Amsterdam ne va pas aussi loin que certains l'auraient souhaité. L’unanimité reste de mise pour la
politique étrangère et la tentative de réforme des institutions ne peut aboutir.
Parmi les avancées enregistrées, on note l'institution d'un Haut-représentant pour la PESC, et l'entrée
dans le champ communautaire des questions de visas, asile et immigration. En outre, le traité accorde
une attention particulière aux citoyens européens, consacrant l’importance des droits de l’homme
pour l’UE, la lutte contre le chômage et le rôle des services d’intérêt économique général.

4 décembre 1998 : le sommet de Saint-Malo donne une impulsion décisive à l’Europe de la


défense
Au cours du sommet de Saint-Malo, le Royaume-Uni (jusque-l{ hostile { l’émergence d’une
puissance militaire européenne) et la France conviennent que l’UE "doit avoir une capacité autonome
d’action, appuyée sur des forces militaires crédibles, avec les moyens de les utiliser et en étant prête {
le faire afin de répondre aux crises internationales".
Depuis lors, l’UE a procédé { la mise en place de structures politiques et militaires permanentes, { la
clarification de ses relations avec l’OTAN et { la définition de missions spécifiques (aide humanitaire,
gestion de crises, rétablissement de la paix). Une première opération autonome a été menée en
République Démocratique du Congo en 2003. Aujourd'hui, l'UE déploie des opérations civiles et
militaires sur plusieurs continents (Balkans, Asie, Moyen-Orient...).

16 mars 1999 : devant la fronde des eurodéputés, la Commission Santer préfère


démissionner
Pour succéder { Jacques Delors, les chefs d’Etat et de gouvernement ont choisi en 1995 le
luxembourgeois Jacques Santer. Après avoir travaillé avec succès { la mise en œuvre de la monnaie
unique, ce dernier connaît une fin de mandat houleuse. La Commission qu’il préside se voit accusée de
mauvaise gestion administrative par un Parlement européen désireux d’affirmer son pouvoir
politique.
Pour éviter la motion de censure, la Commission choisit de démissionner collectivement, { moins
d’un an de la fin de son mandat.

26 février 2001 : signature du Traité de Nice


Après le semi échec d’Amsterdam, les Quinze ont lancé en 2000 une nouvelle CIG pour tenter de
réformer un système institutionnel inadapté { l’Union élargie qui se dessine. Au cours des
négociations, la France et l’Allemagne s’opposent sur de nombreux points, Paris n’acceptant pas le
renforcement du poids démographique de l’Allemagne dans les institutions, conséquence de la
réunification.

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D’une longueur inédite, le Conseil européen de Nice de décembre 2000 se déroule dans un climat
électrique et aboutit { un compromis jugé insuffisant par la quasi-totalité des délégations. Le nouveau
traité souffre d’une complexité telle que ses signataires lancent dans la foulée un "débat sur l’avenir de
l’Union" censé conduire { un nouveau texte.

1er janvier 2002 : l’euro dans les poches des consommateurs européens
Les dix années qui ont suivi le Traité de Maastricht ont vu les douze Etats membres de l’Union
économique et monétaire adapter leurs économies aux "critères de convergence" : maîtrise de
l’inflation, équilibre budgétaire, limitation des déficits publics et stabilité des taux de change entre les
pays de la zone. Le 1er janvier 1999, l’euro est officiellement adopté comme unité de compte. Pour les
consommateurs, la découverte des nouveaux billets et pièces a lieu le 1er janvier 2002. Reste
désormais { s’habituer { la nouvelle monnaie en oubliant peu { peu le casse-tête des conversions...

1er mai 2004 : élargissement de l’Union européenne à dix nouveaux membres


La chute du Rideau de fer a rapidement soulevé la question des rapports entre l’Union
européenne et les pays libérés du joug soviétique. Après avoir évoqué des projets intermédiaires
(notamment la Confédération européenne chère { François Mitterrand), les Quinze ont finalement
opté pour une intégration { part entière de ces pays dans l’Union.
Le plus grand élargissement jamais envisagé concernait { l’origine dix pays d’Europe centrale et
orientale auxquels s’ajoutaient les îles méditerranéennes de Chypre et Malte. Sur les douze pays en
lice, seuls dix adhèrent { l’UE le 1er mai 2004 : Chypre, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie,
Malte, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Slovénie. La Roumanie et la Bulgarie
devront attendre 2007 pour rejoindre les Vingt-Cinq.

29 octobre 2004 : signature du Traité établissant une Constitution pour l'Europe


De l’avis général, le traité de Nice est insuffisant pour encadrer une Europe { 25 ou plus. Une
nouvelle réforme institutionnelle s’impose. Pour limiter les risques de blocage et donner { cette
réforme un caractère plus démocratique, le Conseil européen convoque une assemblée spéciale : la
Convention européenne, présidée par Valéry Giscard d’Estaing, composée de parlementaires
européens et nationaux ainsi que de représentants de la Commission. La Convention rédige un projet
de Constitution européenne dont le texte final est signé par les chefs d’Etat et de gouvernement le 29
octobre 2004.
A l'instar des traités précédents, le traité établissant une Constitution pour l’Europe doit être ratifié
par tous les Etats membres pour entrer en vigueur. Au printemps 2005, les électeurs français et
néerlandais se prononcent contre ce texte. Lors du Conseil européen de juin 2005, les Chefs d'Etats ou
de gouvernement décident que le processus de ratification doit se poursuivre. Mais ce n'est qu'un
voeux pieux. Très vite, certains Etats, notamment le Royaume Uni, interrompent leur processus de
ratification national, de peur de subir le camouflet d'un rejet. L'Europe s'enlise dans une crise
institutionnelle majeure.

2005 : Iter et Galileo, l’Europe à la pointe de la science


Immobilisée sur le plan institutionnel, l’Union européenne enregistre en 2005 deux succès qui
prouvent sa capacité { porter des projets et mener { bien des actions concrètes. En juin 2005, le site
français de Cadarache est retenu pour abriter le réacteur expérimental ITER, au cœur d’un

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programme mondial de recherche sur la fusion atomique co-animé par l’Union européenne.
En décembre 2005 est lancé avec succès le premier satellite du système européen de navigation
Galileo, concurrent du GPS américain. Mais le projet fait face aux divergences nationales et { des
difficultés de financement. Il va accumuler un retard considérable. Après avoir été remis en cause, le
projet relancé, notamment grâce au volontarisme de la Commission européenne. Galileo devrait être
opérationnel { l'horizon 2013.
13 décembre 2007 : Signature du traité de Lisbonne
Pour tenter de sortir de l'impasse institutionnelle provoquée par les rejets français et néerlandais,
les Chefs d'Etats ou de gouvernement ont approuvé, lors du Conseil européen informel des 18 et 19
octobre 2007 un "traité modificatif" ou "simplifié". Fruit de longues négociations entre les Etats
membres, il modifie les traités existants sans les remplacer. Le 13 décembre 2007, l'ensemble des
Etats membres signe ce traité, { Lisbonne, dénommé officiellement "traité de Lisbonne". Ce traité
apporte de nombreuses modifications institutionnelles majeures notamment l'élection du Président
du Conseil européen pour deux ans et demi, renouvelables et l'extension des pouvoirs du Parlement
européen.
L'entrée en vigueur du traité était prévue pour le 1er janvier 2009 { la suite de la ratification des 27
Etats membres. Echaudés par les précédents français et néerlandais, la quasi totalité des Etats ont
choisi une ratification par le parlement national plutôt qu'un référendum. Tous, sauf un, l'Irlande,
obligé par sa Constitution { organiser une consultation populaire. Organisé le 12 juin 2008, le
référendum irlandais suscitait de nombreuses inquiétudes, qui s'avérèrent fondées, au vu du résultat.
Alors que 18 Etats avaient ratifié le traité, les Irlandais l'ont rejeté par référendum.
Soucieux d'éviter une crise similaire { celle de 2005, une majorité d'Etats ont affirmé lors du Conseil
européen des 18 et 19 juin 2008, leur volonté de poursuivre le processus de ratification. Le Royaume
Uni a d'ailleurs donné l'exemple en ratifiant le texte, le 19 juin 2008. Mais certains Etats, comme la
République Tchèque, semblent plus récalcitrants.
Un nouveau référendum a été organisé en Irlande le 2 octobre 2009, déterminant le sort du traité.

1er Décembre 2009: entrée en vigueur du Traité de Lisbonne


Alors que la crise financière ébranle tous les Etats européens, les Irlandais acceptent la
ratification du traité de Lisbonne lors du référendum du 2 octobre 2009. En contrepartie, ils
obtiennent le maintien d'un commissaire par Etat membre et d'autres garanties nationales sur la non-
intervention de l'UE sur l'avortement, la fiscalité ou la neutralité militaire. Après avoir surmonté les
réticences des présidents polonais et tchèque (ce dernier ayant obtenu que la Charte des droits
fondamentaux ne s'appliquera pas en République tchèque, il signe l'acte national de ratification
nécessaire le 3 novembre 2009), le traité est donc ratifié par les 27 Etats membres.
Depuis le 1er décembre 2009, le traité de Lisbonne s'applique au sein de l'Union européenne et
réforme substantiellement le processus de décision communautaire, le rendant plus efficace et plus
démocratique.

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De 6 à 27 pays...

La construction européenne est née de la volonté d'hommes politiques visionnaires - Jean Monnet,
Robert Schuman, Konrad Adenauer, pour ne citer qu'eux - dont l'ambition était de préserver la paix en
Europe et d'en assurer la prospérité économique.

En 1951, 6 pays décident de se constituer en Communauté européenne pour le charbon et l’acier : la


RFA, la France, la Belgique, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas.

De 6 pays en 1951 { 27 aujourd'hui, l'UE a connu cinq vagues d'adhésion de nouveaux pays,
communément appelées "élargissements".

Le 5e élargissement
La disparition progressive du bloc de l'Est, avec la chute du mur de Berlin en 1989, a permis au
continent européen de se réunifier.Les adhésions aux communautés européennes

1973 : Royaume-Uni, Irlande, Danemark

1981: Grèce

1986 : Espagne et Portugal

1995 : Autriche, Finlande, Suède

2004 : Chypre, Malte, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque, Slovaquie,
Slovénie

2007 : Roumanie et Bulgarie

Le 9 mai 1950, Robert Schuman, alors ministre des Affaires étrangères déclarait : "Pour que la paix
puisse vraiment courir sa chance, il faut, d'abord, qu'il y ait une Europe. (…) Une Europe où la Ruhr, la
Sarre et les bassins français travailleront de concert et feront profiter de leur travail pacifique (…)
tous les Européens, sans distinction qu'ils soient de l'Est ou de l'Ouest (…)".

Treize pays se sont ainsi lancés dans les années 90 dans un processus d’adhésion { l'Union
européenne : Chypre, Malte, dix pays d'Europe centrale et orientale (Bulgarie, Estonie, Hongrie,
Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie) et la Turquie.

Le 31 mars 1998, les négociations d'adhésion ont démarré avec les six pays les mieux préparés :
Chypre, Estonie, Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovénie.

Puis, le 15 février 2000, six autres pays ont suivi : la Bulgarie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la
Roumanie et la Slovaquie.

Les chefs d'Etat ou de gouvernement ont décidé, lors du Conseil européen de Copenhague de

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décembre 2002, que Chypre, la République tchèque, l'Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie,
Malte, la Pologne, la République slovaque et la Slovénie respectaient les critères pour entrer dans
l'Union européenne. Ils leur ont alors proposé d'intégrer l'Union européenne le 1er mai 2004.

Le 16 avril 2003, a ainsi été signé le traité d’adhésion { Athènes.

L'UE a ensuite signé un traité d'adhésion avec la Roumanie et la Bulgarie le 25 avril 2005.

Le Conseil européen des 14 et 15 décembre 2006 a entériné l'avis favorable rendu par la Commission
européenne au sujet de l'entrée de ces deux pays dans l'Union.

Le 1er janvier 2007, la 5e vague d'élargissement a ainsi été clôturée par l'adhésion de la Bulgarie et la
Roumanie.
Futur de l'élargissement
Depuis 2005 le processus d’élargissement est fondé sur trois principes :
 consolider les engagements de l'UE en matière d'élargissement, y compris la capacité
d’absorption ;
 appliquer des conditions équitables et rigoureuses ;
 mieux communiquer sur l'élargissement.

Les négociations d’adhésion avec la Croatie ont démarré le 3 octobre 2005. Tous les chapitres ont
été ouverts au 30 juin 2010. Elle pourrait potentiellement adhérer dès 2011.

L’ancienne République yougoslave de Macédoine s'est vue reconnaître le statut de pays candidat
après avoir déposé sa demande en mars 2004. Ses citoyens n'ont plus besoin de visa pour entrer dans
l'Union européenne depuis décembre 2009.

Les négociations avec la Turquie, démarrées le 3 octobre 2005, ont été partiellement suspendues en
décembre 2006, la Turquie n’ayant pas mis en œuvre de manière complète le Protocole d’Ankara qui
étend l’Union douanière aux Etats devenus membres en 2004 et notamment { la République de
Chypre.
Les négociations sur le chapitre "science et recherche" ont été ouvertes et provisoirement closes le 12
juin 2006.

Les négociations sont actuellement en cours sur 12 chapitres (sécurité alimentaire, politique
industrielle et de l’entreprise, statistiques et contrôle financier, santé et protection des
consommateurs et réseaux transeuropéens , droit des sociétés et droit de la propriété intellectuelle,
fiscalité...). Ces négociations sont menées conformément aux conclusions du Conseil européen de
décembre 2007 qui laissent ouvertes les deux issues possibles au processus de négociation.

Après avoir déposé une demande en 2009, l'Islande a vu s'ouvrir officiellement les négociations pour
son adhésion le 27 juillet 2010. Les plus gros points { régler concernent la pêche et la volonté des
Islandais { adhérer { l'Union européenne. Il faudra de toute façon un référendum en Islande pour
valider l'adhésion.

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Par ailleurs, cinq pays sont des candidats potentiels. Quatre ont été désignés comme tels par le Conseil
européen en juin 2003 : l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro et la Serbie. Le Kosovo les a
rejoints en 2008.

Le statut de "candidat potentiel" est décerné par l'Union européenne sans que les pays en question
aient obligatoirement besoin auparavant de faire acte de candidature { l'entrée dans l'UE.

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